flal Gallica Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie. Tome septième, l-Jubilus. Première partie, l-Invitatoire / publ. [...] Source gallica.bnf.fr / Bibliothè que nationale de France Gallica . Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie. Tome septième, I-Jubilus. Première partie, l-Invitatoire / publ. par le Rme dom Fernand Cabrol,... et le R. P. dom Henri Leclercq ; avec le concours d'un grand nombre de collab.. 1926-1927.
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pe PARIS, VI HIBRAIRIE LETOUZEY ET ANE Ne 1028 ;
ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICUEES LXVII ET LXIX
1, par H. LECLERCQ, col. 1-4.
IBORA, par H. LECLERCQ, col. 4-9, ICONIUM, par H. LECLERCO, col. 9-11.
ICONOCLASME, voir IMAGES.
ICONOGRAPHIE, — I. Origine. II. n° et im« siècle. III. rve siècle. IV. ve et vit sièc les. V. Art byzantin, par H. LECLERCO, col. 11-51.
ICONOSTASE. — I. Chez les grecs. II. Catacombes. III. Nap les. IV. Saint-Pierre. V. Saint-Paul. VI. Saint-Jean à Ravenne. VII Sainte-Sophie de Constantinople. VIII. Myra en Lyvcie. IX. Sion en Géorgie. X. Torcello. XI. Saint-Riquier, par H. LECLERCQ, col. 31-48.
ICOSIUM, par H. LECLERCO, col. 48-51.
IDIOMELES, par H. LECLERCO, col. 51.
IDOLATRIE. — I. Nouveau Testament. II. Age apostoli que. III. Apologistes. IV. L'idolätrie parmi les chrétiens. V. Derniéres polémiques. VI. Le péché d'idolâtrie. VII. Discipline pénitentielle. VIII. Législation, par H. LECLERCQ, col. 51-62.
IDOLOTHYTES, par H. LECLERCQ, col. 63-66.
IDYLLE, par H. LECLERCQ, col. 66-67.
IGNACE D'ANTIOCHE, par H. LECLERCO, col. 67.
ILE DE FRANCE, par H. LECLERCQ, col. 67-70.
ILES NORDATLANTIQUES, par H. LECLERCQ, | col. 70-54.
ILLATIO où INLATIO. — I. Étymologie, sens. II. L'illalio mozarabe. III Rôle et caractère de l'illatio dans la liturgie mozarabe, par Fr. CABROL, col. 84-89.
Grégoire II. XVII. Le silentium de 729. XVIII. Concile | Provin ces danu- : III. Développement des ‘cultes orient aux. IV. | concile de Gentilly (767). XXV. Concile de Latran (769 XXVI. L'empereur Léon IV. XXVII. L'impératrice Irènt | XXVIII. Le Il : concile de Nicée. XXIX. Le triomphe d | l'iconophilie. XXX. L'Occident prend parti sur l'icone clasme. XXXI. Reprise de l'iconoclasme sous Léon IN XXXII. Correspondance de Théodore Studite. XXXII La persécution. XXXIV. Fin de l'hérésie des iconoclaste : ANXXV. L'art et les monuments à l'épo que iconoclaste Mosaïques. Ivoires. Émaillerie. Miniatures. Orfévresf# XXXVI. L'art religieux à l'épo que iconoclaste. XXENE Bibliographie, par H. LECLERCO, col. 181 à 302.
: IMAGO CLYPEATA. par H. LECLERCO, col. 302 05.
IMMERSIONS. — I. Immersions baptisma les. 11 Iramersions ascétiques et pénitentiel les, par H. LECLERCQ col. 305-311. ;
IMMIXTIO, par Fr. CABROL, col. 311-323. l
IMMUNITÉ. — I. Ce qu'est l'immunité. II. Le régimi des domaines impéri aux. III. Le régime des domaine privés, IV. Origines de limmunitėé. V. Juridiction de l’im muniste. VI. Apparition du diplôme d'immunité. VII. Li diplôme d'immunité et ses clauses. VIII. Organisation e
| administration du domaine. IX. Rapports des habitant du domaine avec le pouvoir. X. L'immunité et le serviu militaire. XI. L'immunité et les impôts. XII. La juridictior d'immunité. XIII. La conception carolingienne de limmu nité. XIV. Extension territoriale de l'immunité. XV Exemption du service militaire. XVI. Attribution des pro fits au fisc. XVII L'immunité commerciale. XVII Exemption de la juridiction d'immunité. XIX. La légis : lation d'immunité. XX. Protection de la puissance immu : niste. XXI. Subordination de la puissance immuniste XXII. Rôle de l'avoué dans l'immunité. X XIII. Le diplôme d'immunité mérovingienne. XXIV. Disparition de l'imrau : nité. 1° L'avoué, 29 Le diplôme. 3° Le domaine. XXV. Liste des diplômes authentiques. XAVI. Liste des diplômes reconnus f aux. XXVII. Bibliographie, par H. ee col. 323-390.
IMPOTS. — I. Impôts directs et impôts indirects. IT. Le portorium. ITI. La vicesima libertatis. IV. La DIET
| les anim aux. X. Contributions spécia les à certaines catéPour les communications relatives à la rédaction, s'adresser au Re P. F. Cabrol, abbot, Benedictine Abbey, Farnborough (Hampshire), ou à dom H. Leclercq, 32, Chepstow Villas, Bayswater, London, W. 11.
CONDITIONS ET MODE
Le Dictionnaire d'Archéologie chrélienne et de Liturgie parait par fascicu les in-4° de 128 pages environ. représentant la valeur de 3 volumes in-12 de 300 pages. — Une gravure hors texte tient lieu de 16 pages de texte.
Le prix du fascicule est de 8 francs (port en plus), payab les dans la quinzaine qui suit la réception de cha que fascicule. En cas de retard dans le paiement, les frais de recouvrement sont à la charge du souscripteur.
Les fascicu les ne se vendent pas séparément. Les exemplaires d'occasion et les souscriptions. édées ne sont ni complétés ni continués. p1 HES | mE | »1 l | ; à Fa | J l | TE
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PUBLIÉ PAR
ABBÉ DE SAINT-MICHEL DE FARKEOROUGEH (ANGLETERRE)
PARIS, VI MIBRATRMOLETOUZEY ET ANE 87, Bourevarp 87 Le Eitin, a 1-« E e a E A ee DD or dm 2 E Es bn dE TR LEA = A RL A cases —
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l. — Sur les monuments épigraphiques de l'épo que républicaine et du premier siècle de notre ère, la lettre I est figurée de la façon le plus sommaire ; c'est une vergette posée verticalement dont les extrémités sont comme cassées net 1. Plus tard on émousse les deux extrémités et on commence ainsi à obtenir nne lettre bien pourvue d'une tête et d'un pied , Dans les inscriptions monumenta les, il est aisé, à toutes les époques, de distinguer la lettre | des lettres T et L ; au contraire, dans les textes peints, les graffites et tous ceux qui sont tracés sans beaucoup de précaution, il est facile de confondre | avec ces autres lettres . On rencontre très souvent le mot divus ou son génitif divi et le nominatif pluriel divi figuré avec un ou deux į dépassant les autres lettres, de cette manière : DIVVS . Le même usage se rencontre dans d’autres mots encore ; au génitif singulier ¢, au datif singulier de la troisième déclinaison 7 ; plus rarement au datif et à l’ablatif pluriel è. On rencontre souvent les mots imperator et imperium 1 commençant par un grand |, mais, quoi qu'en aient pensé Schmitz et Ristchl +, il semble douteux qu'il s'y attache une idée de révérence pour la personne impériale, car on rencontre li de gran des dimensions en tête des mots In, Ilem, (ussu 12.
On trouve un | dont la partie supérieure est bouclée ou simplement courbée 1, le plus souvent à gauche, mais quelquefois aussi à droite, ce qui lui donne l'apparence d'un f #, Une autre forme de | est celle qui se termine par un trait incliné : ou courbé vers le bas et à gauche 15 ; on rencontre cette forme au rr° siècle.
L'emploi du point sur l’| ne se rencontre nulle part
DICT. D'ARCH., CHRÉT.
dans l'antiquité. Le P. Garrucci (voir ce nom) a fait. erreur en soutenant que les | pointés étaient antiques dans le texte de la Lex Furfonensis ; cette opinion est depuis longtemps réfutée 15. Zaccaria a constaté la présence de points triangulaires sur une inscription du r% siècle 17, mais E. Huebner conjecture non sans vraisemblance qu'ils sont une addition moderne : on en peut dire de même et avec plus de certitude d'une inscription publiée par Muratori1#, Nous trouvons toutefois un exemple d’| pointés dans l’épigraphie chrétienne, sur une inscription d’Espagne du vit siècle 2°, enfin, et c’est probablement le plus ancien exemple, sur une inscription de Garthagène, datée de 589-590 10 (fig. 5767) si toutefois ces points, qui semblent jetés au hasard, sont contemporains de l'inscription.
Au Moyen Age, l'usage des | pointés s'est répandu dans l’épigraphie et dans la paléographie, D'abord | on a fait usage des accents pour distinguer l'i redoublé | de la lettre u, avec lequel la confusion est vraiment trop facile. Ce n'est pas seulement dès la seconde moitié du x° siècle que cet usage peut se constater 2 ! sur un cartulaire de saint Cyprien de Poitiers, mais dès le dernier quart du x° siècle, sur une charte de Marmoutier, datée de l'année 1077, représentée par une copie avec des remarques paléographiques dans la collection Moreau à la Bibliothè que nationale #, Si on parcourt l'épigraphie chrétienne, la lettre | n'offre matière qu'à peu de remarques.
Corp. inser. lat., t. m, | pour C, n. 9511 ; | pour E, n. 9507 ; | pour F, n. 9121 (pas chrétienne) ; |C pour
VII. — 1
meme cs ot RUE D re Rue cri
3 | I= BORA
H, n. 9515 ; | pour L, passim, | pour M (7), n. ! 4844 (pas chrétienne) ; | pour R ( ?), n. 9156 (pas chrétienne) | pour $, n. 9713 (pas chrétienne) ; | pour T, passim ; || pour TT, n. 12877 ; | pour V, n. 4222 ; | pour Y, | n. 5972, 9527 ; | pour Z, n. 10190 (pas chrétienne). Corp. inscr. lal, t. v, | pour Y, n.,1649, 5425, 5430 ; IE devenu E, n. 6244, 6251 ; |E devenu |, | n. 6512, 6527 ; | devenu E, n. 6257 ; | disparu, n. 4106, 6401, 7451 ; | absorbant E, n. 305, 6512, 6527, 6562.
Corp. inscr. lal., t. vm, || pour E, n. 553 ; E pour |, n. 8635 ; 11 pour |, n. 8640 ; E pour IE, n. 152, 2009.
Corp. inser. lat., t. 1x, | pour 1], n. 5419 ; Y pour |, n. 55666.
Corp. inser. lat., t. x, | pour IN, n. 7760 ; | pour Y, n. 4528 ; 1191, 4487, 4492, 7712.
Corp. inscr. lat., t. xm, | pour |l, n. 941, 1213, 2079, 2116, 5276 ; I| pour |, n. 5861 ; pour Y, n. 2314, 1505, DEXTRALEVAQ B , CQMENCIOLVS sic
MISSVSAMAVRICOAVECO
Quintilien nous apprend que l'introduction de l'Y à Rome fut postérieure à l'adoption de l’| et de VU et y eut une valeur différente de celle de ces deux lettres, En effet, le même Quintilien nous parle de l'extrême douceur d’une voyelle et d'une consonne de l'alphabet grec (l'Y et le Z), que les Romains avaient coutume d'emprunter lorsqu'ils emplovaient un mot de la langue grec que, ce qui n'arrivait ja mais, poursuit-il, sans ajouter de la grâce et de l'éclat à la diction ; et il cite, à titre d'exemp les, les mots Zephyrus ét fopyrus qui, écrits en lettres romaines, auraient.
| produit un son sourd et pres que barbare 5.
Si on suit les transformations subies par les noms | de lieux en passant du latin dans la langue vulgaire, on constate que les noms terminés en iacus, lacum, eium, ium, aium ont produit des noms modernes terminés en à, quelquefois en ai, ja mais en y. Par exemple : Esiacum a fait Esi ; Gaugiacus a fait Joui ; z AVE avis ARDV À TVRRIVM MIRARISCVL Mi NA VESTIBVLVM Q. VR B LSDVPLICPORTAFIR MAT VM gs PANIA € IRCVITORBE M y ANNVITA/G°IND Vin | omis, n. 339, 2108, 2180, 2187, 2311, 5346, 5861 ; IE pour |, n. 966, 5868, En Italie, en Afri que, en Gaule, Vi épinthéti que se rencontre assez fréquemment devant sp : {spirilus, Istercoria, Ispirito, et Espirilum 1.
Nous venons de voir à plusieurs reprises une confusion entre la lettre à et la lettre y. Depuis près d’un siècle, les érudits ont discuté la question de l'équivalence de ces lettres, principalement dans les noms propres des localités. Auguste le Prévost, un des premiers, dans ses trav aux sur la géographie ancienne du département de l'Eure, substitua l'J à l'Y à la fin dės noms de lieux, s'appuyant sur l'autorité des plus | anciens documents dans lesquels l'i figure toujours | et ja mais l’y*. Benjamin Guérard adopta la même réforme et supprima ly final dans les noms de lieux que renferme le cartulaire dé Saint-Père de Chartres #, donnant pour raison que l'emploi de l'y n'était justifié ni par l'orthographe ancienne, ni par l'étymologie #, _ Aprileium a fait Avrilli : et Adisiacum, Aliseium, Alisium ont fait Alisai. Il n'en serait plus tout à fait ainsi au sud de la Loire où les noms en acum, par exemple, ont fait le plus souvent ac : par exemple Soilliacum qui se traduit dans la région du nord par Sulli devient au sud de la Loire Souillac. Or les documents français les plus anciens, et par conséquent les plus dignes de foi, n'introduisent pas l'y dans ces désinen ces, et il n'existe en effet, pour l'y introduire, aucun motif, ni étymologie grec que, ni adoucissement euphoni que, ni double i, ni génitif à reproduire. Ainsi donc, quelle qu'en soit la date, l'intrusion de l'y n'est pas mieux justifiée dans la transcription des noms topographiques que dans celle des mots de la langue usuelle. H. LECLERCO.
IBORA. — Saint Basile est-il né à Césarée ou dans une localité du Pont ? c'est ce qui ne semble pouvoir pas être décidé avec certitude ®. Nous savons que son père était avocat en grande réputation de talent 7 et de
ceux de son aïeule Macrine ?, Basile se retira plus tard dans une solitude où s'élevaient les monastères dirigés par Macrine la je une et par Pierre, à Annésoï. C'est ce qu'on peut croire si on admet que la lettre umt de la correspondance a été écrite dans cette solitude. Or Annésoi est située à proximité d'Ibora et si Ibora doit être identifiée avec Tourkhal, Annésoï doit se trouver en aval, sur l'Iris, dans les gorges qui avoisinent Tchengel Boghaze. Il suit que le domaine familial de saint Basile serait peu éloigné de Zéla et d'Amasia ; cependant le grand docteur semble pres que les ignorer et, dans sa correspondance, il nomme deux fois Zéla , trois fois Amasia 5, sans paraître s'y intéresser. Il n’en va pas de même à l'égard de Néo-Césarée et de ses habitants auxquels il est uni par les couœrtxxl olxelotntes « qui constituent le plus solide des liens ë ; » aussi prend-il sa part d'affliction lorsqu'ils perdent leur évê que — que lui-même regrette peutêtre médiocrement ; — il s'associe à leurs regrets ?, leur adresse les consolations non seulement d'un ami, mais d'un « voisin #. » Tout ce qui les concerne le touche personnellement, il s'inquiète pour la pureté de leur foi et proclame que Néo-Césarée « est la gloire de Basile comme Basile sera leur gloire au jour du jugement * ; » aussi, « s'il lui fallait prouver au monde son orthodoxie, c'est du témoignage de Néo-Césaréens qu'il se réclamerait 10, » L'aïeule de Basile, sainte Macrine, était de Néo-Césarée et elle lui a transmis la doctrine du grand apôtre local, Grégoire le Thaumaturge 11 ; l'attachement était récipro que, puis que, à un moment donné, — probablement pendant la retraite de Basile à Annésoï — les Néo-Césaréens veulent reconquérir leur compatriote et lui offrent une chaire dans leur ville ; dans une autre circonstance, ils se montrent disposés à lui faire violence afin de le retenir au milieu d'eux #, En sorte que tout porte à admettre que Basile était originaire de la ville même de Néo-Césarée ou des faubourgs de cette ville, mais comme il s'agit d'un domaine, le domaine d’'Annésoï, il faut tout de même s'éloigner un peu de la ville proprement dite #, Comme l'Iris coule là, on ne peut songer qu'à cette partie de son cours qui, relativement proche de Néo-Césarée, forme avec la basse vallée du Lycus une même région naturelle, ceci reporte vers l’ancienne Phanarée, aujourd’hui la plaine de Tach Ova, en sorte qu'Annésoï se trouvera vers le confluent des deux rivières 4 C'est ce que confirment plusieurs textes. Grégoire de Nysse décrit l’Iris comme un-fleuve ås dr adrñs tG’ Apuevlac rs dpyac Eyonu, tk TOY huetépwy TOTEY émi Toy EdEelvoy Tlôvrou zò ġziüpov Éxdi8waL 5 : il semble bien que ces MLLÉTEGO ! roro, c'est-à-dire Annésoï, soient à l'embouchure du fleuve, Grégoire connaît bien le Lycus et le péril que ses crues soudaines et formidab les font courir
IBOR A 6
vertu ! et qu'après avoir grandi sous ses veux et sous aux campagnes de la plaine où il déborde : il le décrit en homme qui connaît toute cette contrée 1%, Le même Grégoire rapporte que son frère Naucrate se rétira dans un pays montagneux, couvert de forêts, à trois journées de la résidence de sa mère 17, ce qui peut se placer tout naturellement dans la haute vallée du Yéchil Irmaq vers Tomara.
En 375, on voit saint Basile inviter les évêques du Pont à venir le voir ou à fixer dans leur pays un licu où il puisse les rejoindre. Son ami, l'évê que Elpidius, convoquera donc ceux qu'il nomme ol tv mapahlav HATOLHOUVTES 15 en un lieu que nous ne connaissons pas, mais qui peut être Dazimon, près de Comané, où vint Basile qui exprime, dans une lettre à cet Elpidius, sa joie à la pensée de le revoir, lorsqu'il se retrouvera èni tis xouavLx Nc évoolas 1°, Basile semble s'être arrêté quel que temps à Dazimon où « Eustathe avait causé beaucoup de désordre 2, , mais où il ne put rencontrer son ancien ami Hilaire qui venait de se remettre en route #1, De Dazimon, Basile, pour voir sa. famille ? ? et se reposer *, se rend à l'olxièiov [lérsou d'où est écrite la lettre n. ccx.
Lors que Basile quitte Dazimon, ses adversaires de Néo-Césarée prennent l'alarme à la pensée qu'il se rapproche de cette ville, s'y rend et va exiger d'eux un acte de soumission, même ils s’enfuient 3. Si de Dazimon saint Basile se rendait au delà de Tourkhal, il s'éloignait de Néo-Césarée au lieu de s'en rapprocher, ce qui était de nature à rassurer plutôt qu'à affoler ses adversaires. Mais si en quittant Dazimon il se dirigeait vers le Nord, ceci était de nature à les inquiéter ; une circonstance venait ajouter à ces craintes une certaine vraisemblance. Pour se rendre de Togad à Tach Ova, on doit suivre la route de Niksar ; en été, on peut quitter la route à mi-chemin de cette dernière ville : en hiver, on est obligé de la suivre jusqu'à la vallée du Lycus, c'est-à-dire pres que jusqu'aux portes de Niksar. Or le voyage de saint Basile eut lieu pendant l'hiver #5, ce qui put contribuer à faire croire qu'il se rendait à Néo-Césarée, d'où l'inquiétude de ses ennemis. Quand on apprit qu'il s'était détourné vers Annésoi, on le trouva encore trop près pour que la sécurité se rétablit. Ce passage semble donc décisif.
A la nouvelle de la mort de saint Basile, saint Grégoire de Nvysse se rendit dans le Pont pour visiter sa propre sœur sainte Macrine. Il en parle dans la vie de cette sainte qu'il écrivit lui-même et aussi dans la lettre xixe de sa correspondance. La distance à parcourir entre Nysse et le monastère de Macrine était de dix jours #. Or Tourkhal se trouve seulement à 250 kilomètres de l'emplacement probable de Nysse. Le chiffre paraît faible, et on préférera la partie de Tach Ova avoisinant le confluent de l'Iris et du Lycus qui est à 60 kilomètres (soit deux journées) plus loin.
| avoir été assez proche de Néo-Césarée ; » dom P. Maran, | | 1 IBORA | g En approchant d'Annésoï, au dernier jour de son voyage, Grégoire apprend que son frère Pierre est parti à sa rencontre, mais ils ont pris des routes différentes et se sont manqués. En effet, deux routes conduisent du Tach Ova vers le Sud ; on peut prendre à l'Est ou à l'Ouest du gros massif de Bouhale Dagh. Pierre était parti afin d'avertir Grégoire que leur sœur Macrine touchait à sa dernière heure, et, en effet, elle expira le lendemain soir, pour être enterrée le jour suivant au matin ! Aux funérail les assistait l'évê que d’Ibora avec tout son clergé — ce qui suppose une réelle proximité — et une multitude tele ? qu'on mit toute la journée à transporter le Corps jusqu'à la chapelle des Quarante-Martvrs, bien que la distance ne fût que de 7 à 8 sta des. « Pour qu'un pareil concours ait pu se produire en si peu de temps, il fallait que la région fût très peuplée. Détail qui convient parfaitement à la riche plaine de Phanarée, tandis que les environs de Tourkhal ne présentent guère que des marécages entourés de hautes montagnes où les villages sont fort rares 4 » La proximité d'Ibora par rapport à Annésoï peut encore s'autoriser du fait que Basile s'intéresse au sort des habitants d'Ibora 5 ; que ceux-ci, à la mort de leur évê que, prient Grégoire, son frère, de se charger de l'administration de l'église *. Si donc Annésoï est proche du confluent de l'Iris et du Lycus, Ibora ne pourra tomber en dehors de la’ plaine de Phanarie. e Du coup, un fait qui paraissait étrange recoit son explication. Au temps de Strabon, ce district était un des plus riches du Pont 7 ; au confluent des deux rivières s'élevait la ville d’ Eupatoria-Mag imopolis qui en for mait le centre. Il est probable que dans les sièc les suivants son importance ne diminua guère, car aujourd'hui encore c’est un pays fertile et peuplé. La plaine est bordée au Nord et au Sud par une série de-gros villages dont les noms, pour la plupart, ne sont pas turcs. Ils représentent, à n'en pas douter, des toponymes anciens et attestent que ce district a toujours été un centre important de population. Dès lors on s'attendrail à y trouver, à l'épo que chrétienne, un évêché situé en une ville qui aurait remplacé — peutêtre dans un site différent — l'ancienne Eupatoria et que la seule proximité de Néo-Césarée aurait empêché de devenir considérable. La moAtyvn d’'Ibora, telle qu'on l’a supposée placée, répond parfaitement à ces conditions $. » La détermination exacte du site d'Annésoï et de celui d'Ibora peut être poussée plus loin.
L'identification d’'Annésoï avec le village de Sounisa {ou Sonnisa °} semble être plus et mieux qu'une conjecture, encore que la forme Sanisa serait seule régulière. Le site du village actuel de Sounisa s'accorde avec ce que nous savons d'Annésoï. Il est situé à 4 kilomètres des rives de l'Iris et à 8 kilom. 500 du confluent avec le Lycus, ce qui est assez considérable, mais le village a pu être déplacé pour s'éloigner du fleuve, lors que les rives de celui-ci, par suite de l'incurie tur que, devinrent marécageuses. Le nom d'Annésoï paraît avoir été susceptible d'une certaine extension : saint Basile s'en sert pour signaler le lieu de sa retraite situé sur une rive du fleuve et la x@un située sur l’autre rive. Ce serait donc un nom applicable à toute la superficie d’un vaste domaine. Du village à l’ermitage, il y avait une assez grande distance, puis que Basile décrit sa solitude comme hors de la route des voyageurs et visitée seulement par de rares chasseurs 19, On ne sait si les deux monastères de Macrine et de Pierre se trouvaient dans le village ou aux environs, Tout ce qu'on peut dire, c'est que ces deux monastères étaient peu éloignés l’un de l'autre. Nous savons qu'une famille amie vint rendre visite à Macrine qui hébergea chez elle la mère et la fille et fit loger le mari dans le couvent des hommes ; les communications étaient constantes d'une maison à l’autre 14 Quant à la solitude de saint Basile, l'emplacement semble offrir une certaine probabilité.
« Avant de déboucher dans la plaine d'Hérek, l'Iris doit se frayer un passage entre deux rangées de collines. Cel les qui le serrent de très près au-Sud seraient qualifiées de « montagnes » si el les n'étaient dominées par les hauts sommets de Bouhale. On les appelle Héris Dagh. El les s'élèvent par des pentes abruptes à 570 mètres au-dessus du niveau de la plaine. A l'Est du point culminant, au pied même de l'escarpement et à 1 500 mètres environ du fleuve, se trouve le village grec d'Hadji-Bey. Son église est consacrée à saint Basile. Le P. G. de Jerphanion y a vu un fût decolonne et plusieurs autres débris qui avaient été déterrés par les pay sans ! ? dans un champ situé à quelques minutes au 5-0. du village, où il a reconnu des tra ces de fouil les et sur le sol quelques vestiges de constructions. De l'autre côté du village dans la plaine, il y aurait encore des ruines. Mais à mi-côte de la montagne, en un lieu qu'on ne peut aborder que par un sentier très étroit et en faisant un long détour, on à trouvé une plate-forme de médiocre étendue qui dominait à pie le village d'Hadji-Bey. Au milieu, une enceinte de pierres sèches reposant sur les fondations d'une chapelle ruinée depuis longtemps, car à l'intérieur avait poussé un épais bouquet d'arbres. Ce lieu est encore vénéré des Grecs des environs : ils l'appellent Hagios Vasilios, mais ne peuvent dire pour quoi. Ils y viennent en pèlerinage, ce qu'attestent les nombreux chiffons attachés aux arbres, et on y amène des mala des au « saint r.
On pourrait noter bien des points de ressemblance entre cet endroit et -les lieux décrits par saint Basile % : la montagne d'un côté et, de l’autre, les précipi ces ; un seul accès et difficile, la vue s'étendant sur la plaine et sur le fleuve : les brises montant d'en bas vers le haut sommet par un appel continu : le désert, la tranquillité, l'isolement. Si le saint rapproche l'Iris du Strymon à Amphipolis, n'est-ce point parce qu'il le voit, au sortir des gorges, s'étaler paresseusement dans la plaine ? I man que, il est vrai, la forêt et les e aux ruisselant de toutes parts : mais bien d’autres régions boisées dans l'antiquité ont vu disparaitre leur verte parure et avec elle l'abondance de leurs sour ces. D'ailleurs un bouquet d'arbres respecté par la superstition des pay sans subsiste — comme sur tant de sommets — à la pointe de l'Héris Dagh, dernier témoin de l’ancien boisement : et des flancs de la montagne, en plusieurs points, notamment prés d'Hagios Vasilios, coulent encore des filets d'eau. Le désaccord de quelques autres détails s'expli que aisément. Dans leur correspondance relative à la solitude d'Annésoï, Basile et Grégoire badinent ; tous deux exagèrent, chacun dans son sens, l’un en dépeignant la beauté du site, et l'autre son horreur. Il ne faut donc pas chercher aux environs la cataracte qu'admirait Basile (et qui ne se trouverait pas sur tout le cours de l'Iris) : il s’agit simplement des rapi des de la rivière dans les gorges, — ni les rochers qui menacaient la tête de Grégoire, ni les sommets si hauts qu'ils lui
9 IBORA —
cachaient le soleil ét pres que la lumière du jour, ni les brouillards si épais que le solitaire sur sa montagne ressemblait à Moïse au milieu des nuages du Sinaï 1, » Quant à Ibora, il semble vraisemblable qu'on doive l'identifier avec Iver Eunce, à 6 kilomètres environ au sud d'Hérek. | H. LECLERCQ.
ICONIUM. — Iconium (‘Ixéviow) est une ville anti que qui fut située jadis près de la frontière de la Lycaonie et de la Phrygie et qui a conservé son ancien nom sous la forme encore reconnaissable de Konieh. Sa situation parmi des vergers fleuris en faisait une ville agréable et attrayante et contribua à accroître son importance au point de vue administratif. Les anciens auteurs parlent d’ Iconium comme d'une cité de la province de Lycaonie ?, ce qui ne s'accorde guère avec l'affirmation de saint Luc qui nous montre Paul et Barnabé fuyant Iconium et se rendant en Lycaonie* ; : or il se trouve que c’est saint Luc qui a raison lorsqu'il montre que l'apôtre traversa la frontière en faisant les 18 mil les qui séparaient Iconium de Lystres, Xénophon mentionne la ville d’Iconium comme la ville la plus orientale de la Phrygie# : à peine l’avait-on quittée qu'on entrait en Lycaonie. Quant aux haäbitants d'Iconium, ils se tenaient pour Phrygiens et n'eussent consenti à aucun prix à être qualifiés Lycaoniens. Lors du procès de saint Justin le Philosophe qui fut martvyrisé à Rome, un des discip les jugés avec Justin, le nommé Hiérax, interrogé sur son pays d’origine, se déclare esclave venu d'Iconium en Fhrygie. Firmilien, évè que de Césarée dé Cappadoce, qui siégea au concile d' Iconium, en parle comme étant situé dans la Phrygief. Enfin, sur ses propres monnaies, Iconium ne se réclame pas du £oinon Lycaoniæ qui fut établi peu après l'année 137 de notre ère ; mais, tout en revendiquant une origine phrygienne, cette ville, comme beaucoup d'autres vil les de l'Asie Mineure, aimait à se parer de quel que belle légende helléni que : aussi faisait-elle dériver son nom du mot elxcv -« image », parce que, disait-on, Persée avait apporté en ces parages une image de Méduse %. Il est vrai que d’autres préféraient dire que ces images étaient les statues de glaise que Prométhée avait façconnées après le déluge pour mettre à la place des noyés.
La langue parlée à Iconium a été longtemps connue seulement de facon conjecturale. Les hautes classes parlaient principalement le grec et ceci nous expli que que les inscriptions trouvées dans cette ville étaient toutes grecques. C'est en 1910 seulement que Sir W. M. Ramsay découvrit à Konieh deux inscriptions en langue phrygienne. La plus longue ? est écrite dans un mélange de patois phrygien et de grec vulgaire. Nous savons aussi qu'à Iconium la mythologie locale était phrygienne. Ses héros étaient Nannakos, le vieux roi phrygien, et Persée, signe de l'influence grec que en Asie Mineure. Les déesses du pays étaient une forme de la Grande Mère phrygienne, Méter ďizimmene, variété dialectale de Dindymene.
Iconium fut gouvernée successivement par les Séleuci des, rois de Syrie, au m° siècle avant notre ère, et devint le lot des rois de Pergame en 190 avant J.-C., mais ne fit en réalité ja mais partie de leur royaume et passa, probablement vers 164, sous le pouvoir des Galates, formant une portion de la Tétrarchie FProscilemmene. Avec la Galatie, elle passa dans le royaume des rois du Font pas plus tard que l'an 129. On n'en sait pas beaucoup plus sur son compte jusqu'en l'an 39 où Antoine la donna à Polémon avec la Cilicie Trachée. En 36, elle devint le bien du roi Amyntas, promu alors roi des Galates,et à la mort de celui-ci, en l'an 25, Iconium fut incorporée à l'empire romain comme faisant partie de la province de Galatie. Claude l'autorisa à prendre le nom de Claudiconium. Sous Hadrien, la ville, redevenue Iconium, fut élevée au rang de colonie : Colonia Aelia Hadriana Iconiensium, et, pendant les 11° et m® sièc les, elle fit partie de la province de Galatie. Vers 295, Dioclétien remania les provin ces et forma une Galatie du Sud à l'aide de piè ces et de morce aux des provin ces voisines ; elle prit le nom de province de Pisidie, ayant pour capitale Antioche et Iconium pour deuxième métropole : et Tv Leyiornv N rpt pendant que la Lycaonie orientale était peut-être réunie à l’Isaurie. Au rve siècle, Ammien Marcellin (xrv, 2) décrit Iconium comme une ville de la Pisidie : mais vers 472, elle devint métropole d’une nouvelle province de Lycaonie qui dura jusqu à la fin du système provincial byzantin et qu'on rencontre encore en vigueur dans les Nofiliæ episcopaluum.
La ville était trop commerçante pour n'avoir pas attiré les Juifs de la dispersion # : cependant on n'y a rencontré qu'un très petit nombre d’épitaphes juives *. Saint Paul porta le christianisme à Iconium au cours de sa première mission apostoli que et il y revint une deuxième fois 1, C'est à son premier passage que se rapporte le récit célèbre de la conversion et du martyre de sainte Thècle (voir ce mot}. Ce récit singulier fut composé vers le milieu du Me par un prêtre asiate qui a eu entre les mains des indications contemporaines des événements qu'il rapporte. La pièce mentionne avec exactitude la route impériale qui joignait Antioche à Lvstres et que Paul, sur l'indication d'Onésiphore, quitta peu avant Selki-Seraï pour gagner Iconium par la traverse.
Les premiers évêques d’'Iconium ont été Sosipater (Sopater de Bérée 11) ; Terentius ou Tertius # ; Cormeétus ou Coronatus, martyr sub Perennio præside et qu'on peut tenir peut-être pour histori que : Celsus, qui gouverna cette Église avant 260 1 ; Nicomas, vers 26426Q 14, En 232, un concile fut tenu à Iconium #. On a trouvé aux environs de la ville beaucoup d'inscriptions chrétiennes, principalement au Nord et au NordOuest, non datées, mais que leur style permet de reporter au rit siècle 1% Parmi les plus intéressantes de cel les qui ont été trouvées aux environs d'Iconium 17 :
+ ANATIAYCON CIP THN AOYAHN :COY :IGANOYN TAPOPONTA :-TTAI MEAH MATA TA EN TNOCI KE-ENA FNOIA AYTHC HMA Avarauoou. Kupte tav Souny cou Iwavouv TANLLEATNUNTE TE EV YVOOEL KAL EV ŒYVOLX AUTAS PNAGLLETE.
Miserere Domine servæ tuæ Johannæ, ignosce ei peccata cognita sibi et incognita.
TS r 11 ICONIUM Au musée de Konia (venant de Nighde) ! : Eùyevig Mogrivou aarivou Ouyatre čvÜde xeite ns (Voir Dictionn., t I. col. 1818, fig. 485). :
H. LECLERCO. ICONOCLASME (Voir ImAGEs).
ICONOGRAPHIE.-- I. Origine. IIL. nt-m® siècle. IIT. rve siècle. IV. v-vre siècle. V. Art byzantin.
I. ORIGINE. — Une part assez large est faite dans ce Dictionnaire aux types iconographiques pour qu'on ne considère pas comme un hors-d'œuvre l'étude de la science iconographi que elle-même. Elle consiste dans la recherche et l'interprétation des représentations figurées, soit individuel les, soit symboliques. Quand on a longtemps fréquenté les artistes et leurs prétendus interprètes, même si on s'en tient à la période qui fait seule l’objet de nos étu des, on se persuade très vite que l'iconographie n'est pas une science vaine et inutile. Très souvent, il en faut convenir, elle entrelient des rapports plus étroits avec la fantaisie qu'avec la méthode et on est un peu déconcerté de voir tout cela mis au compte du symbolisme, c’est-à-dire d’une ignorance prétentieuse qui donne des explications pour des raisons. En réalité, il existe une science iconographi que digne de ce nom, c'est cells qui s'efforce d'atteindre, de retrouver et d'exprimer la pensée d'où est sorti un type qui a pris la valeur d'un symbole. Ceux qui ont, les premiers, dans les galeries des catacombes, imaginé une série d'emprunts aux Livres saints en vue d'énoncer une vérité morale et d'exprimer un enscignement dogmati que, ont été des initiateurs et des éducateurs qui, pour être restés anonymes, n'en ont pas moins de droit à notre reconnaissante admiration. Toute cette iconographie, qu'ils ont peinturlurée avec une maladresse parfois très grande, vaut mieux par le sentiment qui l'inspire que par la techni que qui l’'exécute. Cette imagerie, auprès de laquelle nos images d'Épinal font l'effet de miniatures habi les, est sortie d'une pensée sereine : les périls courus par l'âme humaine sur la terre l’acheminent vers sa destinée éternelle. Voici ce que l'iconographie répète et interprète de cent facons diverses. Figures de l'Ancien ‘Testament, épiso des de la vie terrestre du Christ, scènes imaginaires de la béatitude céleste n'ont pas d'autre but que de répéter sous toutes les formes, d'inculquer dans toutes les intelligen ces le but moral ét dogmati que que se sont proposé ceux qui guidaient le pinceau des vieux arti sans, chefs d'une lignée qui n’est pas éteinte de nos jours. Assurément, le souci d'un artiste du n° ou du mi siècle qui représente le sacrifice d'Abraham ne peut être comparé à celui de RembrandLl peignant le même sujet. Le premier lui assigne son rang dans une série où tous les sujets concourent à procurer un enseignement final, le deuxième traite isolément un sujet auquel il donne une valeur d'art et une signification histori que qui l'emportent de loin sur la tradition symboli que ; néanmoins il existe une transmission continue qui fait de nos chefs-d'œuvre modernes l'aboutissement de ces essais primitifs, pres que informes, et tout en appartenant d'une façon plus particulière à l'histoire de l'art, ils n’en restent pas moins les représentants, évolués mais encore reconnaissab les, de l'iconographie.
On ne s'affranchit ja mais complètement de la tradition iconographi que ; celle-ci persiste, elle informe les œuvres d'art qui semblent cependant concues et exécutées tout à fait en dehors de cette tradition, et 12 même en négation d'elle-même. Et si on arrive à s'en affranchir coûte que coûte et à tout prix, le résultat est contestable ; il suffit à qui veut s'en administrer la preuve de considérer à quoi a abouti le type dit du « Sacré-Cœur » quand on le compare au type du « Bon Pasteur », du « Dieu de majesté », du « Christ en croix ». D'une part une élaboration lente et progressive, de l'autre une improvisation hâtive, d'une part un résultat impressionnant par la simplicité naïve et gracieuse d'un tout je une pâtre, par la dignité souriante et placide d'un adulte robuste, par l'inexprimable et silencieuse douleur d'un supplicié divin, d'autre part un personnage trop flatté, trop soigné, trop occupé d’arrondir un geste, une figure qui ne sait pas émouvoir par cette gravité indicible à laquelle étaient parvenus jadis peintres, mosaïstes et sculpteurs des premiers sièc les chrétiens.
À s'affranchir de cette tradition, on gagne peu sans doute, mais il faut reconnaître que l'iconographie n'est pas une chose figée et immuable. Le sens des types et celui des symbo les s'altérent avec les âges, à moins que les types eux-mêmes ne s'évanouissent et ne disparaissent. L’enlèvement du prophète Élie dans un char, l'engloutissement du prophète Jonas par un monstre, l'exposition du prophète Daniel aux lions, sont pres que complètement délaissés à partir du Moyen Age. Bien d'autres types tels que : l’enlèvement d'Habacuc, l'empoisonnement du dragon des Babyloniens, le supplice des trois Hébreux dans la fournaise ne se rencontrent plus nulle part : les symbo les ne sont pas mieux traités que les types : l'ichlus, le dauphin, le cheval, le navire, la colombe semblent abolis et deviennent inintelligib les. L'iconographie mar que une tendance à se renouveler. L'ancien symbole des saisons fait place à celui des mois et du zodiaque ; les scènes qui retiennent la vogue et cel les qui l'attirent offrent généralement une signification épisodi que dans laquelle il sera facile de faire saillir un trait caractéristi que qui fera du type un tableau histori que. C'est en effet une tendance naturaliste qui s’affirme. A l'origine, les chrétiens évitent les représentations choquantes à leurs yeux de la passion et de la mort de Jésus. Une seule fres que des catacombes dans laquelle on a pensé voir le couronnement d'épines, voir Dictionn., t. vi, col. 189 „fig. 4141, pourrait d'ailleurs figurer ‘la scène du baptême. L'annonciation, la visite des mages sont aussi hiératisées qu'il est possible de le faire, mais peu à peu l'épisode réaliste, le trait naturel apparaissent et s’accusent de plus en plus. À ce point de vue il y a déjà une sérieuse distance parcourue entre l'iconographie des fresques et celle des sarcophages. Sur ces derniers le Christ est couronné d'épines ; Pilate, entouré de ses assesseurs, se lave les mains ; la croix se dresse debout. Mais, précisément, nous touchons ici à un des développements les plus caractéristiques de l'iconographie chrétienne.
Dans les catacombes, la croix n'apparaît que sous la forme de lignes ornementa les chargées de fleurs, de fruits, d'oise aux, etc. Si la crucifixion est représentée, comme nous l'avons montré, de très bonne heure, c'est sur des gemmes seulement qu'on la rencontre ; les fidè les ne supporteraient pas la vue de cet arbre d'infamie auquel serait suspendu le Sauveur ; au contraire, ils s'ingénient à le parer de toute facon, à faire rutiler sur lui les ors et les gemmes. Un peu plus tard, sur les sarcophages, on se ris que à figurer la croix, mais sa nudité est cachée par une couronne de lauriers, au milieu de laquelle se détache le monogramme du Christ. C'est à la fois le calvaire et le tombeau, car des soldats sont endormis au pied de cette croix : ou bien, nouveau pas accompli vers la représentation histori que, la croix vide porte le buste du Sauveur et elle est entourée des deux larrons crucifiés. Quand le crucifix (voir ce mot) est introduit pour la première fois en Gaule, cette représentation fait scandale et il faudra composer afin de la faire tolérer. Longtemps il faudra donner au Christ tout l'apparat d'un triomphateur : robe longue, diadème, pierreries, figures symboliques. Ce n’est qu’à la fin du xn° siècle, qu'on pourra s'aventurer à donner du crucifié une représentation naturaliste à laquelle on ajoutera encore, au xvit et au xvne, principalement en Espagne, toutes les sanies, toutes les horreurs de l'outrage, de la souffrance, de la mort, pour tenter, de nos jours seulement, dans le crucifié d'Aimé Morot, peint d'après les indications d'Ernest Renan, le dernier aboutissement d'un type iconographi que, d'où la beauté divine est tristement bannie.
Si la raison dernière et l'expression la plus accomplie de l’art devait être la reproduction matériellement la plus exacte, le plus beau tableau serait une photographie instantanée et le drame le plus émouvant serait la sténographie d'une cause célèbre ; ainsi l'iconographie se ramènerait à une conception empiri que, tandis qu'elle a toujours eu une portée morale et une valeur éducative. Ces longues séries de table aux peints à fresques ou en mosaï que et pour lesquels saint Ambroise et Prudence composent des légen des sobres et instructives, continuent en la développant l'œuvre iconographi que informe des catacombes ; la « Bible des pauvres » marquera un nouveau progrès dans le sens prévu et voulu par l'Église, qui veut mettre devant les yeux des chrétiens incultes un enseignement à leur portée.
Ce n'est pas, sans doute, le plus eflicace des encouragements que celui qui s'adresse aux résultats plutôt qu'à l'œuvre elle-même. L'art chrétien ne connut que très tard les encouragements officiels et les maigres libéralités qui y sont d'ordinaire attachées. A vrai dire, si nous pouvions entretenir les vieux arti sans qui décorèrent galeries et cubicu les, nous ne serions peutêtre pas compris d'eux en parlant d'art chrétien. Ils étaient d'honnêtes gens qui n'ignoraient pas tout du métier de peintre, mais qui en savaient tout juste assez pour peindre dans des caves et n'être appréciés qu'à l’aide d'un lumignon. Ils peignaient de recette, comme ils avaient vu faire leurs pères, leurs onc les et leurs frères aînés ; de temps en temps, il se trouvait parmi eux un artisan mieux doué, ayant du goût, quel que savoir et le désir de bien faire. Il réfléchissait sur les commentaires qu'il avait entendu de l'Ecriture, il travaillait à en donner une synthèse, à les résumer en quelques traits, et il réussissait. Mais vraiment il ne fallait rien moins qu'une candeur, une loyauté pres que sans bornes pour parvenir à faire accepter ces figures nouvel les. Évêques et clercs étaient indifférents ou hosti les à toute représentation dans laquelle ils flairaient l'idolätrie. Dans la société de ce temps, où la culture était fort avancée, où les arts tenaient une place importante dans la vie publi que, tout porte à présumer que la proportion des gens qui eussent donné l’art et les artistes pour une obole était égale à ce qu'elle serait de nos jours si on instituait une pareille recherche. Dès lors il ne faut pas être surpris si le goût et le sens du beau, la simple notion d’un art chrétien étaient étrangers à tous ceux auprès desquels l'Église primitive puisait sa règle de beauté. Toutefois il a dû y avoir des exceptions et beaucoup ont eu l'esprit assez large pour ne pas s'alarmer en voyant les attributs de la fable : génies, victoires, cariati des, pégases, hippocampes, thyrses, canthares ; ils ont souri et peut-être ont-ils approuvé tacitement.
Soit prévention contre la séduction des figures, soit incapacité de sentir et de jouir de tout ce qui est beau, on n'observe qu'indifférence de la part des conducteurs du troupeau chrétien à l'égard de l’art et des représentations figurées en général. Il est impossible de mettre en question la culture personnelle très étendue et très fine de ceux qui manifestaient cette répulsion pour tout ce qui touchait aux manifestations artistiques. Ni Clément de Rome, ni Ignace d'Antioche, ni Polycarpe de Smyrne, ni Justin le Martyr ne sont, ni ne paraissent, des esprits étroits ét mesquins. Leurs lectures, leur manière d'exposer et de discuter permettent de voir en eux des intelligen ces ouvertes et alertes pour tout ce qui regarde la philosophie et la morale. La forme particulière qu'est l'art existe-t-elle à leurs yeux, c'est tellement douteux qu'on croit pouvoir le nier. En dehors de leur signification idolâtri que et des suggestions immora les qu'el les peuvent procurer, les œuvres d'art semblent inexistantes, partant inuti les, au jugement de ces Pères. On serait assez tenté de croire que, de leur temps, la question n'existait pour ainsi dire pas, ne se posait même pas. Les fidè les appartenaient à une société familiarisée de longue date avec les représentations licencieuses, mais cel les-ci ne remplissaient pas tous les appartements, ne se rencontraient même pas dans beaucoup de maisons. Si on en juge par les peintures conservées à Pompéi, la peinture alexandrine et campanienne, qui jouissait alors d'une vogue considérable, se complaisait dans les architectures et les sujets de genre très inoffensifs : elle abusait des paysages, des amours nus et ailés, des architectures aériennes, ét tout ceci n'offrait rien de répréhensible. Les peintures qui figuraient tel épisode trop gaillard de l'histoire d’une divinité étaient, semble-t-il, exceptionnel les. Et puis, les imaginations étaient à tel point familiarisées avec ces histoires qu'el les ne songeaient pas plus à s'en scandaliser que les bons chrétiens de nos jours ne songent à critiquer les légen des hagiographiques les plus sujettes à caution. On y était fait : le rapt de Pr oserpine, les aventures de Psyché laissaient alors aussi indifférents — sinon aussi incrédu les i nos contemporains le culte de saint Expedit et certaines reliques frelatées ne parviennent à émouvoir les pieux fidè les. Les assemblées des chrétiens se firent longtemps dans des maisons privées, avec une installation de fort une, un ameublement liturgi que improvisé dans lequel il est permis de croire que les peintures et statues ne tenaient auc une place. Si avec les années on vit apparaître des représentations figurées, on peut croire que ce furent des symbo les : poisson, colombe, ancres, etc. Sion en juge, avec une apparence de raison, par la décoration la plus ancienné des catacombes, le vestibule des Flaviens n'offre d'abord qu'une vigne, des amours nus, une scène de banquet consistant plutôt en : un souper sur un guéridon, souper où l'on mange un poisson. Voici le premier art chrétien, si naïf, si sommaire que les chefs de l'Église n'avaient pas à s’en occuper, à légiférer. Cela aura bien pu durer environ deux sièc les, puis que, jusqu'à la fin du n° siècle, la question n'est pas soulevée, Sans doute il serait abusif de conclure du silence . général à l'inexistence ; mais on peut admettre qu'après tant de trouvail les et tant de recherches dans la littérature chrétienne, celle-ci ne nous réserve plus qu'un petit nombre de surprises et de découvertes pour la période primitive. Or les textes conservés et ceux dont la disparition est certaine ne disent rien, ne laissent entrevoir rien qui mette sur la trace d'une législation chrétienne en matière d'art, et on ne s'aventure pas be : aucoup en avançant que celte législation n'a Pas existé.
Vers la fin du ne siècle, le christianisme venait de jouir de plusieurs alternatives de persécution et de tolérance, Le règne de Commode marquait le retour à la tolérance et coïncidait avec un grand accroissement du nombre des fidè les, peut-être aussi avec une plus grande liberté, Ce fut alors que, pour la première fois, semble-t-il, des chefs écoutés se firent entendre et abordérent des questions nouvellement soulevées ; ils les résolurent dans le sens le plus rigoureux. Clément d'Alexandrie n'était peut-être pas l'esprit pondéré qui eût été en mesure de rendre une décision vraiment sage et prudente ; mais sa curiosité universelle n’avait d’égale que son intrépidité audacieuse. Il se souvient à propos que la loi mosaï que, attentive à éloigner du peuple de Dieu l'idolâtrie, a proscrit les images et il n'hésite pas à prononcer qu'il n’en faut pas faire sous peine de braver l'ordre de Dieu 1.
II. nf-mit SIÈCLES. — Clément n'était pas de ces esprits qui se préoccupaient avant toutes choses de se meltre d'accord avec l'opinion ; à l’occasion, il bravait celle-ci, mais il semble que sur la question d'art il puisse être tenu pour le représentant moyen de l'esprit régnant dans les milieux ecclésiastiques. Les statues des dieux lui apparaissent comme l’expression d'un art appliqué à séduire et à tromper les hommes ; ceux parmi eux qui ont souci de leur salut et de la vérité ne doivent rechercher que la sagesse divine. Au fond, Clément n’a pour l’art que du mépris, il y voit une expression matérielle qui ne saurait en aucun cas s'épurer assez pour exprimer un attribut quelcon que de la divinité, Pour ce métaphysicien disert, le discours répondait à tout, suffisait à tout, c'était son terrain familier, le métier dans lequel il excellait et pensait pouvoir ne rencontrer aucun rival. Au contraire l'art lui était un domaine fermé, et il lui en gardait ranc une, car ce n'est pas seulement à la sculpture ou à la peinture qu'il jette son interdiction, c'est encore à l'architecture ; il estime qu'une enceinte de pierres dressée par la main des hommes ne peut être une œuvre sainte *. Il eût été bien contrarié d'avoir à réciter, s’il avait vécu de nos jours, l'office de la dédicace : Terribilis est locus iste...
Tertüullien, on devait s'y attendre, n’est guère plus raisonnable que Clément. Il n'aperçoit dans les arts qu'une invention des démons destinée à servir leur culte , mais il est embarrassé de faire usage des prohibitions contenues dans l'Écriture, car il y rencontre le serpent d'airain et les chérubins du temple . Devenu montaniste, Tertullien n'est que plus hostile encore aux représentations artistiques : il va jusqu'à blâmer la figure du Bon Pasteur représentée-sur les cali ces.
Origène n'est pas aussi intraitable que son prédé cesseur Clément, mais il est bien près de juger inutile et dangereuse la profession d'artiste 5.
Une circonstance contrariait certainement tout sentiment favorable à l'art dans les communautés chrétiennes. À mesure que le gnosticisme faisait des progrès, on commencait à appréhender son influence et on se tenait en garde contre ses manifestations. Or plusieurs sectes gnostiques du x siècle pratiquaient les représentations figurées dont plusieurs nous sont parvenues sous la forme de gemmes, Les carpocratiens adoraient des images de Jésus, qu'ils mettaient au rang des philosophes . Dans quelle mesure cette iconographie gnosti que a-t-elle influé sur l’art chrétien primitif ? On n'a pas d'éléments certains sur lesquels appuyer une réponse : toutefois, pour qui connaît la tendance qu'ont toujours les croyants d'exprimer d'une manière sensible l'objet de leur foi, il est difficile de penser que l'exemple donné par les gnostiques ne fut pas suivi. Il ne faut pas se flatter d'établir une chronologie bien sûre parmi ces petits monuments rudement travaillés sur des pierres dures, mais cel les qui offrent les caractères d'antiquité le plus incontestab les sont aussi cel les qui présentent des symbo les religieux sans mélange des rêveries malsaines du gnosticisme dégénéré. En réalité, qu'y a-t-il de gnosti que dans quelques intail les du n° siècle représentant la Crucifixion ? (Voir fig. 4943-4945.) Rien qu'un mot et, peutêtre, une suggestion, de sorte qu'on pourrait soutenir avec vraisemblance que « ce n’est pas l'Église qui a créé l’art chrétien ; il est vraisemblable qu'elle n'a pas dû garder longtemps à son endroit une attitude indifférente et désintéressée ; en l'acceptant, elle l’a sans doute réglementé dans une certaine mesure, mais c'est à l'initiative privée des fidè les qu'il doit sa naissance 7, » combattu ou encouragé ou dédaigné, l’art chrétien à son tour négligea la protection officielle ; il s’affirma, grandit et dura. Gardons-nous, pour le dire en passant, de trouver partout matière à éloges et prenons cet exemple pour une leçon. On a écrit et on écrira encore de gros livres, on a étayé une apologéti que sur l'art chrétien, tous les clichés ont servi à démontrer que cet art était l'expression la plus pure, l'idéal le plus parfait, le véhicule le plus rapide d'une croyance religieuse seule digne et seule capable d'assouvir la mystérieuse ferveur de l’âme humaine. Les fresques des catacombes et les sarcophages barbares, les peintures médiéva les, les œuvres des quattrocentistes, de Raphaël, de Michel-Ange, de Fra Angelico et de bien d'autres ont formé la matière d’une grandiose et inépuisable louange adressée à cette foi, à cette religion, à cette Église dont el les offrent les mystères et les événements retracés avec une splendeur et une émotion magnifi que et touchante. Rappelons-nous Îles modestes origines contrariées, l'hostilité, l’indifférence aux débuts de cet art dont on est si justement fier aujour d'hui.
Le point sur lequel les premiers chefs de l'Église manquèrent de perspicacité fut de ne pas comprendre que la foi nouvelle et la religion chrétienne devaient posséder un moyen d'expression approprié à sa destination. L'art, indispensable à la vie anti que, n'était pas moins nécessaire à la vie des fidè les ; c'était une habitude de la race helléni que et latine qu'on pouvait purifier, mais qu'on ne devait pas espérer détruire. Si ces chefs avaient été plus observateurs, ils n'auraient pas manqué de voir que les Juifs euxmêmes, sortis de Palestine, implantés en Orient, en Grèce ou à Rome, se détachaient progressivement de la rigueur mosaï que et acceptaient discrètement les figures humaines et anima les. Obtiendrait-on des païens convertis le renoncement que les Juifs pratiquaient de moins en moins ? Il n’y fallait pas songer. Dès que la persécution obligea les fidè les à la dissimulation, lors que les réunions dans les habitations privées n'offrirent plus une sécurité suffisante, les groupes se glissèrent dans les catacombes pour y célébrer leur culte et l’art chrétien devint un art exclusivement funéraire. Les décorateurs furent amenés par cette circonstance à retracer des cyc les adaptés aux croyan ces des défunts et aux espéran ces des survivants, Mais ces décorateurs avaient, si on peut dire, fait carrière dans l’art funéraire. En se convertissant, ils changeaient de croyance et changeaient de clientèle, mais ils ne changeaient pas de métier. Peintres ou sculpteurs, ils avaient passé leur existence plus ou | moins longue à représenter des symbo les, des épiso des, des légen des, des mythes dont la signification ne leur échappait pas, et toutes ces allégories tendaient à rap- ~ peler la croyance de plus en plus répandue à l'immor- … talité de l'âme, Cette iconographie païenne était beaucoup plus variée que l'iconographie chrétienne, Depuis longtemps les cahiers de modè les avaient épuré les types, corrigé les lignes, réalisé des images correctes et sobres ou tout était calculé et significatif. Au contraire, en devenant chrétiens, les arti sans ne trou_ vaient rien, ou bien des symbo les si frustes qu'ils devaient être embarrassés et humiliés de les reproduire, mais ils étaient personnellement incapab les de les retoucher et de les améliorer. D'abord ils se contentèrent de reproduire ces pampres, ces amours qu'ils exécutaient de re cette, ensuite ils voulurent faire plus sinon mieux, mais ils n'éliminérent pas d'une façon systémati que leur ancien répertoire, Il y avait là- . de dans des scènes champêtres d’une valeur décorative et d'une décence morale trop précieuses pour être sacrifiées. En même temps, ces arti sans s’eflorcèrent d'exprimer certains sujets expressifs qui pouvaient n'être compris que de leurs coreligionnaires. Ces symbo les, ces figures, ces scènes se complétant les uns les autres composérent finalement un système diconographie religieuse.
Une première catégorie est purement ornementale ; elle est représentée par le cubicule d’'Ampliatus (voir ce mot) dont les fresques peuvent remonter à la fin n_ du 1 siècle. C’est un entassement d'architectures irréel les, mais gracieuses et plaisantes, alors à la mode. N'ayant pas toujours le moyen de bâtir, on se rejetait alors sur la peinture et il ne manquait pas d'artisans qui réussissaient à merveille ces constructions aériennes et les placages de marbres rares. Toute cette fausse magnificence entourait des tableautins dans le goût champétre où les arbres, les besti aux et les génies alternaient avec les volati les, les bandero les et la défro que des Saisons :fleurs et fruits, épis en gerbe, feuillages et guirlan des. Tout ce décor usagé passe sans examen de l'iconographie païenne dans l'iconographie chrétienne, et les petits amours nus et potelés suivent toujours riants, toujours jouants et folâtrants, aussi disposés à faire la vendange et à traire les chèvres sur les sarcophages qu'ils l’étaient à jouer à la bouti que dans les fresques de la maison de Vettii. On n'y regardait pas de fort près. Il y avait de ces symbo les dont le sens était si complètement aboli qu'on les accueillait sans hésitation : ainsi le génie funéraire tenant la torche renversée avait perdu sa signification désespérante, il n’était plus qu'une utilité décorative. Ce que nous appelons mythologie, les fidè les de ce temps l'avaient en quel que sorte neutralisé, ils n'y voyaient qu'un thème ornement al.
Il existait, pour ainsi dire, plusieurs degrés dansla mythologie. D'abord un degré inférieur dont nous venons de parler, et qu'on pourrait appeler : décoratif. Un autre degré, moins vague mais tout aussi bénin, s'appellerait : histori que. Ici nous trouvons des mythes associés à des épiso des particuliers. Le je une Icare pourvu d'ai les tente de s'envoler au ciel. Le prudent Ulysse se fait attacher au mât de son navire pour résister au chant des sirènes. Orphée soumet les fauves par la douceur de son chant.. Psyché et l'Amour traversent les aventures d'un voyage périlleux. Enfin il y a un troisième degré : théologi que, qui comprendrait les épiso des hasardeux de la carrière des divinités de l’Olympe et à celui-ci les chrétiens n'ont rien emprunté ou pres que rien.
L'iconographie païenne avait représenté certains anim aux, mais sans leur attacher une signification précise, sauf pour les paons, symbole de l'immortalité. Les paons furent admis par les fidè les avec la même signification ; en outre, ils représentérent le poisson, la colombe et l'agneau, l'ancre et la croix. Tous ces symbo les ont été étudiés dans le Dictionnaire. Voir AGNEAU, ANCRE, COLOMBE, CROIX, IXOYC. L'orante et le Bon Pasteur y viendront à leur tour ; il est vrai que nous avons déjà montré les rapports entre l’orante ét l'âme. Voir AME.
Si on passe de ces symbo les aux types princip aux de l'iconographie chrétienne, il semble superflu de rappeler que c'est encore la préoccupation de l'âme humaine et de sa destinée qui inspire le cycle de représentations. L'Ordo commendationis animæ énumère les divers protecteurs auxquels on recommande l'âme de l’agonisant et appelle à son secours les personnages de l'Ancien Testament. Puis on évo que les plus célèbres interventions miraculeuses du Christ, mais il n'en reste pas moins vrai que « les personnages qui sont destinés à devenir le centre même de l'iconographie religieuse, le Christ et la Vierge, ne figurent dans le | premier art chrétien qu'à titre épisodi que. En tant qu'objet de vénération, ils se dissimulent encore sous des symbo les ?, s Ce qu'il importe de remarquer, c'est que les princip aux types dont vivra l'art chrétien sont créés au m’ siècle, nonobstant l'opposition ou le man que d'encouragement de la part des évêques et du clergé. En somme, l’art chrétien est une production populaire. Les premiers arti sans qui se sont exercés à figurer des images ont choisi des épiso des de la vie du Sauveur des hommes. Ils le montrent tel que la foi des fidè les se le représente, je une, robuste, imberbe et d'une grave et mâle beauté, Dès la première moitié du n° siècle, Marie allaitant son fils est représentée au cimetière de Priscille. Vers le même temps s'élaborent les types bibliques qui inspireront l'art chrétien pendant des sièc les : la tentation d'Adam et d'Ëve, Noé dans l'arche, Isaac immolé par Abraham, Daniel parmi les lions, les trois Hébreux dans la fournaise, Moïse frappant le rocher, Jonas livré au monstre, Suzanne accusée par les vieillards, etc.
Le Nouveau Testament est moins exploité, mais nous voyons apparaître l’annonciation, l’adoration des mages, le baptême du Christ, la guérison du paralyti que et celle d'un aveugle, la résurrection de Lazare, l'entretien avec la Samaritaine, la multiplication des pains et le changement de l'eau en vin, la fraction du pain, et les représentations du banquet eucharisti que et du baptême dans les chambres des sacrements, Malgré l'incertitude persistante au sujet de la date de plusieurs fresques, il semble bien que tous ces sujets appartiennent au m® siècle.
Il faut encore mentionner le jugement de l'âme, sa présentation au tribunal de Dieu par les saints protecteurs, la comparution d'un martyr devant lempereur ; quelques tombes portent des figures de défunts ou de défuntes représentés dans l'exercice de leur profession, parfois un portrait en pied, ou un médaillon sur lequel on a fait effort pour atteindre à la ressemblance. Enfin il faut faire une place éminente à un médaillon de bronze qui offre les profils affrontés des prin ces des apôtres et à la série des fonds de coupe où se trouvent figurés un grand nombre de personnages.
Une fois en possession de ce répertoire iconographi que, l'art chrétien primitif est constitué, et il s'affirme comme un acte de foi. C'est la revanche prise contre ces hommes très saints et très savants qui n’y ont rien compris avant qu'il n'existät et qui, faute de l'encourager, auraient pu le décourager. Cet art nouveau a débuté comme il convenait à une création populaire ; il est allé du concret à l’abstrait, du particulier au général, il est parti de figures végéta les, anima les et humaines, de groupes peu nombreux exprimant une action comm une, et c'est ainsi qu'il a fondé un art je une et frais où il y a des plantes, des fleurs, des arbres, des oise aux, des sour ces, tout l'élan de simplicité et de véracité que peuvent et que savent mettre ceux qui pensent et qui s'expriment sans complications inuti les.
Cependant, au cours de ce mt siècle si fécond, l'art conserve sa caractéristi que, il est encore et n'est toujours que funéraire, il continue à énoncer l'uni que préoccupation des conscien ces : la destinée de l'âme et le salut éternel. Toutefois on commence à percevoir des infiltrations nouvel les, on commence dès lors à saisir des rapports intimes entre l’art et la littérature ecclésiasti que. Le livre d'Hermas a été utilisé pour l'allégorie de la tour, l'Évangile de saint Jean n'a pas dû être étranger au développement du symbolisme des poissons et du pain. Enfin l’on peut induire de la véhémence avec laquelle Tertullien s'élève contre la représentation du Bon Pasteur que cette image si populaire était le symbole de la miséricorde pour les pécheurs que refusaient d'admettre les rigoureux montanistes. Une doctrine théologi que se dissimulait donc déjà sous certaines figures, et plus tard cette tendance dogmati que devait triompher dans l’art chrétien 1. a Si l'inspiration est originale et profondément religieuse, les modè les dont s'est servi la nouvelle école ne lui appartiennent pas en propre. La question ne fait aucun doute pour les motifs païens ét mythologiques qui ont été transformés en symbo les chrétiens, mais il est facile de montrer qu'il en est de même des figures et des scènes qui semblent avoir un sens particulièrement chrétien. Toutes ont été empruntées à cet art hellénisti que, né en Orient après l'expédition d'Alexandre et devenu, grâce aux conquêtes romaines, l'art international répandu dans le monde entier, depuis les pays neufs d'Occident comme la Gaule et la Bretagne jusqu'au lointain royaume de Gandhara.
C'est de cet art cosmopolite, assez varié dans ses motifs, assez abstrait dans son style pour s'accommoder a toutes les croyan ces et à toutes les cultures, que relève l’art chrétien à ses origines. A l'épo que impériale, lart hellénisti que, passé au service de la société romaine, commençait à perdre sa puissance d’invention et à remplacer l'étude de la nature et du modèle vivant par la copie répétée sans cesse des chefsd'œuvre. Le développement de l'art chrétien est justement un exemple éclatant de cette mode de plagiat et l'on peut retrouver dans les œuvres antiques la plupart des modè les qui servirent à créer ses motifs.
« C’est ainsi que la figure du Christ, telle qu'elle apparaît au cimetière de Prétextat et telle qu'elle se transmettra aux âges suivants, est directement ins| pirée du type de l’orateur, devenu banal dans l'art 1 anti que et dont la statue de Sophocle du Latran, et l'Eschine du musée de Nap les sont les exemp les les plus célèbres. Sur toutes ces œuvres on trouve une ressemblance d'attitude qui ne peut être l'effet du hasard : le bras droit enroulé dans les plis de l’himation avec la main posée sur la poitrine, le bras gauche rejeté en arrière et appuyé à la hanche, tout le corps portant sur la jambe gauche et légèrement renversé, la physionomie grave et méditative qui force l'attention des auditeurs, tels sont les traits qui distinguent le type abstrait du philosophe ou du docteur (fig. 5769). Les chrétiens adoptent cette figure pres que au moment même ou d'autres artistes helléniques au service des rois indo-grecs du Gandhara représentaient $ous le même costume et avec la même attitude le fondateur du bouddhisme. La ressemblance étrange que l'on a constatée entre les premières statues du Bouddha et les plus anciennes représentations du Christ s'expli que fort bien par le modèle commun dont el les dérivent. L'art hellénisti que de cette épo que était devenu en quel que sorte une langue si abstraite qu'elle se prêtait à l'expression des pensées les plus diverses et convenait aux ra ces et aux religions les plus éloignées.
« Il n'est pour ainsi dire auc une figure, aucun détail accessoire même des œuvres d'art chrétien, qui ne dérive d’un prototype helléni que. On a montré depuis longtemps les rapports qui existent entre le Bon Pasteur et l'Hermès criophore, ou surtout l'Aristéé portant son bélier. La figure de l’Orante est aussi connue de l’art grec depuis une très haute antiquité ‘ ; une statue de Cybèle orante se trouvait à Byzance avant Constantin 5 ; une statue de l'impératrice Livie a la. méme attitude #, La légende de Jason dans la gueule E part Bu destination nouvelle et devint un auxiliaire du dragon a pu fournir un modèle à l’histoire de N Jonas +. Une intaille mycénienne montre une femme - entre un lion et une lionne dans la posture d'une orante qui rappelle celle de Daniel ?. L'arbre du Paradis ter- . restre autour duquel s'enroule le serpent ressemble …_ beaucoup à l'arbre du jardin des Hespéri des dont le = dragon défend les pommes d'or # ou a celui qui figure dans la conquête de la Toison d’or #, =- « L'art chrétien n’est donc en dernière analyse que ~ Ja floraison suprême de l'art hellénisti que. C'est à la . tradition alexandrine qu'il doit sa décoration si fraîche, qui présente tant d'analogie avec celle de = Pompéi. C'est de là aussi que provient le sens décoratif … réel et aussi le goût un peu enfantin de la symétrie, qui est devenu vite de règle dans l'iconographie reli- … gieuse. Ce qu'il faut-admirer, c'est qu'avec des motifs banals et tombés pour ainsi dire dans le domaine … public, les artistes chrétiens aient pu, grâce à l'ardeur n “le leur foi et à la subtilité de leur symbolisme, créer un art véritablement nouveau par son esprit. Il est 2 assez difficile dans l’état actuel de déterminer les EA … centres où se produisit cette création : les communiDion entre les communautés chrétiennes du monde . romain étaient d'ailleurs assez fréquentes pour qu'une prati que adoptée pour une église se transmiît rapidei ment aux autres. Nous avons retrouvé les mêmes sym2 . bo les et les mêmes motifs à Rome, à Nap les, en Gaule, e en Afri que, en Asie Mineure, en Égypte. Cependant les analogies que présente la première décoration chré- … tienne avec celle de Pompéi,tout alexandrine, d'autre t les rapports que l’on remar que entre cet art = funéraire des chrétiens et celui des colonies juives, “ tout nous porte à chercher dans les gran des vil les 2 d'Orient, à Alexandrie et à Antioche, le point de … départ de l'art chrétien. Les plus anciennes tapisseries des tombes d’Akhmin-Panopolis, en Égypte, présen- ” tent les mêmes motifs d'ornement que les catacombes romaines : enfin la persistance avec laquelle les sym- - bo les primitifs de l’art chrétien se sont conservés dans Vart copte semblerait prouver que l'Égypte a bien pu être leur patrie première et c'est peut-être à cette origine qu'il faut attribuer les rapports si curieux que nous avons constatés entre le symbolisme chrétien à et l'anti que symbolisme de l'Égypte. Comme l'art ~ funéraire de l'épo que pharaoni que, l’art chrétien a = à = z bn été, surtout à ses origines, un système de symbo les | formant pour les initiés un langage complet. C'est ce = qui éxpli que qu'il ait pris de suite ce caractère d'en- … seignement qui devait le légitimer aux yeux de l'Église ; ~ dés le début, la beauté n’a été pour les artistes chrétiens ~ qu'un moyen de rendre l'idée plus éclatante. Tel est - le point de départ de la tradition qui devait s'imposer ~ aux sièc les futurs 5, » M III. y ? SIÈCLE, — Au point de vue spécial de l’art | chrétien, la conversion de Constantin et la paix de = l'Église eurent des conséquen ces décisives. Sorti des catacombes, appelé à des destinées nouvel les et à un (cs développement imprévu, l'art chrétien cessa brus quezj er pao ARS z re né ~ ment de n'être qu'une iconographie funéraire enfouie dans des caves et dissimulée sous des formes inintelligib les à ‘tous autres qu'aux initiés : il s'éleva à une de l’enseiM gnement donné aux fou les. A partir de ce moment, l'art chrétien tendit de plus en plus et pendant plus de dix sièc les à être tout l’art :il n’y eut auc une place jusqu'à . la Renaissance pour un art profane. ms. Nous ne pouvons que malaisément nous figurer » la Situation qui fut faite à l’art religieux pres que du de lui et réalisé tant bien que mal. La persécution de Dioclétien avait laissé un bilan de destructions et de ruines qu'il est difficile d'évaluer, car il s'en fallait de beaucoup, nous l'avons montré ailleurs, qu'au début du rv° siècle, les fidè les fussent encore réduits à se rassembler dans des maisons privées. Les lieux de réunion étaient déjà de véritab les églises et il est probable qu'auc une dans l'étendue de l'empire ne fut épargnée. À Nicomédie comme en Gaule, et ailleurs aussi, el les tombèrent sous la pioche ou s'écroulèrent dans les flammes ; aussi, en 314, tout était à refaire. Il y eut, il dut y avoir alors une effervescence de construction dont on pourrait peut-être comparer le spectacle à celui qu'offre de nos jours les départements ravagés par la guerre de 1914. Dans l'espace de quatre années à peine, 1919-1923, des villages, des vil les ont été rebâtis, les fermes, les exploitations agrico les, les usines, les ateliers ont été relevés ; un immense effort a élé accompli et partout on voit s'élever des milliers d'habitations pimpantes, proprettes et confortab les.
| Au lieu de relever des vil les par dizaines, des villages par centaines et des habitations par milliers, on eut, en 314, à édifier des basiliques, en nombre incalculable, sur toute la surface de l'empire, partout ou pres que partout où il y avait une communauté chrétienne, Pendant que Constantinople sortait de terre, on voyait Sainte-Sophie et les Saints-Apôtres se dresser audessus de la multitude des maisons, tandis qu'à Rome on bâtissait Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Jean de Latran, à Antioche la Grande Église, à Jérusalem le Saint-Sépulcre, à Bethléem la Nativité, à Alexandrie, à Tyr, partout en un mot on construisait basiliques, roton des, martyria, baptistères.Il y eut une difficulté, on manqua d'architectes (voir ce mot), mais on réussit à s'en procurer ; on manqua de matéri aux, principalement de colonnes, on s'empara de cel les des édifi ces délaissés ou désaffectés. Seulement il fallut improviser. La techni que changea peu parce que la bri que et le pendentif étaient trouvés et qu'on pouvait en varier l'utilisation indéfiniment en paraissant se renouveler sans apporter au fond un véritable changement, L'ornementation fut transformée, Ici il était impossible de conserver les vieil les images et les vieil les recettes, on passait de l'ombre à la lumière, de l'exiguiïté à l'immensité, du cubicule à la basili que : allait-on couvrir les parois, les absi des et l'arc triomphal de cette chétive imagerie qui décorait des corridors ?
A ce moment il se produisit comme un prodige intellectuel. On vit paraître, on entendit parler et on lut les écrits d'une pléiade, la plus puissante ou du moins une des plus puissantes qui ait pris à un moment donné le gouvernement de la conscience chrétienne. Dans l'espace d'une cinquantaine d'années environ, on vit s'élever une construction théologi que qui demeurer : à tout ja mais la gloire de l'Église illustrée de ces noms fameux : Basile, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nvsse, Jean Chrysostome, Ambroise, Jérôme, Augustin.
Cette floraison dogmati que donnait son expression définitive au dogme chrétien et à l'art chrétien qui en serait comme l'interprétation en une langue figurée. Celle-ci se haussa jusqu'à une dignité et une gravité qui lui ouvraient une voie nouvelle.
Une circonstance fortuite contribua à l'expansion de l'art nouveau. La paix rendue au monde par la victoire de Constantin sur ses différents compétiteurs allait permettre aux fidè les des pays les plus éloignés de satisfaire leur dévotion en visitant les lieux consacrés par la vie et la mort de Jésus-Christ. Les pélerinages aux Lieux saints commencent alors et les voyageurs s'’émerveillent à la vue de la prodigalité sA Â Lot ER ES LI SN UE,
93 ICONOGRAPHIE CU DER
déployée par l’empereur et par sa mère dans la décoration des sanctuaires destinés à commémorer les épiso des les plus touchants et les localités les plus signalées dans l'histoire sainte et les récits évangéliques. L'événement commémoré par un édifice y était figuré en gran des dimensions à une place d'honneur, par exemple la nativité à Bethléem, l'ascension au mont des Oliviers, le sacrifice d'Abraham à l’église du Golgotha, etc. Les pèlerins s’arrêétaient devant ces images, ét souhaitaient emporter un objet quelcon que qui la leur rappelät. C'était un usage ancien dans les lieux de pèlerinage païens de vendre des reproductions de l'idole vénérée (voir ÉPHÈSE) : on ne dut pas tarder à limiter et ce fut ainsi qu'on façconna des ampou les (voir ce mot) ornées et destinées à contenir quelques gouttes d'huile des lampes qui brülaient dans le sanctuaire. Les ampou les conservées aujour d'hui à Monza furent ainsi rapportées de Palestine par un certain abbé Jean et offertes à la reine des Lombards nommée Théodelinde, Les sujets dont el les sont décorées rappellent la composition principale du sanctuaire d'où el les proviennent. Il faut donc reporter à la Palestine le progrès accompli à cette date lorsqu'on se mit à remplacer les symbo les en honneur dans l’art funéraire par des représentations offrant un caractère histori que.
Ce goût des événements historiques ne s'alimentait pas seulement dans les récits évangéliques : il empruntait aux textes apocryphes (voir ce mot) des épiso des plus ingénieux que vraisemblab les et qui ont inspiré longtemps l'iconographie chrétienne. Les récits relatifs à l'enfance du Christ et les prodiges qui naissent alors sous ses pas ont été principalement exploités. Une fois en si beau chemin, on ne s'arrête plus et les figures des apôtres, les aventures dont on remplit leur vie inspirent d’autres compositions ; enfin, un certain nombre restent encore inexpliquées par suite de la disparition des récits qui les ont suggérées. Ni la basili que de la Nativité à Bethléem ni la rotonde de Sainte-Constance à Rome, les deux seuls monuments constantiniens qui subsistent dans leur intégrité, ne nous permettent de prendre une idée précise et complète de la décoration des basiliques bâties lors de ce grand renouveau de l'art chrétien. Il est hasardeux de faire fond sur des textes du vins et du 1x siècle, en pleine période iconoclaste, et qui attribuent — tendancieuséement peutêtre à Constantin l'exécution de seize scènes de la vie du Sauveur dans la basili que de Bethléem, et d'un cycle complet des deux Testaments à Saint-Jean de Latran. 11 semble qu'il faille attendre les dernières années du 1v° siècle et le début du vë pour voir apparaître toute une série de motifs nouve aux, dans le goût histori que, qui transforment définitivement liconographie religieuse.
Malgré cette transformation de l'art chrétien, l'ancien symbolisme funéraire persistait à vivre et ne reculait que pied à pied et contraint : les figures mythologiques s'’obstinaient à durer. Le vase en plomb de Carthage (voir fig. 116 et 169) est particulièrement intéressant par la réunion un peu hétéroclite de sujets qu'ils rapproche : Bon Pasteur, Victoire, naïade, silène, Fort une, cerfs, cocher, chiens courants, lion dévorant un taureau, paons affrontés au calice, hippocampe et avec tout cela une devise empruntée au prophète Isaïe, xu-3 : Haurielis aquam in gaudio ; on n'est pas plus éclecti que. D'autres figures païennes se réfugient sur les sarcophages : les Dioscures, Ouranos, ou sur les diptyques d'ivoire ; tandis que Psvché disparaît progressivement, Orphée se maintient sur les pavements, les gemmes, les tissus, les bas-reliefs. Lesamours vendangeurs continuent à gambader. Certains symbo les se compliquent ; il devient nécessaire de distinguer la brebis de l'agneau (voir ces deux mots) et la | figure du Bon Pasteur prend une magnificence, une grandeur nouvelle dans la mosaï que somptueuse du mausolée de Galla Placidia (voir GALLA et fig. 4858) 1 qui est déjà si éloigné des statuettes des catacombes.
A la fin du rv° siècle, le nimbe lumineux pénètre dans l'iconographie chrétienne et devient le symbole de Ja sainteté, « Le nimbe, usité déjà sur les monnaies des Séleuci des et des rois indoscythes, fut réservé aux empereurs romains comme un signe d'apothéose. Il est usité couramment sur les monnaies de Constantin et les empereurs byzantins en gardèrent la tradition comme signe de la majesté impériale. Il est difficile de savoir à quel moment le nimbe s’introduisit dans l'art religieux, Un des plus anciens exemp les parait être le nimbe crucifère sur lequel se détache la tête du Christ du sarcophage de Soulou-Monastir (début du 1v° siècle), En revanche le Christ est représenté. sans nimbe sur tous les sarcophages occident aux. Sur la cassette d'argent de Saint-Nazaire de Milan, le Christ porte encore le nimbe uni et il en est de même du Bon Pasteur au mausolée de Galla Placidia. A la porte de Sainte-Sabine, le nimbe est remplacé par le monogramme accoté de l'alpha et de oméga. Enfin l'usage prévalut de distinguer le Christ par le nimbe crucifère ét de réserver le nimbe ordinaire aux autres figures du monde céleste. Quant au nimbe carré qui apparaît sur quelques monuments au Ve, il désigne un personnage encore vivant etreproduit peutêtre le cadre du portrait funéraire que les Égyptiens avaient l'habitude de placer sur les cercueils 1 (Voir NIMBE).
Une innovation plus importante du rv° siècle est celle qui transforme le personnage épisodi que du Christ dans les petites scènes des catacombes pour en faire un personnage principal et la figure centrale d'une composition. Le type s'accentue et n'y gagné pas. Au lieu de l'adolescent blond ou châtain, imberbe et mince, vêtu à la manière des pâtres qui circulent dans les campagnes, et à l'occasion charge sur ses épau les une brebis aventureuse, on voit apparaître un adulte barbu, à la chevelure épaisse et sombre, aux traits ru des,. généralement assis et immobile.
Le premier monument sur lequel on rencontre ce type est un plat de cérami que de provenance égyptienne, daté de l’année 329, Le Christ porte une tunique dont la manche est brodée, avec un manteau jeté sur l'épaule gauche ; le visage encadré de longues bouc les et d'une barbe en pointe se détache sur un nimbe
25 ICONOGRAPHIE | 26
… crucifère. Il semble que cet essai ait mis longtemps à se = faire accepter. Un médaillon d'ivoire du Vatican nous fait voir un Christ barbu et bénissant, mais il n’est . pas daté.
Suivant une très juste observation, les compositions de ce temps différent de cel les de l'épo que des catacombes, moins par les traits que par l'attitude. Le Christ debout, marchant, guérissant les mala des, celui des fresques et des sarcophages ne suffit plus ; on rêve et bientôt on réalise un type nouveau, un Christ triomphant des puissan ces inferna les, écrasant sous ses pieds le lion et le dragon. Toutefois ce type semble … n'avoir guère réussi ; en tout cas on lui préfère le Christ siégeant sur le trône. Mais est-ce bien un trône impérial ? Est-ce bien une création suggérée par = Constantin ? Nous savons qu'il fit élever une statue - au Christ à Constantinople au-dessus de l'entrée du palais de Chalcé ; nous savons aussi qu'il offrit une — statue en or au baptistère du Latran, mais nous né = savons rien sur le type et l'attitude de ces monuments.
~ Jlexiste, à partir de la paix de l'Église, toute une série de fresques des catacombes qui représentent le Christ . parmi les apôtres, les sarcophages ont adopté ce modèle, mais y a-t-il là un reflet de l'étiquette impériale ?
A Saint-Paul hors les Murs, sujet analogue au sommet de l'arc triomphal, les vingt-quatre vieillards offrent décoration ne dut pas tarder à s'imposer et bientôt ce fut à chacun d'imaginer de nouve aux épiso des à interpréter dans le texte des Livres saints. En 450, la femme de l’évê que de Clermont, Namatius, fait peindre une église dédiée à saint Etienne et sa bible à la main indi que elle-même aux artistes les scènes qu'elle veut voir figurer sur les murail les. Quant aux scènes profanes, on les réserve désor mais pour les pavements ; nous en avons déjà fait connaître un grand nombre que nous pourrons récapituler lors que nous étudierons les pavements. (Voir ce mot.) Une loi de Théodose IT et Valentinien, du 17 mai 427, défendait au reste de figurer sur le sol l’image du Christ que les fidè les eussent été exposés à fouler aux pieds.
Ce n'est pas seulement sur les parois des basiliques, en peinture ou en mosaï que, qu'on représente les scènes évangéliques et bibliques ; on les voit figurées sur les tissus qui servent aux vétements., Astère d'Amasée au Ivè siècle, Théodoret de Cyr au Ve en rendent témoignage ; nous avons eu déjà plusieurs fois loccasion de figurer des étoffes coptes (voir AKHMIN, ANTINOË, ASTÈRE), et outre le tissage il faut mentionner la broderie. (Voir ce mot et les tissus figurés au mot BERLIN 1.) La vivacité des luttes religieuses au v ? siècle ne permit pas à l'art chrétien de se désintéresser des conflits théologiques. L'eût-il voulu que cette abstention eût été impossible parce que désor mais l'art religieux était au service de l'Église et devait être moins une récréation qu'un enseignement. Au reste, rien n'était plus intéressant pour les hommes de cette épo que que les contestations théologiques. La grande affaire, celle qui faisait l’objet des contestations, était la question de la nature du Christ. On avait entendu avec épouvante Arius faire du Christ une créature supérieure, mais finalement une créature. Nestorius et Eutychès avaient causé d'autres scanda les et provoqué d'autres déchirements jusqu'à ce que le concile de Chalcédoine (451) eût prononcé qu'il y avait dans le Christ une seule personne en deux natures inséparablement unies.
L'iconographie s'employa à traduire ces formu les abstraites. A Saint-Apollinaire Nuovo à Ravenne, la décoration exécutée sous le règne de Théodoric (493526) montre du côté au Nord des discours, des mirac les, des parabo les et un Christ je une, imberbe, chevėlu, tel qu'on l’a entrevu dans les catacombes. Sur le côté du Sud estreprésentée la passion avec un Christ plus mâle, robuste et semblant ignorer la souffrance ; c'est ainsi qu'on glorifie sa nature divine. A vrai dire, tout cela est un peu artificiel ; il est possible que l'imagination des commentateurs en ait plus fait que celle des compositeurs, et qui sait si ce n'est pas tout simplement par une circonstance bien prosaï que que ces deux types ont été adoptés ? On avait une série dans laquelle le Christ était imberbe, une autre série dans laquelle il était barbu ; il eût été préférable de ramener tout à un type uni que, mais ce n'était pas chose facile ; on y a renoncé et on a juxtaposé deux types sans se douter des explications trop ingénieuses que cela provoquerait.
Le crucifiement (voir Croix, CRUCIFIX), s'était introduit d'une manière un peu subreplice en Occident et avait soulevé d'abord la réprobation générale. On chercha à tempérer ce que ce symbole avait de trop rude, on posa un agneau sur la croix, on dissimula ce que le sujet avait de trop rude, mais finalement la crucifixion l'emporta et s'imposa. Dans l'abside de Saint-Apollinaire in Classe à Ravenne, on voit une grande croix gemmée dans un cercle de pierres précieuses et ce symbole tient la place du Christ dans la scène de la transfiguration. A la croisée des branches se voit un minuscule buste du Christ. Même parti adopté sur les ampou les de Monza, entre deux larrons la croix vide surmontée d'un buste du Christ. Parfois le soleil, la l une, des femmes agenouillées complètent la scène. Sur un plat d'argent de style persan, découvert dans le gouvernement de Ferm et couvert d'inscriptions syriaques qui permettent de le dater du vis siècle, le Christ et les deux larrons sont revêtus de robes longues qui leur tombent jusqu'aux pieds. Au pied de la croix, des soldats accroupis tirent au sort la robe sans couture. Agauche, le centurion perce de sa lance le flanc du Sauveur ; à droite, un personnage lui présente l'éponge imbibée de vinaigre. C'est la scène qu'on retrouve sur l’évangéliaire de Rabula (en 586), avec en plus un fond de tableau figurant des montagnes.
L'iconographie religieuse a adopté un certain nombre de simplifications pour exprimer des figures. Ainsi le Père et le Saint-Esprit, qu'on voit figurés sous la forme. humaine, à côté du Verbe sur un sarcophage, font place à deux symbo les : le Père est remplacé par une main bénissante, le Saint-Esprit par une colombe. Mais cela est bon pour l'art monumental. Quand il s'agit d'illustrer les manuscrits (voir GENÈSE), nous savons qu'on renonce à ces simplifications.
Le culte de la Vierge prend, à la suite du concile d'Éphèse, un grand développement, mais l'iconographie progresse peu. Entre la fres que du n° siècle au cimetière de Priscille et les fresques représentant l'adoration des mages d'une part et les mosaïques solennel les de Ravenne, de Rome, de Parenzo, il n'y a qu'une légère aggravation dans le sens de la raideur.
Les anges, les apôtres, les évangélistes n'offrent rien d'original, aucun effort vers la réalisation d'un type nouveau. Ici l'iconographie chrétienne emprunte ses types à l’art anti que et ne cherche pas à se renouveler. Observons que le nombre des apôtres n'a pas été immuable. Ils sont douze, la mort de Judas les réduit à onze, l'élection de Mathias ramène au chiffre douze, la vocation de Barnabé et de Paul porte le nombre à quatorze. On a même parlé d'un quinzième, qui serait Jacques de Jérusalem, lequel aurait succédé à Jacques. fils de Zébédée. Dans l'art chrétien, aux 1ve, ve, vit sièc les, le nombre douze est reçu, il a une signification histori que, symboli que et mysti que. Fresques des catacombes, sarcophages, mosaïques s'efforcent de figurer douze individus, Ils ne diffèrent guère entre eux, sauf Pierre et Paul dont le type est fixé depuis le n° siècle, les autres sont barbus et chevelus ou bien chauves et imberbes sans qu'on y attache d'importance, mais on s'attache au nombre douze, parfois on le réduit faute de savoir comment loger et figurer et asseoir tout le monde dans un espace restreint, ja mais on ne le dilate. Si parfois il arrive qu'on a un espace vide à remplir, les douze gardent leurs pla ces ét on leur adjoint des étrangers au collège apostoli que, ainsi à Saint-Vital de Ravenne, sur le grand arc du chœur, les douze sont accotés des saints Gervais et Protais : sur la cassette de Brescia, on ajoute les évangélistes non apôtres Luc et Marc. On ne peut songer à évincer saint Paul, il vient en tête, les autres suivent, on sacrifie volontiers saint Barnabé, par exemple, au canon de la immesse, les douze ont passé au Communicantes, les deux derniers venus, Mathias et Barnabé, sont relégués dans le Nobis guoqgue peccatoribus. Dans les gran des compositions en mosaï que de Ravenne, de Rome, de Parenzo, on inscrit les noms et la liste est celle du Communicantes.
Cependant sur un sarcophage d'Arles on voit le Christ avec douze apôtres, mais parmi ces douze se trouvent Marc et Luc, les autres ne sont pas nommés, ce privilège est réservé aux seuls quatre évangélistes. Les exemp les tirés des fio les de Monza sont moins assurés, mais au vit siècle la voûte monolithe du mausolée où Théodoric à Ravenne porte sur ses douze oreillons les noms suivants : Ses Petrus, Ses Paulus. Ses Andreas. Ses Jacopus. Ses Johannes. Scs Felippus, Ses Barthelom. Scs Malleus. Ses Marcus. Ses Lucas. Ses Thomas. Ses Simeoni. Quelle que soit la raison qui fit graver ces noms, ils offrent le premier exemple complet d’une liste appelée à une grande fort une en Orient. Ici comme à Arles la langue incorrecte révèle une origine populaire, les quatre évangélistes bousculent les apôtres authentiqnes et pour faire place à Luc et à Marc, un des deux Jacques (le fils d’'Alphée) et Thaddée restent sur le carreau. Enfin à la mosaï que du Sinaï (VIe), une liste différente, étrange à première vue, s'expli que par une raison spéciale. Les douze médaillons encadrent une transfiguration : on n'a pas voulu y répéter Pierre, Jacques et Jean : de là la présence de Paul, Luc, Marc d'une part, Jacques, Thaddée, Mathias de l’autre’ Quelques représentations de martyres semblent n'apporter que bien peu de chose ou même rien du tout d'original.
Pendant tout le 1v° et le Ve, on taille un grand nombre de sarcophages en Italie, en Gaule, quelquesuns en Afri que et en Espague : on y voit juxtaposées les figurines des catacombes et les scènes déjà plus pompeuses des absi des basilica les. La tradition hellénisli que et la rénovation constantinienne peuvent . ainsi vivre côte à côte sans se gêner parce que les sculpteurs n'inventent rien, ne combinent rien ; ils n'ont qu'un souci, c’est d'exécuter en marbre ou en pierre ce que d'autres ont exécuté avant eux sur les murail les avec des couleurs. Toute cette sculpture des sarcophages, très intéressante par les sujets qu'elle traite, l'est fort peu par la techni que grossière d'où elle ne parvient pas à sortir.
La sculpture sur bois sur la porte de bois de SainteSabine, la sculpture sur ivoire des diptyques, des pyxi des, sont également curieuses par leur timidité. On y voit des types qu'on ne rencontre sans doute pas ailleurs, mais on ne découvre nulle part un effort pour se tirer de la tradition et renouveler les sujets traités ; on préfère aborder des sujets nouve aux. Les colonnes du baldaquin de Saint-Marc à Venise (voir Cisorium) datent du VIe et proviennent d'une basili que élevée à Pola en Istrie ; le sculpteur a multiplié les épiso des et emprunté son thème décoratif aux Livres saints et aux apocryphes ; il a triomphé d'une extrême difficulté en figurant tous ses sujets sur une surface courbe, sans. chercher à l'esquiver en partie par l'emploi du développement en spirale. Ici cha que sujet est superposé au sujet précédent.
La mosaï que a servi à composer d'autres ensemb les ; le cycle conservé à Sainte-Marie Majeure, quoi que incomplet, est le seul qui permette de porter un jugement sur ce genre de décoration, puisqu'il conserve un certain nombre des soixante-trois table aux qui décoraient les parois de la nef centrale dès le temps de Sixte III et peut-être de Libère (352-366). A gauche, on voit l'histoire des patriarches, Abraham, Isaac, Jacob ; à droite, Moïse, Josüé et l’entrée dans la Terre promise. La composition est encore tout imprégnée de l’art classi que.
Vers cette épo que, une idée nouvelle se fait jour dans l'iconographie, qui révèle le progrès de l'ignorance populaire. Jusqu'alors la représentation des épiso des de l'histoire du peuple hébreu était comprise sans plus d'explication ou bien à l’aide de deux vers qui en livraient la signification symboli que. Désor mais il x devient indispensable de donner l'interprétation figu- ~ rée à côté du prototype. C'est ainsi que dans une ; basili que décrite par Rusticus Helpidius, médecin de | Théodoric, on rapproche la tentation d'Ève de l'Annonciation ; l'expulsion du paradis terrestre de nos premiers parents de la réception dans le ciel du bon larron ; la confusion des langues à Babel et le don des langues à la Pentecôte ; Joseph vendu par ses frères et Jésus vendu par Judas. Cette concordance des deux Testaments deviendra de bonne heure une tradition.
La recherche du trait pittores que et réaliste s'in- = troduit, mais se fige pres que aussitôt (Voir GABRIEL), ~ en un geste bien hiérati que, bien compassé. Malgré …. Je secours qu'offrent les apocryphes et le recours qu’on En a à ces ingénieux anecdotiers, il semble qu'une cer- = taine défiance subsiste à leur égard et c’est toujours ~ exceptionnellement qu'on signale une scène qui par— vient à s'implanter dans l'iconographie chrétienne ; au contraire, un détail s'infiltre facilement et s'in- = cruste pour toujours, c'est le cas du bœuf et de l'âne à ~ la crèche (Voir ANE, Bœur). L'adoration des mages … prend dès l'origine une signification qui ne variera ~ guère, c'est la gentilité qui s'approche du Christ ; la scène ira s'amplifiant un peu, mais sans modification essentielle ; elle est pres que aussi majestueuse sur les À _ parois des catacombes et des sarcophages que sur les | murail les de Saint-Apollinaire Nuovo à Ravenne à la scène, un cerf se désaltère dans le fleuve. À Ra- | venne, au baptistère des orthodoxes, les anges font | place au dieu fluvial qui remplit l'office de diacre, tandis qu'au baptistère des ariens il est trop surpris par la scène qu'il a devant les veux et ne fait rien du tout.
Les épiso des de la vie publi que et de la passion du Christ se réduisent toujours à un minimum tant pour les personnages que pour la mise en scène.
Les figures allégoriques se multiplient, mais utilisent des thèmes connus depuis longtemps. L'Église et la Synagogue, l'Église-mère, la basili que, le navire, les apôtres, la paix, la prière, la justice ne sont sans doute - pas des trouvail les, mais sont du moins des efforts vers une figuration plus compréhensive. Trop souvent la main sert mal la pensée et la hardiesse se résout en maladresse, mais il n’en est pas moins certain que l’art chrétien est déjà loin de ses humb les origines et qu'il a réalisé un notable progrès. Surtout il a étendu son horizon, perfectionné ses moyens, relevé son ambition. Il ne lui sufit plus d’être une symboli que funéraire, d'éveillér l'espoir de l'éternité, il vise plus haut et prétend exprimer un système complet d'enseignement, une théologie en images, une apologéti que figurée. C'est une conception nouvelle qui ira se développant au cours des sièc les suivants, s’enrichissant de quelques expressions nouvel les, mais ajoutant peu de chose à ce qui existe, de sorte que cette période du 1v° au Ve peut être considérée comme la plus féconde et la plus décisive pour la formation et le progrès de l’art chrétien.
V. ART BYZANTIN. — Au vit siècle, l’art se développe non pas uniquement à Constantinople, mais subit partout l'influence de la cour impériale, de son luxe,
de ses querel les théologiques, de ses dévotions liturgiques, de ses solennités civi les. Toute la richesse de j l'empire afflue entre les mains de l'empereur qui pos_sède les ressour ces nécessaires à la construction d'églises somptueuses, tel les que l'imagination semble pouvoir en rêver. La variété des plans est pres que indéfinie, basiliques, roton des, octogones, carrés, croix, le plus souvent surmontés de coupo les qui étendent le champ de la décoration, pendant que le mobilier devient un prétexte à un déploiement de richesse pres que excessif. Malheureusement il reste peu de chose de ces ensemb les réalisés au prix d’une prodigalité inouïe. Sainte-Sophie a subi l'outrage des badigeons, les Blakhernes et les Saints-Apôtres ont disparu. saint Démétrius de Saloni que a été ravagé par l'incendie ; il faut aller à Ravenne et à Parenzo pour retrouver le spectacle de ces décorations magnifiques. L'éclat de la mosaï que, même patiné par les sièc les, demeure autrement séduisant que la peinture pâlie et fatiguée que conservent les pierres et les enduits d'Antinoé, de Baouit et de Deir el Abiod.
Cet art nouveau, qui prend désor mais le nom d'art byzantin, se distingue rapidement des formu les jus que-là en honneur. D'abord il délaisse certains types qui semblent épuisés, comme l'orante et le Bon Fasteur ; l'agneau n'est que toléré et le concile de 692 | décide finalement que, sur le crucifix, il fera place à l'image du Sauveur. Cependant quelques symbo les persistent, tels que la croix gemmée, la vigne, les paons, la couronne de lauriers ; mais des symbo les jusqu'alors assez négligés connaissent la vogue : les griffons affrontés et s’abreuvant dans un calice, les aig les, le phénix. Ensuite il cal que de plus en plus la hiérarchie impériale. Prophètes, apôtres, évangélistes, le précurseur et la mère de Dieu forment une cour au Christ sur le modèle de la cour du basileus. Les saints, les vierges, tous marchent au pas et à leur rang, vêtus, armés, parés de tout ce qui existe de plus rutilant, en sorte que le ciel n’est plus qu'une annexe du vestiaire impérial ; au contraire, le Christ, les apôtres, les prophètes, les anges gardent le costume helléni que et les pieds nus.
Ce qui disparaît définitivement, c'est le cycle de | l'Ancien Testament ; c'est à peine si l'on épargne quelques sujets symboliques comme le sacrifice et la réception des trois étrangers dans l’histoire d'Abraham, À Saint-Vital de Ravenne, dans l'abside, se montre un Christ je une, glorieux, assis sur le monde, qui se rattache aux meilleurs ouvrages de l'épo que hellénisti que. Ge qui est nouveau, c'est la scène de la communion des apôtres, celle de la descente du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte ; ce qui est plus important, c'est la place faite à la Vierge qui n'avait eu longtemps qu'un rôle épisodi que, même à Ravenne où elle entrait dans des compositions comme la nativité, l’adoration des mages. Désor mais elle apparaît à l'abside et y recoit directement l’hommage et l'intercession ; le premier exemple que nous rencontrons est à Parenzo en Istrie, au vis siècle, C’est le type de la Vierge Kyriotissa que va doubler le type de la Panagia Blakherniotissa (ainsi nommée de l’église des Blakhernes). Elle est assise sur son trône et lève les deux bras vers le ciel tandis que son Fils est représenté sur son sein dans un médaillon, Une miniature de l'Évangéliaire d’Etschmiadzin (vis siècle) en fournit le plus ancien type connu, La Panagia Hodigitria (qui montre le chemin), reproduction d'une icone envoyée de Jérusalem en 438 par l'impératrice Eudokia et regardée comme peinte par l'évangéliste saint Luc, est debout, portant sur un bras l'Enfant bénissant. Enfin une fres que de Baouit, située dans une abside, montre au-dessous d'un immense Christ de majesté une Vierge suppliante au milieu des apôtres ; l’art byzantin ne devait pas tarder à adopter cette nouvelle figure.
L'Égypte, la Syrie se distinguent très nettement des tendan ces en honneur à Ravenne et à Constantinople. Dans les monastères d'Orient, l'art est plus | spontané, plus affranchi des modè les anciens, plus Soucieux du réalisme et de la vérité histori que. Le Kosmas Indicopleustes (voir ce mot) nous montre l’effort tenté en vue d'atteindre le thème histori que. L'art de ce temps ne cache pas sa prédilection pour le détail pittores que ; il détaille un épisode en une multitude de sujets qui lui offrent l’occasion d'introduire quelques particularités bien minutieuses et bien insignifiantes, On arrive ainsi à une période de crise, l'iconoclasme, où toute la question des images (voir ce mot) est en jeu et en péril.
H. LECLERCO.
ICONOSTASE. — I. Chez les grecs. IL. Cata-
combes. III. Nap les. IV. Saint-Pierre, V. Saint-Paul.
VI. Saint-Jean à Ravenne. VII. Sainte-Sophie de Constantinople. VIII. Myra en Lycie. IX. Sion en Georgie. X. Torcello. XL Saint-Riquier.
I. CHEZ LES GRECS. — Le nom d'iconostase (elxôvócTote) s'appli que à une cloison qui sert de fermeture au chœur d'une église. Parce que ce mot est composé de deux termes grecs, elxüv et otdoic, et parce qu'il n'a plus d'application aujour d'hui que chez les grecs, il faut bien se garder de croire qu'il soit sans application dans l'usage latin ; les monuments anciens que nous aurons l'occasion d'énumérer témoignent suffisamment du contraire. De nos jours, l’'iconostase continue à couper en deux parties toute église où se célèbre le rite grec dit orthodoxe, séparant le clergé des fidè les qui n’ont qu'à s'associer par l'imagination au sacrifice eucharisti que et à prendre patience jusqu'à ce qu'il soit terminé. Cette cloison pleine est dressée à l'entrée du chœur qu'elle dérobe aux regards entièrement, car, étant fort élevée, elle laisse à peine entrevoir la voûte ou le plafond. L’iconastase est percée de trois ouvertures, d’ailleurs aveuglées par des portes ou des tentures. Au centre, la porte dite « royale » réservée à l’évê que ou au prêtre ; à droite (quand on regarde l'autel}, la porte « diaconale », réservée, comme son nom l'indi que, au diacre ; à gauche, la porte comm une destinée à tous les autres clercs. L'iconostase est couverte de peintures sur toute sa surface : les sujets sont déterminés à l'avance, mais tout ceci est moderne et n'a aucun titre pour nous retenir.
II. CATACOMBES. — Les plus anciens exemp les de cloisons servant de fermeture à l'entrée du chœur différaient de ce qu'on nomme aujour d'hui iconostase par la structure et par la matière autant que par l'aspect. Il existe un monument épigraphi que remontant au init siècle et conservé au musée Pio-Lateranense sur lequel nous voyons une défunte dans l'attitude d'orante au seuil de cette cloison qu'il faut bien, pour raison de clarté, nommer inconostase. Mais celle-ci est plutôt un porti que composé de colonnes dont les chapite aux supportent une architrave. Au centre l'accès du sanctuaire est libre ; il suffit de gravir deux marches ; de cha que côté un cancel ajouré (voir CanCEL) remplit la partie inférieure de la travée ; sur ces cancels reposent des chandeliers et de l'architrave pendent des courtines relevées de façon à donner au public la vue de sanctuaire 1 (fig, 3611).
III. NAAPLES. — A Nap les dans la catacombe de
Saint-Janvier, une petite chapelle taillée dans le roc nous offre un type tout à fait ancien d'iconostase. Cette excavation se trouve ménagée sur le flanc d'une falaise en tuf de Capo di Monte. L'entrée est assez spacieuse et présente l'aspect d'une calotte hémisphéri que ; elle se continue par une voûte d'arête sous laquelle on observe encore aujour d'hui les arrachements des trois arca des dont se composait l'iconostase marquant la séparation entre le sanctuaire ét la nef (fig. 5770). Les galeries supérieures des mêmes catacombes offrent un exemple d'une arcature d'après laquelle on peut autoriser la restauration proposée par Rohault de Fleury. Derrière l'iconostase, on voit le presbyteriumi, la chaire épiscopale et l'autel également pris dans le rocher et relevés par un degré de 0 m. 50. Le point le plus délicat consiste à déterminer la date à laquelle doit se placer cette excavation et son aménagement. A partir de la paix de l'Église, les conditions nouvel les faites aux chrétiens leur permettaient de ne plus s'imposer un travail aussi pénible que celui que suppose cette chapelle souterraine, mais il est un peu hasardeux de la faire remonter jusqu'au rie siècle : il est vrai qu'on n'a guère de preuves à apporter pour ou contre cette date.
D'ailleurs, la présence d’une iconostase est une mar que certaine d’antiquité, puis que nous voyons dans une des deux absi des de la basili que de Reparatus, à Orléansville, des piédest aux de colonnes à l'entrée du sanctuaire, ét ces piédest aux portaient encore des échancrures à leur partie latérale, échancrures destinées à amorcer les cancels.L'inscription dédicatoire de cette basili que la reporte en lan 430 de la province, c'est-à-dire lan 475 de notre ère *.
IV. SAINT-PIERRE. — La basili que constantinienne de Saint-Pierre, à Rome, semble avoir possédé une iconostase composée d'une doublé colonnade en forme de porti que devant l'autel. Les colonnes de cetteiconostase sont antiques et ont été conservées, mais ré parLies sur divers points de la basili que nouvelle, en sorte
» qu'il faudrait les chercher dans les quatre tabernac les de Dôme, à la chapelle du Saint-Sacrement et à celle de la Pieta ; l'une d'el les fut brisée en l'enlevant de la confession et sa trace est aujour d'hui perdue. Le Liber pontificalis soutient que ces colonnes furent élevées par Constantin au-dessus de la confession de SaintPierre : Supra ex columnis porphyrelicis et alias columnas vilineas, mais un autre passage du même Liber, dans la notice de Grégoire III (731-741), avance que ce pape disposa devant la confession six colonnes d'onyx en spirale, don de l'exar que Eutychius : columnas sex onychinas volubi les duxit in ecclesiam B. Petri quas statuit circa presbytlerium ante confessionem, tres a dextris el tres à sinistris juxta alias antiquas séx filiopares. Et comme s'il manquait quel que chose à l'obscurité qui résulte de cette contradiction, Grégoire de Tours énumère les colonnes des nefs et passe sous silence cel les de l'iconostase.
Les colonnes vitinées de Saint-Pierre sont en marbre blanc qu'il est de toute impossibilité de confondre avec l'onyx ; peut-être l'écrivain parlait-il de ce qu'il ignorait ; cela s'est vu en tous les temps et ce nom d'onyx ne voulait probablement pour lui dire autre chose que du marbre.
Quoi qu'il en soit, ces colonnes faisaient partie de l'iconostase : ceux qui les ont vues encore en place au xve et au xvit sièc les en font mention et croient qu'el les ont été apportées du temple de Jérusalem. L'inscription du cardinal des Ursins, gravée en 1432, dit ceci : … que una cum aliis undecim hic circunstantibus de Salomonis templo, in triumphum huius basilicæ hic RRR. S, 70 « x
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Eo ÉGLISE Taillée dans le ROCHER (Vi) locata fuit. Cette colonne qui se voyait dans le transept droit de l'ancienné basili que, faisait pendant au chandelier pascal. Cette opinion sur la provenance hiérosolymitaine des colonnes était si fortement établie que Raphaël Sanzio a pensé faire ce qu’on a appelé depuis la couleur locale, en représentant ces colonnes dans son tableau des apôtres guérissant dans le temple un paralyti que. En 1568, Onofrio Panvinio écrit que : Ante altare S. Petri ad basilicæ ornamentum duodecim columnas vilineas elegantissimas ex Græcia franslatas ; et, en 1590, Alfarano : Ante altare majus Constantinus imperator piissimus duodecim columnas vilineas e pario marmore elegäntissimas e Salomonis templo veclas,quæ altari circumirent ac sancluarium constituere posuit.
On conserve à Paris, au Cabinet des Estampes, un projet de ciborium pour Saint-Pierre dans lequel entrent dix colonnes vitinées. Leur origine anti que paraît certaine. Cel les qui se trouvent dans le rétable de l'autel du Saint-Sacrement sont d'un accès et, partant, d’une étude facile. Leur fût se compose de cinq spira les partagées en trois parties à peu près éga les entre la base et le chapiteau. La première, la plus rapprochée de la base, est ornée de dix-neufcannelures en hélice qui sortent d’une rangée de huit feuil les d'acanthe pour se perdre au collier supérieur ; ce collier semble serrer une autre rangée de feuil les, d'oùs’échappent des pampres chargés de raisins que becquètent des oise aux. Ces reliefs peu accentués sont} d’un beau | style. Les capricieuses tiges de vigne y sont distribuées | avec tant d'art que le fût de la colonne est/enveloppé d'un réseau complet. Le troisième tambour est semblable et garni aussi de pampres qui sortent d'un collier de feuillages. La base est formée de deux tores encadrant deux scoties et une baguette. La plinthe est fruste. Les chapite aux sont singuliers et d’un effet | peu gracieux ; au-dessus de l’astragale, la corbeille n'est pas ornée comme d'ordinaire par des feuil les « qui soutiennent les caulico les, maïs par de simp les feuil les plates et des rince aux peu en relief, ce-qui laisse lės volutes trop isolées : ce chapiteau semble mutilé.
La colonne de la Pietà ne devait pas faire partie de l'iconostase d’après l'inscription du xv® siècle, qu'y fit graver le cardinal des Ursins ; elle était sans doute remplacée par une colonne étrangère, La colonne de la Pietà a 4 m. 88 de hauteur, base et chapiteau com| pris, sa circonférence au droit de la première bague égale 1 m. 76. Elle se partage en quatre tambours qui correspondent avec les milieux des spira les. La première de 1 m. 10, compris la base, est garnie de cannelures qui sortent d'une souche de feuil les d'acanthe (fig. 5771). Le second tambour orné de branches de pampre, au milieu desquel les se jouent des enfants ailés, a 0 m. 90 de haut. Les pampres sortent d'un collier de feuil les de vigne alternées de nénuphars. Audessus sont des cannelures, et enfin le dernier tambour sous le chapiteau est décoré d'enroulements et de feuil les d'acanthe. Le chapiteau est composite, mais | sans oves entre les volutes, le pied de la corbeille est environné d’une bande de feuil les. ` La colonne de la Pietà et cel les de la coupole sont plus anciennes et d'un meilleur style que les colonnes « de la chapelle du Saint-Sacrement. Il semble que les T colonnes vitinées de l’iconostase n'étaient pas les seule qu'on vit dans l’ancien Saint-Pierre.
Jean VII (705-707), qui construisit la chapelle del Presepio, fit disposer sous la mosaï que une sorte d'are | composé de deux colonnes vitinées supportant une # archivolte avec cette inscription : domus scæ Dei geni4 tricis Mariæ (fig. 5772). Ces colonnes, que l'on voit 1 dans le dessin de Grimaldi, sont absolument les mêmes 1 que cel les de la chapelle du Saint-Sacrement, et, prise à l'échelle, leur dimension semble correspondre avec la dimension des colonnes de la confession. Ciampini assure que Jean VII les plaça en ce lieu, ce qui nous reporte quelques années seulement après les trav aux entrepris par Grégoire III sur l’iconostase. On remarquera dans les ang les d’autres colonnes vitinées, surmontées d'un vase, mais droites et sans chapite aux. L'origine hiérosolymitaine de ces douze colonnes ne soutient pas l'examen. La présence de figures ailées est un premier obstacle, le deuxième se trouve dans l'impossibilité de trouver une place. pour ces piè ces rares dans le Temple où personne ne les a vues ni P R Ioa. S EAE Grégoire III (721-741), ayant renouvelé le porti que, revêtit, lui aussi, l'entablement de plaques d'argent et y fit sculpter des bas-reliefs représentant : au dehors, le Sauveur et les apôtres ; au de dans, Marie entourée de vierges. Sur cet entablement étaient disposées des herses de lumière : Posuil que super eas lilia et pharos argentos pens, in unum lib. septuaginta.
Hadrien Ier, en 772, éleva des statues sur le regulare du presbytlerium ; nous lisons dans le Liber pontificalis : Fecit eliam imagines sex ex laminis argenteis investitas ; ex quibus ires posuit super rugas, qui sunt in introitu ecclesiæ presbylerii, Ubi et regularem ex argento invesPlan de /a Confession
D T Q
_ mentionnées et de les sauver de la ruine à l’épo que de la destruction du Temple. Le nombre de douze aura pris sans doute une valeur … symboli que et on n'aura pas manqué d'y voir une allusion au collège apostoli que. Eusèbe de Césarée nous apprend que dans la basili que du Saint-Sépulcre, on - voyait dans le chœur douze colonnes surmontées de | - vases d'argent et symbolisant les apôtres. A SainteSophie de Constantinople, l'iconostase se composait également de douze colonnes. Il est impossible de dire si ces colonnes étaient, à Saint-Pierre, surmontées d'une architrave, ou bien si el les portaient des statues ou des vases. Peut-être Hormisdas (514) fut-il le pre- | … mier qui plaça une architrave sur les colonnes vitinées : = Apud Petrum apostolum fecit trabem quam ex argento … cooperiit quæ pensani libras mille et quadraginta. tilo fecit, et posuit super eumdem præfatas ires imagines, in medio quidem unam existentem habentem depictum cultum Salvatoris et ex utrius que lateribus imagines habentes depictas effigies. Unam beati Michaelts et aliam beati Gabrielis angelorum. In superiori ruga, id est, in medio presbyterii, faciens alium regularem ex argenlo investito, constituit super eum reliquas tres imagines, in medio quidem habentem præfiguratum vultum S. Dei Genitricis, et ex duobus lateribus unam, habentem vultum depictum S. Andreæ apostoli ; et aliam S. Joannis evangelistæ, ulrasg que vero sex imagines, ul dictum est de laminis argenteis nimis pulcherrimi facias deauravit, in quibus imaginibus posuit argenti libras centum.
Ainsi donc d'un côté le Sauveur entre les anges Miche ! et Gabriel, de l'autre côté la sainte Vierge entre saint André et saint Jean l'Évangéliste. Les mots : in introitu presbylerii, semblent bien désigner le porti que de l'iconostase. Toutefois, le pape Léon III, quelques années plus tard, ajoute encore rotablement à cette décoration : fecit in basilica beati Petri cali ces majores ex argento mundissimo, qui sedenti super trabes argent. numero decem et oclo pensant simul libras centu m'octoginta duas... Investivit vero super trabem exlargento mundissimo,quæ est super imaginem auream in ingressu vestibuli, pensant libras centum viginti sex, et semis. Désor mais les herses de lumière ne suffisent plus sur l'architrave ; on y loge des statues sous Léon III qui fecit imaginem Salvatoris auream quæ stat in trabe super ingressum vestibuli pens. libras septuaginta novem. Cette figure du Sauveur était accompagnée de deux grands anges d'argent et de quatre autres de moindres dimensions : Angelos duos... qui stanti in trabe majori super ingressu vestibuli in dextra leva que juxla imaginem | A | il fit incruster des mosaïques : Supra columnas vero Salvatoris auream, pens. simul libras sexaginta tres. Et alios angelos quatuor minores. Ensuite le même pape encadra la figure du Christ dans un arc d'argent (fig. 5773). Le texte est, il est vrai, peu explicite, mais, à propos de la restauration par Nicolas Ier, on la com- | prend plus facilement. Ce pontife refit l’arcade d'ar- | gent plus somptueuse qu'auparavant : Arcum feeit argenteum, et melius quam olim fuerat super excellentiorem trabem, quæ est ante cyborium in medio posuit... et tres imagines argenteas, una figura Domini Salvatoris, duabus vero angelorum scalpsit effigies, ac illis novem lib. auri deaurans subposuit. Ainsi Nicolas surmonta l'arcade d'une croix d'or ornée de pierreries et, pour en faire valoir la beauté, y suspendit une couronne d’or et deux croix d'argent.
Pour que l'arcade d'argent eût traversé tout le | presbyterium, il lui aurait fallu mesurer 10 mètres, et on en a conclu à « l'impossibilité de concevoir une telle construction en argent. : Or il ne s'agit pas ici d'argent massif, mais bien d'applications plus ou moins épaisses. A cette architrave richement plaquée et bien rutilante étaient suspendues des courtines sur lesquel les les paillons, les verroteries réfléchissaient les feux des lampes et des cierges, car le goût de ce temps ne se satisfaisait qu'au prix de ces artifi ces qui lui tenaient lieu de beauté. De plus, entre les colonnes de l’iconostase se voyaient des gril les ou cancels d'argent qui constituaient un des dons les plus magnifiques de Léon III : Cancellos fusi les in ingressu presbyterit seu in dettra parte læva que nee non et in ingressu vestibuli. Ces colonnettes étaient riches et ciselées : columnellas ex argento deauralas sex in ingressu veslibuli depictas historiis ; il s'agit sans doute ici de la grille d'entrée et | du plus large entre-colonnement. Chac une de ces piè ces | pesait 24 livres.
Le document le plus intéressant, ou peut-être uni que, qui nous reste de l'iconostase de Saint-Pierre est une fres que de la salle de Constantin au Vatican, laquelle M représente la donation de Rome au pape. On y voit. les colonnes torses montées sur un haut stylobate, | soutenant une architrave, et au-dessous les tring les auxquel les sont suspendues les lampes (fig. 5774). ‘il
V. SAINT-PAUL. — Dans la basili que de Saint-Paul, l'iconostase devait mesurer 22 mètres de longueur : il \ était surmonté d'un entablement de bois que le temps | avait pourri et que Léon III dut renouveler. Ce pape » posa sur les colonnes des chapite aux ornés de lis et M sur ces lis il étendit un atti que en dal les de marbre où
marmoreas quæ slant in circuitu altaris ipsius Doctoris mundi, ubi trabes quondam ligneæ positæ fuerant etiam nimia vetustate emarcuerant, hic sacer antistes super ipsas columnas lilios poni fecit, et super ipsos lilios ex E metallis marmoreis platonias posuit diversis que scriptu- | ris miræ magnitudinis opus decoravit. A Nous avons une description d'Ugonio qui vit l'an_ cienne basili que telle qu'elle existait sous Sixte-Quint :
« Au delà du grand arc, dit-il, il y a le transept de NW l'église, au milieu duquel s'ouvre le presbylerium ou chœur anti que tout entouré de marbres. Il était orné | de vingt colonnes, la plupart en porphyre et, au chevet © de la chaire épiscopale faite par Léon III. Mais ces colonnes qui se trouvaient derrière l'autel et la chaire ont été enlevées depuis que le très religieux pasteur aujour d'hui régnant, Sixte V, a élargi l'espace derrière l'autel des Saints-Apôtres et fait enlever tous les obstac les qui.génaient la vue entre l'autel et E souverain pontife. E « Le maître-autel, environné de fortes OES A conserve dans un reliquaire solidement fermé les | vénérab les reliques des apôtres saint Pierre et saint Paul. Au-dessus de l'autel s'élève un ciborium de ; marbre bien travaillé, soutenu par quatre colonnes dèe | porphyre. Sous l'autel est un petit oratoire que les anciens appelaient Confession de saint Paul auquel on descendait par derrière, du côté de la trib une, par plusieurs marches qu'avait fait faire le pape Léon I L'auteur de cet ouvrage était désigné par l'inscription ; suivante qu'on y lisait : Leo gratia Dei tertius episcopus | h une ingressum sanete plebi Dei miro decore ornavit.
« Vis-à-vis de cette entrée, il y avait une autre cha| pelle appelée loratoire de San-Giuliano, à laquelle on F descendait par quelques degrés et où on voyait un autel qui recouvrait les corps des saints martyrs Celse, Julien, Basilisse, Martianille. Cette chapelle a été ` fermée l’année dernière et le sol nivelé, afin de rendre la pompe plus facile aux messes pontifica les ordonnées par notre seigneur Sixte V. » N VI. SAINT-JEAN A RAVENNE. Ve, dans l'église Saint-Jean-l'Évangéliste, on voyait un iconostase d'argent qui ne nous est connu que par une description tardive (fig. 5775). Le manus1 crit qui la contient débute par ces mots : {ncipit trac4 talus sanclæ memoriæ domni Raynaldi natione Mediolanensis. Ce Rinaldo mourut en 1321, mais on peut raisonnablement croire qu'il inséra dans son récit des écrits assez anciens et fidèlement copiés ; ce serait le © cas pour ce qui concerne l'iconostase ; la relation serait antérieure à 1137, épo que où les moines camal- » du les s'établirent à Classe et firent tous les efforts qui dépendaient d'eux pour affermir l'opinion de la présence des restes de saint Apollinaire. Voici ce qu'on lit dans l'anonyme au sujet non seulement de l'iconostase, mais de l'édifice où il se trouvait.
— A Ravenne, au « Nous avons dit (voir GALLA PLaciprA) que l'impératrice Galla, assaillie en mer par une tempête, fit vœu d'élever à saint Jean une église. « Il manquait Fe
| D
T jf i \ N Ao | fl | \ basili que un terrain voisin de la porte qu'on appelle Arce-Meduli. Elle vint elle-même avec son fils Valentinien désigner le lieu de l’église et fixer les limites des dans la ville, dit l’anonyme, un terrain ferme pour asseoir un si grand ouvrage qu'elle voulait rendre digne de sa promesse. Impatiente de commencer l'entreprise, elle réunit un conseilf d'hommes expérimentés et résolut, après avoir pris leur avis, de choisir pour sa fondations. Alors on appela une multitude d'ouvriers qui devaient, chacun selon son aptitude, se livrer aux divers trav aux que la construction nécessitait...
« Tout étant prêt pour recevoir la décoration, Placidie livre cette dernière tâche à la multitude des
43 ICONOSTASE 44 À
ouvriers ; les uns décorent la partie orientale de l'église de mosaï que de verre et d’or, les autres, sur un lit de ch aux, couvrent le sol d'un dallage de mosaï que. Placidie ordonne de représenter de tous côtés l'histoire de son naufrage, afin que toutes les faces de. l'édifice rappellent ses dangers et sa reconnaissance : on forme sur le pavé comme une mer agitée par la tempête. La face de l’église, soutenue par un arc immense, manifeste dans sa magnifi que décoration la piété de la princesse et l'habileté de ses ouvriers. En haut de la muraille qui termine l’église et où commence le cancel, e Ici et là on aperçoit la mer bleue avec deux navires auxquels saint Jean sert de pilote. On y voit de tous côtés des palmiers et d’autres arbres sous lesquels on lit des vers. On y voit encore cette inscription sur la tête des empereurs Constance, Arcadius, Valentinien et d’autres personnages ; Amore Christi nobilis et filius tonitrui sanclus Johannes arcana vidit, Galla Placidia Augusta pro se ef his omnibus hoc votum solvit.
« La crypte de l'abside, soutenue par des colonnes de pierre blanche polie, s'aperçoit par des fenêtres 4 on figure le péril et la délivrance de Placidie, l’image des vaisse aux battus par une furieuse tempête, les passagers effrayés et le bienheureux Jean qui vient les délivrer.
« La nef de l'église se compose de vingt-quatre colonnes avec leurs bases en marbre de Tibur ou en pierre avec des chapite aux et des sculptures, au-dessus desquel les s'ouvrent des ares magnifiques et des murs avec le même nombre de fenêtres. Du côté de l'Orient, l'abside s'élève derrière deux colonnes d’une mérveilleuse grandeur et recouvertes d'argent. Enfin, audessus de l'arc triomphal s'étend une admirable mosaï que de verre et d'or représentant le Sauveur offrant un rouleau au disciple bien-aimé On lit sous ses pieds : Sanctus Johannes Evang réservées pour cela. Cette abside est décorée de magnifiques mosaïques ; au milieu, l'image du Sauveur, d'une admirable beauté, répand son éclat dans toute l'église : dans le monde entier on ne saurait en trouver une pareille. Cha que pas dans cette basili que excite un nouveau sujet d'admiration. Sous les pieds du Sauveur, au pourtour de l'abside, on peut lire cette inscription : Sanclo ac bealissimo apostolo Johanni Evangelisiæ Placidia Galla Augusta cum filio suo Placido Valentiniano Augusto et filia sua grata Honoria Augusta, liberalionis periculum maris volum solvent.
« Du côté du nord, on voit représenté Pierre, lancien archevê que de Ravenne, avec les insignes d'évéque et chantant la messe. Là, tout autour, on lit audessus de la tête des Augustes : Confirma hoc Deus, détail précis : « Le sanctuaire est séparé de la partie guod operatus es in nobis a templo sancto tuo quod est in Jerusalem. Tibi offeruni reges munera. Au-dessous s'étend un magnifi que revêtement de porphyre poli et de diverses pierres. Le dallage, disposé en com partiments carrés ou circulaires, ressemble aux flots d'une fontaine.
« L'ambon et le chœur sont ornés de trav aux de “sculpture. :
€ A l'entrée du chœur et devant l'autel, brillent des colonnes d'argent très pur. L'espace autour de l'autel est fermé par des clôtures de marbre avec des pommes d'argent. ` « L'autel, non moins magnifi que, est orné de portes d'argent, de gemmes et de diverses pierreries ; en bas on voit écrit : Sancte Johannes area Christi, accepta dibi sit oralio servi tui. « Au-dessus s'élève un ciborium de marbre soutenu _ par quatre colonnes d'argent ; on y voit suspendus des vases d’or et d'argent, la colombe de même métal, et au sommet une croix qui resplendit entre les lys - et les fruits. Placidie fit encore disposer des tab les avec deux croix semblab les. » VIIL SAINTE-SOPHIE DE CONSTANTINOPLE. — La description de Paul le Silentiaire (au vit siècle) nous a conservé le souvenir de l’iconostase : « Ce ne fut pas - seulement, dit-il, sur les murs qui séparent les prêtres de la schola cantorum que Justinien posa des dal les d'argent, mais il revêtit aussi entièrement de ce métal les douze colonnes géminées el les-mêmes qui jettent au loin d'éclatants rayons :j Obses pev où uévvotc ért reryeloiv, dr Too LÜGTNV Avèou élxxolvvougly OLA OU T'uuvas doyupéac Exe mhdxus « ŒAÂAX xal « UTOUS Kiovac dpyuperoatv houc xaue perdiotc Pnieôdrors ccAgsacoiv Mehgunrórtag itaw éotouc.
« Sur ces colonnes, une main patiente et habile cisela des médaillons circulaires. On y voyait gravé au milieu . l'image de Dieu immaculé qui prit d’une vierge la | figure humaine : ailleurs l’armée des anges rapi des inclinant leur tête, car ils ne peuvent contempler la gloire de Dieu. Ailleurs le ciseau d'acier imprima sur le métal les figures des hérauts de Dieu, ces hommes anciens de la bouche desquels, avant que Dieu ne prit une chair, est sorti l'oracle de la venue du Christ. On n'oublia pas l'effigie de ces pêcheurs dont l'art était de jeter des filets et qui, laissant les soins communs de la vie ou les emplois coupab les, suivirent les ordres du - Roi du ciel ; abandonnant leurs métiers de pêcheurs, ils déployèrent l'insigne filet de l’immortalité. Ailleurs l'artiste avait représenté la Mère du Christ, vase de splendeur éternelle...
« Au milieu des panne aux du sepium sacré qui èntoure les prêtres et les sépare de l’assemblée, on voit inscrite une lettre uni que qui en embrasse plusieurs dans elle même ; elle comprend, en effet, les noms de l'empereur et de l'impératrice. Dans le milieu on a aussi figuré une croix sur un bouclier circulaire d’égale grandeur. Trois portes s'ouvrent aux prêtres dans tout le seplum, cel les de côté plus petites que celle du milieu. » Constantin Porphyrogénète, au xt siècle, ajoute ce extérieure du temple par des cancels et par des colonnes couronnées d'architraves, » La place de l’iconostase est aisée à déterminer sur le plan de l'église. Le sanctuaire était fermé par une colonnade et une porte d'argent. Ladite colonnade s'élevait entre le bema et la solea où se trouvaient les chantres. Cette solea s'étendait entre l'ambon et le bema et nous savons que l’ambon s'élevait vers le milieu de l'église, mais plus à l'est qu'à l'ouest (fig. 5776), La largeur de l’iconostase étant d'environ 33 mètres qu'il s'agit de partager entre cinq ou sept entre-colonnements, car les colonnes doivent être accouplées, le mot olog impliquant une idée de jume aux. Comme cinq entre-colonnements formeraient un porti que trop ajouré et d'aspect peu solide, il semble préférable d'en supposer sept et, aux ang les, non pas un groupe de colonnes, mais un pilastre d'ante.
Lesfcolonnes de l’iconostase étaient étincelantes et reflétaient au loin la lumière ; revêtues d'argent, el les étaient couvertes de ciselures, comme les colonnes du ciborium de Saint-Marc (voir Cisortum), ce quiifacilitait le jeu de la lumière. Au lieu d'offrir un déroulement en spirale, les sujets se trouvaient répartis en médaillons circulaires.
Paul le Silentiaire ne parle pas d'architrave ; des colonnes situées dans les tribunes de Sainte-Sophie iaaii PER EE aani jil et portant des lustres en sontfencore dépourvues ; il est possible qu'il n’y en eût pas primitivement, mais il est certain qu'au x* siècle, d’après le témoignage de Constantin Porphyrogénète, l'iconostase était couronné d'un entablement., G. : Rohault de Fleury a supposé ces colonnes portées par des stylobates ; leurs dimensions auraient sans cela trop écrasé le porti que, et d'ailleurs le Silentiaire parle de deux motifs de milieu, d'où nous devons conclure qu'il y avait un bouclier crucifère sous cha que couple de colonnes et que les monogrammes de Justinien et de Théodora étaient réservés pour les tab les dans les interval les. Les boucliers crucifères {que portent les soldats de Justinien dans la mosaï que de Saint-Vital de Ravenne nous donnent une idée de ce genre de décoration : on peut aussi se figurer les monogrammes d'après ceux de la basili que de Saint-Clément à Rome, qui sont contemporains et qui sont encadrés dans des couronnes attachées par des rubans, Quant au monogramme de Justinien et de Théodora, nous en avons Es ~ia T y 43 f TE ET] ere £ CR AN Ce ETS Er i zara ve LL per ra” r PLIS ET Ta ET Tee M mi GRR pe pt PTE DT : FR : ms o 7 QE PORT es PA En A a EE EE EP SE na »r Le eue f ps | = ns un exemple dans les impostes des arcs de Sainttal.
VIII, MYRA EN Lycie. — L'église, aujourd’hui ruinée, dédiée à saint Nicolas, à Myra en Lycie, a été visitée et dessinée par Texier à une épo que où les détails pouvaient encore être déterminés avec certitude. C’est ainsi que ce voyageur reconnut les quatre colonnes du ciborium encore couronnés d’architraves et, en avant, les quatre colonnes de l’iconostase. Les chapite aux étaient corinthiens, mais privés de leur entablement. Les trois entre-colonnements sont ég aux et mesurent 2 m. 45 d’axe en axe, Des deux côtés ils devaient être fermés par des cancels ; le presbyterium n’est relevé — ICOSIUM 8 à subsiste rien, elle a été remplacée par un châssis de ` toile peinte tout moderne et sur lequel sont figurés la Vierge et les douze apôtres. p XI. — L'abbé Angilbert pourvut ~ son église de Saint-Riquier d'un magnifi que iconostase. La chroni que du monastère, rédigée au x1° siècle par Hariulphe, nous apprend qu’il y avait devant l’au-. tel six colonnes faites de bronze, d'argent et d'or.
_ et supportant une architrave de même métal ; le chœur était entouré également de trois architraves moindres par les dimensions, mais non par la richesse, et qui supportaient dix-sept arca des de bronze, argentletlor ; : sept de ces arca des encadraient des images de bronze | que d'une marche sur laquelle posent les bases des colonnes ( fig. 5777).
IX. SION EN GEORGIE. — L'église de Sion, dans la vallée d'Ateni, en Georgie, possède un iconostase digne d'attention (fig. 5778). Il se compose de cinq arca des
supportées par des colonnes sans chapite aux : l’arcade | centrale est plus large que les arca des latérales et donne accès au sanctuaire. Deux plaques chargées d'orneles entrelacs dont el les sont couvertes semblent indiquer qu'el les étaient placées autrefois dans le soubassement en guise de cancels. Cette église fut commencée par l’arménien Thodosa, en 727, et achevée par Achot, curopalate de Géorgie (786-826).
Nous revenons en Occident.
A. TorcELLO. — Au vus siècle, l'église de Torcello avait sa grande nef coupée par des cancels et un iconostase composé de six colonnes : les dal les de marbre sculptées s'élevant à peu près à la moitié du fût interceptent les deux entre-colonnements latér aux et laissent à celui du milieu le passage libre. Les colonnes centra les sont beaucoup plus espacées ; on remarquera la variété des chapite aux, comme forme et dimensions. Deux plaques de cancels portent des lions affrontés au pied d'un arbre ; du tronc de cet arbre sortent des rince aux et des feuillages parmi lesquels se jouent des oise aux et des lièvres. Un quart de cercle orné de dessins d'un faible relief et une rangée de feuil les d'eau inclinées forment l'encadrement du panneau ; les deux autres dal les font voir des paons affrontés perchés sur des rince aux, se désaltérant dans un calice posé sur une colonnette ; feuillages et rosa ces remplissent le champ du cadre (fig. 5779).
De l'architrave qui posait sur les colonnes, il ne figurant des anim aux, des oise aux et des hommes ; 4 aux autres étaient suspendus des disques, madi en : i argent et les autres en vermeil. H. LECLERCO. ICOSIUM (aujour d'hui ALGER) ! — 1. ONIGINE. — D'après Solin, xxv, 17, Icosium fut fondée par | vingt compagnons d'Hercule, anecdote qui n’a peutétre d'autre raison que lui fournir l’étymologie absurde elxooL. Il y eut vraisemblablement un comptoir phénicien ou carthaginais : une stèle puni que a été : ” Laurentius, Icositanus episcopus, legalus provinci Mauritaniæ Cæsariensis subsecripsi, en 419. Mansi, Victor Icositanus, en 484, Notit. epise. Maur. Cæs., n. 59. | Il y avait encore des évêques à Alger au commencement du xme® siècle : Vansleb, Hist. de l'Église 3° Basili que. — Le géographe arabe El-Békri menTAN PI CARE EME ET z 3 di Pa aa AT TR
ICOSIUM | 50
Alger, 1845, p. 25, signale lafdécouverte, dans la rue de la Marine, en faisant des fouil les, de parties considérab les d’entablements et des fûts de colonne qui paraissaient avoir appartenu à un même monument d'ordre dori que. Il croit que c'étaient des débris de la basili que mentionnée par El-Bekri. Devoulx, dans Kev.-afrie., 1875, t. xIx, p. 523-524, suppose que cette ruine, qui servail au culte musulman, se trouvait dans le voisinage de la grande mosquée, dont El-Bekri, parle aussi, c'est-à-dire de la mosquée bordée actuellement par la rue de la Marine} Hypothèses gratuites.
_ tionne un sanctuaire chrétien à Djezaïr Beni Mez« La ville... possédait + Il y avait dans la autrefois une vaste église ville des Beni-Mezerenna | dont il ne reste qu'une une église très vaste dont | muraille en forme d'abil reste un mur s’arrondis- ” Side, se dirigeant de l'Est sant d'Orient en Occident, | à l'Ouest. Cette muraille lequel, servant aujoursert maintenant de kibla d'hui de kibla légale lors | légale, lors des deux grandes deux fêtes, est orné = des fêtes ; elle est ornée de nombreuses peintures de panne aux et couverte et images encadrées, » | desculptures et d'images. » Trad. Devoulx.
| Trad, de Slane.
La kibla est le côté de l'horizon vers lequel on se tourne pour faire la prière (direction de La Mec que). l L'abside s'ouvrait donc vers l'Ouest. selon l'usage.
| Berbrugger, Icosium. Notice sur les antiquités d'Alger, pl« , Fe Bi e HE aux païens. Saint Paul leur prescrit de fuir le culte
91 ICOSIUM —
Alger, 1861, p. 93, n. 125 : Gsell, Ati, f. 5, p. 4, n. 28 ; Mon. ant., t.m, p.165, n. 3.
5° Sculplure, — Cadre en pierre trouvé rue BabAzoun, n. 11, lors de la démolition de la + Caserne des Lions ». Un cercle tangent inscrit avec un chrisme, le tout taillé à jour. Donné en 1836 au musée. Catal., n. 55 ; Devoulx, Rev. afric., 1875, t. XIX, p. 425, n. 27, pl. un, n. 12 ; Doublet, Musée d'Alger, p. 48 ; Gsell, Atlas, Í. 5, p. 4, n. 19.
Dessus d'une fenêtre ou d'une petite porte d'un édifice chrétien, avec deux colombes affrontées de cha que côté d'une couronne où est inscrit le monogramme. Rev. afric., t. m, p. 150 ; t. v, p. 154 ; t. XIX, p. 417, n. 10, pl. m, n. 11. Cf. p. 419, n. 9, pl. m, n. 7.
6° Monnaies. — Rue de la Marine, un vase contenant plusieurs centaines de monnaies, surtout de Constantin Ier et de Constantin II. Berbrugger, Icosium, p. 33 ; Rev. afric., 1858-1859, t. m, p. 69 ; ;
Devoulx, Rev. afric., 1875, t XIX, D. 331, 428. 7° Lampes. — Lampes en terre, insignifiantes. H. LECLERCO. . IDIOMÈLES. — On donne le nom d’idiomè les (otne lõrduehx) à des stichères ou strophes qui ne sont pas pourvues d'un hirmus (elpt10c). On les emploie ordinairement à lau des et à vépres à certains jours.
À lau des on n’en dit qu’un, mais pendant la semaine | sainte on en dit plusieurs, et après les otlyor suivent les œlvor, c’est-à-dire les psaumes CXLVIII, CXLIX, CL. À vêpres on n’en dit parfois qu’un seul, notamment pendant le carême. Parfois on récite quatre ou cinq idiomè les, occasionnellement neuf le jour de la fête de saint Jean-Baptiste et tel ou tels sont parfois répétés. Le ton dans lequel ils sont chantés est marqué et souvent on donne le nom de leur auteur. En somme leur caractère est analogue à celui des tropaires de | l'office grec, mais ils sont souvent plus longs. On fait encore usage d'idiomè les dans certains offi ces, notamment aux funérail les d'un prêtre. H. LECLERCQ. IDOLATRIE. — I. Nouveau Testament. II.
Age apostoli que. III. Apologistes. IV. L'idolåtrie | parmi les chrétiens, V. Dernières polémiques. VI. Le péché d'idolâtrie. VII. Discipline pénitentielle. VIII.
Législation.
I. NOUVEAU TESTAMENT. — Au début de notre ère, le peuple juif avait les ido les en abomination. Il était revenu de loin, car son penchant invétéré pour l'idolâtrie avait attiré sur lui châtiments sur châtiments sans réussir à le guérir ; cependant l'exil et la captivité à Babylone avaient eu la vertu de le ramener à la loi de Dieu. Depuis le retour de la captivité jusqu'au temps de Jésus-Christ, Israël demeura immuablement attaché à la foi des patriarches, de façon qu'à l'heure où les apôtres commencèrent leur prédication parmi leurs coreligionnaires ils n'eurent pas même à les mettre en garde contre la séduction de l’idolâtrie. En s'adressant aux gentils, ce fut bien différent. Avec ce nouvel auditoire, l’idée monothéiste, les arguments prophétiques ne pouvaient être persuasifs qu'à la condition que les esprits fussent mis en garde contre la séduction idolätri que.
Naturellement c’est à l'Apôtre des Gentils qu'il faut recourir pour connaître les recommandations adressées | des ido les et tout ce qui peut entraîner une participation à ce culte !, sous peine d'exclusion de la vie éter- « nelle $, peine qui frappera les adorateurs des ido les, « L'interdiction de participer aux vian des immolées aux ido les, prescrite par le concile de Jérusalem , est pra- « tiquement atténuée par saint Paul en faveur des fidè les de Corinthe à qui il interdit de prendre part aux fes- « tins donnés en l'honneur des ido les, mais qu'il autorise « à acheter et à manger les vian des qui ont été offertes M Ces idolothytes n’entraînent pas nécessairement de la part de celui qui les mange un acte d'idolâtrie, mais | c'est bien un acte d'idolâtrie qu'on commet en ren- « dant un culte opposé au culte du vrai Dieu, culte qui s'adresse en réalité aux démons 5. Par elle-même une idole n'a pas de réalité objective, elle n’est rien qu'une « pincée de matière inanimée. Par rapport à Dieu une « idole n'est rien ‘ : dès lors tout hommage qui lui est « rendu esi dérobé à Dieu lui-même et l'acte d’idolâtrie / est un péché, qui ferme le ciel à celui qui s'en rend cou- « pable 7 Toutefois ce péché n’est pas irrémissible, car « nous voyons l'apôtre saint Jean gourmander l'évê que « de Thyatire à propos de la chrétienne Jézabel qui se fait passer pour prohétesse et séduit les fidè les pour ` leur faire manger des vian des sacrifiées aux ido les # ; « or Jézabel pourra être admise à la pénitence ?. E II. AGE APOSTOLIQUE. — La Didachè réitère la prohibition relative aux idolothytes 1 et l’épître mise sous M le nom de Barnabé représente l’idolâtrie comme conduisant à la mort éternelle, Ce culte démonia que fait du « cœur de celui qui s’y adonne une maison des démons 4, « Le Nouveau Testament établissait une corrélation « entre l'avarice et l’idolâtrie, soumises à un pareil châ- « timent 12 ; saint Polycarpe reprenait cette doctrine # qui se retrouve encore dans le Testament des XII Patriar- « ches 4, Une autre ramification se trouve dans la divination qui est considérée comme une espèce d'idolä- « trie 15 et Hermas lui-même juge que les réponses faites w par les devins sont inspirées par le diable, ce qui fait w de ces consultations un véritable acte d’idolâtrie 18 ; M d'ailleurs l’idolâtrie est, selon lui, susceptible de ` pardon à condition qu'on ne s’y endurcisse pas 17, | III. APOLOGISTES. — La polémi que se portera bientôt sur l'idolâtrie et ses pratiques. Certains y » verront une erreur tout en suggérant qu’elle contient un hommage à la divinité, ce que contredira avec « énergie l’auteur de l’épître à Diognète qui entreprend « de montrer qu’on doit refuser tout hommage quel- « con que aux ido les et que le culte rendu par les païens « à du bois, de la pierre ou du métal est moins un hom- « mage qu'un affront à la divinité 1#, Dès lors l’idolâtrie « etses manifestations vont faire l'objet d'attaques in cessantes, Les Pères apologistes adoptent la meilleure tacti que en prenant l'offensive contre l'idolâtrie ; volontiers ils s'inspirent de l'argumentation en « honneur parmi les judéo-alexandrins. | Un premier point sur lequel ils sont intarissab les et u quelquefois divertissants, c'est la matière des ido les. En ` effet, ces dieux ont eu besoin de la main de l’homme ` pour prendre tournure et l’homme lui-même a dû recourir pour les façonner au bois, au marbre, au < métal, à l’argile1®, et avant de passer dieux, ces masses w informes, bûche, bloc, ou lingot, ont été coupés, brisés T taillés, étirés, ont subi la même prodigalité de tour- ` ments que les persécuteurs infligent à de vulgaires chrétiens 2%, Le résultat a été de façonner « des arbres, « des fleurs, des rats, des chats, des crocodi les et d'autres b. anim aux. Et ce ne sont pas les mêmes qui sont adorés par tous ; chacun a son dieu, en sorte qu'ils sont tous impies les uns par rapport aux autres, n'ayant pas le _ même culte !, » Non seulement d'un individu à l'autre, | mais d'une ville et d'une nation à l’autre, l’idolätrie diffère ; on ne croit pas aux mêmes divinilés, on ne les adore pas de la même manière , c’est tout ensemble illogi que, ridicule et impie. Ces dieux ne sont pas seulement inertes, ils sont malpropres, car ne s'est-on pas avisé de leur faire une . histoire, la plus immorale, le plus dégoûtante qui se puisse imaginer ? Chacun d'eux s'est plus ou moins rendu coupable de méfaits qui conduitaient tout droit les humains en pareille posture devant des juges qui n'auraient pas le droit d'être indulgents # Saint Justin oppose la pureté chrétienne et l'immoralité {l des rites païens €, Tatien insiste sur cette immoralité et sur les métamorphoses fabuleuses et licencieuses des dieux ‘. Athénagore pousse plus à fond, discute le principe même de la mythologie, qui accorde aux dieux une origine analogue à la nôtre 7, origine si récente “qu'elle les empêcherait à elle seule d'être dieux, la _ divinité n'ayant pas de commencement. Théophile | insiste sur le caractère absurde, inconvenant, immoral | des légen des religieuses de la Grèce et de l'Égypte. . Les légen des dont ils se tiennent pour satisfaits sont “tout aussi déraisonnab les que peuvent l'être les pratiques de l’idolâtrie populaire .
Enfin les dieux sont imposteurs et impuissants, les . explications qu'on apporte pour établir leur pouvoir | sont suffisantes par el les seu les pour en démontrer le néant. On prétend les identifier avec les for ces de la | nature, principalement avec le principe du feu qui, répandu à travers la matière cosmi que, prend différents noms suivant les différentes parties de la matière _vivifiée par lui, Explication vaine, puis que tout chan- ` | gement de matière constitue un corps et que la divinité | æst immortelle, immobile, immuable, au dire des stoï- | ciens eux-mêmes ! !, Une autre explication n’est guère … plus heureuse. Les dieux sont des personnages historiques plus ou moins célèbres qui ont eu de l'avancement. « À l'égard des dieux, nos pères, écrit Minucius Félix, se sont montrés imprévoyants, crédu les et naïfs, Ils honoraient religieusement leurs rois, ils désiraient après leur mort les faire revivre dans des images et avaient plaisir à conserver leur souvenir dans des …. statues ; ce qui n’était tout d'abord qu'une consolation | prit bientôt un caractère religieux. Aussi, avant que le monde se fût ouvert par le commerce... cha que nation | … adorait son fondateur, un chef remarquable, une reine | chaste plus forte que son sexe, l'auteur de quel que art ou bienfait, comme on honore un citoyen bienfaisant.
“Ainsi on donnait une récompense aux morts et un. exemple aux vivants ! ?, » Mais ceux qui étaient l’objet 54 de cette reconnaissance [n'avaient cependant pas mérité l'honneur d'être élevés à une nature supérieure. Il ne s'en rencontre guère parmi eux à quiton ne puisse adresser quelques graves reproches, et même en supposant qu'ils en fussent exempts, il ne serait pas dificile de nommer des hommes meilleurs qu'eux et à qui personne n'a ja mais songé à rendre les honneurs divins : Socrate, Thémistocle, Aristide, Démosthène, Caton, Scipion, etc.#, En sorte qu'il est vrai de soutenir que l'idolâtrie est le résultat de la supercherie intéressée et de la malice des démons qui, par ce moyen, s'attirent la confiance des hommes et se substituent eux-mêmes aux hommes divinisés afin d'accaparer les honneurs divinst#, C'est ainsi que l'idolâtrie est l'instrument de règne des démons sur le monde = : plusieurs Pères admettraient qu'elle a commencé dès le paradis terrestre 16, Les démons travaillent sans cesse et par tous les moyens à tromper les hommes, ils inspirent des fab les, exaltent l’imagination des poètes et des historiens 1, suscitent des prodiges et des magiciens * ; tout leur est bon pour séduire les hommes et « voler » la divinité : astrologie, médecine, tout devient donc suspect. Les démons ne cherchent qu'à nuire à Dieu et ils ne réussissent qu'à porter préjudice aux hommes. à FRA STE ER SE rene rE me pd } oR 0 g Š ii . sas CF ; +3 COLE ms € 27 D Peti N X - f bc à 5 : EP & Ps dim Mer ur cs Re nl are di
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See d'idolâtrie, mais par contre on les accusera d’athéisme ; pour leur refus d’'adorer le dieu César, on les traitera d'impies. Cependant les apologistes ne prennent pas le change et se prononcent sans hésiter contre le culte des empereurs, dans lequel ils ne voient qu'une flagornerie honteuse et un sacrilège 1.
Accusés d'idolåtrie, les chrétiens retournent l’accusation contre ceux qui la leur adressent : les philosophes. Mais les apologistes ne malmènent pas tous leurs adversaires avec la même ardeur. Justin voit dans la philosophie païenne un effort louable vers la : vérité. Selon lui les philosophes sont parfois d'accord avec la religion chrétienne grâce à la lumière que le Verbe a daigné leur communiquer ? ou bien grâce à quel que emprunt fait à la révélation ®. Tatien met surtout en évidence les erreurs et les contradictions des philosophes #. Athénagore invo que les témoignages profanes, rappelle que les philosophes ont un point de commun avec les chrétiens ; à savoir la défense de la vérité contre l'erreur, de la vertu contre le vice et les conséquen ces parfois douloureuses que cette attitude a attirées sur eux 5, L'auteur du De monarchia compile les textes dans lesquels Eschyle, Sophocle, Orphée, Pythagore, Ménandre, Philémon, Euripide affirment fait appel lui aussi à l'autorité des philosophes, en faveur de l'unité divine, de l'existence des démons, de la fin du monde, de la résurrection, de l'éternité des peines de l'enfer, « Les doctrines des philosophes, dit-il, sont pres que identiques aux nôtres, » de telle façon que « les philosophes païens étaient déjà chrétiens ou que maintenant les chrétiens sont philosophes ®. + Théophile relève les contradictions et la morale relâchée des philosophes 7, mais il reconnaît l'accord partiel de leur doctrine avec l’enseignement chrétien ; ce qu'il y a de vrai chez eux, ils l'ont volé, dit-il, à la Sainte Écriture. Même thèse chez l’auteur de la Cohortatio ad gr&æcos. Enfin Clément d'Alexandrie estime que la philosophie grec que a emprunté à l'Ancien Testament la part de vérité qu'elle contient ; elle fut un élément providentiel de la préparation du salut’. Quant à Origène, il reproche aux philosophes leurs erreurs et leur tolérance à l'égard de l’idolâtrie dont il proclame l'inanité et la stupidité .
V. DERNIÈRES POLÉMIQUES. — À partir du milieu du Me, le polythéisme est assez ébranlé pour être obligé de compter avec son adversaire. C'est avec le recul d'un siècle environ qu'on parvient à se faire une opinion juste de l'influence exercée par la campagne des Pères apologistes. L'idolâtrie a perdu du terrain, mais elle tient tête : on la combat encore, mais tout a été dit et de part et d'autre on n’apporte plus rien de nouveau. Dans l'Ad Demetrianum, saint Cyprien se tient pour satisfait d'avoir rappelé que les chrétiens ne sont pour
rien dans les m aux qui fondent sur le monde et sur | l'Afri que. Le Quod idola dii non sint est un écrit de mince valeur où Cyprien se borne à extraire des passages de Minucius Félix et de Tertullien et à les enfiler bout à bout sans beaucoup d'art. Ge n’est pas non plus de l’art qu'il faut demander à Commodien dont le Carmen apologeticum et les Instructiones n'auront pas dû faire beaucoup de mal au paganisme.
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Arnobe et Lactance marquent un pas en avant plein \ de vigueur et qu’on sent fait par des hommes convaincus que, dans peu, la victoire leur appartiendra.
Les livres V, VI, et VII de l'Adversus nationes reprennent la polémi que au point où l’a laissée Tertul- « lien et retrouvent, au service de la vérité, la même ardeur impitoyable qui n'épargne rien de tout ce qui prête à la criti que. Lactance, moins énergi que maisplus habile, reprend la plupart des idées émises par | Arnobe, les Divinæ inslilutiones prolongent la bataille plutôt qu'el les ne la transforment. Lactance rhabille . des opinions déjà anciennes, mais il leur donne un vêtement qui sied fort bien. Ce n’est plus le ricanement amer de Tertullien, c’est le dédain tempéré et dédai- ` gneux des milieux officiels qui sont satisfaits de repré- « senter l'idolâätrie comme une chose finie, enterrée, : oubliée à tout ja mais, dont on ne parle que comme « d'une vieillerie inoffensive, Eusèbe de Césarée, si parfaitement initié à la politi que religieuse officielle, \ traite ainsi le paganisme comme aboli, disparu, ne survivant plus que dans la mémoire des érudits de son M espèce, etil lui consacre quinze livres de sa Præparatio evangelica.
Au 1v° siècle, le polythéisme recule devant un monothéisme qui n’est pas encore partout le culte du vrai « Dieu, mais qui répond à une conception moins grossière. de la divinité 1« . Le Panthéon idolâtri que était devenu tellement vaste que le peuple lui-même sentait le ridi- » cule qui s'y attachait. L'habitude ne suffisait plus à « défendre ce que la piété négligeait de plus en plus. Sous Constantin, on commence à exproprier les temp les, à réléguer les ido les, à les amoindrir de toutes façon : « en attendant de les supprimer et de les proscrire, ce M qui ne tardera pas. Vers le milieu du 1v° siècle, en 347 environ, Firmicus Maternus écrit le De errore profaw narum religionum *# dans lequelil invite les empereurs \ Constance et Constant à en finir avec l’idolâtrie. Au « lieu de cela, le paganisme obtient un regain de succès | sous le règne de Julien, qui prend la défense des dieux « dans les actes de son gouvernement et dans un écrit « composé de huit livres qui souleva plusieurs réfu- ` tations. Mais la prompte mort de l'empereur ne leur permit de paraître que lorsqu'el les n'avaient plus qu'un intérêt fort amoindri. Apollinaire composa une apologie dont il ne subsiste rien du tout et i où il prenait à parti Julien qui ne pouvait lui” répondre, pas plus d'ailleurs qu'à saint Jean Chrysos- « tome % et à saint Grégoire de Nazianze #. Quant à saint Cyrille d'Alexandrie, son Apologie du christianisme. w contre les livres dé limpie Julien ne parut qu'en 433.
Ilen reste dix livres sur trente 15, et quelques fragments grecs ou syriaques tiennent la place de ce qui nous © man que 16, D'ailleurs l'idolâtrie n’est pas au premier plan des préoccupations de l’apologiste, pas plus que ` dans la pensée de Julien, mais ce sont principalement M les rapports du judaïsme et du christianisme avec le « paganisme qui font l'objet de ces livres. Le règne de Théodose mar que les derniers moments jesté 17,et les derniers parti sans des cultes idolâtriques n'ont aucun goût pour le martyre. Les temp les sont 1 désaffectés, ruinés, dépouillés ou détruits ; il en reste, 1 Théodosien, XVI, x, 12.
mais ce sont des demeures vi des où on ne s'aventure plus de célébrer un culte proscrit ; bref, en 423, le paganisme en Orient est considéré comme n'existant plus |. Mais ce n’est pas en trois lignes qu'on fait le . récit d’une liquidation tellement importante. L'ido- - dâtrie pouvait bien n'exister plus, elle laissait des vestiges matériels, édifi ces, propriétés, institutions, richesses financières et artistiques dont il fallait régler le sort. Les procédés expéditifs de l'abbé Schenouti, en = Égypte, ceux de l'abbé Colomban en Gaule et en Germanie ne servent qu'à montrer combien on avait de i eo à venir à bout de ce paganisme prétendu mort. | En Occident, où la main de Théodose se faisait moins … lourdement sentir, l'idolâtrie entama une longue dé- … fense et connut des retours passagers de fort une (voir PÉFLAVIEN- -NICOMAQUE). À Rome, l'affaire de l'autel de la Victoire est restée célèbre et nous la raconterons (voir SYMMAQUE). Longtemps les païens ont renouvelé les calomnies dirigées contre les chrétiens qu'ils ren- . daient responsab les des m aux sous lesquels succombait l'empire. La survivance du paganisme se fera -sentir jusqu'au vut et même jusqu'au 1x° siècle. Nous e l'avons vu en Gaule (Voir Dictionn., t. vi, col. 430-433) “au vie et au vus siècle, assez vivace pour attirer l'at… vaille à le combattre, mais saint Césaire d'Arles lutte Fe contre l'idolâtrie persistante. Dans ses sermons contre les pratiques païennes, il adopte l interprétation évhémériste de la mythologie, interprétation qui a déjà de longs états de service 3. S'il appelle démons : es dieux gréco-romains, c'est par figure ; mais il sait . « que ce sont des personnages méchants et vicieux qui | vivaient au temps où les Israélites se trouvaient en | … Égypte *. » C'est principalement aux pratiques divinatoires et aux sortilèges qu'il s'atta que 5. | Nous voyons le deuxième concile de Braga, tenu E en 572, insister dans son canon 1°« sur l'obligation - qu'ont les évêques d'exhorter le peuple, dans leurs tournées pastora les, de s'abstenir de l'idolätrie et des vi ces $. En 567, un concile de Tours condamne un | usage idolâtri que qui consiste à distribuer au peuple une idole de farine” : Sous la forme de superstitions, - l'idolâtrie se conserve longtemps, principalement dans les campagnes. En Germanie, l’Indiculus superstitionum nous montre le paganisme encore vivace au vint siècle et il serait facile de le retrouver jusqu'à nos | jours sous certaines institutions qui le dissimulent sans { l'altérer véritablement (voir DIVINATION, PAGANISME). | VI. LE PÉCHÉ D'IDOLATRIE. — Dans l'ardeur des > discussions soulevées par les fidè les de la primitive glise, une place importante revient au péché d'idolåtrie et à la gravité qui s y attache. Tertullien est … peut-être le premier à soulever la question. Selon $ lui, l’idolâtrie ne {consiste pas seulement dans ġle E ention des évêques *. Non seulement saint Éloi tra- |
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sacrifice offert aux ido les, mais dans toute offense faite à Dieu. Grâce à l'exagération qu'il met dans tout ce qu'il touche, Tertullien en arrive à découvrir l'idolätrie partout : dans les be aux-arts qui représentent des ido les, dans l'astrologie et la magie, dans les bel leslettres, dans le négoce où on vend des matières qui entreront dans les sacrifi ces païens, dans les fêtes, les | distinctions publiques, les charges officiel les, le service militaire, les formu les officiel les, bref partout, en sorte qu'on baigne, on plonge dans l'idolätrie, on ne peut ni s'en affranchir ni s'y dérober.
Ce qui est plus certain, au jugement des Pères, c'est que le péché d'idolätrie est très grave, car on y soustrait ce qui est dû à Dieu pour le reporter sur ses œuvres %. Les Constitutions apostoliques y découvrent le mépris formel de Dieu, ce qui est la faute la plus grave qu'on puisse commettre °. Cette culpabilité ne se trouve nullement atténuée par différentes circonstan ces qu'on serait tenté d'invoquer en sa faveur : prestige de la religion romaine 1°, respect des traditions, entraînement du grand nombre #, difficulté de briser avec ses coreligionnaires 1. Les idolâtres ne sont donc | pas moins coupab les de persévérer dans l'erreur parce qu'ils colorent leur attachement ou leur apathie de raisons quelconques. Origène les condamne en recourant à un passage de l'Épître aux Romains, 1, 19-20, qui dit que les préceptes de la loi morale sont naturellement connus : Dieu est naturellement connaissable : au jugement divin, personne n'aura d’excuse à invoquer 14. Chez certains Pères, l’ignorance est tenue pour excuse dans une certaine mesure 1, Tertullien estime que les païens qui n'auront pas entendu parler de l'Évangile seront traités avec indulgence 15, mais il n'admet pas l'excuse de l'ignorance pour l’idolâtrie positive :7, Quant à l'ignorance volontaire, elle ne sera en aucun cas une excuse et ne pourra détourner la punition du coupable %, et les païens brûleront pour n'avoir pas connu ou plutôt pour avoir méconnu leur Créateur 19.
VII. DISCIPLINE PÉNITENTIELLE, — Nous avons déjà exposé la question des faillis (voir ce mot), c'est-à-dire de ceux qui, sous l'influence de la crainte et devant la menace des suppli ces, consentirent à apostasier et à revenir à l'idolâtrie pour sauver leur vie et leurs biens. Il semblerait que, seul, le péril de mort pouvait décider des fidè les à apostasier et les entraîner dans une pareille chute ; cependant il faut tenir compte de la faiblesse ou de l’inconstance de certains esprits qui après avoir possédé plus ou moins complètement la vérité, éprouvaient comme un besoin maladif de revenir à l'erreur. Nous disons après avoir possédé plus ou moins complètement la vérité parce qu'il s'est trouvé des convertis dont l'instruction religieuse avait été précipitée et plutôt ébauchée qu’achevée : ce n’est 1 Tale i nat : te ir LU a = r Panen dis
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pas une excuse que nous présentons mais un fait histori que qu'il faut constater quand on le rencontre.
Le Pasteur d'Hermas fait allusion aux « inconstants qui, au premier bruit de la persécution, à cause de leur lâcheté même, s'empressent de sacrifier aux ido les et rougissent du nom du Seigneur 2. » Il semble qu'Her- | mas vise ici un certain Maxime ?, qui serait d’ailleurs un récidiviste — qui avait renié une première fois la religion chrétienne et obtenu son pardon : « Libre à toi de renier une seconde fois, » lui dit l'Église. Ainsi l’apostasie aurait espoir de pardon à condition de faire pénitence. Les fils d'Hermas, apostats eux aussi, seront réhabilités s'ils font pénitence , On a discuté sur le point de savoir si la réconciliation de ces apostats était complète, absolue ; les uns ne l'entendent pas ainsi ; d’autres soutiennent qu'il s'agit d'une réconciliation ecclésiasti que entière 5, mais qui ne se serait exercée qu'une fois sur le chrétien apostat. « À ceux qui, après cette première réconciliation, | venaient à retomber, on ne voit pas bien ce que [L'Église] offrait, mais sans doute elle ne les désespé- | rait pas. Car quel les que soient les sévérités du Pasteur | pour les ôtbuyot (inconstants), si une chose ressort clairement de ce livre, c'est que quicon que a la volonté de faire pénitence peut rentrer en grâce avec Dieu ê n Nous voyons, en effet, que la pénitence fut libéralement accordée, notamment dans l'Église de Corinthe, au temps de l’évê que Denys(170) où des pécheurs, des hérétiques furent reçus de nouveau dans l'Église. A Rome, pendant un séjour qu'il y fit, saint Polycarpe réconcilia le gnosti que Cerdon et divers hérétiques ; à Lyon, les martyrs de l'an 177 reçoivent des prisonniers qui | ont eu la faiblesse de retourner un instant à l'idolâätrie.
Au début du m° siècle, Tertullien témoigne de la possibilité du pardon pour l’apostasie, même poussée jusqu'à l'idolâtrie 7. Origène avoue que l'idolâtrie est un « crime mortel » et néanmoins soumis, au moins une fois, à la pénitence ecclésiasti que #, Enfin saint Hippolyte est aussi un témoin du pardon accordé par l'Église à l'idolätrie, puisqu'il semble attaquer Cailliste pour avoir admis d'une façon régulière à la pénitence des apostats qui n'étaient auparavant réconciliés qu'excéeptionnellement *.
Idolâtrie, homicide, impudicité, trois péchés qu’on est convenu de désigner dans la discipline pénitentielle du mr siècle sous le nom de péchés irrémissib les 10, En réalité, on peut se poser la question de savoir si, au début du mr siècle, il y eut un temps où l’Église refusait la réconciliation aux idolâtres, aux homici des et aux impudiques. On l’a soutenu, en se basant sur un passage de De pudicitia de Tertullien 4, sur un autre passage des Philosophumena !#, enfin sur un texte d’Origène #, On l’a nié en s'appuyant sur des raisons tirées de la discipline du n° siècle et sur certains textes de saint Cyprien qui permettent de soutenir que la thèse rigoriste fut toujours exceptionnelle et que le refus de réconciliation ecclésiasti que ne répond à auc une réa- | lité historiquement constatée au sein de la véritable | Église 4, Les assertions de Tertullien relatives au | | refus de rémission des péchés permettent seulement de soutenir l'existence, « vers le début du m® siècle, dun « courant rigoriste : plusieurs de la communion catho- “ li que refusaient toute réconciliation aux impudiques, « | au moins jusqu'au danger de mort. La formule la plus heureuse de ce fait nous est fournie par saint Cyprien, « | qui signale dans l'Afri que latine l'existence de ce « | courant rigoriste 15 : Et quidem apud anlecessorés nostros \ quidam de episcopis istic in provincia nosira dandam « pacem mæchis non putaveruni et in lotum pænitentiæ T | locum, contra adulteria cluserunt. S'il s'étendit notablement hors d'Afri que, et dans quelle mesure les d péchés d'apostasie et d'homicide furent l’objet des mêmes rigueurs, c'est ce que nous ne saurions préciser. 1 Certains faits contemporains de saint Cyprien, et surtout la vogue durable de l'hérésie novatienne, révèlent, à l’état sporadi que, la pénétration de l’esprit À rigoriste. Conclure de là que cet esprit réglait cin- ` quante ans plutôt, et dès une date plus ancienne, la ~ prati que de l'Église serait vraiment abusif 16, s « A prendre à la lettre les affirmations (de Tertullien), on conclura qu'en effet c'était une discipline générale ` de l'Église, au moins en Occident, pour des raisons de prudence, et afin de maintenir élevé le niveau moral : des communautés chrétiennes, de refuser le pardon aux idolâtres, aux adultères et aux homici des et de les | laisser s'arranger directement avec Dieu. Mais peut- « être n'est-on pas obligé d'aller jus que-là. Que certaines Églises, en Afri que surtout, aient pratiqué le rigorisme dont parle Tertullien, et cela, avant, ou même après :
Pédit de Calliste, saint Cyprien l'affirme positivement au moins pour les adultères, et Tertullien n'aurait pu, ~ d’ailleurs, s'exprimer comme il l’a fait, si la réalité T l’eût universellement contredit. Les déclarations de Calliste, non plus, à moins qu'el les ne soient une réponse à une consultation venue du dehors, ne s'expliqueraient pas si ce rigorisme n'avait eu à Rome des parti sans, et s'il n'avait existé dans le clergé, à ce point de vue, un certain partage des sentiments et de la conduite. Une prati que existait donc dans quelques 4 Églises, au début du Me, et s’efforçait de s'établir \ en d’autres, qui refusait aux trois péchés capit aux la T réconciliation ecclésiasti que. Mais doit-on croire qu'elle | était générale ? Pour cela, il faudrait oublier qu’on n’en | trouve auc une trace ou plutôt que l’on trouve trace de la prati que contraire dans les textes antérieurs à Calliste : ; que Tertullien lui-même n'en parle pas dans son De pænilentia, composé entre les années 200-206, et qu'enfin le grand controversiste est coutumier, dans | l'ardeur de ses polémiques, d'exagérations et d'inexac- | titu des qu'on est bien forcé souvent de corriger. Dans ces conditions, on peut admettre que le rigorisme qu'il prône, au lieu d’être une loi universelle et fixe, n'était qu’une tendance et une prati que particulière et limitée, et que le décret de Calliste, au lieu d'opérer un changement dans la discipline, n'était qu'un acte destiné à raffermir l’ancienne discipline, en tranchant des controverses et en mettant fin à des divergen ces fâcheuses. C'est là une opinion vraisemblable 17, » - Nous avons déjà exposé l'incident soulevé à loccasion des lapsi au temps de la persécution de Dèce (voir … Faus). La correspondance de saint Augustin traite - longuement de ce sujet et nulle part elle n'apporte la preuve de l'existence d’une discipline antérieure impitoyable touchant le péché d'idolätrie. Au contraire, à Rome on est disposé à l'indulgence envers eux ét Novatien, qui se montre intraitable, soulève un schisme contre lé pape Corneille. | Ce qui est nouveau et remarquable à cette épo que, c’est la tendance à accorder la réconciliation d'urgence aux faillis en vue de la persécution menaçante, et d'étendre aux sacrificali, c'est-à-dire aux coupab les du péché d’idolâtrie consommée, l'indulgence qu'on avait décidé de témoigner aux libellatici, coupab les de s'être prémunis contre le péché d'idolätrie. Même situation en Orient où l’on adapte aux apostats le pouvoir incontesté de pardon que possède l'Église. Ni à Alexandrie avec l’évê que Denys, ni à Carthage avec l'évê que Cyprien, on n’entrevoit l'existence d'une règle uniforme et inflexible s'opposant a priori à la réconciliation des apostats.
… Les relaps qui tombent une deuxième fois dans l'idolâtrie après le pardon de leur première faute n’ont plus accès à la pénitence publi que. Ils n'avaient guère d'autre espoir de pardon que celui qui leur serait … accordé à l'article de la mort.
= VIIL LÉGISLATION. — Le péché d'idolâtrie nécessitait une répression dont le témoignage nous a été conservé dans les conci les et dans les pénitentiels. L'épître canoni que de saint Pierre d'Alexandrie tan ces : atténuantes qui allègent la peine. Ceux qui ne peuvent en auc une manière s’en prévaloir sont soumis à une pénitence de trois années (can. 3) ; même sanction pour les maîtres qui ont contraint leurs esclaves chrétiens à se substituer à eux pour faire acte d'idolâtrie (can. 7), tandis que ces esclaves ne seront soumis eux-mêmes qu'à une seule année de pénitence (can. 6).
En outre, il s'est rencontré des fidè les qui ont consenti à l’apostasie pendant qu'ils étaient en prison et avant . qu'on ne les appliquât à la torturé (can. 2). D'autres ont payé d’audace, passé devant l'autel païen sans - manifester auc une répugnance, ou bien ils ont délégué un païen à leur place, ceux-là n’ont à satisfaire qu'à une pénitence de six mois (can. 5). Enfin ceux qui ont donné de l'argent pour n'être pas inquiétés sont indemnes et leur acte semble considéré comme licite (can. 12) +.
Quelques années plus tard, le concile d'Ancyre, tenu en 314, édicte toute une législation sur le péché d'idolâtrie. Des membres du clergé avaient succombé ; à la santé, ils prendront rang parmi les orantes (can. 13). Ensuite, grâce à la connivence des autorités officielles, ils avaient comparu une deuxième fois, et, nonobstant la mise en scène réglée d'avance, la menace de torture sur la réalité de laquelle ils savaient à quoi s'en tenir, ils avaient confessé leur foi et mérité en apparence leur réhabilitation. Malheureusement pour eux, tout cet arrangement n'avait pas été tenu secret et les Pères du concile estimaient avec raison ne devoir tenir aucun compte d'une pareille supercherie ; en conséquence, ils consentaient à rendre le rang de leur ordre à ceux qui feraient pénitence, tout en se refusant à leur accorder l'exercice des fonctions correspondantes (can. 1-2). Les diacres qui donneront des preuves de repentir vraiment indubitables, pourront être traités avec indulgence. Quant aux fidèles coupables du péché d'idolâtrie, ils seront répartis en plusieurs catégories. Ceux qui ont été violentés ou torturés et qui ont protesté qu'ils étaient chrétiens seront mis hors de cause (can. 3) ; ceux qui ont consenti à sacrifier, l'ont fait sans répugnance visible et même avec satisfaction apparente, qui ont en outre participé aux repas idolâtriques, seront placés pendant une année entière au rang des audientes, les trois années suivantes au rang des prostirali, puis encore deux années parmi les orantes, après quoi ils seront admis à la communion (can. 4). D'autres ont commis l'acte d’idolâtrie qu'on exigeait d'eux, mais en laissant voir leur répugnance et leur douleur ; ceux-ci seront rangés parmi les prostrati pendant une année ou deux suivant qu'ils auront pris part ou non des repas offerts aux idoles, puis une année parmi les orantes, et ils seront admis à la communion. Il appartiendra aux évêques de connaître et d'apprécier les dispositions de chacun (can. 5). Ceux qui ont cédé à la menace du châtiment et n'ont manifesté aucun signe de repentir avant la réunion du concile pourront être admis tout de suite au rang des audientes ; à Pâques, ils monteront d'un degré et iront avec les prostrati pour une durée de trois ans ; enfin ils passeront deux ans parmi les orantes et, la sixième année, pourront être réconciliés (can. 6). Une autre catégorie se compose des fidèles qui ont pris part aux fêtes païennes, mais, afin de ne pas manger les viandes offertes aux idoles, ont apporté de chez eux des viandes non consacrées ; on leur tient compte de l'intention dont s'inspire cette subtilité, et, après deux années écoulées parmi les prostrati, l'évêque décidera sur leur compte (can. 7). Ceux qui, contraints, auront sacrifié aux idoles deux ou trois fois passeront quatre ans parmi les prosfrali, deux ans parmi les orantes et dans la septième année de leur pénitence pourront obtenir leur pardon (can. 8). Enfin plusieurs ont paru croire qu'ils amoindriraient leur faute en attirant d'autres à les imiter ; ils ont réussi par ce moyen à provoquer des apostasies et leur pénitence sera la plus longue de toutes ; ils passeront trois ans parmi les audientes, six ans parmi les prostrati, un an parmi les orantes et dans la dixième année de leur pénitence seront admis à la communion. Le concile de Nicée légifère aussi sur le péché d’idolâtrie ; il ordonne que les faillis qui ont été ordonnés au sacerdoce soit par ignorance de leur faute, soit en connaissance de cause, soient déposés (can. 9). Les faillis de la dernière persécution, celle de Licinius, seront admis à la pénitence après un séjour de trois années parmi les audientes, de sept années parmi les prostrati, de deux années enfin parmi les orantes (can. 11). Les plus coupables passeront dix ans parmi les prostrati, à moins que l'évêque ne juge convenable d'abréger ce terme (can. 12). Enfin ceux qui se trouvent en danger de mort obtiendront, suivant l'ancienne loi canonique, le viatique ; puis, s'ils reviennent.
Le concile d'Elvire, en Espagne, tenu vers l'an 300, refuse la communion, même à l'article de la mort, aux adultes baptisés qui ont sacrifié aux idoles (can. 1) ; aux fidèles baptisés qui, ayant accepté les fonctions de flamines, ont accompli des sacrifices idolâtriques et donné des jeux publics (can. 2). L’excommunication des flamines qui n’ont pas sacrifié est temporaire ; s'ils n'ont fait que donner des jeux, on les excuse presque ; les maîtres qui ont favorisé les sacrifices idolâtriques de ceux qui dépendent d'eux sont de même excommuniés temporairement (can. 3, 4) ; les apostats de retour à l'Église après une longue erreur ont à subir dix ans de pénitence et, s'ils se sont rendus coupables d'actes idolâtriques, leur pénitence durera toute leur vie.
Le concile d'Arles, tenu en 314, refuse en principe la communion, même à l'article de la mort, aux apostats qui ont attendu la maladie pour faire pénitence.
R. H. LECLERCQ.
FE a rges la m ei À 7 a E mp a y aaa = »LAIAS E DUMAS E aaa = aE Ta a Da EL PE LS Lee mme RU de on ROUE L CL MEL LR Re Te RUE 2 Byar. 2 -- / A à ma ELAES ra eg Pr ve NC EE rE gl MD LT LE “ Te de JaC TN PP Lee sr e aia ad 7 ns - AF — at a enG open eue a) à s + ETS CLR Cm S D a FES Fiel S aapa aa ter PSS RULES nan 3 EIEL me + Min He IDOLOTHYTES.—Le mot grec elôwA60ute est devenu en latin idolothyta, et en français idolothytes ; ce qui est peu clair pour le plus grand nombre de ceux qui le lisent. Ce terme énigmatique est cependant fort clair si on remonte à sa signification étymologique ; il signifie les viandes immolées aux idoles, et mangées dans les repas liturgiques ou bien vendues sur le marché public. Toutefois les juifs et les chrétiens étaient seuls à faire usage de ce terme que les païens eussent tenu pour malséant et qu'ils remplaçaient par celui de iepóurtov ou Geélurov.
Il est question des viandes consacrées aux idoles dans le décret rendu par le concile de Jérusalem qui établit une règle alimentaire. Dès les premiers temps de la prédication chrétienne, quelques chrétiens descendirent de Jérusalem à Antioche, où régnait un esprit plus large et ils y annoncèrent que les gentils convertis devaient se soumettre à la circoncision pour être sauvés. Paul et Barnabé ne l'entendaient pas ainsi, l'Église d'Antioche non plus, et il fut décidé que la question serait soumise aux anciens et aux apôtres qui gouvernaient l’Église de Jérusalem avec une autorité qu'on ne pouvait songer à égaler. La question posée était celle-ci : les païens convertis doivent-ils être circoncis et observer les prescriptions de la loi mosaïque ? La réponse imposée, semble-t-il, et dictée ou formulée par saint Pierre, fut qu'on ne pouvait imposer un tel joug aux gentils convertis, alors que les juifs eux-mêmes ne le pouvaient porter. Jacques acquiesça, mais suggéra qu'on devrait exiger des chrétiens venus du paganisme l’abstention de quatre pratiques. La première est appelée LAoyquara Tüve@è@Aov et dans le décret on emploie le mot elôwA60utæ pour exprimer la même restriction portant sur les viandes sacrifiées aux idoles. Cette proposition fut agréée et, en conséquence, on rédigea une lettre adressée aux chrétiens d'Antioche, de la Syrie et de la Cilicie pour les instruire qu'il avait paru bon de ne leur imposer du fardeau de la loi mosaïque que l’abstention de quatre pratiques dont la première était la manducation des viandes offertes aux idoles. La raison de cette interdiction était facile à donner et à faire admettre, car elle rentrait sans doute dans les prohibitions de la loi mosaïque, mais elle constituait une communion visible à un rite idolâtrique, et à ce titre elle apparaissait abominable et sacrilège.
Néanmoins cette même question préoccupait encore les chrétiens de l'Église de Corinthe en l'an 57. Ils voulurent s'en éclaircir et s'adressèrent à saint Paul qui leur donna une solution : un chrétien ne peut participer aux repas liturgiques en l'honneur des idoles. Les papyrus nous font connaître, au n° siècle, une invitation à dîner faite par Chérémon à la table du seigneur Serapis au Serapeum même pour le lendemain 15 du mois, à neuf heures !. Voici bien une participation à la table des démons, dans un temple. Parfois l'invitation adressée par un païen était faite non dans un temple, mais dans une maison privée, et même dans ce cas il fallait la décliner. Voici un autre papyrus dans ce cas : Antoine, fils de Ptolémée, invite à dîner à la table du seigneur Serapis dans la maison de Claude fils de Sérapion, le 16 courant, à neuf heures $. C'était encore, en ce cas, s'asseoir à la table des démons, ce qui ne pouvait être permis.
Mais il y a un autre cas qui se présente. A Pompéi le marché de la viande était tout proche du temple, il en était de même dans beaucoup de villes parce que les sacrifices étaient si nombreux que les temples idolothytes, car c'est le culte des dieux morts, étaient en quelque façon des abattoirs et qu’on trouvait commode de n'avoir pas un long trajet à faire pour porter les viandes au lieu où elles trouvaient acquéreurs. Dans une ville moyenne, à plus forte raison ! dans une grande ville comme Corinthe, le culte des dieux était assez répandu pour qu’ils ne manquassent pas de victimes, et une fois que les prêtres et toute la gent qui vivaient des débris du culte était fournie et rassasiée, il fallait vendre, car on ne pouvait songer à brûler ni à enterrer chaque jour quelques bêtes. Le marché était tout proche et la bête passait du sacrificateur à l’équarrisseur qui la livrait au boucher, lequel la mettait en vente. Allait-on s'embarquer dans une recherche infinie et savoir si tel gigot ou tel aloyau ou tel filet de bœuf avait été consacré à une idole avant d'arriver bien appétissant sur l'étal où les ménagères le convoitaient ? Saint Paul répond d'acheter si bon vous semble tout ce qui est mis en vente au marché ; ce n'est plus matière de sacrifice, c'est affaire de boucherie. Pour la même raison, un fidèle invité à dîner chez un païen n'a pas à s'enquérir d'où vient le rôti qu'on découpe et la côtelette qu'on lui sert, du moment que l'hôte ne l’a pas averti qu'il entend le faire asseoir à un repas célébré en l'honneur d'une divinité. Toutefois si un convive s'enhardit à dire : Ceci est un tepóu-tòg, une viande sainte, n’en mangez pas à cause de celui qui vous a avertis et à cause de la conscience, non pas à cause de votre conscience, mais à cause de la conscience d'autrui. En ce cas, le chrétien doit s'abstenir de toucher à cette viande afin de ne pas scandaliser le païen qui croit à la valeur religieuse du plat en question.
La Didachè considère cette manducation comme une œuvre de mort : « Quant aux aliments, dit-elle, porte-toi ce que tu peux : mais abstiens-toi complètement des aliments sacrifiés aux idoles ». La parole est évidemment entendue et obéie, au moins d'une façon générale, puis que, en 112, Pline le Jeune est amené à constater que la chair des victimes immolées aux idoles ne trouve guère d'acquéreurs en Bithynie (voir ce mot). Il a fallu la pression officielle pour signaler parmi les pratiques propres aux chrétiens humains et le refus de manger les viandes consacrées aux idoles. Vers le même temps, saint Justin refuse le titre de chrétiens à ceux qui consentent à manger les viandes offertes aux idoles. Les gnostiques cependant participaient aux repas liturgiques des païens. A Lyon, où le gnosticisme s'efforçait de pénétrer, la chrétienne Biblias dit, en l'an 177, qu'il n'est pas permis à ses coréligionnaires de manger le sang des animaux.
Vers la fin du IIe, saint Irénée reproche aux gnostiques de manger les viandes immolées aux idoles et saint Hippolyte fait que les nicolaïtes avaient appris de leur chef à ne pas distinguer entre les aliments. La réaction contre ce laxisme d'une part et, d'autre part, la diffusion croissante du livre des Actes des apôtres accrurent l'importance du décret du concile de Jérusalem et firent regarder la prohibition comme absolue et obligatoire pour tout le monde, dans tous les cas. Il s'ensuivit que l'interdiction des idolothytes ne fut plus réduite, en certains milieux, aux viandes des sacrifices païens, mais étendue à ces sacrifices eux-mêmes et à tout le culte idolâtrique. Nous venons de dire qu'à Lyon saint Irénée regarde la manducation des viandes offertes aux idoles comme un acte idolâtrique.
A Carthage, Tertullien enseigne que le Christ a aboli la circoncision, rendu la liberté des aliments, à la seule exception de l'abstinence de la chair comme dans les préceptes noachiques. Il rappelle que saint Paul a permis d'acheter au marché même des idolothytes, que saint Jean ordonne de châtier ceux qui en mangent, et il réussit à interpréter saint Jean dans le sens où il entend saint Paul ; ce sont là de ces tours de force qui lui conviennent et qui ne convainquent que lui. Hippolyte interdit la manducation des viandes immolées. Novatien nie que la distinction des aliments établie par la loi mosaïque existe encore dans la nouvelle alliance.
A Alexandrie, Clément dit que les chrétiens ne doivent pas manger d'idolothytes, sans apporter toutefois une raison bien claire de cette prohibition. Agir autrement serait, selon lui, participer à la table des démons ; il expose ensuite qu'aucune nourriture n'est impure et qu'il ne faut faire aucune distinction d'aliments. En commençant à s'éloigner de la haute antiquité, c'est-à-dire à partir du milieu du IIe, on rencontre un certain nombre de témoignages dans lesquels la question est résolue par l'influence qu'exerce le décret du concile de Jérusalem. Origène le cite deux fois littéralement et il fait observer que Celse a dit une sottise en accusant d'inconséquence les chrétiens qui s'abstenaient seulement des viandes offertes aux idoles, alors qu'ils devraient s'abstenir de toutes les viandes, puis que tout appartient aux dieux.
À cela Origène répond que les chrétiens ne mangent pas de viandes des sacrifices pour éviter le scandale. Ils ne sont pas astreints à l'observation de la loi mosaïque qui distingue les aliments purs et impurs, mais ils doivent s'abstenir des idolothytes parce qu'ils ne doivent pas s'asseoir à la table des démons. D'elles-mêmes les viandes ne sont pas impures ni mauvaises, comme l'enseigne saint Paul. Vers le même temps la Didascalie des douze apôtres reproduit textuellement la Didachè, et les apocryphes clémentins font dire à saint Pierre parlant aux Tyriens qu'ils se sont mis sous la puissance des démons en s'asseyant à leur table, mais qu'ils peuvent revenir à Dieu par la pénitence. Dieu a ordonné par une loi de s'abstenir de la table des démons.
Or, parmi les pratiques qui associent les hommes à la table des démons, l'apôtre nomme aux Tyriens la manducation des idolothytes. À partir du IVe, la question perd beaucoup d'intérêt. Saint Augustin interdit formellement la manducation des viandes sacrifiées aux idoles, de même saint Cyrille de Jérusalem, saint Jean Chrysostome, mais tout cela n'a plus qu'un intérêt académique. Le règne très court de Julien raviva un instant la question. L'empereur se servit des viandes immolées aux idoles, soit pour tenter les fidèles, soit pour les amener à se faire connaître. Un jour, Julien s'avisa de faire souiller tous les aliments sur le marché de Constantinople, en les aspergeant de vin offert aux idoles ; cette gaminerie était bien dans le goût de celui qui s'y livrait.
À l'époque des invasions barbares, des prisonniers furent parfois contraints à se nourrir de viandes offertes aux sacrifices !
IDYLLE. — L'idylle est, par définition, un petit poème dont le sujet est ordinairement pastoral ou relatif à des objets champêtres, et qui tient de l'églogue. Les chrétiens ne s'y sont guère adonnés ; cependant ils n'ont pas exclu tout à fait l'idylle de leurs essais poétiques. C'est ce qui donne à une petite composition retrouvée par J. Quicherat un certain intérêt. Elle est disposée en vers adoniques dont le mètre sautillant a plu à Boèce et à Ennodius. Le petit essai qu'on va lire peut remonter à la même époque, le Ve environ ; « il est à la fois d'une invention qui ne saurait appartenir au Moyen Age, et d'un latin qui n'a pu charmer que des barbares ».
L'idée est jolie. Un berger s'adresse à sa flûte pour le mettre en train. Il est triste ; il avait fait de belles guirlandes qu'on lui a cassées. Toute consolation cependant ne lui a pas été ravie. Il lui reste de ces friandises au miel, qui étaient le nectar des bergers. Mais la flûte répond que, pour lui donner de l'accent, il faudrait autre chose, à savoir la présence de Bacchus. Et le berger fait une prière afin que le vœu de l'innocent soit exaucé.
Cette pièce est écrite en caractères extrêmement fins et en manière de glose dans la marge d'un manuscrit du Xe. Elle a l'air de n'être pas complète. A moins d'une réticence, qui se concevrait à la rigueur, mais qui serait un peu trop ménagée, il manque quelque chose dans l'apostrophe du berger :
Rauco sonora
Languida voce :
Est pater, » inquam ;
Fusca colore, Tristis abunde, Flens modo seria
Forte dirempi [a] ;
Nam rosa mollis,
Fragmine lan [æ ],
Lilia clara...
Pinguia guæ que
Quid memorem n une ?
Un diplôme de 832, relatif à la division de l'empire de Louis le Débonnaire entre ses fils, ne nomme ni la Neustrie, ni l'Austrasie, mais on voit clairement que l’auteur divisait l’ancienne Francia en trois parties : la Neustrie représentée par le lola inter Ligerim et MN Sequanam du précepte, la France orientale désignée M peut-être aussi sous le nom d’Austrasie et ne comprenait l'ancienne Gaule que quelques villes. Nant guèré dans : de la rive gauche du Rhin, enfin la France moyenne Francia media, formée de tronçons de la Neustrie et de l'Austrasie primitives, de laquelle dépendaient la région forestière de la Woëvre, le Vougeois, le pagus Castrensis, le Portien et le Rémois, le Laonnois, le pays arrosé par la Moselle, celui de Trèves, etc., et identique sans doute à la région d'Outre-Seine qui M comprenait entre autres pays le Châlonnais, le Ma.
Dans les Miracula sancti Benedicti, dont le livre Ier a pour auteur Adrevald, (voir Dictionnaire, au mot FLEURY, pl. XIX, n. 2 : Wiülpert, Le pitture delle catacombe romane, 1, 68) Neustrie qui, d'autre part, ne s'étendait pas au delà de la Loire : Sed illis [Lamberto Robertho et Rainulfo ducibus], varia pereuntibus sorte, omnis fere Neustria, Parisiorum pertingit oppidum, Norimannicæ patuit Eo feritati ?. « La mort ayant ravi, par des accidents divers, les ducs Lambert, Robert et Renon, presque toute la Neustrie, qui de la ville d'Orléans s'étend jusqu’à Paris, fut livrée à la férocité des Normans. » On ne peut, comme le fait remarquer A. Longnon, trouver un texte plus positif, et en même temps plus digne de foi, pour constater la restriction du nom de Neustrie au pays compris entre la Loire et la Seine et, conséquemment, l'emploi des noms de France pour les contrées situées au nord de ce dernier fleuve. Et on peut parfaitement étendre la Neustrie aux provinces occidentales ; de la Normandie, du Maine, de l’Anjou et de la Provence.
Abbon, religieux de Saint-Germain et contemporain de Marevald, comprenait la Neustrie comme fait celui-ci lorsqu'il écrivait, à propos de l'élévation du comte Eudes au trône de France * :
Francia lætatur quamvis is Neustrieus esset.
& Chaque fois que, chez nos anciens auteurs, la France est distinguée de la Neustrie et de l'Austrasie, son nom désigne la partie de l’ancienne Neustrie, alors amoindrie, qui s'étend de la Seine à la Meuse, A où se trouve aujourd'hui l'Isle-de-France, ainsi que la petite région, voisine de l’abbaye de Saint-Denis et d'Argenteuil, dont le nom, la France, est un indice manifeste de l’ancien nom de toute la province. » - Telle est l'opinion exprimée par le savant Adrien de Valois au sujet de la petite France des Carolingiens, et ces paroles expliquent parfaitement une locution commune aux habitants des anciens diocèses de Paris et de Meaux, locution qui, autrement, ne laisserait pas de sembler bizarre. Les érudits ont déjà constaté plusieurs fois, depuis le XVe, que le peuple appliquait exclusivement le nom de France à la partie de ces deux diocèses située au nord de la Marne, puis au sud de la Seine lors que la Marne a opéré sa jonction avec le fleuve. En dehors des surnoms des localités de l'ancienne exemples de l'emploi restreint du nom de France. Ainsi on lit dans le Dictionnaire de Trévoux la phrase suivante : « J'ai ouy dire à des fermiers des environs de Paris : les blés sont très bons cette année en Brie, … mais ici, en France, les nôtres ne valent rien *. » GuéTard (voir ce nom), qui avait une habitation à Maisons-sur-Seine, sur la rive gauche du fleuve, rapporte que les paysans y appellent vent de France le vent qui souffle de Saint-Denis, c'est-à-dire le vent de l'est #. Voilà pour le diocèse de Paris, Quant à ce qui touche le diocèse de Meaux, on nous assure qu'à Trilport, village situé à 6 kilomètres à l’est de Meaux et sur la rive gauche de la Marne, les paysans qui passent sur l'autre rive disent : « Je vais en France €. » Au reste, ce dernier témoignage est superflu pour témoigner de l'application du nom de France à la partie septentrionale de l'ancienne Civitas Melduorum, car on sait que le diocèse de Meaux était partagé avant 1790 entre deux archidiaconés : l’archidiaconé de France au nord, l'archidiaconé de Brie au midi, séparés l'un de l’autre par la Marne ?.
Comment était-on arrivé à restreindre ainsi le sens du nom de France ? Il est assez difficile de répondre à cette question, car il ne semble pas possible, à première vue, d'admettre que le nom de la Francia du IXe peut être réservé sous les premiers rois capétiens, c'est-à-dire à l'époque de la moindre étendue du domaine royal, aux contrées soumises directement au roi dans cette ancienne province. En effet, la portion septentrionale du comté de Paris et le comté de Senlis composaient alors à peu près toutes les possessions personnelles du souverain au nord de la Marne et de la Seine, et, cependant, le comté de Senlis semble avoir été exclu de bonne heure du pays de France, qui comprit néanmoins pendant longtemps encore une partie de l’ancien diocèse de Meaux, soumis aux comtes de Champagne et de Brie. Il paraît probable qu'ici le souvenir de la Francia carolingienne a été conservé par l'Église, qui, dans la plupart des cas, adopta pour les archidiaconés les noms de divisions géographiques existant au temps de leur création. Or le nom de France n'a pu être employé comme dénomination archidiaconale que dans les seuls diocèses qui, comme ceux de Paris et de Meaux, ne faisaient pas complètement partie de l’ancienne Francia, et l’établissement d'un archidiaconé de France dans chacun de ces deux diocèses aura suffi pour faire subsister le nom de la province carolingienne jusqu'à notre époque $. H. LECLERCO.
Après la mort de Columba, ses disciples ne se relâchèrent pas et dépassèrent les limites qu'il avait tracées à sa propre activité, Il s'était assigné la tâche de convertir Pictes et Scots Dalriadiens, mais de son vivant quelques moines sortirent de l'île de la Grande-Bretagne et dépassèrent les îles voisines. Les hagiographes disent que ces hardis explorateurs gagnaient le désert, s'y enfonçaient, y cherchaient une vie plus aventureuse encore que mortifiée. Un de ces explorateurs, Baïtan, après avoir roulé longtemps sur son canot au gré du vent et des flots, regagna sa patrie et parut digne de succéder à Columba à la tête du monastère d'Iona. Plus tenace, Cormac, fils de Lethan, se lança trois fois sur l'Océan. La deuxième fois, après une navigation à pleines voiles qui avait duré plusieurs mois, Cormac arriva chez les Pictes des Orcades encore païens. On ne sait rien de précis sur ces voyages de navigation. Une brève relation nous en a été conservée par Adamnan, mais sur le troisième voyage. On y voit que les Columbites étaient assez bons matelots pour ne pas redouter les périls de la haute mer. Pendant quatorze jours et autant de nuits, les explorateurs, poussés par un vent du Sud, cinglèrent à pleines voiles en droite ligne vers le Nord. Ils avaient dépassé les parages où ne s'étaient jamais aventurés les navigateurs — comment le savaient-ils ? — et le retour paraissait impossible, lors que le vent tourna et ramena les voyageurs dans la direction d’où ils étaient partis. Cormac n'en fut que plus impatient de pénétrer ce mystère qui semblait se refuser à se laisser découvrir ; il songea à une quatrième expédition qui n'eut pas lieu : Velle denuo aliquem eremum in oceanum in oceano quærere, in que vitam eremilicam usque ad animæ corpore resolutionem in quiete et celestium contemplatione duceret. Ce que Cormac ne put tenter, beaucoup d'autres après lui l'essayèrent. Vers le milieu du VIIe, deux moines d’Iona firent un long pèlerinage sur l'océan Atlantique : le vent les poussa d'abord au Nord-Ouest, puis les entraîna au Sud jusqu’à la mer des tropiques, où ils mirent pied à terre on ne sait où, ils ne le surent jamais eux-mêmes, et rapportèrent une feuille d'arbre aussi large que la peau d’un grand bœuf (peut-être le palmier d'Haïti et de Cuba, Sabal umbraculifera, dont les feuilles ont 1 m. 30 de diamètre). Ce furent principalement les îles nord-atlantiques qui attirèrent les Columbites ; elles devaient former dans leur pensée comme l’appendice de l’Écosse et des Hébrides évangélisées par les moines de leur institut. Leur expansion ne fut donc pas l'effet du hasard ou du caprice, ni le besoin des lointaines aventures. Dans ces régions où la population était clairsemée (voir Dictionnaire, t. IV, au mot Écosse), ils avaient entrepris la conversion des Scots Dalriadiens, des Pictes et des Northumbriens : mais ils ne pouvaient s'étendre plus au sud sans se heurter aux convertis des États anglo-saxons, tout imprégnés de ce romanisme que les Columbites n'aimaient guère à respirer. Du moins, le Nord leur était ouvert. L'Irlande leur fournissait un recrutement inépuisable de missionnaires et il devait en être ainsi jusqu'au Xe
Aldhelm nous a laissé un tableau intéressant du dissentiment qui, à la fin du VIIe, séparait les columbites et leurs contradicteurs. « Par delà l'embouchure de la Severn, écrit-il, les prêtres de la Cambrie, enorgueillis de la pureté de leurs mœurs, ont une telle horreur de communiquer avec nous qu'ils refusent de prier avec nous dans les églises et de s'asseoir à la même table que nous ; bien plus, ce que nous laissons de nos repas est jeté aux chiens et aux pourceaux ; il faut que la vaisselle et les bouteilles dont nous nous sommes servis soient aussitôt frottées avec du sable ou purifiées par la flamme, avant qu'ils daignent y toucher. Les Bretons ne nous rendent ni le salut, ni le baiser de paix, et si quelqu'un d'entre nous autres catholiques va s'établir dans le pays, les indigènes ne communiquent avec lui qu'après lui avoir fait endurer une pénitence de quarante jours 1. » Ces procédés, d’une élégance toute celtique et où l'ardeur des convictions tient lieu de civilité puérile et honnête, continuèrent pendant plus de deux générations dans les pays où ces pieux rustres jouissaient de leur pleine autonomie. Mais on se fatigue de tout, même d'être grossier ; vers l'année 770, les Cambriens et les Anglo-Saxons s’accommodèrent ; ce qui n'empêcha pas le clergé columbite d'être tenu en suspicion par ses voisins du Sud encore pendant un demi-siècle au moins *. En 816, les évêques catholiques anglo-saxons, réunis en concile à Cælchyte, interdirent dans leurs diocèses toute fonction religieuse aux prêtres scots, parce qu'on ne savait d'où dérivait leur ordination, aucun métropolitain n'étant à leur tête et le supérieur d'Iona, leur chef, étant un simple abbé. S'il en fut ainsi au cœur de la Grande-Bretagne où la prévention contre les columbites persista plus d'un siècle après la soumission de ces derniers aux usages romains, on peut juger de la vivacité de cette haine — pour appeler le sentiment par son nom — à l'égard de ceux qui ne se soumirent jamais et qui vivaient dans les îles lointaines. Tel fut le cas pour les papas columbites des îles nord-atlantiques.
Ceux-ci formaient des communautés trop isolées pour être entraînées dans le mouvement qui ramenait successivement tous les Celtes à l'unité catholique. Cet isolement les cristallisa, pour ainsi dire, dans la tradition. Volontairement séparés des Gaëls de communion romaine, les tenant en quarantaine perpétuelle, ils vécurent obscurément et s'éteignirent avant la fin du Moyen Âge. On a peine à les distinguer des culdées (voir Dictionn., t. III, col. 3186-3190) qu'on a cru autrefois identiques aux columbites 1 ; le point est douteux, mais il est permis de croire que des églises fondées par des columbites furent postérieurement occupées par des culdées $. Il existait un chef des Culdées (Cenn na Ceilen Dé) parmi les dignitaires d'Iona et un écrivain, tardif il est vrai, mais qui a consulté parfois des sources anciennes, dit que le roi des Pictes, Constantin III, fit construire vers 729, sur les rives du Tay, en l'honneur de saint Columba un monastère considérable “ où il mit des religieux nommés vulgairement Kelledei ou Colidéi, c'est-à-dire voués au culte de Dieu. Ceux-ci étaient mariés, selon la coutume de l'Église d'Orient, mais quand ils étaient tour à tour de service, ils s’abstenaient de leur femme, comme cela se pratiqua plus tard dans l’église de Saint-Régulus, aujourd’hui Saint-André *. » C'étaient à l'origine des ermites ou de petites communautés de douze membres, y compris ou non le prieur. Il s'y trouvait des religieux et des laïques et en plus les femmes et les enfants des confrères mariés. Tous ces gens n'avaient qu'un seul réfectoire et un seul
ILES NORD-ATLANTIQUES 16.
avait des culdées ; on ne connaît que neuf de leurs communautés en Irlande 5. Ils élisaient leurs prieurs, généralement dans la famille du fondateur du monastère, leur évêque était également élu par eux *. Tels étaient les successeurs dégénérés des columbites en Écosse et en Irlande. À Dans les Hébrides, les Orcades, les Shetlands et l'Irlande, il n'était plus question de culdées, mais de papas. « Dans la paroisse d'Enniskillen (comté de Fermanagh, en Irlande), est un territoire appelé Pubble, ayant un cimetière avec les restes d'une église. Avant la Réformation, il y avait là une petite communauté « de prêtres séculiers, comme nous l'apprend l'unique mention sur cette église qui ait été conservée aux archives. En 1603, les commissaires enquêteurs y trouvèrent la chappell of Popull, alias Collidea ». Le nom de Populi, qui a été transformé en Pubble, est lui-même une ancienne forme de Pobul et il correspond à la forme Papil dans les Shetlands, Papule dans les
dortoir, et comme ils étaient mariés et pères de famille, leurs biens successoraux allaient à leurs enfants 5. Comment cette organisation fonctionnait-elle, on peut demeurer incertain et même sceptique à ce sujet : mieux vaut peut-être s'en tenir aux faits rapportés comme historiques que de s'égarer dans les conjectures.
Parmi les treize culdées qui desservaient l’église de Saint-André à Killrymont en Écosse et qui, se succédant de père en fils, vivaient plutôt selon leur manière de voir et les traditions humaines que conformément aux règles des saints Pères, sept étaient chargés du ministère ecclésiastique et se partageaient la moitié des offrandes ; l’autre moitié était également divisée en sept portions, dont une pour l’évêque, une pour l'hospice, et les cinq dernières pour les cinq autres culdées. Ceux-ci n'avaient aucune fonction à l'autel, ni même dans l’église, mais ils devaient tirer au sort à qui recevrait les pèlerins lorsqu'il y en avait plus de six à l'hospice '.
Outre la prière et l'hospitalité, les culdées se livraient à l'étude et à la transcription des manuscrits *. Lors que ceux de Lochlevin cédèrent, vers l'an 1150, à l'évêque de Saint-André le monastère qu'ils occupaient depuis trois siècles, il s’y trouvait treize ouvrages dans la bibliothèque : chiffre respectable vu le pays et l'époque. C'est principalement en Écosse qu'il y a des Orca des et des Papylé en Islande. Collidea, son synonyme latinisé, doit donc avoir aussi le même sens que ces divers noms de lieux, et les papas doivent être des culdées. Les papas furent des culdées d'outre-mer qu'on connaîtrait à peine si les Scandinaves qui les rencontrèrent partout dans les îles nord-atlantiques n'en avaient gardé le souvenir. Quant aux Islandais, ils les avaient oubliés ou bien reniés. C'est incidemment que l'Islandais Dicuil les mentionne dans son traité De mensura orbis terrarum, terminé en 825 ; et il ne les désigne que sous le nom vague de eremilæ ex nostra Scottia, dans les Færoes, et de clerici en Islande. Faut-il décidément identifier ces papas avec des culdées d'outre-mer ?
Rappelons-nous que du vivant de saint Columba, « ses disciples cherchaient obstinément des solitudes dans l'Océan ; un d'entre eux, Cormac, aborda aux îles Orcades sous le règne de Brudeus, roi des Pictes, mort en 584. Ce groupe d'îles dut être alors évangélisé $ et on admet aujourd'hui que les papas formant le clergé de cet archipel étaient des prêtres islandais, des columbites 1. D'après l’Historia Norvegiæ, écrite vers l'an 1200 par un anonyme 2, « les îles Orcades étaient primitivement habitées par les Pictes et les papas... Les papas sont ainsi nommés à cause des aubes dont ils se vêtaient à la manière des clercs, parce que, en langue teutonique, tous les clercs sont appelés papas. L'île de Papey est encore appelée d'après eux, mais il ne ressort ni de leur manière d’être ni des livres laissés là par eux que ce fussent des Africains judaïsants 2%. » La Genealogia comitum Orcadensium atteste que les papas n'étaient pas confondus avec les Pictes à côté desquels ils vivaient, mais qu'ils formaient une nation à part. Les papas, comme les culdées, devaient comprendre des religieux et des laïques mariés avec leurs femmes et leurs enfants. Les religieux, et sans doute aussi les frères laïques, portaient des aubes non en qualité de clercs, mais à l'imitation des clercs. Cette particularité les désigne déjà comme des columbites, le fondateur de cet ordre ayant prescrit aux religieux le port de tuniques blanches $t ; il est vrai que beaucoup d'autres groupes de même ?.
Un fait plus inattendu, en apparence, c'est que les papas étaient tenus pour judaïsants : Sed nec per habitum el api ces librorum eorum ibidem derelictorum notatur, [quod] Africani fuerint judaismo adherentes, On se demande pour quoi on a pu prendre les papas des Orcades pour des Africains et des Africains judaïsants ? On trouve la réponse dans ce fait que les columbites avaient conservé l’ancien cycle alexandrin quatre-vingt-quatre ans, cycle élaboré par les Juifs, qui en faisaient usage. À ce titre, ils pouvaient passer, avec une forte dose de malveillance, pour judaïsants ; outefois le chroniqueur savait là-dessus à quoi s'en tenir. Quant aux livres laissés par les papas, ils montrent qu'ils demeuraient, sur ce point, fidèles à la règle de leur institut dont une des principales occupations consistait dans la transcription des manuscrits.
L'Histoire Norvegiæ nous apprend encore que les papas tiraient ce nom de la langue teutonique : il est plus probable que ce mot avait été emprunté au grec pour avoir désigné les prêtres ou les pères en général, il a fini par s'appliquer surtout aux columbites et il est demeuré attaché à beaucoup de localités où ils s'étaient établis. Outre l'île de Papey (aujourd'hui Papa Westra), on peut citer dans le même groupe d'îles : Papa Stroma et Papey, l’ancienne Papule ; Dans les Shetlands, il y a des îles et îlots des papas : Papey Stora (aujourd'hui Papa Stour) ; Papey Litla (aujourd'hui Papa Little), ainsi qu’un territoire nommé Papil *. A en juger par le nom de Papey (aujourd'hui Papperæ) donné à un îlot du petit groupe des Hvaloes, situé à l'entrée du golfe de Christiania et de Frederikshald 5, les papas avaient cherché des retraites solitaires jusqu’en Norvège ;
Précisément à cette époque et dans ces parages, les papas se séparèrent définitivement des columbites ralliés à l'Église romaine ; vers ce temps les pirates saccagèrent la patrie des hardis missionnaires qui leur en avaient peut-être montré le chemin. En 795, peut-être même dès 781, ils pillèrent le monastère d'Iona : en 802, ils y revinrent et le brûlèrent ; en 805, ils égorgèrent soixante-huit des membres de la congrégation d'Iona ; en 824, ils ravagèrent de nouveau Iona et y martyrisèrent Blaithmac *, E sans parler de leurs incursions en Irlande et en Écosse.
Leur établissement dans les Orcades eut des conséquences funestes aux papas ; voici à quelle occasion il eut lieu :
E LE roi Harald Härfagr (à la belle chevelure), ayant jugé que pour désigner le clergé des Orcades. Après que les pirates scandinaves commencèrent à se répandre. C'est entrepris de réunir à son petit État tous les pays qui composent aujourd'hui la Norvège et d’autres encore, avait dépossédé et expulsé beaucoup de roitelets. Ceux-ci, dont quelques-uns étaient ses parents et qui tous étaient ses égaux, refusèrent pour la plupart de se soumettre ; ils s’embarquèrent avec leurs troupes, comme ils en avaient l'habitude à peu près chaque année au retour de la belle saison, pour faire des courses dans la mer du Nord et l'océan Atlantique et des incursions dans les pays baignés par leurs eaux. Cette fois ils partaient sans esprit de retour, avant de chercher de nouvelles demeures en dehors de leur patrie fermée pour eux. Quelques-uns se trouvèrent momentanément dans les flots situés près de la côte occidentale de la Norvège, Leur émigration ne changea rien à leurs habitudes : tout au plus modifia-t-elle la direction de leurs courses. Ils passaient l'hiver dans leurs nouvelles établissements, mais au printemps ils faisaient des retours offensifs dans les eaux de la Norvège et ils en ravageaient les côtes. La flotte de Harald avait à faire des croisières tous les étés et à reconnaître les îles et les récifs ; mais dès que les vikings (hommes des baies, pirates) la voyaient arriver, ils regagnaient la haute mer. Vers l'an 870, le roi, fatigué de leur donner la chasse, les poursuivit une fois jusque dans la mer de l'Ouest ; il fit d'abord une descente dans le Hjaltland (les Shetlands) et massacra tous les pirates qui ne s'étaient pas enfuis. Ensuite il fit voile pour les Orkneys (Orcades) qu'il purgea également des écumeurs de mer. De là, s'étant rendu dans les Sudreys (Hébrides), il y détruisit beaucoup de vikings en représailles de leurs incursions. Il fut toujours vainqueur dans les nombreuses batailles qu’il eut à livrer. Puis il ravagea l'Écosse et s'y battit. En apprenant ces nouvelles, les habitants de l'Île de Man se réfugièrent en Écosse, avec tout ce qui était transportable, et laissèrent leur île déserte ; aussi Harald n'y fit-il pas de butin. Dans une de ces affaires, il perdit Ivar, fils de son ami Rœgnwald, jarl (earl, comte) des deux Mères et du Raumsdal, et en s'en retournant il donna à celui-ci les Orcades et les Shetlands. Rœgnwald céda aussitôt ces groupes d'îles à son frère Sigurd, qui s'établit dès lors dans ses nouvelles possessions, reçut le titre de jarl, et s'allia avec un autre corsaire scandinave, également fixé dans les pays gaéliques, Thorstein le Rouge, fils d'Olaf le Blanc et d'Aube la Richissime. Ayant envahi l'Écosse, ils conquirent Katanes (le Caithness) et Sudr-land (Sutherland) jusqu'aux rives de l'Ekkjal. Sigurd tua le jarl écossais Melbridgé Tanne (à la dent), dont il suspendit la tête à la croupière de son cheval : mais, blessé au mollet par la dent saillante du décapité, il mourut des suites de cet accident et fut inhumé sous un tumulus près de l'Ekkjal. Son fils et successeur Guttorm mourut sans enfants au bout d'un an (875) et beaucoup de pirates danois et norvégiens s’établirent dans les îles.
Rœgnwald, qui était toujours en Norvège, eut à pourvoir à la succession vacante ; il lui restait deux fils de sa femme Hilde, fille de Hrolf Nefja : Thori et Hrolf, ce dernier plus connu sous le nom de Gaungu-Hrolf ou Rollon de la marche, parce qu'il était obligé de marcher, aucun des petits chevaux norvégiens ne pouvant le porter à cause de sa haute stature. Rœgnwald avait en outre trois bâtards : Hallard, Einar et Hrollang, qui étaient déjà grands lors que les fils légitimes étaient encore dans l'enfance. Comme il destinait à Thori ses possessions norvégiennes et que Hrolf était alors en expédition, Hallard fut envoyé dans les Orcades après avoir reçu du roi Harald le titre de jarl. Il s'établit dans l’île de Hrossey (aujourd’hui Rowsæ), mais, les pirates s'étant réfugiés dans les îles extérieures et se livrant au meurtre et au pillage, il se vit hors d'état de protéger ses sujets, abdiqua et retomba dans la classe des simples propriétaires, ce qui passa pour honteux. Son frère Einar, chargé de le remplacer, se rendit dans le Hjaltland, y réunit une troupe considérable avec laquelle il partit pour les Orcades, et soumit toutes ces îles après avoir vaincu et tué deux chefs de vikings ; aussi, malgré la bassesse de son extraction maternelle, devint-il un grand chef et fonda-t-il une dynastie qui régna plusieurs siècles.
Gaungu-Hrolf, étant pirate de profession, se permit un été de faire la course dans les eaux du Vik ou golfe de Christiania, qui dépendait de sa propre patrie, mais le roi Harald, qui avait eu tant de peine à unifier la Norvège et à y établir la paix, n'entendait pas la laisser troubler par un particulier si haut placé qu'il fût. Gaungu-Hrolf fut banni ; il se retira dans les îles de l'Ouest, se fixa dans les Sudreys et, de là, fit des expéditions dans le Valland (Gaule), où il se rendit maître d'un grand-duché plus tard appelé Nordmandi (Normandie), à cause des nombreux Nordmen qui s'y établirent. Ce Hrolf ou Rodulfus, comme l'appelle Historia Norvegiæ, n’est autre que notre Rollon, le fondateur de la dynastie ducale qui conquit l’Angleterre. C'est aux pirates de la famille de Rœgnwald et notamment à Rollon, que d'anciens documents attribuent l’extermination des Pictes et des papas des Orcades.
« Ces deux nations, dit l'Historia Norvegiæ, furent expulsées des lieux où elles avaient longtemps demeuré et totalement exterminées au temps de Harald le Chevelu, roi de Norvège, par des pirates de la famille du très puissant prince Rœgnwald, qui, traversant avec une grande flotte la mer de Solund, subjuguèrent les îles [Orcades], Avant de là des quartiers d'hiver d'où ils pouvaient plus sûrement exercer leur tyrannie en été, tantôt contre les Angles, tantôt contre les Écossais, parfois contre les Hiberniens, ils soumirent en Angleterre la Northumbrie, en Écosse Carthness, en Irlande Dublin et d’autres villes maritimes. L'un d'eux, Rodulf, surnommé par ses compagnons Gongurolfer, parce qu'il allait toujours à pied, ne pouvant monter à cheval à cause de sa corpulence, s'empara avec peu de monde par une admirable stratégème de la ville de Rouen en Normandie.
La Genealogia comitum Orcadensium donne quelques autres détails sur le même fait. « Nous trouvons d’abord, y est-il dit, qu'au temps de Harald le Chevelu, le premier roi qui posséda toute la Norvège, ces îles Orcades étaient habitées et occupées par deux nations, les Pictes et les papas, lesquels furent radicalement extirpés par les Norvégiens de la famille ou de la tribu du très puissant prince Rognald ; ils furent tellement traqués par ceux-ci, qu'ils n'ont pas laissé de descendants, Ces îles ne se nommaient pas alors Orcades, mais terre des Feti, comme le prouve clairement, selon le témoignage de la Chronique, le nom de mer de Petland (Pentland Firth) que porte encore aujourd'hui le détroit qui sépare l'Écosse des Orcades. Et comme l'ajoutent expressément les anciennes chroniques, le roi Harald le Chevelu se rendit d'abord avec sa flotte dans la Zetlandie (Shetlands), ensuite dans les Orcades, et il donna les unes et les autres au puissant prince Rognald, par la famille duquel les deux nations furent expulsées et détruites, comme l'attestent les chroniques. »
„La distance de ces îles aux Shetlands, les plus septentrionales des îles Britanniques, est bien de deux jours de navigation, et leur nom actuel signifie Îles des « brebis », allusion aux bêtes ovines qui de temps immémorial y sont en abondance et font encore la principale ressource des habitants. Enfin, une curieuse tradition orale recueillie dans l'île de Syderø a conservé le souvenir de ces ermites. Voici ce qu'elle rapporte : Quelque temps avant que les Norvégiens n'occupassent les Færoes, il s’y était établi des gens que l'on considérait comme des saints : ils pouvaient faire des actes, guérir les blessures et les maladies, aussi bien des personnes que des animaux domestiques ; ils savaient prédire si la récolte serait bonne, la pêche fructueuse et la salubrité suffisante. Ils vivaient différemment des autres hommes ; leur nourriture se composait de lait, d'œufs, de racines et d'algues ; ils avaient des chèvres domestiques qu'ils traitaient, mais ils ne tuaient aucune créature et ne versaient pas le sang. Les seuls objets qu'ils acceptaient comme présents ou en rémunération de leurs guérisons étaient le pain azyme, le poisson séché et la bure pour se vêtir.
Près de plusieurs endroits, il est encore visible qu'ils doivent avoir habité ; par exemple, en dehors du village de Fjalvbæ, au nord de l’île de Syderø, un emplacement a été nivelé comme pâturage : de même au village de Hof, etc., et dans plusieurs autres îles. À l'arrivée des Norvégiens, qui étaient très violents, quelques-uns d'entre eux s'éloignèrent par mer, d'autres se réfugièrent dans des grottes. Les derniers que l'on dise avoir vécu dans les Færoes demeuraient dans une caverne de l’île de Nolsoe, où l'on doit avoir vu des traces de leur présence. Le nom de ces solitaires n’est pas donné, il ne s'est conservé nulle part dans l'onomastique des localités ; cependant, on ne croit pouvoir douter qu'ils appartiennent au même institut que les papas dont parle Dicuil. Comme les papas, ils avaient précédé les Norvégiens et ils furent chassés par eux ; à défaut de toponymie comme dans les îles Orcades, nous avons aux Færoes un indice qui a son prix ; ce sont les noms de Vestmanhavn et Vestmansund (Port et Détroit des hommes de l'Ouest) donnés à une crique de l'île de Stræmø et au bras de mer qui sépare celle-ci de Vágar, preuve de la présence d'Irlandais en ces lieux dans les temps anciens.
Ni Dicuil ni la légende ne disent que les ermites de Færoes aient été exterminés comme leurs confrères des Orcades par les pirates scandinaves. Où se rendirent les fugitifs qui dédaignèrent l'abri des grottes ? Nous ne savons rien d’assuré sur leur compte ; sans doute, ils poussèrent plus loin. Eux qui avaient les premiers occupé des îles inconnues avant eux, ils ne s'émouvaient pas pour si peu de chose, sachant bien qu'il y avait d'autres îles plus loin, vers le Nord et même vers l'Ouest, au-delà de l'Atlantique, et qu'ils n'avaient pas même atteint l'extrémité du monde habitable.
Ces moines irlandais étaient d’infatigables explorateurs. Les croyances populaires des Gaëls, aussi bien chrétiens que païens, les attiraient vers les étranges merveilles dont l'océan Atlantique passait pour être le théâtre ; leurs vieilles traditions les guidaient vers l'ultima Thulé ; c'est là, rapportaient-elles, que les ancêtres de la race, après avoir traversé le détroit de Gadès et dépassé les colonnes d'Hercule, avaient été poussés par une violente tempête ; les vents s'étaient apaisés, les émigrants prirent quelque repos dans cette île dont ils ne savaient pas le nom ; ils réparèrent leurs vaisseaux, se remirent en route et arrivèrent heureusement dans l'Hibernie qui devait être le terme de leurs pérégrinations ! Beaucoup plus tard, saint Ailbhe, ennuyé des honneurs qu'on lui prodiguait partout, résolut de se retirer dans l’île de Thulé pour y vivre en ermite ; mais, retenu par ngus, roi de Cashel (mort en 489), qui ne voulut pas lui permettre de s'éloigner de ses néophytes, il dut se contenter d'envoyer dans la solitude rêvée par lui vingt-quatre de ses frères ; il resta donc dans son abbaye d'Emly et devint plus tard archevêque de Munster.
H. LECLERCQ. | I. Étymologie, ILLATIO ou INLATIO, l'illatio dans la liturgie mozarabe. I. ÉRYMOLOGIE, SENS. — Jllatio ou Inlalio, de inferon désigne dans la langue post-classique l'action de por- +. Dans la langue liturgique, le mot illatio a un sens très spécial que nous allons étudier tout à l'heure et qu'il importe de préciser, Si l’on se contente de dire, comme la plupart des auteurs, même de ceux qui ont spécialement étudié la liturgie mozarabe, que le mot illatio signifie la préface mozarabe, on ne donne qu'une “définition insuffisante. On voit du moins d'après ce qui précède que le sens général du mot en liturgie correspond à peu près à oblalio et à l'évapoe des grecs. (Voir ANAPHORE.) à II. L'ILLATIO MOZARABE. — L'illatio, disions-nous, répond à peu près à notre préface romaine. Mais il faut préciser, Saint Isidore, au vi siècle, le plus ancien auteur qui use de ce terme au sens liturgique, nous dit : Quinta (oratio) deinde infertur ILLATIO in sancti fidrium creaturarum virtulum que cœlestium universitas 3 rovocaiur, et HOSANNA IN EXCELSIS cantatur ?. La façon du reste dont saint Isidore s'exprime dans ce passage montre non seulement qu'il n'est pas le premier à “se servir de ce terme, mais encore qu'il en fait remonter l'origine au plus lointain passé et même à saint Pierre. Ordo autem missæ, dit-il, et orationum quibus oblata Deo sacrificia consecrantur, primum a sancto Petro est institutus, cujus celebrationem uno eodem que modo universus peragit orbis. (Loc. cil.) Quoi que l'on pense de cette attribution, il faut reconnaître au moins qu'au vi siècle le terme d'illatie n'était pas nouveau et que Saint Isidore s’imaginaït, à tort ou à raison, nous le verrons tout à l'heure, que cet ordo oralionum et par suite les termes qui désignent ces oraisons étaient universellement employés de son temps et qu’on en faisait remonter l'usage à une haute antiquité, Cela f : est d'autant plus à remarquer que le terme d'illalio. né se retrouve plus aujour d'hui employé que dans la … liturgie mozarabe ; on peut dire qu'il en est une caractéristique, L'illatio est appelée dans la liturgie romaine … Præfalio ou oratio ; contestatio et immolatio dans les liturgies gallicanes. C'est la prière qui correspond à … peu près à l’anaphore orientale ou du moins à son … début. Une autre remarque à faire sur le texte de Saint. Isidore est que notre illatio est donnée par lui comme da cinquième des oraisons de la messe. Nous reproduirons ici ce texte célèbre en le mettant, comme a fait dom Cagin, en regard avec la succession que peu de renseignements : même remarque sur l'article | Lilatio dans le Dictionary of christian antiquities et sur dom f calione oblationis, in qua eliam et ad Dei laudem terres- | des oraisons dans les messes mozarabes et gallicanes.
Missel Missels mozarabe gallicans S. Isid., loc. cit. et Liber ordinum.
Prima earundem Missed Præjatlio oralio admonitionis Missæ est erga populum, ul excilentur ad exorandum Deum.
Secunda advocatioalia oralio, Collectio nis ad Deum est, ul seguitur. clementer suscipiat pre ces fidelium oblaliones que eorum. Tertia autem effundilur pro offerenti bus sive prodefunetis fidelibus, ul per idem sacrificium veniam conPosi nomina. Post nomina.
| sequantur.
Quarta post hæe ad Pacem infertur pro osculo pacis.
Quinta deinde infertur illalio in sanctificalione oblalionis, in qua eliam el ad Dei laudem terresirium creaturarum virtutumgue cælestium universitas provocatur ef Hosanna in excelsis candalur,quod salvatore de genere David nascente salus mundo us que ad rcelsa pervenerit.
Posi sanclus [Qui pridie. | Posl pridie Post myslerium, post Porro sexia ex hinc succedit conjormatio sacramenti, ut oblatio quæ Deo offertur, sancli ficata per Spiriritum Sanctum,Chrisli corporé el sanguini conformeiur, Harum ullima est oralio qua Dominus nosler discipulos suos orare instituit, elc. *.
Oratio dominicd.
Ce qui frappe dans ce texte, au moins en ce qui concerne notre illalio, c'est qu'après la quinta oratio, saint Isidore mentionne la sixième qui est le Posi pridie et qu'il omet ainsi de faire mention du Post sanctus et du Qui pridie. L'omission du Qui pridie s'expliquerait encore, puis que ce n'est pas une oraison proprement dite, mais le récit de l'institution. Seraitce que le Post santlus n'existait pas dans la messe que nous décrit saint Isidore ? C'est inadmissible, car la présence du Post sanctus dans tous les documents liturgiques mozarabes et gallicans nous invite à le considérer comme contemporain des autres oraisons Eiin e
ET
mimi 1 22e tu + EENT iee= r iha M 4 4
87 ILLATIO 7 88.
décrites par saint Isidore. La raison en est bien plutôt, comme le fait remarquer dom Cagin, que le terme illatio pour Isidore ne comprend pas seulement le texte de la préface proprement dite, mais encore le Sanclus (ainsi que le dit formellement le texte de saint Isidore), et même le récit de la Cène Qui pridie et le Post sanctus, Ainsi, pour saint Isidore, l'éllatio n'est pas seulement la préface, comme la disposition liturgi que postérieure et les définitions qui en sont données généralement pourraient le faire croire, mais les limites en sont plus étendues et vont jusqu'au Post pridie ou oratio serta, qui est l'épiclèse.
Et ceci nous ramène à un état de choses antérieur au temps où les livres liturgiques nous présentent la messe morcelée sous différents titres et différentes oraisons. Pour saint Isidore, préface, Sancius, Qui pridie, Post sanctus ne font encore qu'un et donc son illatio correspond à peu près non seulement par le sens du mot, mais encore par ses limites, à l'anaphore des orientaux.
Dom Cagin en conclut que le terme illatio, qui est devenu exclusivement mozarabe dans la suite des temps, aurait bien pu être à l’origine pour les liturgies latines le terme le plus universel et le plus ancien de cette partie de la messe. Il en apporte un témoignage curieux. Dans la collection de préfa ces que contient le Codex ollobonianus du ix* siècle, édité par Muratori, se trouve une collection de préfa ces recueillies par le compilateur du ix° siècle dans des recueils romains plus anciens (quelques-unes se retrouvent dans le Gélasien ou le Léonien) où nous lisons cette rubri que, au Xvir des calen des d'octobre : In exallalione sanctæ crucis, eadem inlatio dicenda quæ et invenlione sanctæ crucis $ On pourra trouver que c'est un bien faible indice, et si l’illalio avait été dans la liturgie romaine le nom le plus ancien et le plus général de la préface, il serait assez étrange qu'il eût si complètement disparu de tous les recueils liturgiques, en dehors des mozarabes, Le texte cité n'en est pas moins curieux et prouve au moins que le terme illalio a été connu et usité hors de l'Espagne. Du reste saint Isidore, dans le texte que nous avons cité, le considère comme d'origine romaine.
III. ROLE ET CARACTÈRE DE L'ILLATIO DANS LA LITURGIE MOZARABE. — Mais, quel que soit le sens primitif du mot illatio que nous avons expliqué dans le paragraphe précédent, il est certain que dans les livres liturgiques mozarabes que nous possédons, qui ne remontent pas au delà du xi° siècle par leur rédaction, quoi que l'on pense du reste de l'antiquité de certaines de leurs formu les, l'illation remplit la fonction de la préface dans la liturgie romaine, et celle de la contestalio ou immolatio dans les liturgies gallicanes,.
Elle est soumise aux mêmes lois : elle débute toujours par le dialogue de la préface, puis vient un protocolce initial qui paraphrase le dignum el justum est de la dernière réponse du peuple ; suit un embolisme qui se terminera par un protocole final, lequel prépare la transition au chant du Sanctus. E Sur ce point lillalio mozarabe ne diffère pas de la | préface romaine ; mais sur tous les autres, les divergences sont considérables. Ce qui nous frappe d'abord, c'est le nombre et la variété des iHalions. Toute messe mozarabe, on peut le dire en règle générale, a son illation, avec un embolisme propre, qu'il s'agisse du Liber ordinum, du Liber sacramentorum ou du Missale mixtum. Cela représente un chiffre que l’on peut« évaluer à plusieurs centaines. Si l’on ajoute que les textes de la plupart de ces illations sont beaucoup plus longs que celui de nos préfa ces, que certaines occupent plusieurs pages et que leur lecture ou leur chant pouvait demander parfois de dix minutes à un quart d'heure, on accordera qu'au moins en ce qui concerne l'étendue, les onze préfa ces des anciens missels romains comptent à peine et que le corpus des illations mozarabes formerait à lui seul un volume de proportions raisonnables.
Il faut ajouter que tout n’est pas or dans ce recueil, La plupart de ces illationes sont aussi étrangères qu'il est possible de l'imaginer au type primitif, à la prière eucharistique telle qu'elle est représentée dans les | liturgies les plus anciennes, par exemple dans l'anaphore d'Hippolyte qui résume avec un rare bonheur l’idée essentielle de l’oblation eucharistique. L'illatio, nous l'avons dit, est en principe une prière d'introduction à la consécration ; elle doit nous préparer à l’accomplissement du mystère eucharistique, à la conversion du pain et du vin au corps et au sang du Christ. Or tout ceci semble oublié dans la plupart des” illations mozarabes. On ne se croirait pas à la messe, « mais au sermon d'un prédicateur qui a perdu de vue # l'objet du sacrifice et se livre à d’interminables développements soit sur le saint du jour, dont il fait ` souvent un panégyrique en règle, soit sur la fête que ` l’on célèbre, soit même sur tout autre sujet, par exemple les dispositions des assistants ou celles du M prêtre. Plusieurs ont le même thème que les Apologiæ sacerdotis dont nous avons parlé ailleurs et sont 4 rédigées du même style, (Voir APOLOGIES.) de.
On voit par là le danger de l'improvisation en liturgie ; nous avons affaire ici à une euchologie de décadence qui ne répond plus à son objet. Le Sancius vient rappeler à l’ordre l'improvisateur et il finit par une transition pour amorcer ce chant, comme le prédicateur d'aujour d'hui termine en souhaitant à ses auditeurs la vie éternelle. La plupart sont d'une prolixité désespérante : presque aucune qui puisse être comparée pour la précision et la vigueur théologique à nos préfa ces romaines, Le mauvais goût de l’époque, la préciosité, le verbalisme s'y donnent carrière ; c'est le triomphe de l'antithèse, de l’allitération, des concettis, des jeux d'esprit de tout genre. C'est déjà du gongorisme. l Muratori, Lilurgia romana vetus, t. m, p334 (cf. 318).
|b aveugle- -né (p. 178), sur la Trinité (p. 224), sur. Fncarnation (p. 290), sur la descente aux enfers, | et le séjour du corps du Christ au tombeau (p. 286) où. l'erreur assez fréquente dans les liturgies gallicanes (que le corps du Christ au tombeau aurait été soumis à la corruption) est soigneusement évitée. Il faut rc citer la fameuse illation du jeudi saint (p. 237) et celle du jeudi après Få que (p. 280), qui contiennent “toutes deux des allusions à l’adoptianisme et aux- ; quel les renverra Elipand de Tolède dans sa discussion avec Alcuin . | À un autre point de vue, nous citerons l’illation du jour de Pâques donnée dans le Missale mixtum et où le Te Deum est reproduit en partie ?, C'est cette “illation sur laquelle a longuement disserté dom Cagin en se demandant si elle est antérieure ou postérieure L “au Te Deum, et s'il ne faudrait pas, par suite, voir dans le Te Deum une illation . ~ On voit par ces dernières remarques que, si les illa- “tions ont leurs défauts qui sont ceux de l’époque, on aurait tort de les condamner dans leur ensemble et de “les considérer comme une quantité négligeable dans 4 étude de la liturgie. Nous croyons au contraire que - les liturgistes qui voudront les étudier de près y trouM veront, au milieu du fatras, quelques paillettes d’or, et les théologiens qui désirent connaitre la théologie f E anole au Moyen Age ne devront pas négliger cette source.
Outre les ouvrages cités dans le cours de l’article, . voir IMMOLATION, MOZARABE (liturgie), PRÉFACES.
F. CABROL.
D ILLY RICUM. — I. Illyricum. IL Provin ces daK nubiennes. III. Développement des cultes orient aux.
-IV. Introduction du christianisme, V. Les martyrs. « 1. Les soldats. 2. Saint Florian. 3. Victorin de Pæœtovio. ~ d. Quirin de Siscia. 5. Pollion de Ciba les. 6. Hermo- ; gène de Ciba les. 7. Martyrs de Sirmium. §. Les Quatre ~ Couronnés. 9. Montan et Maxence. 10. Hermyle et T Stratonice. 11. Florus et Laurus. 12. Autres martyrs. 13 : Dasius de Durostorum. 14. Cyrille d’Axiopolis. 15. Autres martyrs. VI. Les évêques. 1. Nori que. 2. Savia. … 3, Pannonie Iere, 4, Valeria. 5. Pannonie Ie. 6. Mésie - supérieure. 7. Dacie ripuaire. 8. Dacie intérieure. 9. 3 . Dardanie. 10. Mésie inférieure. VII. Les monuments. 1. Épigraphie. 2. Édifi ces. VIII. Les idées et les événe- “ments. 1. Crise arienne. 2. Concile de Sardi que. 3. ~ Alternatives de l’arianisme en Illyrie. 4. La restauration nicéenne. IX. Églises illyriennes au v* siècle, 1.Hérésie T bonosienne. 2. L'affaire de Nestorius. 3. Le conflit Bi -monophysite. X. Églises illyriennes au vı° siècle. Le ILLYRICUM gi du Danube èt qui, avant le Bas-Empire, composaient le Nori que, la Pannonie et la Mésie : provin ces frontières où la population militaire est nombreuse te offre un caractère particulir. Ces légionnaires sont, ene grand nombre, originaires de l'Asie et adorateurs de Mithra ou du Jupiter de Doliché ; ils stationnent dans une contrée particulièrement instable au double point de vue politi que et religieux, et où le christianisme ne pénétrera que tardivement et, en quel que facon, par ricochet. Cependant la foi s'y implante et conquiert des parti sans qui sauront devenir des martyrs. La situation indécise de l Illyricum entre l'Orient et l'Occident le place au point de contact des mouvements religieux qui dressent ces populations l'une contre l’autre. L'arianisme rencontre là un champ d'expérience et de culture qui lui est favorable et il y succède d'ailleurs aux cultes orient aux qui n'y ont pas eu moins de succès au rie siècle. Les circonstan ces voulurent que l'épiscopat arien d'Illyrie se trouvät placé ainsi à l'avant-garde sur les chemins que suivaient les barbares pour envahir l'empire : ce fut cet épiscopat qui initia les envahisseurs à la foi chrétienne, telle du moins qu'ils l'entendaient et, tous ceux qui passèrent par l'Illvricum apprirent ainsi la doctrine chrétienne sous une forme frelatée, et pour tout dire, héréti que.
Une difficulté est inhérente à l'étude de ces contrées ; el les ont été peu stab les et leurs noms ont maintes fois été changés ou déplacés. Dans l'Ilyricum primitif prennent place le Nori que, la Pannonie et la Mésie, outre la Dalmatie. Or ces trois provin ces sont el lesmêmes des groupes de provin ces : Nori que, deux Pannonies, deux Mésies qui donnent naissance à un Nori que ripuaire, situé sur le Danube, et un Nori que . intérieur ou méditerranéen ; il y eut une Pannonie [tė et une Pannonie Il, une Valeria et une Sarnia : enfin la Mésie forma quatre provin ces : Mésie, Dacie transdanubienne, Dacie cisdanubienne qui forma à son tour une Dacie ripuaire et une Dacie intérieure qui fournit elle-même, au cours du 1v° siècle, une Dacie intérieure et une Dardanie. Enfin, de la Mésie intérieure on détacha, aux bouches du Danube, une province de plus, la Scythie.
Toutes ces divisions se retrouvent et se combinent à nouveau dans la création des diocèses administratifs. Il existe dans l'empire : un diocèse d'’Illyricum qui se compose de la Dalmatie, les deux Noriques, les deux Pannonies (la Savie et la Valérie) ; un diocèse de Dacie qui comprend la Mésie supérieure, les deux Dacies, la Dardanie et la Prévalitaine située sur la rive de l'Adriati que ; un diocèse de Thrace dont font ~ retour à l'union. XI. Bibliographie.
= L ILLYRICUM. — Au 1er siècle de l'Empire, on com. prenait sous le nom d'Illyricum deux gran des pro… vin ces qui s'étendaient entre le Danube et l'Adriati que, à c'est-à-dire la Dalmatie et la Pannonie # ; avec, comme DAIIongements, le Nori que à l'ouest et la Mésie à l'est €. ~ Nous avons déjà étudié dans le Dictionnaire la Dalmapartie la Mésie inférieure et la Scythie. Ce groupement est dominé par celui qui sépare l'empire en deux blocs : à partir du jour où l'empire d'Orient est distinct de l'empire d'Occident, le diocèse de Thrace suit la destinée du premier des deux, tandis que les diocèses d'Illvricum et de Dacie demeurent attachés au second. Mais ceci serait trop simple, l'histoire administrative ne le permet pas. En 379, Gratien compose des diocèses de Dacie et de Macédonie une præfeclura prælorio Illyrici qu'il remet à Théodose, ce qui donnera naissance à un Illyricum oriental et à un Illyricum occidental. Ce dernier demeura à l'Occident et dépendit de la préfecture du prétoire d'Italie, præfeclura prælorio - le Nori que, les deux Pannonies et les deux Mésies.
…_ Quant à la Dacie (voir ce mot}, nous en avons égale- | ment parlé. Ce qu'on désigne sous le nom d'Illvricum, c'est donc un assemblage de provin ces riveraines EET R et le ed — » 2 = a, Tyan > RE ii rre TT = — -~ 5 — = = > CTY i Fe ~ y P E Pas ne — ns hr — a [= per Italiam, Illyricum (occidental) et Africam, et fut gouverné directement par le préfet du prétoire, au moins dès le début du v* siècle.
En 424 ou 437, les provin ces pannoniennes, sinon les noriciennes cédées à l'empire d'Orient, passèrent à la juridiction du præfectus prætorio Illyrici (oriental) résidant à Sirmium et, à la suite des invasions d'Attila, à Thessaloni que en Macédoine. Sous Justinien, ce fonctionnaire fut rapproché du Danube, à Scupi, près du village natal de l’empereur, et la province d'Illyrie porta le nom de Justiniana I ».
II. PROVINCES DANUBIENNES. — Il s'agit ici des provin ces de Nori que, de Pannonie et de Mésie.
Nori que.— Annexé sous Auguste, en 16 avant JésusChrist, il s'étendait entre la Khétie et la Fannonie supérieure (soit entre l’Inn actuel et le Kahlenberg). On y distinguait une région voisine de l’Inn et du Danube, une autre région correspondant à peu près aux vallées supérieures de la Mur et de la Drave. Sous Dioclétien, chac une de ces régions devint une province distincte : le Noricum ripense et le Noricum mediterraneum. Le long du Danube s'élevèrent des forteresses : Lauriacum (Lorsch), où résida peut-être un gouverneur t, Cornagenæ (près Tulla). Quant à Pretorio (Pettau) sur la Drave, cette ville aura été, à une date qu'on ne peut déterminer avec précision, incorporée au Nori que intérieur *.
Pannonie. — Annexée sous Auguste, mais l’occupation se trouvait réduite à une bande de terrain parallèle à la frontière du Nori que et le pays entre la Drave et la Save. Sous Trajan, on conquit et on annexa tout le pays au nord de la Drave jusqu'au coude du Danube, ce qui donna une Pannonie de l'Est et une Pannonie de l'Ouest (inférieure et supérieure). Sous Dioclétien, nouveau découpage. La Pannonie I (supér.) et la Pannonie Ile (infér.) s'appliquent respectivement au nord de la première et au sud de la deuxième : avec le reste, on fait la Savie au sud-ouest et la Valérie au nord-est . La nouvelle Fannonie supérieure comprenait Vindobona (Vienne) et Carnuntum (Petronell, Deutsch Altenburg, près d'Haimbourg) situées sur les bords du Danube. La Savie avait pour chef-lieu Siscia (Siszeck) sur la Save, dont la haute vallée fut réunie administrativement à la province de Vénétie. Dans ia Valérie, la localité de Sopianæ (Funfkirchen, voir ce mot} était la résidence du gouverneur civil ou præses, tandis que le gouverneur militaire ou dur résidait à Aguinéum, Brigelio (O'Szôny) et Intercisa (Dunapentele) étaient des centres d’une certaine importance 5. Dans la Pannonie Ile se trouvait Sirmium (Mitrovica), la ville la plus importante de ces contrées, et non loin de là Singidunum (Belgrade), près du confluent du Danube et de la Save, appartenant à la-Mésie, mais pouvant étre considérée comme une ville pannonienne ; c'est ainsi qu'elle est marquée | sur l'Itinéraire de 35%, En somme, au 1v° siècle, on peut nommer une quinzaine de cités, et certainement | : moins de vingt dans les provin ces pannoniennes. Mésie. — Comprise entre le Danube au nord, la Drina à l’ouest, la chaîne du Scardus (Schar) au sudouest, l'Haëenus au sud, le Pont-Euxin à l'est, la Mésie fut annexée à l'empire sous Auguste * et forma sous Domitien une Mæsia superior et une Mæsta inferior« . En Mésie supérieure, le long de la route de Sirmium à Constantinople, on rencontrait les vil les de Singi02 dunum (Belgrade), Aureo-Monte, Margum, Vimina= cium (Kostolac) et Horres-Margum. Au vi : siècle, on ne | retrouve plus Aureo-Monte et Margum, mais en re | vanche on signale Gratiana et Tricornia %. La capitale est Viminacium. Parmi beaucoup de noms qui offrent aussi peu d'importance que les vil les qui en furent pourvues, il faut accorder une mention spéciale en. Dacie intérieure à Sardi que, Civitas Serdica (Sofia) Pautalia (Kustendil), Naissus (Nisch), bourgade natale de Constantin, et Remesiana (Ak Palanka). Sardi que et Nisch sont seu les qualifiées civitates dans l'J{inéraire. de 333%, En Därdanie, la capitale se trouvait à Scupi (UÜskub}, et la lettre synodale de 45819 fait mention. des vil les de Neutina et Diocletiana. La Mésie infé- » rieure avait Marcianopolis (Pravadi) pour capitale, Odessus (Varna), Dorostorum (Silistrie), Nicopolis (Nicup), Novæ (Sistor), SerantaPrista (Routschouk} :« La Scythie possédait Tomi et quelques autres vil les {voir DOBROGEA). Au delà des bouches du Danube, nous rencontrons | d'anciennes colonies grecques, comme Olbia (kasiKirman) et Tyras (Akkermann), le royaume hellé- ` ni que du Bosphore cimmérien, la Chersonèse Tauri que | (voir CAUCASE), qui, sans être terres romaines, $ 'accommodaient d'une manière de protectorat. Quant à la Dacie (voir ce mot), située au nord du Danube, entre la Theiss et les Carpathes, elle fut province romaine | depuis le règne de Trajan jusqu’à celui d'Aurélien.
Il fallut alors rétrograder, mais, pour sauver la face, en perdant la Dacie on la retrouva, on en retrouva même deux, une ripuaire et une intérieure ; seulement | on les avait taillées dans la Mésie.
Toutes ces contrées devinrent romaines et même latines, car on parla latin tout le long du cours du “ Danube jusqu'à son embouchure, sauf en Mésie inférieure où le grec se maintint. Du Norique aux frontières de Dacie, tous les peuples échelonnés semblaient apparentés entre eux ; ce qui dominait dans tous les territoires arrosés par le cours moyen du Danube, c'était la race illyrienne et la race thrace, vigoureuse, agreste et combative. Nous sommes tellement imbus d'une aveugle admiration pour la race hellénique que nous sommes tentés volontiers de sous-estimer tout ce qui ne lui appartient pas. Cependant, à partir du IIe, les hommes qui prirent en main le salut, la défense et le triomphe de l'empire appartenaient à la population de ces parages et à ces races dédaignées. « Avec le système de recrutement régional, l'armée du Danube est remplie de soldats pannoniens, dacés ou mésiens : d'où la suprématie que prennent au IIIe les légions de l'Illyricum et la possibilité pour les Illyriens de s'élever aux plus hautes dignités de l'Empire. En 235, Maximin, un thrace ; en 248, Dèce, un pannonien, deviennent empereurs. Gallien exclut les membres de l’ordre sénatorial des grands commandements, et ce fut une chance nouvelle pour les légionnaires danubiens de s'emparer du pouvoir suprême. C'est pourquoi, à partir de ce moment, « aussi longtemps que l’armée fit les empereurs, ils furent pour la plupart, illyriens. À Gallien succède le dardane Claude ; Aurélien vient de Mésie, Probus de Pannonie, Dioclétien de Dalmatie, Maximien de Pannonie, Constance de Dardanie, Galère de Serdica.. Ce que les Albanais ont été longtemps pour l'empire turc, leurs ancêtres l'ont été pour l'empire romain, lors que cet empire se trouva dans le même état de délabrement et de barbarie. » La plupart de ces empereurs illyriens sont d'humble condition et de piètre culture, mais ce sont de bons et braves soldats qui savent se battre et se regarder, ce qui leur a permis à un état de se soutenir et de durer pendant tout un siècle contre toute vraisemblance. Il y a aussi des adeptes dans »A, H. Kan, De Jovis Dolicheni cultu, Groningæ, ILLYRICUM s. 94. Les asiatiques étaient en nombre ; aussi y a-t-on relevé en foule des inscriptions, des autels et des sculptures mithriaques. Il en est de même en Pannonie : à Intercisa, à Aquincum, à Brigetio, à Carnuntum, à Vindobona, à Pætovio, à Scarbantia, à Sopianæ, on a découvert des témoignages matériels du culte rendu à Mithra. C'est surtout dans les deux chefs-lieux militaires d'Aquincum et de Carnuntum que la religion mithriaque fut puissante. A Aquincum campa longtemps la legio II adiutrix, créée en 70 par Vespasien, qui la composa de marins empruntés à la flotte de Ravenne, affranchis parmi lesquels la proportion d'orientaux était considérable. A Carnuntum, c'était la legio X Fretrensium Apollinaris, ramenée d'Orient par Vespasien : les vides que les guerres des Parthes et de Judée avaient faits dans ses effectifs avaient été comblés à l'aide de soldats d'Asie. Évidemment les mithriaquistes en représentaient un fort contingent ; car Carnuntum devint le centre mithriaque le plus important des deux Pannonies : on y a mis au jour trois mithræa, dont un était contigu à un dolichenum ou sanctuaire de Jupiter Dolichenus *. De là, le mithriacisme a dû rayonner dans toute la province : Carnuntum fut comme l'Église mère et maîtresse du mithriacisme pour toute une partie de l'Illyricum 1°, Au Norique, le bourg de Comagenæ devait tirer son nom d'une aile de cavalerie auxiliaire de Comagéniens qui y avait été cantonnée ; il n'est pas surprenant qu'on y ait découvert un bas-relief mithriaque 11, v. Il faut observer toutefois que, dans l’intérieur de cette dernière province, ce n’est pas l'armée cantonnée sur la rive du Danube qui a probablement fait preuve du plus vif prosélytisme. Les esclaves, les hommes d’affaires des grands seigneurs ou des puissants financiers, qui se déplaçaient beaucoup et dont une assez bonne part étaient des affranchis orientaux, furent là les plus actifs propagandistes des religions syriennes ou mazdéennes : aussi Teurnia, Virunum, Emona, Siscia, Pætovio, villes du Norique ou de la frontière norico-pannonienne, qui jalonnent les grandes routes commerciales de l'Adriatique au Danube, ont-elles toutes possédé leurs confréries mithriaques. A chaque étape, les fidèles que leurs affaires conduisaient sur ces chemins étaient accueillis par des coreligionnaires, et ils rencontraient aux deux extrémités du parcours deux métropoles de leurs Églises, Aquilée et Carnuntum 1, +. Ce ne fut pas une conquête superficielle, mais une véritable acquisition fondée sur l'acquiescement et produisant la croyance et la dévotion. Les cultes orientaux trouvèrent plus que des adeptes dans les provinces danubiennes ; ils y trouvèrent des apôtres, et comme ces apôtres étaient, on l’a dit, des empereurs, ces princes parurent user de leur pouvoir pour installer avec eux sur le trône une religion rajeunie. Ce fut le cas d'Aurélien, fils d'un soldat et d'une prêtresse du Soleil : il constitua la religion du Soleil en culte d'État : le deus Sol fut reconnu comme dieu suprême de l'Empire, il eut son temple à Rome, son collège de pontifes, son culte et ses fêtes liturgiques. Cette religion syncrétiste a pu se flatter quelque temps que la domination du monde lui était assurée et cependant, dès la fin du IIe, cette domination était à la veille de lui échapper, car c’est encore à la souche illyrienne que se rattache Constance Chlore, sorti de la Dardanie, qui donnera naissance à Constantin de qui les cultes à venir auront une autre vue.
95 ILLYRICUM | ‘dû orientaux recurent le coup de grâce. « Le christianisme s'était jusqu'alors passé de la protection des princes pour gagner sans cesse du terrain, et l'hostilité déclarée n'avait pu en arrêter la croissance : mais, dès que la sympathie impériale manqua à ses rivaux, ils commencèrent de décliner et leur décadence se précipita L » Nous n'avons plus dès lors à les suivre, mais seulement à concentrer notre attention sur les débuts du christianisme.
IV. INTRODUCTION DU CHRISTIANISME. — Saint Paul, écrivant aux Romains, leur dit que ses missions l'ont entraîné jusqu’à l’Illyricum : οτω οδ πρὸς Δαλματίαν, 3. Saint Jérôme ne doute pas qu'il y ait pénétré #, mais il n'a pu vouloir dire autre chose sinon que Paul a parcouru la Macédoine et les contrées limitrophes qui, au Ier siècle, étaient comprises dans l’Illyricum. Quant à saint Grégoire de Nazianze, il eût été fort surpris d'être pris au mot quand il avance que les voyages de l'Apôtre ont entraîné la conversion des Égyptiens, des Syriens, des Mésopotamiens, des Italiens, des Gaulois, des Illyriens et des Macédoniens #, Au temps de saint Paul, l'Illyricum équivalait à la Dalmatie et à la Pannonie ; il est allé jusque-là : οτω οδ πρὸς Δαλματίαν.
A défaut de saint Paul, on aura du moins un apôtre ; car Eusèbe semble avancer, d'après Origène, que saint André aurait évangélisé la Scythie 5. Mais on peut discuter le point où commence la citation d’Origène qu'Eusèbe déclare textuelle. Autant vaut dire qu'on est autorisé à ne pas en faire usage sous peine d'être accusé d'y avoir cru ; du reste l'information sur Thomas et André se retrouve dans les Actes apocryphes, mauvaise recommandation. Si on retenait l’information, il resterait à s'entendre sur la valeur du mot Scythie. Au début du IIe, ce pays était occupé par les Sarmates, et s'il fallait en croire saint Justin et Tertullien, le christianisme avait dès lors commencé à pénétrer chez ces peuples, mais on sait qu'avec ces deux écrivains il est prudent de se tenir sur ses gardes et le plus sage est de dire, peut-être, qu'il a pu y avoir de bonne heure des Scythes ou des Sarmates, en petit nombre, conquis à l'Évangile, sans que pour cela la Scythie fût convertie. On peut admettre que dans les colonies grecques disséminées le long du rivage romain de la mer Noire des prédicateurs aient abordé dès les premières années du christianisme, mais en définitive, ce n’est qu'une conjecture et qui ne sert pas à grand'chose, sinon à appuyer les Actes de saint André dont la valeur historique est des plus minces 7 et ne réclame certes pas qu'on fasse un pareil effort pour l'étoffer.
L'indice est bien faible en Scythie ; ailleurs, en Pannonie, il n'existe même pas ; car on ne saurait prendre au sérieux les listes épiscopales qui donnent pour fondateur à l'Église de Sirmium un disciple de saint Pierre, saint Epénéte 5, à qui succède un disciple de saint Paul, saint Andronic’, remplacé par un certain saint Eleuthère 19. Tout cela est si arbitraire, si fantaisiste, qu'on ne peut perdre son papier à retracer ces fables 1, Tous ces personnages sont de pure invention, il n’y a rien à tirer de ces rapsodies.
Même absence de tout titre sérieux en Norique pour justifier des prétentions sans fondement 1, Somme toute, le Ier siècle, le IIe tout entier et la première moitié du IIIe se passent sans que nous parvenions à saisir aucun vestige d'une communauté chrétienne.
tienne dans les provinces danubiennes. Vers le temps où écrivaient Justin, Tertullien, Origène — et n'oublions pas que ces témoignages s'échelonnent sur la durée d'un siècle environ — les auteurs chrétiens avaient une tendance à relever les points extrêmes atteints par la prédication évangélique, leurs esprits s'étaient éveillés en ce sens et ils y voyaient un encouragement à la pensée que leur foi pénétrait parmi des peuples dont les noms étaient synonymes de la plus épaisse barbarie. Il y a souvent une part d'exagération à peu près involontaire dans ce genre d’affirmations, mais il y a presque toujours aussi un brin de vérité. Vers la fin du IIe, sous le règne de Marc-Aurèle, nous trouvons la première attestation certaine du christianisme sur les bords du Danube (voir FULMINATA). Pendant la campagne conduite contre les Quades, en l'an 174, l’armée impériale faillit subir une grande défaite par suite de l'épuisement où l'avait mise le manque complet d'eau potable. La prière des chrétiens procura de l'eau et rendit courage et espoir. Il y a là toute une tradition qui a été étudiée ici même et sur laquelle nous n'avons plus à revenir sauf pour examiner un point : ce fait miraculeux se rattache au pays dont nous recherchons les origines chrétiennes ; sur quel point s'est-il produit ? La lettre attribuée à Marc-Aurèle indique un lieu précis : Korivw :et, quoi que POSETRHE : elle peut dépendre sur ce point d'une pièce authentique, ce qui serait assez probable si on admet l'existence d'une lettre de l'empereur au Sénat falsifiée depuis, mais substituée à un original. Or la localité de Cotinum n’a pu être retrouvée, mais nous connaissons l'existence au IIIe d'une peuplade, Colini, qui habitait la rive gauche du Danube, au nord-est de Carnuntum et à l’est de Brigetio 1°. Marc-Aurèle se trouvait sans doute sur le territoire de cette peuplade lors que ses troupes exténuées de besoin furent rétablies par une pluie providentielle. Ce serait ainsi à une région peu éloignée de celle où devait s'élever plus tard la métropole religieuse de la Hongrie, le siège primatial d'Estergom (Gran), que se rattacherait la première mention du christianisme dans la plaine du Danube qui soit parvenue jusqu'à nous.
Jusqu'à l’époque de la persécution de Dioclétien, nous ne rencontrons plus rien d'historique, car il n'est pas possible d'utiliser pour l'histoire du christianisme en Illyricum la mention de martyrs comparaissant, x devant Maximien en 235 ou 236, On compte parmi eux deux diacres : Protoctète, de Césarée, et Ambroise, qui fut l'ami et le bienfaiteur d'Origène. Ce dernier nous apprend dans son Exhortatio ad martyres 4 que ces confesseurs furent dirigés vers le camp de Maximin èv l'epuaviæ. Ceci est un peu vaste, et la Germanie s'entend aussi bien, au IIIe, de la frontière du Rhin que de la frontière du Danube, Nous savons quès plusieurs mois après son avènement, en décembre 238, Maximin alla prendre ses quartiers d'hiver en Pannonie 15, et les chrétiens conduits dans cette province nés furent pas tous mis à mort, puis que le diacre Ambroise vivait encore vers 247 ou 248 sous les deux Philippe On a proposé cette explication peu satisfaisante : Protoctète, Ambroise et leurs compagnons ne seraient pas arrivés jusqu'au camp de Maximin. Pendant qu'ils s'y acheminaient, on apprit la proclamation des Gordiens en Afrique, de Pupien ou de Balbin à Rome et les gardes, jugeant le règne de Maximin fini, rendirent soulèvement d’Afrique (238), il y eut plus de temps “qu'il n'en fallait pour gagner le camp impérial. Ce qui est probable, c'est que, si certains furent condamnés à mort, d'autres furent épargnés, condamnés aux mines peut-être et relâchés après les événements de pi I 238. Il y aurait donc eu un fait de persécution en “Illyrie vers cette date, mais il n’intéresse pas directement l'histoire du christianisme dans la contrée.
2. Saint Florian. — Ces prémisses des martyrs de l'Illyricum nous amènent à un personnage et un document qui offrent matière à discussion : la Passion de saint Florian de Lorsch (Lauriacum) dans le Norique+. Nous y apprenons que, sous Dioclétien et Maximien, le præses Aquilinus fit emprisonner et torturer à Lorsch une quarantaine de chrétiens et, parmi eux, Florian, ancien princeps officii, c'est-à-dire chef de la chancellerie d’Aquilinus ou d'un de ses prédécesseurs, ce qui autorise à voir en lui un vétéran. Florian habitait à Celium (Mautern, près Krems) ; il voulut partager le sort des victimes et vint à Lorsch se faire arrêter. Après diverses instances du præses et une flagellation préliminaire, Florian fut précipité du haut du pont de Lorsch dans l'Anisus (Enns). Le rédacteur a eu connaissance de la Passion d’Irénée de Sirmium, à laquelle il a emprunté une phrase presque littéralement et certaines expressions ; et ceci donne à songer dès l'instant qu'on se rappelle que cet évêque Irénée fut lui aussi précipité du haut d’un pont dans une rivière. De plus, dans le ms. de Berne du Martyrologe hiéronymien, on lit à la date du 4 mai : Et in Nurico ripense loco Lauriaco natale Floriani et principi officii presidis ex cuius iussu ligato saxo collo eius reponente in fluvio Anisonis suis oculis crepantibus præcipitaiu vident ; omnibus circumstantibus. Ce texte est un résumé de la Passion, ou bien la Passion dérive de ce texte ? Toute la question est là. Indépendamment de la valeur des arguments qu'on s'oppose, il suffirait de dire que L. Duchesne soutient l’antériorité de la Passion contre B. Krusch, partisan de l'antériorité du passage du martyrologe, pour que la question fût vidée. Au reste, il n’est guère supposable qu'un hagiographe écrivant à une date déjà tardive ait su encore ce qu'était le Noricum ripense, et son præses ; et l'oflicium du præses et le princeps oficii ? C'est lui faire beaucoup de crédit que de le supposer capable de faire une distinction entre la situation municipale de Lauriacum, simple castrum, et de Cetium, civitas. De sorte qu'on peut croire que, si la Passion, dans son état actuel, a été remaniée, il y avait eu des actes primitifs rédigés au Ve, avant l'invasion du Norique, et dont tout l'essentiel a passé dans ceux qui nous sont conservés. « Nous sommes donc en possession d'un document historique sur la persécution qui atteignit les chrétientés noriciennes au commencement du IVe, et par le nombre des fidèles poursuivis à Lauriacum, par la situation de celui d'entre eux qui a laissé le souvenir le plus vivant, nous pouvons nous faire une idée de l'importance numérique de l'élément chrétien dans un des municipes de la région et recueillir au moins un indice sur sa composition.
100 bionensis, Pelavionensis et même Piclavensis : aujourd'hui ce nom n'est plus discuté, il s'agit de Pælcvio, couramment Peltau, qui, après avoir appartenu à la Pannonie supérieure, fut quelque temps incorporée au Noricum mediterraneum. Victorin rendit témoignage sous Dioclétien ; il est en effet cité, entre Anatole de Laodicée et Pamphile de Césarée, dans le catalogue dressé par saint Jérôme. En outre, ce dernier nous apprend que Victorin fut un savant exégète, auteur de plusieurs commentaires sur la Bible ? et d'un traité Adversus omnes hæreses € où l’auteur tirait parti des Philosophumena de saint Hippolyte *, Cependant Victorin fut vite négligé et bientôt oublié, mais son activité intellectuelle et littéraire comporte un utile renseignement, « tant à cause de sa nature même qu'en raison du milieu religieux qu'elle suppose. Son commerce intellectuel avec Origène, l'orientation et l'allure de sa pensée, sa culture presque exclusivement hellénique, puis que, toujours selon saint Jérôme, il écrivait médiocrement le latin , nous oblige à le considérer comme un des représentants les plus avancés, géographiquement parlant, de cette propagande d'origine orientale qui a conduit le christianisme, depuis la Macédonie et la Thrace, à travers les provinces du bas et du moyen Danube, jusqu'aux limites occidentales de l'Illyricum. D'où venait Victorin lui-même ? Nous ne savons ; mais il est très probable qu'il n'appartenait pas par sa naissance ou par son éducation aux provinces latines de l'Empire 11. Le Norique et la Pannonie occidentale nous apparaissent décidément ainsi comme la zone où se sont rencontrés les deux mouvements de l'apostolat chrétien à travers les pays danubiens, celui qui remonte le cours du fleuve parallèlement aux légions ou aux cohortes appelées de VAsie pour renforcer la défense de l'Illyrie, et celui qui chemine depuis le littoral de l'Adriatique et de l'Italie, franchit les montagnes et descend, comme les fonctionnaires romains et les négociants syriens, vers l'Autriche ou la Hongrie d'aujourd'hui. Nous ne pouvons pas affirmer que la foi de Florian, fonctionnaire civil, quoi que vraisemblablement ancien soldat, soit à rattacher à l’un de ces courants plutôt qu'à l'autre ; le doute serait difficilement permis pour Victorin. Mais ses travaux, révélateurs d’une certaine formation, le sont encore d’une situation : un évêque ne fait pas de lexégèse dans le désert. Pour que le chef d'une église de Pannonie ou de Norique composât des traités tels que ceux de Victorin, il lui fallait une ambiance suffisamment favorable : l'aurait-il trouvée dans un pays où l’œuvre du christianisme venait à peine de s’inaugurer ? N'en devons-nous pas induire que, lors que Victorin mourut, vers l’année 304, les croyances chrétiennes n'étaient pas implantées seulement de la veille dans l’Illyrie occidentale 13 ? » le juridicus Maximus, il ne se laissa jamais induire à sacrifier et fut mis en prison, où il commença par convertir son geôlier Marcel. Alors on l'envoie enchaîné au præses de Pannonie I Amantius, qu'il rejoint à l'instant où celui-ci quittait Scarbantia, se rendant à Savaria. Les femmes de Scarbantia viennent offrir de la nourriture à Quirin, que le præses emmène à Savaria ; après avoir inutilement essayé de le convaincre de sacrifier aux idoles, il le condamne à être jeté, une meule au cou, dans les eaux de Sibar. Nonobstant la meule, le noyé surnage, toujours vivant et prêchant, jusqu'à ce qu'à sa propre prière Dieu consentit à ce qu'il fût englouti. Le corps fut enseveli dans une basilique de Savaria, construite près de la porte de Scarbantia, et y fut l’objet d’un culte jusqu'à l'époque où on le transporta à Rome, lors de l'invasion des Barbares 1.
Il y a dans tout ceci matière au doute, mais la substance des faits se trouve dans la Chronique d'Eusèbe continuée par saint Jérôme et dans le septième hymne du Péristephanon de Prudence. Tous deux signalent le fait du saint qui surnage un moment avant d'être englouti. Les analogies faciles à relever entre la Passion de Quirin, les actes de Florian et ceux d'Irénée ne sont pas absolument décisives, car elles se réduisent aux cas de Quirin et Florian, puis que Irénée avait été préalablement décapité. Le fait de surnager avec une meule au cou s'explique, si on parvient à se dégager de la meule d’une façon ou d'une autre. Ce qui montre assez qu'il faut être sur ses gardes, c'est que Prudence assure que le tombeau de Quirin fait l'orgueil de Sciscia. Or il n’en sait rien et s’il avait su quelque chose, ce serait que le saint reposait à Sabaria et non à Sciscia. Ce qui est plus remarquable, c'est que la Chronique d'Eusèbe, la Passion et le poème de Prudence placent chacun l'événement à une date différente. La Passion parle de l’époque où « Dioclétien sévissait contre l'armée du Christ, ainsi que Maximien qu'il avait associé à son pouvoir : » Prudence substitue Galère à Dioclétien et à Maximien ; enfin la Chronique renvoie à l’année 308, c'est-à-dire au commencement du règne de Licinius. Somme toute, l’année du martyre de Quirin demeure incertaine, mais les divergences chronologiques des trois sources justifient l'hypothèse d'une relation plus ancienne du martyre qui pourrait être indépendante d'Eusèbe-Jérôme et à laquelle les autres ont puisé, l’un gardant la mention de Galère, qui aurait été nommé dans cette pièce, et l’autre préférant à ce nom celui des deux Augustes responsables de la persécution. La diversité des dates, au lieu de soulever un doute nouveau, apporterait une garantie en faveur des textes, issus d’une source encore toute voisine de l'événement.
Ce qu'il nous importe surtout de signaler, c’est la diffusion du christianisme en Pannonie. Nous venons de constater la présence d’un évêché à Pætovio ; en voici un autre à Sciscia, et en même temps une chrétienté à Scarbantia, une foule de fidèles à Sabaria. Il est vrai que ces expressions doivent presque toujours être réduites considérablement ; les mots foule, multitude, peuple, sont employés avec une extrême indifférence pour leur sens véritable, et là où on s'attend et où on s'imagine voir quelques milliers de personnes, peut-être s'est-il rencontré une douzaine ou deux d'individus, mettons une centaine et n’en parlons plus.
- (Ciba les). Pollion y mourut le 28 avril de l'an 304 3 ; il exerçait dans cette Église la fonction de primicier des lecteurs. Les Actes qui nous font connaître son martyre sont simples et certainement antiques, légèrement postérieurs sans doute à ceux de saint Irénée de Sirmium qui s’y trouve mentionné. On y lit que l’empereur Valentinien était né à Ciba les : ceci doit se rapporter à Valentinien Ier, alors vivant, et nous reporte à la seconde moitié du 1v° siècle. Ce fut le præses Probus qui fit arrêter Pollion, lui donna l'ordre de sacrifier et, sur son refus, le fit brûler vif. La date du 28 avril (V kal. maii est fournie par la Passion et par le Martyrologe hiéronymien, lequel mentionne Pollion le 28 avril et le 29 mai. La première fois on lit : IV kal. mai in Pannonia Eusebi episcopi Pollionis Tiballi. Le martyrologe syriaque inscrivant au 28 avril un Eusèbe, non de Ciba les mais de Nicomédie, la date du 28 avril pour Pollion se trouve ainsi certifiée.
Au dire de l'Itinéraire de Salzbourg, le corps de Pollion fut ultérieurement transporté à Rome, sur la | via Portuensis, au cimetière de Pontien %, La présence d’un primicier des lecteurs ne prouve pas grand-chose, mais montre à tout le moins l'existence d'une communauté chrétienne à Ciba les. Les lecteurs étaient si facilement recrutables qu'on n'en manquait jamais, on en aurait plutôt eu trop que trop peu et le primicier maintenait un peu d'ordre dans la petite corporation, car les enfants y étaient généralement en nombre.
L'imitation de la Passion de Pollion est flagrante et poussée jusqu'à des citations textuelles 4 ; nous disons imitation parce que la Passion de Pollion est certainement primitive ; elle met en scène Probus, qui est un Victorianus. Il y a aussi des faits miraculeux qui n'inspirent guère confiance. Le Martyrologe hiéronymien ne connaît que Donatus comme martyr pannonien, mais celui qu'il annonce à Sirmium est au vii et au v des ides d'avril parmi des personnages différents de ceux des Actes et différents aussi les uns des autres, à chacune de ces deux dates. Le xim des calendes de mars, ce martyrologe associe Donatus, Secundianus Romulus et Silvanus (Salvanus) à Concordia, et, le : u des ides de décembre, Donatus est associé à Hermogène, Ce dernier n'est pas au bout de ses transformations : au XI et au x des calendes de septembre, on le rencontre sous les noms variés d'Hermogène, Hermodoras, et Hermogeratus, en compagnie de Fortunat à Aquilée, le 1v des ides de juillet. Or l’Hermagoras d'Aquilée a des actes fabriqués à l'aide de ceux d'Hermogène 5. La seule différence est qu'Hermagoras diacre de Sirmium a été promu évêque d'Aquilée et que, disciple d'un évangéliste, il meurt victime de la persécution de Néron au lieu de celle de Dioclétien.
Le martyrologe hiéronymien marque qu’au v des ides d’avril Donatus et Fortunatus à Sirmium ; tout le groupe pourrait être originaire de cette ville et il serait possible d’admettre qu’Hermogène et Fortunatus, Donatus et leurs compagnons étaient des martyrs de Pannonie dont les restes furent transportés dans le Frioul et la Haute-Italie où leur mémoire est fortement enracinée dès le Ve ; dans la suite on tint à leur composer des Actes, qui furent calqués sur ceux de leur compatriote Pollion. La présence de leurs reliques à Aquilée, à Concordia, l’importance de leur culte, la solennité de leurs fêtes eurent sans doute pour effet de les transformer, dès l’époque de la dernière rédaction du martyrologe hiéronymien, en saints italiens. Hermogène ne fit pas que d’être ainsi naturalisé après sa mort, il vieillit tout d’un coup de plusieurs siècles et se trouva devenir le premier évêque d’Aquilée, contemporain de saint Marc et de saint Pierre, 7. Martyrs de Sirmium. — L’importance de l’Église de Sirmium était réelle. À l’époque de la persécution de Dioclétien, nous connaissons le nom de son évêque, Irénée, dont la Passion est une pièce irréprochable 1, Irénée comparaît devant le præses Probus qui ne néglige rien pour le décider à sacrifier. Cet évêque était jeune, marié, père de famille et tous s’efforcent de l’émouvoir : père, mère, femme, enfants, serviteurs, amis, voisins, tous lui disent : « Aie pitié de ta jeunesse. » Il semble inexplicable que tous ces gens, qui forment l’entourage intime de l’évêque de Sirmium, soient tous païens ; néanmoins leurs supplications s’expliquent en partie par l’émotion, le désir de soustraire un être chéri à la mort imminente avec, probablement l’arrière-pensée que l’avenir pourra arranger bien des choses. Irénée refuse toute apostasie, il est condamné à avoir la tête tranchée et son corps sera précipité dans la Save. Conduit sur le pont qui traverse cette rivière, Irénée se dépouille lui-même de ses vêtements et dit : « Seigneur Jésus-Christ, qui as daigné souffrir pour le salut du monde, puissent les cieux s’ouvrir et les anges recevoir l’esprit de ton serviteur Irénée, qui souffre aujourd’hui pour ton nom et pour le peuple de l’Église catholique de Sirmium. J’implore ta miséricorde, afin que tu daignes m’accueillir et confirmer ceux-ci dans la foi. » On exécuta la sentence, le 4 avril 304.
Il existe de cette Passion un texte grec moins ancien que le texte latin, qui est primitif et qui est d’ailleurs la langue parlée sur les bords du Danube jusqu’à la Mésie inférieure. On ne relève dans ce texte qu’une difficulté, c’est le titre de Probus appelé une fois agente præfecturam Probo præside, et qui peut s’expliquer à la rigueur parce qu’un gouverneur de la Basse-Pannonie, dont le chef-lieu était Sirmium, aura géré momentanément la préfecture du prétoire.
Le martyrologe syriaque, au 6 avril, et le martyrologe hiéronymien, au vi des ides d’avril, font mention d’Irénée de Sirmium dont le culte fut longtemps florissant ?, Trois jours après Irénée, périt son diacre Démétrius, aujourd’hui à peu près ignoré et qui n’en est pas moins le même Démétrius vénéré par les Grecs, les Bulgares, les Serbes et les Russes qui ont fait du clerc de Sirmium un personnage consulaire et un militaire martyrisé à Thessalonique. Cependant le martyrologe syriaque mentionne, au 9 avril, « à Sirmium, Démétrius, » et le martyrologe hiéronymien (ms. de Reichenau) au v des ides d’avril commémore : « In Syrmia Dimitri diaconi ; » mais ils ignorent, comme de raison, le Démétrius de Thessalonique qui n’apparaît dans son nouvel avatar qu’au milieu du Ve au plus tôt dans des pièces sans autorité ; mais celles-ci s’obstinent, sans qu’on en voie clairement la raison, à dénaturer tout ce qui touche au personnage, sauf en ce qui concerne le souvenir de Sirmium, qui est toujours conservé sous la forme d’une basilique destinée à recevoir les reliques du martyr. Une des Vies de Démétrius le dit natif de Sirmium % ; le nom de Mitrovica, la ville qui occupe actuellement l’emplacement de Sirmium, signifie cité de Démétrius, et un sanctuaire dédié au martyr y était encore intact au milieu du XXe + ; Démétrius enfin est toujours invoqué par l’Église locale dont il est même le patron : Sancte Demetri diacone martyri et sancte Demetri Dioceseos patrone martyr,
Le même jour que Démétrius périrent à Sirmium cinq vierges ainsi commémorées dans le martyrologe hiéronymien # : In Sirmia natalis V virginum, quarum nomina Deus scit. Quelques lignes plus bas, les cinq vierges sont devenues sept. Dans le ms. de Berne on lit ceci : In Sirmio natal, VII virginum et alibi Demetri, diaconi, Heracli, Concessi, Mari, Syrmium, Fortunati, Donati et VII virginum canonicarum ; ce dernier titre indique probablement qu’elles avaient voué la virginité, étaient reconnues pour telles par l’Église locale et, à ce titre, touchaient probablement une sportule.
Le martyrologe syriaque annonce, au 20 juillet, le supplice à Sirmium de Secundus, lequel se retrouve dans le martyrologe hiéronymien le 15 juillet, et, au 29 août, la chrétienne Basilla. Du premier on ne sait rien qu’un nom ; de la seconde, tout ce qu’on peut dire, c’est que le martyrologe hiéronymien la tient pour vierge : Basille virginis.
Enfin nous connaissons deux laïques martyrs, un homme et une femme : Sineros (ou Sinerotas) et Anastasia. Celle-ci est fêtée le 25 décembre (voir ANASTASIE) : Sirmi Anaslasiae : c’est en effet de Sirmium qu’on ramena ses reliques au VIe pour les déposer dans un sanctuaire de Constantinople qui portait le nom d’Anaslasias, c’est-à-dire « la Résurrection ». Le jeu de mots entre Anastasis et Anastasia était bien fait pour plaire, étant dans le goût de l’époque. Les reliques d’Anastasia allèrent à Constantinople, son culte arriva jusqu’à Rome où on signale un fulus Anastasiae, dont le nom rappelait primitivement une grande dame romaine, peut-être la sœur de Constantin, mariée à Bassianus. Le fulus Anastasiae donna naissance, avec le temps, à une sainte romaine ou à demi romaine qu’on aperçoit dans le martyrium 55. Anaslasiae et Chrysogoni, qui mélait la vie d’Anastasie à celle de Chrysogone, martyr d’Aquilée, et faisait d’elle une romaine, Néanmoins, une fois encore l’attache à Sirmium ne parvenait pas à être rompue, puis que finalement Anastasie se rendait à Sirmium et y périssait martyre par ordre du préfet d’Illyrie. Quoi qu’il en soit, la date de la fête romaine au 25 décembre atteste qu’il s’agit bien de sainte Anastasie de Sirmium. Sineros ou Sinerotas nous est connu par une passion de bonne marque et une mention contenue au martyrologe hiéronymien *. C’était un laïque, d’origine grecque, exerçant la profession de jardinier (Voir ce mot) et pratiquant la vie érémitique. C’était un homme qui ne badinait guère, évidemment, car le motif de sa condamnation est singulier. La femme d’un officier de la garde impériale, domesticus lateri regis adhaerens, vint, en l’absence de son mari, se promener à une heure indue dans le jardin qu’entretenait Sineros. Celui-ci lui en fit des reproches que la dame trouva déplacés : elle porta plainte et le gouverneur devina bien vite un chrétien chez un homme d’une conscience aussi délicate. Sineros avoua et fut décapité sur-le-champ. Les actes placent l’événement sous Maximien, mais c’est Maximien Galère qu’il faut entendre, et la date n’est pas postérieure à l’an 307, car l’avènement de Licinius mit coïncide avec l’apaisement des rigueurs contre les chrétiens dans une partie au moins de l’Illyrie. Une basilique fut élevée à Sirmium en l’honneur de Sineros : la dévotion prit aux fidèles de se faire enterrer dans le voisinage du martyr : ad domnum Synerolam, ad beatum Synerolam martyrum +.
8. Les Quatre Couronnes. — Cinq sculpteurs pannoniens des carrières de Fruska-Gora furent martyrisés et devinrent célèbres sous le vocable des « Quatre Couronnés. » Leur Passion originale, en latin, a eu pour rédacteur un employé du cadastre : Porphyrius censuarius à gleba, actuarius, qui a pu vivre au IVe ?, À l’époque du séjour de Dioclétien en Pannonie, nous raconte-t-on, afin d’y faire travailler la pierre en sa présence dans les carrières de l’État, quatre ouvriers chrétiens, Simpronianus, Claudius, Castorius et Nicostratus, se rendent fameux par leur habileté. Seuls ils réussissent à sculpter une statue du Soleil, sigillum Solis, commandée par l’empereur qui la destine à un temple dressé par ses ordres sur une des collines de la région, le Mons Pinguis. L’empereur ordonne de tailler dans le porphyre, ex metallo porphyrelico, des fûts de colonne et des chapiteaux : on trouve cette pierre sur la « colline du feu » mons igneus. Un compagnon des sculpteurs, le païen Simplicius, admire leur succès et apprend d’eux qu’ils l’obtiennent en faisant tout ce qu’ils entreprennent au nom de Jésus-Christ. Ceci parait décisif à Simplicius qui, dûment endoctriné, par un évêque déporté aux carrières de Pannonie, Cyrille d’Antioche, se convertit. Mais les surveillants des travaux (philosophi) découvrent la foi chrétienne des sculpteurs et les dénoncent à Dioclétien qui n’en tient aucun compte et, au lieu d’une disgrâce, répond par une commande : des victoires, des amours, des conques, une statue d’Esculape. Les sculpteurs se trouvent embarrassés. Aussi longtemps qu’il ne s’agissait que de victoire, d’amours et de soleil, ils n’y voyaient que des figures décoratives, mais Esculape était une ordonne d’enfermer les cinq chrétiens vivants dans des cercueils de plomb et de les jeter dans le fleuve, ce qui s’accomplit le v des ides de novembre, L’évêque Cyrille meurt de douleur, Dioclétien regagne Sirmium et, six semaines après le supplice, un fidèle retire 106 de l’eau les cercueils de plomb et les dépose dans sa maison, Un an plus tard, Dioclétien est rentré à Rome et fait construire dans les thermes de Trajan un temple à Esculape : on y place une statue du dieu et l’empereur ordonne à tous les soldats de lui sacrifier, Quatre cornicularii, qui se nommeraient d’après certains textes Severus, Séverianus, Carpophorus et Victorinus, refusent d’obéir et sont martyrisés, Leurs corps sont ensevelis par l’évêque Miltiade et le futur martyr Sébastien sur la voie Labicane, au troisième mille, Miltiade, ignorant les noms des autres cornicularii, décrète qu’on célébrera leur fête sous les noms des quatre sculpteurs immolés à pareil jour.
par conséquence le supplice des cinq daterait de l'an 306. Mais en 306, Dioclétien avait abdiqué. À cette difficulté on répond ingénieusement que « le Dioclétien mis en scène ne paraît guère avoir d’autres soucis que des soucis de constructeur : il fait bâtir un temple, il commande des statues pour ce monument, et pour d’autres encore, selon toute apparence. Ces soins ne conviennent-ils pas à merveille à l’empereur descendu du pouvoir et retiré, quoi que non pas sans en bouger, mais dans son palais de Spalato, près de Salone, qui n’était peut-être pas fini dès l'an 305 et à l'ornementation inachevée duquel il continua de s'intéresser après en avoir pris possession ? Le voyage de Salone à Sirmium n'était pas très difficile, une visite, un peu longue, de Dioclétien aux chantiers où l'on travaillait à la décoration de sa nouvelle résidence est tout ce qu'il y a de plus plausible. Une condamnation prononcée par Dioclétien rentré dans la vie privée l’est également. Dioclétien, malgré l'abdication, n'en restait pas moins, moralement, le premier personnage de l'Empire, Senior Augustus, comme le disent les inscriptions : ses collègues, en 307, l’invitent aux conférences de Carnuntum pour prendre ses avis, on pourrait presque dire ses directions, Rien d'étonnant, le christianisme tombant sous le coup des lois qu'il avait promulguées, qu'il en ait requis l'application aux sculpteurs pannoniens ; il n'eut, pour ainsi dire, qu'à laisser faire, Et telle est d'ailleurs bien, jusqu'au bout, la construction et les œuvres d'art qui doivent les orner ; il s'intéresse à ceux qui les exécutent et, lors que ces hommes se trouvent compromis devant l’autorité, son premier geste est de fermer les yeux ; ensuite c'est comme en dehors de lui que la justice suit son cours ; il n'intervient enfin lui-même que lorsqu'il ne peut plus guère faire autrement.
« L'apparition de l’évêque Cyrille d'Antioche, personnage historique, mais de nulle notoriété, qu'aucune fantaisie d'hagiographe n'a pu reléguer aux mines lointaines de Pannonie au moment précis où l’on constate qu'il a abandonné son siège épiscopal, constitue, en dépit des difficultés qu'on y a pu faire voir, un précieux supplément de preuve en faveur de l’authenticité de la Passion des Saints Couronnés. Il en est plusieurs autres encore : la facilité avec laquelle les sculpteurs chrétiens acceptent de faire tous les ouvrages que leur confie Dioclétien, sauf la statue d’Esculape, est bien caractéristique : tous ces objets ont à leurs yeux perdu leur idolâtrie titulus, et sont passés au rang de simplex ornamentum ; ces distinctions s'expliquent par le compromis qui avait fini par s'établir entre les prescriptions du christianisme et les habitudes de la vie sociale ; on ne les aurait peut-être point conçues avant le milieu ou même le IVe : mais un hagiographe trop éloigné des faits ne les eût pas davantage imaginées. Elles sont donc un indice de l'antiquité du récit. L'auteur, Porphyrius, ne se donne pas pour témoin oculaire ; il écrit comme on parlait de son temps, il cite un passage de saint Matthieu (x, 39) dans une version distincte de la Vulgate, laquelle était adoptée partout dès les dernières années du IVe : il parle de capitella columnarum à propos des carrières de Sirmium, expression qu'on retrouve à propos des carrières de l'île de Brazza d'où Dioclétien a tiré une bonne part de la pierre du palais de Spalato. Quant à la topographie, la Passion est peu précise et néanmoins on localise les carrières pannoniennes dont elle parle à Frufka-Gora, non loin de Sirmium, où se trouve de fort bonne pierre, et où les empereurs firent des séjours à partir de la fin du IVe. « Or une étude des lieux, que j'ai pour ma part visités à deux reprises, écrit M. Jacques Zeiller, permet de relever un certain nombre de particularités qui correspondent à divers détails des Actes d’une façon, je ne dis pas décisive, mais vraiment assez frappante. La petite chaîne boisée de la Fruska-Gora domine de très près le Danube qui serait ainsi le fleuve où les martyrs furent jetés. Dion Cassius signale dans ces parages un’Aucv üooc, dont Eutrope et Vopiscus (ou l’auteur de la Vita Probi) ont fait Palma mons. N'est-ce pas le nom de cette colline que, par une interprétation très naturelle d’alma mons, la « montagne fertile », on retrouverait dans celui de mons pinguis ? Ne reconnaîtra-t-on pas aussi le mons igneus à Kipovno, « colline des statues », où à Crveni-Cot, la « colline rouge », deux éminences voisines à 5 kilomètres environ du Danube, sur la route de Banoštor ? Les bois qui recouvrent le sommet de Crveni-Cot empêchent de se rendre compte de la couleur de la pierre ; mais le nom est une indication qui a son prix. Le calcaire rougeâtre de Kipovno dont la teinte expliquerait aussi l'expression de metallo porphyrelico des Actes, car il n'y a pas de porphyre proprement dit dans la région, aurait fort bien mérité à ce filon, qui s'embrase curieusement au soleil couchant, le nom d'igneus. Il ne serait pas moins vraisemblable que la « colline des statues » rappelât le souvenir de quelques restes de sculptures demeurées gisantes en de vieilles carrières, dont j'ai cru discerner la trace sur ses flancs. Ajoutons qu'on rencontre à faible distance du mamelon de Kipovno, près du village d'Andrevlje (ou Andrijevno), en un endroit appelé Grobye, des restes d'un sanctuaire qu'on désigne encore sous le nom de Kapela et qui atteste l'existence d'un culte en cette région. Était-ce celui des sculpteurs martyrs ? On ne peut pas l'affirmer, bien que l'opinion locale se prononce en ce sens aujourd’hui. La Passion signée de Porphyrius censualis a gleba, acluarius, mérite donc crédit et Simpronianus, Castorius, Claudius, Nicostratus et Simplicius doivent rester inscrits au martyrologe pannonien.
9. Montan et Maxima. — Avec les martyrs dont les noms vont être énumérés, nous quittons la Pannonie pour pénétrer dans la Mésie supérieure, Le premier que nous rencontrons est Montan, martyrisé sans doute à Sirmium, mais qui appartenait au clergé de Singidunum. Le martyrologe hiéronymien mentionne le prêtre Montan et sa femme Maxima le 26 mars et le 11 mai. On lit une allusion à la mort de Montan dans les Acta Follionis ; mais les Actes eux-mêmes de Montan devaient être connus à Rome au Ve, ce qui permit au rédacteur du Martyrologe hiéronymien d'en faire un résumé précis et fidèle, à la date du 26 mars : In Sirmia Munati presbiteri Delingi donis cum Sirmium fugisset conprehensus est et missus el in fluviu, nono lapide, inventu est corpus eius el maxime uxoris es, lit-on dans le manuscrit de Berne. Cette notice, rapprochée de ce que nous apprennent les Acta Pollionis, nous apprend que Montan s'enfuit de Singidunum au commencement de la persécution, fut arrêté à Sirmium et jeté dans la Save par ordre du præses Probus. La femme de Montan l'avait suivi : elle eut le même sort. Leurs corps furent trouvés au mile, Enfin le texte de l'abrégé d'Epternach ajoute qu'ils eurent quarante compagnons : el aliorum XL.
Phraste a gardé le nombre dix-huit, mais l'a compté en sta des 1, Si cette ingénieuse correction est exacte, comme il y a toute chance qu'elle le soit, la Passion développée par Métaphraste ne serait pas elle-même antérieure au VIe. Et telle est bien l'impression qu'elle donne : une narration de basse époque.
11. Florus et Laurus, — Florus et Laurus appartiennent à la Dardanie, à condition qu'ils aient existé. D'après leurs Actes, ils seraient des martyrs d'Ulpiana, frères jumeaux et tailleurs de pierre, élèves de deux autres chrétiens, Proculus et Maximus, également martyrs. Florus et Laurus travaillent pour le préfet Lycon, puis, sur l’ordre de Licinius, fils de l’impératrice Elpidia, ils entreprennent la construction d'un temple. Quand celui-ci est terminé, ils réunissent les pauvres à qui ils avaient abandonné le salaire de leur ouvrage, les invitent à briser avec eux les idoles et consacrent le temple au Christ. Licinius le trouve mauvais, fait brûler vifs les pauvres et jeter les deux frères dans un puits.
Cette histoire provient des Ménées et Synaxaires grecs, au delà desquels on la chercherait inutilement, La seule donnée qu'on oserait garder serait que deux chrétiens nommés Florus et Laurus furent martyrisés à Ulpiana ; mais ils ne se montrent nulle part dans le martyrologe hiéronymien.
En Dacie ripuaire, du moins trouvons-nous le nom de l'exorciste Hermès, martyr de Bonania, près de Ratiara, au 30 décembre, d'après l’abrégé syriaque, au 31 d’après le martyrologe hiéronymien.
Dans la Mésie inférieure ou II, le chef-lieu Marcianopolis peut revendiquer sainte Mélitène, mentionnée par les synaxaires (16 septembre, 29 ou 30 octobre), mais dont la passion n'a pas été retrouvée, ce qui est fâcheux, car le peu qu'on en sait ne la recommande pas. Il faudrait reporter cette martyre à l'époque d'Antonin, sous le gouvernement d'un fye@v « Avrloyoc. D'après son culte, Mélitène appartiendrait à l'Île de Lemnos.
Le Martyrologe hiéronymien porte au 5 du mois d'août : Hireneus, Eracli, Dasi, au 4 octobre Dasii, au 18 octobre Hermelis et Dasii, mais nous avons dit il n'y a qu'un instant que Dasius appartient certainement à Durostorum, tandis que Hireneus et Hermes pourraient bien n'être qu'un même personnage qui ne serait autre qu'un apôtre, en mere — saint Hermès d'Héraclée en Thrace, dont le culte était très répandu en Mésie.
Autres martyrs, — Tomi a possédé aussi un grand nombre de martyrs et ce nombre pourrait être facilement mais arbitrairement augmenté. On lit dans l'Abrégé syriaque que, au 5 avril, les noms de Xenotôc et de Ilérroc, dont le premier figure aussi au Martyrologe hiéronymien ; nous ignorons tout de ces personnages, sauf, de par cette indication, leur qualité de martyrs de Tomi. Nous devons refuser non cette qualité de martyrs, mais l'attribution géographique, aux saints désignés dans le même recueil au 5 juin et au 10 juillet : Maoxtavoe xal Étegor Laprupec, d'abord, et ensuite le même Marcien avec quarante-sept compagnons : l'Hiéronymien vient bien ajouter ici son témoignage à celui du Syriaque, en situant, il est vrai, le groupe du 5 juin en Égypte et il y introduit un Nicandre, mais on a vu que Marcien et Nicandre ont subi le martyre à Durostorum et non à Tomi, où ils furent pourtant également honorés. Les quarante-sept martyrs présentés comme compagnons de Marcien dans la notice du 10 juillet seraient-ils de Tomi ? La chose est possible ; mais nous sommes obligés, venant de constater une erreur au sujet de Marcien, de demeurer sur la réserve à l'endroit des compagnons qu'on lui adjoint.
En revanche, nous sommes fondés à adopter pour Tomi presque tous les martyrs enregistrés par le Martyrologe hiéronymien au 27 mai : Helia, Lucianus, Zoticus, Marcialis, Victurus et Micrina, et au 15 septembre : natale Sifralonis, Valeri, Macrobii el Gordiani episcopi. L’abrégé syriaque est muet sur eux, mais dans les synaxaires grecs, au 13 septembre, on relate le supplice de dix martyrs de Tomi, parmi lesquels réapparaissent la grande majorité de ceux de l'Hiéronymien : Maxooôiou, l'opôtavod, “Het, Zorixod, Aovxravod al Odxaeeravod. D'après ce récit, les deux premiers au moins n'étaient pas des habitants de la province de Scythie : ce sont des asiatiques, que Licinius, à cause de leur foi, exile à Tomi ; ils y assistent à la condamnation d'autres chrétiens, Zoti que, Lucius et Héli, et ils finissent par partager leur sort.
Il est difficile de juger de la valeur de cette histoire ; elle n’a en soi rien d'inacceptable ; remarquons qu'elle ne dit point que Gordien fut évêque, comme le prétend le Martyrologe hiéronymien ; mais rien ne garantit cette qualification que le Martyrologe accorde plus d'une fois à des martyrs sans qu'ils y aient droit en réalité.
A Noviodunum, deux martyrs encore d'après le Martyrologe syriaque : Flavien le 25 mai, et Philippe le 4 juin. Le Martyrologe hiéronymien place au 18 mai Heraclius et Paulus que l'Abrégé syriaque transporte en Bithynie.
A Halmyris auraient souffert le martyre le prêtre Epictète et le moine Astion son disciple ; pour fuir la persécution de Dioclétien, ils avaient quitté l’Asie et s'étaient réfugiés en Scythie où ils furent mis à mort. C'est encore ici un vrai roman hagiographique dont la réalité des personnages serait sujette à caution.
À Dinogetia dont le nom reparaît le 14 mai et la 1 octobre dans le Martyrologe hiéronymien, il est malaisé de rien établir de certain parmi des notices confuses. Peut-être s'agit-il d'un personnage nommé Alexandre mentionné à deux reprises ; mais cet Alexandre de Dinogetia en Scythie n'est-il pas le même qu'Alexandre de Drizipara en Thrace ; on ne peut ni l'affirmer ni le nier sans réserve. La diversité des dates est cependant contre l'hypothèse.
Dans une ville inconnue et qui n’a pu être identifiée, mais ville illyrienne au dire de ses Actes, aurait souffert le martyr Ursicinus : τò υὸν γένος οῦ Δυρστινοῦ νόεως θεβέρωβ, qui fut enseveli à 22 stades de cet endroit : ἐν τοπωορτηλώ Αγουένο Κάρδουεο. On a proposé Šealum, localité du Norique, presque à la frontière de la Rhétie. Ursicinius est, par ailleurs, assez peu connu. Tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'il appartenait aux pays danubiens et qu'il est resté en vénération jusqu'à nos jours dans les diocèses de Diakovo et de Sarajevo, associé aux saints Irénée, Sinerotas, Montan et Maxime, Pollion et Quirin. On trouve Ursicinus représenté sur la mosaïque qui court au-dessus des arca des de droite de la nef principale à Saint-Apollinaire Nuovo à Ravenne.
Il y a dans toute cette littérature beaucoup de productions médiocres et indignes de confiance, mais il s’en rencontre aussi, nous l'avons vu, comme les Passions d’Irénée, de Quirin, de Pollion, de Sinérotas qui sont de bon aloi et offrent une physionomie propre, en possession d'une véritable valeur historique. Il en est permis d’induire qu'il y avait dans les Églises de l'Illvricum des milieux chrétiens encore à l'abri des modes pernicieuses qui commençaient presque partout à déformer l'histoire au profit de la rhétorique ; des milieux où on s’emploie à retracer conciencieusement les hauts faits de l’histoire locale, la mort de ceux qui demeuraient l'exemple des communautés comme : Irénée, Quirin, Montan ou le jardinier Sinerotas.
L'avènement à l'empire de Constantin amenait sur le trône un nouvel Illyrien, surtout sa conversion devait avoir des conséquences dans les provinces de l’Illyricum. Désormais les cultes impériaux n'auraient plus rien à attendre de la faveur impériale. Constantin tendait d'ailleurs comme son père Constance Chlore vers une religion monothéiste. La conversion de l'empereur trouve en Illyrie sa première manifestation matérielle dans l'innovation d'une administration impériale exprimant par un signe les sentiments de Constantin : en 307, l'année même de l'inauguration du labarum, l'atelier monétaire de Sciscia frappe des pièces de monnaie portant le monogramme du Christ gravé sur le casque impérial, ce qui n'empêche pas de maintenir le type du soleil sur d’autres monnaies.
On revit cependant la persécution sanglante dans l'Illvricum au temps de Julien. Ce fut à Durostorum que fut immolé saint Émilien, soldat, qui fut condamné à mort par Capitolin, vicaire de Thrace, pour bris d'autel. Émilien fut brûlé vif en 362 ou 363. Son supplice est attesté par saint Jérôme, Théodoret, Théophane et la mention du Martyrologe hiéronymien au 18 juillet ; en outre il existe des Actes qui ne semblent pas exempts d'altération légendaire, mais qui semblent néanmoins reproduire les grandes lignes d'un récit primitif de l'événement. On en retrouve d’autres échos dans Socrate et Sozomène, dans un discours de saint Grégoire de Nazianze et dans une lettre de saint Ambroise.
Le déchaînement contre Julien était si grand qu'il explique en partie cette émotion parmi des hommes qui savaient bien que le respect de la vie humaine n’était pas la qualité dominante des maîtres de l'empire. Si l’on s'en fiait à la légende, c'est aussi sous Julien et en Mésie inférieure, à Odyssos, qu'aurait péri le vieil évêque Dorothée de Tyr, âgé de cent sept ans. Les Ménologes le marquent au 9 octobre. Mais il est acquis aujourd'hui que cet illustre centenaire, dans l'histoire duquel on mêle avec d'autres des traits empruntés à l'arien Dorothée d'Antioche, n'est qu'un personnage fabuleux.
La mort d'Émilien est donc bien le dernier fait historique qui soit lié à une désorganisation même locale de leur vie ecclésiastique. L'hostilité et les mesures vexatoires de Julien lui valurent l’animadversion des catholiques ; et les générèrent momentanément en différents endroits de l'empire, mais ne troublèrent pas un instant le fonctionnement de l'Église. On a vu que, dès le règne de Dioclétien, l'Église avait dans l'Illyricum son cadre à peu près définitif.
À Sciscia, on trouve au IVe saint Quirin, martyr ; Marcus, qui signe au concile de Sardique, en 343, et Constantius, qui siège à Aquilée en 381. Au VIe, pas un seul nom. Au VIIe, les évêques Johannes et Constantius figurent dans les Actes de conciles illyriens qui se seraient tenus à Salone, en 530 et 532. Toutefois ces actes n'inspirent aucune confiance, n'étant connus que par les additions suspectes de Thomas de Spalato à l'Histoire salonitane.
À Jovia parait un évêque Amanfius qui siège au concile d'Aquilée de 381 et souscrit avec ses collègues à la condamnation des prélats ariens.
Boiotrum, lieu Sabaria, lieu de naissance de saint Martin. Nous savons par Sulpice-Sévère que, revenu en son pays en 356, Martin y combattit pour sa foi adversus perfidiam sacerdotum, c'est-à-dire contre le clergé arien, et fut battu de verges par ordre sans doute de l’évêque du lieu, dont nous ne savons pas le nom. Toutefois on pourrait songer à Gaius ou à Paul, deux évêques illyriens dont le siège n'est pas indiqué dans les sources qui les concernent, mais connus comme énergiques partisans d'Ursace et de Valence.
À Scarbantia, nous avons avec certitude l'évêque Virgile, qui souscrivit au concile de Grado, en 579, ou, comme l'écrit M. J. Zeiller, si les actes de ce synode doivent être tenus pour totalement apocryphes, dont la souscription ne fut reproduite ici qu’à bon escient par un faussaire fort au courant de la situation des Églises de l’ancien Illyricum occidental qui avaient survécu aux crises des ve et VIes.
4. Valeria. — Ici nous n'avons point de nom, point de texte, mais à peine un indice archéologique, dont nous reparlerons. À Sopianæ, chef-lieu de la province, on a trouvé une chambre funéraire ornée de peintures chrétiennes, d'où l’on peut induire l'existence d'une communauté et, peut-être, d'un évêque.
5. Pannonie IIe, — Mursa compta un siège épiscopal dont, il est vrai, on ignore tous les titulaires, sauf un seul que rendit célèbre son hostilité persévérante contre saint Athanase ; c'est l’évêque arien Valens, qui, élu depuis peu, siégea au concile de Tyr en 335 et qui vivait encore en 369. Cibalæ a pu avoir des évêques, mais non pas cet Eusèbe qu'on lui a assigné par l'effet d'une confusion ; quant à Pollion, primicier des lecteurs, ce modeste titre n'entraîne pas nécessairement l'existence d'une hiérarchie complète dans la ville de Cibalæ.
Sirmium était une cité importante au point de vue politique et administratif ; elle ne le fut pas moins au point de vue religieux, et nous avons une liste épiscopale qui fait assez bonne figure. Le premier évêque connu est Irénée, martyr en l'an 304 ; ensuite Domnus ou Domnio, qui signe au concile de Nicée en qualité d'évêque de Pannonie : Aôuvos Ievvoviæg. Ce titre porte évidemment sur la province entière de Pannonie IIe ou peut-être des deux Pannonies, car on lit, dans une des listes latines des signatures de Nicée, au lieu de Domnus Pannoniæ ou Domnus Pannoniensis, ce titre : Domnus metropolitanus. Domnus était orthodoxe et ne se laissa pas entraîner par le parti arien ; il lui arriva donc d'être victime de la réaction antinicéenne ; aucun doute n'existe sur son identité, puis que saint Athanase fait mention de lui en qualité d'évêque de Sirmium : Domnus Sirmii.
À Domnus succéda Euthérius, qui siégea au concile de Sardique. Eutherius a Pannoniis, nous dit-on. — Ensuite nous trouvons Photin, élu au plus tard en 344, puis déposé comme coupable d’hérésie dans le synode tenu en 351, dans sa ville épiscopale, — Germinius, arien, lui succéda et occupa le siège pendant de longues années : dans l'intervalle il avait quitté le parti arien, car, en 366, il était bon orthodoxe, ou en train de le devenir, mais on ne sait s'il demeura tel jusqu’à sa mort qui aura pu survenir vers 376 ou 377, car en 378, le concile tenu à Sirmium a dû se tenir sous son successeur Anemius. — Anemius avait été élu après la mort de Valentinien (été 375), et nous le retrouvons siégeant au concile d'Aquilée, en 381, puis à celui de Rome, en 382, sous le pape Damase.
À l'évêque Anemius a dû succéder Cornelius, qui occupait ce siège en 392 et mourut en 409. Nous trouvons ces indications dans une lettre du pape Innocent Ier à l'évêque Marcianus de Naissus. Innocent y fait allusion à des prêtres dont l'ordination était contestée comme ayant été conférée par l'évêque hérétique de Naissus, Bonose ; mais ces prêtres ripostaient à l’accusation que leur ordination était antérieure à la condamnation de Bonose, c'est-à-dire à 392 ; or elle avait eu lieu en présence de Cornelius de Sirmium. En parlant de ce dernier, le pape fait suivre son nom de l'expression sanctæ recordationis « de sainte mémoire », qui était réservée de préférence aux évêques défunts.
Pour les ve et VIes, nous sommes beaucoup moins instruits. Entre 401 et 417, le pape Innocent Ier s'adresse à Laurentio episcopo Seniensi et lui prescrit de lutter dans son diocèse contre les idées de l’évêque Photin. On a proposé la correction Seniensi en Sirmiensi, vers laquelle on se trouve du reste acheminé par la variante Symiensi de certaines éditions. D'ailleurs la recommandation de tenir tête aux partisans de Photin, s'explique mieux dans l’ancien diocèse de Photin que partout ailleurs. À cette époque, c'est-à-dire au début du Ve, l'hérésie photinienne était propagée à Sirmium et aux alentours par un certain Marcus, chassé de Rome.
En 448, les Huns s'emparèrent de Sirmium et l'évêque joua un rôle dans la résistance qui leur fut opposée. En 591, le siège de Sirmium aurait été occupé par un évêque Sebastianus qui fut contraint de fuir devant les barbares et de se réfugier à Constantinople, s'il fallait entendre la suscription Sebastiano episcopo resi- niensi de deux lettres de saint Grégoire le Grand, d'après la variante de quelques manuscrits : Sirmiensi. La question est de savoir si le pape s'adresse à l'évêque de Rhisinium (= Cattaro) ou à l'évêque de Sirmium. Les considérations tirées des manuscrits sont en faveur de Rhisinium, mais l'évêque de Sirmium semble avoir été plus exposé aux coups des barbares qui entraînèrent sa fuite.
Exista-t-il un évêque de Sirmium dont le souvenir serait rappelé par l'inscription suivante :
ICVNEVST éccles |E SIRM ep | SC opus ?
On ne saurait ni l'affirmer ni conjecturer son nom.
Y eut-il un évêque à Bassiana ? D'après la novelle XI de Justinien, on serait assez porté à l’admettre, puisqu'elle range sous la juridiction de l'archevêché de Justiniania Prima la pars secundæ Pannoniæ quæ est in Bacensi civitate. Ce texte renfermant la nomenclature d'un ensemble de provinces soumises à cette juridiction supérieure et qui comprenaient elles-mêmes plusieurs évêchés, on peut en induire que la civitas Baniana avait le sien.
Pour prédécesseur ou pour successeur Cyriaque, un champion de l'orthodoxie : Cyriacus Mysiæ, ainsi que l'appelle saint Athanase qui le classe parmi des métropolitains. Or nous connaissons avec peu de lacunes la liste de la Mésie inférieure (siège de Marcianopolis) ; il est donc permis de songer à la Mésie supérieure. En 494, une lettre du pape Célestin est envoyée à neuf évêques de l’Illyricum, leur prescrivant obéissance à l'égard du vicaire du Saint-Siège, Rufus de Thessalonique. Sur les neuf évêques, cinq sont identifiés ; ce sont les métropolitains de Corinthe (Achaïe), de Nicopolis (Épire), de Larisse (Thessalie), de Scodra (Prévalitane), de Sardique (Dacie intérieure). En outre il est question de Rufus de Thessalonique et de Félix de Dyrrachium. Quant aux quatre évêques restants, ils se nomment Sapius, Paulus, ternalis, Sabatius et sont métropolitains de Crète, de Mésie supérieure, de Dardanie et de Dacie ripuaire. Il faut choisir parmi eux l'évêque de Viminacium.
À Singidunum, nous trouvons l'évêque Ursace qui, compagnon de lutte de Valens de Mursa, disparaît avec lui après 369. Son successeur a très probablement été Secundianus, condamné comme arien par le concile d'Aquilée, en même temps que Palladius, évêque de Ratiaria en Dacie ripuaire. D'après saint Hilaire, il se tint, en 366, à Singidunum, un conciliabule de quatre prélats illyriens : ils envoyèrent une lettre à Germinius de Sirmium par les soins du prêtre Secundianus, accompagné de l'exorciste Candidianus et du lecteur Pullentius. Ursace mourut vers 370, il eut peut-être Secundianus pour successeur ; car, dans la Dissertatio Maximini contra Ambrosium relative au concile d'Aquilée de 381, il est dit de l'évêque de Sirmium : aller ab adulescentia clericus ai que per singulos gradus ad episcopatum.
. il siège au concile d'Éphèse, proteste contre l'ouverture prématurée de ce concile ordonnée par Cyrille d'Alexandrie sans attendre l’arrivée de Jean d'Antioche et des évêques syriens 1 ». Julianus continua d'agir avec la minorité 18, l'évê que Rufus de Thessaloni que lui écrivit pour le mettre en garde contre tout ce qui risquait d'atteindre la foi de Nicée ™ sans réussir à le faire changer d'attitude, car Julianus fut finalement anathématisé par l'assemblée d’'Éphèse et exilé par ordre impérial %, — On ignore le nom du successeur de Julianus ; après le sac de la ville par Attila, la ville eut pour évê que Zozime. — Un demi-siècle plus tard, en 516, Domnio, un de ses successeurs, faillit être banni de son siège à propos de la querelle monophysite 41, — Un peu plus tard, vers le milieu de Ce, l'évê que de Sardi que est Basiliscus, qui se trouve engagé dans la querelle des Trois-Chapitres. Opposé à la condamnation posthume de Théodore de Mopsueste, de Théodoret et d’Ibas, suspects de nestorianisme, consentie par le pape Vigile à la requête de l’empereur Justinien, Basiliscus se sépare du Saint-Siège et semble être mort schismati que, vers 550. — Avant ou après lui _ EEE e N A 2e E ac mie 5h E aaa aaa se place l’évê que Theuprepius connu par une inscription 1 : x HIC REQUIESCET UIR BE ATISSIMUS THEUPREPIUS EPISCOP « H i La paléographie de ce texte semble indiquer le vI ? siècle. — Enfin, en 594, saint Grégoire le Grand écrit à l’évê que de Sardi que Félix pour lui rappeler ce qu'il devait à l'archevê que de Justiniana Prima *.
À Naïssus,un évê que Cyria que est cité dans la lettre du conciliabule de Sardi que comme adversaire de Marcel d'Ancyre. — Gaudentius, son successeur (au dire du même document), signa à Sardi que avec les orthodoxes et participa activement à l'élaboration des canons du concile. — Il eut peut-être pour successeur Bonose, qui procédait de l’hérésiar que Photin de Sirmium et fut déposé en 371 #. — En 441, Naissus tomba entre les mains des Huns comme Singidunum et plusieurs autres vil les illvriennes, mais, au début du VIe, un évê que y tenait sa résidence : c'était alors Gaianus, qui, en 516, fut mandé par l'empereur Anastase à Constantinople, y mourut et y fut enterré . — Après lui vient encore Projectus, convoqué en 553 à Constantinople par l'empereur pour y délibérer sur l'affaire des Trois-Chapitres, mais il ne sy rendit pas ë.
A Remesiana, un évê que se fit connaître par sa science et mérita une notice dans le De scriptoribus ecclesiasticis de Gennade : c'est Niceta, qui vécut dans la seconde moitié du 1v° siècle et mourut au commencement du ve, — Vers le milieu de Ce, on y voit l'Église de Remesiana soumise à l'évê que Diogenianus, qui prit part au brigandage d’Éphèse (449) 7.
À Pantalia, nous connaissons l'évê que Evangelus, qui fut mandé à Constantinople par Anastase, en 516, et demeura sourd aux avan ces de l'empereur #. niana Prima, où se succèdent trois titulaires : Catellanus qui y était en 535 et recoit alors la novelle XI de Justinien ; Benenatus, mêlé en 553 à l'affaire des Trois-Chapitres ; enfin Johannes à qui écrit saint Grégoire 13.
A Mariana, d'après la notice d’'Hiéroclès, se trouvait un évêché ; on ne sait rien plus sur son compte.
A Ulpiana, nous trouvons les noms de Machédo- | nius, qui siégea à Sardi que, et Paul, qui assista au synode de Constantinople en 553. A cette date, Ulpiana était devenue Justiniana Secunda ?4.
Nous trouvons encore deux titulaires d'Églises dardaniennes parmi les signataires de la lettre synodale de 458 ; ce sont Dalmalius episcopus Neutinæ et Marimus episcopus Diocletianensis 1 ; il y eut donc desévêques à Neutina et à Diocletiana, vil les dont le site est inconnu.
Deux autres évêchés sont connus vers le milieu du | VIe : ce sont Zuppara et Stobi (Istip). Nous voyons qu'en 553 Sabinianus de Zappara refuse de se rendre au concile de Constantinople parce que son archevê que Benenatus n'y va pas 14 Quant à Bene| natus, absent, il se fait représenter au concile par Phocas, episcopus Staliensis ou Isfaliensis 1. Or Zap| para et Stobi appartenaient à la Macédonie IIt dont.
Stobi était le chef-lieu : comment leurs évêques peuvent-ils dépendre du métropolitain de Dardanie ? Y avait-il eu annexion ? Pas nécessairement, mais il y a eu tant de remaniements administratifs dans ces parages que toute solution se heurte à de graves objections 1#, 10. Mésie inférieure. — Marcianopolis, chef-lieu de cette province, nous offre une liste épiscopale assez complète. Au concile de Nicée, nous voyons parmi les signataires Pistus Marcianopolitanus 19, — Parmi ses successeurs, on rencontre Domninus, qui se fit le protecteur de l'arien Eunomius auprès de l'empereur Valens , — Ensuite nous voyons Martyrius, qui prend la tête des évêques de Mésie au concile général de Constantinople, en 3812, — Ensuite vient Epagathus, qui prit part au synode de Constantinople, sous la présidence de l'archevê que Nectaire, pour trancher le débat relatif à l'évêché de Bostra, en 394 =. — Dorothée, évê que de Marcianopolis, paraît au concile d'Éphèse et y soutient jusqu’au bout la cause de Nestorius ; ce qui lui valut d'être déposé et exilé à Césarée de Cappadoce 33, — Il eut pòur successeur Saturninus ?#, qui était encore en charge en 448, lors que le synode de Constantinople condamna une première fois Eutychès et, en 449, de nouveau dans un sorte de pourvoi en révision. La signature de Saturninus se lit parmi cel les des membres de ces deux assemblées, — Le suc cesseur de Saturninus avait nom Valerianus ; en 457, l'empereur Léon lui adresse une circulaire ainsi qu'aux autres métropolitains de l'empire d'Orient 26, A Odyssos, le premier évê que connu s'appelle Dittas, en 458 27, — Ensuite Johannes, qui a signé au concile de Constantinople en 518 : »Ilodvyne érioxomoc ThS Ontv réAeuc #.
A Durostorum, nous voyons dans la seconde moitié du IVe l'évê que Auxence, disciple du célèbre Ulfila et qui prit après lui la conduite du parti arien eusébien.— Au concile d'Éphèse de 431, siège Jacobus de Durostorum, qui signe la Contestatio des évêques opposés aux mesures précipitées contre Nestorius ? ? et qui compte de ce chef comme schismati que % — Encore un nom : Monophilus, qui signe la lettre synodi que de la Mésie Il ! en réponse à la consultation demandée par l'empereur Léon 1, A Nicopolis de Mésie, l’évê que Marcellus signe la synodi que à l’empereur Léon !. — Son successeur Amantius siège au concile de Constantinople (518) ?, A Movæ, on rencontre au v siècle les évêques Petronius, qui en 430, à Éphèse, s'oppose à la condamnation de Nestorius ; Secundianus, qui souscrit en 448 et 449 aux syno des de Constantinople, à la première et Le même fragment qui contient ces renseignements fait mention d’un diacre et d’un sous-diacre de l'Église de Sirmium : Jovianus ét Martirius. Quelques autres personnages ecclésiastiques nous sont révélés par l'A ltercatio qui met en scène le même évê que Germinius de Salone ê. Nous y voyons un prêtre de son clergé, Théodore *, un diacre, Jovinianus ; qui pourrait être Habe pea boy kolaa Tan na | à la deuxième condamnation d'Eutychès 4 ; Petrus enfin, dont le nom est rapproché de ceux de ses collègues de la province dans la synodi que de 458 5, A Appiaria, on rencontre un évê que Lupicinus en ACL 8. — Puis Martialis dans la synodi que de 458.
A Abrittos, l'évê que Marcianus, qui, au concile d'Éphèse, prend d'abord le parti de Nestorius, peutêtre sans insister : en 455, il adhère au maintien des décisions de Chalcédoine.
On lit dans la collection canoni que qui nous a conservé l'affaire de Nestorius les noms de deux suffragants de Dorothée de Marcianopolis qui, se solidarisant avec l'hérésiar que, abandonnèrent spontanément leurs sièges : ils s'appelaient Baleanius et Eudocius ; on peut leur attribuer les Églises d’'Odvssos, de Nicopolis ou d'Appiaria, les titulaires de toutes les autres à cette date étant connus.
VII. LES MONUMENTS. — 1, Épigraphie. — Nous ne sommes, heureusement, pas réduits à ces quelques
listes épiscopa les très embryonnaires. Autour des évêques vécurent et prospérèérent un clergé et des fidè les qui ne nous sont pas entièrement inconnus, grâce à quelques ouvrages historiques et à l'épigraphie funéraire.
Un fragment de saint Hilaire nous a renseignés sur Secundianus, prétre de Singidunum, chargé par son évê que, Ursace, en 366, de porter une lettre, rédigée par quatre prélats illyriens, à l’évê que Germinius de Sirmium. Secundianus était accompagné par le lecteur Pullentius et l’exorciste Candidianus ?, identifié avec le Jovinianus dont parle saint Hilaire 19, un lecteur Marinus 1, un laï que Héraclianus #, celui-ci adversaire orthodoxe de son évê que arien, et accompagné de Firmianus et Aurelianus # ; enfin un
AA THES
certain Agrippinus figure dans cet épisode, mais nous ne savons pas s'il est clerc ou laï que.
Un autre document célèbre, la Vita 5. Severini, qui a pour auteur Eugyppius, nous offre aussi les noms de plusieurs clercs et fidè les du Nori que au v® siècle ; he mm mm, ae aiir 2 nm + i LÉ EENT = PRET pae Dr TE RE i E CEN | z E ns PT A C2 i3 : ce sont : Lucillus !, Maximianus ? et Eugyppius ?, prêtres : Amantius *, diacre ; Moderatus, 5, chantre de l'Église de Jovia ; Maurus f, sacristain (ædituus) de l'Église de Favianæ ; Marcianus, Renatus, Ursus, Valens, Bonosus 7, moines : Teio, Pientissimus, Maximus, Procula 8, laïques, L'épigraphie est, dans l’ensemble, peu nombreuse et peu instructive, mais c'est une raison de plus pour ne pas négliger ses indications clairsemées.
Dans le Nori que, à Juvavum, on a trouvé une inscription mentionnant un THEODOSY(us) PRESBYTER ET GREX SVA IVVAVENSIS, qui serait intéressante si son antiquité n'était contestable *.
A Celeia, au v* siècle, nous rencontrons dans l’abside de la basili que chrétienne fouillée au mois de mai 1897 124 4 Frs du IVSTINIA S DIAC ONVS FP CXX Justinia[nu]s diaconus f(ecil) p(e des) CXX. Au-dessus, dans un cercle, une colombe tenant dans son bec une branche d'olivier ; dans les ang les, à la partie inférieure, des colombes et, semble-t-il, des autels ; dans l'angle supérieur de gauche, un autel et une série d'inscriptions en mosaï que qui se rapportent $ aux divers donateurs de cette décoration. Chacun d'eux | aura joui du droit d’avoir une tombe et de faire mention sur l’épitaphe de la superficie de mosaï que qu'il avait payée pour le pavement de la basili que. Cette HA prime offerte à la vanité humaine a été déjà rencon- : trée dans d’autres localités, notamment en Afri que ; elle n’a pas cessé d’être en usage jusqu’à nos jours.
Voici d'abord un premier fragment dont il ne subsiste que peu de chose (fig. 5780) : une feuille de lierre ; dans l'angle supérieur de droite, il ne subsiste qu'une feuille. | Ensuite vient un personnage qualifié scholasticus, mot qui a porté quatre significations différentes : rhéteur, avocat, lettré en général, enfin directeur d'une école ecclésiasti que. D'après M. J. Zeiller, cette dernière acception serait celle à laquelle on songerait tout naturellement ici, si l'antiquité relative du texte n'y faisait quel que difficulté, les scholastici, directeurs | d'éco les religieuses, n’apparaissant qu'au Moyen Age. Ðu Cange n’en cite pas d'exemple antérieur au 1x* siècle ; peut-être devrait-on reculer davantage cette apparition dans le passé, Il y a lieu d'hésiter néanmoins, et VS FP CCXL .... us fecil) p{e des) CCXL.
125 l'on peut aussi bien penser, d'après lui, que le Leo scholasticus de Celeia était un avocat (fig. 5782) :
126 et un fidèle d’origine syrienne, établi à Celesia avec sa famille :
ABRAHA SIRJus]
CVM SVIS
[ FC PXL.
Des fidè les ont voulu associer leurs serviteurs à cette | œuvre (fig. 5783) :
AVS E AI IL SIMPLE IEORVM SIM iS ET MAXIM MST KA =. [Maximus e[t....] Simple[x el famul]i eorum Sim- [plicilus et Maximlinlus f(ecerunt) [p(e des)]...].. XX.
RS
La suivante est plus énigmatique encore : E T DE elvms uis ?] F P XL Cette mesure de 40 pieds était à la convenance des bourses plus modestes ; nous en voyons trois qui ont ainsi participé au pavement pour 40 pieds sr. NVS
F.P XL
À tn M BL ATINE Sr RSR i Re R Pareille mention dans l'épitaphe suivante (fig. 5784) : OPTATIN :S e]T AVRELI CVM FAM LI2 SVIS OPTAlti]A NO ET DESIDERIO [f.p.]...Xx Encore deux fois un ménage :
VRSICINVS S[e]VERA © ET NONNOSA ET ANTO FECERVNT PXXX NIANVIS]
F P CXX
PEER 1
PT payer) Eure ne peter i Post dé qu dE né cg met rem us comte 1a a ahi iin. em Pat M eia Saka DA Ar PA aya o r ee k ia tm Enfin un personnage ayant un rang ‘de clarissime dont l'épitaphe est encadrée d'un trait et divisée en deux registres formant un carré de 2 m. 05. Marcellinus était peut-être un des principaux donateurs :
Marcellinus v(ir) e(larissimus)et[A]mantia [[(emina) e(larissima)].... in [memlJorialm cum] suis f(ecerunt) {p(e des) +... A Lentia (Linz), dans la crypte de la basilique de Saint-Ylorian (Stifskirche), près de Lorsch, épitaphe d'une veuve, nommée Valeria # :
VI-NON :MAI :DEPOSICIO VALERIE-VIDVE : à Cette inscription remonte peut-être au iv° siècle, d'après J.-B. De Rossi qui l'a vue de ses yeux ; elle est, semble-t-il, d'origine locale.
A Pætovio, deux ex-voto en bronze, trouvés en 1855, conservés aujourd’hui au musée de Vienne, ouvrage du iv° plutôt que du v° siècle, travaillé à jours et Ces ex-voto étaient destinés non pas à être suspendus ou plaqués, mais à être fichés sur un pied solidement attaché à un piédestal. Il suffit d'un coup d'œil pour voir que ce sont des candélabres votifs ; nous avons ici un précieux exemple d'un objet souvent mentionné dans les anciens documents : lilia argentea (au d'autre métal) que des riches donataires offrent aux Églises. Dans la Charta cornutiana (voir Dictionn., t. m, col. 881), nous voyons Flavius Valila offrant ERP RETRO RR RTE RE Er parmi beaucoup d’autres objets du mobilier liturgique lilia ærea duo. Les donateurs ici sont mal connus. Qui sont Intimius et Maximilien, deux frères, dévots à saint Crispin ou Crépin, autant de noms qu'il est impossible de déterminer. Ce Crépin est-il le patron des cordonniers ? Quant à Pusinnio, nous n'en savons pas plus sur son compte, sinon qu'ayant fait un vœu (à qui ?), il s'en est acquitté, Pusinnio est un nom propre au cas direct.
A Teurnia (S. Peler In Holz), une chapelle dont nous reparlerons contient parmi ses mosaïques l'épitaphe d'un certain * (fig. 5785) :
Urs(u)s utir) s{pectabilis ? ) Cum con iuge) s(u)ja (U )rsina Pro fu Jolo susfcepto)} fecer (u )ni hiajec.
A Ovilava (Wels), une table de marbre mesurant 0 m. 33 en hauteur et 0 m. 55 en largeur (la paléographie semble reporter au iv° siècle), trouvée en octobre 1893 à sur la Franz Gross Strasse, et conservée ~ au musée de Wels ! : es er X = QVIA NIHIL ERIT DVLCIVS QVAM PRIMA IVVENTVS = Le mi les F1. Januarius était apparemment désolé - de cette perte qu'il venait de faire de sa femme morte | Mn en couches ; il a tenté d'exprimer son chagrin sous une Mn forme vive : « Je vais la cherchant » quem ambulo et À PE il eût fallu dire : ambulo ad quærendam eam. tait-il soldat, au sens propre du mot ? ou bien a-t-il | - voulu dire qu'il était mi les Christi ? C'est un de ces | ~ min ces problèmes qui ne peuvent être tirés au clair. A Sirmium, nous avons un soldat de la garde des … empereurs, Flavius Sanctus, que sa femme a fait = inhumer auprès du tombeau de saint Sinerotas, le T jardinier, bien qu'il soit mort non pas en Pannonie, ~ mais à Aquilée. « Peut-être, écrit J.-B. De Rossi, le “ souvenir de l'immolation de Sinerotas, arrivée par la - faute d'un profector sacri lateris (un garde du corps), - ne fut pas étrangère à la résolution prise de ramener ~ le corps du défunt qui avait été de son vivant ex n{u- | mero) Joufianorum) pr (o J{ect{ori). La pieuse femme, en honorant le saint, et en lui recommandant son mari proleclor, fit en quel que façon amende honorable du méfait de celle qui par vengeance lavait accusé près de son mari, également protector, et fut cause de son » martyre . » a aa = Co ego aureliaAMINIA PO sui TITVLVM VIRO MEO ÎL SANCTO EX-N :IOV-PR TEC 5 BENEMERITVS QVI VIXIT AMNM-PL-M-A-QVI EST DEFVNC TVS CIVI T'AOVILEIA :TITVLVM POSVIT AD BEATV SYNEROTI MA A RTVRE ET INFANE FILIAM E10 SVAM NOMINE VRSICINA : QVI VIXIT ANNIS-N-III € prévoir de son vivant le bienfait de la sépulture auprès 7 du grand saint de Sirmium ; en conséquence elle a fait T l'acquisition d'une tombe * : E A $ QJ IE EGO ARTEMIDORA FE CI VIVA ME MEMORI K AM © AD DOMNVM SYNEROTEM Ø INTE RANTEM AD DEXTE RAM INTER FORTVNA TANEM ET DISIDERIVM A + (511, 160
CONIVNCTI AMANTIS SEMPER SE BENE DICERE DEBENT |
130 Ego Arlemidora feci viva{me) memoriam ad domnum Synerolermn infranti ad dextleram inter Fortunatam el Desiderium.
Une dalle découpée en forme circulaire, trouvée à Sirmium, ne contient qu'un fragment faisant suite, sans doute, à une dalle semblable portant le nom du défunt # :
AGFNSINER …d{e)p{ositus) fante)d{iem) XII k falendas) Mariiias) agens in r(ebus }. i Épitaphe du diacre Macarius, trouvée à Sirmium, conservée au musée d'Agram * :
Surla suivante, nous trouvons peut-être une mention de la promesse de la virginité : wir {géni ) ° ?
IN PACE AVI, quinti ? LLAE VIRQui vixit an, XII E ET AVL MA 3 QVIXIT AN $ ET Aul. quin ? 9 TINA SOROR Q ui vixit an. HANC MEMOR tarm feeit, Quelques fragments conservés au musée d'Agram nous montrent la formule reécessit IN PACE 7 : la for. mule IN PACE “et celle-ci, plus obscure * :
Sirmium connut à plusieurs reprises la fort une adverse et l'épigraphie en a conservé le souvenir. Elle
VII, — 5
PEENE SEEEN a a A DR r ET T a a st es e Bia hor aa T, ALJA giin ITE ia prap ; à En EM mL MED M ou AE CUS DER D gr mvemien
131 ILLYRICUM | 132
fut détruite par les Huns en 4481, relevée par Théodoric, à la suite d’une victoire remportée sur les Bul- | gares en 504 ?, puis tombée définitivement sous la poussée des Avares en 582 après un siège de trois ans . Une partie des habitants, à la vue du danger qui les menaçait, se décida à fuir Sirmium et se réfugia à Salone, en Dalmatie, La famille d'une fillette appelée Domnica prit cette résolution et, à la mort de l'enfant, rappelait cette circonstance (fig. 5786) : depo SETIO INFANTIS do MNICAE VIII KALED OCTOBRES QVAE ASIRMI © SALONAS ADDVCTA EST
KORAT ORIU JSBVTERUMN PISCOPHETI EM WAE DICIT URNI NKJMPE CCAT}S
mium, qui fut trouvée à Salone ; la date ne peut être | que le 12 mai de l’une des années 612, 657, 702 ou 747 ; elle est ainsi libellée “ :
HIC QVIESCIT IN PACE SANCT ABTISSA IOHANA SERMENSES OVI BIXIT ANN.... DIE VENERES EXIIT DE CORPORE 9 lll IDVS MAIAS INDICTIONE vif[n ' TA DECIM[a Malheureusement nous ne pouvons savoir si cette abbesse avait été nonne à Sirmium avant de venir s'établir en Dalmatie ; ce témoignage sur la vie religieuse dans la métropole illyrienne aurait son prix.
Jovia n'a donné auc une inscription ; à Emona, on signale celle-ci 7 :
AC | T -Pi
VSRAPT STES :ILLIS VITA.
LLINVS Vim * 10 NES-VIX :AN : V |
RES NECD V'
nedum [ ?adulllus rapt[us : ;..….…. superlstes illis vita... [| Marce|Winus vix(it} anfnis) III ; Jo[han]nes vizit) annos) V, [men]s(es) VIIII, dfies) XX. Marinus pateret Ursa mater me)moriam fecerunt pii parente(s).
A Sciscia, sur un sarcophage offrant à gauche et à droite du cartouche central un vase à anses d'où débordent les feuillages parmi lesquels courent les oise aux, au-dessus, un chien donne la chasse à un lièvre dans une vigne * :
: HVIC-ARCAE INEST : SEVE
RILLA : FAMVLA : XPI : QVAE VIXIT - CVM - VIRONOVE M
. CONTINVIS > ANNIS - CVIVS 5 : POST OBITVM : MARCELLIANVS : SE. DEM HANC VIDETVR-CONLOCASSE : MARI TVS Cette autre épitaphe provient également deSciscia * : x x FELICISSIMAE ET SACMENE VNO CONIVGI DOMINVS VICTORINVS MARITVS SEPVLCRVM EORVM COLLOCAVIT FELICISSIMA QVE VIXIT CVM EO ANNIS XIII ANNO VRBIS DXVII SARIVNAM Es VUSI MAG m DX PHY #5 DEO A Savaria, deux peintres étrangers à la ville auxquels les membres de leur corporation ont élevé un MEMORIAM PICTORIBVS © DVOE IS PELEGRINIS LAVNIONI VIXI T ANNIS SLSET DIESA XI 5 ET SE CVNDINVS VIXIT ANNI 5 XXV © ET DIES VI © FECERVNT COLLEGAS F Quelques formu les méritent d'être recueillies « ' :
BONE MEMORIAE IN DEO VIVATIS AVRR ELAINI ET LEONIS 9 CONLACTANEI FIDELES ET INNOCENTES AVR FLAVIA NVS ET NEMESIVS PARNOMO FEC 133 Cette mention d'un frère de lait est tout à fait rare dans l'épigraphie chrétienne. Celle-ci est notable ? :
HICPOSI TVS :EST : FLORENTINVS INFANSQVI- VIXIT : ANNOS SEPTEM ET : REQVIEM : ADCEPIT - IN + DEO PATRE - NOSTRO : ET :CHRISTO : EIVS Elle se lit sans commentaire ; il est possible qu'entre = Chrislo et eius, il faille tenir compte du mot filio qui aura été omis ou bien oublié.
La mention In Deum ou In Domino en tête d'une … épitaphe est intéressante à noter : ê FA L'épithète fidelis se retrouve sur l'épitaphe de la © fille d'un directeur des forêts domania les * :
ASPALIAE FILIAE CARIS SIMAE FIDELI ANN XXV GAVDENTIVS VET EX PO SIl VARVM DOMI NICARVM 5 ET CRESCENTIA PARENTES FIDELES VIVI FEC-ET SIBI | Enfin nous voyons un grec,établi à Sirmium, enterré … avec ses deux petits enfants * :
BONE : MEMORIE IN DEO VIVAS - AVR IODORVS : CIV. GRAEC : EX : REGLADIC « Q : VIX : ANN -L :ET AVR - ERON 9 TONI-AN :IlET-AVR :CELSI NE M :VIITI :AVR :DOMNICA :V XOR :CON :CAR :ET :FIL-DVL : MEM : VIVA FECIT à À Sardi que, nous avons déjà mentionné l'épitaphe de l'évê que Theuprepius * ; une autre inscription con= servée au musée, mais d'origine inconnue, semble d'épo que assez basse (fig. 5787) :
| EST CORI AS I projcoratorih M oa pr]s BVTE R 4mu EJPISCOPII ETICHI 5 glhae ICITHR NI[e Près de l'église de Sainte-Sophie, à Sofia, on a trouvé cette épitaphe du prêtre Maxentius * :
E TIVS PRES
Ë BYT - HIC
E. SR
E. + HIC POSITVS EST DE
LA METRIVS DIACONVS£
134 Dans une église voisine de la basili que Sainte-Sophie à Sofia, épitaphe d'une vierge * :
+ HIC REQV IESCIT FLO RENTIA VI RGO +.
Un certain Decius, dont l'épitaphe a été trouvée dans la rue Positano, se déclare serviteur de saint André * :
+ DECIVS HIC
FAMVLVS sci
ANDRAE + (E
Dans la même rue, le fils d'un personnage d'une certaine importance 1° :
+ HIC REQUIESCE T ICANNES FILIVS GEORGI INLVSTRIS Een en). 6 Même rue ; probablement Inocentianus repausel 1 :
Une autre inscription de Securisca, près de Novæ, rappelle la femme d’un prêtre, Turannius Leontius, | originaire d'scus ; elle se nommait elle-même Aurelia ee ue IL FENGAAE KATAHITAI | | MAPKEAAOTOTICHARAPIACINH || | MILAEKAPKOTRANA OYEOMITOL || | AOYAOYKACTEAIOY POYNIC | | | | TNO TA + Marcellina et elle était la lle d'un ancien préfet de légion : filia Marcellini ex præfecto legionis III Gallicæ Danavæ Damasco 13 :
MEMORIAM ET SIBI VF
Paen
135 ILLYRICUM | 136
Trouvée ‘hez Kogalnitscheano, conservée au musée de Bucarest 1 : TOY AFIOY G@Eloù re ECmEm O[riam NAZARI NI FILIABV RI VEm ABVIT IN[con IVGIO DIOGENI[a ANNISTRES ETmlén SES SEPTE ETCom PLEVIT IN Pacle A Tomi, aujour d'hui Küstendje in den TartaCar renunterstadt, aujour d'hui au musée de Bucarest © :
DULE
con]VICE MEA OV
NESTRAM ME SVPERSTAN TEM QVOD DI
Trouvée également à Küstendje et conservée au musée de Bucarest :
TOY AFIOY G@Eloù re ECmEm O[riam NAZARI NI FILIABV RI VEm ABVIT IN[con IVGIO DIOGENI[a ANNISTRES ETmlén SES SEPTE ETCom PLEVIT IN Pacle A Tomi, aujour d'hui Küstendje in den TartaCar renunterstadt, aujour d'hui au musée de Bucarest :
DULE
con]VICE MEA OV
NESTRAM ME SVPERSTAN TEM QVOD DI
Trouvée également à Küstendje et conservée au musée de Bucarest :
AVR IANVABIA IAH AI GA IV NCTA PARI FLA MART KA NO ET AMPLIVS VIXI M V D WSA PR O COMODA FVIT SPIR #2 VM D DOMNA SO ce [III VNCTA PA RI VIXIT MX D I# FATVM CO NPLEVIT DVRVS PRO CARITA TE CONIVGI ET SORORI IF 10 VIVITE PARENTES ET NESTR IS PR É2 ID KS I IIS ESTOTE ME MORES ITE RYM IITS IIS CO Aureflia) Tanuaria Jan.. annorum). iuncia pari Fliavio) Mart [i ]no el amplius vixi m{enses) V d{ies ).. Pro comoda fuit spirit Jum d [e0] rede [re. Et] Aur felia) Domna soror Jan... alnfnorum)]... III iuncta pari | vixit mfenses) X d{ies) I.. Fatum conplevit durus pro caritate coniugi et sorori. Ip[ si] vivita parentes et [v lestris pr [ov ]id [ete fillis. Estote memores iterum [El]ysiis co [ven Jfuri. Ave vale viator,
Quelques inscriptions grecques conservées au musée de Sofia et provenant de Warna doivent être mentionnées. Celle-ci mesure 0 m. 94 sur 0 m. 86 et 0 m. 105 d'épaisseur ; hauteur des lettres 0 m. 03 ; il y est question d'un certain Marcellus bonæ memoriæ, decanus Pu Evôdie xatáxiTtat Mapxshhos ô tic paxaplas mviuig déxapyoc Pévðou xóuttog Aoûëoy xaoteAlou “Poúvg' 5 +eheutä de {nvdc) Arerhiou LvÔ(LATLÉVOG) Lx »
Musée de Sofia, provenant de Warna, dimensions 0 m. 75 h., 0 m. 54 1., 0 m. 05 ép. ; hauteur des lettres, | 0m. 04 € (fig. 5789) :
JE + [+ u Evôdôes x[urixze xal tamiylòc AgwA + + EvOdse xaraxl[ire ó gwotaroc Aotixiouos é[risxonoc ( ?) AwpoatoAou-teheluré dE u(nvoc) Tavouæptou xb’ lv[ô(Lxri@vos….)
S'agit-il ici d'un nom à ajouter à la liste épiscopale de Durostorum, l'évê que Dulcissimus ? - A Dolni Ildschik, dans la maison d'un paysan, proche d'une tombe, pla que mesurant 0 m. 53 larg ; 0 m. 50 haut., O0 m. 06 épais. ; hauteur des lettres üm. 045 :
A Warna, une inscription fait mention d'un greflier (serinarius) (fig. 5790), h. 0 m. 20 ; larg. 0 m. 38, 0 m. 028 ! :
CUVOLOG : : g. Pj Awgsvriov E : cxptvæpLlou Be ris relet F2 rnoev u. Mao N. tiov V'ALEOX ”
Au musée de Sofia, pla que de marbre, haut. 0 m.66, » larg. 0 m.48 et 0 m. 42, épais. 0 m. 05 ; hauteur des OTONNAONTHCTE TAPTHCAE me ATIUNTI0 OICACEICAE | LAIONOIK FYFIP [ORKALAO | IMONEIAIKONATTOCTO \AIRON LAN HPI ONK ATAG KEYACAS d'AOPENTIO |OTICEYABROYCRH MAICFENAMEN OCA NAF KAITOYMER | OA AEÉENKATANT/ CINHYPATOTIFTA, MATAPAT oN | lettres 0 m. 025, trouvée à Hissar (Bezirk Karlowo *) (fig. 5791) : ;
« O rôv vady TS TETÉOTNE Sextio ; ayiov Tolisa elc eltov olxntThptov xal 8ú5 mov elôixôv ČTOOTOAxöv larhptov XTCHEURTRE Daopéyruc j ó Tic EBAXGOUS uvhtee yevduevog &- Vay(vOT nc ?) xal nyoûu (evoc) fvOaôe THY xatárlauatv nüpxto TH TONÔ(LE) xaxAavôooy Mapriov lVO(LKTLGYAG) Ç
Ligne 3, roûioucs = rolno ; deëiov olxnrñprov (voir Domus aeterna) ; ligne 5, eldixov = ttov.
« Ayant désiré pour demeure éternelle l'habitation de la quatrième décade des saints, et avant disposé sa propre demeure en dispensaire (kxt#ptov) apostoli que, Florentius, de pieuse mémoire, qui fut lecteur et higoumène, a trouvé ici le repos, la veille des calen des de mars de la VIIE indiction.
Au musée de Sofia, pla que de pierre de 0 m. 91 sur | trouvé ce débris dans le cimetière :
ILLYRICUM | 138 épais., 0 m. 037 ; hauteur des lettres, 0 m., 015 à | 9 m. 35 et 0 m. 01 d'épaisseur 0m. 05 (fig. 5792) :
Aiav[o]v xira [L] reA(e10 ?)èv évra[de »Eripaviou Ouryarpds | Audrou tob x(vplou ?) xrnropoc Toù Oelou vxob Tobr(ou) : hauteur des lettres
Nous ne nous aventurons pas à traduire ce texte et | le suivant qu'un helléniste qualifiait de « charabia ».
Au musée de Sofia, trouvé à Tscherwen ( ?). Pierre Om. 32 h., 0 m. 381.4 :
Gmel -.. - Uee a po- ] væyo[ù èr] = öıdxovoc a xórov Nyjxoigov “Oxfiouadrouc” 5 éxvuill dé érou[c c'roû' iv. u. « (xro (plov) melpi ? GJoùc A pinio] x[etorou žaoywv[To 2.
Edifi ces. — Les chrétiens de Syrie, nous en avons donné maints exemp les, aimaient à prodiguer les inss criptions sur les églises et les maisons privées ; leurs frères de Mésie avaient une coutume semblable dont nous avons quelques témoignages.
Celsia. — Une basilique orientée de l'Est à l'Ouest se terminant par une abside de 13 mètres de diamètre à la naissance de la courbe. A l’intérieur de cette abside, un mur concentrique supportait la balustrade tien, devait dater du Ve, à en juger par la paléographie des inscriptions. Il semble avoir été détruit par le feu, vraisemblablement lors des invasions avares qui dévastèrent le Norique à la fin du Ve.
Teurnia. — « La plus remarquable des basiliques récemment reconnues et étudiées en cette contrée (fig. 5801) est celle de Teurnia, près du village actuel de St. Peter im Holz, non loin de la petite ville de Spittal, en Carinthie = Elle avait été édifiée hors des murs de la ville ; ce n'était donc pas une basilique urbaine, — il y en avait certainement une à Teurnia, fais qui n’a pas encore été rendue au jour, — c'était une basilique cémétériale, ainsi que le confirment les sépultures assez nombreuses qui l'entourent. Contrairement à l’église de Celsia, celle de Teurnia était orientée à l'Est. Elle offrait primitivement la forme d'un simple rectangle avec une nef unique de 22 m. 17 de longueur sur une largeur de 9 m. 25. On y ajouta ensuite deux transepts faisant respectivement une saillie de 4 m. 90 de longueur au sud et de 4 m. 80 au nord sur 3 m. 50 de large, et, en outre, disposition tout à fait originale, deux chapelles se terminant en abside, qui venaient s'appuyer perpendiculairement sur chacun des deux bras du transept, dont elles avaient juste la largeur, et, s'étendant sur une longueur de 9 m. 25, dépassaient de l'avancée de leurs absides le mur du fond de l’église. Enfin une abside centrale de 6 mètres de large à la naissance de l'arête prolongeait le milieu de la nef, mais en laissant entre elle-même et les murs, tant latéraux que terminal de l'édifice un espace libre pour la circulation, dont la largeur minima au sommet de la courbe se réduisait à 1 m. 15. C'est la même ordonnance qui a été constatée aux basiliques de Virunum et d'Aguontum. On pénétrait dans la nef par une porte percée au centre de la façade ; une autre porte s'ouvrait dans le mur du chevet, derrière l'abside médiane, mais un peu à gauche de celle-ci pour qui regardait de l’intérieur. Les deux chapelles communiquaient chacune par des portes avec le transept d'une part et avec le fond de l'église de l’autre. L'abside principale interne était précédée d'un podium qu'elle dominait encore légèrement ; ce podium avait à peu près la largeur du transept ; une balustrade de pierre le fermait sur les côtés et un mur plein sur le devant : aux deux angles se dressaient des colonnes. L'abside principale constituait le presbyterium, et les absides secondaires des chapelles latérales faisaient de même le presbyterium de celles-ci. Il ne subsiste plus grand-chose de la chapelle septentrionale, la chapelle méridionale est mieux conservée.
Sous le presbyterium de celle-ci existait une cuve à reliques, en marbre, mesurant 1 m. 20 sur 0 m. 85 et 0 m. 60. La partie supérieure portait une inscription qui débordait en partie sur le rebord de la cuve : on en lit encore la première ligne : TERENTIAE ; mais des dix lignes qui suivaient celle-ci, on ne voit plus que l'amorce. Les petits côtés portaient des bas-reliefs païens. Cette cuve aura sans doute servi à recevoir les ossements d’un martyr local : il est vrai qu'aucun martyr de Teurnia n’est inscrit dans les martyrologes ni ne figure dans aucune Passion. « C'est donc un martyr inconnu dont nous constaterions ici le culte, et, à si peu de chose que se réduise actuellement une telle constatation, elle n’est pas négligeable, puis que l'on peut ainsi ajouter Teurnia à la nombreuse série des villes de l'Illyricum dont les communautés chrétiennes ont fourni à l’Église des témoins de la foi dans les temps de persécution.
Ursus vir spectabilis cum coniuge sua Ursina pro filio suo suscepto Jecerunt hanc.
Ensuite nous voyons un calice dans lequel une colombe semble empêtrée à n'en pouvoir sortir et de chaque côté une couleuvre. Est-ce une fantaisie ou un symbole ? Mais le symbolisme n'a-t-il pas des frontières très voisines de la fantaisie ? Puis vient un les temps de persécution. Au-dessus de ce coffre de marbre se trouvait l'autel dont on voit ici la coupe et les dimensions (fig. 5802).
Le presbyterium était isolé de la partie de la chapelle réservée aux fidèles par des cancels de pierre mesurant 1 m. 55 sur 1 m. 02 et 0 m. 09 d'épaisseur. D'après les fragments retrouvés, on a pu se convaincre que la décoration ne différait pas de celle des cancels qu'on voit dans beaucoup d'autres églises. Un représente une croix pattée, un autre une rosace contenant. Le pavement est entièrement conservé et offre un certain intérêt ; c'est une mosaïque en trois couleurs, rouge, blanc et noir, d'ailleurs assez grossière, dessinant douze carrés, groupés en quatre rangées de trois, et dans lesquels sont représentées diverses figures d'animaux : un aigle aux ailes largement ouvertes, les serres crochues, d'apparence plutôt féroce, un chamois allaitant son petit, un héron croquant une couleuvre, une inscription dédicatoire rappelant que cette œuvre artistique a été donnée par deux fidèles, un cerf d'assez belle allure, tandis que le médaillon qui fait suite renferme un quadrupède qui veut, peut-être, représenter une vache. À la suite, un arbre qui ne déparerait pas les « arches de Noé » de notre enfance et des oiseaux qui perchent sur ses branches. Le médaillon suivant nous fait voir une cane avec sa couvée. Puis viennent deux lièvres, une cigogne mangeant un lézard, enfin un damier (fig. 5803).
D'après le texte de l'inscription, cette mosaïque semble remonter jusqu'au Ve. Quelques débris de plaques de pierre sculptées n'offrent absolument rien qui mérite d'être figuré ici.
Le presbyterium principal de la basilique de Teurnia a fait l'objet d'une reconstitution qui peut être avantageusement rappelée ici. L'autel placé en avant du chœur posait sur quatre colonnettes, et à chaque extrémité de l'abside se trouvait une crédence également posée sur quatre colonnettes, dont on a retrouvé toute une collection dans les débris de la basilique. Trois des colonnettes de l'autel étaient encore en place, mais brisées (fig. 5804).
« Le monument, que son orientation aurait autorisé à croire postérieur, doit, dans sa partie primitive, remonter au Ve, puisqu'on eut le temps de songer à l'agrandir et de réaliser ce projet avant sa disparition.
Il s’agit des deux corridors qui, partant des transepts auxquels les reliait une porte, aboutissaient au vestibule. Ils furent utilisés comme lieux de sépulture. Quant au vestibule, son rôle fut peut-être surtout de protéger la façade contre l'envahissement des eaux et le glissement des terres provenant de la colline sur les dernières pentes de laquelle l'église était située, tout en lui faisant face, au lieu de s'y adosser. La preuve paraît en être qu'on ne pénétrait dans ce vestibule que par les côtés, c'est-à-dire au Nord et au Sud. Aucune porte n'avait été pratiquée dans la façade. En revanche, on voit encore le long de la face interne le banc où s'asseyaient les catéchumènes. Tel est ce curieux édifice, sous les ruines duquel on a relevé quelques vestiges plus anciens, ceux d'une maison particulière, ce semble, peut-être celle de chrétiens qui en auraient donné l'emplacement pour la construction de l’église. Élevée probablement dans le courant du Ve et agrandie au vi, celle-ci fut jetée bas aux environs de l'an 600, par les envahisseurs avares ou slaves, ainsi qu'en témoignent les traces encore visibles d'incendie et d'autres indices de destruction violente.
Juvavum. — On n'a découvert dans cette localité que les anciennes sépultures chrétiennes déjà signalées.
Sirmium. — L'existence d’un cimetière placé sous le patronage de saint Sinerolas est connue par les deux inscriptions suivantes :
ARS SV AM NOM INE VASICINA
PUTE E DR
Ego Aurelia Aminia posui titulum viro meo Flavio Sanclo ex numero Jovianorum protector, benemeritus, aUe ti Po eo on. MERE
qui vixit annos plus minus quinquaginta, qui est dej unetus in civitate Aquileia. [Aurelia Aminia] titulum posuit ad bealum Synerolem martyrem (pro) infante filia sua nomine Ursicina, quæ vitit annis numero tribus.
Voici la deuxième inscription :
A. C EF Q
Ego Artemidora feci viva <me memoriam ad domnum Syneérotéem intranti ad dexteram inter Fortunatam el Desiderium.
Ces deux marbres contiennent leur contingent de fautes ou, si on préfère, d'inadvertances, mais il est certain que les inscriptions, tandis que le martyrologe lui en donne un grand nombre. J.-B. De Rossi croyait pouvoir sans plus de preuves assigner le même cimetière dont nous parlons comme origine à un certain nombre d'inscriptions venant de Mitrovica sans désignation de lieu plus précise, appartenant toutes au rv siècle et une d'entre elles datée de l’année 3524, « La basilique de Sinerotas a été retrouvée lors des fouilles exécutées pendant la deuxième moitié du xiX siècle dans le jardin de l'hôpital de Mitrovica ; à peu près à la limite de l'enceinte de l'ancienne Sirmium, entre la porte du Nord et celle de l'Ouest. Malheureusement, on ne fit alors aucun relevé de ce qui en subsistait et l’on ne prit même pas soin de conserver ces restes. Un érudit local crut ensuite pouvoir reconstituer la basilique d'après quelques fragments de murs découverts dans le voisinage de son emplacement, mais il est établi que ces murs ne lui appartenait pas. Nous ne savons donc rien de la basilique de Synerotas que son existence et sa situation. Le cimetière qui l’entourait était une vaste nécropole à ciel ouvert, remplie de nombreux sarcophages et de tombes de formes très variées, dont deux méritent d'être signalées : celles qui rappellent des tumuli et qu’on a supposées appartenir au type pannonien indigène, qui se serait ainsi perpétué à l'époque chrétienne, et des sépultures à deux étages superposés, sepulchrum biscandens, qu'on n'avait encore observées qu'à Rome.
Malheureusement les inscriptions, trop peu abondantes et surtout trop mutilées ne nous procurent pas le moyen de dater ces monuments funéraires. = « La basilique de saint Synerotas ne fut naturellement pas la seule de la grande cité de Sirmium. La “ Passion de saint Demetrius, qui raconte le transfert de ses reliques, par les soins du préfet Leontius, de Thessalonique à Sirmium, ajoute que Leontius érigea dans cette dernière ville un sanctuaire en l'honneur du martyr et elle donne encore ce détail que la nouvelle église fut construite auprès de celle de sainte Anastasie. La Passion de Demetrius est légendaire : mais … les données topographiques, dans ces sortes de récits, _ sont souvent exactes. La tradition relative à une ancienne basilique de Demetrius à Sirmium a d'autant plus de chances de correspondre à un fait réel que ce … saint, malgré les altérations infligées par la légende - à sa personnalité, est demeuré l’un des plus populaires - de la région pannonienne, qu'il est le patron du diocèse de Diakovo, substitué à celui de Sirmium, que la - ville de Mitrovica, héritière de Sirmium, a pris son nom, et qu'une église à lui dédiée y était encore debout au milieu du Moyen Âge. Nous n'avons pas d'indications du même genre concernant sainte Anastasie, -mais on se rappelle la célébrité qu'elle avait acquise au-delà des frontières du monde danubien : que ses compatriotes lui aient voué un sanctuaire, c'est donc en soi chose vraisemblable, et l'indication de la Passion de Demetrius, que le rédacteur n'avait nul motif d'inventer et qui possède, ce semble, la valeur documentaire d'une information recueillie sur les « Peut-être même pourrait-on indiquer la place des deux édifices. On aperçoit encore aujourd'hui, à l’est de Mitrovica, des tombes antiques ; mais, il y a seulement une trentaine d'années — vers 1890 — à côté de ces vestiges d'un cimetière, ceux d'une église étaient également visibles. Elle affectait la forme de la cella trichora, ou sanctuaire à triple abside, une centrale et deux latérales dont l'axe est perpendiculaire à la première. Sa longueur, égale à la largeur, était de 30 mètres environ. À côté de ce monument, il y en avait un autre plus petit. À quelque distance s'en élevaient encore deux autres, dont une minuscule chapelle de 2 à 3 mètres de longueur, évidemment une memoria funéraire, décorée de peintures et pavée de mosaïques, a encore été vue en 1867 1. Il est assez vraisemblable que la construction principale et celle qui l'avoisine immédiatement aient été les sanctuaires respectifs de saint Demetrius et de sainte Anastasie. Les églises dédiées à la mémoire de ces martyrs ont dû, en effet, être des églises cimetières et suburbaines, et la donnée des Actes de Demetrius sur la proximité des basiliques des deux saints est à rapprocher de ces constatations archéologiques.
« Sirmium aurait ainsi compté au moins trois basiliques, celles de Demetrius, de Synerotas et d'Anastasie, Si l'on se rappelle la vénération attachée au souvenir de saint Irénée, on ne pourra pas ne pas croire qu'il ait eu aussi la sienne. Mais il n’y est fait allusion nulle part £ » Savaria. — Ici s'élevait une basilique, construite près de la porte de Scarbantia, en l'honneur du martyr saint Quirin. Cette construction est attestée par la Passion du saint et par le Martyrologe hiéronymien ; le détail topographique ne peut être qu'exact ; en effet il pouvait y avoir une porte de Scarbantia à Savaria, située entre Scarbantia et Sciscia, mais non à Sciscia, puis que justement Savaria s'interposait entre elle et Scarbantia. Le supplément des actes, qui relate le transfert des reliques, dit qu'elles furent portées de Scarbantia à Rome. Mais la substitution de Scarbantia à Sabaria est une faute qu'on s'explique sans peine, puis que la basilique érigée au martyr par les fidèles de Savaria avait été construite ad Scarabatensem poriam.
Sopianæ. — Ce chef-lieu de l'ancienne province de Valeria est remplacé aujourd'hui par une ville moderne qui répond en allemand au nom de Funfkirchen et en hongrois à celui de Pécs. Nous avons déjà fait connaître l'important vestige archéologique qui fut découvert en 1870, sous la tour sud-est de la cathédrale. (Voir Dictionn., t. v, col. 2715-2716, fig. 4760-4763.) Cette chambre funéraire avait contenu primitivement des sarcophages qui ont disparu : on n'a retrouvé que quelques ossements. Dans le voisinage on a dégagé une quinzaine de sépultures chrétiennes reconnaissables au chrisme qui y était gravé, mais malheureusement anépigraphes. « Évidemment, c'était là le cimetière chrétien de Sopianæ, qui s'étendait sur la hauteur où se dresse aujourd’hui la cathédrale de Pécs, L'importance de la crypte funéraire qui en était, selon toute apparence, le principal tombeau, comme la richesse de sa décoration, autorise à penser qu'on y avait enterré un membre marquant de la chrétienté de Sopianæ, ou les membres de toute une famille, peut-être celle des donateurs du cimetière. On s'est aussi demandé si, au-dessus de la crypte, il n'y avait pas eu une chapelle, dont la chambre souterraine aurait été l'hypogée : et il ne serait pas impossible en ce cas que cette tombe ait été celle d’un personnage vénéré de l'Église locale. Mais ceci est purement conjectural t. »
Intervisa. — Des fouilles ont fait rencontrer des objets chrétiens mêlés à d'autres de provenance païenne *.
Sardi que. — « En Dacie, à Sardi que, nous pouvons saisir sur le vif les modifications successives d'un lieu de culte au fur et à mesure sans doute des exigences croissantes de la population chrétienne. Il existe encore aujourd’hui à Sofia une petite église en partie ruinée, Sainte-Sophie, à trois nefs et abside centrale, qui parait dater du vi siècle. Des fouilles %, qui ont révélé des restes de murs et de pavements en mosaïques, ont montré qu'elle occupait l'emplacement de deux sanctuaires antérieurs. Le plus ancien était une basilique ou plutôt une chapelle cémétériale à abside d'environ 10 mètres de long sur 4 m. 50 de large, et qui n'avait qu'une seule nef. Elle fut remplacée par une autre, bâtie sur un plan plus vaste. Dans les décombres qui remplissent l'intervalle séparant les niveaux des deux sols de mosaïques, on a trouvé des monnaies de bronze dont la série s’échelonne du règne de Licinius à celui d'Arcadius. La première des deux églises remonterait donc jusqu'au début du iv siècle, au lendemain des persécutions ; elle fut vraisemblablement détruite lors des incursions gothiques ; la seconde daterait du commencement du v siècle. Elle dura peu, ayant dû être incendiée lors de la prise de la ville par les Huns, en 447. Elle fut remplacée, un siècle plus tard, par l'édifice actuel, qui a d’ailleurs subi depuis lors plus d’un remaniement. C'est une basilique à coupoles, voûtée, en forme de croix latine, à trois nefs, avec un transept, et précédée d'un narthex, flanqué aux deux extrémités d'annexes dépassant le plan quadrilatéral de l’église, La longueur de celle-ci, y compris l'abside qui la termine, est de 46 m. 45 et sa largeur de 20 m. 20. Une des parties essentielles de cette construction réside dans le manque absolu d'éléments décoratifs, tels que les colonnes, les chapiteaux ou les profils composés. Un autre trait caractéristique, c'est la grandeur et la multiplicité des fenêtres disposées presque toutes par groupes au nombre de deux ou trois. Les fondements sont formés par un blocage traversé par une assise de cinq rangs de briques. Sur les fondements repose un soubassement consistant en un rang de pierres de taille. Tout le reste de l'édifice est construit uniquement en briques. Le mortier se compose de chaux, de sable et de briques pilées en assez gros morceaux, Les briques et le mortier conservent les caractères habituels de la première époque de l'architecture byzantine, Cependant le plan de l'église n'est pas byzantin : croix latine au lieu de croix grecque, point d'absides latérales, agrandissement de l'abside par un espace carré constituant la partie supérieure de la croix et dont elle n’est que la terminaison, par tous ces détails, Sainte-Sophie de Sardi que rappelle plutôt les églises romanes de l'Occident que les églises byzantines. L'origine de ses formes architecturales ne doit donc pas être cherchée à Constantinople, mais on en trouverait d’analogues en Asie voûtée à coupole et l’on y rencontre des monuments avec abside accrue par l'espace carré disposé en avant, parties latérales de la façade faisant saillie hors du plan des murs latéraux, fenêtres groupées par deux ou | | l ~ tronc d'arbre qui se dresse entre la métropole actuelle ~ et l'ancienne église Saint-Georges ; on donne à ce | ~ fétiche le titre d'arbre de saint Thérapon, parce que le martyr de ce nom y aurait souffert le dernier supplice. Or saint Thérapon est un martyr de Sar des fêté le 27 mai ; de Sar des on a fait Sardi que, mais seulement … parmi les Slaves ! ; quoi qu'il en soit, on est ici en présence d’une supercherie, | On conserve au musée de Sofia une inscription grecque de Pantalia, gravée sur marbre ; la plaque est brisée en plusieurs morceaux, sa hauteur a dû être 0 m. 30, sa largeur 0 m. 55, l'épaisseur 0 m. 04. La hauteur des lettres est 0 m. 017 et pour la dernière ligne : 0 m. 010. Cette pierre doit provenir d'une église - ou d'une église d'orthodoxes où elle aura été placée au i Ci. Jirecek, Das christliche Element in der topographischen Nomenclatur der Balkaniländer, dans Sttzungesberichte der k. k. Akad. der Wissenschaften in Wien : Phil-hist. KL, 198 temps des luttes ariennes : Voici le texte (fig. 5807) : Zravpdc iyo [fJeé[reluxroc É[ov, coriñpoc Inooù YEtox dé Tavü[olecs uecôn[wv cuwrherov olxov, &Bavirou Bovino és oðpd[vrov téAoc plv el óuov héteoov nolélers ÉoSüvar, eita, 5 oùdoû ineu(be xos pot érésyou »oTtaupè Léxap,roléc osot Yale rapæuüflovéO ous v got yo Xororob Jéuœc ğpbjirov èyxexpéuuoTto, ble mais v dyos MÜavirou Boo[téorciv Épavhn. tor, riorebov siver Incouv Axolêxvig Pofo[kiéous xaltépnwsev Remesiana. — On n’a trouvé aucun vestige d'édifice chrétien dans cette ville ; mais seulement quelques objets de provenance chrétienne : couronne de bronze suspendue à une croix, fragments de verre, petites croix de bronze , Ulpiana. — L'église ou une des églises d’Ulpiana est peut-être encore debout. | Lipljan. — Le vieux sanctuaire byzantin est de date incertaine (fig. 5808, 5809) ; mais sa construction a pu précéder l'invasion slave. C'est une basilique à une seule nef, terminée par une abside, qui extérieurement n’est pas circulaire, mais présente trois pans coupés, trait caractéristique des églises slaves du Moyen Âge dans le district de Scupi (Uskub}., Mais, à la différence des églises byzantines, serbes et bulgares, elle est dépourvue de coupole. Comme d'autre part l'appareil ressemble beaucoup à celui du Bas-Empire, il n'est pas interdit de la regarder comme un ouvrage du vi siècle, Elle voisinerait donc chronologiquement avec Sainte-Sophie de Sardi que et serait à compter parmi les monuments de l'antiquité chrétienne en Illyrie.
Tomi. — Cette ville épiscopale a compté au moins deux églises. En 368 ou 369, l'empereur Valens passa par Tomi, entra dans l'église où officiait l'évêque Bretanio et s'efforça de l’amener à communiquer avec les ariens. L'évêque refusa, quitta l'église en y laissant l'empereur, et, suivi du peuple, se rendit dans une autre église !. Mais il est impossible d'en dire l'emplacement.
Trœsmis, — On connaît les ruines de trois églises, toutes trois orientées la façade à l'Occident, ce qui inviterait à les rapporter à la période justinienne plutôt qu'à l’âge constantinien. « Nous savons par le témoignage de Procope que la ville, ayant été détruite par les Goths, fut rebâtie sous Justinien et ce qu'on a pu identifier rappelle, en effet, les constructions du vi siècle. De ces trois basiliques de Trœsmis, deux sont à trois nefs et une à une seule nef. Les deux premières avaient respectivement 24 et 30 mètres de long. La plus grande était précédée d'un narthex qui possédait deux entrées, une entrée principale sur la façade, et une petite entrée sur l’un des deux côtés. L'église à une seule nef avait des dimensions sensiblement moindres : ce n'était en somme qu'une grande chapelle ; mais elle était, comme la basilique principale, pourvue d'un narthex *. »
Axiopolis. — Ici, il y a eu deux églises, dont l'une fut dédiée à saint Cyrille : c'est probablement celle qu’on a découverte hors de la ville, près des murailles, au nord de la porte septentrionale. « C’est une petite construction rectangulaire, se terminant en abside, longue de 10 et large de 5 mètres, à laquelle est accolée une chapelle plus exiguë encore, ayant elle-même une abside et où l’on a relevé une inscription funéraire, l'épitaphe d’Ariathusa, fille de Gibastes. L'une et l’autre sont orientées la façade au couchant et l'abside au levant. Il y aurait là un motif pour les dater du vi siècle. Dans le voisinage, on a trouvé plusieurs squelettes. Les preuves décisives manquent que l’on ait affaire ici à des tombes chrétiennes. La situation de l’église, hors de la ville, la désigne néanmoins comme appartenant à la catégorie des basiliques cimetiériales. On est donc bien fondé à croire qu'elle avait été élevée sur le tombeau du principal martyr de la cité, et que depuis maint chrétien avait désiré être enterré auprès de lui, (Voir Dictionn., t. Iv, col. 1254.)
L'autre église avait été édifiée à l’intérieur des murs. C'était la basilique urbaine, plus spacieuse que la précédente, Elle possédait un narthex ou un atrium ; les fouilles encore insuffisamment avancées ne permettent pas pour l'instant une identification sûre ; l'espace dégagé en 1907 était long de 8 mètres sur 12 mètres de large ; ce dernier chiffre représentant la largeur totale de la construction, on en a induit qu’elle avait 24 mètres de long, la longueur étant assez fréquemment double de la largeur. Une excavation d'environ 0 m. 50 de profondeur, affectant la forme d’une croix et située dans l'angle sud-est, pourrait bien marquer l'emplacement d’une fontaine baptismale *. »
La basilique du sud-est (basilique byzantine) avait trois nefs précédées d'un narthex également tripartite, auxquels succédait un transept qui faisait au nord et au sud une saillie très sensible et donnait ainsi à l'édifice la forme d'une croix ; une abside s'ouvrait au milieu de cette nef transversale. Cette basilique possédait, en outre, une confessio ; on y avait donc déposé des reliques de martyrs, ramenées, peut-on penser, des sanctuaires extra-urbains dès les invasions du vè siècle et que l’on n'osa plus depuis lors reporter hors des murs. Cette constatation suffit à nous inviter à attribuer cette église seulement au vi siècle, Il est à noter que la crypte paraît s'être conservée presque intacte : le stuc dont les murs étaient revêtus est encore en place ; d’où l’on peut conjecturer que, au moment de l'apparition des bandes avares qui déterminèrent la chute de la ville sous le règne de l'empereur Maurice, les fidèles avaient réussi à défendre l'entrée de cet endroit qui leur était particulièrement sacré et qui échappa de la sorte aux profanations des envahisseurs.
L'épiscopat des provinces danubiennes avant 325 avait compté des martyrs comme Irénée de Sirmium et Quirin de Siscia, un savant exégète comme Victorin de Poetovio ; aussi n'est-on pas surpris de voir quatre évêques illyriens siégeant à Nicée : Domnius de Sirmium, Protogène de Sardique, Dacus de Scupi et Pistus de Marcianopolis, qui tous quatre votèrent la condamnation d'Arius. Celui-ci fut personnellement exilé dans les provinces du Danube et y arriva accompagné de ses partisans alexandrins et de deux évêques lybiens, Theonas de Marmarique et Secundus de Ptolémaïs. On ne sait rien touchant leur séjour et leurs occupations, mais on peut croire qu'ils ne s’interdirent pas de répandre leurs idées. Quoi qu'il en soit, en 334, Arius quitta ce lieu d'exil et Eustathe d'Antioche, champion de l'homoousios, vint l'y remplacer. Parmi les plus chauds partisans de l'arianisme au concile de Tyr, en 335, se trouvaient deux évêques de l’Illyricum, Valens de Mursa et Ursace de Singidunum, jeunes d'âge et d'épiscopat, mais formés à l'école d'Arius lui-même, sans doute pendant les années de séjour de l'hérésiarque en Illyrie. Valens et Ursace furent les inspirateurs de la commission chargée d'aller parcourir la Maréote et y enquêter sur la conduite de saint Athanase. À leur retour, le concile de Tyr, conformément à leurs conclusions, prononça la déposition d'Athanase, en qui les partisans d’Eusèbe de Nicomédie voulaient frapper le défenseur de l'éuoaboroc et du consubstantiel nicéen. Mais Athanase, instruit des haines qui l’enveloppaient, avait quitté Tyr pour Constantinople et plaidé sa cause par-devant l’empereur lui-même : il y fut suivi par Ursace et Valens, acharnés à sa ruine, et qui vinrent à bout de faire exiler le grand Alexandrin à Trèves, tout en gardant son titre et son siège épiscopal.
Domnius de Sirmium était demeuré fidèle à l'orthodoxie, et en devint la victime, comme Athanase et Marcel d'Ancyre. Ce dernier avait pris parti pour l’'homoousios qu'il défendait par des arguments dont l'extrême subtilité prêtait le flanc aux soupçons d’hérésie. Un livre dont il était l’auteur fut soumis à l'examen des évêques réunis à Constantinople, en 335, et les Illyriens, Ursace et Valens, leur confrère Cyriaque de Naïssus obtinrent sa condamnation. Protogène de Sardique ne put se refuser à y participer, car le livre de Marcel était trop manifestement infecté par l'hérésie sabellienne. Marcel fut condamné, déposé et banni.
Peu avant sa mort, Constantin avait formé le dessein de rouvrir à Athanase le chemin d'Alexandrie ; ce fut son fils, Constantin II, qui s’acquitta de la pensée paternelle et Athanase reprit la route d'Égypte en traversant l'Illyricum où il rencontra l'empereur Constance à Viminacium (337). L'année suivante, les trois fils de Constantin se réunirent en Pannonie et accordèrent à tous les évêques exilés la permission de regagner leurs diocèses. Après son retour à Alexandrie, Athanase n'en fut que plus attaqué par Eusèbe de Nicomédie, devenu titulaire du siège de Constantinople, que sa situation politique désignait pour lutter de richesse et d'influence avec les sièges d'Antioche et d'Alexandrie. Eusèbe suscita à Athanase un compétiteur nommé Georges de Cappadoce devant qui Athanase s’effaça, mais pour porter sa cause devant le tribunal de l'évêque de Rome à qui s'adressaient également les eusébiens. Ces derniers s'aperçurent bien vite de l'imprudente démarche qu'ils avaient commise et reçurent avec hauteur les légats romains, Elpidius et Philoxène, qui les citaient à comparaître en concile ; ils se refusèrent dès lors à toute révision du procès. Les eusébiens s'exprimaient par l'intermédiaire d'Eusèbe de Constantinople, de Flacillus d'Antioche, de Dianus de Césarée et de quelques autres qui soutenaient la supériorité de l'Orient sur l'Occident où le christianisme n'avait été qu'importé tandis qu'il était né en Orient. Le pape laissa dire et, au cours de l'été ou de l'automne de 340, réunit à Rome un concile qui réhabilita Athanase. Ce ne fut pas tout. Marcel d'Ancyre était présent, donna ses explications et fut rétabli dans la communion et la dignité épiscopale. À la demande du pape Julien, il rédigea une profession de foi écrite où sa finesse se jouait un peu trop des difficultés et des examinateurs romains. Quant aux Orientaux, il ne leur fallut qu'une lecture pour découvrir les habiletés de Marcel et, dès 341, ils repoussaient toute attache avec lui et avec sa théologie entachée de modalisme.
Toutefois, en 340, les fils de Constantin avaient cessé de s'entendre et Constantin II se trouvait éliminé, en sorte que Constance ajoutait à son domaine celui de son frère et régnait sur tout l'Occident, plus puissant que son frère Constance à qui était échu l'Orient. Constance favorisait le parti eusébien et Constant soutenait Rome et Athanase. Dès lors, celui-ci étant le sujet de Constance, il fallait user à son égard de ménagements, car son protecteur Constant était en mesure de faire repentir ceux qui lui manqueraient en quelque manière. C'est dans ces circonstances que se tint à Antioche le concile in Encæniis, en 341, qui réunit une centaine d'évêques et dont la majorité confirma la déposition d'Athanase, nonobstant la décision du concile romain, puis élabora quatre symboles d’où l’homoousios nicéen était soigneusement exclu, sans toutefois enseigner formellement la doctrine arienne. Ces Orientaux, sans oser s'attaquer ouvertement à l'orthodoxie romaine, ne s’interdisaient pas de jeter sur elle le soupçon, car ils désavouaient les doctrines de Marcel d'Ancyre, de Sabellius, de Paul de Samosate et de tous ceux qui sont en communion avec eux. L'épiscopat illyrien comme l'épiscopat du monde entier était partagé et Ursace avec son collègue Valens y dirigeaient le parti eusébien. Valens cherchait à troquer son modeste siège de Mursa contre celui d'Aquilée, mais sans succès. D'ailleurs l'Illyricum offrait un terrain favorable aux novateurs. Les symboles d'Antioche avaient ouvert les voies à trois directions. La direction moyenne, mais nettement arianisante, d'Eusèbe de Nicomédie (Constantinople), allait être acceptée par les prélats illyriens qui prirent la tête du parti aussitôt après la mort d'Eusèbe (341). Le concile in Encæniis n’avait rien pacifié, rien arrangé ; au contraire il avait envenimé la situation en aigrissant les individus et en les dressant les uns contre les autres : c'est pour quoi l'empereur Constant, protecteur de l'évêque Athanase, voulut tenter un suprême effort.
Pendant la durée de leur séjour à Antioche, les évêques lui envoyèrent une députation composée d’arianisants avérés porteurs d’un formulaire différent des trois symboles, mais conçu dans le même esprit. C’est le quatrième formulaire d'Antioche qui devait être repris plus tard lors des synodes illyriens. Les envoyés furent reçus à Trèves par Constant qui entra peu après en conversation avec son frère Constance en vue de procurer une nouvelle assemblée conciliaire où l’on tenterait d'aboutir à un accord définitif. Cette assemblée dut se tenir à Sardique, qui était alors la dernière ville de l'Empire occidental du côté de la Thrace, avec laquelle commençait le domaine de Constance. L'Illyricum devenait ainsi, et d'autant plus, capital.
Sardique a fait le sujet de longues discussions ; on s'accorde aujourd'hui à adopter l'année 343. Dès l'année précédente, les évêques furent invités à s'y rendre en grand ; l'épiscopat d'Orient voyageait sous l’escorte des comtes Musonianus et Hesychius et se rangeait à Sardique cent soixante-dix évêques rassemblés, dont quatre-vingts Orientaux. Nées des partages de la Mésie, Aprianus de Pœtovio, Marcus de Siscia, Eutherius de Sirmium, Amancius de Viminacium, Zozimus d'Horreum Margi, Vitalis d'Aquæ, Calvus de Castra Martis, Valens d’scus, Gaudentius de Naissus, Paregorius de Scupi, Machédonius d'Ulpiana et enfin Protogenès de Sardique, que les eusébiens regardèrent comme un des chefs des orthodoxes, encore Ursace de Singidunum et Valens de Mursa qui, seuls, dans les provinces danubiennes, représentaient le parti arianisant.
Le premier et le principal événement du concile de Sardique fut la sécession de l'épiscopat d'Orient ; il n’y eut que deux transfuges du camp oriental dans le camp occidental : ce furent les évêques palestiniens Asterius et Arius : tous les autres se refusèrent à se constituer en concile avec leurs collègues occidentaux et donnèrent pour raison de leur conduite que le concile qui venait de se réunir comptait parmi ses membres Athanase d'Alexandrie, Marcel d'Ancyre et Asclépas de Gaza, tous trois déposés par les conciles orientaux ; en les admettant à siéger parmi eux, Osius, Protogenès et leurs collègues les traitaient en évêques légitimes et proclamaient en fait l'annulation des décisions prises à leur égard par le concile in Encæniis. Sans doute le concile de Rome et le jugement papal avaient cassé la sentence du concile in Encæniis, mais la convocation d’un concile à Sardique montrait assez que la sentence romaine n’était pas définitive ; il était donc prudent de ne rien préjuger. Osius essaya une conciliation, promit aux eusébiens que, même innocenté définitivement à Sardique, Athanase ne reparaîtrait plus à Alexandrie et se retirerait en Espagne. Ce fut en vain. Il y eut un concile et un conciliabule, le premier tenu dans l'église, le second dans le palais impérial. Les Pères occidentaux du concile rédigèrent, avant de quitter Sardique, une lettre encyclique portant condamnation de leurs plus notoires adversaires. Les Orientaux écrivirent, eux aussi, une lettre adressée à tout l'épiscopat, au clergé et aux fidèles, mais plus particulièrement aux titulaires de quelques grands sièges, dissidents avérés ou discrets. Ce document, après une réprobation des maximes de Marcel d'Ancyre, protestait contre la réhabilitation d'Athanase par des évêques occidentaux, reprochait à Osius ses accointances avec Paulin, évêque en Dacie (probablement à Ratiaria), excommuniait le pape Julien de Rome, Osius de Cordoue, Maximin de Trèves, Protogenès de Sardique et Gaudentius de Naissus. Après une nouvelle et vive protestation, le théâtre d'une réunion solennelle, qu'il formait le point de jonction au point de vue géographique entre l'Orient et l'Occident et que le rôle des épiscopats d'Orient et d'Occident allait remplir : le concile de Sardique. La date du concile de Sardique est incertaine, mais on s'accorde à adopter l'année 343. L'épiscopat d'Occident, groupé derrière l'antique Osius, évêque de Cordoue, dont le prestige était à la suite d'Étienne, successeur de Flacillus sur le siège d'Antioche. Dela sorte, à l'automne de 343, il se trouva plés, mais non pas réunis, car on voyait deux groupes en présence ; quatre-vingt-dix Occidentaux contre quatre-vingts Orientaux. La moitié des évêques qui se rangèrent à la suite d'Osius de Cordoue venait de l'Illyricum latin et grec. C'étaient, pour le Nord, la Pannonie et les provinces orthodoxes et presque légales d'Osius. Il faut nommer les évêques illyriens qui, à Sardique, tinrent la tête du parti occidental : pour l'Illyricum grec, on compte Protogenès de Sardique, Gaudentius de Naissus, Dacus de Scupi, et pour l'Illyricum latin, Valens de Mursa, Ursace de Singidunum, Amantius de Viminacium, etc. Les Orientaux, au nombre de quatre-vingts, étaient venus avec l'intention de ne pas se laisser imposer par les Occidentaux et de faire prévaloir leurs propres idées. Ils étaient menés par les évêques les plus influents de l'Orient, tels que Théodoret, Éusebe de Nicomédie, etc. Le concile de Sardique fut donc un échec, car les deux partis ne purent s'entendre et les Orientaux se retirèrent, laissant les Occidentaux seuls à prendre des décisions qui ne furent pas reconnues par l'Orient. Le concile de Sardique montra ainsi les divisions profondes qui existaient entre les Églises d'Orient et d'Occident et qui allaient conduire à la grande séparation des Églises.
Les Pères occidentaux s’assignèrent un triple but : affermir la foi et la définition de Nicée ; réviser les sentences de déposition rendues en 335 à Tyr, contre Athanase d'Alexandrie, Marcel d’Ancyre et Asclépas de Gaza ; examiner les accusations portées contre ceux qui les avaient poursuivis avec cet acharnement. Athanase et Asclépas furent mis hors d'accusation ; quant à Marcel, on ne trouva dans son livre censuré que des hypothèses et non point des affirmations, en sorte que sa foi fut approuvée. Par contre les Orientaux ne furent pas ménagés et on prononça des sentences de déposition et d'excommunication qui frappèrent les trois titulaires intrus des sièges d’Alexandrie, d'Ancyre et de Gaza, ensuite Étienne d'Antioche, Acace de Césarée en Palestine, Ménophante d'Éphèse, Narcisse de Neronias et trois Illyriens : Théodore d'Héraclée en Thrace, Ursace de Singidunum et Valence de Mursa.
L'assemblée de Sardique composa une lettre encyclique adressée à tous les évêques de la chrétienté dont saint Athanase a conservé le texte grec, et saint Hilaire le texte latin. Les membres du concile écrivirent en outre à l'Église d'Alexandrie, aux évêques d'Égypte et de Lybie, aux Églises de la Maréote, qu'il était naturel de renseigner plus spécialement sur la procédure suivie à l'égard d’Athanase. Celui-ci écrivit lui-même aux prêtres et diacres d'Alexandrie, ainsi qu'à ceux de la Maréote. L'authenticité de ces trois derniers documents, les deux lettres d'Athanase et celle du concile aux Églises de la Maréote, qui proviennent de la collection du diacre Théodose, a été contestée par Hefele sous prétexte qu'Athanase y prête aux eusébiens des propos inadmissibles. Les eusébiens se seraient écriés : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Vous êtes des chrétiens et nous des ennemis du Christ, » et ils ne seraient pas venus au concile afin de ne pas s’y rencontrer avec des amis de la justice. [Il est bien évident que les eusébiens ne se sont pas vantés de la sorte. Mais les sentiments dont ils sont ici animés, c'est Athanase qui les leur prête, avec une sévérité qui se conçoit de sa part, et il n'y a point dans cette indignation du patriarche d'Alexandrie d'invraisemblance. On n'a rien produit de sérieux, au jugement de M. J. Zeiller, contre les documents réunis dans la collection du diacre Théodose, et on ne peut qu'accepter les lettres aux Églises de la Maréote et celle d'Athanase au clergé d'Alexandrie, comme des pièces authentiques émanées de Sardique.
En outre, le concile écrivit aux Églises d'Ancyre et de Gaza dont les titulaires avaient été trouvés innocents ; il adressa une supplique à l'empereur Constance pour le prier de mettre un terme aux intrigues et aux violences d’un certain nombre d'évêques. Enfin il écrivit au pape une lettre dont on ne possède que le texte latin, reproduit par saint Hilaire, dans les Fragmenta historica, non sans le défigurer un peu.
Enfin les Pères de Sardique promulguèrent un certain nombre de canons ecclésiastiques dont plusieurs sont devenus célèbres. Leur authenticité a été âprement débattue : nous en avons parlé ailleurs. Cette législation fut bien peu mise en pratique par la suite. Après comme avant le concile de 343, on déféra au Saint-Siège des sentences épiscopales et conciliaires. Les résultats du concile furent minces, surtout en comparaison de l'importance de l'assemblée. Ce qui fut grave, en 343, ce fut la séparation désormais réelle entre les deux épiscopats. Le pas de Sucques, entre Sardique et Philippopolis, c'est-à-dire la limite entre l'Illvricum et la Thrace, forma dorénavant frontière entre les deux communions. « De part et d'autre de la frontière, on pouvait différer
Le concile de Sirmium avait rédigé une profession de foi connue sous le nom de « premier formulaire de Sirmium », qui ne faisait que répéter la quatrième formule d'Antioche avec un accompagnement de vingt-sept anathèmes, dirigés contre Marcel d’Ancyre et Photin, qui cependant n'y sont pas nommés. Les évêques illyriens adoptaient maintenant la théologie d'Antioche, sauf à l'accentuer dans le sens antinicéen. À partir de l’année 351, Ursace, Valens et leur nouvel associé Germinius travaillent à ruiner définitivement l'œuvre de Nicée.
Dès l'hiver 351-352, la guerre recommence contre l'évêque Athanase et les évêques pannoniens sont parmi les plus emportés. En 352, après la mort du pape Julien, son successeur Libère demande à l'empereur la convocation d'un concile que Constance autorise non à Aquilée, mais à Arles. Le pape de Rome y était représenté par des légats qui furent assez inférieurs à leur tâche. Ils consentirent à condamner Arius pourvu qu'on condamnât Athanase ; les évêques de la Gaule n’entendaient à peu près rien à la discussion et étaient disposés à donner raison au porte-parole de l'empereur, l'évêque Valens, qui leur arracha, ainsi qu'aux légats pontificaux, la condamnation d'Athanase ; seul Paulin de Trèves s'y refusa ; il fut déposé.
Ursace, Valens et Germinius envisagèrent la nécessité de la tenue d’un nouveau synode à Sirmium, en 357, le troisième tenu en cette ville. Sozomène et Hilaire, qui nous en ont parlé, nous apprennent que ce fut un synode d’occident maîtrisé par Ursace, Valens, Germinius et le principal ennemi d'Osius, son compatriote Potamius de Lisbonne. On eut alors une « deuxième formule » de Sirmium qui rejetait également Eusebe et d'autres comme ne se trouvant pas dans l'Écriture et soulevant des controverses. Le vieil Osius, exténué, amoindri, signa ce document. Le pape Libère, déprimé, signa la première formule de Sirmium et écrivit trois lettres qui ont jeté les apologistes dans le pire embarras. Sa faiblesse lui servit peu : il espérait revoir Rome, on se borna à le transférer de Bérée à Sirmium.
Mais, en 358, Basile d'Ancyre présida dans sa ville épiscopale un concile qui jeta l’anathème à l'arianisme, et Basile, bien accompagné, vint faire part de cette décision à Sirmium. On y tint alors un quatrième synode composé des délégués orientaux et de tous les évêques présents à la cour parmi lesquels un certain nombre de représentants de l'Occident. On vit alors une « troisième formule » qui n'était que la juxtaposition de deux textes antérieurement adoptés, à Antioche en 341 et à Sirmium en 351. Ce document était irréprochable au point de vue de l’orthodoxie, n'était l'absence de l’homoousias. Le pape Libère le signa. Basile d'Ancyre devenait le maître de la situation : il ne le fut pas longtemps. Tandis qu'il cherchait à obtenir de Constance l'autorisation de réunir un concile général qui achèverait l'union à moitié faite entre les nicéens d'Occident et les homoiousiens d'Orient, Ursace, Valens, Germinius réussirent à persuader Constance de l'inutilité et des dangers de ce concile et lui firent adopter le parti d'indiquer deux réunions, une à Séleucie d’Isaurie, l’autre à Rimini. On prépara alors le formulaire que les deux synodes auraient à sanctionner. Cette formule est un remarquable compromis théologique : elle nous a été conservée par saint Athanase ! (22 mai 359) et elle est l'œuvre de Marc d'Aréthuse, « Son texte offre cette particularité intéressante de rappeler la descente du Christ aux enfers. Cette croyance était reçue depuis longtemps, mais le nouveau formulaire de Sirmium est le premier symbole qui l'ait exprimée officiellement. Ceci n'est d'ailleurs qu'un détail, encore qu’une histoire du christianisme illyrien ne doive pas le négliger. L'essentiel du document, c'est sa christologie. Le Fils est proclamé semblable au Père selon les Écritures : quant au terme d'essence (ousia), que les Pères ont employé avec simplicité, mais qui cause du scandale aux fidèles dont il était inconnu, les Écritures ne le contenant pas, il a paru expédient de le supprimer et de ne plus parler désormais d'essence à propos de Dieu, car les Écritures ne parlent jamais d'essence à propos du Père et du Fils. Mais nous croyons que le Fils est semblable au Père en toutes choses, comme le disent et l'enseignent les Écritures. » Ainsi l’on écartait l'homoousias pour plaire aussi bien aux anoméens qu'aux homéens de la nuance d’Ursace et de Valence : et l’on se refusait à accueillir aucune expression qui ne fût contenue dans l'Écriture, conformément à la tendance originelle de l'arianisme à s'en tenir toujours à la lettre du texte sacré. Mais ce succès était contrebalancé au profit de Basile et des homoïousiens, par la suppression de toute thèse subordinatienne et par l'acceptation de l'homoiousias, qui leur rendait, au moins dans une large mesure, ce qu'on avait paru leur enlever.
Le concile de Rimini s'était réuni au printemps de l’année 359 et réunissait plus de quatre cents évêques occidentaux, mais aucun délégué de Rome. Il se scinda tout de suite en deux groupes dont une minorité arienne de quatre-vingts voix guidée par Ursace, Valens, Germinius et Gaius, un de leurs collègues illyriens. Le synode les excommunia tous quatre le 21 juillet 359 ; alors les deux fractions députèrent à Constance, qui avait quitté Sirmium. Les eusébiens le rejoignirent les premiers à Constantinople : les autres délégués ne furent pas admis en sa présence et relégués à Niké (Ustadiço), dont le nom pouvait créer une confusion avec Nicée, si les délégués acceptaient le nouveau symbole que Ursace, Valens et les principaux vinrent leur présenter. Restitutus de Carthage, chef de cette délégation, et les évêques ses collègues se rendirent, acceptèrent la communion des quatre évêques illyriens, annulèrent les jugements du concile et acceptèrent la formule remaniée par Ursace et Valens sur le texte de Basile d'Ancyre. Ce n’était même plus la formule de Sirmium ; les mots « homoiousios » avaient disparu, c'était le retour à l'homéisme pur et simple. Toutefois une concession avait été faite ; la date du symbole, 22 mai 359, avait disparu devant cette observation d’Athanase qu'on n'avait jamais vu dater une formule de foi qui vaut pour tous les temps et non à partir de tel jour. Comme certains membres, une vingtaine en tout, inspirés par deux évêques gaulois : Phoebade d'Agen et Servais de Tongres, se montraient irréductibles, Ursace et Valens leur suggérèrent d'ajouter à leur signature telle proposition doctrinale qui les satisferait pleinement. Phoebade et Servais acceptèrent et même firent usage d'une formule que leur suggérait Valens : « Le Fils n'est pas une créature ; » il se réservait d'y ajouter dans la suite « comme les autres ; » ce qui était purement arien. Cela fait, chacun des signataires put se flatter de n'avoir point renoncé à la foi de Nicée et une délégation alla trouver l'empereur pour lui annoncer qu'il avait gagné.
Valence, Ursace et Gaius, les trois Illyriens, faisaient partie de la députation : à son arrivée à Constantinople, elle trouva dans cette ville les mandataires du concile de Séleucie, mais refusa de communiquer avec eux. Il fallut, au début de 360, tenir un nouveau concile, cette fois à Constantinople et composé surtout d'Orientaux. La formule de Rimini fut solennellement approuvée, les termes d'ousia et d'hypostase interdits, tous les autres symboles antérieurs rejetés et ceux qui viendraient dans l'avenir écartés d'avance. On eut donc désormais deux formules typiques opposées et irréductibles l'une à l’autre : celle de Nicée, logico-politique, le succès restait aux évêques : le 3 novembre 361 et eut Julien pour successeur. Son avènement allait ouvrir une période curieuse dans l'histoire du IVe, celle d’une réaction officielle, et artificielle qui durerait peu et obligerait tous les adversaires du paganisme ressuscité à faire masse contre lui. L'épiscopat antinicéen n'avait subsisté, agi et progressé que grâce à l'appui de Constance ; abandonné à lui-même, il était dans le cas de succomber. Tous les évêques présents ou bannis furent mis sur le même pied : les bannis reprirent le chemin de leurs évêchés et il est probable que Photin de Sirmium usa de la permission sans aucun retard. Il eut même la satisfaction de s'entendre louer par Julien pour « avoir nié que celui qu'on avait cru Dieu ait pu prendre chair dans le sein d’une femme ». Si Photin rentra à Sirmium, il y dut trouver son successeur Germinius ; comment s’arrangèrent-ils ? Personne ne nous l'a appris. Quoi qu'il en soit, Valentinien, deuxième successeur de Julien, exila de nouveau Photin.
A Sirmium, il se trouvait des orthodoxes passionnément attachés à la foi de Nicée : nous en connaissons trois : Héraclien, Firmien et Aurélien, laïques, qui furent emprisonnés pour leur refus d'acceptation du Credo officiel. Ils eurent à comparaître devant l'évêque Germinius, et Héraclien, le plus notoire des trois, engagea avec l'évêque une vive discussion dont le procès-verbal nous a été conservé sous le titre d'Altercatio Heracliani laici cum Germinio episcopo Sirmiensi (13 janvier 366). L'épisode est intéressant par lui-même et en ce qu'il nous montre dans ce conflit de simples fidèles osant tenir tête à l’évêque d'une grande métropole, argumentant contre lui, brutalisés.
Fa en vue de l'épiscopat officiel, l'égal de Valens et de Ursace, néanmoins homme de caractère doux et était prêt à recourir à la violence contre leurs contradicteurs. Un corollaire de cette situation nous est apporté par l'exemple de saint Martin, natif de Sabaria, qui, dans sa ferveur de néophyte, cherche à faire des conversions parmi ses compatriotes et ne se prive pas de manifester sa désapprobation de l'hérésie enseignée par le clergé, et l'évêque de Sabaria le fait arrêter, battre de verges et expulser de la ville. Cet incident a été contesté, mais l'examen critique permet de lui conserver sa valeur historique et d'affirmer qu'il est parfaitement d'accord avec tout ce que nous savons de la situation ecclésiastique de l'Illyricum à cette époque (356).
Dix ans plus tard, la situation s'était modifiée très sensiblement, puisque, ainsi que nous l'avons dit, la protection officielle faisait défaut aux arianisants. Si, en 366, Germinius avait voulu traiter Héraclien aussi durement qu'avait fait l'évêque de Sabaria à l'égard de Martin, peut-être n'eût-il pas trouvé parmi les autorités civiles le concours nécessaire ; certainement il n'eût pas rencontré l'approbation de tous ses collègues. C'est que, dès 362 ou 363, un certain nombre d'évêques de l'Illyricum s'étaient franchement ralliés à l’orthodoxie. Le pape Libère avait rendu ces retours plus faciles ; il ne s'était pas contenté de casser les décrets de Rimini, il avait décidé que les évêques qui feraient de nouveau adhésion au symbole de Nicée seraient maintenus sur leurs sièges.
Vers 363, les évêques illyriens reçurent des évêques de l'Italie [du Nord ( ?)] un message qui montrait de la part des expéditeurs l'espoir de trouver bon accueil chez les destinataires et d'entretenir une correspondance amicale, confiante et régulière : ce fait indique que, dès ce moment, un épiscopat catholique s'était reconstitué dans les provinces du Danube. On a la confirmation de ce fait par diverses lettres d'Athanase.
En 370 ou 371, le pape Damase envoyait aux évêques illyriens une lettre synodale importante, annonçant la condamnation, par le synode romain, d'Auxence, évêque arien de Milan, et disant que quiconque n'adhérait pas à la foi définie à Nicée devait être séparé de la communion de l’Église.
Après la mort de l'empereur Julien et la disparition de son successeur Jovien, l’empereur Valentinien fut proclamé en 364. Il professait l'orthodoxie personnellement, mais s’interdisait toute intervention en faveur d'une confession déterminée ; au contraire, son frère Valens, qui régnait sur l'Orient, soutenait hautement l'arianisme et persécutait nicéens et homoïousiens. Cette protection un peu lointaine ne laissait pas d'être réconfortante pour les illyriens Valens, Ursace et Gaius, redevenus partisans de l'arianisme le plus avancé. Ils trouvaient un nouveau partisan chez un collègue de la région danubienne, Domninus de Marcianopolis, métropolitain de Mésie inférieure. Par eux, l'arianisme fut comme galvanisé durant quelques années, nonobstant la condamnation que leur portait le synode tenu à Rome en 368 ou 369, condamnation à laquelle s’associaient l'Église des Gaules et l'Église d'Espagne.
Valentinien laissait faire, et, ces anathèmes n'entraînant point la déposition, Valens, Ursace et Gaius moururent paisiblement sur leurs sièges. Ursace eut pour successeur Secundianus, qui fut le dernier représentant de l'arianisme sur les bords du Danube.
Par contre, la Scythie était demeurée réfractaire à la pénétration des idées ariennes. L'évêque Vetranio de Tomi demeurait ferme partisan de la doctrine nicéenne.
Ainsi l'orthodoxie regagnait progressivement du terrain, surtout à partir de l'année 375. À Valentinien, mort en 378, succéda son fils aîné Gratien, partisan plus déclaré et protecteur plus résolu des orthodoxes. En Illyrie, on vit vers ce temps un évêque tout dévoué à la foi de Nicée succéder à Germinius de Sirmium ; ce fut Anemius. Celui-ci, nommé par l'influence très active de saint Ambroise de Milan, se mit en devoir de détruire en Illyricum les derniers foyers de l'arianisme.
Tel fut le but que s'assigna le concile de Sirmium, présidé par Anemius, en 378. Ce concile enrichit le dossier ecclésiastique de l'Illyricum d'un certain nombre de détails nouveaux. Il nous offre un texte qu'on pourrait nommer la « cinquième formule de Sirmium, » antithèse frappante, par l'énergie de ses affirmations consubstantielles, de celles qui avaient, avant elle, vu le jour dans le même lieu.
La Pannonie et les régions voisines, qui, vers 360, constituaient avec certaines parties de l'Asie le principal foyer de l'arianisme, proclamaient, moins de vingt ans après, l'homooousion nicéen, en insistant sur l'unité d'essence du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mieux exprimés d’ailleurs qu'autrefois grâce à la langue plus simple de l'école cappadocienne.
Le concile de Sirmium préparait et rendait possible le concile d’Aquilée qui acheva la déroute de l'arianisme dans les provinces danubiennes. Cette convocation à Aquilée fut l'œuvre de saint Ambroise, qui la prépara et la hâta de façon à réduire le nombre des évêques présents.
Le rescrit impérial qui fut lu au commencement du concile disait positivement qu'« Ambroise nous a fait observer qu'une si importante assemblée n'était pas nécessaire lorsqu'il ne s'agissait que d'une cause locale, et qu'il suffisait de convoquer les évêques italiens des villes voisines. Nous avons donc, poursuivait l'empereur, dispensé de la fatigue du voyage les hommes vénérables que leur grand âge, l'épuisement de leurs forces ou une honorable pauvreté empêchent de sortir de leur diocèse et d'entreprendre un long voyage ». Toutefois personne n'était exclu. Pouvait venir qui voulait.
Les membres du concile furent principalement des évêques du diocèse civil de Pannonie ou de l'Illyricum occidental. On ne compte que deux évêques de l'Illyricum oriental, qui englobait les diocèses de Dacie et de Macédoine. Les Illyriens du diocèse pannonien étaient au nombre de cinq : Anemius de Sirmium, Maximus d'Emona, Constantius de Siscia, Amantius de Jovia et Félix de Jader (Zara) en Dalmatie.
La réunion s'ouvrit le 3 septembre 381 : elle nous est connue par un compte rendu rigoureusement authentique connu sous le nom d'Acta aguileiensia qui contient le texte rédigé par saint Ambroise avec la netteté et la décision d'un magistrat de carrière. Celui-ci attira l’attention sur un document arien d’une autorité et d'une authenticité irrécusables, une lettre d'Arius lui-même, très explicite et exposant sans ambages l'hérésie de son auteur.
IX. ÉGLISES ILLYRIENNES AU V° SIÈCLE. — 1. Hérésie bonosienne. — Il semble que ce fut une survivance de l'hérésie de Photin qui s'était maintenue dans l'Illyricum longtemps après la chute du chef de la secte, car on la trouve mentionnée en 378 dans une loi de Gratien et en 381 au concile d'Aquilée. En 409, le pape Innocent recommande à l'évêque de Sirmium d'y veiller, saint Augustin discute encore contre les photiniens et l'Opus imperfectum, au début du V° siècle, s'occupe encore d'eux. Bonose, évêque de Naissus, reprit-il purement et simplement la doctrine de Photin ? On ne peut répondre avec assurance. D'après le pape Sirice, Bonose avait nié la virginité perpétuelle de Marie ; d'après d'autres témoignages, il avait remis en circulation la christologie adoptianiste de Paul de Samosate et de Photin. Dès avant 391, les idées de Bonose avaient excité le soupçon et Bonose fut déféré au concile de Capoue (391). Celui-ci provoqua une enquête dont le résultat fut contraire à Bonose à qui on interdit les fonctions épiscopales. Lui, voyant cela, ne songea plus qu'à rentrer dans son Église et, nonobstant l'avis que lui donna saint Ambroise, rentra à Naissus et, pour bien affirmer sa présence, procéda à des ordinations. Les prélats illyriens s'en plaignirent au pape Sirice, qui refusa de promulguer la sentence qui devait l'être par les évêques désignés à cet effet par le concile de Capoue. Finalement, Anysius de Thessalonique et les Illyriens réunis avec lui rendirent l'arrêt condamnant Bonose, qui réussit à se maintenir encore quelque temps ou du moins présida, dans son Église ou ailleurs, des cérémonies ecclésiastiques et procéda à d’autres ordinations, conférant le sacerdoce à tout venant et même à ceux qui ne le lui demandaient pas. Ceci souleva un grave débat disciplinaire. Quant à l'hérésie bonosienne, elle survécut à Bonose ; et, à la fin du V° siècle, Gennade la mentionne encore ; même au VI° siècle, on la retrouve dans la région danubienne, dans la Novelle XI de Justinien.
Les troubles qui traversèrent ensuite les églises illyriennes furent provoqués par le patriarche de Constantinople, Nestorius. On sait que ce personnage fut condamné avec une précipitation qui parut regrettable et souleva des protestations parmi l'épiscopat. L'épiscopat danubien fut de ce nombre, notamment Dorothée, évêque de Marcianopolis. Cyrille d'Alexandrie lui impute une sortie dont la véhémence toute seule invite au doute. Au concile d'Éphèse, Cyrille voulait enlever la condamnation ; il y réussit, brusqua l'ouverture avant l'arrivée des membres attendus au concile, et parmi les opposants les plus tenaces se trouvaient Dorothée de Marcianopolis, Jacques de Durostorum, Petronius de Novæ, Marcianus d'Abrittos, Julianus de Sardique et Timothée de Tomi. Ce dernier ne persévéra pas dans cette attitude ; on ne sait si Jacques de Durostorum persévéra jusqu'à la fin ; quant à Julianus et à Dorothée, ils ne s'avouèrent pas vaincus, même après l'exil de Nestorius, même après l'adhésion, en 433, de presque toutes les Églises à la sentence qui l'avait atteint. Julianus fut anathématisé par le concile et exilé par l'empereur ; à la tête de quelques prélats, amis de Nestorius, il tenta d'entretenir la résistance, à Constantinople même, contre le successeur de Nestorius. En 434, Dorothée et les nestoriens s'agitèrent ; ils déposèrent l'archimandrite et l'excommunièrent. Le successeur de Dorothée sur le siège de Marcianopolis, fut, paraît-il, moins mal à propos. Jean d'Antioche venait de faire sa paix avec Cyrille d'Alexandrie ; il lui abandonna les récalcitrants qui furent durement frappés. — Dorothée de Marcianopolis et Julianus de Sardique furent exilés, Baleanius et Eudocius, évêques illyriens dont les sièges ne sont pas connus, renoncèrent d'eux-mêmes à leurs sièges. Tandis que Dorothée à Panopolis adoucit ses dernières heures et reçut son dernier soupir.
3. Le conflit monophysile, — Quand Eutychès eut enseigné le monophysisme, l'évêque de Constantinople, Flavien, dut réunir son synode (22 novembre 448) qui déposa l'hérésiarque de la prêtrise, de sa charge. Saturninus, seul membre de l'épiscopat des provinces danubiennes qui siégea au synode. Il y eut aussi Jean de Tomi, habile théologien, mort au plus tard en 449, qui prit parti dans la querelle et sut combattre l'erreur sans se jeter dans une erreur contraire. Jean considérait le monophysisme d'Eutychès comme la pire des hérésies, plus dangereuse infiniment que le nestorianisme !. Dès 448, les évêques de la région s'étaient donc prononcés sur l'hérésie nouvelle ; l'année suivante, Théodose II, inspiré par Dioscore d'Alexandrie, exigea une révision du procès d'Eutychès, révision qui aboutit à une nouvelle condamnation à laquelle prirent part trois Illyriens : Alexandre de Tomi, successeur de Jean ; Saturninus de Marcianopolis et Secundianus de Novæ. Mécontent de cette nouvelle condamnation, Théodose fit préparer une nouvelle convocation où les évêques illyriens furent moins nombreux encore et qui est demeurée célèbre sous le nom de « Brigandage » d'Éphèse ». Flavien fut déposé, Eutychès réhabilité, et on ne trouva qu'un seul évêque danubien parmi les signataires : c'était Diogenianus de Remesiana.
Suivant Anastase (496-518), l'état du pays, déjà en proie aux invasions, eût suffi à expliquer l'abstention des évêques suffisamment occupés de périls plus proches. En 451, l'œuvre des « Brigands d'Éphèse » fut annulée à Chalcédoine et le nombre des évêques illyriens est infime, puisqu'on n'y rencontre que le seul évêque de Tomi, Alexandre, qu'on ne voit signer qu'à partir de la troisième session. En effet, dès 448, Sirmium avait succombé sous les coups des Huns. (voir ce mot). La Pannonie et le Norique étaient partiellement perdus. Les Ruges s'introduisirent dans le Norique dans la seconde moitié du V° siècle et y commirent d'affreux ravages.
X. ÉGLISES ILLYRIENNES AU VI° SIÈCLE. — Le retour à l'union. — Tandis que les Églises danubiennes, plus rapprochées de l'Occident, demeuraient associées de croyance avec l'Église romaine, les chrétientés plus voisines de Constantinople, celles de la Mésie Inférieure et de la Scythie, se laissaient entraîner à la croyance monophysile ; en 515, une lettre du pape Hormisdas mentionne leur retour à l'union.
Dans la Dardanie, il n'y avait jamais eu rupture, mais peut-être seulement des rapports plutôt qu'une union proprement dite. Le pape Gélase (492-496) écrivit plusieurs fois aux évêques de cette contrée et reçut leurs réponses ; par celles-ci on les voit demander au pape l'envoi d'un délégué pour régler toutes les questions en souffrance ; et le pape leur recommande de travailler toujours à l'unité de l’Église et à la destruction de l'hérésie. Les évêques qui envoient cette correspondance sont Jean de Scupi, Bonose, Samuel, Vérianus, Faustinus, Ursinus ; ils protestent de la joie avec laquelle ils ont accueilli les enseignements pontificaux, promettent d'éviter la communion des hérétiques et schismatiques anathématisés par le pape, depuis Eutychès jusqu'à Acace. Sous le pontificat de Symmaque (498-514), le pape écrit à l'évêque Ursinus (ou Ursicinus). En 512, sous le pontificat de Symmaque (498-514), les évêques de la Dardanie et des deux Dacies demandent l’aide du souverain pontife, en les acceptant tous dans sa communion sans les obliger à une rupture formelle avec les acaciens. Symmaque exigea la réprobation d'Acace, c'était le temps où l'empereur Anastase, successeur de Zénon, venait de s'engager à fond dans le parti monophysite. En 515, d'après la Chronique de Théophane, quarante évêques de l'Illyrie et de la Grèce se réunirent en concile pour se séparer de l'évêque de Thessalonique, Dorothée, passé, lui aussi, aux monophysites. Ce concile envoya un message au pape Hormisdas, successeur de Symmaque, pour l'assurer qu'il était en communion avec l'Église romaine.
Ces évêques, parmi lesquels il faut certainement compter ceux de Dardanie et des deux Dacies, avaient puisé l'audace qui les animait dans la vue des embarras qui assaillaient l’empereur. Lorsque celui-ci eut amélioré sa situation, il va sans dire que celle des évêques se gâta. Anastase redevint assez puissant pour pouvoir commander et se faire obéir, ce fut ainsi qu'il exigea que les chefs de file de l'épiscopat trop entreprenant vinssent le trouver à Constantinople où Alcyson de Nicopolis, Laurent de Lychnidus, Domnion de Sardique, Gaianus de Naissus, Evangelus de Pantalia furent, dès leur arrivée, faits prisonniers. Gaianus et Alcyson moururent en prison : alors l’armée d'Illyrie s'agita, réclama les prisonniers et Anastase dut les faire relâcher.
Le diocèse daciens redevenait décidément romain. En 517, Hormisdas annonçait à Avitus de Vienne le retour exprès à l'unité romaine de la Dardanie et de l'Illyrie, qui lui demandaient des évêques. En 518, à l'avènement de l'empereur Justin, un synode fut réuni à Constantinople, qui décréta le rétablissement sur les diptyques de la mention du concile de Chalcédoine et du nom du pape Léon ; en outre il anathématisait le chef réel du monophysisme, Sévère d'Antioche.
La réunion officielle avec Rome ne fut un fait accompli que lors que le nouveau patriarche de Constantinople, Jean, que durent suivre les autres évêques de l'empire, eut signé, en 519, un Libellus fidei, qui prononçait l'anathème contre Acace et ses successeurs, schismatiques et rayé leurs noms des diptyques en présence des légats. Cependant, à Constantinople, les moines scythes préconisaient l'adoption d'une formule théopaschite qui s'énonçait ainsi : « Un de la Trinité a souffert dans la chair. » Les légats d’Hormisdas, porteurs du libellus fidei, n'avaient pas encore débarqué à Constantinople, que les moines scythes les harcelaient pour en obtenir l'approbation de leur formule.
XI. BIBLIOGRAPHIE. — Alléercalio Meracliani latei cum Germinio episcopo Sirmiensi, dans C. P. Caspari, Kirchenhistorische Anecdota nebst denen Ausgaben, patristicher und Kirchlich-mittelalterlieher Schriften, in-8°, Christiania, 1883. — E. Ch. Babut, L'authenticité des canons de Sardique, dans Transactions of the
ILLYRICUM — IMAGES (CULTE ET QUERELLE DES)
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EY
E 181 IMAGES (CULTE ET QUERELLE DES) 182 | nyme. XXI. Le conciliabule de 753. XXII. Persécution session. « Ils ne souffrent aucune effigie dans leurs mannes = = — 5 1 PAU x PART Fa f E HR EL Den Et LEE ve ETE GS ca 7 = me Les Si, iconoclaste. Premier résultat. XXIII.
Cruautés de Constantin Copronyme. AA IV. Le concile de Gentilly (767) : XXV. Concile de Latran (769). XXVI. L'empereur Léon IV. XXVII. L'impératrice Irène. XXVIII.
- Le II° concile de Nicée. XXIX. Le triomphe de l'iconophilie. XXX. L'Occident prend parti sur l'iconoclasme. XXXI. Reprise de l'iconoclasme sous Léon IV. XXXII. Correspondance de Théodore Studite. XXXIII. La persécution. XXXIV. Fin de l'hérésie des iconoclastes. XXXV. L'art et les monuments à l'époque iconoclaste. Mosaïques. Ivoires. Émaillerie. Miniatures. Orfèvrerie. XXXVI L'art religieux à l'époque iconolaste. XXXVII. Bibliographie.
I. ANCIEN TESTAMENT. — Le Seigneur interdit à son peuple de faire aucune image taillée ni aucune figure « de ce qui est en haut dans le ciel, de tout ce qui est en bas sur la terre ou de ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre”. » Cette défense s'adressait seulement aux images, simulacra, destinées à recevoir un culte dérobé à Dieu même. Dans cette Égypte qu'il venait de quitter, parmi les peuples de Chanaan où il allait conquérir un domaine, le peuple juif rencontrait partout des nations adonnées à l’idolâtrie sous une forme matérielle. Pour ces peuples l'image ne se distinguait pas de l'être qu'elle évoquait et la forme choisie devenait sinon toujours la divinité elle-même, du moins une chose animée par la divinité. Mais la défense n'était pas prohibition de toute sculpture ou image représentant la divinité ; elle n’atteignait que le culte rendu aux images pour elles-mêmes, non pas la confection de ces images. On en a une preuve dans le fait que Moïse, sur l’ordre de Dieu, fit placer deux chérubins d’or sur l'arche d'alliance ?, et dans cet autre fait que Salomon décora le temple de chérubins, lions, taureaux, etc. 3. Néanmoins le peuple juif ne pouvait s'interdire longtemps une confusion qui le menait droit au culte idolâtrique. Déjà il avait vu dans le veau d’or une image de Jahveh ; il en fut de même plus tard du serpent d'airain que le roi Ezéchias fut obligé de détruire pour couper court au culte qu'on lui rendait #, Les prophètes combattirent cette tendance et finirent - par en triompher complètement. Leur prédication détermina une réaction qui, vers le VMe, aboutit à la proscription de toute image taillée ou fondue d'un être quel qu'il fût, appartenant au règne animal. En pratique, la statuaire ne fut jamais que tolérée, avec des retours offensifs sous Ezéchias, Josias et d'autres encore. Mais les artistes ne pouvaient travailler qu’en cachette, et l'art, on peut le dire, parmi les Juifs, n'exista jamais. La peinture ne fut pas tenue en moindre suspicion : elle fit si peu de progrès chez le peuple que la langue hébraïque ne possède même pas de mots qui signifient proprement : peindre, un peintre, une peinture.
Au temps des Macchabées, l'hostilité contre toute représentation d'un être vivant devint, pour ainsi dire, morbide, Josèphe nous les montre détruisant l'aigle d'or placé par Hérode au-dessus de l'entrée principale du temple 5, réclamant de Pilate l’enlèvement des statues de César qui ornaient les étendards de la garnison de Jérusalem f, sollicitant de Vitellius le pays« . Cela était devenu parmi eux une sorte d'obstination, encore moins dans leurs temples, écrit Tacite. Point de statues, ni pour flatter leurs rois, ni pour honorer les Césars #., Cette intransigeance était surtout pratiquée parmi les Juifs de Palestine ; leurs coreligionnaires de la Dispersion se montraient plus accommodants : un hypogée à Palmyre, une nécropole à Gamart, quelques autres monuments disséminés, et toujours en petit nombre, témoignent d’une tolérance qui s'accompagna peut-être toujours de quelque scrupule *.
IL. PARMI LES CHRÉTIENS. — L'art chrétien doit peu de chose à l'Église, à peine la tolérance, car il s'y glissa en intrus et s'y fit si petit, si modeste, qu'on fut quelque temps à s'apercevoir qu'il existait et voulait vivre, durer et se faire reconnaître ; quand on comprit cette ambition, il était trop tard pour la combattre et la décourager. La figure, le symbole, l’allégorie, la scène historique s'étaient insinués partout, avaient plu aux imaginations, suppléé à l'ignorance, pris une place qu'il fallut tolérer. Au début du Me, c'est chose faite, Tertullien parle du Bon Pasteur représenté sur les calices et lui, le rigoriste à tous crins, il ne s'émeut pas, il ne crie pas que tout est perdu 1 ; un siècle plus tard, Eusèbe Pamphile, qui n'a qu'aversion pour les images !, dit sans trop s'émouvoir qu'il a vu des images peintes des saints apôtres Pierre et Paul et Jésus-Christ #, mais il n’en blâme pas moins la princesse Constantia, sœur de l’empereur, d'avoir demandé une image du Christ. Il était personnellement opposé, lui écrit-il, à la représentation iconographique de Dieu à cause du double écueil de l'art qui ne peut faire l’image d'un Dieu, ni lui prêter l’image d’un homme. L'infiltration fait son œuvre, mais ce n'est pas sans peine. Clément d'Alexandrie tonne contre les représentations figurées, rappelle les prohibitions formelles de l'Ancien Testament, décrit complaisamment les aberrations auxquelles le culte des idoles entraîne les païens, énumère des statues, dénonce leur caractère immoral et conclut qu'un chrétien ne peut exercer un art tellement trompeur#. Nonobstant tout ce qu'on peut dire, l'usage des images s'établit et s'impose par son charme, par cet attrait qu'il exerce sur ceux qui savent et sur ceux qui ignorent. Ce goût, cette satisfaction allait-elle jusqu'au culte proprement dit ? Aucun texte n'autorise à l’affirmer pas plus qu'à le nier. Ce que dit Minucius Felix manque de précision 1$, mais il est plus probable que les fidèles s'abstenaient d'un geste ou d'une manifestation qui leur eût semblé à eux-mêmes les rapprocher des adorateurs des idoles.
III. LE RÔLE DE L'ART CHRÉTIEN. — La peinture et la sculpture chrétiennes en Orient nous sont aujourd'hui connues par des monuments assez nombreux et assez intacts pour nous permettre de suivre depuis ses origines l'histoire du culte des images. Si Rome conserve, grâce aux catacombes, une prépondérance qui ne pourra jamais lui être disputée, il ne faut pas en induire que l'Orient n'est pas représenté ; il l’est dans les catacombes mêmes où on rencontre tant de traces de l'influence orientale, depuis la forme des tombes jusqu'au formulaire des épitaphes. De cette remarque, un fait se dégage, à savoir l'unité générale de l'art : presque toujours les témoignages qu'on peut recueillir sur l'Orient sont d'accord avec ce que nous connaissons en Occident. Si les docteurs travaillaient à maintenir entre les diverses Églises l'accord des dogmes et des croyances, l'unité essentielle des rites et des formules, l'artiste lui aussi choisissait partout les mêmes images et reproduisait les mêmes enseignements : les variantes paraissent avoir été peu nombreuses et peu importantes.
Il semble que, dans ce fonds commun, l'initiative appartient en propre à l'Orient qui crée les types et les symboles que l'Occident accepte et qu'il améliore en les raffinant. Le monogramme du Christ, la croix monogrammatique, la croix simple viennent d'Orient ; les symboles du poisson, de l'ancre, de la colombe reçoivent de Clément d'Alexandrie une sorte de visa et se rencontrent à Rome d'abord sur des inscriptions grecques. C'est encore l'Orient qui suggère et qui réalise certaines innovations importantes, par exemple lorsqu'il s'agit d'attribuer aux personnages des traits individuels plus marqués et d'introduire dans l'art plus de souci de couleur historique.
Jusqu'à l'époque de la querelle fameuse des images, l'histoire de l’art chrétien se partage en deux grandes périodes. Pendant les trois premiers siècles, l'art est presque exclusivement symbolique : des objets, des animaux, une ancre, un poisson, une colombe parlent à l'imagination et évoquent tout un enseignement dogmatique ou moral. Ces images élémentaires forment un cycle à part, d'autant plus populaire qu'il est à la portée d'un plus grand nombre ; néanmoins on ne s'en tient pas à cette symbolique trop sommaire, on s'attaque à des représentations dont les sujets sont empruntés aux Livres saints, mais qu'on réduit à des « types » La scène est simplifiée le plus possible, réduite aux personnages et aux accessoires indispensables. Point n'est besoin de beaucoup de lecture ou d'étude pour comprendre un homme et une femme nus de chaque côté d'un serpent enroulé autour d'un arbre, ou bien un homme entre deux lions, ou trois adolescents environnés de flammes. Tout cela est d'une simplicité qui nous donne une idée de la sobriété à laquelle atteignait le récit des épisodes de l'Écriture sur les lèvres des prédicateurs.
Tel n’est pas l'enseignement qui se dégage des catacombes, où les chambres sépulcrales et les lieux du culte, comme la cappella greca, sont entièrement revêtus de peintures, couverts d'ornements. On ne peut soutenir qu'à l'époque où l'Église tolérait, et, en les tolérant, encourageait ces décorations, elle fût déjà gâtée par la fortune et qu'elle avait perdu sa simplicité et son austérité primitives, car enfin nous sommes ici au seuil même de l'histoire chrétienne. Si, au cours de ces trois siècles d'épreuves, de misères et de persécutions, le christianisme s'est donné tant de soin pour embellir et décorer ces voûtes sépulcrales, c'est qu'il est dans son essence même de tenir compte du beau ; c'est qu'entre lui et les arts du dessin l'alliance est non seulement légitime, mais naturelle, intime, nous dirions presque nécessaire.
Au reste, on ne conteste plus sérieusement que les arts soient compatibles avec la foi chrétienne, que celle-ci se plait dans leur compagnie, qu'elle a aimé à s'entourer d'eux, dès sa naissance et comme dans son berceau. Ceci n'est plus une hypothèse, mais une vérité certaine. Lors que Mélanchton et Calvin prononçaient le divorce entre les arts et leur doctrine, non pas à titre d'innovation, comme redoublement de zèle et de prudence, mais comme simple retour à l'antique discipline, le chef de l'Église et son état-major de théologiens ignoraient encore ce que leur apprendrait peu de temps après un archéologue : que sous leurs pieds ils possédaient de quoi confondre les novateurs et rétablir la vérité. (Voir Dictionn., t. I au mot Bosto.) Mais cette démonstration, alors enfouie, inaccessible, contenait en outre un enseignement. En même temps qu'elle atteste l'existence d'un art chrétien dès la naissance du christianisme, les catacombes nous disent quel fut cet art, sous quelles conditions, dans quel style se produisirent ses premières œuvres et ses plus fraîches inspirations.
Jusqu'en 1825 environ, personne ne s’inquiétait de savoir quel devait être le caractère de l’art chrétien, en d'autres termes, quel style, dans les arts du dessin, était le mieux approprié à l'expression des idées chrétiennes. Jusque-là ces idées n'avaient point eu de privilège : chaque siècle les avait, sans scrupule, exprimées dans le style dont il usait en toute circonstance pour ses propres idées, les idées du moment, sans s'inquiéter d'anachronismes que personne ne semblait soupçonner. Les plus habiles Florentins et même les plus instruits, au xiv°
C'est donc avant le Moyen Age ; alors on tombe dans l'excès opposé, on est en pleine barbarie, au sens littéral du mot. Sans les barbares, en effet, que d'extravagantes rudesses ne seraient jamais entrées dans l'art du Bas-Empire ! Ces renversements de toute règle, de toute loi du goût, ces monstrueuses altérations du corps et du visage humains, ces oublis enfantins, non moins que grossiers, de toute proportion, de toute perspective : jamais, par sa propre pente, la décadence pure et simple n'y serait descendue. Il fallait l'influence de ces hordes incultes pour l'y précipiter. Ce n’est donc pas cette période lamentable qui nous pourra fournir le type de l’art chrétien. Depuis le commencement du v° siècle jusqu'à la fin du x°, que vous regardiez l'Orient, que vous parcouriez l'Occident, vous ne rencontrez plus ni art ni art chrétien. L'art est tombé si bas qu'il ne peut pas plus exprimer le christianisme que tout autre chose : il est impuissant à rien rendre, sauf une certaine sauvagerie, un certain aspect effrayant et farouche qu'affectent toutes ces figures soi-disant chrétiennes, au regard dur, à l'aspect sinistre, au teint livide, au regard fou, parfois drapées avec grandeur, toujours inanimées et symétriques, que le pinceau byzantin produit à profusion et dont il inonde l'univers.
Un seul intervalle lucide vaudrait la peine de retenir les regards, s'il en restait de plus nombreux vestiges, Nous parlons du temps qui s'écoule entre la paix de l'Église et le début du Ve marqué par ce qu'on est convenu d'appeler l'invasion des barbares ; ce qui donne une période d'un siècle à peine (313-407). Dans l'opinion commune, cette époque se distingue à peine des temps qui l'ont suivie ; personne ne lui fait sa part ; elle n'a pour ainsi dire pas de nom ; on lui impute maintes choses qui ne viennent pas d'elle ; on ne lui fait pas honneur de tout ce qui lui appartient ; de là, des confusions et, somme toute, une complète ignorance de ses vrais caractères. Pour que le iv° siècle fût remis à sa place, pour qu'on prît à sa juste valeur cette première floraison publique du christianisme émancipé, il faudrait que la dévastation ne se fût pas portée en quelque sorte de préférence sur les œuvres de ce temps-là. Plus elles étaient récentes, moins elles ont survécu. Des époques plus anciennes et réputées moins riches sont représentées encore par quelques-unes de leurs œuvres, tandis que ce iv° siècle, dont la fécondité est attestée par tant de témoignages, qu'a-t-il laissé de tous ces monuments qu'il a pourtant produits, et dont le dénombrement dans les écrits contemporains peut sembler presque fabuleux ? On a beau lui restituer la mosaïque de Sainte-Pudentienne, et les figures de Sainte-Sabine, et le mausolée dit de Sainte-Constance et le prétendu temple de la Fais, la basilique de Constantin, c'en est assez pour établir que les progrès de la décadence s'étaient comme arrêtés et suspendus devant cet élan public d'idées et de sentiments jusque-là comprimés : mais des exemples si peu nombreux ne sont pas de suffisants témoins pour apprécier toute une époque. Nous serions donc réduits à ne trouver en deçà du Moyen Age aucun ensemble d'œuvres d'art où nous puissions chercher un type de l'art chrétien, si nous n'avions encore trois siècles devant nous, les trois siècles des catacombes. Nous voici donc ramenés au seuil du musée sépulcral unique au monde. N'usons toutefois qu'avec réserve de ce mot de musée, qui semble consacré aux collections d'objets détachés de leur place et détournés de leur emploi ; tandis qu'il s'agit ici de simples décorations conservant leur destination première et adhérentes aux murailles pour lesquelles elles furent composées. Ces décorations, presque toutes, sont l'œuvre du pinceau ; la sculpture n'est intervenue que pour aider l'architecture à déguiser, dans quelques chambres, l'extrême nudité des voûtes et des parois, à faire quelques caissons, quelques encadrements, en revêtements de marbre ou simplement en stuc, Si d'autres œuvres de sculpture et, par exemple, des sarcophages plus ou moins riches, couverts soit d'ornements, soit même de figures, se rencontrent parfois dans ces cryptes, ce sont des monuments presque étrangers aux catacombes, car il est à peu près impossible qu'ils aient été exécutés sur place, dans ces étroits espaces, dans cette obscurité, à la lueur des lampes. Nie ace tous les ouvrages de sculpture qui ne sont pas encastrés dans ces murailles mêmes ont été portés là tout faits. Il était plus facile de descendre dans ces souterrains et de faire glisser sur des rouleaux un sarcophage tout évidé et tout sculpté, que d'y introduire le bloc de marbre dans lequel il eût fallu le prendre, On sait, d'ailleurs, qu'il existait à Rome, comme chez nous, des ateliers, des magasins spécialement approvisionnés de monuments funéraires et notamment de sarcophages. Ces magasins étaient publics, et, quand même, par grand hasard, il y aurait eu chez ceux qui les tenaient des sentiments de sympathie pour les chrétiens, ils n'en auraient rien laissé voir. D'où il suit que, lors que les fidèles, soit pour eux-mêmes, soit pour leurs proches, achetaient ou commandaient des sarcophages, préférant ce mode de sépulture à la simple tombe chrétienne, au loculus, à la niche oblongue et horizontale creusée dans la paroi du tuf, et fermée d'une plaque de marbre, ils renonçaient, par là même, à exprimer sur leurs tombes les symboles de leur foi. Les sarcophages sur lesquels nous trouvons soit le monogramme du Christ, soit les autres symboles habituels sur les sépultures chrétiennes, la colombe au rameau d'olivier, le poisson, l'ancre, et surtout la palme, sont, pour la plupart, postérieurs au iv° siècle ; ceux qui appartiennent à l'époque des persécutions portent des sujets champêtres, des pastoraux, des scènes de chasse ou de vendange, des jeux d'enfants, symboles inoffensifs, dont les chrétiens s'accommodaient, faute de mieux, et que les marchands pouvaient exposer dans leurs ateliers sans risquer des contraventions ou d'indiscrètes questions.
Ainsi le rôle que la sculpture joue dans les catacombes n'est pas seulement peu important, il est sans caractère, sans couleur, pour tout dire il est neutre. Ce n'est pas de l'art païen proprement dit ; les symboles ouvertement mythologiques en sont sévèrement exclus, et bien que des mains païennes y soient employées peut-être, on n'y voit ni déesses ni dieux ; mais il n'y a rien non plus qui, de loin ou de près, ressemble à des idées chrétiennes. Ce sont des images banales qu'on peut interpréter dans un sens ou dans l’autre. Or la franchise du langage est, dans les arts, la condition première de la beauté des œuvres, il ne faut donc pas s'étonner si les sculptures des catacombes, moins franchement chrétiennes que les peintures, ne leur sont pas moins inférieures sous le rapport du style, de l'expression, de l'originalité, La différence est presque nulle entre ces sarcophages qui se donnent pour chrétiens et ceux qui ne le sont pas du tout, entre ceux que vous trouvez enfouis dans ces cryptes et ceux qui sont restés à ciel ouvert, au-dessus du sol. C'est la même mollesse, la même indécision, les mêmes procédés de fabrication, la même décadence. Pas le moindre élan, la moindre audace, çà et là - quelques restes de bonnes traditions, mais faiblement interprétées : rien de nouveau, rien de jeune, rien de risqué ; un compromis timide de vieux moyens, de vieux effets, d'académie et de manière. Telles ne sont pas, il s'en faut bien, les peintures qui décoraient ces voûtes, et dont, malgré tant d'incessantes destructions, accidentelles ou volontaires, nous retrouvons encore de si nombreux vestiges. Nécessairement exécutées sur place par des moyens faciles, rapides, économiques, ces sortes de décorations, du moment que les premiers chrétiens, malgré l'austérité de leurs préceptes et de leurs mœurs, ne renonçaient pas au vieil usage d'embellir la demeure des morts, devaient accaparer et enrichir les catacombes, ne laissant aux ornements sculptés qu'une place étroite et secondaire. Puis, d'un autre côté, comme il fallait, pour peindre à fresque au milieu de ces labyrinthes, en bien connaître les détours, y pénétrer, s’y diriger, voir ceux qui les fréquentaient, et parfois même être témoins de leurs mystères, de leurs cérémonies, des chrétiens seuls évidemment pouvaient remplir ce ministère. L'artiste n'est pas neutre dans ces peintures, il obéit à sa croyance, il écoute sa foi. De là, dans les mêmes lieux et dans les mêmes temps, cette supériorité d'un art sur l’autre, de là, chez l’un, tant de routine, chez l’autre, tant de jeunesse et tant d'inspiration. Est-ce l’art antique dans sa simplicité, sans altération ni retouche ? Est-ce l'art qu'on voyait à Rome, à ciel ouvert, entre le ii° et le iv° siècle ? Ce n’est ni l’un ni l’autre. Un principe et des effets absolument nouveaux apparaissent dans ces peintures et nous révèlent un art mixte, un art transformé, très différent de l'art antique proprement dit. Et, d'un autre côté, ce qui reste de purement antique dans cet art est en partie régénéré ; on sent, dans ces peintures, une tendance à échapper aux influences contemporaines, au courant de la mode, au flot de la décadence, pour retourner aux sources pures, à la grandeur et à l'austérité du style. Entre l’art nouvellement éclos et l’art païen alexandrin ou campanien, il est facile de relever des analogies, pour ainsi dire textuellement empruntées à la mythologie ; nous les avons énumérées dans un autre travail. Par exemple la fable d'Orphée charmant les fauves, celle d'Ulysse et des sirènes, Qu'Orphée soit un symbole de la personne du Sauveur et sa lyre une image de la prédication divine ; qu'Ulysse adossé au mât de son navire évoque le Sauveur attaché à la croix ou bien le chrétien aux prises avec les séductions du monde, l'acceptation de ces symboles dans un sens tout mystique n'avait rien que de conforme au langage mystérieux de la primitive Église et les Pères nous en donnent d'abondantes raisons. Ce n'était, d'ailleurs, qu'une exception, nullement une règle. On peut citer quelques très rares exemples comme Ulysse, Orphée, qu'on trouve répétés dans les cimetières un très petit nombre de fois. Qu'est-ce donc que ces rares souvenirs de la fable : au prix de tant de nouveautés dans tant d'autres
IMAGES (CULTE ET QUERELLE DES)
190 sujets ? La Bible d'une part, les Évangiles de l’autre, quelles sources d'inspiration absolument nouvelles ! Que de sentiments, que d'idées à exprimer pour la première fois sans le moindre modèle, sans autre tradition que l'inspiration de l'artiste ! Se figure-t-on ce qu'était l'entreprise, pour un dessinateur, pour un peintre qui n'avait jamais fait que des dieux, des déesses, des nymphes, des satyres, qui, depuis sa jeunesse, laissait sa main s'attacher de routine aux froids contours, aux vieux patrons des habitants de l'Olympe, de trouver tout à coup des types, des figures répondant à l'idée que ses frères en religion attribuaient aux personnages de la Bible ou du Nouveau Testament ? Prenez le sacrifice d'Abraham : pour exprimer la douleur respectueuse, l'exaltation résignée de ce père, la majestueuse fermeté du patriarche et la grâce enfantine, l'insouciance de la victime portant le bois de son bûcher, et succombant sous ce fardeau, qui consulter dans tout le monde antique ? A quel modèle recourir ? Au sacrifice d'Iphigénie, à l'Agamemnon de Timanthe ? Mais tout n'est-il pas changé ! Au lieu de voiler la face de ce père, c'est son regard qu'il faut montrer, son regard désolé et dur par soumission, Telle est aussi l'impression que nous donnent certaines fresques mieux conservées que d'autres, Le geste du vieillard, la pose du jeune garçon, tout est contraste comme le drame intérieur qui s'accomplit dans l'âme du premier et la surprise du second qui croit se prêter à un jeu. L'art païen n'offre aucune création analogue et cependant la scène du sacrifice d'Abraham, dans presque toutes les représentations qui en sont faites, s'inspire de près du style antique. C'est un pauvre artiste, peut-être ferait-on mieux de dire : un simple artisan, un inconnu, sans talent peut-être, qui a pensé ce sujet et qui l’a rendu tel qu'il touche, qu'il étonne et qu'il satisfait, Ce artisan, c'est un fidèle pas très instruit, mais croyant et confiant en Dieu, qui s'est permis ce coup d'audace pour obliger ses frères, pour honorer la mémoire de l'un d'entre eux et qui, sans trop savoir comment, a fait cette œuvre originale, qui n'a d'antique que la forme, et qui est, au fond, essentiellement biblique.
Quant à Moïse qui frappe le rocher, si juste et avec un tel air d'autorité, en tournant si noblement la tête, il est drapé, posé, conçu si admirablement, qu'on se demande en vérité si Raphaël n’a pas eu connaissance de cette figure dont il semble s'être inspiré dans les Loges, Et cet autre Moïse détachant sa sandale, figure plus remarquable encore, moins classique, moins pure, plus saisissante et parlant plus à la pensée, nous la retrouvons dans les monuments de l’époque classique, mais sans la grandeur que lui donne la situation de cet homme qui se déchausse non pour une cause quelconque, mais pour gravir la montagne où Dieu réside et où il va s'entretenir avec lui. La Vierge tenant son fils nu entre ses bras au moment où Isaïe prophétise est encore une inspiration d'une grandeur divine et le geste frileux de l'enfant qui se blottit dans la chaleur du sein maternel se retrouvera dans la célèbre « Vierge à la chaise » Geste, attitude, action, draperie ne sont antiques qu'à moitié, le mouvement moderne anime déjà ces figures, Nous ne voulons pas dire que, dans toutes ces fresques, les figures historiques, les personnages appartenant à l'Ancien ou au Nouveau Testament soient toujours aussi franchement conçus, qu'ils aient tous cet accent, ce caractère, cette propriété d'expression, que nous venons de constater ici. Assez souvent l'inspiration manque de clarté, le type est vague, l'artiste hésite et n'ose rien accuser ; on dirait qu'il n’a pas les notions nécessaires pour prendre un parti net, et qu'il reste flottant. C'est ainsi que certains personnages, et, par exemple, les Daniel dans la fosse aux lions, les Jonas sortant de la baleine, les Lazare au tombeau, les Noé dans l'arche, sont presque tous d'un caractère, d'une expression et quelquefois d'un âge peu en rapport avec l’idée que tout le monde se fait d'eux. Ce qui surprend surtout dans quelques-uns de ces visages, c'est cet excès de jeunesse inattendue. Ils sont le plus souvent imberbes, presque adolescents. Noé comme les autres : ce qui suppose que l'artiste ne lisait pas très bien sa Bible. A cela près, ces figures ne manquent pas de vie, de mouvement, même d'un certain charme. Ces Jonas jetés nus sur la rive, et se couchant sous une treille ou bien à l'ombre d'arbres, sont quelquefois posés de la façon la plus gracieuse ; et ce motif, souvent répété, se prête aux combinaisons les plus variées et les plus agréables. Mais pour quoi ce prophète, qui n'était pas à ses débuts, n'est-il donc qu'un adolescent ? Pour quoi ces contours adoucis, ces traits indéterminés ? Quelquefois, dans la même peinture, certains visages sont franchement caractérisés et d'autres n'ont aucun accent. Evidemment, à cette époque, les types traditionnels étaient comme en ébauche, On y travaillait, on les élaborait, on les précisait un peu plus de jour en jour, les artistes suivaient des indications plutôt qu'une tradition ferme ; les plus habiles y suppléaient avec bonheur, mais ne pouvaient suffire à tout. De là, ces œuvres inégales, et, à côté d'inspirations si hautes, tant d'omissions et de lacunes.
Aussi le vrai triomphe de l’art des catacombes n'est pas dans la peinture des scènes et des personnages de l'ancienne ou de la nouvelle Loi, c'est-à-dire de sentiments et de figures historiques qu'il ne sait qu'à moitié, qu'il devine au hasard : son vrai triomphe est dans l'imitation des choses qu'il sait, qu'il comprend et qu'il voit tous les jours, dans l'expression des sentiments chrétiens, et, avant tout, dans l'expression de la prière. La prière, l'élévation de l'âme à Dieu, se manifestant par le geste et par la physionomie, la prière rendue visible et animée dans la personne de ces chrétiens et de ces chrétiennes désignées sous le nom d'orants, voilà ce qui n'appartient qu'aux peintres des catacombes ; ce qui, malgré leur négligence et leurs incorrections, les met parfois presque au niveau des grands artistes de tous les temps. L'antiquité sans doute, sur le marbre et par le pinceau, avait exprimé la prière, mais plutôt comme une attitude, un état extérieur du corps, que comme un acte, une émotion, une exaltation de l’âme. Aussi les monuments qui nous font voir des païens en prière sont-ils pour la plupart d'une extrême froideur, Ce sont des cérémonies symétriques et rythmées, des invocations, des offrandes, des bras levés au ciel, des têtes en arrière, un aspect d'impassibilité, ou bien, tout au contraire, s'il s'agit d'initiés à de certains mystères, des convulsions, des gestes tumultueux, une sorte de délire. Le chrétien en prière, au temps des catacombes, dans les trois premiers siècles, est debout, ainsi que le païen, mais ses bras ne se dressent pas en avant vers le ciel, ils sont ouverts avec une sorte de véhémence contenue, et par l'effet d'une sorte d'aspiration qui semble exprimer le degré de ferveur de la prière. Cette puissance du geste à exprimer non plus seulement les actes de la volonté, ou les sensations de plaisir ou de peine, mais les secrets, les profondeurs de l'âme, les différents degrés de l’extase et de l'adoration, c'est quelque chose dont l'art antique ne peut offrir aucun modèle : on en rencontre aux catacombes des exemples sans nombre. Ces figures n'appellent ni commentaire, ni explication. À l'élan de ces bras, au jet de ces larges manches d'où s'échappent les mains, vous sentez l'ardeur et l'enthousiasme dont sont possédés ces croyants. Ces bras sans doute, ces mains surtout, sont quelquefois pauvrement dessinés ; on en trouve peut-être où le nombre des doigts n'est pas au complet, qu'importe ? Le geste est juste, il émeut et il entraîne.
Ce n'est pas, d'ailleurs, du geste seulement que vient la vie de ces figures, ce n'est pas lui qui les fait seul parler : le regard en a sa bonne part, et ce regard est encore comme une conquête et comme un fait nouveau dans les régions de l’art. Certes, l'art des anciens attachait tout son prix à la forme, à la beauté des yeux : seulement, comme il était bien plus préoccupé des idées de mesure et de rythme que des mystères de l'expression, il ne cherchait jamais à faire valoir les « yeux aux dépens de la construction et de l'harmonie générale du visage. Aussi, dans les statues antiques, les plus réputées les plus belles, le globe et l'enchâssement de l'œil occupent une place presque par trop modeste, s’il fallait en juger par nos idées modernes, Et ce n'est pas la sculpture qui, seule, en use ainsi, Dans tous les « fragments qui nous restent de la peinture antique, fragments encore assez nombreux, le regard n'est jamais la principale chose, celle où se fixe l'attention. « Il dit ce qu'il doit dire, rien de plus. Quand le sujet l'exige, il devient, au besoin, doux ou sévère, tendre ou impérieux, mais toujours avec discrétion, sans excès et un peu vaguement. Chez les anciens, même en peinture, le regard a toujours quelque chose de statuaire. Ici, au contraire, les yeux sont comme émancipés : ils s'emparent de tout ; c'est un foyer d'où tout rayonne ; ce sont eux qui parlent au spectateur.
Aussi l'artiste, malgré lui, en exagère un peu l'usage.
La dimension des yeux des orants est presque toujours excessive, la forme en est parfois étrange, accidentée, l'ovale irrégulier, ce qui n'empêche pas que la plupart du temps l'effet n'en soit immense. Parfois aussi la beauté de la forme et la pureté du trait se joignent à la justesse et à la vigueur de l'intention. Il ne faut pas croire que toutes ces figures en prière, de même attitude en apparence et si variées pourtant, ne soient que d’expressives ébauches, des œuvres incorrectes et inhabiles, bien qu'inspirées : il en est un bon nombre où l'art et la pensée sont presque de niveau. La fresque des cinq saints, au cimetière de Calliste, une mère et ses enfants au milieu des fleurs, tous en prière, est un ouvrage d'une vérité et d'une magnificence singulières. Les enfants sont d'un pinceau plus souple, la mère est grave et triste, mais d'une pensée plus sereine ; dans ce triste regard plein d'espérance passe l’ardente expression d'une invincible foi.
Ce n'est pas sous l'influence des docteurs que naquit cet art chrétien. Leur foi, leurs connaissances, l'élévation naturelle de leur haute intelligence n'avaient pas besoin d'images ni de signes sensibles pour exprimer leur foi ; or ce qu'on rechercha d’abord, ce ne fut ni la beauté de l'art, ni l'expression idéale des croyances, mais leur traduction matérielle et visible : on fut ainsi amené à recourir aux symboles.
IV. LE RECOURS AUX SYMBOLES. — On les imagina très simples et l'exemple partit sans doute d'Orient. Le plus célèbre de ces symboles, celui du poisson, porte dans son nom l'indice de son origine, les cinq lettres du mot Ichthys servant d'initiales à une formule dont le développement veut dire : Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur. (Voir IX § C.) De bonne heure tous les chrétiens d'Orient en connaissaient le sens et ce mot Ichthys qui signifie poisson prêta son concours à d'innocents jeux de mots auxquels se complaisent ordinairement les associations religieuses au temps de leur enfance. Vers la fin du IIe, Abercius, évêque de Hiérapolis en Phrygie, écrit dans son épitaphe : « La foi me conduisit et mit devant moi pour nourriture le poisson sorti d'une fontaine, très grand, très pur, que tient dans ses bras la vierge chaste. » A Rome, l'Ichthys devient un véritable mot de passe à l'usage d'initiés.
Vers le Ve, quand le grec cesse d'être compris en Occident, le poisson, déjà très oublié, cesse d'être figuré.
Nous allons bientôt consacrer à l'Ichthys une étude particulière sur laquelle il serait superflu d'anticiper ici. D'autres symboles ont joui d'une grande popularité sans qu'aucun cependant ait atteint celle du poisson mystique. Déjà plusieurs ont fait ici l'objet de monographies plus complètes que tout ce qui avait été écrit sur ces sujets. Si nous pouvions en reconstruire l'histoire à l'aide de documents plus nombreux, peut-être trouverions-nous que quelques-uns furent empruntés par l'art chrétien à un symbolisme populaire qui existait déjà. Des inscriptions de Phrygie, tantôt païennes, tantôt chrétiennes, présentent indistinctement les mêmes images !. Ce sont d'abord des objets qui indiquent le sexe et les occupations du mort : ici des paniers à ouvrage, des fuseaux, des pelotons ; là des tablettes ouvertes ou une charrue. Sur les inscriptions provenant des nécropoles chrétiennes de Rome, des instruments font aussi connaître la profession du mort ; mais de pareilles analogies sont naturelles, et on ne saurait y voir la trace d'une idée religieuse. Il n’en est pas de même des petits oiseaux qui, sur ces marbres de Phrygie, sont sculptés çà et là, tantôt posés sur une branche, sur un objet, tantôt retenus dans la main du défunt. Cette représentation se trouve dans d’autres régions du monde hellénique, toujours sur des monuments funéraires, avec des formes variées et gracieuses. N'y faut-il point voir un symbole de la vie ? Dans l'art chrétien, l'oiseau est devenu l'image de l'âme, et on s'est surtout inspiré de la colombe de Noé. Mais on peut croire que cette figure fut d'autant plus facilement acceptée qu'elle existait déjà dans une mythologie populaire dont les inscriptions funéraires sont l'écho. Sur une des tombes chrétiennes de Phrygie, ces oiseaux, dont les stèles païennes voisines offraient le modèle, sont perchés sur les rameaux d’une vigne ; l'archéologie chrétienne y reconnaîtrait volontiers les élus goûtant les joies du ciel. Il serait téméraire d'insister sur ce sujet et de demander à des monuments d'une interprétation incertaine des conclusions trop précises. Mais on peut croire que quelques-uns de ces motifs poétiques, sans cesse reproduits dans une même région, appartiennent à un symbolisme qui fut commun aux chrétiens et aux païens. Au reste, l’image de l'oiseau a toujours été chère aux fidèles d'Orient. On la trouve dès les premiers temps et elle se perpétue à travers les siècles, sous des formes diverses, on la retrouve sur les sarcophages, les mosaïques et jusque sur les dalles sculptées du Moyen Âge byzantin.
Il en est de même pour le symbole de l'agneau dont l'origine est également fort ancienne ; quant à saint Justin, il en parlait, il est probable que les artistes s'étaient déjà emparés de ce motif. Plus tard, ils le reproduisirent sans cesse, nonobstant les décisions d’un concile. (Voir AGNEAU.) Tous ces
l'empereur les encourageait de son mieux par l'exemple des charges publiques *, Toutes ces circonstances devaient modifier profondément le caractère des œuvres figurées. Les peintures qui convenaient à la décoration d'une crypte funéraire ou d'un petit oratoire n'étaient plus à leur place dans une grande basilique ; la composition en était trop simple, les dimensions trop restreintes. Auparavant l'artiste, disposant de peu d'espace, donnait aussi peu de développement au sujet qu'il traitait ; il n'admettait que les personnages essentiels et supprimait tout ce qui était accessoire. Maintenant, sur les larges parois qu'on lui abandonne, cette extrême simplicité, cette sobriété de détails paraîtraient la marque d’un esprit pauvre et stérile. Il faut grandir les personnages, les multiplier, en un mot établir une proportion exacte entre la décoration et les sujets, augmenter le nombre des sujets et introduire dans l'art des personnages nouveaux : de là aussi l'adoption de procédés décoratifs d'un effet plus puissant, tels que la mosaïque.
Mais cela ne suffira point encore ; tous ces héros de l'art antérieur, avec leurs allures modestes et familières, leurs vêtements aux tons assourdis, seraient ici dépaysés et comme perdus ; on ne sentirait plus peut-être tout ce qu'il y a de noblesse et de charme dans leur simplicité. On cherchera donc à leur donner une dignité plus compassée, on modifiera leur attitude, leur démarche et jusqu'à leur costume. Ces questions de forme répercutent l'écho de certaines transformations accomplies dans le christianisme qui est entré dans une période nouvelle de son histoire, période plus de puissance épanouie, au cours de laquelle il ne saurait rester étroitement attaché aux naïves images qui jadis le charmèrent ; il doit incliner aux idées de triomphe et de puissance.
Jusqu'à cette époque, les personnages représentés n'avaient pas un caractère individuel très marqué ; dès le IVe, au contraire, apparaît avec évidence la préoccupation de créer des types précis.
C'était de la figure du Christ qu’il était naturel de s'occuper d’abord. On ne possédait aucune image certaine ni traditionnelle de ses traits et c'est pour-quoi les uns l’imaginaient aussi radieusement beau que les autres le voulaient laid et repoussant. La discussion avait tourné à la controverse, c'était devenu une question théologique. Saint Justin, Clément d'Alexandrie, saint Basile, saint Cyrille d'Alexandrie prenaient parti pour la laideur, saint Grégoire de Nysse, saint Chrysostome, Théodoret pour la beauté.
Ces derniers appartiennent à une époque plus récente et semblent mieux représenter les traditions de l'art postérieur à Constantin. C'est à ce point de vue qu'on peut consulter aussi les légendes, imaginées par les écrivains byzantins. Elles attestent, en outre, le vif désir des fidèles de ce temps de posséder des données exactes sur les traits du Sauveur ; puis que les auteurs anciens avaient négligé de s’en occuper, on suppléait à leur silence par une fraude pieuse. Comment s'est formé le type du Christ tel qu'il apparaît vers cette époque ? Nous n'avons sur ce point aucun renseignement. Eusèbe, Hist. eccl., 1. X, c. m. — Eusèbe, De vita Constantini, l. X, c. m, — Code Théodosien, XIII, Iv.
Il prétendument envoyé des images dites achéropites, c'est-à-dire faites sans le secours de la main, il existait au VIe des portraits du Christ qui passaient pour avoir été faits de son vivant ; c'était au moins un indice d’antiquité relative et on pourrait leur attribuer peut-être deux siècles de date. Le pseudo-Antonin de Plaisance signale une œuvre de ce genre à Jérusalem dans la basilique de Sainte-Sophie. Bien que la description qu'il en donne soit courte et un peu vague, on y retrouve quelques-uns des traits indiqués par saint Jean Damascène.
On n'est guère plus avancé en ce qui concerne les représentations de la Vierge et la formation du type qui a prévalu dans l’art oriental. À l'origine, les Grecs comme les Occidentaux ne songèrent point sans doute à des représentations de la Vierge offrant le caractère d'un portrait : mais c'est à tort qu'on a cru qu'il n'en exista pas avant le concile d'Éphèse (431). D’après un témoignage qui n'est pas sans valeur, on pourrait croire que le type de la Vierge portant l'Enfant Jésus remonte au règne même de Constantin. Un écrivain parle d'une image de ce genre qui se trouvait à Constantinople et que les Ariens brûlèrent. Vers la même époque, Helladius, écrivant la vie de saint Basile, mentionnait un tableau qui représentait la Vierge et saint Mercure. Ce passage semble indiquer que, dès lors, sur des œuvres de dévotion, on avait la tendance à grouper autour de la Vierge diverses figures de saints, et dans des compositions de ce genre il est naturel de substituer à des types impersonnels de véritables portraits. Au Ve enfin, les traits qu'on donnait à la Vierge étaient arrêtés, et il existait même des règles généralement observées pour l'arrangement et la couleur de ses vêtements.
On a raconté que saint Pierre et saint Jean construisirent à Lydda (Diospolis) en Phénicie, un édifice en forme de rotonde, la Écpate, en l'honneur de la Vierge Marie, ex dvôuart rc Mnrpdc toù Kupiou xal T Meounrecoc. On y voyait, dit-on, sur une plaque de marbre fixée aux parois, une image représentant la Vierge, image à laquelle on donnait dès le temps d'André de Crète (voir ce nom) le nom de fogatz qui lui venait de ce que l'image était tracée sur le porphyre, dont la découverte et l'usage étaient attribués aux Romains (bien entendu, l'image était achéropite). Voici ce qu'en disent les Pères du synode oriental : Ayctpoyoumov elxova v TAXE navo xallxouic tò E Gxnvoc the OeotToxov Topino TupxônAoboy rò TV T o ypóvov tæv’ ArootTékov xal Léypr Tob vÜv TpooxvT i youpevny èv TË Tap’ adTov etAnté vağ pùc I Svoge, oTo xuploc yyeypappévny, de dT yEtpòc M oypipou thy TÉ ToppÜpav xal nëoav thv ypaphv TAG
On n'est guère plus avancé en ce qui concerne les représentations de la Vierge et la formation du type qui a prévalu dans l’art oriental. A l'origine, les Grecs comme les Occidentaux ne songèrent point sans doute à des représentations de la Vierge offrant le caractère d'un portrait : mais c'est à tort qu'on a cru qu'il n'en exista pas avant le concile d'Éphèse (431). D’après un témoignage qui n'est pas sans valeur, on pourrait croire que le type de la Vierge portant l'Enfant Jésus remonte au règne même de Constantin. Un écrivain parle d'une image de ce genre qui se trouvait à Constantinople et que les Ariens brûlèrent. Vers la même époque, Helladius, écrivant la vie de saint Basile, mentionnait un tableau qui représentait la Vierge et saint Mercure. Ce passage semble indiquer que, dès lors, sur des œuvres de dévotion, on avait la tendance à grouper autour de la Vierge diverses figures de saints, et dans des compositions de ce genre il est naturel de substituer à des types impersonnels de véritables portraits. Au Ve enfin, les traits qu'on donnait à la Vierge étaient arrêtés, et il existait même des règles généralement observées pour l'arrangement et la couleur de ses vêtements.
Le terme d'art officiel convient exactement à un grand nombre des œuvres religieuses de cette période. On y sent, en effet, l'influence directe et puissante de la cour : les empereurs sont désormais chrétiens, mais, par une inévitable conséquence, le christianisme devient quelque peu impérial ; or, à la cour des empereurs, s'opère un changement notable dans les habitudes. Déjà quelques empereurs avaient emprunté à l'Orient son luxe éclatant et son cérémonial compliqué : Dioclétien avait semblé en faire l'expression adéquate de la puissance politique ; Constantin s'était engagé dans cette voie après la fondation de Constantinople. Outre la pourpre et les vêtements tissus d'or, il se montrait coiffé du diadème orné de pierreries, auquel s’ajouteront bientôt des pendeloques chargées de joyaux. Tout atteste le progrès des idées vers la pompe et le luxe, et autour de l'empereur se développe une hiérarchie savante dont tous les mouvements et jusqu'aux moindres détails sont réglés par une scrupuleuse étiquette.
Cette innovation a son retentissement dans l'art religieux, plus de richesse, mais en même temps une manière plus conventionnelle de disposer les personnages. Auparavant le style était plein de naturel, les attitudes simples et sans contrainte ; à partir du IVe, ces qualités commencent à disparaître, Il semble qu’on soit choqué de ces allures familières, qu'on les évite comme un manque de dignité et de tenue. Le Christ qui ne se distingue point de ceux qui l'entourent, qui se mêle à tous, a quelque chose de trop populaire. Il est roi et l’art doit le faire sentir. Les écrivains, dès cette époque, donnent l'exemple de ces rapprochements tout matériels entre la royauté divine et la royauté terrestre, Au début du panégyrique de Constantin, Eusèbe s'y étend longuement, et il nous présente Dieu, l'empereur céleste, comme une image agrandie de l'empereur d'ici-bas., Les arcs du monde lui servent de trône, la terre est son escabeau... les armées célestes montent la garde autour de lui, les puissances surnaturelles sont ses doryphores ; et les les reconnaissent pour leur despote, leur maître, leur roi. » Et la comparaison continue avec une singulière richesse d'images. Aussi, dans le domaine de l’art officiel, donnera-t-on désormais au Christ un costume plus éclatant, un aspect plus majestueux, plus imposant. Il ne suffit pas de lui ceindre la tête ! Reil, Die altchristlichen Bildzykeln des Lebens Jesu, | du nimbe, il convient encore que ce nimbe ait une forme particulière et une ornementation plus recherchée. Le Christ s'est mêlé à la foule, sans doute, mais en monarque qui ne se confond point avec elle, on doit pouvoir le reconnaître en toute occasion à des signes distinctifs. Du reste, sa véritable place est sur le trône, sur ce trône byzantin, tout resplendissant d'or et de gemmes. Il est là calme, impassible, dominant le monde qu'il bénit d'un geste royal.
Il faut une cour à ce monarque : l'artiste imagine | les anges qui rappellent l'humanité sans y appartenir, et qui servent d'intermédiaire entre le ciel et la terre, Pour former ce type, il emprunte aux génies païens, à la Victoire quelques-uns de leurs attributs : mais sa création se distingue par une véritable originalité. L'ange byzantin avec son visage d'une beauté régulière, ses longs cheveux traversés d'une bandelette, ses vêtements blancs, son attitude hiératique, produit » sur l'esprit une impression puissante. Ici encore on peut constater combien sont étroits les liens qui unissent l’art à la littérature religieuse, Au moment où on adoptait ce type nouveau, se répandaient les écrits attribués à Denis l’Aréopagite, où la hiérarchie céleste est fixée avec soin et où l’on peut voir en quelque sorte le code des cérémonies de la cour divine.
En même temps que s'élargit l'horizon des artistes, un développement extraordinaire s’accomplit dans la théologie chrétienne. Les conciles fameux de Nicée (325), de Constantinople (381), d'Éphèse (431), de Chalcédoine (451) apportent au dogme chrétien sa terminologie définitive. Autour de ces réunions solennelles se multiplient les docteurs : saint Athanase († 373), saint Basile († 379), saint Grégoire de Nazianze († 390), saint Grégoire de Nysse († 395), saint Jean Chrysostome († 407) en Orient et en Occident : Saint Ambroise († 397), saint Jérôme († 420), saint Augustin († 430). Leur œuvre grandiose a fondé la théologie chrétienne et l'art religieux n’a pu se soustraire à leur influence.
Le IVe avec ses multitudes sans cesse accrues se prononcer sur cette question, mais ce qui ne l'est pas, c'est de constater le développement pris à cette époque par les manifestations extérieures de la piété chrétienne : le progrès du culte des martyrs, l'importance croissante des pèlerinages. Basiliques, martyria, oratoires deviennent si nombreux et si luxueux qu'on ne peut que les rappeler dans leur ensemble. Les sujets représentés dans ces édifices sont parfois ceux mêmes qu'ils avaient pour objet de commémorer. La Nativité décore la basilique de Bethléem, l'Ascension celle de l'Eléona, le sacrifice d'Abraham celle du Golgotha, la Présentation celle élevée sur les fondements du Temple de Salomon +, A la façade de l'église de la Nativité de Bethléem, on avait représenté l'adoration des mages en mosaïque et ce fut grâce à cette circonstance que les Perses, charmés de retrouver leur costume national dans les portraits des mages, épargnèrent cet édifice lorsqu'ils prirent Jérusalem en 615 ?
Une circonstance, minuscule en apparence, contribua à répandre ces représentations en tous lieux et les fit vraiment populaires. Les pèlerins venus aux Saints Lieux en Palestine étaient heureux d'emporter un souvenir de leur voyage et on le leur procurait sous forme de petites fioles ou ampoules (voir Dictionnaire, t. au mot AMPOULE) décorées du sujet qui constituait la décoration principale de l'Église. des patriarches d'Orient à l'empereur Théophile au IXe, de nouveaux aux chrétiens a été souvent considéré comme « moins fervent que le Vème siècle et il est fort aventuré-. le 201 T Ainsi se multiplièrent les images du Christ et ~ des saints. Rome et Ravenne nous offrent plusieurs … mosaïques représentant le Sauveur, sa divine Mère et des saints. A Rome, le mausolée de Sainte-Constance conserve dans deux absides latérales des compositions … destinées à devenir le thème le plus habituel de l’art - chrétien, Dans l’une, Dieu le Père, assis sur le globe du monde, donne à Moïse la loi : dans l’autre, le Christ, - debout sur la montagne, d'où s'échappent les fleuves mystiques, proclame la loi nouvelle dont il confie le — texte à saint Pierre, et la prédication à saint Paul. La ~ mosaïque de Sainte-Pudentienne représente le Christ ~ entouré d'apôtres et de figures symboliques ; celle du grand axe de Sainte-Marie Majeure montre la présentation de Jésus au Temple. A Sainte-Sabine, nous voyons des figures symboliques représentant l'une l'Église des Circoncis, l’autre l'Église des Gentils. A Ravenne, nous voyons le baptême de Jésus à la voûte d'un baptistère.
De nombreux textes appuient ces documents +. m Saint Grégoire de Nazianze, parlant de l’image du saint homme Polémon, nous dit que la vue de cette = peinture suffit à convertir une pécheresse 2 : saint Basile - célèbre la gloire du martyr Barlaam avec toutes les … ressources de l’art littéraire, et il invite les peintres …. à le surpasser avec les ressources de leur art à eux , » Astère d'Amasée (voir Dictionnaire, t. m, au mot CRITIQUE D'ART) décrit les peintures de l’oratoire de Sainte-Euphémie, à Chalcédoine (voir ce mot) , et Grégoire de Nysse. parle d'une mosaïque de pavement et de peintures murales à sujets religieux * ; le même saint Grégoire dit avoir vu souvent, représenté en peinture le sacrifice d’Isaac ; spectacle qui lui arrachait toujours des larmes des yeux, tant le tableau était ‘expressif 5, |. Toutefois bien des tâtonnements ont dû se produire et dès l’époque de la paix constantinienne la tentative est plutôt esquissée qu'achevée : ce n’est qu’à la fin du Ve et au VIe que l'iconographie religieuse apparaît nettement transformée : toute une série de motifs nouveaux tirés du récit de l'Enfance du Christ ou de sa Passion apparaissent à cette époque.
Au début du Ve même, la tradition hésitait. Olympiodore, préfet de Constantinople, voulant élever une église à ses frais et la dédier aux saints martyrs, demanda conseil à son prédécesseur Nil, retiré des honneurs et devenu moine au Sinaï. Olympiodore se proposait de couvrir le sanctuaire de son église de compositions qui représenteraient les supplices des martyrs ; la nef serait réservée à des scènes de chasses et de pêche avec des oiseaux en plein vol et des croix - espacées. Nil répondit que ce programme décoratif lui paraissait puéril et suggéra celui-ci : dans le sanctuaire, à l'Est, placer seulement la croix et sur les murs, à droite et à gauche, les histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament ; « ainsi ceux qui ne connaissent pas les lettres apprendront par ces peintures les belles actions des fidèles serviteurs de Dieu 7. » En Occident, saint Jérôme parle d'images d’apôtres qu'on a coutume de peindre sur des vases 8 ; saint Augustin nous dit que de son temps on voyait en beaucoup de lieux saint Pierre et saint Paul aux côtés du Sauveur ? ; il parle d’une peinture représentant la lapidation de saint Étienne :0 et il mentionne un sujet très répandu : le sacrifice d'Abraham #1, Prudence nous parle des peintures retraçant le martyre de saint Cassien 14, celui de saint Hippolyte # (voir ce nom), De même saint Paulin construit plusieurs basiliques en l'honneur du martyr saint Félix et expose à saint Nicétas, son ami, le programme de leur décoration. Il présente son projet comme une chose nouvelle et annonce qu'il substituera aux scènes profanes qui couvrent les églises des sujets d’édification, Les cycles de l'Ancien et du Nouveau Testament orneront deux basiliques distinctes : dans l'abside, une mosaïque représentera la Trinité d'une manière symbolique. « On voit donc que c’est seulement au début du Ve que l’on a définitivement adopté le cycle biblique pour la décoration des églises : auparavant | des scènes profanes couvraient les murs et les absides seules recevaient une ornementation religieuse. Un demi-siècle plus tard, en 450, l'épouse de Namatius, évêque de Clermont, faisant peindre les murailles d'une église dédiée à saint Etienne, tenait la Bible à la main et indiquait elle-même aux artistes les sujets qu'ils devaient représenter. La tradition était donc fixée et les sujets profanes expulsés des murailles | étaient réservés aux pavements en mosaïque ; on eût regardé, en effet, comme inconvenant de figurer des scènes sacrées sur des pavements destinés à être foulés aux pieds. Des tentatives de ce genre avaient Cependant été faites, puisqu'une loi de Théodose et de Valentinien, du 17 mai 427, interdit sous les peines les plus graves de placer l'image du Christ sur le sol #4. En fait, les pavements du Ve et du VIe, représentent des animaux ou des allégories (mois, saisons, vents) comme les belles mosaïques de Serdjilla (Syrie centrale, datée de 473) et de Kabr-Hiram, près de Tyr. Sur le pavement de la basilique de Madaba (pays de Moab), on voyait une carte de la Palestine, où les villes sont figurées avec leurs rues à portiques et leurs monuments d'une manière très pittoresque.
« En Afrique ce sont aussi des animaux de toute espèce et une scène pastorale qui ornent le beau pavement en mosaïque découvert dans la basilique de Rusguniæ (baie d'Alger).
La mode des cycles bibliques se répandait tellement qu'on les représentait sur les vêtements de soie brochée dont se paraient les riches patriciens.
Dans un sermon d'Astère, évê que d'Amasée, on voit | énumérées quelques-unes des scènes qui ornaient ces vêtements * et Théodoret, évê que de Cyr, en Syrie (f 458), raconte que toute l’histoire du Christ était tissée sur la toge d'un sénateur 1%, Les étoffes coptes à sujets bibliques trouvées à Antinoé et à AKhmin (Da- : niel dans la fosse aux lions, saint Pierre, le Christ en croix) fournissent un commentaire suffisant à ces textes, Enfin, sur la bordure de la robe que porte Théodora dans la mosaï que Saint-Vital de Ravenne, figure une jolie adoration des mages. C'est donc au | Ve que s'est constituée la nouvelle méthode | d'ornementation religieuse 17, ie gemmes -- = DU Er aa ni CT EE Lei ge dm SE à Po tar JV anus a ve pan mt due i, Fa ve pee
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« Mais ce ne fut pas sans soulever des résistan ces que l’art religieux devint la parure consacrée des églises.
Le souvenir de l’ancienne défiance contre l'idolätrie : s'était conservé et se manifestait parfois pour combattre les tendan ces nouvel les. Le développement de l’art religieux n'avait pas tardé à donner naissance au culté des images. »
VI. LE CULTE DES IMAGES. — Les origines du culte des images réclament quelques investigations. « Si l’on entend par culle des images un ensemble de manifestations visib les : des gestes sacerdot aux devant une statue, et la foule qui se prosterne, l'encens qui fume et l’offrande apportée, il suffit de connaître la liturgie des temp les, de se renseigner sur des usages et de les décrire. La difficulté n’en est pas négligeable, surtout quand il s’agit d'une épo que lointaine, de sanctuaires différant par l'importance et d'habitu des variant à linfini. Mais l'intérêt d'une pareille étude, qui s'attacherait à un peuple et à une épo que déterminés, né ferait connaître de la piété que la surface, laissant dans l'ombre les croyan ces et les sentiments des dévots. Les pratiques d'adoration feraient à peine deviner l'adoration dans sa réalité ?. »
Vers le début de notre ère, un temple dénué de statues était chose rare en Grèce, assez rare pour retenir l'attention du voyageur historien Pausanias, qui ne | manquait pas de noter cette singularité *. On ne péchait pas ordinairement par défaut, mais plutôt par excès. Cha que localité possédait nombre d'images et le dieu principal, logé dans un temple, y était généralement figuré sous différents aspects. Parfois il se montrait accueillant à d’autres divinités et leur accordait l'abri d'une niche, se réservant pour lui seul la cella. A Ventour du temple, les statues se pressaient au point de donner l'impression d'un musée de sculpture ? : statues, images, symbo les, ex-voto, figures informes, blocs bruts ou travaillés, fétiches bizarres, grossiers, parfois obscènes ; car, chose étrange, l'effervescence artisti que a pu produire des œuvres d'une beauté parfaite, donnant l'illusion de la vie, les monuments primitifs à peine dégrossis conservent leur prestige, jouent leur rôle et conservent leur caractère sacrosaint.
Les béty les # conservent leurs dévots pour les arroser d'huile et les orner de couronnes. Lucien rappelle un magistrat romain, fort honnête homme, mais d'esprit un peu faible, qui. ne pouvait voir une pierre de ce genre sans se prosterner en hâte et prier devant elle & : … xal el uóvov &AnAuuévoy mou Mov À ÉdtTepavoévo Öedoxrro roocpirrew de xal mpocxuväyv*. Apulée tient pour mécréant celui qui n'a pas dans son domaine quelqu'un de ces humb les monuments : il déplore de voir qu'on les néglige : + de tels signes sont peu de chose : un petit nombre s'en informe et-les adore, la foule les ignore et passe”. » Le petit peuple y tient encore, Pausanias en signale pres que à cha que pas. Une pierre est devenue sainte à telle occasion, on la vénère sans en demander plus long sur son compte, sans lui donner un vocable particulier, ou bien on l'orne et on l’habille comme on ferait d'une forme humaine # : ou encore on leur donne des noms
IMAGES (CULTE ET QUERELLE DES)
de dieux. Près de Gythion, un rocher s'appelle Zeus Kappôtas ° ; à Pharos, trente pierres dressées portent « chac une le nom d'une divinité ? et le voisinage d'un Hermès ne leur fait point de tort, pas plus que n'en M cause à Thespies une statue d'Éros, sculptée par Ménodore, à une pierre brute voisine ! !, 4 Les arbres (voir ce mot) ne sont pas moins vénérés ; on suspend à leurs branches des bandeletttes ou des tablettes votives, ils reçoivent des honneurs divins 15. Il y a un Zeus et un Dionysos qui portent l'épithète ` de ÉvSev8p0c 1. A Boiæ de Laconie, Artemis Soteira n’est M autre qu'un myrte ™, | Les pierres taillées reçoivent de pareils hommages ; M tel cet Apollon Karinos des Mégariens adoré sous la forme d’une pyramide 15, ainsi que le Zeus Meilichios à Sicyvone, où Artemis est représentée par une colonne ™, Les Hermès ont une importance particulière ; parfois simple phallus dressé sur un piédestal 17, le plus souvent pilier quadrangulaire que surmonte une face barbue : teto&ywovoy oyfuæ. Ces formes antiques ont gardé leurs adorateurs pendant toute la durée du culte ` helléni que. À Il est rare que la foule porte la main sur ces témoins du passé ; les statues de bois sont les fétiches par « excellence ; à peine s'étonne-t-on de les voir + sans mains, sans pieds, sans veux »18 ; la vieillesse qu'on leur prête libéralement expli que tout, excuse tout. La “ célèbre Artémis d'Éphèse dont les zélateurs faillirent M faire à saint Paul un mauvais parti, cette déesse | emmaillottée dans sa longue gaîne comme dans un … cartonnage, est un spécimen de ces ido les primitives. Le fameux xoanon de Délos était d'aspect plus fruste encore 1, peut-être n'était-il que limitation d'un modèle en bois plus ancien qu'on aurait reproduit tel quel en raison de sa forme qui passait pour sacrée. « Car un certain aspect était prescrit par le dieu, pour « qu'il voulût bien accepter la dédicace d'une image nouvelle. | Les figures d'anim aux commencèrent à devenir rares au 11° siècle de notre ère ; il est permis de supposer qu'el les avaient été nombreuses.
Certaines images primitives étaient révérées et ` conservées surtout au titre de « reliques », car il est ` difficile de séparer ces deux notions de culte de l'image et des vestiges qu'elle renferme. Tel souvenir matériel d'un Dieu ou d'un héros est enfermé dans le corps de ` l'idole et lui confère sa valeur. Une assimilation ` s'opérait entre la reli que et l'idole. Dans un traité attribué à Lucien, nous lisons ceci : « Les Athéniens se prosternaient devant le siège de pierre, où Démonax « avait coutume de s'asseoir quand il était fatigué ; ils couronnaient le siège de fleurs en l’honneur de cet … homme, se figurant que la pierre même était sacrée où il avait pris place 2°, » Les auteurs du temps nous apprennent que, dans l'opinion comm une, certaines pierres sacrées étaient animées d'une force mystérieuse et servaient de véhicu les aux puissan ces supérieures. Cel les-ci choisissaient de préférence les symbo les les plus frustes. Un témoin du m° siècle, Porphyre le néo-platonicien, nous apprend M que « les plus anciens [monuments de l’art |, quoi que l'ivoire indien, 7 piravailés simplement, sont regardés comme divins ; - jes autres, qui sont achevés avec un art raffiné, on les iy : P amire certes, mais ils laissent une moindre idée de la 4 divinité 1. » Comme les béty les, ces simulacres t assez ~ bizarres à la vue ? » contiennent quel que chose de | divin. C'est la croyance la plus répandue.
Autre chose est d’adorer une pierre plus ou moins ~ mystérieuse d'origine, autre chose d'invoquer l'ou- -vrage d'un artiste connu, le produit d'un atelier qui fabri que en série. Autre chose est le fétichisme, autre chose est le culte des images. Il y a là deux - domaines qu'il n’est pas facile de délimiter.
© Quand donc naît le dieu ? demande Minucius … Félix. On le fond, on le forge, on le sculpte : mais il n'est pas encore dieu ! Voici qu'on le soude, on le … dresse, on le met sur piédestal : il n’est pas encore dieu ~ à présent ! Mais on l'orne, on le consacre, on le prie : ah, enfin le voilà dieu, quand l'homme en a fait la . consécration °l » Y a-t-il donc un moment où l’œuvre » d'art prend un caractère divin, où elle acquiert un - droit absolu à l'adoration ? On peut mentionner depuis l'antiquité jusqu'à l’épo que impériale des usages, des cérémonies, — prière, onction, sacrifice, offrande #, — mais il est malaisé d'en préciser la sig nification. Ilse peut que vers le n° siècle, période de syncrétisme, - et sous l'influence des cultes orient aux, on ait attribué quelquefois à des formu les le pouvoir de faire des- ~ cendre l'être invisible dans son effigie ; il y aurait eu ~ pour le numen divin obligation d'y venir résider. Mais … ce n'est là qu'une hypothèse qui ferait trop large la - place aux explications néo-platoniciennes. Ce qu'on … peut affirmer, — tant pour l'épo que classi que que pour Le des Antonins, — c'est qu'une image consacrée . appartient à la divinité, qu'elle est par là sacro-sainte, - mais au même titre que le temple où elle réside. On ne ‘saurait y toucher pour quel que réparation sans la PPT i « » aiar pr ON ai € E purifier ensuite par un rite expiatoire. Après la cérémonie inaugurale, une statue ne peut être touchée ni traitée comme auparavant. En la dérobant, on ne com- met plus un vol, mais un sacrilège 5.
Si la piété s’obstine après les restes informes des - vieux cultes, elle trouve aussi dans les merveil les de … l'art nouveau un aliment qui la nourrit. Les statues “deviennent de véritab les personnifications des divinités, el les nous montrent Zeus barbu, Apollon toujours . je une, Hermès orné d'un léger duvet, Poseidon en = cheveux blancs, Athéna avec des veux gris. Ceux qui - pénètrent dans les temp les ne croient plus voir de de l'or extrait des mines de Thrace, mais le fils méme de Cronos et de Rhéa, que Phidias a fait descendre du ciel *, Ces types deviennent divins b pour le vulgaire en raison de la splendeur de leur matière et de leur apparence 7. Ces images, on ne les cache pas, mais il est interdit d'approcher de trop © près de certaines d’entre el les, Une barrière sépare le „des statues de Neryllinus, LLE DES) 206 jusqu'à la période constantinienne, un grand nombre de statues à mirac les et à révélations ©, Une statue d'Hector à Ilion avait conservé la force du héros et en faisait usage pour soulager les fiévreux et châtier les impertinents qui doutaient de son pouvoir, On récourait depuis tant d'années à Protésilas, au lieu de sa sépulture, en Chersonèse de Thrace, que l'aspect de son image en était fort altéré. Les baisers et les onctions des dévôts, les tablettes de prières qu'ils y fixaient et les injures du temps l'avaient usée et diminuée.
Il faudrait encore mentionner Toxaris le scythe, Polydamas de Skotoussa, Néryllinus à Alexandrie de Troade ; ce dernier, c'est un chrétien qui nous le fait connaître ; Athénagore dit de lui : « La Troade a mais, tandis que plusieurs sont un ornement de la cité, il y en a une parmi el les qui, à ce que l’on croit, rend des orac les et guérit les mala des, » elg de aûrév xal ypnuariGerv xal läoûor VOGOUVTHS vouitera 15, Lors que Lucien qualifie d'imbéci les ceux qui se croient guéris à la suite d’un pèlerinage à ces images 3, il ne man que pas de gens pour lui reprocher son incrédulité, car ce n'est pas seulement en Grèce, mais aussien Italie, surtout en Italie, que les images sont vénérées et invoquées : cel les de Marc-Aurèle y jouissent d'une large popularité et, dans beaucoup de maisons, jusqu'à la fin du MIe, el les tiennent rang parmi les dieux pénates 4, Nous parlerons du culte rendu à Asclepios (voir INCUBATION), dieu guérisseur par éxcellence, celui qui, parmi les divinités de grand ordre, compte le plus grand nombre de sanctuaires : à Épidaure, à Pergame, il n'est pas question d'image ; c'est en songe que le Dieu se manifeste,et pas toujours sous l'aspect que lui a donné la sculpture. Il peut prendre la forme d'un serpent ou celle d'un autre dieu #. Mais au temps où la dévotion néo-platonicienne réveillait tant de superstitions, nous entendons parler la statue du sauveur Asclépios. Domninos, ami de Proclus, s'endort malade dans le voisinage de la divinité. Il est avec Plutar que l’Athénien. Ce dernier, peu satisfait de l'ordonnance prescrite, s'éveille soudain, s'accoude sur son grabat et regarde l'image du dieu guérisseur. Asclépios aussitôt fit entendre de sa statue une voix très harmonieuse, et prescrivit un autre traitement !$.
Il y a des images vindicatives, il y en a de bonasses, comme cette Artémis de Condylie qui se laisse étrangler par des gamins 1. Théogène est de moins bonne composition ; un jour qu'un passant le fustigeait, le dieu laissa tomber sur le drôle sa masse de bronze 14, Ces vengean ces deviennent de plus en plus rares, on n'y croit plus, alors à quoi bon les imaginer ? On ne prend pas beaucoup la peine de rouer de coups une statue, non qu'on la craigne, mais parce qu'on n'y croit de moins en moins.
Cependant l'incrédulité laissait subsister la croyance aux signes qui apparaissent dans les images et font annoncent le malheur d'une cité, tandis que saint Augustin y voit l’aveu que font les démons de leur impuissance 1, Le passé de la Grèce et de Rome abonde en semblab les prodiges. Dion Cassius les collectionne avec une componction égale à l'ennui que leur lecture dégage.
Les songes et leurs interprétations se mettaient de f ši i EF iTA iri 171 TE ni PE. 5 [HF jaa ES frais = 14 LE : Re A ias AU Ce Ti me TRASS ie f Í ;
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207 IMAGES (CULTE ET QUERELLE DES) 208.
la partie. Pour beaucoup d'hommes, les apparitions nocturnes sont fréquentes ; au réveil, ils s'efforcent de ressaisir les traits des personnages divins, de trouver une explication à leur menace ou à leur sourire : puis il faut en pénétrer le sens, Les dieux se laissent voir en chair ét en os et, plus souvent, sous l'apparence de la statue de leur sanctuaire. Il s'en faut, d'aprés Artémidore, que les images des Olympiens ainsi apercus soient toutes de bon augure 1. Isis, .Serapis, Harpocrate ne présagent que troub les et périls *. Mais il est des types de statues plus favorab les que d’autres : Hermès tétragone sans barbe présage la privation des biens les plus précieux. Aphrodite toute nue est de fâcheux augure pour la vertu des honnêtes femmes ; au contraire, drapée jusqu'à la taille, elle symbolise richesse et pudeur.
Le culte des Césars se répand avec rapidité et, dans cha que cité, l'empereur est représenté par des images consacrées. Il est surprenant de voir à quel point el les sont assimilées à cel les des dieux ; les femmes de la famille impériale sont parfois honorées sous l'aspect de déesses. Les images des empereurs prennent une valeur particulière sans même qu'el les revêtent la forme d'une divinité du Panthéon. « Les statue des Césars, écrit l’évê que de Sar des, Méliton, sont plus vénérées que cel les des anciens dieux. » Peut-être est-ce beaucoup dire, mais il est certain que le culte des effigies impéria les fut trés général et très profond. Ce ne sont pas seulement les statues d'apparat, mais cel les qu'on possède dans sa maison, dans son jardin, les monnaies el les-mêmes. Un homme fut taxé d'impiété et condamné pour avoir frappé un de ses esclaves qui portait sur lui une drachme d'argent au profil de Tibère ; un autre (un chevalier romain) fut arrêté et condamné à mort pour avoir présenté dans un lupanar une pièce à l'effigie de Caracalla. Jusqu'au temps de Constantin, les statues impéria les reçurent des hommages idolätriques. Après la victoire du christianisme, on ne leur offrit plus de sacrifi ces, mais les marques de respect à leur égard étaient tel les que Philostorge reproche aux chrétiens de Constantinople d'adorer la statue de Constantin, de l'honorer par l'encens et de lui faire des prières comme à un dieu #.
Il faut rapprocher des images impéria les les enseignes des légions qui portaient sans doute un portrait de César. « Pour les sous-officiers et les soldats, c'étaient des fétiches que l’on parait, que l’on arrosait d'huile, que l'on adorait, pour lesquels on construisait dans le camp un sacellum . Selon Tertullien, les militaires avaient plus de piété pour el les que pour les statues du roi des dieux . C'étaient des objets divins et les soldats chrétiens ne pouvaient leur refuser ladoration qu'au péril de leur vie. » Nous avons vu que les ido les primitives avaient retenu longtemps une valeur de fétiches sacro-saints, cependant on cherche à s'expliquer leur aspect étrange et ridicule. On les craint et on les adore, peut-être les adore-t-on d'autant plus qu'on les redoute plus ; mais on les interprète. On attribue à leurs auteurs des intentions, on cherche en el les la présence du divin ou un enseignement relatif au divin. Les défenseurs des images insisteront sur cet élément. C'est là-dessus qu'ils fonderont avant tout leur système.
VII LES ADVERSAIRES DES IMAGES. — 1. Polémi que païenne. — Ce ne sont pas les chrétiens qui ont inaus guré dans le monde gréco-romain la lutte contre les
images. Longtemps avant que la religion du Christ se répandit, les païens s’attaquaient à la croyance aux images et au culte qu'on leur rendait, A l'épo que impériale, c'est-à-dire vers le début de notre ère, la polémi que se fit plus acerbe et plus violente ; l'atta que est encore discrète, elle parvient à peine à l'attention de la foule, mais les adversaires de l'idolâätrie commencent à élever la voix, à exposer leurs doutes et leurs critiques en public ; ce n'est pas encore la foi qui les anime, mais l'incrédulité et les images n'y gagnent rien.
L'auteur le plus ancien qui rejette avec mépris ladoration des statues est un païen, Héraclite. Il n’a que : dédain pour les sacrifi ces, que mépris pour les orac les : aussi Clément d'Alexandrie ne man que pas de se réclamer de ce grand nom : « Écoutez plutôt Héraclite, dit-il, quand il insulte à l'insensibilité des images du temple : leur adresser des prières, c'est comme si l'on causait avec des murail les : c'est ne connaître ni la nature des dieux ni celle des héros $. + Tandis qu'Héraclite dénonce la mafière inerte, Xénophane dénonce la forme imitée. « Si les bœufs, les chev aux et les lions. avaient des mains et pouvaient peindre des table aux ou sculpter des statues, dit-il, ils représenteraient les dieux sous forme de bœufs, de chev aux et de lions, semblablement aux hommes qui les représentent d'après leur propre modèle 7, + Il a vu à l'œuvre la vanité des hommes et leur étroitesse d'esprit. Les nègres donnent à leurs dieux la peau noire et le nez retroussé, les Thra ces leur donnent des veux bleus et des cheveux roux, les Grecs ont-ils plus de raison en faisant les leurs à leur ressemblance ?
Après Héraclite et Xénophane, l'opposition a trouvé son terrain, leurs successeurs ne feront que l’exploiter : et l'aménager de leur mieux suivant les besoins de la polémi que.
Platon n'est pas hostile aux images : il autorise les citoyens à suivre la coutume en consacrant des. images aux dieux, mais « il convient, ajoute-t-il, que l'honnête homme ne fasse aux dieux que des offran des. modérées. La terre et le foyer de cha que demeure sont déjà consacrés à tous les dieux. Ainsi que personne ne les leur consacre une seconde fois. Dans les autres États, l'or et l'argent qui brillent dans les maisons. particulières et dans les temp les excitent la convoitise. L'ivoire, tiré d'un corps séparé de son âme, n'est point une offrande pure. Le fer et l’airain sont destinés. aux ouvrages de la guerre. Que chacun fasse donc en bois ou en pierre — pourvu que ce soit d'une seule pièce — telle offrande qui lui plaira pour les sanctuaires publics ; » et en ce qui regarde les peintures, le philosophe recommande parmi les offran des les plus. saintes « ces images tel les qu'un peintre peut en faire en un seul jour. # » Partout et de toute antiquité, dit-iF ailleurs , il y a eu deux sortes de lois touchant les. dieux. Car il est des divinités que nous voyons à découvert et quenous honorons en el les-mêmes 20, Il en est d'autres dont nous ne voyons que les images et les statues fabriquées par nos mains ; et en honorant ces statues, quoi que inanimées, nous croyons que nos hommages sont agréab les aux dieux vivants et nous. en attirent des faveurs. » Mais à l'instant où il parait approuver ce culte, Platon ajoute : « Personne n'a près. de lui une statue aussi précieuse que le père ou la mère, Õu l'aïeul qu'il possède en sa maison. Car ces statues vivantes joignent leurs prières aux nôtres, et i e PIR » LL | | 209 y po ainsi un merveilleux avantage sur les statues ina- - nimées. « Néanmoins les chrétiens ont jugé ces attaM ques insuffisantes et ont dédaigné Platon dans leur [l r utte contre l'idolåtrie. + I Les poètes se montraient plus hardis que les philo- “sophes ; ce qui fait dire à Clément d'Alexandrie que « la tragédie elle-même a contribué à arracher les hommes au culte des ido les 1. » Sophocle proclamait la vérité sur la scène, en face des spectateurs, et au ris que de leur déplaire : « Il n’y a qu'un seul Dieu, Wdisait-il, qui a fait le ciel et la terre... et la force des vents ; mais beaucoup de mortels, égarés dans leur “cœur, ont érigé, en consolation à nos m aux, des figures de pierre, de bronze ou d'or comme statues des dieux. Nous leur offrons des sacrifi ces ; nous leur offrons des “panégyriques vi des de sens, et c’est ainsi que nous croyons être pieux 2, » Le Dieu dont parle Euripide à -son auditoire n’a auc une ressemblance avec les ido les : T Quelle maison construite par des ouvriers, dit-il, » pourrait contenir le corps d'un dieu dans l'enceinte » de ses murs ?. » Les cyniques l'emportent sur tous les autres par leur hardiesse. Pour eux, il s’agit de bafouer ce qui “n'est que convention. C'est celle-ci qui a imaginé, Lexécuté, diversifié les statues. Antisthène soutient que la divinité ne ressemble à aucun être et qu'auc une image wen peut suggérer l’idée #. Il est fort probable - que la polémi que des cyniques remontait aux premiers temps de la secte 5 ; elle parvint à toute sa violence - avec Diogène. Celui-ci n'épargnait pas les répriman des - grossières aux dévots, ou bien il recourait à la mystifi- . cation, s’éternisant devant une statue jusqu'à ce qu'on [| Vinterrogeåt sur ce qu'il faisait « Ce que je fais ? Je m habitue aux refus $ ! : Une autre fois, manquant de ) fagots, il fendait en morce aux un Héraclès, y mettait » le feu en lui disant : « Allons, accomplis ton treizième a travail, en m aidant à cuire mon plat de lentil les 7. » Les stoïciens n'entretenaient pas une conception - de Dieu différente de celle d'Antisthène. Zénon s'exprime sans ambiguïté : « On ne doit point élever - de temp les aux dieux ni leur offrir des images, dit-il ; - un sanctuaire ne peut avoir une grande valeur et il ne Pn faut rien regarder comme consacré, car l’œuvre de . maçons et de manœuvres ne peut-être sainte ni digne _ dé beaucoup de considération . » Cette réaction contre | la piété superstitieuse a toujours fait partie de l'enseignement du Porti que ; mais elle a eu à subir dans le » cours des sièc les quelques tempéraments. Chrysippe combat l’anthropomorphisme, mais sans une grande . vigueur ; Diogène de Babylone affirme le caractère x enfantin s des représentations plastiques 10. Il semble qu’on puisse distinguer dans l'histoire du . stoïcisme deux courants parallè les : le premier d'une orthodoxie intransigeante et qui se rattache aux origines de l'école, le second moins sévère et enclin aux accommodements. Beaucoup ont mis leur habi- - leté à approuver l'érection de ces images auxquel les ils laissaient entendre qu'ils ne croyaient pas. Varron dit et écrit, sans doute, qu'en élevant des statues aux T dieux, on a banni la crainte pour introduire l'erreur !, - ce qui ne l'empêche pas de légitimer dans une certaine mesure l'érection des statues 22, Tout philosophe
IMAGES (CULTE ET QUERELLE DES)
210 qu'il est, il garde le respect de la religion telle qu'elle existe. Sénè que n’est pas moins inconséquent avec ses principes : il dénonce ceux qui vont parler à l'oreille de la statue, s'amuse de trouver au service de celle-ci huissiers et parfumeurs, s'indigne à la vue de la vénération rendue aux images des dieux, devant lesquel les. on plie le genou, on répand des prières, on immole des victimes, alors qu’on n’a que dédain ou mépris pour le sculpteur, le forgeron ou l'orfèvre qui ont fabriqué le dieu. Et cependant, « toutes ces pratiques, continue Senè que, l'homme sage les observera comme étant ordonnées par la loi, non point comme agréab les aux dieux #, » C'est ce qui fait dire à saint Augustin : Sénè que « ne laissait pas d'honorer ce qu'il censurait, d'adorer ce qu'il avait en mépris, et cela parce qu'il était mémbre du Sénat romain. La philosophie lui avait appris à ne pas être superstitieux devant la nature ; mais les lois et la coutume le tenaient asservi devant la société ; il ne montait pas sur le théâtre, mais, dans les temp les, il imitait les comédiens : d'autant plus coupable qu'il prenait le peuple pour dupe, tandis qu'un comédien divertit les spectateurs et ne les trompe pas 14. » Epictète se fait de la divinité une idée si relevée, si vivante que toutes les statues et images, même cel les qui représentent des dieux ou des hommes, sont pour lui l'exemple de la plus parfaite apathie 1, tandis que le divin se meut et vit. « Est-il une œuvre de l'art, dit-il, qui ait réellement en elle les facultés que semble y attester la façon dont elle est faite ? En est-il une qui soit autre chose que de la pierre, de l'airain, de l'or ou de l'ivoire ? L'Athena même de Phidias, une fois qu’elle a étendu la main et reçu la Victoire qu'elle y tient, reste immobile ainsi pour l'éternité, tandis que les œuvres de Dieu ont le mouvement, la vie des idées, et le jugement 1. » .
Les épicuriens déclarent que le peuple se fait sur les dieux des idées ab sur des 7, ce qui ne les empêche pas, à l'exemple de leurs fondateurs, de prendre part aux prières, aux fêtes, aux sacrifi ces, à toutes les prescriptions du culte en véritab les dévots. Épicure n’en condamne pas moins les images des dieux, sauf à permettre au sage d'élever des statues, s’il en a l’occasion #, Avec le temps la secte devient de plus en plus indifférente aux pratiques de dévotion, même elle les déclare inuti les, chimériques, pendant qu'ils continuent à invoquer les images, ou du moins ils feignent de les invoquer. Parmi eux, il s'en trouve qui adorent toutes les figures des dieux 1.
Plutar que, qui n'est pas du tout un révolutionnaire, dénonce le tort que l’art plasti que cause à la religion. S'il y a une philosophie détestable, qui mêne à l'athéisme, la superstition est pire encore, qui croit. voir les dieux dans leurs images matériel les 3. Les rabaisser de cette manière, c'est plus coupable encore que de les nier. « Les philosophes #1, dit-il, ont toutes | raisons d'affirmer que, lorsqu'on ne sait pas bien comprendre le sens des mots, on se trompe aussi sur lemploi des choses. Ainsi, chez les Grecs, ceux qui, voyant les représentations des dieux en bronze, en pierre ou sur la toile, appelaient, par défaut de science et d'instruction, de semblab les effigies — non pas des images ou r HEEE T Le a Pi it tt Tir CES Cire 7 PRE ETS Re a i SeT
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2114 IMAGES (CULTE ET QUERELLE DES) 22
des emblèmes des dieux — mais bien des dieux, ceuxlà en vinrent... » Plus loin, il dit encore : « Les superstitieux croient voir les dieux en personne devant leurs veux. Sur la foi de fabricants d'images en bronze, en pierre, en cire, ils se figurent que les dieux ont des corps dont la forme est celle des nôtres, et c'est comme tels qu'ils les faconnent, qu'ils les couvrent d'ornements | et se prosternent devant eux 1. » Comme Platon son maître, Plutar que qualifie les statues de « corps sans âme », mais s'il poursuit des croyan ces perverses, il ne les raille pas, il laisse à d’autres ce soin.
« Les discours les plus impies contre les statues n'ont ja mais entraîné la foule, Si pres que tous les hommes cultivés de ce temps sont opposés en théorie au « culte des images © », si le mot de « corps sans âme », chez les auteurs les plus pieux, sert à qualifier les ido les ł, il faut se rappeler que les meneurs les plus enragés ne sont pas des iconoclastes. Ils s’inclinent à de certaines heures devant l'usage ancestral. Leur certitude d'être dans le vrai, tandis que la foule est dans l'erreur, ne les pousse aucunement à devenir les victimes de cette certitude. La déclamation leur suffit, et ce n'est pas elle en ce temps-là qui armait le bras des persécuteurs. La matière des statues est indigne des dieux. Que signifie cette forme humaine qu'on leur donne ? Est-ce que la divinité peut se manifester dans le travail vulgaire des arti sans ? C'est le butin des voleurs de temp les qu'on leur fait préparer. L'on n'était pas traîné au supplice pour avoir dit ces choses et pour les répéter. Tertullien s'en étonne * : « Quant à vos philosophes, dit-il, qui détruisent vos dieux à la vue de tous, et qui accusent vos superstitions en déclamant contre el les, vous ne trouvez pour eux que des louanges 5, » C'est surtout Fhilon qui donnera une forme à la polémi que. L'essentiel de sa doctrine, c'est la trans| motif que les Pères de l'Église reprendront fréquem| santes dont les adorateurs n'étaient pas aussi enduformation, par un système de figures, de l'histoire“ juive en une doctrine de salut. Il redouble d’ingénio sité pour soustraire la divinité à toute ressemblance” humaine, car, à l'entendre, « l’anthropomorphismes est une impiété plus vaste que l'océan. » Pour l'éviter à tout prix, il enlève à Dieu toutes les qualités qui se peuvent exprimer, tout ce qui relève de la sensation. C'est chez Philon que la collection des arguments à. jeter à la face des ido les nous paraît achevée. Il connaît ceux des philosophes grecs et il les utilise, il insiste sur le contraste entre la même matière servant à fabriquer un objet vil et une divinité : c'est un. ment. 1 3. Polémi que chrétienne. — L'Église chrétienne, … nous l'avons dit, ressent et témoigne peu d'indulgence. pour l’image taillée ou peinte. « Mon enfant, dit Fauteur de la Didachè, garde-toi de la science des augures, parce qu'elle conduit à l’idolätrie : garde-toi de la magie, de l'astrologie et des lustrations. Tu ne regarderas et tu n'écouteras auc une de ces choses, car c’est« d'el les qu'a été enfanté le culte desido les !9, » L’épitreu dite de Barnabé, qui est à peu près du même temps, expose que sur « le chemin de la mort éternelle, » parmi les embüûches qui détruisent l'âme, c'est lidolâtrie qu’on rencontre d'abord 21, L'aversion pour les“ temp les, les autels et les simulacres est comme un. signe d'union mystérieux dont les chrétiens sont. convenus entre eux 1#, Il se peut que certains d'entre eux aient pris plaisir à braver ces divinités impuis- » rants qu'el les-mêmes, Gelse nous montre un chrétien« campé devant une idole : « Regardez-moi, s'écrie-t-il, je me tiens debout devant la statue de Zeus, d'Apollon ou de quel que autre de vos dieux : regardez-moim lui crier des injures ou lui donner des soufflets. Et il ne se venge pas Y ! » Ep En dépit de la violence de leurs attaques contre les statues païennes, les chrétiens ne réprouvent pas les images avec la même intransigeance que les juifs. AU milieu du n° siècle, l’art chrétien des catacombes n'a pas seulement une valeur décorative, mais des peintures apparaissent où sont représentées des scènes bibliques et des épiso des évangéliques, et qui doivent nourrir la piété, éveiller la confiance, Il n'y a pas seulement les peintures, puis que l’on peut faire remonter à une date très ancienne les statues d'airain de Panéas (Voir HÉMORRHOISSE), Eusébe s'aventure un peu hors de son terrain familier, celui des faits matériels, lorsqu'il attribue l'érection du groupe de Panéas au, besoin éprouvé dès longtemps par les chrétiens deu rendre hommage à leur maitre, ainsi qu'on honorait les divinités grecques. « Il n’y a rien d'étonnant, dit-il, à ce que les anciens païens, objets des bienfaits de Notre-Seigneur, aient fait cela, puis que nous avons vu aussi que les images des apôtres Pierre et Paul et du Christ lui-même étaient conservées sur des ta ble aux peints : comme il était naturel, les anciens avaient, sans distinction, coutume de les honorer ` comme des sauveurs, de cette manière, selon l'usage. païen, en vigueur parmi eux 4, # Chez les Pères du n° siècle, une préoccupation domine toutes les autres : montrer que l'Évangile est” l'uni que et véritable « philosophie », la seule révélation » complète qui refoule dans l'ombre l'erreur et l’'igno-M rance de l’idolätrie. Saint Justin, qui, sorti du judaïsme, a traversé toutes les disciplines païennes avant d'abor| | | der au christianisme, est le coryphée des Pères apolo- … gistes et dans son principal ouvrage il dénonce et f combat les principa les erreurs que soulève la croyance aux ido les. Anthropomorphisme de l’art, — matière kde l'idole qui est une image sans âme, faite de matière ~ inerte et vile par des arti sans indifférents ou dépravés pet qui ne peut tenter que la cupidité des voleurs. Au reste ces ido les portent les noms et revêtent l'appa- - rence de démons malfaisants.
Plus vivement que Justin, l'apologiste Aristide D icnne le péché qui consiste dans l'adoration des D choses créées. Tatien et Athénagore traitent le même T sujet avec plus d'étendue et non sans violence, du “ moins chez Tatien, dans son Discours aux Grecs. + Après avoir maudit la sottise des poètes, des philo- “ sophes et des grammairiens, les mensonges des histo- » riens et la coupable ignorance de tous ses anciens maîtres, Tatien se lance dans une énumération de statues afin de montrer à la fois « la frivolité de l’art pet la conception qu'il a toujours exaltée. » Il ne s'attaque pas aux représentations des dieux, il montre * seulement qu'en admirant les ouvrages de sculpture, les Grecs ont glorifié le péché et lui ont dressé en tous » lieux un piédestal ; jusqu’au vice infâme qui fut parfois jugé digne d’un + culte mysti que ».
Tatien se vante et s'enorgueillit d’avoir « båillé aux chefs-d'œuvre » qu'il a vus : il n’y découvre que -_ scandale et immoralité, il espère ridiculiser et avilir … cét art dont la beauté le laisse insensible, Cette incomA“ g si ah T TET TEE PRET RES € i préhension de la beauté se rencontre ailleurs que | … chez Tatien, mais ne s'exprime pas avec un ton aussi provocant. Clément d'Alexandrie admire l'or et le … marbre, il reconnaît la séduction de l’art, il sait la < fascination qu'il exerce et c'est ce qu'il redoute de la « part de la sculpture grec que uni que au monde, car » le développement de l'art, selon lui, correspond au développement de l'erreur 1. Ce sont des courtisanes » qui, dans l'atelier de Praxitèle, posérent pour Aphro- » dite ; faudra-t-il donc dès lors adorer des prostituées ? demande-t-il. Et l'on est surpris d'une telle étroitesse » d'esprit. Quant à Athénagore, il estime qu’en adorant » l'image on attribue à la créature ce qu'on dérobe au créateur, Athénagore ne peut éviter la question des - mirac les opérés par certaines images. Qu'en faut-il penser ? « Car il n’est pas vraisemblable que des ima- … ges sans vie et immobi les puissent quel que chose par ~ el les-mêmes, en dehors de l’action de celui qui leur donne le mouvement 3. » Ces mirac les, il ne peut les T nier : « Qu'il y ait en certains lieux, dit-il, dans les cités et parmi les nations, des prodiges attribués aux images, c'est ce que nous ne contesterons pas. + Mais la divinité, ajoute-t-il, n'y est pour rien. Bien au-dessus F de la matière, elle reste à la place qui convient à sa … majesté, Ce qui habite la statue, ce n'est pas la diviT nité, mais des démons. € Cette question de l'habitation des images par les démons revient sans cesse chez les Pères : les citations … tiens ; l’image est un temple habité, mais aussi un 7 temple souillé. « Ces esprits impurs, ces démons, écrit . Minucius Félix, se cachent sous les statues et les ~ images consacrées et par leur émanation ils produisent E . l'impression qu'unedivinité est présente, et cela tandis i pau ‘ils inspirent les devins parfois, qu'ils résident dans » les temp les, qu'ils provoquent des orac les et des sonà … ges ? » Domicile d'occasion d'où les démons s'élancent f - dans le corps des possédés, Tertullien voit aussi dans : i}
IMAGES (CULTE ET
T sont superîflues pour qui connaît un peu les textes chré- :
QUERELLE DES) 214 les images les marques des démons : ;il maudit les artistes et les ouvriers qui les façonnent en donnant un corps aux esprits de ténèbre, Il a horreur des voi les de pourpre, des couronnes, en un mot de tout ce qui sert à parer les images des ido les.
Ainsi, pendant les trois premiers sièc les, la polémi que chrétienne ne s'est pas montrée favorable aux images. Eusèbe, qui est comme le confluent de tout ce passé, partage ce sentiment de répugnance. Partout où il | y a des symbo les exprimés en caractère, partout où il | voit une image, il est prévenu et hostile, il y voit le démon. Puissan ces occultes, esprits du mal « + qui agissent par le moyen des simulacres et qui mettent | en mouvement des figures de morts : telle est la substance invisible que recèlent les statues. Mais il reconnaît qu’ s en cherchant bien, on trouverait peut-être que ce mest pas même un mauvais démon qui opère dans l'image ; mais que c'est une supercherie produite par la fraude des prestidigitateurst, » Cette disposition ne l’induit pas à se montrer favorable aux images en général ; aussi, en 330, il répond à la demande de la princesse impériale Constantia, sœur de Constantin, en lui refusant l'image du Christ qu'elle sollicitait de lui. Il. justifie son refus par des raisons théologiques et scripturaires tendant à prouver l'impossibilité de représenter le Sauveur glorifié +, VIIL Au 1v° SIÈCLE. — L'hérésie iconoclaste marquera un curieux déplacement par rapport aux anciennes hérésies qui avaient agité pendant des sièc les l'empire byzantin. Le conflit n'était plus la propriété des théologiens de métier et des métaphysiciens de carrière ; leur rôle, aux uns et aux autres, restera toujours assez effacé à toutes les pério des et dans toutes les crises de la querelle iconoclaste ; même dans les conci les, leur rôle se réduira souvent à égrener des séries de textes.
La question du culte rendu aux images était une question populaire. « Les images, écrivait à la fin du vit siècle Léonce, évê que de Neapolis en Chypre, sont des livres toujours ouverts, qu’on expli que et vénère dans les églises, afin de se rappeler, en les voyant, Dieu même et de l’adorer dans ses saints et ses œuvres. » Cette pensée est comm une aux Pères de l'Église, On a dit que pendant les trois premiers sièc les de l'Église, l'usage s$ s'était introduit et généralisé de recourir aux images sans provoquer une sérieuse opposition, Les chrétiens paraissent avoir prêté peu d'attention aux protestations de quelques écrivains qui n'avaient peutétre pas à leurs veux une autorité comparable à celle que nous attachons aujour d'hui à leurs écrits #, Et peut-être sera-t-il bon de le faire observer en pas| sant, ces grands noms de Tertullien, de Clément, de Minucius Félix, de Lactance et d’Arnobe les impressionnaient moins que nous-mêmes. Ces voix isolées, dispersées, qui s’élevaient l’une à Carthage, l'autre à Alexandrie, l'autre à Rome à des interval les de temps si considérab les, les contemporains ne les entendaient pas toutes à la fois, ou même ils ne les entendaient pas dans leur éclat et leur accord. S'il leur en parvenait un écho, ils pouvaient bien ne pas y prêter l'attention déférente que nous supposons trop volontiers. Quoi qu'il en soit, le peu de goût de ces docteurs pour les images n'avait pas empêché cel les-ci de se répandre : les catacombes en étaient remplies, r Il en allait probablement, de même dans la je une chrétienté d'Espagne, puisqu'un concile tenu à Illiberis (Grenade) vers lan 300 portait le canon 36°
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| Ce culte ira se développant à mesure que les chréti ainsi conçu : Placuit picturas in Ecclesia esse non debere, ne quod colitur el adoratur in parielibus depingalur !, Pendant pres que tout le rv° siècle, il fut convenu que ce canon ne proscrivait pas absolument le culte des images, mais qu'il défendait seulement de mettre des images dans les églises élevées au-dessus du sol, où el les auraient été exposées à être profanées ét détruites par les persécuteurs. Cette explication, comme chacun peut s'en rendre compte facilement, ne répond pas au texte du concile qui ne motive pas sa défense par le danger de profanation, mais par cette considération tout à fait différente : « On ne doit pas représenter sur les murail les ce qui est l’objet de. vénération ou d'adoration. » L'explication (par la crainte de voir caricaturer les types chrétiens) avait déjà été présentée au commencement du siècle dernier par Binterim, mais elle ne parait pas mieux fondée que la précédente. Si les Pères du concile avaient cherché, dans la proscription des images, un moyen d'éviter les caricatures, ils auraient dû recourir à un autre tour de phrase. En réalité, ce qu'ils reprochent aux images, ce n'est pas de tomber dans la caricature, c'est de « représenter ce qui est vénéré ou adoré r c'est-à-dire d'être el les-mêmes des objets de vénération ou d'adoration. Qu'est-ce que cela, sinon condamner le culte lui-même des images ? On peut, du reste, supposer que les évêques espagnols se sont attaqués, non pas à la théorie du culte, mais aux pratiques superstitieuses dont ils étaient témoins. On peut penser | que les images étaient pour les chrétiens du mr‘ siècle, mal guéris des séductions du paganisme, un danger constant d'idolätrie, et que le concile, pour couper court à ce danger, a cru devoir supprimer ce qui en était l’occasion. Cette interprétation que Noël Alexandre présente au xvut siècle a été reprise par Funk | et par Turmel *, Elle respecte le texte du canon en litige ; d'autre part, elle n’a rien de bien troublant, puisqu'elle voit dans ce canon une simple mesure disciplinaire sans portée dogmati que ; elle semble donc mériter la préférence 7.
Au 1v° siècle, saint Basile, dans une profession de foi adressée à l’empereur Julien (361-363), affirme hautement sa vénération pour les images #, mais on a eu tort de faire déposer quelques mots qui se lisent dans son traité De Spirilu Sancto comme s'ils concernaient le culte des images #, En réalité, saint Basile n'a ja mais abordé cette question en elle-même et n’a pas rencontré l'occasion de se prononcer là-dessus. Les quelques mots si souvent et si abusivement cités : A Tics clxévoc un éri T0 rmoutéturoy dLabalve, ont été écrits à propos de l'unité de nature et de la distinction des personnes dans la sainte Trinité. A la même épo que, saint Grégoire de Nazianze, parlant de l’image du saint homme Polémon, lui appli que le terme cebxouiæ ‘comme saint Paulin de Nole, parlant de l’image de saint Martin, se sert de ces mots : Martinum veneranda viri testatur imago . Enfin Théodoret nous apprend qu'à Rome, dans le vestibule de tous les ateliers, se voyaient de petites icones de saint Siméon Stylite, placées là comme une protection et un secours : œuAuxfv… xal &opdretmvs. Il y a dans tout cela les indi ces d'un commencement du culte des images, | tien, c'est la proportion inverse, les fresques ont été | reliefs est exceptionnelle par suite des difficultés que iens seront plus exposés à la contagion de l’idolätrie.« Les païens eux-mêmes, ou du moins ceux d’entre les païens qui possédaient une certaine délicatesse, sentaient l’inconvenance d'adorer le bois, le marbre ou. le métal, et, aux reproches qu'on leur en faisait, répondaient que leurs hommages s'adressaient à la divinité invisible dont l'idole matérielle était le signe. A cela saint Augustin répliquait que la pente est” rapide qui conduit à l'adoration de l’idole elle-même :« Ducit enim, el affectu quodam infimo rapit infirma corda mortalium similitudo et membrorum imitata coMmpago... quis aulem adorat vel orat intuens simulacrum, qui non sic afficitur ut ab eo se exaudiri putet, ab eo sibi præsiari quod desiderat sperel ? ? On a pensé voir dans cette phrase un argument du grand docteur contre le culte des images ; c'est peut-être dépasser la pensée de saint Augustin et il est permis de croire que, s’il avait voulu condamner les images, il l’eût dit clairement. Qu'il y fût peu favorable toutefois, on peut l'admettre en voyant qu'il se montre choqué de ce qu'on représente saint Paul avec saint Pierre de cha que côté du Sauveur, parce que, dit-il, l'Apôtre des Gentils semble bien w ne l'avoir ja mais vu ni approché 19, On a pensé pouvoir introduire une distinction un peu subtile entre la peinture et la statuaire afin d'expliquer la disproportion numéri que de ces deux séries monumenta les, mais cette disproportion s'expli que par des conditions matériel les. Dans l'art païen, la peinture. a pres que tout à fait disparu parce que les maisons n'ont pu être conservées, étant à ciel ouvert. Les, fresques n'existent donc plus, tandis que les statues” ont subsisté en assez grand nombre. Dans l’art chréconservées sous terre et sont Aamhrenses dans les catacombes où la présence de statues et de basrencontrait leur introduction dans des souterrains. Est-ce à dire que les fidè les, qui rencontraient presqu'à cha que pas des statues des dieux, se soient montrés plus rigoureux pour la sculpture que pour la peinture ? Nous ne le croyons pas. Les maisons ne renfermaient sans doute pas moins de peintures idolâtriques que de statues et de statuettes des dieux et. ils n'eussent pas été plus indulgents pour l'enduit que” pour le marbre ou pour le bronze. Dans les habitations privées, un nouvel enduit ou une couche de peinture M permettaient de supprimer les représentations qui leur déplaisaient : avec les statues, ils Sy prenaient . d'autre facon comme nous le voyons par la célèbre statue de saint Hippolyte (voir ce mot). On changeait … la tête et parfois les mains de façon à transformer un … personnage et à lui imposer un type différent. Il y aura « eu ainsi des mutations d'empereurs, d’orateurs, de rhé- ` teurs en images saintes, mais il est probable que nous n'en retrouverons ja mais la trace.
IX. LE RÔLE DES IMAGES. — Il semble que le premier iconoclaste, au sens rigoureux du mot, fut un. évê que de Marseille nommé Serenus. On ne sait pas. exactement si ce fut un accès de zèle malentendu ou une lubie de cerveau malade qui lamena à briser M toutes les images de son église, mais ce zèle intempestif — si zèle il y eut — lui attira une sévère admo- `
| nestation du pape saint Grégoire. « Ce n’est pas sans à “raison, lui écrivit le pape, que l'antiquité a permis de peindre dans les églises la vie des saints. En défendant | + adorer ces images, vous méritez l'éloge ; en les Drisant, vous êtes digne de blâme. Autre chose est d’adorer une image, autre chose d'apprendre par le moyen - l'image à qui doivent aller nos adorations. Or, ce . que l'écriture est pour ceux qui savent lire, l'image l'est pour eux qui ne savent pas lire. Par les images, les ignorants s’instruisent de ce qu’ils doivent imiter ; el les sont le livre de ceux à qui l'écriture est incon- | nue . y Saint Grégoire écrit que ce n’est pas sans raison que Fr antiquité a permis de peindre dans les églises la vie des saints. Nous ne voyons pas bien clairement d'après quels monuments les Pères du septième concile m affirment que pendant les trois premiers sièc les, on | éleva des églises au Christ et aux saints, dont l'intéPrieur était orné de peintures représentant les soufran ces des martyrs et la vie du Sauveur : Nœoûc évaDeuduevou TLVÉS RÈV zls ôvoux Xprotoŭ, ËTtepoL ÔÈ elg TRY ylov, oi èv TA Tig évavlporhozos zoŬ | Geo Au@v èv adrots SAC oi dE tàs 40Anrixùc TOY paptúpav ékyyhosie, hhor Êv oxvictiv &el Thv uvhuny pēpetv Déouvrec Èv éœuroic To robouẸévov udptupos Thy elxôva Éornhoyptpou, ý Sè ůrtoŭ TOŬ Xptorod . Dès le 1v° siècle, en effet, nous savons qu'il a existé des peintures. Nous avons déjà parlé de celle de sainte Euphémie (voir ce mot}, de celle de “saint Hippolyte (voir ce mot) ; saint Astère d'Amasée (voir ce mot), Prudence, saint Grégoire de Nysse nous décrivent les peintures qu'ils ont eues devant les | veux, saint Basile exhorte les peintres chrétiens à aborder ces grands sujets : « Pour quoi, dit-il, par mes bégaiements enfantins, rabaissé-je la gloire de l'illustre athlète Barlaam ? Confions son éloge à un langage plus éloquent, à des trompettes plus écla- - tantes. Venez à mon aide, peintres fameux des exploits | héroïques. Rehaussez par votre art l’image imparfaite - de ce stratège ; faites briller avec les couleurs de la . peinture l’athlète victorieux que j'ai représenté avec | - trop peu d'éclat ; je voudrais étre vaincu par vous » dans le tableau de la vaillance du martyr ; je me | réjouirai d'être aujour d'hui surpassé par votre talent, Montrez-nous, représentée avec soin, la lutte de la | . main contre le feu ; montrez-nous le lutteur brillam- . ment peint dans votre image ; montrez-nous les - démons poussant des hurlements, car ils sont aujourd'hui, grâce à vous, abattus par les victoires des a martyrs : faites-leur voir encore cette main ardente et victorieuse. Et représentez aussi, sur votre tableau, » celui qui préside aux combats et donne la victoire, le . Christ agonothète, à qui soit la gloire dans les sièc les … des sièc les *, » E Au vi ét au voè sièc les, les images se multiplient » mais l’art n'y gagne pas tout ce qu'on pourrait , attendre de cette ferveur picturale. Il y aurait une histoire à écrire, bien touflue, bien ardue peut-être, . mais bien curieuse aussi, sur cette période artisti que, ” histoire dont les éléments sont épars, sur l'influence … exercée par la Vulgate de saint Jérôme et par les E * passionnaires plus ou moins apocryphes sur le déveT loppement de l’art chrétien. Comme le dit saint GréT goire : Pictura in ecclesiis adhibetur ut hi qui litleras m nesciunt, sallem in parietibus videndo legant quæ legere in codicibus non valent. C'est cette préoccupation qui T a suggéré les cyc les en mosaïques de Sainte-Marie-
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| … prises des illettrés, il faut que les scènes représentant T
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un même sujet offrent un certain air de ressemblance, ce qui amène l’art à se cristalliser. Une fois admis le type d'Adam et d'Ève debout auprès d'un arbre sur lequel un serpent est enroulé, ou bien le type d'Abraham levant un couteau sur Isaac, ou encore de Moïse frappant un rocher avec son bâton, on ne pourra plus guère s'en écarter que sur de légers détails, sous peine de ne pas évoquer aux regards gt à la pensée du spectateur la scène de la tentation de nos premiers parents, celle de l'obéissance du patriarche, celle de l'autorité du législateur. L'iconographie devient une règle de plus en plus stricte. Qu'on étudie les peintures de Baouït en Égypte ou celle de Santa-Maria-Antiqua à Rome (voir BaoutT et Forum), on constate que les artistes prodiguent les images, mais songent de moins en moins à les varier et à les combiner d'une manière nouvelle, Dans l'atrium de Santa-Maria-Antiqua, le défilé commence ; ici, c’est la vierge Marie entre deux papes, Sylvestre et probablement Jean XIII alors vivant. Les murs de la nef présentent, à gauche, une suite de sept table aux consacrés à l'histoire de saint Joseph et, au-dessous, apparaît le Christ, le livre des Évangi les à la main, entouré de deux théories de saints, latins à droite, grecs à gauche. Sur la muraille qui fait face à celle-ci, la décoration est consacrée aux scènes de l'Ancien Testament, et, dans une niche, la Vierge, sainte Anne et sainte Élisabeth portent chac une leur enfant ; le presbylerium possédait sa décoration distincte dans laquelle on a reconnu l'Épiphanie, l'Annonciation, le Portement de la Croix, d'où l'on peut inférer que cette partie était réservée à la vie du Christ. La congue de l’abside était ornée par la représentation du crucifiement et par une longue inscription rappelant la prédiction du sacrifice par les prophètes. Tout autour on voyait les portraits des papes.
D'après cette petite église, on peut juger ce que devait être la décoration surchargée des gran des basiliques byzantines au var siècle ; on peut du reste s'en faire une idée, mais encore sobre et excellente, dans les édifi ces de Ravenne et à Sainte-Sophie de Constantinople. Et ce n'étaient pas seulement les parois et la voûte, mais encore les colonnes qui portaient des figures, anges, archanges, martyrs, patriarches, docteurs, etc. Ajoutez-y le mobilier liturgi que, les manuscrits, jusqu'aux vases sacrés, aux tentures, aux vêtements tissés et brodés, aux panne aux, aux couvertures d'évangéliaires, aux diptyques et aux pyxi des, partout l'image s'étale triomphante, destinée non seulement à instruire les illettrés, à éveiller la piété des simp les, mais encore à servir les fidè les instruits, les membres du clergé et ceux qui sont revêtus de la dignité apostoli que.
La peinture, la mosaï que, la sculpture, le bas-relief, l'émaillerie, tout est mis à contribution pour servir d'interprétation, de commentaire, de développement, de glose. L'art et l'écriture se complètent et s’éclairent l'un l'autre. Les Pères du Ie concile de Nicée ne trouveront pas, semble-t-il, d'expressions assez louangeuses pour célébrer le rôle des arts, principalement de la peinture. Ils la montrent comme l'alliée inséparable de la parole écrite, unie à elle comme l4 lumière du jour à la clarté du soleil # Les Péres du concile rappelleront avec complaisance l'émotion ressentie par saint Grégoire de Nysse, par saint Cyrille à la vue des saintes images et Théodore Studite expliquera ainsi l'avantage spirituel que cette émotion procure « Eh quoi ! qui donc à la vue d’une image, tableau ou 219 statue, qu'il a regardés attentivement et en détail,n’'en conserve pas dans son âme une impression profonde, édifiante si l'image est édifiante, dangereuse, si elle est mauvaise, dont l'obsession le poursuit même à la maison et le porte au repentir ou bien excite ses passions ? ? » Saint Jean Damascène dit aussi : « Quand je ‘n'ai pas de livres, ou que mes pensées, me torturant | comme des épines, m'empêchent de goûter la lecture, je me rends à l'église, qui est l'asile ouvert à toutes les maladies de l'âme. La fraicheur des peintures attire mes regards, captive ma vue ainsi qu'une riante prairie et, insensiblement, porte mon åme à louer Dieu. Je considère la vaillance du martyr, la couronne dont il est récompensé ; son ardeur enflamme mon émulation, je tombe à terre pour adorer et prier Dieu par l'intercession du martyr et j'obtiens mon salut . » Ce n'est pas seulement l'invocation des images que recommandent les docteurs iconophi les et l'Église grec que avec eux. Ils enseignent que les images continuent à jouir des mêmes pouvoirs et à procurer les mêmes bienfaits que les saints qu'el les représentent ont exercés de leur vivant. Cette vertu miraculeuse est attestée par d'innombrab les récits dont les actes du II° concile de Nicée ne semblent aucunement suspecter le témoignage. La Croix du Sauveur, qui obtenait du reste de la part des iconoclastes un traitement de faveur, est pour les fidè les « un bouclier, une armure, un trophée contre le démon. C'est le signe qui empêche l'ange exterminateur de les toucher. Elle redresse ceux qui tombent, soutient ceux qui sont debout, elle est le bâton des infirmes, la houlette qui guide les brebis, le guide des pénitents, le chemin de la perfection, le salut de l'âme et du corps, écarte tous les m aux, procure tous les biens : elle met en fuite le péché, elle est le gage de la résurrection, l'arbre de la vie éternelle . » La Croix du Sauveur,nous venons de le dire, tenait une place si éminente que les iconoclastes dérogèrent en sa faveur à leur ostracisme ; non seulement ils la toléraient, mais ils l’adoraient. Non loin de Sinasos én Cappadoce *, M. H. Grégoire releva une dédicace commencant par deux dodécasyilabes iambiques, dont le début se trouve pres que effacé. On lit 5 :
Ces vers signifient que l'image de la Croix sert de protection à la chapelle, et, en effet, celle-ci était peinte au plafond. Le reste de la décoration est purement linéaire ; bien que la chapelle soit entièrement peinte, on n'y trouve pas une seule figure de saint ; ce qui permet de croire, d'autant plus que les conditions matériel les ne s’y opposent pas,-que la chapelle remonte à l’épo que des iconoclastes.
La suite de l'inscription peut se transcrire ainsi :
TA xal révrore [quatre [r]ôv SoüA[ov Seiva] Dans la même région, à Skupi, M. H. Grégoire a découvert une formule correspondante à celle de
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Sinasos ; c'est une dédicace relative au remaniement | d'une église ais » xal oravodv [ÉcrhAloox tig ÉxAAnolac pátos . « J'ai dressé l’image de la croix, qui est la force « 220 de l’église. « Les parties de l'édifice contemporaines « de l'inscription sont précisément ornées de croix sculptées 7 ? sans auc une figure humaine ; nous avons encore ici un monument élevé ou décoré par des iconoclastes. Sur ce sujet de la croix, ils n'avaient rien - à reprendre et rien à envier aux iconophi les. Dans une « pièce de vers adressée au Verbe, Théodore Studite dit : « « Voici que les empereurs la font sculpter comme un signe de victoire 5, » En effet, Léon l’Isaurien, à l'entrée de la Chalcé, substitua une croix à l'image du Christ » | et fit graver au-dessous quelques vers qui rappelaient « cet acte a Ce fut une mesure générale. Un autre de ces poèmes proclame que la croix a arrêté le torrent de l'erreur.
« De quelle croix par les-tu et de quelle erreur ? » interroge le Studite. « Je vois que tu désignes la figure de la croix et l’image du Christ 19, » La croix devint comme … le symbole de la foi iconoclasti que et fut appelée à prendre partout la place de l’image 1 : araupe suvabac T Toly Dos w Thv edcébeLuy yvnolo Üroypdper dvatpérwv yåp elxóvov rücav égy. Obewce Thv ohy SóEay Éumaréc, Aye.
Afin de substituer la croix en paraissant s'autoriser i dé l’enseignement des saints docteurs, les iconoclastes se montrent à nous falsifiant ou forgeant des textes qui grâce à cette imposture abondent dans leur sens} ?
Une de ces falsifications fait dire à saint Épiphane de 4 « Les peintures tracées sur les murs doivent « être blanchies. Quant à ce que l’on aura préféré figurer « en mosaï que, comme il est difficile de refaire un tel Chypre : travail, la sagesse que Dieu t'a donnée (s'adressant à Théodore) saura ce qu'il faut ordonner. S'il est posÀ sible de le refaire, ce serait bien. Si c'est impossible, qu'on se contente de ce qui existe et que l’on ne 3 peigne plus ainsi. Car nos pères ne peignaient rien autre que le signe du Christ, la croix, sur leurs portes et partout 13, » Non moins impudente est la falsification d'un passage de la lettre de saint Nil à Olympiodore 1 recommandant de figurer une croix dans le sanctuaire, des scènes bibliques et évangéliques ainsi que des saints dans le reste de l’église : voici ce qu'on lui fait dire : « Dans le sanctuaire, ainsi que l’ordonne. 4 la tradition ecclésiasti que, trace une croix et bornetoi là : par cette croix tout le genre humain a été sauvé. Quant au reste de l'édifice, blanchis-le 15, » Ainsi, les iconoclastes présentaient comme une tradition ecclésiasti que la règle qu'ils ont définie dans leurs iambes : ne figurer que la croix. Ils. la plaçaient dans les absi des, sur les portes, et partout.
La croix fut si bien leur symbole que le premier soin : des orthodoxes, après le vire concile, fut de « bannir les croix des églises pour y établir des images 16, » Irène, nous le savons positivement, remplaça la croix par l'image à l'entrée de la Chalcé et #7 à SainteSons de Saloni que 15, M. A Sinasos, le texte de l'inscription semble nous | montrer des ennemis des images plaçant leur église sous la protection d’une image. C'est qu'à leurs yeux, en effet, le signe de la croix conservait toute sa valeur rituelle 1. Ils ne doutaient point qu'il n'eùt la vertu de chasser la maladie et le démon ?. La croix était, pour E eux comme pour les orthodoxes ? » la force puissante | de la foi, poun xparaà riorews. En l'adorant digne- …_ ment, les empereurs ont mis en fuite leurs ennemis | Fontés par sa puissance . » Théodore Studite imacine le dialogue suivant : « En adorant la figure de la croix, dit un orthodoxe, on adore en elle la croix vivi. fante. — Admettons-le pour la croix, répond l'héréI ti que, car elle est le trophée invincible contre le Ddiab les. » Nicéphore, aussi bien que Théodore Studite, “croix . En fait, ce culte était commun aux deux partis. Les iconoclastes n’essayaient pas de le diminuer ; au Eg “contraire, ils s'en prévalaient pour repousser les images humaines tandis que les orthodoxes ne faisaient que 2 réclamer, les mêmes honneurs pour ces images. Le VI concile décréta qu'el les seraient exposées rxearAnolwg TẸ TÜRE To otævpoŭ 7. C'est précisément cette “honorab les et vivifiantes et, aux mêmes pla ces, ils établissaièent des images, ils plaçaient des lumières au-devant d'el les, et brûlaient de l’encens et les avaient en Mn aussi grand honneur que le signe honorable et vivifiant sur lequel le Christ, notre Dieu a daigné être crucifié pour notre salut. Ils chantaient, adoraient et sollicitaient le secours de ces mêmes images #. » Nicéphore F prétend que tout cela n'était que duperie. « Ils feignent, F dit-il, d'adorer la figure de la croix comme un objet “ honorable et méprisent l’image du Christ, qui est plus f honorable encore : mais ce n'est point pour honorer la croix qu'ils agissent ainsi... c'est pour ne point paraître bouleverser “l'Église. La croix n'est pour eux qu'un prétexte - spécieux ? r.
+ Les iconoclastes nous apprennent qu'ils ne plaçaient - qu'une simple croix dans le sanctuaire de leurs églises. - Nous n'oserions affirmer qu'avant eux les orthodoxes T se soient ja mais montrés aussi exclusifs. Observons cependant que saint Nil réclamait x une seule et uni que croix » et non les trois croix qu'on rencontre = parfois 10, ou les « mille croix » dont parlait Olympio » dore ; et qu'en conséquence, il ne songeait pas à m écarter les symbo les ou figures qui accompagnaient la … croix dans les absi des de ce temps : à Sainte-PudenT tienne, à Nole, à Fundi ou, plus tard, à Saint-ApolliF naire in Classe, Saint-Etienne-le-Rond, Saint-Jean de T Latran et au Deir el Abiod 1, A. DÉVELOPPEMENT DU CULTE. VIe, le culte des images prit un développement - tellement considérable que ce fut un véritable envahis- - sement. Il eût pres que suffi que saint Siméon Stylite, dont on sait l'immense prestige, se prononcçât en leur m faveur, pour déterminer un mouvement irrésistible, T Dans une lettre adressée à l’empereur Justinien, le T saint demande la punition de malfaiteurs qui ont
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no” sur le culte que les iconoclas les rendaient à la prétention que blämaient leurs adversaires. « Ils chas- | saient des saintes églises, écrit Michel le Bègue, les croix. | de fond en comble le culte entier de | — À partir du | 222 commis l'impiété et l'abomination de profaner dans une église l'image du Fils de Dieu et celle de sa sainte Mère 23. Il se fait en outre le défenseur des chrétiens contre l'accusation d'idolätrie portée contre eux parce qu'ils honorent les images (roocxuvobvures) ™. Léonce de Neapolis, en Chypre (f 702) dans un discours apologéti que dirigé Adversus Judæos, explique les textes scripturaires allégués par certains chrétiens et certains israélites contre l'usage des images M4, Ce ne sont pas, dit-il, les signes extérieurs, c'est l'intention qu'il faut considérer dans tout salut et toute adoration. Si l’on place dans les églises des croix et des images, ce n'est pas qu'on regarde ces objets comme des dieux, c'est mpòg dv&uvnatv xai Tiny, xat eùrpénsigv ÉXXANCL@V. Ainsi, celui qui craint Dieu, honore, vénère et adore comme Fils de Dieu le Christ notre Dieu et la représentation de sa croix et les images des saints 15. » De cette vénération, nous trouvons un autre témoignage dans les Collectanea mis sous le nom d'Anastase le Bibliothécaire. On y lit la relation d'une conférence, tenue en 656, entre saint Maxime le Contesseur et Théodore, évê que de Césarée, où il est dit que Théodore, Maxime et tous ceux qui se trouvaient là se jetèrent à genoux et baisèrent les évangi les, la vénérable croix, l’image de Notre-Seigneur et de sa mère 16, Jean de Thessaloni que, légat du pape au concile de 680, revendi que, dans un discours cité par le concile de Nicée, le droit de peindre les images des saints, sans rendre l'adoration à ces images, et il espère qu'on glorifie les saints dont la peinture reproduit les traits. Il n’estime pas possible d’avoir les images de Dieu, mais seulement cel les de Jésus-Christ, qui s'est rendu visible dans un corps 17 Les monophysites étaient hosti les au culte rendu aux images. Plusieurs textes nous permettent de voir un de leurs adversaires dans le célèbre Philoxène de Maboug (f vers 52316), Sévère, patriarche d'Antioche, Pierre le Foulon, patriarche d'Alexandrie, et, en général, tous les acépha les, leur sont également hostiles1®. Il ne laissait pas, en effet, d'exister un lien assez étroit entre l'erreur monophysiste et l'hérésie iconoclaste. Lorsqu'Eusèbe de Césarée voulait arguer de l'impossibilité de donner uné représentation de l'humanité glorifiée de Jésus-Christ, il soutenait que cette humanité est transformée, divinisée, elle est &nrtos. Pour les monophysites strictement attachés à leur doctrine, c'est-à-dire pour les eutychiens et, avec eux, tous ceux qui admettaient en Jésus-Christ une transformation ou absorption de l'humanité en la divinité, il est clair que cette raison valait aussi bien pour l'humanité avant la résurrection. Pour les monophysites moins stricts, pour les sévériens par exemple, tracer l'image de Jésus-Christ, c'était toujours séparer en lui l'humain du divin, distinguer deux natures, ce qui n'était pas permis à leurs yeux. Un des arguments que firent valoir les iconoclastes pour défendre leur opinion fut précisément cette impossibilité de séparer en Jésus-Christ le borné et le circonscrit de l'infini et de l’illimité. Si on prétend ne peindre que l'humanité, disaient-ils, on divise le Christ et on est nestorien : ; si on prétend représenter à la fois les deux
CPAS TRE RE E + -
a EEE ESS DRE RESTE te Pet 223 natures, on les confond et on est eutvychien : mais de plus, on enferme l'incirconscriptible divinité dans les limites de la chair * De leur côté les parti sans des images ne négligeaient rien pour rattacher leurs doctrines théologiques aux dogmes les plus vénérés du christianisme. Ils s’efforgaient d'établir l'existence d'un rapport immédiat entre la légitimité des images du Christ et la croyance au dogme de l’Incarnation. Celui qui refuse la possibilité de représenter soit fait homme et qu'il ait vécu parmi les hommes. Toutefois les iconophi les devaient se prémunir contre l'accusation d'idolâtrie ; c'est pour quoi ils distin- -guaient, un peu subtilement peut-être, la matière des images de la forme. Le prosternement d'honneur, à les entendre, ne s'adresse qu'à la forme, car il y a un prosternement d'adoration et celui-là ne s ‘adresse qu'à Dieu.
Le développement du culte des images en Orient avait pris un développement que nous avons peine à imaginer. « Aux veux des dévots byzantins, il était comme le canal de la grâce et de la puissance divine, la source intarissable d'où découlent sur les hommes la vertu libératrice et tous les bienfaits de la Rédemption ; si el les ne produisent pas la grâce comme les sacrements, el les répandent dans les âmes les sentiments de foi, de charité, de contrition et les autres dispositions qui préviennent la grâce et la font descendre dans les cœurs, Far leur vertu mysti que, par leur puissance pres que sacramentelle, les tempêtes sont apaisées, les démons mis en fuite, les maladies éloignées : el les affermissent l'âme dans la foi et la prati que des vertus chrétiennes : el les consolent, el les protègent, el les fortifient contre les ennemis du salut ; el les procurent la santé de l'âme et la santé du corps : quicon que les honore dignement peut obtenir dans cette voie toutes les grâ ces qui lui sont nécessaires et, dans l'autre, la gloire éternelle. Le culte des images s'était enraciné peu à peu dans la vie religieuse du peuple qui s'était fait une habitude très chère de demander aux images secours et protection dans toutes ses entreprises. On les emportail en voyage : el les présidaient aux jeux de l'hippodrome ; el les marchaient dans les batail les en tête des armées impéria les. Héraclius emmenait avec lui dans son expédition contre les Perses l’image « non faite de main d'homme » du Sauveur : à la veille d'engager une lutte décisive, l'image du Christ à la main, il haranguaïit ses soldats : les Avares, qui étaient venus en son absence mettre le siège devant Constantinople, avaient été obligés, après quarante jours d'efforts inuti les, de se retirer en désordre, repoussés loin de la « Ville gardée par Dieu », moins par le courage de ses habitants que par la toutepuissante protection de la Mère de Dieu, patronne de la capitale. Trois sièc les après Héraclius, un général, Nicéphore Phocas, venait prendre à Constantinople, pour prix de ses victoires, la couronne impériale. On acclamait en lui, dit son historien, le général heureux qui avait restauré la gloire de la très sainte Mère des Byzantins, la divine Theotokos. Quant il eut quitté la galère impériale, la première station du nouveau basileus fut pour le monastère des Abramites ou de la Théotokos « non peinte de main d'homme », « Le culte des images occupait une place considérable dans les circonstan ces solennel les et dans les cérémonies officiel les de l'empire, il se trouvait mêlé plus intimement encore aux habitu des de la vie ordinaire du peuple de Byzance. Partout, dans les églises et les Chapel les, dans les maisons particulières, dans les
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Jésus nie, d'après eux, qu'il se chambres d'habitation et dans les chambres à coucher, « devant les boutiques, sur les marchés, sur les livres. et les habits, sur les ustensi les de ménage et les joy aux, sur le chaton des bagues, sur les coupes, sur les vases, sur les murail les, à l'entrée des ateliers, en » un mot, partout où cela pouvait se faire, on plaçait l'image du Sauveur, de la Mère de Dieu ou d'un saints On les trouvait sous toutes les formes et toutes les. grandeurs ; on peut les voir encore sur les sce aux de plomb d'une multitude de particuliers et de fonctionnaires de tout ordre ; on en portait sur soi comme amulettes, on les emmenait avec soi en voyage ; les images étaient pour le chrétien de Byzance un gage assuré de” bénédiction et de salut, une garantie de la protection et du secours d'en-haut : sans image, il ne pouvait, pas vivre. Aussi multipliait-on, pour ces icones tant aimées, les marques extérieures de la vénération la plus profonde, les baisers, les encensements, les inclinations, les prostrations ; souvent aussi on allumait devant el les des cierges et des lampes, on les ornait de draperies, de couronnes, de rubans, de guirlan des ; on chantait des hymnes en leur honneur, et il semble” bien que, depuis une haute antiquité, on ait eu coutume d'apprendre aux enfants des éco les de pieux. cantiques à la gloire de ces images . » Pour être moins exubérant, le culte n’était pas moins général et il était probablement plus senti en Occident. Fortunat nous dit qu'une lampe brülait devant l'image de saint Martin : 4 Hic paries relinet saneli sub imagine formam Lychnus adest, cujus vitrea natat ignis in urna. Nous avons vu saint Grégoire I réprimander l'ÉVÉ-M que Sérénus de Marseille et lui reprocher d’être en opposition par sa conduite avec la dévotion de tout l'épiscopat pour les images : Dic, frater, a quo factum sacerdole aliquando auditum est quod fecisti. Si non aliud, vel illud te non debuit revocare, ut, despectis aliis 1 fralribus, solum le sanclum el esse crederes sapientem +. Au dire du vénérable Bède, lors que saint Augustin de Cantorbéry se présenta avec, les missionnaires ses compagnons devant le roi Edilbert, ils portaient « crucem argenlkeam pro vexillo et imaginem Domini Salivaloris in tabula depietam *. À XI. IMAGES ACHÉROPOIÈTES. — Nous venons de parler d'images « non faites de main d'homme 5, ou images achéropoiètes. Il existait, en effet, différents spécimens de cette supercherie. Auc une n'égalait en | célébrité l'image d'Édesse formée par l'impression du visage du Christ sur un morceau d'étoffe et envoyée < par lui au roi d'Édesse. Appliquée en manière de. 1 fres que au-dessus d'une des portes de la ville, vénérée par tous les passants, on l'avait ensuite murée dans sa niche avec une lampe devant elle pour la soustraire à l'impiété du petit-fils d'Abgar ; et, de longs sièc les plus tard, les Édesséniens, avertis par une apparition, 4 avaient retrouvé leur palladium avec la lampe tou1 jours allumée. Ses mirac les ne se comptaient plus # ; il nous faut accorder ici quelques instants à ces images soidisant miraculeuses ; ce sera, si l’on veut, un intermède. Le concept de l'image venue du ciel (8umethg) n est pas spécifiquement chrétien. Les grecs honoraient plusieurs de ces images, auxquel les ils attribuaient une vertu spéciale : quantité de textes classiques le démontrent. Un produit analogue de l'imagination populaire chez les chrétiens, c'est l’image non faite de main d'homme (&yetporolnros), que l'on voit paraître dès l’épo que de Justinien. Il est possible de distinguer i plusieurs groupes. Le premier qui se rattache à I’ image concile de Nicée. Le deuxième, également d'origine [ lequel Jésus enfant, en essuyant son visage, avait [à aussi des achéropoiètes de la Vierge et des saints en | 1 telle, les plus célèbres sont cel les d'Abgar et de Véroni que. On a eu tort de croire à un lien de dépendance ~ férent et c'est seulement leur développement qui est
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à Constantinople et dont il est fait mention au second céleste, comprenant l’image de Memphis, un linge sur imprimé ses traits. L’achéropoiète de Rome, dont il ~ est question la première fois dans le Liber pontificalis | (Étienne II} ; celle de Constantinople, citée par Étienne ~ de Novgorod (1353) ; la colonne de la flagellation qui T aurait gardé l'empreinte du corps du Sauveur ; les ~ saints suaires et, en particulier celui de Turin. Il y € pays grec et dans l'Italie byzantine. Parmi ces images d'origine divine, ou préjugée | 4 entre ces deux légen des ; leur point de départ est difm parallèle. L'anti que légende d'Abgar a pour objet de = revendiquer une haute antiquité à l'Église d'Édesse. Dans le principe, il n’y est question que d’une lettre du Christ. Au vs siècle, il s'y ajoute une image, qui, au siècle suivant, revêt un caractère miraculeux. La | légende de Véroni que, n'a rien à voir avec l'histoire d'Édesse. Elle tend à expliquer la punition de Pilate. | L'empereur Tibère est malade et désire voir Jésus. … Mais c'est en vain. Ses envoyés finissent par découvrir Véroni que qui n’est autre que l'hémorrhoïsse de l Évangile. Elle possède une image du Christ qu'elle a fait peindre par reconnaissance de sa guérison. Tibère vénère cette image, recouvre la santé et envoie en exil le procurateur responsable de la mort de Jésus. Cette histoire nous ramène non à l'image d'Édesse, mais à la statue de Panéas ?, (Voir HÉMORRHOISSE.) Le plus ancien texte relatif à Kamuliana est conservé dans la compilation syria que de Land au tome mt des Anecdota syriaca. Il n’est pas douteux qu'il ne dérive d'un original grec perdu, que lon peut, avec beaucoup de vraisemblance, dater des années 560574, mais sur le caractère duquel il est difficile de se prononcer. Il nous est resté un autre récit de l’invention de la fameuse image, attribuée dans les manuscrits à saint Grégoire de Nysse, attribution bien certainement fausse et qui ne supporte pas l'examen. Il est © fort probable que le morceau du pseudo-Grégoire est T antérieur au xm®° siècle, sans aller toutefois jusqu’à dire que cette rédaction ait été connue avant le second concile de Nicée.
L'un des objets les plus vénérés au Moven Age, -dans le Sancta Sanctorum au Latran est l’image achéropoiète du Sauveur. L'icone conservée était, disait-on, un portrait en pied de Notre-Seigneur, commencé par saint Luc, achevé par un ange, et miraculeusement transporté par mer de Constantinople à Rome, lors de la persécution des iconoclastes. Benoît XIV, en relatant cette légende, la fait précéder d’un prudent ut dicitur. Même les papes du Moyen Age ne paraissent pas y avoir ajouté une foi entière, car, remar que le P. H. Grisar, dans les controverses du vurt et du 1x* siècle sur le culte des images, ils citent des peintures spécialement vénérées à Rome, mais ne disent d'auc une qu'elle ait une origine surhumaine, Ce qui est certain, c'est que, à cette épo que, l'icone du Sauveur était l’objet d'une vénération extraordinaire. En 753, le pape Étienne II la porta sur ses épau les de Saint-- Jean de Latran à Sainte-Marie-Majeure, lors d'une solennelle proeession faite pour implorer l'aide de = du Sauveur de Kamuliana, en Cappadoce, transportée ment effacée. L'image achéropoiète fut, | peinte sur une toile de chanvre appliquée elle-même | un corps d'homme vu de face et de dos,
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Dieu contre les Lombards. Pendant tout le Moyen Age, l'image achéropoiète fut portée processionnellement d'une basili que à l'autre deux fois par an, le matin de Pâques et la nuit précédant l’Assomption, Quand on arrivait au Forum devant l’église de Santa-MariaNova, l'image était déposée sur les degrés en ruine du temple de Vénus et de Rome,et,au chant du Kyrie Eleison répété cent fois, on arrosait d’un baume précieux les pieds du Sauveur, Ces rites, devenus très populaires, furent supprimés par saint Pie V, à cause des abus qui s'y glissaient.
L'image est revêtue d’une gaine d'argent, de 1 m. 50 sur 0 m. 70, sur laquelle est peint le Christ. Cette enveloppe, œuvre curieuse de l'orfèvrerie du xut siècle, a deux ouvertures : l'une laisse voir la tête ; l'autre est une petite porte à deux battants, ornés de gracieux | bas-reliefs, qu'on ouvrait jadis pour vénérer les pieds. | Le visage qui apparaît aujour d'hui n'est pas l'original, c'est une toile qui le reproduit plus ou moins fidèlement et qui offre tous les caractères d'un art en décadence *.
Peu de temps après cet examen, un autre fut autorisé et on dégagea de sa gaine d'argent la célèbre image qui n’était pas, comme on l'avait dit, entièreà l'origine, sur une tablette de bois de noyer : elle représentait le Christ assis sur son trône, la main droite levée, la main gauche tenant un volume. Le nom latin EMMANVEL, peint des deux côtés de la tête, prouve sa provenance | romaine ; la peinture est antérieure à Fépo que byzantine, mais le nimbe crucifère ne permet pas de la faire descendre plus bas que le milieu du v° siècle. Elle fut restaurée une première fois sous le pape Jean X (911-928) : sur la peinture originale on colla une tête peinte sur toile, entourée d’un nimbe d'or et de pierres précieuses ; le reste dé l'image fut recouvert d'un voile. Innocent III (1198-1216) donna encore à l'image une nouvelle tête, revétant le tout d'une gaine d'argent doré décorée d'ornements en relief, et protégeant la tête par un verre. Cette copie contraste par sa rudesse avec les délicates ciselures de l'enveloppe. La petite porte des pieds appartient au siècle suivant *.
Enfin il nous faut dire quel que chose d'une image dans laquelle on a cru voir de nos jours « un original qui ne peut avoir été fait par auc une main d'homme #.s On conserve à Turin une reli que connue sous le nom de Saint-Suaire. C'est, paraît-il, une fine toile de lin, jaunie par lé temps, de 4 m. 10 de longueur sur 1 m. 40 de largeur, offrant, à l'œil nu, de vagues silhouettes brunes et monochromes qui dessinent lors que l’étoffe est entiérement tendue. En 1898, à l’occasion de l'exposition de Turin, l’image fut retirée du coffre dans lequel on la conserve et placée en évidence de façon à être vue par des milliers de visiteurs. M. Secundo Pia la photographia. Contrairement à ce qui se passe habituellement en pareil cas, la photographie donna directement une épreuve positive, ce qui porta à croire que l’image représentée sur l’étoffe était ellemême une image négative. Or, assurait-on, comme on ne peut peindre un négatif, qui est le rebours de la réalité, l’image du Suaire n'était pas une peinture exécutée de main d'homme. Le premier mouvement fut de crier au miracle, de proclamer la découverte d'une preuve irrécusable, mécani que, photographi que
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eilr ame E m r ad me da
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suaire authenti que de Jésus-Christ, maïs une figure « | ou reproduction de celui-ci, e , toute récente, puisqu'on finit par avoir l'aveu du ` de l'authenticité du récit des Evangi les. Le second mouvement fut d'y regarder d'un peu plus près : et, quoi qu'en dise.le proverbe, le premier mouvement n'est pas toujours le bon.
U. Chevalier, mis en possession d'un travail déjà ancien du chanoine Lalore, de Troyes, entreprit de l’annoter et de publier les documents conservés | aux Archives de l'Aube, à la Bibliothè que nationale et aux Archives vaticanes. Vainement a-t-on essayé d'en éluder la portée, en contestant tour à tour leur authenticité et leur véracité ; leur témoignage est irrécusable., Voici ce qu'ils nous apprennent.
Le Suaire (Sindon, Sudarium) apparaît pour la première fois vers le milieu du x1v® siècle, alors que Creoffroy ler de Charny le donna à l'église collégiale fondée par lui à Lirey, au diocèse de Troyes. La provenance de cette image n'est pas certainement connue ; on peut hésiter entre deux versions différentes, fournies par les héritiers du donateur. D'après Geoffroy II, son père l'aurait regwe en cadeau. D'après Marguerite de Charny, fille de Geoffroy IT, son grandpère l'aurait conquise à la guerre. Tout cela est très vague.
Si on s'en tient à ce que nous apprennent les piè ces historiques, on voit qu'en 1350 on avait célébré à Rome les imposantes solennités du jubilé. Or, pendant toute cette année, d'innombrab les pèlerins ne cessérent de contempler et de vénérer, dans la basili que vaticane, un Sanio Sudario, qui produisit une impression profonde, au témoignage des chroniqueurs contemporains. Ce saint Suaire de Rome fut copié et son culte ne tarda pas à se répandre. Que ce culte ait été introduit en Champagne, la chose est d'autant ulus crovable que cette partie de ta France était en relations étroites et suivies avec l'Italie, surtout avec Rome : on en a des exemp les significatifs. Geoffroy [er de Charny était un personnage assez en situation pour ne rien ignorer des événements contemporains, et, en donnant à la collégiale cette image, il ne faisait que suivre le courant général. Il procurait aussi à son œuvre naissante des ressour ces abondantes, d'autant plus assurées que les fidè les étaient sous le coup des gran des émotions causées par la dévotion au Santo Sudario *. En tout cas, il y a là une coïncidence très suggestive, car c'est précisément vers la même épo que que les chanoines de Lirey sont en possession d'une « figure ou représentation du suaire de JésusChrist ?, s quandam figuram sive repræsentationem Sudarii Domini Nostri Jesu Christi. On vivait dans une atmosphère psychologi que, si Fon peut parler ainsi, qui se prêtait trop bien au succès de la nouvelle dévotion, pour que celle-ci ne prit pas, et rapidement, une extension considérable dans un milieu si parfaitement préparé. Les fou les, en effet, ne tardèrent pas à affluer à Lirey, émerveillées à la vue du Suaire qui, disait-on, avait recouvert le corps du Christ, dont l'image apparaissait dans de vives couleurs, montrant les plaies sanglantes du divin supplicié, Si les chanoines n'allirmaient pas que la reli que fût authenti que, du moins le laissaient-ils dire, et, grâce à leur silence, à leur connivence peut-être, cette croyance fut bientôt adoptée par les masses, toujours si facilement crédu les, Cependant l'évê que de Troyes, Henri de Poitiers (1353-1370), s'en émut et saisit de la chose plusieurs théologiens éclairés. Ceux-ci, après Sérieux examen, constaièrent que le suaire de Lîrey n'était pas le _et défendit même à ses prêtres d'en parler soit em bien où il déclare qu'il est de tout point bien informé, qu'il portant une peinture peintre qui l'avait exécutée. Devant ce résultat, l'évê que interdit l’ostension de la reli que 2.
I n'en fut plus question pendant trente-quatre 4 ans, soit jusqu'en 1389. Cette année-là, Geoffroy IE s'adressa au cardinal Pierre de Thury. légat de Clément VII en France, et en obtint,un indult autorisant Fostension de la reli que dans la collégiale de Lirey. Il est à remarquer que, ni dans Ta demande de. Geoffroy, ni dans la réponse du légat, le suaire n'est | considéré comme authenti que, mais on le qualifie de « figure ou représentation du Suaire de Jésus-Christ. » | Les chanoines parlaient de même, ce qui ne les empêA chait pas de favoriser dans le peuple la croyance à l'authenticité, et l’on pense s'ils réussirent ! | 23 Ils réussirent même si bien que Pierre d'Arcis, alors évê que de Troyes (1377-1395), intervint énergiw quement, voulant en finir avec une pareiïllé sapercherie dont, mieux que personne, il savait Fhistoire par le menu. C'était un personnage important que Pierre d'Arcis, d'une intelligence et d'une activité peu ordinaires. Évê que depuis douze‘ ans, il avait été : précédemment vicaire général de son frère à Auxerre, puis trésorier de l’église Saint-Étienne et juge de la cour épiscopale de Troyes. Il interdit formellement l'ostension du suaire sous peine d’ excommunication 1 et,pour prémunir son clergé contrée l'erreur accréditée à Lirey, il dénonça en plein synode la fausseté de © la croyance en la prétendue authenticité du suaire, soit en mal +, Le doyen de Lirey ne tint aucun compte de la défense de l'évê que et en appela au SaintSiège. À L'évê que fit de même. On était alors en plein schisme, 4 et la France était rangée sous l’obédience de Clément VII à Avignon. Ce fut donc à lui que Pierre © d'Arcis s'adressa par l'envoi d’un mémoire explicatif est en mesure de prouver tous ses dires, qu'au reste les. faits étaient publics dans son diocèse. Ce mémoire. dut parvenir au pape vers la fin de l'année 1389, C'est, en l'espèce, un document de premier ordre, vraiment décisif, et dont l'autorité ne saurait être mise en doute. L'évê que y fait Fhistori que complet de la question, dès le début, sous son prédecesseur Henri de Poitiers, déclarant qu'il est dégagé de tout parti pris, qu'il m'a. en vue que l'intérêt des âmes qui lui sont confiées, et qu'il agit en évê que chargé de veiller sur sgn troupeau pour le préserver de l'erreur. Certes, il eût été « heureux de voir son diocèse en possession d'une - reli que aussi précieuse si elle était authenti que, maïs : la cause de la vérité lui importait davantage, et ici la vérité Fobligeaït à dire que le suaire de Lirey n »était nullement le suaire même de Jésus-Christ, dont il n'était que la figure ou représentation, avec une image : peinte de main d'homme ; ily avait donc là une supercherie repréhensible qui devait être condamnée. De son côté Geoffroy IE de Charny n'était pas resté inactif, car, devançant même Pierre d'Arcis, il s'était adressé à Clément VII, jui demandant de vouloir bien lever la défense portée par l'évê que, défense préjudiciable à l'église collégiale de Lirey fondée pan soi pére. Ainsi Clément VEIL se trouvait saisi de l'affaire par : les deux partis à la fois. Après mûre information, il se prononca de la façon suivante : il sépond à Geof-.
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froy de Charny qu'il confirme l'indult du légat auto- ~ risant l’ostension de la + figure ou représentation du - Suaire de Jésus-Christ » et qu'il fera savoir aux chanoines de Lirey la manière dont devra se faire cette ostension (28 juillet-3 août 1389) 1, Ceci sauvegardait | jes intérêts matériels de la collégiale. A l’évê que de Troyes, le pape répond qu'il autorise l'ostension de ~ laų figure ou représentation du Suaire de Jésus-Christ », - qu'il ait donc à retirer sa défense et à ne plus mettre = désor mais d'obstacle à cette ostension, pourvu que - celle-ci se fasse dans les conditions qu'il marquera (6 janvier 1390) . | Il informe les doyens et chanoines de Lirey qu'il impose silence à l'évê que et qu'il les autorise à exposer la « figure ou représentation du Suaire de Jésus-Christ », - sur la nature duquel il s'expli que catégoriquement. » Ils doivent l’exposer sans auc une solennité et, « pour écarter toute cause d'erreur etd ‘idolâtrie, on aura bien soin d'avertir les fidè les à haute et intelligible voix = quecen’estpas le vrai suaire qui a recouvert le corps de + Jésus-Christ, mais seulement une peinture faite pour - représenter ce suaire (6 janvier-6 février 1390) : Nos … igitur cirea modum oslensionis hujusmodi, ad omnem erroris el ydolatriæ materiam submovendam, de opor- ¿uno remédio providere curantes, volumus ef tenore presencium auctoritate apostolica statuimus el eciam ordinamus quod, quocienscum que dictam figuram seu | representacionem deinceps populo ostendi contigerit, decanus el capitulum predicti ac alie persone ecclesiastice hujusmodi figuram seu representacionem ostendentes el in hujusmodi ostensione presentes, quandiu ostensio ipsa durabit, capis, superpelliciis, albis, pluvialibus vel aliisquibuslibet ecclesiasticis indumentis seu paramendis nullalenus propterea induantur, nec alias solemnitates faciant que fieri solent in reliquiis ostendendis, quod que propterea lorticia, facule seu candele minime accendantur, nec luminaria quecum que ibidem adhibeantur ; quod que ostendens diclam figuram, dum major ibidem convenerit populi multitudo publice populo predi cet ul dicat alla et intelligibili voce, omni fraude ceessanle, quod figura seu representacio predicta non esl verum Sudarium Domini nostri Jhesu Xpisli, sed quedam pictura seu tabula facta in figuram seu represenlacionem Sudarii, quod fore dicitur ejusdem Domini nostri Jhesu Xpisli .
Enfin, à la même date (6 janvier 1390), Clément VII avertit les offici aux de Langres, d'Autun et de Chälons-sur-Marne des décisions qu'il vient de prendre sur la permission et le mode d’ostension de la « figure ou représentation du Suaire de Jésus-Christ », Il insiste à nouveau sur ce point capital que, « pour éviter toute fraude et toute cause d'erreur, il faudra prévenir les fidè les qu'on ne montre pas le vrai suaire de JésusChrist, mais une figure ou représentation de ce suaire : quod figuram seu representacionem predictam non ostendunt ut verum Sudarium Domini nosiri Jhesu X pisti sed tanquam figuram seu represenlalionem dieti Sudarii, quod fore dicitur ejusdem Domini Jhesu X pisti *.
La même année (1% juin 1390), le pape sanctionna le culte ainsi spécifié par lui, et rendu à la « figure ou représentation du suaire de Jésus-Christ, + » et accorda de nombreuses faveurs spirituel les aux fidè les qui viendraient le vénérer à Lirey et contribuer par leurs | offran des à l'achèvement de la collégiale £.
À partir de cette sentence, le silence se fait autour de l’image jusqu'en 1418. À cette date, pour la soustraire aux calamités de la guerre civile qui désolait la Champagne, les chanoines de Lirey la confièrent
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à Humbert de la Roche, gendre de Geoffroy II de 230 Charny, dont il avait épousé la fille Marguerite. Une fois entre leurs mains, le suaire ne devait plus revenir à Lirey et, malgré toutes les promesses, toutes les réclamations, tous les appels en justice, les chanoines durent y renoncer.
Après de nombreuses et curieuses pérégrinations. jus que dans le diocèse de Liége, où l’évê que, Jean de Heisberg (1419-1455), eut aussi à condamner la supercherie qui voulait toujours le faire passer pour authenti que, le fameux suaire arriva enfin en la possession de Louis If, duc de Savoie, et de sa femme Anne de Lusignan (1453). L'image fut déposée dans la sainte chapelle du château de Chambéry, où un violent | incendie la détériora en partié. Réparée par les soins des clarisses de cette ville, elle” y resta jusqu'en 1578. A cette date, elle fut transportée à Turin, où elle est encore conservée aujour d'hui, Toutefois, à Cham| béry comme à Turin, on fa’ considéra comme parfaitement authenti que, et plusieurs écrivains entreprirent de la défendre avec des arguments qui ont pu faire iliusion, mais qui ne peuvent se soutenir devant la criti que. On avait fait du chemin depuis 1390 7 ! MIT. LA TENDANCE HOSTILE AUX IMAGES. — L'intermède fini, revenons à la querelle dés images. Malgré les exhortations des Pères et des évêques, l'approbation des papes, la faveur ‘et la munificence des empereurs, on entrevoit d'assez bonne heure la tendance à une réaction, longtemps avant qu'il soit question d'iconoclasme. On a justement fait remarquer que l'exploration de la Syrie centrale par la mission de Vogüé — mission dont tous les résultats princip aux ont été confirmés par une récente mission américaine — permet de prendre connaissance d'une contrée dans laquelle l'art est arrivé, au point de vue de la techni que et du style, à une grande habileté ét dans laquelle on s’abstient systématiquèement de la représentation de la forme humaine. Au contraire, l'art copte propage de son mieux la figuration humaine comme nous l'avons vu à Antinoé, à Baouït, à Chaqgqarah, à Deir el Abiod, à el Baghaouat, éte. On pourrait croire que le sentiment de leur inhäbileté et la vue convaincante des productions maladroites et pres que ridicu les de leur pinceau aurait suffi à détourner les arti sans de représentations trop diffici les pour leur savoir-faire en les portant à s'appliquer au dessin ornemental. Il n'en est probablement rien, car « la maladresse n'a ja mais empêché les barbares de s'obstiner à reproduire la figure humaine ; l'exemple de l'art grec en est la preuve et l’on oublie que les auteurs des dessins grossiers que l’on voit sur les vases du Dipylon sont les ancêtres des Phidias ét des Praxitéile. La raison de cette préférence pour l'art ornemental est donc plus profonde et il est difficile d'admettre qu'elle n'ait pas quelques rapports avec le sentiment religieux. C'est par des lignes géométriques, par des éntrelacs compliqués, par la répétition d'un même motif, par des symbo les empruntés au règne végétal ou animal que les Syriens [et dans une moindre proportion les Coptes | sont arrivés à exprimer le sentiment de l'infini. L'iconographie religieuse qui plaisait tant aux Grecs, amoureux de la beauté, même après leur conversion au christianisme, devait faire l'effet, en Syrie et en Egypte, d'une véritable idolâtrie. Ces personnages célestes, dont les traits reproduisaient souvent de bien près ceux des Olympiens, blessaient le sens profond qu'ils avaient de la toute-puissance divine et de l'infini de Dieu. Pour comprendre l'orims roman _—
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gine de la querelle des images, il est impossible de ne pas tenir compte de cet état des esprits en Orient, contenu pendant plusieurs sièc les, grâce au merveilleux essor de l’art byzantin, il ne s’en est pas moins manifesté en plusieurs circonstan ces qu'il est important d'examiner. Il est d'abord certain que l’expansion de l'Islam a aidé cette tendance à triompher.
« Ce n'est pas, comme on l'a cru quelquefois, que la doctrine du Coran fût, par essence, incompatible avec l'art. Mahomet avait simplement proscrit les ido les et ne s'était pas attaché à régler les difficultés qu'il ne prévoyæt certainement pas. Mais, lors que l'Égypte et la Syrie furent devenues le centre de la civilisation musulmane, les Arabes héritèrent des tendan ces des Coptes et des Syriens, chez qui ils recrutèrent d'ailleurs leurs premiers artistes. L'horreur du Coran pour les ido les fournit à ce peuple l'occasion d'imposer définitivement à l’art leur ornementation symboli que ; ils sont vraiment les créateurs de ces fol les arabesques, de ce décor polygonal, de ces métho des compliquées qui ont été pour eux un langage métaphysi que À. Il ne faut pas croire d’ailleurs que ce mouvement n'ait rencontré auc une résistance. La meilleure preuve que l'Islam pouvait s'accommoder très bien d'un art analogue à l’art chrétien, c'est que cet art existe en fait dans certains pays musulmans et qu'avant la querelle des images, une véritable lutte entre les deux tendan ces riva les s'est poursuivie chez les Arabes, Des mosquées ont été couvertes, peut-être par des artistes grecs ou per sans, de mosaïques analogues à cel les des églises chrétiennes ; au vin siècle, une fres que d'une mosquée de Jérusalem représentait le paradis et l'enfer, sous Abd-el-Melik * (705-714), Dans les palais merveilleux des Khalifes de Cordoue ou du Caire, on voyait des statues d'hommes ou d'anim aux. Des manuscrits retracaient les aventures de Mahomet et l'histoire des Prophètes, qu'il regardait comme ses prédécesseurs, depuis Adam jusqu'à Jésus. Sur les monnaies enfin, les khalifes faisaient frapper leur effigie, tantôt vêtus comme des empereurs byzantins, tantôt dans l’appareil des rois de Perse. Maïs il se forma bientôt une école de théologiens rigoristes qui condamnérent ces représentations comme de l'idolätrie. L'édit que le khalife Iézid aurait rendu en 723 contre les images, et dont il est question dans les actes du IT : concile de Nicée, ne paraît être que le résultat d'une confusion. Ce fut, en réalité, le prédécesseur de lézid, Omar IT, qui, sous l'influence d'un parti fanati que, poursuivit de sa haine toutes les manifestations artistiques, recouvrant de toi les les peintures des mosquées et ordonnant de faire bouillir les chaînes dorées qui retenaient les lampes jusqu'à ce qu'el les eussent perdu leur éclat ?. C'est aussi à cette épo que que les effigies disparaissent des monnaies arabes et y sont remplacées par des versets du Coran : jusqu'en 699, le khalife Abd-el-Melik s'était fait représenter sur les siennes en costume impérial ; il y renonça sur les remontran ces des docteurs et ses successeurs suivirent son exemple. Cette victoire des iconoclastes musulmans fut complète en Syrie et en Égypte : la Perse, au contraire, ne s’astreignit ja mais à respecter cette prohibition { s Ce n'est pas seulement en pays musulman que des tendan ces analogues se manifestent. Nous avons vu l'opposition que Clément d'Alexandrie et quelques autres, parmi lesquels les Pères du concile d'Elvire, lont aux images, Eusèbe de Césarée leur est hostile, saint Épiphane déchire dans une église une tenture précieuse représentant le Christ. En 488, un évê que monophysite d'Hiérapolis, nommé Kenaias, qui fut expulsé de son siège comme manichéen, interdit dans son diocèse les images de la Vierge et des saints 5. Au VIe, la peinture du Christ en croix dans une église de Narbonne excite un tel scandale que l'évê que est obligé de la faire recouvrir d'un voile (voir Croix, CRuarix). Et ce n'est pas seulement Sérénus de Marseille qui prélude à l'iconoclasme : en traversant Constantinople, pour se rendre à Jérusalem, le pélerin Arculf vit, à sa grande indignation, un homme « sauvage et impitoyable » saisir une image de la Vierge sculptée sur un panneau de bois qui était pendu au mur d’une maison et aller la jeter dans les latrines 7. Il ne faut pas oublier non plus que les juifs, très nombreux dans toute la chrétienté, ne pouvaient ressentir pour les images des chrétiens que haine et mépris. S'il est bien difficile d'admettre, d'après la légende du renégat Béser, que Léon l'Isaurien ait subi leur influence, — il serait en effet étrange qu'il acceptät les conseils de ceux qu'il venait de proscrire par édit, en 722,— il n'en est pas moins vrai qu'ils déployaient à cette épo que une vive ardeur de prosélytisme. On vit un peuple nombreux de race tur que, les Khazars, se convertir au judaïsme et, à plusieurs reprises, de f aux Messies soulevèrent les populations de l'empire byzantin et de l'empire arabe. Ils ont pu, dans une certaine mesure, par leur exemple et la propagation de leurs doctrines, contribuer à la naissance du mouvement iconoclaste du VIe. Quoi qu'il en seit, ce mouvement ne fut pas un fait spontané, On ne peut pas dire . qu'il ait existé alors une organisation internationale en vue de la destruction des images, mais on doit constater sur des points très différents, très éloignés les uns des autres et dont les communications nous sont mal connues, l'existence de tendan ces hosti les à ce culte si répandu qu'il offrait parfois l'aspect d'une superstition.
XIII LES DÉBUTS DE L'ICONOCLASME. — La tendance devait être une réalité sous le règne de Léon l’'Isaurien, né vers 675, mort le 8 juin 741, issu d'une modeste famille d’Isaurie que les hasards de la guerre avaient conduite en Thrace. Il en est de Léon l’Isaurien comme de son fils Constantin Copronyme : ; le. titre d’JZconoclaste attaché à leurs noms les a desservis devant la postérité qui se les représente volontiers sous l'aspect de brutes malfaisantes, acharnées à la destruction des bel les choses qu'el les ne pouvaient comprendre et pas même regarder. La vérité est très différente. Léon l'Isaurien fut un véritable homme d'État et un chef militaire de grand mérite. D'après Théophane, Léon s'étant trouvé en mesure de faire présent à l'empereur Justinien II d'un troupeau de cinq cents brebis, il en fut récompensé par le titre de spathaire (porte-glaive) impérial #. Sous le règne d’Anastase IT, Léon devint général de l'armée d'Asie Mineure (713). Lors que,en 716, à la suite d'une émeute, ce prince abdiqua et se retira dans un monastère, cédant le trône au bon et faible Théodose, proclamé empereur par les insurgés, Léon refusa obéissance au nouveau souverain, le vainquit, le força à se retirer, lui aussi, dans un monastère et s'empara du trône avec la volonté de fonder une nouvelle dynastie (25 mars 717).
A ce moment, la situation de l'empire était de nature à faire trembler un esprit moins ferme que le sien. Les Arabes, profitant de la décadence des empereurs, s'étaient établis sur divers points de l'Asie f> pT e nm ==. r Fais r : ee um à pe EE. r PTT TETE LD, Cane ar ve ni. t : = Eyes pi T
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Mineure, Ancorium, Pergame ; ils parcouraient cette immense province et commençaient à ne plus dissimuler leurs projets de conquête à l'égard de Constantinople. En Europe, la situation était plus alarmante encore, car les mena ces semblaient devoir s'y réaliser plus tôt. Les événements que le talent du nouvel empereur sut conjurer n'allaient rien moins qu'à procurer un désastre comparable à ce que sera celui de 1453. Pendant que les Slaves envahissaient le pays grec, que les Bulgares poussaient jusqu'à l'Haenus, les Arabes mettaient le siège devant Constantinople et campaient autour de la capitale pendant une année entière (août 717-août 718). Sur mer et sur terre, Léon conduisit la défense, et, quand lennemi se retira, cinq seulement de ses vaisse aux rentrèrent en Syrie, cent cinquante mille soldats environ avaient péri. Après ce triomphe, Léon jouit de quelques années de répit, mais, en 726, les Arabes s'emparaient de la Cappadoce, de la Bithynie, de l'Arménie ; Léon les anéantit dans la bataille d'Akroinon, en Phrygie (740). Ces succès, ainsi qu'on peut le penser, n'étaient pas remportés par les armées byzantines d'autrefois, mais par une armée admirablement reconstituée. “Toute l'administration avait d'ailleurs été l’objet de sérieuses réformes, La réforme religieuse, si imprudemment entreprise sur la question des images, ne doit pas, malgré ses résultats funestes et les mobi les peutêtre condamnab les qui la firent entreprendre, nous empêcher d'être juste à l'égard de Léon III L'influence exercée sur lui par le khalife Iézid est douteuse ; celle du judaïsme et de l'islamisme le sont beaucoup moins. Il se pourrait qu'il faille songer aussi aux pauliciens qui avaient le centre de leurs opérations et le foyer de leur doctrine en Commagène, province voisine du pays d’où Léon était originaire, et avec laquelle il a pu avoir des relations assez étroites, car on le voit protéger ouvertement Gegnaevius, chef des pauliciens, et lui faire délivrer un brevet d’orthodoxie par le tribunal du patriarche. Enfin, par suite de la découverte des lois des empereurs, on a pénétré peut-être le véritable mobile de la politi que iconoclaste qui visait beaucoup moins les images que les moines et l’institution monasti que qui fut durement frappée et systématiquement spoliée de ses biens.
On doit probablement accorder à Léon une part d'aveuglement qui peut être invoqué à titre d'excuse. Dans sa lutte contre les images, l'empereur était de bonne foi, mais la question religieuse était primée par la question financière. En 725, la situation économi que était déplorable ; il fallait, — et à tout prix — se procurer les fonds nécessaires pour soutenir la lutte sur les frontières. « La découverte de l'Ecloga et des réformes politiques et administratives des empereurs dits Isauriens a amené un revirement remarquable dans l'opinion des historiens. On a rappelé la multiplicité effrayante des couvents de Byzance, l'influence énorme que possédaient les moines, leurs richesses immenses : on a montré comment le développement du monachisme paralysait la vie publi que et privait la nation de ses for ces vives 1. D'où cette conclusion, que les empereurs iconoclastes s'étaient proposé sans doute de briser la puissance des moines afin de donner à l'administration centrale l'omnipotence dans l'État.
La réforme iconoclaste n'était plus qu'un complément de l’Ecloga. On n'a plus voulu voir alors en Léon TITI ét en Constantin V que des politiques et des soldats, qui avaient cherché à diminuer l'Église au profit de l'État et de l'armée. On leur a attribué les idées les plus modernes sur la suprématie du pouvoir laï que. Sans doute, avait-on dit déjà, si Léon a voulu abolir les images, c'était « afin de supprimer une des principa les incompatibililés entre la religion chrétienne et celle des Juifs et des Arabes et de faciliter ainsi l'entrée des infidè les dans l'Église et leur soumission à l'Empire ?. » Évidemment, ajoutent d’autres, Léon a supprimé les images afin de priver l'Église et les moines de leur principal moyen d'action sur le peuple, et d'arriver ainsi à dominer séparément et le peuple et l'Église : et si Constantin a persécuté les moines, c'est parce qu'ils intriguaient contre le pouvoir central de l'État. Cette tendance à rajeunir à l'excès des concepts de jadis a conduit jusqu'à d’élonnantes exagérations. « Il s'est formé à Byzance, a-t-on écrit, un état d'esprit analogue à celui de la franc-maçonnerie !! ! #8 » Niaiseries. t Rappelons d'abord combien il est invraisemblable de prêter à des Byzantins du vin siècle nos idées actuel les sur les dangers de l'ingérence de l'Église dans les affaires de l'État. On ne concevait pas alors comme aujour d'hui la séparation du temporel et du spirituel. Dire que Léon et Constantin se seraient fait leur idéal de prêtre-roi, réunissant les pouvoirs temporel et spirituel, d’après les khalifes arabes, c'est négliger le principé même du gouvernement romain. Léon n'avait pas besoin de l'influence arabe pour écrire le passage qu'on lui prête : « “ Sache que je suis prêtre et roi en même temps. » Il ne faisait que se conformer à la tradition constante des empereurs chrétiens depuis Constantin le Grand. Et dans sa réponse, contrairement à ce qu'on pourrait attendre, l'auteur de la Lettre à Léon JIT ne conteste nullement le principe. Il répond seulement que les empereurs orthodoxes ont été, en effet, de véritab les pontifes, tandis que les empereurs hérétiques ne sont que des ennemis de l'Église ?. Les empereurs byzantins étaient vraiment investis (il serait plus conforme à la rigoureuse vérité de dire : s'étaient investis) d'un pouvoir ecclésiasti que supérieur à celui des évêques #. Il n’ont ja mais cessé d'être (ou plutôt de faire acte) non seulement de roisprêtres, mais de rois-théologiens *. Le fait qua les empereurs iconoclastes ont promulgué des lois pour augmenter la force du pouvoir central et ont cherché à diminuer la puissance des moines n'est pas une raison suffisante pour croire que la préoccupation religieuse ait été absente de leur esprit. » On a dit, non sans raison 1, que les raisons purement administratives ne suflisaient pas à el les seu les à expliquer la réforme religieuse entreprise par Léon. Né pres que au centre de l'influence paulicienne, il n'avait pas pu ne pas entendre parler de la doctrine peu différente des messaliens, qui régnait en Arménie, d'où les images avaient disparu 4, Plus tard, Léon connut en Phrygie l'évê que Constantin de Nacolie, ennemi déclaré des images 13, Tout cela est exact ét a pu influencer Léon, mais nous serions disposé à admettre que les considérations administratives ont exercé autant d'influence
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sur son esprit que les considérations religieuses. Cela étant, en vrai souverain de Byzance, il ne conçut pas une réforme efficace sans un peu de violence. Lors que l'idée lui était venue de contraindre les juifs et les montanistes à se faire chrétiens, les premiers s'étaient soumis pour la forme, les seconds mirent le feu à l'édifice où ils se trouvaient réunis et périrent plutôt que d'obéir. Ce sont là jeux de prince.
XIV. Les sour ces. — La principale autorité est celle de Théophane, mort en 818, confesseur et, en quel que manière, martyr pour la cause des images dans la deuxième phase de l'histoire des iconoclastes. Sa Chronographie porte bien son titre ; ce n'est rien moins en effet qu'une histoire, mais une chroni que sèche, aride et d'une lecture assez rebutante. Elle fut composée entre 810 et 815 1, et rien parmi les écrits, récits, correspondan ces, actes impéri aux ne pourrait suppléer à ce qu'elle nous apprend si nous ne l'avions pas. La forme chronicisante exclut toute tentative de développement, de rapprochements, de réflexions, mais ce défaut, ou du moins cette sécheresse, est largement compensé par la brièveté du récit et par sa clarté. Les faits sont répartis par années du monde et datés par indictions.
On sait aujour d'hui ? que Théophane a donné une chronologie parfaitement exacte des années de l'ère mondaine et qu'elle doit nous servir de base pour toute la période qu'il traite. « On admettait que la | chronologie de Théophane était en avance d'une année à partir de lan I d'Héraclius jusqu’à la dernière année de Constantin Copronvme, c'est-à-dire que l'année 6245 de Théophane par exemple était en réalité 6246 de l'ère d'Alexandrie et correspondait ainsi à l'année de notre ère qui va de septembre 750 à septembre 754 et non à celle qui va de septembre 752 à septembre 753. Théophane avait ensuite dédoublé la dernière année de Constantin et cette nouvelle erreur, qui compensait la première, avait ainsi redressé sa chronologie, On expliquait ainsi le désaccord constant entre les dates données par années du monde, le chiffre de l'indiction, et les indications fournies par Théophane lui-même, sur la durée du règne des empereurs. Il dit par exemple que Constantin II a régné trente-quatre ans, deux mois, vingt-six jours, et pourtant il le fait régner du 17 juin 6252 au 14 septembre 6267, ce qui fait plus de trenté-cinq ans. Muralt# était arrivé à un système très compliqué et peu logi que, corrigeant le chiffre de l’année du monde d'après l'indiction, pour les événements que Théophane donne par l'indiction, maintenant, au contraire, ce chiffre lors que l'indiction n'est pas donnée. Hubert, d'après une conjecture de Bury 4, est arrivé à une chronologie plus satisfaisante. Il admet qu'en 726, pour des raisons financières, Léon II a fait doubler l’indiction, c'est-à-dire que la X+ indicLion, qui correspondait à l’année du monde 62419, aurait été avancée jusqu'à l'année 6218, laquelle aurait ainsi appartenu à deux indictions. Nous aurions donc :
IX-X. 726—6218-6219. Ind. rég. IX-X, j Théoph. X-XI. 727—6219-6220. Ind. rég. X-XI, | Théoph. XI-XII.
Voici les deux preuves essentiel les sur l'avancement du commencement de la Xe ! indiction en 726 : 19 ann. - 4 mundi 6252, XIVE ind. de Théophane le vendredi 15 août, éclipse de soleil ; il y eut une éclipse de soleil le vendredi 15 août 760, XIIIE indiction ; — 2 en 6252, Pâques fut célébrée le 6 avril par les orthodoxes, et cette fête tombe précisément le 6 avril en 760, XIIIE indiction. A partir de 726 jusqu'en 775, l'indiction byzantine se trouva ainsi en avancé d'une année sur l'indiction « régulière employée en Occident. Mais l'ère du monde employée par Théophane donne bien l'année exacte. L'avènement de Constantin tombe ainsi en :
740 = 6232-6233. Ind. rég. VIII-IX, Théoph. IX-X.
Théophane place, en effet, cet avènement au 8 juin 6232, indiction IX. Le concile des Blakhernes tombe en 753. Théophane le fait durer du 10 février au & août de l'indiction VIT en 6245. Or : | à 753—6245-6246, Ind. rég. VI-VII, Théoph. VII-VIII.
Mais, en 773, Constantin s'avisa de rétablir à Byzance l’indiction régulière. Pour cela, il procéda | à une opération contraire à celle de Léon II ; il prolongéa probablement de six mois chac une des indic-, M tions XIet XIL On eut ainsi : we et ainsi de suite, Les contradictions entre les chiffres de l'ère mondaine et les calculs de Théophane sur la durée du règne des empereurs, proviennent de ce qu'il a fait ces calculs lui-même et d'après l'indiction, sans tenir compte des irrégularités qui s'y étaient produites. Ainsi est résolue la difficulté qui embarrassait le plus les historiens : la durée exacte du règne de Constantin V. Théophane place son avènement au 8 juin 6232 et sa mort au 14 septembre 6267, ce qui fait trente-cing ans, deux mois, vingt-six jours. Il indi que d'autre part qu'il a régné trente-quatre ans, deux mois, vingt-six jours, par ce qu'il a compté les années de son règne de l’indiction IX à l'indiction XIII, sans réfléchir que l'indiction XII avait duré deux ans. Constantin a bien régné trente-cinq ans $. | C'est dans Théophane qu'ont puisé les autres historiens de l'hérésie des iconoclastes : Cedrenus (XIe}, Zonaras (xne siècle), Constantin Manassès (xne siècle) et Mychel Glycas (xv* siècle) . Quant aux chroniques, el les n'ont guère droit à autre chose qu'une simple mention. Georges Hamartolos, ou Georges le Moine, écrit sous Michel III (842-867) une Histoire abrégée du monde depuis Adam jusqu'à la mort de Théophile, ouvrage vague et déclamatoire 7. Il imite à la fois Théophane et Nicéphore : il a lu également les Antirrhe= tici de Nicéphore dont il a fait des extraits. Il lui arrive de ne pas comprendre le texte de Nicéphore et de tomber dans de grossières confusions. Il rapporte aussi des anecdotes tirées de la vie des saints ; en particulier de celle d'Etienne d'Aurence et de Nicetas de Médicion. Les chroniqueurs Léon le Grammairien (fin du x° siècle), Cedrenus et Zonaras sont moins | imprimés parmi les Scriptores byzantinæ historiæ de Bonn. | 7 K, Krumbacher, Geschichte der byzani. Lileratur, À _ intéressants encore. Ils ne font guère que résumer le texte de Théophane qu'ils ne connaissent souvent, f | Georges Hamartolos. Enfin Michel Glycas imite å son M. tour Cedrenus et Zonaras 1.
=~ Les écrivains latins ne font que copier Théophané. … L'Historia ecclesiastica d'Anastase n'est autre chose ” que la traduction de la Chronographia tripartita des - trois byzantins : Nicéphore (le patriarche), Georges _ Syncelle et Théophane ; L'Hisloria miscella fausse- . ment attribuée à Paul Diacre ? n'est également qu'une copie médiocre de Théophane. Paul Diacre, dans » l'Historia Langobardorum, donne quelques renseigneiconoclaste, nous possédons quelques documents occi- . dent aux, entre autres des lettres adressées à Léon II . et attribuées au pape Grégoire I1. Il est aujour d'hui » démontré qu'el les ne sont pas authentiques ; mais el les conservent une certaine valeur, puisqu'el les ont été | composées en Orient peu de temps après les événe- ments dont el les parlent € Pour le règne de Cons- | tantin V, cette catégorie de documents fait probable. ment défaut. Nous savons par le Liber pontificalis que | Zacharie et Paul I« ont souvent écrit des lettres à Constantin V pour lexhorter à rétablir le culte des - images ; auc une ne nous est parvenue.
-Nicéphore est l’auteur d'un récit qui, comme de fait - pressentir son titre : Breviarium, est moins développé, » où plutôt moins complet que celui de Théophane. » L'auteur se borne à la seule Byzance, tandis que -Théophane avait la prétention de renseigner sur - l'Orient tout entier — l'Orient byzantin du moins — d et sans en exclure les Arabes. Quoi que le texte de Nicéphore offre des analogies frappantes avec celui de Théophane, usant parfois d'expressions identiques, on n'est pas fondé à croire qu'il ne vise qu'à abréger | | … lhécphane, car l'ordre suivant lequel il présente les événements diffère de celui qui est suivi dans la CAronographia, ce qui donne lieu de supposer que les deux écrivains ont exploité une source comm une ë. Nicé- | + phore, par suite de sa situation officielle, était mieux … placé que Théophane pour obtenir communication » de piè ces importantes 7. « Sa narration est, en outre, plus impartiale et plus sobre que celle de Théophane. . La passion religieuse et la haine des empereurs héré- » tiques y sont moins visib les, les invectives et les décla- » mations y tiennent moins de place. La partie anecdo- » ti que y est moins développée ; en revanche, des évé- - nerments importants comme les guerres de Bulgarie … sont rapportés d'une facon plus complète et plus - claire. I est très regrettable que le récit de Nicéphore s'arrête à l’année 769+. » Nicéphore a écrit entre 810 . el 820 des Antirrhelici dans lesquels on trouve un - grand nombre de renseignements précieux, Comme le | » laisse deviner le titre, cet ouvrage se compose d’une - réfutation d’un écrit héréti que que Nicéphore attribue … au Copronyme, alors défunt, et qu'il prend néanmoins T vivement à partie. « Faisant appel à ses souvenirs et à ceux de ses contemporains, il passe en revue la vie » privée de Constantin, son administration, sa politi que extérieure. Il est intéressant de constater les contradictions qui existent entre cet ouvrage de polémi que net la Chroni que du même auteur. Le théologien transsurtout Léon le Grammairien, que par celui de . ments nouve aux et uti les. Pour les débuts de l'hérésie
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forme en défaites les batail les que l'historien rapportait comme d'éclatantes victoires *. » La littérature théologi que nous apporte peu de données dont l'histoire puisse profiter. Saint Jean Damascène a laissé trois discours Sur les images, lesquels n'intéressent que la première période du conflit. On a attribué à ce saint, maïs sans fondement suffisant, divers ouvrages anonymes parmi lesquels une Oratio ad Constantinum Caballinum et une Epistola ad Theophilum imperatorem qui contiennent quelques uti les renseignements sur le règne de Constantin. L'Epistola ad Theophilum a été écrite vers 815 : elle contient un récit rapide des événements de la persécution depuis ses débuts jusqu'au règne de Michel IL Les princip aux passages relatifs à Constantin V sont empruntés à la Vita Stephani dont nous parlerons plus loin, par exemple : le serment imposé aux populations : la nomination qe Constantin, le concile des Blakhernes, L'Oratio ud Constantinum Caballinum est plus difficile à dater. Tandis que Schwarzlose s’en tient à la période 166-775, Lombard estime que l'auteur parle de Constantin comme d'un défunt. Il s'exprime au sujet des édits de Constantin contre l’invocation des saints avec une vivacilé qui peut donner à penser que ces édits | sont alors tombés en désuétude. On pourrait objecter que cette Oralio est adressée à Constantin, ce qui laisserait supposer qu'il fut en état de la lire, mais on répond que c'est là un artifice littéraire, une figure de rhétori que dont, il faut le reconnaître, les orateurs grecs ne se privaient pas. Nous voyons ainsi Grégoire de Nazianze apostropher Julien, mort depuis longtemps. Origène avait pris la peine de réfuter Celse disparu depuis près d'un siècle, et nous voyons Nicéphore écrire contre le Gopronvme alors qu'on peut le croire assez oublié. Comme l'auteur de l'Oratio, ayant à réfuter le conciliabule de 753, lui oppose les six conci les ccuméniques et ne dit rien du IIt concile de Nicée, on peut croire qu'il est antérieur à cette dernière assemblée. L'Oratio prendrait place ainsi entre 775 ét 787, plus vraisemblablement dans les premiers temps du règne d'Irène. Une Epistola adversus iconoclastas paraît avoir été écrite vers 771 ; elle est attribuée à saint Jean Damascène et offre peu d'intérêt.
Il suffit de mentionner ici les écrits de saint Théodore Studite dont nous reparlerons en abordant la deuxième période de la persécution iconoclaste ; ils ne nous apportent rien d'utile pour l’ étude de la première période.
Nous avons fait allusion à une littér ature hagiographi que ; il en faut dire quelques mots. Les vies d'André in Crisi Y et de Paul le Je une ® ne sont pas dépourvues d'intérêt. Celle d'André ne nous a été conservée que dans une recension très postérieure et sujette à caution, puisqu'elle est l'œuvre du Métaphraste. Par contre, la Vie de Nivélas %, du couvent de Médicion, écrite en 820 et 830 par le moine Théostericte, offre un récit du développement de l'hérésie et de la persécution écrit avec fermeté et précision. Les autres vies de saints contemporains, dont plusieurs ne sont que des extraits de la Vie de saint Étienne ne nous donnent pres que rien d'utile. I n'en est plus de | même de l'œuvre considérable qu'est la Vie de saim Étienne le Je une ?.
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Cette vie est l'œuvre d'Etienne, diacr de SainteSophie, qui l'écrivit en 808, et par conséquent avant les chroniques de Théophane et de Nicéphore. Elle nous est précieuse à cause du récit original et détaillé qu'elle contient de la persécution iconoclaste. On chercherait vainement ailleurs plusieurs renseignements qui s’y rencontrent, des noms de martyrs notamment ; aussi est-ce d’après cette vie que les bollandistes ont dressé la liste des victimes de la persécution iconoclaste et fixé la chronologie de cette période 1. Il est possible qu’on doive relever dans la Vie d’ Étienne quelques erreurs sur lesquel les il y aurait matière à discussion ; elle n'en est pas moins un document pres que contemporain des événements qu'il rapporte : « Je tiens cette histoire, dit l’auteur en terminant, des amis et des proches du saint et même d'anciens compli ces de l'empereur. » La chronologie des événements de la vie d'Étienne a été fort discutée . Il semble assez aisé pourtant de fixer les dates, tel les que M. Ch. Diehl les a admises . Théophane * place la mort du saint au 20 novembre, indiction IV, c'est-à-dire au 20 novembre 764 : l'indiction IV va en effet de septembre 764 à septembre 765. Un autre point précis est fourni par l'indication du biographe d'Étienne, qui place la première démarche | de l’empereur auprès du moine quelques jours avant le départ de Constantin V pour la guerre de Bulgarie 5. Il ne peut être question ici que de l'expédition de 762, pour laquelle l'empereur quitta Constantinople le 17 juin et où il remporta le 30 du même mois la grande victoire d'Anchialos £. Il reste à voir si, entre ces deux dates, on peut trouver place pour les événements mentionnés avec indication chronologi que dans la biographie.
Nous ignorons à quelle date précise l'empereur victorieux rentra à Constantinople et célébra le triomphe dont parle Théophane 7 : mais il semble bien d'une part que la campagne fut courte et le chroniqueur d'autre part place nettement l'événement au cours de la I™ indiction (septembre 761 à septembre 762), donc avant le 1® septembre 762. C'est à ce moment, après le retour de l'empereur #, que se placent l'histoire de George Synkletous, le silentium de l'hippodrome et la dévastation du monastère d'Auxence, c'est-à-dire en septembre ou octobre 762. Étienne passe ensuite dix-sept jours à Chrysopolis avant de partir pour lexil de Proconnèse * où il reste plus d'un an 1°, Mais de ce que la Vita parle de « la seconde année de son exil », tË tç OEUTÉPU 4c6vo, il n'y a nulle nécessité à conclure qu'Étienne a passé deux pléines années à Proconnèse ¿il suffit, pour expliquer le texte, qu'il y soit resté plus de douze mois pour lesquels on trouve un laps de temps suffisant entre octobre 762 et décembre 763. C'est à ce moment qu'il est ramené à Constantinople et, après quelques jours d'emprisonnement dans la prison du palais 1, conduit enfin à la prison du prétoire,.où il demeure onze mois, de la fin de décembre 763 au 20 novembre 764, Cette chronologie a l'avantage d'expliquer certains passages de Théophane, assez malaisés à comprendre autrement, Parmi les personnages accusés de conspiration et exposés au cir que le 25 août 765, deux, Constantin Fodopagouros et son frère Stratigios, sont poursuivis pour avoir entretenu des relations avec 1 Étienne et glorifié ses souffran ces 1°, ce qui indi que évidemment qu'Étienne était mort à cette date. L'expression de « nouveau protomartyr » par laquelle Théophane désigne le moine 1 ? serait d'autre part peu | compréhensible, si sa mort n'avait précédé la grande persécution de 765. Une seule objection à cette chronologie pouvait être | tirée de la Vie d'Etienne. Parmi les moines enfermés à la prison du prétoire, le saint rencontre les victimes de Michel Lachanodracon 4, stratège du thème des Thracésiens et l'un des plus fidè les exécuteurs des volontés impéria les. Or Théophane rapporte que ce personnage fut envoyé dans son gouvernement au cours de T l'indiction V (septembre 765-septembre 766) 15 et il place les exécutions ordonnées par ce personnage à des dates sensiblement postérieures u (septembre 769-septembre 770 ; septembre 770-septembre 771). Il ne paraît pas qu'il faille attacher une
1 À
grande importance à ce passage de la Vita, L'auteur, … qui écrivait quarante-quatre ans après l'événement, s'est complu, par une sorte d'artifice littéraire, à rassembler dans la prison du prétoire les plus illustres victimes de la persécution, dont chac une fait suc cessivement le récit de ses souffran ces : après quoi, ‘Étienne à son tour célèbre les martyrs déjà tombés :
Pierre des Blakhernes et Jean de Monagria. Il y a là, semble-t-il, un arrangement voulu qui ne saurait prévaloir contre les dates.
La querelle des images a inspiré des trav aux historiques où le rapport qui existait entre les protestants et les iconoclastés a suffi à transformer une question scientifi que en un thème de polémi que. On trouvera présent travail. triarche de Constantinople 18, Germain avait été averti par Jean de Syvnnade, métropolitain de Constantin, de l'aversion de Constantin de Nacolia pour les images ; le patriarche voulut tirer au clair cette accusation, intéerrogea l'inculpé, qui cita les textes de l'Ancien Testament prohibant les images. Germain lui fit voir le véritable aspect de la question et l'évê que de Nacolia protesta qu'il était convaincu 2, mais ce n’était qu'une fourberie et il jeta feu et flamme contre Jean de Synnade. Germain en fut instruit et prononca l'anathème contre l’évê que de Nacolia jusqu'à ce qu'il remit la Germain ne nous apprennent pas que Léon II eût, | jusqu'à ce moment, fait quel que démarche hostile aux images, soit qu'il n’eût rien fait, soit que le pal'énumération de ces trav aux à la bibliographie du mieux connu grâce à deux lettres de Germain, pa- ` lettre du patriarche au métropolitain **. Les lettres de 1 pa o eame a pmu = ree NRC
APTE SAN CE
aei Outre Béser et Constantin, l’empereur trouva un - troisième initiateur dans la personne de l’évê que de Claudiopolis ?, Thomas, fils de l'ancien empereur - Tihère II . Enfin Théodose, évê que d'Éphèse, était le - conseiller confidentiel de Léon ITI #.
Ce fut donc en 725 que Léon promulgua une ordonnancé contre les images, à la suite du tremblement de … terre de Théraï. Dans sa première lettre à Léon l'Isaurien, le pape Grégoire IT lui écrit : Sapientes = non perconlalus es, ce qui montre que l'empereur n'avait pas consulté le patriarche Germain, ou bien qu'il n'avait pas tenu compte de ses conseils 5. Ce fait montre à lui seul que l'intérêt religieux laissait lempe1 reur très indifférent, puis que, entre 725 et 729, date du silentium dont nous parlerons, sa politi que est . dirigée dans un sens notoirement contraire aux idées du patriarche. Et ce serait s'abuser gravement de croire que Germain comptait pour rien, car Théophane écrit que les iconoclastes rencontrèrent trois grands adversaires : Germain, Jean Damascène et Gré- . goire IT.
Y a-t-il eu à l’origine une délibération solennelle devant l'empereur ? On a pensé en retrouver la preuve dans un passage de la Vie d’Étienne le Je une que Baronius a quel que peu étendu 7 : mais Théophane, Nicéphore et le pape Grégoire IT n’en disent rien ; aussi paraît-il plus probable que le biographe d'Élienne aura eu en vue le silentium ou réunion des grands personnages de l'empire qui eut lieu en 729.
„en vigueur à Byzance, ce fut probablement dans une assemblée du peuple tenue à l'Hippodrome (voir ce mot) ou au tribunal de la Magnaure, que Léon II fit connaître directement sa volonté à ses sujets. C'est _ ce qu'affirme la Vie de saint Étienne le Je une # : elle est de tous points recevable. Nous verrons plus loin que les principa les propositions de ce document ont été consignées dans la première lettre de Grégoire II à Léon l’Isaurien. L'an- | cienne traduction latine de la Vie de saint Étienne a mis en circulation une explication inexacte *. D'après elle, l'empereur aurait dit qu’ « il ne voulait pas anéantir les images, mais seulement les placer plus haut pour qu'il ne fût plus possible de les baiser, » Commé la plupart des images étaient exécutées à fres que ou en mosai que, il était matériellement impossible de les déplacer. Théophane écrit sous la date de 726 : « Les habitants de Constantinople furent fort attristés par les nouvel les doctrines et exaspérés jusqu'à la révolte. Quelques serviteurs de l’empereur ayant détruit l'image du Seigneur placée au-dessus de la grande porte de bronze, furent massacrés par le peuple : aussi, en punition, l'empereur fit-il battre, mutiler et exiler plusieurs personnes à cause de leur piété. » Le pape Grégoire IT écrit à ce sujet à l'empereur : | « Lors que tu envoyas le spatharocandidatus ! Jovinus à Chalcoprateia Y, pour détruire l’image du Christ [A 241 IMAGES {CULTE ET QUERELLE DES) Aaa $ triarche préférât feindre l'ignorance, ce qui es : peu … probable. qi s'appelait Antiphonelas ??, de pieuses femmes qui se trouvaient lå demandèrent aux employés de n'en rien faire. Mais, sans prêter attention à leurs prières, Jovinus prit une échelle, y monta et frappa de trois coups de hache la figure du Christ. Les femmes, exaspérées à cette vue, renversèrent l'échelle et tuërent Jovinus. Mais toi, Lu as envoyé tes serviteurs et tu as fait exécuter je ne sais combien de femmes. » Cédrenus et d’autres rapportent le même événement avec quelques variantes sans importance. — Le biographe de saint Étienne place ce fait après la déposition. du patriarche Germain, et ajoute qu'après avoir renversé l'échelle de Jovinus, les femmes vinrent devant la maison du nouveau patriarche Anastase, menaçant de le lapider et criant : « O méprisable ennemi de la vérité, n'es-tu donc devenu patriarche que pour détruire les sanctuaires ? » Pagi, s'appuyant sur le rapprochement qu'on vient de lire, place le sacrilège de Jovinus en 730, et le | regarde comme une conséquence du deuxième édit, La plupart des érudits ont suivi l'opinion de Pagi, mais Théophane et Cedrénus, Anastase et Paul Diacré sont d'accord pour fixer formellement ce fait en 726, et, d'après ce que dit Grégoire IT, il ne peut étre très postérieur au début de la querelle, La première nouvelle, dit-il, de la destruction des images par lempereur arriva en Occident par les témoins de l'affaire de Chalcoprateia ; et avant même qu'un édit impérial contre les images n'eût fomenté des discor des en Occident, la seule nouvelle de ce qui venait de se passer à Constantinople fit que les Longobards se précipitérent sur les provin ces de l’émpereur en Italie 1, Il résulte de ce qui précède qu'entre le sacrilège de Chalcoprateïa et la lettre de Grégoire IT, un certain temps a dû s'écouler. Il faut entrer ici dans quelques développements.
AVI. ROLE DU PAPE GREGOIRE II. — Théophane nous apprend que le pape Grégoire essaya par des lettres de convertir l'empereur. D'autre part, il lui faisait refuser l'impôt et travaillait à la sécession politi que et religieuse de l'Italie 15. Nous trouvons le témoignage de Théophane confirmé par ceux de Cédrénus, de Zonaras et de Glycas 1, De bonne heure, à Byzance, on imputa à la politi que iconoclaste de Léon III la responsabilité de la révolution séparatiste qui détacha l'Italie de l'empire ; en réalité, les choses n’allèrent pas si vite.
Le biographe de Grégoire IT le représente comme un | homme de grand mérite : facundos loquela et constans animo 17, Il avait pris contact avec le monde de la cour impériale pendant un voyage à Constantinople où il accompagna le pape Constantin ; l'empereur Justinien II se prit de goût pour lui et Grégoire se montra d'abord favorable aux Byzantins : il leur rendit le château de Cumes, qui avait été enlevé par les Longobards 15, Romain de naissance, Grégoire succédait à une longue suite de papes orient aux ; il était attaché aux traditions ecclésiastiques écélesiaslicarum rerum defensor ef contrariis fortissimus impugnator #. A la - ARR ER ES RE A e Te S a Ba a aari a e ee ek ee
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réception de l’édit de Léon II, le pape écrivit aux | Églises pour les mettre en garde contre l'hérésie : scribens ubi que cavere se christianos quod orta fursset impietas. Les Byzantins croyaient connaitre deux lettres de Grégoire II à Léon III+ ; ils en faisaient annuellement la lecture publi que le jour de la fête de l'Orthodoxie en commémoration de la défaite des iconoclastes : el les ont été composées après l’année 753 ?, En réalité, la première lettre du pape à l’empereur mentionné par le Liber pontificalis ne fut écrite qu'en 729, après la déposition de Germain. S'il y en avait eu d'autres, l’auteur de la Notice de Grégoire II était à méme de les connaître, car el les auraient été conservées aux archives du Latran, avec celle dont le pape Hadrien à extrait une phrase dans la défense du concile de 787, adressée par lui à Charlemagne *. En réalité, Hadrien est le premier pape dont on ait une réfutation -en règle de l'hérésie des iconoclastes ^. Dans une lettre au patriarche de Constantinople 5, Grégoire réédite quelques arguments des controversistes grecs, cite saint Basile et saint Jean Chrysostome, déclare avec Germain ét Jean Damascène que les images rappellent lincarnation du Christ et retourne contre les juifs l'accusation d'iconoclasie 5, En réalité, il ne se jette pas dans une polémi que et peut-être faisait-il sagement parce que le prestige doctrinal de l'Église romaine courait grand ris que d'être contesté et nié sous une argumentation plus spécieuse que solide, mais impressionnante, telle que : les Byzantins savaient la conduire, plus subtile que | loyale, A défaut de cette intervention doctrinale et du rôle qu'ils s’attendaient à voir prendre au pape, les Orient aux imaginérent que celui-ci await réfuté Ficonoclasme comme auraient pu le faire le patriarche Germain ou saint Jean Damascène ; ils lui prétérent. les écrits qu'ils eussent souhaité lire sous son nom. Son autorité était grande, on se réclama de lui, et il devint, qu'il s'y prétät ou non, dans la pensée des catholiques d'Orient, le champion des orthodoxes et le chef de l'opposition.
Les origines de la querelle nous apparaissent très différentes dans le récit du Liber pontificalis : Post aliquod Basilius dux, Jordannes chartularius el Johannes subdiaconus cognomente Lurion consilium inierunt ut pontificem interjicereni ; quibus assensum Marinus imperialis spatharius, qui Romanum ducaium tenebat a regia missus urbe, imperalore mandante hoc, prebuilt ; sed tempus invenire non potuerunt. -Qui Dei judicio dissolutus contractus est et sic à Roma recessil, Posimodum Paulus patricius el exarchus missus in Tialiam ; qui denuo ui -scelus perficerent meditabant. Quorum consilium Romanis patefactum est. Qui moti cuncti Jordannem interfecerunt ét Johannem Lurionem, Basilius vero, monachus faclus, in loco guodam rélrusus, vilam finivit... Post h une spatarius cum jussionibus missus est aller, ul pontifex a sua sede amoveretur ; denuo Paulus patricius ud perficiendum iale scelus quos seducere potuil ex Ravenna cum suo | Fédit de 725, On a dit que ce census était une taxe qui | | reur rendu probablement à la fin de l'année 6217. comile al que ex castris aliquos misit”. Ainsi la vie du pape fut menacée par un complot fomenté ou encouragé par le duc de Rome. L'exar que Paul recoit « l’ordre de se débarrasser du pape ; un spathaire arrive | de Constantinople avec des lettres impéria les ; l’exar- « que rassemble des troupes et marche sur Rome où il - comptait, sans doute, mooner une opposition dep à l'aider. 4 Le pape empéchait une levée d'impôts en Italie... a eo quod censum in Ialia ponere præpediebal® : acte de rébellion que les chronographes grecs placent après … À la nouvelle de Pédit, des mena ces de l'empereur ~ et de la résistance qu'y opposait le pape, les exercitus de la Pentapole, de la Vénétie, de l'Italie entière s’émurent : Igitur permoti omnes Penlxpolenses at que Venetiarum exercia contra imperatorum jussionem restiteruni, numquam se in ejusdem pontificis condiscendere necem, sed pro ejus magis defensionem viriliter decertarent, ila üt anathemate Paulum exarchum vel qui eum direxeral ejus que consentaneos submitierent ; entes RARE ejus, sibi omnes ubi que in talia du ces elegerunt 1. Ce qu'on nommait exercitus tait une sorte de milice locale toujours prête à faire ec aux exarques ; troupes indoci les à qui ce serait faire trop d'honneur de les comparer à nos modernes E Ts nationa les ». El les se soulevèrent contre xar que Paul, chassèrent ses officiers et, à l'exemple Vénitiens, se nommèrent des ducs. Cela fait, ces liciens jurérent avec force cris et force gestes de endre le pape et, au besoin, de mourir pour lui. situation du pape, par un côté, n'était pas meilre que la leur : à lui, on attentait à sa vie ; à eux, on ttaquait à leur bourse.
-lis songeaient si peu à proclamer l'indépendance de Fitalie, qu'ils voulaient mener un empereur à Constinople : Cognita vero imperatoris nequitia omnis Talia consilium iniit ul sibi eligerent imperatorem el di lucerent Constantinopolim ; sed compescuit tale consiti m pontifex ?. Il y eut, suivant la méthode italienne, plus de bruit que de besogne : chevauchées, es carmouches, coups de main. À Rome, on alla jusqu'à ne émeute, la milice byzantine tapa de son mieux et to t rentra dans l’ordre. Un grand propriétaire, qu’on désigne sous le nom de duc Exhilaratus , essaya de soulever contre le pape les pay sans de la campagne 1aine ; il fut atteint et tué. Quel que après, un ‘ain duc Pierre eut les veux crevés #4 A Ravenne, on se battit rudement, il y eut des morts, l'exar que Paul lui-même fut tué et les Byzantins furent battus les Ravenantes aux bouches du Pô. Les Longobards virent dans ces désordres une circonstance favorable pour leur nation ; ils se déclarèrent pour p ore II. Le roi Liutprand était bien disposé pour Ce pape à qui il avait rendu le patrimoine des Alpes cottiennes ë et le pape, en 723, avait donné le pallium à l'évê que de Forum Julii, ce qui rendait celui-ci indépendant, en droit comme en fait,.du patriarche de Grado.
~ « Le pape est-il responsable de toute cette agitation ? Après l'avoir provoquée peut-être, il semble l'avoir redoutée et s'être efforcé de la contenir. Il voulait ménager Léon ITI, car il gardait l'espoir d'un accommodement. Ainsi il n'avait même pas excommunié l’empereur 1, tandis que le pape Constantin, “dans des circonstan ces analogues, avait fait effacer des diptyques officiels le nom de Philippicus. Grégoire IL s'opposa-dès le début à l'élection d’un empeTreur italien. Avec les Longobards, il n'osait pas Peut-être craignait-il ou regrettait-il leur alliance, “Quand ses parti sans traitent avec eux, à son instigation peut-être et, sans nul doute, à son aveu, il s'efface, emparés de Narni 5 ; le roi avait pris Classis. Par piélé -
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il feint de m'attendre le succès que de la piété et des bonnes œuvres ?, Rendant grâ ces aux Romains qui s'engageaient à mourir pour lui, il leur prêchait la modération et les adjurait de rester fidè les à l'empire. Grégoire IT pensait qu'il ne pouvait résister à main armée aux officiers impéri aux sans trahir l'Empire #, s Le roi Liutprand était un allié gênant. En 727-728, il s'empara de Sutri, castellum situé au sud de Viterbe 4, Le pape écrivit, financa peur décider le Longobard à renoncer à sa conquête et il y réussit ; après avoir dépouillé la ville, il la rendit par acte de donation aux saints apôtres Pierre et Paul. Le pape ne se trouva pas moins lésé, se détacha de Liutprand et fit des avan ces aux ducs de Bénévent et de Spolète, Eutychius et Liutprand s’abouchérent aussitôt, s'entendirent, marchèrent sur Rome, et le pape, effravé, demanda la paix. Il ft mieux encore, il mit la milice romaine sous les ordres d'Eutychius pour combattre un certain Tiberius qui rassemblait des parti sans en Toscane 15. Le prétendant fut tué. Le pape avait donné dans cette circonstance délicate un gage de fidélité à l'empire ; ainsi le premier édit iconoclaste n'avait pas rompu tous les liens qui unissaient le pape à l'empereur.
Déjà, il jouissait parmi les Italiens d’une popularité de nature à faire réfléchir. Lors que Justinien II avait voulu déposer le pape Sergius, ils avaient pris fait et cause, la milice de Ravenne s'était ébranlée pour le défendre #. La répétition et l'aggravation des mêmes phénomènes en 726 étaient significatives. « Le pape, sans avoir plus de droits politiques que les évêques ses collègues 7, avait une autre situation et une autre puissance. Ses domaines étaient vastes, son Église était riche, enfin il était patriarche et successeur de saint Pierre. Déjà, plus d'un siècle auparavant, Grégoire le Grand parlait en maître à Rome ; c'était lui qui administrait la cité. A côté de lui, les commissaires impéri aux sont sans autorité. Il répare les murail les, entretient les aqueducs ; : il se charge de la police urbaine, nourrit les pauvres, paye la milice et défend la ville. Dans la province, il va de pair avec l'exar que. Il protège les Italiens mal défendus, mal gouvernés, ruinés par la guerre et la famine. Il organise la résistance des Longobards, il envoie des officiers à Népi, à Nap les et à Salerne. Il adresse des proclamations, donne des ordres, fait marcher des troupes. Trop faible, il réussit à ménager des trèves 1, Surtout il veille que les pays qu'il conserve à l'Empire soient ménagés par ses fonctionnaires ; il surveille leur gestion. Or Grégoire IT ne s'occupe pas moins des affaires temporel les de l'Italie que les plus grands et les plus populaires ‘de ses précédesseurs. Le château de Cumes est pris par les Longobards ; c'est lui qui négocie pour le faire rendre, et, après l'insuccès des négociations, c'est lui qui commande qu'on le reprenne. L'empereur veut pressurer l'Italie : Grégoire s’y oppose de toutes ses for ces. Ses intérêts sont d'accord avec ceux des populations, et cel les-ci reconnaissent ces servi ces, Enfin il était pape, et en lui survivait la grandeur de Rome. Tandis que les exarques se rendaient impopulaires, le pape était devenu pour l'Italien qu'il défendait et secourait un véritable chef national.
AVII LE SILENTIOUM DE 729.— En Orient comme en Occident, Léon III avait rencontré pour sa politi que religieuse une vive résistance. Théophane +, Nicéphore 2 ? et d'autres historiens rapportent que les habitants de la Grèce et des Cvcla des repoussèrent les doctrines impies, se révoltérent contre Léon, rassemE rer mr PERF a
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Elèrent une flotte et preclamèrent empereur un certain Cosmas. Sous la conduite de deux ofliciers, Agallianus et Étienne, ils firent voile vers Constantinople où ils arrivèrent le 18 avril de la X° indiction (= 726), mais leurs navires furent détruits par le feu grégeois. Agallianus se jeta volontairement dans la mer, Cosmas et Étienne furent mis à mort et lempereur Léon poursuivit avec plus d’audace et d'ardeur la destruction des images, Peu de temps après, c'est-à-dire vers le solstice d'été de la X° indiction (21 juin 726), les Arabes assiégérent la ville de Nicée, défendue par une armée impériale. Pendant le siège, un soldat de cette armée, nommé Constantin, lanca une pierre contre une image de la Mère de Dieu qui se trouvait dans la ville et lui brisa le pied : mais le lendemain, lui-même fut tué sur le rempart d'un coup de pierre. Nicée, écrit Théophane !, « fut sauvée par l’inter cession de Marie et des autres saints, dont les images v étaient en vénération, et cette délivrance aurait dů être un enseignement salutaire pour l’empereur. Mais, au lieu de se convertir, Léon rejeta alors les prières adressées aux saints et le culte rendu aux reliques. Dès ce moment Léon l'Isaurien conçcut de la haine contre le patriarche Germain, et déclara que tous les empereurs, tous les évêques et tous les fidè les qui avaient existé avant lui étaient des idolâtres. » Nous avons parlé de la lettre du patriarche Germain à l'évê que Thomas de Claudiopolis pour le blâmer de son hostilité à l'égard des saintes images * On y lit que des vil les entières et des peup les ont été bouleversés par cette affaire, ce qui amène à dater cette lettre de l'épo que où nous sommes. La plupart des évêques partageaient la manière de voir du patriarche : il semble que là où les évêques étaient iconophi les, les ordres de l’empereur ne reçurent pas leur exécution dans les églises ; on se borna à détruire cel les qui décoraient les pla ces publiques. Ce fut ce qui arriva notamment à Nicée où, d'après le témoignage de Théophane, la ville demeura riche en saintes images.
En 729, au dire de Théophane, l’empereur manda devant lui le patriarche et lui parla amicalement. Germain lui répondit : « Il est vrai qu’une ancienne prophétie dit qu'il y aura une guerre contre les images, mais elle n'aura pas lieu sous ton règne, — Sous quel règne donc ? demanda l'empereur, — Sous celui de Conon. — Mais moi-même, dit Léon, j'ai recu, dans mon baptême, le nom de Conon. — Que ce mal, Sire, n'arrive pas sous ton règne, car celui qui agira de cette manière sera le précurseur de l'Antéchrist. » Léon III déclara trouver dans ces mots un crime de lèse-majesté qui lui permettait de déposer le patriarche, I] lui fallait un complice, il le trouva dans la personne d’Anastase, disciple et syncelle de Germain qu'il souhaitait remplacer sur le trône patriarcal. Germain l'avertit, mais ne fut pas écouté, Le mardi 17 janvier 729, Léon réunit un silentium dans une salle célèbre du palais, appelée salle des dix-neuf lits ; on appelait silentium une espèce de conseil privé, réunion laï que qu'il ne faut pas prendre pour un concile. Germain y fut convoqué et, malgré ce qu'on put lui dire, résista à tout et exposa la vérité dans un long et énergi que discours. Voyant que sa parole demeurait sans écho, il enleva son pallium et dit : « Si je suis Jonas, jetez-moi à la mer, mais sans l'autorité d'un concile général, on ne doit, Sire, rien 2481 changer à la foi. » Il se retira dans sa propriété des Platanion et y termina en paix ses jours : il était âgé, de plus de quatre-vingt-dix ans *.
Anastase lui succéda et fut sacré le jour même, 17 janvier #. Cette nomination fit du patriarcat un instrument du pouvoir civil. « L'événement troubla pour la deuxième fois la quiétude du pape. J us que-là il s'était borné à protéger ses Églises et il y avait réussi. Même dans les évêchés grecs, ses suflragants, l’iconoclasie avait échoué. Comme elle ne sévissait ques dans l'Église d'Orient, il n'avait pas pris part à la controverse, laissant à Germain le soin de combattre, l'hérésie. Le nouveau patriarche étant héréti que, la situation fut changée. Une légende byzantine racon= tait que, vers cette épo que, Léon III s'étant avid un jour de jeter une croix dans la mer, les flots la portèrent à Rome. C'est une image ou un symbole de ce qui se produisit alors. Il n’y avait plus maintenant d'intermédiaire entre le pape et les catholiques” orient aux. Il devenait leur chef direct. L'autorité, qu'avait eue Germain comme chef de l'opposition orthodoxe passa tout entière à Grégoire II. Le papes fut son véritable successeur. L'Église romaine devait. devenir le foyer de la résistance à l'iconoclasie. On. s’en rendit compte à Rome et l’on y fit grand bruit des la déposition de Germain et de la persécution qui, sévissait à Constantinople : on parlait des imagess brûlées, des églises dévastées, des fidè les mis à mort, mutilés ou exilés, et l'on y maudissait la malice de Léon III 5. | Le patriarche intrus, Anastase, envoya à Rome une lettre synodi que. Grégoire II, trouvant que le langage en était entaché d'hérésie, refusa les titres de frère et de consacerdos à Anastase qu’il menaça de l'excommunication s’il ne revenait à la foi catholi que. Il écrivit” aussi une lettre à l'empereur pour l’exhorter à se convertir, lettre qu'il faut distinguer de deux autres. mises sous le nom du pape, qui sont notoirement apocryphes 7. $ Dnages :, ce concile ne doit guère être antérieur à | : année 760. XVIII CONCILE ROMAIN DE 731. — Grégoire Il - mourut dans le courant du mois de février 731 et eut | PE our successeur, le 18 mars, Grégoire III, d'origine E syrienne. Tout le peuple, dit le Liber pontificalis, l'acclama comme pape tandis qu'il suivait le cercueil de | son prédécesseur : il ne put se soustraire à cette dignité. M Cétait un caractère doux, un esprit délié, un théologien instruit et un exégète subtil ?, Il recueillait la [i succession d'un pape qui n'avait pas voulu pousser les “choses à l'extrême et depuis tantôt deux ans qu'avait eu lieu l'intrusion d'Anastase on n'en parlait plus ; du pa silentium de 729 non plus, il n'était question. Grégoire HI paraît avoir été moins condescendant ou moins circonspect que Grégoire IT ; il rouvrit la quefrene, sans doule avec l'espoir de tirer au clair la situation et de ramener la paix. Son manifeste fut probablement sa lettre d'intronisation, sa synodi que. Au nom de l'autorité souveraine du Saint-Siège, il adjura … l'empereur de renoncer à son erreur et à la violence. Léon III faisait assez peu de cas des objurgations du Il Bones de l'Église romaine ; il donnait beaucoup plus d'attention à la menace que signifiait l'intrusion de ce haut persannage de l'Occident dans les affaires de “l'Orient. On pouvait appréhender que le pape de Rome par ses lettres et par ses envoyés ne fortifiât les tas ne ralliât les orthodoxes et ne réussit à soustraire une partie plus ou moins considérable de l'Église byzantine à l'autorité impériale. Léon [IT avait pu s'apercevoir déjà que la disparition du patriarche orthodoxe avait servi l'autorité du pape ; aussi cherchat-il par tous les moyens à couper ses communications avec les Églises du patriarcat byzantin. La réputation de violence de l’empereur était si bien établie que le prêtre romain, Georges, envoyé à Constantinople, porteur d'une lettre adressée par le pape à Léon III, n'osa pas la remettre et revint en Italie, - sans avoir rien fait. Grégoire III, à son retour, voulut 4 le déposer, mais le synode romain convoqué pour la - circonstance * intercéda en sa faveur ; on infligea au » prêtre Georges une pénitence et on le renvoya à € Constantinople porteur de la même lettre, Arrivé en | … Sicile, Georges fut mis en état d’arrestation par ordre - du gouverneur Sergius et demeura un an en prison. . Grégoire III, indigné, réunit au tombeau de saint Pierre un nouveau synode auquel assistèrent quatre- | vingt- -treize évêques d'Occident, parmi lesquels les archevêques Antoine de Grado et Jean de Ravenne, beaucoup de prêtres, de diacres, de clercs de l'Église Done et un grand nombre de laïques de distinction. … On prit la décision que tous signérent : « A l'avenir, - quicon que enlèvera, anéantira, déshonorera, ou insultera les images du Seigneur ou de sa sainte Mère, VirJinis immaculalæ al que gloriosæ, ou des apôtres, ete., ne pourra recevoir le corps et le sang du Seigneur, et | sera exclu de l'Église (1er novembre 731). » f Grégoire III envoya à l'empereur Léon, par l'intermédiaire du defensor pauperum Constantin, une nouA velle lettre en faveur des images ; mais ce nouveau (Mn messager fut également arrêté en Sicile et sa corres- … pondance confisquée. Le même sort atteignit les ambassadeurs des vil les italiennes qui portaient à Constantinople de semblab les lettres. Le pape écrivit pour la troisième fois à Anastase et à l’empereur ; on né sait ce qui advint de son ambassadeur, mais — Léon III ne put supporter que le pape se mélât des affaires généra les de l'Église et voulut en finir avec lui.
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fotte considérable pour chåtier Rome, le pape et l Italie dé leur opposition à sa politi que religieuse. Cette invincible armada fut assaillie par la tempête dans l'Adriati que, périt en partie et l'expédition échoua. L'empereur n'eut d'autre ressource que de relever les impôts en Sicile et en Calabre et d'attribuer au fisc les patrimoines des saints apôtres, c'est-à-dire les trois talents et demi en or qui étaient donnés annuellement à leurs églises. Léon l’Isaurien voulut même organiser une sorte de blocus autour de l'Église romaine : il songea à l'empêcher de communiquer avec les provin ces les plus directement soumises à l'autorité impériale et à l'influence byzantine. Les Néx toux, liste des évêchés, attribuent au patriarcat de Constantinople un certain nombre de diocèses qui dépendaient auparavant du siège de Rome. Selon la Nofilia Basilii, les provin ces de Thessaloni que, de Nicopolis, d'Athènes, de Patras, de Crète et, ern Italie, de Syracuse et de Rhégium, c'est-à-dire le Bruttium et la Calabre, furent rattachés au patriarcat byzantin. La Sardaigne eut probablement le même sort que la Sicile 5. L'archevéché de Nap les, qui n'est pas mentionné par les Noti ces parmi les conquêtes du siège de Constantinople, eut une situation équivo que. On ne savait de qui il dépendait. Il semble que la nouvelle limitation des patriarcats concorda avec la confiscation des patrimoines et qu il faut en faire remonter l’origine à cette année 732. Léon II imagina de confiner l'opposition du pape en Occident afin de se conserver l'Orient. Pour cela il détachait de l'Église de Rome toute la portion grec que ou hellénisée de ce diocèse qui se trouva réduit à ses provin ces latines. L'ampleur démesurée donnée au patriarcat de Constantinople contribuerait efficacement un jour, — beaucoup plus tard — à la rupture produite par le schisme grec.
Le 12 avril 732, un concile suburbicaire fut tenu au Vatican ; c'était à peu près vers ce temps que l'armada de Léon LIT périssait dans l'Adriati que. On pourrait s'attendre à ce qu'il eût été question dans ce concile de l'hérésie iconoclaste et de l'attitude à prendre à l'égard de l’empereur ; si ces diffici les conjectures furent abordées, toute trace des délibérations qu'el les provoquèrent à disparu *.
AIX. SAINT JEAN DAMASCÈNE. — Le rôle tenu par saint Jean de Damas dans la querelle des images n’est intérieur en rien à celui des papes Grégoire II et Grégoire III et de Germain le patriarche de Constantinople. Théophane dit qu’ « en 729 vivait à Damas, Jean Chrysorrhoas, fils de Man sur, prêtre et moine distingué par sa sainteté et par sa science ; en union avec les évèques de tout l'Orient, il prononça l'excommunication contre l'empereur Léon 7, » Ce n'est pas assez dire. Lors que éclata la querelle des images, Jean occupait une des charges les plus importantes sous le Kkhalife gouverneur de la Syrie (Voir JEAN DAMASCÈNE). À la nouvelle de ce qui se passait à Constantinople, il composa trois apologies pour les images : la première, dès le début de la controverse, et lorsqu'on pouvait encore espérer changer l'esprit de l'empereur ; les deux autres après la déposition du patriarche Germain. Son premier biographe, Jean, patriarche de Jérusalem au xr ? siécle, a introduit dans la vie du docteur tout ce qui lui a passé par la tête ; on ne peut y accorder qu'un minimum de créance. Le seul point qui paraisse acquis à l'histoire, c'est la retraite de Jean Damascène en Palestine dans le monastère de SaintSabas. Les ouvrages mis sous son nom ne sont pas
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tous authentiques et ceux qui lui appartiennent véritablement ne semblent pas avoir été étudiés en vue de sa biographie. D’après un ingénieux rapprochement de.dates, il faudrait placer la mort de Jean Damascène le 4 décembre 749 ou 748 1.
XX. L'EMPEREUR CONSTANTIN COPRONYME. — Léon F Isaurien mourut le 18 juin 740 et son fils Constantin V, surnommé Copronyme, lui succéda *. On Fa nommé aussi Caballinus à cause de sa passion immodérée pour les chev aux ; bref, ce prince, qui fut loin d'être lé premier venu, conserve dans l'histoire une une réputation assez fâcheuse, dont on n'est pas parvenu (malgré beaucoup de bonne volonté) à le purifier è. Si les chroniqueurs avaient la partie belle à l'égard d'un empereur aussi peu sympathi que, leur hostilité contre la persécution s'est donnée libre cours et ils ont souvent dépassé la mesure permise de l'invective et de l'accusation. Le métier de réformateur est, entre tous, difficile. Il est beau de se dresser contre les abus, mais encore ne faudrait-il pas s'exposer à voir sa vie privée oflrir prise à la criti que, voire au standale. La violence des luttes déchaînées et l'horreur des suppli ces prescrits par le Copronyme, sous prétexte de ramener la religion à sa simplicité et à sa pureté primitives, ont pu entrainer les chroniqueurs au delà des bornes de la vérité, mais leur témoignage subsiste, nonobstant la réduction qu'on peut lui faire subir.
D'après leurs affirmations, Constantin était adonné à la nécromancie, à la magie et aux sacrifi ces sanglants : on raconte qu'il disséquait des cadavres, fabriquait des poisons. Avec l'âge, Constantin devint un adversaire non plus de l’orthodoxie, mais de la religion. Était-il revenu au paganisme ? En ce cas son Olympe se serait probablement composé du dieu Bacchus et de la Vénus des carrefours. Ses habitu des de pédérastie achèvent de le classer. Une telle conduite, iointe à un travail acharné, à des préoccupations d'homme d'État très capable et très personnel, épuisèrent l'organisme. Né en 718, couronné empereur le 25 mars 720, il régna seul à partir du 18 juin 740.
Léon HIT avait eu autrefois pour principal auxiliaire dans la révolte qui lui donna le trône un certain Artavasde, stratège des Arméniaques, dont il fit son gendre et qu'il combla d'honneurs. Commandant en Arménie contre les Arabes, Artavasde songea à s'emparer de la couronne, sachant la haine que, dès le premier jour de son règne, les orthodoxes vouèrent à Constantin. Cependant la première année du règne s'écoula paisiblement. Constantin, averti des projets de son beaufrère, feignit de tout ignorer, invita Artavasde et ses fils à Constantinople, pour un conseil de guerre, en réalité pour s'assurer de leurs personnes. Artavasde, que cette invitation ne rassurait guère, prit les armes, et marcha en avant. Le rénégat Béser essaya de lui barrer le chemin (juillet 741) ; il le battit et le tua, puis parvint à Constantinople, où il se fit proclamer solennellement empereur. Artavasde rétablit aussitôt, soit conviction soit habileté, le culte des images et lintrus Anastase prit à l'instant parti pour lui, déclarant Constantin abominable.
Malgré l’orthodexie hautement proclamée d’Artavasde, la curie romaine le considéra comme rebelle. Grégoire TII étant mort le 10 décembre 741 #, ce fut son successeur Zacharie qui eut à apprécier la situation. On peut se demander si on était bien exactement renseigné en Occident sur la situation respective de Constantin et d'Artavasde. Tout d'abord, si le Liber | rial’. Il débuta comme avait fait son prédécesseur, par
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pontificalis se montre si sévère pour Artavasde, rien de plus naturel, car le Liber n'est pas un journal quo tidien, il est rédigé à une certaine distance des événements ; très probablement les phrases relatives à Artavasde ont été libellées après qu'on eut appris sa fin misérable ; rien de plus naturel en pareil cas que less épithètes désobligeantes. Tout ce qui a trait aux affaires d'Orient, dans cette notice du pape Zacharie, montre clairement que cela n'a pas été écrit au jour le” jour, mais à une échéance plus ou moins éloignée des événements.
Le pape Zacharie était grec, d'humeur douce et conciliante, très disposé en outre à servir le pouvoir impél'envoi d'une lettre synodi que “ dans laquelle il confessait la foi orthodoxe. Les bons conseils que Zacharie adressait à Constantin risquaient fort de se tromper d'adresse, car à ce moment Artavasde était maître de Constantinople. Trois piè ces émanant de la chancellerie pontificale portent dans la suscription le nom de ce f aux empereur. Ce sont deux lettres de Zacharie à | Boniface et les actes d'un synode romain. Faut-il y voir la preuve que l'Église avait reconnu l’usurpa- ; teur ? Les deux lettres sont du mois de juillet 744. Or ` Von sait par Théophane qu’au mois de novembre 742, | Artavasde était renversé, Jusqu'au mois d'avril 743, toutes les lettres pontifica les sont datées par les années de Constantin. L'étrange mention du nom d'un empereur vaincu et défunt ne doit pas néani moins surprendre outre mesure dans la date de ces. lettres. Un scribe romain pouvait ne pas savoir quel : était l'empereur ; il existait probablement dans les « archives pontifica les une ou plusieurs lettres de Fu surpateur. C'était à el les que s'était référé le notaire qui « avait expédié les actes en question. Il semble qu'à « Rome on était mal renseigné sur ce qui se passait à « Constantinople. C'est ainsi que les envoyés du pape. £acharie furent très étonnés en arrivant. dans cette ville de n'y pas trouver l'empereur qu'ils cherchaient. « Ils ne voulurent pas entrer en relations avec l’usurpa- « teur et demeurèrent dans Ia ville sans se faire con- « naître, attendant Constantin. C'est ainsi quele man que d'initiative de ces envoyés fit de Zacharie un fidèle « partisan de Constantin. Il semblait refuser son appro- « bation à une révolte des orthodoxes, il reconnaissait le gouvernement iconoclaste. Constantin, vainqueur d'Artavasde, sut gré à Zacharie de sa neutralité. IL connut la présence à Constantinople d'envoyés ponti- | fic aux ; İl les fit rechercher et il les renvoya à Rome avec un message amical. Il est vraisemblable que les apocrisiaires cireonspects furent loués et déroulérent une belle carrière diplomati que. On ne dit pas ce que Constantin pensa de tout ceci ; il est difficile qu'en bon Byzantin, il ait pris le change, mais cette fidélité , éclatante du pape de Rome le servait à merveille. On ` peut penser que, rendu prudent par tout ce qui venait de se passer, il renvova honorablement les apocrisiaires et s’abstint dans la lettre qu'il leur remit de toute allusion à la question des images qu'il souhaitait voir s'assoupir pendant quel que temps. Il évita les sujets brülants relatifs aux patrimoines confisqués et aux anciennes limites du patriarcat romain : voulant se montrer généreux, il fit don au pape des menses de Ninfa et de Norma. Zacharie ne chercha pas à troubler cette paix, se dispensa d'écrire et d’exhorter Constantin et le laissa badigeonner en paix les églises y d'Orient. 4 Voici comment eut Heu la restauration de Cons- » |& tantin V. Les opérations militaires de cette campagne | de seize mois paraissent avoir été très intéressantes. F. z Constantin Vs y révèle, tel qu'on le retrouve en bien “des circonstan ces, stratège attentif et bon manœu- | vrier, très supérieur à son adversaire dont il vint faci- “lement à bout. Constantin gardait les thèmes fidè les | des Anatoliques, des Thracésiens et des Cibyrrhéotes. (T E Asie Mineure, très foncièrement et très généralement pa favorable à l'iconoclasme, fut toujours l'appoint le | »plus sérieux de Constantin, tandis qu'Artavasde ne (5 Ei ja mais compter tout à fait que sur l'armée du “thème d'Opsikion qu'il immobilisa dès le début du . conflit dans Constantinople. Pendant l'hiver de 74142, le Copronyme, après une démonstration à Chryso| polis sur la rive opposée du Bosphore, alla prendre ses | quartiers à Amorium. Four s'affermir au pouvoir, ‘tavasde fit sacrer empereur son fils Nicéphore et envoya son second fils, Nicétas, comme stratège du thème des Arméniaques, le chargeant de prendre à revers l’armée de Constantin. Les opérations recomà « mencèrent au mois de mai 742. A cette date, Constantin avait rallié à sa cause même le thème d'Opsikion.
» Artavasde y entra et fit des dégâts : de là il passa dans le thème des Thracésiens. Il comptait évidemment sur » le concours de son fils Nicétas, formant une aile de son “armée et chargé, avec les troupes d'Arménie, de | prendre Constantin en queue pendant qu'Artavasde -l'aborderait de front. Mais la rapidité de manœuvre de » Constantin fit échouer ce plan, d'ailleurs bien conçu. \ À la nouvelle du débarquement d’Artavasde, Cons- » tantin avait quitté Amorium, traversé la Phrygie et la Lydie, rejoint son compétiteur à Sar des où il l'avait E battu, rejeté et poussé vers le Nord. Ce ne fut pas une à rétraite, mais une déroute. Enfin Artavasde, avec les débris de son armée, gagna Cyzi que, s'y embarqua et - rentra à Constantinople. Pendant ce temps, ConstanL tin courait vers Nicétas, le battait à Modrina, août 742, Constantin, ne rencontrant plus de résistance, arriva » devant Chalcédoine au mois de septembre, s'y embar- » qua et arriva en Thrace d'où il commença le siège de E bsation depuis Auguste jusqu'à Justinien, in-8°, Paris, m 1891 ; À. Gasquet, De l'autorité impérialeenmatièrereligieuse p 3 . låtrie, n . Constantinople. On pouvait en prévoir l'issue, lors que :
… victimes”. Les circonstan ces extérieures favorisèrent |
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le retour offensif de l'iconoclasme. En 750, l'avènement des Abbassi des décidait le transfert du khalifat de | ! Damas à Bagdad, très loin des frontières de l'empire ; en 792, la prise de Théodosioupolis et de Mélitène, dont la population attachée à l'hérésie paulicienne fut transportée en Thrace, conduisit aux portes de Constantinople un fort contingent d’adversaires du culte des images . Constantin put dès lors envisager le retour à sa politi que religieuse ; il y avait chez cet homme d'Etat un théologien désireux de faire ses preuves sur un théâtre digne de lui. Constantin V se tenait pour chargé du spirituel au même titre que du temporel et cette prétention n'était pas faite pour | surprendre son entourage et son peuple 5, aux veux desquels l'empereur est chef de la religion. Au moment même où les images du Christ sont proscrites, cel les des empéréurs continuent à recevoir, comme eux-mêmes, l'adoration. Bien plus, les prin ces, qui sont si scrupuleux à l'égard de tout ce qui leur paraît entaché d'ido- “hésitent pas à se qualifier eux-mêmes de Werorourort. Après avoir affermi à loisir son autorité, . Constantin revint à son point de départ et aborda Ia question des images d'une manière conforme à son goût personnel, par la théologie et la hiérarchie. Il convoqua les évêques et provoqua la collaboration de ceux qu'il tenait pour ses collègues-nés et ses inter-prètes naturels, afin d'entamer la question par son aspect dogmati que. Le conciliabule de 753 devra donner des définitions et élaborer le dogme iconoclaste. Constantin, inconscient du ridicule, compose des sermons. Théostéricte prétend en avoir lu treize de l'impérial théologien, sermons qu'on lisait dans les églises. Il semble même que l'empereur ne s'en soit pas tenu là et qu'on soit en droit de lui attribuer un livre de théologie que Nicéphore. désigne sous le nom de Mammon .
Dans le deuxième des trois Discours dont se compose l'Antirrhelieus de Nicéphore, on a cru, non sans vraisemblance, retrouver un discours de Constantin aux évêques, lequel serait vraisemblablement un extrait des sessions du conciliabule de 753, tel les qu'el les auraient été consignées dans les procès-verb aux que Nicéphore a été à même de consulter. On y voit que le Copronyme fait œuvre personnelle de théologien tout en déclarant vouloir soumettre ses opinions à la décision des évêques : toutefois, ajoute Nicéphore, « aprés avoir annoncé qu'il allait se conformer à l'opinion des évêques, il revient à son sens naturel et se met à juger et à dogmatiser, et cela nous permet de le prendre en flagrant délit de parjure et d'apostasie, » Au cours de cette année 753, pour amorcer la reprise de sa politi que religieuse, Constantin fit tenir des réunions délibératives dans plusieurs vil les de l'empire byzantin $. C'était au moment où le roi des Lombards, Astolf, s'emparait des dernières parties de cet empire sur le sol de l'Italie °. Rome mème était menacée. Le pape Étienne II, successeur de Zacharie, entretenait une correspondance avec Constantin V et faisait figure de son chargé d'affaires pour l'Italie. Pape et exar que à la fois, il était souverain dans sa province et fort inquiet de l'attitude et des mena ces d'Astolf. Il regardait vers Constantinople d'où il attendait le secours.
Sur ces entrefaites, arriva à Rome un officier impérial, le silentiaire Jean, chargé d'ordres adressés au pape el porteur d'une lettre pour le roi des Longobards, laquelle
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lettre obtint pour toute réponse une fin de non-recevoir. Jean revint à Rome et Etienne II envoya à Constantinople solliciter un prompt secours. Il n'obtint rien ; Constantin préférait combattre des moines plutôt que des Longobards !. Abandonné de la sorte, le pape jeta les veux vers la France et se rendit auprès du roi Pépin qu'il sacra ainsi que ses fils *.
Pendant ce temps, l'empéreur avait convoqué après la mort du patriarche Anastase, en 753, les évêques de l'empire en un grand synode qui se tint au palais Hiéria, situé vis-à-vis de Constantinople, sur la rive asiati que du Bosphore, entre Chrysopolis et Chalcédoine (voir ce mot), un peu au nord de cette dernière ville. La vacance du siège patriarcal facilita l'exécution du projet impérial, car l'ambition du plus grand nombre de ces évêques était éveillée par le désir de recueillir la succession d’Anastase, ce qui ajoutait encore à leur souplesse déjà excessive. Trois cent trente-huit évêques s'assemblèrent sous la présidence de Théodore d'Éphèse, fils de l’ancien empereur Apsimar, et iconoclaste avéré. Nicéphore ne nomme que Théodose en qualité de président du synode. Théophane lui associe Sisinnios, Pastillas de Perge en Pamphylie et Basilios Tricocabos d'Antioche de Fisidie ; il ajoute : « Les patriarches de Rome, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem ne furent pas représentés (trois de ces patriarches étaient déjà sous la domination des mahométans) ; les opérations, commencées le 10 février, se poursuivirent jusqu'au 8 août dans le palais d’'Hiéria. Ce jour-là, l'assemblée commenca à tenir ses sessions dans l'église de SainteMarie des Blakhernes (faubourg nord de Constantinople) et l'empereur proclama solennellement patriarche de Constantinople le moine Constantin, pour lors évé que de Svylæum, Le 27 août, on annonça au peuple la décision héréti que du synode 5. » Nous ne possédons plus les actes complets de cette assemblée, mais seulement son Ôpac (jugement) trés prolixe, et sa brève introduction, insérés dans les actes du VII concile œcuméni que. Dans la sixième session de cette assemblée, on lut en effet un ouvrage en six lomi, intitulé : « Réfutation du prétendu et incohérent jugement porté par ce ramassis d'accusateurs des chrétiens, » qui contenait le texte même avec sa réfutation par un anonyme. Grégoire, évê que de Néocésarée, lut par fragments l’ôpos du concile et le diacre Jean en lisait aussitôt la réfutation #, En tête dé ces actes, le conciliabule d'Hiéria prend le titre de septième grand et œcuméni que concile, et dit que, « se trouvant par la grâce de Dieu et l'ordre des empereurs Constantin et Léon (fils de Constantin, âgé de quatre ans), réuni dans la capitale impériale, dans l'église des Elakhernes, de la sainte et immaculée Mère de Dieu et vierge Marie, il a porté les décisions suivantes. » Vient ensuite l'ôgos qui expose la « théologie » iconoclaste ® et se termine par une série d'anathèmes exprimant en abrégé et d’une manière orthodoxe la doctrine des six conci les œcuméniques ; après quoi, les évêques prononcent une autre série de huit anathèmes :
29 Si, à cause de l'incarnation, quelqu'un ose repré | : senter avec des couleurs matériel les, et dans les images qui rappellent l'homme, lusie et l'hvpostase du Logos, qui ne peut être représentée, et ne reconnait pas qu'il- (le Logos) ne peut être représenté, même après son incarnation, anathème !
3° Si quelqu'un ose représenter dans une image l'union hypostali que des deux natures, et, appelant cette image Christ, opère ainsi, d'une manière mensongère, le mélange des deux natures, anathème !
49 Si quelqu'un sépare de la personne du Logos lan chair qui lui est unie et veut représenter cette chair par une image, anathème ! | 59 Si quelqu'un divise le Christ en deux personnes et veut représenter celui qui est né de la Vierge et 1 n'accepte, par conséquent, qu'une union relative (oyetixn) des natures, anathème ! E ör Si quelqu'un représente par une image la chair déitiée par son union avec le Logos et la sépare ainsi de la divinité, anathème !
7° Si quelqu'un veut représenter, à l'aide de couleurs « matériel les, le dieu Logos qui, quoi que ayant la forme « de Dieu, a néanmoins accepté dans sa propre personne M la forme d'esclave, si quelqu'un veut le représenter sous une formé purement humaine et prétend le diviser ainsi de son inséparable divinité, en introduisant ` ainsi une quatrième personne dans la Trinité, anathème ! | Après avoir condamné quelques autres principes orthodoxes sur la vénération et invocation des saints, lé conciliabule conclut : : Si quelqu'un n'admet pas notre saint et œcuméni que septième concile, qu'il soit M anathème, de par le Père, de par le Fils et de par le Saint-Esprit, et de par les sept conci les œcuméniques ! Nul ne doit enseigner une autre foil.. Telle est notre croyance à tous, nous souscrivons ceci de plein gré, # c'est la foi des apôtres. Longues années aux empereurs ! Ils sont les lumières de l'orthodoxie ! Longues années à l'impératrice orthodoxe ! Que Dieu protège votre empire ! Vous avez proclamé éncore plus nettement lindivisibilité des deux natures du Christ ! Vous avez frappé à mort l'idolâtrie ! Vous avez anéanti les erreurs de Germain (de Constantinople), de Georges et de Mansour 7 : anathème à Germain le f aux et l'adorateur du bois #, Anathème à Georges son pareil qui a faussé la doctrine des Pères ! Anathème à Mansour, qui a un nom de mauvais présage et qui professe des sentiments mahométans ! Anathème à Mansour, qui a trahi le Christ ! Anathème à l'ennemi de l'empire, au docteur d'impiété, au vénérateur des images ! La Trinité les a déposés tous trois ! » Le Libellus synodicus nous apprend que, dans ce conciliabule, Constantin V avait nié l'intercession des saints et le culte des reliques *. En effet, après la lecture du décret de 753, les Pères du concile de 787 ajoutent : « Mais, depuis la publication de ce dogme, ils [les ooa] ont repoussé aussi l'intercession “des saints cet nié qu'elle fût agréable à Dieu ; ils ont … rayé ce passage de leurs décrets... Chacun sait que la “variation est le propre de l'erreur, tandis que la vérité | est une !. En 787, en plein retour à l'orthodoxie et en Ei Eo ouverte du passé, on n’était pas fâché de faire moindre la part de responsabilité du Copronyme, saut à à aggraver celle des auteurs (reotoroges) du dogme iconoclaste. Somme toute, le Copronyme était le propre grand-père de ce Constantin Porphyrogénète, restaurateur des images : il pouvait paraître maladroit et, certainement superflu, de trop afficher le contraste.
Les Antirrhetici de Nicéphore et les actes du IIe concile de Nicée sont d'accord avec le Libellus synodicus | touchant le rôle personnel de Constantin V en 753.
. D'après Théophane, il niait la divinité de Jésus-Christ et l'enfantement virginal. Georges Hamartolos lui | E pute un mélange d'arianisme et de nestorianismeet beaucoup d'autres témoignages confirment celui-ci* .
M RÉSULTAT. — Le concile d'Hiéria est l'événement
_ capitalde l'histoire intérieure de Byzance au vue siècle.
… À cette date s'ouvre la période aiguë de l'iconoclasme.
\ On se mit donc à enlever les images des églises, on en brüla un très grand nombre ou bien on badigeonna » fresques et mosaïques. La Vila S. Stephani junioris “éplore en particulier la dévastation de la magnifi que église de la Vierge aux Blakhernes, sur les murail les de laquelle étaient représentés l'incarnation du Sauveur, ses mirac les jusqu'à l'Ascension et la Pentecôte.
. Afin ‘de ne pas laisser les murs sans auc une décoration, b on représenta des arbres, des paysages, des oise aux ;
- on en fit, selon l'expression de la Vita, une volière et » un fruitier. Il en fut de même pour tous les édifi ces … publics et les palais, notamment le palais du patriarche ?.
L'empereur sollicita l'adhésion de tous les évêques … ct de tous les moines aux décisions de son synode. Les - documents ne font pas mention d'un seul cas de résis… tance parmi l'épiscopat et le clergé séculier ; en re- qu'on réclamait d'eux. Les évêques d'Orient qui se … trouvaient hors des atteintes du basileus ne se montrèrent pas plus traitab les. Effrayés par la demande … dẹ l'empereur, les moines des environs de Constanti= nople et de la Bithynie vinrent trouver le célèbre abbé - Étienne, sur la montagne de Saint-Auxence, pour lui T demander conseil #. Étienne était né en 715 et, tout M. je une encore, avait été confié par ses parents à l'ana| chorète Jean qui habitait la montagne de SaintAuxence, vis-à-vis de Constantinople, Après de longues années passées dans le monastère de Jean, Étienne se retira comme reclus dans une caverne - située au sommet de la montagne où les moines vinrent M Je trouver. Étienne leur conseilla de ne pas provoquer un sans raison les rigueurs de Constantin, mais de s'éloi{ gner et de gagner des régions où l'hérésie n'avait pas Mn pénétré, c'est-à-dire les montagnes du Pont-Euxin ~ qui avoisinent la Scythie, la Chersonèse, la Nicopsis qui touche à la mer Parthénienne (côté est de la Méditerranée), enfin de se réfugier à Rhegium, à Nap les, f en Italie, etc. Etienne ajouta qu'il croyait utile de … l'exarchat de Ravenne, in-8°, Paris, 1883. — $ Liber ponti-
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mentionner Rome, Alexandrie et Antioche, dont les évêques s'étaient prononcés par écrit contre lempereur, qu'ils traitaient d'apostat et d'hérésiar que. Les moines suivirent ces conseils et abandonnèrent en grand nombre la capitale et ses environs. Beaucoup se rendirent à Rome, où le nouveau pape Paul fr — monté en 758 sur le trône pontifical —- leur permit de psalmodier en grec et de conserver leur rite et leur aiñice.
Quand l'iconoclasme vint offrir le prétexte et loccasion aux solutions radica les, il y avait longtemps que la situation de l'Occident pouvait être considérée comme très compromise au point de vue byzantin. Léon III et Grégoire III étaient morts à dix-huit mois de distance (juin 740, décembre 741). Ce double changement avait une grande importance parce que, après s'être mesurés, Constantin V et les deux papes avaient, par une sorte de consentement tacite et mutuel, apaisé le diapason de leur querelle : depuis quelques années, on vivait sur le pied de paix. Cependant la situation était menacante pour l'empereur. I ne possédait plus de la péninsule que des lambe aux épars, sans aucun espoir de les rejoindre entre eux : la Sicile, le Brutium. Nap les, le duché de Rome, Ravenne et sa banlieue, les vil les maritimes de la Fentapole et de la Vénétie 5. Les Lombards ne cessalent de progresser et de s’étendre. Le duché de Rome, lentement, progressivement, conquérait l'autonomie religieuse qui l'acheminerait par l'autonomie administrative ers l'indépendance politi que. Grégoire ILI, sans en venir à une rupture, suivait une ligne de conduite très ferme : comme ses prédécesseurs, il faisait réparer et compléter à grands frais les murail les de Rome f, il relevait les murs de Centumcellæ 7, il négociait. Au duc de Spolète, il achetait l'abandon de ses prétentions sur le casfrum de Gallese et ainsi il assurait les communications entre Rome et Ravenne ; enfin il concluait un accord défensif avec le duc Trasimond et avec Godescalc, duc de Bénévent ?. Liutprand, furieux, chassant Trasimond de Spolèle 11, le poursuivit jusqu'à Rome où le pape refusa de le livrer ; sur quoi il ravagea le duché et s'empara des vil les d Ameria, d Horta, de Polimartium et de Bléra, séparant ainsi Rome de l'exarchat. Grégoire se mit en campagne pour lés reprendre. Il essaya de négocier, fit agir les évêques de la Tuscie lombarde 11. Puis il eut recours aux armes. Trasimond s'engageait à reconquérir les vil les perdues : l'armée romaine, en retour, le rétablit dans son duché de Spolète. Mauvais calcul, d'ailleurs, car Trasimond, dès lors, refusa d'en bouger #. A lire dans le Liber pontificalis le récit de ces événements, il ne semble pas que l'exar que y ait pris une part très active. 5e bornait-il à défendre la banlieue de Ravenne ? Le biographe pontifical l'oubliait-il ? La raison de ce silence pourrait être que le duché de Rome fut alors séparé administrativement de l’exarchat. A cette épo que, Rome devint la résidence d'un oilicier impérial de rang très élevé. Le gouverneur byzantin, peut-être par méfiance instinctive contre l'exar que, fonctionnaire trop indépendant, tendait à favoriser le morcellement de l'exarchat. L'autorité de ses subordonnés avait été ou s'était accrue. Avec le viu’ siècle apparaissent les ducs de Rome, A la fin du pontificat de Grégoire III et sous celui de Zacharie, le gouverneur impérial de Rome est désigné par le titre de patricius el dur 1. Il est le premier qui l'ait porté . Quelques historiens ont supposé que ce duc et patrice, au titre insolite, n'était pas un magistrat impérial, mais un magistrat pontifical, lieutenant civil du pape, et que Grégoire I ; par une invraisemblable présomption, l'avait nommé patrice afin qu'il marchâät de pair avec l'exar que, Mais le duc Stéphanos était un byzantin *. A : GCrivellucci le dit d'origine romaine“ et croit que son gouvernement aurait constitué une période intermédiaire entre le gouvernement byzantin et le protectorat franc. Il n'était pas subordonné au pape. Il v eut sans doute à Rome, après 757, des ducs pontific aux, mais le duc Théodose, qui compte parmi les servitia du pape, et le duc Théodose de la Vie d'Hadrien, qui devint primicier des notaires, n'ont rien de commun avec le patrice Étienne 7.
Le pape n'était pas encore devenu gouverneur de Rome ; il prenait beaucoup sur lui, mais n'avait pas tous les pouvoirs. En 755, des changements importants se produisirent en Italie. Pépin le Bref, roi des Fran ces, conquit sur Astolf, roi des Lombards, Ravenne et la Pentapole, dont il fit hommage à saint Pierre. Constantin V envoya deux ambassadeurs à Pépin dans l'espoir de recouvrer ses provin ces, mais le roi des Fran ces déclara que ceux-ci « n'avaient pas versé leur sang pour des Grecs, mais pour saint Pierre et pour le salut de leur âme ; aussi, que pour tout l'or du monde il ne reviendrait pas sur ce qui était fait. » En 757 et 758, l'empereur envoya à Pépin et à Didier, le nouveau roi des Lombards, des ambassadeurs qui remirent à ces prin ces des présents, entre autres, pour Pépin, un orgue hydrauli que. Ces ambassadeurs devaient obtenir la restitution à l’empereur de l'exarchat et de la Pentapole : des émissaires impéri aux travaillèrent, dans le même but, la population de Ravenne et des environs et une flotte fut préparée, en vue d'une expédition destinée à soutenir les prétentions impéria les.
Le pape Paul I1 ne négligea rien pour faire échouer ces desseins et se conserver la protection du roi Pépin, patrice et protecteur de l'Église romaine.
XXIII CRUAUTÉS DE CONSTANTIN COPRONYME. — Deux campagnes malheureuses contre les Bulgares, en 756 et 760, avaient disposé Constantin V à une sorte de modération ; à partir de 161 et surtout de 763, il n'hésita plus à recourir à la violence contre les adorateurs des images. Pierre Calybile mourut sous le fouet dans le cir que de Saint-Mamas, situé au quartier des Blakhernes, pour avoir invectivé Constantin des noms de « nouveau Valens, » et « nouveau Julien. » Le corps du martyr fut jeté à la mer ; rejeté par elle, on l’ensevelit sur le marché de l'Emporium (16 mai 761). Peu de jours après, probablement le 7 juin 761, Jean, supérieur du monastère de Monagria, n'ayant pas consenti à piétiner une image de la Mère de Dieu, fut cousu dans un sac et jeté à la mer :
Le plus célèbre martyr du règne fut l'abbé Etienne, dit le Je une, pour le distinguer du diacre célèbre des temps apostoliques. En 763, Constantin envoya le patrice Calliste, homme rusé et dévoué à l'hérésie, vers Étienne pour le décider à adhérer aux doctrines nouvel les. Ce fut en vain. Il fut enlevé par les soldats et emporté de sa grotte dans le monastère situé au bas du mont Saint-Auxence où il fut enfermé et resta six images. Deux ans plus tard, Étienne fut ramené à.
260 jours sans nourriture 19, Le 17 juin, l'empereur partit
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mener la campagne contre les Bulgares, ce qui valut au saint moine quel que répit. Entre temps, Calliste« soudoya deux f aux témoins contre Etienne : un de ses | discip les, Serge, l’accusa d’avoir porté anathème sur l'empereur : une esclave dénonça sa maîtresse Anna comme la maîtresse du saint moine. Ces accusations i ne produisirent rien. Alors on imagina un scenario dans lequel la populace jouerait un rôle. Nonobstant la défense faite aux moines de recevoir des novi ces, un je une homme, fonctionnaire de la cour, Georges Syn- | cletos, sollicita d'Etienne son admission dans le“ monastère ; agissant en cela d'accord avec l'empereur. | Étienne l'admit et aussitôt l’empereur se plaignit. publiquement de ce que les « maudits » dont il ne | voulait pas prononcer le nom — c'était sa facon coutumière de désigner les moines — lui avaient arraché un de ses courti sans les plus aimés ; le peuple ne man- | qua pas de s'associer à la colère du maître et vomit contre les moines un choix de malédictions. A quelques jours de là, Georges s'enfuit du monastère, n'ayant gardé l’habit monasti que que trois jours : il se réfugian au palais impérial où l'empereur lui rendit ses bonnes grâ ces, ses insignes et la populace se divertit à déchirer en lambe aux le vêtement monasti que qu'on lui abandonna, réclamant vengeance contre les moines. Afin. de tirer promptement parti de ces dispositions, Cons1 tantin envoya un fort détachement de soldats au mont Saint-Auxence : les discip les d'Étienne fu ent expulsés, le monastère et l’église brûlés, le saint fut bousculé, battu et enfermé à Chrysopolis, dans le couvent de Philippicus, durant dix-sept jours. Là,- il eut à tenir tête à tous les docteurs de l'iconoclasme. Ensuite il fut exilé dans l'ile de Proconnèse, dans la Propontide, et les moines ne tardèrent pas à se rassembler autour de lui, prêchant au peuple le culte des Constantinople, pieds et mains liés, et enfermé dans la grande prison du prétoire avec trois cent quarantedeux moines de diverses provin ces. Beaucoup d'entre eux avaient eu le nez et les oreil les coupés, à d'autres on avait crevé les veux ou coupé les mains, plusieurs « gardaient sur le visage le sillon tracé par le nerf de bœuf, enfin certains avaient eu la barbe arrachée ou brûlée. L'abbé Étienne fit en peu dé temps de cette prison une sorte de monastère ; la nuit on y chantait des psaumes et des hymnes en commun, et les moines « encourageaient leurs visiteurs à tenir bon dans le culte des images. Onze mois se passèrent ainsi, après lesquels Étienne fut condamné à mort. A cette même épo que, l'empereur ordonna que quicon que cacherait un de ses M parents ou un de ses amis moine, et quicon que porrésistance iconophile ; aussi était-il déjà livré au bourreau que l’empereur le fit reconduire en prison et reçut la visite de deux fonctionnaires impéri aux chargés 4 de le gagner ou bien, s'ils n'y réussissaient pas, de le ` faire mourir sous le fouet. Mais ce fut Étienne qui convertit à l’orthodoxie ses deux interlocuteurs : ils revinrent dire à l'empereur qu'ils l'avaient tellement i battu qu'Étienne mourrait sans faute le lendemain. Mais dans la nuit Constantin sut la vérité et se plaignit hautement de n'être pas obéi. Une bande de gar des M du corps se rendit à la prison, en arracha Étienne, le traîna dans la rue et l'y tua sous les coups et les pierres (28 novembre 767). | temps : outre Pierre Calyhite et Jean de Monagria, faut rappeler Paul, moine de Crète, trente-huit moines de Pélérète, sur l'Hellespont ; André in Crisi, baul Novus et d'autres ! L'empereur, pour en finir avec les moines, désaffecta plusieurs monastères dont | il fit des casernes, obligea les moines à revêtir des di abits séculiers, à se marier, livra à la populace ceux s'y refusèrent, les produisant dans le cir que avec ne religieuse au bras ou une femme de mœurs légères ?. € Constantin ne s’en tint pas là, il voulut exiger de tous ses sujets le serment de repousser les images. « Il fit | exposer publiquement le corps et le sang du Christ, nsi que la croix, et fit jurer à tous, sur les saints q u : suivraient d'insultes et à coups de pierres. tout habit “noir. » Le patriarche Constantin, le premier, prêta ce E se ment du haut de l’'ambon, tenant en main la vraie F4 croix ; dès lors il HR. quoiqu'il eût été moine, T å se conduire en laï que * (766 ou 767).
Constantin et lui dit : « Que nous arriverait-il si “nous appelions Marie Mère de Jésus au lieu de Mère > Dieu ? Le patriarche l'embrassa en pleurant et Le dit : 5 « Aje pitié de nous, maître, et que ja mais cette pensée ne te vienne à l'esprit. Ne vois-tu pas que Nestorius est exécré et anathématisé par toute l'Église ? » L’empéreur répliqua : « Je te l'ai demandé à titre de “renseignement, par simple curiosité ; ne parle ja mais “a personne de ce que je t'ai dit 5. » On voit que le secret i t mal gardé. Est-ce pour s'en venger ou pour toute autre raison, mais, en 766, le patriarche Constantin ST fut déposé, exilé, finalement décapité. Il eut pour sucesseur un eunu que d'origine slave, nommé Nicétas : | celui-ci signala son zèle en enlevant les images du [ » patriarcheion $.
T Le concilium mixtum en question se tint à Gentilly :
D'autres avaient subi le martyre vers le même t Evangi les, qu'à l'avenir, ils ne vénéreraient plus d'images et les regarderaient comme des ido les, qu'ils n'auraient auc une relation avec les moines, mais pourétait rigoureusement punie *. Pendant le grand hiver | de 762-763, l'empereur manda au palais le patriarche P XXIV. LE CONCILE DE GENTILLY (767). — Cons- | € Théophane,
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arrondissement de Sce aux, département de la Seine #, en 767, à l'occasion de la fête de Péques. Les actes de cette assemblée né nous ont pas été conservés et parmi les chroniqueurs qui la mentionnent, Einhard, par exemple, se contente de dire qu'on y traita du culte des images et de la Trinité : par exemple, on examina si le Saint-Esprit procède du Fils. Nous lisons dans le 20° fragment contenu dans le Codex carolinus d'autres décisions qui appartiendraient à ce concile de Gentilly, si on admet que la lettre du pape Paul au roi Pépin a été écrite peu de temps après la tenue du concile. Le pape disait que Pépin, afin d'écarter tout soupçon, n'avait ja mais donné audience aux ambassadeurs de Constantinople, si ce n'est en présence des légats du pape ; en outre, ces légats avaient discuté sur la foi avec les ambassadeurs de Constantinople, en présence de Pépin, et on avait communiqué au pape la lettre des Byzantins à Pépin, de même que la réponse de ce dernier. Le pape loue donc le zèle de Pépin pour l'exaltation de l'Église et la défense de 262 | l'orthodoxie. Aussi pouvons-nous en conclure que le concile de Gentilly avait donné au sujet de la vénération des. images une déclaration de nature à satisfaire le Saint-Siège.
Paul T7 mourut le 28 juin 767 ; ce jour-là et le lendemain 29, le duc de Népi fit conférer à son frère Constantin tous les ordres depuis la tonsure jusqu'au diaconat inclusivement ; dans les jours qui suivirent, Constantin recut le sacerdoce et l'épiscopat ; enfin, le & juillet, il fut proclamé pape à Saint-Pierre. Cet antipape, qui occupa le siège pontifical pendant treize mois, envoya au roi Pépin une epis{ola synodica des patriarches orient aux. Dans une lettre antérieure, il avait cherché à gagner le-roi des Francs en disant que les Romains, dans leur enthousiasme, l'avaient élu malgré lui-même *. Le 28 juillet 768, les mécontents, avant à leur tête le primicier des notaires et conseiller municipal Christophore et son fils Sergius, trésorier de l'Église romaine, se réunirent à peu de distance de Rome et, avec l’aide d'une bande de Lombards, s'emparèrent du pont de Salaris. Le lendemain matin, ils pénétrèrent dans la ville par la porte Saint-Pancrace, firent l’antipape prisonnier dans l'oratoire du vestiaire du Latran. Pendant qu'on s'apprêtait à le déposer, les Longobards sous l'inspiration du prêtre Waldipert, proclaméèrent pape le moine Philippe qui, apprenant qu'on ne voulait pas de lui, abdiqua aussitôt tandis que Waldipert, plus obstiné, avait les veux crevés et la langue arrachée. Le lundi 1° août, au Forum, on procéda à l'élection d'Étienne III. L'’évè quevidame Théodore eut les veux crevés et mourut de faim et de soif dans une chambre 1, l'antipape et un de ses frères furent promenés en cavalcade à travers la ville et finalement on leur creva les veux. Le 6 août, l'antipape fut solennellement déposé et Étienne III fut consacré le lendemain. ; gr 1 a en mr ss tes =e s = ir EIEE Si ` Lai ME EEEE N A EE E ms ee E E 2 ps oo Em om oo rm oo mi 263 évêques ou représentants d’évêques, sans parler des prêtres, moines, laïques, etc. 1.
Nous n'avons à nous occuper ici que de la quatrième session, qui fut consacrée à la question des images. On cita des témoignages des Pères à l'appui de ce culte, et après avoir anathématisé le concile de Constantinople de l’année 753, on reconnut aux images le droit à la vénération que tous les papes et tous les saints Pères leur ont accordée jusqu'à nos jours. Dans cette même session, on lut et on approuva la synodica de Théodore, patriarche de Jérusalem, contre les iconoclastes. Le pape cita l'image d’Abgar, pour prouver que le Christ avait lui-même confirmé le culte rendu aux images.
XAVI. L'EMPEREUR LÉON IV. — Constantin V mourut le 14 septembre 775. Théophane dit qu'avant de mourir il reconnut son erreur et fit chanter des cantiques en l'honneur de la Mère de Dieu *. Son fils aîné, Léon IV, dit Chazar, lui succéda et se rendit vite populaire par la libéralité avec laquelle il distribua les épargnes faites par son père. Léon avait épousé Irène, femme habile et avide de pouvoir, qui lui donna un fils, Constantin Porphyrogénète, couronné empereur le jour de Pâques 776, à l'âge de cinq ans à.
Léon ne partageant pas la passion iconoclaste de son père, laissa revenir les moines, permit d'en élever plusieurs à l'épiscopat, et sans abroger les lois persécutri ces, sembla les laisser tomber en désuétude. A la mort du patriarche Nicétas (6 février 780), l'empereur lui donna pour successeur le lecteur Paul, qui fnit par prêter le serment de ne ja mais rétablir les images (2e dimanche de carême). Au cours du carême de cette même année 780, six grands dignitaires de la cour furent accusés de pratiquer le culte des images et on trouva deux images cachées dans le lit de l'impératrice Irène. Celle-ci, interrogée, déclara tout ignorer, se prétendit victime d'une conspiration et n'en fut pas moins exilée : les six fonctionnaires furent rasés, torturés, emprisonnés et faits moines. Mais, le 8 septembre 780, Léon IV mourut.
XXVII L'IMPÉRATRICE IRÈNE. — Irène fut proclamée régente pendant la minorité de son fils, âgé de dix ans, Constantin VI. Ce fut la réaction ; chacun put, au gré de sa dévotion, vénérer les images, ce que firent en particulier les moines rentrés d’exil, notamment l'abbé Platon, oncle de Théodore Studite. Dès Tors, Irène songeait à rétablir le culte des imageset à renouer des relations cordia les avec les autorités ecclésiastiques. Le pape Hadrien Ier, successeur d’Étienne III, l'encourageait dans cette voie. Toutefois la question religieuse ne se posa nettement pour l'impératricerégente qu'après la conclusion d'une paix, peu glorieuse du reste, avec les Arabes, et après la défaite des Slaves. Vers ce temps. Irène avait fiancé son je une fils avec Rotrude, fille de Charlemagne, âgée de sept à huit ans : en outre le patriarche Paul, bourrelé de remords d’avoir fait le serment de ne ja mais rétablir les images, s'en accusait bien haut et renoncçait au patriarcat %, Cela entrait à merveille dans les desseins de l'impératrice qui voulait amener les esprits au | retour du culte des images. Le nouveau patriarche Tarasius, sacré le jour de Noël 781, était acquis à cette conduite et par-dessus tout souhaitait, réclamait un concile général pour le rétablissement de l'unité de l'Église 5.
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| conduire tous à la vérité, demande que votre pater264 Prés que tous les historiens, s'inspirant de Théophane, ont dit que, dès son avènement, Tarasius avait envoyé à Rome et aux trois patriarches orient aux une synodica contenant sa profession de foi ; ceci n'est pas des plus vraisemblable. La lettre de Tarasius aux prêtres supérieurs et aux simp les prêtres d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem nous a été conservée Tarasius déclare qu'il a été forcé d'accepter le trône patriarcal par l'impératrice et par son fils, ainsi que par les évêques et par les clercs. Après un symbo les assez court, où figure l’anathème contre le pape Honorius, le patriarche aborde la question des images et. dit : « J'accepte ce VIe concile avec tous les dogmes. qu'il a définis, et tous les canons qu'il a promulgués et parmi ces canons, celui qui est ainsi concu : Dans. quelques représentations des saintes images se trouves la figure de l'agneau ; nous, nous voulons que le C hrist soit représenté sous sa forme humaine. » Le patriarche cite le 82° canon du concile Quinisexte dont il attribue les canons au VIs concile œcuméni que, lequel, comme on sait, n'en a rendu aucun. Il continue : « Je con“ damne ce qui a été ensuite imaginé et bégayé (c'est-àdire les décrets du conciliabule de 753), ainsi que vous. l'avez déjà fait vous-mêmes ; et comme les pieux et« orthodoxes empereurs ont approuvé les deman des. faites pour la célébration d’un concile général, vous ne” nous refuserez pas votre concours pour rétablir l'unité de l’Église. Que chacun de vous [les patriar- » ches] envoie donc deux fondés de pouvoirs, avec une. lettre exprimant les sentiments que Dieu vous a inspi-« rés sur cette affaire. J'ai fait la même demande à l'évê que de l’ancienne Rome, etc. $. | La lettre adressée au pape, dont parlent Tarasius et” Théophane 7, ne nous a pas été conservée, mais nous possédons la réponse d'Hadrien Ier et l'observation des légats au VII. concile général que « le pape avait : écrit une lettre semblable, rotabræ ypřupartæ (c'est-à-t dire une lettre qai s'accordait pour le fond avec celle de Tarasius)*. Tarasius envoya sa lettre au pape par l'apocrisiaire Léon ?, tandis que l'impératrice luienvoyait une divalis sarra, où elle inscrivait le nom. de son fils avant 1e sien. On y lit, entre autres choses, ceci : « Votre Sainteté sait ce qui a été fait ici, à Constantinople, contre les vénérab les images par les anciens souverains. Que Dieu veuille ne pas le leur imputer ! Ils ont trompé tout le peuple de Constantinople, et même l'Orient, jusqu'à ce que Dieu nous ait appelé au gouvernement, nous qui, en vérité, cher- ` chons l'honneur de Dieu et qui voulons maintenir les traditions des apôtres et des saints docteurs. Aussi, après en avoir délibéré avec nos sujets et avec de très savants prêtres, nous avons décidé de convoquer. un concile général. Oui, Dieu lui-même, qui veut nous nelle Sainteté paraisse elle-même à ce concile et vienne jusqu'à Constantinople, pour confirmer les anciennes traditions au sujet des vénérab les images.. Nous recevrons Votre Sainteté avec toutes sortes d'honneurs, nous lui fournirons tout le nécessaire, et, l'« uvre terminée, nous aurons soin que Votre Sainteté ait un retour digne d'elle. Si vous ne pouvez venir en personne, envoyez du moins de dignes et savants représentants, afin que la tradition des saints Pères. soit conservée par un concile, que l'ivraie soit extirpée, et qu'à l'avenir il n'y ait plus de division dans l'Église.
| Nous avons appelé à nous Constantin, évê que de pe Léontium (en Sicile), que connaît votre paternelle ~ Sainteté ; nous nous sommes entretenu avec lui, et A nous vous l'avons envoyé avec cet édit (venerabilis …jussio). Lorsqu'il sera arrivé chez vous, veuillez me a le renvoyer le plus tôt possible, afin qu'il m'indi que là le jour que vous voudrez quitter Rome. Constantin ra saura soin d'amener ici avec lui l'évê que de Nap les. du | Nous avons ordonné à notre gouverneur en, Sicile de veiller à votre repos et à ce que rien ne man que à votre … dignité ?, » (Août 785.) © Le 27 octobre 785, le pape Hadrien répondit aux - deux souverains une lettre latine détaillée, lettre dont F on lut une traduction grec que lors de la n° session du f d concile de Nicée ; cette traduction n'était pas d'une … fidélité scrupuleuse ; notamment elle omettait la fin dé la lettre pontificale (d'accord avec les légats romains) parce que ce passage était de nature à blesser le patriarche Tarasius qui y était blåmé. Dans le corps de la lettre, le pape, après avoir exprimé sa F jojė de la démarche faite auprès de lui, promettait en récompense à Irène et à son fils la victoire sur les T nations barbares, Le pape exaltait le Siège apostoli que T et invoquait, en faveur du culte des images, la tradi- … tion de ses prédécesseurs ; il en donnait pour preuve < une légende tirée de l’apocryphe bien connu intitulé T Gesla Suyluestri. Le choix était malheureux, mais T personne ne songeait alors à suspecter ces Gesla T aujour d'hui déconsidérés. Le pape rappelait brièvement les interventions de ses prédécesseurs auprès ~ des trois empereurs iconoclastés et faisait l'apologie du culte des images ; ensuite il réclamait vivement T contre le titre d'universalis patriarcha donné à TaraT sius. Toute la chrétienté serait réjouie par la restaura- … tion des images et les empereurs pourraient ensuite, T grâce à la protection de saint Pierre, vaincre tous les … peup les barbares, tout comme Char les, roi des Francs Tet des Longobards et patrice de Rome, qui suivait f en tout les conseils du pape, avait soumis les nations I barbares de l'Occident, avait donné à l'Église de Pierre I beaucoup de biens, de provin ces et de vil les et l'avait f remis en possession de ce que les traîtres longobards f lui avaient pris. Il avait aussi donné beaucoup d'or et Ed argent pro luminariorum concinnatione, et beaucoup Bauménes aux pauvres, pour que son royal souvenir à ne se perdit ja mais. » Le pape terminait en demandant id aux empéreurs de recevoir avec bienveillance les pork - teurs de cette missive, c'est-à-dire l'archiprêtre romain d Pierre, le prêtre et abbé Pierre de Saint-Sabas, et de ~ les renvoyer sans tracas et avec la bonne nouvelle que . les empereurs pérsistaient dans la foi orthodoxe. 4 Les patriarches orient aux répondirent, eux aussi, 53 E, la synodica de Tarasius, mais probablement un peu plus tard. Cette réponse venait non des patriarches eux-mêmes Balatianus d'Alexandrie, Théodoret … d'Antioche et Élie de Jérusalem, mais des moines … orient aux, Car, au rapport de ceux-ci, les courriers ~ de Tarasius n'avaient pu arriver jusqu'aux patriarches … à cause de l'hostilité des Arabes. T Les délégués de Rome et des patriarcats orient aux ~ üne fais arrivés à Constantinople, l'impératrice conà voqua les évêques de l'empire. Toutefois, comme … l'absence de la cour impériale alors en Thrace ne per- … mettait pas l'ouverture immédiate du concile, les »adversaires des images, encore nombreux dans les rangs de l’épiscopat, mirent à profit ce délai pour rendre impossible la réunion du concile. Ils conspi- » rèrent aussi contre le patriarche Tarasius et tinrent … des réunions privées, mais Tarasius coupa court en le leur défendant sous peine de déposition. à Au retour de leur villégiature en Thrace, Irène et . son fils fixèrent l'ouverture du concile au 17 août dans ey la basili que des Saints-Apôtres à Constantinople. Mais,
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dès la veille, un grand nombre de soldats se rassemblèrent dans l'afrium de cette église et protestérent bruyamment contre le nouveau concile. L'assemblée s'ouvrit néanmoins au jour marqué sous la présidence de Tarasius et en présence des souverains. On cita les passages de la sainte Écriture concernant les images, et on examina les raisons pour et contre le culte. Dans cétte controverse brilla l'abbé Platon, qui, à la demande de Tarasius, avait prononcé un discours à lambon sur le culte des images. Le concile allait procéder à la condamnation du conciliabule de 753 en commencant par la lecture d'anciens canons défendant la tenue d'un concile général sans la participation des autres patriarches, lors que à ce moment les soldats de la garde impériale, anciens compagnons du Copronyme, massés devant les portes de l'église, excités par leurs officiers et agissant de concert avec quelques évêques inococlastes, se précipitérent dans l'église, coururent sus aux évêques, menacant de les massacrer ainsi que les patriarches et les moines. Les empereurs envoyérent de hauts fonctionnaires pour les calmer, mais on leur répondit par des injures et un refus formel d'obéissance. Tarasius et les évêques se retirèrent de la nef derrière l'iconostase et les souverains prononcèrent la dissolution du concile, ce qui fut accueilli par les évêques iconoclastes dvec de gran des démonstrations de joie : « Nous avons vaincu », disaient-ils : beaucoup d'évêques s'éloignèrent et les légats du pape firent comme eux.
XXVIII. LE Ile CONCGLE DE Nicée. — Dès leur arrivée en Sicile, les légats pontific aux furent rappelés à Constantinople où Irène avait su se défaire par ruse de sa garde rebelle. Au mois de septembre 786, toute la cour impériale ét la garde se rendirent en Thrace, et des troupes sûres entrèrent à Constantinople ; on désarma les rebel les qu'on renvoya dans les provin ces. Cela fait, Irène envoya au mois de mai 787 de nouvel les convocations à tous les évêques pour un concile qui devait se tenir à Nicée, en Bithynie. Le pape y donnait son approbation. L'impératrice et son fils n’assistèrent pas en personne au concile ; ils s'y firent représenter par le patrice Pétrone et le logothète Jean à qui on avait adjoint, comme secrétaire, l'ancien patriarche Nicéphore. Les actes mentionnent toujours, en tête des membres ecclésiastiques du concile, les deux légats romains : l'archiprêtre Pierre et l'abbé Pierre, ensuite Tarasius, puis deux moines et prêtres orient aux, Jean et Thomas, représentant les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Les opérations du concile font voir que Tarasius eut, à proprement parler, la conduite des sessions, aussi, dès la première session, les évêques de la Sicile l’appelaientils rôv rpoxaesôuevov. Les deux moines Jean et Thomas, qui se donnaient comme les représentants des patriarches orient aux, ne signérent pas les actes du concile de Nicée, en qualité de vicaires des patriarches, mais simplement au nom des sièges apostoliques de l'Orient. On pouvait, jusqu'à un certain point, les regarder comme autorisés à représenter la foi des trois patriarches orient aux au sujet des images et de leur culte, d'autant mieux qu'ils apportaient avec eux deux lettres.
A l'exception de ces moines et des légats romains, tous les autres membres du concile étaient sujets de l'empire de Byzance. Le nombre de ces membres, tant évêques que représentants d'évêques, varie chez les anciens historiens entre trois cent trente et trois cent soixante-sept : En outre il y avait un grand nombre de moines et de clercs sans droit de vote ; le patriarche Tarasius parle même d'archimandrite et d'higoumènes.
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- La première session du concile se tint dans l'églisé de Sainte-Sophie à Nicée, le 24 septembre 787 1. « Le patriarche Tarasius prononca le discours d'ouverture qui fut très bref, mais l'exemple donné ne fut guère suivi, car ce concile fut un de ceux où on parla le plus. Nous ne reviendrons pas ici sur l’histoire de ce concile général que nous avons donnée ailleurs *. Les difiérentes sessions eurent lieu le 26 septembre (m°) ; 28 septembre (m°) ; 1° octobre (rv°) ; 4 octobre (ve) ; 6 octobre (vit) ; 13 octobre (vire) : 25 octobre vrrrs et dernière). Cette dernière session se tint à Constantinople en présence de l’impératrice et de son fils, qui signèrent l'ôpos (la décision) au EE de vives acclamations.
Les ac les du concile RE vingt-deux canons qui abordent différents points. Le 7° prescrit de placer des reliques dans les temp les qui ont été consacrés sans en avoir. Le canon % ordonne que tous les écrits contre les vénérab les images soient déposés dans la maison épiscopale de Constantinople, pour y être enfermés avec les livres hérétiques. Quicon que les gardera en secret devra, s’il est évê que, prêtre ou diacre, être déposé ; s’il est moine ou laï que, anathématisé.
NMXIK. LE TRIOMPHE DE L'ICONOPHILIE. — Entre 787 et 802, date de la mort d’Irène, l'iconophilie triompha, mais ce ne fut pas sans courir de gros risques. L'épiscopat byzantin n’était pas redoutable, mais Irène n'était pas seule, il lui fallait compter avec son fils. Quelques mois après le concile, elle l’obligea de rompre ses fiancail les avec la fille de Charlemagne, Rotrude *, et lui fit épouser contre son gré une princesse arménienne nommée Marie. Le je une Constantin fut tenu à l'écart de toutes les affaires d'État et supplanté par un certain Staurakios, patrice et logothète, Constantin forma, avec quelques parents, le projet de faire arrêter sa mére et de l’exiler en Sicile, mais Staurakios découvrit le complot et l'impératrice fit fouetter son fils, agé de dix-huit ans, en même temps qu'elle faisait prêter serment à l’armée de n'obéir qu'à elle seule pendant qu'elle vivrait. Désor mais son nom précéda celui de l'empereur sur les décrets. Mais les révoltes militaires se succédaient en faveur de Constantin, qui tut proclamé seul empereur au mois d'octobre 790. Irène dut se résigner à lui rendre la liberté, dont il usa assez mal. Le 15 janvier 7923, il associait de nouveau Irène au gouvernement : Staurakios rentra en grâce. Au commencement de l'année 795, l'empereur répudia sa femme, qu'il fit entrer comme religieuse dans un monastère, et il épousa une dame de la cour, au mépris des canons. Irène ne tarda pas à organiser un complot contre son fils, qui eut le temps de s'échapper et de se réfugier à bord d'un navire : mais, trahi par les f aux amis qui l'entouraient, il fut livré à sa mére, qui lui fit crever les veux (19 août 797) #, Irène redevint dès lors seule souveraine : elle fut détrônée le 31 octobre 802 et exilée dans l'île de Lesbos, où elle mourut en 803.
Ces divers mouvements n’entrainérent aucun changement dans la situation de l'Église, car le nouvel empereur, l'usurpateur Nicéphore, était favorable tate corrigerentur, ipse (le pape Hadrien) rursus per | quæ decuit, conatus est, | magne : « Nous avons recu l'abbé Angilbert, votre envoyé, qui nous a remis le capitulaire contre le eonaux images, quoiqu'il ne persécutät pas les iconoclastes, et le nouveau patriarche de Constantinople, également nommé Nicéphore, successeur de Tarasius en 806, partageait ces sentiments. Sous l'empereur Michel Rangabé (811-813), gendre du précédent, les iconoclastes tentérent une révolte pour rétablir sur le. trône un fils de Constantin Copronyme à qui on avait crevé les veux et on fit courir le bruit que le Copronyme était ressuscité pour arrêter l'Empire cou-« rant. à sa ruine. La révolte échoua et quelques iconoclastes furent sévèrement châtiés. Sur ces entrefaites, Léon l’Arménien, commandant les troupes impéria les en Orient, profita de ce que Michel Rangabé avait perdu une bataille contre les Bulgares pour provoquer une révolte militaire qui lui donna la couronne. Avec” Léon l'Arménien, l'hérésie iconoclaste se trouvait. en faveur (813). F XAXA. L'OGCIDENT PREND PARTI SUR L'ICONOM CLASIE. — Pour compléter ce qui précède, il reste & montrer le retentissement de l'hérésie en Occident. Nous avons parlé du concile de Gentilly, tenu en 767, sous Pépin le Bref. Les discussions ne prirent toute leur. 4 vivacité que sous le règne de Charlemagne et après le Ii ! concile de Nicée. Le pape Hadrien fit exécuter | une traduction latine des actes de ce concile, dont il ` adressa un exemplaire à Charlemagne. Malheureuse-« ment cette traduction était défectueuse, elle était par endroits inintelligible. Le bibliothécaire Anastase s'appliqua à en faire une plus satisfaisante 5. Le concile « de Paris s'exprime ainsi dans sa lettre aux empereurs Louis et Lothaire : Eaindem porro synodum (il s'agit du septième concile œcuméni que) cum sanelæ memo- | riæ genitor vester (Charlemagne) coram se suis que perlegi fecisset, et multis in locis ut dignum erat reprehendissel el quædam capitula, quæ reprekensioni patebant, X prænotasset, ea que, per Angilberlum abbatem eidem Hadriano papæ direxissel, ut illius judicio et auctorisingula capitula... respondere quæ voluit, non iamen Charlemagne fit lire en sa présence et en présence de ; conseillers éprouvés la première traduction ; elle lui déplut et il chargea l'abbé Angilbert de la rendre au Í pape Hadrien pour qu'il y apportåt les améliorations. nécessaires. Ce récit du concile de Paris de 825 s'accorde avec celui du pape Hadrien écrivant à Charlecile de Nicée 7. » Ces quædam capitula étaient probablement un extrait compilé par le concile de Francfort des livres carolins. 4 La première mention des livres carolins, toutefois 4 sans ce titre, se rencontre au Ix® siècle sous la plume d'Hinemar de Reims, qui les présente comme un non modicum volumen dirigé contre le pseudosynodus græcorum®. Après Hincmar, plus personne ne parle den cet ouvrage jusqu’à la première moitié du xv“ siècle. Ce n'est qu'en 1549 que les Libri carolini virent le jour sous ce titre : Opus illustrissimi Caroli Magni... contra synodum, quæ in partibus Græciæ pro adorandis imaginibus stolide sive arroganter gesta est. Edid.
» Elias) Philifra), Ann. Sal. 1549. L'éditeur anonyme est un savant prêtre, Jean du Tillet, plus tard évê que r Saint-Brieuc, transféré à Me aux. Les Libri carodlini furent aussitôt exploités par Flacius Illyricus contre la prati que de l'Église romaine, ce qui valut “à l'édition de du Tillet d'être mise à l'Index. Mais j B Melchior Goldast la fit réimprimer à Francfort dans sa | E iection des décrets impéri aux sur les discussions M relatives aux images ; il y ajouta même le ch. xxıx du livre IV qui man que dans l'édition de du Tillet. Il y a eu depuis différentes éditions ; la plus récente, qui “se trouve être la plus correcte, est celle de W. GundTach, dans Monum. German. histor., Epistol., 1892, t. m, p. 449-657 1. - La præfatio du Ier livre des Libri carolini dénote l'épo que de leur composition : on y lit : Gesta est prælerea ferme ante triennium et altera synodus, c'est-à- “dire le concile de Nicée, ce qui reporte à l'année 790 Bla rédaction des Livres carolins. Plusieurs passages montrent que ces livres ont paru sous le nom de Char les, par exemple, la Præfatio ad librum I : Nobis quibus in hujus sæculi procellosis fluctibus ad regendum commissa est. Ailleurs l’auteur appelle plusieurs fois le roi Pépin son père. Ces indications ne prouvent pas que Char les ait composé lui-même ces livres, pas plus què le nom d'un prince placé en tête d'un décret ne prouve qu'il ait rédigé ce décret. C’est là une question d'autorité, ce n'est pas une question d'auteur. Les Livres carolins témoignent de connaissan ces théologiques, philosophiques et linguistiques étrangères à Charlemagne. On a prononcé le nom d’Alcuin comme celui de l'auteur de ces livres : la conjecture est d'au- “tant plus vraisemblable qu'on relève une analogie frappante entre un passage des commentaires d'Alcuin sur saint Jean et un passage des Livres carolins . — Le premier des Livres carolins est précédé d'une » belle préface écrite sur le mode oratoire et contenant l'éloge de l'Église. Dès le début de l'ouvrage, il montre » une extrême sévérité à l'égard des Byzantins. L'impératrice Irène et son fils Constantin VI y sont fort - malmenés pour avoir dit dans leur lettre au pape | Hadrien : « Dieu gouverne avec nous ; Dieu nous a - enfin ils disaient au pape : « Dieu vous prie de travail- | | ler à la célébration du concile. » Tout cela était relevé S avec une rigueur inexorable. Le chapitre v expose lon- | guement qu’il n'est pas permis d'interpréter l Écriture sainte aussi faussement que l’a fait le concile grec. Le Chapitre vi traite de la primauté de l'Église romaine, issue non des hommes ni des conci les, mais de Dieu T même ; cette Église n'a ja mais vacillé dans la foi, » comme il est arrivé à tant d’autres : il faut par conséT quent s'accorder avec elle en tout ce qui touche à la » foi, au culte et surtout au chant. Le chapitre vi . reproche au concile grec de citer en faveur des images D ce texte de l'Écriture : Dieu a créé l'homme ad imaginem et similitudinem suam”. Le mot imago porte | sur l'esprit de l'homme, sur sa raison, sa volonté ; la f | similitudo porte sur les qualités mora les ; c'est par là - et non par sa forme que l'homme possède une ressemEnce avec Dieu. Le chapitre 1x reproche au concile de $ - citer certains passages des Livres saints où il est dit n qu Abraham adora les fils de Heth et que Moïse adora É Tetho & 4, l'adoratio ne visant ici qu'un acte de vénéE í » ration. Le concile dit que Jacob adora le Pharaon et | | Daniel en fit autant à l'égard de Nabuchodonosor, mais on ne lit rien de semblable ni dans le texte M hébreu, ni dans la Vulgate de saint Jérôme. Cette argumentation se poursuit longtemps et ne fait grâce
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d'auc une assertion au concile. Si nous résumons les principes énoncés sur les images par les Livres carolins, nous arrivons aux conclusions suivantes :
1° Les deux conci les orient aux, le conciliabule iconoclaste de 753 et le vn° concile æcuméni que sont tous deux infames et ineptissimi et tombent dans l'erreur. Il faut soutenir contre le premier que les images ne sont pas des ido les, et contre le deuxième qu'il ne faut pas les adorer.
29 L’adoration et le culte ne sont dus qu'à Dieu seul ; lui, et non la créature, doit être adorandus et colendus.
39 On doit simplement vénérer les saints : il faut leur rendre lopportuna reneratio.
49 Il y a des cas où on accorde à des hommes ladoratio qui consiste à se prosterner devant eux, ou à les baiser, mais cela n'a lieu que par respect, par amour ou par humilité.
9° Quant aux images, on ne doit pas leur rendre cette adoration, car el les sont sans vie et faites de main d'homme. On doit en avoir : à) pour l'ornementation des églises : bD) pour rappeler d'anciens souvenirs, mais on ne doit leur rendre ni adoralio ni cultura.
6° Il importe peu d'en avoir ou de n'en pas avoir, car el les ne sont pas nécessaires, et c'est à tort que le concile de Nicée a menacé d’anathème tous ceux qui né vénéraient pas les images.
On voit que les Livres carolins n'ont pas pénétré au cœur de la question, qui est la différence établie par le IT concile de Nicée entre le culte de latrie et la mpos- #ôvnoic : ils se tiennent obstinément dans le malentendu provoqué par la tradition fautive des actes de Nicée qui rend pres que partout le mot mposxůvyo :g par adoratio. Parmi les passages blâmés dans les actes de Nicée, certains sont empruntés (sans le dire il est vrai) à la lettre du pape Hadrien à Irène, lettre jointe aux actes de Nicée ; leur criti que, et elle est parfois très sévère, s'atta que donc, dans ce cas,au pape luimême ; les Pères de l'Église, non plus, ne trouvent pas toujours grâce aux yeux de l’auteur des Livres carolins.
Les légats du papé présents au concile de Francfort (794) n'auront pu qu'être assez embarrassés par le deuxième canon de cette assemblée qui permet de conjecturer qu'elle partageait, touchant le Ie concile de Nicée, l'opinion énoncée dans les Livres carolins. Angilbert, gendre de Charlemagne, porta à Rome les capilula dont nous avons parlé. Ces capilula étaient-ils les Livres carolins dans la forme où nous les avons ? Hefele en doute et cette question est assez difficile à résoudre. Angilbert se trouvant à Rome en 792 et en 794, on se demande quand il y apporta les capitale. À raison du 2° canon du concile de Francfort, tenu en 794, on croit généralement que les capitula avaient été envoyés en cette même année. Hadrien, étant mort le 25 décembre 795, n'aura pu répondre aux capitula que dans les derniers temps de son pontificat. La grande affection que Charlemagne ne cessa de lui témoigner jusqu'à sa mort prouva du reste que leur manière de voir sur le culte des images n'était pas TR ONE er GS Mg ph Sn TIF aT A CE CR UE LH : aussi opposée que beaucoup le supposent et, surtout, cherchent à le faire croire 1.
XXI REPRISE DE L'ICONOCLASIE sous LÉON V. — Pres que au moment où la mort de Charlemagne ébranlait l'Occident, l'Orient voyait renaître l'hérésie des iconoclastes. L'influence de Constantin V avait survécu à sa politi que et la réaction précipitée par l'impératrice Irène n'avait pas fait oublier, principalement dans l'armée, les théories de l'iconoclasie. Léon Bardas, dit l'Arménien, devenu empereur au mois de juillet 813, prit le nom de Léon V. Il dit à plusieurs reprises, au début de son règne : « Les empereurs iconoclastes Léon II et Constantin V ont été heureux dans leurs expéditions contre les barbares et contre les païens, en revanche les iconophi les ont été malheureux : c'est probablement le culte des images qui expli que la défaite des chrétiens par les païens *. Au commencement de la seconde année de son règne, Léon fit colliger par le savant grammairien et lecteur Jean les passages de la sainte Écriture et des Pères qui semblaient conclure contre les images. On fit surtout usage du recueil composé à l'occasion du conCilabule de 753. Outre le lecteur Jean, l'empereur trouva un autre partisan de ses idées dans Antoine, évê que de Sylæum en Pamphylie, à qui on fit entrevoir le siège patriarcal de Constantinople comme récompense de son zèle.
Du mois de juillet au mois de décembre 814, les auxiliaires de l'empereur composèrent en grand secret leur mémoire contre les images : mais le patriarche Nicéphore, ayant eu vent de ce qui se tramait, cita les coupab les à comparaître devant plusieurs métropolitains, c'est-à-dire devant une obvoôos Évônuoüoc. Antoine produisit la profession de foi émise lors de sa consécration épiscopale, dans laquelle il admettait la vénération des images. Pour mieux donner le change, il ajouta de sa propre main à ce document, en présence de l'assemblée, plusieurs signes de croix. Il se vanta ensuite à l'empereur d'avoir berné ses collègues, afin de le mieux servir lui-même. Jean, moins effronté et troublé par les mesures du patriarche, demanda pardon et se retira dans un monastère *.
A quel que temps de là (décembre 814), Léon V manda le patriarche Nicéphore et lui expliqua que l'issue malheureuse des expéditions contre les païens s'expliquait par la vénération des images : par conséquent il était sage d'y renoncer. Il lui remit, probablement au cours de cette audience, le lomos composé par Jean, afin que le patriarche pût se convaincre que la vénération des images ne se fondait pas sur les textes de Écriture. Nicéphore attacha peu d'importance à l'argumentation du fomos, en appela à la tradition, ajouta que l'Évangile était vénéré partout sans que cependant cette vénération fût recommandée nulle part dans la sainte Écriture. L'empereur avant répondu qu'il ne regardait pas ses objections comme résolues par une pareille réponse, le patriarche lui envoya quelques évêques et abbés, personnages très savants convoqués à dessein, promettant de se soumettre à l'opinion qui triompherait dans ce collo que *. Les orthodoxes repaussèrent cette proposition, disant avec raison que « la question avait été résolue en con-
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cile général. » Les théologiens impéri aux répliquèrent qu'on avait bien tenu un concile à l'occasion d'Arius qui était seul, tandis qu'eux étaient en grand nombre. Nicéphore réunit dans l'église de Sainte-Sophie un concile de deux cent soixante-dix Pères auxquels il fit promettre fidélité à l'orthodoxie et prononcer l'anathème contre Antoine, dont la fourberie était découverte. Un grand nombre de laïques présents à cette assemblée acclaméèrent avec joie cette condamnation et passèrent toute la nuit dans l’église, sup-« pliant Dieu de changer le cœur de l'empereur . Léon s'irrita de ces démonstrations, et, sinon par son ordre, « du moins escomptant l'impunité, des soldats détruisirent l'image du Christ rétablie par Irène sur la porten de Chalcoprateia. — Ce fut probablement dans ce concile, ou dans d'autres assemblées réunies par lui, que le patriarche Nicéphore publia les canons qui nous ont été conservés 5 f A la fête de Noël $14, le patriarche Nicéphore offrit sa démission à l’empereur en le priant d'épargner toute innovation à l'Église : Léon refusa la démission et baisa avec dévotion le dessus d'autel sur lequel était . représentée la naissance du Christ. On se flatta d'un … revirement dans ses idées, mais, le jour de la Chandeleur, Léon passa à la réalisation de ses plans. Il gagna une partie des évêques et des clercs qui, naguére, « réunis en concile, avaient juré à Nicéphore fidélité à orthodoxie, et le patriarche fut mandé au palais impérial. De son attitude dépendait le triomphe de l'hérésie ou de l’orthodoxie. Nicéphore, interrogé par Léon, défendit le culte des images et aflirma « n'être pas seul à penser ainsi, car un grand nombre d'évêques et de ` moines qui se trouvaient dans le voisinage pensaient comme lui. + A l'instant l’empereur fit entrer ceux. qu'il avait gagnés et toute une magnifi que escorte impériale, Léon prononça un long et véhément disM cours sur l'idolätrie iconophile, et demanda au patriarche et à ses amis de réfuter ses objections. NicéSloudion, repoussèrent cette nouvelle discussion, protestèrent avec la plus grande énergie contre l'empiétement illégal de l'empereur dans les affaires intérieures de l'Église et montrèrent les conséquen ces dogmatiques d'une résurrection de l'hérésie iconoclaste Léon renvoya tout le monde et dit à Théodore : « Tu as mérité la mort, mais je ne veux pas faire de toi un martyr. » images, et en particulier aux moines, de tenir des réuM nions et d’échauffer les esprits. Sur ces entrefaites, le patriarche tomba malade ; dès qu'il fut guéri, lempereur convoqua un concile à Constantinople et manda directement près de lui tous les évêques afin de les gagner, Une fois assemblés, ces évêques envoyèrent deux d’entre eux au patriarche Nicéphore pour l'inviter à siéger parmi eux. La foule vociférait autour du patriarcheion des injures contre Germain, Tarasius et Nicéphore, qui ne se laissa pas émouvoir. L'empephore et, après lui, Théodore, abbé du monastère den reur déclara que le patriarche avait fait violence à la conscience du peuple, lui interdit de porter à l'avenir ~ Jetitre de patriarche, le força de démissionner et l'exila » au delà du Bosphore, probablement non loin de Chal- …_cédoine, à Chrysopolis, où il vécut plusieurs années.
Léon annonça au concile que Nicéphore s'était retiré » de son plein gré et conclut à la nécessité de lui donner un successeur. Son choix se porta d’abord sur ce lector et grammaticus Jean, dont nous avons parlé ; mais, le sénat objectant l'extrême jeunesse et l’origine plé4 béienne du candidat, Léon nomma Théodote Cassitera, béau-frère de feu l’empereur Constantin Copronyme. Il était fonctionnaire de l'État et marié : néanmoins il reçut en toute hâte la tonsure et fut ordonné pour les fêtes de Pâques de 815. Le jour des Rame aux 815, Théodore Studite fit une procession solennelle autour de son monastère, procession dans laquelle on porta des images et on chanta des cantiques en leur honneur ; il engagea les moines à ne pas mettre les pieds au patriarcheion +, Après la fête de Pâques de 815, l’empereur réunit un nouveau concile à Constantinople, sous la présidence du patriarche Théodote Cassitera. Léon et son fils Constantin, associé à l'empire, étaient présents. Dès la 1° session, l'assemblée confirma les décisions du conciliabule de 753, et annula cel les du IIt concile de Nicée. Le lendemain, se tint la 11° session ; on introduisit plusieurs évêques orthodoxes qui, refusant d'adhérer à ce qui s'était fait, furent maltraités, frappés d’anathème et foulés aux pieds. Dans la rit session enfin, on rédigea une formule signée par tous, et le concile se sépara, après les acclamations accoutumées en l'honneur de l’empereur et les anathèmes contre les adversaires % On procéda ensuite à la destruction effective des images et au châtiment de leurs défenseurs. Le plus célèbre de tous était Théodore appelé Studite, du nom du monastère dont il était abbé. Il avait déjà passé trois fois par la prison, avait subi plusieurs fois la flagellation et des mauvais traitements d'une brutalité inouïe. Avec Théodore, beaucoup de ses amis et de ses moines furent poursuivis, maltraités et emprisonnés ; lui-même fut déporté à Smyrne, et l'évê que iconoclaste de cette ville fit tout ce qui dépendait de lui pour aggraver son sort #. Parmi ceux dont le courage fut au moins égal à celui de Théodore, nous devons mentionner le chronographe Théophane, si souvent cité dans cette histoire, alors exténué par l'âge et les infirmités +.
A ces Byzantins, il ne fallait pas recommander d’être théologiens ; ils l'étaient avec déli ces et à tout propos. À les entendre, les images sont un enseignement non seulement quand el les nous font connaître les personnages et les épiso des de l'histoire sacrée, mais encore el les possèdent une valeur miraculeuse : el les sont le symbole de la victoire des saints sur les démons et la plus efficace de toutes les protections contre les embüûches de ces derniers. En el les se trouve quelque chose de la force intime, de l'énergie des leur prototypes ; par el les s'ouvrent les portes du monde invisible et intelligible ; par l'intermédiaire de ces signes sensib les, nous sommes ravis en esprit jusqu'à leurs causes. « L'image que tu vois là, dit Théodore Studite, est celle du Christ ; elle est le Christ lui-même, du moins par le nom. Ceux qui se prosternent devant elle honorent le Christ, ceux qui lui refusent cet honneur sont ses ennemis 5. » « Ainsi s'est précisée, au 1x° siècle, la conception
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théologi que qui domine toute l'histoire de l’iconographie byzantine. L'image est un mystère qui possède en lui l'énergie et la grâce divine. Il en résulte que son exécution ne peut dépendre du caprice d'un peintre ou d'un sculpteur. Rien ne peut étre indifférent : le type,le costume, l'attitude des personnages, la composition des scènes, tout doit être conforme à la tradition de l'Église. L'artiste n’est pas plus libre en composant un tableau qu'un prédicateur écrivant le texte d'une homélie. Ce sont là pour l'imagination artisti que des limites bien étroites, + Pour défendre et propager ces doctrines, les Studites et leurs parti sans ont fait preuve d'une activité extraordinaire. Les pamphlets, les poésies, les piè ces de théâtre même et surtout les homélies à forme dramati que ont été les prototypes de nos « mystères è occident aux : ils ont employé tous les moyens de propagande. L'illustration du Psautier, le livre par excellence de la piété populaire au Moyen Age, a été pour eux l’occasion de défendre les images. Le psautier Chloudof qui date du rx° siècle (Moscou, monastère Saint-Nicolas), les psautiers plus récents du Pantocrator au Mont Athos, du British Museum (écrit en 1066 à Stoudion), le psautier Barberini du Vatican (x11° siècle}, reproduisent des modè les plus anciens qui sont sortis de l'atelier calligraphi que du monastère de Stoudion. En face du texte des psaumes, ils sont ornés dans les marges d’une série de peintures qui se détachent sur le fond même du parchemin, et qui, par leur réalisme pittores que, par la vie qui circule au milieu des groupes de figures, se rattachent à la tradition populaire et monasti que née en Orient au vif siècle. Au milieu de ces compositions libres, qui sant parfois de véritab les « charges », se trouvent des allusions à la querelle iconoclaste. Pour illustrer le psaume xXxv1, où il s'agit de la persécution du juste par le méchant, le peintre du psautier GChloudof a montré saint Théodore le Studite comparaissant devant Léon l’Arménien, assis sur un trône à côté du patriarche, tandis qu'un personnage se prépare à plonger une image du Christ dans un vase de poix bouillante et qu'un autre, imitant le geste du soldat dans la crucifixion, élève une éponge jusqu'à l'icone. La même scène est reproduite en face du psaume Lxv devant l'image de la Crucifixion, Sur le psautier du British Museum, on voit en outre saint Théodore et le patriarche Nicéphore portant en triomphe une icone du Christ $, +
XXXII. LA CORRESPONDANCE DE THÉODORE STUDITE. — Le scandale donné par Constantin Porphyrogénète lors de ses no ces adultères avec Théodota avait attiré l'attention sur un parent de celle-ci, l'abbé Théodore, supérieur du monastère de Stoudion. Il se signala sans doute par d'excellents écrits sur le culte dû aux images, et par son esprit prati que pour l'organisation de la résistance à l'erreur. Outre les sept ouvrages qui nous restent de lui, Théodore a laissé une volumineuse correspondance dont on a imprimé environ cinq cent cinquante lettres ; ce chiffre est loin de représenter la correspondance entière, puis que nous savons que Théodore et son disciple Athanase s'écrivaient pres que cha que jour ; or nous ne connaissons que sept des lettres adressées à ce religieux. Sauf quelques lettres de condoléance, la corres-
pondance des deux derniers exils de Théodore (814IE A n ramara -ramm ——— k E H | j ! i i recevoir une date certaine dans un mois ou même dans une année. Les faits prennent place dans une dizaine d'années allant de 814 à 824 environ 1.
Théodore avait souhaité, n'osant le demander, l'appui de l'autorité du pape. Il écrivit deux lettres, tant à Léon III qu'à Pascal Ie. « Puis que le Christ qui est Dieu, dit-il, a donné à l’auguste Pierre, après les clefs du royaume des cieux, la dignité de la prééminence pastorale, il est indispensable de déférer à Pierre où à son successeur tout ce qui, dans l'Église catholi que, se prati que de nouveau par ceux qui font de tristes chutes hors de la vérité £. » Pour prévenir tout malentendu, Théodore écrivit au patriarche d'Alexandrie une lettre dont il fit passer la copie au patriarche d'Antioche, et il écrivit aussi au patriarche de Jérusalem. Il en use de même avec plusieurs grands centres monastiques : il écrit aux laures de saint Sabas et de saint Chariton, en communiquant ces lettres aux monastères de saint Théodore et de saint Euthyme, et il leur envoie en même temps son traité contre les iconoclastes. Il qualifie sévèrement ce besoin des chicanes théologiques qui a fait le malheur de sa patrie. « L'Église de Byzance, dit-il, n’est qu'une fraction héréti que, selon l'habitude qu'elle a souvent eue de se détacher du centre 7. » Il devient l'intermédiaire entre l’Église et le pouvoir civil. Écrivant à l’empereur Michel le Bègue, au nom des évêques et des abbés, il le remercie d'avoir apaisé la persécution, lui demande une entrevue, et rappelle que les conféren ces avec les hérétiques sont défendues. Appelé plus tard à une conférence par les empereurs Michel le Bègue et Théophile, il loue leurs intentions pacifiques, mais il leur fait voir que les décisions doctrina les sont réservées à l'Église et il établit le dogme et la tradition catholiques * On le voit exhorter le « maître » Étienne et le logothète Jean à soutenir la cause des images, réfuter un impie dont les théories étaient favorab les à l'hérésie, affermir la foi de plusieurs moines retirés à Thessaloni que, multiplier les messages et s'ingénier à découvrir des courriers qui répandent la parole de vérité ; nous connaissons parmi ces courriers volontaires l'abbé Clément, le moine Athanase, le moine Denis, le moine studite Euphémien et ses confrères Eustache et Épiphane, enfin Timothée, Létoius et Siméon. Théodore recourt à un chiffre afin de correspondre avec plus de sécurité 5.
Les traits génér aux de la persécution réunis permettent de prendre une vue d'ensemble de la situation. Au début, la persécution ne fut pas sanglante, au moins en public ; mais les défections furent lamentab les. A Constantinople, tous les prêtres et les clercs des ordres mineurs cédèérent à la crainte, hormis le clerc Grégoire, qui fut relégué dans une île. Pres que tous les abbés et les moines de la ville et des faubourgs avec les religieuses et les chanoinesses, abandonnèrent la foi orthodoxe. Cependant il y eut des abbés fidè les, ceux de Cathara, de Picridius, de Paulopetrius, d’Agran, de Delmate et de Pélécète 5.
Au début, la plupart des abbés, s'honorëérent par quel que résistance ; et même celui de Céramées, après un instant de défection, renouvela la lutte contre l'hérésie. « Les divins autels sont profanés, dit Théodore ; l'enlèvement des images vénérées a fait perdre aux temp les saints tout leur éclat. Pres que toutes les âmes faiblissent et donnent aux impies des attestations d'hérésie. Il en est peu qui résistent, et ceux-là passent
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par le feu des afflictions. Entre les évêques, ceux de Smyrne et de Cherson sont tombés ; parmi les abbés, ceux de Chrysople, de Dios et de Chara, avec pres que M tous ceux de la capitale. En Bithynie, grâce à Dieu, on résiste, Personne chez les laïques n’est demeuré ferme, sauf Péximénite qui a été fouetté, puis banni. Un seul des clercs est cité, l'admirable Grégoire, mais il y a jusqu'à six abbesses détenues dans les monastères. + Ailleurs, le saint ajoute à deux reprises, mais sans entrer dans plus de détails, que ses moines luttent courageusement, + Ceux qui refusent d'obéir, les iconoclastes les mettent en prison, les frappent, les étouffent, les accablent, les tourmentent, les exilent, les enchaïnent et inventent contre eux toute sorte de mauvais traitements, » La forte organisation de la vie monasti que permit et facilita la résistance. En règle générale, les moines. chassés du monastère de Sioudion — et il devait en. être ainsi probablement pour les monastères importants — ne vivaient pas isolés les uns des autres, « ce qui n'eût été ni saint ni sans danger. » Un groupe de | frères put même se réunir sous la conduite du moine Philippe, choisi pour remplir cette fonction par deux dignitaires et approuvé par l'abbé, Les rapports entre les moines furent même encore assez suivis pour que à la demande de l'économe, le frère Eleuthère, cordonnier, pourvüt à la chaussure de la communauté 7.
Dans les lettres, qu'on pourrait nommer des lettres d'apparat, écrites au pape et aux patriarches, les détails sont noyés parmi les exclamations, les généralités d’où il y a peu de traits précis à retirer. En voici un exemple extrait de la lettre au patriarche d'Alexandrie : « Les évêques et les prêtres, les moines et les séculiers,tout sexe et tout âge, ont lesuns fait naufrage dans la foi, les autres, dont la pensée n’est pas encore au fond de l'abime, à moitié participé à la communion héréti que, par crainte de la mort corporelle. Il en existe qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal : d'abord, le premier de tous, notre chef sacré, | puis les évêques et les prêtres du Seigneur, les moines et les nonnes. Les uns ont éprouvé les insultes et les fustigations, les autres les liens et la prison, ne recevant qu'un peu de pain et d’eau. Il y en a eu de relégués par le bannissement, de réduits à vivre dans les déserts, sur les montagnes, dans les cavernes et des grottes de la terre. Plusieurs, après avoir été fouettés, s'en sont allés vers le Seigneur, comme des martyrs ; quelques autres, mis dans des sacs, ont été, durant l'obscurité, précipités dans la mer comme on l'a su de ceux qui l'avaient vu. Qu'y a-t-il encore ? On anathématise les saints Pères, on exalte les impies, les enfants apprennent la doctrine de l'impiété, dont le volume est donné à leurs maîtres. Plus de refuge pour le corps sur le globe. On ne peut proférer une parole pieuse, car on est surveillé de près. Il faut que l’homme se défie de sa femme. Les délateurs et les rédacteurs de rapports sont payés tout exprès pour cela par le pouvoir, afin de noter où et en quoi on ne parle pas selon le bon plaisir de Sa Majesté, ou ne participe point à l'impiété. On possède quel que livre parlant des images, ou quel que image elle-même ; on a accueilli un fugitif, on a servi ceux qui sont captifs pour Dieu : est-on surpris ? Aussitôt on est enlevé, flagellé, banni : de là | des maîtres qui se jettent aux pieds de leurs esclaves par crainte de la délation £. » « L'empereur poursuit, dans leurs représentations, le Christ, sa Mére et ses E serviteurs ; partout où il les trouve, il les détruit et les | … brûle. De là les autels ruinés, les saints lieux flétris, les vases sacrés consumés, et il n'existe auc une partie de son empire qui demeure à l'abri de ces ravages...
| … On nous enlève les cantiques qu'une anti que tradition DU nous a laissés, où se chante quel que chose sur les Mn images. Et on chante, en échange, les nouve aux dogmes impies exposés en public L s - Léon l’Arménien étendit ses recherches sur ceux - qui n'étaient pas ses sujets, les saisit, les tua, les extermina. Son traitement le plus doux fut de les jeter - en prison après les avoir cruellement flagellés. Quel- - ques-uns néanmoins, l'abbé Eustrate, entre autres, - se vantaient d'avoir conservé leurs égliseset leurs images, et d'être restés en communion avec le patriarche. du Le saint, remarquant qu'aucun de ceux qui ont hardiment confessé la foi n'a évité la prison, du moins l'exil, conclut de ces avantages qu'ils ont vraiment trahi la bonne cause.
- La tourmente qui ébranla si profondément l'Église + d'Orient provoqua dans la discipline ecclésiasti que un certain nombre de mesures d'exception qui ne sont pas l'épisode le moins curieux de l'histoire byzantine au 1X° siècle.
Un évê que tombé dans l'hérésie, s'il se repentait, devait renoncer à son siège afin d'être reçu à la communion. Les prêtres devenus iconoclastes étaient suspens à vie, à moins d’une décision canoni que solennelle rendue en cas d'urgence. Le patriarche ne leur permettait même pas la bénédiction de la table. Celui qui donnait sa signature aux iconoclastes était interdit et devait faire pénitence jusqu'à ce qu'un synode l’eût réhabilité ; s’il avait communié chez eux, il serait privé de la communion pendant un an ou deux ans. Le prêtre qui avait communiqué avec les hérétiques pouvait, en cas de nécessité seulement, « baptiser, enterrer, donner l'habit monasti que, dire l'évangile au chœur pendant les matines, faire la bénédiction solennelle de l'eau à l'Épiphanie et donner les sacrements consacrés par un prêtre fidèle.
Parmi les moines, ceux qui étaient devenus iconoclastes et s'étaient ensuite repentis, demeuraient privés de la communion jusqu'au rétablissement de la | . paix : que si elle tardait à se rétablir, un synode y pourvoirait.
On ne pouvait pénétrer dans les églises des iconoclastes ; cel les dont les catholiques rentraient en possession ne pouvaient servir au culte sans permission de l’évê que. Il était défendu de célébrer dans une chapelle non encore livrée au culte, mais faisant partie d'une église possédée par les hérétiques. Défense d'entrer dans les cimetières des iconoclastes, sauf pour vénérer les corps saints s’il s’en trouvait quelqu'un.
- Les simp les prêtres et même les moines purent imposer la pénitence. Les prêtres ordonnés à Rome, à Nap les ou en Lombardie sans proclamation (&xnoûxT&v) et qui n'étaient attachés à aucun diocèse, pouvaient être accueillis, à cause de la difficulté des temps de persécution, sauf le cas d'une condamnation manifeste. Cette décision s'appli que aux prêtres ordonnés en Sicile *.
Terminons ces généralités par un détail qui rappelle | que le fanatisme byzantin a toujours eu quel que chose de particulièrement odieux, On ne se contentait pas de tourmenter physiquement les fidè les, on les faisait encore communier de force. Plusieurs textes de notre saint concernent cette monstruosité d'où résultaient d’affreuses profanations, « La participation est invo-
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| par cette seule phrase de l'abbé de Stude :
278 lontaire, disait-il, si on ouvre de force la bouche d'un catholi que et qu'on y verse la communion héréti que, ce qu ont fait les hérétiques anciens et ce que font, à ce que j'ai ouï dire, les ennemis actuels du Christ. Il y en avait qui réjetaient en secret l'hérésie des iconaclastes. Théodore leur appli que ces paro les : « Ils ont aimé la gloire des hommes plus que celle de Dieu .s Après les souffran ces de l'Église, voyons maintenant les tribulations des personnes, en nous bornant toujours aux renseignements les plus caractéristiques. XXXIIL LA PERSÉCUTION. — Différents évêques, _ dont le nom n’est pas cité, furent exilés, notamment en Crimée, d'où ils députèrent le moine Agapit pour visiter « le chef divin et le plus élevé » et aussi l'abbé de Stoudion. Théodore leur envoya des secours. Parmi les renseignements anonymes figure encore la recommandation du saint de s'attacher au métropolitain « qui, parmi les évêques, a grandement lutté pour Dieu *.s Joseph, archevê que de Thessaloni que et frère du saint, souffrit trois fois l'exil et la prison. Sans avoir autant d'influence que Théodore sur les affaires ecclésiastiques, il se montra digne d'un tel frère, à en juger « Tandis que beaucoup de pasteurs se sont follement égarés en ne cherchant pas Dieu, tu as été, pour ainsi dire, depuis ton épiscopat, dans les prisons, dans les déserts, dans les privations, dans les gênes, dans les trav aux, dans les larmes, dans les angoisses et dans toutes sortes de m aux £. » L'évê que de Chio avait abandonné l’orthodoxie, Le saint n'avait pas voulu le recevoir, mais n'avait pas laissé de lui répondre. Cette fermeté mêlée d'égards porta-ses fruits. Le prélat repentant se démit de son siège. Suivant les règ les énoncées plus haut, il dut se tenir éloigné des saints mystères et faire pénitence jusqu’à la paix de l’Église $. Théophile, évê que d'Éphèse, fut maltraité jusqu'au sang, puis battu et exilé. Celui de Milet, Ignace, fut arrêté, dépouillé de tous ses biens et envoyé en exil. Le premier qui affronta la persécution fut Euthyme, évê que de Sar des. Il subit un long exil et fut « renversé à terre par une assemblée digne de Caïphe. » Jean, titulaire du même siège, traduit devant une assemblée héréti que, fut moqué.. T frappé à coups de poings et accablé d'insultes et d'ignominies ?., L'archévé que de Durazzo ramena de l'hérésie le moine Denis. L'évê que Léon, dit Baleladès, fut persécuté en Chersonèse ê.
Après ces hommes dignes d'admiration, il faut bien mentionner les malheureux infidè les à leur devoir. De ce nombre fut l'évê que de Démétriade, imité en cela par celui de Chrysople, fort zélé, comme le prélat de Nicée, pour l’'économe Joseph, qui avait béni l'union adultère de Constantin VI. Le métropolitain Grégoire tomba aussi dans l'hérésie. Enfin saint Théodore appelle très impie l’évê que de Smyrne ?.
L'état monasti que est naturellement celui qui occupe la plus large place dans la correspondance du Studite, mais il faut encore ici regretter le laconisme extrême de ces informations ; el les méritent néanmoins d'être recueillies, puisqu'el les font défaut ailleurs. Quelques abbés saisis par l'empereur ne s'élevèrent pas contre la persécution ; ils s'engagérent même, par écrit, à ne pas avoir entre eux de conféren ces et à ne pas enseigner. Dans une circulaire destinée à soutenir le courage des moines, Théodore apprécie sévèrement cette conduite 1°.
Après avoir d'abord « bien répondu », Médicios avait lächement trahi sa foi. l'abbé de Il reconnut
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sa faute et partit, de lui-même, en exil. L'abbé Basile avait communiqué avec les iconoclastes, laissé enlever les saintes images et souscrit à l’hérésie (ce que le studite dit qu'il faut entendre d'une simple croix apposée à la formule). Or cet abbé, revenu aux bons sentiments, s'excuse de ne pouvoir accomplir entièrement la pénitence ordinaire. Le saint décide qu'il s’abstiendra encore un an des saints mystères, qu'il fera (non toutefois en maladie) les prières et les génuflexions accoutumées, et enfin une aumône convenable ; il se retirera en outre dans quel que lieu désert, Théodore fait ailleurs, en apprenant sa mort, un bel éloge de l'abbé Laurent, plusieurs fois persécuté et exilé pour la foi +.
L'abbé Antoine fut le seul fidèle entre pres que tous les abbés de la capitale et des faubourgs. L'abbé Épiphane était détenu à Nicée. Théodore demande s'il reste encore des orthodoxes dans cette ville. Un ancien pêcheur, l'abbé Hilarion, d'abord disciple du saint, fut proscrit et battu de verges, La persécution l'obligeait à pêcher pour gagner sa vie aussi bien que le moine Nil ?, — Cent coups de fouet furent donnés à un abbé qui n'est pas nommé. L'abbé Ignace était tombé : mais il se releva par la pénitence que Naucrace lui imposa. Nous pouvons clore cette liste d'abbés par un nom illustre entre tous, celui de saint Théophane, le célèbre annaliste. Il fut également arrêté, malgré son grand âge et une maladie qui le faisait extrêmement souffrir en le retenant au lit, Il fut arraché à sa communauté pour étre jeté en prison où il manqua des soins nécessaires. Rien ne put néanmoins le fléchir : mais il demeura ferme et répondit généreusement aux interrogatoires 7.
Parmi les moines, il y en eut un certain nombre qui dissimulaient leur costume monasti que sous des vétements laïques. Dix se cachèrent, ce dont le saint les félicite ; huit furent flagellés, ensuite dix autres. Les tortures laissèrent inébranlab les dans la foi un troisième groupe de religieux ; mais il s’en trouva qui succombérent misérablement, Il y en eut aussi qui, tout en paraissant orthodoxes, tenaient pour indifférent de recevoir la bénédiction des iconoclastes et mème de communier de leur main, ou d'accompagner leur psalmodie. « Ceux-là, dit saint Théodore, sont condamnés, leur enseignement est pervers. + Beaucoup de moines de Stude furent bannis jusqu'en Grèce. L'abbé leur recommande la fidélité aux devoirs monastiques, spécialement à la psalmodie. Il ne veut point qu'ils amassent de l'argent, pour le distribuer plus ard aux parents et aux amis, le monastère prendra soin d'eux. « Cette bête, disaient certains, ce vêtement, cette autre chose, je veux le laisser à un tel. + » — « O pitié, à folie ! s'écrie le saint. Un tel homme n'est pas de la communauté ; c'est un étranger et un sacrilège ! » D'autres avaient réussi, en se dispersant, à ne pas quitter Constantinople. Or, par un usage local assez remarquable, les famil les pieuses les mandaient parfois pour psalmodier. Mais cela n'allait pas toujours sans difficultés. e Tu m'as devancé, disait l’un, et tu ne m'as pas attendu ! Tu as mangé mon dîner, s'écriait un autre, et tu ne m'as pas appelé ! Ce sera moi, protestait un troisième, qui serai maître chantre, et non pas toi, + Tout cela se passait dans l’église en présence de ceux qui les avaient appelés, et retombait sur le saint abbé, « Tels moines, tel abbé », entendait-on dire, parmi d'autres plaintes sur les disputes de ses discip les et sur leurs excès dé table *.
Une des conséquen ces de la persécution fut la désorganisation de la vie monasti que. C'est ainsi comme le saint l’apprend, que ses moines ne résident plus d'une façon stable, qu'ils changent de logement et de come pagnon, ou vivent solitaires, ont leur cellule dans une maison que fréquentent des femmes, habitent un monastère de religieuses, se trouvent avec des jeunes fil les, d’autres achètent des esclaves et les logent avec eux, où acquièrent des champs. L'abbé n'a pas de peine à leur démontrer que tout cela est contraire à leur vocation. Il insiste ailleurs sur la prati que du jeûne, du carême et sur la nécessité d'éviter le sexe (tout en rappelant que saint Athanase fut soigné sept ans par une femme), la solitude, l'amour de l'argent, l'achat des esclaves et l'intempérance £.
Bien qu'on voie de nombreux studites abandonner le saint, lorsqu'il avait à craindre l'arrestation de l’archimandrite Hilarion, il atteste, d'autre part, que ses frères résistèrent courageusement à la persécution et va même ailleurs jusqu’à leur écrire : « Par la grâce de Dieu, vous êtes la lumière de Constantinople, pour ne pas dire du monde entier. » Aussi leur exemple soutenait-il les chrétiens du dehors ©. Les moines signalés nommément comme victimes de la persécution sont moins nombreux qu'on eût pu l’espérer, Photin, père. de notre saint, qui avait exercé un emploi dans les finan ces impéria les, s'était ensuite fait moine. Une grave maladie le sépara de sa communauté ; emprisonné plus tard pendant plus de deux années, à Constantinople, il fut enfin exilé dans une île où il mourut. Timothée, disciple de l'abbé de Stude, bien qu'il pût fuir, se livra aux soldats et en reçut cent cinquante coups de fouet. La persécution s'acharna par trois fois sur le moine Théoctiste. Tite et Philon, nés dans la condition la plus modeste, souffrirent la prison avec courage, Jacques et Bessarion ne moururent pas sous les fouets. Il en fut de même de Dorothée quoiqu'il eût été cruellement tourmenté. Thaddée, au contraire, expira le lendemain de sa flagellation, ayant enduré cent trente coups de fouet ; le saint en parle à diverses reprises avec des transports de vénération. A Thessaloni que, le moine Théodule reçut deux cents coups de fouet. Siméon, moine, habile en médecine, fut battu, ! enfermé et banni pour la foi. Théodore l'engagea à ne pas exercer la médecine au dehors, ni en passant d'un lieu à un autre, vu les circonstan ces, à ne point traiter les femmes 7.
Celui dont le martyre nous est le mieux connu dans ses détails est le moine Jacques. Au dernier rang parmi les moines, il souffrit cependant le premier. Battu de verges sur le dos, la poitrine et les bras, sans laisser échapper une plainte, il fut relevé de terre comme une masse sans vie et enveloppé d'une mauvaise étoffe par ses bourre aux. Loin de céder, il se prépara pour de nouve aux suppli ces. Il ne refusa pas de subir un traitement douloureux, mais prédit sa mort et prépara tout dans ce but. Ses funérail les furent honorées d'un grand concours de personnages éminents , Le moine Arcadius vivait caché dans des cavernes avec des serviteurs. « Traïné une première fois au tribunal, vous n'avez pas tremblé, lui écrit le saint. Amplement fouetté, vous avez été banni et vous êtes exilé en quel que solitude écartée. Emmené de nouveau par les bourre aux, vous n'avez pas renié la foi. Vous avez été une seconde fois déchiré de coups et vous êtes demeuré invincible. On vous a classé parmi les tisserands, comme un esclave de l’empereur. Quoi d'étonnant ? c’est le sort des saints. D'ailleurs, sans le vouloir, ils ont vraiment montré au monde que vous êtes -281 esclave du roi du ciel, un exemple de martyre, la confusion de l'impiété 1. » Groupons enfin les mentions fugitives jointes à quelques autres noms, Le moine Arsène fut étroitement tenu en prison. Clédonius ne put souffrir qu'un jour la captivité et les coups (ce dont le saint s'étonne fort). Le moine Nicolas, fidèle compagnon de Théodore Studite, subit en même temps que lui une cruelle flagellation, Agapius, Aphtonius et Tarterius confessèrent généreusement la foi. Dorothée, d’abord flagellé fut ensuite enfermé .
Par contre « Nectaire, anti que apostat, dit Théodore, s'est montré pire que Judas. Car, loin de se repentir comme cet apôtre — le repentir de Judas fut du désespoir— il. a consommé sa ruine et celle de beaucoup d'autres en exigeant des attestations d'hérésie revêtues de joe + Un autre moine, apostat et relaps, nommé Elie, persévéra plus de douze ans dans son égarement et bâtit des maisons. Tite et Philon, fidè les au premier moment, devinrent hérétiques. Par une | sorte de compensation, Evode et Hypatius, après avoir cédé en paro les, refusèrent de communiquer avec les hérétiques. On ne connaît l’apostasie de Maxime que parce que son nom est accolé à ceux de deux autres iconoclastes, Le Studite, après avoir réfuté bon nombre d’inepties dans un écrit du moine Théodore, conclut ainsi la lettre qu'il adressa à son auteur : « Or, si nous demandons pardon d'avoir inconsidérément irrité Dieu, déshonoré les saints, accusé les confesseurs et diffamé l'Église, ce sera bien. Autrement, dans notre bassesse, nous nous mettrons la main sur la bouche sans provoquer Votre Sainteté à un nouvel appel par écrit *. + Nous connaissons mieux dans le détail les faiblesses du moine Euprépien. Pris d'abord d'un beau . zèle, il voulait être compris dans les mesures de rigueur dictées contre son abbé, qui len dissuada. Quand il fut séparé de ses frères, le saint crut qu'il s'était conduit de la sorte par amour de la solitude et il se persuada qu'Euprépien vivait sur la montagne voisine de Pruse ; mais il apprit bientôt que son ancien disciple avait laissé pousser ses cheveux, portait une robe blanche, servait d'économe ou d'intendant à une abbesse, allait et venait, achetant du bétail et exportant des marchandises. « Malheur à moi ! s'écrie Théodore. Qu'avez-vous fait de mon frère ? Jadis confesseur de la foi, vous trafiquez maintenant du Christ. Vous, jadis retenu, jusqu’à un simple regard, vous êtes le serviteur d'une femme, pour ne rien dire de plus. Vous - appelerai-je moine ? Mais vos cheveux ! — Je porte dans mon cœur, dites-vous, l'habit monasti que, et je n'ai point apostasié intérieurement. — Tous ceux qui participent à l'hérésie en disent autant. Mieux eùt valu pour vous y tomber, et vous repentir, plutôt que de rejeter notre saint vêtement. et de persévérer dans l'impénitence ! » Pour l'engager plus efficacement à revenir à son devoir, le saint lui rappelle que jadis, pour pénétrer de nuit dans sa prison, il n’a pas hésité à en escalader la terrasse +.
Les laïques ne furent guère plus ménagés. Tout d’abord, Grégoire fut le seul laï que poursuivi ; on l'enferma dans le palais. Mais, plus tard, les laïques et méme des sénateurs eurent à confesser leur croyance. Le premier médecin Eustratius, en évitant de manger avec le chef de l'hérésie, perdit une partie de ses revenus. Thomas, deux fois consul, fut dépouillé de ses biens et banni. Le curateur Nicétas avait un instant Suivi par peur le courant héréti que : il rétablit ensuite les images dans son oratoire 5, Un simple conseiller,
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282 nommé Étienne, ne craignit de prendre devant l'empereur les intérêts de la foi orthodoxe, et de réclamer le rétablissement de la paix de l'Église. Mais un commandant d'armée obligeait ses soldats à psalmodier avec les hérétiques, et à manger ce que ceux-ci avaient béni d'un signe de croix. Sans rien décider, le saint engage un olficier, du nom de Philothée, à conserver ses bons sentiments. Par une de ces exceptions qui consolent au milieu des plus tristes circonstan ces, un chargé d'affaires de l'empereur en pays étranger ne laissait pas d’être orthodoxe ®. Deux frères, professeurs de grammaire, furent jetés en prison. Vu la dureté de leur geôlier, leur vie y était des plus tristes, n'ayant eux-mêmes aucuns parents ou amis pour apporter quel que soulagement à leur captivité. Etienne, cousin du Studite, fut également arrêté et emprisonné. Pour un autre grand personnage (demeuré anonyme), illustre dans le monde, plus illustre encore dans le cloître, la persécution entraîna la perte de sa maison, la séparation d'avec ses enfants 7.
Le despotisme byzantin couronna toutes ces vexations en se donnant libre carrière contre les femmes. Théodore Studite a écrit que « les femmes se montrent des hommes contre le diable. » Cette intrépidité leur coûta cher. L’abbesse Anne, d’abord séquestrée de sa communauté, fut ensuite mise en prison. A Nicée, des religieuses furent flagellées et bannies avecleur abbesse. L'abbesse et les nonnes de Saint-Phocas confessèrent la vraie doctrine et furent mises en prison #. Tout un monastère composé de trente nonnes, préalablement privées de leur abbesse et séparées mème les unes des autres, endura la prison et la flagellation, sans qu'une seule faiblit, alors qu'un « petit nombre de moines était resté fidèle. » Une abbesse et des nonnes prélérèrent quitter leur monastère plutôt que d'y commu| nier de la main des hérétiques. A Constantinople, un monastère de nonnes fut respecté, grâce à Irène, veuve d'un grand dignitaire de l'empire et arménienne de naissance, qui s'y était consacrée à Dieu avec sa fille Euphrosyne, abbesse après elle ?, Parmi les femmes du monde, on cite Casia, une toute je une fille, qui fut flagellée sans que son zèle en fût ralenti. La patrice Irène, très généreuse pour les moines, avait donné dans l'hérésie. Revenue à la saine doctrine, elle fut arrachée à son mari, chassée de sa maison ét de la ville, séparée de ses parents et de ses amis, et reléguée à la frontière avec sa fille ; séparée de celle-ci, elle fut privée de tous ses biens, flagellée et déportée dans une île lointaine. Le saint dut insister à plusieurs reprises pour qu'elle menât une vie moins austère 19, Enfin voici ce qui concerne Théodore lui-même : « J'ai, dit-il, sans cesse à mes côtés un des geôliers qui se relavent cha que semaine pour cet office. Avec lui nous disons l'office, nous prenons nos repas et notre repos. Notre journée se partage, comme le sait Dieu qui nous voit, entre le travail, la lecture, le silence et parfois aussi la conversation sur les événements ; nous en parlons entre nous et avec nos visiteurs qui sont des gens de bien ou des moines. Car Dieu a porté des hommes du pays, ou encore des étrangers, ou même des personnes fort éloignées, à nous prodiguer des consolations corporel les et spirituel les : plusieurs nous sont tellement. attachées qu'el les nous donnent leur main pour nous attester qu'el les persévéreront jusqu'à la mort dans les combats pour la foi. Ne m'envoyer pas de livres, si ce n'est peut-être un dictionnaire et la feuille in-4° où j'ai sténographié le discours que Hypa-
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tius avait montré à Calliste pour en tirer copie. Par nos amis nous pouvons encore arriver à lire quelques livres +.
« Après nous avoir déchirés à coups de fouet (lui et son disciple Nicolas), écrit-il à Naucratius, ils nous ont enfermés dans une salle haute, ont muré la porte et enlevé l'échelle. Tout autour, des gar des, pour que personne n'approche et ne touche notre réduit. Et même quicon que entre dans l'enceinte fortifiée, voit venir à sa rencontre les gar des qui ne le laissent se diriger nulle part ailleurs que vers leur propre maison, jusqu'à ce qu'il ressorte. Il y a un ordre sévère de ne nous donner quoi que ce soit, hormis de l’eau seulement et du bois. Ils nous ont ainsi placés comme dans un tombeau, et pour nous tuer. Mais, par sa miséricordieuse bonté, Dieu nous nourrit avec les provisions que nous avons apportées d'avance, et avec ce qu'on nous fait donner par l'ouverture de la fenêtre, où un homme monte par l'échelle à l'heure marquée. Tant donc qu'il v a de quoi nous soutenir à l'intérieur ou que Fun des portiers ou l'officier de semaine nous apporte en cachette quel que chose de chez lui, Dieu nous nourrit et nous le glorifions. Mais quand, par la permission du Seigneur, les provisions nous manqueront la vie nous manquera en même temps et nous nous en réjouissons. Et c'est un bienfait de Dieu . » Dans sa captivité, on enleva au saint son argent, — sauf dix piè ces de monnaie, — sa croix pectorale d’abbé, ses livres et même ses livres liturgiques (son Tropologion). « Si j'y mettais ma confiance, dit-il quand on lui enleva sa bourse, en serais-je venu àäsouffrir tout cela ? » Il écrit agréablement à Grégora : « J'ai bien reçu vos figues en paro les, mais non en effet, à cause de notre réclusion. » Au début de sa captivité, il avait rencontré « les Actes des martyrs en douze volumes » , et à cette lecture il n'osait plus dire qu'il souffrait quel que chose pour Jésus-Christ .
« Réjouissez-vous, bien chers pères et frères, écrit-il longtemps après, car voici des nouvel les pleines de joie. Nous avons été de nouveau jugés dignes, malgré notre indignité, de confesser la belle confession. Nous avons de nouveau été maltraités tous les deux pour le nom du Seigneur, En effet, le Frère Nicolas a aussi soutenu une lutte très belle et très fidèle. Dans notre néant, nous avons vu à terre le sang de nos chairs épuisées ; nous avons contemplé les plaies, l’inflammation et autres conséquen ces. N'est-ce point la joie ? N'est-ce point l'allégresse spirituelle ? Mais qui suis-je, infortuné, pour être compté parmi vous, dignes confesseurs du Christ, moi le plus inutile de tous les hommes” Or la cause de ce qui s'est passé est mon ancienne catéchèse. L'empereur, l'ayant eue en mains, l'a envoyée au commandant de l’armée, en ordonnant que le comte de la cohorte se présentât devant nous. Stant venu dans l'obscurité avec des officiers et des soldats, ce comte entoura les petites maisons où nous étions, à l'improviste et à grands cris, comme un chasseur qui tombe sur une proie. En un clin d'œil, les sapeurs rompirent les barrages de la porte. Puis il apporta, lut et présenta la catéchèse. Nous avouâmes que c'était bien nous qu l'avions faite, selon la volonté de Dieu. Pour lui, il ne demandait qu'une chose, c'était que nous en vinssions au désir de lempereur. « À Dieu ne plaise ! » avons-nous répondu comme l'exigeait la vérité, « nous n'abandonnons pas Notre-Seigneur :: et tout ce que nous devions répondre à ceux qui nous écoutaient. A ce moment, il nous a violemment frappés. Et le Frère n'a rien souffert d'aussi terrible dans ses peines depuis son incarcéra-
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284 tion. Pour moi, dans ma bassesse et ma misère, saisi par des fièvres très violentes et des douleurs diffici les « à supporter, peu s'en est fallu que je maie désespéré de vivre. Néanmoins Dieu a eu quel que peu pitié de moi, le Frère y avant contribué en ce qu'il a pu, bien que les plaies subsistent encore, n'ayant pas obtenu une parfaite guérison *. »
AA ANIV. FIN DE L'HÉRÉSIE DES ICONOCLASTES. —
Théodore Studite mourut le 11 novembre 826, le patriarche Nicéphore le 2 juin 828 et Fempereur Michel | le Bègue l’année suivante (octobre 829), après avoir donné un grand scandale en épousant une religieuse. Son fils Théophile, associé à l'empire, lui succéda ; celui-ci, ennemi implacable des images, maintint les lois de ses prédécesseurs et raviva la persécution contre les prêtres et les moines. Peu de temps après son avè-. nement, les patriarches Job d'Antioche, r d'Alexandrie et Basile de Jérusalem lui présentërent un mémoire détaillé, le suppliant de ne pas suivre l'erreur iconoclaste, mais de demeurer par ses œuvres fidèle au beau nom de Théophile 5. Les patriarches se faisaient illusion, Théophile se tenait pour chef de religion autant que pour chef d’État, et estimait crime de lèse-majesté toute opposition, toute résistance à un décret impérial quel qu'il fût. Par ses ordres, on détruisit des images rétablies ou restaurées pendant ces dernières années et plus que ja mais on leur substitua des chasses, des paysages et des volières. Les prisons se remplirent de moines, de clercs, de laïques de toute condition fidè les aux saintes images et repoussant la communion de lintrus Jean Grammaticus, patriarche depuis 835. Ce patriarche, ordinairement appelé Janès, | comme le devin dont parle la Bible f, avait été le précepteur de l'empereur : c'était un homme savant, rusé, hétérodoxe, et l’un des princip aux coopérateurs de l'hérésie. On rapporte que, dès son élévation, en 833, il prononca, dans une sorte de conciliabule tenu aux Blakhernes, l’anathème contre tous les iconophi les.
. Le pape ne l'avait pas reconnu comme patriarche, pas plus que son prédécesseur Antoine de Syllaeum ; aussi aucun grec orthodoxe ne recevait sa communion.
La colère de l'empereur Théophile était principalement déchaïinée contre les moines. Ces derniers étaient impitoyablement. traqués, chassés de leurs abris ; plusieurs moururent de besoin et de misère. Les artistes que comptait la population monasti que étaient particulièrement visés et devaient étre exterminés s'ils ne renonçaient à leur art. Un d'entre eux, le moine Lazare, fut flagellé jusqu'au sang, et le moine Méthode demeura enfermé sept ans dans une prison infecte avec deux malfaiteurs de droit commun. Le syncelle Michel de Jérusalem et l'hymnographe Joseph furent indignement maltraités. L'empereur discuta en personne avec deux frères, Théophane et Théodose, et, comme conclusion, leur fit administrer deux cents coups de bâton et taillader ? le visage en y gravant douze vers fambiques qui les flétrissaient comme idolâtres. Théophané nous a laissé le récit de cette scène. était chargé des ordres de l’empereur étant arrivé à l'île d'Aphusia, nous mena en grande hâte à Constantinople sans nous en dire le motif. Nous arrivämes le 8 juillet. Celui qui nous conduisait ayant vu lempereur, recut l’ordre de nous enfermer aussitôt dans le prétoire. Six jours plus tard, le 14 juillet, on nous mena à l'audience impériale. Comme tout le monde savait le motif de notre comparution, nous n'entendions que des mena ces. « Obéissez au plus tôt à l'empereur, » disaient les uns : et d'autres : « Le démon les possède, » ou même des choses pires. Vers la sixième « Celui qui.
A w he € 'est-à-dire quatre heures après midi, nous en- * trâmes dans la salle dorée, précédés par le gouverneur, qui se retira, nous laissant en présence de l’empereur à l'aspect terrible et coléreux. Nous le saluämes, lui » nous dit rudement d'approcher et demanda où nous » étions nés. « Au pays des Méabites, » dimes-nous.
À « Qu'êtes-vous venu faire ici ? » demanda-t-il, et, sans … attendre notre réponse, il commanda qu'on nous frappât au visage. On nous donna tant et de si grands coups, que nous tombämes à terre, tout étourdis, et “ si je n'eusse saisi celui qui me frappait par le devant - de sa tuni que, il m'aurait aussitôt jeté sur le marched pied de l’empereur. Mais je me tins ferme jusqu'à ce ~ qu'il fit cesser de nous frapper. Il nous demanda encore | pour quoi nous étions venus à Constantinople, voulant - dire que nous n'y devions pas venir si nous ne voulions …_ embrasser sa croyance. Et comme nous baissions les - veux sans dire mot, il se tourna vers un officier qui … était près de lui, et lui dit d'une voix rude et regardant » de travers : « Prenez-les, écrivez sur leurs visages ces » vers fambiques et mettez-les entre les mains de deux » Sarrazins pour les emmener dans leur pays. » Un nommé Christodule, qui avait composé ces vers, - était là et les tenait. L'empereur lui ordonna de les . lire et ajouta : « Ne te mets pas en peine s'ils sont be aux = ou non. » Un des assistants dit : « Ces gens-ci, Seigneur, n'en méritent pas de plus be aux. » Il y'avait douze vers, dont le sens était : « Ceux-ci ont paru à Jérusalem » comme des vaisse aux d'iniquité* pleins d'une erreur i superstitieuse, et ont été chassés pour leurs crimes.
S'en étant enfuis à Constantinople, ils n'ont point is leur impiété. C'est pour quoi ils en sont encore . bannis, étant marqués au visage comme des malfai- . teurs. + Après la lecture de ces vers, l'empereur nous fit + ramener au prétoire ; mais à peine y fûmes-nous entrés, > qu'on nous ramena en grande hâte devant l empereur qui nous dit : « Vous direz sans doute quand vous serez partis que vous vous êtes moqués de moi, et moi je T et moi je disais :
= Alors il nous fit déshabiller et fouetter, commençant par moi. L'empereur criait pour animer les bourre aux « Nous n'avons rien fait contre votre votre majesté, aie pitié de moi ! Sainte Vierge, viens à mon secours ! » Mon frère fut ensuite traité de même, et après qu'on nous eut déchirés de coups, l'empereur nous fit sortir. Mais aussitôt on nous fit rentrer, et un receveur nous demanda de la part de l’empereur : « Pour quoi vous êtes-vous réjouis de la mort de Léon ? — « Nous ne sommes pas venus vers lui et nous ne pouvons pas changer notre créance, comme vous autres qui la changez suivant les temps, » répondimesnous. Le receveur dit encore : « N'êtes-vous pas venus sous le règne de Léon ? —- Non, dimes-nous, mais sous le règne du prédécesseur de l'empereur, c'est-à-dire sous Michel le Bègue. » Nous revinmes au prétoire el quatre jours après on nous présenta au préfet qui, après plusieurs mena ces, nous ordonna d'obéir à … l'empereur. Nous dimes que nous étions prêts à souffrir mille morts plutôt que de communiquer avec les hérétiques. Le préfet revint aux caresses et dit : « Communiquez seulement une fois, on ne vous demande pas davantage, j'irai avec vous à l'église ; allez ensuite où bon vous semblera. » Je lui dis en souriant : « Seigneur, … c'est comme qui dirait à un homme : Je ne vous demande autre chose que de vous couper la tête une ~ seule fois, après vous irez où vous voudrez. On renverun serait plutôt le ciel et la terre que de nous faire aban donner la vraie religion. » Alors il ordonna qu'on nous E marquåt au visage, et quoi que les plaies des coups de
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-286 on nous étendit sur des bancs pour nous piquer le visage en y écrivant les vers. L'opération fut longue, et le jour venait à manquer ; il fallut cesser. Nous dimes en sortant : « Sachez que cette inscription nous fera ouvrir la porte du paradis et qu'elle vous sera montrée en face par Jésus-Christ ; car on n'a ja mais fait rien de semblable, et vous faites paraitre doux tous lesiautres persécuteurs. » Pendant que Théophile se livrait à ces cruautés, l'iconophilie gagnait les cœurs, à commencer par ceux de l'impératrice Théodora et de sa mère Théoktista. Cette dernière enseignait aux enfants de Théophile à baiser les images des saints ; on leur interdit donc de visiter leur aïeule. L'impératrice fut dénoncée par un nain et n'évita que par ruse la colère de son mari. Le nain l'accusait de conserver des images dans sa chambre ; l'impératrice répondit que le nain l'avait vue dans une glace et avait fait erreur ! La mort de l'empereur (20 janvier 841) mit fin à ces violen ces.
Son fils, Michel, dit l'Ivrogne, pour lors âgé de trois ans, lui succéda. Ce fut l'impératrice Théodora qui exerça le pouvoir ; elle se laissa arracher assez volontiers, semble-t-il, la grâce des iconophi les emprisonnés, et accorda à l'un d'eux, Méthodius, toute sa confiance. Le chancelier Théoctiste se montrait ouvertement favorable aux images et disposé à rétablir leur culte. Son collègue Bardas, oncle maternel de Théodora, partageait cette manière de voir. Manuel, oncle paternel du je une empereur, se montrait hésitant ; mais à la suite d'une maladie, ses dispositions changèrent et il accompagna Théoctiste et Bardas lors que ceux-ci vinrent prier l’impératrice de rétablir le culte des images. Après un refus, elle consentit à envoyer au patriarche un officier chargé de lui dire : « De tous côtés et en particulier de la part des pieux moines, on demande le rétablissement du culte des images, et, si tu y consens, les églises recouvreront leurs ornements ; si tu es encore dans l'erreur, tu peux quitter la ville et te retirer pour quel que temps à la campagne jusqu'à ce que les saints Pères (les moines) viennent te trouver et t L'enseignent une meilleure doctrine. » Le patriarche demanda le temps de la réflexion, se fit quelques écorchures et dit que l'officier envoyé par l'impératrice l'avait maltraité, mais on trouva les instruments dont il s'était servi et il fut déposé sous prétexte de tentative de suicide et relégué à Psicha.
Il eut pour successeur le savant Méthodius, qui avait confessé la foi sous Théophile : on tint alors un concile qui déposa le patriarche Jean ou Janés “ Les actes de cette assemblée ne nous ont pas été conservés, mais les documents byzantins la mentionnent très souvent, quoi que brièvement. Sur l'ordre de l'impératrice, plusieurs savants moines préparèrent la réunion de ce concile par la composition d'un fomus contenant divers passages des Pères en faveur des images. On lut ce mémoire devant une réunion de clercs et de sénateurs qui se prononça pour la restauration du culte des images. En même temps arrivèrent à Constantinople un grand nombre de moines venus de différents pays, soit pour travailler l'esprit public par leurs prédications, soit pour prendre part au concile. Celui-ci renouvela les décisions des sept conci les génér aux, déclara légitime le culte des images et jeta l’anathème sur les iconoclastes. Les évêques hérétiques furent chassés de leurs sièges répartis entre des nouve aux titulaires choisis parmi ceux qui avaient confessé sous Théophile.
Pour perpétuer le souvenir de ce concile, on décida l'institution d'une procession annuelle commémorant célébrée immédiatement après la tenue du concile, le 19 février #42, et, pour la première fois depuis longtemps, les images furent exposées dans les églises de Constantinople. Un grand banquet offert par l'impératrice termina cette solennité. Cette fête de l'orthodoxie obtint plus tard, dans l'Église grec que et dans l'Église russe, une signification beaucoup plus étendue. Elle devint la commémoration de la victoire remportée sur toutes les hérésies, et on y prononça l'anathème contre tous les hérétiques.
L'ancien patriarche Jean ou Janès fut relégué dans le monastère de Klidii, près de Sténum, et donna aussitôt carrière à un zèle puritain contre les images, en crevant les veux à des images du Christ et de sa Mère qui se trouvaient dans sa chambre. Indignée, limpératrice le fit châtier corporellement, mais il est f aux, quoi qu'on en ait dit, qu'on lui ait infligé la peine du talion. Quel que temps après, une femme accusa le patriarche Méthodius d'avoir entretenu avec elle des relations coupab les ; aussitôt les iconoclastes exultèrent : La cour ordonna une enquête : Manuel, Théoc-
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la fête dite de l'orthodoxie. La première procession fut | de Caracalla ou de Maximin Daïa : tout iconoclastes | qu'ils étaient, ils restaient byzantins, c'est-à-dire affinés, délicats, raffinés même, amis du luxe, des fêtes et des plaisirs. Or on n’a rien de tout cela si la beauté ne s'en mêle, et pas un byzantin, fût-il empereur, ne concevait la beauté sans la parure de l'art. Cette fête des mét aux, des gemmes et des couleurs qui se poursuit sur toutes les parois, sur les chapite aux, les coupo les des églises leur étaient nécessaire, la pensée d’un temple froid et nu tel que l’a conçue et réalisée la réforme luthérienne et puritaine ne pouvait pas se présenter à leur esprit, mais s'ils avaient déclaré la guerre aux images, ils entendaient bien mettre autre chose à la place. Nous avons dit que Constantin V réalisa son idée dans l'église des Blakhernes où, d'après le témoignage d'un contemporain, il fit représenter « des arbres, des oise aux de toute sorte et des anim aux, encadrés « dans des rince aux de lierre où se mélèrent des grues, des corbe aux et des paons. » Cette décoration avait été longtemps en faveur ; nous en avons vu maints spécimens dans les églises d'Afri que, même à Rome au mausolée de Sainte-Constance : ; mais alors on n'imatiste et d'autres sénateurs se rendirent chez le patriarche qui prouva que l'accusation était pure calomnie, et cela, d'une manière si péremptoire, que l'accusatrice avoua avoir été poussée par l’ancien patriarche et ses amis. En punition, elle fut condamnée à paraitre cha que année tenant deux torches allumées, en tête de la procession, et d'y entendre l’anathème jeté sur ses compli ces.
Le patriarche Méthodius mourut en 846. Un de ses derniers actes fut le transfert solennel du corps de son prédécesseur, lé patriarche Germain, première victime de.ces longues luttes. A Méthodius succéda Ignace. A partir de cette épo que, les iconoclastes se firent moins nombreux et bientôt ils disparurent tout à fait ; le culte des images ne connut plus de contradiction dans l'Eglise grec que. Même au plus fort des luttes entre Photius et Ignace, les deux partis restèrent d'accord au sujet dés images, et le VIII concile æcuméni que approuva de nouveau le culte qu'on leur rendait.
XAXAXV. L'ART ET LES MONUMENTS A L'ÉPOQUE ICONOCLASTE. —- La destruction des images ne mettait pas seulement la foi religieuse en péril, elle entraïnait de graves conséquen ces de plus d’un genre. Les empereurs au nom desquels s'attache comme une note dinfamie le surnom d'iconoclastes n'étaient pas de sombres brutes comme on en avait vu à Rome au temps ginait rien de mieux, tandis qu'à Byzance on détruisait les représentations sacrées pour les remplacer par ces décorations vaines et futi les. Tout ce qui n'ofirait pas un caractère religieux était épargné. Quand les persécuteurs, dit un écrivain du temps, voyaient figurés quel que part » des arbres, des oise aux, des anim aux et surtout ces scènes sataniques, courses de chev aux, chasses, spectac les et jeux de l'hippodrome, ils les conservaient avec honneur et les embellissaient. » Constantin V fit détruire la fres que représentant le sixième concile ét représenter à la place son cocher favori ; ailleurs, on peignait ses victoires, qui remplissaient le peuple d'admiration.
L'art protégé et propagé par les empereurs iconoclastes ramenait ainsi à la peinture alexandriné, qui avait largement contribué à la décoration des premières catacombes et des églises constantiniennes. Une place considérable était faite au portrait, ce qui était encore un retour à la tradition artisti que d'Alexandrie. Le IIe concile de Nicée condamna ces tendan ces, défendit la représentation des danses et des courses de l'hippodrome, mais son influence fut vite combattue et l'empereur Théophile n'en tint aucun compte'et continua la tradition de Constantin V. Ce fut surtout au PalaisSacré qu'il donna satisfaction à ses gona et prétendit int 1POSET Uun genre.
« Entre le palais de Daphné et le Chrysotriclinium, “ Théophile fit édifier un vaste ensemble de bâtiments. Ce fut d'abord une salle du trône, le Tricon que, ainsi Ei nommée parce qu’elle se terminait par trois absi des, g oee à l'Est, au Nord et au Sud. Les murs en … étaientsplendidementrevêtus de marbres multicolores : . la voûte était dorée. Vers l'Ouest, la salle s'ouvrait par ‘une terrasse de forme circulaire, le Sigma, semblablefn parée de a des matpres polyobromen, et (ER onnes de marbre Shrvelen. En avant di Sigma s'étendait un péristyle, d’où l’on descendait sur la place de Fi la Phiale. C'était une cour à ciel ouvert, au milieu de laquelle se dressait une tontaine de bronze ; dont la E -d'une pomme de pin en or. Sur Ter côtés de la cour . étaient disposés des gradins de marbre, et, sur l’un des … paliers qui les coupaient, s'élevait un petit porti que de ~ marbre, où deux lions de bronze jetaient de l'eau par leurs gueu les ouvertes. C'est dans ce décor magnifi que E : se donnaient quelques-unes des fêtes qui remplisis la vie impériale. C'est là que les factions de .l'Hippodrome {voir ce mot} venaient présenter au f Souverain leurs chev aux caparaçonnés d'or, c'est là que se dansait la lente et solennelle danse aux flamD be aux qui, aux fêtes des Broumalia, accompagnait la C réception du saximoderimon ; le basileus présidait à ces [3 cérémonies, assis sur un trône étincelant de pierre1 - ries, au-dessus duquel s'élevait un dôme d'or porté par T quatre colonnes de marbre vert.
« Tout autour de cette partie centrale du nouveau - palais se disposait une suite de sal les ou de pavillons non moins splendidement ornés. C'était la salle de l'Amour, qui servait de cabinet d'armes, et dont les ~ murs étaient couverts de peintures représentant des Fa boucliers et des trophées. C'était le triclinium de la =. Perle, soutenu par huit colonnes de marbre rose, et - dont les murail les étaient ornées de mosaïques figuI rant toute sorte d'anim aux. C'était la chambre à ~ coucher de l'impératrice, dont quatre colonnes supportaient la coupole dorée, et qui était toute pavée et » incrustée de marbres précieux. Ailleurs, au milieu des - jardins, s'élevait une série de pavillons somptueux. … C'était le Camilas, que couvrait une coupole dorée “ soutenue par six colonnes de marbre vert, et dont les - murs,incrustés de marbres àla partie inférieure, étaient dans le haut revêtus de mosaïques d'or représentant des statues cucillant des fruits. Une autre pièce lui » faisait suite, également décorée de mosaïques, où des ~ des fonds d'or. C'était encore la salle du Mousikos ou » de l'Harmonie, chambre à coucher de l’impératrice, à qui devait son nom à la variété et à l'agencement des marbres dont elle était parée, autant qu'à son beau he. pavement de mosaï que, qui semblait une prairie Fa émaillée de fleurs. T « Enfin, dans d’autres parties du palais, dans la salle du Lausiacos et dans la galerie de Justinien, ~ Théophile avait également fait placer des revêtements … de mosaïques d'or. Près de là, un dernier pavillon … renfermait quatre salons couverts d’une coupole d'or ~ que soutenaient quatre absi des : les murs étaient couverts de peintures. ~ « Toutes ces constructions attestent pour la première moitié du 1x° siècle une prodigieuse activité artisti que. Ce n'est pas tout. Pour rehausser encore la splendeur ~ du palais qu'il faisait élever, Théophile le para de - merveilleux objets d'orfèvrerie. Dans la grande salle 4 Due la Magnaure, où se donnaient les audien ces solen- | E nel les, ce fut un vrai décor de féerie. Un platane d'or … ombrageait le trône de l'empereur, et sur ses branches ~ étaient perchés des oise aux d'or ; au pied du trône, des pa lions d'or étaient couchés ; sur les côtés, des griffons
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290 d'or semblaient monter la garde ; en face, se dressaient des orgues d'or, ornés d'ém aux et de pierreries. Ges chefs-d'œuvre de richesse et de luxe étaient aussi des prodiges de mécani que. Au moment où l’ambassadeur était introduit, les oise aux posés sur le platane s'agitaient et chantaient, les griffons se dressaient sur leur socle : les lions se soulevaient, battaient lair de leur queue et faisaient entendre de métalliques rugissements. Toutes ces merveil les étaient l'œuvre d'un artiste fort habile, parent du patriarche Antoine, et à qui le basileus Théophile avait confié le service de — La Vierge et l'enfant Jésus. Mosaï que de lorfèëvrerie impériale. C’est lui également qui avait exécuté le Pentapyrgion, grand coffret d’or qui avait la forme d’un château à cinq tours, et où l’on déposait les insignes impéri aux et les joy aux de la couronne. En outre, Théophile avait fait renouveler, avec une magnificence inouïe, toute la garde robe impériale, les vêtements de parade que portaient aux jours de cérémonie le basileus et l'Augusta, les robes tissées d'or qué revétaient dans les processions solennel les les sénateurs et les grands dignitaires auliques. Et si, dans les récits que les chroniqueurs nous font de ces magnificen ces, il entre peut-être quel que part d'exagération, si, à Byzance comme ailleurs, tout ce qui reluit n'est pas or, l'ensemble toutefois laisse une impression assez forte de splendeur, de goût et de beauté : dans le palais rebâti et tout éclatant d'or, les empereurs iconoclastes avaient su, à une magnificence prodigieuse, unir des formes d'or pleines de nouveauté et d’attrait L »
VII. — 10
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Toute cette magnificence, tout ce clinquant paraît étroitement apparenté avec la conception artisti que que vulgarise alors l'Orient musulman. C'est l'épo que des merveil les du style arabe sous la dynastie des Abbassi des, c'est le même luxe désordonné, les mêmes recherches de mécani que. Théophile avait envoyé son ancien précepteur à Bagdad afin d'y voir et d'y étudier le palais des Kkhalifes. L'envoyé rapporta des plans et ramena sans doute des ouvriers auxquels on commanda des constructions du type arabe ; surtout on fit accueil à l'art décoratif, à cette surabondance de motifs, à cet entassement de richesse qu'on vient de décrire. Tout cela était peut-être très ingénieux et très somptueux, il est bien malaisé d'en juger d’après des descriptions enthousiastes : mais surtout, rien de tout cela n'était byzantin.
Les empereurs iconoclastes, en rompant brutaleFAT S P~ 1 wiat L f ment avec la tradition, déjà séculaire, qui depuis Théodose et depuis Justinien avait créé des types, combiné des ensemb les vraiment adaptés à la civilisation et à Ja mentalité de leur empire, se voyaient réduits à emprunter des modè les étrangers. Constantin V faisait revivre la peinture alexandrine. Théophile implantait l'ornementation asiati que. Cet art nouveau, officiel et profane, n’a pas de racines et restera stérile. Luxueux et magnifi que, il n'exprime rien, ne représente rien, ne rappelle rien. Il est tellement stérile que cet art officiel n’enfante pas un art industriel, et, une fois les somptueux monuments disparus sans laisser | l’art, c'est-à-dire le goût d’une épo que parmi les conde tra ces, il ne reste rien de ce qui exprime et résume M temporains. 4 Mosaf que.— En fait de mosaïques, on conservait, à Saint-Démétrius de Saloni que, trois médaillons insérés au moment de la restauration de l'édifice, avec une inscription qui semble se rapporter au temps de Léon III (fig. 5810). Ils représentent saint Démétrius flanqué de deux personnages ecclésiastiques, dont l'un « est évê que et l’autre prêtre. Ce sont peut-être les pori traits des restaurateurs de l'église. À Dans l'abside de Sainte-Sophie à Saloni que, une décoration en mosaï que est contemporaine du II concile de Nicée ; elle porte les monogrammes de Cons- < tantin VI, d'Irène et le nom de l'évê que Théophile. La Vierge est assise sur un fond d’or. Comme on a raison de le faire remarquer, elle est assez lourde d'aspect et drapée de plis compliqués : la figure est très modelée, et l'on voit, en comparant l’image tel les qu'ele est exécutée avec l'effet qu'elle produit vue“ du sol, combien l'artiste savait encore admirablement son métier et s'efforcait de tenir compte de la courbure très accentuée de l'abside. Toutefois on sent quelque décadence dans cette œuvre un peu gauche et morne : seul l'enfant divin, au visage expressif et charmant, dont la robe d'or brille sur le vêtement sombre de la Madone, est exquis de grâce et de vivacité (fig. 5811) 2. ‘4 Ivoires. — D'après M. Ch. Diehl, il serait permis d'attribuer à la période iconoclaste quelques produits « des arts mineurs, notamment des ivoires. Dans cette catégorie se trouvent des coffrets remarquab les par l'ornementation à rosettes, tout orientale, qui sert d'encadrement au sujet central. « On y voit des scènes de chasse, d’hippodrome, même de guerre, qui se déroulent en longues frises rappelant les peintures dont les empereurs iconoclastes paraient les murs de leurs « palais et des églises. Ailleurs, ce sont des scènes mythologiques ou pastoralés et encore des reproductions de | médail les antiques alternant dans la bordure avec les « rosettes, bref une décoration où n'entre aucun élément “ religieux. De ces monuments d’un art purement civil, l'intérêt est incontestable ; mais on s'est demandé s'il ne fallait point les rattacher tous à la renaissance, qui suivit la querelle des images où l’art, ayant rompu avec beaucoup de ses inspirations coutumières, cherchait volontiers des modè les dans l'imitation des bas-reliefs \ antiques. Il semble plus naturel à M. Diehl d'en faire” honneur directement à la pure tradition alexandrine qui, persistant jusqu'à l’épo que iconoclaste, aurait contribué à conserver et à développer en ce temps le ` ne. 295 « goût des motifs de l’art hellénisti que. En tout cas, il My à un rapport étroit entre ces coffrets et l’art d'une M période qui encouragea les fêtes païennes et la peinture de genre, et on a pu avec vraisemblance attribuer à cet “art iconoclaste les plus anciens au moins de ces petits monuments, le coffret de Veroli, par exemple, aujourM dhui au South-Kensington Museum (fig. 5812, 5815, M 5814). On y voit représentés le sacrifice d’Iphigénie, E Tenlèvement d'Europe, l'éducation de Bacchus, Pégase E buvant, Polyphème, etc. Sur le coffret de Pirano, aujour d'hui à Vienne, on voit des scènes d’hippodrome Tet des épiso des bachiques. Il faudrait encore citer le coffret conservé au musée de Cividale, celui du Museo = civico d'Arezzo, celui du Museo nationale de Florence, “celui de Museo civico de Pise, celui d'une collection privée à Rome, une tablette du Museo Correr à Venise. La plupart pourtant de ces coffrets, où il n'est point “rare de rencontrer des détails empruntés aux miniaT tures chrétiennes, appartiennent certainement à l'épo que de la renaissance macédonienne ?, « ( Émaillerie. — Le plus ancien monument de l’émail- “lerie byzantine serait le paliolo de Milan, ouvrage ~ coloris encore assez pauvre : on n'y trouve que trois ~ couleurs, vert émeraude, bleu turquoise et rouge.
BU à Constantinople entre 813 et 820. Les miniatures “offrent un grand intérêt. Sur une sphère d’un bleu sombre, des anim aux figurent différentes constella-
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tions ; ailleurs on voit la marche du soleil à travers les signes du zodia que : sous cha que signe, un dieu ést assis ; douze figures demi-nues, six de teinte clairé, six de ton sombre personnifient les jours et les nuits ; au centre, dans un médaillon à tond d'or, le soleil est représenté sous les traits d'une je une homme, portant une couronne d'or d'où s'échappent des rayons d'or ; il est monté sur un char attelé de quatre chev aux. Ailleurs Sélèné, est figurée sur un char à deux chev aux, uné torche dans cha que main ; aux ang les de la miniature sont placés le Jour et la Nuit. Cette illustration ne fait que reproduire des modè les beaucoup plus anciens, peut-être même l'original sorti de la main de Ptolémée, mais l'exécution est vraiment artisti que.
Si nous avons dans ce manuscrit la reproduction d'un exemplaire plus ancien, il faut reconnaître qu'il né nous apprend pas gran d'chose sur l'art au temps des iconoclastes. A ce point de vue, un évangéliaire grec de la Bibliothè que nationale (Gr. 63, Colbert}, -au 1x® siècle, est plus instructif, L'exécution en est assez médiocre ; mais c'est un curieux exemple d'une illustration où la figure humaine est complètement absente.
Le décor est purement ornemental ; ce sont de gran des lettres ornées, des médaillons avec des rince aux, au milieu desquels on voit des fleurs, des fruits, des oise aux, dans un encadrement d'architecture.
Le Grégoire de Nazianze de l’Ambrosienne (n. 49,50) est également du 1x° siècle, d'exécution hâtive et assez négligée : mais le caractère de l'illustration est fort remarquable. On y trouve représentés les événements de l'Ancien Testament, les prophètes, mais par contre les scènes évangéliques sont pres que complètement absentes. La plus grande partie de l'illustration est d'un ton profane bien accusé. Les allusions mythologiques et poétiques que contient le texte, la traducnp aa RS LS Ier ces A LL CES ee CE A IT PE RACE LS aa
ARR EP E A A E
295 tion littérale des allégoriės et des métaphores mêmes qu'éemploie l'orateur ont inspiré beaucoup de miniatūres. Sans doute, ici encore, il n’est guère contestable que nous avons aflairé à uné copie d'un original notablement plus ancien : mais il ést remarquable que, dé cé prototype, l'illustrateur du 1x siècle ait, avec une prédilection marquée, retenu surtout les images profanes. Plus tard, au temps de Basile L°°, pour illustrer les œuvres de Grégoire de Nazianze, on s'inspira plus volontiers du modèle constitué sous l'inspiration dés théologièns, et que représente brillamment le Parisinus 510 (voir Diclionn., t. vi, au mot GREGOIRE DE NAZIANZE) ; au temps dés iconoclastés, ou dans la période qui suit immédiatement leur domination, on va de préférence à l'illustration profane, tellé qu'elle s'était formée sous l'influencé des commentateurs alexandrins de Grégoire. C'est donc, comme le fait observer M. Ch. Diehl, le même retour à la tradition anti que qué nous avons déjà plus d'une fois signalé comme caractéristi que de cette épo que, et qui se manifeste pareillement dans l'exécution. Les tons moelleux des chairs, les draperies largement traitées, le relief bien net, le dessin aisé, l'aspect sculptural des compositions, tout atteste le retour à la manière anti que, ramenée à ses principes essentiels.
Orfèvrerie. — Une croix pectorale en or,conservée au British Museum, est certainement un produit de l'épo que iconoclaste. Nous avons dit que la croix était exceptée de l'exclusion portée par les hérétiques contre les images ; celle-ci ne porte auc une figure, aucun symbole, mais simplement une inscription niellée : EMOI AE MH FENOITO KAYXACOAI EI MH
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il y a plus. On né saurait même dire avec vérité qu'ils aient anéanti l’art religieux. On vient de citer plusieurs « manuscrits dé cette période où, sous l'influence des tendan ces nouvel les, l'illustration religieuse se pénètre « curieusement d'éléments profanes. D’autres monuments du même temps attestent par ailleurs que l’art pérsécuté, loin de périr, dut au contraire à la lutte un regain d'activité.
+ Les rigueurs des empereurs iconoclastes atteignirent surtout la peinture monumentale. L'orthodoxie proscrite trouva un relfugé dans la miniature. Toujours l'ornementation des manuscrits avait conservé à Bvyzancé plus d'indépendance : l'opposition religieuse rencontra donc là un terrain où elle put sans peine manifester toute l'énergie de ses sentiments, toute la ferveur de sa foi, toute l'ardeur de ses haines, où l'art religieux put développer assez librement tout ` ce qu'il avait en lui de force créatrice. De là est sorti M un monument tout à fait remarquable, né en pleiné ` période iconoclasté, probablement au monastère de # Stoudion, dans la première moitié du 1x siècle : c'est nu lé psautier à illustrations margina les, qu'on appelle « aussi le psautier « monasti que et théologi que » et plus M brièvement le Psaulier Chloudcf =. 4 « Depuis longtemps le psautier était pour les masses une lecture édifiante particulièrement chère ; il répondait bien au goût qu'avaient les Byzantins pour lés | spéculations religieuses et théologiques ; saint Basile - n'avait-il point dit que les psaumes contenaient « la | théologie tout entière ? » Les moines encouragèrent ce | goût, et dans l'illustration qu'ils créèrent pour le . psautier, ils résumèrent « sous une forme vivante et « populaire, combinée pour l'édification des masses, : toute la science théologi que et histori que du temps s w De là vient l'aspect très particulier qu'a pris cette illustration dont l’un des plus anciens exemplaires nous « est offert par le psautier Chloudof, conservé à Moscou 1 au monastère de Saint-Nicolas. Il est orné de nombreu- « ses vignettes margina les (plus de deux cents), vivei ment exécutées, d’un dessin rapide et aisé, enluminées M très simplement avec des couleurs mates fondues très harmonieusement, La composition est nette, élégante, 1 remarquable par l'animation et l'heureuse disposition M dés groupes ; les mouvements des figures, un peu ru des, ont du naturel et de la vie. Peu d'emprunts sont faits T à l'art anti que ; il y a, au contraire, un souci dé l’obsers vation, une recherche de l'expression, un réalisme qui n'est point exempt de force comi que, par exemple dans certaines représentations, comme celle de Silène, celle du Jourdain, où encore celle des orgueilleux « dont la « « bouche touche le ciel, et dont la langue pend jusqu'à « terre. » Un grand souffle populaire traverse toute M l'œuvre, avec une fraicheur d'imagination, une liberté« et une verve adorab les : c'est une création toute familière, absolument exempte de la solennité byzantine, « et par tout cela puissamment originale. y « Cette illustration est composée d'éléments assez m divers. Il y a une partie histori que et une autre que l'on pourrait appeler lyri que et édifiante. L'une com1 prend les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui tiennent une assez large place ; la seconde com- ` prend les miniatures d’un caractère symboli que et à EN TU CTAYPG TS KY HMGN IY XYSentence s moral, qui sont extrêmement nombreuses et où il est 1 tirée de Galat., vr, 14, et qui servait d'argument aux iconoclastes pour repousser les images ! (fig. 5815). XXXVI.. L'ART RELIGIEUX A L'ÉPOQUE ICONOCLASTE. — « On répète volontiers que les iconoclastes ont anéanti l’art. Ce qui vient d’être indiqué montre amplement combien ce reproche est peu justifié. Mais facile de reconnaitre l'influence des principes monastiques. Ainsi toute une série de compositions ont pour = objet la glorification de l'aumòne et l'éencouragement = à la piété ; l'imagination de l'artiste prête à ce thème T les formes les plus variées, parmi lesquel les il faut f ec “ signaler surtout la personnification de la Charité couronnée de branchages et distribuant de l'argent. AilWin leurs ce sont des exemp les édifiants tirés de la vie … journalière des moines, des illustrations symboliques, “comme la Vierge et la licorne, le rocher de Moïse, la » vision de Daniel,vovant en songe le médaillon de la y Madone tenant l'Enfant divin, des parabo les enfin et ~ des personnifications. Une inspiration théologi que et - mysti que emplit et domine toute l’œuvre. La Vierge y tient une place qui montre le progrès croissant du » culte de Marie ; le médaillon du Christ y apparaît sans T cesse, au-dessus de Moïse comme au-dessus de David ;
… les épiso des de la Passion du Sauveur enfin sont traités T avec une particulière prédilection. Mais une série de - compositions est surtout intéressante et caractéristi que de l'épo que où fut convue cette illustration : ce sont les miniatures polémiques. . « Pour représenter + la réunion des méchants », - l'artiste a figuré le concile iconoclaste de 815. L'em ; pereur, entouré de gar des, est assis sur un trône : aum près de lui siège le patriarche, et devant eux, deux héré- | . tiques s'apprêtent à effacer ou à détruire l’image du Christ. Les deux mêmes personnages reparaissent au | = défenseurs des images, en effet, comparaiént volon- | tiers leurs adversaires aux Juifs qui avaient crucifié le Seigneur. Le rapprochement se rencontre, dès le.
- VMe, dans un ouvrage de polémi que longtemps attribué à saint Jean Damascène 1, et il est remar- | . quable que, sur la miniature du psautier Chloudof, :
- l'artiste a inscrit précisément le passage de l’'anonyme qui se rapporte à cette comparaison. Ailleurs, on a . figuré le triomphe de l'orthodoxie. Le patriarche NicéF phore est représenté, tenant ên mains le médaillon du || = Christ et foulant aux pieds limpie Janès, c'est-à-dire T le patriarche iconoclaste Jean Léconomante, tandis : - qu'au-dessus l'apôtre saint Pierre terrasse Simon le | Magicien. Ailleurs deux scènes également parallè les : montrent d'une part les pharisiens corrompant les - soldats qui gardent le tombeau du Christ, tandis qu'au- - dessus, Simon le Magicien, en habits pontific aux, ordonne deux personnages qui leur apportent de.l'ari gent. Derrière lui, le démon de la cupidité (grAxoyuooc + Sxiuwv) lui chuchote à l'oreille. Ici encore se retrouve aisément l’allusion aux événements contemporains considérés du point de vue monasti que. Les iconoclastes | m sont représentés comme des hommes inspirés par le » diable, corrompus par la vénalité juive, tous atteints d'une cupidité sordide et mettant par leur simonie _ abominable l'Église. et le Christ à l'encan. Point de vue singulièrement étroit au regard de l’histoire, mais qui a l'avantage de nous transporter au sein même des polé= miques du temps, et qui par là nous donne la date et … l'origine de cette curieuse illustration.
« Le même esprit et les mêmes allusions se retrouvent dans l'illustration d'un autre ouvrage, le Physiologus *. Elle doit visiblement son origine au même mou- vement théologi que et monasti que qui suivit immé_diatement la défaite des iconoclastes, et où se manifes- « tèrent l'äpreté des haines et la.joie du monachisme T victorieux. Sans doute, un cycle naturaliste plus an- | ĉien s'est combiné dans cette illustration avec le cycle religieux. à tendan ces allégoriques et symboliques, qui rappelle le psautier Chloudof. Mais la place faite dans - cette rédaction aux Pères de l'Église. dont les doctrines avaient été citées au cours de la querelle des images, … l'écho des polémiques contemporaines, qui apparaît - dans la représentation des ariens et de. Simon le Magi~ cien, suffisent à en dénoncer l'origine. Ce sont les Moines du 1x° siècle qui, vers le même temps où. ils = 1 Ad Constantinum Caballinum, P. G., t. XCV, col, 334Ea ? J. Strzygowski, Der Bilderkreis des griechischen rieur de l'iconographie byzantine : : d'idées, en effet, que la miniature exprima d'abord,
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créèrent le psautier illustré, conçcurent cette autre illustration populaire destinée, comme celle du psautier, à l'instruction morale des masses. a De tels exemp les suffisent à démontrer quelle activité l’art religieux conserva au milieu même de la persécution. Les créations qu'il fit alors devaient avoir uneimportance essentielle pour le développement ultétout cet ensemble toutes ces conceptions théologiques auxquel les, pour la première fois, elle donna une forme artisti que, passèrent de là dans la peinture monumentale : et ce fait nous mène à une autre conséquence qu'eut pour l'évolution de l'art byzantin la grande crise des iconoclastes.
« Après la victoire des défenseurs des images, l'art religieux persécuté se développa naturellement en une merveilleuse floraison ; mais il dut aux épreuves qu'il venait de traverser de prendre un caractère particulier. t L'art byzantin possédait dès le vie ou le vire siècle certaines traditions fortement établies, qui ne pouvaient manquer d'engendrer assez vite quel que monotonie dans les compositions et les types. La querelle des images eut pour effet de fortifier encore davantage les traditions. De la persécution subie, l’art religieux, en effet, recut comme une consécration : « La vénération “ populaire, dit très bien Ch. Bavet, s'attacha à lui « avec plus de ferveur, et ce fut dès lors un acte de « piété de reproduire les images tel les qu'el les avaient « été proscrites. » Le concile de 787, en ordonnant de vénérer ces images comme des objets d'une particulière sainteté, en déclarant que « l'honneur témoigné à une « image revient à celui qui est représenté sur l’image », acheva de donner aux compositions sacrées un caractère d’immuable uniformité. L'art byzantin avait eu, dès l’épo que la plus ancienne, un caractère théologi que très prononcé : à partir du rx* siècle, la puissance de l'Église devint plus absolue encore. La querelle des images avait été surtout une lutte contre les moines. Les moines l'emportaient. Par leur ascétisme, ils avaient depuis longtemps acquis une force invincible dans le monde chrétien ; par la victoire qu'ils remportèrent. sur l'hérésie, leur prestige devint plus grand encore. [ls marquèrent désor mais toutes choses de leur influence, la littérature aussi bien que l'art. Le couvent de Stoudion, qui avait été le centre de la résistance contre les iconoclastes, devint à Constantinople le centre de l'esprit monasti que. De là sortit sans doute l'illustration du psautier, de là sortirent toute une série d’autres ouvrages historiés, évangi les, calendriers, recueils édifiants de toute sorte, de la surtout sortit cette tendance monasti que, qui peu à peu.se répandit sur tout l'art byzantin. « A partir du x‘ siècle, dit « Kondakof, les textes des manuscrits illustrés sont » tellement imprégnés des tendan ces de cette immense « armée ecclésiasti que, qu'on peut donner le nom de « claustrale à toute la dernière période de l'histoire des e miniatures byzantines. À. » “ Pourtant, malgré la victoire finale du monachisme, la crise iconoclaste n'avait pas été inutile. On peut même affirmer que, sans elle, l'art byzantin se fût bien vite acheminée vers la décadence. Dès le vire siècle il inclinait déjà à quel que monotonie ; sous l'influence de l'Église, il tendait de plus en plus à s'immobiliser dans les traditions d'une iconographie récemment créée. La querelle des images le réveilla de la torpeur oùcil s'endormait et lui donna, une jeunesse nouvelle. D'une part, en face de l’art religieux, elle fit naître un art plus profane, plus indépendant, plus désireux de revenir aux modè les antiques, plus soucieux d'obser-
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vation et de vérité. D'autre part, l’art religieux, dans la passion de la lutte, se retrouva créateur et subit, quoiqu'il en eût, l'influence de l'art officiel nouvellement créé. Quand la crise s’acheva, l’art byzantin était mûr pour la grande renaissance du 1x* et du x ? sièc les L »
XXXVII BIEKLIOGRAPHIE. — La violence de la lutte provoquée par l'hérésie iconoclaste expli que le sort qui fut fait aux écrits publiés par les partis adverses au cours de cette querelle. Tout a péri, au moins parmi les documents officiels, favorab les à l'iconoclasme : actes des empereurs, actes des conci les de 753 et de 815, traités théologiques, etc. : rien de tout cela ne nous est parvenu que par le moyen des réfutations qu’en firent les iconophi les. Le document fondamental, tant au point de vue histori que qu'au point de vue théologi que, est le recueil des actes du VII : concile œcuméni que, deuxième concile de Nicée, tenu en 787 *. Récemment M. D. Serruys a communiqué un fragment important des actes qu'on croyait perdus ; nous en avons déjà parlé,
Parmi les documents ofliciels, nous devons mentionner d’abord les chroniques. La plus importante est celle de Théophane le Confesseur (f 817), faisant suite à celle de George le Syncelle, et allant de l’an 784 à l'an 813 # ; la chronologie de Théophane, longtemps critiquée et contestée, a été reconnue exacte 5, Constantin Porphyrogénète fit réunir, au Xe, les biographies des empereurs ayant régné depuis 813 : ce recueil forme la continuation de Théophane . — Nicéphore, le patriarche (f 829), est l'auteur d'une Chroni que universelle dont le manuscrit est conservé à la Bibliothè que Vaticane 7. — Il existe aussi une Chroni que de Georges le Moine, s'arrétant à 842, à la mort de Théophile 8. sios, écrit au x° siècle . — Enfin une Vie anonyme de Léon l Armenien 1, Les documents littéraires forment une troisième | catégorie très importante comme nombre et comme choix ; on y rencontre parmi les polémiques religieuses et les traités théologiques proprement dits un grand nombre de faits historiques malheureusement disséminés et qui ne prendraient toute leur valeur que s'ils Le Livre des Rois, de Joseph Gene- | étaient groupés. Parmi ces documents littéraires, il faut faire une place distinguée à trois discours, Ora| fiones, de saint Jean Damascène dirigés contre ceux qui attaquent les images 1 » ; Nicéphore, Antirrhelicus I-III adversus Constantinum Copronymum et Apologelicus pro sacris imaginibus # : Théodore de Stude, | Antirrhelicus ™*, La correspondance de saint Thégdore
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Den tn i - iconographi que des origines à nos jours, in-89, Paris, | 1918 ; Journal des Savants, 1916, p. 358-367 ; 450-465 ; p1917, p. 13-25 ; Les survivan ces du culle imperial romain. “A propos des rites shintoistes, in-89, Paris 1928. — | ~ Brooks, The Arabs in Asia Minor, dans Journal of Hellenic studies, 1898 ; Byzantines and Arabs in the T — Charly Clerc, Les théories relatives au culte des … images chez les auteurs grecs du 11° siècle après JésusChrist, in-89, Paris, s. d. (1912). — Collin de Plancy, É Légen des des saintes images de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge el des saints, Paris, 1845, in-8. — = J. Dahmen, Das Pontifikat Gregors TI, nach den Quel- | den bearbeitet, in-8°, Dusseldorf, 1889. — J. Daillé, T De la créance des Pères sur le fait des images, in-8°, Genève, 1641 ; trad. lat., in-89, Lugduni Batavorum, 1642, — Ch. Diehl, Une vie de saint de l’épo que des empereurs iconoclastes, dans Comp les rendus de l' Acad.
_ Historyofthe byzantine empire, in-89, Edinburgh, 1853.
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IMAGO CLYPEATA. — Sur de nombreux sarcophages, les bustes des fidè les défunts se détachent dans un cadre ou un motif de forme arrondie !, aux deux côtés duquel se développe la série des personnages formant des scènes de l'Ancien ou du Nouveau Testament ; les antiquaires, en leur langage herméti que,
i Un cadre carré est chose tout”à fait exceptionnelle. Voir Dictionn.,t. vi, fig. 4872.
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ont donné à cette disposition le nom d'imago clypeata, qui offre l'avantage de n'être entendue qu'à la condition d'étre expliquée.
Au point où le bandeau supérieur du sarcophage rencontre la tête de ce cadre, ïi l'se produit à droite et à gauche un angle aigu ; pour en remplir le vide, les sculpteurs s'ingénièrent à imaginer un objet de faible volume qui püt prendre place naturellement à la partie supérieure d'une scène. La main de Dieu sortant des nuages, pour arrêter le couteau dans la main d'Abraham oùu-pour confier à Moïse les tab les dé la Loi, remplissait la condition demandée ; aussi ce n'est que par exception que cette main divine ne se rencontre pas dans les ang les susdits ! Quant aux sujets qui avoisinent, l'artiste ne s'en est pas préoccupé. Tout a cédé aux convenan ces de la disposition matérielle, ét si le sacrifice d'Abraham, la révélation du Sinaï ont PETER pij ij | M IT
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été choisis, c'est que la forme de l'espace démeuré vide se prétait à leur introduction.
L'imago clypeata se présente parfois comme un cadre qui semble attendre quelques enjolivements, parfois comme une coquille . Une tombe d'Arles, destinée à contenir les restes de deux époux, nous fait voir leurs bustés placés au centre. Tout le travail de sculpture du sarcophage est terminé, sauf pour les-deux têtes, que l’on devait tailler, après la vente du marbre, à la ressemblance des défunts. Un célèbre sarcophage chrétien trouvé à Rome, à Saint-Paul-hors-les-Murs, présente la même particularité 4 :11 arrive que l'imago clypeata est appliquée sur des sarcophages dont lá décoration ne présente que des strigi les ; c'est le cas
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pour‘un fragment qui vient de Bourg , sur un sarcophage d'Arles (voir Dictionn.,t. v, col. 2457, fig. 4706), sur un autre de Marseille & Un minuscule fragment u trouvé au Puy montre l’imago clypeata cerclée d'un filet de per les 7. La coquille se rencontre à Poitiers , à Toulouse *, à Rome. y Parmi les sarcophages chrétiens conservés au musée | du Latran, nous rencontrons limago clypeata entre les strigi les 19, le cadre plat contourné dans le haut par deux anges 11 ; le cadre plat entre les deux mains divines 13, et une fois entre la scène de Daniel et la scène d'Abraham #, le-cadre-plat entre Moïse et Abraham, mais sans mains divines 4, le cadre plat entre la multiplication des pains et le passage de la mer Rouge 1558 enfin le coquille dans les mains divines ë et avec les mains divines 17, Le 4 Le plus remarquable exemplaire de cette dernière r 4 i] pia LT A A | x ni Eu ni | i ju GEL a BIT 108 f BAN série, que nous donnons ici (fig. 5816), est un grand sarcophage du rvt siècle ™®. La coquille contient deux M bustes de défunts qui ont entre eux une certaine ` ressemblance, qui ferait conjecturer que ce sont deux frères, tous deux barbares ; celui de droite tient en main < un volumen. Au registre supérieur, on voit d'abord le « Christ s'approchant du tombeau de Lazare dont une des sœurs, Marthe ou Marie, baise la main du Sauveur. M Ensuite Jésus prédit à Pierre son triple reniement. Enfin Moïse, je une et imberbe, reçoit d'une main divine M les tab les de la Loi. De l’autre côté de l’imago clypeala, « Abraham est arrêté par la main divine au moment où il va frapper son fils agenouillé. Entre Abraham et la main, on voit un personnage, sans doute un ange, « ne les serviteurs du patriarche étaient demeurés . au pied de la. montagne. Pour finir, la scène de Pilate … selavant les mains.
“rocher ; il est entouré de Juifs reconnaissab les à leur onnage assis sous un arbre lit un volume des saintes critures à deux Juifs ; peut-être a-t-on voulu repré- | senter Esdras ou un des prophètes. Vient alors la | | guérison de l’aveugle-né et pour finirla multiplication ~ Onremarquera que Moïse est imberbe dans la scène | des tab les de Ja Loi : il est barbu au contraire dans la m Ce sarcophage se trouvait primitivement sous l'autel dans la trib une de Saint-Paul-hors-lés-Murs et ~ passait jadis pour contenir les reliques des saints C Innocents. En 1586, Sixte-Quint le fit transporter à M Sainte-Marie-Majeure, et, en 1860, Pie IX le fit entrer [| au musée de Latran.
On a supposé sans preuve que ce sarcophage avait “appartenu à Sextus Petronius roux consul en 371, et à son père Probinus.
Ses dimensions sont 2 m. 10 sur 1 m. 08.et 1m. 20 1.
H. LECLERCQ.
| D. 11, pl. vi, n.3 ; cf. Ratti, dans Afti della pontificia accak » Au registre inférieur, Moïse faisant sortir l’eau du coiffure plate. Puis Daniel parmi des lions. Un per- | baptiste lui posant la main sur la tête. Dans leeubicule bien d'autres monuments dont l’énumération n’ajou.— 4 Clément d'Alexandrie, Excerpla, CXXXII. -
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vase en forme de colombe ; c'est ce que suggérerait assez bien épitaphe d'Aquilée. Voir t. 1, fig. 871, Dès la fin du rt et au cours du 1ve siècle, à Rome.et dans quelques Églises d'Italie, en combinait l'immersion et l'effusion, ces deux pratiques ne faisant qu'un même rite. Tertullien,.dans son traité De baptismo, c. xu, dit que plusieurs croyaient.que les apôtres furent baptisés lors que se trouvant dans leur bar que, fluctibus adspersi operti sunt. Quoi qu'il en soit de cette opinion, elle nous apprend du moins l'importance qu'on attachait à l'aspersion et à l’effusion de l’eau pour l'efficacité du baptême en-un temps où on se représente volontiers l'immersion de la partie inférieure du corps comme | suffisante et seule pratiquée.
Quant à la nudité complète du baptisé, il ne man que pas de chrétiens aujour d'hui qui en témoignent une surprise scandaliséée : c'est aller un peu loin. Dans les pays riverains de la Méditerranée, aux temps antiques, la nudité était passée dans les mœurs et la prati que des bains faisait qu'on se dépouillait cha que jour, en public, de tous ses vêtements sans la moindre hésitation. Au mè siècle, la Didascalie recommande de se laver dansun bain d'hommes et non dans un bain de femmes. (Voir Diclionn., t.v,col. 1086.) Elle fait aux femmes la même recommandation et si la ville ou la localité n’a pas un bain spécial pour les femmes, que cel les-ci pouvait entraîner et l'institution des diaconesses per- mit d’apporter une réserve, une modestie plus gran des, mais aucun texte ne permet d'affirmer que les diaconesses suppléassent l'évê que dans l'administration du sacrement ; leur.présence et leur ingéniosité suffisaient à sauvegarder la pudeur pendant les quelques instants :nécessaires. Pour les enfants et les adultes du sexe masculin, il est :probable que.le rite s’accomplissait sans répugnance comme sans curiosité malsaine. Le sacrement de la régénération était chose si grave et si sainte qu'on s’y présentait tout pénétré des pensées surnaturel les et honni eut été qui mal en eut pensé.
La Didachè, vers la fin du 1% siècle, nous a conservé un tableau des institutions chrétiennes. La première institution décrite par l’auteur est naturellement -le baptême (c. vn) auquel s’est préparé le futur baptisé, Le ministre du sacrement. n'est pas désigné, la matière employée est l'eau ; de préférence l’eau vive qui ne peut être ici que l'eau courante, laquelle est naturellement froide, mais pourrait être thermale, ou sans doute attiédie en cas de maladie. Auc une indication n'est donnée — pas plus que dans saint Justin — au sujet d’une consécration spéciale de l'eau servant au baptême. Les premiers témoins de cette prati que sont seulement Clément d'Alexandrie # et Tertullien * Le mode normal de l'administration du baptême est l'immersion. C'est du moins ce que laisse supposer l'emploi régulier de l’eau vive. Mais. il est très remarquable, pour un document si ancien, de voir recommander le baptême par triple effusion d’eau sur la tête du baptisé, dans le cas où manquerait l'eau courante. Voici le texte même de la Didachè : « Pour le baptême, donnez-le de la manière suivante : après avoir enseigné tout ce qui précède, baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans de l'eau courante, év dat. tövr. S'il n’y a pas d'eau vive, qu'on baptise dans une autre eau et, à défaut. d'eau froïde, dans de l'eau
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chaude, àv ĝt uh Ens bop äv, els Aho dwp Pártigov. el D'où Súvaca. Èv buyog, év Ospu. Si tu n'as (assez) ni de l’une ni de l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dv SE dupotepa un Éxne, Éxyeov elg thv xeparhy tolg Üôwe... Ces derniers mots se rapportent très bien au baptème par effusion d'eau sur cha que baptisé, plutôt qu'à l’aspersion générale d’un groupe. On a suggéré que la permission donnée par la Didachè d'user de la simple effusion si on a trop peu d'eau pour immerger le corps du baptisé est un élément de date récente, et à ce propos on a dit que dans les premiers sièc les on n’emplovait que l'immersion, l’aspersion ou l’effusion n'étant tolérée que pour les grabataires et les moribonds (voir Diclionn., t. n, au mot CLINIQUES) : encore, a-t-on ajouté, le pape Corneille et l'africain Magnus, au it siècle, conservaient des doutes sur sa validité. Or il faut observer qu'on peut difficilement conclure de la lettre du pape Corneille que celui-ci ait mis en doute la validité du baptême de Novatien. Les protestations exprimées par le pape ne concernent que lordination de l’héréti que, et l’on sait que le seul fait du baptême reçu sur le lit de mort le rendait illicite, La doctrine exposée par saint Cyprien à Magnus ne dit pas autre chose. D'autre part, la simple aspersion autrefois pratiquée sur les moribonds ne doit pas se confondre avec l'affusion que le catéchumène recevait debout dans la piscine baptismale, Dans le premier cas, la tête et les épau les pouvaient seu les étre soumises au contact de l’eau baptismale, Dans le deuxième cas, au contraire, l'eau lavait le corps entier, comme dans l'immersion complète, c'est ce que nous agons dans le cubicule At de la « Chambre des Sacrements ». Ilest | très possible que l’effusion ainsi entendue était employée au même titre que l'immersion, surtout dans le | cas que prévoit la Didachè et qui ne devait pas être | exceptionnel, Ainsi donc, en réalité, le baptême dit par éfjusion était d'usage fréquent dans la primitive Église. C’est aux sièc les suivants qu’il devint rare, des piscines baptisma les (voir Dictionn., t. m, au mot BAFTISTÈRE) étant partout annexées aux églises où l’on baptisait par immersion. Ce que dit la Didachè est uni que dans l’ancienne littérature chrétienne, relativement au rite du baptême et n'avait plus d'application, quand ce texte passa de la Didachè dans les Constilutions aposloliques, qui supprimèrent cette prescription. Enfin la triple effusion d’eau prescrite dans ce mode de baptême confirme l'opinion généralement admise que, dès le début, l'immersion était également triple, correspondant à l'invocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
On a invoqué quelques textes des saints Pères et parfois on leur a fait dire plus qu'ils ne contiennent. La plupart d’entre eux s'expriment avec une précision relative et une préoccupation plutôt tournée vers les applications spirituel les que vers les descriptions techniques. Lors que, par exemple, saint Grégoire de Nysse écrit que « nous ne sommes pas véritablement ensevelis par le baptème ; mais, en approchant de l’eau qui, comme la terre, est un élément, nous nous cachons de dans comme le Sauveur s'est caché dans la terre, + on conviendra sans doute qu'il faut beaucoup de bonne volonté et au moins autant d'imagination pour faire état de ce témoignage. Il faut souvent prendre avec ce sens approximatif les affirmations qui en apparence semblent les plus claires bien qu’en réalité el les majoutent aucun détail à ce que nous savons. Ainsi saint Cyrille de Jérusalem dit que le catéchumène est de toutes parts entouré par les e aux : undi que ab aquis baptizatur, et saint Épiphane que les e aux ne touchent pas qu'un seul membre, mais qu'el les entourent et. purifient le corps tout entier : Aguæ non unum dumlaxat hominis membrum occupant, sed integrum prorsus répureffets pouvaient être mortels. Avec la chute de la | tion par les usages barbares, les bains et les thermes _ mar que son mépris pour ce baptême héréti que de la gant, circumcidunt ; ce qui revient à dire qu’on plonge. dans l’eau, comme nous l'ont fait voir les monuments, l'extrémité inférieure du corps, ce qui vaut pour tout le corps. Il faut d’ailleurs faire assez large le « jeu + entres les rites pratiqués par les différentes Églises, Ainsi” saint Jean Chrysostome dit que l'immersion de la tête dans l'eau baptismale est l'image de la sépulture du vieil homme ; saint Jérôme parle d’une triple submersion de la tête ; tout cela n'ajoute absolument pas un trait à ce que nous savons. Lors que l'immersion avait lieu dans une rivière, dans un étang, il va sans dire qu'on pouvait avoir plus ou moins d’eau suivant la profondeur ; quand il s'agissait d’un baptistère, tous : les exemp les réunis nous font voir des cuves profon des, généralement entre 0 m. 30 et 0 m. 40 centimètres ; on n'aurait pu adopter sans danger pour les enfants un. niveau plus élevé. On remarquera qu'aucun texte faisant allusion aux catéchumènes ne les suppose agod nouillés dans la piscine. i Le baptême par immersion a été pratiqué en Occident jusqu'au vins siècle, au plus tard, mais il semble, que depuis deux sièc les environ, la tendance à administrer le baptême aux enfants tendait de plus en plus » à prévaloir, Outre que le clergé se montrait de plus en plus hostile à des baptêmes indéfiniment retardés il a pu se présenter une autre raison. Dans les pays du nord, la température n'invitait guère, vers le temps de 4 Pâques, à infiger aux adultes une cérémonie dont les. civilisation romaine ou, du moins, avec sa contaminaétaient de plus en plus déserts et ruinés, la nudité corporelle devenait exceptionnelle, antipathi que, et les man que d'éducation des barbares pouvait amener tel épisode analogue à ce que nous voyons en Espagne, où une je une femme baptisée de force par les ariens, même facon qui a rendu celebre l'empereur Constantin \ Copronyme. |
IT. IMMERSIONS ASCÉTIQUES ET PÉNITENTIELLES. — Au nombre des excentricités chéries par les Irlandais. d'autrefois, il faut accorder une place de choix aux« immersions. Quoi que l'Orient semblât être en possession d'inspirer à ses ascètes les péniten ces les plus bizarres et les plus imprévu es, cette étrangeté semble y avoir été non pas inconnue, mais peu goûtée, car nous n'avons qu'un uni que exemple de cette mortification. Dans la collection d’origin aux dont Palladius a dessiné les médaillons sous le nom d'Histoire lausia que,se trouve un certain Evagre le Ponti que, halluciné, chez qui alternent les visions et les accès de fièvre, et que sainte Mélanie achemina doucement vers l'Égvpte où il finit par s'enfoncer dans le désert des Cellu les, et y vécut quatorze ans. Pendant ce temps, racontait-il, le démon de la luxure l’importuna lourdement. Et pendant cha que nuit, il se tint nu dans le puits, c'était l'hiver, au point même que ses chairs ` étaient figées 1. Même au pays des stylites, Evagre ne trouva pas d’imitateurs.
Si ses voyages l'avaient conduit en Occident, il yi eùt rencontré des riv aux. Faut-il compter parmi eux saint Patrice, l'apôtre de l Irlande ? Il est permis d'en ` douter, car on ne lit rien chez ses plus anciens biographes, Tirechan et Muirchu, qui fasse de lui Fimf portateur des-trempettes, devenues populaires à l'égal d'un sport, parmi les saints personnages irlandais. Tout au plus lit-on, dans la Conjessio de Patrice, ces mots qui auront été interprétés dans le sens de baigna des pénitentiel les : In silvis et in monte manebam et ante lucem excitabar ad orationem per nivem, per gelu, PER 309 priver el nihil mali sentiebam 1. C'est peut-être cette indication qui a suggéré les affirmations contenues chez des auteurs plus récents : « Le temps froid, dit un hymne, n'empéchait pas Patrice de se tenir la É uit dans les étangs *. » « Pendant la seconde veille de | la nuit, dit une aelig il avait coutume de se tenir T dans l'eau froide ; + enfin au début du XMe, \l'historiette est achevée : Subsequenti parte Inoctis | ; aguis algidis se immergens, corde, ore, oculis aut mani- “bus in cœlo infixus, terlium quinguagenarium (une “tranche de cinquante psaumes du psautier) cum ordtionibus multiplicatis consummabat +. Peut-être trouvera-t-on que l'exemple de saint Patrice se réduit à peu de chose. Il en est de même de celui de sainte Brigid de Kildar qui se rend une nuit d'hiver dans un étang avec une je une compagne et, | après une longue immersion, el les s'en trouvent si bien qu'el les veulent recommencer la nuit suivante : mais l'étang se vide pendant une nuit et le phénomène se - renouvelle plusieurs nuits de suite 5. Il n'est que juste -de dire que la plus ancienne Vita Brigidæ écrite ne T contient pas ce récit 6.
Autre récit ; il s’agit cette fois de saint Ciaran de SaiT gir (ve-VIe). Lui aussi emmène un compagnon - qui, vaincu par le froid, demande grâce, et, cette fois, » l'eau du fleuve s'attiédit 7.
Il suffit de citer ces faits … pour se convaincre qu'ils sont le produit d'imaginations auxquel les c'est peut-être faire beaucoup d'honneur de conserver leurs rêveries. En somme, jusqu'ici, » fication ?, ce dernier ne passait qu'une heure dans l’eau et un - nous n'avons pas une attestation recevable histori que- - ment, on doit en dire autant en ce qui regarde saint Columba, abbé d’ lona, qui aurait dit-on, récité cha que nuit, un psautier dans l'eau froide. Le saint est mort en 597 et ce n'est qu'en 1532 qu'une biographie luiimpute cette excentricité ¢.
Saint Comgall, abbé de Bangor, mort en 602, aurait pratiqué la même mortiel saint Kevin de Glendalough aussi, mais anse réchaultait cette eau autour de son corps ™. Pour saint Féchin de Fore, autre moine du VIe, il préférait faire ses ablutions dans un tonneau 11, … mais le document qui nous l'apprend est postérieur de . cinq sièc les au moins ?. On pourrait poursuivre cette peu près certaine, sinon qu'aucun de ces faits ne peut s'autoriser d'une attestation histori que contemporaine. Ikesterait dès lors à savoir si une impulsion hardie n'a pas été transformée en une prati que réguiee c'est ce qu'on peut admettre. Chez ces solitaires | peu ménagers de leur corps, la pensée de lui infliger une rude mortification était trop naturelle pour être écartée a priori. de dire qu'un des moines de Comgall veut imiter son abbé peut tenir parce que l’eau est glacée ; il s'en va en avalet n'y
IMMERSIONS ;
310 Il est possible aussi que dans plusieurs cas on ait donné une signification ascétique à ce qui n'était qu'un exercice hygiénique. L'hydrothérapie a eu, à toutes les époques, ses partisans convaincus et on pourrait croire que cet Ultan qui « aimait à se baigner dans l’eau froide, exposé au vent cruel, » aussi bien que Findchna qui se plongeait dans une cuve d'eau froide 1, pensaient tout simplement prendre, ce faisant, soin de leur santé. S'il leur arrivait de réciter des prières pendant ce rude exercice, on a un peu trop facilement peut-être transformé ces éjaculations en une sorte d'office liturgique, car, pour qui a expérimenté la durée strictement nécessaire à la récitation intégrale du psautier, il sera toujours douteux que saint Cuannatheus ait jamais pu passer dans une fontaine les longues heures que réclame ce pieux exercice 15, pas plus que Conal qui se bornait à la récitation des heures pendant le carême #, ou saint Kentigern qui ne se contentait pas de tenir les yeux et les mains levés au ciel, mais qui chantait le psautier tout entier : tolum ex integro devantabat psalterium “ : quant à Cadroë, qui se contentait de quinze psaumes — parmi lesquels il est vrai le psaume cxviii — on nous dit qu'il les récitait tout nu, la nuit, dans une eau courante, tenant par la main une corde attachée à un arbre afin de n'être pas entraîné par le courant #,et ce détail demande, pour son réalisme, de prendre l'anecdote en considération, d'autant plus que le biographe est contemporain de celui dont il écrit la vie. Il est vrai que, pour rencontrer cette garantie, il nous a fallu descendre jusqu'à la fin du XIe, puis que Cadroë, devenu abbé de Saint-Clément de Metz, mourut en 978. Enfin nous rencontrons un exemple plus recevable ; il s'agit du gallois Iltud, qui se contentait de plonger dans l’eau le temps nécessaire pour la récitation de trois Pater : malheureusement ce personnage du VIe nous est présenté dans une biographie du XIe 2, C'est ce qui invite à la défiance en lisant que saint Gildas et l'ermite Cangar, qui vécurent au VIe, plongeaient eux aussi pendant la durée de trois Pater, car les deux récits dépendent manifestement de la Vita Illuti =., C'est encore au XIIIe qu'appartient l'auteur de la Vita Gundeli *, au dire duquel l'ermite Gwynllyw et sa femme terminaient leur bain nocturne par une visite à l'église : redibant post lavacrum lateribus frigidissimis, inde induft visilabant ecclesiam excubando et inclinando us que diem ante aram # : et voici, comme on pouvait s'y attendre, les génuflexions (voir ce mot) et l’incubation ( voir ce mot).
La part une fois faite à tout ce que l'imagination de tardifs biographes a pu introduire, il reste vrai que les moines irlandais ont exceptionnellement et dans la personne de quelques-uns de leurs plus illustres représentants, pratiqué une mortification pénible sous forme d'immersion plus ou moins prolongée. Nous voyons, dans des vies contemporaines et dignes de foi, que de saints personnages comme Cuthbert de Lindisfarne, mort en 687, et Drithelm de Melrose, mort en 693, pratiquèrent pour leur compte les immersions ascétiques ! : Wilfrid, mort en 709, et Aldhelm de Sherborne, mort la même année, adoptèrent la même mortification“. Enfin un admirateur de l’ascèse irlandaise, le gaulois Wendregisile, mort en 667, s'exercait lui aussi à la mortification des bains froids, accompagnée de la récitation de psaumes *, En employant la mortification des bains froids, les Celtes chrétiens n'ont fait qu'adapter à des fins d’ascétisme des pratiques antérieures au christianisme. Dans plusieurs récits épiques irlandais, les cuves d’eau froide (dabcha : varuisci) interviennent à propos pour calmer l'emportement de guerriers furieux. Ainsi Fled Bricrend,n. 54 : teóra dabeha värusci don triúr lath n-gaile…. dotlathugud am-brotha. C'est surtout aux fureurs de Cuchullin que s'applique ce traitement par l'eau froide : la cuve dans laquelle on le plonge pour éteindre son ardeur rappelle le dolium aquæ frigidæ où saint Féchin de Flore avait accoutumé de faire ses oraisons.
A ces manifestations spontanées il faut associer des prescriptions disciplinaires. Un ancien pénitentiel irlandais inflige pour l'expiation de fautes graves l'épreuve des bains froids‘ : la règle du monastère de KilFos prescrit la même pénitence pour dompter les convoitises de la chair ou pour expier une faute contre l'esprit de pauvreté 5.
La pratique des immersions se retrouve pendant le Moyen Age, les temps modernes et jusqu'à nos jours 7.
H. LECLERCO.
IMMIXTIO. — 1° Sens du mot, définition : 2° Pratiques liturgiques : a) communion des fidèles à la messe ; b) communion des fidèles en viatique : c) messe des présanctifiés : ; d) communion en dehors de la messe ; 39 La querelle théologique ; 4° Bibliographie.
I. SENS DU MOT, DÉFINITION. —- Le mot immixtio est employé par les auteurs du Moyen Age pour signifier un mélange. Ainsi Gennade : manente Verbo in sua substantia et homine in sua natura, societate non immixtione *. Il a pour synonyme commixtio. On ! traduit en français par intinention qui peut être toléré | en langage technique.
Nous avons encore aujour d'hui au missel cette prière : Hæc commixtio el consecratio corporis el sanguinis D.. N : J. C., etc.
En liturgie il a un sens spécial et signifie le mélange d'une hostie consacrée ou parcelle d’hostie consacrée mélange de vin consacré à du vin non consacré. Ce rite avait lieu autrefois couramment : pour la communion des fidèles, quand on communiait sous les deux espèces, él alors on additionnait sans scrupule le vin consacré de vin non consacré ; on agissait de manière analogue pour la communion des malades à qui on | Farchidiacre ; le vin apporté par eux était versé dans donnait une hostie trempée dans le précieux sang, et quelquefois dans du vin ordinaire ; à la messe des présanctifiés le vendredi saint, une parcelle de l'hostie consacrée est mêlée au vin non consacré ; enfin on peut considérer comme immixtio le mélange du fragment d'hostie au précieux sang après le Pax Domini dé la messe romaine.
Or il est incontestable, comme nous le montrerons - tout à l'heure, que dans les premiers siècles, et on ne peut dire jusque vers le XIIIe, époque où les théologiens étudièrent de plus près la question de la transsubstantiation, on a cru assez généralement que ce contact de la parcelle consacrée ou du vin consacré suffisait à consacrer le vin non consacré. Cette pratique a soulevé une grosse discussion théologique que nous” ne ferons que résumer ici car elle est plutôt du ressort : de la théologie. Mais avant d'aborder cette exposition il faut établir les diverses pratiques liturgiques sur“ lesquelles portera la discussion.
II. LES PRATIQUES LITURGIQUES. — a) Le précieux sang mêlé au vin pour la communion des fidèles.
L'Ordo romanus primus qui nous décrit la messe stationale célébrée par le pape, dans les basiliques de Rome aux viie et IXes, nous donne ce détail pour la communion des fidèles : ceux-ci remettaient au moment de l'offertoire, leurs offrandes de pain et de vin ; une partie de ce pain était déposé sur l'autel par de grands calices ou scyphi dans lesquels il demeurait jusqu'au moment de la communion. Après avoir communié sous l'espèce du pain, le pape buvait un peu de vin consacré, dans le calice même qui avait servi au sacrifice. Après lui quelques-uns des ministres devaient communier au même calice. Mais avant de leur tendre le vase sacré, l’archidiacre versait une partie du précieux sang dans un scyphus que lui” présentait un acolyte. Ce récipient était déjà rempli de vin provenant de l’offrande des fidèles. Puis les dignitaires ayant communié, comme nous l'avons dit, n ce qui pouvait rester du précieux sang dans le calice était versé aussi dans le scyphus où les diacres venaient « puiser ensuite le vin dont ils communiaient le peuple”.
Ainsi le vin consacré était mêlé au vin non consacré | et c'était ce mélange qui servait à la communion des fidèles. Il est par ailleurs certain que le vin ordinaire contenu dans le scyphus à l'usage des fidèles ne recevait aucune autre consécration. D'abord il n'en est nulle part question dans l’Ordo ; puis ce scyphus ne paraît même pas sur l'autel, il est confié à un acolyte | et ne reparaîtra qu'au moment de la communion. L'Ordo JII qui est une refonte de l'Ordo I, contient cette remarque au sujet de l'immixtion : Sed ipse pontifex confirmatur ab archidiacono in calice sancto, de quo parum refundit archidiaconus in majorem eali-« cem, sive in scyphum, quem tenet acolythus, ut ex eodem sacro vase confirmetur populus : quia vinum, etiam non consecratum sed sanguine Domini commixtum, sanctificatur per omne modum 1, Ainsi le vin du scyphus n'est consacré ou sanctifié que par le mélange du précieux sang 1, Une autre variante est donnée au VIIe, E dans le capitulare ecclesiastici ordinis : Tune archidiaconus accepto ipso calice vadit juxta altare et... sic per Enia vasa quod acoliti tenere videntur, de calice sacro ponit ad confirmandum (quelques manuscrits ont ommunicandum) populum. E Dans l'Ordo de Saint-Amand (fin du VIIIe), la commixtion est ainsi décrite : Et tunc (archidiaconus) | perjundit de calicæ (sic) in sciffo. Deinde dat calicem ad episcopum qui prius communicavit... Deinde recipit archidiaconus calicem ab episcopo, et veniens subdiaconus, habens colatorio minore (une petite passoire) in manu sua, expellit sancta (il prend dans cette passoire + a parcelle de l’hostie consacrée) de calicæ, el ponit ea in fonte priore unde archidiaconus debet confirmare F populo, el devacuat calicem archidiaconus in secundo F calice, et de ipso perfundit acolytus in fonte prioræ . - Cet usage romain de l’immixtion se répandit dans l'Italie du Nord et au delà, comme le prouvent les nombreuses copies qui en furent faites . + La lettre de Grégoire II en 726 à saint Boniface » vient fortifier ces conclusions. Celui-ci avait demandé “au pape si l'on pouvait placer sur l'autel plusieurs calices pendant la messe. Il avait sans doute remarqué F cet usage en territoire franc ou celtique. Le pape lui M répond négativement : in missarum solemniis illud T observandum est quod dominus noster Jesus Christus sanctis suis tribuit discipulis. Accepit namque calicem dicens : Hic est calix novi testamenti in meo sanguine ~ hoc facite quotiescumque sumitis. Unde congruum non … est duos vel tres calices in altario ponere cum missarum T solemnia celebrantur Ainsi, dès cette date 726, existait T à Rome l'usage que nous avons vu décrit dans l'Ordo - romanus de n'avoir sur l'autel qu'un calice et de com- - munier le peuple avec les scyphi qui avaient reçu ou les parcelles d'hostie consacrée ou une partie du vin … consacré. On voit donc comment s'introduisit cette ~ coutume. Du moment qu'on ne tolérait qu'un seul F calice sur l'autel, et par conséquent qu'un seul calice F était consacré, le jour où les fidèles seraient trop “ nombreux pour participer au calice de l'autel, il ~ fallait bien qu'on eût recours au procédé de l'immix- ~ tion que nous ont décrite les ordines ©, z Quand se produisit cette nécessité ? Nous ne saurions le dire, mais elle doit remonter assez haut, c'est- ~ à-dire au jour où l'assemblée des fidèles fut assez f nombreuse, et l'on sait qu'à cettè époque primitive f tous ceux qui assistaient à la messe y communiaient, É assez nombreuse, disons-nous, pour qu'il fut impos- | | ~ sible de donner la communion sous l'espèce du vin … avec un seul calice. D’après l'Ordo primus le soin de ~ mélanger un peu de précieux sang au vin des scyphi =. était réservé à l’archidiacre. On s'est demandé si T saint Ambroise ne fait pas allusion à cette fonction, El z F dans le passage suivant où il est question de saint | Laurent, archidiacre de saint Syxte II, martyrisé en T 258 : Num degenerem me probasti ? dit le martyr au | pape, Num degenerem me probasti.. cui commisit Domini sanguinis consecrationem, Cul consummandorum consortium sacramentorum, huic sanguinis fui consortium negas 6 À Cette consecratio sanguinis n'est-ce pas l'allusion à l’immixtion dont l'importance | liturgi que ne peut échapper à personne et qui associait si intimement dans le sacrifice le diacre à l'évêque 7 ? On a rapproché aussi cette coutume d’un fait rapporté dans la vie de saint Marcel, le futur évêque de Paris, par Venance Fortunat (f v. 600). Marcel | puisa un jour dans la Seine de l’eau qui fut miraculeusement changée en vin. Saint Prudence émerveillé du prodige, fit verser de ce vin dans le calice et l’employa à la communion du peuple. Le texte n'est pas parfaitement clair, mais il semble témoigner au moins en faveur d’une pratique d'immixtion analogue aux cas que nous avons cités 5, En Orient la pratique de la communion sous les deux espèces se heurtait à la même difficulté : consacrer une quantité de vin suffisante pour les fidèles dans un seul calice. Mais on s'en tira d'une autre manière à savoir par l'intinction, c'est-à-dire en donnant aux fidèles un fragment d’hostie trempée dans le précieux sang. Ce procédé fut adopté dans quelques Églises d'Occident, mais il ne fut jamais universel ; les papes et les conciles le condamnèrent à plusieurs reprises . Ainsi le concile de Clermont en 1095 édicte : Ne quis communi cet de altari, nisi corpus separalim et sanguinem similiter sumat, nisi per necessitatem et per cautelam 4.
Au XIIIe s'établit la communion sous une seule espèce, et par suite la coutume de l'intinction disparut peu à peu, mais elle se maintint plus longtemps dans les ordres religieux où l’on continua à additionner de elle céda aussi à l'opinion des théologiens qui, de plus | en plus, condamnaient cette pratique et enseignaient que le vin n'est pas consacré par le simple contact avec le précieux sang. b) Communion en viatique. — M. Andrieu nous cite un grand nombre d'exemples tirés des vies des saints qui prouvent que l'usage général, pendant des siècles, fut de communier les malades sous les deux espèces. Ces textes hagiographiques prouvent que cet usage fut en vigueur, durant de longs siècles, dans de nombreuses églises fort éloignées les unes des autres. C'était l'usage ordinaire. Cependant l’auteur ajoute : « Nous ne voulons pas affirmer que la communion en viatique sous la seule espèce du pain, sans adjonction de vin d'aucune sorte, ne fut jamais pratiquée aux premiers siècles du Moyen Age 12, » Les documents canoniques et les anciens livres liturgiques déposent en faveur de la même pratique de la communion sous les deux espèces en viatique !#, Ces textes vont du vie au XVIe et au delà.
A partir de la seconde moitié du XIIe, il en fut de la communion en viatique comme de la communion ordinaire : l'usage de ne la recevoir que sous l'espèce du pain se généralisa progressivement dans l'Église latine. Même après cette date on trouve dans plusieurs livres liturgiques l'oraison : Domine sanete... de fideliter deprecamur ut accipienti fratri nostro sacrasanctam eucharistiam corporis et sanguinis (Ou sacrosanctum corpus et sanguinem) domini nostri, etc. Mais comme le remarque M. Andrieu, cette oraison seule ne serait pas un indice suffisant par lui-même, car on sait que dans certains cas les formules liturgiques se perpétuent même quand elles ne correspondent plus à la pratique 1. Mais souvent cependant la formule fut modifiée dans le sens de la communion sous une seule espèce.
Tous les exemples cités jusqu'ici ne prouvent qu'en faveur de la communion sous les deux espèces pendant de longs siècles. Mais comme la question de l'immixtion est liée à celle de la communion sous les deux espèces, il nous a paru bon d'y renvoyer. Ceux qui suivent, au contraire, témoignent en faveur de la coutume que nous étudions en ce moment. On se contentait souvent, pour suppléer à la communion sous l'espèce du vin, soit à cause de l’état du malade qui ne pouvait pas prendre le précieux sang sous cette espèce, soit à cause de la difficulté de transport, soit pour toute autre raison, au lieu d'apporter au malade du vin consacré dans le calice, de lui donner une parcelle d’hostie préalablement trempée dans du vin consacré. Un concile de Tours tenu probablement à la fin du ixe ou au commencement du Xe sanctionne cette pratique’. Cependant il faut bien dire que malgré ses avantages pratiques l'intinction, pour la communion ordinaire des fidèles fut l’objet de condamnations répétées 3. Mais elle était courante en Orient. De plus, comme nous le disions, elle s'imposait pour certains malades qui ne pouvaient pas prendre le vin consacré et aussi pour les enfants. Aussi fit-on souvent exception en leur faveur. Ainsi dans les statuta Ecclesiæ antiqua au commencement du VIe : ef si continuo credilur moriturus (pænitens) reconcilielur per manus impositionem, el infunditur ori ejus eucharistia À. De nombreux rituels prescrivent formellement la pratique de l'intinction. Nous ne donnerons que deux exemples renvoyant pour les autres aux articles déjà cités. Le premier est tiré d'un rituel du Nord de l'Italie, du XIIIe : Ad communicandum infirmum si fieri potest, corpus Domini tinctum cum sanguine mixtum : accipe viaticum (viaticum) corporis et sanguinis domini, etc. Corpus domini N. J. C. sanguine suo tinctum conservet animam tuam in vitam æternam. Amen, Le second à l'usage du monastère de saint Ambroise de Milan du XIIe : Corpus D. N. J. C. sanguine suo tinctum conservet animam tuam in vitam æternam. Amen‘. La formule varie dans d'autres rituels, c'est tantôt corpus D. N. J. C. inclinatum sanguine suo, tantôt sanguine suo indilum, intinctum, tantôt sanguine suo inclitum (intinctum), tantôt sanguine suo dinclum, etc. 7. M. Andrieu fait encore remarquer que lors que le corps et le sang sont donnés séparément il y a une formule pour chacun corpus... sanguis... Mais quand on trouve une seule formule avec cette expression : Corpus et sanguis, il y a des chances pour qu'il s'agisse du viatique par intinction . C'est le cas pour certains rituels celtiques qui contiennent des dispositions assez particulières pour la communion des infirmes (missa sicca) . Mêmes exemples” En Orient, on l'a vu plus haut, et spécialement dans la liturgie byzantine, on donnait au malade des hosties préalablement trempées dans le précieux sang pour conserver la pratique de la communion sous les deux espèces. Cette coutume ne fut jamais très répandue en Occident. Il y avait des cas où les hosties n'ayant pas été humectées à l'avance, on aurait été obligé de ne communier le malade que sous une seule espèce. On recourut à un autre procédé : en l'absence de vin consacré, on trempa l’hostie dans du vin ordinaire. Et nous nous retrouvons en présence d'un cas analogue à celui qui s'est présenté pour la communion des fidèles en dehors de la messe, ou encore pour la messe des présanctifiés. L'usage est constaté en ces termes par Udalric (coutumes de Cluny) : Si autem communionem sacram percipurus est (infirmus) curatur ut infirmi bucca lavetur recepturi ipsum corpus talis Domini, quod recipit vino inlinctum ; quo epotato ebibit quo que ablutionem calicis 1. Le même usage se retrouve à Hirschau, et dans d'autres contrées.
Mais certaines rubriques indiquent que l'on croyait que le contact de l’hostie changeait le vin au sang du Seigneur. Hic communicetur infirmus et ponat sacrificium in vino sine aqua, dicens : Fiat commixtio et consecratio corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi. La même rubrique ou des rubriques analogues se rencontrent dans tout un groupe de documents où il est affirmé que le vin du viatique est sanctifié par le contact du pain eucharistique. M. Andrieu, qui a étudié avec un soin particulier ce groupe, affirme qu'il a une origine romaine remontant aux premières années du xiième siècle. Or, dans le rituel du viatique, Tune tradat ei sacerdos eucharistiam Domini corporis intincto vino et vinum tali intinctione sanctificatum, M. Accipe super (= frater) viaticum corporis et sanguinis Domini « in Christi sanguinem transmutatum, dicens : nosiri Jesu Christi, qui te custodiat... ut accipienti fratri nosiro sacrosanctum corpus et sanguinem Domini nostri.
Tunc tradat ei sacerdos eucharistiam dominici corporis intincti vino et inlinctum vinum tali intinelione sanctificatum, in Christi sanguinem transmutatum tali intinelione sanctificatum, etc.
Dans d’autres exemplaires, la rubrique est corrigée, « le transmutalum in sanguinem Christi est effacé ». Dom Martène signale un texte analogue : intinctum vinum tali intinelione sanctificatum in Christi sanguinem transmutalum, etc.
D'autres pontificaux ne gardent plus que le texte tali intinclione sanctificalum, la suppression du transmutalum in sanguinem indiquant évidemment un doute au sujet de cette consécration, mais par une inadvertance que nous avons déjà relevée, la formule porte : accipienti fratri nosiro sacrosanctum corpus et sanguinem Domini nostri... Quoi qu'il en soit de ces corrections dans certains exemplaires de date postérieure, il n’est pas moins vrai que le pontifical romain du xiiième siècle professait la croyance de la consécration par contact. Du reste, nous avions fait la même constatation pour les autres livres romains, Ordinarium, Missel, Cérémonial.
c) La messe des présanctifiés. — À la messe des présanctifiés, au vendredi saint, s'est conservé jusqu'à nous la coutume de consommer à cette messe l’hostie »consacrée la veille, et de plus une parcelle de cette hostie dans le calice qui ne contient que du vin non consacré avec un peu d'eau qui a été ajoutée au vin à l’offertoire. La liturgie des présanctifiés est d'origine orientale : c'est une création de la liturgie byzantine ; elle était la messe normale des jours de carême, à l'exception du samedi, du dimanche et de la fête de l’Annonciation. Le dimanche, le prêtre dit la messe de saint Basile et, avec l’oblation du jour, consacre le nombre de pains nécessaires pour les messes des présanctifiés qui seront célébrées dans la semaine. Avant la communion, il prend ces pains et, de la cuiller trempe dans le précieux sang, il trace sur chacun d'eux un signe de croix. On les enferme ensuite dans lartophorion, armoire réservée, comme son nom l'indique, pour cet objet.
Pendant les jours de la semaine qui suivent, il n'y a donc pas de messe proprement dite, puisqu'il n'y a ni consécration, ni sacrifice. On apporte pour l'office des présanctifiés un des pains consacrés le dimanche et un calice rempli de vin et d'eau. Certaines prières sont récitées ; puis on procède aux rites de la fraction et de l'immixtion comme aux messes ordinaires. La communion des fidèles a lieu comme à l'ordinaire. Au moment où l'on apporte processionnellement le pain sur l’autel, il y a une prière où est affirmée la présence des deux éléments. On s'en est étonné et on l’a reproché aux Grecs, qui ont répondu que les pains ayant été mis par la cuiller en contact avec le précieux sang, les deux espèces sont réellement présentes, sur le discos ou grande patène, qui sert au transfert du pain consacré. Mais il paraît certain qu'à l'origine, on conservait pour la messe des présanctifiés en Orient, comme en Occident, du vin consacré aussi bien que des hosties. Le texte des prières le montre et l'usage que nous avons décrit du contact par la cuiller est donc postérieur.
Mais en Orient, comme en Occident, on s'aperçut des inconvénients qu'il y avait à conserver le vin consacré, et l’on ne consacra plus à l'avance que du pain. L'Église byzantine admettait-elle donc que l’on put communier sous une seule espèce ? Elle n'avait garde, elle dont les théologiens ont toujours condamné la pratique latine de la communion sous une seule espèce. Mais elle admit, elle aussi, la théorie de la consécration par contact. Dans son Exposition de la liturgie des présanctifiés, Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople (1043-1059), explique comment le pain consacré le dimanche est jeté dans le calice « et ainsi le vin contenu dans ce calice est changé au sang du Christ » puis a lieu la communion. On peut citer plusieurs autres témoignages dans le même sens.
Cette théorie n'est pas universelle et il existe des théologiens qui n'admettent pas sans réserve la consécration par contact. L'attitude de Siméon de Salonicque, 1410-1429, les hésitations et les contradictions de sa théologie sont curieuses à étudier ; Gabriel Sévère, métropolite de Philadelphie (1577-1616), au courant de la théologie latine, enseigne plus clairement encore que le contact ne suffit pas pour transformer le pain ou le vin.
Certaines pratiques encore existantes en Orient pour la communion des infirmes pourraient faire croire que la théorie de la consécration par contact est encore admise. Mais ce point est contesté : ce qui ne l'est pas, c'est que pendant des siècles l’Église orientale a admis cette théorie, et que la théologie orthodoxe n'a pas réagi avec autant d'efficacité que la théologie occidentale contre les pratiques liturgiques qui pouvaient entretenir cette croyance.
La messe des présanctifiés fut d’abord adoptée à Rome pour le vendredi saint et, comme la plupart des pratiques romaines, elle s'étendit peu à peu aux autres Églises latines. Elle s'incorpora au Sacramentaire gélasien qui, nous l'avons dit ailleurs, eut une large diffusion dans les pays latins. Cependant, elle est absente dans les vieux sacramentaires gallicans, dans les livres ambrosiens et wisigothiques.
Comme la coutume à Rome et dans les pays latins était de ne pas sacrifier aux deux derniers jours de la semaine sainte, l'office des présanctifiés permettait au moins de communier, et comme on communiait alors sous les deux espèces, on réservait le jeudi saint une part des deux éléments eucharistiques. C'était la forme même usitée en Orient. La rubrique du gélasien dit au jeudi saint : communicant et reservant de ipso sacrificio in craslinum unde communicent, et le vendredi saint : Istas orationes supra seriplas expletas ingrediuntur diaconi in sacrario. Procedunt cum corpore et sanguine Domini quod ante diem remansit : et ponunt super altare. Et venit sacerdos ad altare, adorans crucem Domini et osculans. Et dicit : Oremus. Et sequitur : Preceptis salutaribus moniti. Inde Libera nos, Domine, quæsumus. Hæc omnia expleta, adorant omnes sanctam crucem et communicant. Et c'est sous cette forme primitive que l'on retrouve la messe des présanctifiés dans les gélasiens du VIIIe et dans des missels anciens.
300 que le vin ordinaire est consacré par l'immixtion d'une parcelle de l'hostie. A propos de la messe des présanctifiés, il dit en effet : sanctificatur enim vinum non consecratum per sanctificatum panem et poslea dans une édition revue et communicant omnes« . augmentée de cet ouvrage, il reviendra sur ce passage pour y faire certaines corrections qui ne portent du reste pas sur la consécration par contact, laquelle est maintenue.
Amalaire, de son temps, fut assez malmené et l'on sait que Florus de Lyon réussit à faire condamner « par le concile de Quierzy (838) les erreurs qu'il avait relevées ou prétendu relever dans ses ouvrages. Mais il ne songe même pas à noter ces opinions singulières sur la consécration”. Malgré cette condamnation l'ouvrage d'Amalaire jouit au Moyen Age d’une grande popularité, et sa fameuse formule sur l’immixtion, sanctificatur, enim vinum non consecratum per sanctificatum panem, fit fort une. On la retrouve dans un grand nombre de livres liturgiques et jusque dans des missels du xvi siècle. Nous nous contenterons de citer les noms de quelques-uns de ceux qui l’adoptèrent, renvoyant pour le détail à la consciencieuse enquête ouverte par l'abbé Andrieu. Ainsi le pseudo-Alcuin, dans son Liber de divinis officiis, ainsi Bernold de Constance, Rupert de Tuy, Jean d'Avranches. L'influence de l'opinion d’Amalaire se fait encore sentir sur Honorius d'Autun, sur Pierre le Chantre, sur l'auteur de l'Ordo romanus antiquus, publié par Hittorp.
C'est au xii siècle que se font entendre contre l'opinion d'Amalaire les premières protestations. L'étude de la théologie sacramentelle est poussée avec ardeur par des auteurs qui exigent pour l'essence des sacrements l'existence de la matière et de la forme. Ainsi l’eucharistie exige la formule : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. C'est l'opinion formulée dans la Somme des sentences, par Pierre Lombard, dans les ouvrages de Guillaume de Champeaux, de saint Anselme, de Robert Pullen, et de tous ceux qui enseignent que le Christ étant tout entier sous chacune des espèces, il suffit de communier sous une seule espèce. Jean Beleth, liturgiste de marque (xii siècle) réfute directement la croyance à la consécration par contact et distingue entre le mot sanctificare et le mot consecrare qui auparavant pouvaient être considérés comme synonymes. Cette interprétation est adoptée par Sicard de Crémone (1215), Guillaume d'Auxerre (1230), Jacques de Vitry (1240), Albert le Grand, Innocent III, Guillaume Durand (+ 1296).
A propos d'un cas de conscience célèbre, les théologiens vont aussi se prononcer dans le même sens contre l’immixtion. Un ami de saint Bernard, Guy des Trois-Fontaines, s'aperçoit au moment de communier que dans le calice sur lequel il a prononcé les paroles de la consécration il n'y a que de l’eau. Il ajoute aussitôt le vin nécessaire et, pour le consacrer, se contente de plonger dans le calice une parcelle de la sainte hostie. Saint Bernard l'approuve ; par le contact du corps sacré le vin est devenu sacré aussi !. L'influence des idées anciennes sur la consécration par contact agissait encore. Mais non pas sans protestation. Innocent III n'admet pas cette solution ; Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris (1228-1249), enseigne qu'il eut fallu pour consacrer le vin réitérer les paroles de la consécration ; saint Thomas se prononce dans le même sens et tous les maîtres de la scolastique après lui. Les rubricistes eux-mêmes, quoi que plus lents à évoluer, finirent par suivre, et à la formule d'Amalaire que nous avons citée, succéda celle-ci : non est consecratum vinum per immissionem partis hostiae consecratae, quod facit Ecclesia feria sexta ante pascha. Enfin il faut bien dire que dans le plébiscite des manuscrits institué par l'abbé Andrieu, il en est un bon nombre qui ne se prononçaient pas et beaucoup qui étaient contraires à la théorie de la consécration par contact.
Au xvii siècle la controverse se ralluma. Baronius admet, sans s'expliquer autrement, que toute l'antiquité chrétienne a cru à la transsubstantiation du vin par l’immixtion de l’hostie consacrée. Bossuet, dans son Traité de la communion sous les deux espèces, en 1682, aborde la question de la messe des présanctifiés ; il connaît le texte de l'Ordo romanus et le vin non consacré est sanctifié par le pain sanctifié, mais il ne peut admettre que ce contact équivaille à une consécration. « Cette sanctification du vin par le mélange du corps de Notre-Seigneur ne peut pas être la véritable consécration par laquelle le vin est changé en sang, mais une sanctification d'une autre nature et d'un ordre beaucoup inférieur... C'est une sorte de consécration imparfaite et inférieure dont parlent ces auteurs ». Et il cite de nombreux auteurs du Moyen Age qui sont d'accord pour enseigner que la consécration s'opère par les paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Contre Jurieu qui prétendait que durant l'espace de plus de mille ans, on avait toujours communié dans l'Église sous les deux espèces, il s'efforce de chercher dans l'histoire des cas où l’on a donné l'eucharistie seulement sous l'espèce du pain, et il revient sur la communion des infirmes et la messe des présanctifiés. Mathieu de Larroque, ministre de Rouen, qui avait écrit déjà une Histoire de l'eucharistie, répondit à Bossuet, Réponse au Livre de M. l'évêque de Meaux de la communion sous les deux espèces ». La même année 1683 Aubert du Versé publiait sa Réponse au traité de M. Bossuet touchant la communion sous les deux espèces. Tous deux reprochèrent à Bossuet d'avoir mal interprété les textes anciens et rappelèrent la messe des présanctifiés qui comportait, disaient-ils, la communion sous les deux espèces. Bossuet écrivit alors l'ouvrage qui ne fut publié qu'après sa mort en 1753, La tradition défendue sur la matière de la communion sous une espèce, contre les réponses de deux auteurs protestants. Dans la IIe partie, surtout ch. XXXI, XXXV, XXXIX, XLI, il répond à l'objection d'immixtion que ses adversaires lui opposaient. Il le fit avec l'ardeur, l'éloquence, la vigueur et souvent l'humour qu'il mettait dans toutes ses polémiques. On ne peut qu'admirer le soin qu'il avait mis à étudier les auteurs liturgiques et à se renseigner auprès d'eux, notamment auprès du fameux Claude de Vert, qui dans son Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l'Église, devait lui-même aborder cette question. La trace en est restée dans la correspondance de Bossuet, qui contient quelques lettres que de Vert lui écrivit sur la question de la consécration par contact. Mais malgré tous ses efforts, certains éléments lui manquaient, la question n'ayant pas encore été traitée à fond par les spécialistes. Thomassin l'aborda aussi dans son Traité de l'unité de l'Église, 1693, au t. 17, sans faire avancer beaucoup la question. Il était réservé à Mabillon d'apporter dans cette étude ses connaissances liturgiques si étendues. Il rencontrait ces textes sur l'immixtion dans son étude sur les Ordines romani. Son commentarius prævius qui leur sert d'introduction commente et explique ces textes. Dom Martène vint à la rescousse dans son ouvrage De antiquis Ecclesiæ ritibus« . Certains théologiens, comme Benoît XIV, ont étudié la question au point de vue théologique, mais sans apporter aucun fait nouveau. Enfin M. Andrieu s'est livré à une étude approfondie et méthodique de cette question et quoi qu'il dise modestement que son enquête n'est pas complète, elle est si riche, d’une érudition si sûre et si variée, qu'on n'y pourra apporter, croyons-nous, que des additions d'une valeur secondaire. En tout cas les théologiens y trouveront tous les textes qui pourront leur servir à établir leur thèse.
IV. BIBLIOGRAPHIE. — Léo Allatius, De missa præsanctificatorum, dans son De Ecclesie occidentalis atque orientalis perpetua consensione, Cologne, 1648. — Andrieu (Michel), Immixtio et consecratio, dans Revue d'histoire et de documentation, remarque que M. Andrieu est tirée du
VIE — 11
propriétaires, de potentes, soit laïques, soit ecclésias-
323 IMMIXTIO —
— J. Smend, Kelchspendung und Kelchversagung in der abendländischen Kirche, Strasbourg, 1898. — De Vert, (dom Claude), Explication des cérémonies de l'Église, 1715, t. m, p. 343-352 et surtout t. Iv, p. 268-306. — Voir aussi les articles FRACTION, ORDINES ROMANI, PRÉSANCTIFIÉS (messe des), VIATIQUE.
F. CABROL.
IMMUNITÉ. — I. Ce qu'est l'immunité. II. Le régime des domaines impériaux. III. Le régime des domaines privés. IV. Origines de l'immunité. V. Juridiction de l’immuniste. VI. Apparition du diplôme d'immunité. VII. Le diplôme d'immunité et ses clauses. VIII. Organisation et administration du domaine. IX. Rapports des habitants du domaine avec le pouvoir. X. L'immunité et le service militaire. XI. L’immunité et les impôts. XII. La juridiction d’immunité. XIII. La conception carolingienne de l'immunité, XIV. Extension territoriale de l'immunité. XV. Exemption du service militaire. XVI. Attribution des profits au fisc. XVII. L'immunité commerciale. XVIII. Exemption de la juridiction d'immunité. XIX. La législation d'immunité. XX. Protection de la puissance immuniste. XXI. Subordination de la puissance immuniste. XXII. Rôle de l'avoué dans l'immunité. XXIII. Le diplôme d'immunité mérovingienne. XXIV. Disparition de l'immunité.
1. L'avoué. 2° Le diplôme. 5° Le domaine. XV. Liste des diplômes authentiques. XXVI. Liste des diplômes reconnus faux. XXVI. Bibliographie.
I. CE QU'EST L'IMMUNITÉ. — L'immunité est le privilège dont jouissaient, à l'époque mérovingienne et carolingienne, non certains grands propriétaires, mais certains grands domaines, car elle était territoriale et non point personnelle. Ce privilège consistait dans l’exemption des impôts et corvées dus au roi et dans l'interdiction faite à ses agents de pénétrer et d'instrumenter sur le domaine immuniste. Ce privilège était concédé par un diplôme dont il existe encore de très nombreux exemples.
Malgré les apparences, cette extension de l'immunité à presque toute la propriété ecclésiastique, compensée d'ailleurs par son retrait de la propriété laïque, fut avantageuse au pouvoir royal ; car, sous les Carolingiens, l'État et l'Église restent étroitement alliés, Les évêques et les abbés sont généralement choisis par le souverain, et, dès lors, l’immunité, grâce surtout à l'institution des avoués, agents intermédiaires à la nomination royale, qui représentent à la fois l'intérêt du propriétaire et l'intérêt du prince, fortifia plutôt qu'elle n'affaiblit l'autorité de celui-ci.
L'immunité va donc nous faire assister à l'évolution d'une institution qui chemine de l’état inorganique, au VIe, vers l'état féodal ; elle va nous faire voir un privilège, d'abord réservé au fisc, étendu ensuite aux particuliers dont les biens sont appelés à jouir des privilèges primitivement dévolus au fisc. Ainsi se forme la condition juridique du domaine mérovingien où le propriétaire jouit d'une quasi-indépendance. Il se charge de conduire au roi les hommes de ce domaine soumis au service militaire, il paie l'impôt s'il le veut bien, ou il s’en dispense si bon lui semble. Dans l'intérieur du domaine, on pourrait se demander si la puissance royale n'est pas un mot vide de sens, car elle ne paraît même pas lorsqu'il s'agit de l'acte le plus grave de tous, la distribution de la justice. Que se passe-t-il ou que ne se passe-t-il pas dans le domaine mérovingien fermé et clos à toute intervention du dehors ? On le sait parfois, parfois on le devine, mais, ce qui est bien certain, c'est que la royauté franque ne tarde pas à comprendre et à regretter des concessions si abusives ; elle s'aperçoit que, pour s'assurer la fidélité des potentes, elle leur a abandonné la puissance et la royauté carolingienne aura pour but de ressaisir ce qu'on lui a ravi.
Dès lors l'immunité cesse d'être un procédé d'organisation des terres ecclésiastiques. Évêques et abbés deviennent les représentants de la puissance royale auprès des habitants du domaine et intéressés à ce que tout s'y fasse dans l'ordre et suivant la règle. L'autorité immuniste se sent d'autant plus forte que l'autorité royale lui manifeste sa bienveillance et favorise son exercice tout en la maintenant dans une étroite dépendance envers elle. Plus tard, lors que la souveraineté carolingienne se disperse et s'évanouit presque, les Capétiens vont se trouver en présence d'une situation nouvelle caractérisée par le franc-alleu ecclésiastique : on se trouve alors non plus au seuil, mais déjà au centre du régime féodal.
Le domaine impérial était un territoire privilégié, autonome jusqu'à un certain point et indépendant de la civitas, c'est-à-dire des charges et de la juridiction municipales. L'autorité du gouverneur de province y est-elle plus réelle, plus effective ? On peut se le demander. L'effort ingénieux et persévérant d'une administration immense, pour se soustraire à toute intervention étrangère, avait réussi à évincer à peu près partout l'autorité provinciale, hors d'état d'entrer en lutte avec le personnage omnipotent qu'était le chef de tous les services du domaine résidant à Rome, pouvant recourir à l'empereur, avec la faculté de faire toujours pencher la balance de son côté. Une rivalité aussi disproportionnée donnait sujet de réfléchir au gouverneur de province assez hardi pour ne pas craindre de s’y engager, et l'administration du domaine impérial gagnait en prestige et en impunité, au point d'arriver pratiquement à l'indépendance. L'ancien esprit romain se révélait en ceci : on évitait des froissements trop sensibles qui eussent accusé une situation qu'il suffisait d'avoir amenée au point où elle était : la différence subsistait là même où la réalité n'existait plus. Ce n'était pas une humiliation qu'on voulait infliger à l'administration provinciale : tout au contraire, on voulait la lui épargner afin de l'amener plus facilement à renoncer sans bruit à ce qu'on lui avait soustrait : la perception des impôts et l'exercice de la justice.
Dès le début du IVe, les domaines impériaux sont en possession d'une exemption d'impôts et de charges publiques : immunilas. À cette date, les domaines ainsi privilégiés n'échappent encore qu'aux impôts extraordinaires (Supenindictiones), aux corvées, prestations en nature, tout ce qu'on désigne sous le nom de munera sordida, et seulement dans certaines provinces, puisqu'on ne trouve cette exemption formulée pour la première fois que dans une constitution de Constantin, en 319, relative aux biens fiscaux situés en Afrique. En 323, cette mesure est étendue aux domaines impériaux situés en Italie, à l'exemple de ce qui existe en Afrique : donc l'immunité n'est pas générale. Cependant elle est déjà précise, elle ne porte que sur les impôts extraordinaires, les domaines impériaux restant assujettis aux impôts qualifiés de canonica et de consuela (c'est ainsi qu'on désigne ceux qui s’acquittent en nature, et plus spécialement en blé).
Dès le milieu du IVe, tous les domaines impériaux, sans distinction de province, jouissent de cette immunité restreinte : Privatas res nostras, lit-on en 343, dans une constitution de Constance, ab universis muneribus sordidis placet esse immunes neque earum conductores neque colonos ad sordida vel extraordinaria munera vel superindictiones aliquas conveniri. À la fin du IVe, c'est une institution bien établie et efficacement protégée au moyen d'une amende qui frappe les fonctionnaires, curiales et juges en cas de violation de l'immunité. Ce n'est pas assez. Au Ve, l'immunité des domaines impériaux s'étend aux impôts ordinaires : onera canonica ; dès le milieu de Ce, on ne fait plus de distinction entre ceux-ci et les impôts extraordinaires, tous également interdits sur les domaines impériaux. En 431, ceux-ci jouissent de l'immunité absolue en matière d'impôts et nul ne songe plus à s'en montrer surpris.
La juridiction suit la même pente que l'impôt. En matière de juridiction, le domaine impérial échappait à la civitas, mais non à l’autorité des gouverneurs de province qui pouvaient instrumenter sur son territoire, rechercher les criminels et se les faire livrer. C’est le principe, et on n'y contredit pas, même on prend soin de l'affirmer en toute circonstance ; toutefois l'intendant (procurator) du domaine impérial ne se résigne pas à cette situation ; il sait qu'il représente le propriétaire qui est l'empereur en personne, lequel peut difficilement tolérer qu'on entre chez lui malgré lui ou sans lui. C'est ainsi que le procurator du domaine, vu l'étendue du territoire et le nombre de la population qui s'y trouve, a reçu d’abord des pouvoirs de police, et des soldats pour les exercer, pour en abuser au besoin, mais ceci est une autre affaire.
Qui possède la police du domaine y jouit par le fait d'une juridiction pénale et disciplinaire qui ne se bornera pas nécessairement aux délits en matière légère, mais, grâce au prestige et à l'autorité qui s'attachent à la personne impériale et rejaillissent sur son représentant, pourront s'étendre fort loin, si loin même, que les procuratores en viendront à juger et à condamner, même au criminel : et les textes législatifs qui le leur interdisent avec obstination montrent seulement l'existence de l'abus qu'ils essaient de combattre, abus qui va jusqu'à prononcer des amendes et même la peine capitale. Les textes historiques confirment d'ailleurs le témoignage rendu par les textes législatifs. L'abus pouvait être criant, mais il était invétéré, on le jugea indéracinable et ce fut l'abus qui fit reculer le droit.
Vers le milieu du Ve, les empereurs reconnurent les pouvoirs de fait des procuratores sur les habitants du domaine, aussi bien en matière criminelle qu'en matière civile. Désormais l'homme du domaine relève du juge de droit commun, mais celui-ci ne doit exercer qu'en présence de l'administrateur du domaine, qui a le droit d'assister aux débats et de prendre la défense de l'accusé. En même temps, l'administrateur du domaine a seul droit de signifier aux habitants du domaine d'avoir à comparaître devant le juge de droit commun qui les requiert. C'est ici une sorte d'extradition, ce que le texte appelle repræsentatio : In negotio criminali per rationalem colonos vel conductores rei privatae nostrae, quorum repræsentatio poscitur, exhibendos esse sinceritas tua cognoscat.
Lors que le gouverneur de province aura été réduit à ne plus requérir dans l'intérieur du domaine sans avoir eu recours à l'intermédiaire du procurator, il est clair que le domaine impérial aura été soustrait à la loi commune et constituera une enclave particulière. Or il en a été ainsi. Une constitution de Valentinien II interdit aux officiales du judex ordinarius d'entrer sur le domaine pour opérer le recouvrement des impôts et redevances, saisir les habitants et les amener devant le juge. Il est vrai qu'en 398, Arcadius et Honorius restituèrent au juge de droit commun son autorité perdue : Quod, disent-ils, faisant allusion à la constitution de Valentinien II, ne deinceps fiat, hae sanctione prohibemus. Et encore : Minime provincie rector expectet in reos criminosos actorem dominicum, sed habeat exhibendis abnoxits poleslalem ; utatur legibus nullo interposito rationali. Latebris reus potestate ordinarii judicis protrahatur, ne per conludium actorum judiciorum fiat dilatio.
Cette constitution de 398 permet d'admettre que la juridiction du gouverneur de province ne s'exerce que s'il s’agit d'infractions d’une certaine gravité à la loi pénale. En matière civile, le procurator exerce sur les habitants du domaine des pouvoirs juridictionnels spéciaux. Sa présence est requise pour la validité des débats et du jugement. Comme en matière criminelle, le procurator exerce lui-même une juridiction, bien qu'il soit malaisé d'en préciser l'étendue. Dès le milieu du Ve, il semble être compétent pour connaître des causes civiles qui s'élèvent entre les hommes du domaine.
III. LE RÉGIME DES DOMAINES PRIVÉS. — En est-il de ceux-ci comme des domaines impériaux ? Ceux qui appartiennent aux grands, potentes viri, paraissent
jouir d’une situation privilégiée à peine différente de celle des domaines impériaux, situation qui consiste à se soustraire de plus en plus à l’action des fonctionnaires de l'État. Le potens n’est pas au-dessus de l'empereur, il n'est pas son égal, mais dans son domaine il agit pratiquement sans recourir à l'empereur et fait comme si celui-ci n'existait pas. Cette indépendance de fait, sinon de droit, s'affirme par la soustraction des grands domaines à l'impôt et l'établissement sur leur territoire d'une véritable justice privée. La législation impériale accorde aux sénateurs, aux décurions, aux anciens fonctionnaires du palais, aux églises chrétiennes, en général à tous les personnages un peu considérables, l'exemption des munera extraordinaria et sordida, et comme il faut que les revenus impériaux n'en soient pas diminués, c'est la moyenne et la petite propriété foncière qui sont frappées. Mais dans les derniers temps de l'empire, on commence à s'apercevoir de ce qu'il en coûte pour avoir prodigué immunitas, ce qui explique que, à partir de 387, de nombreuses constitutions obligent les sénateurs à prendre leur part de la réparation des ponts et chaussées ; il ne leur est plus possible désormais de se soustraire à l'obligation du logement des soldats et de la fourniture des conscrits ; bientôt ce sera au tour des Églises de sentir le poids des obligations communes ; en 411, Valentinien III abolit l'exemption des munera sordida et des impôts extraordinaires dont elles avaient été favorisées.
Même revirement en ce qui a rapport aux immunités d'impôts ordinaires, onera canonica. Cette faveur était ancienne, puisqu'on la rencontre dès l’époque des Césars et des Flaviens qui en font des grâces individuelles dont, à vrai dire, nous ignorons la nature et les effets. Ce sont des exemptions d'impôts d'État ordinaires, des immunités à fributlis, à muneribus publicis, ainsi que disent les textes. À l'époque où le droit est collectif, accordé à des villes, à des Églises, à des sénateurs, l'immunité d'impôt ne devait plus à l'avenir être concédée par le prince.
À notre point de vue, c’est ce qui concerne le Bas-Empire, ces exemptions tendent à se multiplier ; elles peuvent dispenser de tous les impôts, même de l'impôt foncier. L'immunitas devient ainsi une faveur très recherchée, mais on sait l'attirer à soi quand elle tarde à venir d'elle-même ; aussi voit-on des propriétaires léguer leur domaine à l'empereur ou à un membre de la famille impériale, sauf à en garder l'usufruit ; de cette façon, le domaine privé participe à l'immunitas des domaines impériaux. Si l'empereur détache de ses propres domaines quel que parcelle dont il fait présent, l'immunitas dont elle jouissait la suit entre les mains du nouveau possesseur.
Il arrive que l'immunité fasse l’objet d'une mesure de fonctionnaires du palais, à des catégories de professions libérales. Si les biens de l'Église furent exemptés d'impôt par Constantin, on n'en a qu’une preuve peu certaine et on sait au contraire, avec certitude, que cette immunitas ne dura que peu de temps ; en 559, elle n'existait plus.
Les empereurs se laissaient entraîner périodiquement à des accès de générosité auxquels succédaient des accès de parcimonie ; dans le premier cas, ils accordaient largement des immunitates ; dans le second cas, ils supprimaient tout ce qui avait été concédé. On sait du reste que les dons princiers ne sont pas sans repentance ; mais, pour se mettre dans l'heureuse impossibilité de se montrer ingrat et de reprendre d'une main ce qu'ils avaient donné de l'autre, les empereurs en venaient à poser en principe que l'immunitas ne pouvait être révoquée.
Ce qui importe d’une façon plus particulière, c’est l’immunité des biens d'Églises. Or, après avoir, à certaines époques, joui de l’exemption de l'impôt foncier, des superindictiones et des munera sordida, ils n'avaient plus à cet égard, dans le dernier état du droit, au moment des invasions, aucun privilège général. Ce qui caractérise cette législation et la situation qui en est sortie, c’est l’incohérence de la part de l'État et la logique de la part de tout ce qui n’est pas l'État. Le gouverneur de province est supplanté par les grands, qui sont des propriétaires fonciers toujours vigilants, toujours âpres à saisir, à empiéter, toujours tardifs à rendre. Initié presque toujours à la grande administration ou pourvu de charges de cour, le potens a su, d'abord, affranchir son domaine et sa personne du droit municipal, et s'établir chez lui dans une indépendance qui fait présager celle dont jouira le seigneur féodal.
Dans son domaine, son autorité est d'autant moins contestée qu'il a à son service des bandes d'armées. Ceci n'est pas superflu quand on médite de se soustraire aux charges publiques, d'empêcher l'État à recouvrer l'impôt dans l'étendue du domaine. En fait, le potens, par l'intermédiaire du procurator, s'acquitte à son gré, ou pas du tout, de l'impôt, et rien ne parvient à le corriger, tantôt toute la charge de l'impôt retombe sur autrui, tantôt le potens feint d'attendre une réclamation que la crainte qu'il inspire empêche de lui adresser. Non seulement le potens se soustrait à l'impôt, mais il y soustrait tous ceux qui se réfugient sous sa protection : Mullos animadvertiI nus, ut debita præstatione patriam defraudarent, sub bra potentium latitare.
Ceci contribue à former aux potentes une clientèle : curiales désireux d'échapper aux charges municipales qui les ruinent, colons préoccupés de se mettre à l'abri de l'impôt qui les aurait bientôt acheminés de l'aisance à l’indigence, commerçants désireux de se soustraire au paiement de la patente, évêque trop habile qui réussit à mettre son domaine sous le nom d'un potens afin d'échapper aux exactions du fisc, autant de clients qui se réfugient sous le patrocinium de celui qui sait comment on tient tête et on fait reculer les gens de l'afficium. L'espoir placé par ces gens est rarement déçu.
Et ce n'est pas seulement l'impôt qui est visé, c'est la juridiction sur les habitants du domaine et les petits cultivateurs des alentours qui se trouve acquise. Cette juridiction, le potens l’usurpe et, en son nom, le protector l’exerce. La fatalité le veut ainsi. Par la force des choses, le grand propriétaire possède une masse de plusieurs milliers d'esclaves et de demi-esclaves pour lesquels il lui faut établir une organisation disciplinaire et répressive, qui n'est au fond qu'une ébauche, plus ou moins poussée, de la justice privée. Une autre circonstance a travaillé efficacement à faire de lui une sorte de magistrat dans l'étendue de son domaine, c'est qu'il y remplit officiellement le fonction d'assertor pacis, magistrat subalterne dont les attributions ressemblent par certains côtés à celles du « juge de paix ». Sa compétence embrasse toutes les causes minores, et ceci l'acheminait naturellement à exercer la justice privée. Il s'organise donc en une sorte de tribunal, ayant sa jurisprudence pour juger les différends des esclaves entre eux et leurs délits. Petit à petit, cette juridiction rudimentaire s'étendit des esclaves à tous les habitants ruraux du domaine, colons, fermiers libres, petits cultivateurs libres qui, ruinés ou sur le point de l'être, s'étaient livrés au grand propriétaire qui les mettait à l'abri des exactions.
V. JURIDICTION DE L'IMMUNITÉ, — Dès le début des troubles qui ont accompagné les invasions. L'anarchie du VIe, une juridiction privée se constitue dans les grands domaines privés et les domaines ecclésiastiques, lesquels tendent dès cette époque à devenir très vastes. Il ne s’agit plus ici, comme dans l'empire romain, d'un abus plus ou moins toléré, mais d'une institution régulière et consacrée par le droit dont le nom n'a pas changé, — immunitas — pas plus que les appellations des individus : ceux-ci continuent à s'appeler potentes !, et, en un temps où la richesse est presque exclusivement foncière, ce titre leur est justement appliqué. Autour d'eux on revoit tout le personnel de la villa romaine : agentes, procuratores, actores, agentes polentum , mais, grâce au trouble qui a accompagné les invasions, la juridiction rudimentaire improvisée dans la villa romaine s'est étendue et précisée dans le domaine mérovingien. Les potentes ont reçu de toutes mains et, non contents de continuer le patronus ou le protector, ils ont recueilli les pouvoirs des mediocres judices, des asserlores pacis et des defensores civitatis . L'origine de cette juridiction est antérieure aux plus anciens diplômes : elle ne s'appuie donc pas sur une concession d'immunité 5, Celle-ci n'existe pas, dans sa forme légale, avant la fin du VIe, et les formules d'Angers sont antérieures à cette date ; aussi ne font-elles pas la moindre allusion à une concession d'immunité. (Voir Dictionn., t V ; au mot FORMULES). C'est cependant dans les Formulæ Andecavenses, tout pénétrées du souvenir d'institutions romaines, que nous voyons apparaître l’immunité. Les cinquante-sept premières formules sont certainement du VIe et quelques-unes d’entre elles peuvent dater des années 514 ou 515. Parmi ces textes, on trouve des jugements rendus par un abbé ou par son intendant, præpositus , agens $, qui est celui de l’église dans le territoire de laquelle l’abbé exerce la juridiction à la place du comte . Ainsi donc, à cette époque, un abbé angevin possède la justice sur un certain territoire appartenant au monastère qu'il gouverne et sur les habitants de ce territoire. A preuve qu'il s'agit bien ici d'un jugement, c’est que les formules elles-mêmes lui donnent ce nom : incipit judicium 9, L'abbé », ou son représentant ! ?, préside le tribunal, assisté des rachimbourgs #, On se croirait dans un mallus publicus, et on ne relève aucune différence entre les formules qu'emploie l'abbé et celles qu'emploie un comte. Le tribunal est donc bien l'organe d’une juridiction : néanmoins il n'est pas un tribunal ecclésiastique, il ne juge pas des clercs, ne s'occupe pas exclusivement d'affaires religieuses, ne recourt pas à la procédure canonique, C’est une justice privée, le tribunal d'un potens, et ce qui le prouve, c'est que, dans les Formulæ Andecavenses, les jugements rendus par l'abbé s'opposent à ceux qui sont rendus par le comte, par le judex publicus ; dans la même cité d'Angers, on trouve donc, outre la juridiction du judex publicus, la juridiction d'un abbé, Celui-ci exerce une juridiction qui apparaît plutôt comme une juridiction territoriale, héritage probable du defensor civitatis (voir ce mot). Voici les potentes parvenus à s'imposer à la faveur divinas habet ; cf. Zeitschrif der Savigny-Stiflung, German.
culfe1f6, où un évêque se montre à nous comme le juge | potens ; de plus, elle ne paraît s'exercer que si toutes. a mê sotestas ; la pré un é ] | la même potest la présence d'un étranger entraîné chie de l'État a aidé l'abus à s’ériger en droit, et il est possible, probable, même que ce que nous voyons à Angers doive être étendu à toute la Gaule. Au VIIe, on peut croire que les grands propriétaires : laïques et ecclésiastiques exercent partout la juridiction réservée autrefois aux assertores pacis et aux defensores civitatis %, Ce qui tendrait à le prouver, ce sont, les renseignements contenus dans une formule de Marde son ‘homo. Le texte ne fait aucune distinction entre immunistes ou non ; du reste, il ne dit rien de l'unité. Un texte plus récemment découvert définit intendants des polentes, ceux qui judicant causas dans la villa qui leur a été confiée 27. D'ailleurs, au début du VIIe, la juridiction des pofentes et des sas es est reconnue par un édit de Clotaire II, daté de l'an 614, Cet édit, l'un des textes législatifs francs les plus | anciens, nous montre que les grands propriétaires sont indistinctement laïques ou ecclésiastiques : potentes 1, episcopi, Ecclesiæ ; l'édit les assimile les uns aux autres, Leur juridiction semble étrangère aux affaires criminelles qui restent en dehors de la compétence du Églises et potentes jouissent donc du droit de diction sur leurs hommes, sauf dans les causes criminelles, où leur droit ne s'étend qu'à concilier l'affaire, mais non à la juger. Leur compétence ne s'exerce que si toutes les parties de la cause sont des hommes de le recours au judex publicus : Quod si causa inter personam publicam el hominibus Ecclesiæ stelerit, pariter ab utraque partem prepositi Ecclesiarum et judex publicus in audientia publica positi eos debeant judicare, est-il dit au chapitre V de l'édit. S'il n’y avait pas eu d'étranger, le juge ecclésiastique aurait siégé seul ; dans les affaires mixtes, il jugeait concurremment avec le juge royal, faveur refusée aux polen les laïques. et de tenanciers, colons, affranchis, précaristes qui | ont reçu des terres, hommes libres qui ont sollicité p i protection du grand propriétaire. Tous sont, à des ~ titres divers, sujets du potens, et soumis à sa juridiction, qu'il délègue d'ordinaire à son intendant, agens, ğ
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334 n'est à l'abri de ses violences ni de celles de ses subordonnés. Grégoire a conservé le souvenir de plusieurs de ces abus de pouvoirs, Sigwald, qui gouverne l'Auvergne pour le compte du roi Thierry, y cause de nombreux maux. On le voit envahir les biens d'autrui, lancer ses esclaves, détrousser et assassiner, et personne n'ose murmurer ?. Celsus, patrice de Provence, sous le roi Gontran, 5e livre à toute sa cupidité et ne s'arrête même pas devant les propriétés des Églises 8. Palladius, comte du Gévaudan, pille les terres d’une Église et dépouille ses sujets’. Le duc Beppolène, dans les pagi de Rennes et d'Angers, interprète à sa guise le droit de gite, ordonne l'enlèvement dans les maisons de tous les vivres, le foin, le vin, n'attend pas qu'on lui ouvre la porte des granges et des celliers, les fait sauter ou briser et livre à la torture beaucoup d'habitants 19, Leudaste se fait à Tours une réputation odieuse, et soulève une clameur d'indignation si violente qu'il finit par être révoqué 4, On s'explique que la préoccupation dominante de tous soit de soustraire leurs personnes et leurs biens à ces sortes de loups enragés ; on ne s’en cache pas, étant donné que plus un domaine est bien tenu et prospère, plus le comte y trouve à prendre et à ruiner, on en vient à demander au souverain, carrément et sans détours, l'interdiction de ces domaines au comte dévastateur. Dans un diplôme de Dagobert [fr accordant l’immunité au monastère de Rebais, on lit Ut nulli penitus judicum vel cuilibel hominum licentia sit de rebus præfali monasterii... aliquid defraudare aut temerario spiritu quicquam exinde suis usibus usurpare... ut nulla judiciaria potestas nec presens nec succidua ad causas audiendum aut aliquid exactandum ibidem non præsumat ingredi !« Le ‘canon 11 du concile de Chalon (tenu le 24 octobre 639-654 ?), et par conséquent contemporain des plus anciens diplômes d'immunité, s'exprime en ces termes : Pervenit ad sancta synodo quod judices publici contra veneram consuetudinem, per omnés parochias vel monasteria, quæ mos esi episcopis circuire ipsi inlicita præsumptione videantur discurrere ; etiam et clericos vel abbales, ut eis præparent, invitos at que disiriclos ante se faciant exhibere. Quod omnimodis nec religione convenit nec canonum permittit auctoritas. Unde omnes unanimiter censuimus sentientes, ul deinceps debeant emendare, et si præsumpsione vel potestate qua pollent, excepta inviolatione abbatis vel archipresbyteri, in ipsa monasteria vel parochias aliquid fortasse præsumpserini, a communione omnium sacerdotum eos corwenit séquestrare... #, On comprend, sans peine que les administrés aient récouru au souverain et laient prié de supprimer un abus si odieux, mais le remède qu'ils lui suggèrent est imprévu, puisqu'ils le prient moins de supprimer l'abus de pouvoirs que le pouvoir même. S'ils se risquent à solliciter une faveur si énorme, c'est que le roi comme les sujets se font alors une idée particulière de la royauté, qui est moins à leurs yeux une magistrature personnelle qu'un patrimoine privé à l'usage d'une dynastie privilégiée. Le roi met le royaume en régie ` blir bien des points de ressemblance entre le comte franc et
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et l'exploite de manière à lui faire produire le plus possible de façon à suffire aux besoins et aux fantaisies du monarque, à subvenir aux frais d'une cour, d'une armée, d'une magistrature, de fonctionnaires qui forment une clientèle imposante et redoutable, capable de faire triompher le souverain de tous ses compétiteurs qui le guettent sans relâche $. Pour former une semblable clientèle, on ne recule pas à l'occasion devant les sacrifices. Ils sont là tous, évêques, abbés, laïques, les mains tendues, quémandeurs infatigables, faisant leur affaire de tout ce qu'ils peuvent happer : territoires et privilèges, À ce prix, le roi ne doute pas qu’il acquiert des défenseurs : trop souvent, il n’achète que des vendus.
Cette préoccupation d'acquérir des partisans nombreux, puissants et sûrs a fait perdre de vue aux rois mérovingiens le préjudice qu
A partir de 614, on commence à rencontrer, même à un assez grand nombre, les diplômes d'immunité, car on les trouve représentés dans le formulaire de Marculfe (voir Formules de Marculfe) qui a dû être souvent remanié, sont arrivés jusqu'à nous, et qu’on doit distribuer en deux catégories : les donations de biens fiscaux avec immunité et les diplômes de concession d'immunité.
Les donations de biens fiscaux avec immunité sont des actes par lesquels les biens du roi, en passant aux mains de nouveaux propriétaires, conservaient leur privilège d’immunité. On voit Dagobert, par son testament, donner différents biens fiscaux à l'église, lesquels biens, énumérés dans le testament, devaient jouir pour toujours du privilège de l'immunité. Le même Dagobert donne à Saint-Denis, le 18 juillet 635, la villa Saclas, dans le pagus d'Étampes, avec l'immunité absolue introitu judicum. Sigebert II, roi d'Austrasie, fonde en 644 le monastère de Cougnon, « en perpétuité, un certain nombre de terres fiscales avec immunité nostra, c’est-à-dire l’immunité dont elles jouissaient au moment de la donation ». Le 1er août 661, Childéric II donne à l'évêque de Maestricht la villa Barisy, vilam nostram quam usque nunc fiscus noster tenuit, et l'évêque Amandus la possédera comme le fisc lui-même l'avait possédée : sicut fiscus noster ibidem tenuit atque possedit. Ici le mot emunitas ne se lit même pas, la désignation des droits qui y sont attachés ne fait l'objet d'aucune explication ni énumération, et il n'en est pas besoin puisque le domaine est immunisé, il demeurera tel. La condition juridique des biens du fisc est chose connue de tous, à quoi bon insister ; le mot emunitas suffit à tout. Plus tard la mention s'allonge, tel scribe précise que la villa donnée par le roi doit être possédée sicut a fisco nostro fuit possessa. On ne passe plus sous silence le fait fondamental de l'immunité. Marculfe a introduit dans son recueil, qui est un véritable manuel à l'usage des gens de loi, une formule spéciale de donatio cum emunitate et deux latentes, Quelques conséquences de l'exclusion des juges, comme l'interdiction de percevoir les freda, sont indiquées, et l'acte ainsi modifié va subsister jusqu'à la fin de l'époque mérovingienne, trente ans pour les domaines qui n'ont jamais fait partie des biens fiscaux ; c'est le cas pour un diplôme de Dagobert Ier, daté du 1er octobre 635, en faveur de l'abbaye de Rebais. L'immunité, bien qu'accordée à des terres qui n'ont jamais fait partie du fisc, n’est mentionnée qu'incidemment. Le diplôme n'a pas pour objet spécial de l’accorder, mais bien d'interdire à tout évêque de troubler le monastère et d'em... concession d'immunité n'apparait que comme une addition : ilud nobis placuit addendum. Interdiction aux moines sous peine d'amende et de damnation ; en outre, interdiction à tout fonctionnaire public de « pénétrer sur les domaines du monastère et d'y instrumenter ». Nous avons dans ce diplôme pour Rebais le plus primitif du diplôme conférant l’immunité à des terres qui n'ont jamais été fiscales. Marculfe paraît avoir « connu et transcrit ce texte en partie avec quelques variantes insignifiantes, mais sa faveur ne dura « guère, car on ne voit, dans la suite, que deux diplômes rédigés d’après celui de Childéric II, pour Senones et celui de Childéric III, pour Stavelot-Malmédy . La caractéristique de ces diplômes, c'est que l'immunité ne s'y montre que d'une manière accessoire, à la fin de l'acte ; c’est en outre la brièveté de la rédaction. Dans le diplôme pour Rebais créant une situation nouvelle pour les biens du monastère d'où qu'ils lui vinssent, du roi ou d'un bienfaiteur de moins haut parage, et même pour les biens à acquérir dans la suite, force était de préciser le contenu et les conséquences de l'immunité. Cependant le diplôme se borne à quelques indications essentielles : défense faite au judex publicus de pénétrer sur le territoire privilégié soit dans le présent, soit dans l'avenir, ni pour juger (causas audire) ni pour lever aucun impôt quelconque. Ces deux principales conséquences de l'exclusion des juges seront développées dans les diplômes d'époque postérieure. … Dès le milieu du VIIe, nous trouvons dans le recueil de formules de Marculfe un type de diplôme accordant l'immunité à des terres non fiscales. Cette formule reparaîtra souvent dans la suite, mais souvent aussi on relèvera entre elle et les diplômes mérovingiens d'assez nombreuses divergences, peu importantes et qui laissent à cette formule sa valeur typique de diplôme d'immunité. T Ainsi, au milieu du VIIe, l'immunité absolue introitu judicum est complètement constituée et le mot immunitas n'a plus la signification qu'il avait à l'époque romaine, D'une exemption plus ou moins étendue des impôts et des charges publiques, l'immunité est devenue l'exclusion des juges publics d'un domaine privé déterminé. Entre les deux institutions, il n'y a qu'une chose commune : le mot. Vers la fin du VIIe, l'impôt pour la raison décisive que l'impôt lui-même tend à disparaitre. A partir du VIIe, les rois francs n’accordent plus d'exemption d'impôt pour la raison décisive que l'impôt lui-même tend à disparaitre.
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cher les moines d'élire librement leur abbé. La clause est faite aux fonctionnaires publics de rien dérober. Ancien diplôme authentique d’immunité et le type du IXe, les rois francs n’accordent plus d'exemption d'impôt pour la raison décisive que l'impôt lui-même tend à disparaitre. Au milieu du VIIe, l'immunitas romaine avait perdu toute signification pour faire place à l’immunitas absolue introitu judicum.
VII. LE DIPLÔME D'IMMUNITÉ ET SES CLAUSES. — Qui dit immunité dit faveur, bénéfice, beneficium ; un mot qui reparaît dans presque tous les diplômes d'immunité, Cette faveur peut s'adresser à toute personne, mais ce sont surtout les potentes laïques et ecclésiastiques qui en jouissent, après l'avoir humblement sollicitée par le bénéficiaire en personne ; elle leur est accordée par l'octroi d'un diplôme royal (auctoritas ou præceptum) rédigé par la chancellerie et présenté au roi par le référendaire. L'acte reçoit la subscriptio du roi et il est scellé de l'anneau royal, puis adressé à tous les fonctionnaires publics et à tous les agents de l'administration. Jamais l'immunité n'a fait l'objet de concessions accordées à une catégorie de personnes, par exemple aux Églises ou au clergé. L'immunité mérovingienne est une faveur strictement personnelle, accordée non pas à une terre, à un domaine, à une institution, mais à un personnage laïque ou ecclésiastique, toujours expressément nommé dans le diplôme. La faveur est complète, elle est accordée pour toujours, et, cependant, l’immuniste sent si bien l'instabilité de cette fortune qu'il n’a rien de plus pressé à chaque changement de règne que de faire confirmer son privilège. Dans le petit nombre de diplômes mérovingiens authentiques que nous possédons, il n’y a pas d'exemple de confirmation d'immunité à la suite d'un changement de bénéficiaire, d'abbé par exemple, tandis que la concession est renouvelée à chaque avènement. On se disait, sans doute, que deux sûretés valent mieux qu'une et les moines de Saint-Omer, gens prévoyants, comme les moines de Saint-Calais, gens cauteleux, s'imposaient huit fois pendant un siècle le renouvellement de leur diplôme d'immunité. Craignaient-ils qu'on la leur niât, ou que le roi nouveau la leur refusât ? Quoi qu'il en soit, il tient à bien marquer que l’immunité ne vaut que parce qu'il la renouvelle, ce qui revient à dire que la concession perpétuelle est une formule sans réalité ; cependant, à la longue, grâce au soin que prirent les évêques et les abbés de faire renouveler leurs privilèges, l'immunité devint, en fait, perpétuelle.
L'étude du diplôme d'immunité soulève deux questions : en premier lieu, quelles sont les diverses clauses du diplôme ; en second lieu quel est leur effet immédiat.
L'objet du diplôme étant de faire du domaine une enclave territoriale, inaccessible aux agents du pouvoir royal, judices publici, c'est à eux qu'il s'adresse, c'est contre eux, leurs subordonnés et leurs successeurs qu'il est rédigé, et il leur dit tout net : « Ou bien de cette façon : Nullus judex publicus nec quilibet ex judiciaria potestate », ou bien : « Neque vos neque juniores, neque successores vestri in villas... ingredi non præsumatis », et il n'est pas rare de rencontrer ces deux formes insérées dans le même diplôme. L'exclusion des juges publics est la clause essentielle du diplôme de concession, elle est la source de l'immunité, toutes les autres clauses ne font que découler d'elle. Aux juges elle interdit de s'introduire sur le territoire de l'immunité pour y rendre la justice ou y tenir des assises (causas, altercationes audire) ; cette clause est toujours indiquée, même dans les diplômes les plus anciens. Les mêmes juges ne doivent lever aucune taxe, aucune redevance, aucun impôt quel qu'il soit, en argent ou en nature ; et il faut assimiler aux impôts le fredum, ou tiers de la composition due au roi et les droits de logement et d'ustensile (mansiones aut paralas). Enfin, interdiction aux juges d'exercer aucun acte de contrainte, d'autorité, de réquisition (distrinetio), soit quant aux individus, soit quant aux biens. C'est ainsi que le comte se trouve impuissant à saisir sur le territoire immunisté des répondants (fidejussores tollere), c'est-à-dire des hommes qui se sont portés caution pour un accusé, soit dans leur personne soit sur leurs biens. De même il se heurte à l'impossibilité de contraindre les hommes vivant sur le territoire de l’immunité à se rendre à l’armée royale et d'exiger des récalcitrants l'hériban. En interdisant le territoire privilégié au judex publicus, toute sécurité se trouve assurée au propriétaire immuniste, qui jouira de la sécurité par là même qu'il ne sera plus exposé aux vexations du comte et de ses agents. Il est permis de douter que les diplômes furent toujours exactement observés. Le comte s'arrêtait-il toujours devant la barrière d'un diplôme présenté par un clerc ou par un moine ? Le comte était si puissant, si violent, si peu disposé parfois à tenir compte du pouvoir royal que la tentation devait être grande de n'écouter personne. Tout au plus dévait-il s'arrêter devant un évêque, un abbé, un potens laïque qu'il y eût eu imprudence et péril à mépriser. Et encore !
Vers le milieu du VIIe, nous possédons une lettre adressée par un évêque de Nevers à un évêque de Cahors, qui nous montre bien ce que valait le privilège. L'évêque de Nevers, Rauracius, s'adressant à Didier, évêque de Cahors, lui annonce l'arrivée dans son diocèse de deux de ses serviteurs, Mummolus et Garimond, qu'il a envoyés à Cahors pour lever les redevances dues par les colons d'une villa que l'Église de Nevers possède dans cette région. Il le prie de les prendre sous sa protection, et de leur faciliter la perception de tout ce qui était dû légitimement par cette villa à l'Église de Nevers. En même temps, il lui demande de prendre sous sa protection (sub vestra defensione) ce domaine que l'Église de Nevers possède dans son diocèse et les hommes qui y habitent, (vel hominibus ibi consistentibus) comme s'il s'agissait
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de ses propres esclaves ou colons (tamquam propria familia). De la sorte, il sera possible aux habitants de vivre en paix : (ut …liceal eis vivere cum quietem), loin de la tyrannie des juges (de judicum infestacione), comme l'indique le diplôme d’immunité accordé à l'Église de Nevers (sicut et immunitas nostra ex hoc continet). On voit combien peu doit peser le diplôme d'immunité pour un comte qui sait l'immuniste incapable de faire respecter son privilège, Il faut à celui-ci, outre son privilège, un puissant protecteur ! qui parle en son nom et sache, à l'occasion, se faire écouter. Les effets des diverses clauses sont d'exclure le fonctionnaire royal, tout en laissant subsister pleine et entière l'autorité et souveraineté du roi franc sur l’immuniste et sur son domaine. La barrière dressée devant le comte et le judex publicus s'abaisse devant le roi, qui peut entrer dans le domaine et évoquer le propriétaire et ses hommes devant son propre tribunal, in palatio. Le roi peut aussi réclamer le logement et l'ustensile sur toute l'étendue du domaine immuniste, s'il vient à le parcourir pendant ses voyages.
Somme toute, le résultat de l’immunité est de supprimer tout intermédiaire entre le souverain et l’immuniste. Le roi mérovingien n'hésite pas à y voir un profit réel pour son autorité. S'ensuit-il, de ces rapports directs entre le roi et l’immuniste, une protection plus haute, plus efficace pour ce dernier que celle dont jouissent les autres sujets du roi non immunistes ?. On l'a avancé, il faut voir ce qui en est.
Le roi franc maintenait la paix entre ses sujets et punissait quiconque la troublait par un délit, Ses biens, son palais, ses gens, les églises et les monastères, les clercs, les moines, les veuves, les orphelins, les étrangers étaient ses protégés, c'est-à-dire que ces lieux, ces biens et ces personnes ne pouvaient être molestés ou atteints sans provoquer une répression plus sévère. En outre, le roi pouvait prendre sous sa protection spéciale (mundium, tuitio, defensio) des personnes choisies qui obtenaient de lui des chartes de mainbour (chartæ de mundeburde). Ces protégés du roi avaient droit à une compensation plus élevée s'ils étaient molestés ou lésés et pouvaient, de plus, porter leur procès au tribunal du roi (in palatio). Reste à savoir si l'immunité procurait automatiquement la mainbour royale.
L'immunité est un privilège dirigé contre les fonctionnaires publics qui peuvent, seuls, violer l'immunité ; tous ceux qui ne sont pas fonctionnaires publics peuvent léser ou molester l'immuniste sans que le privilège d’immunité soit mis en question, ce sont des délits de droit commun. Contre ces délits, vols, maraudes, incendies, dégradations, le propriétaire, fût-il immuniste, se trouve dans une situation identique à celle de tous les autres sujets du roi en pareil cas, et les coupables ne seront pas frappés d’une peine plus forte pour s'être attaqués à sa personne ou à ses biens. Seuls les immunistes ecclésiastiques sont favorisés ; du fait de leur état, ils sont placés sous la protection spéciale du roi, mais cela non pas en tant qu’immunistes, seulement en tant que gens d'Église.
P207. — 13 Descriptionem mancipiorum inquirenda direximus.
a acquérir par elle-même la protection du roi contre tous tiers quelconques, fonctionnaires ou autres, et valût à l’immuniste le privilège que lui eût fait acquérir la charte de mainbour, cela ne peut se soutenir, car cela ne se soutient qu'à l’aide de diplômes faux fabriqués à l'époque carolingienne, conformément au droit alors en vigueur, et mis ensuite sous le nom de rois mérovingiens. La responsabilité en remonte principalement aux diplômes d'Anisole (Saint-Calais), composés de toutes pièces sous Charlemagne, pour soutenir les prétendus droits de ce monastère contre les revendications de l'évêque du Mans, également nanti de titres faux. Nous y voyons toujours le roi recevoir l'immuniste sub nostra immunitate ac defensione et sub nostra munitione et mundiburdio. Ils font naître de l'immunité une protection spéciale, commettant aussi un anachronisme évident, puisqu'ils tiennent compte d'une innovation législative. On ne peut plus utiliser pour l'étude de l'immunité mérovingienne de semblables documents.
Quant au témoignage des formules et des diplômes carolingiens qui nous affirment que les anciens rois francs avaient accordé à telle Église « la protection de leur immunité » (immunitatis suæ tuitio), qu'ils avaient reçu tel monastère « sous la défense de leur immunité » (sub suo munimine et immunitatis defensione), il n’a pas de valeur. La protection spéciale du roi sera considérée à cette époque comme juridiquement inséparable de l'immunité. Elle apparaîtra comme une conséquence naturelle de toute immunité : et c’est de cette manière que Louis le Débonnaire a pu dire, dans les confirmations de vieilles chartes d'immunité, que les diplômes de ses prédécesseurs avaient accordé au privilégié la defensio immunitatis. Bien au contraire, la mainbour et l'immunité sont, à l’époque mérovingienne, deux choses fort différentes qu'il ne faut pas confondre, malgré la ressemblance apparente des formules.
On doit reconnaître d'ailleurs que, parmi les diplômes mérovingiens accordant l'immunité à des terres qui n'avaient jamais été fiscales, quelques-unes contiennent une phrase relative à la protection de l'immuniste, une clause ordonnant à toute personne, fonctionnaire ou non, de ne rien voler, de ne rien dérober au privilégié. Il y a dans cette clause, du reste très rare, que la plupart des diplômes mérovingiens ne contiennent pas, comme dans certaines expressions des textes, un acheminement à l’idée carolingienne que l'immunité confère, comme telle, une paix plus grande. Mais il est inexact de prétendre qu’à l’époque mérovingienne la seule exclusion du fonctionnaire public implique la mainbour, alors qu'aucun texte authentique du viie ou du début du VIIIe ne nous dit que l'immunité entraîne cette protection spéciale.
L'immuniste plie bien après la date ostensible qu'ils portent.
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Mérovingien est sous l'autorité directe du roi, mais il n'est pas pour cela seul sous sa mainbour.
VIII. ORGANISATION ET ADMINISTRATION DU DOMAINE. — Une fois le domaine pourvu d'un bon diplôme d'immunité et entre les mains d'un personnage capable de faire respecter son droit par quiconque aurait la tentation de le mettre en oubli, quelle sera la situation faite à l'immuniste, au domaine et aux habitants ? Les diplômes sont sobres de renseignements sur ce point ; il leur suffit d'indiquer quel doit être le sort des revenus du roi perçus sur le domaine : tout le reste, c'est-à-dire les relations de l’immuniste avec le souverain, l'exemption de service militaire, la juridiction des hommes libres, est passé sous silence.
nilale renferment naturellement une description détaillée de la villa donnée par le roi. En dehors d'el les, on ne rencontre une description détaillée du domaine immunisle, à l'épo que mérovingienne, que pour le diplôme de Montierender, 4 juillet 673 1. Elle est tout à fait étrangère aux habitu des mérovingiennes . De ces domaines grands et petits favorisés par l'immuniste, nous savons peu de chose. Sur les domaines des laïques, nous ne savons rien : sur ceux des ecclésiastiques, nous savons qu'ils étaient vastes, souvent dispersés dans toutes les parties de la Gaule. C'est ainsi que l'Église de Nevers possède une villa dans le diocèse de Cahors : l'Église de Reims est propriétaire en Austrasie, en Neustrie, en Bourgogne, en Provence, dans le Gévaudan, en Auvergne, en Touraine, en Poitou, dans le Limousin . On pourrait en dire de même sans avoir à craindre auc une chance d'erreur pour les monastères de Saint-Denis, de Saint-Germaindes-Prés, de Saint-Bertin à Saint-Omer ; de SaintMédard de Soissons, de Saint-Pierre de Corbie, de Saint-Aignan d'Orléans, de Saint-Martin de Tours. Les immenses domaines, plus ou moins disséminés, existaient, nous l'avons vu, dès l’épo que romaine et au début de la période mérovingienne 5. Mais dès lors, le privilège de l'exclusion des judi ces publici donne une impulsion nouvelle à la fort une territoriale des potentes. Avant les concessions d'immunité, leur fort une était énorme : ils l’accroissaient encore en accep- | tant les petites propriétés de ceux qui ne se sentaient à l'abri que dès l'instant où ils avaient cédé leur fonds au potens, qui le leur rendait ensuite sous forme de précaire, Les domaines des polentes prenaient un accroissement pres que infini, et une disposition reproduite dans la plupart des diplômes d'immunité décide que l'exclusion des judi ces s'appli que non seulement aux possessions actuel les du privilégié, mais encore à toutes cel les qui pourront lui échoir à l'avenir. Cette concession faite d'avance et sans restriction amena une extension considérable du domaine immunisté. Les petits propriétaires préféraient aliéner leur liberté au polens qui le : mettait à l'abri du judex publicus que d'être exposés aux sévi ces de celui-ci. Plus que ja mais, ils continuèrent à céder leurs terres aux Églises et à les reprendre ensuite à titre de précaire, soit à charge de cens, soit gratuitement. Les diplômes d'immunité font quelquefois allusion à ceux qui se livrent ainsi eux et leurs terres aux immunistes : ils leur assurent le bénéfice de l'immunité, comme nous le voyons dans un diplôme de Chilpéric II en faveur de SaintDenis du 29 février 716 : Homentis qui secum substancia eorum dd ipsa basélica lradunt vel condonant.. seu quicum que juste et rationabiliter cum omne substancia sud ad ipso monasterio se Iradiderit et res suas per legi. lima insirumenia ibidem delegaverit vel firmaverit, sub integra emunilate a die presente valeat resedire quietus aigue securus ff. Le gouvernement mérovingien ne paraît pas avoir eu l'idée d'empêcher ces opérations, qui lui semblaient légitimes (juste ac rationabiliter) : ce n'est que le gouvernement carolingien qui essaiera d'y faire obstacle (mai 825)7. Le plus souvent la concession était viagère, et à la mort de l’usufruitier venait accroitre les biens propres de l’immuniste,. formant ainsi, autour des églises et des monastères, qui, par principe, n’aliénaient ja mais, de véritable i principautés ecclésiastiques. IX. RAPPORTS DES HABITANTS DU DOMAINE AVEC LE POUVOIR. — Sur ces domaines immenses, on trouve b des esclaves, des colons, des affranchis et même des hommes libres, ingenui, qui ne sont ni colons ni afiranchis #, mais à titre d'hôtes (hospites) avec la jouissance. d'un Tot de terre, hospitium. La présence de cette dernière catégorie, qui avait toujours été exceptionnelle sur les “crands domaines, devient aux vu et. vie sièc les de plus en plus rare. L'immunité s ‘appli que. à tous, libres et non libres, et les diplômes ne manquent pas de préciser ce point important : De ingenuis aul de servientibus ceteris que nationibus qui sunt infra agros vel fines seu super lerras predicte ecclesie commanentes, dit la formule de Marculfe . Tous, quels qu'ils ; soient, esclaves, demi-libres, libres, à quel que nation ‘qu'ils appartiennent, sont soustraits désor mais au + judi ces publici, qui n'en tireront ni impôts, ni freda, “ni mansiones et le reste. Ces petits, ces humb les son à la pâture des juges, leurs véritab les victimes, c'est Æ eux que profite surtout l’immunité. « Quicon que, ait un diplôme de Chilpéric IT pour Saint-Denis, se sera livré au monastère avec toute sa fort une et lui aura cédé ou confirmé tous ses biens par des actes en bonne forme, sera à partir de ce jour en paix et en sécurité. et jouira de la pleine immunité : Quicum que juste et ralionabiliter cum omne substancia sua ad ipso monasterio se tradiderit, et res suas per legitima instroment@ ibidem delegaverit vel firmaverit, sub integra emunitate a die presente valeat resedire quietus at que securus 19. Dans le domaine immuniste, les habitants sont done placés sous l'autorité du propriétaire immuniste, che incontesté et, en fait, omnipotent. Héritier d'une tra” F dition qu'il continue et qu'il exploite, il n’exerce pas : son autorité personnellement, mais se fait représenter par des intendants, qu'on appelait chez les Romains procuratores et chez les Fran ces agentes A + agents exclusivement privés et toujours choisis parmi les hommes à du pagus où se trouve le domaine 1%. Les agentes sont choisis et nommés par l’immuniste, par eux se fai i : la contrainte, distrinclio, au nom et pour le service du. roi, par eux les habitants sont requis d'accomplir. toutes les charges. Avec le temps, l’immuniste, dans certaines circonstan ces, commande et requiert non plus au nom du roi,mais en son nom propre ; pour son 3 compte et profit personnel. E X. L'IMMUNITÉ ET LE SERVICE MILIPAIRE. — Dans la monarchie mérovingienne, l'homme libre, le demilibre et le lite sont soumis au service militaire, dont personne n'est exempté, pas même les pauvres et les gens attachés au service des églises :*. Comment Sem fait-il que l'immunité vienne suspendre l'effet du droit commun pour les habitants du domaine ? L'interdietion faite aux judi ces publici d’instrumenter dans Iétendue du domaine les met hors d'état de recourir à la distrinctio sans laquelle on ne peut guère se flatter de faire une levée de soldats : de sorte que la concession d’immunité empêche le comite de forcer les hommes di | : domaine à se rendre à l’armée royale. Cela veut-il dire qu'ils sont dispensés de s'y rendre ? Il parait M certain que l'immunité n'emportait pas dispense de M service militaire, du moins aucun texte ne nous Pap- … prend. Ce que le comte ne peut faire parce que le domaine lui est interdit, l’immuniste peut le faire, “mettre aux hommes l'ordre de rejoindre l’armée et les forcer à y obéir. On peut invoquer en ce sens deux pa plômes, l'un de Childéric IL, de 664-666 1, l'autre de F ibierry IV, en 727 $, qui nous disent en propres termes que le comte n'aura pas le droit de lever l'amende niste ; ce dernier en est chargé. Si donc l'immuniste | perçoit l'amende, c'est qu'il fait la levée des soldats, ben sorte qu'on doit tenir pour certain que limmunité ne dispense pas hommes libres et demi-libres du service militaire, sauf exception basée sur un privilège particulier, indépendant de la concession d’immunité’.
T XI L'IMMUNITÉ ET LES IMPÔTS. — En matière d'impôts, mêmes dérogations, mais très aggrąvées. A cette épo que *, les revenus du roi comprenaient le produit des grands domaines roy aux, les profits de justice, les freda, le bannus, les mansiones, les corvées, enfin ce qui pouvait encore subsister des anciens im- -pôts romains (funcliones publicæ, capilatio humana el terrena), péages et tonlieus sur la circulation et la vente des hommes, des anim aux et des marchandises.
Tout cela est levé par les comtes et leurs commis, mais dans les territoires immunistes, le comte ne doit ni pénétrer ni instrumenter 5. Dès lors ces revenus vont » ils cesser d’être perçus ? les autres maintenues. Toutes cel les que les fonctionnaires publics, ducs, comtes, et leurs subordonnés - pouvaient exiger à leur profit des habitants du domaine ou de l’immuniste, et cel les-là seu les, se trouvent, par | - suite du diplôme d'immunité, supprimées ipso facto ». - Au contraire, ces mêmes réquisitions et charges s’ac- ” quittant en nature sont maintenues au profit du roi, des envoyés du roi chargés d’une mission spéciale, ou » encore lorsqu'el les sont imposées dans un but d'intérêt » général. L'immunité dirigée contre les fonctionnaires … roy aux laisse intacts les droits personnels du roi et de ses représentants directs. Les corvées pour les ponts et | T but d'intérêt général.
T Les revenus s'acquittant en argent subissent des conditions diverses suivant les régions. Pour les … domaines situés dans l’ouest de la Gaule fran que, les … diplômes maintiennent expressément l'obligation de … payer l'ancien impôt romain ; dans les régions de l'Est … et du Nord, les diplômes permettent au propriétaire immuniste, par une clause spéciale, de garder pour lui les revenus du roi. On n'a rien qui permette d'établir M la règle suivie dans la région méridionale. Partout ailleurs, on sait que les freda sont abandonnés à l'immuniste.
Mn Dans la région de l'Ouest, nous voyons le propriétaire lever l'impôt pour le roi et en envoyer le produit
IMMUNITÉ
lui à qui le domaine est ouvert. Seul il peut trans- | “des réfractaires (héribannus) sur les terres de limmu- | 346 au trésor royal. Le diplôme de Childebert III, vers 705 en faveur de Saint-Médard et Saint-Serge d'Angers 7, nous montre le judex publicus ne pouvant pénétrer dans | les curtes, ni percevoir les freda, prendre des mansiones et paratas, lever auc une taxe, mais il ne s'ensuit pas que le monastère soit exempté du paiement de l'impôt. Cha que année, l'abbé versera au trésor public l'impôt qu'il doit au fisc. Le diplôme en fixe le chiftre à forfait, à une somme annuelle invariable : d’une part six sous d’or pour une cause que l'on ne nous apprend pas et que nous ignorons ; d'autre part six solidi de remissaria auri payensis, en tout douze solidi à payer par an au fisc (in/erendo in fisci ditiones). On ne peut marquer de facon plus nette la coexistence persistante de l'impôt romain et du privilège nouveau de l'exclusion des judi ces. L'inmunité laisse à l’immuniste le devoir de payer l'impôt direct, mais il le paie directement sans l'intervention du fonctionnaire royal.
Deux diplômes de la même époque et de la même région accordés l’un par Dagobert III en 713 à l'Église du Mans, l’autre par Thierry IV en 723, et rédigés sur le type du diplôme pour Saint-Serge d'Angers, nous font voir la même situation juridique. Le diplôme de Thierry IV est la reproduction textuelle, avec des variantes insignifiantes quant au fond, du diplôme de Dagobert III. Longtemps ces deux diplômes furent considérés comme faux avec les autres diplômes contenus dans les Actus pontificum Cenomannensium, tous condamnés en bloc ; c'est Julien Havet qui a reconnu le premier qu'il y avait là deux diplômes mérovingiens authentiques, mais interpolés. L’interpolation a consisté dans le fait d'intercaler dans les deux diplômes authentiques, tantôt au milieu, tantôt au commencement, une phrase destinée à affirmer la propriété de l'évêque du Mans sur le monastère de Saint-Calais. Cette phrase était destinée à prouver les droits de l'évêque sur ce monastère au cours d’un procès célèbre qui eut lieu à ce sujet au ix° siècle, entre l’évêque du Mans et les moines de Saint-Calais. Sauf cette addition postérieure, indiquée entre crochets, du reste maladroitement intercalée au ix° siècle dans un acte ancien, dont elle rompt d'une manière très sensible la rédaction primitive, les deux diplômes sont certainement authentiques. Cette authenticité semble en outre résulter de leur contenu. Il n'y a aucune raison pour suspecter la formule d’immunité : bien au contraire, la clause relative au paiement des 400 solidi d'impôt, malgré l'immunité, clause éminemment défavorable à l'Église, n'aurait jamais été imaginée par un faussaire visiblement favorable aux intérêts de l’évêque du Mans. Enfin, il y a des analogies frappantes entre ce diplôme et celui de Saint-Médard et Saint-Serge d'Angers ; même énumération des actes interdits aux juges, même mention des pastus, même clause du paiement de l'impôt, malgré l'exclusion des juges. Les trois diplômes appartiennent visiblement au même type, et l'authenticité de l'un appuie celle des autres.
Trois autres diplômes concernant la région de l'Ouest et tous trois relatifs à Saint-Calais ne contiennent pas, comme les formules de Marculfe et les diplômes de l'Est ou du Nord, l'abandon formel des revenus du fisc au propriétaire foncier. On admet que, dans le Midi et dans l'Ouest, l'impôt romain avait conservé le caractère d'une charge générale de la propriété foncière. Au début du vii° siècle, la royauté franque en retirait encore une ressource appréciable dont elle n'aura pas voulu se dépouiller. Au contraire, dans le nord et l'est de la Gaule, l'impôt romain avait à peu près disparu, et le roi mérovingien pouvait se montrer magnifique à peu de frais. La grande majorité des diplômes d'immunité de ces régions et les formules de Marculfe contiennent une clause spéciale et formelle par laquelle le roi abandonne au propriétaire tout ce que le fisc pouvait espérer lever sur son domaine. Cette clause se rencontre dans les plus anciens diplômes et même dans le plus ancien de tous, celui de Dagobert Ier pour Rebais du 1 octobre 635 : Quicquid ex inde fiscus forsilan de eorum hominibus aut de ingenuis aut de servientibus in eorum agris commanentibus vel undecumque poterat sperare, ex nostra indulgentia... tam nobis in Dei nomine viventibus quam per tempora succedentibus regibus, debeant cuncta proficere, « Tout ce que le fisc peut espérer exiger de ses hommes libres ou esclaves, résidant sur ses terres, de quelque manière que ce soit, appartiendra désormais au monastère, pendant notre vie et sous nos successeurs. » Cette clause reparaît, avec des variantes, dans la plupart des diplômes. Elle est importante en ce qu'elle crée une confusion entre la propriété et la souveraineté au profit de l'immuniste mérovingien. À côté du cens et des multiples redevances du droit privé du domaine, il va toucher aussi ce qui reste des fonctiones publicæ sur sa propriété, les profits de justice (redus et heriban) il va exercer les réquisitions en nature réservées jusque-là aux fonctionnaires publics. Le prestige de l'immuniste s'en trouve accru dans ce domaine où le comte ne pénètre plus, où le roi n'est qu'un vague suzerain.
Le comte ne touche même plus le tonlieu, quelques diplômes prennent la peine de le dire ; mais cela va de soi. Si le bureau de tonlieu — nous dirions aujourd'hui le bureau d'octroi — est compris en territoire immuniste, son produit va au propriétaire comme tous les autres revenus du roi. Si le revenu du tonlieu est perçu en dehors de l’immunité, il n’a rien de commun avec le domaine immuniste et alors le propriétaire et les habitants du domaine doivent s'en acquitter. Pour en être exempt, il faut obtenir du roi un diplôme spécial (auctoritas ou præceptum) qui n'a plus rien de commun avec la concession d'immunité. Souvent cette faveur est accordée aux immunistes monastiques ; ainsi Sigebert II accorde un de ces diplômes à Stavelot en 651, Childebert III à Saint-Denis en 710, Chilpéric II à Corbie en 716, toutes abbayes déjà en possession de l'immunité administrative. Les privilèges relatifs aux tonlieux et autres impôts indirects ou bien donnent le produit du tonlieu ou bien donnent une exemption de tonlieu, affaire de grande importance qui équivalait en réalité à donner au bénéficiaire un véritable privilège commercial par rapport aux autres marchands de l'époque. Elle en faisait un grand mengapa privilégié et incitait les abbés immunistes à se livrer au commerce. Ainsi se fondèrent autour de certaines abbayes des centres importants de production, de consommation et d’échange, presque indépendants sous la souveraineté du roi.
XII. LA JURIDICTION D'IMMUNITÉ. — Le juge publicus ne peut plus pénétrer dans le domaine, mais est-ce encore le comte qui rend la justice, ou bien est-ce l'immuniste qui se substitue à lui ? Nous avons vu dans les paragraphes qui précèdent que le service militaire reste dû et que les impôts sont levés sous la responsabilité de l'immuniste ; en ce qui concerne la juridiction, la difficulté à donner une réponse tient à l'absence de tout renseignement provenant des diplômes. Il va sans dire que les opinions les plus contradictoires se sont opposées. Celle d’après laquelle la juridiction du fonctionnaire royal subsiste pleine et entière par l'intermédiaire de l'immuniste sur les habitants du domaine et qui nie l'existence, jusqu'à la fin du ix° siècle, d'une véritable juridiction d'immunité a été défendue par de bons érudits ; elle n’en est pas moins abandonnée. L'opinion adverse tient pour certain que la juridiction de l'immuniste et de ses agents avait remplacé pour les habitants du domaine celle du juge royal. Pour arriver à une solution qui ait chance de se faire accepter et de durer, il faut replacer l’immunité dans son milieu historique, en tenant compte de ses précédents et des faits politiques et sociaux au sein desquels elle surgit. Dès son origine, l'immunité implique une juridiction, et cela antérieurement même au privilège de l'exclusion des juges publici. Dans la Gaule franque du v° siècle, il existait des justices privées par opposition à la juridiction des fonctionnaires publics. Dans le domaine royal, le protector de l'époque impériale eut pour successeur le domesticus de l’époque mérovingienne. Dans les domaines particuliers, le grand propriétaire foncier succède (laïque ou ecclésiastique), aux mediocres viri du Bas-Empire. L'étendue de ces deux juridictions et les limites de leur compétence étaient au début du vii° siècle sensiblement identiques. La compétence du tribunal domanial était limitée aux habitants du domaine à l'exclusion de tout étranger, aux procès civils et aux délits légers (causæ minores). La juridiction d'immunité constitue ces justices domaniales qui se sont incorporées dans l'organisation générale du domaine immuniste mérovingien. Quand le roi faisait donation d'une portion de ses domaines, il maintenait souvent pour cette parcelle la situation juridique privilégiée dont elle jouissait lorsqu’elle appartenait au fisc, sicul a fisco nostro fuit possessa. Puis, par une extension toute naturelle, ce type d'immunité fut transporté sur des terres qui n'avaient jamais fait partie des biens fiscaux. Dès lors, l'immuniste se voit attribuer dans son domaine, avec le privilège de l'exclusion des juges, la juridiction d'origine maine de l'intendant royal (custos, domesticus) qu'il remplace. Quant à l'immunité fut transportée sur des terres qui n'avaient jamais appartenu au roi, cette juridiction domaniale fut par là même accordée à ces terres avec l'ensemble de la condition juridique privilégiée des terres du fisc. La justice d’immunité est la suite directe de la juridiction qui s'était peu à peu formée sur les domaines impériaux dans l'empire romain, et qui s'était continuée ensuite sur les terres du fisc à l'époque franque. C'est simplement cette juridiction transportée sur les domaines des particuliers.
On s'explique dès lors que, dès 614, Clotaire II ait pu dire que l’immunité avait été accordée par ses prédécesseurs direct du procurator du domaine impérial, l'asserlor pacis et du defensor civitatis, l'immuniste mérovingien fait régner sur le domaine l'ordre et la paix, grâce à ses pouvoirs de coercitio et de distrinetio ; comme eux, il exerce une juridiction d'ordre inférieur sans laquelle il ne pourrait maintenir l'ordre. Reste à savoir l'organisation et la compétence de la juridiction dont nous venons de parler. Sur l'organisation matérielle, la composition et la procédure du tribunal immuniste, nous ne savons presque rien. Peut-être ressemblait-il au tribunal du comte pour l’organisation, au tribunal du pagus pour la juridiction. Nous avons un seul exemple de juridiction des potentes viri ou des ecclesiæ au vi° siècle, c'est devant le tribunal de l'Église d'Angers, et tout rappelle le tribunal du pagus. L'abbé ou son représentant (præpositus, agens) siège comme le comte, entouré de rachimbourgs, de boni homines. Tout se passe comme devant le mallus publicus : ce sont les mêmes modes de preuve, la même procédure ; l'abbé ou son représentant se borne à présider, à diriger le procès, alors que le jugement est rendu par les hommes libres qui l'entourent.
Pour la paix et l'ordre dans leur domaine.
Quant aux personnes, la juridiction d'immunité s'étend à tous les habitants du domaine et aux étrangers qui y séjournent ; il n'y a pas lieu d'introduire des distinctions entre telles et telles catégories qui habitent le domaine : aucune n'est exclue. Tous, libres ou demi-libres, tenanciers, colons, lites, affranchis, précaires, dépendent du maître qui doit faire régner la paix et l'ordre : pro pace et disciplina facienda ; cette densité s'étend même sur les hommes libres ingénus, ne dépendant à aucun titre du propriétaire, ni à personnellement, ni comme tenanciers. La compétence ratione personæ s'étend à toutes ces personnes sans distinction, mais elle leur est rigoureusement limitée. Un tiers étranger au domaine empêche le juge immuniste d'agir ; mais si un tiers étranger avait une action à former contre un homme de l’immunité, en pratique, il recourait très souvent à la juridiction d’immunité, s'adressant au propriétaire immuniste ou à son intendant, afin d'obtenir satisfaction grâce à l'influence qu'il possédait sur le défendeur. Au lieu de recourir à la justice publique, on préférait s'adresser directement au potens, pour obtenir justice par son intermédiaire et, très souvent, l'affaire s'arrangeait ainsi sans l'intervention de la justice publique.
Pot pro pace atque disciplina facienda. Hérique la concession d’immunité n'a en général rien.
Quant à la nature des procès qui peuvent lui être soumis, la justice d'immunité, comme les juridictions du domesticus royal et des potentes viri dont elle est issue, est dans l'organisation judiciaire franque une juridiction d'ordre inférieur, qui n'est pas compétente pour juger indifféremment tous les procès. Les causes criminelles lui sont soustraites, lit-on au chap. xv de l'édit de Clotaire II. La juridiction immuniste n'a pas le droit d'infliger une peine corporelle, c’est-à-dire qu'elle ne peut connaître des causes d'homicide, coups mortels, rapt, incendie, pillage, lésion des membres, vol, brigandage, usurpation de terres, qui sont dans le droit mérovingien des causæ majores, donc, à ce titre, soustraits à l'immuniste.
La compétence ratione materiæ de la justice d'immunité se réduisait donc à ce que l'on appelait, dans la langue de l’époque, les causæ minores, délits secondaires, pouvant entraîner le paiement d'une composition, mais en aucun cas une peine corporelle en un temps où on se montrait prodigue de celles-ci. Ces délits étaient fréquents ; c'était à peu près ceux qui conduisent chaque matin devant le commissaire de police de chaque quartier les ivrognes, les braillards, tout ce petit monde qu'on expédie après une admonestation. Des contestations plus sérieuses pouvaient surgir entre les habitants de l'immunité au sujet de la propriété foncière, de la jouissance de la terre, de la tenure, puis encore les procès qu'engendre la vie rurale : bornage des lots, ban de vendange, garenne, etc. En somme, c'étaient principalement des litiges de cette nature que l'exploitation rurale engendrait et qui aboutissaient devant le propriétaire immuniste ou son représentant.
XIIT. La CONCEPTION CAROLINGIENNE DE L'IMMUNITÉ. — [L'immunité mérovingienne avait consacré toutes coutumes destructives d'une robuste organisation administrative : par elle, un élément actif de dissolution avait été introduit dans le royaume franc et il n'est possible que de s'étonner en voyant un politicien avisé et prévoyant, tel que Dagobert Ier, prodiguer cette faveur, destructive de la puissance qu'il s'efforce d'établir.
Sous les premiers Carolingiens, la situation politique se modifie. L'unité devient la règle et remplace les démembrements périodiques. Cette unité, compromise “en 741 par la présence de Pépin et de Carloman, est rétablie en 747 par la retraite plus ou moins spontanée de Carloman au Mont Cassin. À la mort de Pépin, le royaume est de nouveau partagé, en 768, mais le second Carloman meurt en 771 et Charlemagne règne seul jusqu’en 814, ensuite son fils Louis, de sorte que jusqu’en 840, l'unité n'est plus un seul instant menacée. Dès lors, les rois, n'ayant plus à redouter des rivaux et à soutenir des guerres contre eux, ne se préoccupent plus comme au temps des Mérovingiens de s'acquérir au prix d'immunités onéreuses l'appui des grands laïques et des ecclésiastiques influents : au contraire, ils envisagent le danger que la multiplication des terres d’immunité fait courir à leur pouvoir et s'appliquent à y porter remède. Ce fut là principalement l'œuvre de Charlemagne, Pépin ayant eu d’autres soucis.
Charlemagne avait l'esprit vaste et lucide : il comprenait une situation et agissait envers elle avec suite et logique. C'est ainsi qu'il entrevoyait l’avènement d'une chose nouvelle qui serait la féodalité : qu'il se rendait compte des dangers que l’indépendance et la multiplication de territoire d'immunité ferait courir au pouvoir royal. Mais pas un seul instant Charlemagne ne songea à contester ces droits nouveaux, à contenir ou à empêcher leur développement, à supprimer les immunités existantes ou du moins à cesser d'en accorder de nouvelles. Tout au contraire,
C'est ainsi qu'il chercha à les exploiter à son avantage ou si l'on veut à les confisquer à son profit.
Loin d'entrer en lutte contre l'immunité, il lui donna une expansion inconnue jusqu'à ce moment, mais, au lieu d'y voir un privilège anarchique et désorganisateur, il s’efforça d'en faire un mode d'exploitation utile dans un plan général d'organisation. Charlemagne s’employait à l'application d'un vaste système de décentralisation administrative !. Partout et toujours on le voit faire choix d'intermédiaires entre ses sujets et lui. Il semble renoncer à gouverner lui-même les populations et vouloir n’agir sur elles que par l'intermédiaire de ses principaux sujets. Un texte des capitulaires est tout à fait caractéristique à cet égard * : De vulgari populo, ut unusquisque suos juniores distringat, ut melius obædiant mandatis imperialibus. Juniores désigne les inférieurs. Toute la politique de Charlemagne vis-à-vis des domaines immunistes et de leurs habitants est dans ce texte. Il ne compte pas sur la soumission directe des classes inférieures de la population dont faisaient partie presque tous les habitants de l'immunité. Il laisse ce soin à l’immuniste. Un personnage sert d'intermédiaire, le senior, à qui les capitulaires imposent, sous sa responsabilité personnelle, l'obligation de réunir et de conduire ses hommes à l'armée en cas de convocation : à qui ils accordent de représenter en justice son vassal, de recevoir la réclamation d'un tiers contre celui-ci, de le faire comparaître au tribunal. L'administration carolingienne se déchargeait ainsi sur le senior du soin d'assurer, sous sa responsabilité personnelle, l'accomplissement des obligations de ses vassaux.
L'immunité n'est qu'une application du même système. Le souverain carolingien a plus de confiance dans le propriétaire immuniste que dans le comte lorsqu'il s’agit d'atteindre l'habitant du domaine.
C'est que l’immuniste remplit sur son territoire la tâche autrefois dévolue au pouvoir royal ; il la remplit avec plus d'intelligence parce qu'il est plus proche d'eux, qu'il connaît mieux leurs besoins, leurs capacités, ce qu'on peut exiger d'eux et en attendre. D'anarchique qu'elle était sous les Mérovingiens, l'immunité est devenue organisatrice et, on pourrait dire, constructive sous les Carolingiens. Ceux-ci, toutefois, restreignent l’immunité aux terres ecclésiastiques :
Églises, monastères ; nulle part il n'est fait mention d'une telle faveur accordée par eux à des laïques. Il semble même que les immunités ont disparu bien promptement de leurs mains, peut-être les leur a-t-on retirées, peut-être les ont-ils échangées : quoi qu'il en soit, le capitulaire de 803 n'envisage déjà BR le territoire d’immunité que comme soumis à un évêque ou à un abbé : Si autem homo furtum aut homicidium vel quodlibet crimen foris committens infra emunitatem fugerit, mandet comes vel episcopo vel abbati vel vice domino vel cuicumque locum episcopi vel abbatis lenuerit ut reddat ei reum... Aux yeux du législateur carolingien, un immuniste ne peut donc être qu'un évêque ou un abbé : la même conception se retrouve dans presque tous les capitulaires carolingiens du IXe, qui se sont occupés de l’immunité *. Dans les recueils Senn, L'institution des avoueries ecclésiastiques en France,
de tonlieux à des juifs et à des marchands, mais il ne carolingiens, on ne trouve pas de formule où la concession de l’immunité à des laïques soit prévue, sous quelle que forme que ce soit. La collection des Formulæ imperiales s'applique exclusivement aux Églises ; A d'ailleurs cette collection officielle a été composée au moyen de diplômes concrets accordés à des Églises par Louis le Pieux ; le n. 4 est tiré du diplôme pour Saint-Philbert de Grandlieu ; le n. 11 du diplôme pour Paderborn ; le n. 15 du diplôme pour Aniane ; le n. 18 d’un diplôme perdu pour l'évêché d'Orléans ; n. 21, du diplôme pour Limoges ; n. 29, du diplôme pour Saint Martin de Tours 5. 4 Il est vrai que certaines formules (n. 37, 52) accordent des exemptions d'impôts divers et spécialement il ne s'agit pas là de l’immunité absolue introitu judicum.. Une autre formule (n. 43) accorde des privilèges aux forestiers des Vosges, qui sont laïques, mais serviteurs de l'empereur et aux forestiers -du fisc, en sorte que l'immunité s'adresse au fisc plutôt qu'à des particuliers. Il n'y eut d'exception qu'en faveur de certains réfugiés étrangers dignes de pitié : Espagnols fuyant la domination arabe. À part ces cas exceptionnels, l’immunité laïque semble avoir disparu pour les potentes. Ceux-ci n'ont pas disparu, on les rencontre encore au milieu du IXe, mais leurs anciens privilèges se sont perdus ; ils n'ont plus l'immunité proprement dite. L'édit des Pistes, rendu le 25 juin 864, établit nettement la distinction entre l'immunité et la potestas vel proprietas potentis. Tandis que l'immunité se localise pour ainsi dire parmi les gens d'Église, une institution nouvelle apparait parmi les laïques que le roi carolingien veuille gratifier ou récompenser : c'est le bénéfice.
XIV. EXTENSION TERRITORIALE DE L'IMMUNITÉ. — Un des premiers actes de la nouvelle dynastie fut de confirmer en bloc toutes les immunités accordées antérieurement. Pépin, l’année de son couronnement, 755, prescrit à deux reprises : ut emunitates conserventur et : ut omnes emunitates per universas Ecclesias conservatae sint. Pépin ne se contente pas de prescrire, il veille à ce que ses ordres soient observés. En 760, nous voyons Pépin occupé à faire exécuter ses ordres par tous les ducs et les comtes, même par le plus puissant de tous, le duc d'Aquitaine, Waïfre, qui, à la faveur de l'anarchie régnante et des tendances particularistes de l'Aquitaine, était presque devenu un souverain indépendant. Waïfre n'observait plus et ne faisait plus observer les diplômes d’immunité accordés par les rois mérovingiens aux Églises franques. Pépin lui envoie des mandataires chargés de lui demander la restitution à ces Églises des biens qu'il leur a pris, d'observer lui-même et de faire observer les anciens diplômes d'immunité comme par le passé. Il doit donc s'interdire d'envoyer sur les terres des Églises des juges et des collecteurs d'impôts. Waïfre n'en fait rien et Pépin, pour l'en châtier, rassemble une armée.
Les Carolingiens confirmeront souvent en blocs les immunités existantes. C'est ce que nous voyons faire par Pépin, roi d'Italie, en 787, par Louis le Débonnaire en 819, par Lothaire Ier en 825, par Charles le Chauve en 853, en 869. Ce sont les évêques d'Italie réunis à Pavie (845-850) qui ont demandé à Louis II, roi d'Italie et empereur, fils de Lothaire Ier, de confirmer et de faire observer, comme son père, les immunités accordées par ses prédécesseurs. Les Pères du concile de Mayence, en 847, demandent à Louis le Germanique qu'il continue à défendre, comme ses prédécesseurs, les Églises du Christ par l'immunité, qu'il maintienne grâce à elle leurs biens intacts et leurs hommes en paix. En France, le concile de Soissons, en 853, adresse ce vœu à Charles le Chauve et les évêques réunis au synode de Kiersy, en 858, chargent Hincmar de prier Louis le Germanique de maintenir les immunités.
La fréquence de ces confirmations en masse s'explique par l'extension et la multiplication de l'immunité. Parmi les Églises et les monastères de la Gaule, nous pouvons citer : Saint-Calais (p. 19, n. 14) ; Murbach (p. 25, n. 17) ;
.Saint-Philbert de Grandlieu (n. 117 et 118) ; Fleury-sur-Loire (n. 155 et 157) ; Granval (n. 191) ; Hohenburg Chèvremont (Liège, Belgique) (n. 252) ; Lagrasse (n. 258) ; Limoges (n. 266) ; Lure (n. 273 et 274) ; Saint-Marcel-lès-Chalon (n. 298) ; Marmoutier-lès-Tours (n. 306) ; Saint-Martin de Tours (n. 309) ; Saint-Maur-des-Fossés (n. 318) ; Saint-Mihiel (n. 330) ; Montiérender (n. 340) ; Montolieu (n. 341) ; Munster (n. 343) ; Murbach (n. 349) ; Nevers (n. 355) ; Nîmes (n. 360) ; Noyon (n. 393) ; Orléans, évêché (n. 396) ; Saint-Pierre au Mont-Blandin à Gand (n. 413) ; Sainte-Croix de Poitiers (n. 427) ; Reims (n. 465, 472) ; Sens, archevêché (n. 509) ; Solignac (n. 521 et 522) ; Toul (n. 542) ; Trèves (n. 550) ; Saint-Wandrille (n. 576) ; Wissembourg (n. 578). Ajouter les n. 39 et 69 (67) pour Saint-Wandrille dans les Regesta proprement dits de Böhmer-Muhlbacher. La plupart, sinon tous ces diplômes perdus, étaient des diplômes de confirmation.
En 865, souvent cette mesure est provoquée par les Gaules qui obtinrent à cette époque confirmation de leurs biens. Come (n. 93) ; Crémone (n. 107) ; Saint-Hilaire de Poitiers (n. 141) ; Spire ; et de l’Adriatique à la mer du Nord. Sous Louis le Débonnaire, tous les diplômes relatifs aux Églises et aux monastères de la Gaule, de l'Espagne, de l'Italie ou de l'Allemagne sont confirmés en masse, et cette mesure est répétée par ses fils et par leurs successeurs. De nouvelles concessions s'ajoutent aux anciennes, mais cela dépasse les limites chronologiques de nos études ; on fait plus, certains monastères réussissent à faire considérer leurs biens comme appartenant personnellement au roi, comme sa propriété privée.
Dès le début du ix° siècle, l’immunité tend à devenir la condition normale des biens de l’Église dans l'Europe occidentale. Alors que sous les Mérovingiens l'immunité apparaît toujours à l'état de privilège isolé, dès l'avènement de la dynastie carolingienne, nous voyons qu’elle appartient parfois à toutes les Églises d’une région. C'est le cas pour les Églises franques de l'Aquitaine en 760. Sous Charlemagne et Louis le Débonnaire, l'immunité apparaît dans les documents officiels comme la condition juridique générale de l’Église franque. En 775, Charlemagne accorde l’immunité au monastère de Farfa en Italie : sicut et cetera monasteria que infra regna nostra constructa esse videntur.
Sous les Carolingiens, l’immunité franque pénètre en Italie où elle apparaît aussitôt après la destruction du royaume lombard dans :
1° Diplômes conservés (Diplomata Karolinorum) : Novalèse (p. 72, n. 52) ; Novalèse (p. 106, n. 74) ; Farfa (p. 142, n. 99) ; Novalèse (p. 174, n. 125) ; Reggio (p. 185, n. 133) ; S. Salvatore di Brescia (p. 185, n. 135) ; Modène (p. 199, n. 147) ; Bénévent (p. 211, n. 156) ; S. Vincenzo di Volturno (p. 212, n. 157) ; Mont-Cassin (p. 213, n. 158) ; Aquilée (n. 234, n. 175) ; Grado (p. 269, n. 200).
(n. 111) ; Grado (n. 189) ; Leno (n. 262) ; S.-Michel de Barrea (n. 325) ; Montamiata (n. 337) ; Novalèse (n. 381) ; Padoue (n. 400) ; Plaisance (n. 411) ; S. Pietro in Brugnato (n. 419) ; Sesto (n. 513) ; Volterra (n 574).
En Germanie, l’immunité s'implante à la suite de la conversion des Saxons, ainsi qu'on le voit par :
Enfin on la trouve dans la marche d'Espagne conquise sur les Arabes ; mais ici les diplômes sont postérieurs à Charlemagne. Ainsi l'immunité se répand dans le vaste empire carolingien de la Baltique à l’Èbre aux monastères de la Gaule, de l'Espagne, de l'Italie ou de l’Allemagne sont confirmés en masse, et cette mesure est répétée par ses fils et par leurs successeurs, De nouvelles concessions s'ajoutent aux anciennes, mais cela dépasse les limites chronologiques de nos études ; on fait plus, certains monastères réussissent à faire considérer leurs biens comme appartenant personnellement au roi, comme sa propriété privée.
Dès le début du ix° siècle, l’immunité tend à devenir la condition normale des biens de l’Église dans l'Europe occidentale. Alors que sous les Mérovingiens l'immunité apparaît toujours à l'état de privilège isolé, dès l'avènement de la dynastie carolingienne, nous voyons qu’elle appartient parfois à toutes les Églises d’une région. C'est le cas pour les Églises franques de l'Aquitaine en 760. Sous Charlemagne et Louis le Débonnaire, l'immunité apparaît dans les documents officiels comme la condition juridique générale de l’Église franque. En 775, Charlemagne accorde l’immunité au monastère de Farfa en Italie : sicut et cetera monasteria que infra regna nostra constructa esse videntur.
Sous les Carolingiens, l’immunité franque pénètre en Italie où elle apparaît aussitôt après la destruction du royaume lombard dans :
1° Diplômes conservés (Diplomata Karolinorum) : Novalèse (p. 72, n. 52) ; Novalèse (p. 106, n. 74) ; Farfa (p. 142, n. 99) ; Novalèse (p. 174, n. 125) ; Reggio (p. 185, n. 133) ; S. Salvatore di Brescia (p. 185, n. 135) ; Modène (p. 199, n. 147) ; Bénévent (p. 211, n. 156) ; S. Vincenzo di Volturno (p. 212, n. 157) ; Mont-Cassin (p. 213, n. 158) ; Aquilée (n. 234, n. 175) ; Grado (p. 269, n. 200).
(n. 111) ; Grado (n. 189) ; Leno (n. 262) ; S.-Michel de Barrea (n. 325) ; Montamiata (n. 337) ; Novalèse (n. 381) ; Padoue (n. 400) ; Plaisance (n. 411) ; S. Pietro in Brugnato (n. 419) ; Sesto (n. 513) ; Volterra (n 574).
En Germanie, l’immunité s'implante à la suite de la conversion des Saxons, ainsi qu'on le voit par :
Enfin on la trouve dans la marche d'Espagne conquise sur les Arabes ; mais ici les diplômes sont postérieurs à Charlemagne. Ainsi l'immunité se répand dans le vaste empire carolingien de la Baltique à l’Èbre aux monastères de la Gaule, de l'Espagne, de l'Italie ou de l’Allemagne sont confirmés en masse, et cette mesure est répétée par ses fils et par leurs successeurs, De nouvelles concessions s'ajoutent aux anciennes, mais cela dépasse les limites chronologiques de nos études ; on fait plus, certains monastères réussissent à faire considérer leurs biens comme appartenant personnellement au roi, comme sa propriété privée.
Dès le début du ix° siècle, l’immunité tend à devenir la condition normale des biens de l’Église dans l'Europe occidentale. Alors que sous les Mérovingiens l'immunité apparaît toujours à l'état de privilège isolé, dès l'avènement de la dynastie carolingienne, nous voyons qu’elle appartient parfois à toutes les Églises d’une région. C'est le cas pour les Églises franques de l'Aquitaine en 760. Sous Charlemagne et Louis le Débonnaire, l'immunité apparaît dans les documents officiels comme la condition juridique générale de l’Église franque. En 775, Charlemagne accorde l’immunité au monastère de Farfa en Italie : sicut et cetera monasteria que infra regna nostra constructa esse videntur.
Sous les Carolingiens, l’immunité franque pénètre en Italie où elle apparaît aussitôt après la destruction du royaume lombard dans :
1° Diplômes conservés (Diplomata Karolinorum) : Novalèse (p. 72, n. 52) ; Novalèse (p. 106, n. 74) ; Farfa (p. 142, n. 99) ; Novalèse (p. 174, n. 125) ; Reggio (p. 185, n. 133) ; S. Salvatore di Brescia (p. 185, n. 135) ; Modène (p. 199, n. 147) ; Bénévent (p. 211, n. 156) ; S. Vincenzo di Volturno (p. 212, n. 157) ; Mont-Cassin (p. 213, n. 158) ; Aquilée (n. 234, n. 175) ; Grado (p. 269, n. 200).
(n. 111) ; Grado (n. 189) ; Leno (n. 262) ; S.-Michel de Barrea (n. 325) ; Montamiata (n. 337) ; Novalèse (n. 381) ; Padoue (n. 400) ; Plaisance (n. 411) ; S. Pietro in Brugnato (n. 419) ; Sesto (n. 513) ; Volterra (n 574).
Évêques et abbés immunistes, et tous le sont plus ou moins, plutôt plus que moins, ne manifestent une aversion si générale et si irréductible pour ces corvées que parce qu'ils n'en perçoivent rien ; toutes les autres charges et perceptions ont finalement abouti à couler dans leurs escarcelles. À l’époque carolingienne, l’unité s’est réalisée, l’immuniste rafle tout, ne paie plus l'impôt royal. Presque toujours on rencontre, dans les immunités carolingiennes, une clause formelle : le fisc pouvait percevoir sur ses biens. Mais quand cette clause n’est pas exprimée, ce qui arrive rarement, l’omission n’a aucune importance. La donation des produits du fisc est alors simplement sous-entendue et le produit des impôts et freda va à l'église immuniste. Parfois l’omission dans le diplôme est réparée dans la confirmation, comme c’est le cas pour les trois diplômes de Pépin, de Carloman et de Charlemagne en faveur d'Echternach, et leur confirmation par Louis le Débonnaire le 19 juillet 819 : Quicquid exinde fiscus sperare poterit totum nos... prediclo monasterio concedimus. Par contre la clause insérée dans la concession manque dans la confirmation : c’est le cas pour les diplômes de Corbie, et il faut en conclure que cette clause paraît et disparaît sans qu'il y ait aucune raison d'admettre que ces modifications correspondent à quelque chose de réel.
Même à l’époque carolingienne, l'immuniste n'est pas dispensé du devoir de faire au roi des dons annuels. Ainsi Saint-Denis, abbaye depuis longtemps immuniste, devait chaque année au roi deux cents muids de vin ; l'Église de Reims, également immuniste depuis très longtemps, envoyait, d'après Flodoard, un don annuel au palais d’Aix-la-Chapelle. L'habitude de faire au souverain des dons plus ou moins spontanés, par laquelle le roi fait donation à l'église de tout ce que
IMMUNITÉ 358
tanés, habitude que les Francs avaient apportée de Germanie, était donc absolument générale, et les immunistes n’en étaient pas exempts. Il est à peine besoin de dire que ceux-ci se retournaient vers leurs tenanciers, et levaient sur eux les sommes nécessaires à ce don annuel.
Sorti de chez lui, l'immuniste se trouvait arrêté à tout moment par les tonlieus, péages et autres impôts indirects : dès lors, il n’a qu'un souci, celui de se faire exempter du don annuel au souverain et des tonlieus et octrois de toute nature. Comme l'immunité s'y brise, ces abandons devront faire l’objet de nouveaux diplômes. On a vu, en 817, Louis le Débonnaire faire remise du don annuel à dix-huit monastères sur quarante-huit. Aussitôt, comme on le pense, une pieuse rivalité et une sorte de point d'honneur poussent d'autres monastères à solliciter la même exemption ; aussi, bientôt, à la liste primitive il devient nécessaire d'ajouter les noms de trente-six monastères du midi de la France parmi ceux qui ne doivent donner ni don ni milice ; ils n'auront d'autre redevance à acquitter que leurs ferventes prières : solas orationes.
Quant aux exemptions de tonlieus perçus hors du territoire d'immunité, elles devinrent si nombreuses sous les Carolingiens que l’on peut dire sans exagération qu'au ix° siècle, chacune des grandes églises et abbayes immunistes possède à côté de son diplôme d’immunité son præceptum de teloneis. Les privilèges que confèrent ces præcepta sont de nature très diverse ; l'exemption qu'ils procurent est plus ou moins étendue, mais, de toute manière, ils donnent aux grandes églises immunistes des facilités particulières pour faire le commerce. La plupart des exemptions de tonlieu concernent des monastères ; les grandes abbayes immunistes deviennent de plus en plus des centres commerciaux.
XVII. L'IMMUNITÉ COMMERCIALE. — Une première différence entre les temps mérovingiens et les temps carolingiens : les plus anciennes chartes d’immunité, celles que nous lisons insérées dans le recueil de Marculfe et dans les formules de Sens, ne contiennent aucune clause relative à des privilèges commerciaux ; au contraire les diplômes de Pépin jusqu'à Charlemagne sont entrés parmi les Formulæ imperiales (on en compte quatre) et l’un d'eux est un don de tonlieu à une église, les trois autres sont des exemptions de l'impôt direct dans tout l'empire ou des régions déterminées. Nous avons déjà fait observer que, sur une trentaine de diplômes, six seulement sont concédés à des Églises : Trèves, Angers, Orléans, Nevers, Paris, Vienne : tous les autres vont à des monastères. Ce n'est pas que ceux-ci soient plus favorisés ou mieux dotés, mais, comme on l'a fait remarquer, leur situation sur le bord des fleuves, ou le long des grandes voies de communication, le nombre de leurs moines, leurs règles frugales et leur discipline faisaient d'eux des colonies agricoles admirablement adaptées au service qu'on en attendait. Autour des moines se groupait la population du domaine, le monastère mieux pourvu faisait succion, attirait à lui, en sorte qu'il devenait presque fatalement centre de production, de consommation et d'échange. Cela explique la place prise au ix° siècle dans le mouvement commercial par les maisons monastiques.
Dans un diplôme de Louis le Débonnaire pour Jumièges, nous lisons ce préambule : « À tous les évêques, abbés, etc..., nous faisons connaître que le vénérable homme Adam, abbé du monastère de Jumièges, nous a présenté un diplôme de notre seigneur et père, d'heureuse mémoire, Charlemagne, Auguste, dans lequel il était écrit que lui-même et notre aïeul Pépin, le feu roi, et leurs prédécesseurs roi des Francs, avaient par leur pouvoir concédé à ce monastère et aux moines qui y sont attachés l'exemption du tonlieu, soit pour les navires, soit pour les chars ou tout autre véhicule, et dans tout négoce où le fisc avait coutume de percevoir le droit... » Tout ceci ne diffère pas de ce qui se lit sur d’autres præcepta ; ce qui est nouveau, ce sont les renseignements que contiennent ces diplômes : 1° sur les hommes et les choses qui profitent de l’immunité ; 2° sur la nature même des privilèges que confère l’immunité.
Mais d’abord, comment Églises et monastères avaient-ils organisé leurs transports et leur trafic ? Les hommes de ces temps, qui nous paraissent figés dans l'immobilité, étaient, au moins aussi voyageurs que nous le sommes de nos jours. À lire Grégoire de Tours, on peut prendre une idée du mouvement des marchands qui traversaient la Gaule en tous sens, venant les uns de Germanie, les autres d'Espagne, d’autres encore de Syrie et d’Égypte. (Voir Dictionnaire, t. iii, au mot COLONIES D'ORIENTAUX.) Au vii° siècle, les guerres civiles paralysèrent le commerce, mais Pépin et Charlemagne essayèrent de le ranimer. On a vu l'importance de la corvée des ponts et chaussées dont nul immuniste n'était exempt ; ce ne fut pas la seule mesure efficace ; les marchands furent attirés, encouragés, protégés de toute façon. L'unité établie par l'empire rendait les grandes entreprises plus faciles et plus lucratives ; Aix-la-Chapelle devenait à la fois un entrepôt commercial et une capitale politique. De là partaient des caravanes pour la Grande-Bretagne, le Rhétie, l'Italie ; d’autres, par le Rhin et le Danube, descendaient vers l’Illyricum et Constantinople.
Les monastères gaulois et francs n'avaient pas d'autre perspective que de travailler ou de périr d’inanition. L'activité ingénieuse naturelle à la race ne se fût pas aisément accommodée du mysticisme oriental ; on ne songeait pas à réduire ses besoins afin de modérer son effort. Déjà, il avait fallu dans le domaine organiser l'exploitation, relier les villæ, leur faire rendre un produit rémunérateur, et pour cela, assurer le transport des redevances, des dîmes, créer des chemins, un outillage. De plus, il fallait se procurer, parfois très loin, les denrées indispensables : sel, épices, tissus, cire, et, la prospérité aidant, il avait fallu vendre le surplus de ce qu'on ne pouvait consommer sur place.
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Poursuivons la lecture du diplôme : + Il nous a plu, lit-on, pour l'amour de Dieu et le salut de notre âme, de nous rendre aux prières de l’abbé et nous avons donné l’ordre de lui délivrer le præceplum par lequel nous voulons, nous mandons que les navires, les chars, et tout autre véhicule, destinés aux différents trafics du monastère ou circulant pour ses besoins, puissent aller et venir librement dans notre empire, qu'aucun comte, fonctionnaire judiciaire (judex publicus), aucun préposé d'octroi (telonarius) n'ose recevoir ou percevoir le tonlieu sur ces navires ou ces transports dont nous avons parlé, partout où le fisc exige les taxes. Ainsi, quels que soient les cités, les châteaux, les ports, les autres localités où abordent leurs navires, où se rendent ceux qui les montent et les autres marchands du monastère, qu'ils soient exempts de tonlieu, etc. + Les impôts accrochaient les commerçants à tout moment : tonlieu sur les ventes, au marché public ou à l'intérieur de la villa, menus droits où la gêne semble rivaliser avec l’odieux pour entraver le transport, compromettre la marchandise, retarder l'échange, par le plus obstinément les monastères et qu'ils finissent généralement par obtenir. À garum, 5 livres de cannelle, 150 livres de cumin, ete. | Dans ce dernier cas, il semble que l'immunité est | une immunité commerciale, | _offre un trait commun avec l’immunité administrative en ce qu'elle est faite au profit du grand propriétaire | lequel, malheureusement, les textes ne nous apportent | aucune lumière. L'immuniste jouissait, nous le savons, | du droit de juridiction sur ses hommes pour les causæ tout et sous tout prétexte sur les routes, sur les rivières, “ sur les ponts, sous les ponts, aux écluses, dans les ports pour le stationnement, pour l’arrimage, etc. L'immunité est d'abord l’exemption de ces taxes. Elle accorde : 19° la liberté du transit ; 2° la liberté du stationnement ; 3° la liberté de la vente, Quelques diplômes accordent + aux religieux, à leurs hommes, à leurs marchands, le ` droit de s'arrêter en tous lieux, d'aborder, de se rendre au marché, d'y acheter et d'y vendre » sans être soumis à l'impôt. Cette franchise est la faveur que sollicitent Mais le souverain, les intermédiaires, aiment à se faire prier, à se laisser arracher la faveur bribe par bribe « Si dans certains cas le solliciteur est important, s'il a su se ménager des protections efficaces, il lui arrive d'enlever une immunité générale valable pour tout le“ royaume, s'étendant à tous les produits. Tels sont les diplômes accordés à Saint-Germain, à Saint-Martin, « à Aniane, à la Grasse. D'autres sont moins favorisés et voient leurs exemptions restreintes à une région déterminée ou plus simplement encore à quelques localités, à une seule ville parfois ou à un unique tonlieu ; ou bien encore réduits à certaines taxes. Ainsi, l’abbaye de Der, en 671, n'est exempte que du rotatieum dans les villes et marchés ; les monastères n’obtiennent exemption que pour un nombre limité de navires ou de chalands : Cormery en obtient deux ; Nevers, Angers, Charroux, trois ; Vienne, cinq : Saint-Philbert, six. C'est un commencement ; à force d’instances, on fera passer toute la flottille. C'est le cas pour Cormery qui n’a obtenu de Charlemagne que la franchise de deux navires seulement sur la Loire ; Charlemagne le Chauve est plus généreux et accorde à l'abbaye autant de navires qui lui sont nécessaires. » Saint-Germain doit se contenter d’abord d’assez peu de chose, l'exemption sur la terre de l'Église et une partie de la voie royale des « rues plus petites ». Le reste viendra plus tard. Il y a aussi des exemptions limitées à certaines catégories de marchandises, Dans un diplôme pour Corbie, le roi exempte de toutes taxes, 10 000 livres d'huile, 30 livres de poivre, 2 livres de girofle, 30 muids de” D'autres fois la franchise est accordée au commerce du sel, et aux « objets nécessaires au monastère +. restreinte à ce qu'il importe et consomme le monastère, « non à ce qu'il vend ; ce n’est plus, à proprement parler, Tel est le premier genre d'immunité que nous trouvons dans les diplômes. Immunité commerciale, elle taire. Le tonlieu l’atteignait personnellement : aussi est-ce lui qui en est affranchi, en sorte que le monastère ou l'évêché favorisé d'un diplôme de cette espèce devient vraiment, comme on l’a dit, « un grand commerçant privilégié » Un point resterait à éclaircir sur minores : ce droit s’étendait-il aux conflits et délits dont ils se rendaient coupables envers lui pour les matières commerciales ? En ce cas l’immuniste aurait été juge et partie. Pour ce qui se passait dans l’intérieur du territoire de l'immunité, il est possible que l'affaire se traitât à l’amiable, mais, après que les denrées et marchandises avaient franchi les limites du domaine et étaient arrivées sur le marché, elles relevaient plus probablement du judex publicus. Toutefois “ou du chaland frêté par l’immuniste ecclésiastique ou “monastique : l'Église d'Angers, notamment, jouissait peut-être de ce privilège +. Il existe une série de diplômes qui nous font connaître l'existence d’une exemption générale ou partielle des droits de circulation ou de vente dans le royaume : en ce cas il s’agit d’une franchise locale sur “un territoire déterminé : le domaine de l'Église ou du |. le judex pouvait se voir interdire l'accès du bateau | Il « générale et souvent il est mentionné dans le diplôme qui la concerne. A la suite de l'interdiction faite au comte ou au judex de pénétrer dans le domaine pour juger les hommes, saisir les fidejusores, percevoir les “amendes ou l'impôt, on lit encore ces mots : « et pour “y lever les tonlieus *. » Cette clause reparaît fréquemment, confirme et complète d’une certaine manière - les autres clauses.
« Restreinte d’abord au monastère ou à l’Église, cette …immunité s'élargit avec le temps. Évêchés et abbayes É font comprendre dans leur privilège non seulement le cloître et ses dépendances, mais les villæ, fortifiées ou non, les cellæ qu'ils possèdent. Sur une foule de territoires, l'abbé ou l'évêque perçoit les tonlieus ou cette “quantité de petits droits et de péages qui ont été “levés jadis par le comte. Il les réclame d'abord des “hommes du domaine, mais aussi des étrangers au “domaine, ceux qui traversent ses routes et ses ponts, “longent ses rivières, viennent acheter ou vendre dans | Tla villa. Sans doute, à l’origine, ces impôts sont dus | “au roi. Celui-ci ne les a pas abandonnés. Mais à la | | longue, il les concède au monastère ou à l'évêché. Ainsi, ce qui accorde l'immunité, ce n'est pas liberté + de la circulation ou de la vente dans l'intérieur même du territoire ecclésiastique, c’est le droit pour l'évêque “ou l'abbé de percevoir les taxes. On voit l'importance “de cette transformation. Au Moyen Age, dans les » seigneuries ecclésiastiques, les droits fiscaux qui frappent les sujets ont souvent leur origine dans ces donations de la royauté. Cette concession devait en entraîner une autre. En accordant à l'abbé ou à l'évêque les droits levés sur la circulation et la vente dans l'immunité, les rois devaient être conduits à concéder le | | marché lui-même. Charlemagne et Charlemagne le Chauve |. avaient, il est vrai, maintenu ce principe, que les - mercatus étaient la propriété du roi. Mais eux-mêmes - permettaient aux Églises de les établir sur leur domaine. Le marché octroyé, dès l’époque mérovingienne, à Saint-Denis semble bien la première de ces concessions. Les chartes qui en font remonter l'origine à 628 T sont évidemment fausses ; mais peut-être la tradition T ne l'est-elle pas *. Dès la fin du viii” siècle et pendant T le ix°, le nombre de ces marchés s’est beaucoup accru. F Tils se sont établis sous des formes diverses que nous F relevons dans nos diplômes. Le roi concède un marché m annuel, hebdomadaire ou permanent. Parfois aussi le marché est tout local : créé dans un vicus ou une villa, Til ne sert qu'aux hommes de la villa et du vicus 5. Il pourra ainsi l’organisation économique du domaine. Hier enfin il est ouvert à toute une région : tels les + Germain. Concession du tonlieu sur ce qui est vendu... infra, “Au viii’ siècle, le marché annuel est déjà un centre le pes Marché annuel à Saint-Bertin (Cartulaire, n. 51) ; Marchés … monastère. Ce privilège se rattache à l’immunité |
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marchés de Fleury, de Saint-Denis, de Saint-Omer. « La concession de mercalus n’entraînait pas de plein droit celle du tonlieu et des taxes. Quel que fût, en effet, le propriétaire du sol, l'impôt restait la propriété du roi. Nul ne pouvait, sans l'assentiment royal, construire un marché sur sa terre, mais le roi pouvait encore retenir les revenus que lui donnaient la circulation et la vente. En ce cas, le propriétaire ne levait peut-être que les taxes perçues pour l'entrée, la location des emplacements et des étals. Aussi voyons-nous dans nos textes que le roi accorde simplement le droit d'avoir un marché ; ailleurs, qu'il concède le mercatus et le tonlieu qui s'y prélève. Cette différence des formules prouve une différence dans les concessions.
« Il en est de même de la justice. Elle appartenait | au comte. A l’origine même, il ne semble pas que les rois l’aient reconnue aux monastères. Les chartes de l’abbaye de Saint-Denis nous laissent entrevoir que le comte intervient encore, au VIIe, dans le marché qu'elle possède. En réalité, la situation juridique du mercatus était mal définie. Il était bien établi sur une terre d'immunité, mais les hommes qui y venaient trafiquer n'étaient pas les sujets de l'immuniste. D'une part, le diplôme royal défendait au comte d'entrer dans le domaine, mais de l’autre le comte prétendait juger les étrangers au domaine. Au ix siècle, les abbayes essayent d'affranchir complètement leur mercatus de la puissance publique. Non seulement elles réclament le droit de percevoir à leur profit le tonlieu royal ; elles commencent à obtenir du roi, sur le marché même, le districtus et la police judiciaire .
« M. Sohm, interprétant un texte bien connu des Miracula sancti Benedicti 7, relatif au marché de Fleury, voit dans le judex loci qui règle les procès des marchands un fonctionnaire royal, M. Th. Sickel a combattu cette opinion. Les diplômes d'immunité permettent de conclure comme M. Sickel. Si nous lisons, en effet, que le roi donne à Saint-Bertin « un marché, le vendredi, avec le droit pour l’abbaye de faire servir au luminaire les profits du marché, du bannus ®..., » nous pensons bien que le juge royal se voit interdire le marché. Ces concessions furent-elles fréquentes ? Nous ne le savons pas. Il est possible que la royauté ne les ait pas accordées partout. Mais là où elles furent faites, elles conférèrent au monastère la juridiction et la police, le droit d'établir des règlements, bannus, de juger les procès et peut-être les délits. Un véritable abandon de la puissance publique se trouve dans ces diplômes d'immunité, « La concession des mercalus marque donc une transformation de l’immunité première. Elle cesse d'être exemption du pouvoir comtal pour devenir une concession formelle, positive, de l'impôt et de la justice. Au IXe, la royauté acheva de se dépouiller elle-même en faisant don aux monastères et aux églises des tonlieus levés sur un marché, dans une région, ou des péages perçus sur une route, dans un port, à l'entrée d'une ville. Ces aliénations, très rares au VIIe, deviennent fréquentes surtout dès le règne de Louis le
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Pieux. Charlemagne le Chauve fit de ces donations un système de gouvernement 1. Voyez les concessions qu'il fait aux grandes abbayes, aux églises de la Marca hispanica et de la Septimanie. Il leur accorde la moitié ou le tiers de toutes les taxes perçues dans un pagus et sur toutes les ventes. Nous croyons inutile d'insister sur ces donations. Comme les concessions de marchés, elles marquent une des étapes, la première, de ces démembrements successifs de la puissance publique qui devaient créer peu à peu le régime seigneurial. L'immunité avait affranchi le domaine ecclésiastique de l’autorité du comte ; ces concessions donnèrent aux Églises les revenus du roi #. » XVIII. EXEMPTION DE LA JURIDICTION N'IMMUNITÉ. — Sous Charlemagne et ses successeurs persistent les tribunaux d'immunité qui nous sont attestés par les deux diplômes de Charlemagne pour Trèves * et pour Metz #, lesquels s'écartent complètement par leur rédaction de tous les autres diplômes connus. Tous deux nous donnent des renseignements précieux sur la juridiction commune : ils nous apprennent que depuis très longtemps, à Metz et à Trèves, les rois avaient non seulement défendu aux juges publics de pénétrer sur les possessions de l’Église, mais encore avaient interdit à toute personne de citer les habitants à comparaître devant le tribunal public et de les y faire condamner. Cette juridiction avait été remplacée par celle de l’immuniste ; aussi les historiens qui ont soutenu la thèse de l’inexistence des tribunaux d'immunité ont-ils eu fort à faire pour écarter ces textes. On lit, en effet, dans le diplôme pour Metz : « Ideoque vir apostolicus domnus et pater noster Angilramnus episcopus sanctæ Ecclesiæ Metensis pontifex præceptiones anteriorum regum præcessorum nostrorum eorum manibus roboratas nobis protulit recensendas ubi generaliter cognovimus esse insertum, quod antecessoribus suis tale juisset jam a longo tempore indultum beneficium ut nullus ex judicibus publicis in curtes ipsius Ecclesiæ Metensis el domni Stephani patroni nostri seu basilica infra ipsam urbem constructas, vel infra ipsam parochiam tam monasteria vicos vel castella ad eamdem aspicienlia ingredi non præsumerent, aut aliquod ibidem generare detrimentum, nec homines eorum per mallobergos publicos nec per audientias nullus deberet admallare, aut per aliqua iniqua ingenia præsumerel condemnare, nec frela vel teloneos exactare, aul aliquos paralos facere, sed in eorum privatas audientiäs agentes ipsius ecclesiæ unicuique de reputatis condilionibus directum facerent... Unde petiit suprascriplus pontifex ut... de hac sé deberel plenius nosira auctoritas in Dei nomine confirmare. Cujus postulationem... gratanti animo prestilisse el in omnibus confirmasse el d novo concessisse cognoscile. Mêmes expressions dans le diplôme de Trèves.
L'authenticité des diplômes de Metz et de Trèves, niée par Læning $, est attestée par le diplôme d'immunité de Louis le Débonnaire pour Trèves, qui en reproduit mot pour mot les expressions caractéristiques ? (27 août 816) : Proinde noverit omnium fidelium nostrorum tam præsentium quam futurorum sagacitas, quod vir venerabilis Hettinus sanctæ Trevirensis Eccle| el tuitionis defensione consistere fecerunt, videli cet ut nullus per mallobergos nec per aliqua ingenia ejusdem | la possession des terres qu'il a défrichées, Louis le ; siæ archiepiscopus, oblulit obtutibus nostris auctoritatem immunitatis domni et genitoris nostri bonæ memoriæ Karoli piissimi Augusli, in quam erat insertum quod non solum idem genitor noster, verum eliam prædecessores ejus videli cet reges Francorum, Ecclesiæ sancti Petri principis Apostolorum... sub suo nomine et defensione, cum monasteriis el cellulis, basilicis, vicis, castellis ad eandem sedem pertinentibus et rebus vel hominibus ad se aspicientibus, sub immunitatis nomine ecclesiæ homines admallaret, ne que freda aut theloneos exigere, aut paratas in eorum, vel privatas audientias exactare præsumerent. Pro rei vero firmitate postulavit nobis præfalus archiepiscopus, ut paternum seu prædecessorum nostrorum regum morem sequentes hujuscemodi nostræ immunitatis præceplum ob amorem Dei et reverentiam sancti Petri erja ipsam ecclesiam fieri censeremus. Cujus petitioni libenter assensum præbui-| mus.
L'authenticité des deux diplômes est aujourd'hui incontestée * ; ils attestent de façon irrécusable la persistance à l'époque carolingienne de la juridiction d'immunité, ils sont les seuls qui nous en parlent d’une façon positive et leur affirmation est confirmée par les faits suivants :
Débonnaire spécifie qu'aucun comte n’a le droit de contraindre et de juger les hommes qui habitent sur ses terres. C'est le propriétaire lui-même, ses fils et leurs descendants qui exerceront sur eux la juridiction et la discipline. Ce n'est qu’à partir du milieu du ix* siècle, après la dissolution de l'empire carolingien, que les diplômes qui mentionnent expressément la juridiction de l'église immuniste se multiplient : par exemple, diplôme de Lothaire I pour Novalès : A 10 octobre 815 ; de Louis le Germanique pour Herford, 8 décembre 852 ; de même pour Saint-Emmeran, 18 janvier 853 : di même pour Altaich, 21 avril 857 : du même pour Neuenhersee, 13 juin 871 ; de Louis II pour Gandersheim, 20 janvier 877 ; du même pour Werden ; 22 mai Eric qu même popr Paderborn, F sur celle du CD public, est restée la même qu'à l'époque carolingienne. L'immuniste, ordinairement, ne siège pas lui-même : son représentant, l'avoué, éside, assisté d'hommes libres du domaine qui disent le droit suivant la loi des parties tant que subsiste la personnalité des lois qui dut disparaître de bonne heure dans les immunités. A l’époque carolingienne, les limites de la juridiction se sont élargies, la compétence du tribunal d'immunité s’est étendue, l’ancien tribunal domanial, que l’immunité mérovingienne a fait entrer dans l’organisation du royaume franc, a été assimilé au tribunal public.
Rien ne permet de soutenir que la compétence des immunistes en matière de juridiction se soit étendue sous les Carolingiens. Nulle part on ne voit qu'ils aient jugé au criminel ; au contraire, les diplômes pour Metz et pour Trèves n’en font aucune mention et les privilèges accordés aux Espagnols fugitifs sont plus explicites. La constitutio de Hispanis, c. n et m, du 1° janvier 815, spécifie que les causæ majores, c'est-à-dire le rapt, homicide, l'incendie, la lésion d'un membre, le brigandage, relèvent du tribunal du comte . Aussi bien entre eux qu'à l'égard des hommes venus habiter leurs domaines (aprisiones), ces mêmes Espagnols ne possèdent qu'une juridiction limitée aux “causæ minores. — Même réserve à l'égard des forestiers des Vosges de qui la juridiction ne s'étend pas au criminel 3 (27 octobre 822). Le diplôme de Lothaire Ier pour Novalèse, 1 octobre 815, accorde à l'abbé toute juridiction sur les gens qui habitent le territoire du “monastère, sauf pour les crimes qu'il n’est pas permis aux prêtres et aux moines de juger : Pro criminalibus culpis de quibus sacerdotibus et monachis non est licitum judicare, ante comitem ejusdem loci et justitias reddant et ab aliis recipiant..., reliquæ vero causæ in ipsis locis “per ministros et ordines ipsius monasterii deliberat ac quæ reipublicæ missi . Il y a donc inaptitude complète, incompétence absolue de la part du juge de l’immunité à juger les crimes ; à ce point de vue, la situation est identique sous les Mérovingiens et sous les Carolingiens.
Cela est si vrai que si un habitant du domaine ou … bien un étranger qui s’y est réfugié tombe sous le coup d'une des causæ majores, l'immuniste ne peut faire autre chose que de livrer l'inculpé au juge public. y Sur ce point, le capitulaire d’Heristal, chap. ix, est formel : Ut latrones de infra immunitatem illi judicis _ ad comitum placita præsentelur ; el qui hoc non fecerit, “si hoc non adimpleverit, beneficium et honorem perdat ; el qui beneficium non habuerit, bannum solvat 5. D'après la rédaction lombarde de ce capitulaire, cette extradition était demandée à l’immuniste par le comte : ul | latrones de infra emunitate illos judi ces et advocati ad (comitum, quando eis annuntiaverint, præsentetur. Et si |« direrit quod illo latrone præsentare non potuissel, jurare = debet quod illos præsentare non poluisset postquam | 1 ei denuntiatum fuerit nec pro nulla justitia dilatando | illi latroni non consentissef, nec pro causa dilatationis ! Bühmer-Mühlbacher, Regesten der Karolingern,.n. 1122 J | (1088) ; 1403 (1362) ; 1404 (1363) ; 1423 (1382) ; 1486 (1444) ; 1550 (1508) ; 1554 (1512) ; 1571 (1529) ; 1826 (1777) ; 1993 in \ (1941) ; 2034 (1979). — ? Constitutio de Hispanis prima,
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Il semble cependant qu'après la mort de Louis le Débonnaire et la dissolution de l'Empire (840-843), la compétence du tribunal du comte se soit peu à peu restreinte, et que celle de l’immuniste ait, en sens inverse, progressivement gagné du terrain : ceci ressort de la comparaison entre les deux præcepla accordés aux réfugiés espagnols en 815 et en 844. « Dans le premier, rendu par Louis le Débonnaire au début de son règne, toutes les causes criminelles sont formellement réservées au tribunal du comte, que l'accusé soit un des réfugiés ou que ce soit un habitant de leurs domaines 1. On a même pris soin d'énumérer les principaux crimes dont la connaissance est ainsi réservée au tribunal public : ce sont le rapt, l'incendie, le meurtre, la lésion d’un membre, le brigandage, le vol sous ses diverses formes, l'usurpation des choses d'autrui. Au contraire, dans le diplôme de confirmation de Charles le Chauve de 844, cette réserve générale des causæ majores a disparu. Le roi restreint l'action du tribunal du comte sur les Espagnols et sur leurs ressortissants à trois actions criminelles qu'il désigne expressément : le meurtre, le rapt et l'incendie 1. En dehors de ces trois crimes dont le jugement lui est réservé, le comte a perdu toute juridiction sur les réfugiés et sur leurs hommes. Il en résulte nécessairement que désormais le tribunal d’immunité va juger certains crimes, comme la lésion d'un membre, le brigandage, le vol, le pillage, l'usurpation des choses d'autrui que le comte jugeait autrefois. Si l'accusé est un Espagnol, il sera jugé par un tribunal spécial, selon les coutumes en usage. Si c'est un homme libre ou demi-libre, habitant le domaine d'un Espagnol, il sera jugé par le propriétaire immuniste de ce domaine. Le progrès est aussi important qu'il est manifeste. A-t-il eu lieu dans toutes les immunités ? Nous l’ignorons. Ce qui est certain, c'est que la décision de Charles le Chauve est la première manifestation du mouvement qui devait au Moyen Âge attribuer la haute justice aux anciens immunistes de l'époque franque 12. »
L'extension de la justice d'immunité est plus caractérisée en matière de compétence, ratione personæ. Limitée au début aux contestations surgies entre habitants de l’immunité, nous voyons à l’époque carolingienne que le tiers, au lieu d'avoir seulement la faculté de recourir au tribunal de l'immuniste pour essayer d'un accommodement, est obligé d'y recourir et ne peut plus s'adresser immédiatement et directement au tribunal public. Cela ne se fait pas partout d'une manière égale et uniforme. En 815, en 819, Louis le Débonnaire parle du devoir qui incombe aux habitants de l'immunité de comparaître devant le tribunal du comte, assistés de l’avoué représentant l’évêque immuniste 13. Mais en sens inverse, d'autres textes, dès la deuxième moitié du VIIIe, excluent toute condamnation de la part du judex publicus contre un habitant de l’immunité ; au milieu du IXe, c'est devenu un principe général, et sous les successeurs de Louis le Débonnaire, il n'est pas rare que les diplômes d’immunité disent expressément que les habitants du domaine ne doivent être appelés que devant l’avoué, qu'ils ne doivent pas être jugés ailleurs 1. Le tiers qui a à se plaindre d’un habitant de l’immunité doit s'adresser à l’immuniste ou à ses représentants. Deux actes notoirement faux ?, fabriqués au Mans à une époque très ancienne, au milieu du IXe 3, mis ensuite sous les noms de Charlemagne et de Louis le Débonnaire de qui ils sont presque contemporains, nous donnent d’utiles renseignements aux environs de 850. Or, d’après ces actes, ni le judex publicus, ni un homme libre, ni qui que ce soit n’a le droit de citer immédiatement devant le tribunal public les agents de l'église immuniste. Si un tiers quelconque a une prétention à faire valoir contre un habitant de l'immunité, ou une réclamation à élever, il doit s'adresser d’abord aux agents de l’église, aux judices des villas sur lesquelles vivent les hommes qui lui ont causé un préjudice pour obtenir justice par leur intermédiaire. S'il n’a pu l'obtenir, il doit s'adresser à l’immuniste. Et c'est seule-
XVIII. LA LÉGISLATION D'IMMUNITÉ. — À l’époque carolingienne, l'immuniste, dans certains pays, exerça le pouvoir législatif. À Coire, au début du IXe, un immuniste rédige une loi pour ses sujets 5, loi d'immunité faite pour les habitants d'un territoire immuniste. L'évêque de Coire avait succédé aux pouvoirs des médiocres judices du Bas-Empire, asserlores pacis et defensores civitatis, Charlemagne *, Louis et Lothaire l'avaient pris les évêques et le peuple de Coire sous leur protection particulière, et leur avaient permis de vivre d'après leurs lois et coutumes, ce qui, grâce à l'isolement de cette contrée, faisait de l'évêché de Coire au IXe une manière d'état ecclésiastique à demi-souverain. La loi faite par l'évêque doit être lue publiquement au peuple par les prêtres deux fois par mois : Statuimus enim omnis presbiter habeat brevem istum semper habet se, el in unoquoque mense duas vices legat eum coram omni populo et explanet eum illis, quae illi conent possint intellegere, unde se debeant emendare vel custodire. Ceux à qui la loi s'applique sont des romani homines qui ad domnum Remedius episcopum perli-
Cette loi fut faite sous l'épiscopat de Remedius, vers l'an 800. L'évêque n’en est pas, à proprement parler, l’auteur. La loi paraît avoir été promulguée dans une assemblée composée des agents laïques de l'évêque, des prêtres du diocèse, des vassaux et des sujets de l'immunité. Quoiqu'elle paraisse l'œuvre de cette assemblée, elle n'a sans doute été édictée que du consentement de l’évêque, qui en est probablement l'inspirateur, peut-être le rédacteur. On voit qu'il a voulu réformer dans le sens des idées canoniques le système pénal de la Lex romana curiensis ; il suit dans ses douze chapitres l'ordre du Décalogue, adopte, en cas de récidive, une gradation qui repose sur des idées ecclésiastiques. La loi punit le faux témoignage que ne plus sévères, surtout de la peine de mort, excède la raison ; pour des raisons particulières, elle s'est étendue, comme en obtenir justice par leur intermédiaire. S'il n’a pu l'obtenir, il doit s'adresser à l’immuniste. Et c'est seule-
XX. PROTECTION DE LA PUISSANCE IMMUNISTE. — Voici une chose entièrement nouvelle. À l’époque mérovingienne, la mainbour et l'immunité sont deux institutions complètement séparées, produisant des effets différents qui se maintiennent tels pendant la plus grande partie du règne de Charlemagne. Dans les dernières années du VIIIe, cependant, on en vient à admettre qu’une protection particulière est due à l'immunité.
Après avoir eu pour principale préoccupation de se mettre à l'abri des comtes, les abbés se trouvaient maintenant dans une situation nouvelle à l'égard des évêques et des potentes qui leur devenaient aussi redoutables que les comtes eux-mêmes. Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours, en vient à être obligé d'écrire à Ragnobert, évêque de Limoges 1, de renoncer à ses exactions, sinon Saint-Martin prendra en personne la défense de ses biens, contre l'évêque qui veut les pressurer et recourt pour cela aux peines ecclésiastiques, interdisant en cas de refus aux prêtres du domaine de célébrer la messe. Sous les Mérovingiens, le pouvoir royal avait été quelquefois sollicité contre de tels abus ; si le souverain consentait à prendre parti, la chancellerie insérait des clauses par lesquelles le roi ordonnait aux fonctionnaires, comme à toute autre personne, de ne rien voler, de ne rien dérober au monastère. Sous les Carolingiens, les immunistes eurent la partie belle. D'abord on voit naître l’idée que l’immunité implique une protection spéciale du roi, dans les diplômes pour Saint-Calais (10 juin 760), pour Prüm (3 août 763), pour Echternach (752-758), pour Aniane (27 juillet 972). Ensuite l'idée se généralise et devient une institution. Charlemagne, dans quelques diplômes, menace tout fonctionnaire public qui violerait l'immunité d'une énorme composition de 600 sous d’or 22. En 803, une loi de l'Empire étend la composition immunitatis à toute atteinte, tout dommage causé aux biens compris dans l'immunité par une personne quelconque 1. Si quis in emunitalem damnum aliquid fecerit, DC solidos.
3 ponat. Cette dernière extension est maintenue par “Louis le Débonnaire 1, et devient définitive. Désormais “la compositio immunitatis punit tout dommage causé aux biens immunistes, sans distinguer s’il avait ou non été commis par des fonctionnaires royaux. - Cette innovation législative entraîne un changement important dans la formule de diplôme d'immunité | qui contient désormais une clause expresse par laquelle | le roi prend l'Église sub sua protectione et immunitatis defensione ou bien sub sua defensione et immunitatis tuitione. A partir du début du xsiècle, tous les diplômes de concession ou de confirmation contiennent une clause semblable rédigée en des termes presque tous identiques ?. Il n'existe qu'un seul diplôme, pour | “Donzene , où l'immunité est accordée sans qu'il soit fait mention de la defensio. C’est probablement le résultat d’une négligence du scribe. Les scribes de Louis le Débonnaire et leurs successeurs allèrent plus loin. Comme cette protection était liée à l'immunité par une disposition juridique générale, ils en arrivèrent à la considérer comme une conséquence naturelle de l'immunité, et firent commettre à Louis une erreur certaine, en lui faisant dire, dans les confirmations des vieilles chartes d’immunité, que ses prédécesseurs avaient accordé la defensio immunitatis . = H y à ici une institution complètement nouvelle et qui, par sa date, demeure en dehors de nos études. Ce sur quoi nous devions insister, c'était l'innovation législative de Charlemagne qui reste d'une importance ‘capitale dans l'histoire de l’immunité. L'interdiction de pénétrer dans le domaine faite aux judices publici subsiste au x° siècle ; mais l'interdiction spéciale, sanctionnée par une composition de 600 solidi, est devenue le trait essentiel de l’immunité à la fin de l'époque carolingienne. C’est elle surtout que les hommes de ce temps voient dans l’immunité. Ainsi on “en arrive à rédiger les actes où le mot immunité n’a “plus que le sens de protection. Ainsi Agilmar, archevêque de Vienne, reçoit de Lothaire Ier, en 853, un præceptum immunitalis per quod omnes res suas illi F sancimus, etl, quieto geas ipse ac pacifico jure possideat et cum ipsis rebus vel hominibus... sub nostræ (i immunitatis tuitione ac mundeburdo quiete vivere ac pacifice residere [liceat] 5. Il n’est pas dès lors surprenant que la composition elle-même ait fini par s'appeler immunitas . Cependant cette protection royale devient bien vite caduque et les rois carolingiens se fatiguent à rappeler l'observation des diplômes et des capitulaires concernant la defensio immunitalis. Défenses et menaces sont-elles bien exactement observées ? Il est permis de se le demander. nonobstant toutes les recommandations. En 816, le 22 août, Louis de Débonnaire prend en main les intérêts de Murbach ; “en 822, le 24 mars, il s'occupe de ceux d'Aniane : … Ui homines ac famuli memorati monasterii in omnibus locis ad vestra ministeria pertinentibus pacem habeant et eis liceat cum securitate memorato monasterio obserBoire T, Les missi impériaux ont ordre d'insister et de rappeler au peuple quand ils lui adressent la parole que les » immunités ne doivent jamais être violées et que toute …_ atteinte aux biens qui y sont compris sera punie avec … sévérité. Voici ce qu'on lit dans l'Adlocutio missi cujuspr Divionensis # : Propter cognitas vobis necessitates - elnimias perturbationes quæ in regno isto eveneruni sicut “scilis, senior noster Karolus plurimos fideles regni sui
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370 tam episcopos quam abbates el comites al que reliquos regni sui fideles mediante Februario mense apud Carisiacum congregans, hæe capilula ab ipsis confirmata nobis transmisii, ul ea vobis denuntiaremus, ut el vos cum omni dimore Dei et legali imperio observare cum justitia studeatis omnes que christiani, qui in nostrae consistunt missalico. Dans ce discours d'un missus du missaticum de Dijon, le personnage tantôt commente, | tantôt récite les capitula du roi.
Nonobstant ces avertissements, les textes nous parlent sans cesse d'immunitas fracta * et les plaintes des conciles à ce sujet sont fréquentes : à Meaux, en 485 ; à Mayence, en 847, c'est toujours le même cri : Pristinæ immunitates et confirmattones infringuntur, Il est clair que la royauté défaille ou se dérobe ; aussi l'Église commence à ne plus compter que sur elle-même, et les conciles prennent le parti d'excommunier ceux qui violeraient l'immunité : Quisquis.. domum Dei ducit contemptibilem, et possessiones Dei consecratas di que ob honorem Dei sub regio immunitalis defensione conslitutas inhoneste traclaverit vel infringere presumpserit, quasi invasor et violator domus Dei excommunicefi ALT XXI. SUBORDINATION DE LA PUISSANCE IMMUNISTE, —- À l'époque carolingienne, la situation du propriétaire immuniste ne fait que grandir et son domaine tend à devenir un organe administratif complètement autonome. Ceci est l’œuvre consciente, voulue, progressive des Carolingiens, inaugurée par les chefs de la. dynastie à ses débuts, envisagée par eux comme une application de leur système de déconcentration administrative. Pépin et Charlemagne sont des politiques trop avisés pour ne pas apercevoir le danger qui résulte de l'existence d'une série d'enceintes réservées, dont les habitants sont de plus en plus soustraits à l’action de la puissance publique ; pour remédier sinon à tous inconvénients du moins aux plus graves, ils rattachent le plus étroitement qu'il leur est possible l'immuniste au pouvoir royal et ils introduisent les avoués au cœur de l’'immunité. > Nous avons vu avec quelle habileté et quelle ténacité les immunistes avaient réussi à évincer le judex publicus du territoire de l’immunité dès le temps des Mérovingiens. Les Carolingiens envisagent l'immuniste comme un intermédiaire utile, mais ils ne prétendent pas le débarrasser de tout contrôle ; c'est pour quoi nous rencontrons dans les capitulaires un certain nombre d’hypothèses où le fonctionnaire public peut entrer dans le domaine, nonobstant l’immunité (nor resislente emunitate), et y exercer ses fonctions, D'abord il en sera ainsi si l’immuniste refuse de livrer le criminel qu'on lui réclame. Il y avait dans le refus de livrer le criminel une extension abusive du droit d'asile (voir ce mot) ; aussi, dans le capitulaire d'Héristal (mars 779), Charlemagne ordonne au judexr immunitalis de transférer les latrones au tribunal du comte, sous peine pour l’'immuniste récalcitrant de perdre beneficium el honorem ; et, en 803, un autre capitulaire organise la procédure d'extradition 13. Tout criminel réfugié sur une immunité sera réclamé de l'évêque, de l'abbé ou de leur représentant par le comte. En cas de refus, l'immuniste ou son représentant est condamné à une amende de quinze solidi ; si une deuxième sommation reste sans effet, l'amende est portée à trente solidi ; enfin, si la troisième sommation est inutile, l’immuniste devra réparer tout le dommage
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causé par le criminel et le comte pourra pénétrer dans le domaine pour le rechercher. Si l'immuniste prétend s'y opposer à main armée, il paiera une amende de six cents solidi. L'immuniste n'évitera cette extrémité que s’il peut prêter serment que le criminel réfugié sur le domaine a pris la fuite, sans sa connivence. Dans un capitulaire de 804-813, les deux premières amendes sont maintenues, mais le comte ne pourra envahir le domaine après la troisième sommation qu'après en avoir référé à l’empereur et pris ses ordres 1. Malgré cette atténuation, la procédure déterminée par le capitulaire de 803 resta en usage, comme on le voit par l’édit de Pistes, du 25 juin 864 #,et dans le capitulaire de Kiersy, du 4 janvier 873 3.
En second lieu, le fonctionnaire public doit entrer dans l’immunité, lors que l’immuniste refuse d'accomplir les charges publiques dont l'immunité n’exempte pas, c'est-à-dire le service militaire, le service de garde et les corvées pour la construction des ponts et des routes $.
En troisième lieu, le judex publicus peut entrer dans l'immunité quand il s’agit de réprimer un abus qui se produit à l'occasion de l'immunité elle-même 5. Partout où les missi trouvent un évêque ou abbé faisant obstacle à ce que justice soit rendue, quelle que soit l'importance du personnage, ils entreront chez lui et vivront sur ses biens jusqu'à sa soumission ® La pensée dont s'inspirent ces mesures est d'empécher les abus que pouvait commettre l'immuniste. Celui-ci, après la disparition de l'immunité laïque, est archevêque ou évêque, abbé ou abbesse et très ” étroitement subordonné au roi, car le roi carolingien a pris très au sérieux son caractère de représentant et fondé de pouvoirs de Dieu. Il estime, ainsi que le dit Charlemagne dans une lettre au pape Léon III, que son devoir est « de défendre par les armes partout à l'extérieur la sainte Église du Christ contre les incursions des païens, et les dévastations des infidèles, et la fortifier à l’intérieur dans la connaissance de la foi catholique 7. » Aussi traite-t-il non seulement à égalité avec les pasteurs des diocèses et les chefs monastiques ; on pourrait même dire qu'il leur fait sentir une nuance de supériorité, il se tient pour un intermédiaire entre Dieu et les chefs des Églises. Il légifère, il décide tout ce qui a rapport à la vie intérieure, à la moralité, à la discipline, à l'instruction du clergé séculier et régulier, comme tout ce qui regarde l'administration des comtes et des missi. L'omnipotence qu'exerce ce souverain plus entreprenant en matière religieuse que ne l'ont été Constantin et Justinien s'autorise du pouvoir qu'il a de nommer évêques et abbés, car il en vient à tenir si peu de compte du droit électif du peuple et de celui des moines, qu'on voit les Carolingiens distribuer évêchés et abbayes comme ils distribuent les comtés et les domaines du fisc.
Une fois désignés, les évêques et les abbés restent sous la dépendance directe du roi qui les surveille, le leur rappelle et fait contrôler sévèrement leur administration par les missi ® qui sont, il est vrai, le plus souvent des ecclésiastiques, mais qui agissent à titre de commissaires du roi. Aussi le prélat ecclésiastique ou monastique, si arrogant à l'égard de ses administrés, se découvre soudain homme plein de respect et | taires ecclésiastiques et fonctionnaires de l’État, | | domaine soumis au droit wisigothique, defensores. ? d'égards dans ses rapports et sa Correspondance avec les agents du pouvoir. Au point de vue administratif, évêques, abbés ou comtes différent très peu entre eux ; tous sont les instruments de la pensée du prince. Cela P est si vrai que toute l'organisation politique de la monarchie carolingienne porte la trace évidente de x cette conception administrative *. Dans le comté, le comte et l’évêque sont en réalité deux agents égaux, devant se prêter un mutuel appui et se surveiller l'un l'autre. Les missi vont d'ordinaire accouplés : un comte et un évêque : enfin, dans les plaids, les évêques ! et les abbés siègent à côté des comtes.
Ces évêques, ces abbés qui sont tout ensemble dignisont les immunistes carolingiens. Ils vivent en bons rapports avec le souverain, servent volontiers sa politique qui ressemble trop à leurs opinions et favorise trop ostensiblement leurs intérêts pour qu'ils la condamnent. En outre, le chef de l'Église commence intervenir de plus en plus fréquemment dans les affaires de l'Église des Gaules, il favorise le pouvoir royal dont il est le client reconnaissant et le pape fait à l'empereur une part si large que les gens d'église auraient mauvaise grâce de se montrer trop exigeants. La monarchie de Charlemagne prend un caractère ecclésiastique si prononcé que le souverain n'a rien ou croit n'avoir rien à appréhender des immunistes ecclésiastiques ; il vit avec eux en confiance, et doit ne rien | redouter de leur part.
En 614, Clotaire I avait décidé, nous l'avons déjà dit, que les agents ou juges de l'immunité devaient être choisis parmi les habitants du pagus où étaient situés les biens de l’immuniste. Les agents n'en demeuraient pas moins des intendants privés. Au contraire, Charlemagne fait de l’avoué un représentant du roi autant que de l’immuniste. De là une série de dispositions législatives : les capitulaires rendent l'avoué obligatoire, ils subordonnent sa nomination à des conditions déterminées, ils établissent des incapacités, ils exigent d'eux des garanties matérielles et morales, ils leur reconnaissent des droits et des privilèges.
La présence d'avoués dans les immunités ecclésiastiques à l'époque mérovingienne est obligatoire ; Charlemagne, Pépin, Lothaire répètent à plusieurs reprises : Volumus ut episcopi, abbés et abbesses aient des advocatos, Ils peuvent avoir, à leur gré, un ou plusieurs avoués non seulement quand ils ont des biens dans divers comtés, mais même si tous leurs biens sont dans le même comté. Le choix de l'avoué n'appartient pas à l'immuniste sans restrictions. La nomination des avoués appartient au roi qui exerce son droit directement pour les monastères royaux, ou bien charge ses missi de faire choix en son nom : Ut missi nostri scabinios, advocos, notarios per singula loca elegant et eorum nomina, quando reversi fuerint, secum scripta deferant. Si, pour une raison quelconque, le roi n'exerce pas son droit de nomination, le capitulaire de 809 nous apprend que des advocati et les vice domini doivent être nommés cum comite et populo, ce qui veut dire que la désignation des futurs avoués doit être faite par l’évêque, l'abbé ou l'abbesse, avec le concours du comte et du peuple. L'avoué doit être un homme libre et laïc. Un itulaire de Pépin, roi d'Italie, de 782 à 786, permet »qu'il soit clerc ou laïc« , mais cette décision, vraie à la fin du VIIIe, a cessé de l'être au début du IXe ; à ce moment les laïques seuls furent admis à exercer les fonctions d'avoué ; le concile de Mayence, en 813, vise expressément et ne vise qu'eux. — L'avoué ne peut être choisi parmi certains agents du pouvoir royal. Un capitulaire de 819 interdit à tout évêque, abbé ou abbesse d’avoir pour avoué le centenier du comte ; le comte non plus ne peut être choisi comme avoué. Mais au contraire, l'évêque ou l'abbé immuniste qui a connaissance du droit présente les garanties de leurs droits et utiles services.
En outre, les avoués doivent offrir des garanties morales et matérielles, être gens de bonne réputation, notoirement honnêtes, aimant la paix, la justice, éloignés de toute pensée cupide. Ils doivent connaître le droit, posséder des biens dans le comté où sont situés les biens de l'évêque ou de l'abbé qu'ils représentent. Il en résultait que l’évêque ou l'abbé qui avait des possessions dans différents comtés devait choisir, comme autrefois les évêques et les potentes mérovingiens, un avoué spécial dans chacun de ces comtés. Les avoués jouissent de droits et de privilèges ; il paraît probable qu'ils recevaient une rémunération de certaines charges publiques, notamment du service militaire.
L'avoué n'a pas été, comme on l'a dit sans preuves, “le protecteur, le défenseur armé de l’immunité ecclésiastique” ; cette opinion ne trouve aucun appui dans les textes avant la fin du Xe ; c’est le roi qui est le “Comte pour celles du comté”. L'avoué, sous Charlemagne et ses successeurs immédiats, est une sorte de fonctionnaire de l'immunité ecclésiastique, un agent de l'Église et de l'autorité centrale, soumis au contrôle au nom de l’immuniste la puissance administrative et coercitive que le comte ne peut plus exercer à l’intérieur du domaine. Il peut commander, contraindre, poursuivre les délinquants, saisir les coupables, rechercher les fugitifs, contraindre au paiement du cens. C'est lui qui lève les impôts pour l'immuniste, fait acquitter les charges ou prestations quelconques, en argent ou en nature, dont le roi a fait abandon à l’Église. L'avoué dirige et surveille le marché et l'atelier monétaire que chaque immuniste possède.
IMMUNITÉ
Tation raisonnable et jouissaient en outre de l'exemption, protecteur des Églises pour tout le royaume et le réciproque de l’immuniste et du roi. L'avoué exerce la juridiction pour l'immuniste, rend la justice au nom du propriétaire, préside le tribunal de l'immunité, entouré d'assesseurs choisis parmi les hommes libres du domaine : enfin il fait exécuter la sentence. Un capitulaire de 802 souhaite que les avoués soient toujours ad omnes justitia perficiendi semper paratos, legem pleniter observantes absque fraude maligno, justum semper judicium in omnibus exercentes. La même pensée se retrouve dans le capitulaire de 805, qui veut que les avoués soient choisis de telle façon qu'ils sachent et veuillent juste causas discernere et terminare. L'avoué est appelé quelquefois centenarius, parce que la juridiction de l'immuniste qu'il exerce est limitée aux causæ minores, et se trouve ainsi la même que celle du centenier. En plus de ces fonctions administratives et judiciaires, l’avoué peut être chargé dans l’immunité de l'exploitation du domaine, au sens économique du mot, mais ce n’est que d’une manière exceptionnelle qu'on lui voit remplir ainsi les fonctions de régisseur. La situation de l'avoué était prépondérante dans l'immunité, bien qu'il n'exerçât ses fonctions qu'à titre de représentant de l'évêque ou de l'abbé immuniste. Quoiqu'il eût pu être délégué par eux avec des pouvoirs restreints, généralement il jouissait de la délégation complète.
XXII. LE DIPLOME D'IMMUNITÉ CAROLINGIENNE. — Le titre fondamental de l'immunité, le diplôme, a subi peu de modifications. Comme le diplôme primitif qui exclut les judices publici du domaine, le diplôme obtenu des rois carolingiens est concédé ou renouvelé à la demande expresse du bénéficiaire. Charlemagne avait accordé à l'Église de Grado un diplôme d'immunité dont le patriarche Venerius sollicita la confirmation de Louis le Débonnaire (826-827). Le document est curieux en ce qu'il nous montre l'adresse de gens qui savent mêler la religion et le surnaturel à dose égale avec les intérêts temporels : Domno Hludovico imperatori piissimo et christianissimo victori ac triumphatori semper Augusto totius urbis orthodoxi terra marique nosiro domino Venerius humillimus servorum Dei omnium servus sanctæ metropolitanæ sedis Gradensis civilis-episcopus in vestro sancto servilio supliciter devotus. Igilur notum facio pietati vestrae eo quod sancte recordationis domnus Karolus Magnus genitor vester propter Deum et sua sancta anima ad gloriam sancti Marci evangelistæ et beati Hermagoræ priscis pontificis in sancta nostra Ecclesia emunitatis preceptum pro munere communicare dignatus est... Unde firmiler credimus irratissime domne quod sancta illa anima qui tam mirabile lumen ad gloriam dignitatis Christi pontificibus et martyribus in hoc seculo pro luminaria concessit, ab angelis in paradiso Domini et Abræ sinu esse conlocatam scimus, quia scriptum est : « Qui me inluminat et ego in eternum inluminabo eos. » Propterea enim supliciter imploramus serenitatem sancti imperii domini nostri, ut propter Deum et dulcissima anima vestra habeamus preceptum de vestra imperiali potestate ut sicut ille benignissimus suis temporibus erga sanctorum monumenta epigramme lerminum fecit, ita et vos per vestram mercedis augmentum preceptum genitori vestro consolidare jubeatis, ut sicut antecessores mei cum suis sacerdotibus gratulaverunt temporibus suis, ita et nos nostris temporibus de largitate serenitatis vestrae exullare mereamur, quemadmodum favor vester cuncto orbi terrarum perlustrat, quatenus et a Deo vobis maxima merces commutata maneat, et Dominum Deum possessorem celi et terre pro stabilitate et sospitale vestri magni culminis arcem seu vestram dilectissimam prolis beatus Marcus evangelista et beatus Hermagoras archisacerdos et martyr cum quadraginta sociis suis sanctorum veneranda corpora hic pro amore amplectitur. Ante tribunal ejus vobis intercessores existant. Et nos licet indigni una cum episcopis et sacerdotibus nostris cuncta que christianissima plebs pari voce conjuncti die noctuque pro vestro pietalis imperio et christianissimo vestro pallatio seu magnificentissimis comitibus et curia et plebe fideli seu cuncto populo domini nostri Jesu Christi misericordiam exorare non cessemus. Direximus autem apud sacra imperialia vestigia domni nostri Tiberium diaconum et vicedomnum nostrum seu et humillimum servulum nostrum, gerulum nostrum, de quibus quasi presentaliter domno nostro osculantes vestigia quæso commendatos habere, ad quorum ex nostre injuctionis eloquium meus benignissimus imperator et dominus dignas jubeat inclinare aures, tam verbotinus quam que et per capitulare designatum plenissima eorum adsit imperialis vestre potestalis credulitas. Ob his enim excellentissime imperator et domne summa cum humilitate victoricem excellentiam vestram omnipotens Dominus per multorum annorum curricula incolumen conservare et regere dignetur. Commendamus nostram fragilitatem in vestris serenissimis imperialibus obtutibus nunquam et semper amen.
En réponse à cette lettre, les empereurs Louis et Lothaire confirmèrent à Venerius l’immunité : In litteris sanctitatis tuæ quæ nobis per missum tuum Tiberium missili, scriptum reperimus quod... Sous les Carolingiens, la pratique des confirmations d'immunité s'est, en effet, maintenue. On confirme non seulement à chaque changement de règne, mais souvent à chaque changement de bénéficiaire, le nouvel abbé voulant avoir un diplôme à son nom. L'objet du diplôme est toujours semblable : ce sont toujours des défenses adressées aux judices publici de pénétrer dans le domaine. Les missi ne sont pas des fonctionnaires publics et n’entrent pas de plein droit dans l'immunité ; plusieurs diplômes les en excluent spécialement. Pour plus de sûreté, le monastère qui a déjà acquis l'immunité la demande de nouveau pour un bien isolé nouvellement acquis.
Les variantes entre diplômes carolingiens sont nombreuses. Nous savons que le refus d'entrer opposé aux judices publici tend à leur interdire de rendre la justice, de percevoir l'impôt en argent ou en nature, d'agir par voie de contrainte ou de réquisition ; or il est fréquent que le diplôme mérovingien. Nous avons ainsi n'est pas rare que l’une ou l’autre de ces trois conséquences soit omise dans le libellé du diplôme. C'est ainsi que le passage relatif à la distrinelio (ad homines ipsius Ecclesiæ distringendos) est omis dans le diplôme de concession et reparaît dans le diplôme de confirmation. On pourrait faire la même remarque au sujet des fidéjussores tollendos, des causas audiendas, des freda. En ce qui regarde les charges publiques en argent ou en nature, tantôt les scribes de la chancellerie impériale mentionnent les impôts généraux, tributa, reddibitiones, tantôt des impôts locaux, stopha, inferenda ; tantôt des péages et tonlicus : Nec ullum teloneum de omnibus causis exactando penitus ingredere [non præsumatis ] nec rotaticum, nec foraticum, nec pulveraticum prendere nec exigere. Tout dépend de l'arbitraire du scribe qui a rédigé l'acte. Il peut énumérer plus ou moins complètement ces diverses conséquences, employer une tournure plus ou moins longue, les récapituler à la fin ou non. Toutes ces divergences de détail n'ont aucune signification réelle. La défense de l'introtus, même exprimée par le seul mot d'immunitas, suffit à tout et constitue l'immunité. De tous les diplômes carolingiens, seuls les actes pour Prum semblent restreindre d’une façon particulière cette défense de l’introitus judicum on y lit ceci : Ut nullus judex publicus absque jussione nostra vel heredum nostrorum... non præsumat ingredere. Nonobstant ces divergences de détail dans la rédaction, l'unité se retrouve dans le fond et les différences ne sont pas telles qu'elles nous imposent de croire que tel diplôme conférait moins de droits que tel autre diplôme. Il a existé, au moins pour les points importants, une rédaction commune et traditionnelle compatible avec des différences de style. Il y a eu ainsi un type de diplôme d'immunité qui est au fond le même pour l’époque carolingienne que pour l'époque mérovingienne.
Sous les premiers Carolingiens, Pépin et Charlemagne, on montre d'abord une sorte de timidité et la confirmation d’immunité consiste à transcrire textuellement un diplôme pour Saint-Denis qui reproduit mot pour mot le diplôme de Chilpéric II du 29 février 716 ; de même un diplôme pour Munster qui reproduit le diplôme de Chilpéric II de 673 ; pour Saint-Bertin qui reproduit le diplôme de Clovis III ; pour Saint-Maur-des-Fossés, qui reproduit textuellement un précédent diplôme mérovingien perdu ; pour Spire, qui reproduit le diplôme de Childéric II. S'il arrive que les scribes de la chancellerie ne s'astreignent pas à copier le diplôme qu'il s’agit de confirmer, ils copient de préférence la formule de confirmation qui fait partie du formulaire. C'est ainsi que la première concession d'immunité d'un carolingien, le diplôme de Pépin, maire du Palais, pour Saint-Vincent de Mâcon, n’est que la reproduction littérale de la formule de Marculfe, I, 11, jusque dans ses plus petits détails. Des diplômes pour Honau, T Novalèse, Fulda ne sont que la répétition littérale de Marculfe, I, m. Ceux qui s'en écartent pour la rédaction n'en sont que des remaniements, ou bien des copies d'autres formules que nous n'avons plus.
Les scribes des maires du Palais ont donc introduit la collection de Marculfe dans la chancellerie carolingienne, mais, vers 780, celle-ci commença à s'affranchir des modèles mérovingiens. Les scribes cherchent à faire mieux. La réforme grammaticale de Charlemagne commence à préoccuper les esprits, à leur faire sentir l'incorrection énorme du langage du VIIe, et ils s'efforcent d'émonder, d'améliorer ce jargon. Cette réforme se fait sentir d’abord dans les concessions d'immunités des diplômes de Charlemagne pour l'Italie, mais cette rédaction nouvelle semble destinée spécialement à l'Italie. Ce n'est que sous Louis le Pieux qu'on voit apparaître dans tous les diplômes d'immunité, concessions et confirmations, une rédaction nouvelle pour tout l'empire franc, et où se fait nettement sentir l'influence de la renaissance littéraire accomplie sous Charlemagne. On est maintenant bien loin du rauque langage de Marculfe et des scribes mérovingiens.
Voici un exemple de cette transformation : Immunitas domni Hludovici... Nolum esse volumus cunctis fidelibus nostris, præsentibus et futuris, qui a venerabilis vir ille [episcopus] ecclesie quæ est constructa in honore sanctæ Mariæ semper virginis in loco qui dicitur illo missa petitione deprecatus est nos, ut prædictam sedem cum omnibus ad se juste et legaliter moderno tempore pertinentibus vel aspicientibus sub nostra tuitione et immunitatis defensione cum rebus et mancipiis constitueremus ; quod ita fecisse omnium fidelium nostrorum cognoscat industria. Præcipientes ergo jubemus ut nullus judex publicus vel quislibet ex judiciaria potestate in ecclesias aut loca vel agros seu reliquas possessiones memorales ecclesiæ, quas moderno tempore infra ditionem imperii nostri jure possidet, vel quæ deinceps in jure ipsius loci voluerit divina pietas augeri, ad causas judiciario more audiendas vel discutiendas, vel freda exigenda, aut mansiones vel paratas faciendas, aut fidejussores tollendos, aut homines ipsius ecclesiæ contra rationis ordinem distringendos, nec ullas reddibitiones vel illicitas occasionem requirendas, ullo unquam tempore ingredi audeat, vel ea quæ supra memorata sunt penitus exigere præsumat. Sed liceat memorato episcopo et suis successoribus res prædictæ ecclesiæ cum omnibus quæ possidet quielo ordine possidere et nostro fideliter parere imperio. Quidquid vero fiscus exinde sperare poterit, totum nos pro æterna remuneratione prædictæ ecclesiæ ad stipendia pauperum et luminaria concinnanda concedimus ut clericis ad supradictam ecclesiam de gentibus melius delectet pro nobis conjuge proleque nostris et totius imperii nostris stabilitate Domini misericordiam assidue exorare.
La transformation s'opéra exclusivement dans la forme et dans le style du diplôme, le fond et l’enchaînement des idées demeurèrent immuables, comme on peut s'en convaincre en comparant deux diplômes d'immunité, l'un mérovingien, dans Marculfe, I, I, n. 1v, l’autre carolingien, dans les Formulæ imperiales, n. 28. Il n'y a à signaler d'autre différence que la prise par le roi de l’évêque ou de l'abbé sous sa fuitio ou defensio de son immunité ; c'est une conséquence de la protection spéciale sanctionnée par l'amende de 600 solidi qui, depuis Charlemagne, punit toute violation de l'immunité. Mais les diverses interdictions adressées aux fonctionnaires publics restent sensiblement les mêmes.
Il arrivait, à l'époque carolingienne, que le diplôme adressé aux fonctionnaires publics ne leur était pas toujours remis ; afin d'éviter toute contestation, et voyant que l'immuniste refusait parfois de se dessaisir de l'acte pour avertir le fonctionnaire public, la chancellerie carolingienne prit le parti d'adresser directement à ces fonctionnaires des ordres spéciaux en même temps qu'ils délivraient à l'immuniste le diplôme d’immunité qu'il devait conserver. Ces ordres, consignés dans un mandat, répètent les prescriptions du diplôme. En voici un exemple ; c'est le mandat adressé par Louis le Débonnaire à tous les comtes et missi pour leur ordonner d'observer l'immunité accordée à Saint-Martin-de-Tours :
19 L’avoué. — Dès la seconde moitié du 1x° siècle, la dynastie carolingienne tend vers sa ruine, les liens administratifs se relächent et l’avoucrie cesse de s'inspirer des ordres de la royauté dont elle s'affranchit le plus qu'elle peut. A partir de Fan 850, la royauté se départ fréquemment en faveur des évêques et des abbés de son droit de choisir l’avoué (facullas eligendi), droit qu'elle transporte aux intéressés. Le premier exemple de cétte concession se lit dans un diplôme de Char les le Chauve pour Cormery, en 850 1. Cet abandon d'un droit essentiel entraîna de graves conséquences. L'avoué, nommé par l'immuniste seul, n'eut plus d'autre mission effective que de défendre les seuls intérêts de l'immuniste. Au x° siècle, le privilège est devenu de règle ? Au changement décisif dans les conditions de nomination de avoué correspond une transformation dans son rôle. Dans la législation des capitulaires, l’avoué apparaît surtout comme lofficier de l’immunité ecclésiasti que. Il n’est en aucun cas le protecteur de l'Église ; c'est le roi qui est le protecteur de toutes les églises de son royaume, et le comte de cel les de son comté, Mais, dès la seconde moitié du 1x° siècle, le pouvoir royal n'est plus assez fort pour réduire promptement les voisins qui inquiètent lévéché ou l'abbaye, ou même pour les défendre contre les attaques de l'ennemi, C'est l’épo que où des ban des de Normands parcourent l'ancien empire de Charlemagne, sans rencontrer de résistance sérieuse, et saccagent les églises et les monastères. Plus que ja mais’ les immunistes ecclésiastiques ont besoin de protection, et, comme ils ne peuvent plus compter sur la royauté pour les défendre, ils vont demander à l’avoué cette protection qui leur est nécessaire. Dés lors l’avoué cesse d'être le modeste représentant de l'immuniste, l'employé subalterne de l'immunité ecclésiasti que, qu'il était dans la conception carolingienne. Il devient le protecteur, le défenseur armé de l’évéché ou de labbaye. Ce caractère nouveau apparaît dans des cas isolés au cours de la seconde moitié du 1x° siècle. Dès cette épo que, les textes nous indiquent clairement que si tel abbé prend un avoué, c'est pour des raisons de sécurité , Pro infeslalionibus vero pessimerum iniquorum que hominum. Avec le temps, ce nouvel aspect se développe. Aux x° et xI ? sièc les, la souveraineté se | dissémine ; de plus en plus la royauté devient incapable d'empêcher les actes de brigandages et les exactions continuel les des voisins turbulents du territoire ecclésiasti que. Aussi, à l'épo que féodale, la transformation du rôle de l’avoué se complète et se généralise, Toute sa mission consiste désor mais à assurer une protection efficace à l’église qui s'est confiée à lui et qui doit être ainsi en mesuré de se défendre contre ses ennemis , | diplôme d’immunité fût un fait accompli, on avait diplômes d'immunité. On en trouve encore d'autres, émanés au x° siècle de souverains allemands depuis 911 ; ils reproduisent pour la plupart des formu les. carolingiennes de l’épo que de Louis le Débonnaire 5. Ceci se passe non seulement en Allemagne, mais en. Italie, dans les royaumes de Bourgogne et d'Arles, et en Lorraine, En France, les rois carolingiens du x° siècle et les rois capétiens du x1 continuent, commen les anciens rois francs, à délivrer des diplômes d'immunité , Bientôt, grâce au régime féodal, on verra les seigneurs eux-mêmes concéder ou confirmer des immunités ; le pouvoir royal n'est plus capable de rien de vigoureux, de rien de suivi : le groupement féodal se | charge de le remplacer # : la royauté subsiste néanmoins, mais elle ne compte plus guère pour rien“ comme royauté. Le roi n'est, aux xë et x° sièc les, qu'un seigneur féodal plus puissant que les autres,“ le suzerain universel. ' Dans ces conditions, un diplôme accordant l'immu-« nité ne se comprend plus. Le privilège de l'exclusion des judi ces publici perd sa raison d'être, puisqu'il n y a plus de fonctionnaires publics, mais seulement des A ducs, des comtes, des vicomtes, qui se sont approprié leur office et se le transmettent héréditairement de père en fils. Le diplôme d'immunité aurait pu conserver sa raison d'être et la signification qu'il avait au ix° siècle d'une protection spéciale et territoriale du domaine privilégié contre les délits et méfaits quel- ` conques commis par toute personne. Et, de fait, nous. pouvons constater qu'il est encore question en France, « au début du xr siècle, de cette protection réelle et territoriale que les capitulaires de Charlemagne avaient attachée à l’immunité et qu'ils avaient sanctionnée de l'amende de six cents solidi , En Allemagne et dans 1 le saint Empire romain, où le pouvoir central était resté plus fort qu’en France et où la féodalité était bien moins anarchi que, on retrouve l'amende de six cents solidi, modifiée, il est vrai, jusqu'au xn® siècle 19, 1 Mais, au cours du x‘ siècle, en France et ailleurs, 4 à des époques diverses, les prescriptions des capitulaires, tombées dans l'oubli, ne sont plus observées. = La royauté, d’ailleurs, aurait été absolument inca1 pable de les faire respecter. Un diplôme d'immunité aux x° et x1 sièc les n’a donc plus de signification. L'immunité est remplacée par de nouve aux privilèges à peu près semblab les en France et en Alemagne. Leur apparition remonte au x siècle, Dès cette épo que, bien avant que la disparition définitive du cherché à substituer quel que chose de réel à ce diplôme qui ne signifiait plus rien et qui rendait illusoire la libéralité royale. Dès le milieu du 1x° siècle, le roi T n'est pas mieux traité que ses fonctionnaires et le M domaine immuniste lui est interdit. Le concile de T Me aux, tenu en 845, se plaint du préjudice que causent ~ aux immunités ecclésiastiques les voyages du roi et « l'obligation de le loger avec sa suite !1, Satisfaction est donnée ; le roi de Lorraine Zwentibold dispense les = hommes d’une église immuñiste de loger et d'héberger = le souverain et sa suite +° ; dans les sièc les postérieurs, ces w privilèges se multiplient ™. Les évêques et les abbés M obtiennent du roi qu'il s’interdise à lui-même l'accès « du territoire privilégié, absolument comme ils avaient. À » obtenu précédemment du pouvoir royal le privilège d'être soustraits à l'autorité des agents roy aux. À Er Cienne formule que nul judex publicus ne doit pénétrer sur le territoire immuniste se substitue la formule qui en exclut le comte, le duc, le roi. C'est encore l'immunité, mais retournée contre la royauté et, néanmoins, elle en arrive à ne plus rien signifier, parce que le développement de la féodalité réduit le roi à si “peu de chose que son influence réelle est à peine un mot dans certaines régions, son autorité effective ne » dépasse pas les limites de la région parisienne, en sorte . que l'exclusion qu'on lui signifie de la part de limmuniste ne signifie plus rien. On n'a pas gran d'peine à — mettre à la porte quicon que ne songe pas même à s’introduire dans le domaine. 30 Le domaine. — Les anciens domaines immunistes - ont conservé en grande partie, aux x°, x1 et xut sièc les, leur condition juridi que antérieure, L'immunité avait | + constitué le régime des biens ecclésiastiques sous les Carolingiens, et l'Église n’aliénait ja mais ses domaines, qui restèrent placés sub emunilale nosira, l'expression fran que. Mais le diplôme tombait en | désuétude pendant que le domaine acquérait l’indé- -pendance complète, car, malgré la puissance d'action | de la féodalité, l'Église fut assez forte pour n'avoir pas - besoin de recommander ses terres, et elle leur conserva - ainsi toute leur franchise primitive. L'ancien domaine immuniste nesubit donc pas, en principe, l'inféodation.
Il resta entre les mains de l’évê que ou de l'abbé avec » la propriété pleine et entière, ne payant de redevance | à personne. C’est ce que l’on appela le franc alleu * ecclésiasti que ou encore la tenure en franche aumône.
< Sur ces anciennes terres d'immunité, désor mais tenues | en franche aumône, l’ancien immuniste, évê que ou » abbé, possède et exerce tous les droits souverains, Il - n'est plus q » la terre d’ service aire des habitants du domaine n'existe | plus qu'en faveur du propriétaire. Et quant à la juriestion d’acquitter des impôts quelconques, glise ne paie de redevance à personne, Le diction, l'ancien immuniste juge maintenant tous les » crimes, quelle que soit leur gravité.
© 1. 18 juillet 635. Dagobert Ier donne à l'abbaye de | …_ Saint-Denis la villa Saclas, sur l'Yonne, dans le pagus > d'Étampes, avec l’immunité abs que introitu judicum. confirmé par Louis le Débonnaire, le 1% décembre 814 ;
. cf. Bühimer-Mühlbacher, Die Regesten der Kaïiserreichs - unter den Karolingern, n. 554 (535).
» monastère de Cou gnon dans les Ardennes, qu'il vient » formu les d’immunité.
IMMUNITÉ
selon | 382 7. Vers 664-666. Childéric II accorde l'immunité à n. 28. n. 55.
383 IMMUNITÉ 384
7. a mars 713. Dagobert III confirme l'immunité | 28. 10 mars 712 {ou 713). Dagobert III confirme la | donation de la villa Ardin à l'évêché du Mans avec | l'immunité., — Actus ponlif. Cenom., édit. Busson et | 29. 18 janvier 712-715. Dagobert III confirme l'immunité pour Saint-Calais. — J. Havet, op. cil, ©. L, p165, n. 7.
30. Vers 711-715. Dagobert III accorde limmunité | 31. 29 février 716. Chilpéric II confirme l’immunité de Saint-Denis. — J. Tardif, Monum. hislor., p. 38, n. 46.
| p. 32 ; n. 24.
. au monastère de Saint-Maur-des-Fossés. — Tardif, .
48. Sans date. Pépin confirme l'immunité à Murbach. — Diplom. Karol., p. 25, n. 17.
49. Sans date. Pépin confirme l'immunité à l'évêché . de Worms. — Diplom. Karol., p. 28, n. 20.
50. Juillet 768. Pépin confirme l'immunité au monastère Saint-Hilaire à Poitiers. — Diplom. Karol, 51. 23 septembre 768. Pépin confirme Fimmunitoi à Saint-Denis. — Tardif, Monum. histor., p. 50, n. 61.
52. Septembre 768. Pépin donne à Saint-Denis la forêt d’Iveline avec l’immunité. — J. Tardif, Monum. histor., p. 51, n. 62.
53. 752768. Pépin confirme l’immunité de Corbie.” — L. Levillain, Les chartes mérovingiennes et caro ire giennes de l'abbaye de Corbie, Piè ces justificaltoess p.237, n. 16.
54, 752-768. Pépin confirme l’immunité d'Echter-| nach. — Diplom. Karolin., p.41, n. 30.
55. Janvier 769, Carloman confirme l'immunité de Saint-Denis. — Diplom. Karol., p. 63, n. 64.
56. 16 mars 769, Charlemagne confirme limmunité de Corbie. — L. Levillain, ap. cit., p. 240, n. 18 ;
57. 22 mars 769, Carloman confirme au monastère. de Munster l’immunité pour toutes les terres du fisc qu'il a pu acquérir ou qu'il acquerra dans la suite, — Diplom. Karol., p. 65, n. 45. monastère de Saint-Médard de Soissons. — Diplom. UN Karol., p. 108, n. 175. | 76. 2 septembre 774. Charlemagne donne au monas| Diplom. Karol., p. 118, n. 82. (E TT, 24 septembre 774. Charlemagne accorde l'im- | munité au monastère de Fulda. — Diplom. Karol., | p.123,n. 85. I T8. Décembre 774. Charlemagne donne au monasi tère de Saint-Denis les villas Faverol les et Noronte, w [ainsi que la forêt d’Iveline, avec l'immunité. — | Diplom. Karol., p. 125, n. 87, ; | 1 79. 22 janvier 775. Charlemagne confirme l’immuIS nité à l'évêché de Metz. — Diplom. Karol., p.131, n. 91. E 80. 14 mars 775. Charlemagne confirme l'immunité f au monastère de Saint-Denis, en particulier pour ses l “possessions situées dans la Valteline.— Diplom. Karol., P. 135, n. 94. 8i 4 avril 775. Charlemagne confirme l'immunité à Murbach. — Diplom. Karol., p. 137, n. 95. ~ 82. 29 mai 775. Charlemagne accorde l’immunité à Farfa. — Diplom. Karol., p.142, n. 99. ~ 83. Novembre 775. Charlemagne accorde limmum 87. 30 avril 779. Charlemagne confirme l’immunité ‘au monastère de Saint-Marcel-lez-Chalon, — Diplom.
{7 94. 26 septembre 782. Charlemagne accorde l'im_ munité à l'évêché de Modène. — Diplom. Karol., mp. 199, n, 147. nA 95. 29 mars 786. Charlemagne accorde l'immunité E po DICT. D'ARCH. CHRÉT. p de Lorsch la villa Oppenheim avec l'immunité. — |
IMMUNITÉ 386
102. 3 août 794. Louis, roi d'Aquitaine, accorde l'immunité au monastère de Nouaillé. — Bouquet, Recueil, t. vi, p. 452, n. 1.
108. 796-800. Charlemagne confirme l'immunité à Saint-Martin de Tours. — Diplom. Karol., p. 261, n. 195.
104. 785-800. Charlemagne accorde l'immunité à Charroux. — Diplom. Karol., p. 260, n. 194.
106. 13 août 803. Charlemagne accorde l'immunité à l'Église de Grado. — Diplom. Karol., p. 269, n. 200.
107. 26 mai 808. Charlemagne donne à l'évêché de Plaisance la villa Gusiano avec l'immunité. — Diplom. Karol., p. 277, n. 207 (authenticité discutée).
Les diplômes suivants sont postérieurs à l'an 814 où s'arrêtent nos études.
XXVI. LISTE DES DIPLOMES RECONNUS FAUX. —
au monastère d'Ebersheim pour sa villa d'Hiltersheim. n. 79. 127 : 15 novembre 697. Pépin, maire du palais, donne la forêt Forestaille au monastère de Lobbes-
VII. — 13
mm EL UT 387.
130. l'exemption de la puissance épiscopale Pirminius et à ses moines. — Monumenta boica, XXXI, p. 390 ; Bühmer-Mühlbacher, n. 42.
132. 17 juin 761, Pépin accorde l’immunité à l'Église de Trèves. — Diplomata Karolinorum, édit. Mühlbacher, n. 36 ; Bühmer-Mühlbacher, Regesten, n. 92 (90).
133. Sans date. Pépin, à la prière de Centullus Maurellus et du pape Étienne, donne le fisc de Clairac pour y bâtir un monastère et lui accorde l’immunité. — Diplom. Karol., p. 38.
135. 770. Charlemagne confirme au monastère d'Ebersheim l'immunité accordée par ses prédécesseurs. — Diplom. Karol., n. 221 ; Bühmer-Mülhbacher, 138 (135).
136. 3 avril 774. Charlemagne accorde l’immunité au monastère de Kempten. — Diplom. Karol., n. 222 ; Bühmer-Mühlbacher, n. 161 (157). de Worms la possession de certains domaines avec l'immunité, — Diplom. Karol., n. 257 ; Böhmer-Mühlbacher, n. 347 (338). nastère de Liepvre en Alsace. — Diplom. Karol., n. 262 ; Böhmer-Mühlbacher, n. 380 (372). publi que at que omne regale vel swculare judicium super suos servos el liddones et liberos — Diplom. Karol., n. 271 ; Bühmer-Mühlbacher, n. 406 (398).
IMMUNITÉ
740. Char les Martel accorde l'immunité et à l'Église Sainte-Marie de Crémone. — Böhmer-Mühl- | _ de l’organisation judiciaire en France, in-89, décembre 803. Charlemagne accorde à l'Église d'Osnabrück l’exemption de la juridiction | | Principien, dans Archiv. f. kathol. Kirchenrecht, 1876, + | 151. Sans date. Charlemagne accorde l’immunité » bacher, n. 496 (481).
152. Sans date. Charlemagne accorde l’immunité à Saint-Florent de Saumur. — Diplom. Karol., n. 298% Bôühmer-Mühlbacher, n. 505. Ld 153. Sans date. Charlemagne accorde limmunité au monastère de Saint-Polycarpe. — Diplom. Karol., n. 305 ; Bühmer-Mühlbacher, n. 506 (488).
Les diplômes suivants sont postérieurs à l’an 814.
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Del » 1
389 IMMUNITÉ
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IMPORTATIONS. — Ne parlons pas des idées, sous peine de nous engager dans une recherche pres que infinie ; ne parlons même pas des influen ces, sur lesquel les nous reviendrons plus tard :tenons-nous aux réalités qui se voient, se mesurent et se pèsent. Entre l'Occident et l'Orient, le commerce maritime avait tracé des voies qui paraissaient rapi des et que sui-
liche Gerichtsbarkeït in Südtirol, dans Archiv fürLe SE AP D a vyr vaient des produits bruts ou manufacturés. Il faut d'avance renoncer à savoir tout ce qui a fait matière d'échange, denrées, tissus, ete., mais il est utile de rappeler ce que le Liber pontificalis nous apprend touchant ce que l’Église de Rome retirait de ses propriétés orienta les disséminées à Antioche et dans sa banlieue, dans la banlieue d'Alexandrie et en Égypte, enfin jusqu'en Euphratésie dans les environs de Cyr. De ces contrées lointaines on rapporte en nature divers produits rares et recherchés dont l'énumération n'est pas sans intérêt : du papier, du lin, du nard, du baume, de l'huile de Chypre, de la myrrhe (stacté), du storax d'Isaurie, du poivre, du safran, de la cannelle, des clous de girofle. La plupart de ces produits ne provenaient cependant pas des localités comme Antioche ou Alexandrie, mais les marchés tenus dans ces vil les permettaient de se les procurer. C'est ainsi que les clous de girofle venaient des î les Moluques ; le poivre, la cannelle, le nard, de l'Inde ; la myrrhe, d'Arabie ou d’Abyssinie : le papyrus ne croissait qu’en Égypte ; le baume ne se récoltait que sur les bords du Jourdain.
On ne voit guère à quel usage liturgi que pouvaient servir plusieurs de ces produits, le poivre, le safran, la cannelle, les clous de girofle. Les administrateurs des basiliques devaient les mettre dans le commerce local ; et c'est une chose assez intéressante, fait remarquer L. Duchesne, que de voir les Églises vénérées des apôtres Pierre et Paul servir d'intermédiaires pour le commerce des épi ces, entre l'Orient le plus lointain, l'Indoustan, Ceylan, les Îles de la Sonde, les Moluques et l'Italie latine avec tous ses tributaires occident aux. Ceci n'est, du reste, qu'un épisode dans l'histoire du grand commerce pendant le Moyen Age, en un temps où les princip aux marchés, les foires œcuméniques, se tenaient à l’occasion des fêtes des saints et à l'ombre de leurs églises.
“Indépendamment de l'échange qui pouvait en être fait, ces précieuses denrées étaient souvent employées comme cade aux entre grands personnages, Saint Grégoire le Grand envoie à un de ses correspondants 1 de l’aloës, de l’encens, du storax, du baume, sanclorum martyrum corporibus offerenda ; au milieu du vire siècle nous voyons un diacre romain, Gemmulus, envoyer à saint Boniface, l’apôtre de l'Allemagne, un présent de quatre on ces de cannelle, deux livres de poivre, quatre on ces de rostus et une livre de cozumbre. Vers le même temps, Eadburge, abbesse du monastère de Thanet, recevait du diacre Lull, le futur évê que de Mayence, un cadeau de storax et de cannelle fcinnamomum) è. À une épo que plus rapprochée de celle que nous considérons, en 408, la ville de Rome paya pour sa rancon au roi des Goths, Alaric, outre une somme d'or considérable, 3 000 livres de poivre, Il est possible que les Églises apostoliques aient aidé à former la quantité exigée pour cette contribution en nature *.
H. LECLERCO.
IMPOSITION DES MAINS. — I. Le geste de la main et l'imposition des mains en général. — II. L'imposition des mains dans l'Ancien Testament. II. — L'imposition des mains dañs le Nouveau Testament. — IV. L'imposition des mains dans la liturgie chrétienne : 1. sens du mot et synonymes ; 2. mode et représentations figurées ; 3. l'imposition des mains dans le baptême, la confirmation, la réconciliation des hérétiques, l'absolution des pénitents, les maladies, les ordinations, la restitution des ordres, le ma-
| un organe de première importance à dû remplir, dans | langues une métaphore avec le sens de pouvoir. Cet | Ainsi dans la Bible manus Dei, digitus Dei sont em| xu, 3 : Job., xm, 14 ; Ps. cxvm, 109 : ete.
| pour les opérations magiques et pour des maléfi ces n8 | main gauche ; la droite est réservée pour les usages. riage, les bénédictions, les exorcismes. Conclusion. V. Bibliographie.
I. LE GESTE DE LA MAIN ET L'IMPOSITION DES MAINS EN GÉNÉRAL. — La main étant dans le corps humain les actes religieux, un rôle non moins décisif. Nous ne nous étonnerons donc pas de retrouver ici un de ces. rites ou gestes universels que l’Église a adoptés à son. tour pour lui donner une signification plus élevée at. plus sainte, comme elle se sert du langage humain pong exprimer des choses divines. Et nous devons donner sur ce point quelques développements qui feront mieu K comprendre l'importance des rites que nous aurons å décrire.
Cette dignité et importance de la main se tradu même dans le langage où main entre comme racine dans plusieurs mots composés pour signifier action. ou puissance. Cet usage se retrouve dans la plupart des langues connues, ainsi en grec Yetpotovix, yetpoGodét, ELPOYEXPOV, J€ :p0h0nc, etpouævté.æ el les nombreux. composés du mot yeip, en latin manualis, manubiæ, manufactus, manicalus, manumilto, etc. ; en français, maintenir, maintien, mainmise, mainlevée, etc.
La main est aussi devenue dans la plupart des usage est fréquent surtout dans les langues sémitiques.
Même usage et même signification de la main dans les représentations figurées et dans l'art. On cite chez les Égyptiens, dès l'an 1500 avant Jésus-Christ, le Dieu-soleil représenté avec des rayons dont chacun se termine par une main ouverte. La représentation des dieux ou des héros avec plusieurs mains ou plusieurs bras n'est pas rare même chez les Grecs. Dans l'art chrétien, une main sortant du nuage est le symbole de Dieu le Père qui bénit ou qui transmet son pouvoir. Les amulettes représentant une main sont très répandues chez les Grecs, chez les Étrusques, chez les Romains ; et les sont employées tantôt comme remèdes, tantôt comme talismans. Ici un problème se présente. C’est presque toujours la main droite qui agit et qui a la place d'honneur ; la main gauche au contraire a souvent un mauvais sens. Cela va si loin que l’on a remarqué que chez certaines peuplades sauvages, à la main gauche sont réservées les plus basses fonctions. Chez certaines tribus arabes, il est défendu de toucher la nourriture avec la main gauche. Manus sinistra nunquam sola geslum facil, dit Quintilien. Dans l'Ancien Testament l'expression dextera Domini est courante, comme ma droite, ma dextre, l’est devenue en français.
C'est de la main droite que l’on se sert dans les rites, la main gauche étant réservée souvent pour les maléfices. Ainsi chez les Égyptiens et chez les Grecs, qui en divination considéraient la main droite comme d'heureux présage. Les Romains au contraire attribuaient un heureux augure à la main gauche. Mais à l'Orient est pour les Romains le côté favorable et comme pour les présages ils faisaient face au Midi, ils avaient l'Orient à gauche. Mais à Rome même la gauche est parfois considérée comme de mauvais augure. Cf. Les mots dexter, sinister, et en grec Δεξιός, ριστερός. Cette préférence de la droite sur la gauche préoccupe la plupart des savants qui étudient l'histoire des religions et ils en cherchent la cause sans la trouver, ainsi Marc Culloch, dans l’article, du reste fort érudit, que nous avons cité. Mais il est assez probable que la dextériorité est une loi de la nature où elle est constatée souvent par les physiognomonistes et les géologues, notamment dans les coquillages toujours orientés vers la droite, si bien que les exceptions sont considérées comme des phénomènes.
Pour toutes ces raisons le geste de la main a aussi une signification particulière ; c'est un langage et, on peut le dire, un langage souvent universel. Chez la plupart des peuples le poing fermé est un signe de colère ou de défi, se tordre les mains est un signe de douleur, se frapper la poitrine est un signe de repentir, se donner la main est un signe d'amitié ou d'alliance, ou la conclusion d'un marché. Lever les mains au ciel est un geste naturel de joie que l'on retrouve dans la plupart des religions, expression de supplication et parfois de malédiction, comme on lit dans une épigraphe que dont Paciaudi a donné l'interprétation : Infelix Mater tollit ad astra manus, incusatque Deos, incupatque Parcas.
Cette dignité attachée à la main explique que, dans une certaine mesure, que le rite de l'imposition des mains existe à peu près chez tous les peuples et dans toutes les religions, sans qu'on puisse conclure à un emprunt, à moins qu'on n'en fournisse la preuve historique, comme on le voit notamment pour les chrétiens qui ont parfaitement hérité cet usage de la religion mosaïque. CT. 3T
IMPOSITION DES MAINS DANS L'ANCIEN TESTAMENT — Dans l'Ancien Testament il est fait souvent mention du geste de l'imposition des mains. Voici les principaux exemples : dans les sacrifices : imponentque Aaron et filii ejus manus super caput illius (vituli) met mactabis eum, Ex., xxix, 10 ; ponetque (homo qui est) manum super caput hostiæ et acceptabilis erit, Lev., i, 4 ; cas analogues, Lev., iii, 2 ; iv, 4 ; vii, 22 ; Num., viii, 12. Pour le bouc émissaire : Offerat hircum viventem ; et posita ultraque manu super caput ejus, confiteatur omnes iniquitates filiorum Israel, quæ imprecans capiti ejus, emittet illum in desertum, etc., Lev., xvi, 21 ; sacrifices d'actions de grâces, Lev., iv, 24,
IV. IMPOSITION DES MAINS DANS LA LITURGIE CEREMONIELLE. — On a vu par tout ce qui précède que le symbolisme de l'imposition des mains n'est pas aussi simple que celui de l'eau qui n’a que le sens de laver,
nourrissent et fortifient. Il est multiple, il peut signifier la bénédiction, la consécration à Dieu, l'ordination, la transmission des pouvoirs ou des dons du Saint-Esprit ; il guérit, il absout, il est même parfois un signe de malédiction et d'exorcisme. C’est pour quoi nous le voyons employé pour tous les sacrements et dans quelques autres circonstances , Aussi l'imposition des mains est-elle généralement accompagnée d'une formule qui la détermine. Nous avons d'abord à fixer le sens du mot, puis à décrire le geste et les représentations dont il a été l’objet dans l’art chrétien. ; a) Sens du mot et synonymes.— Le mot χειροτονία (xerpotovia) tend à élire ou à désigner quelqu'un à main levée. Mais le sens primitif se perdit bientôt et dans le grec du temps de Notre-Seigneur, le mot signifie élire en général ou même instituer, désigner, établir ; il se trouve deux fois dans le Nouveau Testament. II Cor. xiii, 19 ; et Act. xiv, 28, au sens d'élire et d'établir.
Il est rare chez les Pères apostoliques : Doct. Apost. 5 AV, 1 ; saint Ignace, Phil, x, 1 ; Smyrn., XI, 2 ; Pol. VII, 2, où il a le sens d'élire, de désigner. Plus tard, χειροτονία (xerpotovia) et χειροθεσία (xepotexia) désigneront dans la langue ecclésiastique soit l'élection des ministres sacrés, soit l'ordination par l'imposition des mains, soit les deux actes réunis. Χειροτονία (xerpotovia) et χειροθεσία (xepotexia) signifient souvent proprement voter, élire ; le second a le sens plus spécial d'imposition des mains. Dans le Nouveau Testament, où le caractère particulier des sacrifices israélites est reconnu, cf. Sacrifices cananéens et sacrifices israélites, dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. iv (1922) p. 338-369. — Il faut remarquer que ce dernier texte est entendu quelquefois de la confirmation. Quant à celui de l'Église grecque, à partir du VIIe concile œcuménique, on fit une distinction très nette entre les deux termes : χειροτονία (xerpotovia) fut employé pour tous les rites qui ont trait aux ordres mineurs (car l'imposition des mains dans l'Église grecque fut employée même pour les lecteurs, jusqu’au XVIe, et elle est encore en usage dans l'Église russe) ; χειροθεσία (xepotexia) fut réservée pour désigner le rite employé dans l'ordination des ordres majeurs, diacres, prêtres, évêques.
Le P. Galtier donne comme équivalents ou même synonymes les termes Benedictio, consignatio, et le mot correspondant csogayic. Nous ne referons pas ici cette démonstration du reste très complète. Contentons-nous de faire quelques remarques à ce sujet. Pour la bénédiction, rappelons que dans le texte de saint Marc cité ci-dessus pour l'imposition des mains aux enfants par Notre-Seigneur, il est dit : κατευνήσε τοῖς παιδίοις (kateunese tois paidiois). Mgr Wilpert avait déjà remarqué que l'imposition des mains a principalement la signification de bénédiction et selon lui, de cette signification procèdent toutes les autres que l'imposition des mains a dans l’art des cimetières +. On trouve quelques textes anciens où benedicere, benedictio, est l'équivalent d'imposer les mains. Le texte du Lévitique que nous avons déjà cité : et extendens manus ad populum benedixit ei, Lév., ix, 22, est évidemment une bénédiction par l'imposition des mains et l’on en pourrait citer d'autres dans le même sens. Cependant il faut remarquer que le mot benedicere est d'une acception beaucoup plus large et plus vague que celui d'imposition des mains et qu’on ne peut le prendre comme synonyme que lors que le contexte le permet. De bonne heure du reste les deux termes furent distincts surtout en liturgie.
Même observation au sujet de consignare et des termes correspondants en grec, σφραγίς (sphragis), σφραγίζειν (sphragizein). Le terme signifie primitivement dans les deux langues « marquer d'un signe ». Dans le langage chrétien, il signifie « marquer du signe de la croix », et comme ce geste constituait à l’origine un des éléments du baptême, consignatio et σφραγίς (sphragis) furent appliqués au baptême, puis aussi à la confirmation qui entraînait une onction accompagnée du signe de la croix et de l'imposition des mains. Dans l'article CONFIRMATION, dom de Puniet a donné des exemples de ces différents usages tirés d'Hermas, de la secunda Clementis, d'Abercius, de Tertullien, et même des Odes de Salomon.
Il est clair qu'à l'origine, lors que l’on oignait d'huile tout le corps, lors que le baptême se faisait par immersion, il n'était pas possible de confondre ces différentes actions. Plus tard, au contraire, quand l’onction se fit sur le front avec un signe de croix, que le baptême se conféra par simple infusion avec le signe de la croix, il y eut tendance à confondre ces différentes actions ou du moins à les désigner par les mêmes termes. Saint Augustin déjà ne fait qu'un du signe de la croix et de l'imposition des mains, Quid est enim aliud (impositio manus) nisi oratio super hominem *.
C'est pour quoi les critiques ont quelque peine aujourd'hui à donner liturgiquement le vrai sens des mots benedicere, signare, signaculum, consignatio. S'agit-il du signe de croix, de l'imposition des mains, d'une onction, on se le demande ?
b) Le mode de l'imposition des mains, le sens du geste, représentations figurées. On a vu que dans l'Ancien et le Nouveau Testament, l'imposition des mains consiste soit dans l'imposition des deux mains, posita ultraque manu, Lev., xvi, 21, soit dans l'imposition d'une seule main, pone manum suam, Num., xxvi, 18-20. Dans les documents postérieurs nous trouverons la même diversité sans qu'il soit toujours facile de donner la raison de cette différence. Dans la plupart des cas que nous avons cités l'imposition se fait sur la tête. Dans quelques-uns, elle semble comporter un attouchement ; offerebant illi parvulos ut tangeret illos, Marc., x, 15 ; de même dans certains cas de guérison par Notre-Seigneur que nous avons cités.
Voici quelques textes où la pratique liturgique est suffisamment décrite : θέντες χεῖρας ἐπὶ τὴν κεφαλὴν (thentes cheiras epi tēn kephalēn)... ρημος χείρ (erēmos hē cheir)... τὴν χεῖρα (tēn cheira).... Il est fait allusion sans doute ici à l'imposition du livre des Évangiles sur la tête de l'élu. Un peu plus loin : χων τὴν χεῖρα (echōn tēn cheira)... τὴν χεῖρα (tēn cheira).... Manum episcopo super caput ejus tenent... solus episcopus qui eum benedicit manum super caput illius ponat.
Dans la liturgie, l'imposition des mains est réservée pour certains cas à l'évêque ; parfois l'évêque et son clergé imposent les mains en même temps. Certaines impositions des mains sont faites par les prêtres, par les diacres et les autres clercs, surtout par les exorcistes dans l’accomplissement de leurs fonctions. Les Constitutions apostoliques (III, x, 1) interdisent formellement l'imposition des mains, χειροθεσία (xepotexia), aux laïques, aussi bien que le sacrifice, οὐσία (ousia), le baptême et la bénédiction, εὐλογία (eulogia).
Un cas unique, croyons-nous, est celui de l'imposition des mains par les veuves. Il est mentionné ainsi dans la Didascalia : sinceras ergo oportet esse viduas... et ne velint ad aliquem pergere ad manducandum aut bibendum aut jejunare cum aliquo aut accipere ab aliquo quicquam aut manus alicui imponere et orare, nisi super eo consilio episcopi vel diaconi. De quelle imposition des mains s'agit-il ici ? Intercession, prière, bénédiction ? On ne sait, et pour le moment on ne peut voir dans ce cas qu'une singularité, comme il s'en rencontre quelques-unes dans l'antiquité.
Quand l'imposition des mains se fait d'une seule main, c’est toujours la main droite qui agit. L'Église dans son cérémonial consacre cette loi que nous avons constatée comme une loi à peu près universelle, de la supériorité de la main droite et du côté droit et qui s'affirme dans l'Écriture dans des textes comme celui-ci : dextera Domini fecit virtutem, etc.
Il n’est pas toujours facile de distinguer entre le geste des mains étendues qui a le sens de prière et de supplication, comme pour les orantes, et les mains étendues pour bénir ou imposer. Les mots exfensis manibus qui se rencontrent assez souvent dans les cérémoniaux peuvent donner lieu à des confusions. C'est par le contexte et surtout par le rapprochement avec d'autres expressions, comme bénédicère digneris et quelquefois (par exemple pour un évêque) ut hanc presentem electum benediceress digneris, que l'on peut arriver à une solution.
Nous avons dit aussi que l'imposition des mains se confond parfois avec la bénédiction par le signe de croix, comme dans l'exemple précédent. La rubrique ancienne du Sacramentaire grégorien pour la confirmation : elevata et imposita manu super capita a été remplacée dans plusieurs pontificaux plus modernes par la rubrique, en termes beaucoup plus généraux, exfensis manibus, de même pour certaines ordinations.
Cependant il est bien évident qu'il y a une différence. Nous parlerons à l'article PRIÈRE des différentes attitudes, notamment de la prière les mains étendues. Ce geste qui est un geste de supplication a aussi été interprété de bonne heure comme une imitation de Jésus-Christ en croix. C’est le sens que lui donne déjà Tertullien, non attollimus tantum manus, sed etiam expandimus, dominicam passionem modulantes et orantes confitemur Christo.
Quel est le sens du geste de l'imposition des mains ? Est-ce seulement le geste qui désigne l'être ou la chose que l’on veut bénir ? Dom de Vert a consacré de longues pages à la démonstration de cette thèse. Mais ici comme dans la plupart de ses théories il est trop absolu et systématique. Il applique son principe que le geste liturgique est toujours l'expression figurée d'une métaphore.
Dans bien des cas et conformément au sens primitif de χειροθεσία (xepotexia), l'imposition des mains a pour but en effet de désigner un individu, mais dans d'autres cas, elle a le sens de bénir, de communiquer la grâce. Ainsi dans les litanies de l'ordination, le pontife se lève, se tourne vers les élus et les bénit du signe de la croix avec ces mots : ut hanc presentem electum.
Nous donnerons ici la fameuse fresque des catacombes dite scène de consécration qui, à gauche, représente le prêtre et l’Église avec les mains étendues, au milieu la table du banquet, à droite le sacrifice d'Abraham, tenant aussi les mains étendues.
Nous reproduirons aussi l’épitaphe du diacre Abitakios et de sa femme Theuprepia, découverte par Ramsay à Prymnessos en Phrygie et qui est considérée par quelques-uns comme la plus ancienne représentation de l'index et du médium étendus dans une attitude de bénédiction, les deux autres doigts recourbés. Ramsay, qui attribue cette sculpture au IIe, avec de bonnes raisons, n’y voit qu'un geste d'instruction, mais d'autres, non sans vraisemblance, y reconnaissent le geste de la bénédiction ou de l'imposition de la main.
Le calice d'Antioche récemment découvert et sur lequel on a si longuement discuté, mais qui représente probablement un des monuments les plus précieux de l'antiquité chrétienne et peut remonter au IVe, montre une imposition des mains. Notre-Seigneur y est représenté debout, sa droite dressée, avec le pouce, l'index et le médium étendus, offrant la figure du Christ la main étendue sur une corbeille de pains, en un signe qui peut être soit une bénédiction, soit une imposition des mains.
Le calice d'Antioche récemment découvert et sur lequel on a si longuement discuté, mais qui représente probablement un des monuments les plus précieux de l'antiquité chrétienne et peut remonter au IVe, montre une imposition des mains. Notre-Seigneur y est représenté debout, sa droite dressée, avec le pouce, l'index et le médium étendus, offrant la figure du Christ la main étendue sur une corbeille de pains, en un signe qui peut être soit une bénédiction, soit une imposition des mains.
soit une imposition de la main, ou une “consécration. Les apôtres ont aussi la main étendue : soit vers les pains, soit vers le Christ, en un signe qui peut être celui de la concélébration. Ces deux reproductions sont d'après l'ouvrage d'Eisen, The Chalice of Antioche, 2 vol. in-fol., New-York, 1925. Nous le donnons ici d'autant plus volontiers que l'ouvrage, luxueusement édité, est d'un prix inabordable, 150 dollars, ce qui fait au taux actuel du change plus de 3000 francs. Le texte suivant d'Apulée, Metam., 11, 39 : porrigit dexteram et ad insular oratorum Con Tone arliculum, duobus infimis conclusis digilis, celeros eminentes et infesto pollice infit, décrit bien le geste de l'orateur. Mais il a donné le change à quelques “archéologues qui n'ont voulu voir dans la main divine ou le geste bénisseur des évêques qu'un geste oratoire sans portée symbolique. Il est possible que la description d'Apulée puisse s'appliquer à certaines représentations antiques, mais il est incontestable, que dans d'autres cas, ce geste a une portée religieuse, ainsi, dans certaines figures données par Didron, de la main divine au sein du nuage, un rayon descend sur la tête du Sauveur debout sur la terre. Cette diversité de sens donnés à l'imposition des mains nous avertit, comme nous l'avons déjà remarqué, d'attacher une grande importance aux formules qui l'accompagnent dans la fication.
Elle n’est mentionnée ni dans les textes du Nouveau Testament sur le baptême, ni dans la description du baptême par saint Justin, Apol., LXXIX, ni même dans Tertullien, comme nous le verrons tout à l'heure, Cyrille de Jérusalem. Néanmoins elle fut de bonne heure rattachée au rite et devint un des rites de l'initiation chrétienne. Tertullien y fait allusion : erinde egressi de limine perungimur,… dehinc manus imponitur per benedictionem advocans et invocans Spiritum sanctum. Mais ici, il est vrai, on peut croire qu'il est question de la confirmation. Il dit ailleurs, aquam adituri ibidem, sed et aliquanto prius in ecclesia sub antistilis manu, contestamur nos renuntiare diabolo et pompæ et angelis ejus. Et dans son De resurrectione carnis : caro abluilur, et anima emaculetur ; caro ungitur ut anima consecrelur ; caro signatur, ut et anima muniatur ; caro manus impositione adumbralur, ut et anima Spiritu illuminetur ; caro corpore et sanguine Christi vescitur, ut et anima Deo saginetur.
Dans Origène on voit en même temps et l'étroite relation entre l'imposition des mains et le baptême, et aussi leur distinction. Et in Actibus apostolorum per impositionem manuum apostolicarum Spiritus sanctus dabatur in baptismo. Et un peu plus loin dans le même ouvrage : Denique idcirco per impositionem manuum apostolorum post baptisnum ; Ainsi encore dans les canons d'Hippolyte : Tune k f imposition des mains comme le complément indispensable du liturgie et qui d'ordinaire en déterminent la signification dans d’autres documents anciens, comme saint descendat in aguas ; presbyter aulem manum suant capili ejus imponal eum que interrogel his verbis : Credisne in Deum Patrem omnipotentem ? Baptizandus respondet : « ego credo. » Tune prima vice immergilur aquæ, dum (ille) manum capiti ejus imposilam relinguit.
Dans la Didascalia : (episcopus) per quem Spiritum sanctum Dominus vobis dedil, et per quem verbum didicistis... et per quem signali estis, et per quem filii lucis facti estis et per quem Dominus in baptismo, imposilione manus episcoporum, testimonium præbens super unumquemque vestrum, etc. Quemadmodum igilur gentilem baptizas ac postea recipis, ita et hinc manum impones, omnibus pro eo precantibus, ac deinde eum introduces et participem facies Ecclesiæ, et erit in loco baptismi impositio manus ; namque aul per impositionem manus aut per baptismum accipiunt participationem Spiritus sancti ?
Témoignage identique dans saint Athanase : Simili modo et omnes sancti, in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti, per impositionem manuum sacerdotis Dei Spiritum sanctum consecuti, ad antiquum restituantur, in quo erant ante prævaricationem Adam.
Au témoignage de Clément d'Alexandrie, les gnostiques eux aussi, au milieu du IIe, considèrent l'imposition des mains comme faisant partie du baptême. L'usage de l'imposition des mains a été conservé au rituel romain ; le prêtre impose les mains sur le candidat au baptême à trois reprises, si l'on compte pour une imposition les mains, comme le veut de Vert, l'imposition de l'étole sur la tête de l'enfant. Ces impositions des mains ne font pas partie du baptême, proprement dit, mais des rites du catéchuménat. Elles rappellent celles qui avaient lieu fréquemment pendant le temps de la préparation des catéchumènes ; tantôt c'était un clerc, tantôt un exorciste, tantôt le prêtre qui leur imposait les mains, et ce geste était souvent suivi d'un exorcisme. Voir plus loin le cérémonial.
Si donc l'imposition des mains ne fait pas partie intégrale du sacrement du baptême, elle lui est très étroitement unie dans l’antiquité, elle est un des éléments de l'initiation chrétienne avec le signe de la croix, la profession de foi, la tradition des évangiles, etc. Voir BAPTÊME.
b) Confirmation. — L'imposition des mains dans la confirmation est exprimée aujourd’hui en ces termes dans le pontifical romain : Episcopus junélis ante pectus manibus dicit : Spiritus sanctus... Tune extensis versus confirmandos manibus dicit : « O. S. D. emilte in eos sepliformem Spiritum iuum... Puis : illos confirmat dicens : signo le... dum hoc dicit, imposilam eadem manu dextera super caput confirmandi... deinde prosequitur : et confirmo te chrismate salulis... On remarquera, d'après ces termes, que l'imposition des mains ni dans la première, ni dans la seconde forme ne paraît donnée comme essentielle, puis que les candidats sont encore appelés confirmandi, jusqu'au moment où ils ont reçu l'onction du chrême.
Ici comme pour l’ordination, les documents liturgiques mieux connus nous aident, sinon à dissiper toute les obscurités, au moins à mieux nous rendre compte de la tradition de l'Église sur ce point. Il paraît certain que l'imposition des mains a été la seule imposition. C'est le seul que nous trouvons mentionné dans la liturgie tienne, telle qu'elle se présente dans la plus haute antiquité, on peut distinguer deux groupes de rites, celui de l’imposition des mains et celui de la confirmation avec une imposition des mains.
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aux premiers siècles le seul rite propre de la confirmation. Dans les documents les plus anciens. Dans l'initiation chrétienne de l’ablution (baptême) qui comporte aussi une imposition des mains spéciale. Voir BAPTÊME, CONFIRMATION.
c) Eucharistie. — Dans l'institution de l’eucharistie il est question de la bénédiction du pain par Notre-Seigneur, mais l'imposition des mains proprement dite n'est pas mentionnée. On peut se demander toutefois en quoi consistait cette bénédiction, car le Seigneur ne pouvait évidemment pas, à ce moment bénir du signe de la croix, que ses disciples n'auraient pas compris. Il est vraisemblable qu'on peut y voir une imposition des mains, comme dans plusieurs bénédictions de l'Ancien Testament que nous avons citées plus haut. En tout cas les synoptiques et saint Paul (I Cor., XI 24) font tous mention de cette bénédiction du pain par Notre-Seigneur et de l’action de grâces. Voir EUCHARISTIE, FRACTION.
Les mêmes termes benedicens, gratias agens sont employés pour la multiplication des cinq pains et pour celle des sept pains, Matth., xiv, 17, xv, 34 ; Marc., vi, 41 ; vi, 6 sq : Luc., ix, 16 ; Joan., VI, II e, j. Dans la liturgie romaine, à la consécration, il n'est question non plus que d'une bénédiction, benedixit, à qui est maintenant accompagnée du signe de la croix. Le même usage se rencontre dans la plupart des liturgies ; les variantes sont insignifiantes.
Il y a aujourd'hui dans la messe romaine une imposition des mains avant la consécration sur la prière Hanc igitur oblationem. La rubrique dit, Tenens manus expansas super oblata. Cette imposition des mains dans laquelle on a voulu voir une épiklesis muette, n’est pas ancienne. Lebrun n’a pu en trouver de mention avant le XVe. Elle ne répond du reste pas au sens des paroles, ce qui suffirait à nous renseigner sur son âge.
A la messe nous avons aussi dans certains rites la mention d'une imposition des mains par l’évêque sur les catéchumènes, au moment du renvoi, et sur le peuple avant ou après la communion. Il est fait allusion dans les Constitutions éthiopiennes, après la communion, à une imposition des mains avec une prière par le prêtre, suivi du salut par l’évêque et du renvoi par le diacre. Dans le sacramentaire de Sérapion, sous le titre de yetpoecix, il y a une prière de même nature sur le peuple avant la communion, et une autre xeteobeotx à la fin. Saint Augustin parle aussi de la bénédiction du peuple par l’évêque après la communion avec une imposition des mains.
— L'imposition des mains dès le Moyen Âge est en tout cas devenue une pratique courante dans les exercices. Report, 1908, p. 414-421. London, 1909. — On les controverse entre saint Cyprien et saint Étienne por- de la pénitence : Peccatores admone et reprehende, dit la Didascalie à l'évêque, eos que subleva remissione et si is qui peccavit pænitentiam agit ac lacrimalur, recipe eum et tola Ecclesia pro eo orante ei manus impone ac deinde permitte ut in Ecclesia sit.
Ce dont il faudrait plutôt s'étonner, c'est qu'il ait aujourd'hui disparu. Dans le rituel romain, en effet, le prêtre fait un signe de croix avec l'onction de l'huile des infirmes sur chacun des membres. Ce qui est significatif, c'est que le texte de l'oraison qui précède les onctions contient ces paroles : In nomine Patris + et Filii + et Spiritus + sancti, extinguatur in te omnis virtus diaboli. Faut-il croire que le signe de croix avec l'onction soit l'équivalent de l'imposition des mains ? En tout cas, les termes sont trop clairs pour prêter à aucune équivoque ; ils représentent la tradition ancienne de l'imposition des mains dans le sacrement des infirmes.
g) Ordination et restitution des ordres. — La question de l'imposition des mains pour l'ordination est de première importance. Au pontifical romain, il y a dans les litanies que l'on dit sur les sous-diacres, les diacres et les prêtres, cette triple invocation, ut hos electos bene + dicere digneris, ut hos electos bene + dicere et sanctificare digneris, ut hos electos bene + dicere, sanctificare, et consecrare digneris, où quelques-uns voient une imposition des mains. Pour l'ordination du diacre, le prélat consécrateur, au milieu de la préface, manum dexteram extendens, ponit super caput cujuslibet ordinando, dicens : Accipe Spiritum sanctum, etc.
Pour les prêtres, il y a une première imposition des deux mains, imponit simul utramque manum super caput cujuslibet ordinandi successive. Tous les prêtres présents imposent pareillement les mains sur la tête des ordinands. Le pontife impose encore les mains, après la communion, pour conférer le pouvoir de remettre les péchés, imponit ambas manus super capita singulorum coram eo genuflectentium.
Pour les évêques, il y a une invocation spéciale répétée trois fois avec le signe de croix, ut hunc electum, etc. Dès le commencement de la cérémonie, après l'imposition de l'évangile, le prélat consécrateur et les deux évêques assistants ambabus manibus caput consecrandi tangunt, dicentes : Accipe Spiritum sanctum.
Le consécrateur s'interrompt au milieu de la préface pour faire l'onction du saint chrême sur la tête de l'élue, avec un triple signe de croix ; après la préface, a lieu l'onction des mains.
L'importance de l'imposition des mains dans l'ordination apparaît dès l'origine. Il est vrai qu'elle n'est mentionnée ni au sujet de l'institution de l'eucharistie, ni après la résurrection, où Notre-Seigneur donne à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés en soufflant sur eux, mais les apôtres ordonnent les diacres par l'imposition des mains, et c'est toujours de l'imposition des mains qu'il est désormais question pour les divers ministères.
La même coutume de l'ordination par l'imposition des mains est attestée par les textes nombreux des Pères et des documents canoniques des trois premiers siècles. Ces témoignages ont été diligemment colligés par divers auteurs. Ils auront plus naturellement leur place à l'article ORDINATION. Nous nous contentons de citer en note le nom des auteurs qui les donnent de la façon la plus complète.
Cette question est devenue l'objet d'une controverse passionnée entre les théologiens : l'imposition des mains est-elle la forme essentielle du sacrement de l'ordre ? Si l'on répond affirmativement, comment expliquer les textes si formels qui semblent dire que c'est la porrection qui est la forme essentielle ? Nous n'avons qu'à mentionner cette discussion en nous contentant de faire remarquer que la liturgie a joué ici un rôle de premier ordre. Il est incontestable, en effet, d'après les témoignages liturgiques, que l'imposition des mains est seule mentionnée non seulement dans les premiers siècles, mais environ jusqu'au IXe ou même Xe. La porrection des instruments paraît vers ce moment dans l'Église latine.
Restitution des Ordres. — Nous n'avons pas à entrer ici dans la question des réordinations, sur laquelle l'attention des théologiens et des liturgistes a été toujours présente, et qui a eu pour elle des partis nombreux et éclatants, surtout depuis le XIIIe, et le concile de Trente. Comme nous l'avons dit ailleurs, l'imposition des mains équivaut dans certains cas à l'imposition des mains, surtout rapprochée d'une imposition des mains par le prêtre sur la tête des femmes et d'une bénédiction.
S'il n'est pas question des mains, appelée récemment encore. L'ordination donnée par des prélats hérétiques, schismatiques ou excommuniés, ou simoniaques, était-elle valide ? Devait-on réordonner les clercs, depuis le tonsuré jusqu'au prêtre et à l'évêque qui était admis à rentrer dans l'Église ? On peut voir dans les ouvrages cités en note que la pratique a varié selon les temps et les provinces. La question des hérétiques et du baptême des hérétiques, qui a été traitée ailleurs, HÉRÉTIQUES. Le concile de Nicée admit les clercs novatiens à rentrer dans l'Église et à reprendre leurs fonctions après avoir été soumis à l'imposition des mains. Malgré de nombreuses divergences, on peut dire que la pratique qui consistait à reconnaître la validité des ordres administrés selon toutes les conditions, même en dehors de l'Église, à lui a donné pleine autorité.
L'Église n'a rejeté les ordinations anglicanes que parce que les conditions d'une vraie ordination n'y sont pas remplies. Aujourd'hui, les clercs suspendus, excommuniés ou dégradés sont reçus dans l'Église par une cérémonie qui comporte l'imposition de la main droite avec une formule : In nomine Domini. Ego... per hanc manus impositionem restituo tibi, etc. Cette imposition de la main a lieu pour tous les clercs, les sous-diacres, les diacres et même les prêtres. Cf. Pontificale romanum, ordo suspensionis, depositionis, dispensationis, degradationis et restitutionis sacrorum ordinum. Cet usage est conforme aux plus anciens ordines que l'on trouvera mentionnés dans les auteurs cités. Ajoutons toutefois que l'argument liturgique n'y a pas été traité avec toute l'ampleur nécessaire.
h) Mariage. — Quoique le mariage ne comporte pas d'imposition des mains, certains auteurs ont voulu voir dans la bénédiction du prêtre, dont il est question dans le mariage, une imposition des mains. Tertullien donne un fameux texte sur le mariage, qui emploie ces termes : [matrimonium] quod Ecclesia conciliat, et confirmat oblatio, et obsignat benedictio. Or, le mot benedictio est synonyme de consignat. On fait remarquer encore que Clément d'Alexandrie parle ici du rite du mariage, ce qui est discutable, mais d'une autre bénédiction liturgique, c'est au moins une preuve de l'équivalence de l'imposition des mains et de la bénédiction. Aussi le P. Galtier ne craint-il pas de dire : nous croyons nous aussi (c'est-à-dire après la note de Potter sur ce passage) à la présence de l'imposition des mains dans la bénédiction du mariage.
i) Vierges, veuves, diaconesses. — On a des preuves que dès le IIIe et même dès le IIe, les vierges, comme les veuves, formaient une classe à part dans l'Église. Mais c'est à partir du IVe que nous trouvons dans les auteurs des allusions à une bénédiction et à une consécration des vierges. Ces textes parlent surtout du voile qui est imposé par la main de l'évêque et qui fut le rite principal de cette consécration, si bien que le terme velare, velatio virginis, devient un terme courant pour la désigner. Les mots consecratio, benedictio, dont on se sert aussi, ramènent encore ici la question de l'équivalence des termes de bénir et d'imposer la main. Mais nous avons en outre des allusions directes à cette cérémonie. Les Constitutions apostoliques se servent du terme cheirotonia, qui d'ordinaire désigne l'imposition des mains. Dans les actes de saint Germain d'Auxerre, la consécration de sainte Geneviève est ainsi décrite : Interea sacerdos gressum divertit ad ecclesiam, maximo populorum agmine prosequente, ibi que inter diutissimos psalmorum concentus, ac prolixam orationis continuationem, B. Germanus dextram super caput virginis indefesse tenuit. Saint Ambroise, de son côté, nous parle d'une vierge, Hug nobilis in sæculo, sed nobilior Deo, cum urgeretur ad nuptias a parentibus et propinquis, ad sacro-sanctum altare confugit, ubi capiti dextram sacerdotis imponens, precem poscens, justæ impatiens moræ, ac summum altari subjecta verticem, num melius, inquit, maforte me la consécration des vierges ne contient plus l'imposition des mains, il est curieux qu'on ait pu s'y tromper. Le pontifical romain ne contient aucune cérémonie de ce genre ; car on ne peut prendre pour une imposition des mains, surtout aujourd'hui, avec la rigueur et la précision qui se fait aux litanies, ul præsentes ancillas tuas vel sanctificare digneris. Mais dans les anciens rituels, on trouve souvent la mention de l'imposition des mains.
j) Exorcismes. — Dans le Nouveau Testament, Notre-Seigneur chasse les démons par sa parole, sans employer l'imposition des mains ni aucun autre geste. Mais dans les textes anciens, nous voyons de bonne heure que l'on se sert de l'imposition des mains dans l'Église pour les exorcismes. Origène fait allusion aux exorcismorum invocationes, orationes, jejunia… et exorcismorum manus impositione vehementius imposila super immundos spiritus, etc. Vincent de Thibaris parle d'une imposition de la main in exorcismo, en s'appuyant sur cette parole du Christ : in nomine meo manum imponite, dæmonia expellite, etc.
k) Bénédictions. — Nous avons vu plus haut que bénédiction est parfois synonyme d'imposition des mains. Mais ce n'est pas une loi générale, et il importe de donner quelques précisions. Dans beaucoup de bénédictions, l'imposition des mains n'intervient pas. Ainsi, les grandes bénédictions, celle des cierges, celle des cendres, celle des rameaux, celle du cierge pascal, celle du feu, celle des fonts, ne comportent pas d'imposition des mains.
Mais dans les documents anciens, nous avons de nombreux exemples de la bénédiction par l'imposition des mains. Dans les Acta Thomæ, l'apôtre bénit ses auditeurs xal emtele œûroïs tåg yelpaç ato xal cirev O xúptog, ete. … Kat TabTæ cirévroc gürtoü ‘eréomxey aùTois Tac yeipas &ürtoð xal adrobc . Voir ci-dessus la sculpture d’Abirkios, les textes donnés pour le renvoi des catéchumènes et des fidèles par la bénédiction de l'évêque, et les textes réunis par le P. de Puniet et le P. Galtier pour établir l'identité des termes bénir et imposer les mains. Ci-dessus, col. 398.
Dans les exorcismes qui préparent les catéchumènes au baptême, une imposition des mains est faite par un clerc, une autre par un exorciste, une autre par un prêtre, et ces impositions des mains sont répétées à plusieurs reprises. Et nous pourrions en citer bien d’autres exemples.
Cependant, pour les exorcismes, c'est le signe de la croix qui est le plus fréquemment employé aujourd'hui. Aussi, pour ne citer que le rituel romain, au tit. X, de exorcizandis obsessis a daemone, aucune imposition des mains n'est prescrite ; c'est toujours avec le signe de la croix qu'est prononcée la formule. Dans le baptême d'un adulte, les exorcismes, Deus Abraham... Ergo, maledicte diabole… Audi, maledicte Satana... sont accompagnés de l'imposition des mains. Il est à noter que cette imposition des mains est supprimée dans le baptême des enfants ; seuls les signes de croix sont conservés, autre indice qui a donné lieu à quelques-uns de conclure que le signe de croix équivaut à l'imposition des mains.
Remarquons aussi que dans le pontifical romain, l'évêque dit dans l’ordination des exorcistes : accipitis ita que potestatem imponendi manum super energumenos, et per impositionem manuum vestrarum, gratia Spiritus sancti, et verbis exorcismi pelluntur spiritus immundi a corporibus obsessis, et plus loin : habete potestatem imponendi manus super energumenos, sive baptizatos, sive catechumenos, et enfin, dans la dernière oraison : ut per impositionem manuum et oris officium, potestatem et imperium habeant (hi exorcisti). Dans la restitution des ordres, il est dit à l’exorciste réconcilié : abhinc in antea habeas potestatem imponendi manus super energumenos, sive baptizandos, sive catechumenos, etc. La divergence entre ces paroles de l’ordination et la pratique serait à elle seule un indice de l'antiquité de ces formules. Les rituels les plus anciens parlent en effet de cette imposition des mains.
Conclusion. — L'imposition des mains a donc une importance capitale parmi les rites chrétiens et qui n’est pas inférieure, pendant des siècles, à celle du signe de la croix. Comme le dit Potter, à propos du texte de Clément d'Alexandrie que nous avons cité ci-dessus : Notum est, in veteri Ecclesia, ordinatis, confirmatis, paenitentibus, aegris, qualemcumque denique benedictionem recipientibus... manus imponi solitas fuisse. Si cette importance est moindre aujourd'hui, les rites qui ont pris place autour de ce geste religieux et l'ont relégué parfois au second rang, ne sont pas parvenus à l'évincer, et il y a une tendance très accentuée chez les théologiens modernes à mieux reconnaître le rôle qu'il a joué dans l'administration des sacrements. Il est peu de rites dont on puisse suivre la trace aussi facilement, en remontant jusqu'aux temps de Notre-Seigneur et des apôtres qui en ont usé, nous l'avons vu, en bien des circonstances, et qui l'ayant sans doute emprunté au rituel mosaïque, lui ont donné une autorité et une signification spéciale. Comme Tertullien le disait déjà, sed est hoc quoque de veteri sacramento, quo nepotes suos ex Joseph, Ephraim et Manassen, Jacob capitibus impositis, et intermutatis manibus, benedixerit. Il serait donc difficile de chercher dans ce rite, comme on le fait pour tant d'autres, un emprunt au paganisme. Après l'époque apostolique, au ii° siècle, on en trouve, il est vrai, peu de traces, mais au iii°, il est partout, dans la plupart des fonctions sacrées, et on peut même dire, dans tous les sacrements. Il a gardé ce rang dans l'antiquité et dans le haut Moyen Âge, et si, plus tard, il y a eu tendance à restreindre son importance, il n'en a pas moins joué son rôle dans la confirmation, la pénitence et l’ordre, sans parler des sacrements.
Mais, même au temps où elle a été le plus usitée, elle n'a été considérée comme un signe magique, ainsi. Il faut remarquer, pour le premier de ces exorcismes, que la dernière rédaction de la rubrique dit : imponit manum super eum (adultum) et postea dicit. L'addition du postea sépare l'étude approfondie de tous les problèmes que soulève dans Dictionary of Christian Antiquities. — Dobschütz, Paenitentia, Parisiis, 1923. — Gore (Ch.), The Church and the Ministry, University Press, 1910 : article Ordination, dans The Dictionary.
IMPOSTE. — On donne le nom d'imposte à la dernière pierre du pied droit d'une porte ou d'une arcade ayant ordinairement quelques moulures et sur laquelle on pose la première pierre qui commence à former le cintre de la porte, de l’arcade. Ce membre d'architecture fut aussi employé à l'époque chrétienne ; elle l’aidait à recevoir les arcs qu'ils avaient à supporter. Les tailloirs composites n'avaient en effet ni les arêtes rectilignes ni la surface étendue qui convenaient à la section rectangulaire de la retombée des arcs : l'imposte remédiait à cet inconvénient. C'était une pierre en forme de pyramide quadrangulaire tronquée dont la petite base reposait sur le tailloir du chapiteau, sans en dépasser les arêtes. Deux de ses faces avaient une pente assez raide, mais les deux autres s'allongeaient par une pente très douce, en sorte que la seconde base, la grande, était de beaucoup plus étendue que la première et pouvait recevoir un massif de maçonnerie qui aurait notablement dépassé les arêtes du chapiteau. L'imposte fut donc nécessaire aux architectes chrétiens, du jour où l'on abandonna l'architrave pour employer presque exclusivement les arcs. Née en Syrie, elle fut peut-être d'usage fréquent au IVe, mais la destruction des monuments de cette époque ne permet pas de le savoir ; sa vogue fut incontestable au Ve, après avoir été pendant une centaine d'années un intermédiaire presque obligatoire entre les arcs et les chapiteaux composites.
Elle disparut en se transformant dès les premières années du VIe, avec le chapiteau (voir ce mot), principalement au VIe, auquel elle ne survécut pas. Les fouilles de Delphes (voir ce mot) ont rendu une assez grande variété d'impostes, vingt-cinq impostes ou fragments d'impostes dont l'intérêt est réel pour l'étude de ce membre d'architecture. Les unes forment une pyramide très aplatie (fig. 5821) dont la grande base a 0 m 31 de plus en longueur que la petite, la distance verticale entre elles n'étant que de 0 m 09. Celle de la figure A, au contraire, est plus massive, car la verticale entre ses bases atteint 0 m 18, tandis que la différence de leurs longueurs respectives n'est que de 0 m 29. À ces dissemblances de proportions et d'aspect en correspondent d'autres dans les dimensions. L'imposte figurée ci-contre, dont les longues faces amincies paraissent incapables de porter un grand poids sans se rompre, n'a que 0 m 21 de côté à sa petite base ; celle de la figure A, qui semble destinée à recevoir une pression plus considérable, repose sur un carré de 0 m 34 de côté. Enfin, un autre fragment dont nous n'avons ni la longueur ni la hauteur, mais qui devait être très massif, à en juger par la pente de sa face ornée qui se rapproche beaucoup de la verticale, avait une largeur de 0 m 47 à la base. Il en résulte que les impostes de Delphes, sans unité ni dans leurs profils ni dans leurs dimensions, n'ont pas toutes le même rôle, et que, si elles ont pu appartenir à un même monument, elles ont été dispersées dans cet édifice, au lieu de composer un ensemble dans sa décoration architectonique.
L'imposte (fig. 5821) remonte à une date un peu antérieure à 450. Les autres impostes de Delphes appartiennent à la même époque ; elles sont, elles aussi, ornées d'acanthe molle, de feuilles d'eau, de croix longues ou de croix monogrammatiques à P ouvert, caractéristiques de cette période. Deux fragments d'impostes offrent bien elles aussi la décoration en acanthe molle, mais la croix monogrammatique y est cantonnée de deux rosaces ; il est vrai qu'on trouve de pareilles rosaces dans les cantons de croix et de monogrammes, encerclés ou non, sur des sarcophages de Ravenne ; enfin, ce qui est plus décisif, on en trouve en Syrie, à Kokonaya, dans un monogramme daté de 431. De plus, la colonne d'Arcadius, érigée en 421, porte au plafond d'une chambre ménagée dans son soubassement une croix monogrammatique ornée de rosaces dans ses cantons inférieurs. La présence des rosaces sur nos impostes nous est donc une nouvelle raison de les rapporter à la première moitié du Ve.
Toutes ces impostes de Delphes seraient donc contemporaines les unes des autres, et dateraient environ de la période 420 à 450. Elles permettent de constater que le succès de l’acanthe épineuse au Ve n’a pas fait mettre de côté l'acanthe molle. L'emploi simultané des deux acanthes à Delphes montre même avec quelle réserve il faut tenir l'opinion d'après laquelle l’acanthe molle est plutôt occidentale et l'acanthe épineuse plutôt grecque. On a pu signaler l’acanthe épineuse à Milan, l’acanthe molle dans toute la Syrie, et voici qu'à Delphes elle est sortie du sol en grande abondance. Avec elle sont apparues des feuilles d'eau, beaucoup plus rares dans l'art chrétien, et dont l'emploi dans la première moitié du Ve est désormais prouvé, pour la Grèce du moins. Il est certain aussi que la Grèce a connu la croix longue monogrammatique à P ouvert, que l'on y a rencontrée en divers endroits. Somme toute, les impostes de Delphes ne diffèrent ni pour la forme ni pour l'ornementation de celles des autres pays, et, en précisant la date indiquée par les chapiteaux théodosiens pour les constructions chrétiennes de Delphes, elles nous amènent, comme eux, à constater que la décoration architectonique ne différa point au Ve, en Grèce, de ce qu'elle était alors dans le reste du monde romain. Voir Dictionnaire, au mot CORBEAU.
H. LECLERQ.
IMPOTS. — I. Impôts directs et impôts indirects. II. Le portorium. III. La vicesima libertatis. IV. La vicesima hereditatium. V. La centesima rerum venalium. VI. Établissement des impôts dans les provinces. VII. De la capitatio terrena. VIII. Les contributions ordinaires, extraordinaires et sordides. IX. Chrysargyre sur les hommes et sur les animaux. X. Contributions spéciales à certaines catégories. XI. Anciens impôts romains en Gaule. XII. L'impôt sous la première race. XIII. Transformation des impôts en redevances. XIV. Époque de transition au début du XIe. XV. Bibliographie.
I. IMPÔTS DIRECTS ET IMPÔTS INDIRECTS. — Les Romains n'ont jamais connu que deux sortes d'impôts : les tributa et les vectigalia. Les tributa étaient ce que nous appelons impôts directs, c'est-à-dire contribution foncière et personnelle ; les vectigalia comprenaient les impôts indirects et les revenus du domaine public. Ce n'est pas tout ; vectigal s'appliquait à certaines redevances qui n'étaient qu’une rétribution déguisée payée à la Cité ou à l'État par le particulier ; payer l’eau potable était acquitter un vectigal. Il y a plus encore, vectigal servait à désigner des impôts que nous classons parmi les contributions directes, par exemple la redevance payée par les possesseurs de mines sur les produits qu'ils en retiraient. De là une trop réelle confusion entre ce que nous distinguons aujourd'hui sous les noms d'impôts directs et impôts indirects.
Les premiers sont perçus d'après des rôles dressés à l'avance et réclamés directement au débiteur. Les seconds sont exigés à l'occasion d’un fait, quel qu'en soit l'auteur ; d'où l’on voit que la distinction faite entre centesima ou ducentesima rerum venalium, impôt, repose sur le mode de perception appliqué. D'une manière générale, les vectigalia ne font pas l'objet de rôles rédigés à l'avance portant le nom et le montant de la contribution et du contribuable : ils appartiennent donc aux impôts indirects et y font figure sous quatre chefs principaux ; les portoria ou douanes et péages ; la vicesima hereditatium ou impôt sur les successions et les legs testamentaires : la vicesima libertalis ou impôt sur les affranchissements ; enfin la vingtaine sur les ventes à l'encan. A ceci on peut ajouter d'autres taxes comme sont : l'impôt sur la vente des esclaves, certains octrois, l'impôt sur le sel, la quadragesima litium, c'est-à-dire l'impôt sur les procès.
Les impôts indirects n'apparaissent à Rome qu’à une date relativement tardive. D'assez bonne heure, cependant, il est fait mention d'une contribution indirecte appelée portorium, c'est-à-dire l'impôt à payer lorsqu'on franchissait les limites de terre ou de mer de la cité romaine, On a soutenu qu'il n'était alors qu'un revenu domanial, il se peut ; mais ce qui est certain, c'est que cet impôt devint une taxe indirecte, sinon en théorie, du moins dans la réalité. Quoi qu'il en soit, les revenus du domaine couvraient les dépenses ordinaires : pour faire face aux dépenses exceptionnelles qui devinrent nécessaires, on eut recours à l'impôt direct ou tributum qui, dès lors, concourut, avec les revenus du domaine, à constituer la richesse publique.
L'impôt sur les affranchissements qui fut établi en 397 (357 av. J.-C.) fut approuvé des sénateurs à raison des ressources qu'il faisait entrer dans le trésor. Jusqu'à la fin de la République, Rome ne connut pas d'autre impôt indirect, et en voici la raison : les richesses des provinces soumises suffisaient à entretenir l'État ; les citoyens romains, maîtres du monde, vivaient des revenus des provinces. En 694 (60 av. J.-C.), le portorium fut aboli en Italie.
Cette situation florissante dura jusqu'aux guerres civiles : alors la diminution des recettes s'aggrava avec la cessation des guerres de conquête, dont le premier résultat était toujours un afflux de richesses. Les dépenses de l’armée et de l'administration devinrent si pesantes qu'il fallut revenir à des taxes nouvelles, qui n'étaient parfois que d'anciennes taxes présentées sous un nom et un fonctionnement nouveaux. L'empire recourut aux impôts indirects et en tira des sommes immenses. César, déjà, avait rétabli les portoria en Italie ; bientôt le monde entier fut divisé en circonscriptions où ils étaient impitoyablement exigés. Tous les autres impôts indirects reprirent vigueur. En outre, tous sans exception, rives romani, latini et peregrini furent soumis à ces impôts ; personne n'y échappait, et tous se consolaient en disant et en répétant qu'une taxe indirecte n'était nullement incompatible avec la dignité de citoyen romain.
II. LE PORTORIUM. — Il s'agit, sous le nom de portorium, d’un impôt de transport établi sur les marchandises qui circulaient à travers le territoire romain, et qui devait être exigé au moment où elles passaient à certains endroits déterminés. Ce droit était perçu : 1° à la frontière de l'empire ou de certaines limites provinciales : 2° à l'entrée de certaines villes ; 3° sur des routes ou au passage d'un pont. On voit que nous avons sous ce terme unique trois impôts bien connus : la douane, les octrois, les péages. Les Romains ne faisaient pas de distinction entre ces trois sortes de vexations ; ils n'admettaient qu'une seule distinction, suivant que le portorium était maritimum ou terrestre. Le premier se payait dans les ports, le second sur les frontières de l'empire, les limites des provinces ou les confins d'un territoire et les portes d'une ville.
Chez les Romains, le portorium était un impôt de circulation et n'était que cela : on ne recourait pas à lui pour protéger l'industrie nationale et décourager l'importation ; on ne lui demandait qu'une seule chose, qui était de remplir les coffres du Trésor. Au lieu de favoriser le commerce, il le gênait par tout un lacis de douanes, de péages, d'entraves ingénieuses et rusées qui permettaient à l'État, suivant la coutume, de s'enrichir au préjudice des commerçants. Les portoria étaient rangés parmi les vectigalia, en sorte que le dernier mot servait aussi à désigner spécialement les droits d'entrée et de sortie des marchandises ; il était même devenu la dénomination habituelle dans les derniers temps de l'empire ! Nous avons souvent rencontré dans les documents de l'époque mérovingienne le mot felonium ou leloneum, dont on a fait « tonlieu », avec le sens de péage ; ce terme est déjà en usage sous l'empire ; nous rencontrons alors un curator telonei Cirtensis. Le mot grec qui correspond à portorium est τελωνεῖον (telônion) ; on trouve aussi dans le même sens τὲλος (telos) ou τέλος ἀγωγῆς (telos agôgês). Les agents qui le faisaient rentrer ; ceux-ci étaient alors, comme depuis, rogues, rapaces, exécrables. Ils n'eurent pas à se morfondre trop longtemps, car l'abolition du portorium ne dura guère. César le rétablit sur les marchandises étrangères. Sous Néron, l'impôt fut l'objet d'une importante délibération au sénat. Les publicains étaient devenus tellement odieux que l'empereur imagina de les corriger en les supprimant et, pour y réussir plus sûrement, il mit à la tête de ceux qui étaient exempts, des circonscriptions douanières établies dans l'empire.
Pertinax fit ce que Néron n'avait osé faire : il abolit tous les portoria, au dire d'Hérodien ; mais son règne fut si court que ses successeurs purent les rétablir sans préjudice aucun à-coup. Après cela, on n'y revint plus, et les empereurs ne s'avisèrent désormais de supprimer le portorium. Au contraire, on a la preuve que l'impôt continua à exister jusque sous le Bas-Empire. Le Code Théodosien contient plusieurs constitutions qui s'y rapportent ; il en est de même du Code Justinien. Il parait bien que l'impôt était moins impopulaire, à cause de la façon dont il était perçu, des objets même les plus fous, sans en excepter les plus sages. En 418, on le retrouve encore en vigueur au début du Moyen Âge.
Au milieu des troubles qui marquèrent les derniers siècles de l'empire, le portorium perdit beaucoup de son importance. Des frontières incessamment violées, des provinces toujours ravagées ou menacées de l'être, une insécurité générale et persistante enlevaient au commerce les conditions nécessaires à sa prospérité. Les marchandises ne circulaient plus librement comme autrefois, la surveillance des fonctionnaires et la répression de leurs fraudes ou de leurs exactions était chose presque impossible ; bref, le portorium n'était plus qu'une brimade sans compensation, il gênait ceux qui y étaient soumis et il n'était plus productif pour l'État. Aussi devint-il l'objet d'une importante réforme et, s'il n'y perdit pas son nom, il y gagna un nouveau.
Le portorium porte désormais dans un grand nombre de documents le nom d’octava, et il semble permis d'en conclure qu'à la fin de l'empire, le huitième devint le taux unique du portorium, tandis qu'auparavant il avait été soit du cinquantième, soit du quarantième, soit du vingtième, suivant les différentes provinces. Ce taux — le huitième — est assurément très élevé, mais il s'explique en partie par ce fait que la désorganisation de l'empire rendait souvent la perception du portorium impossible, en même temps que l'argent devenait plus nécessaire. Quant à savoir l'époque où le huitième devint le taux de l'impôt du portorium, il est malaisé de fixer une date. Les uns, ajoutant une foi entière au texte du Code Justinien, soutiennent que l’octava existait dès le temps d’Alexandre-Sévère, puisqu'il en est fait mention dans une constitution de ce prince datée de l'an 227. Mais il existe une inscription du règne de Gordien III qui témoigne que, sous cet empereur, le taux du quarantième était encore en vigueur en Asie et dans la circonscription financière de Bithynie, Pont et Paphlagonie ; une autre inscription nous apprend que, en 217, ou peut-être même en 246, il en était de même en Gaule, et nous savons de plus par Symmaque, contemporain de Théodose, que le même taux du quarantième était en usage en Italie, à son époque. L'élévation du taux du portorium au huitième est donc postérieure à Théodose ; elle prend place entre ce règne et celui de Justinien. Si on lit dans la constitution de l'an 367 ces mots : octavas more solito constitutas, il faut les expliquer non parce que ce taux existait à cette date, mais par une interpolation dans le texte du Code Justinien. On sait, en effet, que Tribonien et les jurisconsultes chargés de la rédaction avaient reçu le pouvoir de retrancher ou de modifier tout ce qui n’était plus d'accord avec la législation en vigueur de leur temps ; nous savons qu'ils usèrent de la permission.
Nous savons que toutes les provinces de la Gaule étaient réunies dans une seule région douanière qui comprenait : la Gaule Belgique, la Gaule Lyonnaise, l'Aquitaine, la Gaule Narbonnaise, les Alpes Cottiennes, les Alpes Maritimes. Dans l'intérieur de cette immense région douanière, l'impôt prenait le nom spécial de Quadragesima Galliarum et les différentes provinces n'étaient pas séparées entre elles par une ligne de douanes intérieures ; mais on trouve l'existence de péages établis sur les routes et au passage de certaines rivières.
Le nombre des marchandises qui circulaient en Gaule était considérable. Non seulement, en effet, l'Italie recevait le vin, l'huile, les laines de la Narbonnaise, les étoffes de lin des Cadurques, le porc salé des Séquanes et tous les objets de commerce que le sal produisait ou que fabriquait l'industrie des habitants, mais la Gaule était aussi un lieu de passage pour les marchandises italiennes ou étrangères qui se dirigeaient vers le Nord. Grâce à la merveilleuse disposition de ses fleuves, qui faisait l'admiration de Strabon, les marchandises venues de l'Orient par la Méditerranée pouvaient gagner l'Océan presque sans être débarquées et arriver directement par le Rhône, la Saône et la Seine, jusque sur les côtes de la Grande-Bretagne. Aussi avons-nous sur la ligne des postes douaniers qui entourait la Gaule plus de renseignements que pour les autres pays. Il est presque possible de la tracer.
Au Sud, elle longeait vraisemblablement les Pyrénées et atteignait ainsi la Méditerranée ; puis elle suivait, comme il est évident, la côte jusqu'aux Alpes, car, bien que nous n'ayons presque pas de documents à ce sujet, il n'est pas croyable que le service du portorium ne fût pas parfaitement organisé dans toutes les villes si importantes du littoral.
De là, la ligne douanière remontait au Nord : elle suivait la limite de la province des Alpes Maritimes, puis celle de l'ancien royaume de Cottius ; elle longeait ensuite les limites méridionale et occidentale de la province des Alpes Pennines, qu'elle laissait de la sorte en dehors de la circonscription douanière des Gaules et atteignait ainsi la limite méridionale de la Gaule Belgique ; plus loin, on n'en retrouve plus la trace qu'à Mayence et à Zurich. Nous savons aussi qu'au lieu de regagner le cours du Rhin à partir de cette ville pour le longer ensuite, elle se dirigeait vers le Nord-Ouest, passant par Divodurum (Metz) et enveloppant ainsi la Gaule Belgique. De cette sorte, l'armée de Germanie restait en dehors de la ligne douanière. On sait en effet que les objets destinés aux troupes étaient exempts du portorium ; dès lors, rien de plus naturel que d'établir les douanes du pays militairement occupé, afin d'assurer matériellement aux soldats la franchise que la loi leur accordait.
« La côte septentrionale était aussi gardée par une ligne de postes douaniers ; les marchandises importées ou exportées par les Bretons y étaient soumises au portorium 1, » Quelques postes douaniers nous sont connus : Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand de Comminges), Ilíberis (Elne), Arelate (Arles), statio Pedonensis (voisinage de Borgo-San-Dalmazzo), Fiasco (à quelques kilomètres de Saluces) ; Fines Collit (Avigliana), Ad publicanos (Tournon, près Gilly) ou Allondaz (Haute-Savoie) : Saint-Maurice d'Agaune, Magia (Mavenfeld}, Zurich, Metz.
A Lugdunum Convenarum, on a trouvé une inscription, actuellement au musée de Toulouse, et qui était probablement gravée au-dessus de la porte ou sur le mur du bureau de douane de cette petite ville * :
STATIOSPLEN 0 idissimi VECTIGAL + XLgall lugud CONV-SVB Cr e E DT OC AVG * N -AVIC 7% QUJ N°-VERN-RESTIT Vi titu LYM -A'B SVMPTUM veéluslale Statio splend{idissimi]vectigal(is) XL | Gallfiarum ) Lugud{(uni)] Convenarum} ; sub c[ura… procfuraIMPOTS 42 o ] | vetustate ].
| bel avancement : : : 0 | sait ; au revers, on voit l'empreinte du bois ou du tissu | | sur lesquels ils ont été appliqués. C'est une preuve très | sérieuse de l'existence d'un poste du porforium spécial À | bure aux de perception en | à Ja ville de Lugdunum.
l'impôt était du quarantième (2 1/2 pour 100) de la A | sonnel d’affranchis et d'esclaves soumis à un procuras p toris)] Aug(usti) n(osiri) ; Avie... [Aug(usti) niostri]] vernfa) restitiu [it ia nt absumpt [um E En plus de ces bure aux douaniers établis à la fronà tière, il existait d'autres stations du porlorium situées dans l'intérieur de la circonscription, soit surles i routes, soit au passage des rivières, soit à l'entrée \ 114 des vil les ; c'est ainsi qu'on en a rencontré à Nemausus (Nimes), à Cularo (Grenoble), à Vienna (Vienne en Dauphiné). E Le centre de toute cette administration se trouvait probablement à Lyon, ainsi que sa position topom a À phi que l’indiquerait. Cette ville se trouvait, en quel que facon, au point de jonction de quatre gran des provin ces formant la circonscription douanière de la Quadragesima ; en outre, Lyon avait déjà concentré tout le | service administratif de la Gaule. Nous possédons | l'ex-voto qu’un esclave a consacré aux dieux, quand, de contrôleur à la douane frontière de lines Cottii, il fut envoyé à Lyon en qualité de caissier ; c'était un
SOC SEE
PVDENS - PVBL - XL ISCR « + FINIB -> | COTT - VOVIT + ARCAR : LVGVD k :
Senk aM e Pudens, soc(iorum) publ (ici quadragesimæ } ser (vus, contra) scriptor) Finib{us) Colti vovit, ar car (ius 21 Si Lugud{uni) solvit) lfibens) m(erito). z DE À Lyon se trouvait, par conséquent, la résidence du | procurator XX XX Galliarum. Outre ce bureau central il devait y avoir un poste particulier établi aux portes de la ville romaine. On a retrouvé dans le lit de Ia“ Saône, un grand nombre de plombs de douane, qui À portent encore la mar que de la corde qui les traveri Il est bien certain que des bure aux du porlorium avaient été établis en Gaule, dans d’autres localités, | mais aucun document ne nous en a conservé la trace.
Comme il résulte du nom même sous lequel nous | trouvons le portorium désigné en Gaule, le t aux den valeur des objets. $ Le portorium n'était pas perçu par l'État ; il était affermé pour une somme convenue ;les fermiers, toutefois, étaient soumis à une surveillance, afin que leur désir de récupérer et au delà la somme versée ne les entraînât pas jusqu'à des exactions dont le publics eût été la victime. Ces fermiers disposaient d’un personnel nombreux et choisi, c'est-à-dire capable dé tout. Ce mode de fermage, inauguré sous la républi que fut pratiqué, sous l'empire, jus que sous le règne dem Marc-Aurèle. A partir de cette épo que, nous ne pos- | sédons plus de documents positifs les concernant, mais H le Digeste nous signale leur existence dans plusieurs | passages par des textes d'époques différentes. Ce genre de perceptions entraînait avec lui de graves inconvénients ; aussi surveilla-t-on de près les agents des fermiers. Pour cela, l’empereur délégua auprès d'eux dans les provin ces, aussi bien dans les postes de per1 ception que dans les bure aux centr aux, tout un per- | teur nommé par lui ; puis il établit à Rome une admi- | nistralion spéciale qui révisait les actes des fermiers Hii ét des procurateurs proh inci aux, se réservant de cons À Uara epe enS (7221 À _ trôler lui-même en dernier ressort les actes de tous ses | agents administratifs.
| Dioclétien et ses successeurs apportèrent diverses modifications à cet état de choses ; el les ne nous sont Er pas toutes bien connues. Nous savons toutefois que toute la législation relative au porlorium dépendait ji du contes sacrarum largitionum ' ; l’adjudication de la ferme du portorium se faisait en présence du préfet | du Loue ou de ses vicaires ?. La durée du bail fut | réduite de cinq à trois ans par une constitution de l'an 321% ; mais il y est recommandé que l'adjudication | soit faite à l'avance, afin que la perception de l'impôt ne souffre aucun retard ; de plus, les nouve aux fermiers doivent entrer en fonctions immédiatement “après l'expiration du bail précédent.
- Tous les objets destinés au commerce étaient soumis à l'impôt. Néron, voulant se faire bien voir des solmdats, leur conserva l'immunité douanière, sauf pour les marchandises qu'ils transportaient avec l'intenion de les vendre, nisi in iis quæ veno exercerent . in 201, Septime-Sévère et Caracalla écrivent à leur | ii Heraclitus que les habitants de Tyra, ville située sur la rive droite du Dniester, conserveront leur privilège de ne pas payer l'impôt pour les niet de commerce, in promercalibus quo que rebus #. “Une constitution de Constantin déclare que les mar- “chandises destinées au négoce sont soumises au porTorium ; enfin Symma que écrit que, seuls, les mar-
= ES
| h } fait l'objet de leur commerce 7. - Les objets qui servaient à l'usage des particuliers “étaient éxempts de tout droit # : restait à déterminer la nature de ces objets et leur destination ; alors on ne s’entendait plus, et l'immunité accordée pouvait bien étre absolue en théorie, elle était restreinte en prati que, même par les jurisconsultes, et, à plus forte « raison, par les publicains. - Parmi les objets jouissant de la franchise douanière se trouvaient les moyens de transport : bêtes de somme chargées de ballots, chariots et anim aux attelés “à ces chariots. Dans le tarif épigraphi que de Zraia, nous lisons en effet : jumenta immunia *. Par contre, on ne trouve pas la mention de franchise douanière pour les instruments aratoires avant Constantin 2% : « Universi provincia les pro his rebus quas ad usum pro- “prium…. injeruni, vel exercendi ruris gralia revehuni, nullum vectigal a stationarits exigantur (loi de 321). Tous les objets appartenant au fisc étaient exempts du porforium ! ; de même, tout ce qui faisait, à un titre quelcon que, partie des fournitures militaires : vivres, armes, vêtements 12, Nous possédons deux textes, dont l’un nous fait …_ connaître les marchandises importées d'Orient ;l’autre, - certaines denrées africaines dont on faisait commerce “avec les barbares. : La liste dressée par le jurisconsulte Marcien nous reporte à l'épo que de Caracalla et Alexandre-Sévère : 1° Parfums ou substan ces employées en médecine. = Cinnamomum ; Folium pentasphærum (sorte de nard) ; Folium barbaricum fid.) ; Costum ; Cos- …tamomum ; Nard ; Cassia turaria ( ?) ; Xylocassia (bois 3 de cassia) ; Smyrna (contenant beaucoup de myrrhe} ; Aroma indicum ; Galbanum ; Laser (de la plante Laserppitium) ; Agallochus (Aloès aromatica ?) ; Sarcocolla Bi Code Justinien, IV, Lx1, 5 ; Digeste, XXXIX, v, 9, n. 8. — Du Digeste, XXXIX, 1v, 9, n. 7, — L. Renier, dans le chands doivent être soumis à cet impôt pour ce qui |
IMPOTS ` 422
(sorte de gomme) ; Gummi arabicum ; Cardamomum ; Opiats de l'Inde.
20 Epi ces destinées à la consommation.
Poivre long ; Poivre blanc ; Cannelle ; Amomum ; Zinziberi (gingembre) ; Malabathrum (feuille de béthel).
3° Matières texti les, lissus, fourrures.
Tissus de lin : Carbasea {tissus de coton) ; Laine ; Metaxa (soie brute) ; Tissus de soie ; Tissus soie ou demi-soie ; Carbasum (coton indien brut} ; Tissus teints : Vela serta (nattes indiennes) ; Pel les babylonicæ ; Fel les parthicæ ; Capilli indici (poil de castor).
4o Mét aux el pierres précieuses.
Fer de l'Inde ; Pierres décoratives de toutes sortes : Per les : Sardoine ; Ceraunium ; Hyacinthus (améthyste) ; Émeraude ; Diamant ; Saphir ; Callainus (pierre d'un vert pâle) ; Béryl ; Chélidoine.
50° Teinlures.
Pourpre ; Fucus.
69 Eunuques el bé les féro ces.
Eunuques ; Lions indiens ; Lionnes ; Panthères mâ les ét femel les ; Léopards.
Une inscription de Zraia (Algérie), trouvée en 1858, porte un tarif #, dont voici la traduction :
Règlement du portorium, établi après le départ de la cohorte. 1° Règlements pour les droits à EU pee idle.
Un esclave. a s ooe oo 4e 1 denier 14 ; Un cheval, une jument.... 1 denier 1 ; Un mulet, une mule....... 1 denier 1% ; Un âne, un bœuf........ M denier ; nuppe eea RAR EE TESES TETEE : Un cochon de lait. ERNA ar ABS Un mouton, une chèvre..... 1 sesterce : ; Un chevreau, un agneau... 2 as.
Les besti aux destinés au marché passent en franchise. 20° Règlement pour les éloffes étrangères.
Un manteau de table...... 1 denier # ; Une tuni que coûtant 3 aurei... 1 denier 4 ; Une couverture de lit... à 14 denier ; Un sayon de pourpre...... 1 denier ; Les autres étoffes africaines, par pièce ( ?) Un cuir complètement parpané : 15 denier ;
Avec ses poils.. :.. IR CT Une peau de mouton, une peau de chèvre. E ANAVAS, Le cuir mou, par cent livres. GE ( ?) Le cuir brut, par cent livres. 1, denier ; La colle, par dix livres..... 2 AB : Les éponges, par dix livres. à as.
Une amphore de vin,.. 1 sesterce ; Une amphore de garum (saumure) 1 sesterce ; Les dattes, par cent livres.... 1% denier ;
Les figues, par cent livres. io denier (7 ?) Dix boisse aux de Die ou Datassæ ( ?)].... FAN ( ?) Dix boisse aux de noix... (7 ?) Cent livres de résine, de poix, d' alun passent en 423 Ce tarif est surtout curieux par les marchandises dont il contient l'énumération.
Toutes ces marchandises circulaient à l'intérieur et sortaient même du territoire romain ; au contraire, il s’en trouvait qu'il était défendu de faire passer la frontière, et cela depuis le m° siècle de notre ére 1, Cette mesure fut maintenue au siècle suivant, comme nous le voyons par trois constitutions de Valentinien, Valens et Gratien et par une autre de Marcien , Les marchandises qui ne pouvaient sortir étaient : le blé, le sel, l'huile, le vin, le garum et toute autre Doisson ; il n'est même pas permis de les faire goûter aux barbares. Les armes et la matière première entrant dans leur fabrication, on ne doit leur vendre ni cuirasses, ni boucliers, ni arcs, ni flèches, ni glaives, ni armes quelconques. La sortie de l'or est prohibée, et, si les barbares en ont, il faut user de ruse pour le leur soustraire.
De même que l'impôt frappait, en principe, toutes les marchandises, de même il atteignait tous les individus ; mais nous avons vu que certaines marchandises lui échappaient néanmoins et il est permis d'en dire ` autant de certains individus.
Et d’abord, l'empereur était exempt du portorium. On lit au Digeste : Quodcumque privilegii fisco competit, hoc idem et Cæsaris ratio et Augusti habere solel. Sous le Bas-Empire, les ambassadeurs des nations étrangères avaient le droit d'emporter du territoire romain les objets qu'ils avaient achetés sans payer tribut aux douaniers : mais il n’en était pas de même pour ceux qu'ils importaient. Toutefois ils ne pouvaient emporter ni vin, ni huile, ni fer. Certains hauts fonctionnaires jouissaient de l'exemption du portorium. Toutes les fois qu'un gouverneur de province voulait acheter des objets pour son usage personnel, il devait certifier par écrit que c'était bien à lui-même que ces marchandises étaient destinées. Les officiers attachés à la personne de l'empereur ne payaient pas le portorium, au moins sous les premiers empereurs ; comme ce privilège, accordé à his qui in palatio nostro dequnt, ne se retrouve plus mentionné dans le Code Justinien, on est en droit de conjecturer qu'il aura été aboli par Théodose ou par ses successeurs. Étaient encore dispensés du portorium les soldats, et cette faveur semble leur avoir été maintenue jusqu'à la fin de l'empire ; nous la retrouvons mentionnée au Code Théodosien et au Code Justinien, et, dans ce dernier, avec cette seule différence que la phrase où l’immunité accordée aux soldats était mentionnée a été retranchée ; preuve certaine que, sous Justinien, ce privilège n'existait plus. Étaient également exonérés du portorium les fils, mais ces derniers ne sont plus mentionnés dans le texte du Code Justinien. Les navicularii, qui apportent à Rome et à Constantinople les blés de l'Afrique et de l'Asie, jouissent de la même faveur. Enfin, on trouve des villes exemptes du portorium. Avant de laisser ce sujet, observons encore ceci : les péages étaient administrativement assimilés à la douane et les Romains n'établissaient pas de différence, du moins dans le vocabulaire, entre un poste douanier situé sur la limite d'une province et une station établie dans l'intérieur ; cependant, ce genre de taxe portait parfois le nom de portorium ou teloneum ; ce mot servit aussi à désigner le bureau de perception. Les péages faisaient monter dans une proportion considérable le prix des marchandises. Pline l'Ancien avance que les produits de l'Inde étaient vendus à Rome au centuple de leur valeur, et cette assertion n’a rien d'excessif, si on veut bien réfléchir au nombre prodigieux d'impôts que les marchandises de luxe avaient dû payer sur la route et jusqu'à leur entrée dans Rome. Ainsi, pour apporter l'encens depuis le pays où il était récolté jusqu'aux rivages de l'empire romain, la dépense s'élevait déjà, les portoria compris. Qu'on juge d'après ce chiffre à combien devaient monter les frais pour porter jusqu’à Rome les différentes denrées venant du fond de l'Inde, et quelle somme elles devaient rapporter, chaque année, au Trésor !
Le produit de l'octroi n’entrait pas dans les caisses de l'État, mais dans celles d’une ville. Sous l'empire et, jusqu'aux derniers temps, un certain nombre de villes percevaient des droits sur les marchandises qui entraient sur leur territoire ou en sortaient. Les empereurs accordaient, comme une récompense, aux villes qui leur étaient dévouées, le droit de lever des taxes sur les marchandises. Lorsque les ressources financières d’une ville rendaient nécessaire l'établissement d'une taxe nouvelle, on sollicitait par écrit le gouverneur de la province, qui apostillait et transmettait à l'empereur, à qui revenait la décision.
Sous le Bas-Empire, les ressources de l'État diminuant à mesure que ses besoins devenaient plus pressants, les empereurs eurent recours aux expédients : ils s’adjugèrent une partie des octrois des cités, fiscalisant les revenus qu'elles tiraient de leurs vectigalia. Une constitution de Théodose et de Valentinien, que le Code Justinien qualifie d’ « ancienne institution », établit qu'il sera fait deux parts dans les impôts perçus par les cités : les deux tiers seront versés dans le trésor de l'empereur, le dernier tiers restera à la disposition de la ville.
III. LA VICESIMA LIBERTATIS. — Cet impôt était un droit frappé sur chaque affranchissement ; il s'élevait au vingtième du prix de l'esclave affranchi. Les empereurs trouvèrent cet impôt établi et fonctionnant depuis plusieurs siècles ; ils se gardèrent bien de l'abolir. Il subsista peut-être jusqu'à Dioclétien et disparut, par suite du nouveau système financier de cet empereur, pour être remplacé par d'autres impôts plus productifs.
Cet impôt était affermé, et ce système de perception continua d'être en vigueur sous l'empire, car on ne rencontre de procurateurs spécialement attachés à la perception de cet impôt que vers la seconde moitié du IVe ; à partir de cette époque, on trouve aussi la mention épigraphique d'un fiscus libertatis et peculiorum. En Italie, l'impôt semble avoir été perçu par régions ; en dehors de l'Italie, par provinces.
Cet impôt était-il payé par le maître ou par l'esclave ? Les deux opinions sont soutenues, ainsi qu'il convient. Si l'esclave achetait sa liberté avec l'argent de son maître, c'était beaucoup moins l'esclave que le maître qui acquittait l'impôt du vingtième. Si c'était le maître qui donnait spontanément la liberté à l'esclave, il devait supposer que celui-ci ne possédait rien et, légalement, il ne possédait rien ; c'était donc le maître qui payait l'impôt. De toute façon, il fallait qu'une évaluation de l'esclave permit le calcul du vingtième. Cette opération devait être fort délicate, le prix des esclaves variant selon leur âge et leurs capacités.
Il serait assurément intéressant de calculer le rapport de cet impôt, mais ce calcul n'est possible que pour une époque déterminée, où la mode des affranchissements n'avait pas encore sévi. Pendant une période de cent quarante-huit ans allant de 397 à 545, il rapporta une somme totale de 4 495 000 francs, soit 30 371 francs par an. On peut juger par là de l'importance de cet impôt sur les affranchissements à une date postérieure, lorsqu'il fut étendu à toutes les provinces et que le nombre des esclaves se fut considérablement augmenté.
IV. LA VICESIMA HEREDITATIUM. — Cet impôt consistait à percevoir le vingtième de la valeur d’une succession au profit du Trésor. Aux successions, il faut joindre les legs testamentaires, comme l'apprend le testament de Dasumius qui recommande à ses héritiers de payer eux-mêmes l'impôt pour tous les legs qu'il a faits. L'impôt ne frappait que les citoyens romains, Pline l'atteste et le fait est certain.
Ce fut seulement sous Auguste que l'impôt de la vicesima hereditatium fut définitivement organisé ; à partir de ce moment, il prit place pour plusieurs siècles au nombre des impôts romains. L'impôt frappait tous ceux qui avaient part à une succession ; néanmoins, on ne voulait pas, nous dit Pline, enlever aux hommes une partie des biens que leur garantissaient le sang, la naissance, la communauté du culte domestique ; ainsi, les parents tout à fait proches ne payaient pas l'impôt. Qu'entendait-on par succession ? Aucun chiffre ne peut être établi avec certitude ; on a parlé d'un minimum de 100 000 sesterces ou bien de 100 aurei, conjectures qui ne s'autorisent que de textes postérieurs.
Trajan introduisit une innovation importante ; il décida que le fils pouvait hériter de son père sans payer le vingtième et, de même, lors que le père hériterait du fils. Non content, ajoute Pline, d'avoir soustrait à l'impôt le premier degré de parenté, le prince en a aussi délivré le second ; et, grâce à lui, le frère et la sœur succédant l'un à l’autre, l'aïeul ou la grand-mère héritiers de leurs petits-enfants, le petit-fils ou la petite-fille héritiers de l'aïeul ou de la grand-mère jouissent d'une entière immunité.
Il est très difficile de dire à quel moment l'impôt de la vicesima hereditatium fut supprimé. Il existait longtemps encore après Caracalla, puisqu'il en est question sous Héliogabale et jusqu'à sous Gordien III ; mais, à partir de cet empereur, nous n’en trouvons plus de trace ni dans les auteurs ni dans les inscriptions. Nous savons seulement qu'il n'existait plus sous Justinien. À quelle époque exactement cesse-t-il d'être en vigueur ? L'opinion la plus vraisemblable est celle qui en attribue la suppression à Dioclétien.
Aussitôt après la mort du testateur, le testament devait être ouvert. Testamentum lex statim post mortem testatoris aperiri voluit. Ce n'est point, ajoute-t-il, que la loi n'ait pas varié à ce sujet ; mais maintenant les tablettes qui contiennent les dernières volontés du défunt doivent être ouvertes entre le troisième et le cinquième jour, et l'une des raisons qu'il donne pour justifier cette promptitude qu'exige la loi, c’est l’intérêt du Trésor : nec enim oportet testamentum heredibus aut legatariis aut libertatibus, quam necessario veligali moram fieri. Cependant, l'acte pouvait donner matière à contestation ; il était alors de toute importance de ne pas attendre, pour lever l'impôt du vingtième, l'issue d'un procès qui pouvait être long et entraîner la nullité de l'acte. Pour éviter ces embarras, Hadrien fit envoyer immédiatement en possession l'héritier désigné par le testament, pourvu que ce testament fût valable dans la forme. Le fond pouvait ensuite donner matière à contestation ; mais le recouvrement rapide de l'impôt était assuré. Ces dispositions nous ont été gardées par le Code Justinien, qui en confirme quelques-unes, bien que l'impôt du vingtième eût cessé d'exister.
Il fallait ensuite estimer la valeur de l'héritage d'après laquelle l'impôt devait être perçu. Cette estimation était fort délicate. D'abord, de l'actif brut de la succession, on retranchait les frais funéraires qui n'étaient pas soumis à l'impôt ; par là, on entendait l'embaumement du corps, le prix du terrain acheté pour la tombe, les vectigalia dépensés à cette occasion, bref tout ce qui avait été dépensé pour le mort avant qu'il eût reçu la sépulture. Quant aux sommes d'argent consacrées au tombeau lui-même, elles devaient être considérées comme frais funéraires, d'après un rescrit d'Hadrien, tant qu'elles n'étaient destinées qu'à préserver le corps de toute profanation. Mais si, pour honorer la mémoire du défunt ou pour obéir à ses dernières volontés, ses héritiers voulaient faire bâtir quelque superbe monument, le Trésor entendait garder ses droits sur la somme importante qu'exigeait une construction de cette nature. Aussi les publicains, qui avaient intérêt à ne pas être trompés sur ce point, et plus tard les agents des procuratores vicesimæ, surveillaient-ils tous ces détails avec le plus grand soin.
Il fallait ensuite déduire la valeur pour laquelle l'impôt était réglementairement payé par ceux à qui il était laissé. Les legs d'aliments surtout présentaient des difficultés spéciales. Une fois qu'on avait évalué les frais des funérailles et la valeur des legs, on connaissait le montant exact de la succession qui restait aux héritiers et le Trésor prélevait sur cette somme le droit qui lui était dû.
V. LA CENTESIMA RERUM VENALIUM, — Cet impôt paraît s'être appliqué seulement aux ventes à l'encan fauctiones } ; cette opinion s'autorise d'un passage de Suétone et d'un autre de Dion Cassius 1, où, faisant tous deux allusion au même fait, le premier désigne cet impôt sous le nom d'impôt sur les enchères, et le second sous celui d'impôt du centième, On doit donc admettre que les ventes publiques aux enchères étaient seules grevées d'une taxe, la centesima rerum venalium ou auclionum.
Quant à l'impôt sur la vente des esclaves, n'était-il qu'une des branches de cet impôt des aucliones, dont le taux aurait varié suivant les diverses marchandises, ou comme un impôt à part, les ventes d'esclaves faites aux enchères étaient-elles soumises à un droit ? C'est ce qu'il est absolument impossible d'affirmer, faute de documents.
VI. ÉTABLISSEMENT DES IMPÔTS DANS LES PROVINCES, — Nous avons vu que les profits de la conquête avaient pendant quelque temps défrayé l'opulence de Rome. Les Romains étaient trop bons administrateurs pour ignorer que le pillage n’enrichit pas, pas même celui qui s'empare des richesses d'autrui ; aussi réduisirent-ils en provinces les pays conquis et les soumirent-ils à l'impôt. Le premier de ces pays conquis fut la Sicile. Quelques cités furent dépouillées de la propriété de leur sol, mais ce sol leur fut rendu à titre de location censoriale, c'est-à-dire avec la charge d'un tribut annuel en argent ; quelques autres cités furent immunes, le reste du sol fut fait decumanus, c'est-à-dire obligé de payer la dîme de tous les fruits ; c'était le vectigal. Chaque contribuable était imposé par le cens pour une période de cinq ans. Après la Sicile, ce fut au tour de la Sardaigne, qui fut soumise à un tribut en argent fort lourd, ainsi qu’à la prestation en nature d'une partie des fruits.
Les Gaulois avaient lutté longtemps contre leurs conquérants, et comme le poids des impôts se calculait d'ordinaire d'après la résistance plus ou moins acharnée des vaincus, les Gaulois furent soumises à un tribut dont le chiffre égalait presque celui des impôts payés par le reste de l’empire. Cette contribution des Gaulois ne consistait pas en une quote-part des fruits, mais bien en une somme d'argent fixe et invariable. Cet impôt, qui portait le nom de stipendium, montait annuellement à quarante millions de sesterces (8 199 000 francs) 1.
Après la chute de la république, de graves modifications furent introduites dans l'organisation fiscale comme dans les autres parties de l'administration. Auguste voulut affermir l'empire en centralisant l'administration et, par son ordre, on procéda au premier recensement général. Des rôles comprenant tout le monde romain assurèrent à l'établissement ainsi qu'à la répartition des impôts une base fixe, uniforme, ce qui donna plus de stabilité et de régularité à cette partie si importante du revenu public % Néanmoins, il ne faut pas croire que, sous le règne d'Auguste, l'empire ait été soumis tout entier à un même système d'impôts ; seulement l'usage du tribut proprement dit fut introduit par l'empereur dans certaines provinces soumises auparavant à une forme d'imposition différente, et cet usage s'étendit rapidement sous ses successeurs.
Dans les Gaules, le premier recensement fut aussi exécuté de l’ordre d'Auguste 7, et il semble que ce fut à cette occasion qu'on introduisit dans cette province le régime municipal romain et quelques autres institutions qui se rattachaient intimement au nouveau mode d'impositions. Après ce recensement de la Gaule, les immeubles furent régulièrement et uniformément soumis à une double contribution, l'une en argent et l’autre en denrées, annona, plus lourde alors que le tribut même. En outre, tous ceux qui ne jouissaient pas du droit de cité romaine durent, à moins d'une exemption spéciale, payer une contribution personnelle #.
An 727 de Rome, Liv. Epist, L CXXXIV. Dion | Déjà, dans la dernière année du règne d'Auguste, | lui la rébellion de Vindex. Il n’est pas douteux, en effet, que ces renouvellements des rôles ne fussent | beau privilège. Les deux autres prérogatives du jus” | domaine quiritaire et les droits y annexés, tels que la | et à enrichir lærarium. Cette loi, qui confirmait et saient pas du droit de cité romaine durent, à moins. 4} d'une exemption spéciale, payer une contribution personnelle #.
A l'origine, pour corriger les défauts des premiers cadastres, on renouvela souvent les recensements.
Germanicus avait été envoyé avec cette mission dans les Gaules, et, l'année suivante, Tibère y députa Publius Vitellius et Caius Ancius. Plus tard, Néron envoya dans le même but Quintus Volusius, Sextus Afranius. et Trebellius Maximus. Ce recensement amena après une source perpétuelle de vexations et d’exactions injustes.
Les provinces seules étaient soumises à la contribution territoriale et à l'impôt personnel. L'Italie, qui jouissait du droit de cité romaine, était, par suite de ce privilège, exempte de ces deux impositions ; mais, par contre, elle était assujettie à certaines contributions indirectes qui ne pesaient point sur la province : telles étaient la centesima rerum venalium, la vicesima hereditatium, la vicesima libertatis.
L'Italie conserva son antique immunité de la contribution foncière et de la contribution personnelle, et cette immunité fut, dès lors, considérée comme une prérogative, non plus du droit de cité romaine, mais du jus italicum, dont elle formait le premier et le plus : italicum consistaient dans une forme d'administration municipale plus libre et dans la faculté d'acquérir le mancipation, l’usucapion, la cession in jure, le droit de léguer per vindicationem et per præceptionem, et d’autres telles prééminences. Ce privilège de jus italicum fut communiqué à plusieurs cités provinciales, dans la Gaule comme ailleurs ; mais sa plus belle prérogative fut abolie sous Dioclétien et l’immunité des impôts fut restreinte à l'Italie urbicaria.
Étendait une loi Julia rendue sur le même sujet, déclarait les célibataires incapables de recevoir les donations testamentaires à eux faites par un étranger, s'ils ne se mariaient dans les cent jours de l'ouverture du testament ; les personnes mariées mais sans enfants, orbi, ne pouvaient recevoir que la moitié de la donation. La même loi renfermait une foule de prescriptions de divers genres, mais qui, toutes, avaient pour but de déférer des successions au fisc, à titre de caduques.
Ceux qui présidaient à la formation des rôles étaient appelés censitores, ceux qui estimaient les fonds et fixaient le chiffre de l'impôt d'après leur propre estimation et la valeur indiquée par le propriétaire se nommaient peræquatores ; enfin les inspectores étaient ces officiers qu'on envoyait dans les provinces, hors de l'époque du recensement, pour contrôler le travail des censitores et des peræquatores, dégrever les propriétés trop chargées et charger les propriétés trop peu imposées. C'était cette dernière mission qu'ils recevaient le plus ordinairement ; aussi le nom d'inspecteur était-il pour les contribuables un objet de crainte et d'exécration. Il semble que la tenue des rôles fut confiée au magister census. Non seulement on insérait soigneusement dans ces rôles le nom et la valeur des fonds, le nom de la cité ou du pagus dans lequel se trouvait l'immeuble, ses aboutissants et sa contenance superficielle : mais encore, dès qu'il s'agissait d'opérer le recensement, on mesurait la terre palme par palme, on comptait un à un les plans de vigne, les pieds d'arbres, et on prenait note de tous les animaux de chaque espèce. Le propriétaire était tenu d'évaluer lui-même les objets enregistrés ; cette évaluation se nommait professio censualis. Pour augmenter le chiffre de cette évaluation, on torturait, afin de faire déposer, parents contre parents, esclaves contre leurs maîtres, propriétaires contre eux-mêmes. La fraude, même la plus légère, dans cette professio censualis, était punie de mort.
Depuis Constantin, on ne rencontre que de rares et douteux vestiges d'un nouveau cadastre immobilier. Ainsi, en 406 de notre ère, nous apprenons que plusieurs comites et peræquatores furent envoyés dans les diverses provinces, et, dix ans après, nous voyons ordonner que l'évaluation (peræqualio) faite par un certain Agapit vaille à toujours. Les défauts du cadastre et les changements survenus depuis la confection des rôles se rectifiaient au moyen de nouvelles professiones censuales, sans parler des changements extraordinaires introduits dans le chiffre de l'impôt pour les inspectores et les peræquatores que, de temps en temps, le comes sacrarum largitionum députait dans les provinces.
Avant le nouveau cadastre de Dioclétien, dans toutes les provinces où les fonds de terre étaient assujettis à un tribut en argent, on frappait chaque jugère d'une contribution égale ; il y avait seulement différentes classes d'impôts calculés sur le plus ou moins de fertilité du sol. À partir de Dioclétien et de Constantin, on désigna l'impôt foncier sous les noms nouveaux de capilalio et de jugalio ; en sorte que capita et jugum indiquent l'unité imposable, c'est-à-dire les divisions cadastrales du sol. Sans parler d'une foule de lois, deux célèbres passages, l'un d'Eumène, l'autre d'Ammien Marcellin, nous apprennent quel était le rôle de ces capita dans l'assiette de l'impôt. Le premier de ces passages nous fait connaître le nombre des capita ou juga de la cité des Éduens ; le second nous apprend que tous ces capita payaient le même chiffre d'impôt, - et qu'ainsi ils avaient tous la même valeur imposable. Le chiffre de l'impôt étant égal pour chaque caput, il est évident que chaque caput devait être d'une valeur égale ; en d'autres termes, ce nom de caput devait désigner non point des superficies de terrain d'une étendue toujours fixe et uniforme, mais au contraire des quantités de terre diverses en étendue, égales en valeur, et qui, par conséquent, devaient, d'après la peræqualio, donner toutes un même chiffre de revenu. C'est, au reste, ce que nous apprend une loi de Majorien, dans laquelle nous voyons que l'estimation ou la valeur uniforme du caput était de mille aurei, d'où quelquefois ce caput prend le nom de millena. La même appellation se trouve faite évidemment dans le même sens, dans une constitution de Valentinien III ; et, à une époque plus rapprochée, Cassiodore en fait aussi mention. Et cette évaluation s'accorde parfaitement avec la lourdeur de l'impôt qui, sous Julien, pesait sur le caput des Gaules.
Le but de l'institution des caput fut de rendre plus uniformes, plus réguliers, plus certains l'assiette et le chiffre de l'impôt. On connaissait ainsi avec plus d'exactitude les revenus de l'État, en même temps qu'on prévenait plus aisément les fraudes des curiales ou des gouverneurs, soit dans la perception de l'impôt, soit dans son versement dans les caisses de l'empereur. Au commencement de chaque année, on prescrivait combien, en chaque province, on devait payer d'impôt par chaque millena, et cette somme, multipliée par le nombre des millenæ de la province, devait représenter la somme d'impôt foncier que la province entière était tenue de payer. Mais ce mode, si simple et si régulier en apparence, était cependant sujet à des incertitudes continuelles et à de très graves inconvénients, qui peu à peu le firent abandonner.
À l'aide des passages d'Ammien et d'Eumène dont il vient d'être question, on a tenté de déterminer le nombre de caput de la France actuelle et d'établir par ce calcul le poids de l'impôt foncier. Le territoire des Éduens correspondait à la quarante-huitième partie de la France actuelle, et comme, après le cadastre, elle fut divisée en trente-deux mille capita, il faut conclure que le nombre des cotes imposables s'élevait alors dans les Gaules à environ un million cinq cent trente-six mille ; et après la remise des sept mille cotes que Constantin accorda aux Éduens par singulier privilège, le nombre de ces unités imposables sous Julien dut être d'environ 1 529 000. Ces cotes, multipliées par le chiffre d'impôt rapporté par Ammien, donnent ce résultat qu'à l'arrivée de Julien dans les Gaules, l'impôt foncier devait s'élever à environ 38 225 000 aurei, Comme l'aureus, suivant Dureau de la Malle, vaut 15 fr. 11, on obtiendrait une somme totale de 577 703 000 francs. Julien dégreva la Gaule le plus possible et, à son départ, l'impôt foncier s'élevait encore à la somme de 10 703 000 aurei, ce qui équivaut à 162 074 000 francs, calculés avant l'élévation de la valeur de l'or au cours de ces dernières années.
VIII. LES CONTRIBUTIONS ORDINAIRES, EXTRAORDINAIRES ET SORDIDES, — Outre la jugatio ou capilalio en argent, les propriétaires étaient tenus de payer, dans la proportion de leur millena et de l'impôt qui frappait chacun de ces capita, une contribution en nature dite annona, dont l'origine remontait probablement en partie à l'ancienne organisation financière des provinces au temps de la république, en partie aux commeali ou fournitures faites aux généraux et aux armées, fournitures dont l'usage fut introduit par les premiers empereurs. Ces prestations en nature se composaient de froment, d'orge, d'huile, de vin, de vinaigre, de foin, de lard, de chair de porc ou de mouton. Le foin devait se livrer en nature ; mais, pour les autres denrées, il fut permis ordinairement, dans l'empire d'Occident, d'en payer le prix en argent, ce qui se disait adærare, adæratio.
En second lieu, il fallait fournir aux saéræ lärægion des habits surtout pour les soldats, et quelquefois nous voyons ordonner la prestation en argent de cette fourniture. En outre, les particuliers devaient fournir aux gynécées publics les matières premières indispensables à la fabrication des vêtements militaires.
Les propriétaires devaient fournir en nature le fer, le bois et les autres matériels pour les travaux publics.
On avait aussi quelquefois à fournir les chevaux pour l'armée, et même des colons : il est vrai que pour ces derniers on admettait généralement le rachat : le prix d'un remplaçant variait entre 20 et 36 aurei (300 à 540 francs). Les colons admis dans l'armée étaient marqués au bras et désignés sous les noms de tirones ou juniores. Celui qui ne possédait pas le nombre de millenæ suffisant pour être imposé jusqu'à concurrence d'un soldat payait sa part proportionnelle de l'adæratio, ou bien, si la prestation était exigée en nature, on réunissait sa possession à celles de ses voisins, jusqu'à ce qu'on eût obtenu une valeur totale égale au nombre de millenæ auquel on imposait la fourniture d'un soldat. Le cursus publicus, frais de postes, fut, dès le commencement de l'empire, à la charge des particuliers. Le droit de se servir du cursus publicus se nommait evectio ; la lettre de concession de l'evectio s'appelait tractatoria. Le possesseur d'un fonds sur lequel passait un aqueduc public était tenu de le curer et de le réparer à ses frais.
On devait le logement non seulement à la cour impériale et aux hauts fonctionnaires dans leurs voyages, mais encore aux militaires. Il était prescrit de partager la maison en trois parts : le propriétaire choisissait la première, l'hospes la seconde ; la troisième part et les boutiques restaient également au propriétaire. Aux personnes d'un rang illustre, on devait la moitié de la maison ; l'un faisait les parts et l'autre choisissait. On ne devait à son hôte ni les frais du voyage, ni le vivre, mais seulement le couvert ; toutefois il y avait des cités, de provinces ou de nations étrangères.
Les prestations qui viennent d'être décrites portaient différents noms ; les unes étaient dites ordinaires ou canoniques, les autres étaient dites extraordinaires ; enfin les charges publiques portaient le nom de sordidæ. Ces dernières étaient : 1° les paraveredi et les parangariæ ; c'étaient les chevaux, bœufs ou mulets qu'on empruntait au particulier pour le service de la poste sur les routes où il n'y avait pas de postes publiques ; 2° l'obligation de cuire le pain public ; 3° la réparation des ouvrages publics ; 4° l'obligation de préparer la fleur de farine pour l'usage public ; 5° le service des fours publics dans les provinces ; 6° la préparation de la chaux destinée aux édifices publics dans les provinces ; 7° la corvée personnelle et gratuite pour les travaux publics ; 8° l'exercice forcé et gratuit de quelque industrie ; 9° la confection des matériels nécessaires aux travaux publics ; 10° le logement civil ou militaire ; 11° les prestations ordinaires de charbon ; 12° le chauffage des bains des grands personnages ; 13° l'office de capitularius et de temo.
La raison de cette distinction en charges ordinaires, extraordinaires et sordides se prenait des exemptions. Des charges canoniques ou ordinaires, on n'affranchissait que les personnes exemptes de la capilalio terrena elle-même. C'est ce qui explique pourquoi il arriva souvent que, dans les nécessités pressantes, on déclara charges ordinaires tous ou quelques-uns des extraordinaires. Les personnes exemptes de toutes les contributions extraordinaires étaient : 1° les fundi rei privatae ou sacrarum largitionum, concédés en emphytéose aux particuliers ; cette immunité ne fut cependant pas conservée en son entier par tous les empereurs ; 2° les églises : cette exemption ne fut accordée que par degrés jusqu'à Honorius, qui non seulement concéda aux églises la pleine immunité de toutes les charges extraordinaires, mais encore les exempta de contribuer à la réparation des ponts et des routes, contribution déjà classée parmi les impôts ordinaires ; 3° une foule de dignités et d'offices principaux ; 4° les archiatri et les exarchiatri ; 5° les navicularii ; 6° les fonds par lesquels passaient les aqueducs publics.
Il y avait aussi des exemptions partielles de certaines charges extraordinaires. I. De la restauration des ouvrages publics étaient exempts les procuratores domus imperialis. II. De la prestation des chevaux et des firones étaient exempts : 1° une foule de dignités et d'offices inférieurs ; 2° les silentiarit et les décurions - qui avaient accompli leur service : les femmes et les fils des archiiatri et des exarchiiatri. III. Étaient exempts de la seule prestation des tirones : 1° les agentes in rebus ; 2° les palatini sacrarum largitionum, 1 après leur office accompli, pourvu que depuis ils n'eussent pas occupé d'autre emploi public. IV. Enfin, étaient affranchis du logement civil et militaire (metatum) : 1° les temples des chrétiens et des juifs ; 2° les clercs ; 3° les tribuns des présidents ; 4° les médecins et les professeurs ; 5° les peintres ; 6° les fabricants.
Ceux qui jouissaient de l'exemption du melalum n'avaient, du reste, ce privilège que pour la seule maison qu'ils habitaient, ou dont le service public les tenait éloignés. Étaient exempts des charges sordides tous ceux à qui était concédée l'exemption des charges extraordinaires, et, en outre, quand une nécessité publique faisait révoquer l'immunité des charges extraordinaires : 1° les grandes dignités, c’est-à-dire les préfets du prétoire, le préfet de la ville, le maître de la milice, le comes sacrarum largitionum ; le comes rerum privatarum, les questeurs, le magister officiorum ; 2° les comites consistoriales ; 3° les notarii imperiales, les cubicularii et les excubicularii ; 4° quelques-unes des fonctions civiles ou militaires du palais : 5° les personnes qui avaient le rang d'illustres ; 6° les églises et les clercs ; 7° les rhéteurs, les grammairiens et les comtes des archiiatri ; 8° les pontifes et les flamines perpétuels, tant que dura la religion païenne ; 9° les peintres étaient exempts des seules corvées personnelles.
IX. CHRYSARGIRE SUR LES HOMMES ET SUR LES ANIMAUX. — Dans le droit romain, il n'est pas rare de rencontrer une même expression employée pour désigner des objets tout différents. Nous avons déjà rencontré capilatio employé avec le sens d'impôt foncier. Ce mot a, en outre, le sens de fourrage, quoiqu'on préfère employer dans ce sens capitum ou capitus. En troisième lieu, capitatio désigne un tribut sur les animaux ; enfin il existe une capitatio humana qui désigne le tribut qui se paie par tête d'homme libre, de colon ou d'esclave. Mais, les seuls plebei étant soumis à la capitation humana, elle portait, pour cette raison, le nom de capitation plebeia. Le décurianat et toute dignité supérieure exemptaient donc de la capitation humana, pourvu que cette dignité eût été acquise par l’accomplissement d'une fonction et non par un titre concédé d'une manière honorifique, « pour que l'intérêt public ne soit point fraudé par une vaine apparence de titres. » Après qu'on eut affranchi la plebs urbana de la capitation personnelle, celle-ci se trouva restreinte de fait aux seuls colons, qui, de cette charge, prirent les noms de tributarii, adscriptitii, censiti, etc. Quand les colons possédaient en leur propre nom quelque portion de terre, ils devaient payer eux-mêmes la capitation personnelle ainsi que la contribution foncière, mais si, n'ayant point de propriété, ils étaient seulement inscrits pour leur propre personne dans les libri censuales, et comme faisant partie du fonds auquel ils étaient attachés par un lien de servitude, en ce cas c'était le propriétaire qui payait au fisc la capitation du colon, et qui se remboursait ensuite sur la part qui afférait à ce dernier.
Indépendamment des dignités et de la qualité de citadin, l'âge affranchissait aussi de la contribution personnelle ; mais, à cet égard, il y avait anciennement variété de coutumes dans les provinces. Enfin Valentinien Ier exempta les vierges, les veuves et les mineurs de vingt-cinq ans.
Étaient exempts par singulier privilège : 1° les fils des cubicularii et les esclaves qu'ils avaient achetés avec le revenu de leur emploi ; 2° les annonarit et les actuarii, encore bien que leur fonction ne fût pas une dignité ; 3° les ex comile et les ex præside, encore bien que ces titres leur fussent concédés honorifiquement et qu'ils n'eussent réellement occupé aucune dignité, pourvu cependant qu'ils eussent exercé quelque emploi public ; 4° les archiiatri et leurs fils ; 5° les médecins et les professeurs publics ; 6° les peintres, pourvu qu'ils fussent ingénus ou libres de naissance, jouissaient de l’immunité pour eux, leurs femmes et les esclaves étrangers ; 7° les gardiens des églises et des lieux sacrés étaient exempts de la capitation, mais la seule cléricature n’était pas une cause d'exemption ; 8° ceux qui avaient acquis des fonds rei privatæ en emphytéose perpétuelle étaient exempts de la capitation et du tribut sur les animaux par le nombre d'esclaves ou de bestiaux dont leur soin et leur industrie avaient enrichi le sol ; 9° enfin les soldats étaient affranchis de la capitation, ou seulement pour leur propre personne, ou encore pour la personne de leur femme, de leurs esclaves et de leurs enfants, selon l'espèce de la milice à laquelle ils appartenaient et la durée de leur stipendium.
On ne connaît pas le chiffre de la capitation humana ; on sait seulement qu'en Orient elle fut diminuée par Théodose Ier et réduite à deux cinquièmes pour les hommes et à un quart pour les femmes. Les lettres de Cassiodore nous apprennent que cette diminution s'appliquait également à l'empire d'Occident et qu'elle durait encore en Italie sous la domination des Goths. Des mots dont s'était servie la loi qui avait accordé cette diminution, nous voyons que la capitation même avait reçu le nom de bini et terni.
On nommait accrescentes les contribuables qui n'avaient atteint qu'après l'établissement des rôles l'âge qui les rendait sujets à la capitation. Pour conserver la régularité des rôles et connaître avec certitude la somme du revenu public, on avait établi que les accrescentes ne seraient point soumises à la capitation, sinon en tant qu'il serait nécessaire pour compléter le nombre des contribuables morts dans l'intervalle d'un cadastre à l'autre ; et, par contre, si le nombre des accrescentes était moindre que celui des morts, il semble que le maître continuait à payer la capitation pour ces contribuables qu'on n'avait point remplacés. De tout ceci ressort avec évidence que le recensement des personnes était fréquemment renouvelé. Cela résulte et de la nature même des choses, et de la place qu'occupent les lois relatives à la capitation humaine, tant dans le Code Théodosien que dans le Code et le Digeste de Justinien, où ces lois se trouvent réunies au titre des Censi ou sous celui des Agricolæ et Censiti.
À quelles périodes se renouvelait le rôle de la contribution personnelle, c'est un point obscur, mais sur lequel l'usage des indictions peut permettre des conjectures fort probables, en même temps que l'origine assez obscure des indictions reçoit un jour nouveau de ces recherches.
Dans la langue financière, l'usage du mot indictio est ancien ; il désignait le tribut imposé (indictum) ; mais en l'an 312 de l'ère vulgaire, année en laquelle tombent les quinquennales de Constantin et en laquelle peut-être fut achevé le recensement universel commencé par Dioclétien, ce mot reçut deux acceptions nouvelles. D'abord, depuis cette époque, nous trouvons le mot indictio employé pour désigner l’année financière, et cette signification se rencontre fréquemment dans les lois romaines. En second lieu, même en dehors du langage financier, on employa ce mot pour désigner l’espace d'une année, de telle sorte cependant qu'à compter ces années ou indictions, on n'excédait pas le nombre de quinze, et qu'une fois ce nombre achevé, on recommençait de nouveau à compter de la première à la quinzième indiction. C'était le chiffre de l’année qui portait le nom d'indiction, et non pas la période, qui, elle, n'était pas chiffrée. Le nom même d’indiction dérive de la langue financière ; la coïncidence du premier emploi des indictions chronologiques avec l'époque du cadastre achevé par Constantin, le point commun d’origine de l'indiction chronologique et de l'indiction financière, enfin plusieurs témoignages, obscurs il est vrai, d'anciens écrivains, ne permettent pas de douter qu'il n'y eût une relation intime entre l’organisation financière et les indictions chronologiques. Et comme, d'une part, le silence des anciens écrivains et les prescriptions des lois nous démontrent que le cadastre général des immeubles était fort rare, que, d'autre part, la supposition que la somme de l'impôt foncier fût définie au commencement de chaque période, pour les quinze années ou indictions suivantes, est non seulement peu probable en soi, mais encore directement contraire au témoignage d'une foule de lois, la seule conjecture probable est celle qui suppose que c'était le rôle de la contribution personnelle qui se renouvelait tous les quinze ans ; et cette conjecture s'accorde parfaitement avec la nature de la capitatio humana et avec le Code Théodosien, De censu, XIII, x, 7 : Detiron., VII, xx, T. — ? Code Théodosien, De extr. seu sord.num., XI, XVI, 8 ; De indict ; XI, v, 3 ; De ann., 3 Code Théodosien, De censu, XIII, x, 8 : Ex æquationes censuum quas consensus tout ce que nous avons dit sur les accrescentes et les renouvellements fréquents des rôles.
Si à la somme des contributions ordinaires fixée au commencement de l’indiction on ajoutait, par suite de quelques besoins, des charges nouvelles, celles-ci prenaient le nom de superindictio, et à ces charges « superindictæ » appartenaient toutes les contributions « extraordinariæ et sordidæ » qui ont été ci-dessus énumérées. Ces superindictions étaient, dans l'origine, imposées par le préfet du prétoire ; mais Julien ordonna que personne ne fût tenu, sur la seule injonction du préfet, au paiement d'une contribution quelconque ; et cette loi fut confirmée par ses successeurs.
Indépendamment de la capitation, les hommes et les animaux étaient directement soumis à un autre tribut nommé d'un mot grec chrysargire ; toutes les personnes, quel que fût leur âge, leur sexe ou leur condition, devaient payer un sol d'argent pour l'urine et les vidanges. La même somme se payait pour chaque cheval, chaque mulet et chaque bœuf ; pour les ânes et pour les chiens, on payait six folles. Ce tribut fut aboli en Orient par Anastase.
La similitude du nom et l’abrogation de deux impôts par le même empereur ont fait confondre par les écrivains modernes cette contribution avec le chrysargire ou præstalio aurea des marchands, dont elle diffère cependant tout à fait. D'autre part, quoi que le chrysargire fût un impôt sur les hommes et sur les animaux, on ne doit pas le confondre avec la capitation humana ; car, d'une part, cette contribution ne fut pas abolie par Anastase, puisqu'elle durait encore sous Justinien, et d'autre part la description des deux impôts ne s'accorde pas ensemble, non plus que la condition des personnes qui y étaient assujetties. Le chrysargire fut donc manifestement un impôt relatif aux hommes et aux animaux, qui n'avait rien de commun avec la capitation humana. Le but de cet impôt fut peut-être de soumettre à la contribution personnelle les citadins, qui, depuis le règne des premiers empereurs chrétiens, étaient exempts de la capitation humana.
ciale, n'ont ja mais obligé que certaines classes de personnes. Ces impôts étaient, pour les sénateurs, l'illatio glebalis, l'aurum oblatifium, l'oblatio votorum, l’oblation pour l'honneur de la préture ; pour les curia les, c'était l’aurum coronarium ; pour les négociants, le chrysargire ; et enfin pour les juifs, laurum coronarium. L'illatio glebalis, appelée aussi gleba senatoria et follis, fut établie par Constantin. Cet impôt, à la différence des autres contributions foncières, n'était point payé en proportion exacte de la fortune, encore bien que son chiffre fût, en de certaines limites, plus ou moins élevé suivant la richesse de chaque possesseur. Les sénateurs étaient, pour cet impôt, divisés en trois classes, les plus riches payaient huit folles (8 179 francs) : les sénateurs de moindre opulence payaient quatre folles (4 089 fr. 50) ; les moins opulents de tous, deux folles (2 044 fr. 75). Ceux à qui un patrimoine trop mince ne permettait point de faire face à ce dernier impôt étaient assujettis, sous le nom de gleba senatoria, à une contribution de sept solidi (99 fr. 40), et qui ne pouvait payer devait renoncer au titre de sénateur. Les fils et filles de sénateurs étaient pareillement assujettis à cet impôt, d'où résulte que c'était une contribution mixte, personnelle et réelle à la fois.
Indépendamment des sénateurs, la loi assujettissait à l'illatio glebalis toutes les personnes de dignité sénatoriale, ou les clarissimi, comme on les nommait à cette époque. Pour déterminer le nombre de folles qu'il devait payer, chaque sénateur était tenu de déclarer ses propriétés au sénat, et toute propriété non inscrite sur les rôles était confisquée. On envoyait de temps en temps à l’empereur le résumé de ces déclarations, de façon à le tenir au courant des augmentations ou des diminutions qui avaient lieu dans la somme de l'impôt. Pour éviter les fraudes, il était défendu aux sénateurs d'aliéner leurs biens à l'époque de leur nomination, à moins qu'ils ne prouvassent au gouverneur qu'ils avaient un juste motif d'aliénation. Étaient exempts de la glèbe sénatoriale : 1° quelques dignités supérieures ; 2° ceux qu'on inscrivait au nombre des sénateurs, après qu'ils avaient fourni tout le cours des fonctions municipales ; 3° les professeurs des arts libéraux parvenus à la dignité de sénateurs ; 4° ceux qui avaient pris en emphytéose les fundi rei privales ; 5° en comptant le patrimoine des sénateurs, on n'y comprenait pas les terres stériles qui, suivant les principes de l’économie rurale de l’époque, s’adjoignaient de force aux possesseurs de fonds fertiles ; 6° ceux qu'on nommait sénateurs, au sortir de la dignité du proximatus, n'étaient imposés qu'à sept solidi.
Cette contribution fut abolie en Italie par Honorius et en tout l'Orient par Marcien. Il semble qu'elle ait subsisté dans les Gaules jusqu'aux derniers temps de l'empire.
Outre l’illatio glebalis, les sénateurs étaient tenus à une autre prestation, l'aurum oblatitium, ainsi nommé parce qu'il devait s'offrir par le sénat à l'empereur à l'occasion de chaque dixième anniversaire. Une lettre de Symmaque, alors préfet du prétoire, nous apprend que la somme offerte en cette circonstance à Théodose l'Ancien monta à 1 600 livres d'or (1 635 640 francs) et que les sommes offertes précédemment étaient quelque peu moindres.
Les professeurs d'arts libéraux et les proximi sacrorum seriniorum, élevés à la dignité de sénateurs, ne contribuaient point à l'aurum oblatitium. Il ne faut pas confondre avec l’aurum oblatitium l'offrande des vœux ou des étrennes, somme de cinq aurei (71 francs) que chaque sénateur devait offrir à l'empereur le 1er janvier. Constantin ordonna que tous ceux qui occupaient quelle que dignité publique fussent tous ensemble promus au rang de préteur, et que, pour prix de cette concession de l'honneur de la préture, ils fussent tenus, sans compter la dépense des jeux publics, à payer au fisc une forte somme.
La loi assujettissait à l'offrande des chevaux tous ceux qui étaient promus à quelle que fonction publique. Son chiffre variait suivant l'importance de la dignité ou de l'emploi obtenu. Celui qui avait le titre de ex comite devait payer trois chevaux tous les cinq ans, l'ex præside deux chevaux tous les cinq ans. Étaient dispensés de cet impôt : 1° les décurions promus à une dignité honorifique ; 2° les memoriales et les palatini promus à un emploi supérieur.
L'aurum coronarium n’atteignait que les décurions. Les empereurs chrétiens firent de cette offrande une contribution régulière ; elle se payait en or par toute la curie et des délégués allaient, chaque année, l'offrir à l'empereur. En étaient dispensés les navicularti et les professeurs d'arts libéraux qui faisaient partie de la curie.
Le chrysargire était un impôt spécial au commerce. Il portait aussi le nom d'auraria, collatio lustralis, collatio auri et argenti. Il fut établi par Constantin. On y soumettait non seulement toutes les personnes des deux sexes qui exerçaient quelle que espèce de négoce, mais encore tous ceux qui louaient à prix d'argent leur main-d'œuvre ; si bien qu'il fut nécessaire de défendre plusieurs fois d'exiger le chrysargire des colons qui n'exerçaient point un véritable négoce, mais vendaient seulement les grains récoltés sur les champs auxquels la loi de la servitude les attachait. Le chrysargire se payait tous les cinq ans, aux quinquennales de l'empereur. En étaient affranchis : 1° les curies, quand c'était la communauté qui achetait ou vendait, mais non pas les décurions, qui exerçaient le commerce en leur nom personnel ; 2° les navicularii ; 3° les architatri et les exarchitatri ; 4° les peintres qui ne faisaient que le commerce des objets relatifs à leur art ; 5° les vétérans jouirent, sous les empereurs, d'immunités plus ou moins grandes ; 6° les clercs eurent également l'immunité du chrysargire ; plus tard elle fut diminuée et enfin abolie pour le tout.
Cet impôt était tellement excessif que, pour le payer, les pères étaient parfois obligés de vendre leurs fils, de prostituer leurs filles s'ils ne voulaient subir la prison, la ruine et la torture. Ces atrocités furent tempérées par une loi de Valentinien II qui déclara exempts de la collation lustrale tous ceux qui n'exerçaient pas, à proprement parler, un négoce, mais qui seulement achetaient leur vie par le travail de leurs mains.
En Orient, ce tribut fut aboli par Anastase, en même temps que le chrysargire sur les hommes et sur les animaux. En Occident, il se maintint jusqu'aux derniers temps de l’Empire, et, dans l'Italie, il en est fait mention plus d'une fois au temps de la domination ostrogothique.
Après la chute de Jérusalem, les Juifs qui voulurent continuer de vivre sous leurs propres lois furent contraints de payer aux empereurs la didrachme qu'ils payaient auparavant pour les frais du culte et l'entretien du temple. De cette époque, ils commencèrent à payer à leur patriarche universel une contribution appelée aurum coronarium, et quand ces patriarches disparurent, vers le temps de Valentinien III, cet empereur força les Juifs de continuer au profit du fisc le paiement de l'aurum coronarium.
XI. ANCIENS IMPÔTS ROMAINS EN GAULE. — L'invasion germanique a-t-elle allégé le poids des impôts considérables que les populations acquittaient jusque-là au fisc impérial ? Ou bien ce poids a-t-il été aggravé à la suite de l'invasion ? S'il en était ainsi, qui recueillait le profit de l'impôt créé pour satisfaire aux besoins de l'État et détourné de sa destination véritable ?
Ces questions sont importantes par elles-mêmes et parce qu'elles se rattachent étroitement à l'histoire du puissant effort tenté par la royauté française, sous la troisième race, pour rétablir un revenu public et national, organiser l’administration des finances et donner à la monarchie les moyens d'agir avec vigueur et indépendance. Il est même arrivé que c’est l'importance reconnue unanimement à ces questions qui a rendu leur solution plus compliquée en l’associant à des préoccupations d'une nature très différente.
En 1573, Francois Hotman, jurisconsulte protestant, publia à Genève un volume in-folio intitulé : FrancoGallia, sive tractalus de regimine regum Galliæ et de jure successionis ; ouvrage hâtivement composé au lendemain et sous l'émotion de la Saint-Barthélemy, dans lequel l'auteur part de l'hypothèse d'une hostilité constante des Gaulois contre le gouvernement romain et d'une sorte de ligue perpétuelle entre les peuples de la Gaule et les Germains du Rhin pour le maintien de la liberté commune. Hotman, plus polémiste qu'historien et plus sectaire encore que polémiste, croit découvrir dans les textes la preuve qu'après deux siècles de lutte le pays se vit enfin délivré par l'établissement des bandes franques, et que ces bandes victorieuses, unies aux indigènes affranchis pour former une seule nation, fondèrent une monarchie où le pouvoir décerné par le suffrage commun resta subordonné à une grande assemblée nationale.
En 1646, Hadrien de Valois publia le premier de ses trois volumes in-folio intitulés Gesta Francorum, seu rerum Francicarum, savant travail qui continue d'être cité à côté des sources comme un commentaire perpétuel.
Le P. Tournemine, Reflexions sur la Dissertation de Leibniz, fut contraint de réfléchir six mois à la Bastille. La question commençait à devenir politique, mais Leibniz était hors d'atteinte et le P. Tournemine, en sa qualité de jésuite, intangible. Quand l'abbé Du Bos et le comte de Boulainvilliers, le président de Montesquieu et l'abbé de Mably traitèrent ce problème de la rivalité entre Francs et Gaulois (voir INVASION GERMANIQUE), on ne tarda pas à voir éclater des préoccupations nouvelles qui laissaient entrevoir, ou du moins pressentir le conflit futur entre la noblesse et le Tiers-État. En 1727, cinq ans après la mort de Boulainvilliers, parurent les Mémoires historiques sur les anciens gouvernements de la France, avec quatorze lettres historiques sur les Parlements ou États généraux, 3 vol. in-80, La Haye. L'auteur proclama la première non seulement le maintien, mais encore l'extension de ses anciens privilèges, ainsi qu'une participation plus active au gouvernement. Dans les Lettres sur les Parlements, l’auteur laisse de côté le vieux paradoxe de la souveraineté de la noblesse et présente le tableau du concours des grandes classes de la nation au gouvernement, faisant ressortir le contraste entre le contrôle des assemblées et le contrôle du Parlement.
Peu d'années après, en 1734, l'abbé Du Bos, dans l'Histoire critique de l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, 3 vol. in-4°, Paris, entreprend de détruire tout système fondé sur la distinction entre vainqueurs et vaincus et montre les Francs pénétrant « en Gaule non en qualité de conquérants, mais d'alliés ». Selon lui, les Francs et les Gallo-Romains vécurent « avec des lois différentes sur un pied d'égalité ; ils furent soumis également à tous les emplois publics et à tous les impôts ».
En 1742, Montesquieu mit en présence les deux systèmes de Boulainvilliers et de Du Bos et déclara péremptoirement que le premier était une conjuration contre le Tiers-État, le second une conjuration contre la « noblesse ». On pouvait croire qu'il serait personnellement plus habile ou plus heureux ; il chercha, en effet, à défendre l'opinion de la conquête par les Francs et à en déduire les conséquences politiques : toutefois il affaiblit lui-même la portée de son argumentation en admettant comme un fait historique le choix libre des « lois personnelles » sous la première et la deuxième race ; il ne s'aperçut pas que, si chaque Gallo-Romain pouvait à son gré devenir membre de la nation victorieuse et conquérante, il n'y avait plus ni vainqueurs ni vaincus.
Dans ses Observations sur l'histoire de France, publiées en 1765, l'abbé de Mably admit avec Boulainvilliers une république germaine transplantée en Gaule pour y devenir le type de la constitution française et, avec Du Bos, la ruine de toute institution civile par l'envahissement de la noblesse. Il part du même point que François Hotman, d'une nationalité « gallo-franque », pour arriver à une conclusion politique, le rétablissement des États généraux. « En détruisant les États généraux pour y substituer une administration arbitraire, Charlemagne, écrit Mably, a été l'auteur de tous les maux qui ont depuis affligé la monarchie ». Il est aisé de démontrer que le rétablissement de ces États, non pas tels qu'ils ont été, mais tels qu'ils auraient dû être, est seul capable de nous donner les vertus qui nous sont étrangères et sans lesquelles un royaume attend dans une éternelle langueur le moment de sa destruction ?
Arrivée à ce diapason, la controverse sur l'origine de la monarchie des Francs paraissait devoir négliger les questions spéciales de finances et d'impôts. Mais, par leur nature, ces questions se liaient si étroitement aux thèses principales qui avaient été soulevées qu'elles s'y trouvaient nécessairement engagées. La discussion sur le point de savoir si les contributions publiques des Romains avaient été perçues par les rois barbares et notamment si les Francs avaient été assujettis à l'impôt ou en avaient été affranchis, prit entre Du Bos et Montesquieu une extrême vivacité. Longtemps avant eux, à la fin du XVIe, l'auteur d'une chronographie anonyme, recueillie et citée par Hadrien de Valois, admettait l'inégalité des deux races devant l'impôt. Après avoir raconté comment l'empereur Valentinien avait fait remise de tout tribut aux Francs, pour l'avoir aidé dans l'extermination des Alains, le chroniqueur ajoutait : « Ainsi délivrés d'impôts, ils n'en voulurent plus payer dans la suite, et nul ne put jamais les y contraindre ; de là vient qu'aujourd'hui cette nation appelle Francs dans sa langue ceux qui jouissent d'une pleine liberté, et quant à ceux qui parmi elles vivent dans la condition de tributaires, il est clair qu'ils ne sont pas Francs d'origine, mais que ce sont les fils des Gaulois assujettis aux Francs par le droit de conquête ». Et Valois de conclure sous une forme concise : Franci immunes, Galli tributarii.
Du Bos ne peut l'admettre, et s'évertue à établir dans les écrits de Grégoire de Tours que les Francs payaient des impôts. Celui-ci nous apprend que Clovis, par le 6e canon du concile tenu à Orléans, en 511, exempta des impôts plusieurs églises ; que, quelques années après, un synode tenu à Clermont, en Auvergne, écrivit à Théodebert, qui régna sur l'Austrasie de 534 à 548, et lui demanda, ainsi qu'à ceux des sujets de ses oncles Clotaire et Childebert qui se trouvaient possessionnés dans ses États, à la condition de lui payer, comme au souverain de la terre, les tributs dont ces biens étaient frappés ; qu'enfin ce même prince accorda aux églises d'Auvergne une exemption entière des contributions que supportaient leurs biens ; et cette exemption, n'étant que temporaire, dut être renouvelée cinquante ans après par Childebert. Du Bos conclut de ces faits que les anciens impôts existaient encore au commencement du VIe.
Ils furent d'abord levés d'après les cadastres anciennement établis par le gouvernement romain. Ensuite les rois francs firent dresser de nouveaux cadastres appelés descriptions et qui eurent pour objet soit d'augmenter le produit des taxes publiques, soit d'en modifier la répartition. C'est ainsi qu'avait procédé Clotaire ; ce fut ainsi que procéda son fils Chilpéric dans des circonstances mémorables dont Grégoire de Tours nous a conservé le souvenir. Il raconte que Chilpéric fit faire de nouvelles descriptions et de très durs dans toute l'étendue de son royaume ; que, par suite, plusieurs contribuables abandonnèrent les cités (civitates) qui lui appartenaient et même leurs propriétés... qu'en effet on avait ordonné que le possesseur paierait pour ses biens (proprim) une amphore de vin par arpent, et qu'il y avait beaucoup d'autres charges à acquitter tant pour les autres terres (celles qui n'étaient pas propres) que pour les serfs qu'on y employait, de telle sorte qu'il était impossible d'y subvenir. Les Limousins, gens peu féroces, se crurent poussés à bout et voulurent massacrer le référendaire Marc, chargé de la rédaction des nouvelles rôles, Chilpéric réprima cette sédition et pour couper court aux velléités, aggrava encore le chiffre de l'impôt. Mais en 579, trois de ses fils lui furent enlevés en quelques jours par une maladie contagieuse ; alors Frédégonde, leur mère, se sentit brisée et dit à son mari : « Nous avons perdu tous nos fils. Nous accumulons des trésors sans savoir pour qui. Jetons au feu ces coupables rôles chargés de nos injustices et que notre fisc se contente à l'avenir de ce qui suffisait à ton père Clotaire ». Chilpéric la crut et fit brûler les rôles de l'impôt.
Toutefois, en renonçant à la surcharge, il ne renonça pas à l'impôt. Grégoire de Tours nous apprend que le juif Armentarius se rendit à Tours pour faire escompter les obligations qui lui avaient été fournies à l'occasion des tributs publics par Injuriosus, ex-vicaire, et par l'ex-comte Eunomius.
Enfin, et toujours suivant Grégoire de Tours, Childebert Ier, dans la quatorzième année de son règne, en 590, envoya à Poitiers et ensuite à Tours deux officiers de son palais pour faire le recensement du peuple et rectifier les rôles d'après les changements survenus, afin que, sans faire retomber le poids de l'impôt sur des veuves, des orphelins ou des vieillards, on pût en tirer le produit qui était payé du temps de son père Sigebert.
Mais quand les envoyés du roi arrivèrent à Tours, venant de Poitiers, et que, produisant les anciens rôles, ils voulurent contraindre les habitants à payer, ceux-ci réclamèrent. Ils alléguèrent que, sous Clotaire, on avait dressé les rôles de la cité de Tours et que les registres avaient été portés au roi ; mais que celui-ci, par vénération pour le saint évêque Martin, les avait fait brûler ; qu'à la mort de ce prince, le peuple avait prêté serment à Caribert, qui, de son côté, avait promis de ne point imposer de charges nouvelles et avait tenu sa promesse ; qu'après lui, Sigebert, ayant la ville en sa puissance, ne l'avait chargée d'aucune taxe ; et qu'enfin Childebert lui-même, depuis le commencement de son règne, n'avait rien exigé. Ils ajoutèrent que le roi pouvait assurément lever ou ne pas lever le tribut ; mais que ses officiers devaient prendre garde d'attirer sur lui quelque malheur en allant contre le serment de ses prédécesseurs. Leurs réclamations furent accueillies.
Au livre XXX, chap. XI, Montesquieu accorde un instant que les Romains et les Gaulois vaincus ont continué de payer les charges auxquelles ils étaient assujettis sous les empereurs ; mais il reprend aussitôt que, s'ils les payèrent d'abord, ils en furent bientôt exemptés, et ces tributs furent changés en un service militaire. Plus loin, il dit encore : « Il étoit aisé que la maltôte romaine tombât d'elle-même dans la monarchie de France : c'étoit un art compliqué et qui n'entroit ni dans les idées ni dans le plan de ces peuples simples. Si les Tartares inondaient aujour d'hui l'Europe, il faudroit bien des affaires pour leur faire entendre ce que c'est qu'un financier parmi nous. Il est visible que les revenus des rois consistoient alors dans leurs domaines. » Alors Montesquieu explique que, dans la confusion de la conquête, la plupart des choses ont changé de nature ; qu'il a fallu, pour les exprimer, se servir des anciens mots latins qui avaient le plus de rapport aux nouveaux usages et qu'on a été conduit ainsi à nommer census et tribulum ce qui pouvait réveiller l'idée de l’ancien cens des Romains. L'emploi arbitraire des mots a jeté quelque obscurité sur leur signification ; on a lu census et on a conclu que ce census était le cens des Romains et, en outre, que nos rois des deux premières races s'étaient mis à la place des empereurs et n'avaient rien changé à leur administration. Puis Montesquieu écarte brusquement tous les documents du vii° siècle que Du Bos a surtout invoqués et ne s'attache plus qu'aux Capitulaires du ix°. Il expose qu'à cette époque, le roi, les ecclésiastiques et les seigneurs levaient des tributs réglés, chacun sur les serfs de ses domaines ; que ces tributs étaient appelés census ; que c'étaient des droits économiques et non pas fiscaux, des redevances privées et non des charges publiques. Il le prouve en citant une formule de Marculfe suivant laquelle le roi permet de se faire clerc pourvu qu'on soit ingénu et qu'on ne soit pas inscrit sur le registre et en rappelant la mission donnée par Charlemagne à un comte qu'il charge d'affranchir les Saxons récemment convertis au christianisme, de les rétablir dans leur première liberté civile et de les exempter de payer le cens. C'était donc une même chose, dit-il, d'être serf et de payer le cens, d'être libre et de ne le payer pas. Le cens était donc un tribut d'esclaves, et il n’y avait pas de cens général. Il invoque encore, à l'appui de cette opinion, le texte de plusieurs capitulaires de 805, de 812, de 813, sans s'arrêter à l'expression de « cens royal » que contient l'un d'eux et il conclut qu'il faut donc se défaire de l'idée d'un cens général et universel dérivé de la police des Romains duquel on suppose que les droits des seigneurs ont dérivé de même par des usurpations. Ce qu'on appelait cens dans la monarchie française, indépendamment de l'abus qu'on a fait de ce mot, était un droit particulier levé sur les serfs par leurs maîtres.
Dans la deuxième moitié du xviii° siècle parut — en 1789 seulement — l'ouvrage de Mallet, premier commis général des finances, ouvrage achevé dès 1720, par conséquent avant la controverse de Boulainvilliers-Du Bos-Montesquieu. Mallet avoue n’avoir aucune connaissance positive d'impôts établis par les rois ; ils ne s’assujettirent à aucun tribut.
Forbonnais, en 1758, publie ses Recherches et considérations sur les finances de la France, et il expose dans son introduction qu'il regarde comme admis que les Français n'abrogèrent pas les lois romaines par rapport « aux impôts et aux contributions de toute espèce et que la manière de les percevoir continua d'être à peu près la même jusqu'au règne de Pépin. Il rappelle les mesures fiscales ordonnées par Chilpéric, tout en « déclarant ne pas garantir la fidélité de ces faits qu'il trouve dans d'anciens manuscrits, et il poursuit en ces termes : « Sous le règne de Pépin, il se fit de grands changements dans cette partie ainsi que dans tout le reste de l'administration publique. La forme que prirent ensuite les finances se ressentit de la corruption à laquelle le droit féodal doit son origine. Le démembrement de la monarchie fit perdre à la couronne un peu de domaines que lui avait laissés la prodigalité forcée des derniers rois carlovingiens. Il ne lui resta que ceux qui faisaient partie du fief auquel elle se trouva, pour ainsi dire, incorporée. Les réunions lui en rendirent successivement une partie considérable, mais un peu dénaturée par les changements que les grands vassaux y avaient faits pendant leur usurpation ou leur engagement. L'effet le plus considérable de ces réunions par rapport aux finances fut de faire rentrer les rois dans le droit que la nécessité leur donne de faire contribuer également tous les sujets que la prospérité de l'État intéresse ? »
En 1768, Moreau de Beaumont fit paraître ses Mémoires sur les droits et impositions en Europe. En sa qualité d’intendant des finances depuis 1756, Moreau avait acquis la confiance de Louis XV qui lui demanda ces Mémoires en vue de la réunion d'une commission de réforme, projet qui fut, naturellement, abandonné ; toutefois le roi ne voulut pas que les travaux préparatoires fussent perdus et fit imprimer au Louvre le travail de Moreau de Beaumont. Dans son introduction, l’auteur envisage l’origine et la progression des impositions établies dans le royaume comme liées à l'histoire de la monarchie et aux divers événements qui l'ont agitée depuis quatorze siècles. Les monuments des deux premières races ont été interprétés diversement, et, après une analyse des systèmes de Du Bos et de Mably, il retrace brièvement les événements survenus à la fin de la seconde et au commencement de la troisième race. Alors, dit-il, « le système de la féodalité devint le droit public de la France. Le royaume se trouva la proie d'une multitude de seigneurs qui tous regardaient comme faisant partie de leurs seigneuries des droits et des redevances qui avaient autrefois appartenu à l'État ; la seigneurie devint une espèce de despotisme qui rendait le propriétaire maître absolu de tout son territoire. De là une foule de redevances et d'autres droits inconnus à la seconde race *, »
En 1784, Rousselot de Surgy, dans un discours préliminaire au Dictionnaire des finances, reprend les vues émises par Moreau de Beaumont et il montre que les faits donnent raison à l'abbé Du Bos. « Les seigneurs, dit-il, profitèrent du malheur public pour rendre héréditaires des terres et des dignités que la volonté du monarque avait jusque-là conférées. Ils s’approprièrent les tributs, les amendes et les droits du roi, dont ils n'étaient auparavant que les receveurs 4, »
Le 3 août 1789, à la veille même de cette fameuse nuit du Quatre-Août qui vit l'abolition de la féodalité, les gazettes annonçaient l'apparition d'un ouvrage de Henrion de Pansey intitulé : Dissertations sur le droit féodal, par ordre alphabétique, en deux volumes - domaine souvent peu considérable et le droit d'imposer » in-4°. Après avoir exposé sommairement le système des impôts romains, il rappelle que Rome laissait aux provinces conquises leurs propriétés, leurs lois et leurs magistrats, ne se réservant que la police générale, une prestation annuelle en argent ou en denrées. « Tel était, dit-il, l'état des Gaules lors de la conquête des Francs. Soumises à la domination romaine, elles étaient divisées en différents districts ; dans chacun de ces districts, Rome avait un magistrat supérieur, … possédait un domaine public et percevait des impôts » sur les personnes et sur les choses. Ces impôts étaient connus sous le nom de cens. Sans doute le moment de la conquête fut difficile ; mais ceux qui le suivirent furent beaucoup plus calmes. Le roi se contenta des terres qui appartenaient au fisc romain ; les Francs ne s'emparèrent que de celles qui leur furent nécessaires et seulement dans les lieux où ils s’établirent, et les naturels du pays conservèrent leurs propriétés. On leur laissa quelque chose de plus précieux encore : leur liberté, leurs usages, leurs magistrats, leurs lois et, à quelques changements près, leur gouvernement civil. Les Gaules continuèrent d'être divisées en districts sous la dénomination de duchés, de comtés, de marquisats... Mais si les rois francs ont laissé subsister la plupart des lois et des usages romains, si eux-mêmes ils en ont adopté plusieurs, comment douter qu'ils n'aient aussi conservé au moins en partie des impôts, et notamment le cens, d'une perception si facile et avec lequel les peuples étaient familiarisés depuis si longtemps ? Nous croyons bien que les premiers rois francs n'auraient pas imaginé cette imposition. Mais, la trouvant établie, il ne fallait pas être bien avancé dans l'art de la finance pour ordonner qu'elle continuât d'être levée à leur profit. Cela se conçoit d'autant plus aisément qu'étant environnés de Romains et surtout d'ecclésiastiques, ils ne manquaient ni d'instructions ni d'instruments pour la percevoir. Aussi voyons-nous dans les capitulaires un grand nombre de textes relatifs à cette perception, et deux capitulaires de Charlemagne datés de 805 et de 812. « C'est donc, poursuit-il, une vérité de fait, une vérité à l'abri de toute contradiction que les premiers rois francs percevaient à titre d'impôt un cens sur les terres. Sous les faibles successeurs de Charlemagne, un nouvel ordre de choses s'établit ; ces ducs, ces comtes, ces marquis préposés à l'administration des différents districts qui partageaient le royaume, parvinrent à rendre leurs offices héréditaires et leurs gouvernements patrimoniaux ; toutes les prérogatives dont ils jouissaient, tous les droits dont ils avaient la manutention comme officiers du prince, ils se les approprièrent, et la couronne, ainsi dépouillée de tout ce qui lui appartint, ne conserva sur eux d'autre marque de supériorité que le droit d'en exiger l'hommage et un serment de fidélité plus particulier. Ces officiers, de simples gouverneurs ainsi devenus feudataires et seigneurs de fiefs, exigèrent en cette qualité tous les droits, tous les impôts qui précédemment appartenaient à la couronne, et dans le nombre de ces impôts était le cens sur les terres : voilà donc cet impôt transformé en droit seigneurial et le cens devenu un de ses attributs, un des droits ordinaires de la majeure partie des seigneurs du royaume et des plus grandes seigneuries, »
En 1837, J. M. Pardessus préparait son édition de la Loi Salique et les dissertations qu'il voulait y joindre. Dans celle qu'il consacre à la propriété foncière, il adopte la distinction formulée par Hadrien de Valois : Franci immunes, Galli tributarii. Suivant lui, les Francs ne furent soumis à aucune contribution pour les biens qui leur furent attribués dans le partage ; mais ils durent acquitter celles qui grevaient les biens qu'ils acquirent ensuite par des conventions privées. Ce fut même sans doute à cette occasion que se produisirent entre la prétention légitime du gouvernement mérovingien et la résistance mal fondée des Francs ces luttes et ces désordres que rapporte Grégoire de Tours dans ses deux passages si souvent cités relatifs à Parthenius et au juge Audon. Pardessus fait d'ailleurs observer, dans une note, qu'il n'entend parler de l’exemption des Francs qu'en ce qui touche l'impôt direct et que cette exemption ne s'appliquait pas aux felonia, qui font partie des contributions indirectes. Mais il soutient que les Gallo-Romains ont continué à payer l'impôt et repousse l'opinion contraire. S'il n'y avait eu sous les rois francs aucun impôt public, le diplôme de 510 par lequel Clovis concéda des biens fisc aux absque tribulis et exactione, et le sens de l'expression : functiones publicæ, dans le passage de Flodoard relatif aux immunités accordées par Dagobert à l'Église de Reims seraient inexplicables à ses yeux. La lettre du synode de Clermont à Théodebert ne lui parait pas moins formelle. À l’objection tirée de ce que dans ce système le gouvernement mérovingien aurait été obligé, en maintenant l'impôt de l'empire, de modifier profondément les anciens cadastres pour n'y plus comprendre les biens obtenus par les Francs dans le partage, il répond qu'aucune modification des cadastres n'était nécessaire, parce que l'impôt romain était, comme on dirait aujourd'hui, « de quotité et non de répartition » ; chaque fraction de biens-fonds avait une évaluation fixe d'après laquelle elle payait sa contribution, de sorte que l'impôt était invariable pour la propriété grevée, mais variable quant à la quotité du produit pour le fisc ; et il conclut : « Rien ne fut plus facile que de concilier les deux principes qui exemptaient les biens des Francs et laissaient ceux des Romains soumis à l'impôt ».
C'est alors que paraissent, coup sur coup, pour ainsi dire : en 1841, 1844, 1846, les grands ouvrages de Lehuérou, Histoire des institutions mérovingiennes et carolingiennes, 2 vol. in-8°, 1841 et 1843 ; de Guérard, Polyptique de l'abbé Irminon, 2 vol. in-8°, 1841, Prolégomènes ; de P. Lucas-Championnière, De la propriété des eaux courantes, du droit des riverains et de la valeur actuelle des concessions féodales, contenant l'exposé complet des institutions seigneuriales, in-8°, Paris, 1846. Quant à l'ouvrage de Pétigny, Étude sur les lots, les mœurs et les institutions de l’époque mérovingienne, 3 vol. in-8°, Paris, 1844, il laisse à l'écart les questions fiscales, dont il ne s'occupe que par son opinion générale sur l’ensemble des institutions mérovingiennes.
XII. L'IMPÔT SOUS LA PREMIÈRE RACE. — Les Germains victorieux ne ressemblaient pas aux Huns ou aux Tartares, ils n'exterminaient pas leurs adversaires. Dans les pays où ils s'établirent, ils créèrent des formes nouvelles d'administration ou bien conservèrent celles qui existaient. Ils prirent une partie du sol et imposèrent la partie qu'ils laissèrent aux vaincus. Burgondes, Wisigoths, Ostrogoths s'emparèrent d'un tiers ou des deux tiers, les Vandales se saisirent de tout. Que firent les Francs ? Ils s'emparèrent d'une partie du territoire gaulois. Impôt aux vaincus ? Autre question.
Le gouvernement impérial percevait en Gaule un impôt territorial composé de produits agricoles, tels que blé, vin, fourrages, ou produits bruts tels que bois, fer, habillements, enfin des hommes, des chevaux et du numéraire. Chaque année, l'empereur fixait la quotité de l'impôt et sa répartition entre les provinces était arrêtée par le préfet du prétoire. Dans chaque circonscription provinciale, la publication en était faite par les soins du gouverneur quatre mois avant l'exécution des rôles ; cette publication s'appelait indictio, et la part d'impôt incomitant à chaque tributaire, titre ou canon. Les primates de la curie répartissaient entre tel contribuable, à raison du nombre de jugères, de colons, d'esclaves et de bestiaux, et même suivant la valeur des bâtiments. Les exacteurs recouvraient, et le versement (fiscalio) devait être effectué chaque quatre mois, par paiements égaux. Le percepteur (susceptor) donnait au contribuable une quittance (securitas, caucio) que des officiers spéciaux mentionnaient dans leurs registres : à partir de ce moment, le percepteur était personnellement responsable devant le fisc. En cas de besoins extraordinaires, on ajoutait à l'indiction annuelle une superindiction dont la répartition et la perception étaient soumises aux mêmes règles.
Dans la Germanie, l'impôt était plus simple. Chaque communauté offrait, de son plein gré, au chef dont elle relevait du bétail ou du blé. Les délits étaient punis par des amendes portant sur un nombre déterminé de chevaux ou de bêtes à cornes : le partage se faisait entre le roi et la communauté d’une part, le plaignant et ses proches d'autre part. On retrouve ces impositions en terre gallo-romaine au VIe.
Ainsi deux systèmes d'impôts en présence : l'un arrivant avec les barbares, l’autre conservé comme une tradition de l'empire. Le système romain, déjà ébranlé depuis qu'avait prévalu le régime des bandes guerrières ; cependant il en restait quelque chose sous forme de déférence entre le chef et ses compagnons ; il fallut accommoder cela à ce qu'on trouvait établi et adopter un système régulier. Les barbares ne modifièrent pas, dans la Gaule du moins, les institutions civiles ; ils laissèrent aux populations leur langue, leur religion, leurs lois. Ils maintinrent même l'organisation administrative, se contentant d'en prendre la direction. — Mais un gouvernement centralisé a besoin de ressources. Le revenu des fermes royales, les dons de Noël et de Pâques, les produits de la guerre et les prestations en nature ou en argent offertes au prince dans les assemblées du Champ-de-Mars ne pouvaient suffire. Le choix entre les deux systèmes n'était pas douteux : celui des Romains, plus productif, était seul en rapport avec les institutions maintenues : D'ailleurs les registres des impôts existaient encore entre les mains des collecteurs impériaux. On n'avait qu'à les ouvrir, ou plutôt, il suffisait de ne pas les fermer. C’est ce qui fut fait dès le règne de Clovis. ~ Le maintien des anciennes contributions par le gouvernement de ce roi résulte des canons du concile d'Orléans, en 511, et du diplôme en faveur de Micy 14 ir, ae suspect et en tout cas bien et Sur la demande des habitants du lieu qui se voyaient revés de beaucoup de redevances (exenia), il fut idé qu'ils paieraient à l’Église de Reims ce qu'ils payaient au roi. + » Les deux textes suivants ont plus de valeur. Procope dit, en parlant des habitants des Côtes, « qu'ils sont en tout soumis aux Francs, mais qu'ils ne leur ont jamais payé le tribut, en ayant été dispensés à raison d'une autre charge ; » il pensait donc que l'impôt public, tel que les Romains l'avaient appliqué, était en vigueur dans la Gaule. — Grégoire de Tours dit que les officiers du roi Childebert furent envoyés à Tours « pour faire le recensement, afin que, rectifiant les rôles d'après les changements survenus, le roi en pût tirer le tribut que l'on payait du temps de son père Sigebert. » Ce passage capital condense en quelques mots l'histoire de l'impôt public dans la Gaule sous Clotaire Ier, sous ses fils Garibert et Sigebert, enfin sous Childebert II, soit pendant une période de plus de quatre-vingts ans (511-596).
- Les recensements exécutés par l'administration franque pour établir l'assiette de l'impôt comprenaient, outre la terre, les individus employés à son exploitation. Il en resta même sous l'administration des Francs, comme nous le voyons dans le texte de Grégoire de Tours déjà cité qui montre Chilpéric mettant deux sortes d'impôts : l'un sur les propres ou alleux et les censives, c’est l'impôt territorial ; l'autre sur les gens qui avaient donc conservé les deux sources du revenu public impérial, la jugatio (terrena) et la capitatio (humana) :
- De même que les empereurs, les rois francs faisaient parfois remise de l’arriéré. Grégoire nous dit encore qu'il remit à la ville de Clermont la totalité du tribut, tolum tributum. Cette expression pourrait faire croire que l'exemption portait sur l'impôt de l'année entière, mais les détails du récit montrent qu'il ne s'agissait que des arrérages (quod super hæc fisco debebatur), qui n'avaient pu être perçus à cause de la division des propriétés et du temps écoulé depuis la « confection des rôles.
. Sous la monarchie mérovingienne, la circonscription territoriale appelée civitas avait à sa tête le comes, sous les ordres duquel travaillaient le vicaire ou viguier qui administrait une partie du pagus. Or on lit dans Grégoire de Tours que le juif Armentarius avait prêté au comte Eunomius et à son vicaire Injuriosus les sommes nécessaires pour avancer au roi le montant du tribut : le comte et ses délégués étaient donc chargés du recouvrement de l'impôt. En effet, le même Grégoire nous montre le comte Marc se rendant de Poitiers à la cour pour verser ce qu'il devait au fisc ; le comte Péonius d'Auxerre envoyant son fils au roi pour renouveler le bail de sa charge ; le comte Becco en Auvergne présidant à la répartition et au recouvrement du tribut.
La formule d'investissement des comtes dans leur dignité nous a été conservée, par Marculfe : on y lit le rappel de cette attribution de leur charge, notamment « de percevoir le produit de l'impôt et d'en faire, au besoin, l'avance.
~ Les époques fixées par l'administration romaine pour les opérations relatives à l'assiette des impositions avaient même été conservées. On sait que, sous l'empire, l'indiction ou publication du rôle avait lieu au 1er mars. Or le récit de Grégoire de Tours sur les recensements ordonnés par Chilpéric constate que ce fut précisément le 12 des calendes de mars que le peuple qui frappa les serfs et les esclaves. Les rois mérovingiens avaient l'obligation de faire verser chaque année au trésor du Limousin qui se souleva contre les nouvelles rôles qui :
On ne saurait donc mettre en doute le maintien des impôts directs anciennement établis sur les terres et sur les personnes. Il n'est pas moins facile de prouver qu'on percevait, comme sous l'empire, les droits de douane dans les ports, les tonlieux et les péages sur les fleuves et les rivières, et généralement tous les revenus de différente nature qui avaient appartenu au fisc impérial, Il n'y avait eu, à vrai dire, qu'une seule innovation : on avait changé le mode de recrutement de l’armée (l'impôt du sang).
L'impôt ainsi levé par les rois francs avait-il conservé son ancien caractère de tribut public, ou n'était-ce pas une simple rente perçue par eux à titre de maîtres et de propriétaires de tout le territoire sans qu'on pût y voir l'exercice du pouvoir souverain et de la décentralisation administrative. Les textes répondent : Le roi Clotaire, dit Grégoire de Tours, avait ordonné par un édit que toutes les églises de son royaume paieraient au fisc la troisième partie de leurs fruits. Or les églises n'appartenaient pas au roi ; elles ne furent l'objet d'une appropriation privée que beaucoup plus tard, et quand le régime féodal fut constitué. C'est donc comme souverain et non comme propriétaire que le roi demandait à toutes les églises du royaume le tiers de leurs revenus.
Le passage du même historien, relatif aux accroissements d'impôt ordonnés par Chilpéric, distingue entre les propres et les précaires ou bénéfices. Si la couronne s'était considérée comme propriétaire du sol, pour quoi cette distinction sur laquelle d'ailleurs repose toute l'histoire de cette époque ? Il est évident que, dans l'hypothèse inadmissible d’un droit de propriété universelle, toutes les possessions auraient été précaires ; aucune n'aurait constitué un propre.
La meilleure preuve que les rois francs ne regardaient pas toute la Gaule comme leur propriété, c'est qu'ils avaient un domaine particulier dont ils disposaient. Quelquefois ils détachaient de ce domaine des cités ou des pagi qu'ils concédaient à titre de dot ou de douaire à leur mère, leurs sœurs ou leurs filles ; mais ils n’en cédaient que le revenu, et le tribut, au lieu d'être versé dans le trésor du roi, était perçu par le concessionnaire. C'est ainsi que Frédégonde, mariant sa fille au fils du roi des Wisigoths, put dire aux assistants, étonnés de la richesse de ses présents, que c'était le revenu de ses terres, le produit de ses rentes, que rien ne sortait du trésor public.
On peut encore invoquer, à l'appui de cette opinion, la remise du tribut publique dans un rayon de trois milles autour des murs de Lyon, accordée à l'archidiacre de cette ville par l'empereur, et la lettre adressée à Théodebert par les Pères du synode réuni à Clermont ; dans cette lettre bien connue, il s'agit de propriétés patrimoniales, de quod habere proprium visi sunt, et non de précaires ou de bénéfices ; par conséquent, l'expression debita, tributa qu'on trouve dans le texte ne peut s'appliquer à une redevance particulière.
L'impôt romain et l'administration impériale ont donc survécu à l'empire. Les Mérovingiens se sont bien gardés de briser cette savante et ingénieuse machine ; loin de là, ils essayèrent de la faire fonctionner à leur profit. Il est possible que, tout d'abord, ils n'aient pas eu l'intelligence complète de la situation. Mais, après la mort de Clotaire Ier, le dernier des fils de Clovis, quand à l'œuvre de conquête succéda le travail des institutions à fonder, les nécessités politiques apparurent, et venant en aide à l’avidité naturelle des barbares, elles les amenèrent à demander au pays conquis tout ce qu'il pouvait rendre.
Au pouvoir central et vigoureux que l'on voulait fonder, il fallait des ressources fixes, régulières, abondantes que l'impôt seul pouvait fournir, et le développement excessif de l'impôt souleva un cri de détresse.
VII. — 15
Assez, il est une époque dont tous les documents de l’époque nous ont renvoyé l'écho. Cependant, de quelque manière qu'on juge le gouvernement mérovingien, au point de vue fiscal, il est, à certains égards, moins pire que ne l'avait été l'empire.
La solidarité monstrueuse qui liait autrefois les décurions collecteurs de l'impôt avait cessé : les attributions de curie étaient purement civiles et le comte, gouvernant la cité au nom du prince, avait pris sa place en même temps que sa responsabilité vis-à-vis du fisc. Toutefois le fardeau des institutions impériales était trop lourd à porter pour les rois de la première dynastie. Leur politique à l'égard des Francs, leurs anciens compagnons d'armes, prépare et explique leur chute.
Les Francs, en effet, qui, dans la Germanie, avant l'invasion, ne connaissaient d'autres charges publiques que les dons volontaires et l'amende appliquée à titre d'exception, ne pouvaient s’infliger à eux-mêmes ni se laisser infliger le tribut qui, à l’origine des sociétés, fut toujours la marque d'une infériorité politique et sociale. Pourtant on a mis en question s'ils prirent après la conquête leur part des charges qui continuèrent à peser sur les Gallo-Romains. Un texte formel de Frédégaire établit que, sous Childéric, fils de Mérovée et prédécesseur de Clovis, les Francs n'étaient pas soumis à l'impôt ; son autorité est confirmée par l'exemple de ce qu'ont fait les autres barbares, Wisigoths, Vandales et Ostrogoths qui partout ailleurs ont joui de l'immunité. Comme eux, les Francs furent d’abord affranchis du tribut. Mais bientôt il devint difficile de s'arrêter devant leur privilège : le gouvernement avait intérêt à hâter la suppression de toute distinction entre les races.
L'impôt romain et l'administration impériale ont donc survécu à l'empire. Les Mérovingiens se sont bien gardés de briser cette savante et ingénieuse machine ; loin de là, ils essayèrent de la faire fonctionner à leur profit. Il est possible que, tout d'abord, ils n'aient pas eu l'intelligence complète de la situation. Mais, après la mort de Clotaire Ier, le dernier des fils de Clovis, quand à l'œuvre de conquête succéda le travail des institutions à fonder, les nécessités politiques apparurent, et venant en aide à l’avidité naturelle des barbares, elles les amenèrent à demander au pays conquis tout ce qu'il pouvait rendre.
Au pouvoir central et vigoureux que l'on voulait fonder, il fallait des ressources fixes, régulières, abondantes que l'impôt seul pouvait fournir, et le développement excessif de l'impôt souleva un cri de détresse.
On sait que, sous l'empire, tous les soldats obtenaient, du fait seul de leur inscription sur les rôles de l'armée, une immunité qui fut successivement étendue à leur femme et à leurs descendants. Tous les vétérans, indistinctement, à quelque corps qu'ils eussent appartenu, jouissaient du même privilège, et les auxiliaires, c’est-à-dire les barbares enrôlés au service de l'empire, n'en étaient pas exclus. Or il y avait peu de Francs dans les Gaules qui ne pussent à ce titre réclamer l'exemption. Ils servaient sous la bannière de leurs rois et pouvaient se prétendre affranchis, soit comme membres de la nation conquérante (par le privilège germanique), soit comme enrôlés dans la milice (par le privilège des lois impériales). Ou bien encore ils faisaient partie de la domesticité du prince, de la milice palatine, et en cette qualité ils étaient également exempts. On voit que presque tous, pour ne pas dire tous, devaient être en possession de l’immunité, soit à un titre, soit à l’autre. La loi romaine avait été la source et l'origine première du privilège dont ils se trouvaient déjà en possession et que la victoire n'avait fait que confirmer et étendre.
Quoi qu'il en soit, les tentatives faites pour soumettre leurs terres à l'impôt eurent les conséquences les plus graves : elles mirent aux prises les rois mérovingiens et leurs leudes, et donnèrent le signal des luttes qui renversèrent la dynastie.
Ce fut sur la question de l'impôt que ces luttes s'envenimèrent, mais ceux du gouvernement dès lors résolutions qui y furent prises, que sortira plus tard enfant, signalèrent définitivement, entre les Francs défendant leurs privilèges et les princes cherchant à fonder leur pouvoir. Le célèbre traité d'Andelot, qui fut une sorte de garantie que les rois se donnèrent mutuellement contre les traîtres et les parjures, n’empêcha pas les passions les plus violentes de s'agiter et l'indépendance germanique d'être aux prises avec celle des traditions impériales qui était restée la plus odieuse au peuple, la fiscalité. Il suffit que Brunehault charge le maire du palais Bertoald d'aller percevoir le tribut sur les deux rives de la Seine pour l’exposer à la mort. Le Romain Protadius, confident de Brunehault, et intendant du fisc, périt victime des rigueurs dont il n'était que l'instrument et de l'indignation qu’elles avaient soulevée.
La royauté, en renonçant à tout accroissement de l'impôt, avait abandonné la levée du tribut sur les Francs : elle continua de le percevoir sur les Gallo-Romains.
On retrouve donc, sous Dagobert Ier (628-638), l'administration fiscale en exercice, mais toujours frappée de la même réprobation, et rencontrant dans les populations une résistance qui devient chaque jour plus menaçante. En 660, la reine Bathilde, gouvernant la Neustrie pour son fils Clotaire III, encore bienfaits que l’histoire eût peut-être oublié si la légende n'en avait gardé le souvenir : elle adoucit le sort des pauvres tributaires, que l'imposition personnelle et la dureté du fisc réduisaient à la nécessité de vendre leurs enfants pour diminuer d'autant leur part dans les charges publiques. Quelques années plus tard, Dagobert II ne revint d'Écosse et ne monta sur le trône que pour périr (679) ; il fut assassiné parce que, disait-on, « il ruinait les villes, il méprisait les conseils des anciens, comme Roboam il humiliait son peuple sous le tribut. » Ainsi donc l'impôt a survécu à l'empire ; il a même tenu une place considérable dans les causes qui amenèrent la chute de la dynastie mérovingienne. À partir de 679, les documents ne le mentionnent plus. Jusqu'à l'avènement de Pépin, en 751, le pouvoir royal s'efface jusqu'à l'anéantissement. Dans l'obscurité et la confusion qui naissent de l'anarchie, on perd la trace du tribut public. On ne voit pas qu'il soit question nulle part sous les Carolingiens de rien qui ressemble à l'impôt territorial et à la capitation tels qu'ils existaient sous l'empire et tels que nous les avons retrouvés sous les Mérovingiens, Les divers cens assis sur les biens ou sur les personnes, dont il est fait mention si souvent dans les capitulaires et ailleurs, ne sont que des rentes domaniales payées à un propriétaire par des censitaires et des colons. Le tribut public périt probablement au milieu de la révolution qui acheva la ruine des Mérovingiens.
XIII TRANSFORMATION DES IMPÔTS EN REDEVANCES. — L'ancien tribut public des Romains, conservé par les premiers rois Francs, et transformé par la féodalité, a formé l’un des éléments principaux des droits seigneuriaux. À l'époque où les Romains s'établirent sur le sol gaulois par droit de conquête, le territoire fut divisé en deux parts : l'une réservée au peuple romain : terres fiscales ; l'autre laissée à l'intérêt privé : agri prædia, et ses détenteurs, possessores. Que l'on considère ceux-ci comme propriétaires ou comme simples fermiers de l'État, il est certain que les produits de la terre qu'ils possédaient formaient deux parts destinées 1° au trésor, fisc, census ; 2° au possesseur, reditus. La perception des redevances était confiée à de nombreux officiers publics : comites, vicarii, exactores, procuratores, associés à l'administration de la province et à l'exercice de la justice : judices, leur office s’appelait judiciaria potestas ; l'ensemble des redevances qu'ils faisaient acquitter s'appelait plus tard jusfiliæ. La division des produits du sol en deux redevances, le tribut de l'État et le revenu du propriétaire, est fondamentale ; elle est consacrée par un grand nombre de textes du Code Théodosien et du Code Justinien. Les livres X et XI de ce dernier en fournissent de nombreux exemples, et notamment la loi 20 du titre XLVII du livre XI distingue très nettement dans les profits de la culture la part du fisc, functiones publicæ, et la part du propriétaire, reditus. En outre, cette loi constate, et ceci doit être remarqué, l'usage qui devint la règle commune de mettre à la charge du colon l'acquittement de la part fiscale ; et elle montre les officiers publics, judices, touchant à la fois les functiones publicæ et les reditus, sauf à verser, soit dans la caisse de l'État, soit aux mains du propriétaire, ce qui revenait à chacun d'eux.
Ainsi trois espèces de droits reposaient sur le sol et trois intérêts étaient en présence : celui du fisc public, celui du possesseur ou propriétaire de la terre et celui du cultivateur. Il y avait dans le règlement de leurs rapports une sorte de confusion : c'était le colon qui était chargé d'acquitter tout à la fois le revenu du possesseur et l'impôt public, et c'était l'État qui opérait l’une et l'autre perception, sauf à restituer au droit privé celle qui lui était attribuée. Que devint l'administration impériale après l'établissement des barbares ? Elle était déjà en partie passée dans les mains des Francs longtemps avant leur établissement définitif en Gaule. Un grand nombre d'entre eux avaient reçu de l'empire les fonctions de judices et souvent possédaient en même temps des biens considérables dans les lieux qu'ils administraient : cette circonstance leur rendait l’action fiscale plus profitable et les abus plus faciles. Ce sont encore les lois du temps qui nous l'apprennent par les efforts qu'elles font pour empêcher ces agents infidèles d'appliquer à la culture de leurs terres, à la construction de leurs édifices, au transport et à la vente de leurs denrées, les redevances et les obligations établies dans l'intérêt public. On peut dire que les abus ne cessèrent pas et qu'à cet égard les populations gauloises durent peu s'apercevoir qu'elles avaient changé de maîtres.
Rien ne fut sensiblement modifié dans l’administration publique. Les mêmes fonctionnaires conservèrent leurs appellations et leurs attributions. Sous Clovis et ses successeurs, comme sous Théodose, les produits de la terre continuèrent à être attribués en partie à l'État sous la dénomination de census, functiones publicæ ; partie à la propriété privée sous le nom de reditus : la première livrée à l'exploitation des officiers publics, et la seconde souvent pillée par leur avidité. Aussi les charges publiques et le revenu fiscal qu'elles permettaient de s'approprier devinrent le premier objet de la convoitise des chefs de bandes qui avaient envahi la Gaule. La plupart avaient appris en servant dans l'armée impériale ou par leurs rapports avec les officiers romains quels bénéfices pouvait produire l'exploitation des charges de comites, des fonctions de judices. Ils les réclamèrent comme une part légitime du butin auquel la conquête leur créait des droits.
La formule d'institution des ducs, comtes et patrices insérée par Marculfe dans son Recueil, nous apprend de manière sûre qu'il existait un fisc royal et un impôt que le comte devait y verser annuellement. Ces officiers conservaient, à titre de rémunération régulière, une part notable du revenu public qu'ils étaient chargés de percevoir : ordinairement le tiers du montant de leurs perceptions. Ils devaient rendre compte des deux autres tiers au fisc royal : c'est ce que les lois de l’époque appelaient pars regia. Outre l'émolument ainsi attribué à leur charge, ils trouvaient une autre source de profits dans les abus que leur permettait l'exercice de leurs fonctions, et ces profits étaient de beaucoup les plus considérables.
L'identité persistante de noms, d'objets, de receveurs, d'exacteurs, de règles et d'exceptions porte à croire, conformément aux règles de la logique et du bon sens, que nous nous trouvons en présence d'un régime identique auquel, depuis quatre siècles, les peuples étaient habitués à croire.
Que devinrent ces institutions administratives et fiscales au cours de la révolution qui s'effectua du VIIIe au Xe ? Comment la transformation que la féodalité en naissant opéra dans l'impôt vint-elle concourir elle-même à la constitution des droits et des pouvoirs seigneuriaux ?
Sous les Mérovingiens, comites et judices n'avaient que des fonctions amovibles ; la formule de Marculfe nous l'apprend, mais tous leurs efforts tendirent à se les faire conférer à titre héréditaire.
système des impositions publiques ayant été bientôt
paraît l’avoir été celui de l'abbaye de Saint-Germain,
15618 percevoir au nom du prince la moitié des taxes imposées dans la ville de Paris aux marchands étrangers se rendant à la foire de Saint-Denis. — On vit, en 753, un autre grand fonctionnaire, Gairehart, reproduire la même réclamation en se fondant cette fois sur la création nouvelle faite par son prédécesseur d'une taxe de 4 deniers sur chaque homme libre et de 5 deniers sur chaque esclave se rendant à la foire de Saint-Denis ; mais Pépin le Bref maintint le droit de l'abbaye et ratifia la donation de ses prédécesseurs, qui fut de nouveau confirmée en 769 par Carloman, frère de Charlemagne, quelques années après, par l'empereur lui-même et enfin le 1° décembre 815 par Louis le Débonnaire. Ces textes nous montrent l'établissement d'abord temporaire, puis définitif, au profit de l'abbaye, d'un impôt sur l'exportation des marchandises ; en même temps ils constatent l'existence de taxes perçues par l'État sur les marchés publics et l'abandon du produit d'une taxe de cette espèce à l'abbaye par la libéralité du prince. Ainsi, on ne peut contester qu'au ix° siècle, l'abbaye de Saint-Denis percevait dans le Parisis, à l’occasion de son marché, des droits consistant en un véritable impôt public qu'elle avait reçu en don du prince.
XIV. ÉPOQUE DE TRANSITION AU DÉBUT DU IX° SIÈCLE. — Nous avons parlé déjà du Polyptyque d'Irminon (voir Dictionnaire, t. vi, au mot GERMAIN-DES-PRÈS et GUÉRARD). Un document de cette importance ne peut être négligé ici.
Le gouvernement romain avait eu des livres ou registres du cens qui contenaient avec les noms des charges publiques. Ces registres furent conservés et restèrent consacrés à peu près aux mêmes usages sous les rois de la première race. Mais, dit B. Guérard, le système fut complètement aboli, ils ne furent plus employés qu'à décrire les domaines des rois, des églises, des monastères, des grands seigneurs ou des riches particuliers. Au lieu de contenir les noms des citoyens, ils ne contenaient souvent que ceux des gens de condition plus ou moins servile, soumis à des redevances et à des services, ou ceux d'hommes libres chargés de cens. Ils furent, du moins en partie, les registres de l'état civil des colons et des serfs jusqu’à la fin des Carolingiens. Ils constituèrent même des titres de propriété « quand ils furent établis contradictoirement, comme « Le Polyptyque de l'abbé Irminon contient la description complète et détaillée d'une seigneurie ecclésiastique. Or presque tout le territoire du royaume était alors divisé en grandes seigneuries, soit ecclésiastiques, soit laïques, où la condition des personnes et celle des terres étaient sans doute à peu près les mêmes. Éclairé par les prolégomènes, le Polyptyque permet de se faire une idée aussi exacte que possible de l'état social en France au commencement du ix° siècle, époque de transition entre la société romaine et la société féodale. On y relève des indications précieuses sur le sort des impôts et sur leur transformation.
Ces possessions se divisaient en deux parties distinctes : le Domaine, comprenant les fonds dont l'abbaye avait conservé l'exploitation et dont elle récoltait et percevait directement les fruits ; les Tenures, se composant de terres tenues et cultivées par des personnes plus ou moins libres, et ayant sur le sol un droit qui n'était pas le même pour tous et qui peut être assimilé à l'usufruit ; ces usufruitiers portaient le nom de tenanciers ; ils étaient obligés envers le monastère à des redevances et à des services corporels. - Le domaine était en grande partie cultivé sous la direction des officiers de l'abbaye par des tenanciers et, en général, au moyen de corvées ; cependant quelques parties du domaine pouvaient en être détachées pour être concédées à titre de tenures révocables et astreintes à des obligations particulières,
Les biens non compris dans le domaine étaient divisés en lots de grandeur irrégulière et distribués entre des personnes de condition inférieure, les unes libres, les autres esclaves. Les tenanciers étaient soumis, à raison de leur possession, à un ensemble d'obligations appelé « loi de la terre ou de la cour ». Au commencement du ix° siècle, toutes les tenures devinrent perpétuelles.
Sur les 221 187 hectares que possédait l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, son domaine en comprenait 204 171 ainsi divisés : 197 750 étaient en bois exploités directement par le propriétaire ; 6 421 hectares en terres labourables, prés et vignes, évalués à 17 fr. 91 l'hectare, produit annuel et moyen des terres de même nature concédées en tenures, devaient donner un revenu de 115 000 francs : en y ajoutant 197 750 francs pour les bois, estimés seulement à 1 franc par hectare et par an, et 48 000 pour le cens de 71 moulins acensés, on trouve pour le domaine seulement un produit annuel probable de 360 750 francs.
Le surplus des biens de l’abbaye, soit 17 017 hectares, était concédé en tenures et se décomposait ainsi : 16 193 hectares de terres labourables, 233 de vignes, 328 de prés, 86 de pâturages, 177 de bois.
Total : 17 017
Les tenures se divisaient en manses, qui étaient des sortes de fermes, et qu'on distinguait en manses domaniaux et manses tributaires. La contenance des manses n'était pas uniforme ; pour prévenir l'insuffisance des dotations des Églises, il avait été décidé en principe que tout manse ecclésiastique aurait une contenance de 12 bonniers, mais cette décision n'est pas antérieure au ix° siècle et n’a pas été partout observée. En résumé, le manse n'était pas plus une mesure agraire et n'avait pas moins d'irrégularité dans sa contenance qu'une ferme de nos jours : les manses étaient comme nos fermes, de grandeur et de valeur inégales.
Les colons de l'abbaye étaient obligés envers elle à des redevances et à des services, non seulement à raison de leurs tenures colonaires, mais encore à raison de ce qu'ils possédaient en propre. Si l’on voulait reconnaître dans ces charges imposées aux propriétés des colons des vestiges de l'ancienne capitation romaine à laquelle les colons de l'empire étaient soumis, on devrait alors supposer que l'impôt avait été converti en cens et en corvées et que le seigneur avait été substitué à l'État. Mais il ne faut pas s'y tromper ; on observe un grand nombre de cas où les redevances établies représentaient des droits utiles et le prix de concessions avantageuses faites aux colons. La condition des colons chez les Francs n'était pas mauvaise. Si d'un côté elle inclinait vers la servitude, de l'autre la servitude s'élevait de plus en plus vers la liberté. La main du simple tenancier se rendit propriétaire de sa tenure, leurs honneurs et leurs bénéfices. Il semble donc que l'état des colons et des serfs cultivateurs ne fut pas plus aggravé que celui des grands feudataires par la chute des institutions monastiques sous les petits-fils de Charlemagne. L'état des premiers fut au contraire considérablement amélioré de même que celui des seconds ; ou plutôt les uns et les autres quittèrent leur condition en même temps pour passer dans une autre toute différente et bien supérieure, car, de simples possesseurs qu'ils étaient jadis, ils se trouvèrent au XIe de véritables propriétaires.
À partir de la fin du XIe, les colons et les lièves deviennent de plus en plus rares dans les documents qui concernent la France, et ces deux classes de personnes ne tardent pas à disparaitre. Le serf à son tour se montre moins fréquemment, et c'est le rusticus, l'homo potestatis qui lui succèdent. Enfin, l'ancienne unité terrienne, le mansus, est peu à peu abandonnée. De sorte que, si l'on descend jusqu'au XIIIe, on ne trouve dans les livres censiers presque plus rien de la physionomie des anciens polyptiques, tant alors étaient changées la condition des personnes et celle des terres.
À côté des colons et se confondant sous beaucoup de rapports avec eux, mais ayant une condition moins douce, se trouvaient les lièves, assez peu nombreux sur les terres dépendant de Saint-Germain. On n'est pas trop fixé sur le point de savoir en quoi ils pourraient se rattacher aux lètes, que nous rencontrons parmi les Germains, mais ils peuvent avoir emprunté d'eux leur nom et leur état. Quoi qu'il en soit de ce point, les redevances payées par les lètes à l'empereur le furent par les lièves à des particuliers ; le service fait par ceux-là dans les armées romaines le fut par ceux-ci autour de la personne et dans les domaines de leurs maîtres. Cette transformation est une conséquence de la grande révolution opérée par les barbares dans le monde romain. Sous leur détestable domination, les institutions libérales se sont avilies ; le citoyen est devenu vassal et la chose publique chose privée.
Les tenanciers de l'abbaye lui devaient des redevances et des services. On a dit que le domaine seigneurial devait lui produire annuellement 360 750 fr. : on peut évaluer le revenu qu'elle tirait des manses. Il n’y avait plus guère, à proprement parler, d'impositions publiques, et le souverain lui-même, à l'exception de l'imposition au peuple qu'en sa qualité de propriétaire ou de seigneur tributaires et des hospices à 306 014 francs, qui se divisaient ainsi :
Redevances en argent et en nature 179 592
Services à l'hospice à ospa nue ae aa aala inie ele LAS AT
Produits des 71 hospices......... 3175
Total : 306 014
Les redevances en argent ne montaient qu'à 65 005 francs, et la valeur des redevances en nature était de 114 587 francs. Celles-ci se composaient des objets les plus divers : les principaux consistaient en bétail, volaille, vin, blé, houblon et lin ; en étoffes de laine et de fil ; en miel, cire, huile et savon ; en fer et en instruments de métal ou de bois ; en bois à brûler ; en échalas et en chars, en tonnes, douves, cercles et muids, en bardeaux et voliges, en torches, etc. Tout ce qui est nécessaire à la vie y était réuni et, même, il est probable que le monastère y trouvait au-delà des besoins de sa consommation, car il recevait annuellement :
60 animaux de l'espèce bovine,
15412 moutons, brebis et agneaux,
96 porcs,
2139 muids de vin,
97 muids de blé,
1057 muids d'épeautre,
8 setiers de moutarde,
818 poulets,
30 865 œufs.
Ces charges imposées aux tenanciers comme condition de leurs tenures comprenaient-elles quel que tribut public ? Les redevances sont purement privées, répond Guérard, et toutes sont payées à l’abbaye de Saint-Germain comme au propriétaire ou au seigneur du sol et des hommes qui l’habitent : aucune d'elles ne constitue ce qu'on appelle un impôt, c'est-à-dire une redevance payée au souverain ou au gouvernement du service des armes, et non de souverain. Le système financier, fondé par les Romains, avait été promptement détruit par les barbares sortis de la Germanie, qui avaient totalement réduit la chose publique en chose privée peu Des après leur établissement.
On ne lit aucune imprécation dans les quatre diplômes de Childebert Ier et les deux de Chilpéric Ier, mais nous en avons un troisième de ce même Chilpéric en faveur du monastère de Saint-Lucien de Beauvais, daté de l'an 583, où ce prince invoque la colère du souverain Juge, ira summi Judicis, contre celui qui contreviendrait à ses prescriptions. Grégoire de Tours nous dit à propos de Chilpéric : Si quos culpabiles reperisset, oculos ei jubebat erui ; et in præceptionibus, quas ad judices pro suis utilitatibus dirigebat, hæc addebat : si quis præcepta nostra contemserit, oculorum evulsione multetur.
Vers le même temps, le roi Gontran, dans un diplôme témoin de ses libéralités à l'égard de Saint-Marcel de Chalon, déclare que quiconque s'y opposera sera : effacé du livre de vie, de vitæ libro deleatur. On ne trouve aucune imprécation dans le traité de paix intervenu entre Gontran, Childebert et Brunehaut ; on y lit cependant ceci : Moc etiam huic addi placuit pacioni, ut si qua pars præsentia statula sub quacumque calliditate, tempore quocumque transscenderit ; omnia beneficia, tam repromissa, quam in presentia conlata amitlat, et illi proficiat, qui inviolabiliter omnia supra scripta servaverit, et sit de sacramentorum obligalione in omnibus absoluta. His ita que omnibus definitis, jurant partes per Dei omnipotentis nomen, et dum diem judicii, se omnia quæ superius scripta sunt, absque ullo dolo malo, vel fraudis ingenio inviolabiliter servaturos.
Et plus bas : Lectis igitur pactionibus, ait rex : Judicio feriar, si de his quidquam transcendero, quæ hic continentur.
Dagobert Ier, dans le diplôme pour le monastère de Febais, en 635, se contente de dire que ceux qui envahiraient les biens de ce monastère, primitus iram divinam incurrere, formule dont fait usage également Chilpéric III, en 744, dans un diplôme en faveur des monastères de Stavelot et de Malmédi. Par contre, Childéric II fait une véritable imprécation, lorsqu'il donne un village à l'évêque Amand et voue à la damnation celui qui tentera de l'en dépouiller.
On voit par ces exemples que les formules d'imprécation se réduisent à fort peu de chose dans les diplômes des rois mérovingiens. Toutefois, Thierry IV recourt à une formule plus recherchée. Dans un diplôme de l'an 730, on l'entend souhaiter à ceux qui feront quelque préjudice à l'église Saint-Vincent, qu'ils encourent la colère céleste et subissent les peines éternelles de l'enfer, avec le traître Judas et Dathan et Abiron : Iram Dei incurrentes cum Juda traditore, simulque Dathan et Abiron, sine fine pœnas æternas subeant.
Dans les formules d’imprécation en usage parmi les particuliers, on remarque un goût sensible pour ces formules recherchées. C'est ainsi que dans une charte de Saint-Germain de Paris, en 566, en faveur de Sainte-Croix et Saint-Vincent, on est menacé de l’excommunication et du jugement dernier. On y souhaite qu'il puisse être anathema, maranatha, mots étrangers, l’un grec, l’autre syriaque, qui effrayaient d'autant plus ceux qui les lisaient que le sens leur échappait. Ils sont encore employés comme formule d'imprécation dans le codicille de Saint-Amand et dans quelques autres chartes, et ils y sont interprétés : perditio in adventu Domini.
Dans le livre II des Formules du moine Marculfe (voir Dictionnaire, t. V, au mot FORMULES), nous trouvons les formules 1, 2, 4 et 6 qui méritent d'être retenues ; voici la première, à titre d'exemple : Si quis hane voluntatem meam per quaslibet adinventiones, seu propositiones, sicut mundus cotidie artibus et ingeniis expolitur, vel repetitor, convulsor eliam, dultergersator exstiterit, anathema sit, et tam qui fecerit quam qui faciendo consenserit, anathema sit : et sicut Dathan et Abiron hiatu terræ absorpti sunt, vivens in infernum descendat, et cum Jesu fraudis mercatore, et in præsenti et in futuro sæculo partem damnationis excipiat : et tunc veniam consequatur, quando consequetur est et diabolus, qui sese fallendo ætheria sede defectus, cruenta adinventione, bonis operibus semper obviare pervigilat. Insuper etiam inferat sociante quoque tam in persecutione quam in exactione sacratissimo fisco, vel sancto episcopo Ecclesiæ ipsius auri libras centum.
Malgré l'importance du manuel de Marculfe, il est clair que cette formule est loin de balancer l'autorité de celle-ci, qui fut élaborée par le synode tenu à Rome en 679 pour juger la cause de Wilfrid, évêque d'York : Si quis proinde contra horum statutorum synodalium decreta ausu temerario obsistere temptaverit, vel non obedienter susceperit, vel post quodlibet temporis spatium, qui qui sunt vel fuerunt, infringere ea in totum vel in partem tentaverit ; ex auctoritate beati Petri Apostolorum principis eum hac sanctione percellendum censemus : ut, siquidem Episcopus est qui hanc piam dispositionem lemerare temptaverit, sit ab episcopali ordine destitutus, et æterni anathematis reus : similiter si presbyter, aut diaconus fuerit vel inferioris gradus Ecclesiæ : si vero clericus, monachus vel laïcus cujuslibet dignitatis, vel rex ; extraneus efficiatur a corpore et sanguine Salvatoris Domini Jesu Christi ; nec terribilem ejus adventum dignus appareat conspicere.
On rencontre aussi des imprécations prononcées contre soi-même par des personnages éminents, Saint Boniface de Mayence prête serment au pape Grégoire II et ajoute cette clause : Quod si (quod absit) contra hujus promissionis meæ seriem aliquid facere quolibet modo seu ingenio vel occasione temptavero, reus inveniar in æterno judicio, ultionem Ananiæ et Saphiræ incurram, qui vobis etiam de rebus propriis fraudem jacere præsumpserim. Le privilège papal de Zacharie pour la fondation du monastère de Fulda se termine par cette imprécation : Ut quicumque cujuslibet Ecclesiæ præsul, vel quacumque dignitate prædita persona, hanc privilegii nostræ chartulam, quam auctoritale principis Apostolorum firmamus, temerare temptaverit, anathema sit, et iram Dei incurrens, a coetu sanctorum omnium extorris fiat : et nihilominus præfati monasterii dignitas a nobis indulta, perpetuo permaneat.
Tout ce défilé d'imprécations était-il fort impressionnant pour les contemporains ? On serait tenté d'en douter quand on voit l'instabilité des fondations pieuses prétendument affermies et protégées par ces barrières. En 731, Jean V de Ravenne menace d'aller rejoindre Judas en enfer et de tomber sous l’anathème des trois cent dix-huit Pères de Nicée. En 696, le concile anglais de Becanceld, sous l'impulsion du roi Wilhred ; en Espagne, les rois Veremund et Ervige guidant les conciles de Tolède multiplient ces menaces que répètent comme des échos d’autres conciles de Tolède sous Egica et sous Chindaswinthe ; ils y ajoutent même quelques coups : Si quis autem hæc instituta contemnat, contemplorum se noverit damnari sententia, id est, ut juxta voluntatem nostræ gloriæ, et excommunicatus a coetu nostro resiliat, et insuper decimam partem rei suæ fisci partibus sociandam amittat. Quod si nihil habuerit facultatis, unde prædictam compositionem persolvere possit, absque aliquo infamio sui quinquaginta eum oportebit ictibus verberari. (Tolède, 681.)
H. LECLERCQ.
IMPRESSIONS EN COULEUR. — Pline l'Ancien nous apprend que les Égyptiens savaient teindre les étoffes en différentes couleurs, c'est-à-dire décorer les tissus avec des dessins d’une autre couleur que celle du tissu original. Pingunt et vestes in gypto inter pauca mirabili genere, candida vela postquam adtrivere illinentes non coloribus, sed colorem sorbentibus medicamentis. Hoc quum fecere, non adparet in velis : sed in corlinam pigmenti ferventis mersa, post momentum extrahuntur picta. Mirumque, quum sit unus in corlina color, ex illo alius alius fit in veste, accipientis medicamenti qualitate mutatus. Nec postea ablui potest : ila cortina non dubie confusura colores, si pictos acciperet, digerit ex uno, pingitque dum coquit. Et adustæ vestes firmiores fiunt, quam si non urerentur.
On a traduit ce texte de plusieurs façons : tel traduit sed colorem sorbentibus medicamentis par « substances sur lesquelles mordent les couleurs », tel « des substances qui absorbent les couleurs », et ces deux traductions paraissent discutables. Peut-être Pline lui-même, sur ce point comme sur tant d’autres, ne parlait-il que par ouï-dire et ne connaissait-il pas d'une manière exacte et, à proprement parler, technique, le procédé des imprimeurs.
Ce que Pépin confirma dans les termes suivants : Si autem quispiam nostræ auctoritatis præcepto repugnare voluerit, sententiam apostolicæ districtionis, quæ in privilegio expressa est.
Fazi ali ron de tissus égyptiens. Si on se souvient que ces mêmes procédés furent en usage depuis des siècles en Perse … et dans les Indes, on doit se dire que les medicamenta de Pline n'étaient ni des « mordants » ni des « absorbants », mais des substances qui, une fois appliquées sur l'étoffe, faisaient obstacle à l'effet de la teinture. Aux Indes, en Perse, à Sumatra, ailleurs encore, on préparait cette substance avec un mélange de cire et de terre argileuse dont on se servait pour imprégner le modèle destiné à imprimer sur l'étoffe ceux des dessins qui, dans la teinture, devaient être réservés en blanc ou rester dans la couleur primitive de l'étoffe.
C'est ce que l'on faisait à Akhmin, où l'on a trouvé non seulement des tissus imprimés en deux couleurs, mais des estampilles d'imprimeurs sculptées sur bois avec les ornements destinés à décorer les tissus. Une estampille forme un sujet bien délimité par un encadrement. Deux paons sont attirés à un calice. L'aigrette posée sur le front des volatiles indique leur espèce et on a probablement voulu figurer la queue déployée en roue, bien qu'on n'ait guère réussi qu'à donner l'impression d'une feuille.
Quoiqu'on ait trouvé dans le tombeau de saint Césaire à Arles un échantillon de tissu de lin fin, qu’on appelait, au XVe et au XVIe, imprimer ou teindre « en réserve ».
R. Fürrer a trouvé à Akhmin, dans la Haute-Égypte, parmi les tombes d'époques romaine et byzantine, une petite tunique d’enfant ornée d'une sorte de treillis ondulé avec, dans chaque losange, une rosette, et aux points d’intersection des mailles du treillis un gros pois rond. Ce dessin est réservé sur l'étoffe, du lin non blanchi, en blanc sur bleu. L'imprimeur qui a fabriqué cette étoffe avait en sa possession trois modèles, la ligne ondulée, la rosette et le pois ; il s'en servait avec une habileté relative et plus ou moins de précision. La pâte avec laquelle on imprimait ces ornements était soit de la cire, soit un mélange de cire et d'argile. Cette pâte d'impression, une fois séchée sur l’étoffe, on enfonçait celle-ci dans un bain de couleur bleue et on laissait sécher, après quoi on détachait la cire qui avait empêché le bain de marquer le tissu et on avait une étoffe imprimée en réserve. Ce n’est pas à dire que le procédé soit bien rapide ni le résultat bien flatteur, mais on s’en tenait pour satisfait et peut-être la fillette à la robe de treillis d'Akhmin se croyait-elle fort élégante dans sa pauvre tunique bleuâtre.
Le Victoria and Albert Museum, à Londres, possède une riche collection de tissus trouvés dans des tombes égyptiennes. Quatre ou cinq appartiennent à la catégorie des impressions en couleur, c'est-à-dire que le sujet est réservé sur fond bleu : ce sont probablement des ouvrages du IVe ou du Ve : ils nous sont parvenus en assez piteux état, mais enfin ils sont reconnaissables. Nous avons déjà fait connaître celui qui figure la scène de l'Annonciation. (Voir Dictionnaire, t. VI, au mot GABRIEL, fig. 4776). Nous donnerons ici un autre fragment sur lequel on a représenté la Nativité avec un art encore visiblement inspiré par l'époque classique. La Vierge est assise sur une sorte de vaste canapé dont le montant figure un dauphin et quoique la scène se passe dans l’étable, un ange vient rendre visite à la mère de Dieu, ce qui est une réminiscence des écrits apocryphes. On peut rapprocher de cette scène celle qui se voit sur un des ivoires du trône de l’évêque Maximin de Ravenne et sur la pyxide de Werden.
Une scène plus majestueuse encore est celle d'un troisième fragment sur lequel on voit Moïse, MOYCHC, recevant la loi sur le Sinaï et l'hémorragie. Il y eut un grand tremblement de terre, tel qu'on n'en avait jamais vu, en sorte que tout le peuple suivit l'empereur et le patriarche hors de la ville jusqu'au lieu appelé « le camp » parce que la terre continuait de trembler. Tandis que Théodose et le patriarche Proclus récitaient avec tout le peuple des litanies et des supplications, soudain un petit enfant fut enlevé en l'air au milieu de la foule qui, terrifiée, se mit à crier Kyrie eleison. Le gamin redescendit et, de sa plus grosse voix, demanda qu'on récitât le trisagion de cette manière : Sanctus Deus, Sanctus fortis, Sanctus et immortalis, Miserere nobis.
Cela dit, il mourut, et le tremblement de terre cessa. On retrouve cette historiette dans les lettres de Rhosisse, saisissant le bord du vêtement de Jésus au moment où il va ressusciter Lazare, bien que, historiquement, le miracle de l'hémorragie précède la résurrection de la fille de Jaïre. (Voir Dictionnaire, t. VI, au mot HÉMORRHOÏSSE).
H. LECLERCQ.
IMPROPÈRES. — On donne ce nom d'improperia ou reproches à des formules de l'office du vendredi saint qui apparaissent pour la première fois dans les textes liturgiques du IXe ou du Xe ; en particulier dans un Liber sacramentorum de Saint-Denis, dans un Pontificale de Troyes et un autre de Poitiers, ainsi que dans la Concordia sancti Dunstani.
Le ménologe des Grecs dit que sous le règne de Théodose, un vingt-quatrième du mois de septembre, lon, Quintien, d'Acace et d'Asclépiade à Pierre le Fou, lettres d'ailleurs apocryphes. On attribue à Pierre le Foulon l'addition :
Qui crucifixus es pro nobis, miserere nobis, qui fut longtemps employée et que le concile Quinisexte interdit dans son canon 81°. L'Église arménienne n'y voyant rien à reprendre continua à insérer cette clausule jusqu'au x siècle. Grégoire VII écrivit à l'archevêque de Synnade : Clausulam quam in illa Jude subjungitis : Scs Deus, scs fortis, ses immortalis, “istam videli cet : Qui crucifixus est pro nobis ; quoniam nulla Orientalium præter ‘vestram, sed nec sancta romana Ecclesia habet, vos totius scandali occasionem - pravis que intellectus suspicionem vilantes, superaddere » de cetero omiltatis. Voici les plus anciennes attestations recueillies par »dom Martène : 1° [Ex ms. Pontificali insignis Ecclesiæ Apamiensis in Syria] : … Tune autem accedentibus primum presbyteris, postmodum diaconibus et celeris per ordinem ad adorandum crucem, cantores juxta morem suum à decantant Agios et S. Deus, et cum dicilur miserere Done omnes debent prosterni in terram. Debent etiam cantare has antiphonas : Popule meus. Antiph ; T Quia eduxi te ; Antiph. : Quid ultra ; Antiph. : Crucem tuam adoramus, ef alios versus et hymnos ad hujus diei » oficium pertinentes. 2 [Ex ms. Pontificali Prudentii Trecensis episcopi qui ante annos 850, sedem illam obtinebat ] :... Interea pont duo cantores portant les crucem juxta positionem loci retro altare, et dicant cum lenitate vocis. Popule “ meus, etc. Similiter stent duo ante crucem, respondeant à in eadem voce antiph. Agios, etc. Græca græce, latine … liam eundem omnis terlio reincipit chorus S. Deus, etc. » Post trinam vero decantationem. nudalur crux…. 3 [Ex ms. Pontificali Ecclesiæ Pictaviensis anno ET circiter 800] : … Interim sternuntur straloria a custodibus secundum morem, inde pergunt duo can- » lores ad sinistram partem altaris et canunt hunc versum : Popule meus. Alii vero duo cantores venientes retro altare ante crucem, quæ dudum illic linteo cooperta èl slalula fuerat et poplitibus et manuum articulis innixi reverentér ipsam erucem adorant, sustentandibus eam duobus acolythis ex ulra que parte, puero quo que sublus eam tenente cussinum sericum. Cum que » priores cantores versum finierint, illico in eorum voce incipiunt illi hanc antiph. græcam : Agios, o Theos, et. chorus eamdem antiph. latine repelit, Ses Deus. Similiter - faciunt venientes ante s. altare, deportantibus duobus crucem ante illud el puero cussinum, repetentibus quo que duobus prioribus cantoribus secundum versum de Popule meus, Quia eduxi te, ef illis ante crucem in ipsorum voce Agios et choro latine Ses Deus. Inde - portalur crux us que ad gradus, vel si ipsi non fuerint - us que ad statutum locum, ordine quo supra, et repetunt - priores terlium versum de Popule meus, Quid ultra debui facere tibi, secundi ante crucem Agios. Chorus quo que Sanctus Deus ; quæ ut finila Juerit, illi duo cantores, qui græcam antiph. decantaverunt, discooperiunt crucem, el elevantes eum in altum incipiunt antiph. Ecce lignum crucis. 4 [Ex ms. Pontificali insignis Ecclesiæ Bisuntinæ ab annis circiter 600 exarato] : … Tune eant € duo diaconi ubi crux est, el stent ante crucem induti ~ purpureis planetis. Subdiaconi autem qui crucem tenent, … dicant alta voce : Popule meus quid feci tibi, ete. Dia- — coni respondeant : Agios. Dicant subdiaconi : Quia ego eduxi te, etc. p. Agios et clerus dicat Sanctus similiter ut supra ; SH subdiaconi, Quid ultra, etc. Tune diaconi, Agios. Et clerus similiter Sanctus. Tunc veniunt ipsi qui deferunt crucem ante altare... 5 [Ex ms. Ponlificali s. Germani a Pratis annorum M circiter 600] : … Ad vesperum vero tam in ecclesia ~ ubi pontifex dicit orationem, quam et in celeris ecclesiis — presbylerorum, post orationes præparelur crux anle ~ dllare, interposito spalio inter ipsum etl allare, sustentata a duobus acolythis hine inde posito ante eam oratorio. In cujus laudem canuntur ipsi versus : Popule & meus, etc. Agios o Theos. Canunt ali qui ad salutandum ~ crucem hoc responsorium : Vadis propitiator... 42. Go [Ex veteri codice Ecclesiæ Andegavensis ante 600 4 annos exarato ] Finita oratione dominica el quæ
IMPROPÈRES
seguniur us que Per omnia sæcula sæculorum communicel solus episcopus, et t une cosperilur corpus domi nicum super altare de sindone munda. Tune eant duo diaconi ubi crux est et stent ante crucem induti purpureis planelis. Subdiaconi autem qui crucem tenent dicant excelsa voce : q Popule meus, ef respondeant diaconi Agios ; Clerus respondeat Sanctus, et dicant subdiaconi : Quia ego eduxi te, ef diaconus : Agios, ui supra, el subdiaconus : # Quid ultra. Tune diaconus : Agios et clerus similiter Sanctus. Tune veniant ipsi qui deferunt crucem ante altare.
79 [Ex ms. Rituali Ecclesiæ Suessionensis | :... Quibus finilis, duo ex quatuor presbyteris, gui iraclum cantaverunt, retro magnum altare, nudis pedibus el in albis præsio sini. Subdiaconi vero illi, qui et paulas sæpedictas rapuerunt, nudis pedibus et in albis accipiant crucem cooperlam, unus à dextris et alius a sinistris ; tum que removeant illam ab altari B. M. Magdalenæ, quod duo presbyteri possint retro crucem stare et cantare : Popule meus, ete. Duo pueri stantes ante crucem nudis pedibus et in albis tenentes manipulos duos in manibus dextris : Agios o Theos, ete. Quotiescum que pueri dixerunt Agios, jacial unusquis que manipulum super scapulam sinisiram, el quoliescum que dixerint O Theos, Ischiros, Athanatos, tollant iterum manipulos a scapulis. Post hæc dicit chorus : Sanctus Deus, Sanctus Fortis. Post ipsum versum subdiaconi crucem ferentes afferant eam us que ad dexfrum latus allaris ; et tunc paululum crux delegatur. Interea chorus sedeat, sacerdo les quo que crucem sequentes : Quia eduxi te, etc. Pueri genibus flexis anle crucem facientes de manibus sicut superius docui, iterum dicant Agios. Chorus similiter flexis genibus, Sanctus Deus. Interea subdiaconi afferant crucem us que ad medium presbylerii ante majus altare, et t une crux us que ad brachia detegatur. Presbyteri quo que eam sequentes dicant : Quid ultra debui, etc. Pueri sæpedicli ante crucem prostirali facientes de manipulis, ut supra dicant : Agios, etc. Chorus lotus in terram prostratus Sanctus Deus. Tune illi duo presbyteri accipientes crucem elevent eam in sede preparata, eam que totam deteyentes… Le missel mozarabe contient aussi ce rite qui s’y trouve décrit avec détails :
Finitis precibus, duo nobi les presbyteri in superpelliciis accipiani crucem coopertam panno nigro versus se crucifixum et ascendant ad sinistrum cornu altaris et cantent ambo hane antiph :
Popule meus quid feci tibi, autin quo contristavi te ? responde mihi.
Quia eduxi te de terra Egypti in signis magnis et in prodigiis excelsis et parasti crucem Salvatori tuo.
Et cum dixerit in fine : Parasti crucem Salvatori tug. | In fine antiphonæ duo diaconi induti superpellicits in medio chori ante allare majus incipiant et cantent :
Agios o Theos, Agios Ischyros, Agios Athanatos eleison imas.
Quibus finitis, chorus respondeal flexis genibus ul seguilur- :
Scs Deus, Se ces Fortis, Scs et immortalis, miserere nobis.
Finita prima statione, duo supradicti presbyteri qui crucem tenent pergant ad cornu dextrum altaris cum 474
475 IMPROPÈRES — IN e
cruce sicul prius el cantent secundam anliph. seg. : Quia eduxi te per desertum quadraginta annis, et | Dans les Cycla des, à Andros, Ph. Le Bas a relevé i cette inscription bilingue # :
SANCTUS DEUS SANCTUS FORTIS SANCTUS INMORTALIS MISERERE NOS + ATIOC @EOC AFIOC ICXYPOC AFIOC AOGANATOC €AEHCON HMAC + manna cibavi te, et introduxi in terram satis optimam. Præparasti crucem Salvatori tuo.
Supradicti diaconi ut prius cantent Agios per totum | ante altare ut supra dictum est. Quibus finitis, chorus | flexis genibus cantet : Scs Deus, ul prius modo et jorma supradicta. Et dum chorus cantal Sanctus, duo supradicti presbyteri cum cruce veniant ad medium altaris, et tenentes crucem cantent tertiam antiphonam sequentem.
Antiph. : Quid ultra debui facere tibi, et non feci ? Ego quidem plantavi vineam meam speciosissimam, et tamen facta est mihi nimis amara. Aceto nam que sitim meam potasti, et lancea perforasti latus Salvatori tuo.
Et cum dixerint Salvatori tuo, diaconi supradicti, | ut prius, cantent Agios, el chorus flexis genibus cantel S. Deus, sicul prius.
« À Soloham, dans la piscine aux Moutons (son nom en hébreu est Bedsaïda), le Seigneur a trouvé, dans le porti que Salomon, l’homme gisant à terre ; il a guéri le boiteux et il a fait revoir l'aveugle ; et c'est de là que nous, avec les archanges incorporels, nous disons, en criant de toute notre voix : « Saint est le Dieu que | chantent les chérubins et devant lequel ils se prosp ternent.. Saint et fort, celui que glorifie le chœur des anges incorporels… [celui que même les] bêtes OL YLOG LOYUP OV EVOOËAG cor oyopog Tov aCo-.
Ayrog 6 Mes, 6v évuuvobor t yesoubiv xal Toocxuvog e... oL &yros, loyupôc, ôv ( ?) 6 LOOÙS TOV ÉCUWLETEOY LYYÉAGWY -+ -OTOG OV De... 3 Tüv &Aóyav yvooLolels ÉkénGov AU. T A Caryande en Carie, sur une inscription À :
ATIGCHOE | CG CATICCE 5 CXYPOC ATIGC —|— AGANATOC EACH CON HMAC
AFIOC O GE.ARIOC ICXYPOC AMOC AOANATOC OCTIæu PHOIES 8t uig EAEHCON HMAC “Ayos ó eléc], ot(au]omblels t huäc] : Ékénaov Aug. dyos loyupécs, &yios küdvæTtog, ó
H. LECLERCQ. IN... — La préposition in ne nous retiendrait pas si nous ne la rencontrions dans l'épigraphie chré-
tienne associée à quelques formu les qu'il y a lieu deg i noter au passage.
À Altava, en Maurétanie Césarienne, une cpitaphe M chrétienne nonobstant le DMS, datée de l’année 413 de | l'ère provinciale (432 apr. J.-C.) 5 :
Rs 4 1 ig ki ‘4
D.
A 4} a 4 1N :
D(is) M(anibus) S(acrum). Petronius Pampilus « vifæ]if an[n]is decem disce(ssit) quintum decimum k(a)l(endas) Nove(mbres) [ansia p(rovinciæ) 413 + | in f[i]de bleatus |.
A Henchir-Zoura, au pied de la montagne appelée 1] Agrour-el-Kifène (Cercle de Tébessa), sur un linteau
HRE NRIIG HER RL SRE
ONIES OTRA NiLofpamyi á pi. ET OBIIT. PER UNNSÆ
IIVI NOARIIV SAR
de porte d'un édifice qui a été vraisemblablement un E | oratoire, on lit sur une pierre de 2 mètres de long, grossièrement tracée et dont les lettres sont inégale4 ment espacées : en outre plusieurs mots paraissent « avoir été martelés % ; le chrisme est donné fig. 5663 : IN DEO SEMPER J TV QVI DVCIS MVL C3 A Cheria (cercle de Tebessa) (où il a existé jadis un fort byzantin important}, sur un cancel orné de rosa ces | sculptées, au-dessus d'un monogramme chrétien, on HET : IN DEO VIVAS Cette pierre a été transportée au musée d'Alger.
A Henchir-bou-Saïd (cercle de Tébessa), il existait | 12 0577 “ une basili que de 15 mètres de long sur 13 mètres de % large, à trois nefs séparées par des piliers carrés de … 0m. 40 de côté, ayant supporté des arce aux. La basilique est dallée ; la construction en était soignée. Cet | édifice a été construit en partie avec les pierres tomi ba les provenant d'un cimetière païen voisin. Relevé sur la pierre, clef d'un arc de la basili que, linser prion “ suivante, en caractères de 0 m. 04 bien gravés 1
IN NOMINE DEI
k CRECIVS FE E CIT IN $o = Si nous abordons la formule in nomine, ce n'est pas assurément avec la pensée d'en épuiser les variations ; - nous parlerons seulement de cette inscription trouvée h au Mas des Ports, près de Lunel, au mois de janvier T1893, et donnée au Musée archéologi que de la ville de T] SI C b R, Montpellier 1. Le champ dans lequel l'épitaphe a été - découverte à 0 m. 60 ou 0 m. 65 de profondeur confine à une pièce de terre appelée Saint-Peyre dont le nom - mar que l'emplacement de l’ancienne église de Saint- » Pierre-des-Ports. On a trouvé dans ces parages des “auges en pierre, mais on n’a ja mais signalé ni basreliefs ni inscriptions.
Celle dont nous avons à parler (fig. 5826) est tracée ~ sur un bloc de pierre calcaire, dalle quadrangulaire T assez mal équarrie, mesurant 0 m. 10 épaisseur, 0 m. 46 hauteur, 0 m. 41 à 0 m. 43 largeur. Tout
IN | 478
deux jambages inégaux, N à la barre diagonale n’atteignant pas l'extrémité des hastes, B, E, F, P, R, dont la haste dépasse les membres transversaux, O plus petit que les lettres qui l'entourent. D'après la comparaison avec d'autres formules épigraphiques de la Gaule, l'emploi simultané de hic requiescit et de famula Dei, la forme Jenoari, la forme ic pour hie on ne peut guère s'écarter de la période 480-520. Au nombre des inscriptions où l’emploi de la préposition IN sert à introduire une formule intéressante, nous devons citer un texte découvert à Malaga, en 1888 ; haut. 0 m. 215, larg. 0 m. 140.
AVRELIVS IV LIANVS NA TIONEM AF RAM VI VI XIT ANN VI M-XDIES XI MANET INDEIGLOR :A
LEE
Aurelius Julianus, nationem ajram, qui vixit ann (is) VI, m (enses) X, dies XI ; manet in Dei gloria.
Ce texte ne parait aucunement justifier les soupçons émis sur son authenticité *. La formule finale, signalée comme insolite, est cependant conforme au style épigraphique des premiers chrétiens. Nous lisons cette inscription dans Fabretti 4 :
Le marbre suivant fut trouvé en 1888 au cimetière
À K Q) VICTRIS QVE VIXIT ANNIS VIII DEPOSITA ES PRIE NON
de Friscille :
Victrix quæ vizit annis VIIII. Deposita est pridie nonas auguslas, manet in pace et in Christo. Voici enfin la formule même de Malaga, in gloria Dei | sur une épitaphe tracée sur la chaux d'un loculus des
autour règne un bandeau plat de 0 m. 03 à 0 m. 05 de | C largeur auquel succède une gouttière de 0 m. 02 de
catacombes * :
E | % PRIMA VIVIS IN GLORIA DEI ET IN PACE DOMINI NOSTRI XK
profondeur, puis un boudin qui se relève au niveau du Fabretti a publié depuis longtemps une inscription = bandeau et qui entoure un champ quadrangulaire, | romaine ainsi libellée * : caractères sont inégaux allant de 0 m. 018 à 0 m. 038, IN PACE rte~ mal alignés, inélégants. L'inscription est tracée sur 5 ET PRINCIPIO LÉ = huit lignes dont la seconde doit, pour la lecture, | OL TER $ s'intercaler entre le troisième et le quatrième mot de la
Cette formule in pace et (in) principio signifie en paix et dans le Christ, allusion à l'évangile de saint Jean : — In nomine nostri Domini Jhesu Christi. Ie requiescit, | Jean : In principio erat Verbum.
= in Christo, Amen. FA La forme des lettres, les formules employées le nom de la défunte, tout reporte vers le vif siècle et peut être la fin du ve, La forme des caractères, H à Ea | Ranilo famula Dei et obiit pridie nonas Jenoarii.Vivat |
A Saint-Cirq-la-Popie, canton de Saint-Géry (Lot), on trouva, en 1858, dans un tombeau en grès cette
Tumulus neofiti Pauli qui praecessit in pace dominica die nonas norembris Leone ter cons (ann. 466)
CL
Fiat en AE EA mt, 2 TR TT GRR ES pi nr gere 4e i reee e a | Ds A, DS ce TE RE
To supérieure, haut de 0 m. 30 et large de 0 m. 48 s :
La formule in pace dominica se retrouve dans des tombes de la même région 1. J Nous avons déjà dit (voir FIDELIS) le sens de fidelis in pace. C'est le lieu de rappeler la formule IN PACE FIDEI CATHOLICE (voir Diclionn., t. n, col. 2069) qui donne toute sa signification à cette formule plus brève * :
IBIT IN PACE
ou bien encore * :
PRIMA TE IN PACE
ou enfin * :
A Lyon et à Marseille nous rencontrons la formule : |
- QVE VIXIT IN TIMORE DI
Autre formule qui s'inspire de la même pensée confiante que la précédente. Sur une inscription romaine que nous avons déjà fait remarquer à raison de l'emploi du mot costæ suæ pour désigner l'épouse en souvenir de Genèse, 17, 21,) on trouvé qui veut dire « ensemble » comme l'italien in sieme #4.
A Capoue, la formule in somno pacis est fréquente ; | cette inscription est datée de l'an 519 *#. |
= HIC REQVIESCIT IN SOM NO PACIS PROIECTA DEPO SITA XVI KAL OCTOBR : FL : EVTAARICO CILLIGA CONS
| cette forme : durabit mecum annos XV feci in se, ce | = Enfin à Rome, sur la Via Prenestina, nous trou- [M vons ! : | E- + HIC REQVIESCIT IN PA F CE ANCILLA CHRISTI MAXIMA QVE VIXIT ANN PLM XXV DP VII KX
IVLIAS FL-PROBO IVNIOQE VC CONS
H. LECLERCO. INCENDIE DE ROME, sous Néron.—I. Les du désastre. IV. Les indices. V. Les soupçons. VI. Les témoignages. VII. Attitude des chrétiens. VIII. Hasard ou malveillance. IX. Rôle des juifs. X. Les aveux. “XI. Les dénonciations. XII. L'accusation. XIII. L’ex-. piation. XIV. Bibliographie. DUT LES TEXTES. — Tacite, Anna les, 1. XV, n. 45 : » Et hæc quidem humanis conciliis providebantur, mor petita dis piacula ? adili que Sibullæ libri ex quibus supplicatum Volcano et Cereri Proserpinæ que ac propitiata Juno per matronas, primum in Capitolio, deinde “apud proximum mare”, unde hausta aqua templum et ‘simulacrum deæ perspersum est ; et sellisternia ac » perviligia celebravere feminæ quibus mariti eranl ; “sed non spe humana, non largitionibus principis aut deum placamentis decedebat infamia, quin jussum incendium crederetur ®. Ergo abolendo rumori Nero subdidit “reos 7 el quæsitissimis pænis adjecit, quos per flagitia invisos vulgus christianos adpellabal ; auctor nominis ejus Christus Tiberio imperitante per procuratorem Pontium Pilatum supplicio adfectus eral ; repressa que F in præsens exitiabilis superstitio rursum °’ erumpebat, non modo per Judeam, originem ejus mali, sed per Urbem eliam, quo cuncta undi que atrocia aut pudenda confluunt celebrantur que. _ Tgitur primum correpti qui fatebantur, deinde indicio eorum multitudo ingens haud perinde in erimine incendii quam odio 19 humani generis convicti sunl, el pereuntibus addita ludibria, ut ferarum tergis contecti laniatu canum interirent, aut crucibus ad fixi, aut flammandi 1 ai que, ubi defecisset dies, in usum nocturni luminis “urerentur ?, horlos suos ei spectaculo Nero obtulerat et circense ludicrum edebat, habitu aurigæ permixtus plebi vel curriculo insistens. Unde quamquam adversus sontes el novissima exempla meritos, miseratio oriebatur, “tamquam non utilitate publica sed in sæviliam unius üdbsumerenlur %, T vagantibus fallere ac furari per jocum jus erat 14... Lactance, De mortibus perseculorum, €. 11 : : Cum que textes, II. Topographie de l'incendie. III. Étendue
IN — INCENDIE DE ROME 482
jam Nero imperaret, Petrus Romam advenit, et editis quibusdam miraculis, quæ virlute ipsius dei data sibi ab eo potestate faciebat, convertit multos ad justitiam deo que templum fidele ac stabile collocavit. Quare ad Neronem delata, cum animadverteret non modo Romæ sed ubi que cotidie magnam multitudinem deficere a cultu idolorum et ad religionem novam damnata vetustate transire, ut erat execrabilis ac nocens tyrannus, prosilivit ad excidendum cæleste templum delendam que justitiam et primus omnium persecutus dei servos Petrum cruci adfixit et Paulum interfecit. Nec tamen habuit imp une. Respexit enim deus vexationem populi sui. Dejectus ita que fastigio imperii ac devolutus a -summo lyrannus impotens, nusquam repente comparuit ut ne sepulluræ quidem locus in terra tlam malæ bestiæ apparerel. Unde illum quidam deliri credunt esse translatum ac vivum reservalum. Sibylla dicente %, matricidam profugum a finibus <lerræ> esse venturum, ut quia] primus persecutus est, idem etiam novissimus | persequatur et antichristi præcedebat adventum — <quod ns efas est credere — sicul duos praphelas vivos esse translatos in ullima <lempora> ante imperium Christi sanctum ac sempiternum, cum descendere ceperit, <quidam sanclor > um pronuntient, eadem modo etiam Neronem venturum putent cut præeursor diaboli ac prævius sil venientis ad vastationem terræ el | humani generis evérsionem **, Sulpice-Sévère, Chronicon, 1. II, €. XXVHII-XXIXN Hic [Nero] primus Christianum nomen tollere aggressus esl : quippe semper inimica virtutibus vitia suni et optimi qui que ab improbis quasi exprobrantes aspiciuntur. Nam que eo tempore divina apud Urbem religio invaluerat. Petro ibi episcopalum gerente et Paulo, posleaguam ab injusto praesidis judicio Caesarem appellaverat, Romam deducto : ad quem tum audiendum plures corweniebant, qui veritate intellecta virtutibusque apostolorum, quas tum erebro ediderant, permoti ad cultum dei se conferebant. Etenim tum illustris illu adversus Simonem Petri et Pauli congressio fuit ; qui | cum magicis artibus, ul se deum probaret, duobus sufjultus dæmoniis evolasset, oralionibus apostolorum jugatis dæmonibus, delapsus in terram populo inspectante disruplus est.
Interea abundante jam Christianorum multitudine accidit, ut Roma incendio conflagraret Nerone apud Antium constitulo. Sed opinio omnium invidiam incendii in principem retorquebal, credebalur que imperator gloriam innovandæ Urbis quæsisse. Ne que ulla re Nero effictebat, quin ab eo jussum incendium putaretur ; igitur vertit invidiam in Christianos, aclæ que in innoxios crudelissimæ quæstiones : quin et novæ mortes excogitatæ ut ferarum tergis contecti laniatu canum interirent, multi crucibus afixi aut flamma usti, pleri que in id reservatli, ul, cum defecisset dies, in usum nocturnæ luminis urerentur. Hoc initio in Ghristianos sæviri cœplum, post etiam datis legibus religio vetebatur, palam que edictis proposilis Chrislianum esse non licebat. Tum Paulus ac Petrus capilis damnati, quorum uni cervix gladio desecta, Petrus in crucem sublatus est 37,
VII. — 16
RP, red Eee ADS E liiige da A pop e 1a
LE
-m Ara selfe hA ne em irr ARE BE h Daya ipai er e BN ANE fie ge à 483 Paul Orose, Historia ecclesiastica, 1. VII, €. vu : Nam primus Romæ Christianos suppliciis et mortibus adjecit, excruciari. imperavil : de per omnes provincias pari perseculione ipsum que nomen exslirpare conalus beatissimos Christi apostolos, Petrum cruce, Paulum gladio occidit.
S. Clément de Rome, Epist. ad Corinthios, I, ©. V-VI.
AXX Uva tõv dpyalov roeryudtov TAUTEpelo, EXOwLev ni TOUS Ëyyrora vevouévous &0ANTAG AXOGLEY Th Yeveñs TU TA YEVVEUX ÜTodELyparta ià Cfaov xul oÜ6vov ol mé yroror xal exarqator otúAor EStoyinoxy xal wc Oavdrtou HOAnoœ. Abe Toù pau Gv AV Tobc &y« 0obe rosréAouct Tléroov, dc i Cnaov &éLxov owy Evy oùe Suo, AAAA rAslovxc rhveYXEV Tôvouc, xal ota Jpaptupñnouc Éropebln ciz TOY. OPELAOLLEVOV TÓTOV THS SOENG. Ag Chaov xal Epor Iladios rouove BpaGetov ÉderSev, ÉTTAHLG DECLYX popéoac, puyaðsu Osis, MtOxolzw, YEvåuevoç čv te Ti UGEL, TÒ yevvatov tg Tlotewc moto xAéoc ÉAtGev, THALOGUVNV ALÔLEXS Öhov TOV HÔGUOV, wal émi TÒ TÉpuaæ TA vasos ADG xal paptuphoxg éni Toy Jyovpévaov, OÙTE ATENAeyn Tob xúgpov xal els TOY dyLov TÔm0v éropeubn, ÜTRO movie yevóuevog HLÉYLOTOG DToypXULÔS.
Tobrouw totg. dévôodor OGLDE TOALTEUTALÉVOLE OUwypalony mod TrAñ0oc ÉXAEXTOY, ofrivec roÂAÂaic aixlots xal Bacävors iğ CtAoc radévres px HAÂAALGTOV ÉYÉVOVTO Šv huiv. Aux Choc étwy0etou yuvatnec. Anvaxlôes xal Alpxat, œixiouuræ deivæ xal dvécux ralobauz, mt Ttov ris rloreuc (BébæLou Ôpópov xaærhvrjoxv xal
Mais, pour laisser de côté les exemp les anciens, venons-en aux athlètes tout récents, prenons les généreux exemp les de notre génération. C'est par l'effet de la jalousie et de l'envie que furent persécutés ceux qui étaient les colonnes les plus élevées et les plus justes et qu'ils combattirent jusqu'à la mort. Jetons les yeux sur les excellents apôtres : Pierre, qui, victime d'une injuste jalousie, souffrit non pas une ou deux, mais de nombreuses fatigues, et qui, après avoir ainsi rendu son témoignage, s'en est allé au séjour de gloire qui lui était dû : C'est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré comment on remporte le prix de la patience. Chargé sept fois de chafnes, banni, lapidé, devenu un héraut en Orient et en Occident, il a reçu pour sa foi une gloire éclatante. Après avoir enseigné la justice au monde entier, atteint les bornes de l'Occident, rendu son témoignage devant ceux qui gouvernent, il a quitté le monde et s'en est allé au saint lieu, illustre modèle de patience.
À ces hommes dont la vie a été sainte vint s'adjoindre une grande foule d'élus qui, par suite de la jalousie endurèrent beaucoup d'outrages et de tortures, et qui laissèrent parmi nous un magnifique exemple. C'est poursuivies par la jalousie, que des femmes, les Danaïdes et les Dirces, après avoir subi des outrages inouïs, ont touché le but dans la course de la foi et ont reçu la noble récompense, toutes débiles de corps qu'elles étaient.
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II. TOPOGRAPHIE DE L'INCENDIE. — Le 19 juillet, de l'an 64, le feu éclata dans Rome avec une violence extrême dans une région composée de boutiques et d’échoppes bourrées de matières inflammables qui avoisinaient la porte Capène, dans la partie du Grand Cirque contiguë au mont Palatin et au mont Celius. Le vent, qui soufflait avec violence, répandit l'incendie avec rapidité. Bientôt l’ovale immense du Cirque fut embrasé. De là, l'incendie gagna les collines et, en peu d'instants, couronna les sommets. Il encercla le Palatin, dévasta le Vélabre, le Forum qu'il traversa en évitant le Capitole, ravagea les Carines, consuma les boutiques élevées le long de la voie Sacrée, endommagea gravement le Palatin et se mit à sillonner les vallées, notamment celle qui sépare le Palatin de l'Esquilin, où s'élevait la domus transitoria de Néron. Au moyen d'un énorme abattis de maison au pied des Esquilies, on espéra avoir arrêté le fléau, et, en effet, l'incendie, qui durait depuis six jours et sept nuits, s'arrêta. Soudain, il se ranima, dura trois jours encore, puis s'éteignit.
III. ÉTENDUE DU DÉSASTRE. — Le nombre des morts était considérable, la ruine était générale, la consternation prit l'apparence du désespoir. Le peuple avait fui au Champ-de-Mars où Néron ordonna d'élever des baraques provisoires pour abriter cette foule et lui fit distribuer des vivres. Quand l'horreur de la fournaise, de la fumée et des cendres brûlantes se fut un peu atténuée, quand la panique fit place à la stupeur, un sentiment général se fit jour : la fureur. Tout ce que Rome comptait d’honnête fut indigné, tout ce qu'elle renfermait de souillé et d’impur donna carrière aux sentiments les plus violents. Pour comprendre l'ardeur de cette colère, la profondeur de la douleur renfermait une population fort immorale et très incrédule, elle n'en était pas moins une ville très religieuse, très attachée à ses dévotions locales, dévotions devenues légendaires depuis que le temps écoulé leur avait donné une sorte de mystérieuse consécration. Et voici que les saintes et vénérables antiquités, les témoins vermoulus d'un passé illustre, les maisons des anciens générations, sorte de musées encore décorés, de dépouilles triomphales, les trophées fameux, les ex-voto consacrés, les temples, les autels, tout ce qui évoquait les siècles au cours desquels Rome s'était faite reine du monde, tout cela avait brutalement, irrémédiablement disparu. On n’en retrouvait plus les vestiges, on hésitait même sur leurs emplacements. Il semblait que l'histoire de Rome venait de s'évanouir, qu'il n'en restait rien et que l'idée même de Patrie venait d'être frappée à mort. Le passé manquant, que serait l'avenir ? L'éternité de Rome survivrait-elle à cet anéantissement ? Mais il y avait des Romains qui, pour crier moins haut que leurs concitoyens, n’en réfléchissaient que plus profondément. Pour eux, ces esprits calmes et froids, cette expropriation du sol sacré était surtout un sacrilège, car Rome était, à la lettre, un lieu religieux qu'aucune force, aucune chicane, aucune tyrannie ne fussent venues à bout de désaffecter et de faire disparaître. Or l'incendie avait tout déblayé, tout nivelé. On pouvait songer à reconstruire la ville, mais par-dessus tout on devait se hâter d’apaiser la colère des dieux outragés et errants, évincés de leurs demeures séculaires ; le premier devoir était de leur offrir des cérémonies expiatoires et de consulter les oracles.
IV. Les INDICES. — Voici à peu près ce que nous savons sur l'incendie qui dévora Rome sous Néron. Bien qu'à une époque encore peu éloignée de la catastrophe, plusieurs écrivains en aient parlé, la base historique de ce que nous en pouvons dire se trouve à peu près exclusivement dans le récit de Tacite que nous avons transcrit. Tacite décrit en traits énergiques la flamme gagnant sans cesse du terrain devant elle, puis se rabattant de côté, dévorant les rues tortueuses, ralentie et comme hésitante dans les quartiers moins peuplés que coupent et isolent des espaces vides entre les monuments publics. La foule se ruant vers le Champ-de-Mars, portant des meubles, traînant des malades, au milieu des cris et des clameurs des femmes, des pleurs et des lamentations de tous : les uns se sauvant à la hâte, les autres hésitant, s'attardant, ne pouvant se résoudre à quitter ce qui fut leur maison, beaucoup périssant victimes de ces délais ou bien renonçant à fuir et mourant afin de ne pas survivre à des êtres chers ! Personne n'osait lutter contre le fléau, parce que beaucoup de gens faisaient entendre des menaces contre quiconque essayait d'éteindre le feu, ou même jetaient des brandons pour l'aggraver, criant qu'ils avaient des ordres, soit qu'ils en eussent en effet, soit qu'ils parlassent ainsi pour n'être pas dérangés du pillage.
V. LES SOURCES. — Néron se trouvait à Antium quand l'incendie éclata. Lorsqu'il apprit que le feu se rapprochait de sa domus transitoria, il se rendit à Rome, mais ne sut ou ne voulut prescrire aucune mesure efficace pour la protection de son propre palais : peut-être s'en souciait-il médiocrement. Par contre, il parut s'agiter beaucoup pour venir en aide à la détresse du peuple. Dans ce but, il consentit à le laisser camper au Champ-de-Mars, dans les jardins du palais impérial et dans le palais d'Agrippa. Des abris furent dressés, des meubles furent apportés d'Ostie ou des municipalités voisines, le prix du blé fut abaissé jusqu'à trois sestertces le boisseau. Mais tant de prévenances manquèrent leur effet, car le bruit avait couru que, pendant la durée du sinistre, on avait vu l'empereur monté sur son théâtre domestique déclamant les vers sur la ruine de Troie et cherchant dans cette tragédie historique des allusions appropriées au désastre qu'on avait devant les yeux. Lorsque l'incendie, qu'on croyait maîtrisé, reprit pendant trois jours, l'esprit public en témoigna moins d'anxiété que de haine, car on avait observé que le foyer où ce nouvel incendie avait pris naissance se trouvait dans une des maisons du courtisan et confident Tigellin. À partir de ce moment, les esprits les moins dévoyants n'hésitèrent plus et comprirent le plan qui s'accomplissait sous leurs yeux ; tous crurent et répétèrent que l'empereur ambitionnait la gloire de fonder une ville nouvelle qui porterait son nom. L'empressement, on pourrait dire la hâte, qu'il apporta, sous prétexte de déblayer les ruines, à faire place nette, ressemblait si fort à une expropriation longuement préméditée qu'elle ne pouvait que servir de confirmation au soupçon général qui accusait Néron du sacrilège. Les derniers doutes s'évanouirent quand on vit l'empereur aborder la réalisation de son plan, la construction d'un palais nouveau, cette « Maison d’or » que depuis longtemps avait rêvée son imagination en délire.
VI. LES TÉMOIGNAGES. — Tout portait à croire que ces imputations étaient fondées ; aussi ni les secours matériels, ni les largesses du prince, ni les expiations ne pouvaient effacer le soupçon infamant que l'incendie avait eu lieu par ordre. Pour faire taire cette rumeur, Néron produisit des accusés et soumit aux supplices les plus raffinés les hommes odieux à cause de leurs crimes que le vulgaire appelait chrétiens. Celui de qui ils tiraient ce nom, Christ, avait été sous le règne de Tibère supplicié par le procurateur Ponce-Pilate. L'exécrable superstition, réprimée d’abord, faisait irruption de nouveau, non seulement dans la Judée, origine de ce mal, mais jusque dans Rome, où reflue et se rassemble ce qu'il y a partout ailleurs de plus atroce et de plus honteux. On saisit d'abord ceux qui avouaient, puis, sur leur indication, une grande multitude, convaincue moins du crime d'incendie que de la haine du genre humain. On ajouta la dérision aux supplices ; des hommes enveloppés de peaux de bêtes moururent déchirés par les chiens, ou furent attachés à des croix, ou furent destinés à être brûlés, et, à la tombée du jour, allumés en guise de flambeaux nocturnes. Néron avait prêté ses jardins pour ce spectacle et y donnait des courses, mêlé à la foule en habit de cocher ou monté sur un char. Aussi, bien que ces hommes fussent coupables et dignes des dernières rigueurs, on en avait pitié, parce qu'ils étaient sacrifiés non à l'utilité publique, mais à la cruauté d'un seul.
| inférer que cette connexion n'existait pas dans la réalité des faits. Car, dans le classement de ses matériels, le biographe de Néron sépare nettement en deux groupes les actes de l'empereur qui méritent la réprobation et les mesures qui font honneur à son règne. Pour Suétone, si l'incendie de Rome compte parmi les premiers, la condamnation des chrétiens appartient évidemment à la seconde catégorie. Cette observation est pleine de justesse. L Toutefois, si le crime d'incendie avait été le seul motif déterminant de la répression du christianisme, il semble que le document auquel Suétone s’est renseigné n'aurait pas manqué d'indiquer cette relation de cause à effet. L'historien aurait pu traiter séparément de l'incendie et de l'exécution des chrétiens, mais il se serait gardé de substituer au crime d'incendie un motif de condamnation absolument différent, « Les critiques qui préfèrent accorder plus de créance aux notes brèves mais objectives de Suétone, font observer que l’auteur des Annales est un écrivain psychologue et un virtuose littéraire, plutôt qu'un consciencieux historien. Ils soupçonnent Tacite d'avoir combiné des éléments disparates et indépendants dans le but d'obtenir un effet plus dramatique. Nous convenons que, dans les détails, Tacite a pu céder à la tentation d'exagérer le côté tragique des événements, aux dépens de l'exactitude historique. Mais la connexion entre le désastre de l'an 64 et les premières poursuites contre les chrétiens est si naturelle que nous sommes en droit de demander des raisons sérieuses pour la rejeter. Nous ne savons à quelle autre cause on pourrait demander l'explication du revirement complet constaté en 64 dans l'attitude du pouvoir romain à l'égard des chrétiens. Nous n'avons donc là que des demi-solutions. On peut, sans doute, supposer que Suétone n'a pas trouvé la connexion entre les deux événements enregistrés dans les documents où il a puisé ses notes. Mais cette hypothèse, croyons-nous, ne fait que déplacer la question. L'explication complète nous semble devoir être cherchée dans l'évolution naturelle des événements de l'an 64. Jusqu'alors, les chrétiens avaient passé assez inaperçus aux yeux de la police et de l'autorité romaine. Née au sein du judaïsme, ayant recruté parmi les juifs ses premiers disciples, la religion chrétienne était considérée comme une branche du judaïsme. Elle pouvait se développer librement sub umbraculo insignissimæ religionis [Judaicæ] certe licitæ.
VII. ATTITUDE DES CHRÉTIENS. — « Au lendemain de l'incendie de Rome, cette équivoque devait disparaître et les fils d'Israël ne furent sans doute pas les moins ardents à la dissiper : il y allait non seulement de leurs privilèges, mais même de leur vie », Le traitement de faveur dont les juifs bénéficiaient depuis César ne les avait pas rendus plus populaires dans Rome. Néron ne pouvait l'ignorer, et il était homme à tirer parti de cette impopularité, car, décidément, le soupçon de la première heure se formulait en accusation et s'attachait à son nom. À ce coup, il eut peur et dut se dire que, peut-être, il était trop grand artiste pour être compris de cette tourbe. « Une idée infernale lui vint alors à l'esprit. Il chercha s’il n'y avait pas au monde quelques misérables, encore plus détestés que lui de la bourgeoisie romaine, sur lesquels il pût faire tomber l'odieux de l'incendie. Il songea aux chrétiens. L'horreur que ces derniers témoignaient pour les temples et pour les édifices les plus vénérés des Romains rendait assez acceptable l’idée qu'ils fussent les auteurs d'un incendie dont l'objet avait été de détruire ces sanctuaires. Leur air triste devant les monuments paraissait une injure à la patrie. Rome était une ville très religieuse et une personne protestant contre les cultes nationaux se reconnaissait bien, vite. Peut-être les discours des chrétiens sur la grande conflagration finale, leurs sinistres prophéties, leur affectation à répéter que le monde allait bientôt finir par le feu, contribuèrent-ils à les faire prendre pour des incendiaires ? Il n'est même pas inadmissible que plusieurs fidèles aient commis des imprudences, et qu'on ait eu des prétextes pour les accuser d’avoir voulu, en préludant aux flammes célestes, justifier à tout prix leurs oracles. Quel piaculum, en tout cas, pouvait être plus efficace que le supplice de ces ennemis des dieux ? En les voyant atrocement torturer, le peuple dirait : « Ah ! sans doute, voilà les coupables ! » Il faut se rappeler que l'opinion publique regardait comme choses avérées les crimes les plus odieux que l’on prêtait aux chrétiens.
Le tableau est adroitement composé et les couleurs en sont plus vives que nature. Est-il bien certain et trouverait-on des textes antérieurs à l'an 64 pour autoriser tous ces traits ? Qu'il se soit rencontré parmi les chrétiens des prédicateurs à la parole exaltée, au geste violent, des auditeurs enthousiastes et passablement échauffés, des esprits et des cœurs ulcérés par le mal, on le croit sans peine ; que, par l'entraînement de paroles imprudentes, on admet encore, mais jusqu'à cette date de l'incendie de Rome, alors que le gouvernement fermait les yeux sur eux, les laissait vivre et prospérer, peut-on croire que les chrétiens aient manifesté une hostilité tellement agressive, laissé entendre des menaces à ce point inquiétantes que le peuple les considérât comme des gens capables de tout, prêts à tout, voici ce qui semble sujet à contestation.
Que l'incendie de Rome et la persécution qui en fut la conséquence aient exaspéré beaucoup de fidèles, leur aient inspiré des rapprochements, des prédictions où les ménagements ne trouvaient aucune place, on peut le penser avec raison, mais cet état d'esprit serait en tout état de cause postérieur à l'événement, au lieu de l'avoir précédé et amené. Il n'est pas superflu, quand on fait la psychologie des foules, de tenir compte de la chronologie et de se munir de textes certains et datés. Ni Jésus ni ses apôtres n'avaient enseigné la révolte et prêché l'anarchie. Si, vers la fin du 1er siècle, plus de trente ans après l'incendie de Rome, certains chapitres de l’Apocalypse révèlent une grande exaltation mêlée à la menace de châtiments et de vengeances célestes, nous ne sommes pas en droit de transposer cet état d'esprit de Patmos à Rome et d'un personnage isolé à une communauté nombreuse.
VIII. HASARD OU MALVEILLANCE. — Les chrétiens étaient si peu en cause que ceux-là mêmes qui hésitaient à rejeter sur Néron la responsabilité de l’incendie se montraient disposés à l'imputer au hasard : forte, an dolo principis incertum. Mais, à la rigueur, il pouvait y avoir une autre explication plausible faite d'une combinaison de la malveillance et du hasard. Ne pouvait-il se faire que l'incendie, allumé par un accident involontaire, propagé par la nature même des matières qu'il rencontrait, ait été attisé par de malhonnêtes gens qui voulaient en profiter, ou bien, au contraire, que le feu, allumé en quelque endroit pour détruire une maison ou un îlot qu'on voulait faire disparaître, se soit rapidement propagé plus qu'on ne l'avait voulu et prévu ? Ces deux causes sont des facteurs possibles et, même, vraisemblables. Tacite n’en dit rien et, entre les deux autres, il ne se décide pas à faire un choix. Cependant les témoignages accablaient Néron ; ceux qui sont arrivés jusqu'à nous ne le ménagent pas. En 65, le tribun Subrius, impliqué dans la conjuration de Pison et interrogé par l'empereur qui lui demandait comment il avait pu oublier son serment, répondit : Odisse te, parricida matris et uxoris, auriga et histrion et incendiarius exististi ; en 77, Pline l'Ancien n'hésite pas un seul instant à imputer l'incendie à l'empereur, et quelques années plus tard Stace dit la même chose dans la Silva qu'il adresse à la veuve de Lucain. Et si l'on peut supposer que ceux qui écrivaient sous les Flaviens devaient être inclinés à déconsidérer la précédente dynastie pour mieux faire leur cour à la dynastie nouvelle, Suétone et Dion Cassius, qui n'avaient aucune raison d’altérer la vérité, sont plus catégoriques encore dans leurs accusations. Ils affirment qu'on vit les émissaires du prince mettre le feu à la ville, et Suétone va jusqu’à dire qu'ils ne prirent aucune précaution pour n'être pas reconnus, que c'étaient les valets de chambre (cubicularii) de l'empereur et que des consulaires, les voyant avec des étoupes et des torches incendier leurs maisons, n'osèrent pas s'y opposer.
Il est difficile de croire à un cas fortuit. Le feu a pris dans les environs du Grand Cirque, parmi les boutiques bourrées de marchandises inflammables et précisément à un moment où le vent rabattait les flammèches sur le Cirque. Des rues étroites et tortueuses, d'énormes pâtés de maisons, l'encombrement, la panique, les remous de la foule, tout concourt à faire croire à une intention criminelle. Des gens ont été vus s'opposant à l'emploi des secours, activant les flammes en invoquant leurs ordres. Ces misérables étaient-ils des émissaires de Néron ou d'audacieux bandits décidés à tout afin de faire un pillage lucratif ? Il ne décide pas. Le bruit circulait que l'empereur chantait pendant le désastre ; n'était-ce vraiment qu'à cause du feu qui reprit dans la maison du courtisan Tigellin, capable de tout pour plaire à son maître ? Circonstances suspectes, note les bruits fâcheux : il est historien et construit l'histoire avec le respect qu'il lui doit. Tout cependant n'est-il qu'incertitude dans son récit ? Non, car il s'en dégage un fait évident, c'est que les sources qu'il a pu consulter, les témoignages oraux qu'il a pu recueillir n'admettent que deux hypothèses : le hasard ou la volonté de Néron. Une affirmation aussi formelle et aussi rigoureusement limitative exclut l'existence d'une troisième hypothèse : celle de la culpabilité des chrétiens.
IX. RÔLE DES JUIFS. — Ainsi serait exclue l'existence d’une source accusant explicitement les chrétiens.
tiens, à moins qu'on ne tienne pour telle la mention de l'intrigue combinée dans le but de les compromettre. Le coup dut partir de l'entourage de Néron, intéressé autant que lui-même à créer une diversion sur laquelle s'égarerait la colère populaire qui commençait à gronder. Est-ce Néron lui-même qui eut la pensée d'accuser les chrétiens ? On ne le saura sans doute jamais. Connaissait-il de nom les chrétiens, prétendait-il quelqu'attention à ce qui se disait sur leur compte ? C'est possible, mais tout ceci n’est que conjecture. Qui a pu avoir intérêt à suggérer ces coupables à ce tyran féroce et pusillanime ? Dans le champ de l'hypothèse, il est malaisé de s'arrêter. Cependant les progrès accomplis par la secte des chrétiens n'avaient pu manquer de faire naître bien des jalousies et de la jalousie à l'envie et à la haine, le chemin n'est pas long. D'une part, les juifs se voyaient prévenus et supplantés auprès des âmes de bonne volonté que leur prosélytisme espérait atteindre et gagner ; d'autre part les païens s'étonnaient du bouleversement que l’intransigeance de ces nouveaux sectateurs amenait dans les familles où leur doctrine gagnait quelques adhérents. Insinuants, souples jusqu'à la servilité, les juifs travaillaient à étendre leur influence et à nouer des relations jusque parmi la domesticité du palais impérial. Plusieurs d'entre eux avaient rempli des charges importantes, exercé une autorité considérable, et s'étaient donné des associés, des alliés utiles dont ils savaient, à point nommé, raviver les souvenirs et réclamer les services. Sous Néron, ils faisaient agir une femme profondément perverse, nommée Poppée. C'était une prosélyte très entourée, très adulée, malgré sa conduite vicieuse, de ses nouveaux coréligionnaires qu'elle protégeait d'ailleurs ouvertement ; autour d'elle tournoyait un monde interlope d'esclaves juifs, d'acteurs, de mimes également juifs, tous gens servant d'introducteurs et d'entremetteurs auprès de la favorite de Néron, qui payait leurs exigences et s'assurait de leur silence. Le crédit de Poppée était alors sans limites. Néron n'ordonnait pas un meurtre, pas un assassinat politique sans avoir pris conseil de Tigellin et de Poppée. Cela suffit-il à leur attribuer la suggestion dont les chrétiens furent les lamentables victimes ? Est-il légitime d'imputer à la haine des juifs, dont Poppée était le docile instrument, le caprice féroce qui livre une foule inoffensive à de monstrueux supplices ? Il est assurément fâcheux pour la réputation des juifs en cette circonstance d'avoir eu leurs entrées secrètes chez Néron et Poppée, au moment même où s'élaborait le plan dont les chrétiens furent victimes. La coïncidence doit être retenue, cependant elle n’est pas absolument probante à elle seule. Il est certain que jusqu'à cette année 64, au mois de juillet, la police romaine, par indifférence, soit dédain, soit système, ne prenait pas la peine de faire une distinction entre les juifs et les chrétiens ! À cette date, la distinction fut faite et l'administration y apporta tous ses soins. Pour quoi ? Est-ce qu'une hécatombe de juifs n'eût pas servi de piaculum aussi agréable aux dieux qu'une hécatombe de chrétiens ? Clément de Rome, dans le passage où il fait allusion au massacre des fidèles par Néron, recourt à une expression fort remarquable. Tous ces malheurs sont, dit-il, « l'effet de la jalousie » et ce mot jalousie ne peut signifier ici que des divisions intérieures, des animosités entre membres d’une même confrérie. Ceci fait songer à une dénonciation faite par les juifs, qui, depuis la mort de Jésus et d’Étienne, se montraient, en toute circonstance, adversaires irréconciliables et persécuteurs acharnés des chrétiens. Des légendes tardives, du IVe et du Ve, rattachaient à la persécution de l'an 64 le supplice de saint Pierre et de saint Paul, convertisseurs d'une maîtresse et d'un favori de Néron, vainqueurs d’un nommé Simon le Mage. Avec un personnage aussi fantasque que Néron, il faut laisser une place très large à l’imprévu : une lubie de l'empereur, une facétie de Tigellin pouvaient entraîner des scènes monstrueuses et déjouer toutes les règles de l'induction historique.
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procurateur de Judée au supplice de la croix ; un des « chefs les plus remuants, Paul, avait comparu devant le tribunal de César après avoir été cité plusieurs fois « à la barre du gouverneur de province ; le feu empereur Claude, excédé des troubles que la prédication de la religion du Christ soulevait parmi la juiverie de Rome, avait expulsé juifs et chrétiens. En somme, l'enquête policière aboutissait à cette constatation que la secte avait des ramifications partout, depuis la Judée, où elle avait pris naissance, jusqu'à Rome où elle s'était rapidement implantée, après avoir pris racine dans les grandes cités d’Asie Mineure, de Grèce et de Macédoine. Il n’en fallait pas plus alors — et en d’autres temps aussi — pour opérer une razzia parmi les individus soupçonnés ou convaincus d'affiliation à cette secte inquiétante ; on leur fit subir, soit sur-le-champ, soit après une détention préventive, un premier interrogatoire. Tacite nous fait connaître ce début de l'instruction. On arrêta, dit-il, ou plutôt, on maintint en état d'arrestation ceux qui avouaient — correpti qui fatebantur. Ceux qui avouaient ! Qu'avouaient-ils ? Sur quoi portait l'interrogatoire ? Simplement sur l'identité et l’affiliation à la secte, ou bien sur la participation à l'incendie ? Eugène Burnouf, traducteur de Tacite, n'a pas eu un instant d’hésitation, il a traduit : « ceux qui avouaient être chrétiens ». Ernest Renan entend ceci que les individus arrêtés confessèrent leur foi, ce qui peut s'entendre d’un aveu du crime estimé inséparable de cette foi. Barthélemy et non l'aveu du crime, Gaston Boissier adopte cette interprétation de bon sens contre laquelle on a tenté de faire prévaloir une explication spécieuse. Le premier interrogatoire, a-t-on dit, n’a pu porter que sur le fait d'incendie et non sur le fait de christianisme qui n’était pas en cause : donc l'aveu obtenu regarde la participation au sinistre. Le raisonnement n'est fondé ni en droit ni en fait, Avant de maintenir en prison, il fallait établir la condition préalable à cette accusation d'incendie qu'on voulait faire tomber sur eux, à savoir s'ils étaient chrétiens. La première question de l'interrogatoire mettait en cause la religion et, de l’aveu, dépendait l'élargissement ou le maintien en prison. Aucun signe extérieur ne distinguait les chrétiens, et même certains d'entre eux, nombreux probablement, auraient pu se faire relâcher comme juifs : dès lors un interrogatoire portant sur la croyance pouvait seul aider à découvrir parmi ces gens arrêtés en masse ceux qui professaient le christianisme, Contre eux seuls une action serait intentée. L'information confessionnelle devait donc précéder l'instruction criminelle. On a bien remarqué que la construction de la phrase de Tacite et le temps des deux verbes marquent clairement cet ordre logique : correpti qui devinrent l'objet d'un mandat d'arrêt dans la forme légale. L'aveu de christianisme a précédé nécessairement l'acte judiciaire et cet aveu n’a pu porter que sur la profession de christianisme.
Ces trois mots : correpti qui fatebantur, ont donc soulevé, on le voit, de vives discussions. « On se saisit de ceux qui avouaient. Qu'avouaient-ils ? Vraisemblablement le fait qu’on leur imputait. Dès lors, on n'a pas de raison pour rétorquer leur aveu, ils sont coupables. Bien plus, l'aveu ainsi obtenu est non seulement certain, il est encore conforme à la vraisemblance. La communauté chrétienne aux débuts devait compter parmi ses membres des ignorants, exaltés et violents, ardents à se venger de l'oppression d’une société accablante. Par l'effet d’une imprévoyance inexcusable, les chefs de l'Église laissaient circuler des rêves apocalyptiques dont le thème à peu près invariable consistait à annoncer une conflagration générale, prélude de la venue prochaine du Christ et du bonheur de ses partisans. (Nous avons dit à combien peu de chose cette insinuation doit être réduite.) Assurément, poursuit G. Boissier, tout cela n'est pas impossible, quelques insensés, quelques anarchistes se seraient glissés parmi les premiers ministres du Maître qu'il ne faudrait pas être trop surpris, ni en rendre le christianisme responsable. » Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il se trouvait des chrétiens dans le palais de Néron et qu'on vit des domestiques de l’empereur propager l'incendie. Sont-ce ces gens qui se sont trouvés parmi les chrétiens arrêtés et qui se trouveraient désignés par le correpti qui fatebantur ? À supposer l'hypothèse défendable, il demeurerait que l'incendie fut allumé ou propagé par les serviteurs de la maison impériale et, chrétiens ou non, on se demanderait s'ils agissaient sur leur initiative personnelle ou par ordre de leur maître ; ainsi Néron se trouverait remis en cause et le subdit reos manquerait son but.
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fatebantur ; ceux qui avouaient furent mis en cause. Qu'on ne sache s'il faut attribuer l'incendie au hasard ou à la malveillance ? Et Suétone, si bien informé d'ordinaire, comment ne dit-il rien de cette procédure qui aurait dû être rendue publique ? Et le peuple exaspéré, ruiné, comment peut-il se laisser toucher par le châtiment de ceux qui l'ont ainsi malmené et trouver qu'on les sacrifie à la cruauté d'un homme ? Et dans la suite, ces chrétiens qu'on poursuit juridiquement avec tant d’acharnement pour des crimes imaginaires, comment se fait-il qu'on ne songe jamais à leur reprocher le crime avoué ?
Car si la police romaine avait créé un mouvement factice d'opinion contre les chrétiens en les accusant de l'incendie de la ville, cette invention vite abandonnée fut presque aussi vite oubliée. Pas plus que le peuple, rempli cependant de préjugés et de haine contre les chrétiens, les écrivains qui partageaient ces haines et se firent avec une crédulité parfois surprenante, les échos de ces préjugés, ne songent à joindre le crime de juillet 64 à ceux qu'ils reprochent aux sectateurs de l'Évangile. Il est facile de s’en assurer en consultant ce qui nous reste des pamphlets dirigés contre ceux-ci par les auteurs païens du IIe, et les réponses beaucoup mieux conservées que les avocats du christianisme opposèrent aux calomnies dont étaient l'objet ses doctrines, ses pratiques et ses mœurs. Il y a là deux ordres de littératures, différents et comme parallèles, qui se complètent et se contrôlent l'un par l’autre.
Jusqu'au temps de Marc-Aurèle, tout ce qui, chez les païens, est en réputation de savoir et de mérite, affecte d'ignorer les chrétiens. Dès le milieu du second siècle, leur croissance, leur culture, leur activité s'imposent au point que l'inquiétude succède au dédain. Fronton, personnage consulaire, compose, à leur sujet, tout un discours, malheureusement perdu, bien qu'on puisse croire que la substance en a passé dans l'Octavius de Minucius Félix, exact reflet de la polémique païenne de la fin du IIe. Celle-ci est encore bien superficielle et s'alimente de calomnies populaires parmi lesquelles il n'est fait pas même une allusion au rôle d’incendiaires qui aurait marqué l'entrée en scène des chrétiens. On leur reproche cependant de prédire la destruction future du monde par le feu, d'où Cecilius tire occasion de rappeler que ce feu vengeur n'attend pas pour eux le dernier jour et leur est préparé dès aujourd'hui sous la forme de bûchers.
Celse, très averti, très érudit, ne connaît, lui non plus, cette accusation d'incendie dont il ne dit rien et à laquelle il ne songe même pas quand l’occasion se présenterait naturellement de l’évoquer. Lucien non plus, et le plus hargneux de tous les polémistes, Julien lui-même, l'ignore absolument. Il prodigue aux chrétiens les épithètes déplaisantes : fous, athées, impies, incendiaires, nous y voilà ! Mais non, l'incendie qu'il leur reproche c'est celui du temple de Daphné qu'il impute « à l'audace des athées » et à cette occasion l’idée ne lui vient pas de rapprocher ce sinistre du désastre de l'an 64.
Sans doute, des ouvrages entiers ont péri, notamment le Discours d'Hiéroclès et le traité en quinze livres de Porphyre ; mais il peut paraître invraisemblable que l’allusion vainement cherchée dans Lucien, dans Celse, dans Julien, malgré les occasions qui semblaient l'amener d'elle-même au bout de leur plume, se soit rencontrée davantage dans Hiéroclès ou dans Porphyre. Au moins avons-nous le moyen de faire, d'une manière générale, la contre-épreuve, en interrogeant les apologistes chrétiens qui, par la nature des réponses, permettent de juger de celle des attaques.
Même silence dans les apologies du commencement ou du cours du IIIe, du moins dans ce qui en a été conservé. S'il est difficile de juger des écrits de Quadratus et de Méliton, l'Épitre à Diognète, intégralement conservée, l'Apologie d'Aristide, retrouvée depuis peu d'années, les deux Apologies de saint Justin, le Discours aux Grecs de Tatien, les trois Livres de Théophile d'Antioche à Autolycus, l’Apologie d'Athénagore ne semblent nulle part soupçonner ce crime d'incendie. Tertullien non plus, un latin, un lecteur de Tacite, n'en dit rien, n'en sait rien. Aussi, quand on relit, sans parti pris, les écrits des apologistes, on ne peut conserver sur l'innocence des chrétiens, en ce qui concerne l'incendie de Rome, le plus léger doute.
Si ce ne sont les chrétiens, Néron est donc coupable ?
La capacité de Néron à faire le mal est hors de toute discussion, mais sa culpabilité est une rumeur que rien ne prouve, que certains faits rendent même peu croyable. Le plus frappant, c’est l'inutilité de l’incendie pour servir les projets prêtés à l'empereur. Le lieu où il a éclaté, la marche qu'il a suivie contrarient ces projets en détruisant les plus belles régions de Rome, dévorant les temples, les thermes, les portiques, les maisons de plaisance, les palais, pour épargner les quartiers hideux et nauséabonds. Peut-on dire que Néron avait l'intention de se procurer sans frais et sans résistance de vastes terrains pour y bâtir sa Maison d'Or, c'est-à-dire pour pousser en toute liberté les palais d'Auguste et de Tibère à travers la Vélia jusqu’à l'Esquilin ? C’est de l’autre côté, au Grand Cirque, que le feu a commencé, en sorte qu'il ne pouvait guère atteindre les Esquilies qu'en ravageant d'abord le Palatin. Voilà des raisons qui rendent difficile d'admettre que Néron ait voulu l'incendie, tel au moins que se produisit celui-ci.
Admettons cependant pour un instant qu'au lieu de porter sur la profession de christianisme, l’interrogatoire ait porté sur le crime d'incendie. Puis que l'interrogatoire a obtenu un aveu formel, les incendiaires sont désormais connus et leur châtiment exemplaire proclame leur culpabilité. Nul ne pourra songer à chercher, en dehors des chrétiens, les auteurs de l'incendie. Cependant qu'arrive-t-il ? Aucun des contemporains n'impute le sinistre à ceux qui s'en sont accusés. Aucun des écrivains de l'âge suivant n'est plus logique ni mieux instruit, tous cherchent dans les circonstances connues du fléau des indices plus ou moins voilés, en pleine invraisemblance. Un crime épouvantable, autant du crime d'incendie que de haine du genre humain, perinde... at que comme le pense F. Arnold.
DE ROME
contre les chrétiens, mais il ignore leur aveu. Pline dit sans hésiter : c’est Néron. Stace, Suétone, Dion Cassius ignorent tous le vrai coupable, s’enquièrent sur son compte, se renseignent, se fourvoient, ignorent donc tous ce qui est de notoriété publique et désignent un innocent : Néron ! — Nous sommes, on le voit, dans une situation où le crime a été commis, ses auteurs se sont proclamés coupables, leur supplice a laissé un souvenir d'indicible horreur, tous les contemporains l'ont su, tous les historiens se bouchent les oreilles afin de ne pas savoir et d'avoir l'occasion de se montrer mal renseignés. Cette observation suffirait à elle seule à rendre évident le sens des mots qui fatebantur.
XI. LES DÉNONCIATIONS. — Tacite nous apprend encore que les premières arrestations en amenèrent un grand nombre d’autres, et saint Clément confirme le fait. Mais on apprend avec surprise que ceux qui furent englobés dans cette deuxième rafle avaient été dénoncés par leurs frères, indicio eorum. On répugne à penser que ceux qui confessaient leur foi et sentaient le péril où ils se trouvaient, aient commis une telle lâcheté ; et on suppose une saisie de papiers compromettants, une faiblesse de néophytes imparfaitement initiés. Tout cela est possible, mais le texte est formel : indicio eorum, et nous en trouvons encore une fois la confirmation et l'explication dans un mot de saint Clément : μοφω̃ν. Parmi les arrestations opérées lors du premier « coup de filet » de la police, il a dû se rencontrer un mélange, des chrétiens notoires, des suspects, des indifférents et peut-être des adversaires. Tandis que les premiers avouaient, les autres, peu rassurés, ne devaient guère être scrupuleux sur les garanties à donner pour obtenir leur mise en liberté. Ils niaient leur qualité présumée de chrétiens, mais, avant de les relâcher et pour gage de leur bon esprit, les magistrats instructeurs ont pu réclamer plus qu'une dénégation pure et simple, peut-être une dénonciation ? Ou bien, un désir de vengeance contre la secte avec laquelle ils venaient d'être confondus et pour laquelle ils avaient failli être compromis n’a-t-il pas, sans autre provocation, amené des dénonciations qui, à distance, parurent aux uns l'action de chrétiens, aux autres l'ouvrage de la jalousie ?
XII. L'ACCUSATION. — L'enquête terminée, l'accusation admise, le procès s'ouvrait. Mais quelle accusation fut retenue : celle de christianisme ou celle d'incendie ? Et y eut-il procès ? Questions malaisées à résoudre. Et d'abord il semble que, pour ne pas se trouver acculés à un non-lieu trop significatif, les magistrats firent dévier l'accusation ; au cours de l'enquête, l'accusation d'incendie aura été complètement ou presque complètement abandonnée, puis que la foule des inculpés « fut englobée, dit Tacite, dans l'accusation humaine ». Cette phrase a donné lieu à de longues discussions. La leçon ordinaire est celle-ci : haud perinde in crimine incendii quam odio generis humani convicti sunt. Elle n'est pas absolument l'équivalent de non tam... quam comme le croit G. Boissier, ni de haud. Si l'on adopte une leçon ou l'autre, le sens des mots = odium generis humani diffère et signifie dans un cas la haine que les chrétiens témoignent au genre humain, et dans l'autre cas la haine du genre humain à leur égard. Avec la leçon convicti, le premier sens s'impose. Il est évident que la haine qu'on porte à quelqu'un peut le faire soupçonner d'un crime, mais non le convaincre. Avec la leçon coniuncti, le sens est plus douteux, et il paraît bien qu'il impute le crime à la haine que les chrétiens portaient au genre humain. Cette opinion est d'autant plus vraisemblable en ce qui concerne Tacite personnellement qu'il ne prend pas la peine de dire ce qu'il pense de ces derniers : apud ipsos... adversum omnes alios hostile odium. Au reste, le doute ne semble guère possible. Tertullien a relevé l'accusation et le jeu de mots qu'il fait sur odium generis humani et odium erroris humani montre à l'évidence qu’il parle de la haine vouée par les chrétiens au genre humain.
En résumé, voici comment les choses se sont passées. On a procédé à des arrestations dont un certain nombre ont été maintenues tandis que les dénonciations les augmentaient considérablement au point qu'on se trouva devant une foule d'inculpés, multitudo ingens. En présence d'une telle cohue, excluant l'idée d’un complot qui suppose quelques initiés seulement, « l'instruction dévie, l'accusation d'incendie est abandonnée et remplacée par une autre, l’odium generis humani ». Cette évolution est caractéristique désormais. Il ne s'agit plus de répression légale d'un crime de droit commun, mais de persécution tendancieuse. La « haine du genre humain » est un délit extra-légal dont l'imputation équivaut à la mise hors de la loi. À partir de ce moment, l'opinion de l'autorité est faite. L'interrogatoire a permis de constater l'inflexible opiniâtreté des accusés que rien ne peut faire revenir de leurs erreurs ; dès lors il est établi que les chrétiens sont des gens dangereux attachés à une superstition « nouvelle » et « malfaisante » et « funeste ». Le peuple ne l'ignore pas, et si l'horreur des supplices et la résignation des victimes excitent un moment la compassion de la foule et l'admiration de quelques âmes stoïques, l’obstination dont ces excès sont la conséquence n’a d'autre résultat que d'aigrir les persécuteurs. « Bien qu'il s'agisse de coupables dignes des dernières rigueurs, dit encore Tacite, la pitié naquit à la pensée qu'ils périssaient, non pour l'utilité publique, mais pour satisfaire à la cruauté d’un seul ». Le supplice des incendiaires eût été une expiation efficace à « l'utilité publique » ; mais l'assouvissement de la cruauté d'un homme ne pouvait servir de rien. Coupables, les victimes l'étaient sans aucun doute, et au point de justifier les rigueurs extrêmes, novissima exempla meritos, mais non coupables d'incendie et seulement d'odium generis humani. L'émotion du peuple se mêlait peut-être d'inquiétude, puis que, malgré ce terrible exemple, l'incendie n'était pas expié, les dieux n'étaient pas vengés. Quant à Néron, il était parvenu à distraire l'attention entre chrétiens et juifs et nous savons ce que
Ces supplices furent effroyables. Issus d'infime condition pour la plupart, les chrétiens n'étaient en aucune façon garantis par la naissance contre les raffinements de la cruauté”. « On ajouta la dérision aux tourments, dit Tacite ; des hommes enveloppés de peaux de bêtes moururent déchirés par les chiens, ou furent attachés à des croix, ou furent destinés à être enflammés et, à la tombée du jour, allumés en guise de luminaire nocturne. Néron avait prêté ses jardins pour ce spectacle et y donnait des courses, mêlé à la foule en habit de cocher, ou monté sur un char. » Les jardins de Néron occupaient l'emplacement actuel du Borgo, de la place et de l’église Saint-Pierre. Dans ces jardins, la nature et l’art rivalisaient de magnificence et d’ingéniosité. Les forêts d'arbres cultivées avec goût étaient peuplées d'un monde de statues. D’immenses réservoirs alimentaient les fontaines et les nymphées dont les eaux vives animaient les terrasses fleuries et les cascadelles dévalaient les pentes verdoyantes. Là se trouvait un cirque commencé par Caligula, continué par Claude, et dont un obélisque, amené d’Héliopolis et consacré par des rites religieux, marquait le point central de la Spina qui traversait la carrière elliptiforme du cirque et autour de laquelle tournaient les chevaux et les chars. Cet endroit avait déjà vu, sous Caligula, des massacres aux flambeaux : c'étaient des consulaire, des sénateurs, des dames romaines décapités sous les yeux de l'empereur ; Néron rêva quelque chose de plus.
« Il est probable que, dans le deuil et le trouble causés par l'incendie allumé le 19 juillet, éteint seulement neuf jours après, le peuple avait été privé des jeux en l'honneur de Vénus qui, d'après le calendrier romain, se célébraient du 20 au 30 juillet, et comprenaient quatre journées consacrées aux courses de chars. Néron voulut remplacer ces plaisirs par une fête sans précédent. Le mois d'août, à peu près privé de spectacles publics, lui rendait facile le choix du jour.
Celui du lieu était imposé par les circonstances : l'incendie avait presque détruit le Grand Cirque, le cirque de Flaminius, situé entre le Capitole, le théâtre de Pompée, et le Panthéon, c'est-à-dire à peu de distance du Champ-de-Mars, avait peut-être été touché par les flammes, ou du moins était trop près des régions désolées par l'incendie. » Néron convoqua dans ses jardins du Vatican, dans son cirque, la plèbe romaine, probablement dans les premiers jours d'août.
« La fête dura-t-elle un ou plusieurs jours ? Tacite ne le dit pas clairement. Son récit, trop bref pour être complet, permet cependant de reconstituer le spectacle offert par l'empereur à la curiosité féroce de la multitude. Il y eut au moins une fête de jour et une fête de nuit. Les jeux durèrent commencer par une de ces longues et navrantes processions où le cortège des condamnés défilait devant les regards des spectateurs, entre deux haies de valets d’amphithéâtre armés de fouets. Puis eut lieu la venatio ; c'était ordinairement le début de ces sanglantes journées. Une partie des prisonniers chrétiens fut exposée aux bêtes. On usa à leur égard de raffinements atroces. Les uns furent revêtus de peaux d'animaux, et dans cet état, présentés à des chiens, qui leur firent une horrible chasse. Des chiens, souvent de race britannique ou écossaise, d'une férocité extrême, étaient dressés spécialement pour les combats de l’amphithéâtre : ici, au lieu de rencontrer des adversaires redoutables, ils furent lancés sur des êtres sans défense, et leurs crocs s'enfoncèrent dans des chairs humaines. Quant au peuple romain eut rassasié ses yeux de cet affreux spectacle, on introduisit d'autres chrétiens. Des croix avaient été préparées en divers endroits du cirque : on les y attacha. Il est probable que des bêtes féroces furent alors lâchées : faire dévorer des condamnés liés à des poteaux était un des jeux en usage dans les amphithéâtres romains ; nous voyons la célèbre martyre de l'an 177, Blandine, ainsi exposée aux bêtes sur une sorte de croix, dans celui de Lyon. Des femmes furent immolées de cette manière ; nous savons cependant qu'elles ne furent pas épargnées.
« L'usage s'était établi sous Néron de faire jouer aux condamnés dans l’amphithéâtre des rôles mythologiques, entraînant la mort de l'acteur. Ces hideux opéras, où la science des machines atteignait à des effets prodigieux, étaient chose nouvelle : la Grèce eût été surprise, si on lui eût suggéré une pareille tentative pour appliquer la férocité à l'esthétique, pour faire de l’art avec la torture. Le malheureux était introduit dans la mort, puis représentait par son supplice quelle que scène tragique des fables consacrées par les sculpteurs et les poètes. Tantôt c'était Hercule furieux, brûlé sur le mont ta, arrachant de dessus sa peau la tunique de poix enflammée ; tantôt Orphée mis en pièces par un ours. Dédale précipité du ciel et dévoré par les bêtes. Pasiphaé subissant les étreintes du taureau, Attys mutilé ; quelquefois c'étaient d'horribles mascarades, où les hommes étaient accoutrés en prêtres de Saturne, le manteau rouge sur le dos, les femmes en prêtresses de Cérès, portant les bandelettes au front : d’autres fois enfin, des pièces dramatiques, au courant desquelles le héros était réellement mis à mort, comme Lauréolus, ou bien des représentations d'actes tragiques comme celui de Mucius Scœvola. A la fin, Mercure, avec une verge de fer rougie au feu, touchait les morts par les pieds, assommant avec des maillets les cadavres pour voir s'il remuait ; des valets masqués, représentant Pluton ou l'Orcus, traînaient tout ce qui palpitait encore.
Les dames chrétiennes les plus respectables durent se prêter à ces monstruosités. Dans sa lettre aux Corinthiens, écrite trente ans après les faits que nous racontons, la persécution de Néron : parmi « la multitude d'élus qui endurèrent beaucoup d'outrages et de tortures, et laissèrent parmi nous un magnifique exemple, » il cite « des femmes, les Danaïdes et les Dircés, qui, après avoir souffert de terribles et monstrueux outrages, ont touché le but dans la course de la foi et ont reçu la noble récompense toutes débiles de corps qu'elles étaient. » « Il est difficile de dire en quoi la fable des Danaïdes pouvait fournir un tableau sanglant. Le supplice que toute la tradition mythologique attribue à ces femmes coupables, et dans lequel on les représentait, n'était pas assez cruel pour suffire aux plaisirs de Néron et des habitués de son amphithéâtre. Peut-être défilèrent-elles portant des urnes et reçurent-elles le coup fatal d'un acteur figurant Lynce. Peut-être vit-on Ancymone, l'une des Danaïdes, poursuivie par un satyre et violée par Neptune. Peut-être enfin ces malheureuses traversèrent-elles successivement devant les spectateurs la série des supplices du Tartare et moururent-elles après des heures de tourments. Quant au supplice des Dircés, il n’y a pas de doute. On connaît le groupe colossal désigné sous le nom de Taureau Farnèse, maintenant au musée de Naples. Amphion et Zéthus attachent Dircé aux cornes d’un taureau indompté, qui doit la traîner à travers les rochers et les ronces du Cithéron. Ce médiocre marbre rhodien, transporté à Rome dès le temps d'Auguste, était l’objet de l’universelle admiration. Un texte et une fresque de Pompéi semblent prouver que cette scène terrible était surtout représentée dans les arènes, quand on avait à supplicier une femme. Attachées nues par les cheveux aux cornes d'un taureau furieux, les malheureuses assouvissaient les regards lubriques d’un peuple féroce. Quelques-unes des chrétiennes immolées de la sorte étaient faibles de corps : leur courage fut surhumain ; mais la foule infâme n'eut d'yeux que pour leurs entrailles ouvertes et leurs seins déchirés.
Le jour baissait : les drames étaient finis. La fête de nuit préparée dans les jardins de Néron attendait le peuple romain. Celui-ci aimait passionnément les illuminations, et Néron, en instituant les jeux quinquennaux, avait décidé qu'ils dureraient le jour et la nuit. Aussi la solennité du Vatican n'avait-elle rien d'insolite. Une seule chose y fut extraordinaire, le mode choisi pour l'illumination. Dès le matin, les immenses jardins de Néron avaient été jalonnés de croix, de pieux, sur lesquels on avait attaché, ou peut-être empalé, des chrétiens, revêtus de la tunica molesta, tissu imbibé de poix, de résine et autres matières inflammables, dont on affublait les incendiaires. Le soir venu, on y mit le feu. Entre ces avenues formées de flammes vivantes couraient des quadriges, se disputant le prix : tantôt Néron prenait part à la course, tantôt, sans quitter son habit de cocher, il descendait de char et se mêlait à la foule. Mais, au lieu des flatteries et des acclamations du peuple, l'impérial promeneur dut surprendre plus d'une voix dissidente : sa cruauté avait dépassé le but, les Romains avaient pitié de ces hommes qui brûlaient lentement, gorge percée, et, l'un après l’autre, s'éteignaient, laissant sur le sable de longues traînées de cendres.
Saul et de ses fils, et le prophète Amos prédit une épidémie dont les victimes seraient incinérées par leurs propres parents 5. Dans certains cas, par exemple pour les personnages éminents, on brûlait des parfums sur leur corps avant la sépulture ; cela s’exécutait pour les rois et c'est ce que dit Jérémie à Sédécias : « Tu ne mourras point par le glaive, tu mourras en paix ; et comme on a brûlé des parfums pour les anciens rois, tes prédécesseurs, ainsi, on en brûlera pour toi », Quant à ceux qui étaient condamnés à être brûlés vifs, on les enterrait dans un cimetière particulier.
En Egypte, on a retrouvé des milliers de tombes et l'inhumation était pratiquée avec un accompagnement de rites et de préparations sur lesquels nous n'avons pas à nous attarder. La vallée du Nil est remplie de tombes et on peut en dire autant pour le sol de la Phénicie et d’une partie considérable de l'Asie Mineure 7. Cependant, dans l'Égypte archaïque, le roi était brûlé dans l'incendie de sa tombe monumentale. On ne sait pas avec certitude ce que les Assyriens faisaient des cadavres, bien que la basse Chaldée soit couverte de nécropoles ; chaque monticule de cette contrée abrite un cimetière où les cadavres furent empilés pendant des siècles. On en a conclu que les Assyriens y amenaient leurs défunts afin de les réunir, après leur mort, à leurs ancêtres 8.
Chez les Chaldéens, la crémation des corps paraît être le rite le plus ancien, rite qui fut progressivement évincé par l’inhumation lors que les Sémites s'établirent dans ces contrées. Les anciens occupants continuèrent à incinérer, tandis que les nouveaux venus ensevelirent.
Dans la Susiane, chez les Mèdes et les Perses, on a découvert les tombes de gens pauvres de la période primitive : plus tard, l'incinération fut introduite et pratiquée avec faveur, mais l'Avesta combat énergiquement cette pratique. Les Iraniens exposaient les cadavres à l'air libre sur les montagnes ou dans les lieux déserts ; eux, qui adoraient le feu, ne pouvaient croire ni admettre que cet élément dût être souillé par le contact des cadavres : sur ce point, l’enseignement de Zoroastre était formel. Les Perses enterraient leurs morts et, chez eux, l'incinération était punie de sacrifices qui avaient lieu parfois au fond de la tombe pour récompenser les fils pieux qui l'honorent, pour châtier le rite de l’incinération, parallèlement à celui de l'inhumation, jusqu'à ce que.
La Grèce primitive, celle de l’époque mycénienne, pratiquait l'inhumation : les monuments l'attestent avec une unanimité impressionnante 18 ; si on relève parfois des traces de feu, elles s'expliquent par du défunt. « Comme l'a démontré avec tant de force Fustel de Coulanges, les rites funéraires de la Grèce historique et les lois mêmes qui régissent les cités sont en rapport avec l'usage de la crémation qui ne laisse rien subsister du corps qu’une poignée de cendres. La croyance que paraissent impliquer maints détails de ces rites, maintes dispositions de ces lois, maints traits de mœurs est celle que nous avons rencontrée en Égypte : au fond de cette tombe où l’on fait couler le vin de la libation et la graisse du sacrifice, on sent la présence d'un être mystérieux qui continue, dans des conditions mal définies, une existence analogue à celle qu’il a menée sous le soleil, d’une personne qui boit et qui mange, qui jouit de la possession des richesses ensevelies avec elle dans la demeure qu'elle ne quittera plus, qui éprouve du plaisir ou de la tristesse, de la reconnaissance ou de la colère, qui s'intéresse au train de ce monde et y intervient pour ceux qui l’oublient. L'étrange persistance de cette conception prouve qu'elle a régné en souveraine maîtresse, pendant de très longs siècles, qui correspond à l'enfance de la race grecque : elle s’est alors enfoncée si avant dans les âmes neuves et celles-ci s'en sont tellement imprégnées, que les progrès de la pensée spéculative n’ont pu l'en arracher, et qu'un habile avocat du iv* siècle, Isée, y fait sans cesse appel, à toute chance de succès, pour agir sur le jury athénien au temps de Platon et d'Aristote. L'inhumation est le seul mode d'ensevelissement qui ne donne pas à cette croyance un démenti formel, le seul par conséquent qui ait pu être en usage là où elle dominait 2, »
À l’époque homérique, l'incinération s’introduisit chez les Grecs, qu'il tendit à évincer. Après l'exposition du cadavre, on le brûlait sur un bûcher ; celui de Patrocle avait plus de cent coudées dans le sens de la largeur. Comment les Grecs en vinrent-ils à se soumettre à un usage si opposé à la coutume qu'ils avaient suivi plus vraisemblable est celle qui s’appuie sur l’évolution de la pensée grecque au sujet de la vie posthume. Même dans la période homérique, le rite de l’incinération fut loin de se substituer complètement à celui de l'inhumation, ils existèrent simultanément. Dans la Grèce ancienne, on faisait une résistance qui ne laissait à l'incinération que peu d'adhérents : si c'est ainsi que, sur dix-neuf tombes découvertes en 1891 dans le cimetière du Dipylon, il n’y en avait qu'une qui eût certainement contenu un cadavre incinéré. Élien atteste expressément que l’inhumation était d’un usage très répandu parmi les Athéniens 24 et que la loi prescrivait « d’ensevelir et de mettre dans un tombeau tout cadavre rencontré accidentellement. Pendant la guerre du Péloponnèse, Thucydide nous dit qu’ « on recouvrait de terre ».
Même au temps où l'incinération ne parvint pas à supplanter complètement l'inhumation. En l'an 308 de la fondation de la ville, la loi dite des Douze tables reconnaissait encore l'inhumation les mêmes droits qu'à l'incinération, bien que celle-ci fût alors beaucoup plus répandue. Toutefois, elle se heurtait dans l'aristocratie à une détermination d'opposition ; la gens Cornelia ne consentait pas à brûler ses morts ; Sylla fut le premier Cornelius à se conformer à l'usage. Sous l'Empire, l'incinération semblait avoir définitivement prévalu comme l’attestent les columbaria criblés d’urnes funéraires qui longeaient la voie Appienne et la voie Latine, et néanmoins il s'élevait encore des tombes et des mausolées dont les caveaux recevaient des cadavres. La mode de l’inhumation l'emporta définitivement sur l'incinération à l’époque des Antonins. Au Ve, la crémation était délaissée, oubliée *.
Dès les premiers temps, l'Église a adopté le rite de l'inhumation qu'elle a sanctifié par des formules qui comptent parmi les plus anciens témoins de sa liturgie. Les premiers chrétiens rendaient aux restes mortels de leurs frères quelque chose des hommages et des soins qui avaient honoré la sépulture de Jésus. Pour recueillir les restes livrés au bourreau et destinés parfois à la destruction, rien ne leur semblait trop onéreux ou trop périlleux. A Lyon, en l'an 177, le long drame joué à l’amphithéâtre se termina par des exécutions et les cendres des martyrs consumés sur un bûcher furent, par ordre du magistrat, jetées dans le Rhône. Ce raffinement de sévérité était destiné à décourager chez les fidèles la confiance en la résurrection : mais ceux-ci risquaient tout pour épargner les restes, les recueillir et leur donner une inhumation honorable. C'était là comme un privilège des femmes chrétiennes. S'adressant au martyr Taraque, le juge lui dit : « N'espère pas que tes ossements soient recueillis et embaumés par quelques femmes . » Et cependant, même pour le condamné au dernier supplice, la loi ordonnait que sa dépouille fût remise, sur requête, à qui voulait l’ensevelir $. C’est ainsi que Joseph d’Arimathie avait pu réclamer et emporter le corps du Sauveur 7. Dans le cas où les coupables étaient atteints par la loi de majesté, le magistrat pouvait refuser la cession du cadavre ; nous voyons les juifs presser le gouverneur de Smyrne de refuser aux chrétiens le corps de saint Polycarpe, et cet arbitraire donnait lieu à de honteux trafics. A Lyon, nous savons que les fidèles cherchèrent à racheter les corps des martyrs aux bourreaux afin de les soustraire à l'incinération ; plus heureux, des chrétiens réussirent à acheter les corps des quarante martyrs de Sébaste *, Les actes de saint Grégoire de Spolète nous fournissent encore ce témoignage, « Le corps du saint était demeuré dans l’amphithéâtre, une chrétienne, nommée Abundantia, vint trouver Tircanus et lui demanda l'autorisation d'enlever le cadavre. Tircanus dit : « Donne-moi trente-cinq aurei et prends-le, » — Abundantia dit : « Je te les donnerai volontiers ; fais seulement que la remise s'accomplisse sans délai. » — Tircanus dit : « Apporte-moi la somme et fais enlever le corps. » Elle lui compta trente-cinq aurei et recut le cadavre 10, S'il était impossible d'acheter, on recourait à d'autres moyens, et plusieurs pièces admises dans le recueil de dom Ruinart mentionnent ces audacieuses entreprises : ce sont les actes de Justin, d'Épipode, de Théodote et de Taraque. Cependant on savait les chrétiens déterminés à tout tenter pour ravir ces débris précieux ét il y avait pour eux, à essayer de les ravir, péril de mort, Un autre péril menaçait les tombes chrétiennes. Tertullien nous rapporte qu'on soulevait la populace de Carthage au cri de : Areæ non sint ! « Qu'il n’y ait plus de cimetières. » Et ce qui suivait, comme on peut le prévoir, était outrage et le sacrilège des tombes, leur profanation délibérée. Il eût été facile de prévenir ce danger en adoptant l'usage de l'incinération ; l'Église ne s’y décida jamais. On a parlé de la rencontre presbyteri, n. 6, dans Surius, Vilæ sanctorum, 24 déi repa a iar 2 +
DAFN
peur ji ea eme —— + s par Eiaeia ni va y mma a Papera E T Iyot r joan a Pela Taa aaa a e aT 507 d'urnes cinéraires dans les catacombes romaines, mais il semble qu'on ait conclu un peu hâtivement. Si les custodes comme Boldetti et Bottari ont rencontré des récipients contenant des cendres, ils en ont donné une description trop sommaire pour qu'on puisse en faire cas dans une question aussi controversée, Ces prétendues urnes cinéraires pourraient fort bien aller, quelque jour, rejoindre les prétendus vases de sang. (Voir | Dictionn.,t.,r1,au mot AMPOULES). D'ailleurs, il y a eu des martyrs brûlés vifs, comme ceux de l'inscription de Marseille : qui vim ignis passi sunl, et ceux-là ont pu être conservés dans une urne funéraire, dont nous avons des exemples ailleurs qu'aux catacombes. Nous avons aussi l'exemple des saints martyrs Prote et Hyacinthe, dont les ossements retrouvés avaient subi l’action du feu. (Voir Dicfionn., t. vi, col, 2330.) Enfin, il peut se faire que parfois, en temps d'épidémie, l'administration impériale ait exigé l'incinération de défunts dont les familles auraient néanmoins recueilli les cendres pour les inhumer avec honneur. Malgré tout ce qu'ils pouvaient avoir à redouter, veterem et meliorem consueludinem humandi frequentemus, disaient les chrétiens, comme leur interprète Minucius Félix. Ils exécraient les bûchers et les fours d'incinération : execrantur rogos et damnant ignium sepulturas, ils les méprisaient : templa el bustia despi_ciuni ti, Cependant il est certain que, pour des fidèles peu instruits, un problème angoissant était inséparable de l'incinération ; leurs corps anéantis ressusciteraient-ils au dernier jour pour la récompense éternelle ? Ceux-là ne doutaient pas que Dieu, à ce moment, saurait bien, comme dans la vision d'Ézéchiel, rassembler les ossements et les revêtir de chair et de nerfs, mais qu'adviendra-t-il des malheureux qu'une bête féroce avait déchiquetés et broyés, qu'un naufrage avait livrés aux monstres marins, qu'un bûcher avait réduits en poussière ? C'est à cette préoccupation que répondait, en l'an 250, à Smyrne, le prêtre Pionius, martyr sur le stade et déjà monté et cloué par les mains sur le bûcher. « Ce qui me conduit à cette place, cria-t-il d'une voix forte, ce qui me pousse à mourir, c'est afin que le peuple entier ne doute plus qu'il y a une résurrection après la mort *. » chard, Tombe aux gallo-romains à incinération décou- | — Bréquigny, Sur l'usage de brûler les morts chez les Romains, dans Précis analytiques des travaux de l'Aca- ! des corps cessa d'être pratiquée en Gaule, dans Congrès
INCINÉRATION —
| Inscript., | La prostration et la génuflexion (voir ce mot) eurent | Jean Chrysostome, | même but survenaient au cours de la liturgie. En par| la prière récitée sur eux avant leur renvoi. A Ce modans Mémoires de la Commission des antiquités de la | leurs parti sans déterminés pour qui sans doute la simple inclination de tête devait sembler chose bien insignifiante. Toutefois, on peut croire qu’elle était assez peu fréquemment employée. Dans les anciennes liturgies, l'évêque donne la bénédiction avec la communion. Dans les liturgies de saint Jacques et de saint Basile, le diacre dit alors ces paroles : « Inclinons nos fronts devant le Seigneur s ; dans la liturgie de saint même formule : « Baissons nos fronts devant le Seigneur + ; dans la liturgie de saint A Marc : « Soumettons nos fronts à Jésus-Christ ; » dans. la liturgie mozarabe : Humiliale vos benedictionis ; enfin, dans un ancien Ordo romain dont la date est sujette à discussion : Humiliale vos ad benedictionem ‘1 qu'en Égypte ces bénédictions étaient désignées sous le nom de ce Prières d’inclination » ou bien :# Inclination de la tête » D'autres avertissements du diacre dans le ticulier, les catéchumènes inclinaient la tête pendant ment, dans les liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome, le diacre dit : « Vous, catéchumènesi inclinez vos fronts devant le Seigneur. » | H. LECLERCO.
INCONNUS (Saints). — (Voir MABILLON.) Le 74 (Fe LL cd. chromie fut limitée au sanctuaire, car c » ment qu'elle subsiste dans un grand nombre d'églises.
= des basiliques, (eu de fausses incrustations, cela va sans dire ; sur le stuc fraîchement appliqué, on figurait des placages et des marqueteries dont on relève quelquefois des tra ces, mais qui offrent un médiocre intérêt pour l'art.
On a incrusté des médaillons de verre dans une cassette trouvée à Neuss, dans des meubles, dans des Bd murail les L C'est principalement dans les églises byzantines [ qu'on peut juger du rôle décoratif de lincrustation.
- Les Byzantins avaient le goût du faste poussé jusqu'au T clinquant. Les palais et les maisons de Constantinople … avaient leurs murs couverts de marbres, d'appliques, —. dé colonnes : … revêtements de mosaïque. Les décorateurs des basi- - liques prirent modèle sur ceux des palais. Au juge- ~ ment de Choricius, le grand mérite des églises de Gaza » était la clarté, la fraîcheur des édifi ces, la grâce poćti que des vignes. des vergers, des oiseaux figurés par Jles palais impéri aux rutilaient sous les les mosaïques, l'éclat et la richesse des appliques et des - incrustations. La basilique de Saint-Étienne à Gaza était entièrement revêtue de marbre ou de mosaïque à fond d'or. Souvent, faute de ressour ces, la polyc'est là seuleAu début, le relief prit place dans le revêtement polychrome, puis il devint plus rare, le goût oriental le fit exclure. Au vit siècle, le relief ne se mêle plus qu'avec timidité aux mosaïques et aux inscriptions : bientôt les mosaïques s'emparent de toutes les surfa ces courbes et partagent avec l'incrustation les parois verticales, « Suivant quel principe ? Dans la grande nef la corniche couronnant les arca des marquait la limite. Aussi les tribunes réduisirent-el les singulièrement le champ de la mosaïque, à moins qu'il ne pût se déployer, comme à Sainte-Sophie de Constantinople, sous de larges et hauts formerets. Au contraire, lors que la tribune manque, comme à Saint-Apollinaire-Nuovo, la mosaïque se développe sur un large espace, en trois zones. Pour les absides, pour les églises à voûtes et à coupoles, Sainte-Sophie nous montre clairement le principe constant de la répartition : le domaine de la mosaïque commence au niveau de la naissance des arcs et des voûtes. C'était là une répartition rationnelle, d'un large et juste effet, car ainsi les parois revêtues de marbre gardaient aux yeux toute leur solidité, tandis qu'au-dessus les 510 images semblaient planer dans l'azur ou dans l'or du ciel.
« La décoration de Sainte-Sophie formait un ensemble harmonieux exactement combiné dans les moindres détails. Les grandes colonnes de la nef sont en vert antique, celles des exèdres en porphyre d'Égypte, les unes et les autres prises directement aux carrières. Mais c'est aux incrustations que l’on avait réservé les marbres rares et précieux, porphyre vert de Sparte, marbre vert clair de Carystos, rose veiné de Synnada, jaune antique de Numidie, noir veiné de blanc, onychite. La phiale était en marbre blanc et rouge d'Iasos. Le revêtement ordinaire se composait, dans des cadres dentelés, de panneaux, quelquefois à veines symétriques, et de tons foncés ou clairs alternants. Ceux de l'abside sont d'une composition très complexe : au centre brille un carré, un ovale ou un cercle d'un marbre précieux, porphyre rouge ou vert, ou onychite, et dans le champ, l'opposition du rouge et du vert, rehaussée par les lignes de jaune clair, se traduit soit par des figures géométriques, en particulier le losange, soit par des rinceaux et des volutes, ou même des motifs plus recherchés : dauphins affrontés, porte de sanctuaire. Enfin, dans les écoinçons de la colonnade supérieure, l'acanthe sort d'une large feuille entre deux petites cigognes, et, comme au-dessous, déroule ses blancs rinceaux sur un champ noir, autour d'un rond de porphyre ou de vert antique.
« Cette décoration n’était point spéciale à la grande église. Choricius, à Gaza, vante la variété et le prix des marbres qui revêtaient Saint-Serge, la beauté des colonnes de porphyre à Saint-Étienne. Dans les écoinçons de Saint-Démétrius, à Saloni que, au milieu des plaques claires, les combinaisons géométriques les plus variées se détachaient aussi en jaune sur un carré de marbre noir, comme on le voit sur le sarcophage de Junius Bassus, consul en 317, élevée sur l'Esquilin en mémoire du triomphe de Constantin sur Maxence, était entièrement revêtue de marbres, ainsi que nous le voyons par un dessin du xvi° siècle que J.-B. de Rossi a fait connaître 1. Ce monument est détruit, mais on conserve au Musée du Capitole deux débris des incrustations qui en faisaient la beauté. Ce sont deux ligresses attaquant chacune un veau : le fond représente un paysage de verdure (fig. 5829, 5830). H. LECLERCQ.
INCUBATION. — L'incubation est le procédé par lequel on cherche une révélation divine en couchant dans le temple du dieu et en provoquant ainsi le songe ou la vision révélatrice qui se manifeste sous des formes variées : audition de voix, souffles rafraîchissants et parfumés, lumière mystérieuse, apparition soudaine (πιοφάνεια) : apparition d’un être doux, jeune et beau, odeur suave, disparition subite. Symboles, des animaux ont une influence particulière sur la réussite de l'opération.
Le rite de l’incubation tient une place plus ou moins envahissante dans la religion païenne et dans le culte chrétien, le fait est au-dessus de toute contestation. Dans son essence, l'incubation est un rite qui se rattache donc à la divination par les songes que les anciens regardaient comme les interprètes authentiques de la volonté divine. L'incubation était le rite officiel, et, en un certain sens, liturgique, usité pour obtenir des songes. Il consistait à s'endormir sur le sol dans le temple d’une divinité afin de permettre à celle-ci de se manifester et de faire connaître au fidèle ce qu'il souhaitait apprendre : ordinairement le remède à une maladie. La bizarrerie des observances qui sont destinées à faciliter ou à provoquer la manifestation divine ne dépasse pas ce qu'on rencontre dans cet ordre de singularités ascétiques ; elles s'expliquent d'ailleurs très bien par les idées des anciens sur les songes *, [ls ont pensé qu’en cette opération, l'âme ou une substance vague analogue, agissait indépendamment du corps. En prescrivant telle alimentation ou telle abstinence, ils voulaient dégager l'âme de la contagion du corps.
Ces rites se retrouvent en partie dans la magie, qui dérive du culte des dieux chtoniens : c'est ce que montrent certains passages de papyrus magiques découverts en Égypte. C'est principalement à Épidaure, 2 dans le temple d’Asclépios, qu’on pratiquait avec confiance le rite de l’incubation. L'Asclépiéion était un lieu en grande réputation et le culte du dieu offre réellement des analogies avec certaines coutumes superstitieuses du christianisme. Asclépios était, à sa façon, un Sauveur : καὶ πὸ τὸν Τόβου (Toῦ σκληπιοῦ) ώσθω τὸ τοῦ θεοῦ. Asclépios Sôter guérissait les maux inguérissables à l'art humain ; c'était un dieu à prodiges, à la reconnaissance des uns, l'espoir des autres lui ont créé une autorité qui lui a permis de tenir tête au christianisme ; ses sanctuaires étaient tapissés d’ex-voto « médicaux » et de tableaux représentant ses miracles. Un des plus célèbres de l’île du Tibre avait débarrassé l'affranchi impérial Néocharès 5. Outre les inventaires de l’Asclépiéion d'Athènes, il faut rappeler les inscriptions du temple de l’île Tibérine, qui nous rappellent la guérison de deux aveugles, d'un malade atteint de pleurésie, d'un autre souffrant d'hémorragie *.
L'incubation ne comptait pas que des succès ; il y avait de bons pèlerins qui rapportaient leur maladie, mais ils ne s'en montraient pas moins généreux. C'est le cas que nous rencontrons sur une inscription grecque conservée au Louvre et provenant de Memphis où elle a été retrouvée dans les débris d'un petit temple et d'une chapelle voisine de celle qui conservait la statue du dieu Apis. Les caractères sont anciens et elle doit compter parmi les plus anciennes inscriptions grecques d'Égypte ; le mur même où on lisait ce texte a été construit sous le règne de Ptolémée Soter Ier, la perte de deux blocs ne laisse que la partie centrale, mais on peut rétablir l'inscription : πιαρ[ο]υ μμῶνος τοῦ π[ο]λλωνίου, νέθη[κ]α[ν] π[ο]λλώνιος τὸ λυχνάριον, ποτιμ[ήσ]ας τὸν θεόν, τι ἐδόξα[σ]εν αὐτ, καὶ αθῆναι αὐτὸν πὸ τοῦ θεοῦ, καὶ τι οὐκ άθην, ἀλλὰ καὶ ἐλπίζω σωθῆναι. On ne saurait faire preuve de meilleurs sentiments et tous les pèlerins ne se montrent pas aussi résignés et aussi généreux, vu leur déception. Il est permis de regretter que notre Aristyllus n'ait pas énoncé sa maladie et le songe dont il avait été favorisé, d'ailleurs inutilement. Nous possédons encore la rédaction plus ou moins complète de quelques-uns de ces songes, soi-disant écrits sous la dictée du dieu par le Grec Ptolémaeus, contemporain du roi Philométor !. Ce que faisait Ptolémaeus au temps de Philométor, sous la dictée du Sérapis égyptien, Aristide atteste que l’Esculape de Smyrne lui recommandait de le faire *, et notre inscription témoigne de pratiques et de croyances qui conservèrent à peu près les mêmes jusque sous l'empire ; en sorte que l'inscription de Memphis ne dut avoir de meilleur commentaire que les Discours sacrés du rhéteur Aristide, discours tout remplis de ses confidences, du récit de ses visions, de ses voyages, de ses offrandes au dieu Asclépios, que le rhéteur confond souvent, comme faisait la croyance populaire, avec le dieu égyptien Sérapis.
L'incubation a persisté dans l'Église chrétienne après la chute du paganisme et longtemps après ; le fait est indéniable. Théologiens et hagiographes se sont bien des fois occupés de ces analogies de certaines pratiques de l'antiquité avec celles du christianisme. Que quelques-uns d'entre eux s'en soient émus outre mesure, c'est ce qu'on ne peut nier et il ne faut pas se dissimuler qu'ils ont quelquefois risqué des explications assez peu satisfaisantes. Les récits de miracles et de visions de l'antiquité présentent parfois des ressemblances incontestables avec certaines pièces hagiographiques et il serait instructif de comparer attentivement les inscriptions de l'île Tibérine dont nous parlions plus haut, ou bien celles d'Épidaure, avec celles qui traitent des pèlerins dans l'église d'Anaplous près de Constantinople comme aurait pu faire Asclépios. Saint Cyr et saint Jean se conduisent de même en Égypte, saint Côme et saint Damien apparaissent à Justinien endormi, le guérissent ; à Paris, d'après une ordonnance de 1248 — sous saint Louis — les malades qui venaient à Notre-Dame implorer l'aide divine passaient les nuits, en attendant leur guérison, dans une chapelle près de la seconde porte. De nos jours, dans certaines contrées où l'ignorance et la superstition sont à peine entamées, on enregistre des cas de guérison par l'incubation. Sainte Barbe opère au Pirée, la Panaghia à Athènes ; à Tinos, c'est deux fois l'an, ailleurs, c'est pendant toute l'année que les malades vont dormir pour obtenir leur guérison, à Lesbos par exemple ou à Verria. D'autre part, ces miracles se retrouvent nombreux dans la littérature hagiographique. Dans un songe, Asclépios guérit un de ses dévots de la pierre, et dans un songe, l'apôtre saint André guérit de la pierre l'ambassadeur du roi Théodebert auprès de Justinien, un certain Mammolus, qui avait profité d'un arrêt à Patras pour aller dormir ad beati sepulchrum. Le conte populaire de la coupe cassée, si joliment narré dans l'inscription d'Épidaure, se retrouve à l'époque mérovingienne mis au compte de saint Laurent de Milan. Pour traiter le sujet avec toute la précision désirable, il ne faudrait pas se contenter de certaines ressemblances extérieures, ni de quelques formules dont l'identité est commandée par les matières, ni confondre les rites antiques christianisés par l'Église avec les superstitions païennes qui auraient survécu malgré elle et à son insu (ce qui est possible), ni encore transformer des actes isolés en rites officiels. Faute de s'imposer ces distinctions, on s'expose à brouiller et à confondre ce qui donne parfois l'illusion de généraliser. Il est prudent dès lors, c’est-à-dire qu'il est d'une sage préoccupation scientifique de s'interdire de faire grief à l'Église d'avoir admis la pratique de l'incubation. L'Église a plutôt subi qu'approuvé et encouragé ce qu'elle n'était pas partout en mesure de combattre. Quant à l'incubation, reste à savoir si elle est déraisonnable en elle-même et contraire aux principes de l'Évangile. Certainement elle expose ceux qui s'y adonnent à attribuer un caractère surnaturel et merveilleux à des phénomènes de pure hallucination et d'auto-suggestion ; par contre, elle les place dans des dispositions intérieures de confiance et d'abandon qui peuvent rendre le malade digne d'une intervention surnaturelle. Sur ce point, l'histoire et la philologie n'ont rien à voir ; c'est affaire de croyance et de métaphysique.
Il est évident que ces chrétiens qui allaient s'endormir au pied de l'autel d’un saint croyaient à l'Évangile, à l’ordre surnaturel, n'étaient pas des athées ou des rationalistes. La question se ramène donc à savoir si leur conduite était contraire à la lettre ou à l'esprit de l'Évangile. Sans doute, l'Évangile ne parle pas d'incubation, mais il recommande la foi, celle qui fait violence à Dieu : il la recommande surtout à ceux qui prient. Envisagée à ce point de vue, l'incubation paraît un acte de confiance en Dieu, naïf peut-être, mais qu'on ne saurait pas plus condamner que conseiller. Tout n'était pas à rejeter dans le polythéisme ; beaucoup de pratiques avaient leur fondement dans la religion naturelle et dans la nature humaine. L'Église a pu les admettre, et, au lieu de lui reprocher sur ce point sa tolérance, il serait plutôt permis de louer sa prudence qui a su, dans les divers milieux où elle s'est développée, conserver les éléments relativement purs qu'elle rencontra.
L'incubation a été pratiquée près de Byzance dans le culte de saint Michel, honoré dans le Sosfhenium, où il a remplacé un dieu païen inconnu. Les saints Côme et Damien, médecins pendant leur vie, furent substitués à Byzance aux Dioscures et continuèrent dans leur temple à guérir par l’incubation. Les saints Cyr et Jean, égyptiens, avaient leur sanctuaire dans le bourg égyptien de Menuthis, près de Canope. Il y avait là, primitivement, un temple païen célèbre par les oracles et les guérisons qui y attiraient non seulement les infidèles, mais les chrétiens des environs eux-mêmes. Saint Cyrille d'Alexandrie, désireux de combattre la superstition et averti en songe, transféra dans l'église de Menuthis les deux martyrs qui reposaient auparavant dans la basilique de Saint-Marc. Avant ce moment, ils semblent avoir été complètement inconnus, et saint Cyrille est obligé d'apprendre leurs noms à son peuple : xaæhoüvrar 8è Kdpos xal Toxvvnc, et ils étaient de ceux dont on n’avait pas de passion écrite : el yàp xal une örwogelolv drouvauatæ, dit saint Sophrone. Sainte Thècle expulsa le dieu chtonien Sarpédon de son sanctuaire de Séleucie ; mais pas au point de détruire complètement son souvenir. Saint Thérapon, martyr honoré en Chypre, fut transporté à Constantinople lors de l'invasion sarrasine et déposé dans le sanctuaire des Blakhernes. Il guérit et rendit des oracles comme les précédents par le moyen de l'incubation. À ces personnages pourraient s'en ajouter quelques autres comme saint Dimitri, saint Patapios.
Mais encore ne faut-il pas, sous prétexte d'incubation, faire dire aux textes ce qu'ils ne disent pas et ne peuvent pas dire. Un des canons de saint Hippolyte est ainsi conçu : Qui autem propriam domum habet quando infirmatur, non transferalur in domum Dei, sed oret tantummodo, t une redeat in domum suam. Il est possible de voir ici une allusion à l'incubation, mais sans indication de remède : dès lors [il n'y a pas incubation au sens qui doit rester].
Les monuments relatifs à l’incubation sont rares : nous avons déjà parlé de la pierre de Breuil-Mingot ; continuons à y voir une sorte de grande table sur laquelle les malades venaient s'étendre tout nus, les bras en croix, dans l'espoir de la vision qui leur révélerait le remède à prendre. Ce rite de la nudité complète s'associe souvent avec l'incubation et symbole personnelle. Il a pu exister d’ailleurs des pratiques locales d'incubations plus ou moins altérées, dont la vogue se retira de bonne heure et dont nous ne savons à peu près rien.
Le 20 août 1618, au cours des travaux exécutés à la “tour des cloches du Vatican dont on creusait les fondations, on trouva ce fragment de marbre (fig. 5831) qui fut transporté en 1631 dans les Cryptes, par les soins de Torrigio. On y voit, autant que le sens peut tions et les traits placés sur un grand nombre de lettres indiquent une date tardive, le xii ou le xiii siècle. C'est bien ce qui inviterait à admettre le texte dans “devant la porte de Sancta Maria in Turri qui existait “autrefois dans le portique de l'ancienne basilique Vaticane, ainsi qu’on le voit sur le plan d’Alféran. L'inscription est un témoin peut-être unique du rite de l’incubation dans l'épigraphie chrétienne ; à ce titre elle doit trouver ici sa place ; elle a été publiée par Torrigio, De cryptis Vaticanis, p. 340 ; par Muratori, Novus thesaurus veterum inscriptionum, t. IV, p. 1E ; par Doni, Inscriptiones antiquæ nunquam editæ notis que illustratæ, p. 544 ; par Ph. L. Dionysio, Sacrarum Vaticanæ basilicæ cryptarum monumenta exlerrere cepit, p. A tedium. In prima vero visione vidi E teneniem in manu virgam, el erant t. o ires ex una parte, el ires ex alia parte re ante eum slalim venerunt tres canes, qui à Sancti Petri, et ascenderunt super armos F meos, et lin~ gebant in [collum ex una parte, et alter ex altera parte el tercius inter duos armos, et ego cadebam erram [signavit me, et sanctus Petrus dedil mihi FA panem visio l ; imis el ait mihi : Vade, Fuit aurem secunda innu merabilis pueros luden les i e ad pinnam, que esl in a omni [i{empore ?) g - H. LECLERCO.
E INDE. — I. Situation, limites, nom.
Introduction et expansion du christianisme. III. Relations commerciales avec l'Occident et l'Orient.
I. SITUATION, LIMITES, NOM. Nulle part mieux qu'au sujet de l'immense presqu'île méridionale du continent asiatique, il n'est à propos de parler de mystère dès qu'il s’agit des origines chrétiennes. Située entre la péninsule Afabique à l’ouest et la péninsule Indo-Chinoise à l'est, celle qu'on désigne communément sous le nom d'Inde ou Hindoustan, dessine un vaste triangle irrégulier auquel la chaîne de l’Himalaya sert de base et dont le cap Comorin marque le sommet. Les deux côtés de ce triangle s'avancent entre le golfe Arabique et le golfe du Bengale.
L'Inde est une expression géographique réalisée par la puissance des forces naturelles : c'est des étrangers qu'elle a appris à connaître son unité réelle et qu'elle a reçu son nom. La forme même du mot en sanscrit du fleuve Indus, Sindhou, s'altérait régulièrement dans les colonies établies à l'ouest du fleuve. Il passa sous cette forme en Perse, où on le retrouve dans les inscriptions de Darius à Béhistoun. Les Grecs à leur tour le reçurent des Perses et laissèrent tomber la légère aspiration qui précédait la voyelle initiale. Les étymologistes indigènes, gens ingénieux et qui jouissaient d'honnêtes loisirs, ne manquèrent pas de découvrir une explication du vocable que l'étranger imposait à leur contrée : ils prétendirent le rattacher, soit au mot indou désignant la lune, soit au dieu Indra, ancien.
ressaisi, la mention de deux visions. Les abrévia-
| = lequel la seconde vision est arrivée sous le porti que | in [porticu ante poriam Sanctæ Mariæ vidi II. Introindi que l'origine et les pérégrinations. Le nom sans- | en « Indou » dans la prononciation des tribus iraINDE 51S souverain de l'Olympe védi que. La conquête musulmane propagea le nom persan Hind et répandit le mot Hindoustan, qui ne s'appli que d'ailleurs qu’à un domaine restreint comprenant les vallées du Gange et de la Joumna ; il coïncidait à peu de chose près avec la désignation sanscrite de Madhyadésa, Il s'étendit dans la suite des temps à la contrée limitée par l'Indus, les bouches du Gange, l'Himalaya et le Vindhya ; le Bengale et le Béhar en furent parfois exclus et compris à part sous le nom de Pourb (Orient).
Le mot Inde a désigné différentes contrées outre la presqu'île dont nous parlons, mais encore l'Arabie et l'Ethiopie. Philostorge fait mention d'une ambassade envoyée par l'empereur Constance auprès des Homérites de l'Arabie heureuse, pour lâcher d'implanter l'arianisme parmi le peuple de cette contrée ; cette ambassade était conduite, nous dit-il, par un certain Théophile l' Indien, parce que, né dans l'Inde, il avait | été envoyé très je une en otage à Constantin par les Dibeni ses compatriotes, dont le pays était une île appelée Dibus, qui leur donnait son nom : Taù npeaelag év tolg mpra y xal Oeépraoc 6 ’Ivôèc, ög TARAL uv, Kovotævrivov Toü TAA æt Gxorheuévroc, Ett Tv Amiay VEÖTETOG xa unpelav Tpòùg TÖV Ar Gnv&v xahoupévov elg Pœuatouc tordan : Atéode y ÉOTLY gùrtoiç voog yopa 1. Après son ambassade, | Théophile se rendit dans cette île où il était né. Il corrigea dans le culte de ses compatriotes des pratiques malséantes, comme, par exemple, d'écouter assis la lecture des Évangi les : et il confirma l'arianisme qu'il trouva établi parmi eux. De là, il revint chez les Axoumites, d'où il passa à Constantinople.
Ce récit de Philostorge a été conservé par Photius ; on le retrouve pres que sans modification dans Nicéphore Calliste, qui peut-être n'aura eu que Photius sous les yeux. La seule différence importante porte sur l'orthographe des noms Dibus et Dibeni, que Nicéphore appelle Diabus et Diabeni, deux leçons qui ont une autorité pres que égale. Une autre différence consiste en ce que Nicéphore écrit que cette « île est grande », cri uey&An : ce que ne dit pas Photius. Il est vrai que cette circonstance dérive assez clairement du récit, et c'est même pour cela qu'on a proposé de voir dans l'ile susdite l'île de Ceylan.
La réalité du voyage de Théophile dans sa patrie ét la mission qu'il avait à y remplir sont des faits qui ne nous appartiennent que si cette patrie est bien véritablement l'Inde ; on hésiterait déjà à l’admettre d'après cette seule considération qu'il faudrait en ce cas que, dès l'année 356, il y eût déjà des églises ariennes en deçà du Gange ; Il semble plus probable que Théophile n'était pas né dans l'Inde, n'y a pas | voyagé, mais que ce mot désigne un point quelcon que des côtes méridiona les de la mer Rouge, Afri que soit en Arabie.
L'opinion qui fait de Dibus la petite ile de Diu située à la pointe du Gazarate est inadmissible parce qu'un rocher d'une lieue de long sur un quart de lieue de large n'a pu être le séjour d'un peuple que le récit de Philostorge nous représente comme ayant été considérable, Une autre opinion, tout aussi mal venue, consiste à placer les Dibeni aux Laquedives ou aux Maldives, mais ce sont là des archipels et Philostorge ne parle que d'une Île ; d’ailleurs les anciens n'ont ja mais eu que des notions très vagues des Maldives et rien n'annonce qu'ils aient seulement connu l'existence des Laquedives.
Quant aux premières, Ptolémée semble les désigner quand il parle des treize cent soixante-dix-huit f les situées en avant de la Taprobane, mais il a complètement ignoré le nom du groupe, qui peut-être n'en Philostorge, His, ecc les., 1. III, €. IV.
549 INDE
avait pas encore : relativement aux Laquedives, sa Géographie ne contient rien du tout. Le Périple de la mer Érythrée, qui semble avoir été rédigé pendant le règne simultané de Septime-Sévère et Caracalla, entreprend une mention détaillée de tous les lieux de l'Inde où l'on faisait le commerce ; mais il ne dit pas un mot des Laquedives et des Maldives. Kosmas Indicopleustes, qui donne de si précieux détails sur la Taprobane et la côte occidentale de l'Inde, parle vaguement d'i les petites et nombreuses qui environnent la Taprobane (rép aùthg)h ayant toutes de l’eau douce, et séparées par des détroits peu profonds ; mais on voit qu'il ignore le nom et la position de ces î les, qui ne sont pas répandues autour de Ceylan, mais qui se trouvent réunies en groupe à cent cinquante lieues dans l'ouest. Enfin l'auteur du Traité des brachmanes, au Ve, ne connaît pas davantage ces Îles. Il parle d'un millier d'î les situées en avant de la Taprobane, et qui, d'après cette indication, devraient être les Maldives, mais il les confond avec les Maniolæ et leur appli que, comme Ptolémée, le conte oriental de la pierre d'aimant qui attirait les clous des Vaisse aux.
L'ignorance des anciens relativement à ces deux archipels s'expli que par la direction que suivaient leurs vaisse aux. Avant qu'Hippalus eût découvert la mousson du sud-ouest, les vaisse aux, au sortir du golfe Arabi que, longeaient les côtes d'Arabie, de Carmanie et de Gédrosie, jusqu'à l'embouchure de l'Indus, d'où ils se rendaient, toujours en suivant la côte jusqu'à la pointe de la presqu'ile. Dans cette navigation, qui n'était autre chose qu'un cabotage, les Laquedives et les Maldives leur restaient fort loin au large sur la droite. La découverte de la mousson sud-ouest, qui prit le nom d'Hippalus, comme la mer qu'on traversait avant d'arriver à celle de l'Inde, ne put que difficilement donner connaissance de ces deux groupes d'î les ; car, à partir du cap Syagrus en Arabie, ou du cap Aromata en Afri que, cette mousson les portait, soit à l'embouchure de l’Indus, soit dans le golfe de Cambaie, à Barvygaza, soit un peu plus loin, ` dans la partie septentrionale de la Limyrice. Le reste de la navigation se faisait, comme auparavant, en suivant la côte, Ainsi les Laquedives et les Maldives devaient leur demeurer à peu près inconnues : ils n'en pouvaient recevoir tout au plus que quel que notion vague des gens du pays.
Comment expliquer cette ignorance, si el les avaient eu dans l'Empire romain des relations tel les qu'el les eussent envoyé à l'empereur des ambassa des, des présents et des otages ! Mais, bien loin de pouvoir y placer une nation à cette épo que, on n'est pas même certain que ces î les, qui ont été peuplées par la côte de Malabar, eussent déjà des habitants.
Quant à l'idée de faire de Dibus ou Diabus l'île de Ceylan, quoiqu'elle paraisse, à première vue, séduisante, elle ne peut se soutenir, parce que Philostorge parle un peu plus loin de la « grande île » de Taprobane située vis-à-vis du continent de l'Inde ; ici il n’est pas possible de mettre en doute qu'il s'agit de Ceylan, et, dès lors, il n'en est pas question quand l'historien parle de Dibus et des Dibeni.
Or, si la patrie de Théophile l’{ndien n'est ni l'ile de Diu, ni les Laquedives, ni les Maldives, ni Ceylan, | qui lui convienne le moins du monde. En réalité, | Théophile était né en Éthiopie (voir Dictionn., t. v, | au mot ÉrHiorre) dans une île de la mer Rouge.
| venture, plus grave ; au lieu d’être transporté de l'Asie | sur la côte d'Afri que, il eut l'honneur fâcheux et | imprévu de faire le voyage d'Améri que. Christophe __ aborder aux rivages de l'Inde et donna aux nation aux | celui d'Hindous.
_ le reste — tout le reste — noms propres, itinéraires’ | épiso des miraculeux et autres, est hasardeux et ne saurait être admis. a lF Rapson f, A. Von Gutschmidt *, Von Sallete, | séjouret l’ apostolat de Thomas dans l'Inde méritaient, on ne peut plus trouver dans l’ Inde aucun autre pointi I] arriva à ce nom classi que d'Inde une autre mésaColomb, parti à la recherche de l'Asie ultérieure, crut le nom d’Indiens. La méprise fit fort une, et Pe auxRouges et Caraïbes finirent par accaparer cette désignation, dont furent désor mais privés les habitants de l'Inde qui durent échanger leur nom d’ Indiens contre
IL. INTRODUCTION ET EXPANSION DU CHRISTIANISME. — L'Inde a reçu l'Évangile dès les premiers sièc les. de l'ère chrétienne, peutêtre même dès l’âge apostolique. Voici tout ce qu'on peut soutenir historiquement ;
Cette question de l'introduction du christianis A dans l’ Inde est inséparable de la question de l'apostolat et des actes de saint Thomas. Dès 1848, Reinaud avait attiré l'attention sur le fait que, sur les monnaies indiennes, on lisait le nom du roi Gundaphar qui apparaît dans les Acta Thomæ 1, En effet H. wi son ? avait signalé la découverte de ce typé numismati que, et, quelques années plus tard, A. Cunningham mit le fait en pleine lumière ?. Successivement Sylvain Levi” et V. A. Smith ® réussirent à établir d’une façon absolument certaine la chronologie de Gundaphar, dont le règne se place au premier siècle de notre ère. Ce ne fut pas tout. Non seulement le nom de ce roi se lut sur des monnaies, mais encore sur une inscription, celle du rocher de Takht-i-Bahi, découverte vers 1870, Les étu des que lui consacrèrent. A. Cuningham *, le professeur Dowson 19, Sénart 1, V. A. Smith et Rapson # ont montré, par ‘des déchitfrements successifs et des commentaires de plus enplus précis, que ce monument épigraphi que date de. l'an 46 après Jésus-Christ.
D'une comparaison des légendes respectives des deux apôtres, Thomas et Barthélemy, il ressortait qu'autant la première était vague et médiocre, autant la deuxième nous offrait un itinéraire clair et logique. Cette assertion, on la démontrait par l’exacte et parfaite concordance qui existe entre le récit des Actes et le tracé des routes du trafic régulier entre les côtes de la Syrie et le Bengale, telles que les donnent, par exemple, Pline et l'auteur du périple, qui sont presque contemporains de saint Thomas. Quelques années après la trouvaille des monnaies de Gundaphar, on s'était empressé de montrer tout ce que les Acta Thomæ renferment de détails conformes à ce que les derniers travaux sur l'histoire, la géographie et l’épigraphie de l’Inde ont révélé. Si, ce faisant, A. von Gutschmidt eut le mérite de poser le problème et d'ouvrir la voie à ceux qui, après lui, ont regardé du côté de l'Inde pour interpréter les Actes de saint Thomas, de l'apôtre. Par exemple, il fait passer Thomas de la Syrie chez les Parthes, par le détour du Dekkan, chose raisemblable, et il met cette bévue au compte du rédacteur des Actes qui, d’après lui, aurait emprunté son récit à la légende d'un missionnaire bouddhique, parti du Dekkan, pour aller prêcher aux Pahlavas (Parthes). Dans cette donnée, les christophanies deviennent des apparitions du Bouddha, la guérison par les reliques est un trait de superstition bouddhique ; de même, les pouvoirs surhumains de l’Arhat sont devenus les miracles de Thomas : les démons chassés par le signe de la croix rappellent les victoires des ascètes hindous sur les Râkshasis, et le lion qui déchire l’écuyer impie s'explique par le nom de Cakya-sinha, le lion de Cakyas.
Certaines légendes viennent de l'Inde, — et il serait superflu d'en donner ici la démonstration, — il n'en reste pas moins que les sources des Acta Thomæ sont moins bouddhistes qu'on ne l’a supposé ; la littérature chrétienne fournit de cette légende des éléments plus abordables et qui ont été plus certainement mis en œuvre que les données hindoues. Il n'en est pas moins possible, malgré cela, que la connaissance exacte de l'Inde éclate dans les épisodes et les détails des Actes. A preuve, le détail de la jeune Palestinienne, joueuse de flûte, qui, seule dans la multitude réunie pour une fête, comprend l'hymne chanté par saint Thomas dans sa langue maternelle. Autre détail, les onagres qui viennent spontanément s'attacher au char de l'apôtre et qui le mènent à la capitale de Misdeos ne se trouvent précisément dans l'Inde que sur les bords de l'Indus, où règnent Gundaphar et son voisin. Coïncidence intéressante, mais dont il ne faudrait pas exagérer la portée.
D'ailleurs, à mesure qu'on apporte des confirmations favorables aux Actes, qu’on met en valeur leur connexion avec l'Inde, on provoque des contradictions et des démentis qui laissent la question au point où elle se trouvait après les premiers travaux tentés pour donner aux Acta leur exacte et définitive portée. Mais Gundaphar n’est pas le seul roi indien dont parlent les Actes de saint Thomas ; on y voit paraître un de ses collègues du nom de Misdaios. En grec, on trouve les formes Mioëaioc, Miaôxia, Mioëéoc, Meoôsoc : les Menées ont Zpuôatoc et Nicéphore.
M s'est absolument égaré en ce qui regarde l'histoire. Le latin écrit Mesdeus, Misdeus, le syriaque donne Mazdai, l’arménien Mstèh, l'éthiopien Mastfius. Ce roi Misdaios a un fils, Ouzanès, dont le nom s'écrit en grec Odabavns, Ioubavne, Ioubavne, Atévne ; en latin, Zusanes, Zuzani, Zuzanius, Luzanès ; en arménien, Vizan ; en syriaque, Wizan. Misdaios n'est autre que le roi hindou Väsudeva, que les monnaies à inscriptions grecques appellent BAZOAHO et BAZAHO. Or Bazdeo est, à cause de la confusion constante des labiales et p, quand elles sont initiales, identique à Misdaios. Quant à Ouzanès, il représente le sanscrit Gusana ; du reste, Gundaphar ou Gondopharès se dit Undopherrou ; on peut donc avoir pour l’équivalence : Ouzanès — Gusana.
Mettons maintenant toutes les choses pour le mieux. Non seulement Gundaphar sera une réalité historique, mais son règne se place en parfaite concordance avec la chronologie qui serait fournie par les Actes, si le rédacteur y avait songé : le nom du roi Mazdai ne doit qu'aux injures du temps de ne pas être attesté par les monuments de la meilleure date ; enfin, les détails géographiques et ethnographiques éparpillés dans le récit sont de la plus pure couleur indienne et archaïque. Mais en bonne logique et, dans l'espèce, en saine critique historique, que vaut pour la légitimation des Acta Thomæ l'argument de couleurs locales et les attestations épigraphiques et numismatiques ? Il est certainement intéressant de retrouver les noms de Gundaphar et de Mazdai, de constater qu'ils ne sont pas purement fictifs, mais conclure de leur rencontre que le document qui les a insérés contient un « noyau historique » est un sophisme. Car ce sont bien ces noms qui réhabilitent la pièce entière. « Nous pourrions, dit-on, rejeter d'emblée la tradition comme fabuleuse, si elle avait associé à saint Thomas des noms royaux connus depuis toujours, qui ont longtemps vécu dans l'histoire et la tradition, » mais le seul fait que le nom de Gundaphar « est évoqué dans une tradition en parfait accord avec les exigences du synchronisme donne tout au moins fort à penser que cette tradition a une base objective dans la réalité historique. » Ainsi, tout revient à savoir si le premier rédacteur de la légende de saint Thomas n'a pu connaître que par cette légende même le nom du roi Gundaphar. Soit. Veut-on dire qu'une donnée historique dont, au xix° siècle, il ne subsiste plus guère de traces écrites, n’en avait pu laisser au iii° ou au IVe et qu’en l'absence de document écrit, cette donnée devait avoir disparu dès lors de la mémoire des hommes ? Ce n'est guère se montrer ménager de la tradition arabe, et qui donc ignore que presque tous les rédacteurs d'actes légendaires, quand ils avaient quelque savoir-faire, ont recouru, pour imposer confiance à leurs lecteurs, à certains faits exacts qui donnaient à leur composition une garantie d'historicité suffisante. Pour connaître le nom de Gundaphar et établir un synchronisme entre ce prince et l’apôtre Thomas, il suffisait de lire l'inscription datée de Takht-i-Bahi, que rien ne prouve avoir été seule de son espèce et qui n'était pas inaccessible et incompréhensible à ceux qui voulaient se donner la peine de la lire. On objectera que ce document n'a pas beaucoup circulé, mais le rédacteur des Actes, puisqu'il paraît connaître l'Inde, peut y avoir voyagé lui-même, et, en tout cas, d’autres documents n'auront pas manqué de s'offrir à sa vue. Tout ce qu'il paraît savoir sur le règne et la personne de Gundaphar, il l’a pu lire sur les monnaies, car ce qu'on a fait de nos jours, il l’a pu faire en son temps.
En définitive, il est impossible de soutenir de nos jours que l'Inde ait vécu sans relations avec le monde gréco-latin : il n’est plus douteux que des rapports actifs existaient entre eux vers le début de l'ère chrétienne !. De même, tout le monde accorde aujourd'hui que le rédacteur des Acta Thomæ connaissait l'Inde ou mettait en œuvre des informations exactes, recues de voyageurs qui l'avaient visitée * Mais l'apparence d'autorité qu'il tirait de là en imposait davantage quand l'Inde ancienne passait encore pour une terre mystérieuse dont un Grec ou un Syrien ne pouvait rien savoir de précis. On faisait remarquer que les Acta Thomæ se trouvent d'accord avec les antiquités du Gandhära sur tel nom de roi et telle date, qui ne sont pas arrivés à la connaissance d'aucun écrivain latin, ni grec, ni syriaque, et qui n'ont pas même survécu dans la mémoire des populations hindoues. De là sortait la conclusion que ces renseignements avaient dû parvenir au rédacteur par le canal d’une tradition indépendante, et que cette tradition, par le fait même, était marquée d'un signe d'authenticité. Mais plus les relations étaient fréquentes entre le monde gréco-romain et l'Asie centrale, moins on est en droit de s'étonner si l'on retrouve chez un auteur chrétien des notions raisonnables d'histoire et de géographie indiennes. Le faussaire qui a composé les Actes de Thomas — on a parlé de Bardesane en personne — a pu se procurer sur place, à Edesse ou ailleurs, tout ce qu'il y a dépensé de couleur locale. Pour quoi s'étonner, si l’art hellénique était devenu indigène dans les royaumes parthes du nord de l’Hindoustan, qu'un Grec ou un Syrien en ait su quelque chose ? Depuis quatre ou cinq siècles que des artistes partaient des ateliers de l'Empire pour aller chercher fortune dans l'Inde, la cause de cette émigration devait être devenue de notoriété publique. Et faudra-t-il attendre qu'on ait exhumé en Mésopotamie des monnaies du roi Gundaphar, pour que l’on consente à comprendre que tous les trafiquants ont pu y rapporter de l'Inde le nom de ce prince, la date de son règne et son effigie par surcroît. Sur tous ces points et d'autres semblables, l'accord des Acta Thomæ avec les découvertes de l’indianisme est, en somme, moins étrange que la persistante surprise qu'il a causée. Sans compter que cet accord ne va pas loin. Si le roi Gundaphar a vu et peut-être fait éclore dans ses États une vaste et durable renaissance de l’art bouddhique, il faudrait en conclure tout d’abord qu'il n’a pas été converti ni par saint Thomas ni par personne. Donc, sur le point même qu'on invoque en témoignage de sa véracité, la tradition qu’on suppose serait contredite. Et cet art du Gandhära, hellénique suivant les uns et qui rappelle à d'autres l'art chrétien primitif des catacombes, a-t-il des affinités distinctes avec le milieu d'où sont sortis les Acta Thomæ ? À s'il n'en a pas, s’explique-t-on par quel persévérant hasard l'influence de l'Occident aurait pénétré dans l'Inde par une voie, tandis que les traditions indiennes en revenaient par une autre ? Entre ces « traditions » elles-mêmes, en mettant les choses au mieux, il faut choisir : il faut se prononcer entre Édesse, qui se glorifie d'avoir reçu les reliques de saint Thomas, et les églises du Malabar, qui prétendent les avoir gardées. Les légendes divergent autant que les voies qu'elles ont suivies dans leurs migrations. Celles qui ont vogué sur les caboteurs de la mer d'Arabie avec les navigateurs grecs ou égyptiens, et celles qui ont cheminé sur les routes de l’intérieur, avec les caravanes de l'Afghanistan et de la Perse, ne se plieront jamais à une même explication. Quant aux Acta Thomæ, leur autorité restera médiocre aussi longtemps qu'ils ne pourront se laver d’avoir été condamnés ou flétris dans les termes les plus durs, notamment par saint Épiphane, par saint Augustin, par saint Turibius d’Astorga, par le pape Innocent Ier et par le décret pseudo-gélasien ? : Actus nomine Thomæ CROSS toli, libri decem, apocryphi. Cette mauvaise note ne les a pas empêchés de faire leur chemin et de durer. Non seulement l'histoire apocryphe de saint Thomas survécut aux condamnations réitérées qui auraient dû en avoir raison, mais le pseudo-Abdias, qui la remit en circulation, ne prit pas même la peine de l'expurger. Il fit plus, il la recueillit sous sa forme la plus choquante, si tant est qu'il ne lait pas enjolivée lui-même, car, dans les Actes syriaques, l'épisode de saint Thomas et de la flûtiste juive ne contient pas toutes les naïvetés qui sont venues s'y joindre depuis. Un compilateur de légendier la ramassa telle quelle, y compris l'épisode « accepté ou arrangé par le pseudo-Abdias. Du légendier l'anecdote, corrigée cette fois, c'est-à-dire maquillée à nouveau, passe dans le propre d'un bréviaire local. Enfin un peintre-verrier y va prendre le sujet d'une série de vitraux où les érudits du lieu croient maintenir reconnaître un trait de la vie de saint Martin. Et les endroits où l'on vit cette malencontreuse légende se perpétuer ainsi dans l’hagiographie, dans l'hymnographie, dans la liturgie et dans l’art sont les abbayes de Saint-Victor à Paris et de Saint-Martin à Épernay, toutes deux appartenant à l’ordre de ce même saint Augustin qui avait condamné avec tant d'indignation les Acta Thomæ.
Maintenant que nous savons ce qui subsiste d'histoire vraie dans cette pièce légendaire, nous pouvons résumer brièvement l'histoire de l'apostolat de saint Thomas dans l'Hindoustan. D'après de modernes biographes, l'apôtre y pénétra non pas une fois, mais deux fois, ayant coupé son séjour par une excursion à Jérusalem. À son second voyage au moins, l'apôtre traverse le Dekkan d’outre en outre et se fait martyriser à Mylapore (Maïla pour), près de la ville actuelle de Madras. On l'y enterre et son tombeau reste en vénération même après que les reliques ont été transférées à Édesse, puis dans l'île de Chio, enfin à Ortona. Cette opinion s'appuie sur une longue suite de témoignages allant de saint Éphrem au cardinal Baronius, sans parler des bréviaires, des martyrologes, des menées et de toutes les rapsodies connues et oubliées. Tout cela dépend des Acta Thomæ et, par conséquent, tout cela ne pèse guère. La tombe de Mylapore ne pèse pas plus, elle qui devrait trancher la question de l’apostolat de saint Thomas dans l'Inde ; mais ici encore la légende a pris la place de l'histoire.
Il n'est pas facile, voire même possible, de reconstituer l'histoire des premières missions chrétiennes dans les pays bouddhistes d'Asie. Les récits, légendaires en grande partie, qui nous en ont été conservés, permettent simplement de croire qu'il y a eu dès les premiers siècles de notre ère quelques expéditions qui ont produit des résultats durables. Ce sont des missionnaires nestoriens qui ont réussi les premiers à y établir des chrétientés organisées. Dès le Ve, ils avaient pénétré dans l'Inde et, comme le prouvent des inscriptions découvertes au siècle dernier, ils poussèrent leurs conquêtes, au VIIe jusqu'en Chine (Voir ce mot). À partir de cette époque, leur influence s'étendit aux orientaux et occidentaux d'Asie. Au Xe, plusieurs de leurs communautés subsistaient encore en Chine et dans les pays limitrophes de l'Océan pacifique.
Les éditions de prédicateurs isolés, dont les efforts n'ont pas produit de résultats durables, furent facilitées par les relations commerciales et politiques qui s'établirent entre les pays quand les franciscains et les dominicains arrivèrent.
III. RELATIONS COMMERCIALES AVEC L'OCCIDENT
L'autre était porté par des hommes isolés et à travers mille dangers. Sur vingt personnes qui se mettaient en route, dix-neuf restaient en chemin, et souvent l’objet qui atteignait le but n'était pas apporté par l'homme qui en avait été chargé ; ceci s'applique aussi bien à la voie de mer qu'à la voie de terre.
Virgile, vers la fin du VIe chant de l’Énéide, décrit le bouclier que Vénus apporte à Énée, sur lequel se trouvent représentés les principaux épisodes de l'histoire romaine. À cette occasion, Virgile, dont tous les mots sont pesés quand il s'agit d'événements accomplis, cite parmi les alliés d'Antoine qui prirent part à la bataille d'Actium les Arabes de toutes les classes et il y joint les Indiens : or, comme le mot Inde eût été vague, il se sert des termes ultima Bactra, c'est-à-dire la Bactriane, qui, du côté de l'Orient, était, de tous les pays avec lesquels les Romains étaient entrés en relations, le plus éloigné, ou du moins de l'accès le plus difficile :
Hinc ope barbarica, variis que Antonius armis
Victor, ab Auroræ populis et littore rubro
“Ægyptum, vires que Orientis et ultima secum Bactra vehit ; sequitur que, nefas ! ægyptia conjunx. …. omnis eo lerrore gyptus, et Indi, Omnis Arabs, omnes verlebant terga Sabæi.
Nous avons vu par les médailles trouvées dans la fondation de la tour bouddhique de la vallée de l'Indus que Kanichka entretenait des rapports avec Marc-Antoine ; or Kanichka était roi de la Bactriane, et il était seul de tous les princes indiens en état d'envoyer un contingent armé à son allié, Ce que Virgile dit ailleurs des Hyrcaniens et des Dahes autorise à croire que les princes de ces peuplades étaient aussi partis sans d'Antoine. D'ailleurs Virgile n’est pas le seul écrivain qui fasse mention des rapports établis entre Marc-Antoine et le roi de la Bactriane. Properce en parle de son côté dans l’élégie du livre IV, où il montre Lycotas chargé de s’aboucher avec KanichKa.
Horace, s'adressant à Auguste, lui disait : « Fils de Saturne, père et conservateur de la race humaine, c'est à toi que les destins ont remis le soin de la grandeur de César. Tu es le premier roi de l'univers, et César en est le second. Soit qu'il traîne à son char les Parthes qui ne cessent pas de menacer l'Italie ou bien les Sères (Chinois) et les Indiens, qui habitent à l'extrémité orientale du monde, subordonnés à toi seul, qu'il gouverne selon les lois de la justice le monde agrandi : » Gentis humanæ pater atque custos Orte Saturno, tibi cura magni Cæsaris fatis data : tu secundo Cæsare regnes. Ille, seu Parthos Latio imminentes Egerit justo domitos triumpho, Sive subjectos Orientis oræ Seras el Indos Te minor latum regel æquus orbem.
Properce adresse, lui aussi, à Auguste une épître où il lui dit : « Le divin César médite une expédition contre l'Inde opulente : sa flotte est prête à sillonner les flots de la mer qui recèle des perles. Soldats, quelle magnifique perspective ! Les contrées les plus éloignées ne seront pour vous qu'une occasion de triomphe... Arma deus Cæsar dites meditatur ad Indos, Et freta gemmiferi findere classe maris Magna viri merces ! paral ullima terra triumphos,
Tibulle n'est pas moins enflammé, d’ailleurs c'est la note générale. En l'an 22, Auguste annonça une expédition en Orient, expédition où il n'y eut pas, à proprement parler, d'hostilités, et le roi parthe Phraate, pour obtenir la paix, se soumit aux démarches les plus humiliantes Cet événement fut accueilli comme une réparation faite à l'honneur romain, et l'esprit public ne s'en montra que plus ardent aux conquêtes, mais Auguste était un esprit modéré ; une fois la paix conclue avec les Parthes, il ne vit pas de raison de la refuser aux princes de la Bactriane et de l'Inde : elle eut lieu l'hiver suivant (20 avant J.-C.).
Dans son testament célèbre, Auguste parle des députations qu'il avait reçues de l'Inde : « Plusieurs députations, dit-il, me furent envoyées par les rois de l’Inde ; ja mais rien de semblable n'avait été fait pour un prince romain » : Ad me ex India regum legationes sæpe missæ sunt nunquam antea visæ apud quemquam principem Romanorum. Ce fait semble avoir beaucoup frappé Suétone !, Paul Orose ?, Florus et Strabon n'ont pas manqué d'en parler. Il y eut plusieurs députations venues de l'Inde.
Des relations commerciales entre l'Inde et l’Empire romain existaient alors ; il était naturel que les princes intéressés cherchassent à les régulariser. Sur la côte de Malabar se trouvaient les ports de Tyndis et de Muziris où le trafic romain était, dès lors, assez important pour que la carte de Peutinger porte, sur sa douzième feuille consacrée à l'Inde, à l'endroit où sont marqués ces noms de Tyndis et de Muziris, ces mots : lemplum Augusti. La présence d'un temple d'Auguste suppose des marchands romains et des rapports avec les autorités locales.
La politique inaugurée par Auguste fut suivie par ses successeurs, et le commerce avec l'Inde gagna encore en activité. Pline se plaignait des sommes énormes qu'un commerce qui consistait surtout en objets de luxe et frivolités coûtait de son temps à l'Empire. Les navires romains ne dépassaient pas Ceylan où régnait un prince bouddhiste, mais les navires chinois fréquentaient ces parages.
Sous le règne de Claude, un affranchi au service d'un fermier des droits du gouvernement dans un port de la mer Rouge fut emporté par les vents jusqu’à Ceylan, consacra six mois à étudier la langue du pays, fut présenté au roi, qui l'interrogea sur l'empire romain et que cet entretien décida d'envoyer un député à l'empereur pour établir sans doute un comptoir.
Vers la seconde moitié du 1° siècle, les communications entre l'Empire romain et l'Inde étaient devenues très faciles. Sénèque dit qu'un voyage des côtes d'Espagne dans l'Inde, avec un vent favorable, était l'affaire de quelques jours. En effet, le départ d'Égypte et l’arrivée dans l'Inde pouvaient se faire à peu près à jour fixe. Pour le trajet de l'Espagne à l'Égypte, tout dépendait de la direction du vent.
Sous Domitien, on fait encore allusion aux populations de l'Inde. Stace dit à l'empereur : « Tu remporteras mille trophées... reste à soumettre la Bactriane : » Mille tropæa feres, lantum permilte triumphos. Restat Bactra novis...
Silius Italicus fait parler Jupiter qui dit à Domitien : « … une longue carrière te reste à parcourir près de nous. La jeunesse guerrière du Gange mettra à tes pieds ses arcs Arenean Les Bactriens te présenteront leurs carquois vides :
Trajan se décida à tenter une expédition en Orient, se dirigea vers la Mésène et la Kharacène, entra dans Spasiné-Kharax et visita les bords du Tigre. Il appela auprès de lui les pilotes du golfe Persique et les hommes qui avaient visité la côte indienne, les interrogea sur tous les sujets et s'embarqua sur un navire pour se faire conduire dans la mer de l'Inde.
Que n'avaient d'intérêt que par leurs produits, la grande affaire, une fois l'Empire parthe renversé, était de suivre la route tracée par Bacchus et Alexandre et de subjuguer toute la vallée du Gange. Une difficulté dut surgir alors. Il était impossible de rien faire sans le concours du roi de la Bactriane, jusque-là fidèle défenseur de la politique romaine. Mais d'une part le roi de la Bactriane était en guerre avec les Chinois, et de l'autre voudrait-il l'aider à des conquêtes dans lesquelles ses propres États seraient absorbés ?
Quand Trajan revint de son excursion maritime, il apprit que les Parthes avaient relevé la tête, que les Arabes nomades attaquaient les postes romains ; les projets sur le Gange et l'Indus furent abandonnés ; et l'empereur mourut peu après.
Hadrien abandonna toute idée de lointaine conquête et sa réputation n'en fut pas moins bien établie, à tel point que, au dire de son biographe Aurelius Victor : Reges Bactrianorum legatos ad eum amicitæ petendæ causa supplices miserunt. C'est le moment où “les relations commerciales des Romains eurent le plus d'activité, la carte de Peutinger nous montre que les caravanes conduisaient jusqu'à la ville de Palibothra, ce qu'on nommait le monde habité.
Marc-Aurèle envoya une ambassade en Chine et, sans doute, l'ambassadeur, arrivé au Malabar, monta sur un navire chinois, il arriva par la frontière extérieure du Jy-nan (le Tonkin). A son tour Marc-Aurèle eut une ambassade indienne, qui paraît avoir eu dans le temps un grand retentissement. Porphyre nomme, parmi ces députés, le philosophe Dandamis. Il cite pour garant un personnage nommé Bardesane, d le Babylone, qui avait accompagné les ambassadeurs auprès de l'empereur ; ce serait le Bardesane syrien que nous connaissons bien.
Une révolution survenue dans l'Inde, aux dépens de l'altération dans le commerce romain, non plus qu'aux bonnes relations politiques, car, lors du triomphe de l'empereur Aurélien sur la reine Zénobie de Palmyre, on voyait parmi les députations amies les princes des Indiens et des Bactriens.
Vers la fin du ve et au commencement du vi siècle, la navigation chinoise prit un grand développement. Jusqu'alors, il n'arrivait de Chine à Ceylan, et sur les côtes de la presqu'île de l'Inde, qu'un petit nombre de jonques ; la plupart se perdaient en mer ; pour cette raison, on avait adopté la route de terre par la Tartarie. Mais à la limite du ve et du vi siècle, les soies cessèrent de prendre la route de Tartarie et les jonques viennent débarquer leur cargaison à Ceylan et sur la côte occidentale de l'Inde où les navires éthiopiens et persans en prennent livraison. Ce n'est que vers le vi siècle qu'ils se hasardent à pousser jusqu'à la Chine.
Kosmas Indicopleustes, qui écrivait vers l'an 525 de notre ère, avait navigué dans les mers de l'Inde : il parle d'une église chrétienne qui existait de son temps à Ceylan, mais cette église était à l'usage des chrétiens venus de Perse, et elle était desservie par un prêtre et un diacre persans. Dans un autre endroit, il dit encore : « Dans l'île de Taprobane (Ceylan), il existe une église où sont des clercs et des fidèles ; il y en a aussi dans le pays qu'on appelle Male (Malabar), où vient le poivre. Dans le lieu que l'on nomme Calliena (aux environs de Goa), il y a aussi un évêque à qui l'on confère les ordres en Perse. » Les clercs envoyés de Perse dépendant du patriarche nestorien de Séleucie, Ctésiphon, ils étaient établis jusque dans l'île Socotora, placée sur la côte d'Arabie méridionale, sur l'ancienne route des navires romains qui allaient dans l'Inde et où, du temps de Kosmas, on parlait encore le grec.
H. LECLERCQ.
INDICTION. — On désigne sous le nom d'indiction un cycle de quinze années. L'origine de ce terme se trouve dans le fait que, depuis le principat d'Hadrien, on révisait l'assiette de l'impôt foncier tous les quinze ans. On s'habitua à désigner l'année au cours de laquelle s'accomplissait cette opération sous le nom d'année indictionelle : ensuite ce terme fut étendu à la période entière comprise entre deux révisions des matrices cadastrales ; plus tard, enfin, cette période de quinze années servit aux supputations chronologiques. L'établissement de l'indiction semble remonter pour ce dernier emploi au règne de Constantin et à l'année 313 ; il est vrai que l'accord n'est pas fait sur cette date. Les uns placent la première indiction en 312, les autres en 314 ou même en 315 ; il semble qu'on doive s'en tenir à la date de 313 : c'est celle qu'ont admise les computistes du Moyen Âge, ou du moins c'est celle qu'ils ont prise pour base de leurs calculs en faisant concorder l'an 1er de Jésus-Christ avec la 4e indiction : Quarta indictione secundum Dionysium natus est Dominus. Le plus ancien exemple de l'usage de l'indiction, comme élément chronologique d'une date, paraît se trouver dans un édit de l'empereur Constance, en 356. Au v siècle, on la rencontre dans les auteurs ecclésiastiques, notamment dans saint Athanase et saint Ambroise. Prescrit par la loi romaine et adopté par les computistes chrétiens, l'usage de l'indiction comme élément chronologique se répandit au Moyen Âge dans tout l'Occident de l'Europe. Une lettre du pape Félix, en 490, fournit le plus ancien exemple de l'indiction dans les actes pontificaux, où elle figura régulièrement à partir du pontificat de Pélage II (584). Depuis cette époque, les exemples en sont de plus en plus fréquents, et l'on peut dire que, du vi au x siècle, les actes où elle ne figure pas sont l'exception.
INDICTION 532 |
On conserve au musée Giovio, à Côme, un fragment d'épitaphe qui semblait soulever une difficulté parce que le premier éditeur Allegranza y lisait le nom du consul Gallicanus dont la magistrature remonte en 330 ; il faut lire non pas Gallicanus, mais Cellica, ce qui nous met en 519.
Parmi les inscriptions, nous ne rencontrons nulle part l'indiction au iv siècle et deux fois seulement avant le milieu du vi siècle, en 423 à Forum Julii, et en 443 à Salone ; à Rome, on n'en rencontre pas encore, semble-t-il, au v siècle et la plus ancienne paraît sur une pierre de l'année 517 et une autre de 922. La pierre de l'année 517 semble porter ces mots AGAPITO CONS-INL(ustri), mais la brisure s'est faite sur la lettre L et, après un examen attentif, J.-B. De Rossi a adopté la lecture IND(ictione). Peu à peu, les lapicides adoptèrent la mention de l'indiction, souvent d'un élément chronologique certain, car, comme le disait justement J.-B. De Rossi : plane inutilis designandi temporis ratio est. En effet, lorsqu'on en est réduit à la paléographie et à la morphologie, on peut bien indiquer une période au cours de laquelle l'inscription a été gravée, mais cette période est très large et renferme quelquefois six ou huit indictions. L'adoption de l'indiction favorisait la paresse et l'ignorance en un temps où le consulat annuel, servant à la désignation des années, prenait fin et où on se dispensait volontiers de savoir en quelle année on vivait.
Vers le milieu du vi siècle, on ne met plus de dates auparavant, depuis la fin du v siècle, on rencontre parfois la date consulaire avec l'indiction. Nous en avons un exemple dans une inscription de Sainte-Restitute, dans la Viennoise Ire. Les lettres conservées des dernières lignes et l'indiction xii du mois d'octobre rapprochées des fastes du v et du vi siècle suggèrent ces compléments.
On distingue donc les indictions par groupes de quinze, mais on n'exprime jamais, en datant d'après ce cycle, le nombre de périodes écoulées depuis le commencement de la première indiction en 313 : on se contente de désigner la place qu'occupe l'année présente dans la période où on se trouve. Indictione, mot précédent magistri. Il reste donc à interpréter la date.
Originairement, le point de départ de l'indiction était le 1er septembre, date à laquelle commençait l'année financière chez les Romains. Ce système s'est perpétué en Orient où ce terme coïncidait avec le début de l'année grecque ; il est vrai qu'on en trouve aussi de fréquents exemples en Occident, car on distingue trois indictions principales, qui sont :
1° L'indiction de Constantinople, employée par les empereurs grecs et connue aussi en France ; elle commence, on vient de le dire, le 1er septembre.
2° L'indiction constantinienne, impériale ou césaréenne, établie, dit-on, par Constantin et employée par les empereurs d'Occident de même qu'en France, en Allemagne, en Angleterre ; elle commence au 24 septembre.
3° L'indiction romaine ou pontificale, souvent employée par les papes, surtout depuis Grégoire VII, et dont on rencontre quelques exemples en France ; elle commence au 25 décembre ou au 1er janvier, selon l'usage des temps et des lieux.
Beaucoup d'obscurités et d'erreurs s'étaient répandues sur la date initiale des indictions. Ideler a contribué pour sa bonne part à en dissiper un grand nombre. C'est un sujet difficile, notamment en épigraphie, où il s'agit de fixer l'année d'un texte lors que cette année est coupée en deux tronçons inégaux par l'indiction.
Il n'est pas douteux que les indictions doivent être calculées depuis les kalendes de septembre de l'an 312 en Occident et en Orient ainsi qu'en Égypte (sauf peut-être en Afrique) : c'est ce cycle que suivent tous les monuments antérieurs à l'an 550 qui portent la mention de l'an 528 qui fait mention de l'approche de la fin d'une période de quinze ans.
Vers le milieu du vi siècle, on voit apparaître des inscriptions qu'on ne peut faire entrer dans la chronologie qu'à la condition de faire commencer l'indiction aux calendes de janvier. Ces textes concordent donc avec l'année civile romaine. On ne sait, à vrai dire, d'où ce calcul indictionnel tire son origine ; longtemps on a cru n'en trouver aucune trace avant le vii siècle, Bimard de la Bastie et Pagi crurent cette date trop basse et proposèrent de la relever, ce que Marini prouva par des monuments certains. Une inscription romaine de l'année 619 sert de témoignage qu'au début du vii siècle, à Rome, l'indiction concordait avec l'année civile.
Les Anglo-Saxons rapprochèrent le point de départ de l'indiction de l'équinoxe d'automne et le fixèrent, par suite de calculs astronomiques défectueux, au 24 septembre. Ce système fut adopté par Bède et la vogue dont jouirent ses écrits le répandit dans toute l'Europe occidentale. Cette indiction a été en usage, sauf quelques exceptions, à la chancellerie des empereurs d'Allemagne, depuis Conrad Ier jusqu'à Charles IV (912-1378) ; elle fut très usitée en France du xi au xiii siècle, ainsi qu'à Florence, au moins au début du xiv siècle.
Au vii siècle, dès le début, on trouve l'indiction dans les actes des rois qui se partageaient alors la Grande-Bretagne. Sur une charte de Withraed, roi du Kent, de 700 à 715, on lit : Acfum in mense julio, indictione XIII, et une formule analogue reparaît sur d'autres chartes de 732 à 736. Charlemagne introduit l'indiction dans les actes impériaux : elle persiste en France dans les actes des rois jusqu'au règne de Philippe Ier et beaucoup plus longtemps en Allemagne.
H. LECLERCQ.
INDULGENCE, — I. L'indulgentia. II. L'exclusion. III. La réconciliation anticipée.
I. L'INDULGENTIA. — Dans le droit romain, où les termes sont pris selon leur sens le plus exact, on donne le nom de indulgentia à ce que nous appellerions « amnistie ». Nerva plenissimam indulgentiam in milites contulit, lisons-nous au Digeste, XIX, 1, 1, où il est simplement question de l'extension aux soldats du droit de tester sous seing privé ; il n'est pas question d'amnistie ici dans une multitude de passages empruntés aux sources littéraires de l'époque classique ; cependant indulgentia prend dans la littérature chrétienne assez généralement le sens de pardon, relaxation : Indulgentiam Domini postulare. Se ad indulgentias Christi applicare. Dans le Code Théodosien, l'indulgentia s'entend parfois de l'amnistie accordée à l'occasion des fêtes pascales. Cependant l'usage de ce terme ne parait pas avoir été employé de bonne heure pour désigner la remise des peines canoniques.
Les indulgences sont en relation étroite avec la pénitence sacramentelle. La discipline pénitentielle primitive avait quelque chose de très souple et laissait s'exercer largement, en matière de pardon, l'initiative épiscopale. Sans amoindrir le sacrement, sans excuser le délit, elle avait en vue l'amendement du coupable et, pour l'obtenir, elle n'hésitait pas à user du pouvoir illimité de rémission dont elle disposait. A-t-on fait usage de ce pardon très large, de cette amnistie dès l'époque apostolique ? On a pensé l'y reconnaître, mais à quelle que conclusion qu'on s'arrête, il faut admettre que l'indulgentia n'est pas une institution sacramentelle, que, par conséquent, rien n'oblige à revendiquer pour elle une origine divine et apostolique, ni à prouver qu'elle fut en usage au ier siècle. Toutefois, on serait en droit de s'étonner qu'elle ait apparu soudain au XIIe, sans préparation par une discipline plus ancienne.
L'Église catholique, fidèle aux traditions et respectueuse des pratiques du passé, a possédé de très bonne heure les linéaments des institutions qui se sont développées plus tard, principalement pour les institutions d'une certaine importance ; c'est ainsi qu'on peut les suivre à travers des modifications plus ou moins considérables, et les ressaisir encore reconnaissables près de leur origine. Étroitement associée à la discipline de la pénitence, la pratique de indulgentia aura subi des modifications analogues. Si nous pouvons reconnaître dans la confession, telle qu'elle se pratique de nos jours, l'ancienne pénitence publique et la pénitence tarifée, dont les éléments essentiels se sont maintenus malgré d'importantes modifications, nous devrons de même retrouver, dans l'usage actuel des indulgences, une institution dont le principe est immuable, c'est-à-dire le pouvoir toujours exercé par l'Église, sous une forme ou sous une autre, de remettre, côtés profondément divers, le même pouvoir essentiel.
L'évêque qui avait apprécié la culpabilité lègue Fabien d'Antioche sur la conduite à tenir à l'égard du pécheur certaines œuvres de pénitence, qu'il serait tenu d'accomplir. Sans doute l'exercice de ce pouvoir devra s'harmoniser avec la méthode suivie, à chaque époque, pour imposer ou assigner au pénitent les œuvres satisfactoires. Aux premiers siècles, la rémission aura pour effet de hâter le retour du pécheur à la communion ecclésiastique ; plus tard, elle consistera surtout dans le remplacement des exercices de pénitence imposés par des œuvres plus faciles ; enfin ces commutations deviendront encore plus douces et continueront à être accordées d'après un tarif qui aura cessé d'être employé pour l'imposition de la pénitence. Mais sous ces trois formes successives, par certaines étapes, se retrouve toujours identique à lui-même ; partout nous voyons l'autorité ecclésiastique remettre au pécheur une partie des œuvres de pénitence dues pour la réparation de ses fautes.
Sans vouloir pousser aussi loin que le font certains auteurs modernes l'assimilation entre cette pratique de l'antiquité et les indulgences de nos jours, nous pensons que l'existence, de part et d'autre, d’une rémission de la peine canonique permet de conclure à l'identité substantielle des deux institutions. On a avancé que les billets d'indulgence délivrés par les confesseurs et ratifiés par l'Église avaient pour objet d'obtenir le pardon du péché, non la diminution de la peine. Cela ne paraît ni évident ni prouvé. La paix tant désirée par les faillis était avant tout la réconciliation avec l'Église, réconciliation anticipée qui ne pouvait s'accomplir que par la diminution du temps d'exclusion primitivement fixé. Le pardon du péché était dû à la pénitence elle-même, que les faillis avaient demandée et acceptée : et d’ailleurs, pour interpréter les expressions employées à une époque où la distinction entre la coulpe et la peine n'avait pas encore été nettement formulée, il n'y a pas lieu de recourir à une application rétrospective du vocabulaire théologique du XIIIe. A ceux qui trouveraient trop marquées les différences entre les deux formes extrêmes d'indulgences, on fera observer que les deux méthodes de pénitence sont à tout le moins aussi différentes.
Les Pères du IVe paraissent avoir envisagé eux aussi la possibilité pour l'évêque d'abréger l'épreuve ou chacune des épreuves des pénitents. Saint Basile dit que si un pécheur fait pénitence et revient au bien, celui qui tient de la miséricorde divine le pouvoir de lier et de délier, au cas où il se montrerait clément en considération de la grandeur de la pénitence et diminuerait le temps de la pénitence imposée, ne serait pas à blâmer, car l'histoire sainte nous apprend que ceux qui font une pénitence plus onéreuse éprouvent plus tôt les effets de la bienveillance divine ! Saint Grégoire de Nysse dit à propos des fornicateurs : « Quand il s’agit de pécheurs dont la conversion est fervente et la vie révèle un véritable retour au bien, il est permis à celui qui est chargé de pourvoir au bon gouvernement de l'Église de réduire le temps à passer dans la classe des auditores et de hâter le moment de la réconciliation : l'économe spirituel peut ensuite accorder encore une autre réduction et rendre plus tôt la communion, de telle sorte que celui qui bénéficie du remède de la pénitence montre que l'épreuve lui a rendu la santé de l'âme. On agira de même à l'égard des adultères, En appliquant cette thérapeutique spirituelle, on tiendra compte de l'ensemble des dispositions du sujet. De même, dans le cas des fornicateurs on s’inspirera de cette considération pour hâter ou retarder le moment de la participation aux biens de l'Église 1, » Même enseignement à Rome, au Ve, « C'est à l'évêque, dit saint Innocent, de juger de la gravité des fautes. Qu'il tienne compte de la confession du pénitent, des pleurs et des larmes par lesquels il s’amende : il lui appartiendra alors d'ordonner sa libération, quand il constatera une satisfaction suffisante *. » Cette remise des peines canoniques diffère de l'indulgence telle que nous l'entendons aujourd'hui parce que l’on supposait souvent que la peine due au péché était déjà remise devant Dieu, à cause des mérites du pénitent quand l’évêque intervenait et que cette intervention épiscopale précédait la réconciliation ou plutôt se confondait avec elle.
À partir du Ve jusqu'au VIIe, la pénitence subit des transformations profondes. La ressemblance s’accentue, pour la pénitence comme pour les indulgences, sous le régime de la pénitence tarifée. Dès la fin du Ve, la masse des chrétiens se refuse à subir les rigueurs pénitentielles d'autrefois. Lors que les Barbares se mêlent à la société romaine et se convertissent, il ne devient plus possible d'exiger ces aveux, cette expiation, qui prenaient de plus en plus aux yeux de tous un caractère infamant. Dès la première moitié du VIe, l'appareil de la pénitence n'est plus pratiqué normalement que sous une forme presque exclusivement privée, dans le sud de la Gaule et probablement en Italie. Les pays celtiques, qui commencent à encombrer l'Occident de leurs missionnaires, introduisent partout où ceux-ci se présentent le régime de la pénitence tarifée, suivant lequel une pénitence spéciale est imposée au pécheur par le ministre du sacrement sans solennité aucune, d'après les tarifs d'œuvres satisfactoires contenus dans les « pénitentiels » (voir ce mot).
Suivant les prescriptions des livres pénitentiels, on n'impose plus au pécheur l'exclusion de la société ecclésiastique ; par conséquent l’indulgence ne pourra plus avoir pour objet l'anticipation de la réconciliation. La pénitence consiste surtout dans l'assignation et l’accomplissement d’une certaine quantité d'œuvres satisfactoires. L'ensemble du rite, de l'aveu, des prières liturgiques et des œuvres réconcilie le pécheur avec l'Église, et par suite avec Dieu, sans qu'il y ait encore une distinction bien marquée entre le pardon de la coulpe et la réparation par les peines, et sans qu'on ait assigné à chaque partie de la pénitence ses effets propres de pardon et de satisfaction. Dans cet état de choses, l'indulgence aura nécessairement pour objet l'adoucissement et la rémission des exercices pénitentiels imposés à chaque pécheur. Cette rémission ne sera pas pure et simple : elle impliquera un élément de compensation et de commutation, d'où résultera cependant un allégement pour le pécheur. C'est encore, comme l’on sait, la pratique actuelle. L’indulgence est primitivement laissée à la discrétion de l'évêque, ou plutôt du confesseur, qui cherchent dans les tarifs des pénitentiels une direction plutôt qu'une loi immuable. Les commutations et rachats ont joué au Moyen Age un rôle considérable, cause la plus efficace de l'abaissement progressif de la pénitence tarifée ; du même coup, ces pratiques ont grandement favorisé l'introduction des indulgences proprement dites. Tout pécheur pouvait obtenir, soit au moment de sa confession, soit plus tard, des arrangements qui lui permettaient d'accomplir, en moins de temps et à des conditions moins dures, les pénitences qu’on venait de lui imposer. Pour arriver à l’indulgence proprement dite, il ne restait plus qu'un pas à franchir, et on le franchit bientôt. Jusqu'alors, les commutations de pénitences avaient lieu pour chaque pécheur en particulier ; supposez qu'on offre à tous les pénitents tenus à l’accomplissement de certaines œuvres satisfactoires une réduction applicable à tous, moyennant une autre œuvre qu'ils sont tous invités à accomplir, vous aurez l'indulgence avec tous ses éléments constitutifs, sans doute, les premières propositions de ce genre qu'il nous est donné de constater sont faites à des conditions à peu près équivalentes aux exercices de la pénitence elle-même : on aurait de la peine à leur reconnaître aujourd'hui le caractère d’indulgences ; elles n’en constituent pas moins les premiers exemples de nos modernes indulgences, œuvres offertes à tous en échange de la peine temporelle due au péché. L'exemple le plus ancien serait une indulgence relevée par Mabillon dans un sacramentaire qu'il date du IXe : Mense junio die XXII, sanctorum martyrum mille CCCCLX X X quorum vigilia cum silentio et jejunio est celebranda ; et concessum est pro uno illo die annum dimittere in pænitentia ; mais il semble impossible de faire remonter une concession de ce genre à une époque si reculée. Toutefois on peut citer avec plus de certitude la concession offerte par Alexandre III en 1067, pour encourager à la guerre qu'il projetait, contre les Sarrasins : Qui juxta qualitatem peccaminum suorum unusquisque suo episcopo vel spirituali patri confiteatur, eis que, ne diabolus accusare de inpenitentia possit, modus penitentiæ imponatur. Nos vero auctoritate sanctorum apostolorum Petri et Pauli et penitentiam eis levamus et remissionem peccatorum facimus, oratione prosequentes. Plus remarquable est l'indulgence annoncée par Urbain II au concile de Clermont de 1095, en faveur des chrétiens qui prendraient part à la première croisade : Quicumque pro sola devotione, non pro honoris vel pecuniæ adoptione, ad liberandam Ecclesiam Dei Jerusalem profectus fuerit, iter illud pro omni pænitentia ei reputetur. Et, s'adressant à la foule, le pape disait : Nos autem, de misericordia Dei et beatorum Petri et Pauli confisi, fidelibus christianis qui contra eos arma susceperint, et onus sibi hujus peregrinationis assumpserint, immensas pro suis delictis pænitentias relaxamus. Qui autem ibi in vera pænitentia decesserint et peccatorum indulgentiam et fructum æternæ mercedis se non dubitent habituri. La commutation nous paraîtrait peu avantageuse aujourd'hui, par comparaison avec nos indulgences plénières, aux conditions si abordables ; mais peu importe, nous pouvons conclure que les indulgences sont déjà parfaitement constituées *.
INFANS,
ne il = INFANS, INFANTIA. — Infans se dit de “l'enfant qui n'a pas encore l'usage de la parole : mais ce sens s'est étendu dans la pratique à ceux que, dans notre langue, nous appelons « enfant » et qui ont la langue bien déliée. Gruter et Muratori ont publié des inscriptions d'infantes âgés de neuf et de douze ans 1. Saint Jérôme nous dit que : verum est igitur illud Hebræorum linguæ idioma, quod omnis filius in comparatione parentum infans vocatur et parvulus. Nec miramur barbaram linguam habere proprietates suas, cum — hodieque Romæ omnes filii vocentur infantes *.
Ce n'est pas seulement à Rome, puis que nous lisons sur une épitaphe trouvée, en juillet 1888, dans la corniche de l'abside de l'église Saint-Pierre à Vienne en Dauphiné * (en tête est sculpté un rinceau de pampres muet de raisins) : { Hiec requiescit in pace bonæmemorius …_Maurolenus, quem rapuit mors invida cuius infantia bona fuit, qui vixit annis plus minus xxiii, obiit ka. madias indic. III an. III reg. dom. nosi. Clotari regis.
Cette épitaphe se distingue du type commun … (fig. 5832). Son texte n'est pas de ceux que les lapicides empruntaient aux formulaires. L'auteur avait quelque teinture des lettres classiques, comme il le montre l'expression mors invida qu'on rencontre à maintes reprises dans les poésies funéraires : c'est ce qui donne ici à l'emploi du mot infantia appliqué à un jeune homme de vingt-trois ans un plus grand intérêt. Il est vrai qu'on rencontre à Vienne et à Aoste le mot adolescens appliqué à des enfants de ~ gradus ætatis æquabiliter pulat esse divisos ; primo gradu usque ad annum XV, pueros dictos
ne sont pas nécessairement criminels, mais ils le quatre ans. Ce n'était pas l'ancienne façon de compter au temps de Varron qui, au dire de Censorinus, guingue unumquemque scili cet, præter extremum, in anno XV. Ita que —
INFANTICIDE
Vers le vis ou le début du vire siècle, un certain Eusèbe entreprit d'importants travaux dans le cimetière adjacent à Saint-Paul-hors-les-murs. Cet Eusèbe est qualifié : Eusebius infa.…., à la suite de la lettre a un jambage qui ne peut appartenir qu’à un N ou un n'existe entre in et fa ni séparation ni ponctuation. J.-E. De Rossi, se refuse à lire injans pour désigner un homme qui a tant travaillé et ne veut pas même que ce fût un surnom d'humilité comme exiguus ou peccator. On a bien rencontré dans les papiers de Margarini un EuseBIVS IN FACTI.. mais nous n'avons pas ici la boucle d'un €, mais le montant d'un N ou d'un M. Le petit problème reste posé.
INFANTICIDE.
Il faut entendre toutes les circonstances qui conspirent à priver de la vie un être humain sans défense à raison de son âge ou de sa faiblesse. Ces circonstances sont assez généralement pour que l’idée d'infanticide soit inséparable de l'idée d'attentat ou de violence. Dès avant sa naissance l'enfant ou le fœtus est soumis à des chances funestes, les unes naturelles, les autres réfléchies et combinées en vue de lui enlever la vie. L'enfant né avant terme est nommé abortivus, dit saint Isidore, ceo quod non oriatur, sed aboriatur et excidat. A partir du septième mois après les justes noces, l'enfant issu du mariage ainsi contracté était considéré comme légitime parce que, d'après Hippocrate, le fœtus naît parfait le septième mois. Jusqu'au moment de la naissance, le droit romain veillait aux intérêts de l'enfant conçu, et c'était là un grand progrès tant au point de vue moral qu'au point de vue physiologique, car auparavant les philosophes stoïciens et les jurisconsultes refusaient de voir un être humain dans l'enfant simplement conçu : il n'était d'après eux que pars viscerum matris. Il en résultait que l’avortement n'était pas un cas distinct de meurtre, mais seulement une action immorale. Dans l'état de mariage, le père pouvait autoriser l'avortement pour des motifs.
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dont la juridiction censoriale était seule juge ; si l'initiative était prise par la mère, sa conduite relevait du tribunal domestique ; hors du mariage, les femmes esclaves n'avaient à se justifier que devant leur maître ; quant aux débauchées, l'État leur laissait la permission de tout faire à leurs risques et périls.
Il résulta de cette tolérance un accroissement tel dans le nombre des avortements que les moralistes et les jurisconsultes ne purent fermer les yeux ! Au début de notre ère, on en était encore à chercher hors de Rome des exemples de sévérité, car Cicéron ne trouve celui qu'il cite d’une femme frappée d'une peine capitale pour avoir détruit son fruit qu'en Asie Mineure, à Milet. Il faut attendre le début du IIIe de notre ère et le règne de Septime-Sévère et Caracalla pour relever l'existence d'une loi pénale contre l’abortio partus. Le jurisconsulte Marcien nous apprend qu'en vertu d'un rescrit de ces empereurs, la femme coupable d'avortement volontaire doit être envoyée, par le président de la province, en exil temporaire, parce qu'il serait indigne qu'une femme pût impunément enlever à son mari l'espoir d’une postérité. Thryphonius rappelle le même rescrit en appliquant cette peine à la femme divorcée qui se fait avorter : ne jam inimico mario filium procrearel. On punit aussi les intermédiaires employés pour ces coupables manœuvres, les hommes ou les femmes qui procuraient des breuvages abortifs, ou qui en vendaient, même sans dol.
En raison du péril que l'avortement faisait courir à l'État qu'il appauvrissait de citoyens, ce crime fut sévèrement réprimé ; les coupables de basse condition étaient condamnés aux mines ; ceux d'un rang plus élevé étaient relégués dans une île avec confiscation partielle de leurs biens. Si la femme qui s'était livrée aux pratiques abortives avait péri, celui qui avait procuré les moyens était puni de mort« . Justinien range l'avortement volontaire de la femme parmi les causes de répudiation permise au mari, indépendamment des peines à infliger d’après les anciennes lois. Ces mesures, nonobstant leur sévérité et le soin qu'on apporta à les appliquer, demeurèrent assez peu efficaces.
Une fois terminée la période de gestation, l'enfant prend, du fait de sa naissance, une personnalité qu'on ne peut songer à lui contester ; aussi tout attentat commis dans le but de lui enlever la vie, quel que soit l’auteur de cet attentat, est considéré comme un homicide. Le mot infanticidium est étranger à la langue du droit romain. Tertullien l'emploie, ainsi que le mot infanticida *, ce qui ne suffit pas à lui conférer une valeur technique, malgré les accointances de Tertullien avec tout ce qui est de la langue juridique. On ne retrouve pas le mot infanticidium dans les compilations de Justinien #.
« De l'absence d'un terme technique pour désigner le meurtre des enfants nouveau-nés, il ne faut pas conclure que la législation romaine n’a pas songé à protéger la vie de ces enfants. Ce fut, au contraire, dès la fondation de Rome, l’une des préoccupations des chefs de la cité : mais, pendant longtemps, l'infanticide n'a pas été traité comme un crime spécial. La
enfant coupable, il ne pouvait user de ras
considérée comme un malheur public, une souillure
co. xv. — »M. Voigt, Das « jus naluraleæquum el bonum + loi romaine s'est placée, suivant les époques, à des points de vue différents pour apprécier le meurtre des enfants nouveau-nés. Il s’est produit une évolution analogue à celle que l’on remarque chez les peuples anciens et modernes en matière d'infanticide *. »
Sévère, ce n'est pas une raison pour nier cette jurisprudence. Les cas n'étaient pas sans fondement. Lactance nous fait connaître lui-même l'excuse invoquée par les parents : ils alléguaient leur misère qui les mettait dans l'impossibilité de subvenir aux besoins de leurs enfants, fisc et de la res privata. Cette loi dut être publiée aereis tabulis vel cerussalis aut linteis mappis (13 mai 315). Sept ans plus tard, le bénéfice de cette constitution fut étendu à l'Afrique ; enfin, en 329, pour alléger d'autant la charge que cette disposition faisait peser sur le fisc, Constantin autorisa la vente des nouveau-nés (sanguinolenti) par leurs parents en cas d'extrême misère. Ces mesures rendaient l'infanticide inexcusable et autorisaient Constantin à se montrer impitoyable. Désormais le père coupable du meurtre de son enfant fut assimilé aux criminels de droit commun et soumis à la peine du sac, réservée autrefois au parricide. Le père ou la mère était enfermé dans un sac avec un chien, un coq, une vipère et un singe et précipité dans la mer ou dans un fleuve, où omni elementorum usu Vivus carere incipiat, et ei cœlum superstiti, terra morituro auferatur.
Dans la seconde moitié du IVe, on revint sur cette assimilation de l'infanticide au parricide. En 314, Valentinien édicta une disposition spéciale à l’infanticide, qu'il fit rentrer dans la classe des meurtres en écartant la circonstance aggravante résultant de la parenté. L'infanticide fut traité comme un homicide ordinaire et puni de la peine capitale. La règle posée par Valentinien fut maintenue par Justinien, qui l’a reproduite dans son Code.
H. LECLERCQ.
INFIRMIERS. — Après ce qui a été dit au sujet des hôpitaux (voir ce mot), il suffit de rappeler en peu de mots l'existence des infirmiers attachés à ces établissements. Ces infirmiers étaient désignés sous le nom de parabolani, ils appartenaient à une sorte de confrérie (voir ce mot), mais sans être clercs, bien que nourris et entretenus par l'Église et nommés par l’évêque. Il y aurait quelque hardiesse à étendre arbitrairement en tous lieux cette institution qui a existé certainement à Alexandrie, où ils étaient nombreux et avaient peut-être été organisés en une sorte de corporation à l’occasion de quelque épidémie. Nous voyons Honorius et Théodose le Jeune, en 416, réduire leur nombre à six cents : Parabolanos qui ad curanda debilium ægra corpora depufantur, sescentos constitui præcipimus. Ils doivent être choisis parmi ceux ayant déjà exercé cette profession et acquis de l'expérience : de iis qui antea fuerant et qui pro consuetudini curandi gerunt experientiam.
Ces parabolani alexandrins étaient non moins turbulents que le reste de leurs concitoyens et, pendant le fort des controverses eutychiennes, ils avaient montré un fanatisme si encombrant qu'il avait fallu en licencier un certain nombre. Théodose le Jeune avait donc réduit le nombre à cinq cents en 416, mais, les services qu'ils rendaient restant en souffrance, il fallut, deux ans plus tard, en 418, porter ce chiffre, comme nous l'avons dit, à six cents.
Ces six cents parabolani étaient placés sous la direction et la surveillance épiscopale : ut hi sescenti viri reverendissimi sacerdotis præceptis ac dispositionibus obsecundent et sub ejus cura consistant. L'assiduité à leurs fonctions est considérée comme une obligation stricte : il leur est donc défendu de fréquenter les spectacles publics, de paraître dans le lieu des séances de la curie et même devant les tribunaux, sauf dans le cas où une circonstance particulière réclamerait leur comparution devant les juges : Nisi forte singuli ob causas proprias et necessarias judicem adierint.
On employait aussi les services des veuves assistées par l'Église, ou bien on acceptait les offres d’infirmiers volontaires chez qui le dévouement suppléait dans une certaine mesure à l'expérience. Fabiola, fondant un hospice à Rome, voulut donner ses soins personnels aux malades. « Que de fois, dit saint Jérôme, elle les transportait sur ses épaules, lavait des plaies sur lesquelles d'autres n'avaient pas même le courage de jeter les yeux ; avec mille précautions, elle offrait des aliments et des breuvages à ces cadavres vivants : præbebat cibos propria manu et spirans cadaver sorbitiunculis irrigabat. Non moins généreuse de sa personne que de sa bourse, elle bravait les dégoûts qui en arrêtent tant d'autres, et dans les plaies du pauvre croyait panser celles de son Sauveur. Je sais, poursuit saint Jérôme, des personnes riches et chrétiennes à qui leur délicatesse ne permet pas d'exercer par elles-mêmes ce pieux ministère ; elles sont charitables de leur argent, non de leurs mains. Je ne les condamne pas et n'entends point traiter d'infidélité cette manière de faire ; mais si je condamne cette faiblesse, je comble de louanges la généreuse et parfaite charité. Un grand amour surmonte tous les dégoûts. » Théodoret loue chez l'impératrice Flaccille le même zèle. Lorsque l'on cherchait à la détourner de semblables soins, que l'empereur distribue de l'or, disait-elle ; moi je veux faire tout ceci en l'honneur de Celui dont il tient l'empire.
H. LECLERCQ.
INFLUENCES BYZANTINE ET ORIENTALE. —
I. Orient ou Rome ?
II. Byzance ou Orient ?
III. Influence de la Syrie.
1. Architecture.
2. Décoration.
Dès le Xe, disait M. de Vogüé, le style romain avait dû s'adapter en Orient au gré de matériaux inaccoutumés. A défaut de bois, la Syrie appliquait la pierre à tous les usages : aux muraillles, aux solivages, aux portes, aux armoires, il existait une véritable menuiserie de pierre. L'arcade avait là-bas remplacé l'architrave et la coupole appareillée s'était substituée aux plafonds en charpente. Les Romains, habitués à manier la brique et le bois, avaient reçu une leçon où leur technique s'était transformée et l'art byzantin était issu de cette rencontre. Cette explication ingénieuse et séduisante tendait à restreindre, au bénéfice de l'Orient, la part échue à Rome dans l'élaboration de l'art chrétien ; elle apportait, à une date où le prestige artistique de Rome avait l'autorité d'un dogme, une donnée d'autant plus troublante qu'elle s'appuyait sur un ensemble architectural unique au monde par le nombre des édifices et l'excellence de leur conservation. S'il était permis de reprocher quelque reste de timidité à cette explication, il faudrait se souvenir à quel point elle semblait audacieuse et révolutionnaire au lendemain des conjectures et des tâtonnements, des Didron, des Durand, des Verneilh. Depuis l'époque des initiateurs, on avait entendu Courajod insister sur la part qui revient à l'Orient syrien dans la formation de l'art chrétien ; on avait suivi avec admiration les analyses architecturales de Choisy, écrivant que l'art byzantin, c'est l'esprit grec s'exerçant au milieu d'une société à demi orientale, résolvant les difficultés par des combinaisons de contreforts intérieurs et de poussées employées à se neutraliser les unes les autres, combinaisons qui diffèrent complètement des solutions adoptées plus tard en Occident. Enfin, en 1900, Ainalov montrait, par des exemples précis, tout ce que l'art byzantin devait à la culture hellénistique d'Égypte et de Syrie, et en particulier au style pittoresque qui caractérise l'art alexandrin.
Les érudits qui, comme Didron, n'apercevaient l'art qu'à travers les productions de sa dernière période et entière décadence, se préoccupèrent de l'influence qu'il avait pu exercer, vers la fin de sa carrière, sur le Moyen Age occidental. C'était déjà reconnaître confusément le rôle de Sères et de l'Asie Mineure : c'est le fait essentiel qui s'est dégagé peu à peu des recherches et des analyses. Si on entreprend l'étude de l'antiquité, on aboutit à cette constatation qu'elle se compose d'éléments distincts au nombre de trois au moins : l'antiquité romaine, qui imposa aux vaincus sa langue et son droit ; l'antiquité grecque, qui séduisit et insinua sa pensée et son art ; l'antiquité asiatique, qui éblouit et étonna par l'immensité et la variété presque infinies de ses ressources. Pour quelle part entrèrent dans la formation de l'art byzantin ces civilisations d'Occident et d'Orient ? C'est la question à éclaircir.
Dans les provinces romaines, nous apparaît déjà fortement pénétré d'habitudes orientales. Et ce n'est pas seulement la Syrie qui en rend témoignage, c'est aussi l'Égypte, la côte hellénisée, l'Asie Mineure, les...
On jugerait mal de la culture hellénique au début de notre ère si on bornait son observation à la Grèce propre. Cette culture menaçait de s'évanouir dans le rayonnement politique, administratif, militaire de Rome. L'art grec, qui s'infiltrait sous le règne d'Auguste dans les provinces de la frontière de Perse, toutes contrées dont l'art monumental aux premiers siècles de notre ère se révèle à nous en possession d'une richesse et d'une science non soupçonnées. L'astre romain s'obscurcit par contraste à la vive lumière de leurs monuments. On hésite à admettre que, pour stimuler cette surprenante fécondité, pour coordonner cette surabondance de moyens, il ait fallu recourir à l'impulsion et au savoir-faire des ouvriers impériaux ; on devine, malgré les lacunes, la longue et lointaine tradition qui relie Babylone et Suse à Constantinople.
Enfin, quand on rencontre, au cours de cette évolution, des périodes critiques où le style change d'apparence et modifie son caractère, on doit reconnaître que les éléments incontestablement romains sont des plus rares.
201 sans ces sur l'architecture syrienne, déjà révélée par les missions de M. de Vogüé et de H. Cr. Butler, Tous ces travaux et quelques autres plus sommaires furent mis à profit par M. J. Strzygowski, qui, dans un livre d'allure combative, participant à la fois du manifeste et de l’ultimatum, rechercha et crut découvrir les ancêtres oubliés de l'art byzantin en Orient, Par un choix d'exemples bien clairs, il montrait que, durant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, il exista en Orient, en Égypte, en Syrie, en Asie Mineure, un art chrétien original, indépendant de toute influence romaine. Cet art produisait ses manifestations dans tous les domaines où il pénétrait : architecture, peinture, sculpture. C'est ainsi que le tombeau païen de Palmyre, du ii° siècle après Jésus-Christ, montre dans ses figures à demi effacées les draperies moelleuses et mouvantes des Nikés athéniennes, leurs gestes traditionnels, tels qu'on les voit dans les petits bronzes helléniques, des portraits si vivants et si expressifs à la manière alexandrine et des combats de fauves tels qu'en raffolaient les Ioniens. Que l’on compare les reliefs des sarcophages romains du ii° siècle à ceux qu'on peut attribuer certainement à l'Asie Mineure, les têtes palmyréniennes de la collection Jacobsen à celles qui remplissent les musées de Rome, on ne pourra nier que ce qui survit de l’antiquité dans les personnages chrétiens de l’Asie Mineure, ce n’est pas l'orgueil dominateur des statues impériales, mais la noble douceur des œuvres grecques. Une figure du Christ, en relief, a pu être comparée pour l’attitude, l'expression et les draperies au Sophocle bien connu du Latran ; le sarcophage de Sélefké montre un cavalier en chasse (Méléagre) qui rappelle l'Alexandre du sarcophage de Sidon, des éphèbes nus qui sont encore construits et posés selon le canon de Lysippe. D'autres reliefs font penser aux Pleureuses et à la figure funéraire qu’on appelle la « Pénélope affligée ». Dans l'architecture aussi, les rapprochements seraient nombreux si les monuments de transition n'avaient disparu, ou si l'on avait plus activement et plus méthodiquement poursuivi leur recherche. En tout cas, la décoration ornementale de la façade de l’église du Saint-Sépulcre, pour les fragments qui proviennent de la basilique de Constantin, est composée de motifs grecs et non de motifs romains. Il résulte de ces survivances que la Grèce ne cessa de représenter aux frontières de l'Orient l'essence même de l’art occidental. N'était-ce pas son rôle depuis le vi° siècle avant notre ère ? Les confins des deux régions virent se dérouler la lutte continue des deux civilisations et ses diverses péripéties suivant deux phases principales : pendant les trois siècles qui précédèrent l'avènement du Christ, la Grèce conquit peu à peu l'Orient ; pendant les trois siècles suivants, c'est l'Orient qui pénétra la Grèce de son influence, L'histoire confirme en tous points cette division, Ainsi l’art byzantin qui commença de fleurir à Constantinople à partir du ii° siècle n’est pas né, comme on le soutenait, du contact prolongé de l'art romain et de l’art asiatique, mais plutôt du contact de l'Orient et de la vieille Grèce. Constantinople n'est pas fille de Rome, mais de l'Asie Mineure, Si cette thèse n'avait le mérite de la hardiesse, on ne pourrait lui contester celui de la franchise. M. J. Strzygowski n’accorde aucun sens à l'expression d'art augustal si on entend par ces mots un art élaboré à Rome d'où il aurait passé en Orient pour y évincer la vieille culture hellénistique et devenir ainsi la base solide et élargie de l’art chrétien. Les centres d’incubation de cet art furent, dès les trois premiers siècles, les villes orientales du monde hellénique, plus particulièrement Alexandrie, Antioche et Éphèse. Bien loin de s'épuiser et de disparaître vers le temps de la naissance du Christ, pour céder la place à l’art augustal, l'art proprement oriental et chrétien, c’est-à-dire par sister à retirer à Byzance le rang et le rôle qui lui 552 1 tal, l’art hellénistique pénètre et envahit Rome, il se développe jusqu’au moment où il est remplacé par l'art byzantin, Non seulement Rome a reçu de l'Orient l'arcade et la coupole appareillées, mais encore le plan et la structure de ses églises ; enfin la basilique elle-même n'est qu’une importation byzantine ! Il en résulte que le rôle de Rome dans l'élaboration de l'architecture chrétienne se réduirait à rien ou à presque rien. Débitrice des premières églises du monde gréco-oriental, Rome n'aurait fait que leur donner une physionomie particulière, la « mine romaine ». Ainsi l'Orient prenait sa revanche sur l'Occident, Tandis qu'autrefois les grandes cités du littoral méditerranéen propageaient puissamment à l'intérieur la civilisation grecque, maintenant cet arrière-pays, au contact de la Perse sassanide, reprenait consciencieusement ses antiques et primitives traditions. Devant cette offensive du vieil Orient, partout l’hellénisme bat en retraite. Des vallées du Tigre et de l'Euphrate, l'esprit oriental réagit sur les pays jadis hellénisés, En Égypte, le vieux fond traditionnel, si tenace à travers toutes les révolutions politiques, se ranime. En Syrie, les vieilles traditions sémitiques reprennent le dessus, il en va de même dans la région de la Mésopotamie septentrionale, dans le pays qui a pour centres Édesse, Amida, Nisibe, et semblablement dans tout l'arrière-pays qui forme le haut plateau anatolien. Partout, à ce contact, naît un art original et vivace, où l’hellénisme se pénètre profondément d'Orient : et jusque dans les grandes villes hellénistiques, se fait sentir l'effet de cette féconde combinaison. Avant de tomber dans l'exagération et l'outrance, il semble que M. J. Strzygowski touchait la vérité qui ne sera plus démentie lorsqu'il écrivait : « Ce sont les grands centres hellénistiques de l'Orient qui ont préparé la naissance du nouvel art mondial. L’arrière-pays égyptien, syrien et anatolien ne joue, en comparaison d'eux, qu'un rôle secondaire ! » « Mais, quelle que soit la proportion, d’ailleurs considérable, des influences purement orientales dans la combinaison d’où sortit l’art chrétien, ce sera le mérite incontestable de M. Strzygowski d’avoir montré tout ce qu'il y eut, entre le iv° et le vii° siècle, de vie et d'activité créatrice dans tout cet Orient de Syrie, d'Égypte et d'Asie Mineure, d'avoir établi de façon décisive que, pour connaître les origines de l’art chrétien et byzantin, ce n'est point vers Rome qu'il faut tourner les yeux. Au v° et au vi° siècle, cet art, loin de recevoir quelque chose de Rome, s’est au contraire développé en dehors d'elle, par la combinaison du vieil Orient et de l’hellénisme, et il a exercé dans tout le monde chrétien, et jusqu'à Rome même, une influence prépondérante.
= bas-relief est isolé. D'autres ivoires, tous envoyés de M Constantinople au ve et au vit siècle, des diptyques consulaires, ne diffèrent pas d'ouvrages contemporains dont personne ne met plus en doute l’origine syrienne p p | Ces chapiteaux forment une série d'un intérêt capital, on y peut suivre le passage des formes encore classiques, pyramidales, enveloppés dans une dentelle plate à dessins tout persans. Entre ces deux types, le chapiteau à corbeille de vannerie ou à rinceaux ajourés avec tailloir ès soutenu par quatre aigles présente un type intermédiaire. Les origines de ce chapiteau, on les trouve dans l’ancien art grec, déjà enrichi par le contact de l'Orient. | … Le type qui s'élabore au v° siècle, avec la corbeille répercée, paraît bien s'être formé à Constantinople ; | E : pourtant il a été connu dans l'Égypte chrétienne et à - Rome ; même certains détails des chapiteaux à corbeille et à mufles d'animaux qu’on retrouve à Parenzo en Istrie, et au musée de Lyon, semblent égyptiens.. Des statistiques et des comparaisons minutieuses et “décoration de la nef de Saint-Étienne, à Gaza. L'art | alexandrin, qui s'était plié à tant d’exigences et à tant | Due raffinée, devenait une capitale artistique en | r : nue, depuis l'Invention de la vraie Croix, la ville sainte “tantin et Justinien, il ne subsiste que quelques bas-reliefs des chapiteaux taillés dans le marbre de Proconnèse, | …siques de l’acanthe épineuse jusqu'aux troncs de | | véritable centre de gravité du monde oriental, | doute aussi, jusqu'au vif siècle, une activité vivace répétées pourront seules déterminer l'apport des ateliers orientaux et celui de la capitale dans ces productions du marbre ou de l'ivoire qui sont les témoins les plus authentiques et les plus reculés d’un art proprement « byzantin, + Pour la peinture et la mosaïque, du rv° au vif siècle, dont il faut aller étudier les ensembles dans les villes d'Italie où s'est transporté l'art gréco-oriental, qu'est-ce que Rome même et Ravenne, la dernière capitale impériale de l'Occident, ont reçu de la capitale de l'Orient ? La décoration du baptistère des Orthodoxes est contemporaine de Galla Placidia (voir Dictionn., t. vi, à ce mot) la princesse de Byzance qui a fait construire son mausolée à Ravenne, Or l’un des motifs les plus caractéristiques de cette décoration, l’Assemblée des églises, qui forme une zone monumentale au-dessus de la procession des apôtres (voir Diclionn., t. V, col. 671, au mot et qui est disposée de même autour de la coupole de Saint-Georges de Salonique, reparaît sur une étoffe copte du Musée de Berlin, au-dessus de Daniel et des lions (voir Dictionn., t. nm, fig. 1451, 1542), et peut être retrouvée sur des ivoires chrétiens de style égyptien, tels que la pyxide de la collection Côte à Lyon. Les types les plus sacrés du nouvel art, comme ses détails les plus exceptionnels ont pu être importés d'Orient à Rome ou à Ravenne, sans avoir été modifiés à Constantinople, sans même avoir passé par la capitale, Un port comme celui de Classis n’était-il pas un entrepôt de l'Égypte et des marchands syriens, ces « Phéniciens » des premiers siècles de l'empire byzantin ? Le Bon Pasteur du mausolée de Galla Placidia, adolescent imberbe, est encore un personnage d'idylle alexandrine (voir Dictionn., t. vi, fig. 4858), mais déjà le Christ à barbe noire, le Christ « sémitique » et historique, celui des Syriens et des Égyptiens (voir Dictionn., t. VI, fig, 5924), s'est assis à Rome à Sainte-Pudentienne {voir Dictionn., t. m, fig. 2396) et à Saint-Paul-hors-les-Murs. (Voir Diclionn., t. vi, fig. 4852.) La longue suite de la vie du Sauveur, l'imagerie pieuse qui tapisse le haut de la nef de Saint-Apollinaire Nuovo, a été détaillée d’abord en Orient, peut-être dans le Nord, » en Asie Mineure, Au vf et au vit siècles, les monastères se multiplient depuis la Haute-Égypte jusqu'à la Cappadoce. Le culte des images s'y développe d’une façon intense et, avec le culte, les images elles-mêmes. L'iconographie que nous appelons byzantine, et que l’évangéliaire syriaque de la Laurentienne {voir Dictionn., t. v, col. 791) nous montre à peu près arrêtée au vi* siècle dans des miniatures monastiques, doit moins, il est permis de le croire, à la capitale et même aux monastères dont elle se remplit, qu'à ces villes de solitaires où les formes grecques achevaient de s'orientaliser dans les déserts qui séparaient le littoral hellénique des profondeurs de l'Orient, Sans doute, au début et durant tout le cours du IVe, les provinces asiatiques, plus civilisées, plus mûries, l’emportèrent en importance et en influence sur la capitale improvisée par Constantin. Antioche et la Syrie furent alors, plus que Constantinople, le centre de la vie intellectuelle et artistique, et l'art original et hardi qui s'y constitua rayonna de là sur le reste de l'empire. Tout cela est indéniable parce que tout cela, c'est ce que nous voyons ; seulement il y a ce que nous ne voyons pas. Il est certain que, dans la nouvelle résidence impériale, la profusion des constructions nouvelles, le luxe de la cour ont nécessairement produit un grand mouvement artistique, et si, au début, les édifices constantiniens se sont inspirés sans doute de l'architecture hellénistique d'Orient, il est impossible 999 qu'ensuite Byzance soit demeurée, à partir du 1v' siècle sans influence sur le reste de l'empire. Dès le Ve, Constantinople préludait à ses futures destinées et cela s'explique sans peine. Son admirable position géographique, au point de jonction de l'Europe et de l'Asie, dans un site et sous un climat inspirateurs, sur un point favorable entre tous au développement du commerce, à la rencontre des étrangers, à l'échange des idées, à l'accroissement de la richesse, sa condition de cité neuve, sans traditions séculaires glorieuses parfois, mais souvent tyranniques, faisaient d'elle une ville d'exception, véritablement unique, prête à accueillir tout ce que lui apportaient, un peu pêle-mêle, les civilisations les plus diverses. Capitale de la monarchie, centre de l’orthodoxie, elle centralisait et légiférait, coordonnait et combinait les méthodes et les procédés qui lui venaient du monde persan et du monde hellénistique et les renvoyait ailleurs, c'est-à-dire partout où s'exerçait son influence, En 401, on voit l'impératrice Eudoxie (voir Dicfionn.,t.v, col. 692) envoyer de Constantinople les plans pour la reconstruction d'une église à Gaza (voir Dictfionn., t. VI, col. 698-701) ; au vit siècle, on voit Isidore de Milet, architecte de Sainte-Sophie, élevant des édifices à Chalcis en Syrie, en sorte qu'on ne peut mettre en doute, et moins encore nier, l’action exercée par la capitale :
III. INFLUENCE DE LA SYRIE. — Dès le x siècle, l'influence romaine se manifeste dans la Syrie centrale et cette province, peu favorisée en apparence, devient le centre d'un mouvement architectural dont l'influence se fait sentir profondément jusqu'à la fin du vii° siècle et dont le rayonnement s'étend jusqu'en Europe. Les églises et les monuments civils appellent les dispositions et le plan basilical qui, s’il n’est pas romain d'origine, est romain par adoption ; mais ces
| l'opinion qu ‘ils soutenaient et entraînaient la population | Mésopotamie et la Perse ne pouvait qu'encourager ces | | dômes ninivites ou ceux des palais sassanides. A | tion d'un caractère original. Les édifices chrétiens de la Syrie, si importants pour l’histoire de l’art chrétien monumental, se sont ressentis d'influences très diverses qu'il est moins aisé de définir que de soupçonner : Sa position géographique et ses vicissitudes politiques, au moins autant que ses relations commerciales, ont permis à introduire sur ce coin de terre toutes les races qui ont, tour à tour, dominé le bassin de la Méditerranée, La Syrie était le confluent ou le rendez-vous de gens venus de la Sicile et de l'Afrique comme de la Gaule et de l'Espagne qui se rencontraient avec les caravanes venues de la Perse, de l'Asie centrale, de l'Inde et même de la Chine. Il ne s’y trouvait pas que des navigateurs et des commerçants ; ce pays avait ses savants renommés et ses étudiants nombreux et remuants dans les écoles fameuses d'Antioche, de Gaza, de Béryte. La population établie se distinguait par son ardeur pour tout ce qui touchait à la religion et ce sentiment s'exaltait au spectacle des grandes querelles dogmatiques qui divisaient le clergé en deux partis disposés à recourir à la violence pour faire triompher leur formule particulière. Une multitude de moines et de solitaires propageaient de leur mieux la doctrine dans un camp ou dans le camp opposé. D Une population à ce point enivrée de discours et de doctrines faisait de la religion l'intérêt capital de la vie et ne pouvait se désintéresser des manifestations artistiques qui expriment à la fois la croyance et la dévotion. A partir de Constantin, l'art chrétien était devenu officiel, et ce n'était pas aux yeux des Syriens M une recommandation. Malgré la culture grecque et la domination romaine, l'esprit particulariste survivait presque intact, surtout dans les campagnes. La soumission politique ne pouvait être remise en question, mais l'humeur séparatiste prenait sa revanche néanmoins. La période qui suit la paix de l'Église fut marquée par un réveil de la littérature syriaque, en même temps que dans l'art se manifestait une renaissance, des vieilles traditions indigènes. Des formes nouvelles se rencontrent alors qui n’ont rien de grec ni de romain et le contact permanent de la Syrie avec l'Orient, la lente pénétration. | 1. Architecture. — Déjà, pendant la période grecque, l'architecture syrienne n’échappait pas à l'influence étrangère. C'est ainsi que dans certains édifices comptés parmi les plus anciens de cette période, tels que le tombeau d’Absalon et le palais d'Hyrcan, la corniche égyptienne est associée aux ordres grecs. Le | grand temple de Baalbeck montre l'architecture gréco-syrienne encore animée du souffle puissant de l'art égyptien ou assyrien. On peut également signaler « \ qu'une communauté de principe entre le chapiteau à consoles des édifices du Haurân et celui des monuments de la Perse, entre les coupoles syriennes et les l'architecture ninivite se rattachent encore les merlons à redans du tombeau phénicien d'Amrith et de plusieurs tombeaux de Pétra, merlons qui sont devenus plus tard le couronnement habituel des murs arabes : f 3 On pourrait même trouver dans les ruines fantastiques = de Pétra quelque réminiscence des monuments hindous, telle que la multiplicité des bandes horizontales formées d'entablements, corniches et piédestaux, bizarrement accumulés les uns sur les autres avec une hauteur totale qui dépasse beaucoup celle des colonnes ou pilastres qui les soutiennent. Et ce rapprochement n'aurait rien de forcé, puis que, sous la domination romaine, Palmyre, au nord de la Syrie, Pétra au sud | prie devenus les entrepôts du commerce de l'Europe avec l'Inde, la Chine et l'Arabie 1.
La Syrie, suivant une remarque très juste, n'eut pas de goût personnel à cause de sa composition ethnique. Elle manifesta en tous temps une préférence pour le goût de l’un quelconque de ses puissants voisins : Égyptien ou Assyrien, se préoccupant peu de ses voisins plus faibles. Il lui arriva donc, sous l'influence des formes romaines répandues dans le monde entier vers le temps de l'empereur Hadrien, Au vie et au VIe, le voisin puissant, et par conséquent un problème est posé dont la solution définitive n'a pas été donnée encore. Les édifices chrétiens de la Syrie centrale offrent avec l'architecture romane de basiliques occidentales, la disparition de l'atrium remplacé par une façade à porche flanqué de deux tours, l'usage des piliers contournés de demi-colonnes engagées, l'établissement d'une travée sur plan rectangulaire en avant de l'abside, la disposition des fenêtres à arcades par groupes de deux ou trois ouvertures géminées, sont autant de traits caractéristiques des édifices de Syrie et d'Asie Mineure que l'on retrouve dans les constructions romanes. Ce point initial et ce point final sont nettement situés et définis ; ce qui demeure flottant et indécis, c'est le lien qui réunit ces points extrêmes et qui explique la filiation partant de l'art byzantin pour aboutir à l’art roman. Depuis le iv° jusqu'au vi siècle, l'architecture byzantine offre le spectacle d'une merveilleuse et inépuisable floraison. Certaines villes, comme Jérusalem, voient les constructions se presser et se multiplier ; d'autres villes, comme Bethléem, Nazareth, Damas, ont au moins une, quelquefois plusieurs églises. Antioche semble avoir été convertie tout entière pendant quelques années en un chantier de constructions, les empereurs s'y succèdent et les édifices s'accumulent. Naturellement, c'est Constantin qui donne le branle : en 331, il bâtit l'église octogonale qui surpasse en magnificence tout ce qu'on peut voir dans l'empire romain. Nous savons quelque chose de sa grandeur et de sa somptuosité, mais trop peu de chose pour évaluer son importance réelle et son influence créatrice sur les destinées de l'art chrétien. “Une description à la fois sommaire et ampoulée d'Eusèbe, quelques rares débris retrouvés et interprétés nous permettent de dire que Constantin avait bâti “à Jérusalem une basilique du type hellénistique, précédée à l’est d’un vaste atrium et de propylées, partagée à l'intérieur en trois (ou cinq) nefs couvertes de plafonds, et pourvue de tribunes au-dessus des bas-côtés 2. La basilique de Bethléem est bâtie sur le même plan, mais sans tribunes (voir Dictionnaire, t. ii au mot » BETHLÉEM), la grande mosquée de Damas date du même règne et présente le même type.
Pour suppléer à ce qui a disparu, c'est-à-dire à cette lacune, nous avons heureusement les édifices conservés dans la Syrie centrale. Tandis qu’on s’extasie sur Pompéi et sur Timgad qui ne nous offrent chacune qu'une seule ville, le district du Haurân (voir ce mot) nous ressuscite une centaine de villes réparties sur un espace de trente ou quarante lieues, formant un ensemble où tout se lie, s'enchaîne, appartient au même style, au même âge. 1908. — : Vogüé, Syrie centrale. Architecture civile et religieuse, de Rome, de se séparer de l'Asie Mineure et de faire l'Occident de frappantes ressemblances. L'emploi de la voûte substituée à la couverture en charpente des sentasser dans des proportions qui confondent l'ima- même système, à la même époque, et cette époque est l’époque chrétienne primitive, celle qui s'étend du iv° au v° siècle de notre ère, Un jour la pani que vida ce pays, qui demeura désormais sans habitants, et la nature se chargea de la conservation de ce qui ne pouvait pas porter le nom de ruines lors que la science française en reprit possession, On retrouva des églises, des maisons, des hôtelleries, des bains, des cloîtres, des écuries, des pressoirs, en un mot tout le spectacle de ce que la vie crée pour elle et autour d'elle. « Assurément — et ceci doit être remarqué — pour l'histoire propre de l’art byzantin, ces ouvrages syriens n'ont point, on le verra, une importance capitale, et ils différent profondément par certains points des monuments caractéristiques de cet art. Mais on y trouve du moins, de même que dans le style byzantin, une combinaison des éléments helléniques et des vieilles traditions orientales : et par là, outre l'intérêt considérable qu'ils offrent par eux-mêmes, ces monuments prennent une singulière valeur par tout ce qu'ils nous apprennent indirectement sur les origines et la formation de l'art byzantin *.
La plupart des églises syriennes sont des basiliques à trois nefs que terminent trois absides qui disparaissent à l'extérieur dans un alignement rectiligne. À partir du v° et surtout du vi° siècle, l'abside commence à faire saillie au chevet de l'édifice et prend une forme semi-circulaire ou polygonale. Une originalité remarquable de ces édifices consiste dans l'emploi exclusif de la pierre de taille de grand appareil, faute de briques et de bois, ce qui entraîne l'abandon du dôme et des tribunes au-dessus des bas-côtés. L'atrium précédant la façade est de même délaissé ; on se borne au narthex, consistant en un portique attenant au corps de l’église, narthex qui devient un véritable porche s'ouvrant par une large baie arquée entre deux tours carrées et surmonté d'une terrasse formant loggia couverte d'un plancher de pierre porté sur des corbeaux engagés dans les murs transversaux. Au-dessus des colonnes ou des piliers, l'architrave est remplacée par des arcades qui portent le mur percé d'une longue suite d'élégantes fenêtres. Parfois, surtout au vi° siècle, on observe des arcs doubleaux jetés par-dessus la nef afin de soutenir le toit ; c'est le cas à Rouweiha. Vers le même temps, on voit paraître l'abside en forme de fer à cheval ou bien l'arc outrepassé remplaçant le plein cintre.
Ce qui est surtout digne d'attention dans cette architecture, c'est la préoccupation visible de progresser et d'innover toujours sans rien sacrifier de l'élégance des proportions et de la solidité pendant une durée de plusieurs siècles. L'église datée la plus ancienne, celle d'Oum-idj-Djemal, a été construite en 345, celle de Tafertin est de 372 et des générations d'architectes se succèdent jusqu'au vi° siècle, réalisant de véritables chefs-d'œuvre comme les églises de Bakirha (voir ce mot), de Qalb-Louzxé et de Tourmanin, que les architectes de nos jours pourraient étudier avec profit. Aux traditions helléniques s'unit l'inspiration du vieil Orient. « C’est à l'Orient d’ailleurs que ces architectes vont le plus volontiers. Ils lui empruntent et l'arc outrepassé et la façade si décorative à porche central flanqué de deux tours. Pour ménager plus d'espace à l'intérieur de leurs bâtiments, ils abandonnent la colonne grecque, et sur les piliers rectangulaires ils posent des arcades plus largement ouvertes : au chevet, ils mettent la saillie de l'abside décorée de deux étages de demi-colonnettes superposées ; et sur toutes les murailles, enfin, ils répandent une ornementation d'une richesse merveilleuse, encadrant les fenêtres et les portes de moulures courbes qui se replient en spirales, couronnant la baie d'entrée de loggias ou de balcons élégants, mélant sans cesse dans cette décoration, avec une savante habileté, les motifs classiques aux éléments qui leur viennent de l'Orient +. Dans le Haurân, l'Orient fait sentir son influence d'une façon plus originale et contribue à former un style moins élégant et moins développé que dans la Syrie du Nord, mais robuste et capable de faire école.
les plus caractéristiques. Que l’on regarde la décoration extérieure de l'abside (fig. 5833) avec ses fines colonnettes superposées en deux étages, ou le beau portique à trois arcades qui donne accès à la basilique du sud (voir t. 1, fig. 804), ou encore les larges arcades qui encadrent l’octogone central (fig. 5834), on ne saurait admirer assez la variété, la fantaisie, la magnificence de l'ornementation, la souplesse et l'habileté de l'exécution. Et si l’on songe à la multitude des pèlerins qu'attirait au monastère, de tous les points de l'Orient et de l'Occident même, la renommée de saint Siméon, on admettra volontiers qu’un monument si célèbre et d’une si prodigieuse splendeur ait dû avoir quelque influence sur le développement de l'art, sur la propagation des types architecturaux aussi bien que des motifs décoratifs.
“ fluente parce que plus accessible à une foule de voyageurs qui abordaient la grande ville, la visitaient, et ne songeaient pas à aller visiter un pays sans culture et sans commerce comme le Hauran, pour l’unique satisfaction de regarder des édifices qui nous intéressent parce que nous n'avons pas mieux ou autre chose, mais qui laissaient sans doute très indifférents les gens qui, au IVe et au Ve, se piquaient d’avoir beaucoup vu et beaucoup appris. … Assurément il est impossible, dans l’état actuel de la science, de déterminer exactement l'étendue de cette action et de définir le caractère de cet art antiochien. On observera cependant que, tandis que les constructeurs de la Syrie centrale employaient exclusivement la pierre, à Antioche certainement, à Jérusalem et dans les grandes villes hellénistiques du littoral, on bâtissait en briques *. Or de ce fait résultent des nécessaires conséquences. Tandis que la construction en pierre exclut, ou du moins n'exige pas la polychromie, le mur en brique, au contraire, a besoin, à l'intérieur et à l'extérieur, d'un revêtement somptueux qui cache son indigence. Dans les édifices des villes hellénistiques de Syrie, la décoration polychrome veut donc sa place, soit par l'emploi des métaux précieux, comme dans « l'église dorée » que Constantin Ier éleva à Antioche, soit par l'emploi des mosaïques sur la façade extérieure des constructions. La mosaïque de Madaba montre une décoration de cette sorte au fronton des monuments de Jérusalem ; Choricius vantait la polychromie des rues de Gaza, et l’on a la preuve qu'à la basilique de Bethléem, l'Adoration des Mages était représentée sur le mur extérieur de l'église. A l'intérieur, les constructions syriennes ont connu de même, sur le sol, le décor polychrome des pavements historiés (mosaïques de Kabr-Hiram, de Jérusalem, de Madaba), sur les parois, la splendeur des incrustations de marbre, des mosaïques à fond d’or - ou des peintures. Les édifices constantiniens de Jérusalem étaient ainsi décorés, aussi bien la basilique du Saint-Sépulcre, que l'église de l'Ascension sur le mont des Oliviers. La description qu'a faite Choricius des églises de Saint-Serge et de Saint-Étienne, bâties à Gaza au commencement du VIe, montre qu'elles aussi étaient ornées de semblable manière et avec un luxe pareil. Pas un endroit n'y restait sans un revêtement de marbre précieux, de mosaïques à fond d'or ou de peintures. On y voyait représentés, à Saint-Serge, des jardins pleins de pommiers chargés de fruits, de poiriers et de grenadiers, où s'ébattaient des oiseaux ; à Saint-Étienne, le Nil avec ses courants, les prairies de ses rives, les animaux qui se baignent dans ses eaux. Ailleurs, c'étaient des vignes, des versers, des ornements de tout genre, et à côté de ce décor pittoresque, une suite de scènes évangéliques, montrant l'enfance, les miracles et la passion du Christ. Il y a même tout lieu de croire que les plus beaux édifices de la Syrie centrale étaient décorés de cette façon. On sait, par exemple, qu'au couvent de Saint-Siméon, des peintures, des pavements de marbre, des caissons peints et dorés s'unissaient, pour rehausser la magnificence de l’église, et la décoration sculptée toute pleine d'éléments orientaux.
T. IV. INFLUENCE DE L'ÉGYPTE. — Le rayonnement d'Alexandrie sur tout le bassin oriental de la Méditerranée s’est fait sentir dans toutes les directions de l'activité humaine. Le commerce, la littérature, l'art et la philosophie alexandrins ont fait agir, penser et parler des villes et des populations, tellement qu'il y a eu une forme de culture savante, raffinée et corrompue qu'on a désignée sous le nom d'alexandrinisme. L'Égypte avait un trait de caractère commun avec la Syrie, elle était passionnément nationaliste et l'introduction du christianisme entretint et développa le sentiment religieux associé à l’idée séparatiste. L'arianisme et le monophysisme ont trouvé parmi les Égyptiens et surtout parmi les Alexandrins des partisans convaincus et prêts à tous les dévouements pour faire triompher l'hérésie qui favorisait leur nationalisme. Comme autour d'Antioche et dans toute la Syrie, les moines ont formé autour d'Alexandrie et dans toute l'Égypte une légion sacrée prête à tous les sacrifices et, au besoin, à toutes les violences. Les millions d'ascètes qui composent cette légion offrent toutes les variétés et, si on ose dire, toute la gamme de l'héroïsme depuis Paul et Antoine, Fakhôme et Sérapion jusqu'à l'indomptable Schenouti. Pour mener de pareilles troupes à l'assaut, si ce n'est pas assez de leurs abbés, on trouvera des hommes hors de pair, les patriarches d'Alexandrie : Athanase, Cyrille ou Théophile. Mélangée à un semblable levain, la pâte ne peut manquer de fermenter, et cette pâte égyptienne n'est pas moins susceptible de passions religieuses que ne l'est la pâte syrienne. L’hellénisme n’est pas venu à bout du panthéon égyptien ; au contraire le christianisme en a triomphé ; dès le début du Ve, la victoire est acquise, mais l'orthodoxie est un objet d'importation que l'esprit national observe avec méfiance ; aussi accueillit-il chaleureusement l'hérésie qui lui apparaît comme l'expression du séparatisme. Sans doute l'arianisme a eu son berceau à Alexandrie ; néanmoins tout l'arrière-pays semble avoir observé une certaine réserve à l'égard de cette doctrine dont la source alexandrine ne lui paraissait pas assez exempte d'hellénisme ; au contraire, le monophysisme a gagné rapidement la vallée du Nil dans toute son étendue, soit qu'il ne portât point l’estampille alexandrine, soit qu'il trouvât l'orthodoxie déjà ébranlée par l'arianisme. Dès lors le fond indigène se ressaisit et s'oppose à l'hellénisme alexandrin, l'art copte s'affirme et se dresse de toute la force traditionnelle qui veut vivre et s'exprimer sans en avoir encore tous les moyens ; aussi les sujets et les types de l’art copte seront-ils d'abord, et longtemps encore, helléniques. Mais cet art dénué de ressources originales, réduit à vivre d'emprunts, va connaître la même aventure qui advint à l’art syrien : il se tournera vers l'Orient et l'Orient répondra à son appel.
1. Architecture. — De l'Alexandrie monumentale il ne subsiste pas plus que de l’Antioche monumentale, mais heureusement nous ne sommes obligés de nous en tenir à ce sol pulvérisé. Hors d'Alexandrie, nous rencontrons quelques édifices qui permettent de juger l'architecture des édifices religieux du pays. (Voir Dictionnaire, aux mots CHAQQARAH, DEIR EL ÅBIAD, ÉGYPTE.) L'église de Deir abou Mina (voir au mot MÉNAS) est une basilique construite au début du V siècle par l'empereur Arcadius ; elle comporte trois nefs avec un transept à deux rangées de colonnes et une abside unique. À Baouit (voir ce mot), à Chagqarah (voir ce mot), au Couvent Blanc (voir DEIR EL ABIAD), à Deir Seman, près d'Assouan, à Saint-Macaire, Amba-Beschaï, Souriani, Baramous dans le désert de Nitrie nous avons un choix d'exemples échelonnés entre le IVe et le VIe et reproduisant, les uns le plan classique de la basilique hellénistique avec toit en charpente, les autres la basilique à trois nefs avec transept et sanctuaire à trois absides tréflées. Or le plan tréflé est, en Égypte, une importation syrienne, et la coupole posée sur des trompes d'angles est d’origine persane. Il paraît bien qu'avant d'être adoptée au Couvent Rouge par les disciples de Schenouti, la trompe d'angle avait été acclimatée sur la côte asiatique. En tout cas, l'Égypte, comme la Syrie, est débitrice de l’Asie pour les formes de l'architecture.
Tableautins dans les panneaux de la paroi. Bas-reliefs et incrustations en couleur, déjà onéreuses à Alexandrie, étaient ruineuses à Rome où nous voyons — ainsi qu'à Pompéi — qu'on les figurait par des enluminures murales donnant peu ou prou l'illusion des marbres. Nous avons déjà figuré ces incrustations qui paraient la basilique construite en 317 par Junius Bassus sur l'Esquilin. Les Byzantins adoptèrent pour leur part cette mode fastueuse : leurs palais, leurs églises furent décorés de marbres, parés de mosaïques, ornés parfois, conformément à la pure tradition alexandrine, de revêtements métalliques — ainsi à Antioche — ou de ces légers bas-reliefs en stuc qu’on rencontre par exemple au baptistère des Orthodoxes à Ravenne,
Pour agrandir le presbyterium, les chrétiens ménagèrent, en avant de l'abside, une travée rectangulaire, et on eut ce qu'on a appelé la « basilique à coupole ».
Les constructions de ce type, presque toujours garnies de tribunes au-dessus des bas côtés, ne sont pas rares en Anatolie, on les rencontre aussi en Syrie, notamment à Ksar-ibn-Wartan, et en Europe à Sainte-Sophie de Salonique, Sainte-Sophie de Constantinople elle-même, malgré sa puissante originalité, se ramène, à tout compte fait, également à ce type. Faudra-t-il chercher l’origine de cette disposition en Asie Mineure, ou du moins dans l'Orient hellénistique ? On le peut bien, mais, si on arrive à en faire la preuve, il restera à en faire une autre plus difficile, celle que ces basiliques à coupoles d’Anatolie datent bien du IVe.
À cette forme hellénistique de la basilique s'oppose le type byzantin : l’église en forme de croix grecque inscrite dans un rectangle, où une coupole couronne la croisée. Ce type est représenté en Asie Mineure, soit dans les petites chapelles creusées dans les rochers de Phrygie, d'Isaurie, de Cappadoce, soit dans les édifices comme la mosquée de Firouz-Ahn, ancienne église chrétienne, ou comme les ruines de Tschauli-Kilissé. Il faut observer toutefois que la plupart de ces édifices semblent d'époque relativement récente, c'est-à-dire contemporaines de Justinien, si elles ne lui sont pas postérieures. Un seul monument de cette famille, l’église double d'Utchayak, construite en briques et surmontée de deux coupoles sur tambours, daterait de l'époque hellénistique — au jugement de M. J. Strzygowski — et tiendrait, dans la formation du type, un rôle de précurseur. C’est une conjecture. La question la plus délicate est toujours celle de la date de ces édifices. Faut-il les placer dans la période qui va de Constantin à Théodose ou bien au cours de celle qui est postérieure à Justinien ? Tout au plus peut-on le dire lorsqu'il s'agit des grottes de Cappadoce dans lesquelles on a relevé des graffites du VIe, et pour la basilique de Ksar-ibn-Wardan : qu'une inscription fait remonter à l’année 546 ; aucun édifice anatolien ne porte d'indication chronologique (sauf à Bin-bir-Kilissé une inscription datée de 1162). On se trouve réduit à dater les édifices d’après les caractères intrinsèques de la construction. M. J. Strzygowski affirme que tous les monuments dont il parle sont plus voisins du IVe que du VIe, mais il en parle d'après des photographies, des plans qui, parfois, sur des points essentiels, sont imparfaits ou contradictoires. Son argumentation, si ingénieuse qu'elle soit, ne peut s'interdire d’être tendancieuse, surtout elle ne peut faire écarter les données chronologiques suggérées ou admises par les voyageurs, savants expérimentés pour la plupart, qui ont eu les monuments devant les yeux.
È a) Les basiliques. — La plupart des basiliques anatoliennes ont trois nefs, quelques-unes cependant ont une nef unique ; mais, dans les deux cas, elles se terminent par une seule abside à l'est. Les bas-côtés ont rarement une tribune. L'emploi de la brique (à Utschajak, à Ksar-ibn-Wardan) est exceptionnel ; partout, peut-on dire, on bâtit en pierres de taille, comme dans la Syrie du Nord, et la façade est pourvue, en avant de la grande nef, d'un porche étroit resserré entre deux pièces closes dont le plus ou moins d'élévation a pu faire des tours aux angles de l'édifice. (Voir Traité plus original encore, la voûte en berceau est soutenue par des arcs doubles ; enfin l'abside outrepassée, c'est-à-dire en fer à cheval. Bin-bir-Kilissé, n. vet vi (fig. 5837, 5838). Ajouter les piliers trapus, oblongs, terminés vers les nefs par des demi-colonnes engagées sans chapiteaux. Tout cela est purement oriental, sans dépendance aucune de la culture grecque.
Il est intéressant de constater dans ces monuments, ici comme en Syrie ou en Égypte, la renaissance des anciennes traditions orientales qui accompagna le progrès du christianisme et dont l'influence devait se faire sentir, partiellement du moins, non seulement dans les cités hellénistiques de la côte, et jusqu'à Byzance, mais encore en Arménie, en Géorgie, jusqu'à Caul Feu même — 521 : pr à chez les Russes et les Slaves du Sud, et peut-être jusqu'en Occident.
Il existe, sur la côte méridionale et occidentale d'Asie Mineure, un type basilical construit en briques et couvert en charpente : c'est la véritable basilique hellénistique destinée à une si large expansion, non seulement à Byzance, mais en Italie, en Afrique, en Gaule. Dans les provinces asiatiques du sud-est, l'influence de la Syrie toute proche s'est fait sentir par la préférence donnée à la pierre sur la brique (Boudroun, Anazarbe, Kanytelideis, Korykos). En outre, on a remplacé l'atrium par le porche à deux ou trois arcades. La pierre est aussi préférée à la brique à T Sagalassos en Pisidie (fig. 5839), à Adalia en Pamphylie, la Djoumanoun-djami (fig. 5840), à Aladja-Jaila, en Lycie. L'atrium hellénistique a persisté, quoique rarement et seulement semble-t-il dans les constructions en pierre (Korvkos, basilique n. 2, — Pergé en Pamphylie). Ainsi, entre la Syrie et l'Asie Mineure, existe une zone intermédiaire où se pénètrent les architectures des deux pays ; mais, de façon générale, le type purement hellénistique domine sur le littoral anatolien (Pergame, Gül-Batché (voir ce mot), Milet). Dans cette basilique de Milet, antérieure à Sainte-Sophie, et aussi remarquable par son architecture que par la richesse de ses pavements de mosaïque, on trouve, à côté de l'atrium à colonnes de marbre, les nefs séparées par des piliers à demi-colonnes engagées.
b) Octogone. — Un autre type répandu en Asie Mineure possède une double attestation : littéraire et monumentale. Il s’agit du plan central de forme octogonale ou circulaire et surmonté d'une coupole. Il nous est minutieusement décrit dans la lettre de Grégoire de Nysse à Amphiloque (voir Dictionn., t. IV, col. 2320-2321) et il a été reconstitué avec une très grande vraisemblance. (Voir Manuel, t. III, fig. 213-214.) Le plan par terre forme une croix dont les quatre extrémités sont seules visibles, car, vers le milieu de leur longueur, les branches se rapprochent, ainsi que c'est l'usage universel dans le plan en forme de croix, dit saint Grégoire. Toutefois, au lieu de se rapprocher en ligne droite, les pans s'évident en quatre niches demi-circulaires intercalées entre les branches de la croix. On verra, en rapprochant la fig. 5841 de celle donnée dans notre Manuel, que le type est bien certain dans ses lignes principales. Devant chaque niche prennent place des colonnes reliées par des arcades qui supportent une coupole conique rappelant celle d'Ezra (voir ce mot). À défaut de pierre de taille, qui manque dans le pays, on aura recours à la brique. M. Gh. Diehl relève les traits intéressants que contient la description de saint Grégoire ; on y observe, dans un cas particulier, la compénétration de l'Orient et de l'hellénisme. La coupole conique fait souvenir des édifices persans et arméniens ; l'emploi des voûtes sans cintrage, expressément indiqué dans le texte, est un procédé courant de l'architecture orientale ; surtout nous apprenons que ce type de bâtiment était tout à fait usuel dans l’art chrétien d'Asie Mineure au IVe. Et, en effet, il est question, dans un discours de Grégoire de Nazianze, d'un édifice octogonal du même genre, bâti en pierres de taille avec tribunes et bas-côtés et couronné d'une coupole portée sur une colonnade intérieure. En Asie Mineure, nous avons encore toute une série de monuments qui représentent ce type ; par exemple l’octogone de Bin-bir-Kilissé dont il reste encore des murs assez élevés, mais que M. de
Re Laborde a pu voir debout et intact il y a un siècle, en 1826 (fig. 5842). Le plan rappelle l'octogone de Nysse. L'octogone d’Isaura (voir Dictionn., t. vi, fig. 4799) est plus simple, Malgré son délabrement, il a été possible d'en reconstituer le plan et, sur un point, l’élévation jusqu'au-dessus des fenêtres. L'abside en demi-lune était ceinte d’un mur plus épais que le reste de l'édifice. Celui-ci reposait tout entier sur un double socle, le second plus bas et bien plus débordant que l'autre. Le mur à l’extérieur est uniformément plan, sauf un bandeau de très faible relief au-dessous des fenêtres, produit simplement par un ravalement un peu plus poussé de la partie inférieure de l’assise. Sur chaque pan de l’octogone s'ouvraient quatre fenêtres, cinq dans l'abside, séparées seulement par des doubles colonnes monolithes. L'arcade supérieure de chaque fenêtre était d'un seul morceau, à part le sommier à cinq pans qui la raccordait au fût. Huit colonnes rondes, chacune taillée dans le même bloc que sa base carrée, déterminaient à l'intérieur une aire centrale et une déambulatoire ; les deux placées devant l'abside recevaient l’encastrement d’un grillage de clôture. La couverture était en tuiles. Dans les octogones de Soasa et d'Hiérapolis (fig. 5843), les huit piliers constituant l'octogone central sont ‘entourés d'un bas côté circulaire. Aucun de ces édifices n’a de tribuné ; tous sont bâtis en pierre de taille. À ce groupe se rattachent les deux octogones qui flanquent l’église de Dere Aghsy (voir fig. 3716) ; en Lycie, tous deux bâtis en moellons et rangs de briques alternés. L'un, dont la disposition rappelle la rotonde de Saint-Georges de Saloni que, présente à l'intérieur, sur ses huit faces, des niches alternativement demi-circulaires ou rectangulaires, couvertes en cul-de-four ou en berceau ; celle de l’est, plus profonde, forme une abside à trois pans. L'octogone du sud est peut-être plus remarquable encore : ses huit pans sont, comme dans l'autre, creusés de niches, couvertes semblablement ; mais, sur ce soubassement, se dresse un haut tambour à douze pans (voir fig. 3719) creusé également de niches demi-circulaires ; des fenêtres cintrées s'y ouvrent, contournées de piliers en briques à l'extérieur. Une coupole surbaissée couronnait l'édifice, qui, selon la remarque fort juste de Texier, « est peut-être naissable ». Le diamètre est de 32 mètres, à l'ouest trouvent deux chambrettes. Comme la rotonde qui le seul exemple d’une construction de ce genre qui reste des temps byzantins.
Le plan octogonal n’est pas une découverte anatolienne, pas plus d’ailleurs qu'il n’est hellénistique ; son origine est certainement orientale. Mais sa vogue a été aussi large que son succès fut rapide. Dès le premier quart du IVe, il est possible qu'il ait pénétré à Constantinople, dans l’église des Saints-Apôtres bâti par Constantin. Sous le même prince, nous le voyons appliqué certainement en Syrie, dans la grande église d'Antioche. Une vaste enceinte tracée par une muraille est amorcée une abside dont la longueur est de 22 mètres, et, lui faisant face, à l'est, un vestibule de 11 mètres de long, tandis qu'au nord et au sud se enveloppe l’octogone est un peu ovale, son diamètre passe de 32 mètres à 34 m. 50. La coupole était portée sur les piliers de l'octogone autour duquel se déve loppaient des tribunes annulaires. L'entrée du vestibule était marquée par deux tours qui supportaient la loggia. Ce monument paraît devoir être attribué au VIe (fig. 5844). À cette époque, l'octogone est d'usage courant et il est représenté à Constantinople par l'église des Saints-Serge-et-Bacchus, à Ravenne par Saint-Vital. Ces édifices, où le plan octogonal se modifie par l’adjonction et la disposition des niches à demi-circulaires, sont garnis de tribunes au-dessus des bas côtés.
c) Basili que à coupole. — Voici un type d'édifice fa spécifiquement anatolien, mais l'Anatolie a cependant emprunté à l'Orient, qui demeure comme la matrice des formes architecturales. La coupole sur trompes d'angle est d'origine persane, elle pénètre dans l'Asie Mineure, venant de l’ouest, à partir du IVe, et on l'applique à la construction en brique ; ainsi, une fois de plus, l’art byzantin nous apparaît comme l'esprit grec s'exerçant, au milieu d'une société à demi-asiatique, sur des éléments empruntés à la vieille Asie !. Avec une ingénieuse élégance de méthode, avec un esprit de calcul et de combinaison tout à fait remarquable, les architectes des écoles anatoliennes hellénisèrent les procédés et les types asiatiques et les adaptèrent à des édifices nouveaux. Tandis que la voûte romaine n'avait été qu'une concrétion pure et simple, un monolithe artificiel fait d'une matière plastique qui en assure la cohésion, l’art savant des constructeurs d'Asie Mineure chercha dans le jeu des poussées un nouveau principe d'équilibre ? Pour assurer la solidité de leurs constructions, ils associèrent leurs voûtes d'après un certain mode de groupement qui rend un plan byzantin reconnaissable à première vue. En outre, par une innovation opposée aux habitudes romaines, ils s'attachèrent à réduire la masse de leurs voûtes, et ils construisirent en particulier leurs coupoles en menus matériaux, blocage, briques minces, tuiles creuses, tubes de poterie emboîtés les uns dans les autres. Avec un génie essentiellement pratique, ils posèrent ces coupoles sur des pendentifs exécutés en brique, adoptant des profils surhaussés, de jour en jour plus hardis ; et, appliquant ces méthodes aux constructions préexistantes, ils inaugurèrent des types d'édifices tout nouveaux.
On rencontre les premiers éléments de la transformation qui aboutira à la basilique à coupole dans la basilique n. II de Bin-bir-Kilissé (fig. 5845). En vue d'agrandir le presbylérium, on ménage une travée rectangulaire en avant de l'abside, et, afin de regagner l'espace perdu, on surélève les collatéraux. On peut rapprocher l'église de Saint-Clément d'Ancyre (voir Dictionn., t. v, fig. 3991, 3992), construite en briques, de l’église d'Adalia ; la coupole est de même portée sur des trompes d'angles. (Voir Dictionn., t : v, fig. 3993, 3996.) À Dere-Aghsy, à Saint-Nicolas de Myra, en Lycie, la coupole pose sur des pendentifs. Les pendentifs exerçaient une poussée telle sur les parois de la basilique qu'elle compromettait leur résistance ; afin d'épauler la coupole, on imagina de surélever les collatéraux pour contrebuter les deux grands arcs du nord et du sud (Myra), ou bien on s'avisa d'intercaler deux solides berceaux entre la coupole et les parois extérieures (Ancyre, Éphèse, Sainte-Sophie de Saloni que ; enfin on prolongea les berceaux à travers les collatéraux jusqu’au mur d'enceinte (Dere-Aghsy, Philippes, Sainte-Irène de Constantinople). Les berceaux, avec ceux de la nef, dessinaient alors une croix à branches égales, et ainsi, par ces transformations successives, de la basilique hellénistique à coupole sortit tout naturellement le type proprement byzantin de l'église en forme de croix grecque, inscrite dans un rectangle.
La coupole sur trompes d'angles obtint une vogue rapide et étendue, passant d'Asie Mineure en Égypte et en Syrie, tandis que la coupole sur pendentifs gagna toutes les villes côtières d'Asie Mineure : Korykos (basilique n. II), Myra, Philadelphie, Magnésie, Sardes, Éphèse (IVe, Ve et VIes). Hors d'Anatolie, la coupole sur pendentifs gagna la Syrie (Kasribn-Wardan, VIe), passa en Europe : Sainte-Sophie de Saloni que, Sainte-Irène de Constantinople et même Sainte-Sophie de Constantinople, faites en pierre. Tout cela s'est élaboré petit à petit, avec des tâtonnements, des repentirs, car « une architecture ne naît point à date fixe, constituée de toutes pièces et prête à consacrer son existence par un chef-d'œuvre qui exploite les formules anciennes et les adapte à des besoins nouveaux ». Les architectes anatoliens montrent leur fertilité d'invention et leur expérience consommée. Dans cette sorte d'effervescence mûrie et calculatrice, la part la plus importante appartient sans contestation possible à l'Asie Mineure.
La décoration sculptée, dit Choisy, voilà l'apport probable des influences syriennes dans l'architecture byzantine. Mais quand il s’agit de la construction même des édifices et notamment du système des voûtes, on ne voit ni quelle part l’art de la Syrie peut revendiquer, ni quelle action il eût été capable d’exercer. L'art byzantin a pour point de départ la voûte sans cintrage, et celle-ci suppose essentiellement l'emploi de la brique. Hors de la région occidentale de l'Asie Mineure, on n’aperçoit nulle part l'esprit de la construction voûtée sans cintrage, ni cet enchaînement logique de progrès dont l'art byzantin fut la manifestation dernière ; partout ailleurs, on le trouve constitué de toutes pièces comme un art importé : là seulement on le saisit dans son germe et dans son essor. C’est de là qu’il rayonna sur le reste de l'empire grec.
La facture peinte d'un médaillon sans doute détaché d'un pendentif, et sujet religieux, le baptême (voir Dictionn., t. m, fig. 1307). La vigne, les animaux sont traités avec une dégradation, est lambon de Saloni que (voir Dictionn., une lettre datée de l’année 382, Grégoire de Nazianze parle d'une église élevée par ses soins et décorée de savoir les allusions ou les descriptions de saint Basile, de Grégoire de Nysse, de saint Astère d'Amasée. Ces peintures se faisaient remarquer par un caractère d'antiques, pendant que les architectures sont, par leur technique, tout à fait orientales. Les chapiteaux à double volutes, l'architrave bombée, les frontons sont revêtus d'une décoration refouillée qui fait pressentir celle des chapiteaux byzantins revêtus comme d'une dentelle.
Ce rapprochement n'est pas le seul qui s'offre à nous. La décoration de la cuve de porphyre du sarcophage de Sainte-Constance à Rome appelle la comparaison avec un fragment de même matière conservé au musée de Tschinili Kiosk à Constantinople (voir Dictionn., t. 1, fig. 243, fig. 410), de même entre le couvercle de ce sarcophage et un couvercle de porphyre au musée de Tschinili Kiosk, un buste de saint Marc, surtout deux tambours sculptés en spirale, couverts de rinceaux de vigne, qui encadrent des scènes de genre, bergers en exomis avec l'épaule droite et les jambes nues, chèvre broutant, chien, taureau furieux, femmes tenant l'une un coq, l’autre un poulet, et un liberté tout antique, tandis que les figures trahissent la gaucherie byzantine par leurs proportions inexactes, leurs mouvements peu naturels. Bientôt ce reste de liberté antique s'évanouit, tandis que le relief s'affaiblit. Sur une plaque de tuf trouvée à Psamatia, Isaac est agenouillé à la mode archaïque, le buste de face, le visage et les jambes de profil ; enfin un bas-relief du vième siècle, aujourd'hui au musée de Berlin, figure, dans le même goût gâté, la vocation de Moïse sur l'Horeb. L'ensemble sculptural le plus important, malgré sa statue. Ce sont peut-être les vestiges de cette statuaire chrétienne d'Asie Mineure que nous retrouvons dans quelques musées. On a signalé au musée de Sainte-Irène à Constantinople un fragment de statue en ronde-bosse représentant la Vierge et l'Enfant Jésus. Une autre statue de la Vierge, antérieure au viième siècle, est signalée dans la Propontide, à Myriophyto, en Thrace ; une autre Vierge en orante, à Chalkis.
Le légendes qu'elles ont existé, nous en avons même des descriptions. On a pu se demander si ces tableaux n'étaient pas conservés, du moins dans leurs principaux épisodes, sur certaines miniatures comme celles du Ménologe basilien. On peut le croire. Si l'art byzantin doit à l'Asie Mineure autant qu'à la Palestine son iconographie, il lui doit plus encore par l'orientation nouvelle qu'il lui donna et la prédominance qu'y exerça le style historique sur la décoration pittoresque empruntée à la tradition alexandrine.
| drangulaires, ou même, comme nous l'avons vu en Asie 583 INFLUENCES BYZANTINE ET ORIENTALE 584 i Mineure, par des piliers cantonnés de colonnes engagées (Ksar Tala). Partout l'architrave a fait place à l'arcade. L'abside est souvent enfermée dans un cadre triangulaire. La couverture continue à se faire en charpente, quoi que le voûtage ait été adopté pour quelques églises dans la Proconsulaire. Les tribunes sur les bas-côtés sont rares, le transept inconnu, ce qui permet de dire que, « malgré les nombreuses attaches de l'Église d'Afrique avec Rome, les édifices religieux de ce pays n'ont pas été copiés sur ceux de la capitale du monde latin, où l’on trouve des transepts, et plus fréquemment encore des atria, où les absides ne sont pas enfermées dans des cadres, où les sacristies flanquant l’abside sont l'exception, de même que les vestibules clos par des murs. Les monuments chrétiens de l'Afrique du Nord ressemblent beaucoup plus à ceux de la Syrie et de l'Égypte qu'à ceux de Rome ». A Tébessa et à Tigzirt (voir ces noms), on observe une disposition qui rappelle l'intérieur des églises de Syrie. Les coussinets qui supportent les arca des des tribunes reçoivent le sommet des arcs sur leur partie postérieure, leur moitié antérieure, faisant saillie, portait une colonnette qui servait à soutenir les poutres de la toiture. On retrouve la même disposition à Qalb-Louzé. Les baies des tribunes étaient fermées d'autre part par de petits frontons portant à leur sommet une colonne qui partageait la baie en deux ouvertures cintrées. Ce dispositif est attesté à Tigzirt par de curieux bas-reliefs qui représentent une coupe de la basilique. (Voir Dictionn., t. 1, fig. 132, 133.) ». Campanie. — Plusieurs édifices construits en Campanie au v° siècle présentent un caractère purement oriental. C'était le cas des basiliques groupées à Nole autour du sarcophage de saint Félix ; d'après la description qu'en a laissée saint Paulin, elles rappellent assez exactement la disposition du monastère syrien de Kalat-Seman et semblent avoir été une imitation du marlyrium de Jérusalem. De même, la basilique de Saint-Sévère à Naples (fin du 1v° siècle) offre dans son abside à jour, au-dessus des chapiteaux, des impostes de style tout byzantin, les plus anciennes que l'on connaisse en Italie (voir Dictionn., t-11, fig. 1442). Mais surtout le baptistère de Soter à Naples (milieu du Ve) est par son plan comme par sa décoration un édifice absolument oriental. De forme carrée, il est couvert d'une coupole sur trompes d'angles et les mosaïques dont il est orné présentent des sujets tout à fait dignes d'attention. Dans les trompes figurent les symboles des évangélistes, représentés, comme sur l'ivoire Trivulce, avec six ailes. A la coupole, autour d'un médaillon central où brille le signe de la croix, un cercle s'enroule, orné de fleurs, d'animaux, de perdrix, de canards, de paons affrontés. De ce motif central partent huit bandes décoratives, délimitant autant de compartiments où, sous des draperies lamées d’or, apparaissent huit scènes évangéliques. On remarquera la combinaison des deux styles, la peinture de genre et le style monumental, qui se rencontre dans cette décoration. On y notera surtout les traits d'origine orientale, la disposition de la croix parmi les étoiles et les symboles identiques à la décoration de la coupole du mausolée de Galla Placidia, les six ailes des animaux symboliques rappelant la plaque Trivulce, et le motif des Saintes Femmes au tombeau qu'on ne rencontre avant le vi siècle que dans deux ivoires (ivoire Trivulce, ivoire de l'Antiquarium de Munich}, tous deux d’origine sûrement orientale. Cette parenté avec les mosaïques de Ravenne, ces traits essentiellement orientaux sont chose significative. Les mêmes observations conviennent aux mosaïques de Capoue (voir ce mot), à celles de Santa-Prisca, à celles de la cathédrale, où l’on voyait jadis à l'abside une Vierge glorieuse aujourd'hui détruite De tout cela, il qu'elle dominait à Ravenne, parvenait d'autre part | l'enceinte aux regards et ses abords sont défendus par | fête. Plus que les figures, le développement des archi ressort que l'influence orientale, en même temps jusqu'en Campanie ?, » (Voir Dictionn. „t. IV, col. 23812386.) des barrières. Une lampe suspendue à la voûte indique son caractère religieux. Quoi que la composition de l'architecture de ces tableaux soit variée, le sujet est toujours le même ; il représente un petit temple au milieu d'une splendide colonnade. A droite et à gauche de chacun de ces temples sont des personnages vêtus de toges et de chlamydes, les mains levées dans l'attitude de l'adoration. Ce sont des saints, tous orientaux et antérieurs à la paix de l'Église ; des légendes les accompagnent, indiquant leur nom et le mois de leur fête. L'ornementation a préoccupé l'artiste, et c'est par la beauté surtout de l'ornementation que ces mosaïques sont d'un si grand effet. De même, dans trois des petites voûtes absidiales, les motifs alexandrins, oiseaux et fruits, forment l'essentiel de la décoration, A Saint-Démétrius, les motifs ornementaux des mosaïques sont fort élégants ; ils se rattachent aux mêmes origines hellénistiques. | VIII ROLE DE CONSTANTINOPLE. — 1. Architecture. — Constantinople reçut de l'Orient certaines formes architecturales : la basilique, le plan octogonal ou circulaire ; dès le v* siècle, elle connut le plan tréflé” Toutefois sa principale acquisition fut la coupole et la voûte sans cintrage qui en facilitait la construction ; en cela elle était débitrice de la Perse, par l'intermédiaire A de l'Asie Mineure. L'acquisition était trop séduisante pour que l'esprit grec s’y refusât ; cependant il n'accepta pas aveuglément ce qu'on lui offrait ; il repoussa ce qui lui parut trop caractérisé, par exemple la pesante voûte anatolienne, l'arc outrepassé ou brisé, 1 le porche syrien, et préféra le pendentif à la trompe d'angle. À, Fons — L'art byzantin adopta la ea donnent les reliefs méplats et qui ont l'inconvénient de ne pas sortir d'un ton uniforme, cet art recourut à tous les chatoiements de la couleur au moyen des marbres, des métaux employés en placages, incrustations, mosaïques, émaux, non seulement à l'intérieur | mais même à l'extérieur des édifices. Constantinople | n'inventa pas, mais elle perfectionna, diversifia les éléments décoratifs qu'on lui livrait, tellement qu'elle (5e montra vraiment créatrice. | = 3, Peinture. — Elle ne s'en tint pas là. L'Orient lui offrait le style historique et monumental ; elle s'en saisit, lui donna une ampleur, une magnificence, une puissance d'où, à l’origine du moins, le réalisme n'était pas exclu, tout au contraire ; de sorte qu'on ne put, dans la suite, concevoir l'art byzantin que comme un déploiement prestigieux de richesse et une interprétation des scènes de la vie réelle. T 4. Habitations. — L'influence syrienne et orientale se fit sentir dans l'aspect et la distribution de l'habitation privée. A Banaqfour, à Serdjilla et ailleurs, nous voyons que la maison forme un corps de logis dont la façade figure un portique à colonnes ; or c'est le type que nous retrouvons sur l'ivoire de Trèves qui représente une procession défilant dans les rues de Constantinople (voir Dictionn., t. m, fig. 1762} et sur la mosaïque de Saint-Apollinaire à Ravenne figurant le palais de Théodoric. (Voir Dictionn., t.1, fig 951.) De cela on peut induire que les maisons byzantines avaient des façades à portiques, au-dessus desquelles des fenêtres carrées s'ouvraient à l'étage entre des colonnes. L'avant-cour qui, en Syrie, précède encore l’habitation, disparait à Constantinople où les portiques s'alignent directement le long des rues. ~ Ainsi Constantinople « emprunta surtout à l'Asie, pour le développer encore davantage, cet art savant et ardi, où « tout est combinaison et calcul ; » au lieu de monuments d'une majesté massive, elle voulut des édifices d’une structure plus déliée et plus souple, et « elle « chercha dans le jeu des poussées un principe nouveau d'équilibre !. + Alors Constantinople combina ces trois groupes d'apports divers, syro-mésopotamiens, égyptiens, asiatiques ; elle y ajouta les enseignements qui lui vinrent de la Perse, soit pour les procédés de la construction, soit pour le système de la décoration polychrome, et de tout cela elle tira l’art byzantin. Mais elle ne se borna point à adopter servilement ces méthodes et ces leçons : l’art byzantin, qui ; w - faveur de l'action d'influences diverses. tel que le créa la capitale, différa toujours des arts de Constantinople. Mais les empereurs ne se décourageaient pas quand il s'agissait de leur capitale et une ville nouvelle — la troisième, peut-on dire — s'éleva à la place de la seconde par la volonté de Justinien. Les constructions laissèrent loin en arrière ce qui s'était fait sous Constantin et sous ses successeurs, par les dimensions, par la hardiesse et par la magnificence. Sur les trente églises bâties par Justinien dans la ville et dans les faubourgs, trois sont encore debout et l’une des trois est Sainte-Sophie.
Ces édifices fameux sont-ils les premiers monuments d'une architecture vraiment et définitivement byzantine. La diversité même de leurs plans témoigne en l'église monastique des Saints-Serge-et-Bacchus est un octogone syrien inscrit dans un carré avec cette ingéniosité qui sait rajeunir une forme depuis longtemps consacrée et semble l’animer d'une vie toute nouvelle. (Voir Dictionn., t. 11, fig. 1775.) La disposition des exèdres à tribunes était déjà adoptée, quelques années auparavant, à Saint-Vital de Ravenne, où le pourtour avait un tracé octogonal, comme le plan intérieur dessiné par les supports de la coupole. Le plan de Saint-Vital a-t-il été envoyé de Byzance à Ravenne, ou bien l'église des Saints-Serge-et-Bacchus représente-t-elle le dernier stade d'un développement accompli en dehors de Constantinople ? On ne saurait répondre à cette question sans beaucoup de présomption et mieux vaut la laisser indécise. D'ailleurs l'octogone syrien avait fini son temps : d’autres types d'églises, inconnus en Syrie, se substituent à lui et le supplantent à Constantinople. La grande église des Saints-Apôtres fondée par l'impératrice Théodora a disparu, mais nous en avons la copie dans Saint-Marc de Venise. (Voir Dictionn., t.1r, fig. 1799.) La disposition en forme de croix des cinq coupoles était, dit-on, celle d'une église d'Éphèse.
Reconnaître le rôle décisif de l'Asie Mineure dans l'architecture byzantine, est-ce enlever à Byzance la gloire d'une création comme Sainte-Sophie ? Il est entendu que Constantinople n’est pas plus la patrie de la basilique voûtée et du pendentif que celle d'Anthemius de Tralles et d'Isidore de Milet ; mais elle a agrandi de sa propre grandeur les thèmes de l’architecture et le génie même des architectes. Sainte-Sophie est unique, comme Constantinople. Dans la décoration même de l'immense église, dans les tentures et les dentelles du marbre, il n’est peut-être pas un motif qui ne puisse être rendu à la Syrie ou à la Perse ; mais l'harmonie des dessins et des couleurs est sans pareille. Cependant la parure attachée à l'édifice ne garde dans les ciselures du marbre blanc et les feux des marbres de couleur qu'un vague reflet du mobilier splendide de l'autel, de l'ambon, de tant d’ivoires, d’éméaux, d'argent, et d'or. Les ouvrages précieux, comme les marbres rares, et les ouvriers eux-mêmes, ont pu être envoyés des régions les plus diverses : c'est l’ensemble qui était la nouveauté et la merveille : Sainte-Sophie, avec la grandeur de son architecture et la richesse de sa parure, est vraiment « byzantine. » Il serait peut-être plus juste de dire qu'elle est « impériale. » Qui a su choisir les maîtres de l'œuvre ? Qui leur a recruté une armée de 10 000 ouvriers, encadrés par leurs centeniers ? Qui a prodigué les trésors ? Qui a préparé la centralisation des forces artistiques de l'empire, exaltées par leur union même jusqu'à cette puissance dont témoigne à jamais Sainte-Sophie ? Justinien avait quelque droit d'admirer la Grande Église comme son œuvre et de s'écrier : « Salomon ! je t'ai vaincu ! » L'art impérial, dont Byzance était devenue la capitale au temps de Justinien, ne régna pas seulement à Ravenne dans la capitale byzantine de l'Occident : il s'avança en dominateur à travers l'Orient d'où Byzance avait reçu les formes d'art qu'elle avait faites siennes, Justinien envoie des architectes en mission à Jérusalem, à Antioche, pour rebâtir, ici une église, là une cité entière. Il charge Isidore le Jeune, neveu d'Isidore de Milet, l'un des architectes de Sainte-Sophie, de reconstruire la ville de Zénobie sur l'Euphrate, avec la collaboration d'un autre architecte, Jean de Byzance. Parmi les églises, qu'Isidore éleva dans la ville lointaine, en même temps que des murailles, des bains, des portiques, y eut-il une petite Sainte-Sophie ? Une église à tribunes, jadis complètement voûtée, et qui offre des analogies frappantes avec la grande église de Justinien, a été récemment retrouvée au milieu des ruines de Kasr-ibn-Wardan, entre Hamah et Alep. M. J. Strzygowski l'avait rangée parmi les prototypes orientaux de Sainte-Sophie ; mais l'église ruinée porte une date, celle de 564 ; elle est donc postérieure de plus de vingt-cinq ans à la consécration de Sainte-Sophie. Si l'on observe que l’église de Kasr-ibn-Wardan est construite et voûtée en briques, dans une région pierreuse où toutes les ruines antiques ou chrétiennes sont en pierres, on admettra, avec M. How. Cr. Butler et M. Ch. Diehl, qu'elle est, non point une maquette d'essai, mais au contraire une réduction de souvenir de Sainte-Sophie, et un édifice vraiment « byzantin » isolé en plein désert.
Peut-on croire que l'art impérial de Justinien ait fondé des colonies au-delà même des frontières orientales de l'Empire et jusque dans la Perse, où régnait Chosroës l’Immortel ? Un texte peu connu, que M. Ch. Diehl a cité, rapporte que Justinien aurait envoyé des architectes à son puissant ennemi, dans une période de trêve, pour bâtir et décorer le palais de Ctésiphon selon la technique byzantine : τῆς παιθρίου. Le témoignage, qui est du chronographe Simocatta, remonte au siècle d'Héraclius. Mais le narrateur lui-même ajoute à sa phrase un « dit-on, » qui permet de prendre la tradition dont elle conserve l'écho pour une légende créée par l’orgueil byzantin. Les œuvres d'art les plus variées du temps de Justinien, tissus de soie et dentelles de marbre de Sainte-Sophie, concourent à nous montrer l'influence de la Perse sur Byzance et de la pompe des rois Sassanides sur l’art impérial, plutôt que l'influence inverse.
Est vrai que les descriptions du palais de Justinien avec ses immenses salles voûtées, évoquent l'image de la formidable ruine de Ctésiphon, Mais n'est-ce pas la Perse qui aura donné des modèles pour le Palais sacré ? Avant de discuter le texte de Simocatta (s'il en vaut la peine), il faudrait avoir fixé la date des palais comme Sarvistân et Firouz-Abad, frères ou ancêtres du palais de Ctésiphon, et que les historiens de l'art oriental font encore osciller entre l'époque achéménide et l'époque sassanide.
La grande marée de l'invasion musulmane, qui prépara un nouvel afflux de richesse orientale vers le monde méditerranéen, avait commencé par détruire les foyers les plus actifs de la civilisation chrétienne, les villes helléniques d'Égypte et de Syrie, dont l'ancienne n'avait d'abord été que le reflet. Alexandrie et Antioche disparurent avec leurs monuments, leurs bibliothèques, leurs écoles de théologie et d'art. Cependant les traditions chrétiennes ne périrent pas entièrement dans les pays enlevés par l'Islam à l'empire byzantin. En dehors des villes, dont la longue histoire est finie, les monastères, plus ou moins respectés par la tolérance musulmane, conservèrent le dépôt des manuscrits dont les plus ornés étaient des répertoires d'images. Les formes les plus anciennes de l’art chrétien de Syrie survivent au mont Sinaï et à Jérusalem jusqu'au temps où les rois latins occupent la Terre sainte. Mais, après que Jérusalem était devenue musulmane, des armées de moines palestiniens et syriens avaient essaimé de tous côtés, vers la Géorgie et l'Arménie, vers Byzance et la Grèce. Ils peuplèrent, au IXe, la grande ruche de l'Athos. Aussi comprend-on que l’art monastique et l’art athonite en particulier aient conservé longtemps des motifs iconographiques d’origine syrienne, qui furent reproduits De en siècle dans les manuscrits bibliques et les livres de prières, à côté des motifs nouveaux qui s'introduisirent pendant la guerre iconoclaste ou plus tard. Des groupes et des silhouettes du Ve et du VIe ont été reconnus par des analystes patients dans les octateuques, où reparaissent jusqu'au Xe et au XIe des souvenirs des vieux rouleaux bibliques. Et dans la longue série des psautiers à vignettes marginales, qui, après avoir traversé les monastères grecs, s'achève dans les pays slaves.
Après la disparition des anciennes métropoles artistiques de l'Égypte et de la Syrie, la seule ville de l'empire d'Orient qui pût conserver le rôle de capitale de l'art était Byzance, dont les murailles avaient brisé à la fin du VIIe le flot des armées musulmanes. L'art impérial qui s'était formé au temps de Justinien I dans la ville impériale y survécut et y retrouva des périodes de splendeur, associées aux vicissitudes mêmes de l'empire. Cet art atteignit son apogée, du IXe au XIe, sous les glorieux souverains de la dynastie macédonienne. M. Ch. Bayet avait su mettre en lumière l'œuvre admirable de cet âge d'or de l'art byzantin. M. Ch. Diehl a montré comment l'art de l’époque macédonienne avait été préparé par un siècle qui a longtemps passé dans l’histoire de l’art pour une époque de destruction et de mort : Le des iconoclastes. Voir IMAGES (Culte et querelle des ).
La persécution dirigée contre les images saintes n'atteignit pas l’art. Dirigée contre les moines, gardiens des traditions primitives qui devaient si longtemps se conserver dans les monastères, la persécution ne fit que favoriser, sous le règne d'empereurs amis du luxe, comme Théophile, l'épanouissement d'un art profane. Cet art fut, au IXe et au Xe, par opposition à l'art religieux et monastique, l'art de la capitale. Il trouva, lui aussi, ses modèles dans le passé, mais dans un passé plus reculé que celui qui continuait à inspirer l’art religieux. Les motifs pittoresques de l'art alexandrin antérieur au christianisme, les décors d’idylle, les paysages, les oiseaux, les scènes de chasse ou de pêche, qui avaient passé dans la décoration des premières églises chrétiennes, reparurent à Byzance au temps des empereurs iconoclastes. Ils prirent possession des églises comme des palais. L'église des Blachernes fut transformée par les mosaïstes du VIe en verger et en volière, tout comme le fut vers le même temps la mosquée des Omeyyades, que décorèrent, dit-on, des mosaïstes envoyés de Constantinople. Les dieux mêmes du paganisme, tels que les avaient vus les peintres alexandrins, revivent à Byzance ; leurs figures ont, dans les images planétaires d’un manuscrit de Ptolémée décoré au commencement du Xe et conservé au Vatican, les silhouettes qu'elles avaient eues sans doute dans le manuscrit royal de Ptolémée.
Il existe encore un assez grand nombre de coffrets byzantins en ivoire, décorés de scènes d'hippodrome ou de chasse et de sujets mythologiques imités des diptyques consulaires et des pyxides alexandrines. Byzance fut probablement le centre de l'industrie de ces objets de luxe difficiles à dater entre le VIe et le Xe et qui durent être mis à la mode dans Le des iconoclastes, que la crainte des idoles chrétiennes rendit tolérants aux dieux païens qui ne pouvaient plus avoir de fidèles.
Il est certain que Byzance réalisa au VIe une résurrection de l’art alexandrin qui fut une véritable renaissance. L'art profane et d'inspiration païenne, que les empereurs iconoclastes avaient opposé à l’art monastique, ne fut point dépossédé par la victoire des Saintes Images. Il fit alliance avec elles et transmit à l'art religieux remis en honneur le flambeau ravivé de l'hellénisme.
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Des ruines du palais impérial carolingien et d'éclaircir les problèmes soulevés par quelques ruines encore debout. Ces fouilles furent exécutées en 1909 et 1910 ; on en peut juger d'après le plan (fig. 5847) sur lequel, malgré l'échelle réduite, on distingue les parties qui furent alors mises au jour ; ce sont les tracés en noir, tandis que les murs retrouvés vers 1886-1890, au nord de la basilique, sont indiqués par de fines hachures.
À l'ouest, c'est-à-dire sur la partie où le sol s'abaisse vers le Rhin, s'élevait la basilique : les murs latéraux et l'abside (n. 1 du plan) sont encore visibles sur le sol. Une moitié de cet emplacement était occupée par un cimetière juif, l’autre moitié faisait partie d'une habitation particulière. Sans s'éloigner de l'abside, on releva les restes de l'ancien pavage et de la décoration murale.
A l'est de la basilique se trouvait un vaste atrium. Ermold le Noir nous a laissé du palais une description qu'on souhaiterait moins pompeuse et plus précise ; quoi qu'il en soit, il faut se contenter de ce qu'il nous apprend de l'existence entre la basilique et les appartements impériaux d’un vaste atrium (n. 10, 11, 12) ; on a retrouvé la fondation du péristyle qui l'encadrait. Dans l'angle sud-est, on a retrouvé une petite salle carrée munie d'une absidiole (n. 13), ruinée par le passage d'un cours d’eau.
Plus avant dans la direction de l'est s'étend le groupe principal des bâtiments, qui entoure l’église rituelle, élevée au XIIe, et dont la nef fut raccourcie en 1707. Cette église du XIIe avait dû succéder à une église carolingienne ; c'est ce qu'invite à croire le plan du transept et de l’abside, encore tout inspiré des habitudes de ce temps. La nef, très longue, était flanquée de bas-côtés (n. 15 et 16) et peut-être existait-il d'étroits couloirs le long des murs extérieurs des bas-côtés. De chaque côté de l'abside se trouvaient les sacristies et les divers appartements qu'à défaut de plus de précision on désigne sous le nom de secrelaria (n. 18 et 19).
Au nord, une galerie mettait l'église en communication (n. 20, 25) avec les salles du palais-vieux : quelfouil les du palais carolingien d'Ingelheim, dans Revue de |
INGELHEIM. — A Ingelheim (Hesse), des sondages opérés en 1890 avaient permis d'entrevoir l'intérêt de fouilles méthodiques en vue de retrouver les
quelques-unes étaient flanquées d'absidioles (n. 23, 26, et 27). L'une des deux absidioles (n. 27) est comr mél encastrée au milieu d’une lourde construction. EnA La trouvaille la plus intéressante est celle d'un bain carolingien bien conservé (n. 28) ; les parois étaient de pierres lisses, encore droites, le pavage en grès et rouge ; il reste encore deux marches : la voûte était primitivement construite en berceau. Cette salle a été précieusement conservée ; la voûte en a été refaite dl on y accède facilement aujourd’hui, Enfin on a dégagé les fondations de grandes salles rectangulaires (n. 22) dont les fouilles tentées av 1890 avaient révélé l'existence. Ces grands bâtiments devaient fermer au nord la cour intérieure du palais au centre de laquelle se trouve aujour d'hui encore l puits ancien. Au nord-est se dresse la porte carolingienne, encore assez bien conservée d'Heidesheim, par laquelle on pénétrait dans l'enceinte du palais. Cette porte monumentale devait avoir un étage.
Au cours des dernières fouilles, on put constater qu'un ensemble de constructions, formant quelque chose comme les « communs » du palais impérial, s'étendait au loin dans la campagne. Le pressoir qui existe là, en bon état de conservation remonte certainement à l'époque carolingienne. Un corps de logis principal, contenant de grandes pièces carrées, devait se trouver en cet endroit. Toute cette aile vient fermer la cour intérieure des bâtiments du palais dont le centre est marqué par le puits dont nous avons parlé. A en juger par ce qu'il subsiste des fondations, il a dû exister, principalement au nord-ouest, une suite d’appartements plus étendus.
Le plan est régulier et rappelle celui des villes romaines ; la disposition générale trahit von byzantine ; quant à la technique, elle montre que la tradition des maçons romains se transmettait encore quoi que altérée pendant la période franque.
H. LECLERCQ.
Cette Bible a reçu sur une page blanche, au XIe, B la formule du serment prêté par Robert Guiscard à Grégoire VII et il est permis de supposer que c'est sur ce volume même que le serment fût prêté. Sentant un souverain carolingien assis sur son trône, sous la protection de deux Anges et de quatre Vertus. y ayant debout devant lui deux écuyers et deux femmes, | dont une reine ou princesse !. Cette miniature a été [| transposée, peut-être lors que le manuscrit reçut en M16416, sa riche reliure actuelle ; quoiqu'il en soit, sa (Os primitive était à la fin du manuscrit comme dans Ja Bible du comte Vivien où la peinture de Dédicace _ (Dictionn., t. m, fig. 2643) est à la fin du manuscrit ?. = Au bas de la page, on lit une inscription tracée en ES capitales d'or sur fond pourpre ; on y lit que le souverain s'appelle Charles et que la reine debout à E est sa femme*. Si, comme on l’a démontré‘, Charles en question est Charles le Chauve, la reine | doit être Hermentrude, sa première femme, ce qui ~ place l'exécution de la Bible entre les années 842 et 869. D : Rex cœli, dominus solita pietate redun dans E Hune Karolum regem terræ dilexit herilem, Tanti ergo officii ut compos valuisset haberi, Tetranti implevit virtutum qualuor almo : Imminet hic capiti de vertice cuncta refundens. Deni que se primum, t une omnia rite gubernat. Prudenter, iuste, moderate, fortiter at que : ~ ć Hine inde angelico septus tulamine sacro. =~ ć Hostibus ut cunctis exultet pace repulsis. 10 Ad dextram armigeri prætendent arma ministri | Ecclesiam Christi inviclus defensor in ævum Armipolens magnis quis ornet sæpe {riumplhis ; Nobilis ad lævam coniunx de more venustat Qua insignis pro les in regnum rile parelur.
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en capitale romaine et des grandes initiales ornées, » insérées dans le texte — des peintures proprement ~ dites couvrant toute la surface des pages et de grands mm frontispices à pleine page renfermant les Incipit des - principa les parties de l'Ancien et de Nouveau Testa- | - pages décoratives, quand on se trouve en face de l’original, constitue une éblouissante vision, dont toute saurait aucunement exprimer le merveilleux éclat.
Les peintures proprement dites se composent de tableaux de 40 centimètres de hauteur, el les sont au nombre de vingt-quatre et une vingt-cinquième est … Aujour d'hui perdue, avant été enlevée à une date déjà - ancienne. Cette surabondance de peintures est une particularité de la Bible de Saint-Paul.
RSR
| recto du fol.
“ration comprend, — en plus des titres calligraphiés Ces grands frontispices d'Incipit sont au nombre de | reproduction en noir, gravure ou photographie ne | Dans le Prologus totius libri, l'auteur s'est nommé :
Hæc nam que invenies præsenli pascua libro, Quem libi quem que tuis rex Karolus, ore serenus, Offert, Christe ! tuus que cliens el corde fidelis Ejus ad imperium devoti pectoris artus (sic) Ingoberlus eram referens el scriba fidelis, Graphidas Ausonios æquans superansve lenore Mentis.
Ingobert se flatte d'égaler ou de surpasser tenore menlis les Graphidas Ausonios, c'est-à-dire les scribes italiens ; il est donc franc et ne craint pas la concurrence de ces gens-là, ce en quoi il a parfaitement raison. Il se tient pour plus habile qu'eux, plus consciencieux et plus intelligent. Nous n'avons nul moyen d'y contredire. Était-il à la fois copiste du texte et miniaturiste chargé de l'illustration, on le suppose non sans vraisemblance, mais ce n'est, après tout, que supposition. Il est certain que la composition des Incipit monumentaux et des vingt-cinq peintures autorisent assez la bonne opinion qu'Ingobert avait de sa propre personne de ses très réels moyens.
Ingobertus eram referens el scriba fidelis.
Si donc Ingobert, n'est pas miniaturiste, il a rédigé les textes et suggéré la composition des tableaux.
599 m'avait pas consacré plus de deux heures à l'examen du manuscrit, d'autres ne le virent même pas et se prononcèrent avec une égale sévérité 1 ; d'autres, mieux inspirés, avaient justement dit que ce « livre a droit d'occuper une des premières places dans la série des chefs-d'œuvre de la peinture et de la calligraphie graphies Parker, réunies dans le livre de J.-O. Westwood *, el les ont joué un rôle prépondérant dans la formation de l’opinion et ces photographies sont de à MeT > de véritables trahisons à l'égard des originaux t. Exécutées sur une échelle beaucoup trop réduite, el les ne donnent aucunement l'idée vraie des peintures el lesfrançaise au temps de Charles le Chauve ? » Les reproductions anciennes n'ont aucune valeur, celles de d'Agincourt ne comptent pour rien ; quant aux photomêmes. En réalité, les originaux constituent une série de suprême importance pour l'histoire de la peinture carolingienne, S désirer, les carnations, d'un ton général trop pâle, | manquent de vigueur !. Ajoutons encore que la perspective est absolument enfantine, reposant sur des t : données conventionnelles. Mais il faut prendre ces - images pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire pour des ne - œuvres du milieu du IXe et ne pas vouloir y - chercher des règles d'esthétique qui ne s “épanouirent … qu'à des époques plus récentes. Cette concession faite, … les tableaux de la Bible de saint Paul paraissent être … des œuvres d'un suprême intérêt, dont plusieurs au - moins dénotent chez leur auteur un vrai tempérament d'artiste. « En thèse générale, l'auteur des tableaux paraît E 'être inspiré de ce que la réalité pouvait effectivement offrir à son observation à l’époque où il vivait. Costumes des personnages, détails d'ornement, formes des accessoires, maintes et maintes choses nous reportent sans cesse à ces temps du IXe où la Bible fut | exécutée. Un rapprochement très suggestif peut être bible offerte à Charles le Chauve par le comte Vivien, production capitale de l’école calligraphique de Tours (fig. 5848). C'est le cas pour les peintures représentant : Saint Jérôme travaillant à établir le texte = dela Bible ; la création, le péché et la punition d'Adam et d'Éve, David en roi psalmiste, entouré de ses acolytes qui l'aident à chanter les psaumes, enfin l'histoire de l’apôtre saint Paul. Or, dans la Bible du comte _ Vivien, le rendu des sujets marque une imitation très. nette de modèles antiques ; le roi-psalmiste, on l'a plusieurs fois signalé, apparaît comme un Apollon, le corps presque nu, avec une chlamyde rattachée par une agrafe sur l'épaule droite ; saint Paul renversé sur le chemin de Damas nous offre la fidèle image d'un officier des armées romaines, tels qu'on en voit sur les bas-reliefs antiques. Dans la Bible de Saint-Paul, ce atténué ! le psalmiste est vêtu en souverain carolingien, in-8°, Moscou, 1876 ; G. Rohault de Fleury. La messe, t. I, D 109 ; G. Millet, L'art byzantin, dans A. Michel, fait à cet égard. Certains sujets des tableaux sont | communs à la Bible de Saint-Paul et à la fameuse | gien, saint Paul est babillé comme les écuyers de | + Sans doute, le trait est rude, le modèle laisse à | Charles le Chauve. En un mot, dans le manuscrit fait à Tours, on sent la préoccupation de l’art des anciens : le peintre de la Bible de saint Paul est au contraire un rene, en tant que ce mot « moderne » s'applique à son époque du IXe. H. LECLERCO.
INKERMANN.— On a signalé à Inkermann, en Crimée (voir Dictionn., t. 1, au mot CAUCASE), une basilique voûtée, creusée dans le rocher, du Ve ou du VIe ; elle offre dans son abside la croix gemmée sculptée en relief (fig. 5849) * ?, Le chœur est séparé du reste de l’oratoire par un iconostase pris dans le roc. L'autel est placé au fond de l'abside. A peu de distance de cette église s’en trouve une autre, large de 5 m. 50, elle nous offre un autel au fond de l'abside avec un banc destiné à recevoir les prêtres. Enfin une troisième église est également creusée dans le rocher, l’autel présente à sa surface un trou creusé pour contenir les reliques.
H. LECLERCO.
INNOCENS. — Le mot innocens comporte un éloge si clair par lui-même qu'il rend tout commentaire superflu. Au sens propre, l’innocens est celui qui ne fait tort à personne, innocuus. Dans une de ses lettres familières, Cicéron écrit : Epistolam tuam conscidi innocentem, nihil enim habebat, quod non vel in concione recitari possel *. Au sens moral, l'innocens s'entend de l'état de celui qu'on ne peut accuser d'une faute : Innocens is dicilur non qui leviter nocet, sed qui nihil no cet 4, Dans un sens plus particulier, innocens s'entend de la probité et surtout de celle des magistrats et des fonctionnaires publics inaccessibles à la séduction de l'argent.
Il existe des degrés dans l'innocence puisqu'on trouve un comparatif : innocentius, et un superlatif : innocentissime, et les auteurs classiques parlent de vivere innocenter, d'agere innocentius, de vita innocentissime acta. Chez les auteurs ecclésiastiques, l'innocentia est l'état de la conscience tout à fait pure : Innocens ego sum a sanguine justi hujus * ; Non privabit (Deus) bonis eos qui ambulant in innocentia® : Perambulam in innocentia.
L'épigraphie chrétienne nous montre toute une série de déformations à travers lesquelles ce mot à passé, au point de devenir à peine reconnaissable parfois.
En Afrique, nous rencontrons une formule très précieuse sur une petite dalle funéraire extraite des ruines sur lesquelles s'élève le village de Saint-Leu, dans le voisinage d'Arzew. La pierre fait aujourd'hui partie des collections conservées dans la bibliothèque de l'évêché d'Oran (fig. 5850). Les deux épigraphistes qui l'ont publiée simultanément dans différents recueils n'ont pas semblé apercevoir le chrisme qui modifie leur lecture. Au lieu de Memoria Pauli innocentis, il faut lire :
Memoria Pauli, Christi innocentis.
L'épithète innocens n'est pas d'un emploi très rare en Afrique, on le rencontre sur des textes épigraphiques de Guelma, de Sétif, d’Orléansville # ; il parait avoir surtout servi pour désigner des jeunes enfants ; ainsi la petite Matrona qui obtient ce titre d'innocens à Guelma était âgée de dix-huit mois.
En Afrique, mosaïques tombales découvertes au nord de Kourba, l'ancienne Curubis, dans la presqu'île du Cap Bon (transportées au musée Alaouï à Tunis). Haut. 0 m. 63, long. 1 m. 78, hauteur des lettres 0 m. 05 à 0 m. 06 (fig. 5851). L'inscription se trouve dans un cartouche à queues d'aronde ; les lignes 1 et 4 en cubes jaunes, les lignes 2 et 3 en cubes noirs :
MAXIMILLA IN NOCENS VIXSIT IMP ACE N X :VII-M-III DX
Maximilla innocens vixit in pace an(nos) XVII, menses) IIII, dies) XII, p(osita) die) X kfa)l gle)b.
À gauche du texte, une branche de roses dans une couronne : à droite, dans un cadre rectangulaire des fleurs et des oiseaux aujour d'hui mutilés *. Même origine, mosaïque en partie détruite, haut 0 m. 54 ; long. 0 m. 82 ; haut. des lettres 0 m. 05 à 0 m. 065 ; cubes noirs (fig. 5852). Les lignes sont séparées par des traits. À la ligne 11 | après I on voit l'amorce d'un N suivi d'une haste droite et d'une autre oblique 5 :
FLAVIVS INI ocens i NPACE VIXITM Il-- V IDVS OC tobres.
On peut mettre en doute que le mot innocens fût écrit en latin ; nous savons qu'on l’abrégeait parfois en Afrique. Une inscription trouvée à Carthage, tracée sur une portion de dalle en saouân gris, épaiss. 0 m. 035 | haut. 0 m. 28, larg. 0 m. 26, porte encore ces mots * ;
TCRES.. :. INC IN P ace.. MS II d. ? TC A Carthage encore, sur une dalle de pierre, haute de 0 m. 30, épaiss. 0 m. 03 à 0 m. 04, brisée à droite, longue en haut de 0 m. 36 en bas de 0 m. 45, on lit 7 :
+ BENENATA FIDElis in pace vixit annos ? MENSE VNV DIES X..dep.....,.,.sepl. ou Novem BRES INDICT QVAriga........., INNO CENS IN PACE VIXIT ANNOS................... BENENATA FIDELIX IN PACE Dep......... FELICIA INOCES. IN PACE BIS. :7%.2000 Cette épitaphe est du vi ou du vii siècle ; on y voit inno ]cens et ino ces, ce qui nous prépare aux variantes que nous allons énumérer.
À Sainte-Marie-du-Zit (Tunisie), sur une dalle de 0 m. 24 sur 0 m. 35, on lit 8 :
INNOCENT S IN PACE
Est-ce innocentius ou Innocenfis qu'il faut lire ? Innocentius aurait le même sens que innocuus, Isidore 1e de Séville nous dit que innocuus peut être pris au sens « de Rouen‘ :
| passit innocuus, cui nocitum non sil, Nous n'avons as rencontré de chrétien qualifié innocuus, mais par contre nous connaissons à Rome une ANIMA DVLCES, INNOCA, SAPIENS *, à Carthage, sur une dalle | de marbre numidi que, épaisse de 0 m. 45, haute de 0 m. 22, large de 0 m. 30 ° :
FELICITAS INNOCA IN PACE
Une autre inscription de Carthage, entrée au musée ROGATA + INN
XVIII $
Nous lisons aussi sur des épitaphes le mot inno pour innoxius et Isidore nous apprend encore qu'il y -a une différence entre ces mots : Innocuus est, dit-il, M cui non nocelur ; qui non novit nocere.
Innox est fréquent sur les épitaphes chrétiennes.
Marangoni en a publié une qu'il rapporte au cimetière de Calliste #.
GERMANVS ANIMA INNOX QVI VIXIT ANNIS N :X-M :V D :XVIII :BENEMERENTI IN PACE :DEP :1II. IDVS - AVG.
une autre, de même provenance, ou innox est | DISCOLIVS INNOS QVI VIXIT >a ANN :HVM :ET :M :DEC : DIES XV IN P.
IN HOC TVMVLO RE QUIESCIT IN PACE BO NBMEMORIA LIVE RIA ENOX QVI VIXIT ANNVS PM XV OBI ET IN PACE VEX XIII KL NOVENBRIS V :E XX P C BASILI VC C INE VIII A Augst (Rhénanie) une inscription gravée sur un En | dé de pierre (fig. 5854), était placée dans le tombeau sous la tête du squelette è : :
‘ll qi : ; P En Afrique, sur des tombes d'enfant en mosaïques provenant d’une basilique de l'Henchir-el-Mså'adin (ancienne Furni), ici nous allons lire : imnox.
Tombe d'enfant d'une conservation parfaite 1m.68 x 0m. 83, haut. des lettres 0 m. 08 à 0 m.10,
BLOSS VS IM NOX FID ELIS IN 5 BACE
L'encadrement se compose d'ondulations en spirales. Au centre, à la partie supérieure, est figuré un bouton de rose avec sa tige, au centre d'une couronne”, Autre tombe d'enfant (1 m. 75 x. 0 m. 80). Épitaphe du jeune Victor mort à huit ans, trois mois et vingt et un jours. Au-dessous de l’épitaphe tracée en lettres de 0 m. 08 à 0 m. 05, couronne à lemnis que entourant une branche de rosier fleuri. Bordure en corniche, à chevrons apparents 19 :
VICTOR INNOX IN PACE VIXIT A 9 NNIS OC TO MENS ES TRES DIEBVS VIGINT 10 JVN O
Une épitaphe tracée sur une longue dalle ayant recouvert un sarcophage trouvé au Djebel-Djelloud a été transportée au Musée du Bardo ; on lit en caractères de 0 m. 095 1 :
INNOX DECE FOLLES IN :PACE
A Carthage :
MACIDONIVS FIDELIS IN PACE AVGENIVS INN
OX FIDELIS IN PACE
À Byrsa : LOCATA INNO CA IN PACE A Bir-el-Adine, région de Kairouan :
@ ARW cens VITALIS MIGGIN PVE INNO Hs NOCNS #2 T ANNOS TRES IN PACE #44 MINS Une dalle de marbre de provenance inconnue et conservée au jardin public de Guélma, est brim ammillere ;
— INNOCENTS (MASSACRE DES)
sée en bas et à l'angle supérieur de droite, hau- |
ALEXI CLERICV EIINIIO
CENE
Alexis clericus innocens p (ius) v ixil an fnis) VI (1) [Ce chiffre étant figuré par un episemon.] Le nom d'Alexis est rare et nouveau. Ce 1o l enfant est qualifié clericus à peu près avec le sens où nous disons encore e un petit clerc + en parlant des jeunes servants dont on utilise la | bonne volonté ; on trouve des clerici mentionnés à Carthage, à Cirta, à Theveste, à Naragsgarah | (SidiYoussef).
À Rome, sur une inscription de l’année 407 4 :
Sur un fragment ? conservé au musée du Campd Santo (voir Diclionn., t.11, cor. 1784), dont le déchiffrement est difficile, et sur lequel on peut lire le consulat, (fig. 5855). ; | A Lodi ? :
+ AMANTIA INOX VIXIT P M AN IIII MV B PARENTES CON
Terminons par ces épitaphes, l'une trouvée à Rome au cimetière de Nicomède sur laquelle on lit * Au cimetière de Sainte-Félicité (voir ce nom} 1 ! :
Glyceria innox hie posila est mente fidelis Fi anima dulcis recta que vita Christo devota vile redempla secessit inlucequerecessit VIH idaug. deposita estin pace VII idus augustas cons, FI. Bass vixit annos p. m. XLV fecit cum virginio [ve. con | annos XXXIII. £ Enfin, à La Malga, une dalle de calcaire haut., 0 m. 30 larg. 0 m. 50, épais. 0 m. 003, ornée de palmes et de guirlan des, et utilisée après coup pour recevoir cette T épitaphe grec que ' ! ? : LA IGANNHC I1ICT[os v esphvn AKAK [oc TIA Tliura Év elpñvn H. LECLERCO.
INNOCENTS (MASSACRE DES). — I Sarcophages. II. Ivoires. III. Miniature. IV. Mosai que.
La représentation du massacre des saints Innocents est rare dans l'art chrétien, Nous n'en rencontrons aucun exemple parmi les fresques des catacombes. M C'est d'abord la sculpture et le bas-relief qui s'est parfois exercée à la figuration de cet épisode historique.
» I. SARCOPHAGES. — On conserve à Saint-Maximin, en Provence un sarcophage qui était regardé jadis - comme celui de saint Maximin ; à une époque et pour … des motifs qu'il serait malaisé, et peut-être indiscret, de préciser, saint Maximin fut évincé par ses anciens fidè les et remplacé par les saints Innocents. Quoi qu'il en soit, les bas-reliefs de cette tombe offrent les scènes suivantes : Moïse recevant les — tab les de la loi que tient la main divine, représentée, comme on le voit parfois ailleurs, d'une grandeur plus qu'humaine, Jésus prédit à saint Pierre sa renonciation sur la montagne d'où coulent quatre fleuves, il parle à saint Paul pendant qu'il donne à saint Pierre la loi nouvelle, nt ke k que celui-ci reçoit avec respect dans le pan de son manteau ! ; auprès du Christ, un agneau image du défunt, sur sa tête se dressait une croix, aujour d'hui brisée, ~ mais dont la base se voit nettement sur le marbre ? ; T près de saint Paul est, suivant l'ordinaire, un palmier m Sur lequel l'artiste a, par erreur, remplacé le phénix $ par un coq * ; saint Pierre porte la croix qui le caractérise Sur les monuments antiques : derrière lui est un portail où R. Garrucci propose de reconnaitre une ~ image de l'Église. Le bas-relief est terminé par deux iy % « E, Le Blant, Étude sur les sarcophages chrétiens de la ville fe DICT. D'ARCH. CHRÉT. men soit de ce procédé dont les jeunes martyrs ne sont | ~ ciation, le Christ debout entre deux palmiers sur la :
INNOCENTS (MASSACRE DES) 610
scènes souvent reproduites en Gaule, la remise des clefs symboliques au prince des apôtres et le sacrifice d'Abraham. Sur les petits côtés sont de simples imbrications.
Le couvercle, chose assez rare, est bien celui du sarcophage (fig. 5856). Il est terminé par les deux grandes têtes juvéniles qui semblent particulières à
CDTI
FAR SE | CS tu nie INT li = ; T merreni HI| ji ui I Line mire : + T itia m1 : fl I T : L T 7 n n Si jme TE l'école de sculpture arlésienne . Au centre, une tessère sans inscription ; à droite, les Mages apportent leurs offrandes au Christ emmailloté et couché dans la crèche entre le bœuf et l'âne ; [a Vierge voilée est assise au chevet : près de sa tête on voit l'étoile en forme de roue e qui paraît représenter le monogramme du Sauveur 5, Le Christ au berceau et le défunt dont nous avons vu plus haut l'image sont tous deux enveloppés de la même manière, à la façon du cadavre de Lazare. En regard de la crèche est un sujet que nous allons | voir reproduit par les mosaïstes et les ivoiriers °, mais que nous ne rencontrons qu'exceptionnellement sur les sarcophages : le massacre des Innocents. Si l'on veut chercher la raison d'être dans nos contrées d'une figuration tout exceptionnelle, il convient peut-être de noter que le culte de ces premiers martyrs du Christ existait dès les temps anciens à Marseille, où leurs
VII. — 20
nes rs repr
À Lei reliques, apportées de l'Orient par saint Cassien, avaient
Depuis la publication des Sarcophages chrétiens de
la Gaule, écrivait Edm. Le Blant, en 1885, un fragment
a été signalé en Provence portant la très rare
représentation du massacre des Innocents ?
Le fragment en question (fig. 5857) mesure 0 m. 60
sur 0 m. 25. Il se trouvait, lors que G. Lafaye le fit
connaître et le décrivit près d' Aix-en-Provence à
2 kilomètres au N.-E. de la ville, sur le chemin de
Vauvenargues, dans une propriété qui porte le nom de
Repentance. Il était encastré, en guise d'ornement, au
dessus de la bouche d’une petite fontaine.
Le fragment faisait partie, depuis l'antiquité, du
couvercle d'un sarcophage chrétien ; il occupait sur
la face antérieure l'extrémité de gauche ; on voit encore
à droite, un génie nu et ailé, de type bien connu ;
qui accostait la tessère placée au milieu du couvercle
pour recevoir le nom du défunt. On reconnait du
premier coup d'œil dans la scène représentée le massacre
En passant de la langue littéraire dans la langue juridique, ces deux expressions conservèrent leur valeur primitive. Pline désigne les plants exotiques acclimatés en Italie sous le nom d’incolæ, et Sénèque, pour encourager le suicide, compare l'homme à un inquilinus, qui peut quitter librement l'habitation de son corps”. Plus tard, saint Pierre se plaint de la prolongation de son incolatus en ce monde, et Tertullien appelle l'âme l'inguilinus de la chair. Avec le temps, une acception fâcheuse et méprisante s’attacha au nom d'inguilinus et ce n'est pas sans ironie que Salluste et Velleius Paterculus l’appliquent à Cicéron et à Caton le Censeur. Ces deux grands hommes n'étaient pas romains de naissance, et malgré l'éloquente distinction établie par Cicéron lui-même entre les deux patries, l'une de naissance et l’autre de droit politique, il leur manquait quelque chose, aux yeux des Romains nés dans la Ville, pour être tout à fait des concitoyens. On n'avait certes pas le droit de les confondre avec de simples incolæ, mais on prenait sa revanche en les gratifiant du titre d'inguilini.
Il y avait à Rome, comme il existe de nos jours dans les modernes capitales surpeuplées, une catégorie de citoyens qui se faisait un sujet de gloire d'être romains de Rome, comme d’autres se disent avec une vanité convaincue : parisiens de Paris. C’est qu'en réalité le fonds de la population de ces grandes villes était peu considérable : on y venait s'établir, faire carrière ou faire fortune (ou s'y ruiner) et ensuite on s’en retournait dans le pays natal. Tout ce que l'administration, le commerce, les beaux-arts amenaient à Rome ne s'y attardait pas au-delà du temps indispensable. Même, surtout, pourrait-on dire, les hommes politiques auraient eu tous les droits à ce titre d'inguilini. Beaucoup de sénateurs prenaient à bail des palais ou des hôtels (domus) et avec ce sens admirable de la vie pratique et cet art de l'exploitation qui sont le don héréditaire de l'Italien et surtout du Romain, ces manières de grands seigneurs pratiquaient de mesquines industries, recouraient à de sordides locations pour se rembourser en partie des frais de loyer, et eux aussi étaient, à leur façon, des inguilini. Il en était de même dans les campagnes, où se trouvaient, vici, souvent entourées de murs, des castella et des chaumières isolées, casæ. Beaucoup de ces agglomérations étaient la propriété d'un seul particulier et contenaient une population nombreuse composée de servi et d'inguilini. Les chaumières éparses dans la campagne n'étaient pas toujours destinées à des colons et à des pasteurs, et elles étaient souvent occupées par des plébéiens de basse condition, trop pauvres pour avoir un logement en propriété. Ces inquilini rustiques étaient, pour la plupart, des manœuvres (operarii) qui louaient leurs bras aux cultivateurs libres ou aux servi pour les travaux des champs. Leur existence était peu enviable,
De Incol., x, 39, lex 7. — Cicéron, De officiis, 1, 34. — 7 (il ne parlait même pas exactement en donnant le nom d'inquilin à celui qui habitait avec le maître. Ulpien, au Digeste, 1. VIII, lex 8, fragm. 4. — Pline, Hist. natur., xn, 7. — * Sénèque, Epist. LX. — » I Petr., 1, 17. — 11 Tertullien, De anima, €. XXX VIN ; De resurreclione carnis, €. XLVI. — 1 ! Salluste, Catilina, xxx1. — « Velleius Paterculus, IT, CXXVII, 2.
Fortunée, car les maîtres de l'agriculture romaine conseillaient de les tenir à distance, et les régisseurs ou les fermiers n'avaient pour eux que mépris. Nonobstant leur condition peu enviable, ces inguilini étaient libres de quitter à leur gré la maison qui les abritait, quand ils avaient rempli les conditions de leur engagement, Ce droit de s'éloigner était protégé, par un interdit spécial, contre le propriétaire qui aurait voulu, sans cause légitime, empêcher inquilinus d'emporter ses meubles après avoir acquitté le prix de sa location. Aussi, même au VIIE, quand le sort des inguilini avait complètement changé de nature. Isidore de Séville, copiant sans doute un fragment logement ; l'esclave pouvait se faire illusion sur son sort et se croire tout à fait libre ; il avait d'ailleurs, dans les produits de son travail, le moyen, de payer le prix de sa location et d'augmenter son pécule.
Mais cette spéculation produisit sans tarder un résultat inattendu ; elle finit par amoindrir le droit de propriété. Les maîtres avaient mis leurs esclaves dans leurs maisons pour leur convenance particulière : les empereurs trouvèrent commode de rendre, dans l'intérêt du trésor, cette destination perpétuelle et de considérer l'esclave inquilinus comme faisant partie intégrante et inséparable de l'immeuble *. Ces inguilini rendus inséparables des immeubles, ne seraient plus d'un auteur plus ancien, les appelle encore : « des personnes qui vont et viennent et ne demeurent pas perpétuellement au même lieu +. » On rencontre cependant au Digeste un passage qui semble tout à fait contraire à la liberté des inquilini. C'est un texte du jurisconsulte Marcien qui, rapportant un rescrit de Marc-Aurèle et de Commode, décide que, si des inquilini ont été légués sans les immeubles auxquels ils sont attachés, le legs est inutile #, Mais ceux dont il est ici question ne sont pas évidemment des hommes libres et de véritables inquilini ; ce sont des esclaves attachés par leur maître à des immeubles, comme locataires, et payant à ce titre un loyer réglé à l'avance, Le Digeste témoigne en plusieurs endroits que de semblables contrats étaient communs entre les propriétaires et leurs esclaves, Quant aux inquilini dont parle Marcien ils demeuraient dans la maison de leur maître en qualité de locataires. Les deux parties trouvaient leur avantage à cette espèce de contrat ; le propriétaire était assuré de recevoir le prix de sa location,
Les deux parties trouvaient leur avantage à cette espèce de contrat ; le propriétaire était assuré de recevoir le prix de sa location. L'origine de l’inquilinat, et même du colonat, ne serait-elle pas alors dans la condition de ces esclaves placés d'abord dans les propriétés par un arrangement du maître, attachés ensuite au sol par l'intérêt public et le progrès des idées et de la législation ? L'inquilinat et le colonat ne seraient plus dans cette hypothèse qu'une transition naturelle entre l'ancien esclavage et la servitude de la glèbe, un affranchissement restreint et incomplet, comme on l'a soutenu *.
Les inquilini des villes furent-ils atteints dans leur liberté en même temps que ceux des campagnes ? La chose n'est pas vraisemblable. Les paysans avaient été attachés à la glèbe dans un intérêt fiscal. Or les plébéiens des villes étaient, depuis 313, affranchis de la capitation ; il eût donc été sans but de gêner la liberté des inquilini domiciliés à l’intérieur des villes. D'ailleurs, les lois concernant l'inquilinat ne parlent jamais que de la campagne ; les locataires urbains durent donc rester en dehors des règlements portés au sujet des inquilini rustiques.
Quant aux paysans qui demeuraient dans la maison d'autrui et qui figuraient sous les noms divers d'inquilini, d'incolæ, de casarii, dans la description des propriétés rustiques, ils étaient sujets à la capitation et furent, en conséquence, liés à la terre dans l'intérêt du trésor. Pour la plupart d'entre eux, le lien d'origine devait, du reste, se joindre à l’immatriculation dans les registres du cens et au domicile. La population rustique est naturellement sédentaire, elle s'attache aux lieux qui l'ont vue naître, et ses générations se succèdent aux mêmes foyers comme les fruits sur les mêmes arbres. Les lois de Constantin et de ses successeurs sur l'esclavage de la glèbe durent, par conséquent, trouver une foule d'hommes libres habitant encore les humbles chaumières où leurs pères avaient pris naissance, où la famille avait passé peut-être de la servitude à la liberté. Ainsi fut formée la première couche de l’inquilinat, au même jour que la première couche du colonat ; et désormais les propriétaires, déjà maîtres des esclaves rustiques, dominèrent sur tous les habitants de leurs possessions.
L'inquilinat et le colonat marchèrent du même pas et les progrès de l’un furent aussi ceux de l'autre. En 371, Valentinien et Valens étendirent l'institution du colonat perpétuel aux tenanciers d'Illyrie ; ils immobilisèrent les inquilini par la même mesure. Les empereurs Arcadius et Honorius par une loi de l'an 400 mirent tout à fait les coloni et les inquilini sur la même ligne, en réglant que, dans les mariages entre ces deux classes d'ascripti, les enfants suivraient la condition du père ; et désormais toutes les lois qui concernaient les uns s'appliquèrent aussi aux autres, si bien que Tribonien, interpolant son interprétation dans une loi de Constantin, nomme les inquilini les semblables, ou mieux les proches, proximos, des colons ascrits.
INSCRIPTIONS GRECQUES CHRÉTIENNES.— I. Technique. II. Répartition géographique. III. Formulaire.
I. TECHNIQUE.— 1. L'épigraphie grecque chrétienne, sa tâche, ses instruments.
2. La technique : 1° technique commune aux inscriptions païennes et chrétiennes ; 2° particularités techniques des inscriptions chrétiennes ; a) nature des objets inscrits, b) paléographie, c) abréviations, d) pséphie et isopséphie.
III. Éléments formels communs à toutes les inscriptions grecques chrétiennes : 1° ères et datation ; 2° langue ; 3° onomastique.
Une étude d'ensemble sur l'épigraphie grecque chrétienne peut se proposer un double objet : mettre en valeur, à l'usage du grand public, quelques inscriptions de portée religieuse ou historique ; grouper par séries les observations qui permettront d'interpréter les monuments épigraphiques. Florilège ou manuel technique, ce sont les extrêmes entre lesquels il faut choisir ou tenter une conciliation.
D'un traité d'épigraphie chrétienne on attend surtout l'information technique, mais une introduction générale, visant à montrer le multiple intérêt d'une science, doit combiner les deux méthodes. Le présent article décrira, en une première partie, les caractères généraux, surtout matériels, de l’épigraphie grecque chrétienne ; il en indiquera les monuments principaux dans les diverses provinces de l'empire romain, ce sera la seconde partie ; la troisième sera consacrée au formulaire.
I, L'ÉPIGRAPHIE GRECQUE CHRÉTIENNE, SA TACHE, SES INSTRUMENTS. — 19. À prendre au sens plein le mot « chrétien », une « inscription chrétienne » est celle où paraît, à un titre quelconque, la foi au Christ de son auteur. On peut aussi élargir le sens de l'expression, jusqu’à entendre « inscription d'époque chrétienne ». Ainsi M. Monceaux : « Jusqu'à la fin du IVe, c'est-à-dire jusqu'à la mise hors la loi du paganisme, une inscription chrétienne est une inscription qui porte en elle-même une preuve évidente de christianisme. Depuis le début du Ve, on doit considérer comme chrétienne toute inscription qui ne contient pas un indice certain de paganisme ». Le manuel qui traiterait à la fois des textes profanes postérieurs à Constantin et des inscriptions révélant la foi au Christ rendrait les plus grands services. Pour nous, sans écarter absolument les lumières qui peuvent venir de documents profanes ou païens, nous nous attacherons aux textes chrétiens ayant un caractère religieux.
Le terme chronologique de notre étude sera l’âge byzantin. Le plus sage semble être de placer le début de l’épigraphie byzantine à peu près un siècle après Justinien. L'épigraphie chrétienne s'étend ainsi sur une durée de 500 ans (ive-Xes), dont les premiers temps virent le paganisme au pouvoir. Elle ne peut compter un nombre de monuments comparable à celui des inscriptions païennes. Celles-ci couvrent huit ou neuf siècles et datent d'époques plus ostentatoires, plus riches, plus attachées enfin à ce mode quasi unique de publicité qu'était jadis l'épigraphie. L'état de persécution et la profession d'humilité s'accordent à restreindre, chez les chrétiens, l'usage des inscriptions. Il ne peut être question de dédicaces gravées sur des édifices religieux, avant la paix de l’Église ; plus de vie publique, du moins avant les empereurs chrétiens ; de ce chef, des séries entières de l’épigraphie païenne resteront sans analogue en notre domaine ; plus d'inscriptions honorifiques, plus de richesses à inventorier, plus de listes à dresser dont la découverte fortuite aurait envoyé les « frères » à l’amphithéâtre ou aux mines. L'hommage à Dieu ne s'étale pas en dédicaces pompeuses ; la bienfaisance se fait anonyme, demandant seulement une prière pour ceux quorum nomina Deus scit. Cette réserve commande l'épigraphie chrétienne, elle exerce encore son influence restrictive après Constantin.
Ainsi s'explique le petit nombre des textes chrétiens (45 à 50 000) contre la masse des 300 000 inscriptions païennes et profanes. De ces inscriptions chrétiennes, un dixième environ (soit 5 000) est rédigé en grec. La première application des principes adoptés pour le Corpus inscriptionum græcarum christianarum se trouve en deux ouvrages : G. Millet, J. Pargoire et L. Petit, Recueil des inscriptions chrétiennes du Mont-Athos, 1e partie, 1904, et G. Lefebvre, Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes de l'Égypte, 1907. Il n'existe donc, jusqu'à ce jour, qu'un recueil général des inscriptions grecques chrétiennes ; Kirchoff l'a constitué au t. IV du Corpus inscriptionum græcarum (CIG) de Boeckh, où il a réuni plus de 1 300 inscriptions découvertes depuis 1880 et à leur dispersion en tant de publications spéciales.
Divers manuels ont pris à tâche d'extraire une doctrine de ces membra disjecta. La plupart traitent à la fois de l'épigraphie latine et de l’épigraphie grecque d'Occident (voir la bibliographie). Les volumes de Ed. Le Blant, de O. Marucchi, du R. P. Sixtus Scaglia sont recommandables à des titres divers, mais ils sont incomplets et insuffisamment pourvus de références bibliographiques, sans parler des déficits particuliers de tel d'entre eux. Nettement supérieur est le Trattato di epigrafia cristiana latina e greca del mondo romano occidentale du R. P. F. Grossi Gondi, S. J. Il est au fait des inscriptions de Gaule et d'Espagne autant que des textes romains. C'est un livre d'analyse, qui distingue entre textes datés et non datés, entre formules courantes et sporadiques, qui range par époques et provenances les éléments qu’il a préalablement décomposés.
Le Handbuch der altchristlichen Epigraphik de Mgr K. M. Kaufmann marque une date dans l'histoire de l'épigraphie chrétienne qui ait exploité les riches séries des inscriptions orientales. L'effort est méritoire, et le livre rendra de grands services à qui est capable de contrôler lectures et traductions : mais il faut attendre une édition corrigée pour recommander ce manuel. Le plan suivi est mixte : les renseignements techniques sont coupés de 2 000 citations de textes épigraphiques, et 700 fois la citation est intégrale.
Un florilège commode, consacré aux seules inscriptions grecques, est le t. I du Manuel d'épigraphie chrétienne de R. Aigrain. Les 144 textes reproduits et traduits sont choisis dans toutes les régions du monde antique ; le commentaire est bon dans sa brièveté.
29 Particularités techniques des inscriptions chrétiennes. a) Aspect et matière des monuments inscrits. — Les gravées dans la chevelure d'une tête en ronde-bosse, n'entrent pas en ligne de compte. Mais on ne peut nier l'originalité de monuments complexes, tels que la chaire de saint Hippolyte ou les patènes de Stuma, Notons que l'appréciation de l'âge d'un monument d'après la paléographie est une estimation d'ensemble ; comparaisons et étude doivent donc porter sur de bonnes reproductions de monuments, plutôt que sur des listes alphabétiques de caractères. Il ne faut point oublier, non plus, que les usages graphiques varient suivant la forme et le but de l'inscription : un grafite sera tracé en caractères cursifs, plutôt qu'une dédicace. Enfin les provinces et parfois les localités mêmes ont leurs particularités. Celles-ci persistent à travers des siècles. En Syrie, par exemple, W. K. Prentice reconnaît deux styles : le premier est en vigueur du 1er siècle de notre ère jusqu'au Ve, le second, inauguré vers 480, domine au VIe, sans évincer absolument le précédent !, Toute datation d'après les caractères doit être très réservée, D'ordinaire les caractères de l'inscription sont gravés, c'est-à-dire tracés en creux sur la surface de la pierre ; parfois, au contraire, ils sont ménagés sur l'épaisseur de la pierre et donc en relief. Les exemples connus d'inscriptions en relief ont été réunis par P. Jacobstahl, Zur Kunstgeschichte der griech. Inschriflen, dans Xd&otreg, Friedrich Leo zum Goten Geburtstag dargebrachf, 1911, p. 453-465. Beaucoup d'inscriptions chrétiennes de Haute Syrie sont en relief.
Les symboles chrétiens, ancre, tau, croix, poisson, agneau, colombe, navire, palme, paon, etc., décèlent parfois le christianisme de stèles apparemment neutres. Ils ont été souvent étudiés, particulièrement à Rome et en Occident. Dans les travaux de Ramsay on recueillerait facilement les jalons principaux de la symbolique chrétienne en Asie Mineure ! ; en Égypte, ils sont indiqués par G. Lefebvre. Le maniement de ces critères requiert, on le sait, beaucoup d’information et de critique. Les travaux de F. J. Dôlger sur le symbole du poisson peuvent servir de modèles.
Les monogrammes chrétiens ont été très complètement étudiés par dom Leclercq, Dictionnaire, au mot CHRISME, t. III, col. 1481-1534. c) Abréviations, Voir Dictionn., t. I, à ce mot, col, 155-183.
Les modes d'abréviation ne diffèrent pas de graveurs païens à graveurs chrétiens. La forme la plus ancienne, la suspension, à peu près seule usitée jusqu'à l'ère chrétienne, consiste à n’écrire que l'initiale ou les premières lettres du mot, laissant au lecteur... Il est une série de termes dont l’abréviation par contraction est constante dans les manuscrits et est d'ordinaire signalée matériellement par un trait surmontant les sigles, ce sont les Nomina sacra. Sous ce titre, Nomina sacra, Versuch einer Geschichle der christlichen Kürzung, Munich, 1907, Ludwig Traube a rangé, en ce qui concerne la paléographie grecque, quinze noms, que les plus anciens manuscrits ont toujours abrégés suivant ce mode hiératique : bebe, KUBLOE, TVEÜPLE, rarhp, OÜDAVOE, ävÜpwroc, Aavet, Tapah, Tepouoahr LIVE »Incoûc, Xprotôc, uiéc, cwrno, oravpéc, urnes. L'origine de cet usage remonterait aux scribes juifs, qui, d'après la lettre d'Aristée, écrivaient en abrégé et en lettres d'or les noms divins, afin de les préserver de la profanation et de respecter leur valeur mystérieuse, Naturellement les chrétiens, en copiant la Bible, auraient adopté les mêmes conventions. — Contre l'hypothèse de Traube, on a fait valoir que la contraction se rencontre dans les ostraka et dans les inscriptions grecques antérieures à l'ère chrétienne. Mais s'il semble ainsi prouvé que la contraction n'est pas d’origine sémitique, son emploi exclusif, pour les noms sacrés, remonte vraisemblablement aux scribes juifs d’Égypte : en copiant les LXX, dans le mode d'abréviation capable d'assurer le respect dû aux noms divins, et l’adoptèrent. Les quinze noms signalés pour leurs contractions protocolaires dans les manuscrits sont-ils abrégés de même dans les inscriptions ? La question n'a pas été étudiée, à notre connaissance. A priori ce serait merveilleux que les graveurs, médiocres lettrés, aient respecté les doctes traditions des copistes ; en outre, l'usage n'a pu s'imposer à ces praticiens que pour les plus usités des nomina sacra.
Tels seraient aussi, à première vue, les résultats d'une enquête sur les monuments. Contraction et suspension se trouvent parfois réunies sur le même monument. Ainsi sur une épitaphe de Vézir-Keupreu, datée de 167-168 après Jésus-Christ et païenne, où les abréviations sont signalées par un point haut (fig. 5865), “Et(ouc) poy'. E te (Aevi MégErua ‘EAGT« Eig ui(dc). De même, à la ligne 2 de la dédicace d'une synagogue Marcionite à Deir Ali (318-319 J.-C.) on lit.
D'origine babylonienne, à ce qu'il semble, ces jeux de KY = x(veiohs, CP = a(uri)o(oc), qui sont des condtions, IH (cod) qui est une suspension. d) Pséphie, isopséphie. Cryplogrammes chrétiens. Les lettres de l'alphabet n'avaient pas seulement pour les anciens une valeur phonétique ; elles servaient aussi, nous venons de le voir, d'abréviations ; elles avaient en troisième lieu une valeur numérique, et elles étaient couramment employées en lieu et place de nos chiffres. L'idée venait donc spontanément d'additionner les nombres désignés par les lettres contenues en un mot donné : la somme obtenue était le « nombre ».
Deux mots qui calculent leur nombre entrent dans le monde grec avec le système astrologique au IIIe avant notre ère. Au début de l'empire romain, ils se sont glissés dans l’exégèse biblique des Juifs alexandrins ; plus tard la gématrie babylonienne, combinée avec la symbolique pythagoricienne, produira les commentaires spéciaux de la Massore, du Talmud et de la Cabale. Le Nouveau Testament porte la trace du procédé pséphique : on connaît le « chiffre de la Bête » de l'Apocalypse, XIII, 18, déjà étudié dans le Dictionnaire.
La gnose, où le judaïsme alexandrin se combine avec le syncrétisme, cherche par isopséphie le sens des mots de l’Apocalypse : Eyo slur A xal Q, et y trouve une allusion à la Trinité. Elle s'efforce surtout, à l'exemple de la magie égyptienne, de capter le nom de Dieu, pour s'emparer de sa force. Or la pséphie de yvov Boua est 365, ainsi le grand Dieu est celui qui... Pour le désigner, le syrien Basilide invente le mot ABPASAEZ, dont la pséphie est 365 ; plus tard, enfin, quand le paganisme accentuera son empreinte, on remarquera que ce nombre convient aussi à Neïoc et à MetÜpoc.
Chez les chrétiens, l'exégèse basée sur la pséphie eut peu de vogue : on ne cite guère que les explications proposées par les Pères du « chiffre de la Bête » et deux homélies de Théophraste Kerameus. La magie pséphique eut-elle cours chez eux comme chez les gnostiques ? Oui, répond W. K. Prentice dans une étude très pénétrante du formulaire de l’épigraphie monumentale en Syrie ; et de la comparaison entre les légendes de quelques amulettes et ces formules, il conclut à la destination apotropaïque de toutes les « acclamations » gravées sur les linteaux de Syrie.
Ce jugement paraît trop sommaire et nous avons essayé ailleurs de rappeler les distinctions essentielles en la matière. L'auteur lui-même, dans un travail récent sur XMT, n'envisage même plus la possibilité, pour ces sigles, d’un sens isopséphique.
Le cryptogramme chrétien le plus commun est XMF. On connaît sa vogue dans tout l'Orient grec et jusqu'à Rome, dans les inscriptions, les papyrus, sur des ostraka, sur des tuiles. On sait également combien varient les interprétations proposées. A la fin d'un article sur XMF a symbol of Christ, W. K. Prentice conclut qu’en Syrie ces sigles sont le symbole du Christ seul and that Xprordc à éx Mapiag vevvrbele, Xouorèc Mophocyévux, Xo1oroë Mapia yévvx, Xotorov Mapio evv& are but different versions of the same formula, alors que F. J. Dôlger maintenait l'interprétation X(p1ot65), Mayan), quand le contexte ne l’excluait pas impérieusement.
L'emploi de XMF sur des monuments talismaniques est très rare, sinon inouï. W. K. Prentice a signalé l'interprétation isopséphique du groupe BYMF, qui dans une inscription de Shnån (Haute-Syrie) est répété huit fois, en marge d'un répons ’Inooûc 6 Xoeratéc, repris lui-même neuf fois. Le sens : Bot) Y(ièc) I M(oyo)y(evfe) ou Y(idc) (Èx) M{agiæc) T(evvnôels) convient à l’alternance du morceau ; en outre, si on additionne les « nombres » des lettres composant le refrain ’Inooûc å Xperoréc, on trouve 2443, ce qui est précisément la pséphie de BYMF. On peut pousser plus loin ? et noter que la 3e ligne L'évous Aaoul ododvros xAtôoc a même pséphie, 2443 ; les autres lignes tendent visiblement à atteindre le même chiffre. Ainsi l'inscription de Shnån était composée d'une acclamation variable, à laquelle répondait le refrain ‘Inooùs ó Xperotoc ; acclamation et refrain avaient même pséphie, 2443, et pour que nul n’en ignore, le groupe BYMT répété en marge marquait ce chiffre. Au lieu d'une litanie, nous avons plutôt ici, selon F. J. Dôlger, un jeu d'esprit compliqué et oiseux. Il a son répondant exact dans l'épitaphe du prêtre Hésychius à Iasos : chaque ligne, à partir de la 6e, se compose de deux membres, les membres de gauche (sauf le 17) ayant uniformément la valeur vor’, ceux de droite la valeur « uny.
Certaines équivalences, comme celle du groupe HNA, isolé sur un linteau de Serdjilla, avec le verset 8 du Ps. 120, si souvent gravé sur les portes : Kôügvos quagen Thv slooëov oov, sont beaucoup moins sûres, puis que aucun texte ne nous en donne la clef. Quelques logogriphes sont vraisemblablement bilingues. H. Grégoire croit pouvoir, sur l'inscription n. 217 de Priène, interpréter Boe : APBANTICAATO Xp{ioté) par l'arabe APBAN = arbaïn — 40, TICA = lisa = neuf ; ATO = 304+300+70=400, total Border ufo) Oleo) vit) Xe(roté) 7.
Le groupe |XOYC se développe sûrement en `I(noos) K(prortòc) O(eo) Y(lèc) E(wrhe) : s'il était besoin de nouvelle preuve, un papyrus grec de l'an 570 indique la scriptio plena aussitôt après avoir tracé les sigles ; de même une inscription de Refädeh.
Jusqu'ici aucun sens isopséphique satisfaisant ni aucun emploi isopséphique certain de ce cryptogramme n'a été signalé. Il reste peu à dire à son sujet, après les trois volumes de F. J. Dôlger. Les données nouvelles qu'apporte Syria-Princeton, III B, ont été résumées par le Professeur Prentice au n. 1188, qui est lui-même un intéressant emploi des sigles : IXOYC ó Movoy(svhc) 1. Le groupe paraît sur des inscriptions syriennes datées de 349-350, 368-369, 432, 439, 500 : un texte de Chaqqâ pourrait remonter jusqu'au IIe, s’il était sûr que l'ère de la cité commençait en 62-61 avant Jésus-Christ, pour assurer les commémoraisons près de la tombe.
Les dates par indiction sont nécessairement vagues.
1° res et datation. — Les particularités sont rares. Non point que les chrétiens, vivant pour l'éternel, aient négligé ces notations d'un temps fugitif. En Occident, ils marquaient souvent la durée exacte jusqu'aux heures de vie de leurs défunts (voir Dictionnaire, t. vi, au mot HEURE), corrigeant par un μετ’ λίγον (plus minus) l'approximation de leurs calculs ; ce correctif était peut-être une discrète protestation contre les pratiques astrologiques. Les épitaphes occidentales portent aussi l'indication du mois et du jour du décès (sinon de l’année) : mention nécessaire. Chez les chrétiens, celles-ci se font à des intervalles divers suivant les provinces, mais le dies natalis des martyrs et, par extension, des fidèles défunts, c'est le jour de leur mort ; l'opposition à l'usage païen est formelle, celui-ci célébrant les commémoraisons pour l'anniversaire de naissance (γενέθλιος) du défunt.
Pour désigner l’année, on recourait soit au comput suivant une ère provinciale ou locale, soit à l’année de règne du souverain, soit à un éponyme civil ou religieux. Cette dernière pratique est fréquente en Orient dans les dédicaces, notamment avec les vocables ἐπὶ τοῦ εροῦ, νεωκόρου, λογιστού. Dans ces mêmes pays, les dates consulaires sont très rares, tandis qu'elles sont nombreuses à Rome. Souvent, en Orient, on se contente de l'indiction, puisqu'elles nous apprennent seulement qu'un événement s'est produit en telle année d'un cycle de quinze ans, cycle qui reste souvent indéterminé. Les manuels indiquent comment calculer les indictions (voir Dictionnaire, t. vi, au mot INDICATION). L'origine du cycle remonte à Dioclétien, probablement à ses réformes en Égypte ; mais il n’a été suivi que plus tard dans l’épigraphie, comme l’a établi De Rossi. L'indiction n'apparait, à Rome, sur une inscription datée, qu'en 522, en Italie qu’en 401, en Grèce et en Asie qu'en 389, 417, 430 et en général de 475 à 550. En Syrie, l'indiction reste en usage dans les dernières inscriptions chrétiennes, en 606-607, en 635-636, et jusqu'en 735. Il en va de même en Égypte.
Il est évident que des problèmes se posent à ce sujet. En des régions aussi peu distinctes que la Syrie centrale septentrionale, on trouve deux ères largement employées, celle d'Antioche (automne de 49 avant Jésus-Christ), au Nord-Ouest, celle des Séleucides (1er octobre 312 avant Jésus-Christ), au Nord-Est et plus au Sud. Damas emploie l'ère des Séleucides, mais très proche est la frontière de la province d'Arabie, les computs remontent à l'ère de Bostra (automne de 106 après Jésus-Christ). Gérasa, qui est aux limites de l'Arabie, n'emploierait, d'après les travaux récents, qu'une ère de la liberté, 63-62 avant Jésus-Christ. En Palestine, Gaza, bien qu'elle fût colonie, et Eléuthéropolis, suivent leurs ères propres. En Phénicie et Judée, l’ère de Tyr (126 avant Jésus-Christ) est encore usitée sur des inscriptions chrétiennes. De plus, l'ère et le calendrier ne vont pas nécessairement de pair. Bersabée marque ses années κατὰ λευθερόπολιν, selon l'ère de Beit Gibrin (200 après Jésus-Christ), ses mois et jours κατὰ ραβικόν, selon le calendrier arabe. Les mêmes noms de mois, d'origine macédonienne, recouvrent à Antioche, Séleucie, Sidon, des mois latins de trente et un jours, à Damas des mois de trente jours, avec un caput anni spécial. Damas subit en effet l'influence du calendrier arabe, qui a dominé en Nabatène, en Haurân, à Bersabée.
Des inscriptions trouvées par Fr. Cumont à Salihiyeh sur l'Euphrate remettent en question le problème du calendrier de Palmyre ; peut-être était-il resté luni-solaire, comme à Doura. Enfin, dans une région étroitement circonscrite, la Syrie du nord, W. K. Prentice croit distinguer trois débuts différents de l’année, que l’on fasse usage de l'ère des Séleucides ou de l'ère d'Antioche : jusqu'à la domination romaine, l'année commence à peu près à l'équinoxe d'automne ; sous l'empire romain, le 1er de l’an est le 1er octobre ; après 449 de notre ère et avant 483, l’année commence au 1er septembre, pour s'accorder avec le début de l’indiction. Ainsi, le mois de Gorpieos (septembre) sera jusqu'à 449 le dernier de l’année, après cette date le premier.
Les inscriptions d'Égypte donnent lieu à des observations analogues, sinon pour les ères, du moins quant à l'accord tenté entre le calendrier égyptien et le calendrier julien. Impossible, par conséquent, de fixer la date exacte d'une inscription, sans se référer aux usages épigraphiques, tant païens que chrétiens, de la région.
Les chrétiens n'ont guère innové, en matière d'ères, avant le Ve, terme de notre enquête. De cette époque datent l'« ère chrétienne » et les autres ères byzantines. Le Dictionnaire a amplement traité ce sujet. Il suffira d'indiquer, en guise de complément, qu'avec l'ère dite de Dioclétien ou des Martyrs (29 août 284 après Jésus-Christ), les dernières inscriptions chrétiennes utilisent l'ère des Sarrasins ou hégire (612 après Jésus-Christ). On annonce enfin qu'à Tibériade, l’épitaphe d'une chrétienne, morte au XIe, note la date du décès d’après la naissance du Christ, celle de Mahomet et celle d'Adam.
L'indication du quantième du mois, compté de 1 à 30, apparaît en grec dans les inscriptions siciliennes du Ve : Μυστήριον Δεβποῦạpλο Tes ( = τάλγ) ξοο. Une formule analogue, restée commune en néo-grec, est fréquente en Cappadoce : Μυστήριον Πέμπαολο Ησ ( = λσ) ος (d'ordinaire τ.. μεπάχ) φξοον ( = ξοο). A propos de l'expression voisine : ἐλγ.uiav néðavav Auépav, sur une épitaphe juive du IVe, de nouvelles références sont données pour la Lydie par N. A. Bees.
Le nom des jours, sur les monuments épigraphiques, est quelquefois chrétien. L'πέρξυπαξν ou ξυπαξν, les Ζδηβαρε, λυποραξοεύς supplantent lentement, au vie et au vite siècle, en Occident les μέραι δωνίς, Κωύβου, πόλλωνος. Mais les dénominations païennes subsistent, ou se mêlent curieusement, comme sur l’épitaphe de Catane indiquant l’Αὐγουστανὸν μέραν (jour d'août).
Les particularités phonétiques, morphologiques, syntaxiques des inscriptions chrétiennes n'ont en effet rien qui vienne du christianisme. Leur commentaire relève donc de la philologie de la κοινή (E. Mayser, Grammatik der griechischen Papyri aus der Ptolemäerzeit, Leipzig, 1906), des études sur la langue byzantine et le néo-grec (S. Psaltes, Grammatik der byzantinischen Chroniker, 1913), de la philologie de la Septante et du Nouveau Testament.
Celle-ci a été renouvelée par l'apport des inscriptions, des papyrus, des ostraka. Ces documents, pris sur le vif, ont montré que la langue du Nouveau Testament n'était point l’idiome spécial, plus voisin du sémitisme que de la langue grecque classique, imaginé encore par Friedrich Blass, mais le parler courant, quasi populaire, de l’époque. A. Deissmann a été l'initiateur, en cette nouvelle orientation des études néotestamentaires. Il n'entre pas dans notre plan de signaler l'importance des inscriptions (surtout païennes) dans ces recherches. Nous citerons seulement les travaux essentiels de J. Psichari, Essai sur le grec de la LXX (dans Revue des études juives, 1908, t. LV, p. 161 sq. et à part) ; A. Deissmann, Bibelstudien, Neue Bibelstudien (trad. anglaise, améliorée, Bible studies, 2e édit., 1903), Licht vom Osten, 1908, 4e édit., 1923 ; J. H. Moulton, A Grammar of New Testament Greek, vol. i, 3e édit., 1908 ; vol. ii, part. 1, 1919 ; J. H. Moulton, G. Milligan, The Vocabulary of the Greek Testament, illustrated from the Papyri and other non-literary Sources, 1914 s., part. iii (νω-ψ), 1919.
Le vocabulaire et la stylistique des inscriptions chrétiennes sont plus différenciés. Mots et formules spécifiquement chrétiens seront indiqués, partiellement du moins, dans notre IIe partie (le formulaire).
L'Église, au début, semble indifférente aux noms de ses fidèles. Il ne pouvait guère en être autrement, quand la majorité venait, adulte, du paganisme et du judaïsme. Sur ce point, comme sur tant d’autres, les chrétiens faisaient profession de se conformer aux usages reçus (Ep. ad Diognetum, 5). Trois quarts De après l’épître à Diognète, un chrétien aussi fervent que Léonidas donne à son fils le nom d'Origène (né de Horus). Au IVe, même liberté ; le frère de saint Ambroise, évêque de Milan, se nomme Satyrus. Tout l'Olympe se retrouve dans l'onomastique chrétienne.
Comment expliquer cette indifférence de l’Église ? En partie par l'impossibilité pratique de changer l'état civil des catéchumènes. Peut-être aussi par une sorte de mépris pour la désignation humaine de l'individu, son titre d'honneur étant le nom de chrétien. Peut-être les monuments confirment son dire, comme l'a montré enfin par l'usage de donner au baptême un nom chrétien, qui devenait le vrai nom, le nom religieux du fidèle, Cette pratique était courante chez les prosélytes juifs, qui s'appelaient par exemple Beturia Paulina proselita ann. XVI nomine Sara (CIL, vi, 29756) ou IE Felicitas proselita ann. VI nomine, peregrina ; les chrétiens l'empruntèrent à la synagogue. Le premier exemple d'un « nom spirituel » pris au baptême nous est donné par saint Ignace d'Antioche, qui choisit le nom de Theophoros. Les épitaphes du IIIe, en Asie Mineure, offrent quelques exemples de double nom, dont l'un peut être le nom spirituel : Markos Euboulos, Mar La kos Mathos ?. Souvent, sans doute, ce nom restait caché, comme celui de Thècle donné à Macrine, sœur de saint Basile. De nos jours encore, en Syrie et en Égypte, les chrétiens reçoivent au baptême un nom de saint ; mais beaucoup ne sont connus que sous un nom de qualité, commun à tous les cultes. Les noms chrétiens ne manquent cependant point sur les plus anciennes inscriptions chrétiennes. Ils sont tirés de diverses sources, — a) Peu sont empruntés à l'Ancien Testament et sur ce petit nombre plusieurs désignent des juifs d’origine. Marie apparaît en Asie Mineure dès le début du IIe et est fréquent. — b) Les noms d'apôtres, de martyrs, sont de bonne heure donnés au baptême. Denys d'Alexandrie, mort en 265, le constate pour les noms de Pierre et de Paul, et les De Rossi ; et les inscriptions d'Orient, Paul est beaucoup plus fréquent que Pierre. Jean, à en juger par les monuments, ne devint populaire qu'au Ve. Martyrius, Martiria sont très fréquents, à partir du IVe, sur tous les points du monde romain, Les noms des martyrs célébres « passent, comme leurs reliques, d’une contrée à l'autre : ainsi Cosme et Damien, Georges, Ménas, Thécla, etc. Les saints moins connus reçoivent même honneur dans leur province ; Abéoxoc, Néswv, d'autres encore, en Phrygie : Alexandre à Euménée, — c) Noms tirés des fêtes et des temps liturgiques (à raison sans doute de la date de naissance). Kupixxóg peut, au IVe, être donné par dévotion à un martyr de ce nom. Auparavant et d'ordinaire, c'est l'équivalent de Dominus, « le beau nom » : Kupasi xakwvuuoc. Pacxtaroc, 'Eopréoroc, 'Avacrdotocs sont de même type, mais existent déjà chez les juifs aux IIe-IIIes, en Orient qu'en Occident. Agapios, Pistis sont exclusivement chrétiens ; Elpis, Irene, Zuwtouévr devinrent bientôt par adoption. Neéouroc, DTUOG, DPorivés, Zwrtxôc rappellent le don de la grâce et l'illumination du baptême !, Zœorixôs est également juif ?. Un nom unique attribue à l’intérieur de la communauté chrétienne la naissance, dis mise au compte de quel que dieu bienfaisant : lieu de Dionysodôros, d’Isidôros, »ExxAnstô8wgos ?. — d) Les noms d'humilité sont fréquents au IVe . On range sous cette rubrique, depuis Edmond Le Blant, les noms qui rappellent les calomnies atroces et la haine dont les premiers chrétiens furent l'objet : « à l'époque des dernières persécutions, les fidèles s'en seraient parés comme d'un titre de gloire ou plutôt par profession d'humilité. On confond quelquefois avec eux, bien à tort, les noms de bêtes féroces, qui sont d'usage courant sous le Bas-Empire. Les noms d'humilité, fréquents dans l'épigraphie latine, se retrouvent aussi sur les inscriptions grecques : Ao6ôAtoc, Auépuvoc, Ayôaioc. Kehevouévn en Phrygie, TExðixig à Tarse, Zrepxopix (Gauloise morte en Syrie), Kopreúg, Korea, Coprion . Mais ces derniers noms, fréquents en Égypte et en Macédoine, y désignent probablement des enfants abandonnés sur des tas de décharge au voisinage des villes antiques (rorolar ou xorxp@v) ?, L'hypothèse de noms d'humilité exclusivement chrétiens ne doit être soutenue qu'avec réserve. Les noms romains ne se rencontrent que très rarement, même sur les épitaphes, dans la capitale. Parfois les noms de baptême se glissent à la place du cognomen : povreix Pougeritx Pevarat !. Le gentilice reste souvent exprimé avec le cognomen, particulièrement chez les Orientaux établis en Italie, Voir 1re partie ; 2° fin. = L'usage du surnom (signum) est ordinaire, et est introduit par la formule 6 xx après le nom officiel.
La filiation, soigneusement mentionnée par les païens, n'est plus admise dans le style funéraire chrétien : dès le IVe, celui-ci est fixé dans son austérité, À cette règle il est d'ailleurs beaucoup d'exceptions, spécialement chez les Orientaux établis en Italie. — Au lieu du père, c’est quelquefois la mère qui est nommée sur les stèles chrétiennes. Ainsi en Égypte ! Les noms chrétiens ne manquent cependant point sur les plus anciennes inscriptions chrétiennes.
1° Rome. — Parmi les chrétiens de Rome, le grec fut la langue préférée et peut-être langue liturgique ! ? jusqu'à la fin du IIe. Au début du IVe, le latin prend le dessus ; au Ve et au VIe, il a si bien triomphé que l’on a peine à comprendre les missives venues d'Orient. L'usage de la langue grecque dans les inscriptions romaines suit la même courbe. Selon De Rossi, les inscriptions grecques sont pour le moins aussi nombreuses que les latines au IIe ; à la fin du IVe, elles sont déjà rares ; après le IVe, très rares, et émanent surtout d'étrangers *, Il n’est donc pas étonnant que, sur un chiffre approximatif de 30000 inscriptions chrétiennes trouvées à Rome, le petit nombre (le dixième environ) relève de l'épigraphie grecque. On comprend aussi pourquoi, remontant à l’époque antérieure à la paix de l'Église, ces inscriptions appartiennent d'ordinaire, par leur style, à la catégorie des épitaphes sévères, où ne figure qu'un nom suivi d’une acclamation, d'une brève louange et de quelque symbole.
Ces textes ont été retrouvés dans les principaux et plus vénérables catacombes : le Dictionnaire en traite aux mots CALLIXTE, DOMITILLE (PRÉTEXTAT, PRISCILLE). La plus ancienne épitaphe dont la date soit certaine est celle du pape saint Pontien (f 235) ; mais nombre d'inscriptions, dans le seul cimetière de Callixte, sont antérieures et remontent au milieu du IIe.
L'épigraphie grecque chrétienne de Rome n'offre rien de comparable aux carmina damasiana, si précieux pour la topographie et l'histoire des monuments chrétiens : elle ne relate aucun acte officiel de l'Église, aucune fondation de sanctuaire : elle cesse, en effet, au moment où le culte paraît librement. Certaines inscriptions grecques intéressent pourtant l'histoire de l'Église. Les unes, comme les épitaphes de la gens Flavia, au cimetière de Domitille, et celles des Acilii au cimetière de Priscille, attestent la pénétration du christianisme dans les plus hautes classes de la société, Voir Dictionnaire, 5. V. ARISTOCRATIQUES (CLASSES), DOMITILLE, FLAVIENS. D'autres éclairent la vitalité du christianisme, parmi les réactions du paganisme et les persécutions. Les épitaphes grecques de sept papes du IIe, Urbain, Pontien, Anteros, Fabien, Loukis (Lucien), Eutychien, Gaius, ont été retrouvées au cimetière de Callixte, toutes sauf la dernière dans la crypte papale, De la même salle que la pierre tombale de Gaius provient l’épitaphe latine de saint Corneille, martyrisé en 253 : Cornelius martyr (episcopus) *.
Comme treize sépultures papales, du IIe, étaient signalées dans la catacombe de Callixte, il ne nous manque que cinq d'entre elles. Encore reste-t-il, au nom des papes dont l’épitaphe est perdue, des proscynèmes analogues à l’acclamation laissée par un pélerin à l'entrée de la crypte papale : « Ev O[e&] uer[&] | Tovr [ov ‘xyiov ou Érioxérwv ?] | Ilovriuve Ehon !, Un témoin également notable de l'âge des persécutions est le graffite du Palatin : `Ae | Eduevog | oćete | eév, accompagnant la caricature d'un crucifié à tête d'âne, ‘C'est un échantillon des sarcasmes en usage contre les chrétiens, au IIe, Quelques savants, après R. Wünsch, ont pensé que le culte tourné en dérision n'était pas celui de Jésus, mais celui de S... On trouvera au Dictionnaire (s. v. CRUCIFIX, t. mt, col 3049-5056), une bonne réfutation de cette opinion,
Les épitaphes romaines de langue grecque contiennent mainte allusion à la foi de leurs auteurs et particulièrement à leurs croyances sur l’autre vie. Nous n'avons pas à exposer les conclusions dogmatiques qu'autorise l'épigraphie chrétienne, L'étude de quelques épitaphes montrera assez la plénitude des formules, en ce centre de la foi. Au 10e mille de la via Latina, près de Tusculum, « une catacombe a récemment livré l'épitaphe suivante (fig. 5866), que la paléographie, l'orthographe et le style attribuent, semble-t-il, au IIIe finissant *.
Eòpúyı Mouoevs 3 Toma Aoh tugh : &Üdvaæros Tap% Xpnortõ ` Plus antique, plus saisissante dans sa concision est la belle stèle (fig. 5867) de Licinia Amias. Elle figure aujourd'hui dans la collection chrétienne du Museo Nazionale . La supposition, émise par Victor Schulze, qu'elle porta d'abord une épitaphe toute païenne avec la couronne accostée des sigles D M, l'ancre entre deux poissons, l'éloge de la défunte, et qu'il y eut un remaniement ou plutôt un réemploi chrétien [1 ker, H. Achelis, J. Wilpert, F. J. Dölger et G. Ficker ; A vainement essayé de ranger cette stèle, avec les inscriptions d'Abercius et de Pectorius, parmi les monuments du culte de Cybèle ; trois ou quatre cents mètres séparent le Phrygianum (ou temple de Cybèle au Vatican) du point où fut trouvée la stèle par-dessus tout, l'expression |XOYC Z@ONTON, inouïe dans les textes relatifs aux cultes phrygiens, s'éclaire dès qu'on dénoue normalement les sigles : ‘I(naodc) g Xerard) Afet) Y(Lds) Ef(wrne) Éovrav. Les études de F. J. Dölger ont établi que l'expression oi É@vrtec désignait, dès le IIe, les chrétiens, vivifiés dans leur âme par le baptême du Christ Sauveur. Le sens même de « poisson des vivants » et une allusion à l'Eucharistie ne sont pas exclus. Aux offrandes païennes d'aliments, spécialement de poissons, sur les tombes, un chrétien opposait spontanément le sacrifice eucharistique, célébré, à intervalle variable suivant les régions, pour le défunt et parfois sur sa tombe même : là encore Jésus était Sauveur et festin de vie. = La lumière était aussi symbole de vie éternelle. Elle apparaît comme telle dans une épitaphe métrique malheureusement perdue, mais fort ancienne, du cimetière de Priscille : pers ceuvh yAuxkepdy påog où xaté[A]el]pas ancré i »Eoyes àp ETÈ gow entre navxidvaTtov xer deux poissons [navuta Eòcésx yàp oh návrtoté os Tpodyet’.
Le cardinal Pitra, Kirchoff, J.-B. De Rossi, ont accrédité la traduction qui interprète les symboles gravés au milieu du second vers comme l'équivalent de IXOYN : « Vénérable Maritima, tu n'as pas perdu la douce lumière, car tu as eu avec toi (le Poisson) immortel en toutes choses, car ta piété te précède partout. ». L'inscription de Pectorius au 8° vers, nomme en effet le Christ, sous le symbole du poisson, ο@c t&v axvévreon. ajouta IXOYC ZONTON ”, a été réfutée par F. Bec- | F. J. Dôlger, qui cite d'autres analogies, maintient pourtant le sens obvie : « car tu possédais avec toi (la lumière) de tous points immortelle. » 1 C'est l'écho d'un verset de l'Évangile de saint Jean, vm, 12 : 'Eyó lu tò ps. ToÙ XOGHOU dxoňovðčv pot où ph TEBLTATNON èv th oxotig, AN bber tò päç Tic kos. Même idée sur une lampe romaine qu'on aurait retrouvée à l'intérieur | d’un loculus : LVCE NOVA FRVERIS LVX TIBI CHRISTVS ADEST . La phrase finale : Egée yàp ch) RAVTOTÉ ce Tpodyet, fut souvent rapprochée de Iistri nvt è moofye, de l'épitaphe d’Abercius (12° vers) ; les deux expressions ont des répondants dans la symbolique des premiers siècles, particulièrement dans Clément d'Alexandrie 13, Une théologie plus élaborée se fait jour dans l'épitaphe de TIovactæ Eùxpéota, déjà reproduite er y Dictionnaire, au mot COMMUNION DES SAINTS, t. col. 2452, fig. 3198 : “Jouaetuc Eùaxpéotag | RUE ce Xeorérne | A capË ÉvÜaée xettar | duyn Sal d ÉVEXELVNGdeiox|r@ nv(stuur). X(proto)ù | « al &yeherxdv spa [Axéobax iç odpæviov K(etoto)d|BaorAeluv perk Tv | Gyelov dve hup. Le P. Garucci y avait reconnu une inscription métrique, dans laquelle s'’encastraient vaille que vaille le nom de la défunte et quelques additions ; Rossi partagea cet avis 4, L'opposition entre les destinées du corps et de l'âme n'est point exclusivement chrétienne #. Comme le remarque R. Aigrain 15, les lignes 4 et 5 rappellent Ad Tit. vx, 5 :
Écocev Mc d1X AouTpod us xal dvaraces IÎlvebuaros &ylou ; ce rapprochement permet d'invoquer cette épitaphe comme un témoin de la croyance à la procession du Saint-Esprit a Filio. Le : royaume céleste du Christ, avec les saints + est une conception synthétique, dont les éléments se trouvent en diverses inscriptions anciennes 2, L'allusion au corps angélique rappelle l'opinion avancée à ce sujet par quelques écrivains de la fin du n° siècle ou du re siècle commencant 17. De Rossi concluait que l'épitaphe est peu postérieure à cette date. Mais le raisonnement vaut pour le poème original, non pour son utilisation par le rédacteur de l’épitaphe actuelle ; la paléographie de celle-ci, particulièrement la forme des À, exclut toute date antérieure au n° siècle : tatlave zal Does xal dog | pos dofiros övtwg L'inscription serait du rer siècle de notre ère ( ?). Panticapée.
VII. — 21
mm l'absence de croix, de monogramme, de tout symbole autre que la colombe, permettent de la croire quel que peu antérieure à la paix de l'Église.
In monument uni que en son genre a été retouvé à Rome : c’est la chaire de saint Hippolyte, sur les deux E faces latérales de laquelle sont gravés le calendrier imaginé par le martyr et le catalogue de ses œuvres. Voir Dictionnaire, aux mots CHAIRE ÉPISCOPALE, t. IL, col. 47 sq., et HIPPOLYTE, 1. vi, col. 2423, fig. 5730 ; A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, in-8°, Paris, 1906, p. I-XI, XLII-L, 151-158. _ 29 Italie, France,Espagne,Afri que,Colonies syriennes. — a) A part Rome et la Sicile, l’épigraphie grecque chrétienne est maigrement représentée dans le vieux monde latin.
La petite communauté chrétienne, signalée sur la voie Latine, ad decimum, dont nous citions plus haut l'épitaphe de Mousena « + immortelle près du Christ » SIA Ke AR A TOMN IAA ! ONT YA METÀ S i EA y Yoy TUE TEEY AC Han “PETTC YA C [ooy ovk N A ne. NAY Toc tes fi co H KODS VAT NRA E K YTT oA NÉE est le type des groupements chrétiens du rv° et peutétre du mè siècle !. Elle était composée d'esclaves, d'affranchis à noms grecs ou grécisants, de quelques latins de condition libre. Nous ne la connaissons que par les inscriptions, L'une d'elles nous apporte peutêtre l'écho du Credo, récité avant le baptême ? :
L'expression est Johanni que : totg miotrevouoty els TÒ Övouæ aðrtoð (Joh. I, 12, cf. IL, 23, III, 18 ; 1 Joh., V,13).
Ces communautés latines s'expriment rarement en grec, après la paix de l'Église. On remarquera l'épigraphe du vi siècle, gravé sur le sarcophage de saint Dasius, apporté de Mésie à Ancône#, et le texte d'Amalfi, commémorant la restauration d’une chapelle du martyr Varus, sous l'évêque de Nap les Stéphanos +. t O. Marucchi, dans Nuovo Bullettino di archeologia | | ce aux, on ne compte que quelques cpriapigi ct rS b) Les inscriptions grecques chrétiennes de France ont été signalées dans le Dictionnaire 5. L’épitaphe de | Pectorius est de beaucoup la plus importante. L'ins-« | cription chrétienne de Lyon est bien plus claire, depuis la copie nouvelle donnée au Corp. inser. lat., t. xs n. 2267. c) L'essentiel a été dit, également, sur les rares inscriptions grecques d'Espagne ét sur la trilingue juive de Tortosa #, d) En Afri que, la langue grecque, encore connue au temps de Tertullien, semble avoir bientôt disparu 2. Sur 120 textes grecs relevés par l'enquête de M. Mon- | | quelques dédica ces de forts byzantins. La Cyrénaïque est plus pauvre encore. Parmi touts à les inscriptions copiées à Cyrène par Pacho, Relation d'un voyage dans la Marmari que, la Cyrénaïque, ete, Paris, 1827-1839, une seule (fig. 5868) est sûrement « chrétienne . Letronne l'avait commentée, et Franz l'a introduite au Corp. inser. græc., t.1v, n. 9136. ‘co À et lecture sont améliorées par D. Comparetti :
E Autola Buydrnp 1 alou Toù 2 ro uvuulov rûto ÉvÜdôe ire, à, [olüv meta Toù ulo grtjs Osv4 l'IJoéx ? ovau. Oüror érehedrnoa 5 THY ért &ypo Muporwlð couo 6 B'&(r) yevouévou. Téðixxv adrèc 7 „oyi KdAarnoc 6Cu) vhp adriç xè 8 mathe cé » do, qùròç Talog xè yap9 DRE 6pèl<] adroù [loAGouioc. 10 ou« ? K(dor)e uvnobnrr Tôv sev 75 11 GTNYXO TOUTOCU > TRE C'est l'épitaphe d'une chrétienne, Démétria, enterrée avec son fils Théodoulos, par son père Gaios et son gendre Polyboulos( ?}, associés à Callippos, mari et père des défunts. Ceux-ci furent victimes d'un tremblement de terre, « dans le champ du parfumeur » (lignes 5-7). D. Comparetti signale, à ce propos, deux lettres de Synésius, évêque de Cyrène, en 410, qui font allusion à des secousses sismiques, remontant peut-être aux dix dernières années du 1v° siècle ! : la date (7), ajoutée avec d’autres compléments en marge de l'ins| cription, donnerait (ligne 11) [étouls 1e ; l'an 15 de Théodose, soit 394. L'invocation finale + ? n'est pas seulement curieuse par le romanisme onrfyos, dérivé de specus ; elle rappelle, comme la mention de l'achat, comme les formu les ÉvÜdôs xīte et érehetTnoav, les épitaphes de Syracuse #, remontant au Ve.
Les inscriptions grecques trouvées en Afri que — | nous rattachons l'Égypte à l'Orient — sont, en effet, pour la plupart importées ou gravées par des étrangers. Le fermoir de Korbous (Tunisie) est un objet syrien,
EL E SE
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g : 4 (4 f L v b è g 2). -= +
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1 5 eS »Evôaée xire Xproxov[toc] 8ouAoc Oeoù. “O rérols IMol]povpiou Kavwðnvo <ov} xè Boopnvoù.
Victoria fide les in pac[e]{ au revers : Crefsco]nius fidellis in] pace !
Ce citoven de Kanatha et Bosra, en Arabie romaine, … a apporté jusqu à Carthage les particularités de son … orthographe et des formu les funéraires de Syrie (TÔToc). e) Les colonies d'Orient aux, Galates, Arméniens, 1 Arabes, surtout Syriens * sont, dans les régions que » nous venons de parcourir, les princip aux, sinon les = seuls tributaires de l’épigraphie grecque.
On reconnaît leurs épitaphes, particulièrement celles des Syriens, à leur grec dialectal, à l'indication d'origine, du type connu xo(unc) öpwv | « Arauéov #, à l'usage du calendrier syro-macédonien et des ères d'Antioche ou des Séleuci des 5. C’est bien à tort que P. Thomsen reproche à K. M. Kaufmann de - compter toutes ces épitaphes pour chrétiennes *.
. Mommsen les tenait pour telles’. La récurrence de formu les telles que Evôdôe xire £v slovn, avec ou sans chrétiens ; comme Kacoiœvôs, nom d'un martyr vénéré à Antioche ; la date enfin de ces épitaphes, qui est le Ve, époque où les rives de l'Oronte étaient largement christianisées ; les por ’Arauéwv, AËdævéiy ou - Exigavelwv sont riches d'églises et d'inscriptions chrétiennes, relevées récemment par l'expédition de Princeton University. — Plusieurs de ces Orientaux morts en Occident étaient des chrétiens hellénisés, dont le père portait un nom païen ( AGeôaluoc)® ou un nom syrien ( AG6ooxc), caractéristique de la Syrie du Nord*. Nous retrouverons des Syriens, parlant grec, en Mésie et sur la mer Noire (infra, 6° fin).
V. Schultze, Archäologische Studien über altchristliche | Fa du vit ou vue siècle 1. L'épitaphe suivante, trouvée à — Carthage, est apparemment du Ve ? :
646 V. Strazzulla 2, qui plus tard en donnait te Corpusculum #3 : sur 461 inscriptions chrétiennes, 417 sont grecques. Depuis lors, quelques inscriptions importantes ont été publiées par F. Orsi : telle l'épitaphe d'Euskia, attestant au Ve le culte rendu à sainte Lucie, la martyre de Dioclétien, els y ox otw Évxouetov clreiv 13, En ajoutant à ces textes ceux recueillis sur d'autres points de l'île, on approche du total de 600 inscriptions grecques chrétiennes.
Elles se répartissent en deux groupes : les unes sont gravées à la pointe, ou peintes, sur les parois des plus anciennes catacombes, les autres sont gravées sur les auges plus récentes, À la première catégorie appartiennent les graffiti relevés par
A Balsio au centre de l’Albanie, on a retrouvé l’éloge métrique d’un serviteur fidèle de Justinien, Boustovée #, et la dédicace d’un sanctuaire de la Vierge par Bépns ó uerovouaolels Miya 5 ; ce converti n’est autre que le célèbre khan des Bulgares, Michel Ier (852-888). Un écho des luttes antiariennes dans l’ancienne Mésie nous vient par un texte de Pautalia, inscrit probablement sur le mur d’enceinte d’une église : « Si tu désires entrer dans notre maison, monte la route, va, croyant que Jésus est l’'homoousios de la Trinité et l’associé intime de la création. Si tu as un autre sentiment, il faut rester hors du vestibule . » Dans la dispersion actuelle des documents, il est fort difficile de prendre une vue d’ensemble. L’esprit est cependant frappé, quand il passe des inscriptions occidentales à celles de la Grèce, par la variété des objets et la souplesse du style : au lieu de deux catégories monotones, acclamations et épitaphes, toute la vie paraît désormais sur les inscriptions ; en outre le libre génie de l’Hellade mêle aux inspirations chrétiennes, reçues du texte original du Nouveau Testament, les souvenirs de la rhétorique païenne. Des termes empruntés à saint Paul, xouunT do Oeoù ydpıg, sont restés en usage à Athènes, en Macédoine, dans les îles de la mer Égée . Un tesson de terre cuite, trouvé à Mégare, reproduit le texte du Pater selon saint Matthieu *, tandis que près d’Elis une inscription rappelle tòv sv duiv Tèv étovpéviov ©. Un anathème de l’île de Salamine se termine par MAPANAGAN 11 ; c’est au iv° ou au v° siècle un souvenir de I Cor., Xvi, 22. En même temps l’antique littérature, Homère lui-même, viennent à la rescousse, dans ces épitaphes métriques ou ces épigrammes si appréciées des lettrés.
Un exemple de ce mélange d’éléments païens et chrétiens nous est fourni par deux inscriptions sur mosaïque trouvées à Nicopolis d’Épire $. Elles nous font connaître un évêque Dometios, qui vivait sans doute au v° ou au vi° siècle. L’une des inscriptions décrit, à la fois, la vue que l’on avait de la résidence épiscopale attenante à la basilique et la mosaïque elle-même, qui représentait l’Océan :
»Gyeavèv TEPLEAVTOV dretourov | Evy Gédopual, yaľav LÉGOOV yovra | copois IvôdAuat téywne TAVVTX repiolpopebouoav ox nvi[re] xat Épne, |“ Aouuetlou xréavov ueyaÎüuou doyrephoc.
Le quatrième hexamètre est une réminiscence d’Homère (Odyss., xvi, 131). La seconde inscription ornait l’entrée de la basilique :
Ofxov éracredrovra, O(eo)ù yov, ÉvOx x(t) tvda A muatTo xal xóouyos xal dyAœihv mópe räouv | 0 Aovuéroc, repimioros duouñrov leghov “Apxtepels, | ravéororoc, ÉAns rxteiôos uéya péryos.
Au langage de l’archevêque qualifié de « grand prêtre de prêtres irréprochables », on peut comparer le style d’une inscription du v° siècle, provenant de Tanagra (Béotie) :
Mi GE Ady TUPOESOX xpiotg Sewheaoa lEëwnc i xal Tuptåpou x mp[u]epo Luyñs morvoðuvov Aroc 13 Sans mêler le Tartare et la Géhenne, des épitaphes « plus anciennes ont un caractère de neutralité qui surprend. La croix seule indique la religion d’un texte que Bayet juge antérieur à l’an 350 : fl + Aûnvodcpav thy &yalnv thy Arthy E Thy Oxuuaglou yuvæixa thv puaévieov + Ji nalia TEXOUGAV xal TPÉPOUGAV výr | À YA Aaboox thv véxv thv untépa HOTÉYEL, YLAGATOS couévwov TOY maðkcv M, | Une longue inscription métrique de Karvyotissa, « près Pella (Macédoine), n’est chrétienne que par le « nom, Mapia, de la défunte #, C’est une inscription crypto-chrétienne. Cf. infra, ge, a). E C’est dans les cimetières beaucoup plus humides d’Athènes 1 et de Saloni que que nous saisissons les espérances chrétiennes touchant l’autre vie : la tombe est le xouunthprov…. Ew dvacräceusc 1. A quelques indices, nous reconnaissons même organisation des cimetières qu’en Sicile : sépultures achetées à l’église ! ou au fossor ?, payées aux pauvres et aux esclaves par les riches ?.
Ces traits généraux indiqués, nous devons signaler quelques inscriptions plus importantes. Le Dictionnaire a déjà cité : l’épitaphe de la diaconesse Anastasie, à Delphes (probablement antérieure au milieu du v° siècle) * ; la pierre de Cana : ‘ôrou tò Gwp olvov _Éroinoer à K(bpto)c uiv I(noob)s provenant d’Élatée, actuellement au Musée d’Athènes 5 : ~ deux inscriptions de Corinthe, l’une relative au proconsulat de Gallion, importante pour la chronologie de saint Paul, l’autre trouvée aux jeux isthmiques de Corinthe, qui invoque le Christ en faveur de Justinien —… avec les mots mêmes du symbole de Nicée põgç x péroc, Osos &Anfivdc éx Ocot Anwo 7 ; la dédicace métrique de l’empereur Jovinien, en 363 environ, transformant un temple de Corfou en église chrétienne ®.
Ailleurs quelques informations sont données sur les inscriptions de Tégée® et de Platées 19, en Béotie.
- De Platées provient une plaquette de bronze qui remonterait à la fin du IXe ou au début du XIe et sur laquelle sont inscrits quarante noms, noms orientaux, noms latins transcrits en grec, noms chrétiens à côté de théophores païens ; les titres &Gvaxyvo(ot- | F4 1e), xp ou mpeaë(brepoc) répétés trois fois, xaT« Thc) ( ?) donnent à entendre qu’il s’agit de chrétiens.
F Ce monument, encore mal connu, paraît unique dans l’épigraphie chrétienne autant que vénérable par son antiquité 1, La Macédoine, outre ses épitaphes et le cimetière de Saloni que, présente un curieux exemple d’apotropaion. C’est la correspondance apocryphe d’Abgar d’Édesse avec Jésus-Christ, reproduite sur une porte de la ville de Philippes, dans la première moitié du v° siècle de notre ère 13. Nous commenterons plus loin des monuments analogues trouvés à Milet (8, g) et à Édesse (10).
Une stèle de Keserli, en Thessalie, est seule à nous révéler un groupe de martyrs honorés sans doute le 18 décembre :
Maotüso[v] l'Iolévvou Aouxä »Avôgéou AewviSolu] An paptúpiov Th red LE’ xxA[ævô&v] Ix[vouxslou] uny : 10€.. 1000 r’ adTEv owt[nplag !. — « Cinq mèches Konstantinopolis, dans Denkschriften de 650 allumées » 14, figurées sur la pierre au-dessus des noms vénérés, attestent l’usage des cierges dans le culte des martyrs.
6. Constantinople, Thrace, Crimée. — Les nécropoles de Constantinople n’ont pas livré de monument bien intéressant 1« , En revanche on peut voir en place l’inscription bilingue gravée sous Théodose, lors de l’érection de l’obélisque qui porte le nom de ce prince (390) 16, Le texte rappelle seulement qu’en trente-deux jours l’opération, vainement tentée par d’autres empereurs, Constantin sans doute et Julien, était terminée 7, Dans son poème descriptif sur l’église des Apôtres, Constantin de Rhodos nous a conservé l’inscription gravée par Constantin le Grand sur le socle de sa statue colossale au Forum :
Eù, Xpiarté, xôduou Éœmathebs xal deorôtne, co ! rpootiünur Tive thv ÉOUANV TÉL xal oxirTox Tics JE xal tò räv ‘Pouns xpéros.
Taurnv, cõte Ô' Ex néons BAXONG 18.
Il y a peu à glaner dans les cimetières de Thrace. L’épitaphe de Rodosto : Xperariavn “Anola évOäôe xeta 1, semble des plus anciennes. Celle découverte à Kastro, près Viza, l’ancienne Bizye, montre que, dans la patrie de sainte Thècle, son nom était donné au baptême : “Evæ xæraxure h Son rod Oco Déxdu %. L’épitaphe de six enfants terminée par la déclaration XKoetoriavol è mévrec Éveouev, publiée comme inédite et provenant de Constantinople ? :, a été restituée à la Thrace et à ses premiers éditeurs par H. Grégoire et le Dictionnaire %, De ce texte peut-être antérieur à la paix de l’Église on rapprochera l’épitaphe de l’ancien Ulmetum, en Roumanie, datée du v° siècle par B. Farvan : “Evrax xaraxivre 8[0]o yapo riovoli] xt. Elle nous est donnée en deux transcriptions, l’une riche en particularités orthographiques et reproduite dans le Dictionnaire #3, l’autre « rectifiée + à souhait avant de figurer à l’Archäologischer Anzeiger ?4, Les épitaphes de quelques Syriens, tailleurs de pierre ou graveurs, ont été retrouvées à Serdica, l’actuelle Sofia 3, et à Callatis en Mésie * : de gros marchands de même origine étaient enterrés à Panidon | — i Th. Wiegand, Inschriften aus der Levante, dans Aihe| =J. H. Mordtmann, Archäologisch-epigraphische Miltei| Yahwviravz, femme de Mxhyos Zôügos. — Archüologisch(Panion, près Rodosto) et à Odessus (Varna), sur la mer Noire 1.
Monuments et textes chrétiens de la Dobroudja sont groupés dans des ouvrages récents, B. Parvan a relevé à Baspuaar, au S.-E. d’Adameclissi, la bilingue suivante :
+ CTAYPOC Oavarou xat ANACTAGEUG + CRUX MORTIS et RESURRECTionis *.
Les monuments de l’ancienne Cherronésos et de Panticapée (Kertch}, en Crimée, ont été reproduits et étudiés dans le Dictionnaire #, Le bas-relief funéraire de Cherronésos reproduit au t. x, col. 2642, fig. 2207, parait être une stèle païenne, que les chrétiens ont désaffectée en l’ornant de croix et de la légende : Dög Ztoñ. K+ôpne t Bon + Or rov Üxov (—oixov) Toürov. Auv. Même transformation d’une statue en bronze d’Éros ou de Dionysos, portant deux monogrammes byzantins sur le dos, deux autres sur la poitrine, et à la ceinture l’épigraphe + Pavi Kup(lou) O(e05) rt tõv DOTE 5. inscr. lat., t. m, n. 14214 ». Cf. J. Zeiller, Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes, p182, note 5.— Voir
ES, :
- d UA 652 de Théra et Therasia, de Nisyros et de Mélos paraissent des presbytres associés à une diaconesse et à deux « vierges’, un ebxyyeArorhc *, une xpeo6dric, cf. S. Paul, Tit., m, 3%, une vewrtépæ 1° : ces titres rappellent les premiers essais d’organisation dans la chrétienté, tant
dis que les conceptions religieuses entrevues dans les mêmes textes sont voisines des idées juives, de certaines représentations païennes, et nous reportent au deuxième siècle de notre ère. A ces remarques pénétrantes se mêlait quelque arbitraire. L’évangéliste de « Rhodos, « prêtre de Daphné et du dieu » n’était pas « un converti, mais un prophète d’Apollon 4, N’y a-t-il pas quelque témérité à rapprocher des textes aussi distants par le lieu et le temps ? H. Achelis reconnaissait lui-même qu’il n’aboutissait pas à la certitude.
Le texte le plus caractéristique est une épitaphe de 3 Mélos, souvent citée. Bien que les catacombes de cette île soient anciennes 1%, l’épitaphe date du milieu du IXe H :
'Ev K(vpijo., OÙ rpccbolrepor ol réonc uv une &črr Aoxihnrtg xal « Erilov xè »AcxAnm{édolt{olc xè Ayan Alas [ôlékovos xal Eùtuyix napleveúsasu xè KAxuôtmv Tapålevecaca xal Eùtuyia À Tobtov uT Evig xeivre : xal Erl Cra véut (=yêue) Tò Onxiov Évopgxkibe ÜUic Tov GÔe ÉpeotTOTE ÉVYEMOV [roro h tig more Toluh(on) výde +iva xauraléoe.
Incod Xperotè Bohler tõ yebavrr ravoi 1, Cette tombe est réservée au personnel ecclésiastique, dont plusieurs membres semblent apparentés. Elle nous montre les vierges vivant encore dans leur famille, associées d’ailleurs à une diaconesse, Même rencontre à Philippes de Macédoine : Kotu(nTnprov) dtapépovtæ ITociËoviac Stax(oviaanc) xat Ilayyaplas ÉAxy(lornc) xavovtxns 1%. A Tchoroum, dans le Pont et à Bosrä 1, nous retrouvons ces vierges « canoniques » officiellement inscrites sur les registres de l'église, &væyeypauuévas èv té Tüv ÉXKANSLOY xavóv, 1# ; quelques-uns de ces textes ne remontent pas plus haut que le vë ou le VIe, Plus originale est la mention de l'ange du tombeau. Théra a en effet livré quarante et une stèles du type : “Avyelkoc Erxroüc Toesocébriëoc 1 : il est probable qu'on a donné à la tombe le nom du gardien figuré ou invoqué au-dessus d'elle ; de même, en Anatolie occidentale, la tombe s'appelle parfois Aéwv ou &etéc 2, Les honneurs rendus aux anges des tombeaux doivent leur origine à la dévotion aux anges en général, témoin l'invocation du 1v° siècle, trouvée à Théra : « Ayre xal pobepè Min doyduyeke Bol xTA 21, et au rôle que les premières liturgies reconnaissent près des mourants à ces messagers divins. Ce culte est attesté pour la me … Grèce propre !. Chypre nous montre les fidèles s'en autorisant, pour ces usurpations de sépultures païennes, que les lois de 340 à 447 s'efforcèrent vainement d'arrêter ? ; telle est du moins notre lecture d'une stèle _de Xéropotamos près Lapéthos :
Zopds Ewrnleleuxvod, &(yyÉ) rwv soroté [a] exta F4 [Mo Oetox. ‘Ololxelouev duc TOV Osòy Toy T[æ]vro5 xpårtopæ xÈ Tarépæ xè “Terv xÈ tò »Ayerov Ievsõua UM TLG TæpEeva Toù ARa jov é[pltoün, è Dirl{o(a)] (2) roûc 10 + es xpeloLv 5.
La plaque qui porte cette épitaphe est ornée au sommet d'une tête d'ange ailée et de deux guirlandes ; à droite, un buste d'homme, à gauche un fragment de figure féminine, restes peut-être de la stèle païenne, _« prise (&Ao0etox = par la puissance des anges » sur les démons infernaux et les mânes. Le Dictionnaire a reproduit mainte inscription provenant des îles : feuille de plomb, trouvée à Rhodes, f portant gravé le texte du psaume LXXIX 4, la bilingue de Lapéthos reproduisant le psaume x1v *, les inscriptions de Crète. On peut y joindre l’épitaphe de la Canée (fig. 5869), qui rappelle les hymnes suprêmes chantés à l'ensevelissement :
Xe(Lotdc) Kp(Lorôc) Xp(rorô)s « Inooûc Atovüotoc Lx xov vd- | vote blotorc Un rocher de l'ile de Syros porte deux séries parallèles de graffites païens et chrétiens en l'honneur d’'Asklépios, de Sérapis, plus tard de saint Phocas ^, que nous utiliserons dans notre étude du formulaire épigraphique (IIIE partie).
Su Asie Mineure. — a) Inscriptions crypto-chrétiennes ; — b) Culte des martyrs ; — c) Hiérarchie, liturgie, monachisme : — d) Vie chrétienne ; — e) Lutte contre le paganisme ; — f) Hérésies ; — g) Superstitions.
A Suivant les grandes voies de communication entre la Syrie et l'Occident, le christianisme pénétra bientôt en certaines provinces de l'Anatolie. Éphèse, en Asie, est la communauté la plus célèbre dès le n° siècle ; la Bithynie, sous Trajan, est semée d'îlots chrétiens, Ces conquêtes étendues ont leur écho dans l’épigraphie chrétienne d'Asie Mineure, mieux connue que celle d'autres régions *.
Forts de leur nombre, exempts, durant quelques décades, de persécution organisée, les chrétiens ne cachèrent pas, comme à Rome, leurs tombes sous le sol. De leurs cimetières à ciel ouvert, les épitaphes sont venues jusqu’à nous. Mais elles restent difficiles à identifier. Une sorte de loi de l’arcane, due à l'hostilité du milieu, interdisait les manifestations déclarées de la foi nouvelle ; de plus la formation d'un style épigraphique chrétien ne fut pas l'œuvre d'un jour ; | F. Cumont le reconnaît pour l'Asie Mineure 1 comme De Rossi pour Rome 11 ; longtemps les chrétiens rédigèrent leurs épitaphes avec des formules païennes. Impossible, en conséquence, de reconnaître toutes les inscriptions + crypto-chrétiennes ».
La plus célèbre, dont l'inspiration chrétienne est aujourd'hui hors de doute 1, l’épitaphe d’Abercius, évêque de Hiérapolis en Phrygie 13, est toute vibrante de l'enthousiasme des premiers temps. De ce monument du milieu du n° siècle, on rapprochera l’épitaphe métrique, à peine postérieure, de Arolu, à Apamée ; le dernier vers Xalo(ete) ol napiovrec xal cùy&s Béo” Ürép aütoð n'est pas païen H, — Dans le Pont, la plus ancienne inscription probablement chrétienne est datée de l'an | 201-202 15. Claudiopolis, ville de Pont puis de la province d’Honorias, nous a donné deux textes du ue siècle, dont l’un relatif à un défunt qui succombe | « après avoir pris Dieu + Axóvrtæ Deod 1. — Une stèle d'Isaurie présente une épitaphe banale, sous le motif ordinaire des tombes païennes : buste de Cybèle, stylisé, dans une arche arrondie, mais une petite croix nue à branches égales est gravée au bas de l’image, et nous savons que ce signe paraît dès le m° siècle en Lycaonie, devançant le chrisme et la croix monogrammatique 17 ; la stèle est donc datée « about 250-300 18 ».
Pete PR Cri er ee me -- 6 RQ SDS mn a i— Le reliquaire de S. Trophime à Synnade 1, et l'épitaphe du martyr Paul à Derbé ? remontent vraisemblablement au m° siècle : seul le titre de martyr les distingue de banales épitaphes ; ni croix ni allusion aux croyances ou à la communauté chrétienne, Ces exemples donnent une idée des critères qui décèlent les inscriptions chrétiennes déguisées : symboles chrétiens (très rares en Asie Mineure), — emploi de formules étrangères au paganisme, désignations et titres réservés, tels que xotunTñp.ov, — noms exclusivement ou ordinairement chrétiens. Ajoutons qu'il faut interpréter ces signes avec prudence : il y a des rpeoébrepor juifs et même païens, des érioxonot et des &$ekool païens ; l’acclamation Nixn rod 8etvoc n'est pas chrétienne, comme l'avaient pensé Hirschfeld, Cousin, Diehl, bien que le vainqueur soit souvent un + frère » ; il s'agit seulement de vœux pour des concurrents aux jeux (Duchesne, Th. Reinach, Cumont}#, Certaines formules chrétiennes sont prises au langage courant et à peine démarquées. Il faudra d'ordinaire plusieurs indices convergents pour établir qu'une inscription apparemment neutre est bien l’œuvre de chrétiens.
Quel est le nombre des inscriptions crypto-chrétiennes ainsi reconnues ? Elles sont rares hors de la +COIMAK£PTTPOA POME ANEOHCEN CAVTON EVTPÈ PIOCÂTRO py CHNTT Ta NOAN MENTONE CE TAPONGYPAMENOCTE To Phrygie, Selon W. M. Ramsay, cette province nous a donné bon nombre d'inscriptions chrétiennes du Ie + À Eumeneia, vingt-six épitaphes du n° siècle sont sûrement chrétiennes f. Vers l'an 250, les adjurations chrétiennes contre les +uu6æpebyot sont fréquentes #. La première inscription datée où paraisse lehaye, Les origines du culte des martyrs, 1912, p173. — | 248-249 7, b) Le culte des martyrs se développa promptement | p 656 4 | la déclaration formelle Xgnoruvol Xpnoruavé est de en Asie Mineure. « Nulle part les documents dignes de foi ne nous permettent de remonter aussi haut dans l’histoire du culte des martyrs... ; nulle part non plus on ne le voit si tôt parvenu à son entier développement 8. » Les attestations épigraphiques de ce culte sont relevées par le R. P. Delehaye : elles ont trait” | à une quinzaine de martyrs, Onésippe, Socrate, Christophe, Philippe, Trophime, Paul, Thyrsus, Mannis 1, | Cyzi que, Phocas, Théodore, Étienne, Procope et.
Jean, Dios, Athénogène et Folveucte. Tous ne sont pas originaires d’Anatolie ; plusieurs sont d’ailleurs inconnus. On peut ajouter les saints Thyphon à Troas 1, Anthime à Pompeiopolis de Paphlagonie 1$, « Georges à Séleucie (infra).
La vénération qu'inspirent ces athlètes de la foi se manifeste de bien des manières. Leur nom est donné aux enfants #, à des associations ou confréries (ocuvoM la Tob œytou Tewpylov, à Seleukeia Sidera, aux monuments publics : nous connaissons par Procope la queduc de saint Eugène à Trébizonde, l’hospice et l'aqueduc de saint Conon à Chypre 15 ; une inscription : rappelle l'inauguration en 488 de l’aqueduc de saint Socrate, à Zénopolis d'Isaurie 1, — Les domaines du sanctuaire (ebxthetov) de l'apôtre Jean, à Éphèse, bénéficièrent d'un rescrit de Justin I“ et de Justinien, du 1er juin 527, dont un exemplaire a été retrouvé en Pamphylie 7, — Enfin l'Asie Mineure atteste la pieuse pratique de choisir sa tombe ad martyres. A Amisos, Eugraphios a trouvé près du saint Précurseur le refuge contre les esprits ennemis 18 (fig. 5870).
+ Eol péxap Ipóðpope &vélnaev ÉœuTOv Edyeteotoc, àroguynv rævtwv dôuvnpoy mpòg (cé räpov sdpauevos. Tera[otrn] (lvôrxriüv) 29.
Une épitaphe bilingue de Nicomédie nous apprend que le petit Betimus est placé près des martyrs {ic poslus esi ad martyres), ce que le grec rend par ÉLXPTUPNOEV . c) La hiérarchie est de bonne heure constituée. Plusieurs évêques du mi siècle sont connus par les inscriptions. Prêtres, périodeutes, archidiacres, diacres, lecteurs (&vayvootaz) y sont mentionnés, à des époques diverses. L'importance sociale du clergé va en augmentant : au temps de Justinien, un personnage ecclésiastique de Lydie est xotvovés d'un grand domaine, c'est-à-dire propriétaire foncier, patron de ses métayers ; ceux-ci dressent en son honneur une plaque commémorative, peut-être une épitaphe :
-H ' AveAnppn 6 &yulols Hpoxtň[os] * iy Ere ppe’, Paar n’ xal unyil Bavi te', Auée) K vpra, T cuvóð® T MivaovxlounTév 1.
T KOLVOVÒC KATA TOÔTOV i Parfois la mention des chantres et des auteurs + d'hymnes religieuses nous reporte aux plus anciennes coutumes liturgiques. Fils de Xénophon, célèbre + par ses victoires aux concours poétiques, le lecteur » d'Hadriani ad Olympum teuwhy TAslotnv éxrh(ox)To. OÙ TOLLVELX TEpTr(ov) (2), Yaauot Lo TE dyetotc x(t àvæ)yvósuæsty, rdvroc bitov] ( ?) ; aussi a-t-il reçu sa récompense du F fé prince de vie (ävæxtx Coñç) ; il a atteint « la + gloire immarcescible » #. A ce texte, qui remonte au » moins au 1v siècle, font écho aux premiers âges byzantins, l’épitaphe d'un maître de chœur, émi60kede ths I dyluc roð Ozo ÉxxAnalac, dans les pays riverains du ~ litaine de saint Théodore à Amasia : elle fut « obtenues Sangarios et surtout la dédicace de l'église métropole de l’empereur Anastase Ier, en 491, par « Mamas, myste T très pur » ó xaÜapértaroc Lüorncs, auteur d'hymnes versifiées suivant le rythme, analogues aux pseudo- hexamètres de Commodien +.
L'ascétisme et le monachisme chrétien sont largement attestés par l'épigraphie. À la virginité dans le monde s'était vouée la « philosophe », c'est-à-dire … Vascète Attia, de Nicée :
»Artia prhosógiooa.
Iapôsviny Sdouca |'quyes xéduoU xaxótte, obvoux ceu(vhoaacx et | riorer te &yalr)y Te GSE | oe | xal rapéBerooc yer puyi | re &yLoc vobc 5 xalyópog ÉvOx|&ylov ovv &YXAAOUÉVOLOLTPOPRTELS. Xaipe, Téxvov yAuvl|(xd, yhaîoe xai elkaÜL ooïc [yevéræ cw) | SORTIR te ee did Den Ae E OÙ CEOU i a La philosophe Attia. Avant revêtu ła virginité, tu as fui la malice du monde, tu as consacré ton nom (ton être) à Dieu, dans la foi et l'amour. Aussi le paradis t'a reçu, et le Saint-Esprit (a accueilli} ton âme dans le chœur des saints et des illustres prophètes. Adieu, doux enfant, adieu et aie pitié de tes parents... » — Tous les mots de cette épitaphe mériteraient une étude. V. Schultze reconnaît avec raison à la seconde ligne, rapÜevinv oxox, une allusion à la collation du voile : obvoux ceuvéoaox ed est rapproché par VOUV, — # Brightmann, Liturgies eastern a. western, t. I geuvn appliquée à une Oikonomeissa (W. M. Ramsay, Luke | A. Baumstark de l'expression liturgi que osuvèc yéuoc. mariage spirituel et du sens techni que du mot ceuvôtnc : il s'agit de consécration à Dieu, et non, comme le voudrait Schultze après une correction arbi- {raire, d'honneur rendu au nom de Dieu. Le rôle de l'Esprit-Saint à l'égard des âmes défuntes, qui a échappé au même auteur, est affirmé par l’épitaphe de Iloulia Evaresta : Foy è dvaxatviobetox T@ | rnv(eduath X(prorto)ö xal dyyehxòv cout AxGobox | xTA*. Le « chœur des saints et des prophètes » rappelle les allusions au séjour près d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à moins qu'il ne soit un signe du temps où l’on célébra en Palestine l'invention des restes de plusieurs prophètes ?, Plus tard des ermitages se fondèrent, où nous Teron verions le graflite d'un reclus, 10. L’hé-
KYAUH IT HPI
DINTH CHAK
POCOA YUA
EV :HTHCO YCA
roï que folie des stylites fut imitée par une femme : Oéore Moaleliuc tox[nlrpiucs osuuirione 11, d) Aux vertus chrétiennes, un discret mais fréquent hommage est rendu. La charité pour les pauvres est mentionnée, à côté des vertus familia les, sur des textes fort anciens 12. La dévotion pour les martyrs nous est connue. Saint Grégoire de Nysse exhortait les fidè les à se contenter de visiter leurs sanctuaires, au lieu de courir les multip les risques d'un pèlerinage aux Lieux saints #, Une épitaphe (fig. 5871) montre qu'il fut peu écouté, mais qu'il n'avait point tort :
Kountieslov tic pax] « plus [Xó] vnch tà Ele lpogéAuliax É(w)[olrñs o|ðox 4, — Selon nous, Chione serait morte l'année où elle avait assisté aux fêtes pasca les dans la Ville sainte. e) Quel les réflexions la ferveur des chrétiens éveillait-elle en leurs voisins païens ? Les inscriptions nous le laissent entendre, les unes, bruta les : mie, påye' tobpnoov, éopoôlolaaov, T% è ôs * HATO GHÔTOS yalpetre rapoôtto, 15, les autres modérées et railleuses, comme l’épitaphe de l’épicurien Ménogénés :
Tò Cv thoas xal Ouvov CA Tolg plaote.
« Ù xrouevos dE mot un Tpupéiy av Tolg glAote, obroc télvnxe relpi)rarév xal CS vex(poð Biov ?. 'Eyò dE étpdonox Myvoyévns, ô xè Ebotabhg, 5 petéðwn(a) épaur(o)o TAVTA TN puy xaid. ‘Audyoc éblocx HET DAGY xè GUYYEVÉV, un8éroû * Üroblowc À Sohlo AXAG(V) Tvi.
Oüros ó Bloc por YÉYOVEV, ütav ÉCov tyo. ‘Ec révra à' hutúyox, ÉuœuTèv rioredouc Ie, 10 tò àë (ôv)e :(A)éLevoy ârédwxex Th püst TÉA QG. “Pobp(oc)érünox Mnvoyéver po yAvxurtro matoi xè Ixúis MERCIAN ve po uey(p)t Téroucl « Celui qui a su vivre, après sa mort vit encore pour ses amis. + Bien vivre, c'est se donner toute satisfaction, en leur compagnie. Après ce thème épicurien, les expressions u&ywg Ébloox, dokiws AxA@v rappellent du&youcs civar et les épyätar óo de saint Paul #, La confiance « au dieu +, après une vie facile, est-elle un ahn sarcasme à l'adresse du renoncement prêché par le Christ ? Ainsi pense W. M. Ramsay. Quoi qu'il en soit, ce texte, attribué au n° siècle, doit être rapproché de l'épitaphe de Gaios et de son ami “Pou6ñe (Ruben), à Euménée (1re moitié du mit siècle)}, Cette doctrine mélée serait-elle celle des Aypsistarti # ?
Un texte de Phrygie, imparfaitement reproduit, semble faire allusion à des querel les entre païens et chrétiens 5. H. Grégoire a cru reconnaître dans Corp. inscrip. græc., t.u add., n. 2883 d, un ordre de persécution, proféré par l’oracle de Didymes, au temps de Dioclétien ; mais l'interprétation de ces pauvres débris parait un peu « + romancée s T. Assuré, au contraire, et précis, est le récit de la persécution de | Maximin, sur l'épitaphe d'Eugène, évê que de Laodicea Combusta %, tandis que la pétition bilingue du | | règlements religieux, commande aux prêtres et se pose | punte TT = čpyepiag] Saporo xa|Adv övopæ | des chrétiens 4 : remonte-t-elle sûrement au temps probable que l’offrande Kôvrie Myvi edynvlauæp| soit l'hommage d'un apostat, revenu au culte de Men | après avoir été chrétien.
= une autre foi. Mais la rusticité du dédicant expli que la « peuple des Lyciens et des Pamphyliens + » à Maximin. af : Constantin et Licinius, en 312 , met à nu la haine | païenne, La lutte était menée ‘en Phrygie par les. gran des famil les sacerdota les ; telle la lignée des Epi14 tynchanoi, que nous font connaître plusieurs inscripS 1È tions et un autel funéraire 1. A Acmonia, d'après ce | monument, le grand prêtre Épitynchanos édicte les en législateur du paganisme (vopoérng). Dans les mystères qu'il présidait, on promettait de préserver les initiés des châtiments (d'outre-tombe ?) ; d'où le surnom porté par les prêtres, AÜ@vætou. Maximin Daza soutient cette rénovation païenne au moment méme où Constantin va porter l'édit de tolérance ; le monument est daté de 313-314, par la seconde épitaphe que nous reproduisons ici :
B »Eroug tSn’ xè rnpl y évrohde avr | x yò lue à Aav rélvrx Aðdvaroc Emruyyavoc, JolrarldAnle, Av élTtiunoxv| Odvar|o leol xÈ w au | xé Ürèp époule, Bvreds gato yp morioùg éx xulx@v Bacdvov * doxepéla [ E]mitróyyavov munBélvra Uro Gev dÂavétwv,| xxlÉpwoxy xúTtòv Atoyläc E xè [ Ejnerbyyavoc xè Tario[v] | VÜVON xè tà TÉXVEN adrév | « Ovnomuos xè AXéEavôpoc | xè ‘AcxAGc xè Erurbyyavoc. | C ’Abdvaror mpürar | doyrepleic óuáðcňpor Aroyläc r l'Elriurélyxavloc, cwl tňpelels matl plôolc, « vo | oð] érte. 1 Il est peu probable que l'expression ÉAUTPOOKTO yàp “ ro oÙc Ex xux@v Pæodvæv soit calquée sur le texte de J saint Paul : {va Autphootat huäç nrò náong voi 11 etlerapprochement du protocoleinitial avec desexpres- | sions johanniques Tàç Évroïde tåg UC TNPNGETE, »Evo elut ó AxAGv cor ! ?, paraît purement verbal 1, 4 L'imprécation xax tà Ér. tou, e Maudites soient u ses années ! + gravée, avec une croix, au revers d’une M inscription mentionnant l'épytepedc xal ypappateúg T de Magnésie du Méandre, est un indice de l’irritation A d'Hadrien, comme l'inscription elle-même ? Il est imTévov Texuolpebonuc petà yuvar xog xal TÉxvOY 1° f) Les hérésies, cet autre fléau de l'Église, ont laissé M quelques tra ces dans l’épigraphie d'Asie Mineure. Une ! certaine Movuvrévn, femme de Lupicinus, est qualifiée M de Xpetotiavñ rvevuatuxn 6 (fig. 5872).
Il est probable que sur d’autres tituli phrygiens la mention ypetottævés dissimule d'autres montanistes « . L'emploi absolu du mot éyxpareucapévn et surtout l'épitaphe de AoMôouoæ, Quytr[ne MJevvéov l'afLavo ?, i a i(yobluevoc ? tic &yelag [xt] xaÜapäc To ; 6 lEoù éxlAnseiac ! révèlent l'établissement d'une communauté enkratiste dans les environs de Laodicée, Lycaonie. De la même région, l’ pore « 'l'inoutos, très pieux diacre de la sainte Eglise de Dieu des | Novatiens », serait antérieure à 340 de notre ère *. | Dans quelle mesure le nom de IIpopfriAx, à Hiéra- [| polis ?, atteste-t-il la persistance du montanisme, il est Ji d fficile de l'affirmer. Aéria, morte en 562 à Amisos , était ıdxovog töv čylwv, diaconesse d’une église consacrée à des Saints illustres, que l’on n'avait pas besoin de nommer, et non d'une secte « des saints » 5. À l'arianisme s'oppose l'épigraphe ‘H &yto Toixs Goovotoc. Xp(LoTdc) vi(x&), de Prusias ad Hypium (1v® emprunté à la liturgie et gravé sur un demi-linteau à Jaca Tchiflik, en Lycie : Incoù X(ptor)è v[LIE toð | © J(e) ? öv[ð]el one) | Bohr èv Auéox xplocwg | &el roûc Éarli[Covrac èni où’. Un sarcophage conserve l'épitaphe de Macédonius, évê que d’Apollonias de Lydie, üs Ôh, xat méouç qipéoewç ónrMaduevog, Thy A0 Tõv natépwv The xaloALxfe čxAnolag ÔLecwoxto [rioou v® siècle) » ; aux doctrines monophysites, un texte | | les noms des sept archanges. On pourrait aussi compa- | rer une lame d'or trouvée en Phtiotide, où figurent 662 Au-dessous de cinq signes de caractère incertain 1 (la rangée en comptait six, peut-être sept}, une première ligne de texte porte, plusieurs fois répétée, la série des voyel les auxquel les Bæœckh attribue une valeur représentative des planètes, Viennent ensuite six (originairement, sept ?) cartouches ova les, con| tenant tous une série distincte de voyel les, avec la même invocation : ğyre | púačov | thv mów | Mr oiov | xal TÉVTAG | -Tobc Au bas, en gran des lettres : « Apyéyyehot, quAdooetat À TÓNE Manoliu xal mévres ol xat(orxobvTrec ?).
Après R. Wünsch 1 et indépendamment de lui, A. Deissmann a rapproché ce texte du papyrus 124 du British Museum, écrit au ive ou au Ve, qui établit l’équivalence de certaines séries de voyelles avec trois cartouches entourant des noms divins, une double rangée de signes secrets, des séries de voyelles mêlées de signes, suivies de la prière στξπυαδέατε Τôво υξοβ xè τàς βυδε xΤ. un catalogue de 11 ou 12 anges, un signe et le nom de Hiwa Zabxoô, enfin l'appel | F N E OYAÏlwrco NE] APXAT Mreno pynncceTai = qW] ; la fin, mal conservée, mentionne les discussions xaTæ dvouolou et les persécutions subies pour le ~ Christ. Il s'agit des luttes religieuses qui durèrent de — 358 à 378 entre orthodoxes et anoméens 8.
Après l'hérésie, les pratiques superstitieuses. Peut-on s'en étonner au pays des ’Evéorx ypduuara ? ~ Un bloc retrouvé dans les ruines du théâtre de Milet m porte une inscription prophylactique, gravée aux = premiers âges byzantins, peut-être sous Justinien, = quand le théâtre devint castrum. Ailleurs, et particu- ~ lièrement à Fhilippes de Macédoine, on retraçait sur gar, dont la présentation avait si bien mis en fuite les T Sarrasins devant Édesse. A Milet, on recourut aux ~T anges, protecteurs honorés par la plus stricte orthodoxie ; mais on mêla à leur invocation (fig. 5873) des - mots et des signes secrets ?. les portes la correspondance de Jésus-Christ avec Ab- | final à la Obvaute töv dyyéAov x yæpæxrpov 11, En outre l'idée de confier la garde des portes aux anges est sans doute empruntée à l'Apocalvypse, qui montre les anges des douze tribus d'Israël préposés aux douze portes de la sainte Jérusalem #, Le mauvais œil était redouté par certains chrétiens d'Asie Mineure, comme par certains de Syrie. Il suffit de renvoyer à l'article de P. Perdrizet sur une inscription chrétienne de Dokimion M, et de citer le texte copié à Césarée de Cappadoce, sur une stèle païenne désaffectée, par H. Grégoire : »Aytoc Ô O(ed)c &rôateel- [bolv mov Baoxavi[als Toù olxou Toûrou1s, h) Coup d'œil d'ensemble. — Les traits divers que nous venons de grouper suffisent à caractériser la vie | chrétienne en Asie Mineure. Mais il ne faut point oublier dans quelle mesure ce groupement est factice. Il néglige, en premier lieu, à peu près tous les renseignements postérieurs au 1ve siècle : or, les inscriptions chrétiennes sont nombreuses sous Justinien et jusqu'au temps des églises souterraines de Cappadoce. En second lieu, il rapproche des données prises en des régions fort diverses et inégalement pénétrées de christianisme. Si l'Anatolie connut, et de très bonne heure, des conversions en masse, elle opposa, partout où n’atteignaient pas les grandes voies d'échange entre Orient et Occident, la barrière de son relief tourmenté, l'hostilité des vieilles religions et des vieilles langues nationales 1. Ce particularisme eut de curieux effets, même en des milieux largement convertis : témoin l'école d'art funéraire chrétien, propre à l’Isaurie du n° siècle, dont il nous reste des monuments signés et qui s’étendit en sens inverse de la prédication évangéli que ê On ne donnera donc aux monuments cités leur signification historique qu'en les replaçant dans leur milieu. Ce milieu nous est connu surtout par les sources littéraires, dont l'épigraphie doit toujours dépendre ; mais c'est elle qui nous donne le témoignage direct d'un Abercius, d'un Eugène de Laodicée et le contact personnel avec les contemporains de saint Grégoire et de saint Basile. a) De la vie chrétienne en Syrie et en Palestine, l'épigraphie peut également fournir une vue d'ensemble. Le tableau sera même plus vrai, parce que les inscriptions chrétiennes au sud du Taurus, toutes postérieures à la paix de l'Église, datent d’une époque de conquête rapide et relativement uniforme.
On ne connaît pas d'inscription crypto-chrétienne en ces pays ; les premières métropoles religieuses, comme Antioche, n'ont livré que des monuments insignifiants. En revanche, dès le temps de Constantin, l’épigraphie monumentale y a trouvé son terrain de choix ; elle est encore représentée, cinquante ans avant Haroûn-alRachid, à El Kefr (Haurân) *. Les linteaux portent des dates de fondation, commémorant l'achèvement ou la dédicace, rappellent le fondateur et l'architecte. Ainsi les productions si originales d'un Markianos Kyris, qui bâtit trois églises, au début du Ve, dans le Jabal Barisha t ; ou les basiliques de Haurân, exactement situées dans le temps, jalonnant l'histoire de l'architecture religieuse. Mainte épigraphe fixe l'âge des villas, des colombiers funéraires, ou des édifices publics, bains, tours de guet, camps retranchés, hôtelleries, Les mosaïques à inscriptions, nombreuses en ces pays 5, apportent leur contribution à l'histoire de l'art.
En ce cadre somptueux, les âmes étaient profondément religieuses, plus inquiètes peut-être, plus hâtivement christianisées qu'ailleurs. Le choc des doc ! E. Holl, Das Fortleben der Volkssprachen in Kleinasien xab’ Ürvov Rd axvepéc, de saint Georges, ToU xA- | Awixov &ylou uéprupoc Tewpylov, qui détermine sa trines a son écho sur les pierres. La plus ancienne inscription attestant l'ouverture d’une église a été relevée par Waddington à Deir Ali, non loin de Damas : elle est datée de 318-319 après Jésus-Christ ; mais il s'agit d'une église hérétique, ouvayoyn Mapxiovor@v 5 Il faudra attendre l'an 372 pour rencontrer en Syrie propre une dédicace d'église de date certaine”. Dans, la Syrie du Nord, parmi de nombreuses inscriptions. reproduisant le trisagion, il en est quatre où se trouve insérée l'addition de Pierre de Foulon : orxupolle les Su ® : cette formule hérétique mar que autant de centres monophysites. En revanche, voici sur le linteau d'une église, à Kâlôtä, en 492, l'assertion antidocète empruntée au symbole de foi, + le Christ aréellement été enseveli » : + [Ets] Oedc (xat) ó Xprotòg arot : T[& O[vri Étden xT’. A À une époque antérieure, fréquemment l'assertion monothéiste Elg Oedg, elg Oecòc póvog est gravée. Cette acclamation dont nous indiquerons l'origine juive 1, mar que les étapes de l'expansion chrétienne en Syrie. Le triomphe définitif est attesté par des inscriptions. jus que dans les citadelles du paganisme. À Pétra, sous l’évêque Jason, le tombeau à lurne est + sanctifié n c'est-à-dire désaffecté et consacré au culte nouveau : « Ent rod Gotorérou ‘Iésovoc Émoxérou, (eoù ydp, yidan ó tômoc The’ Awov tot (Erouc) tpa xtTA(446 ap. Jésus-Christ, ère de Bosra) 1 Le couvent du Sinaï est fondé par Justinien et Théodora ! Dans » la cour des sacrifi ces, à Baalbek, les chrétiens adossent leur église au grand autel : ils peignent dansle « temple de Vénus » une croix avec la légende rodro wixa !. Le triomphe de la foi inspire à un chrétien de Ammwäs M l’acclamation suivante : + ’Ev dvôpurt Ilurodc + | w(i) Vioü wat) ‘Ayiou Ilveiluuroc. Kad még Xetc|+ tiuv@v + 14, f Le culte des saints motive parfois cette mainmise sur les terres païennes, On connaît la dédicace de | l’église de Zorava (515) : Oeod yéyovey olxoç Tù TGV u Gauuoviov xaræy@ytov xTA : c'est une apparition où M construction sur l'emplacement d'un temple 5. L'hagiographie syrienne tire quelques lumières de l'épigraphie. On constate que les saints les plus en vogue sont saint M Georges, saint Cyricus, saint Conon, saint Théodore et surtout saint Serge 1%, A Eïtha (Haurân), le Lepô(v) Zéoyu(ov), sanctuaire du martyr de Resapha, est daté M de 354, c'est le premier exemple d'un sanctuaire élevé à un saint par une Église qui n’est pas son Église d'origine 17, Les Syriens n’attendaient pas la mort des ascètes pour les vénérer 14 : on sait leur culte pour Siméon Stylite et comment nous lui devons les débuts de
T ;
… Viconographie hagiographique *. La magnifique basilique élevée autour de la colonne où le saint avait tant -prié et les églises voisines n'ont pas livré d'inscription notable. Mais l’affluence des pèlerins est attestée -par la construction en une même année, vingt ans - après la mort du saint, d'un hospice et d'une hôtellerie à.
Les églises jouissaient depuis Théodose d'un droit — d'asile grandement apprécié ; on prenait soin d'en mar- » quer les limites par des bornes inscrites (6pot &ouAlxe, T po rpocpuyiou, xaxtræpuytov). Le Dictionnaire a énu- … méré les neuf inscriptions de Syrie qui y ont trait ?. … Tel de ces textes nous apprend que la fête du saint © titulaire de l'église dure cinq jours et le terme qui T désigne cette fête, mavnyvptc *, est significatif ; c’est la - foire, analogue aux tœavnydpetc bimensuel les du temple de Bætocécé ®.
Au contraire la hiérarchie ecclésiastique ou religieuse paraît souvent. Évêques, chorévêques, prêtres, higoumènes et archimandrites, diacres, diaconesses, moines sont nommés sur les dédicaces ou les épitaphes. Le Musée de Constantinople a reçu de Jérusalem la pierre tombale de la « servante et vierge du Christ, Sophie, la diaconesse, la seconde Phœbée ». Une mosaïque de Jéricho garde la mémoire d'un higoumène Cyrénaïque, qui est bien probablement le Lars dévot de Notre-Dame nommé par Jean Moschos : « Ofxn paxap |œorérou Kupux|xob mpeoñ(urépou) (xal) hyoumévou, ER Th TN) | Nés ExAno :x thg | dkouv Oeotéxov Me ir XTA.
9. b) Vie intérieure de l'Église. — La ferveur religieuse qui anime ces deux épitaphes n'était point l'apanage des cloîtres, Les fidèles avaient même piété, et la foi qui les poussa à construire tant et de si beaux monuments s'exprime en une foule d'acclamations, d'invocations, gravées sur les demeures et sur les tombes. ‘On ne trouve l'analogue qu'aux Catacombes, avec beaucoup moins de variété. — Que telle formule rappelle une superstition païenne et démarque simplement une invocation à Hercule, ce n'est guère surprenant, la magie suivant de près, en tout pays, la religion : nous reviendrons à cette question ?, Mais il est impossible de confondre avec ces quelques textes la masse des invocations chrétiennes : « Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre royaume », « Seigneur, secourez-nous », « Dieu unique, secourable à ceux qui le craignent », « Celui qui s'abrite sous la protection du Très-Haut repose à l'ombre du Tout-Puissant. Il dira au Seigneur : tu es mon refuge et ma forteresse, mon Dieu en qui je me confie », « Seigneur, ayez pitié », « Que ta miséricorde se mesure à nos espérances », « Sauve, Seigneur, ton peuple », « Seigneur, garde cela à ton serviteur », « Marque, cette maison de ton sceau et de celui de ton Fils », « Christ, entrez ». « Là où le Christ est bienveillant, là est le bonheur pour l’homme, “Omov Xptordç edunvis, räç ävÜporos ebrbyne ». « O Christ, tu as mis la joie dans nos cœurs, tu nous as fait abonder de froment, de vin et d'huile, dans la paix ». On confie le seuil de la porte à Dieu et au Christ : « Ils garderont à jamais mon entrée et ma sortie » (c'est-à-dire toutes mes actions), « Seigneur, bénis mon entrée et ma sortie », On s'encourage en songeant que « c'est le Dieu des puissances qui garde l'entrée », « S'il est avec nous, qui sera contre nous ? » Dieu avec nous, né de Marie, le Christ est vainqueur », ” EuuavourÀ XMT Xotorûc wxg.” Les appels à l'hôte divin se font plus pressants : « La victoire est au Christ, arrière satan », Le Christ toujours vainqueur est là, foi, espérance, amour. Il relève le malheureux de la poussière, il retire le pauvre du fumier, Il est médecin et dissipe tous les maux, 'Iurpdc al Aoig xaxõv ’Ixooûc 6 X at(ord)c ó inl mávrtwov Oe(éc})®. La croix, elle aussi, protège. « (Croix), sois victorieuse », « la croix présente, l'ennemi est sans forces », « par ce signe je suis vainqueur de mes ennemis ». Beaucoup de ces textes sont empruntés à l'Écriture sainte. Comme tels, ils intéressent l'histoire du texte sacré, parfois même l'exégèse, Ils nous renseignent en outre sur les préférences des fidèles, en fait de livres sacrés : les Psaumes et les Proverbes sont les plus fréquemment cités. Souvent aussi la liturgie est à l’origine de ces invocations, nous aurons l’occasion de le rappeler.
Certains symboles, chers aux premiers siècles du christianisme, comme ceux de lumière et de vie, ont inspiré l'art mineur syrien et aussi l'épigraphie. On peut comparer à l'influence certaine de l'art architectural syrien la diffusion très étendue des fermoirs et des sceaux porphyriques en croix les mots Dög, Zo nona retrouvé jusqu'en Crimée les lampes de Palestine à la légende DCXYHITII, B(é)s X(eroto)o p(alvel. C'est la menue monnaie de la vie intense qui animait les chrétientés de Syrie, Palestine et Arabie. roëne, furent de bonne heure célèbres. Au milieu du Ve, Abercius, dans son tour de chrétienté, avait poussé « jusqu'à Nisibe, au delà de l'Euphrate », « trouvant partout des confrères ». Il reste peu de traces de ces communautés vénérables. Signalons à Édesse (Ourfa) un exemplaire de la lettre du Christ à Abgar, dont nous avons vu le rôle prophylactique aux portes des cités chrétiennes . De la même ville aussi, l’épitaphe barbare (fig. 5874) où l'influence de la prononciation araméenne se reconnaît à la confusion des o et de œ. | Els Qedc xè & (= Ô) Xptorèc alùTo). + Apeag x(x) Aovpôaæ ( ?) + ddehpas (=dSekpèc ?) + pnxav (=ëE0nxav) TOÙTE (—=ToùTO) univ (= uvyuetov) té i(w)v- +@(=vi(w)vé)ædroc(=xûTotc) Aoxhhmic Mala + 2, Bien vite, d'ailleurs, le syriaque évinça le grec. Ni ce changement, ni l'adhésion à Nestorius ou à Eutychès, ne purent arrêter l'élan apostolique ; des épitaphes araméennes ont été retrouvées au cœur de l'Asie, dans le bassin du Tchou * ; deux représentations de croix + justiniennes », accompagnées de textes syriaques, ont été retrouvées en Chine # La Perse participa au même rayonnement de la foi 5.
L'Église d'Arménie, reliée hiérarchiquement au siège de Césarée de Cappadoce, parle grec jusqu'au VIIe. Quelques inscriptions l'attestent. Le Dictionnaire a déjà cité une curieuse adaptation du prologue de saint Jean, en tête d'une dédicace de Sis, en Petite Arménie :+ « Eu py hv ó Aéyoc xal ó Abyo c'hv eds, Trüévre ı& œdTob éyéveto $, Sur le mur méridional de la basilique d'Ererouk (à quelques kilomètres au sud d'Ani, la capitale des rois d'Arménie), après une croix simple et une croix patriarcale, le verset 5° du nécropole : év elpy, éxoruhn, Kúpte vánrxugov, à | Kibpu)e, elg uaxpótytæ hueo@v -+ 7. Ce verset paraît sur plusieurs monuments de Grèce, d'Italie et de Syrie ; la stèle où Silco, roi de Nubie, conte nouvelle. A Philæ, dernier boulevard du paganisme, on aimerait savoir si elle parut Ps. xcun est gravé : Tō olxe alon) TOËTEL éviaouee, basili que elle-même, qu'il faut dater du Ve ou des débuts du VIIe, rappelle par son plan et son ornementation les basiliques de la Syrie du Nord. Et 11° Égypte, Nubie. — Le Dictionnaire a consacré à l’épigraphie d'Égypte une étude d'ensemble * et plusieurs monographies. Il reste peu à ajouter à ces travaux, qui ont utilisé le beau Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes de l'Égypte, par G. Lefebvre. É - En ce corpus régional — le premier dont ait bénéficié une province d'Orient — brillent quelques pièces de choix : telles la lettre de saint Athanase aux moines de la Thébaïde (n. 380), dont les compléments doivent ses victoires (n. 628). En outre, de la masse des épitaphes, tardives et médiocres, mais réunies en nombre et classées par régions, se dégagent des conclusions inattendues. 3 Le libellé des épitaphes est particulier à chaque Alexandrie et au Fayoum ; GTAAN roû deivoc, formule unique, à Akhmîn ;ele eds +od deivoc ou els Oedc Bonü@v à Esneh 1. D'où l'on peut conclure non seulement à l'esprit traditionaliste et un peu fermé des communautés d'Égypte, mais aussi à la diversité de leur origine, La récurrence des formules vraisemblablement empruntées aux juifs èv elonvn, Éxouunôn 1, à Alexandrie et au Fayoum, indique qu'en cette ville et cette région, habitées par de fortes colonies juives, « l'Église se recruta surtout parmi les Israélites. Il est vrai « que dans le Recueil de G. Lefebvre la plus ancienne épitaphe datée de ce type est seulement de 522 (n. 146). « Mais un texte attribué au Fayoum a été gravé, selon F. Cumont, entre 344 et 379 et se trouve contemporain des plus anciennes inscriptions chrétiennes de l'Égypte ». A une époque postérieure, Akhmin garde une formule neutre, empruntée sans doute au paganisme et sans exemple dans l'épigraphie chrétienne : GTNAN TOÙ OEtvoc 13, 3 Ce sont surtout les inscriptions païennes qui nous informent des luttes entre les vieux cultes et la foi chrétienne. On a pu reconstituer un petit corpus des proscynèmes gravés par les prophètes d'Isis, plus de cinquante ans après que Théodose eût ordonné la transformation des temples en églises 4, Plusieurs inscriptions rappellent la mainmise du christianisme sur l'ile, au VIIe 5, La foi chrétienne pénétra de meilleure heure la basse victorieuse au dadou que d’Éleusis, le platonicien Nicagoras, dont le voyage aux syringes de Thèbes, un an après le concile de Nicée, s’effectua aux frais de Constantin 1. Il semble bien qu'un grafite de la grande oasis mar que la conversion, « l'abandon à Dieu », du peuple d'Ammon +, qui commence à devenir une gas race d'or » :
MALE i 0 | | 'Appóvov v Xpnot® ueueAnuévoy elôov vpo » 14 “aler Xpnoté nérep, xpUoeov yévoç Üropvxs ?, E = Latrace des luttes, si vives en Égypte, contre l'arianisme et le nestorianisme, se retrouve sur nos inscriptions. G. Lefebvre signale à ce sujet cinq invocations à la sainte Trinité, certainement postérieures au concile de Nicée (325) et rappelant ici comme en Syrie l'égalité des trois personnes divines. L'une d'elles est gravée sur les murs du temple d'Isis à Philae : EVEVETO O TONOG OUTO ev ovou[att Tyg aytaç] xat ouoovat[ou xxt afix ]p e
ToU[ pove Tpxôos elr :
5. Trou ÜeoptA(estatou) ratpoc nulovy d tTlou ara cowp | ou Le e[ntoxonou o Üeoc aut]ov ent un y les L'importance des inscriptions d'Égypte et de Nubie pour l'histoire de la liturgie a été mise en relief par M. Lefebvre. Certains textes reproduisent la forme du trisagion indiquée déjà dans les Constitutions apostoliques, au chapitre LXXI, &ytoc, &yLoc, &yros Küprog T cubxwb, mahenge ó obpavôc xal À yh ths cov« , {d'autres le trisagion commun après le concile de Chalcédoine (451), &ytoc ó Osc, loyupòg ó Oebc, Oedg — dÜévaroc, Éténoov Quäc”. Les stèles tardives de Nubie reproduisent les prières des funérailles dans le rite byzantin.
Certains renseignements fournis à l'hagiographie d'Égypte par les papyrus et les inscriptions ont été signalés par le R. P. Delehaye #. La curieuse invocation « Dieu de tel saint », qui ne se trouve guère hors d'Égypte *, paraît en grec sur une épitaphe de Cheikh Abadeh : [o Ueo]o( ?) tou ayıl [ou xoà] Aoubou| 670 [avaraluoov tliy duynv tino uaxl[x apas] xena | [x(ver)e ulymoônre | [Tho o]vinoov | [ev tn] BxatAetlfa cou … 10,
III. LE FORMULAIRE. — I. Formules funéraires non liturgiques. II. Formules funéraires d'origine liturgique. III. Formules funéraires scripturaires ou traditionnelles : les fins dernières. IV. Souhaits de paix, demandes de prières. V. Acclamations, invocations. VI. Formules de dédicaces. VII. Conclusions. — Il ne peut être question de classer ici toutes les formules usitées dans l’épigraphie chrétienne. C'est la part des manuels et l’on sera indulgent à leur insuffisance, si l’on songe aux recherches qu'exige pareil travail : une formule chrétienne n'est connue à fond que lorsqu'on a déterminé son origine (judaïque, néotestamentaire, patristique, ou bien « païenne »), la date de son apparition, sa durée et sa diffusion dans l'épigraphie. Cette méthode d'étude commence seulement d'être appliquée. Bien des années s'écouleront avant qu'elle ait donné ses résultats.
Nous nous bornerons à quelques notes sur diverses formules, classées suivant leur contenu.
I. FORMULES FUNÉRAIRES NON LITURGIQUES, — 19 Les noms de la tombe. 2° Choix de la sépulture. 39 Indications du décès. 4° Depositio. 5° Protection de la tombe, anathème, appel au jugement de Dieu, adjuration. 6° Épithètes appliquées au défunt. _ Ceux liés particulièrement au culte païen des morts, en Phrygie, rappellent les honneurs divins dont cette province honorait les défunts.
Noms de sens « neutre », employés par les chrétiens :
Athenische o ina e a ai E a T aea G 671 promis entre memoria et uvnwetov ' !, fréquent sur les tombes de Macédoine ; à Rome , à Qreyié (Haurån) et à Bosrà ^ (9) Mviux, uvnuetov (bréuvrux), fréquent en Si- | cile 5, en Égypte a en Asie Mineure 7, en Grèce, en Syrie et Palestine 5, ete.
(10) Mvrpéprov, A Athènes, Ve ?
(11) Otxoe (üxos), en Bithynie !° et dans le Pont Voir infra, b, le nom chrétien olxog œiwvioc.
(12) Tidene, à Nicomédie 13, sarcophage.
(13) Eñuu xaTallécenc, à Gaza 13, puis à Bersabée , (14) Zopséce, fréquent en Anatolie orientale #, et à Concordia !, se rencontre à Chypre ».
(15) Zxhazov( ?). Épitaphe de 197, à Ma‘joula (Syrie), que christianise une croix sans doute adventice ‘*.
(16) Tépog, en Sicile « , en Syrie *.
(17) Ton, à Svracuse !, (18) TirAce (=—titulus), en Pisidie et Lycaonie ?, à Jérusalem #, (19) Téroc, commun en Isaurie et Cilicie #, Pa lestine et Syrie, à Athènes #, en Sicile ; un exemple en Afri que , deux en Egypte . Téros désigne parfois une tombe juive = ou païenne *.
(20) Tugtog, rolu6oc, à Syracuse et ailleurs. b) Désignations chrétiennes de la tombe. — (21) Kow unthozcov désigne parfois le cimetière commun des chrétiens ; ainsi à Oumm el Gimäl (Haurân), le uv de Ioulianos, en 344 après J.-C., est élevé xotunTrnptou rapè TécuxX xowo Axo XoeroTo 31, = Mais lé mot désigne une tombe particulière, en Atti que, au 1v° siècle, très fréquemment #, en Macédoine” dès le re siècle xoruntThorov...Ewg évactäcecct, à Corinthe au Ve eu plus tard , en Phrygie $, dans le Pont #7, à Malte au rv° siècle ( ?), sur trois tombes de Syrie (seconde moitié du rve siècle, Ve} et à Damas , A Athènes, le mot était si bien entré dans’l’usage qu'il paraît sur deux épitaphes juives #1, | m » siècle “À Catane ‘7, dans une épitaphe neutre | emprunté : à saint Paul, sont usités à Athènes 5 — La et à quelques pages du R. P. Delehaye 5, A Rome, les “Sur l'origine scripturaire du terme, cf. infra, 4 DuA sitio. À (22) Olxoc aiwvios. La métaphore de la « demeure éternelle » se rencontre sur des monuments païens et D VA fort anciens, en Égypte et en pays sémiti que #*, Si fi nous la classons parmi les désignations chrétiennes de ! la tombe, c'est que les chrétiens l’adoptèrent de bonne heure, dans le sens de saint Paul : tò olxnthpiov huv tò E oùpavoð érevSboucfu ériroboïvres. (II Cor., v, 2). — L'olxoc alwvroç se rencontre à Salamine ‘, à Patras “à Tanagra #,à Paros au me ou d'un cimetière chrétien à Rome #, — Parfois christianisée comme à Catane : ofxoc alwvioc v PX © a ou développée : œivog uèv olxhasoc téroc en HauteSyrie 50, olxelx The dvaravcelw]e à Mothana (Haurân). en 350 environ ‘ !, ou réduite au seul mot olxoe. comme supra, n. (11).
(23) Oixnrhprov, xarouwenrptov, le premier mot formule « örn À xatůxvońis] pou g (= elg) óva čovóg Gde(—@ôe) ratuxüow « òrth[v], qui semble exclure. l'idée de résurrection, est, comme l'a montré Mgr Duchesne, une citation du ps. cxxx1, 14, célébrant la gloire de Sion 5. plus anciennes épitaphes datées qui mentionnent la depositio ad martyres sont de 380 et 392 5%, En grec, « pas de formule fixe, à ce qu'il semble. Le mot el Toencev, répondant, dans une inscription bilingue de Nicomédie à postus est ad martyres, est un &raË, d'interprétation incertaine #7, On mesurera la variété des expressions en comparant l’épitaphe d’Eugraphios, - enterré près de Jean-Baptiste le Précurseur, à Amisos 55, et celle de lauž AG, à Antinoë, qui ajoute M 1 _ celle de saint Apa Kerakos :. » défunte Titiané déclare sa tombe « voisine du pur … Sérapis » *.
— 30 L'indication du décès. — (25) Les termes couants, réðavev, sont fréquents chez les chrétiens. Ereônunoevest rare. Erteeúrtaæ (souvent mrchcûta), ÉTeheUTNGEv sont fréquents en Sicile dans les inscriptions du début du Vef ; tehet se rencontre en 167-168 sur une épitaphe de Néoclaudio11 poe 7 ; tekebrnoev est fréquent en maint pays.
(26). Formuls uniquement chrétiennes : yœpi Te ER (Iav)ouæplov, 1 moitié du Ve‘ ; certaines transpositions grecques du latin reddidit ‘ou tradidit fanimam i (27) ’Ereubôn est d’origine scripturaire :reheumOelc kE Sixarog) év Ayo ÉTANPWGE ypóvouç paxpoús, Sap., IV, 13. On rencontre le mot à Rome !°, à Reggio, en 490 probablement 11, à Smyrne en 533 12, à Varna Mau VIe à, à Égine 4 ; il est fréquent sur les tituli — d'Égypte et de Nubie postérieurs au VIe 15.
© 4° La depositio. — (28) « Evôu xetror, »Evôtôe xatLet et analogues apparaissent dès la fin du rv® siècle | à Rome, au v° siècle en Italie ?, sont probablement antérieurs dans d’autres provin ces et finalement pénè- ~ trent partout. C'est une formule du temps, inspirée | de hic silus est, non une formule chrétienne. (29) *Averén.” Averatouro, Eratoero,'AvaravotE, Avérauaorc, ete., expressions chrétiennes, dont l'origine est le texte de l’Apocalypse entré dans la
liturgie funéraire romaine : Maxdovo où vexpol où év | Kupio drolvýoxovteg åndprr ivag dvanańoovtaL x mn Tv HÔTUV ZŮTÕY (Apoc., xiv, 13). « Erxbcero appaTrait dès 340, olxela tic dvaratoelwl]le en 350, au Haurân :’ ; à Rome, &vertn en 367 :# et en 401 ; en … Sicile, &verx(büoxto ?) dans la partie la plus récente. (fin du rv+ siècle) du cimetière de Rizzo *™.
À Alexandrie d'Égypte, la belle épitaphe de Zovenvh FA » cdoeBeaté tn xal puévrtohog, datant de 409, commence L… par uneinvocation au Oeèc TAVTOXPATEE et à JésusChrist : pvynobnrt Tic xouuoeuc xel dvarabaeucs TS = Les chrétiens aimaient aussi à reposer olxou Qeoù Hi : D hote : ou, comme le chantre d'Hadrianoi « pros | | E opon » dans l'église même . H. Grégoire a rappro- “ché ces textes d'une épitaphe métri que de Sinope où la Ee ct) S'(is) yópav Gtxémy Th (red) æ« ' elôl@v) | | simplement au nom de la défunte : « La tombe est 8ovAnç oov XTA 21, La formule ävérauoie rod Beïvoc, au sens de deposilio huius, n'est signalée à notre connaissance qu'en Galatie 2 ? “Yrèp dvaradoews est très fréquent, mais postérieur au 1ve siècle, à ce qu'il semble. ‘O Oeôc dvarabtoeuc Tic Luyñc toð Luxaprroù. … se rencontre en Égypte au VMe , »Avärauoov. Ce mot, placé comme une antienne sur les stè les de Nubie (après le vit siècle), évoquait à l'esprit des fidè les les prières conservées encore dans l'äxonoulla vexpootuoc de l'Église grec que-orthodoxe ; des passages entiers de cette liturgie sont répétés sur quarante stè les d'Égypte # ; : c’est peutêtre en ce pays que s’élabora la formule &väræuaov Thv go iy Tob eivog elg xoAmouc AGpxdu xal Iouàx xal laxoß $. Mais auparavant, nous l'avons vu, à Rome, en Sicile, puis à Symrne , en Atti que #8, dans l'ile de Céos et ailleurs, les expressions dvxraïñve, varved, ete., étaient communes aux chrétiens et probablement aux premières liturgies dérivées de l Apocalypse de saint Jean.
(30) KexolunTrar, xorun. xounetc, sont employés concurremment avec les dérivés de mxúw pour marquer le sommeil du défunt jusqu'à la résurrection. Fréquents en diverses régions, ces mots paraissent | rarement sur des inscriptions datées ; parmi cel les-ci l’épitaphe Atécxopos x VHUXANDOC + sy Hxvulön X iv phu X 72, à Pisauri (Ombrie), est de 392 . Une inscription analogue du Fayoum nous reporterait au milieu du rv siècle *. L'usage doit être aussi ancien que celui de xotuntnptov, attesté dès 250-251, supra, n. (21).
La formule Koitunotg +00 ôsivoc est rare et de basse épo que ; elle est signalée en Galatie *, dans le Pont , à Rome et à Syracuse , en Égypte au Ve . La prière Muñoünz :, Kôste, tic xouuhoeuwc xal ävaratoewc, fréquente en Égypte *, se rencontre en Sicile 7, Saint Paul fut le premier, selon la remar que de Bayet, à employer ces expressions, parmi les chrétiens : OÙ xotun0ëvrec v Xprorõ (I Cor., xv, 18). Mais l'analogue existait chez les Juifs.
Donna TT er« le souhait ET TOY xala (plus rarement petà tV óciwv) h xotunats aùrto 1. L'emploi qu'en font les tombes du cimetière de Monteverde remonte vraisemblablement au temps des premières installations juives à Rome et a dûinfluencer les communautés chrétiennes.
De fait les formu les év elpyy, ou encore év elony À xoluyorg adrod sont rares sur les épitaphes chrétiennes hors de Rome, où év elpnvn alterne avec in pace *. C'est sans doute que la rupture avec la synagogue fut plus prompte dans les provin ces. Voir infra, n. (70).
(32) Karäbeotc figure, en lieu et place de depositio et en abrégé (KAT), sur l'épitaphe du pape Gaius, mort en 296, et sur une épitaphe romaine de 343 . Le mot est fréquent à Rome sur des inscriptions non datées ; d'après les régions du cimetière de Calliste, où on les relève, De Rossi juge que son emploi était courant dans la 2e moitié du m® siècle Très rare en Asie Mineure, où il paraît en249 et 256, puis aux xv® et vis sièc les 5, il est signalé à Saloni que et au vit siècle en Palestine , Il se rencontré sur des tombes apparemment païennes$.
Eréln, xaretélin sont communs aux stè les païennes et chrétiennes.
On sait enfin que x« téûsots désigne parfois la déposition des reliques en quel que sanctuaire.
Seigneur : Aóyov Son tË De xxi aveux fre aps Av . A l’anathème des 318 Pères de Nicée, postérieur à l'an 325 et usité encore au x1v siècle, se joint la « malédiction de Judas » 1, que nous trouvons à Argos sur une épitaphe du temps de Justinien !! et ailleurs 2°, Cette malédiction ayant été introduite dans le serment que prétaient les préfets du prétoire sous Justinien :*#, nous connaissons approximativement le moment de sa diffusion.
L'anathème de la Sainte Trinité est signalé à Bersabée 4 ; la formule abrégée, Eys (=Ëyet) vo dváðeug à Étéouv (étæisov), à Yarpouz (Arabissos) 15.
est particulière à Apamée et surtout à Euménie de - xpovg #7, Il n’est point sûr qu’un modèle païen ait | Jerusalem, n. 123, v siècle. Comparer thy ÉVTUPOV oy úpiv Ho ns, tantôt d'un caractère eldens (xÈ voplé ou +ô[v Oed] xeyohwuévov [EEs] 1, tantôt profanes : DANS TAVOANG ETOAOLTO 1, Certaines de ces imprécaE tions figurent sur les tombes chrétiennes. Cel les qui | sont spécifiquement chrétiennes ont une note religieuse et rappellent les solennel les excommunications (35) Appel au jugement de Dieu. — En même temps L. Duchesne et W. M. Ramsay ont reconnu le caractère | purement chrétien de la formule Ésror « dTé mpg row i ; @eôv 18, Un prototype païen du rer siècle après J.-C été signalé à Termessos : éxrioe. TË huo rüv Tep. UNTTÉWWY (Snvápia) p’ xal Čata « ré xal Toùdc Toù xwTotyouévous #. La formule crypto- -chrétienne fut introduite au début du rm : siècle, les premières inscriptions datées qui la portent datant d'environ 250 ; un seul exemple date du rve siècle , La formule est également très restreinte quant aux localités ; elle iT j ? l Phrygie. On en relève ailleurs de rares emplois ‘1 ; le | plus notable se lit sur le reliquaire de saint Trophime, | à Synnada . En Sicile, formule analogue : Et ao Tiy un Ea Oeóv as, La formule $o cet Oc Ayo n'est attestée qu’ au | rve siècle =, L'origine de ces allusions au jugement semble etre pour les chrétiens, le texte de la seconde Épître à Timothée, rv, 1 : Atxuæprupout évortov ToD (eod Ha “Inooù Xpioro TOU LÉAROUTOG Hpiveuy Cüvras xal ven inspiré l'expression particulière oost Det Ayo n. 8109, 8198. — » Duchesne, dans Revue des questions his1| t une seule épo que, le m et peut-être les premières nnées du 1v siècle. 4 ies contiennent souvent de pathétiques appels aux dieux protecteurs de la tombe ; telle l'adjuration aux trois Men : Evopxibe BE Mévac TOV TE oùpævov xal E ToÙg xwraxOovioue LT) E Ef[etlver tivi moñoxt TÒ TeplmÉorov rod réfa]jou uire àyop&čew ÉxTô[c]- To[ð 13 kSexoù( ?) 1 ou encore Evopx& rois Mecs] Mfvac WMaverta[nrrouc] ?xTA. Ces invocations sont d'épo que “romaine ; leurs prototypes hellénistiques inspirèrent es juifs qui gravèrent les stè les imprécatoires de thénée : 'Emxohopat xal LE TOY @ezòv Tôv ÜbLatov, v xbpLov Tv rveuuérov xl méoncs oxpxóg, où les ‘anges sont invoqués après le Dieu vengeur à. AE : En des expressions plus voisines des adjurations è païennes, les chrétiens s'adressent de même au Dieu tout-puissant à Naxos : « Opxi[bloue [vrtov Oeüv] rxvroCe xal roy uv [x(bprov) ‘In(oobv) Xp(Lorèv)] C unôeva éte[o]ov Telñva $, à Syracuse 5, 5, à Rome en 401 5. — Invocation semblable à la sainte Trinité, à Chypre T et à Orchomène , Ailleurs l'adjuration M aese à l'ange protecteur de la tombe ?, plus E souvent aux fidè les au nom de Dieu : tes DUR Ey ôvouarr Toù eo xal »Inooù Xptorod xTA 1 ; “Opato iyà 'Apyerderg... xark Tic œlwviou xploewe ui rig d0Enc Toù O(eo)d 1 ; enfin, au VIe ( ?), Nc dans la Haute-Syrie : ‘Opxico (Eito) à US TOUS | E (edy 22, E Les plus anciens exemp les de ces adjurations remontent au 1ve siècle. W. M. Ramsay date de 320-340 l'épitaphe de Mélos (Inser. græc, t. x0, 3, n. 1238) : Evopxito ú Ou TÖV Öse épeatore ğyyehov 1, 6° Épithètes appliquées au défunt. — (40) Xos OTLTA vonotiavôc, yprotiavóç. Nous n'avons pas à traiter ci la question controversée de l'origine du terme et de sa première signification, méprisante et populaire, “ou bien purement administrative. — A l’article étendu “du Dictionnaire 14, il y a peu à ajouter. Voir supra, II, 8°, J, col. 660, La formule ypetcriavol yperotiævotg est attestée dans la Phrygie du Nord, dès l'an 248-249, antérieurement ~ à la persécution de Dèce, et sur huit autres épitaphes que la seconde moitié du nie siècle !, LR (39) Adjuration. ‘Opxi£w. — Les épitaphes païenOn sait que le terme martoi désigne, au 1ve siècle, en Syrie, une catégorie d'administrateurs municip aux généralement païens !, L'usage chrétien a une tout _ autre origine. Seuls les baptisés, ayant solennellement embrassé la foi au baptême, s'appelaient rioroi ou fidè les et avaient accès à l'eucharistie, mysterium, fidei $. D'ordinaire miotôc signifie baptisé.
(42) Aodñog toñ eo 19, — L'expression est néotestamentaire. C'est à l’origine un sémitisme, équivalent à la formule ‘abd (serviteur de), suivi d'un nom divin.
L'épigraphie païenne a pu suggérer son emploi sur les stè les chrétiennes. Dans le Pont, un certain K&vô.- 80e en dressant une statue ou une tombe à son père, se vante d’être Eeuod 0eoa[rowv] . En Syrie, un prêtre mendiant se vante d'avoir apporté quarante besa ces à Atargatis dont il est le serviteur : Qe% Zvelx ‘Iepa- [m] lory Aoûxtlos Godhoc gór] Tôv Boud jv véOnxev | h0 (e)lxoo[æ]|xi(c), mahoas mhlellæs p” =. Le sèns chrétien est plus voisin de ces expressions indiquant une dépendance religieuse que des désignations profanes du type « Ayxfléroët ğovw to xupelou Aùtoxpdrtopog.
La formule paraît sur une épitaphe de la catacombe de Priscille, datant d'environ 200%, D'autres exemp les, à Rome, remontent au më siècle ou au début du rv° #4, Le plus ancien exemple daté se trouve en Syrie, l'an 331%, Il semble que l'épithète ait d'abord été appliquée aux défunts.
Les chrétiens ont pu s'inspirer de l’'Apocalypse, XIV, 13 : Maxdpror ot vexpot ot èv Kuplo àGrobvraxovteg. Mais l’épithète est donnée à des païens, par exemple à Ormän (Haurân), en 341 après J.-C. : Xaïpe, | udxap B&gðave [odlv lepotc TÉVOLG... Ô HXAUTOC EUX Deots xTA 10, La formule ó TE uaxaplag viungo se rencontre en Sicile en 419 31 ; elle est peut-être dérivée de l'intitulé ó sivy xaAñc uvhunc, caractéristi que de la Sicile orientale *. (44) Iévrwv olhos. Fréquent aux ve et vie sièc les. PLAGE I D'origine païenne *. Parfois juif. 45) DiAóeog. Sur une épitaphe du tme siècle, à £ pitaj Vézir-Kupru : Aùp(hArov) Aouviaov tov [o]tAdfeov xë [olôlrInoov mpecsBótepov yevóuevov #1 : comparable P XIE 6 pov evol ‘5 COM | à l'acclamation finale, très ancienne : ygipeté pot ouÀ6Oeor xal ao veélnpor #5. Même épithète appliquée à a te e. une matrone, au mè ou m ? siècle, à Rome & — Comparer Oeocebnñce, titre du fidèle et du prosélyte juif $, et œtAévrooc, infra, n. (48).
(46) Piéyprotoc, rapproché avec raison par A. Deismann des titres fréquents de otAoxaïoxs et miAccéoæatoc, paraît sur des inscriptions des ve et vif sièc les *.
(47) Puôynpoc « charitable pour les veuves », épithète du prêtre Aur. Domninos, supra, n.(45), est attribuée à ANKOTIA œuoyfex, sur une épitaphe romaine réccmment découverte 5.
(48) Dirévrokne est spécifiquement juif ; les évroaxi ou commandements équivalent ici à la Loi, vouocf.
Le mot paraît, en 409, sur une épitaphe chrétienne | d'Alexandrie”, soit que la morte Zwvenvn fut d'origine juive, soit par allusion aux vroiai Ües0 du Nouveau Testament : I Cor., var, 19 ; Apoc., xu, 17, XIV, 12.
II. FORMULES FUNÉRAIRES D'ORIGINE LITURGIQUE, — 1° Psaumes cités sur les épitaphes. 2° Schéma de la prière liturgi que pour les défunts. 3° Emprunts aux liturgies de saint Jacques et de saint Basile.
Les défunts étaient portés à leur dernière demeure au chant des psaumes et des hymnes, v buvoic dbloroic L'épigraphie conserve plusieurs mentions des thrènes. que réglaient seulement l'inspiration du poète ou les usages loc aux * ; aucun de ces hymnes n'a pu être identifié. En revanche, des versets de certains psaumes se répètent sur les épitaphes ; de même, des textes de l'Écriture ou des lambe aux de prières, qui figuraient probablement et parfois figurent encore dans la liturgie funéraire. La difficulté est d'identifier la source à laquelle puisait le rédacteur de l’épitaphe : on en jugera par ce fait que sur 50 inscriptions d'apparence liturgi que signalées en Syrie par W. K. Prentice, auc une ne se retrouve textuellement dans les anciennes liturgies tel les qu'el les apparaissent en leur rédaction actuelle, datant du vure siècle 1°, El les nous reportent d'ordinaire à un état antérieur de ces liturgies et c'est précisément leur intérêt, comme lont montré MM. Prentice et Lefebvre ‘1, Kertch, datée de 491 après J.-C. 1%, nous a conservé plusieurs citations de psaumes, empruntées apparemment aux psaumes qui faisaient partie de la liturgie des morts. t. m, n. 252, ligne 7. — # W. EK. Prentice, American arch.
| inspirée peut-être de l'interprétation pharisaï que d’une (50) Ps. xcen entier, à Kertch. Le . 1 :60 HATOLXV èv Bonbeix Toù Thtorou v GXÉTN To Oeoð roû oùpavoð aùMonoerta se retrouve en Syrie sur un sarcophage daté de 436 et sur une épitaphe de Jérusalem **, Il figure d’ailleurs aussi sur le linteau de maisons privées 18, — Le ps. xc fait partie de l'office des morts du rite grec, c'est-à-dire byzantin ”.
(51) Ps. cxx (cxxt), 7, 8 : Kboroc EL ce ana FAVTÔS KaxOÛ... Kügroc EURGE Et TA. elooóv cou xal Thv čŠoðóv cov čmo vÜv xal Žwç Toû ælőðvoç. C'est la formule si souvent gravée à l'entrée des demeures et prescription du Deutéronome, vi, 9 5, La finale permet » de l'adapter à un sens funéraire, bien qu'elle neparaisse comme telle qu'à Kertch. — La liturgie « clémentine » !#, celle attestée par saint Jean Chrysostome et la liturgie « alexandrine » en répètent les. termes %0, (52) Ps. L, 1 : 'Ehénoóv ue, ó Oeôc, kart Tù pèro Eheóg cou. Ce verset z se lit pas à Kertch, mais sur un sarcophage de Migeleyyå où il est associé au ps. xe, 1% ; il a inspiré le rédacteur d'une stèle de Nubie 22, 29 Schéma de la prière liturgi que pour les défunts : a. Invocation à Dieu ; b. recommandation de pag c. doxologie. — Une épitaphe datée de 409 reproduit « au complet la prière de la commémoraison, à lanniversaire du décès, en Égypte *. Sur un nombre élevé de stè les nubiennes, échelonnées vraisemblablement « des années 993 à 1243 %, est gravée in exlenso la prière de l’ensevelissement. En ces deux formu les, « séparées par six sièc les, on reconnaît même division tripartite. a. Invocalion à Dieu. — (53) Dans J'épitaphe de Zoneiné : « O Oedc ó TAVTOXEATOP ó v TPOWV xel péro, »Inooës ó Xpetorde 6 vide roù Oeoù Tov C@vroc. On peut en rapprocher les adjurations par « le Dieu tout-puissant », qui sont fréquentes à la même épo que, supra, n. Y 19) et les invocations « O ` Osòg 6 TAVTOKPATOP des épitaphes égyptiennes %5.
ER A N e Pr Rs DS) Ji De. Recommandation de l'âme. — (55) Mvñoünrt rs | otufoeuwc xal dvarabceuc est, dans l'hypothèse | E adoptée plus haut, la prière pour la commémoraison | « de l'âme de Zoneiné. La formule est très répandue ! | et rappelle l'invocation qui dans toutes les liturgies | valeur liturgi que dans la Didachè, x, 5.
M (56) Avarauaov Thv duyv Toù oviou gou sur les Lu stè les de Nubie, fait écho à plusieurs prières de l'Eu- |€ chologion, qui commencent de même. Fréquente en T Égypte, la formule se rencontre en Phrygie ?, en Syrie ? et à Athènes‘ ; mais nous avons vu, supra, im (29), l'emploi répété de verán et AVTAUGLG.
Drxcl. Expression de la béatitude ou du moins du repos des âmes justes après la mort, comm une à l'épitaphe de Zoneiné et à celles de Nubie et d'Égypte. Se rencontre à Slémiyeh en Syrie centrale, à Syracuse et à Catane, à Afioun Karahissar, ailleurs encore. Bien qu'elle se trouve en une prière du Liber sacramentorum de saint Grégoire le Grand, elle n’est point signalée dans l’épigraphie grecque de Rome. — Elle apparaît déjà dans les Constitutions apostoliques, p. Nons étudierons plus loin (III) d'autres expressions désignant le bonheur des élus.
c. Dorologie finale. — (58) »Ori cov Éariv xal mu ro xpéroc elg Toùg alävaç Tüv aiovav. Cette conclusion de l'épitaphe de Zoneiné rappelle l'antique inscription du cimetière de Priscille, signalée pour sa teneur quasi liturgique : « O ratio Tüv rävrov oùc norong xal rapehdône, Eipñvnv, Zonv xal MdpxEAAov. Sol 60Ëx iv Xprotõ 3, Nous y retrouvons, en effet, les trois parties de la prière pour les morts, l’intercession pour les défunts étant seulement réduite au minimum (il faut entendre rxpxäuôave après les trois noms). La doxologie est probablement antérieure à l'arianisme. — Formule analogue dans l'Euchologe grec : AdËx To Qc ré or olxovoufaoæurt 14 Xpioruavé + Adfa Ilurot xal Tiğ xal &ylo Ilveb- unvl Abov xC' (417 ère d'AnE [ele »Evous Gio ! j M tioche = 369 J.-C. 1).
A Kertch, le Trisagion, sous sa forme postérieure au concile de Chalcédoine (451), vient en tête, à la place de l'invocation : « Ayroc 6 ec, dyeros eloyupéc, &yeroc &dvaroc, ÉAËNNOO Tv Soov oou Eœaudyav xal Dastontotau 17, 3° Empruntis aux liturgies de saint Jacques et de saint Basile. — (61) Myñoünrt … Gv Euvnalmuey.. arû “AeA rod êtxalou peypl Ts o'huepoy Muéouc !#. Ce Memento de la liturgie de saint Jacques a inspiré la mention d'Abel et du jour présent, dans l'épitaphe n. 563 du Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes d'Egypte ».
(62) Sur une tombe chrétienne, à Häss (Haute-Syrie), qui date vraisemblablement du Ve, est gravée l’oraison suivante, dont les expressions ont presque toutes un analogue dans la liturgie de saint Basile : ‘O tò īv yaptoduevos T &vOpeorive YÉVL, xè tò tehevtäv tà opiu Évriiduevoc, xè Thv va aqag èv Aée xè olxtipuoïc L8(L)orc xè dpxGœvions, Xiprotóje( ? }, rioxede T® cornpie gou Tüy GobAov cou, Avrwvivou Atoyévou, xal Aoetiav yaueThv abTob, xè Toç Aourods ÉVTAU x xowévouc, TOD Lôtu év 7[f] xenoTO TNT Tv ÉVAerüy o [ou].
III, FORMULES FUNÉRAIRES SCRIPTURAIRES OÙ TRADITIONNELLES : LES FINS DERNIÈRES. — Nous avons étudié au n. (57) la prière pour que le défunt soit reçu au sein d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.
tinoé, sur une épitaphe de la Grande Oasis, sur une colonne à Damiette qui n'est peut-être pas funéraire. De même sur deux inscriptions de Slemiyeh (Syrie centrale), l’une gravée sur un linteau, l'autre sur une tour ; la première est datée de 432-433.
x, 10 : yivov T10TÈS yes avtov xat fwrw Got Trou GrÉpavoy rs wc . On peut en rapprocher ce début d'une épitaphe, à Syracuse : Edyouévnv oe eos] oteo[ævlücer , et la finale d'une inscription de Constantinople : ételtôGn Aaxfds otépavov ypuodv Xouoté.
Quant aux formules juives apparentées, on les trouvera plus haut, au n. (31).
(66) Le ciel, les vivants. A l'IXOYE ZONTON, étudié plus haut (Ile part., 1) comparer l'épitaphe de Ruwéëhâ (Haute Syrie), infra, n. (74) : Els Oedc wôvoc ó Boniy). Yrèp cwrnpiuc xal uvnu(ns) tõu Covro XTÀA et une inscription de /emme (Phrygie), qui est peut-être chrétienne : Fuyñv dE Oeèc aûaev odpxvioug vL [Éléouw 2 De même, à Ladik : Fvuyn e Done Es E0GEUGY OO ny.
(67) Moxdocov vi yw@ge, sur un marbre du cimetière de Priscille, se retrouve dans l'île de Céos (Cycla des) : uox&[olue]l, dc Évobaoxc dAbyou mpüroc elc ugxtpov yõpov ÉAdEiv, polpav dvarA None À.
(68) Le chœur des anges apparaît sur une formule barbare, postérieure sans doute à l'invasion arabe, à Antinoé : O Oedc dvaradGEc Thv Puziy adTod xat TOÙ yöpou tY « Auh TL Euchologe byzantin a l'équivalent : :. $y poti XUTÉTUEOV OÙV taig YOPOOTAOLELS Yyy GOU.
Bien avant ces formules tardives, l'épitaphe de Zoneiné demandait à Dieu de la ranger au sein d'Abraham, dix tToù œylou cov xal ouwTæytyou pyavréhov Miyahh *. La formule est voisine de plusieurs expressions de l'Ordo commendationis animæ, remontant au mé ou au 1vt siècle et rappelle les nombreuses attestations du culte des anges relevées plus haut (Ile part., T).
Ces remarques éclairent la question d'origine. Creuzer, G. Lafave, A. Dietrich, Fr. Cumont, d'autres encore, n'hésitent pas à rapprocher le souhait chrétien du vœu de « l'eau fraîche » que l’on adressait aux morts Osiriens de l'anti que Égypte. P. de Labriolle a justement remarqué que dans le Nouveau Testament l'eau vive était souvent représentée comme un principe de renouvellement ; en 177 cette idée du rafraichissement puisé à la « source céleste d’eau vivifiante qui sort du sein du Christ » était présente aux martyrs à Sparte, à Athènes, en Égypte, sur la stèle d'Alexandre de Kélendres, en 216, exemple d'un emploi juif de slomvun est douteux.
Le refrigerium paraît être l'adaptation romaine de cette idée ; les équivalents grecs ne sont qu’ une transposition tardive de la formule des catacombes.
IV, SOUHAITS DE PAIX, DEMANDES DE PRIÈRES. — (70) ‘Ev slovy, s'adressant au mort. Formule d'origine juive, supra, n. (31), entrée de bonne heure dans la liturgie romaine : la formule même de la sépulture, à Rome, est donnée par la très antique épitaphe In. pace spiritus Silvani, Amen ; èv elpmy alterne avec in pace, dans la région primitive du cimetière de Priscille et est fréquente en Occident : elle s'enchâsse dans certaines formules : 65m iruptir èv hpohw (Õe éxuuN0n v slovy) en Ombrie, en 392 ; xite év éoivn, à Milan en 444, à Reggio en 490, Rarissime en Asie Mineure, l'expression est signa-
(74) Eleh, le paz vobis de la liturgie romaine, est au contraire répandu partout. Ce souhait est fréquent en Asie Mineure, dès le début du ms 3 siècle, à Rome et en Afri que, en Syrie. En pren il s'adresse plutôt au défunt : Etoävn cou ou t buy cou ; en Orient, aux frères de la communauté ou aux passants : Eisävn Xo(ioToû) næv ou +Elonvn räct+xalouxf en Syrie ; Bigwa mapæyovow xaliy Lwnoxouévoic mept ar sur la.
Comparer Eùroyia rõow, qui est juif, L'uniquel Il est plus malaisé de déterminer la relation des Au temps du Christ, Pharisiens et Sadducéens dispu- taient sur les destinées d'outre-tombe et le plus ancien témoignage de la prière pour les morts chez les Juifs ne remonte qu'au Ile livre des Macchabées, Les épitaphes juives latines sont plus explicites sur la croyance à la résurrection ; telle l’épitaphe métrique de Regina, Nous retrouvons l'invocation à Dieu juste Maître sur une stèle juive (fig. 5875) du n° ou du rie siècle, dont la première phrase, toute païenne, reparait sur deux épitaphes métriques du Haurân : Ette “ce, ’Ioüore, téxvov, ÉÔUVAU NV oxp govo OeTvar « Bebápevog. Növ, torota, èv elphvy x6unoiv abrod. Loüorov, výmov GOUVHPLTOV, év : ötxaruaTi sou CAT ER
On peut conjecturer que l'usage de prier pour les morts est venu des juifs aux chrétiens, tandis que celui — d'invoquer les défunts est spécifiquement chrétien.
(73) Mynoûñ ó eivæ, uvnoÜñ rod sivog paraissent bien être souvent, sur les monuments chrétiens, une demande de prières. La formule est très fréquente en Syrie.
Moh Mapovac sur une tombe de 357, à ebed (Haute-Syrie), peut passer, il est vrai, pour une réclame d'un marbrier. Mais l'explication ne conplas, sans plus, après une date 3, Munolie (= uvno- on ó ypčWæg, sur le linteau de l'église de Harrân. Le sens est indiqué par les formules, également ano“xtiouvta, dy TÒ Ovoux yivooxeic ; uvnoünte, K(bpr}e, Toig xapropopéocgxoty ; les coopérateurs d’une œuvre pie, qui veulent rester inconnus (et peut-être non
F-
D HOT E VHT
vient plus aux commémoraisons anonymes : Mynsôñó “nymes, où intervient uvnoüntt, le mot même de la commémoration liturgique : Myhoônr :, Kiber)e, rôv à EKNON EX) N AUHNCA W XPYCE HE EINAISEY À À TAENEIPHNH OUHCINAY TOYI OCEN a WORIONACYKPITY NENAIKA WU À confusion avec uvAoünr. ?), ne convient qu'aux exemples où le nom qui suit est au génitif. C'est le cas le plus rare ; sur six proscynèmes relevés dans l’ « École des prophètes » au Carmel, cinq portent uvo suivi d'un sujet au nominatif. W. K. Prentice reconnaît là, avec raison, une 3° personne du subjonctif déponent, de sens passif.
I n'y a qu'une similitude apparente entre ces expressions et certains proscynèmes païens. [[[x]p{[#] Tr eğ éuvoôn [AJo Daséuavés TA ; EuvG[0n] ZéAel[uxocl ; Exprnôœv Zaxprnôôvos [élrolter ( ?) uvto[üets]( ?), lisons-nous sur les rochers de l'île de Syros ; et aux tombeaux des rois : Mynoût Bnfev]- tòg h Adyoblorlou. xal œrouué[vov ujo]. En ce dernier cas, pwyo serait pour éuvneÜn, comme TehedTX pour be eAeúta, sur les épitaphes de Sicile. Le sens serait : il fut fait mention d'un tel auprès du dieu. Les formules chrétiennes optatives, où uwnoûñ alternent avec uvno0nt, uvnoðein n, requièrent une autre interprétation.
F. ACCLAMATIONS, INVOCATION. — (74) Elg Ococ. — La formule se trouve employée par des païens ; elle est particulièrement appliquée à Sérapis.
On notera l'emploi de Ets Qeg sur les tombes. Nous l'avons vu gravée dans un hypogée de Qolonyeh, supra, n. (73). Antérieure sans doute est l'inscription de Ruwêhå (Haute-Syrie), gravée sur une tombe qui figure un temple distyle in antis : Els Osis ôvos ú Bonb(&v). »Trèp cwrnotucs xal uvnu(nc) tõv Cévrev. « Avevéooe Bacoiuas xal Max06abéx Étous yAu '(384-385 après J.-C.) . En Egypte, Els Oeôs ó Bonóç ou Bondy est d'usage courant, en tête de stèles tardives, à Herment, à Esneh, et se rencontre à Tehneh (vire, peut-être vè siècle) .
(75) Bonûer, Bonûr, adressé à Dieu ou aux saints, semble emprunté à la terminologie païenne. Des pierres gravées portent les légendes des Néueor Borôr, Sabaw Bond, “HoxxAñcs oùpd(ve) Bost », et W. M. Ramsay a attiré l'attention sur l'invocation Zet OGéôx Bohte : Elpnvalo TX, datée de 293 après J.-C. ?.
L'usage chrétien est attesté dès 331 en Syrie propre, dès 354 à Es-Sanamêën (Haurän) . Les ouvertures de la demeure sous la protection divine étaient communes chez les païens ? ; elle n'était pas étrangère aux juifs, si c'est leur exemple qui amena les chrétiens de Haute Syrie à répéter, sur les linteaux de leurs villas, le verset 8 du ps. cxx : Kúptog pudin rhv elooëôv cov xal Trv ÉÉodov cou, supra, n. (51) Mais la formule précise que nous étudions !* est plus voisine de l'épigramme gravée à profusion, si nous lisons Magicien : Ojos écris h Guvauts toù Meot A xæ)ouuevr | inscrite sur une tombe de la Gaule, à la fin du Ve, par des secousses sismiques : Poe ue’ à uõv' en croyons Diogène Laerce , sur les maisons de | Cyzi que, et rencontrée ailleurs :
« O +oû Arde raie HæAivixoc “Hoaxañe vide xaurorxeï, unôèv eloiro xaxóv.
Ne dirait-on pas qu'un néophyte a calqué sur ce “| : modèle l'inscription de Herâkeh : +0 Seorôtns juðv »Ifncod)s X{praté)e, ó Yid ; t(ob) (eo), év iuan j : [xlarorxet : unôèv loito KAKXÓV XTÀ. (524 après J.-C.) 219 La formule est employée sur mainte amulette. E L'interprétation peut toutefois être différente pour d'autres monuments. Si le linteau de Säfita doit se lire, après correction de R. Wunsch : [ In]oog ó Xptorèc 6, roù @(60)5 v(ld)e arorx(ei)v[del] Sendito xT nous sommes loin d'un texte prophylactique. Même la simple assertion Christus est hic se distingue encore des injonctions païennes ou paganisantes au mauvais œil. Il serait téméraire d'y voir une allusion à l'Hostie déposée dans la tombe avec le cadavre p c'est probablement une allusion à la grande croix Mono : 3 grammaticale gravée sur la stèle.. Les Pères, on le sait, exaltent souvent la vertu protectrice de la croix, et les inscriptions qui se recommandent de cette influence - sont apparentées à notre formule. Enfin dans certains cas un sens spirituel peut être admis, analogue à ` celui de la formule suivante. V. supra, II° partie, 9, b. (78) + Osò ; ueb’ huöv +, sur une tombe en pyramide, à Ma'rata = n'est que la forma brevis du v. 8 (ou 12) du ps. XLV, très souvent gravé sur les linteaux ` de Syrie : Kôeros TÖV Ôuvauéov pel huv, dyrumtop ALLO ó Fed ‘Ixxcb6. La liste de ces citations a été | dressée dans le Dictionnaire = : il suffira de noter ici 1 deux variantes : [+] « O Xoro[rès ule0' duo, à Antioche , rappelle l'invocation qu'un saint homme conseilla de graver sur les maisons de la cité, ADR | otre . + »Eupavouñr, peð uav ó Oedc c Bonieg ++ combine, avec le Ps. XLV, $, Mat. 1, 23 C Eupavouvnh, 6 iot peðspunvsuóuevov M0” ALov ő Oed9 et peut-être avec le Ps. xvi, 3 (O Oeéc Lou Bonlés mou) *.
VI, FORMULES DE DÉDICACES, — 10 Ex-voto et | formules apparentées. — (79) Eòyh zoğ Sstvoc : formule Éi chrétienne %°, sans exemple certain dans l'épigraphie = païenne #1, qui emploie d’ordinaire ebynv(ex-volo)ouxxt M edyhv à la fin de la dédicace. Une inscription sur = colonnette, à Chypre, remontant au m* siècle, montre que l'usage fut juif, peut-être avant d'être chrétien : 3 Edyh ‘oxôêt « Arrixod =., — Edy) Mavro xat Movo, vœu aux saints Paul et Moïse, à Dår Kitå (Haute-Syrie), en 418 après J.-G. = :
(80 Vrés cùyñs — également chrétien — combiné parfois avec le vœu païen de prospérité, ntp edyx nc xal | sua, indi que le rv° (ou ve) siècle let se rencontre partout. À (81) ‘Trep owrtnpias, à propos de ceux qui ont contribué à l'érection d'une église, se rencontre en 370, près de ‘'Ammân ?, La formule se retrouve dans les inscriptions païennes, mais aussi dans la liturgie de nt Jacques. Celle-ci a pu également fournir les éléments de la formule Ürè2 cuTnpias xal uwhung, que nous trouvons à Ruwéhä en 384-385 (82) rés cotnplag Hal ivriNiuoeuc TOY XXPTOPOcévrov xxl xapropopuv, à l’église de la Vierge, à Mādabā #, date de 663. 15) Très cdyñs xixi) alornplæls Zepyiou to oyuporprtou x(œi). Gvaraucecs Maœplxc, est la formule ordinaire pour offrir des objets précieux à une église en souvenir d'un mort. Ainsi, sur les patènes du isor de Stoùmå (région d’Alep), fin du vi° ou commencement du VIe z 16) “Yrèp &péceoc &uwoTioy se rencontre en 401, à aqaä . Très fréquent. E Action de grâces. — (85) Ebyoapiorüv tö O(e)ğ xÈ EN YLX Eùpnuig... éroinox…. Cette formule de Gradi pr ès Aquilée n’est point rare ; ainsi en Haute-Syrie : - mt EvEduevoc Evo ’Loduvne Eréruya xxi edyap[Llor@v rà O(e)@ rpocévxx rèp Tüv éuapridv Lou 5, E le est du langage courant, même païen. Edylao :o]- TOILE ‘ss l'AloxAnriw, lisons-nous sur les rochers de Syro _(86) J Asta K(vgelle tË olxovouoðyre Úno úylag Névvou. Af[uAv] :° a son répondant païen, gravé par quel que marinier passant à Syros : AóÉa TË coouvrt Mac év Túpo™. p ar P. Monce aux 1 ? et par dom Leclercq # pour | PAfri que et l'Italie, par F. Bulié pour la Dalmatie , Elle remonte à un verset du Ier livre des f{Paralipomènes, XXIX, 14, et est passée des juifs © aux chrétiens. À propos d’une inscription d’Il Anderin : Ta où, x TÖV adv, col reocvéco ó M(séc) GX Toù dpyxyyédo, LE Ürèe &péceoc uao(riév)…., W. K. Prentice remar que | que l'expression est celle-même de l'offrande eucharistique, dans les liturgies de saint Chrysostome, de saint Basile d'Alexandrie et est voisine de celle de la liturgie de saint Jacques , 4° Quorum nomina Deus scit. — (88) Fréquente en fatin, dans les actes des martyrs et dans les inscriptions », l'expression désigne, en grec, les fondateurs et artisans anonymes d'une église ou d'un hospice. V., supra, n. (73). Elle est sans doute tirée de la liturgie, M étant à l'origine une formule de diptyques !. Les “Sour ces scripturaires auxquel les avaient puisé les diturgistes, l’Épître aux Philippiens, 1v, 3, l'Apocalypse “XI, 8 ; XVI, 8, sont suivies de plus près par une inscription de Diarbekr, du Ve : ¿E dvl olud[rt]ov vdoov, [v] TÈ övóu(ata) v B(L)GAS vole] « . coræc, XO 5, 712, n. 36. — “ Bulletin de la Société des | €90 FII, CONCLUSIONS, — 29 son développement.
1° Origines du formulaire épigraphique chrétien. — Les déficits de l'enquête que nous venons de mener sont patents. Elle néglige beaucoup de formules et même des catégories entières d'inscriptions. Elle ne fait aucune part à la stylistique. Il y aurait lieu, par exemple, de noter que les épitaphes où le mort lui-même raconte sa vie sont plus anciennes en Orient (Abercius, Eugène de Laodicée), tandis qu'en Occident elles sont précédées par des « éloges » à la 3° personne. Enfin nous avons renoncé à tout rapprochement étendu avec l’épigraphie latine.
Toutefois la question d'origine a souvent été abordée 1° Origines du formulaire ;
| par nous.
Les juifs avaient leurs livres saints et une liturgie, mal connue , dans laquelle alternaient psaumes, leçons et cantiques. Le formulaire chrétien est tributaire du psautier et en général des usages juifs. Pour être complet, il eût fallu ajouter à Els Oeéc, n. (74), à 'Ev elonvn n xolunotg ro, n. (31), (70), mainte | formule liturgique : amen, alleluia, le Gloria in excelsis Deo et le frisagion, certains versets de psaumes qui rappellent de près les combinaisons de psaumes dans la Chemonah Ezrah ou la Kadouchakh !. La plupart sont l'objet d'un article dans le Dictionnaire, où ils sont présentés à juste titre comme des emprunts.
Les analogies de nos textes avec les formules païennes sont certaines. Il y a même identité d'expressions dans les appels à la divinité, n. (75), (76) et les actions de grâces, n. (85), (86), dans certaines adjurations aux violateurs des tombes, n. (39). et aux esprits malfaisants, n.(77) ;dans l'épigramme Xprordc Évôdèe KATOLXEL unôëv eloire xaxóv, il n'y a de chrétien que Xptorôc ; tout le reste a été dit d’'Héraklès, n. (77). Les formules d'exorcisme et d'adjuration nous sont peut-être venues du paganisme par un intermédiaire juif, n. (39).
Les rencontres signalées sont d'ordinaire surtout verbales ; à elles s'applique la remarque de F. Lejay : « Au xvrr° siècle, croyants et incrédules se querellaient sur les « emprunts » du christianisme au paganisme.
| Les uns et les autres partaient de prémisses contraires à l'esprit historique. Ces rapprochements sont utiles, parce qu'ils nous montrent les idées généralement reçues à une époque. Il ne faut pas s'imaginer qu'il y a une grande différence entre les façons de raisonner habituelles à des contemporains, païens et chrétiens, vivant dans le même milieu. Les emprunts proprement dits sont généralement douteux, secondaires et indémontrables 22, » Ces réflexions conviennent particulièrement à l'époque à laquelle nous reporte la majorité de nos textes, au 1v° siècle, Il y avait, à côté de termes réservés ou prohibés par les divers cultes, une sorte de xocvr religieuse. Les chrétiens y ont puisé quelquefois. Plus souvent, ils ont corrigé ou complété. La formule du | vœu est sdyh ou drép edyñc, non plus syfy, n. (79), (80) ; Els Oeéc s'allonge en Elç Oedc xal 6 Xproròg aùbTo, n. (74) ; Oedc peh huv “est donné comme la traduction de EupavouñA. Des versets tirés de divers psaumes sont rapprochés, pour donner aux acclamations un accent plus vif de confiance ou de victoire.
Il y a une terminologie grecque chrétienne : il y a | aussi pour faire vibrer ces mots nouveaux un grand souffle de foi plus élevée et plus libre. 29 Le développement du formulaire. — Les trouvailles verbales et stylistiques n’ont pas manqué aux chrétiens.
Nos recherches nous laissent entrevoir, pour l’Asie Mineure, la période d'adaptation (ne-Me), où le vocabulaire se forge avec des matériaux païens : la tombe s'appelle déjà xotwnthptov, n. (21) et le profanateur du sépulcre « a affaire à Dieu, au dieu vivant », šota aûtT@ Tpos Tov. Oev, n. (35).
Le rv’ siècle, après la paix de l’Église, voit se multiplier les pierres tombales chrétiennes. Elles ont presque dès le début leur forme austère, où le nom du | père est supprimé, ainsi que les autres indications chères aux païens ; les épitaphes grecques chrétiennes, tendent, comme les latines, à exprimer « la nudité redoutable du dernier jour » 1 On marque quelquefois le jour du repos, &veran, éxouunün, n. (29), (30) (pour fixer la commémoraison) : ; l'âge du défunt ; surtout les titres religieux qui seuls comptent, ypetotuavée, riotôc, dobAocs to (eo, n. (40) et sq.. Ces titres se répandent dans les provinces, dès qu’on est libre de les exprimer sans s'exposer à la mort ; ils supplantent, au cours du 1v° siècle, bon nombre de désignations païennes conservées par les premiers chrétiens : à la fin du 1ve siècle, peut-être dès 360, le style funéraire chrétien est formé ?, Les réminiscences liturgiques n'y sont point rares. Au 1v° siècle, les premières liturgies paraissent fixées dans leurs grandes lignes : peut-être liturgie funéraire d'Éphèse, née de l'Apocalypse ; liturgies de saint Jacques et, postérieurement, de saint Basile, qui ont inspiré mainte inscription de Syrie.
Au VIe, la liturgie souvent reproduite sur les tombes de Nubie est importée directement de Constantinople. Elle suit cependant, dans ses prières pour les morts, le même ordre que la commémoraison des défunts, à Alexandrie, en 409 (v. supra, IIIE part., u, 2) : il y eut probablement influence de la liturgie égyptienne sur celle de Byzance.
De fait, le particularisme régional, si manifeste dans le choix des termes désignant la tombe, fut sans cesse combattu par l'étude des sources chrétiennes, par les pèlerinages, les conciles, les échanges de vues entre prélats. Conceptions et expressions particulières ont ainsi passé d'un pays à l’autre. Le rôle des anges psychagogues, particulièrement accentué dans les communautés qui dépendent d'Éphèse, est reconnu sur les tombes d'Égypte comme à l'offertoire de notre messe de Requiem“. Le séjour des âmes au sein d'Abraham est une conception scripturaire, mais spécifiquement égyptienne ; elle se retrouve pourtant en Asie Mineure, sur une épitaphe, comme dans certains recueils romains ou dans l'Euchologion de l'Église grecque.
En Cilicie, le refrigerium... eorum qui nos præcesserunt a été gauchement traduit de la liturgie romano-africaine, tandis que la liturgie byzantine lui empruntait la notion du « lieu du rafraîchissement ». Le Els œuvre qui domine certaines stèles funéraires d'Égypte paraissait déjà sur une tombe syrienne de 384-385. Il n’est guère de formule nettement frappée sur un point de l'empire, dont nous n'ayons trouvé quelque exemple.
Gondi, 5. J., Trattato di epigrafia cristiana latina (TAM) ; let. rest. consacré aux inscriptions lyciennes, 1901 ; le t. m, Tituli Lyciæ linguis græca et latina à Rome ou en d'autres provinces. En ces premiers siècles de l'Église, la communication des formules a existé, comme la communication des symboles, (Manuali Hcepli), Milan, 1910 ; du R. P. Syxtus, O. C. R., Notiones archæologiæ christianæ disciplinæ theologicis coordinatæ, t. II, pars 1 : Epigraphia, Rome, 1909, 2e édit. 1918 ( ?) ; de R. Aigrain, Manuel d'épigraphie chrétienne, II, Inscriptions grecques, Paris, 1913 : de C. M. Kaufmann, Handbuch der altchristlichen Epigraphik, Fribourg-en-Brisgau, 1917 ; de F. Grossi a. S. Cheetham, Dictionary of christian antiquities, Inscriptions. Voir encore H. Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, fasc. 1, paru à Vienne, en 1920.
Nous avons retracé plus haut (I partie, 1, 3) les origines et les premiers essais du Corpus inscriptionum græcarum christianarum. Sur les recueils antérieurs au C. I. G. (voyages, missions archéologiques, dissertations, etc.) — Supra, II part., 7. III part., n. (68). — # Supra, n. (57). — Supra, n. (69). — Supra, n. (74). — E re Archaeological Expedition to Syria in 1904-1905), cité par nous comme Syria-Princeton, division III, Greek a. latin inscriptions, part. B, Northern Syria, … Leyde, 1908-1922 ; — David Magie Jr a. D. R. Stuart, = Syria-Princeton, div. III, part. A, Southern Syria, A 1907-1921. $ Nous avons donné dans notre Ie partie des bibliographies un peu plus complètes pour chacune des régions étudiées.
c) Revues et bulletins épigraphiques. — Un grand nombre de revues publient des inscriptions chrétiennes, notamment : Annales du Service des antiquités de l'Égypte, Bulletin de correspondance hellénique ; Bulletin de la Société des Antiquaires de France ; Byzantinische Zeitschrift ; Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ; Jahrbücher des oesterreichischen archäologischen Institutes in Wien (continuation des Archäologisch-epigraphische Papyri) ; Mélanges d'archéologie et d'histoire (École française de Rome), ordinairement cités comme Mélanges de Rome ; Mitteilungen des K. deutschen archäologischen Instituts : a) Athenische Abteilung (= Athenische Mitteilungen) : b) Römische Abteilung (= Römische Mitteilungen) ; Nuovo Bulletino di archeologia cristiana ; Revue archéologique ; donné à Publications of the Princeton University |
INSCRIPT. GRECQUES CHRÉT. —
INSCRIPTIONS LATINES CHRET. 694 Revue bibliographique ; Revue des études grecques : Revue de philologie ; Römische Quartalschrift für christliche Altertumskunde u. Kirchengeschichte.
Les dépouillements sont facilités par divers bulletins épigraphiques. Voir Jahresbericht über die Fortschritte der klassischen Altertumswissenschaft de Bursian, spécialement t. XXXVI, p. 146-153 ; t. XLVI, p. 195-223 ; t. LXXXVI, p. 475-491 ; t. CLXXXIV, p. 91 sq. (arrêté en 1919). D'utiles indications dans la revue gyptus, dans l'Année épigraphique (paraissant dans la Revue archéologique et à part), dans la Byzantinische Zeitschrift, les Byzantinisch-neugriechische Jahrbücher, le Journal of Hellenic studies, le Nuovo Bullettino di archeologia cristiana, la Revue des études grecques et la Römische Quartalschrift, qui ont des bibliographies étendues, parfois spéciales à l'épigraphie chrétienne, ou reproduisent les textes plus importants. Toute inscription grecque parue depuis 1922 sera désormais insérée au Supplementum epigraphicum græcum, Leyde, 1923 et sq.
L. JALABERT et R. MOUTERDE, $. J.
d'épigraphie juridique, in-8°, Paris, 1881 ; G. Gatti, Dell' religieuses règlements d'associations, listes de membres, comptes rendus des réunions. De quel prix serait pour la connaissance de l'antiquité chrétienne un ensemble analogue à celui des Actes des frères Arvales ? Ces réserves faites, l'épigraphie chrétienne reste encore assez opulente pour alimenter l'étude et éclairer l'histoire du passé au point de vue des croyances, de la vie publique et des institutions nationales et municipales, de la vie privée enfin dans toutes ses manifestations. Cependant, d'une manière générale, les inscriptions n'offrent plus une importance, une précision et une variété comparables à celles des séries païennes correspondantes. Ainsi l'expansion de l'empire a mis fin aux républiques grecques et amené la disparition des décrets, lois et règlements rendus autrefois par les magistrats et les conseils, elle a mis à Rome et en Italie à une série de manifestations telles que plébiscites et sénatus-consultes, lois, décrets, règlements, édits, lettres ou harangues, délibérations dont nous n'avons plus désormais, dans un état centralisé, l'équivalent. Les inscriptions concernant le culte et la religion dans leurs manifestations liturgiques officielles sont rares et presque toutes sont fragmentaires : calendriers, inventaires, ex-votos, catalogues, graffites de pèlerins rapprochés, confrontés restent trop souvent énigmatiques. Une catégorie plus fournie est à la glorification d'une tombe sainte ou d'une basilique ; maintes fois on y trouve, sous l'écorce d'une poésie pitoyable, des indications utiles touchant l'édifice, le lieu sur lequel il s'élève et les circonstances où il a été élevé. Les inscriptions honorifiques quelconques destinées à rappeler le souvenir de princes, de magistrats ou de personnages illustres ne disparaissent pas, mais elles perdent quelque chose de leur ampleur ; la louange et la flatterie n'ont pas disparu, mais elles se sont volontiers délayées, alanguies dans une littérature que représentent les panégyriques des rhéteurs. Enfin, les inscriptions privées, sans cesser d'offrir une grande variété, ne présentent, qu'exceptionnellement, des actes d'un intérêt capital. Et néanmoins nous avons eu l'occasion de citer déjà dans le Dictionnaire des milliers d'inscriptions, nous en citerons encore beaucoup parce qu'il ne saurait plus venir aujourd'hui à la pensée d'un historien ou d'un érudit que l'envahissement des inscriptions se fait aux dépens de la connaissance du passé historique. Cette prévention a eu son heure de succès, si entièrement évanoui qu'il semble superflu d'en parler. À différentes reprises et par des démonstrations ingénieuses et convaincantes, on a mis en lumière l'utilité et la nécessité de l’épigraphie pour l'éclaircissement des textes littéraires. Il ne reste plus désormais qu'à commenter, in-4°, 1740 : J. Wunderlich, De usu inscriptionum romanarum veterum maxime sepulcralium in jure, in-4°, Quedlimburgi, 1750 ; Haubold, Antiquitatis romanae monumenta legalia extra libros juris romani sparsa quæ in aere lapide aliave materia vel apud veteres auctores exstant, siy h et Te on re ne refuse pas aux monuments les plus illustres de l'épigraphie. Les mœurs, les usages des chrétiens ne diffèrent pas sur tous les points de ce qui se pense, se fait et se dit autour d'eux ; s'il en était ainsi, ils n'auraient d'autre alternative que de sortir en masse de l'empire, ce qu'ils ne font pas ; ils y vivent donc et leur existence ressemble sous beaucoup d'aspects à l'existence de leurs contemporains. C'est notoire, il y a toute une perspective de la vie romaine et hellénistique pour laquelle nous devons recourir aux sources profanes ; mais ces sources ne nous donnent pas une entière satisfaction. Les historiens et les jurisconsultes ont dédaigné de nous rien apprendre d'un ordre de faits que nous voulons connaître, soit qu'ils n'y prissent pas le même intérêt que nous, soit qu'ils jugeassent superflu de raconter à leurs contemporains ce que ceux-ci pouvaient savoir à condition de ne pas fermer les yeux. Ces menus faits dérogeaient jadis à ce qu’on nommait la « dignité de l'histoire », « aujourd’hui ils en constituent l’armature la plus solide et le ragoût le plus délicat ; or ce n'est pas chez Tacite et chez Suétone, chez Gaius et chez Ulpien que nous trouverons, par exemple, sur la vie des classes populaires, les détails dont nous sommes curieux. L'artisan et l'ouvrier étaient méprisés presque autant que l'esclave : leur existence chétive, les métiers qu'ils exercent, les efforts qu'ils multiplient pour échapper au besoin, les collèges qu'ils fondent pour adoucir et embellir la vie, la petite importance à laquelle ils peuvent prétendre parmi d'autres gagne-petit tels qu'eux-mêmes, le soin qu'ils apportent à payer la cotisation, à participer au repas corporatif, à se faire enterrer honorablement, tout cela serait inconnu, insoupçonné, sans les inscriptions.
Administration. — Nous ne serions pas mieux instruits sur la hiérarchie, le mécanisme compliqué de l'administration impériale, l'organisation du personnel financier, militaire, religieux, la constitution des municipes et des colonies. Qui s'impose la description fastidieuse d'un état de chose que chacun a devant les yeux ? Cependant, faute de cette description, les changements surviennent, les bouleversements s'accomplissent et la postérité ignore tout d'un passé dont elle voudrait tout connaître. L'épigraphie toute seule répond à cette légitime curiosité. Les anciens gravaient sur les temples, sur les édifices, sur le piédestal des statues beaucoup de choses où la vanité avait sa grande part, mais où nous apprenons mille particularités, les unes d'ordre général, les autres de portée individuelle. Tous ces monuments, grands et petits, découverts sur le sol de l'empire, prennent une voix et nous instruisent de ce que le silence des auteurs nous laisserait ignorer sans eux. L'un nous résume tous les actes de la vie d'Auguste ; l’autre nous fait connaître les fondations alimentaires de Trajan ; un autre nous donne le texte du sénatus-consulte qui conférait en bloc à l'empereur tous les pouvoirs ; trois tablettes espagnoles nous ont conservé la charte d’un municipe au ier siècle ; nous avons même la loi municipale du dictateur César, qui n’est mentionnée par aucun historien de l'antiquité. Par la comparaison d'une foule d'inscriptions, on a pu reconstituer les fastes consulaires, la série des magistratures ou des honneurs obtenus dans l'État, dans un municipe ou dans une association par tel ou tel personnage, la série des fonctionnaires qui ont exercé la même charge, préfets du prétoire, préfets des vigiles. Le développement progressif des diverses branches de l'administration romaine.
Par l’épigraphie encore, nous possédons une sorte d'annuaire officiel et les éléments d'une statistique administrative de l'empire ; nous avons entre les mains une chronologie plus sûre et plus détaillée qu'aucune autre : grâce à elle nous pouvons savoir non seulement où et quand tel personnage fut titulaire de telle fonction, mais vers quelle date cette fonction apparaît pour la première fois, vers quelle date elle disparait pour toujours.
L'épigraphie prête à rendre d'autres services. La littérature, la jurisprudence, l'histoire, la géographie ont à compter. Claude prononça devant le sénat pour appuyer les habitants de la Gaule chevelue, qui demandaient la faculté d'entrer au sénat et l'accès aux fonctions sénatoriales : or une table de bronze, trouvée à Lyon en 1524, nous a conservé le texte de ce discours, plus décourageant et plus rébarbatif. On arracha néanmoins deux ou trois blocs du contre-fort qui masquaient, à sa partie supérieure, la surface de la stèle d'un marbre gris-bleu, mesurant en long 1 m. 30, en large 0 m. 54, avec une bordure plate, large de 0 m. 05 à gauche. Le marbre étant encastré dans le mur, l'épaisseur de la tranche demeure inconnue. La gravure est médiocre, les lacunes sont rares, quelques mots manquent, qui ont été effacés avec intention et très profondément grattés et raclés. Presque partout le nom de Néron doit être rétabli, et c'est par pure inadvertance qu'il a été deux fois conservé. L’inscription tout entière se décompose en trois documents distincts : I. Édit adressé par l’empereur Néron à tous les habitants de la Grèce : ordre d’avoir à se réunir le 28 novembre [67] à Corinthe ; II. Texte officiel du discours prononcé par Néron à Corinthe, à la date indiquée ; III. Décret en l'honneur de Néron, voté par la ville d'Acraephiae. Voilà ce que l'épigraphie nous a donné, et aucun écrivain ancien n'avait pris soin d'analyser la déclaration d'indépendance. Dion n'en souffle mot, Suétone ne paraît pas avoir eu sous les yeux le texte officiel, il commet, en effet, une légère erreur. Selon lui, Néron, en même temps qu'il proclame la liberté de l'Hellade, décerne solennellement le droit de cité romaine aux agonothètes et leur accorde de riches gratifications. Dans le discours authentique, nous ne trouvons pas trace de ces dernières faveurs. Sans doute, Suétone confond ici Corinthe et Olympie ; c'est à Olympie, Dion nous l’apprend, que Néron reconnaissant fit aux Hellanodiques don de 250 000 drachmes. Plutarque résume en deux mots la déclaration impériale : TOÙG »Exxmuoc ÉAcutlépouc xal abdrovéuous &ofxev ? ; et c'est tout.
Non seulement l'épigraphie complète et rectifie les historiens, mais elle nous révèle le style et l'éloquence de Néron. Car il ne semble pas que ces quelques lignes où s'étale une vanité malsaine puissent être contestées à l'empereur qui aimait à déclamer en public et parlait volontiers en grec. Cet unique exemple, ces quelques phrases montrent à elles seules ce qu'on est en droit d'espérer de l’épigraphie.
La littérature, tout autant que l'histoire, peut recourir aux textes épigraphiques. La jurisprudence avoue sa dette avec une sorte de fierté ; quant au droit civil, ces textes en fournissent une application vivante : condition des personnes, droits des hommes libres, des affranchis, état des esclaves, droit des époux, héritages, testaments, donations entre vifs, ventes, obligations de toute nature. La graphie ressort de deux témoignages épigraphiques : 1° Une tuile trouvée à Ponn et portant ce qui nous apprend que la classis Germanica pia fidelis, ou flotte de la Germanie romaine, avait là un établissement à terre pour se ravitailler, que par conséquent l’Escaut était parcouru par les vaisseaux de la flotte, enfin que la rive droite de l’Escaut devait appartenir à la Germania inferior, comme Tongres et comme Cologne. 2 Une inscription d'un beneficiarius consularis à Namur :
C-G-P :F :
ce qui nous apprend que la classis Germanica pia fidelis, ou flotte de la Germanie romaine, avait là un établissement à terre pour se ravitailler, que par conséquent l’Escaut était parcouru par les vaisseaux de la flotte, enfin que la rive droite de l’Escaut devait appartenir à la Germania inferior, comme Tongres et comme Cologne.
D M ACCEPTVS VICTORIS SIBI ET AMMAI SV CONGEIVICIO RIO VICTORINO BF COS
ERATRI PO SVI
Acceplus Victoris (filius) sibi et Ammāi suæ coniugi et Victorio Victorino beneficari(o) cons(ularis) fratri pos(uil).
1 Pour que le supérieur du beneficiarius qui plaça celui-ci à Namur à la tête d’une station militaire eût la qualité de consulaire, le gouverneur de la province devait être un ancien consul, ce qui était le cas pour la Germania inferior, tandis que le gouverneur de la Belgica était toujours un ancien préteur : par conséquent Namur commandée par un bénéficiaire de consulaire appartenait à la Germania inferior.
5 La simple mention d'une ère provinciale peut conduire, à raison du lieu de la trouvaille, à des rectifications importantes. C’est le cas pour une inscription découverte, en 1895, à Kherbet-el-Ma-el-Abiod, à mi-chemin entre Aziz-ben-Tellis et Bordj-Mamra.
12 Ce texte permet de rectifier le tracé de la frontière de la Numidie vers l'Ouest. On avait admis couramment que cette frontière, après avoir suivi l’Oued-Endja, passait entre Cuicul et Mons et descendait en ligne droite jusqu'au Chott-Beida (entre Perdices et Nova Spars). Nous savons maintenant par notre inscription que la région voisine d’Aziz-Ben-Tellis et de Bordj-Mamra était comprise dans la Maurétanie puisqu'on s'y servait pour la supputation des années de l’ère maurétanienne :
IN HOC LOCO SVNT MEMO RIE SANC + MARTIRVM 4 ALES LAVRENTI : IPPOLITI :
ET DE CRVCE DNI
DEPOSITE DIE III NO
La présence de l'ère de Maurétanie sur une inscription nous amène à une autre observation, Un texte pot, dans Bulletin de correspondance hellénique, 1902, -Memoria Marcelli, Recessil die Marlis luna XXI.
12 faas Augustas afnno) p(rovinciæ) CCCCXLI.
13 3 En l’année 441 de l'ère maurétanienne (480 après J.-C.), le jour du mois lunaire indiqué ici est non pas un mardi, mais un mercredi, tandis qu’en l’année 491 (530 après J.-C.) ce même jour tombe un mardi 1 {3 août. Cette constatation réclamerait l'adoption à la sixième ligne de la leçon CCCCXCI au lieu de CCCCXLI, “ mais en 530, la lune, au 13 août, n'avait encore que quatre ou cinq jours, suivant les cycles ; en tout cas, son âge réel comportait une différence de plus d'un demi-mois avec celui qui est indiqué sur la pierre. De “là, raison de douter. Si nous revenons à l’année 480, nous constatons que cette année-là le 13 août était une lune xx1°, xxnt ou xxue suivant les cycles. Il y a donc très sensiblement concordance. Comme nous avons à choisir ici entre deux erreurs, il faut prendre l’erreur la moindre. Que l'on se trompe d'un jour dans la semaine, que l'on prenne un mercredi pour un mardi, » c'est ce qui arrive souvent, et à tout le monde. Mais - que l'on se trompe de quinze jours dans l’âge de la lune, que l’on marque la pleine pour la nouvelle, ou le dernier quartier à la place du premier, c'est complètement impossible. Il faut donc s’en tenir à l'année 480 (ann. prov.. CCCCXLI). Les chrétiens du Ve - n'avaient pas de moyen plus ordinaire d'être fixés sur l’âge de la lune que les petits traités qui circulaient … alors sous le nom de libri paschales et dont plusieurs - nous sont parvenus. Parmi ceux-ci deux ont été rédigés en Afrique, le plus récent des deux à Carthage en “ 455, cependant ni l’un ni l’autre ne satisfont aux … données de l'inscription. Les deux autres computs, basés comme les africains sur le cycle de 84 ans, sont romains ; l'un d'eux fut en usage au rv* siècle et au commencement du vt ; il donne au 13 août la lune XXII, comme le deuxième de Carthage ; l’autre, dressé — à Rome en 447, correspond exactement à notre inscription ; il a, au 13 avril, la Pâque avec la lune xvin’, ce d'Aquitaine, établi à Rome en 457. = Ainsi cette inscription nous apprend que pendant une période de temps qui ne s'étend pas au delà de l'année 455, le pape saint Léon Ier ayant pris, comme ~ nous le savons par d'autres documents, la direction | des Églises de Maurétanie, y introduisit le comput romain. Une fois cet usage pascal établi dans les provinces alors détachées de la primatie de Carthage et demeurées romaines, il s’y maintint au moins jusqu'à l'année 480. C’est encore aux inscriptions qu'il faut demander la direction et la distance des voies romaines, la confirmation ou la rectification des itinéraires, la position exacte des frontières, l’enchevêtrement des circonscriptions douanières, la situation des postes de douane. qui donne pour le 13 août, luna XXI ?. La même solution se présente dans le Paschale de Victorinus |. Quand on consulte les Itinéraires anciens, on y trouve mentionné, sur la route de Turin à Suze un endroit désigné sous le nom de Finibus Fines, ad Fines, ad Quadragesiman ?. L'Anonyme de Ravenne écrit : Italiam quidam philosophi amplius quam septingentas civitates habuisse dixerunt, ex quibus aliquantas denominare volumus, id esi... Ocellio, Fines, Slaurinis. Or tous ces documents si concordants ne nous apprennent pas le nom officiel de cette statio, que nous ne lisons que sur une inscription trouvée près d'Avigliana, sur la rive droite de la Dora Riparia f :
PVDENS - SOC PVB : XL : SER 1 ! SCR - FIN IB COTTI : VOVIT ARCAR : LVGVD S-L-M
Pudens, soc(iorum) publ(ici) XL ser(vus), coni(r) scribtor) finib(us) Cotti(i) vovit, arcar(ius) Lugud(uni) sfolvit} l(ibens) merito).
C'était en effet le point extrême de l'ancien royaume de Cottius, qui resta à peu près indépendant jusqu'à l'époque de la mort de son dernier roi (65 apr. J.-C.) ; il fut alors annexé à l'empire 5, mais le nom survécut dans une bourgade frontière : ad fines Cottii®, | gnements nouve aux, Les copistes ont dénaturé l’orthographe des œuvres littéraires ; les lapicides ont exprimé — pas toujours — le modèle qu'ils avaient à reproduire, ou bien ils se sont livrés à la satisfaction de graver les mots et les phrases sans modèle, suivant qu'ils avaient compris la formule et l’interprètent à leur fantaisie. Telle province dont l’épigraphie n'offre pas en grand nombre les textes juridiques et historiques, mais où pullulent les épitaphes les plus modestes et les plus incorrectes regagne au point de vue de la langue l'importance qu’elle perd au point de vue de l'histoire et des institutions. La langue devient même. en pareil cas, l'un des objets sur lesquels on peut former les conclusions les plus sûres, parce que les faits sont abondants et clairs. Il n'y a pas eu deux façons de parler mal le latin. Certaines particularités de vocabulaire ou de syntaxe, classées d’abord comme africismes ou comme gallicismes, ont été trouvées ailleurs. Ce qui reste est trop peu de chose pour compter, et il ne faudrait pas s'étonner qu'il y eût des détails de style ou de syntaxe propres à un pays. Ils prouveraient l'existence non de dialectes, mais d'écoles littéraires. C'est ainsi que les traits qualifiés africismes chez Apulée ont été retrouvés ensuite chez des auteurs qui n’ont pas mis le pied hors de l'Italie. On a donc affaire à des traditions d'école, et, comme on n’est jamais sûr d'en saisir l'origine, comme le tempérament de l'écrivain qui a pu les créer peut y avoir plus de part que les instincts de sa race, il est préférable de s'abstenir de conjectures sur des causes qui nous échappent.
Les altérations phonétiques et morphologiques du latin se révèlent au contraire identiques dans toutes les provinces. De ce qu'on ne rencontre pas des divergences de nature dialectale, il ne s'ensuit pas qu'un pays ne présente des faits particuliers, et c'est ici que les inscriptions rendent témoignage.
| personnages ; mais à part ce mérite littéraire l Oratio | a une grande importance histori que. Claude n'étai d’un idiot et la langue dans laquelle s'exprimait. | Claude était celle d'un homme cultivé. Fidèle à la droit de cité romaine, et les franchises municipa les | cette concession à si haut prix que les peup les recherles Latins de Gaius et d'Ulpien, situation inférieure « | sans doute, mais précieuse encore par la facilité qu'elle | cice des magistratures dans les vil les latines. A des harangues que l'historien met sur les bia aen sel 5 Fe pas l'imbécile qu'on s'imagine, mais un esprit studieux érudit, admirateur du passé qu'il trouvait intéressan il pensait descendre d'un Sabin admis à la cité romaine ii et croyait que Rome devait en partie sa grandeur au | bienveillant accueil qu'elle avait réservé aux Latins, 5 ; aux Italiens et aux étrangers. Tout cela n'était pas politi que de César, si favorable aux provinci aux, Claude proposait en conséquence au Sénat d'accorder l'électorat et l'éligibilité à certains peup les de la Gaule. Le sénatus-cônsulte passa et les notab les d’une province considérable furent appelés à l'électorat et à l’éligibilité, obtenant le solidum jus civitatis suivant une expression de Claude. Les Éduens furent les pre = miers à jouir de ces privilèges. Tel est le fait poltass pi consacré par la table de Claude qui nous a conservé u spécimen précieux d'Oratio principis et une nania ration des principa les famil les de la Narbonnaise. - 1 | En 1869, on trouva à Cles, dans le Tyrol, non loin. de Trente, un édit rendu par Claude, en l'an 46, conférant ou confirmant le droit de cité à trois peup les du Trentin ; c'est la tabula Clesiana, datée des i des de mars (15 mars), de la villa impériale de Baïes ; ellenous apprend que Claude suivait la ligne politi que des prin ces du Haut-Empire, préoccupés de répandre le Les tab les de Salpensa et de Malaga nous ont apporté une connaissance plus approfondie du Jus Latii, que Vespasien, au témoignage de Pline, avait donné à l'Espagne entière, mais nous n’en connaisa sions pas toute l'étendue. Rome ne laissait arriver au droit de cité que par une lente initiation, mettant” chaient avidement ce titre et les situations intermédiaires qui en rapprochaient. Ceci expli que l'existence de catégories diverses de privilégiés répondant à des situations civi les et politiques dont chac une represent une portion plus ou moins considérable du solidum k jus civitatis. Le droit de latinité est une de ces situations intermédiaires entre la peregrinitas et la civitas romana. Ce droit de latinité avait été primitivement E un droit pres que identi que au droit civil de Rome. Plus tard, après le triomphe définitif de Rome dans l'Italie centrale, nous rencontrons une latinité nouvelle et distincte mais dont le statut était réel ; enfin une latii nité artificielle, image de cette demine et qui fut accordée à bien des peup les en Italie et hors de l'Italie, « mais qui, hors de l'Italie, n’entraînait pas la latinité ` du sol. Ces derniers Latins sont les Latins classiques, offre d'arriver à la cité romaine, notamment par lexerGaius nous avait déjà indiqué ce moyen dans un passage très mutilé ; la table de Salpensa complète ces notions en les élargissant, puisqu'elle nous montre la plus belle province de l'Espagne pratiquant un =a droit de latinité particulier, plus étendu que la latinité classi que ou artificielle, puisqu'elle comprend, à la fois, les deux éléments primordi aux de la civitas, le commercium et le connubium. C'est là la révélation inattendue qu'apportent les tab les de Salpensa et de Malaga ; nous savons désor mais, grâce à l'épigraphie, que les citoyens de ces deux vil les jouissaient, par la latinité d'adoption, de droits civils analogues à ceux du citoyen romain. EL | « RER Re nous ignorerions les préoccupations économiques des | mands empereurs et leur ingénieux système d'assisnce publi que établi sur le crédit foncier. Ainsi se uvait restaurée en Italie la propriété moyenne et | petite nonobstant la menace des latifundia. Trajan avait reçu d'uti les développements dont s’'inspirait le Dictionary of christian Antiquities de Smith and T Cheetam, in-8°, London, 1875 et la Real-Encyklopaedie » Freiburg, 1882-1886. Dans des Éléments d'archéologie
E.
“tion, pres que leur bornage. étendu dans L'épigraphie chrétienne en Gaule el dans F : consacrait une centaine de pages (141-255) à un traité - le reste du volume, qui arriva, en 1906, à sa 2° édition. | assura la rente de sa fondation sur ce qu'il y avait alors de plus sûr : une propriété immobilière privée. En prêtant des capit aux à des propriétaires rur aux moyennant une hypothè que Por Reni suffisante, il fixa à un 4 t aux modi que, quelquefois 2 ! ;, l'intérêt de ces prêts et cet intérêt, au lieu d'être versé au fisc, fut remis E d directement à une administration spéciale qu’on pourrait appeler du nom moderne d'assistance publi que, et employé à l'entretien d'un nombre déterminé d'enfants indigents. En élevant ainsi un grand nombre d ‘enfants ingénus, en soulageant ces famil les par un Bon modi que, 4 ou 5 francs par mois (la consommation “en blé des enfants dotés), on refaisait cette petite Dourgeoisie italo-romaine sans laquelle l'Empire ‘avait plus de base, ainsi qu'en convenait Pline ; on refaisait des pay sans et des soldats. Voilà ce que “nous ignorerions si les inscriptions de Velléia et de Bénévent ne nous l'apprenaient avec le détail des chiffres, les noms des propriétés engagées, leur situa »autant que leur précision permettent sinon de combler | du moins de réduire notre ignorance du passé. Cepen| | b | | réalisés, n'a pas atteint encore à ce point d'achèvement | “où est parvenue, par exemple la diplomati que. Des trav aux ingénieux ont essayé de grouper les faits, | - mais aucun d'entre eux n'a encore réalisé la synthèse attendue ; peut-être serait-il prématuré de l'entre- | . prendre : Jusqu'au moment où elle deviendra possible des gui des excellents nous conduisent à travers le laby_rinthe des textes énigmatiques ou fragmentaires. Le - premier en date et qui reste un modèle à suivre est le » Manuel d'épigraphie chrétienne, d'après les marbres de “la Gaule, par Edmond Le Blant, in-12, Paris, 1869, . mince et précieux volume, dont le cadre a été un peu | l'Afri que romaine, par le même auteur, in-8°, Paris, der christlichen Allerthümer, de F. X. Kraus, in-8v, chrétienne, dont la 1e édition est de 1899, O. Marucchi | - d'épigraphie, tandis qu'il parsemait d'inscriptions tout M. En 1909, S. Scaglia attribuait un volume entier de ses | Notiones archæologiæ christianæ à VE pigraphia, et en 1910, O. Marucchi donnait une E pigraphia cristiana, dans la collection des Manuels Hæpli. Le Handbuch | der christlichen Archeaologie, de C. M. Kaufmann, d'épigraphie chrétienne. I. Inscriptions latines, 11. Inscriplions grecques, in-12, Paris, 19131. Le progrès matériel accompli depuis 1869 pouvait être apprécié d'un coup d'œil par le nombre croissant des figures et l'amélioration des reproductions. Les inscriptions chrétiennes devenaient familières, on les reconnaissait et on les retrouvait facilement en feuilletant les livres, au lieu d'être obligé de recourir à de gran des publications. Il doit nous être permis d'ajouter que, depuis 1903, le Dictionnaire. d'archéologie multipliait les textes épigraphiques et leur accordait par centaines des reproductions dont la fidélité et le nombre ne sont pas les seuls mérites.
Le nombre des inscriptions latines chrétiennes ne pourrait être déterminé, même approximativement. Sans parler des milliers qui ont péri sans auc une évaluation possible ni raisonnable, il en reste des milliers d'autres et el les reçoivent cha que année de notab les accroissements ; l'Afri que, en particulier, est bien loin d'être épuisée et il est permis d'envisager la découverte de nouve aux gisements non moins riches que celui de la basili que de Damous-el-Karita. I n'est que juste d'ajouter que l'importance des formu les est loin d’être en rapport avec l'abondance des inscriptions.
Le sens qui s'attache à ces mots : inscription chrétienne, varie suivant les époques. Pendant les quatre | premiers sièc les de notre ère, ce terme s'appli que aux seu les inscriptions portant une preuve évidente de « christianisme. A partir du règne de Théodose et du dant l'épigraphie latine chrétienne, malgré les progrès | triomphe définitif du christianisme, la situation est retournée et toute inscription doit être tenue pour chrétienne à moins que son texte ou les symbo les qui l'accompagnent ne présentent un indice certain de paganisme.
Ces inscriptions sont disséminées très inégalement. Rome et, après elle, l'Italie semblent devoir détenir longtemps leur imposante majorité, mais l'Afri que du Nord accroît rapidement son lot, tandis que la Gaule et l'Espagne n'ajoutent que peu de tituli nouve aux à ceux qu'el les possèdent ; quant à la Grande-Bretagne et la Germanie ce sont des parentes pauvres que pourrait seule envier l'Helvétie. Les provin ces orienta les d'Europe, l'Illyricum notamment, ne sont pas beaucoup mieux partagées. Ainsi, comme le disait Edm. Le Blant, quatre grands pays de langue latine, l'Italie, l'Afri que romaine, la Gaule et l'Espagne, possèdent des inscriptions chrétiennes des anciens âges. Après l'Italie ou, pour mieux dire, après Rome qui est, à cet égard, un centre incomparable, la Gaule est la contrée où ces monuments présentent le plus d'intérêt, par leur antiquité, par leur valeur. Longtemps, ils n’ont été donnés que dans des appendi ces à la masse de nos | inscriptions païennes et auc une étude méthodi que ne
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p = D Ag eg pm Ep en nieux, car ne fûl-ce qu'au seul point de vue de la Chronologie consulaire et royale, les renseignements : qu'ils nous fournissent ne sauraient être négligés. A d'autres titres encore ils intéressent l'histoire chrétienne : les croyan ces des premières générations, les superstitions, les usages, les vicissitu des d'une existence fréquemment menacée des pires misères transparaissent sous ces formu les incorrectes et cette langue gätée ; c'est par là que ies inscriptions apportent un contingent de faits positifs et nouve aux qu'il n'est plus possible de négliger aujourd’hui.
Tout cela est bien au-dessous de ce que l’épigraphie païenne répand de lumières sur l'histoire de la Grèce ét de Rome. Il ne faut pas hésiter à confesser, à ce point de vue, l'infériorité de l’épigraphie chrétienne qui ne nous réserve rien qui puisse être comparé à cette surabondante richesse où puisent à pleines mains l'histoire politi que, économi que, administrative, militaire, la chronologie, le droit civil et public, l’histoire | religieuse, celle des usages, des idées et des sentiments.
Il suffit de constater cette infériorité, il ne faut pas l'exagérer. Telle qu'elle existe et telle que nous pouvons l'interroger, l'épigraphie chrétienne demeure une source limpide et abondante, une des plus pures parmi cel les dont nous avons l'usage.
La disproportion qui existe entre le chiffre approximatif des inscriptions païennes et profanes — plus de 300 000 — et le chiffre global des inscriptions chrétiennes — environ 50 000 — s'expli que par la durée | plus longue du régime païen qui s'étend sur huit ou neuf sièc les et la période plus concentrée du régime chrétien : quatre ou cing sièc les. En outre, jusqu'à la paix de l'Église, le péril qui s'attache à toute manifestation chrétienne restreint considérablement le rôle de l'épigraphie. Tandis qu'en Grèce et à Rome, pendant près d'un millier d'années, tous les organes de publicité ont dû être suppléés par l'inscription, à l’épo que chrétienne il n’en va plus de même. Autrefois, sur des tablettes de bois recouvertes d’un enduit blanc. on traçait au minium ou bien l’on charbonnaïit les peu de temps ; les textes qui devaient durer étaient inscrits sur la pierre, le marbre ou le bronze. C'étaient des archives un peu encombrantes sans doute, mais guère plus, à tout prendre, que les tonnes de papier qui s’entassent aujour d'hui dans d'innombrab les sal les, Avant la paix de l'Église, il ne peut être question de ces archives monumenta les, et, de ce chef, des séries innombrab les font défaut à l’épigraphie chrétienne. Qu'on s'imagine des conditions différentes de sécurité et nous aurions eu quel que espoir de retrouver et de rapprocher des catalogues de communauté, des listes de dignitaires chrétiens, mais il n’y faut pas compter. Ce n'est pas seulement l'insécurité qui les détourne de cette énumération vaniteuse, c'est l'humilité qui la leur interdit. Les inscriptions honorifiques, comme les inventaires de richesses sacrées, seraient une imprudence et une provocation, on ne se vante pas d'être d'une multitude de catégories épigraphiques. IV. L'ÉPIGRAPHIE CRYPTO-CHRÉTIENNE. — À mesuré qu'on se rapproche des premières déca des et des premières années du christianisme, les inscriptions se | ment explorée il y a peu d'années , ne peut être T | reportée à la fin du 1° siècle ou au début du siècle „depuis une seule a permis de remonter jusqu'à l'an raréfient à tel point qu'el les finissent par manquer tout à fait. A Rome, la ville par excellence de Fépigraphie, le christianisme s'implanta de bonne heure et une Église nombreuse et florissante portait ombrage dès l'an 66 ; cependant elle n’a laissé auc une trace monumentale. J.-B. de Rossi croyait pouvoir y | compter trente-deux inscriptions à date certaine avant l'épo que de Constantin. Sur ce nombre, une seule appartient au rt siècle, à l'année 71 ; or, non seulement elle ne nous apprend rien de plus qu'une date, mais il semble bien qu'on soit d'accord aujour d'hui pour l'éliminer et la restituer au paganisme :. Ce fragment ne porte aucun indice de christianisme, mais on estimait. qu'avant été extrait d'une catacombe il était chrétien Même en admettant cette origine, qui n’est pas certaine, il est impossible de ne pas se rappeler que less fidè les ont utilisé beaucoup de pierres païennes pour fermer des tombes, auquel cas ils les retournaient ou bien les renversaient. C’est ce qui a pu être fait pour ce débris d'inscription païenne de l’année 71 employé« plus tard pour une destination différente. Les deux inscriptions qui prennent rang à la suite de celle deu l'an 71 sont respectivement datées des années 107 et” 111 ; el les ne paraissent pas en meilleure posture histo-« ri que que la précédente. Malheureusement pour el les, ces deux inscriptions n'ont d'autre garant que Boldettin (voir Diclionn., t. 11, à ce nom), en sorte que les défenseurs de l'authenticité se trouvent réduits à conjecturer que ces inscriptions gravées sur la Ch aux de deux tombe aux auraient été lues parlecustode dans un cimetière inconnu non loin de Vlarea de Lucine et » de la tombe de saint Paul, cimetière qui aurait été ` creusé au rer siècle et rattaché dans la suite des temps à T la catacombe de Commodille. Mais quand il s’agit de désigner ce cimetière, de le montrer dans les plus « | anciens documents, il y faut renoncer. Ji L'hypogée exploré par Boldetti, en 1720, sous lad | vigna Mandosia, et qu'il nomma par conjecture cœmeterium Lucinæ, hypogée dans lequel, s’il fallait ~ l'en croire, il trouva les deux inscriptions consulaires de 107 et 111, n'a certainement ja mais pu être relié à l'area de Lucine qui se trouvait sur la voie d'Ostie, T dans la direction du Tibre et qui faisait partie dun cimetière de Commodille ainsi que Boldetti lui-même « a dû en convenir ' !. (Voir Dictionn., t. m, au mot T COMMODILLE®.) Auc une partie de ce cimetière, dont » fait partie la crypte de Félix et Adauctus, attentiven suivant. Toutes les inscriptions consulaires que Bol-« detti y a rencontrées ne sont pas plus anciennes que« l'année 371 5, et parmi les autres qui ont été trouvées née 361%. L’affirmation de Boldetti sur les deux » inscriptions datées de 107 et 111 trouvées dans ce 1 cimetière est donc insoutenable. Il y a pis que cela. L'authenticité de ces deux textes est suspecte car | l'ignorance et le sans-gêne de Boldetti (pour ne rien ~ dire de plus fort 7) sont bien avérés, mais on a d'au- ~ tres exemp les de ses énormes bévues # : en outre, il est | utile de se rappeler que toutes les inscriptions pubid ‘S | tes. -Boldetti en est-il l'auteur ? Nous ne pouvons E l'affirméer, il suffit de dire qu'il offrait une proie par à trop facile pour tous les faussaires alors nombreux 2. = Ainsi donc, ce n'est pas avant le début du in siècle … que nous trouvons à Rome une inscription chrétienne à date certaine et authenti que. Même disette dans les … provin ces pour la période des origines ; beaucoup de séries indubitablement chrétiennes ne commencent . qu’ au ane siècle, ou même avec la paix de l'Église. « A E : quel les causes attribuer cette éclosion si tardive de E -l'épigraphie chrétienne ? Goût du mystère, nécessité “de ne pas se signaler aux pouvoirs soupçonneux ou hosti les ? L'influence de ces deux causes a dû, bien || entendu, se faire sentir ; mais on a peine à croire que l'une ou l'autre, ou HR toutes les deux réunies, “aient pu condamner les chrétiens à un silence absolu, | alors que les usages épigraphiques étaient entrés dans | : les mœurs au point que nous savons et que, par ailleurs, il était si facile de se cacher en employant des tours = ambigus,en se créant un vocabulaire ouvert aux seuls initiés ou même plus simplement en continuant à parler le langage des inscriptions en usage dans le —… milieu particulier où se développaient les fraternités ~ chrétiennes. Si cette dernière supposition était fondée, nous serions autorisés à rechercher dans la masse des inscriptions du n° ou du mr siècle, d'allure sinon …païenne du moins indifférente, des textes émanés — de chrétiens dont la foi se dissimulait sous les formes a là rien que de vraisemblable et il est infiniment probable que les recueils épigraphiques contiennent, crypto-chrétiennes *. T chrétiens se partagent les famil les, ces derniers se ~ sont trouvés dans des circonstan ces délicates. Une conversion, un mariage introduisaient un fidèle parmi - une famille idolâtre, celle-ci tolérait ou ignorait, mais » à la mort elle s'emparait du défunt, se l'annexait pour ainsi dire, et lui imposait une sépulture parmi ses parents, adeptes du paganisme. Parmi les noms inscrits sur des tiluli rédigés par des survivants païens, d'après le formulaire païen, il est possible qu'on en ~ rencontre qui furent portés par des chrétiens, mais | — nous n'aurons ja mais un moyen sûr de le découvrir. f = Tla dû arriver parfois que la main d'un coreligionnaire VOJ = = courantes que leur religion ne condamnait pas. Il n'y mélées aux textes païens, des centaines d'inscriptions | Dans une société où païens et | a protesté comme sur le sarcophage de Prosénès +, ou bien, plus silencieusement encore comme nous en avons la preuve par une fouille faite à Rome, en 1887, hors de la Porta Portuensis. Sous le pavé d’une sépulture païenne bien caractérisée, on trouva un squelette portant encore un petit médaillon en verre, à peinture sur fond d'or, représentant un sujet chrétien : Moïse frappant le rocher. Ces restes étaient, selon toute apparence, ceux d'un chrétien, membre d'une famille païenne et enseveli parmi ses proches 5. | Nous ne sommes pas réduits seulement à des con| jectures, quelques monuments nous offrent les éléments d'une démonstration. C’est ainsi que sur une | inscription de Henchir-bu-Falia, à peu de distance de Théveste, dans l'Afri que proconsulaire nous lisons ceci :
D MS III A TILINI PAVLINA VA AUL DE
SOLA IN TERRIS OMNIBVS VNO 10 EODEMQ. IN DIE VITAM ADEP TA FVNCTA QY EST
Une petite tablette de marbre de Tipasa appartient au 11° ? siècle par sa paléographie, son formulaire n'est pas compromettant, il ne nous apprend rien, mais les deux noms de la défunte sont surmontés de deux 711 symbo les destinés à n'être entendus que par les seuls fidè les 1 Rasinia Secunda redd(idit spirüum) XVI kalendas Novembris [anno] p(rovinciæ) 199.
Une autre inscription nous fait connaître une chré- : tienne enterrée à Giufi (Henchir Mscherga) dans la | Proconsulaire : elle mentionne* :
Cette je une mère mourut à l’âge de trente ans ayant donné naissance à cinq enfants, trois garçons et deux fil les, tous morts en bas âge. Outre l'absence de toute | formule païenne dans cette inscription on remarquera que la défunte porte le nom chrétien de Quod vult Deus. Nous trouverions un autre indice de christianisme dans les emprunts textuels faits par le rédacteur de cette épitaphe à un document célèbre et qui devait être alors dans toute sa vogue parmi les fidè les de l'Église d'Afri que. Le rédacteur a fait plus que s'inspirer, il a tiré littéralement plusieurs expressions de la Passion de sainte Perpétue, martyrisée à Carthage en 203 ; on y lit ces éloges : Vibia Perpetua, honeste nata, liberaliler instituta, matronaliter nupta 4, et nous retrouvons ici : Pescennia Quot vult Deus, honestæ memoriæ femina, bonis natalibus nata, matronalitér nupta.
| provenance est certaine, par exemple les tablettes de | les païens étaient enterrés dans des jardins ou des | cimetières à ciel ouvert et leur épitaphe était généra e- lors toute incertitude au sujet de Pascasia s'évanouit, Lors que nous avons affaire à des textes dont le fermeture de loculi trouvés dans les catacombes, aucu n doute n'est possible et la concision elle-même du for- | mulaire devient un témoignage d'authenticité E Fi s'ajoute à plusieurs autres, que nous allons énumérer, V. ÉPITAPHES PAÏENNES ET CHRÉTIENNES. — No venons de parler de tablettes de loculi, c'est we effet ce détail matériel sert à distinguer les épitaphes païennes de cel les des fidè les. Sauf pour ceux qui recevaient la sépulture dans un colombaire, auquel cas leur nom était transcrit sur une tablette de marbr e ment gravée sur des cippes ; au contraire, les fidè les ensevelis dans les catacombes n'ont eu des cippes qu'exceptionnellement, il s'en est conservé quelques uns à peine, tandis que nous trouvons par milliers leurs épitaphes gravées sur des dal les min ces et parfois ramassées dans des débris que l’on n'a même pas pré le soin d'équarrir.
Le défaut d'élégance ; la rusticité même des caractères peuvent de même être tenus pour un moyen ! ni d'appréciation, car c'est miracle que de trouver sur les marbres des fidè les une gravure comparable à celle des temps classiques. Les inscriptions chrétiennes, le plus souvent, sont facilement reconnaissab les, K condition toutefois que les formu les, les symbo les ou le lieu d’origine mettent sur la voie. Les exemp les que nous venons d'emprunter à l’épigraphie africaines nous ont montré quels servi ces pouvaient rendre des indi ces longtemps dédaignés. Il en est de même en. ii Gaule, en Italie, et même à Romé. Voici ce que nons lisons sur un sarcophage d'Arles« : i OPTATINE RETICI AE SIVE PASCASIE CONI VCI AMANTISSIMAE EN NIVS FILTERIVS SIVE POMPEIVS MARITVS POSVIT SEPVLCRV M CVM QVA VIXIT ANNISOCTO MEN SIBVS NOVEM ET. 4 10 DIEBVS DVOBVS . t son christianisme est attesté. La même constatation » se répète pour bien d’autres inscriptions, que leur nombre ne permet pas d'énumérer. Celle qu'on va lire. serait certainement classée comme païenne à ne considérer que le texte ! : mais, au-dessous de ce texte on a gravé deux colombes À et un vase qui attestent le christianisme de Genesius. « = Ce m'est pas seulement pour les inscriptions très | anciennes que le lieu de provenance peut suppléer “de manière décisive à l'absence de formu les chré- | tiennes ; à une date moins reculée nous trouvons au
MEM-PATRICIAE FILIAE DOMNI QLMAVRICI MG . MIL
— Encore une fois cette inscription serait considérée | comme païenne si on ne l'avait lue dans une église avec cette condition importante qu'elle est en mosaïl) | d'une pierre apportée d'ailleurs. Mais il y a plus que l cela. La Mem(oria) Patriciæ, filiæ domni glo(riosi ?) Maurici m(a)g(istri) mil(itum), se trouve être voisine de celle de son père Maurice qui avait restauré la basili que ainsi que nous l'apprend l'épitaphe de ‘Constantine, sœur de Patricia. A plus forte raison, quand il s’agit d'inscriptions très anciennes, la provenance peut-elle valoir une attestation positive de christianisme. C’est le cas pour cette inscription du … cimetière chrétien de Chiusi * : A GELLI ge
GVRIANENI SENTIVS.CRESS
CES COIVGI B.M.P.
pou bien encore pour les deux suivantes lues, en place, dans les catacombes romaines” : fet :
. Enfin, à Rome même, nous ne pouvons manquer de “rappeler trois inscriptions sur lesquel les on s'efforce d'employer un langage intelligible pour les initiés sans exposer à éveiller l'attention des païens. C'est La restriction apportée par les mots : ad religionem … perdinentes meam ne s'est pas rencontrée sur les . inscriptions païennes, mais elle était évidemment et . volontairement assez vague pour échapper à la malT veillance et aux dénonciations. Cette inscription … remonte certainement à une date très primitive, la - suivante est déjà un peu plus hardie 5 :
S & FECIT & YPO
QEV SIBI s ET ø … in-8°, Alger, 1900, 46 p. — ? C. Cavedoni, Ragguaglio storico | M que, elle a donc été exécutée sur place, il ne peut s'agir | ne veut pas rappeler le crue 114 Enfin voici le mot : dormitio sur cette dernière« :
DORMITIONI T'FEA-ENTY CHIO. QVIVI XIT-ANNXVIII « Xi-D-IH
KARE PEP BALE G
Ces trois monuments nous reportent vers la limite du 1° au ne siècle. ` Si sobres qu'ils se montrent lorsqu'il s’agit de nous entretenir de leur famille et de leur croyance, les fidè les ne laissent pas cependant de nous en apprendre plus qu'ils ne semblent dire. Voici deux textes qui se lisent sur un marbre à Subiaco et sur un sarcophage romain conservé au musée du Louvre ” :
ET - LIVIVS LIVIAE : PRIMITIVAE NYMPHODOTVS | SORORI-FECIT ke g= W. - II. M. 3 FILI à QV-AN - XXII - MVIII Š M-LIVIO -HER % METI-PATRI = bon a SANCTISSIMO 8 pasteur à FECERVNT à, brebis brebis © Le marbre de Subiaco a été gravé sur un exemplaire - ayant reçu avant toute commande et par prévoyance Livius Nymphodotus. de ceux qui ont élevé la tombe, souvent aussi l'indication de sa position sociale, de sa profession, de sa patrie. En outre, le texte débute le plus souvent par l'invocation aux divinités funéraires réduite à des initia les, D. M. ou D. M. S. il rappelle complaisamment les circonstan ces honorab les, titres, honneurs, dignités obtenus par le défunt pendant sa vie, il indi que la mesure en largeur et en profondeur du terrain de la sépulture : In fronte pe des XII in agro pe des XXF ou bien : pe des quadrates XF. On doit noter | également comme spécia les aux épitaphes païennes | les formu les qui rappellent le testament en exécution duquel la tombe a été établie : on lit dans le seul tome m du Corpus inscriplionum ! :
Kaput ex testamento, 6998 ; ex voluntate testamenti, 4282, 5958, 7460, 11226, 13367, 14359 16 ; ob voluntatem testamenti, 6493 ; secundum voluntatem testaloris, 810 ; secundum voluntatem testamenti, 1230, 13665 ; juxia testamentum, 4370 ; ex testamenlo jussus, 404 ; quod testamento fieri praiceperat, faciendum curavit, 5780 ; tesiamento, dedii, 5196 ; ex leslamento mandavit poni, 11261 ; ex testamento fieri jussit, 1749 ; tesiamento poni jussit, heres posuit, 1710 ; ex testamento curam egil, est réduite en sig les H(oc) M(onumentum) H(ere des) À N(non) S(equitur). On s'inquiétait d'en garantir la posne session contre toute atta que judiciaire, toute entre- »| prise déloyale : Huie monumento dolus malus abesto et iureconsultus. Défense était faite de les vendre, | de les engager ou de les donner : hoc monumentum ne que mutabitur ne que vaeniet ne que donabilur ne que pignori obligabitur ne que ullo modo abalienabitur. Rien | de pareil sur les épitaphes chrétiennes, mais d'autres. soucis tournés vers l'éternité, d’autres espéran ces et | d'autres pensées, Une fois sur une inscription païenne de Dougga nous lisons cet écho des idées chrétiennes :
D.M.S. SI VIVVNT ANIME CORP ORE CONDITO VIVIT PATER N OSTER NOSTER SET SINE NOS
VI. FORMATION D'UN NOUVEAU TYPE ÉPIGRAPHIQUE.
— Une croyance nouvelle à ses débuts, fut-elle inspiré de l'ardeur qui soulevait les fidè les, n’a pu avoir pour
PATER O A E V ANNISTAICINTAR D 2
OMP
Les tituli des tombes païennes indiquaient parfois les noms de ceux dont les restes pouvaient y être déposés, les membres de la famille ct, le plus souvent, ses affranchis et leurs descendants fecit sibi el suis el” ibertabus que posleris que eorum. Par exemple : libertabusg leris que eorum. Par exemple Certaines exclusions, certaines réserves, étaient marquées sur les tombe aux : Excepto Eutyche lib meo cuius negue corpus negue ossa in hoc monumento inferri volo ; c'est aussi des milliers de fois qu'on rencontre la formule si fréquente qu'elle summa testamenlo tarala, 7574 ; codicillis fieri effet de suggérer un art, une littérature, une liturgie,
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une épigraphie sous une forme didacti que. Les croyants ont d’autres préoccupations et c'est petit à petit que « des types, des symbo les, des formu les s'élaborent, se « complètent ou se corrigent les uns les autres, arrivant à exprimer des idées dont l'inspiration reparaît analogue parce qu'elle est sortie du fonds commun d'aspi-« rations. C’est ainsi qu'un lien rattache les épitaphes chrétiennes aux Actes des martyrs. Alors qu’il parais- « sait devant le juge, le fidèle avait à déclarer, en même temps que le nom de son père, sa patrie, sa profession, sa condition sociale. A cet instant solennel il se rappe-« | lait cette parole de l'Évangile : mènera devant les magistrats, ne vous inquiétez point de ce que vous aurez à dire. Ce ne sera point T vous qui répondrez, mais l'esprit de votre Père qui ~ parlera en vous 5. » Le fidèle debout en face du juge T n'appartient plus à ce monde. Qu'on lui demande qui est son père charnel, quelle est sa patrie, sa profession, sa condition d'ici-bas, un seul répondre à tout : « Je suis chrétien, » « As-tu tes parents, dit-on à saint Pierre Balsame ? ai point.— Tu mens, poursuit le juge, car L'évangile, répli que le saint, m'ordonne de tout renier à« « Lors que l’on vous M PNR EL VAE ee
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= Saint Lucien repond de même +,
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saint Vincent ES : d'Agen 3, saint Hiérax 5, saint Irénée de Sirmium dont T le père et la mère avaient entendu le premier interro- | gatoire. « Je n'ai point de parents, disait ce martyr. Et qui donc, répliquait le juge, qui donc étaient ces deux vieillards qui pleuraient à la dernière audience 7 ? » | Irénée répondait : « Le Seigneur a dit : Celui-là n'est | F point digne de moi qui me préfère son père, sa mère, | son épouse, ses frères ou ses enfants 4. 3 La patrie était de même oubliée ; la canditon sociale, = la profession ne valaient point que le chrétien s'en ii — souvint devant le magistrat. Les Actes des martyrs d'Occident, ceux d'Orient l'attestent de la même i TA A Lyon, au më siècle, le diacre Sanctus ne | W veut dire ni son nom, ni sa famille, ni son pays ni f déclarer s'il est libre ou esclave ». « Je suis chré- | tien » répond-il à cha que interrogation nouvelle. + Ainsi fait, plus tard, saint Lucien. « Celui qui prononce cette parole, dit saint Chrysostome, a fait - connaitre sa patrie, sa famille, sa condition, tout enfin à la fois. Le chrétien n'appartient pas à une … ville de la terre, mais à la Jérusalem céleste. La … libre cité de la Jérusalem d'en haut, a dit l’Apôtre, - est notre mère. Le chrétien n'a point de profession, il est du monde immatériel. Pour nous, dit l’Apôtre, [{ nous vivons déjà dans le ciel. Le chrétien a pour f concitoyens et pour parents les saints. Il est écrit : | !
IA —
… Nous sommes les concitoyens des saints et les servi- [ teurs de Dieu. Une seule parole disait donc qui — était le martyr, quels étaient son pays, sa profession, — sa familleé. » | Ce sont précisément ces mêmes traits, familiers à f … l'épigraphie païenne, que proscrit celle des chrétiens. [ Une même loi semble les avoir bannis et des réponses é_ des martyrs et de l'inscription funéraire des fidè les. - Sil n'est chez nous chrétiens, régénérés dans le Christ, M et tandis que nous sommes dans ce monde, s'il n'est M chez nous, dit saint Jérôme, ni Grec, ni barbare, ni ~ homme libre, ni esclave, de tel les distinctions ne EA seront-el les pas encore plus effacées quand ce corps = périssable aura revêtu l'incorruptibilité, quand ces membres soumis à la mort seront devenus immortels 7 ? La liturgie grec que répétait de même : « Mes frères, il nous faut tous subir un jugement terrible ; ce jugement devant lequel il n'existera plus ni esclaves, ni ~ hommes libres, ni faib les, ni puissants, mais où tous E nous paraîtrons nus 8. » ks C'est la nudité redoutable du dernier jour que me ~ semble exprimer, dans sa forme dernière et achevée, écrit Edm. Le Blant, la masse des inscriptions chrétiennes latines. Si l’on écarte quelques marbres bien faci les à compter, ces épitaphes abandonnant les données de l'anti que formulaire ne contiennent plus rien de ce qui était comme sa base essentielle, lindication du nom paternel, de la patrie, de la profession, T de la condition sociale”. Telle était alors la loi com- ~ m une. Le mysticisme parfois allait plus loin encore. T Avoir aimé et servi le Seigneur, lui avoir voué son © existence, cela seul, disait-on, méritait un souvenir, S z : SE Sr AT dit : Non habco. Probus dixil : Et qui jueruni illi qui præterila flebant sessione ? Irenaeus respondit : Præcepium est ainsi pensaient dans ces åges de foi, ceux qui, pour chercher l'absolue perfection, renonçaient aux vaines joies du monde et se donnaient tout entiers à Dieu. Des épitaphes de prêtres, d'évêques, de veuves, de saintes fil les, ne mentionnent, au lieu de l'âge réel, que les années consacrées au service du Très-Haut 1, VII. CARACTÈRES DE L'ÉCRITURE ÉPIGRAPHIQUE, — Le terme paléographi que étant plus généralement employé pour les manuscrits et les documents sur parchemin, sur papyrus et sur papier, nous évitons d'en faire usage ici pour les textes gravés sur une matière dure. Si on adoptait l'opinion radicale de Fabretti, de Maffei et de Marini, il serait inutile d'aborder ce point de vue, car, d'après eux, la forme des caractères épigraphiques ne peut rien apprendre sur la date des textes, dans la prati que, ces trois érudits n’ont pas laissé de conjecturer la chronologie des inscriptions dépourvues de date certaine, en s’appuyant sur les caractères des lettres. D'une manière générale, nous avons là un critère recevable pourvu qu'il soit appliqué avec circonspection. Une inscription DEPOSITACOSTANT LAW IA BIVLIA SHONORIOAV SOVI} CONSVLEDIEDOMINI | TAQVAEVIXITANNO SPL | VSMINVSSEXAGIATABE | D'après Grossi Gondi, 1920, p.
Tratt. di epigraphia cristiana, 10. damasienne gravée en be aux caractères philocaliens portera toujours sa date avec elle.
FT d 19 raison qu'il est plus développé, de même c'est pres que | un axiome criti que que plus une inscription est d'exécution maladroite, plus elle est tardive. Ces inductions peuvent être justes d'une manière générale, el les n’en sont pas moins sujettes à induire en erreur celui qui en ferait une règle absolue. Prenons deux inscriptions latines datées, romaines toutes les deux. La première est de l’année 279, la deuxième de l'année 404 ; il n'est pas soutenable que la plus récente des deux, eu égard ‘à la seule règle de la correction et de l'élégance du type, paraîtra la plus ancienne (fig. 5876, 5877). Et cependant ce fait n’infirme pas la règle générale qui est que l’art et le goût dans la gravure des inscriptions sont | allés en s’aflaiblissant d'une manière : sensible du me au Ve. Parmi les inscriptions du type appelé priscillien, à raison de la grande quantité relevée dans | le cimetière de Priscille, nous avons les éléments de la
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_ l’idée est trouvée, mais que Filocalus ne s’en est pas . dessus tantôt au-dessous de la ligne qu'ils devraient | suivre toujours, parfois même c’est le montant qui | n’est pas irréprochable, aussi l’ensemble est-il peu vraiment monumentale dont n'approchent pas d'ail j tres inscriptions du même temps qui ne sont pas sorties de son atelier. Cel les-ci présentent bien les petit crochets caractéristiques mais ne sauraient être confondues un seul instant avec les siennes. Voici, par exemple, une inscription trouvée dans la basili que de Saint-Sébastien, datée de l’année 366, l'année même de l'avènement de Damase (fig. 5878) ; il est clair que encore emparé. Nous avons donné au mot DAMASE le catalogue de tous les fragments alors connus, quelques autres ont été trouvés depuis lors, ils ne font qu’ajouter des unités à la série sans modifier en auc une mai ière les conclusions. Encore faut-il observer que tous les poèmes damañiens sans exception n'ont pas été gravés suivant le type de Filocalus ou que celui-ci n'a pas travaillé exclusivement pour le pape. Ainsi les poèmes en l'honneur de sa mère Laurentia et de sa sœur Irène, celui en l'honneur du diacre Redemtus et celui consacré à l’évê que Léon, ne sont pas de la“ main de Filocalus et il ne semble pas qu'ilsaient été« réfaits plus tard comme c’est le cas pour l'inscrip= tion du martyre saint Eusèbe (voir Diclionn., t. 1, fig. 1951). Filocalus avait trop de succès pour qu'il ne fût pas de mode qu'on l'imitât, mais on n'y réussissait pas toujours. Lui, savait remplir ses lignes en espaçant les caractères jusqu'au bout, ses imitateurs » n’y arrivaient pas, parfois il leur restait un trou béant, la place d'une lettre, ils mettaient un chrisme ; remplissage qu'on ne rencontre pas une seule fois dans les inscriptions du maître 1.
Le type d'écriture capitale appelé actuarium est moins rigide, moins aligné, on y voit des lettres encore i robustes et claires mais qui chevauchent tantôt au-
EMERENTIINPACE |
QVIBTRITAN MS UGIIIMENSTÉVS. [II
flatteur tout en demeurant bien lisible (fig, 5879). Cette forme d'écriture est celle qu'on rencontre le plus M fréquemment dans les inscriptions chrétiennes, elle est fréquente au cimetière de Priscille. 3 L'écriture onciale est encore une manière de majuscule, mais assouplie, arrondie (voir Dictionn., t. IV, au mot ÉCRITURE). Les lettres caractéristiques sont : a, b, d, e, h, m, p, q, T, t, v. Parmi les inscriptions 3 romaines datées, l'onciale apparaît pour la première fois en 338 ? à la dernière ligne d’une inscription en capitale : on la rencontre quelques années plus tôt, en 330, sur une inscription juive ; quant à l'inscription de l'année 333, elle présente bien quelques formes oncia les, mais la transcription n’est pas sûre. À Rome, | sh fics inscriptions oncia les sont toutes tracées à la pointe RE comme des graffites et non pas gravées !. Parmi les inscriptions non datées qui nous offrent Emploi de l’onciale, certaines peuvent remonter à la 1 jimite entre le rit et 1v siècle par exemple les inscriptions de la région primitive du cimetière de Priscille = (ambulacre K) qui ont seulement les deux noms : | Verecundiano et Urbico, et où les lettres u, r, d, à, b, sont oncia les ?. “ Hors de Rome on rencontre l’onciale en Gaule, en - Espagne, en Afri que, etc. . La cursive est une capitale déformée par suite de … la hâte de l'écrivain et de la qualité de Finstrument dont il fait usage. Garrucci l’a justement caractérisé [ lorsqu'il a dit que c'était une écriture dans laquelle = les traits ne se rejoignent pas entre eux dans une même ln lettre‘, On pourrait aussi bien dire que c'est une aA aA r Cam xx | écriture disloquée : montants, traverses, ~ tions chrétiennes en écriture cursivé sont rares, pres que ~ toutes sont des graffites $ et, même, parmi ces der- | ~ nières, sur un nombre total de cent dix-huit trouvées | à Saint-Sébastien, à peine deux ou trois sont-el les en F cursive”. © cimetière de Calliste (fig. 5880) qu'il faut lire : S C S5 Cerealis et Sallustia cum XXI f Nous avons consacré aux graffites (voir ce mot) un travail développé auquel on pourra se reporter pour tout ce qui concerne cette catégorie de monuments. f 2. Les lapici des. — Outre les formes habituel les et, pour ainsi dire, communes des lettres, il s'en rencontre qui sont déformées non seulement par maladresse ou par ignorance, mais avec intention ; on peut s'en ~ reporter à ce que nous en disons au mot LAPICIDES #. $ Lors que Sidoine Apollinaire recommande å un ami i = bouc les, | ~ tout branle et tout semble prêt à tomber *. Les inscrip- | p Une des plus importantes est celle du | de veiller å la correction du texte d'un poème épigra- | 122 phi que il nous ouvre un aperçu sur la malveillance des lapici des qui se vengeaient volontiers en parsemant de fautes leur travail : Vide ut vilium non faciat in marmore lapicida ; quod factum sive ab industria seu per injuriam, mihi magis, quam quadratario, lector adscribat 1, On peut se demander ce que devenait un texte ainsi malmené quand on lit ceux où le lapicide s'est appliqué à être correct !, En voici quelques exemp les : MEREIITIS CRISI|| IN PAECE qu'on pourrait interpréter Meritis Cristi in pace et qui doit se lire : Merenti scripsi in pace 5 SVB DEPO pour DEP Osila SVBdie™ ; IVLVIS pour IVLIVS # ; FORTVNATVNA pour FORTVNA ™.
SEMPER ET ABSIDVAE BENEDICI PRO MVNERE TALI
QVI VIXIT A : N : LXIM- VIN. DXXIII DEP-VI.IDVS :IANEL - STILICONE »- CONS
Felix digna tulit parum (senex) munera Christi Et suo cont den )lus habuit per sæcula nomen.
Lætificum renovans p{rima ab o)rigine templum Infandaqufe Ju )giens istius iurgia sæcli Cerium est in regn{o cælesti p }er que amoena virecte Istum cum electis erit habilufru }m præmia digna Semper el adsidu fae pro munere tali Qui vixit anfnos) 64, m(enses) 8, d{ies) 23, dep- | fositus). II idusian (uarias) Flavio) Stilicone Cons gule).
Ce n'est plus seulement l'orthographe qui est mal| menée ici, ce sont des mots entiers qui ont disparu | formant de véritab les énigmes. Les lapici des n'étaient | pas embarrassés pour si peu. Il est à peu près sans | exemple qu'ils se soient résignés à graver une nouvelle inscription sur une autre dalle 17 ; ils ne se refusent pas à retourner la dalle et à recommencer au revers, quelquefois sans beaucoup plus de succès, ces pierres écrites sur les deux faces sont dites opistographes 1. Parfois on rencontre des marbres gravés sur deux faces mais pour une autre raison, la pénurie ou le prix du marbre a fait utiliser une épitaphe d'épo que plus ancienne.
123 Il était plus rapide de faire la correction sur le texte fautif, qui n'en devenait pas pour cela plus facile à comprendre. S'il ne s'agissait que d’une lettre, d’une syllabe, voire un mot oublié on pouvait l'insérer à sa place en caractères réduits, soit dessus 1, soit dessous *, ou sur le côté ? et tout allait à peu près bien. Ce qui était plus grave c'était d'ajouter à la fin les mots oubliés dans le texte, comme ici sur l’épitaphe d'un Ulp(ia) Casta fi(lia) eius compari sua benemerenti | fecerunt Flfavio) Felici bene{merenti) exceptori præ4 fiecti) vig(ilum), qui vixit in pace annis XX VIII mienses) VIIII, dies XXIII ; depo(silus est) nonas Sepifembres ) Basso et Ablavio cons (ulibus ). $ Parfois le lapicide emploie un autre moyen 7, Sur. l'épitaphe damasienne du diacre Redemptus le lapia cide devait graver CANORE, il s'est trompé, il a mis
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Plus étrange encore le remède adopté sur une inscription de l'année 331 ; ici il faut présenter l'original. Le graveur parvenu à la dernière ligne n'avait pas l'espace suffisant pour graver le sigle de consulibus, au lieu de commencer une sixième ligne, il s'est avisé que la première étant un peu en retrait lui offrait l’espace voulu pour loger cinq lettres, il n'a pas hésité et voici ce qu'il a obtenu (fig. 5881) :
Ulp{ius]) Nicasius vdir) pferfectissimus]) socer el | à la place CANENTEM. Quand il s'est aperçu de son erreur il a rempli de plâtre les cavités des lettres EN TEM et par-dessus le niveau ainsi rétabli il a tracé avec la peinture les lettres ORE.
Enfin il n’est pas rare de trouver une inscription restée inachevée *.
Le lapicide trace son texte avec une négligence à peu près complète, sans prendre même la précaution élémentaire de tracer à l'avance les lignes directrices, aussi suit-il une direction plus ou moins horizontale . L'emploi de la direction verticale est presque sans exemple 1°, sauf lorsqu'il s'agit d'un nom propre (voir Dictionn., t. v, fig. 4459). On peut citer quelques exemples d'inscriptions qui encadrent le loculus en | fois une inscription circulaire , ou bien en forme de [ croix, ou encore dans les quatre branches d'une E croix 4. bre, comme celle des papyrus et du parchemin et on eut recours au même procédé, on gratta l'inscription même une troisième ou une quatrième $. On conserve au musée épigraphique du Latran un marbre qui est = non seulement opistographe mais qui a reçu une inscription latine, en 397, superposée à une inscrip| ANCAPORTAET ENON AL Ru D'après Bullet. di archeol. crisi., 1880, pl. 1v, n. 1.
Les exemples d'écriture boustrophedon, c'est-à-dire tantôt de gauche à droite, tantôt de droite à gauche sont parmi les plus rares. A Tébessa, en Afrique, sur un linteau l’acclamation donatiste : Deo lau des dicamus (fig. 5882) 8 ; à Rome une inscription de l'année 387, très incorrecte où on lit (fig. 5883) : Valentinia || no ITI et Eutropio cons fulibus}) || kal (endis) octobris die Bener || em suam Bar Valentini || uxor nn (una ?) fee (it) annis V dipas (depositus ?) || Baras et uxor bibet’.
A certains moments on connut la pénurie du mar- | | tion primitive pour lui en substituer une autre, et | Autre exemple au musée du Vatican *. Voici encore une fantaisie de lapicide : une pierre était trop haute pour le loculus, au moment de l'assujettir il s'en est aperçu, il a coupé une ligne et l'a plaquée sur la paroi. En voici un exemple au cimetière de Priscille ; la première ligne a été coupée 2 ! :
PLUTARCHE VIBAS IN DEQ PAX TECV
On rencontre assez fréquemment des inscriptions latines pour lesquelles on a fait usage des lettres de l'alphabet grec ou vice versa. La plus célèbre de cette variété est l'inscription de Severa, datée de l’année 269 qui provoqua un volume entier de commentaires d'Ant. Lupi :* dont nous parlerons en détail. Ou bien, on trouve parfois une inscription dans laquelle les deux langues sont rapprochées, comme ici # :
AVGVRIVS AVOGV RIO TOKOTO GLICI TATO
ce qu'il faut lire : Augurius Augurio filio (TwxoTo | pour të téxvw) dulcissimo
Les signes de ponctuation sont très variés. Le type le plus fréquent est le point rond placé à la hauteur du milieu des lettres. Le point triangulaire est plus rare“, de même que le croisillon 5 qu'on rencontre même sur des inscriptions païennes 1%. La palmette, qu'on observe sur des inscriptions païennes du 1° siècle 17, est rare sur les inscriptions chrétiennes 1 ; par contre les feuilles de lierre sont d'un usage très répandu. La flèche quoique ancienne est assez rare %, et on rencontre, mais rarement, le point évidé en forme d'o 1, ou bien des lettres de l'alphabet latin et grec, le Z, le X, le V * ? ; enfin des sigles qui sont simplement capricieux comme ceux des inscriptions papales au cimetière de Calliste et un mélange de signes variés comme le chrisme constantinien sur une inscription de Pesaro et toute une collection de couronnes, lettres, croix gammées, etc. sur une inscription de Rome en 363 *. Parfois c'est comme un déluge de ponctuation qui vient séparer | non seulement les mots mais encore les syllabes ou même des lettres : T - FL : SECV. NDI -NO D -VIN ID -M FILB-M1 œ PRI-MILLAE A-LVM-NAE-Be NE-ME-ReN-TI.F ecit NU E L E i do R-MI-Tl-oni 0-IVC » undo ? vo :
MARCI :A NVS. ENON
FITVS RE-CE-S1 :
CE-LI-TI-B1-PA TEN - BIS : BES. IM. PA.CE
La présence de l'accent est toujours rare dans l'épigraphie latine, on le trouve parfois depuis l'époque de Scylla jusqu'au ur siècle de notre ère, surtout autre et au 11° siècle sur les syllabes longues. Sur les inscriptions chrétiennes, l'accent est exceptionnel et ne paraît suivre aucune règle, c'est plutôt caprice qu'accentuation comme on peut s’en convaincre sur une inscription d'Afrique ainsi libellée :
IN PATRI.DOMINI DÈI QVI ST SÈRMONI DONATVS T NAVIC IVS FÈCÈRVNT CÉDI NSÈS PÈCKATORÈS
in) nomine) patrifs) Domini Dei qui est Sermoni [en Afrique Aóyoç est rendu par Sermo au.lieu de Verbum] Donatus et Navigius fecerunt Gedienses pecfeJatores * On trouve deux exemples à Rome, mais moins caractérisés %.
On a fait usage pour marquer l'abréviation de la ligne droite ou de la ligne ondulée placée au-dessus d’une lettre ou d'une syllabe. La ligne droite est employée dans l'épigraphie classique, au moins depuis l'année 215 et sur une inscription chrétienne de l'année 269, au-dessus de chiffres comme pour les tenir ensemble £, sur une inscription de l’année 296, au-dessus de la dernière lettre d'un mot et du chiffre qui fait suite . La ligne ou barre droite, rare encore au 1v° siècle % devient plus habituelle au ve et au VIe. La barre ondulée est en usage dans l'épigraphie classique au n° siècle, mais il faut attendre le Ve pour la rencontrer dans l'épigraphie chrétienne”, C'est aussiau v° siècle, en 46812, qu'on rencontre pour la première fois sur une inscription chrétienne. Al la barre renflée au centre en forme d'accent circonflexe | _N—, qui sera d’un emploi si fréquent au Moyen Age ; rare à Rome, elle est plus fréquente en Gaule particulièrement au v et au vit siècle et aussi à Carthage . T 4, Technique. — Les inscriptions dont le texte présente une certaine étendue sont gravées sur plusieurs dalles de pierre ou de marbre, soit dans le sens de la hauteur, soit dans le sens de la longueur ; c'est ainsi que l'inscription d'Agape, au cimetière de Callistes était gravée sur trois tables dont il ne nous reste que la deuxième et la troisième 1, Lors que le lapicide était soigneux et avait à exécuter un ouvrage important, il traçait auparavant les traits parallèles pour diriger « son outil, se servant pour cela ou bien de couleurs, ou bien d'une pointe si fine que c’est à peine si elle laisse une trace visible comme sur l’épitaphe du pape Corneille 14, ou encore traçant un sillon assez profond pour « qu'on puisse ensuite le rehausser de couleur. Nous avons des exemples de ces inscriptions réglées dès la première moitié du r siècle 17, au moins jusqu’en 589 où. la double ligne devient une ornementation ?. Cet emploi de lignes de réglure transformées en embellissement est très fréquent en Gaule 1, moins commun mais encore répandu en Afrique , rare en Espagne !. | Dans les inscriptions soignées, les lettres elles-mêmes « ont été dessinées avant d'être gravées ; on possède. une plaque de marbre provenant du cimetière de ~ Calliste où les lettres ont été figurées d'avance avec 1 une pointe, mais l'inscription n'a jamais été terminée *.
Le sillon des lettres qui semble quelquefois, comme dans les caractères damasiens, être triangulaire, est le plus souvent si peu profond que les lettres semblent plutôt tracées que gravées ; ce qui est surtout le cas ` pour la Gaule et pour une bonne partie des inscriptions de l'Afrique du Nord. Les lettres épargnées et formant relief sont tout à fait exceptionnelles sauf dans les ouvrages de métal *. Parfois les inscriptions, pour être plus lisibles sont rehaussées de couleur dans le sillon des lettres, on a trouvé des exemples où la couleur noire est employée, d’autres où c’est le minium , sur quelques-uns très rares on a employé l'or .
Il existe aussi une variété d'inscriptions sur lesquelles les caractères sont tracés par un trait double et parallèle : ce procédé rare à Rome %# et en Italie 7 ou en Gaule est fréquent en Afrique et tout à fait commun en Espagne .
Sur les tuiles ou sur les parois les lettres étaient généralement peintes en rouge comme dans l’arénaire de Priscille % et en Gaule #1, quelquefois charbonnées * ou bien tracées à l'encre même sur le marbre !, l, rarement dorées .
| ] … Les inscriptions funéraires en mosaïque sont tout à | fait rares à Rome, en Italie et en Gaule ; en Espagne “nous en avons indiqué une (voir Dictionn., t. v, fig. 4196) ; en Afrique au contraire elles sont fréquentes auiv* et communes au Ve, il suffit de rappeler … le nom de Thabraca où presque chaque fidèle reçoit F une tombe en mosaïque (voir Dictionn., t. 1, fig. 152157 ; t. m, fig. 2135, 2165, 2166). Au contraire, pour _ les inscriptions officielles c'est à la mosaïque qu'on a í recours généralement, à Rome, à Ravenne, à Milan, | ou pour les pavements des basiliques à Vérone, à s EViLence, Brescia, Aquilée, Rimini, en Dalmatie, à Pola, - Trieste, Salone, Parenzo, en Afrique.
On trouve des alphabets (voir ce mot) tracés selon différentes combinaisons, tantôt un mélange de lettres latines et grecques, tantôt des interversions de lettres : A dla première et la dernière, la deuxième et l'avant-dernière : AXBVCTESDR ou bien ABC ABF, etc., ce sont là des exercices d'apprentis ou un souvenir - donné à l’âge d'un enfant qui commençait à épeler les k lettres 5, Nous voyons ainsi que jusqu'à la fin du - WI ? siècle au moins les lettres Y Z ne font pas encore … partie de l'alphabet courant qui s'arrête à X. Cette manière d'accoler les lettres une à une en partant - du commencement et de la fin était un exercice en ~ usage dans les écoles comme en témoigne saint …— Jérôme +.
À anima, annos. = A‘B-M animae benemerenti. = ACOL acolythus. A-D ante diem, anima dulcis.. AD AGP ad agapem. A‘D :KAL ante diem kalendas. AEL Aelius. ~ AEM Aemilius. … AGP agape.. ARK ante kalendas. = AM animae meae. - AN annum, annos. = AN-P anno provinciae. = ÀPanno provinciae. AP Appius, aprilis. APR ou APS, aprilis. A : anima quiescat. ARG argentum. AS anima sancta. AVG Augustus. AVGT Augusto. AVGG, AVGGG Augustis duob. ou trib. C-L-Ss clerus ? AVR Aurelius. ` A :G) Principium et. finis.
BX bixit C Gaius, cum C clarissimus CAL calendas B benemerenti, bixit.
BB bonis bene.
BBF beneficiarius.
BEN benemerenti.
B-F bonae feminae, BIBAT bibatis.
CN Gnaeus B :1-C bibas in Christo.
B-M ou BE'ME ou BO-M bene (bonae) memoriae.
B-M bene merenti.
B :Mbonae memoriae B-M :F bene merenti fecit B-M-P bene merenti posuit B-M :S bonae memoriae sacrum BNM bonae memoriae BNMRA bona memoriaB- bene quiescat C consul, consulatus CC consules. carissimus CESQ :I-P quiescat in pace CF, C-F clarissima femina CL Claudius, clarus, clarissimus C :L :P cum lacrymis posuerunt CLSA clarissima CLV clarissimus vir C-O coiugi optimo COI, COIVG coiugi COM-DEVV-DOMM comes devotorum domesticorum Le désir de gagner de l’espace a fait imaginer certaines abréviations comme par exemple de faire passer la haste de T ou de F au-dessus du niveau des autres lettres afin que la traverse se développe dans l'interligne ce qui permet de serrer les caractères, ou bien on trace les dernières lettres d'un mot en caractères réduits, ou bien encore on loge une lettre dans une autre *, cette dernière méthode sera surtout employée en Espagne où, dans les inscriptions de basse époque, un mot entier prend l'aspect d'un monogramme. Quant aux abréviations proprement dites consistant en lettres liées on en trouvera, comme pour la paléographie, des exemples dans les Manuels et dans les nombreuses figures du Dictionnaire.
Certains mots d’une répétition fréquente se sont, pour ainsi dire, figés dans un type d'abréviations (nous renvoyons à ce que nous avons déjà écrit à ce sujet « ), avec une tendance à se contracter de plus en plus, ainsi EPISCOPVS devient EPISC ou même EP ; PRESBYTER devient PRESB et PRB ; DEPOSITVS ne tarde pas à devenir DP. On connaît, sans que nous nous y attardions Mienses), Dies), FE(cerunt) ?, mais D peut signifier parfois decessit ou depositus ou dies ; F peut tenir lieu de facta, jecit, feliciter, filios, fraler, et on connaît bien des erreurs d'interprétations commises, personne n'y échappe, car guando que bonus dormitat Homerus. Bosio, Marini, Le Blant, Mommsen, De Rossi ont eu leurs distractions #, C'est ce qui explique que l'utilité de la table suivante :
COMP complevit CON, COS, CONS,CONSS,COSS, consule, consulibus, consularis CONI, coniugi CONS :-ORD consul ordinarius CONT-VOT contra votum COS-EX KAL-IAN, consul ex kalendis ianuariis C-P, CQ clarissimus puer, clāpuella C-P curavit poni C-Q cum quo ou cum qua C :Q :F ou y cum qua fecit (vixit) C'R corpus requiescit CS consul C :V clarissimus vir CVM D-A-5 cum Deo anima sancta CVNG conjux CVR curavit, curante D decessit, depositus, defunctus D-B- :-Q dulcis bene quiescas DC decessit ; diaconus DD, DD NN, DDD NNN, domini, domini nostri, duob. ou trib.
D-D dono dat, dedit, dedicat{...vit} D :D-S decessit de saeculo DEC decessit, decembres, decurio DEP depositus, depositio DEP depositus, depositis 5 e SP Te Pr can à m pah rT e~ Febi rY s aia rs ne n aan eme de ns Cr en Al Aa DEPOS depositus DEPS depositus DEPT depositus DEVV-DOMM devoti domestici DI Dei Domini DI Dei DIAC diaconus DIEB diebus DIG dignae D-+1-P dormit in pace DM Deo magno, Domino, dormit D-M, D-M-5 Dis manibus, D. m. sacrum DN dominus noster DNI, DNI, Domini, Domini nostri ONO, DNO Domino, Domino nostro DNS Dominus DO-D0O Deo DOGS Deo gratias DOM, DOM, Dominus DOMS Dominus DP depositus, depositio D-P dolens posuit DPSTS depositus DPT depositus DOR IMP dormit in pate DS Deus D :S-P de sua pecunia, de suis _ paravit.
ASAEAI PRS Deusdedit presbyter E et, est E episcopus (F° siècle). ECCL ecclesiae EID eidus pour idus E-M-V egregiae memoriae vir EOR eorum EP episcopus EPC episcopus E-P-C episcopus EPCP episcopus EPI, EPI episcopi EPIS episcopus EPISC episcopus EPISCOP episcopus EPP episcopus EPPS episcopus EPS, EPS episcopus EPSC episcopus EPVS episcopus EQ-R, EQR, E-Q-R, eques romanus E.V ex voto EX-P (PR, PRAED) ex praediis F facta, fecit, feliciter, femina, filia, filius, frater FC, FC, feci, fecit FD, F-D, FDS fidelis FE fecerunt FEB februarias F-F feri fecit F-F-Q filiis filiabus que FIL-D-D filio dulcissimo dederunt FL-PP flamen perpetuus FLT feliciter F-M filii matri FND, FVNO fundus, fundata FRIS fratris FAT frater FS fratres FS fossor FVG fugitivus G Gaius GG Germanae, gemellae H hac, habent, hic, hoc, horas, haeres H-A have anima, hoc anno HC hac, hic.
H-F honesta femina H-L-S hoc loco situs HLTCS hunc locum tessellavit cum suis H-M honesta mulier H-M-F-F hoc monumentum fieri fecit HP honesta puella H-R hic requiescit H-S-E hic situs est H-T :-P. hunc titulum posuit | hic, in, idus IC ia cet ID. idibus, idus i-D-N in Dei nomine IH, IHG Jesus ILL illustris IMP imperator IN-AG-FP in agro pe des IN : B in bono, in benedictione IND, INDC, INDIC indictione IN D-V in Deo vivas IN F-P in fronte pe des ING AST- (ex) ingenio Asterii INLVRB- PRAE, inlustris urbanae praefecturae INN innocens, innocuus IN N-D in nomine Domini IN Nin nomine Christi IN P in pace IT iterum K kalendae KAL kalendae KALD lakendas KALOS kalendis KALRVM kalendarum K-B-M karissimo benerementi KL kalendas KLEDS kalendas L locus, lubens, libertus, Lucius L-A libenti animo LC locus, L-C locus concessus L-D latus dominicum L-F laudabilis femina L-F-C libens fierit curavit L-I laudabilis infans ou iuvenis LIB libertus L-M-V laudabilis memoriae vir LO loco L-5 locus sepulcri M Marcus, martyr, mater, memoria mensa, mensis MAG magister MAR martyrum MART martyr MAS maius MAT mater M-B memoriae bonae MERET merenti, merentibus MES meses pour menses ` M-F memoriam fecit MG magister MIL mi les, militavit MIL, ML miliario MM martyres 4 M-M memoria MN minus MNS minus MNS menses M-P monumentum posuit MA martius M :S menses M + SS mense suprascripto N natus, nonis N natale, natione, nomine, noster, M numerus S NAT natalis, natione N-DNI in nomine Domini NN nostris NOBR, NOBA, novembres NO, NME nomine NON nonss, nonis N-P nobilissimus puer NRAE, NRI nostrae, nostri O (hj)ora, obiit, optimus, ossa O-DOL opus doliare | O :E-B :Q ossa eius bene quiescant.
O :PRF VRB officium praefecti : urbi OM omnibus OPT optio OP.DOL opus doliare ORD ordinarius P pace, pater, pe des, posuit, provincia, puella | P prae i PB, PB, PBR. PBRT, presbyter PC pace, post consulatum, pe des centum PD pridie P-F perfectissima femina PL :-M, PLM plus minus PL-ME plus minus PL-MS plus minus PLSMS plus minus PM plus minus POS posuit POS positus PP papa, pater patriae, praepositus, praefectus praetorio PP AVG perpetuo Augusti PP BB presbyteris PR, PRD, P-R-B presbyter PRAESBB presbyteri PR provincia PRAEF, PRE praefectus PREP praepositus FRESB, PRESBB, PRESBS presbyter, presbyteri | PRI pridie | PROC procurator | PROC provinciae | PRO-COS proconsule | PRS, PAST, PRT presbyter [| PRTEC protector | PSTR presbyter 12 —… ( qui, quiescas, quae | A QI qui | QAT qui appellatur | QB quae bixit - QD, QD quondam | QF quia fugi = Q :'V'A qui vixit annos = R recessit, reddidit, regio | RC, REC recessit = REDD reddidit | REG regio regnante - RMN Romanus - ROM Romanus = RQ requiescit m R-Q :E-S requiescit - RQV requievit T S, $, 5 sanctus SAC sacer, sacerdos = SACM sanctorum SANC sanctus … SANC-M sanctae memoriae ' SB sub SBD sub die, subdiaconus … SCA sancta | SCAE sanctae T SCAE sanctae SCAM sanctam SCAR sanctarum Ma SCE sanctae É s SCE MM sanctae memoriae SCE MR sanctae memoriae mT SCI sancti T SCIS sanctis SCM sanctum SC-M sanctae memoriae SCOR sanctorum SCORVM sanctorum SCRI scribsit SCRAM sanctorum SCS, SCS sanctus SCTE sancte SD, SD sub die S-E situs est SER servus SEX sextus SIG signum S-L-M solvit lubens merito SM sanctae memoriae S-M :F spectabilis memoriae femina SN salus nostra SOL solidos SOR soror SP, SPS spiritus SP sacri patrimonii SPS SCI spiritus sancti SPI SCI spiritus saneti S-P-Psua pecunia posuit SPV spiritu SRB servus SS SSA superscriptus, superscripta SSTA suprascripta SSTO suprascripto SSTOS suprascriptos SV sub SVBD sub die SVB0 subdiaconus SVD sub die SVA sub die TAB tabula TABVL tabularius TESS tesserarius T-F titulum fecit T-F-1 titulum fieri jussit T-P titulum posuit TT tituli, titulus TMF tene me quia fugi TRIB tribunus TR :PL tribunus plebis V virgo, vixit V-A vixit annos V :C vir clarissimus V :C :M vir clarissimae memoriae V-D vir devotus V-D-P-T-L-D vir devotissimus protector lateris dominici V-E vir egregius V-F vivus fecit VG virgo VH vir honestissimus VI vir illustris VIC vixit VL vir laudabilis VNM venemerenti ou venemerens VO vir optimus VOL voluerit VO T'H votum hoc VOT :-XX-F votum vicennalia feliciter VP vir perfectissimus VPP vir perfectissimus praeses VR vir reverendus VR PBR vir reverendus presbyter VR PRBS vir reverendus presbyter V :S vir spectabilis VV vir venerabilis, virginius VV CC viris clarissimus X Christus XP christianus XPI Christi XPIANE christiane XPM Christum XPO, XPO Christo XPS, XPS Christus XPT Christus Z zeses (pour vivas).
Il serait bien hasardeux de prétendre établir une règle pour l'usage des sigles, D'une manière générale les sigles ont été introduits pour tenir la place des mots ou deš locutions d'un usage si fréquent qu’on se fût presque étonné de les trouver écrits en entier, comme c'est encore le cas aujour d'hui pour la formule R.1.P que tous comprennent et développent requiescat in pace. Cependant leur emploi n’est pas tellement prodigué qu'il donne à l'inscription l'aspect d'une devinette | comme sur cette épitaphe romaine de l'année 3731 :
B V-DEP-B-V NON-O CTOB- :VALENTINIANO- :AVGG : IIH
ce qu'il faut lire ainsi : Cinliae bene merenti in pace quae vixit annos plus minus XXV mensem I dies V deposita die V nonas octobres Valentiniano. Augusto iiij. C'est bien, en effet, une devinette (si toutefois ce n'est pas une mystification que nous lisons sur une inscription conservée au musée de Latran *) :
En ce qui concerne les monogrammes, il ne s'en trouve qu'un petit nombre qui échappe à la fantaisie : quelques-uns se laissent interpréter d'une manière | certaine, mais ce ne sont plus de véritab les moncOn rencontre un monogramme ainsi formé F ou bien dont la signification n'est pas certaine, on croit y reconnaitre la lettre P associée aux lettres EEE SE nn FERA rs n a innsinn DS T LE E LS -Liai sss : a a T > m j -- - Ats
ASE SP
F ou E ou L. Ce monogramme se lit sur une épitaphe romaine de l'année 363, où il est associé à la palme, à la couronne et au monogramme dit constantinien : ; sur une autre inscription il est associé à la palme, sur une autre il est associé à la croix monogrammati que avec les lettres AG, sur une autre il timbre la cuisse d'un cheval passant dont le frontail porte | la palme ?, L'opinion du P. Bruzza et de J.-B. De | Rossi est qu'il faut interpréter ce monogramme | comme s'il y avait palma feliciter 2.
VIII. INSCRIPTIONS CONSERVÉES ET INSCRIPTIONS |
PERDUES. — Les inscriptions latines chrétiennes sont
répandues sur la surface de l'empire romain, avec une | disproportion considérable entre Rome et les autres | provinces de l'Occident : Italie, Dalmatie, Gaule, Espagne, Afri que, Bretagne et Germanie. Aussi | longtemps que nous ne posséderons pas un Corpus méthodique et complet des inscriptions chrétiennes, nous en serons réduits à des considérations peu précises à la place des statistiques positives. Ce n'est, semble-t-il, que tardivement que nous lisons des dates certaines sur les inscriptions chrétiennes, tant latines que grecques. Parmi ces dernières, auc une des épitaphes des papes depuis Urbain (230) jusqu'à Gaius (296) ne mentionne l'année de leur décès, celles d'Abercius et de Pectorius se taisent également sur ce point ; pour rencontrer des dates i ` 4 | | i o : 736 ! d'une ou de plusieurs centaines. Les provinces sont moins bien partagées, mais toutes les découvertes qui se font de nos jours semblent ne devoir jamais compenser en nombre et peut-être en importance la quantité immense des inscriptions détruites. D'une comparaison instituée par J.-B. De Rossi entre le nombre des marbres origin aux conservés et celui des inscriptions connues seulement aujourd’hui par des copies, il résultait que sur un total de cent soixante-dix inscriptions chrétiennes de Rome, presque toutes métriques, placées honorablement et conservées dans des manuscrits épigraphiques, il ne subsiste en entier. ou par fragments que vingt-six, c'est-à-dire un septième environ 7, Sur soixante-deux épitaphes de papes des six premiers siècles copiées par les pèlerins, il n'en reste par fragments ou en entier que dix. Sur un total de cent quarante-deux épitaphes ou inscriptions recouvrant les tombes des martyrs insignes, il reste à peine vingt marbres intacts ou brisés ; on aboutit RU Lt A sa Tes O 1e
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mé — nire > eee | toujours à une proportion d'un septième environ. | La matière sur laquelle sont tracées les inscriptions chrétiennes est généralement le marbre, exceptionnellement le plâtre, le bois, le métal. Une tablette | de marbre ajustée aux dimensions d’un loculus | n'entraînait presque qu'une dépense tant la chose était légère. 3 : Hermias lign. 7 : k. april. On est en droit de s'étonner d'un nombre si restreint quand on se rappelle qu'en 1876, J.-B. De Rossi évaluait les seules inscriptions intactes et fragmentées | s'est conservé. Marc-Aurèle cite comme un fait connu de Rome à quinze mille environ 16, chiffre qui, depuis un demi-siècle, n'a cessé de s'accroître chaque année était commune, les plus indigents avaient d'ailleurs « la ressource de s'approprier une tablette ayant déjà servi, ils la retournaient et y traçaient un nouveau titulus, ce que nous nommons une inscription opistographe 18, ou bien ils l’enduisaient de chaux et | lettres de plomb *# ou aux lettres d'argent incrustées | monuments chrétiens, bien qu'il soit tout à fait probable que les fidèles y aient recouru ainsi que le faisaient les païens ; on ne s'étonnera pas que nous passions rapidement sur ces rudiments de la science épigraphique qui ont déjà fait l'objet, sous des titres divers, de dissertations du Dictionnaire. E Le seul point sur lequel il est nécessaire d'insister ici, c'est la disproportion entre ce qui a existé et ce qui de tous que, sur les épitaphes, on gravait de son temps la formule VLTIMVS SVORVM ?# C'est en matière de statistique une précieuse leçon qu'il ne faut | pas négliger, car on n’a, je crois, signalé que bien rarement jusqu'à ce jour des inscriptions portant cette | dormu, peut-être en est-on encore à la seule qui | était connue il y a cinquante ans 1, | IX. FORMULAIRE ÉPIGRAPHIQUE. — Les formules | contiennent souvent une indication chronologique ;
| el les permettent en outre de dégager les caractères (pécialement chrétiens d'un texte. C'est aux païens F que les chrétiens ont emprunté le style lapidaire et les formules. Nombre de convertis avaient passé à | - foi chrétienne avec tout un bagage de vieilles | ne songeaient pas à désapprendre. De là, dans le Ea épigraphique chrétien, de longues survivances “d'éléments païens, bien souvent d’ailleurs inoffensifs, conservés par la précaution des uns ou par la routine obstinée des autres. L'une et l’autre cause, la première surtout, expliquent l'existence de ces inscriptions chrétiennes dont nous avons signalé la “fréquence. A la seconde, on attribuera spécialement Ja persistance, sous le nouveau régime, d'expressions qui rappellent les temps du paganisme, tel par exemple “le Dis Manibus, qui dut à l’oblitération de son sens Ei primitif sa longue fortune ; tel les encore certaines for- $ gu les prophylactiques, certains souhaits aux morts, certains libellés d'épitaphes que les chrétiens syriens i me se faisaient pas scrupule d'emprunter à leurs | voisins païens. Parfois des chrétiens ingénieux substituent au sens littéral une interprétation mystique, “par exemple lorsqu'ils remplacent le D{is), MfaniTbus), Sfacrum) par Donis), M(emoriae), S(piritanlium)* ; parfois aussi, on sent à un correctif discret l'intention d'exorciser une formule avant de se l'approprier, c’est pour quoi quelques chrétiens d'Égypte ajoutent à la formule : « Personne n’est immortel » les mots « en ce monde ». A Rome, on constate l'existence de deux classes d'inscriptions. La première caractérisée par la concision des légendes épigraphiques, réduites, la plupart du temps à un nom propre accompagné d’un symbole ; généralement l'âge du défunt et la date de sa mort ne sont pas même relatés. Dans cette classe primitive, les textes grecs sont presque aussi nombreux que les textes latins. D’autres inscriptions _ de la même famille portent, de plus, des acclamations très brèves, tel les que VIVAS IN DEO, IN CHRISTO, IN PACE, CVM SANCTIS, IN REFRIGERIO, PETE PRO NOBIS, SPIRITVM TVVM DEVS REFRI : ~ GERET. D'autres enfin, constituant un troisième ~ groupe dans la première famille sont déjà d'une rédaction plus élaborée : l'âge du défunt, la date, soit de la mort, soit de la depositio — la louange du mort y sont notés en formules sobres et élégantes. T Dans le second style, le type de l'inscription funéraire est beaucoup plus complet. Il est très rare que l'âge soit omis, qu'on ait négligé de noter le jour de … la mort et surtout la sépulture. L'éloge du défunt est d'un ton beaucoup plus accusé, parfois même ~ cmphati que : MIRAE SAPIENTIAE, MIRAE INNÔT CENTIAE, VENERABILIS AC RARI EXEMPLI, MIRAE INNOCENTIAE AC SAPIENTIAE (pour ~ un enfant de quatre ans !). Les acclamations si simples ~ du premier âge ont disparu pour faire place à une … rhétorique un peu tendue, les symboles se font rares, … le monogramme constantinien ou la croix en tiennent ~ lieu. L’épitaphe ne débute plus ex abrupto ; une introduction devient de rigueur : HIC REQVIESCIT IN PACE, HIC IACET ; HIC POSITVS EST.
La ligne de démarcation entre les deux séries | d'inscriptions est formée par la paix de l'Église. Il y a donc, à Rome, un style épigraphique antérieur à Constantin et un style postconstantinien : le premier, représenté par les plus anciens monuments des catacombes ; le second, au contraire, domine dans les cimetières à ciel ouvert et n'apparaît que dans les parties les plus récentes des nécropoles souterraines Žž, Ainsi donc, une grande simplicité, un laconisme extrême, distinguent, à Rome, celles des inscriptions chrétiennes qui ne sont point conçues dans le formulaire païen. Ce caractère fait presque complètement défaut sur le sol de la Gaule. Le type commun dont procède le plus grand nombre de nos textes épigraphiques confirme les données de la chronologie en accusant une époque secondaire. Leurs formules de _ début, combinaisons banales où figure d'ordinaire le mot REQUIESCIT, ne se rencontrent pas à Rome, avant la fin du IVe : en Gaule avant le premier quart du Ve. Cette première indication s'appuie encore sur le fait de l'extrême rareté des symboles les plus primitifs : le poisson et l'ancre. Cependant, dans la partie sud de la Gaule, où le formulaire épigraphique rappelle d’une manière si frappante à nous, semblables en tous points à ceux des hypogées romains d’une époque voisine. Telle est la précieuse série des marbres de Vaison et d'Arles qui ne mentionnent ni l'âge du fidèle, ni la date de sa mort et qui présentent, par leur laconisme, le type exact des plus anciennes épitaphes des catacombes :
FLORENTIOLE VERA MINE PAX PAXTE PAX TECVM TECVM CVM
Plus antique paraît être encore l'épitaphe de Maguelonne (si toutefois elle n’a pas été apportée de Rome), où se lisent ces simples mots :
VERA IN PACE
Le style, les ornements de l’épigraphie ont varié avec le temps et permettent, mais avec une extrême prudence, d'assigner un rang chronologique aux inscriptions sans date. Les inscriptions chrétiennes éliminent délibérément certaines indications courantes sur les épitaphes des païens : la filiation, la patrie, la condition sociale, la profession, la postérité familiale. Une suppression si générale témoigne de l'existence des lois qui régissent les formules, lois dont nous devons rechercher l'application.
Nos inscriptions en prose se divisent en deux parts. Quelques-unes, peu nombreuses à vrai dire, procèdent plutôt des œuvres littéraires que du vrai style | épigraphique ; : el les sont, à coup sûr, l'ouvrage des parents ou des amis du mort et ne peuvent être prises en considération ; rents groupes épigraphiques mais portent la marque de préoccupations nouvelles. En rompant avec les usages païens qui froissaient leur sentiment religieux, les fidèles ont maintenu ceux que ne paraissaient point exclure la foi nouvelle. Ainsi, tandis qu'obéissant à la parole de Dieu, ils supprimaient la mention : un tel fils d'un tel, ils y maintinrent d'abord les noms des parents qui avaient fait construire la tombe, et parmi ceux-là figure souvent ce nom du père dont la règle nouvelle imposait l'omission.
Cette forme, qui procède évidemment du type païen, caractérise, en Gaule, comme une première période dans le style épigraphique. On la voit aux marbres de Trèves, dont d’ailleurs par un ensemble de signes importants, aux épitaphes d'Arles que leurs formules, leurs symboles, le système des noms, le style et la richesse des tombeaux classent de même au premier rang ; aux épitaphes de Sainte-Croix, de Vaison, datées de | Vers le début du Ve, un changement radical s'opère dans la rédaction des textes lapidaires. La mention dont nous venons de parler disparaît et l'usage se répand de commencer les épitaphes par le mot Hice. HIC IACET, HIC PAVSAT, HIC QVIESCIT, qui se montrent à Trèves, en même temps que la vieille formule, semblent être, en Gaule, les plus anciennes combinaisons où figure cet adverbe. Il en est de même à Rome, où, d'après le relevé des marbres antérieurs au VIe, l'on trouve la première dès 365, la seconde en 371. HIC REQUVIES- | CIT, moins fréquent sur notre sol aux temps anciens, et qui ne paraît à Rome qu'en 376, marque réellement la venue de l'ère nouvelle. A l’époque de la décadence, c'est l'effet d'une sorte de loi que les formules se compliquent et s'allongent. Cicéron, Pline, écrivent simplement, au début de leurs lettres : Tullius Tironi salutem, ou bien C. Plinius Tacito suo salutem. Au temps de saint Augustin, de saint Paulin de Nole, on y lira : Domino merito venerabili | et vere suscipiendo patri Augustino episcopo Macedonius, ou encore : Dilecto fratri merito praedicabili el venerantissimo Pammachio Paulinus. Le style épigraphique suit la règle commune, la formule HIC REQVIESCIT va en se compliquant, lors que les temps s'avancent, et l’on voit successivement paraître chez nous en 469, 473, 488 HIC REQVIESCIT IN PACE, HIC REQVIESCIT BONAE MEMORIAE HIC REQVIESCIT IN PACE BONAE MEMORIAE avec cette circonstance que la formule la moins simple est en même temps la plus récente. IN HOC TVMVLO REQVIESCIT, IN HOC TVMVLO REQVIESCIT BONAE MEMORIAE, IN | laires de l'époque mérovingienne. Les noms de ceux les autres se rattachent à diffé- | | datés et fournissent des points de repère qui semblent | chronologie des épitaphes de Rome. Le phénomène | Eu de cha que nouveau type, reparaît entre Rome | tel que nous venons de le caractériser, c'est-à-dire | datées. On reconnaît les autres à la présence d’un | vement tardive et lente, est actuellement la contrée ` | funte Curtia Saturnina ! ; | garder l'écho du style des catacombes 5.
HOC |
TVMVLO REQVIESCIT IN PACE BONAE aen J RIAE, se montrent à dater de 492, comme po & 1 compléter et pour clore la série des formu les tunis »ap qui ont fait faire les tombes, les débuts de style ancien : HIC IACET, HIC QVIESCIT, HIC REQVIESCIT, ‘| ne se remarquent plus alors 1. | Pour étroites et fréquentes que fussent les relations entre Rome et les églises de la Narbonnaïse 2 et de la Lyonnaise, el les l'étaient moins qu ‘entre Rome et l'église d'Afri que. Or, ici, l’histoire locale, du christianisme est, pour ainsi dire, jalonnée par une série de marbres ?. Ces marbres n'ont pas. encore fait l'objet d'une enquête méthodi que et complète, néanmoins beaucoup d’entre eux sont autoriser à appliquer à l'Afri que, dans une large mesure, les règ les établies pour le formulaire et la. qui a été constaté et démontré du développement parallèle des formu les et des symbo les épigraphiques à Rome et en Gaule, sauf un retard dans l'appari=. t l'Afri que du Nord. Les formu les des épitaphes chrétienne d'Afri que sont, d'une façon générale, « exactement calquées sur cel les des liturgies funéraires romaines. » En Afri que, comme en Gaule, formu les et symbo les se sont succédé dans le même ordre qu'à Rome :cela résulte clairement de la comparaison des marbres datés.
Un premier fait intéressant se dégage de cette” 2 observation, à savoir que l'Afri que présente un ` grand nombre d'épitaphes dites du « premier âge » antérieures à la paix de l'Église. Plusieurs sont symbole caractéristi que, à l’absence du Dis Manibus sur des marbres tout païens d'apparence, à la brièveté $ des formu les qui mentionnent seulement le nom du « défunt et la durée de la vie, ou rarement le jour de sa mort. Dans cette première période, il faut distinguer « une première épo que où on ne fait pas usage de l'ancre qui disparaît au temps de Constantin pour faire place ~ au monogramme constantinien avec AG).
Par un hasard singulier, Cherchel et Tipasa nous présentent les plus anciennes inscriptions datées ` et la Maurétanie, dont l’évangélisation a été relati- < africaine la plus riche en inscriptions primitives. / La Numidie n'a pas fourni jusqu'à ce jour de documents épigraphiques qu'on puisse en toute certitude attribuer au re siècle. Trois inscriptions de cette contrée peuvent être, avec quel que vraisemblance, considérées comme antérieures à la paix de l'Église. M Une nous offre la dédicace d'un tombeau élevé à Corinthiadus, Theodora et Chinitus par leurs parents Fidelis et Thallusa * ; une autre porte les noms du mari et des fils qui élevèrent une tombe à la dé- | une troisième semble
DEVS REFRIGE RET
En Proconsulaire, sauf à Carthage, nous ne rencontrons rien qui date sûrement de cette épo que ; on peut seulement attribuer au n° siècle les divers frag- = ments qui portent le symbole de l'ancre. Pendant l’âge vant, le second formulaire est plus largement représenté et cette abondance qui se prête à de mul- [| tip les comparaisons, atteste une fois de plus la parenté | foncière entre l’épigraphie africaine et l’épigraphie | romaine : celle-ci plus tôt vidée du formulaire païen, celle-là, conservant un résidu plus considérable “de survivan ces antiques curieusement amalgamées avec des éléments tout à fait chrétiens.
E putume primitive de désigner un individu par un E : nom exigeait une variété considérable de vocab les. 3 Qu'on se représente un village de cing cents âmes ; pour éviter la confusion entre deux Pierre, deux Jean, deux Marie, il faudra disposer d'un répertoire q i déborde la mémoire, inventer des appellations nouvel les pour les enfants, pour les étrangers ; c'est demander un effort auquel répugne le plus grand Es nombre, effort superflu dès l'instant qu'on adopte pour cha que individu la combinaison de deux noms et à plus forte raison de trois noms. Nous nous tirons d d'affaire tous les jours avec l'emploi du nom et du å la confusion engendrée par le nom personnel uni que, le poeme, le nomen et le cognomen, le premier onnel, le deuxième gentilice (voir ce mot), le tı Ébisième familial. Cependant, chacun ne fut pas doté de cette nomenclature, les esclaves n'y pouvaient noms, les affranchis prenaient comme prénom le nom même du maître qui leur avait donné la liberté ; enfin les membres de l'aristocratie portaient seuls les trois noms : tria nomina. Les chrétiens firent ainsi, mais, dès la fin du 1° siècle, il se trouva parmi eux “des convertis dont la ferveur rechercha l'humiliation de | = AT(inius) COC(ceius) LV[ci]DVS ; M. AVRELIVS AVXA :
Ta. LES NOMS PROPRES. — 1. Le nombre. — La | surnom — les Romains eurent de même, pour suppléer | prétendre ; les gens de naissance libre, hommes et | femmes, de conditions inférieures n'avaient que deux ` Matrones : VRANIA AVR(elia) DOMNA, en 397 (De Rossi, Bull., 1868, p. 65) ; ASSIA FELICISSIMA SVCCESSA ; FL(avia) AGRIPPINA VLPIA ; FLAVIA LONGA IVLIA (Armellini, Cim. di 5. Agnese, p. 118, 148, 153) ; C-IVLIA AGRIPPINA (Nuovo bull. di arch. crist., 1912, p. 113) ; LICINIA AELIODORA ADEODATA ; PVBLIA IVLIA VENERANDA (Marucchi, Mus. Pio Lateran., pl. 58, n. 10 ; pl. 60, n. 1} ; CAECILIA SEMPRONIA SATYRA (Ms. Vatic. 9073, i. 643).
Afri que : — M :DOMITIVS ANTONINVS (ibid. t. vin, n. 748) ; MVNIVS IVLIVS BARGEVS (ibid, t. vin, n. 4762) ;...NTIA VALERIA CANDIDA ; n. 1090, 9716).
Gaule : — -ATILIVS SECVNDVS ; L-SEPTIMIVS PRIMITIVVS ; QVETINA EVNOETVS (Le Blant, Inser. chrét., n. 627, 520, 551 b) ; M.AVR(elius) ASCLE| PIODOTVS (Le Blant, Nouv. rec., n. 172).
Espagne : — Néant. b) Les duo nomina. On les trouve fréquemment employés pendant le ms siècle, plus rares au Iv, pres que délaissés aux ve et vie sièc les, sauf le gentilice Flavius qui persista plus longtemps que tous les autres. Nous ne citerons ici que quelques textes datés :
Femmes : en 234, CORNELIA HILARITAS, CORNELIA PAVLA ; en 279, SEVERA SELEVCIANE ; en 291, | CERVONIA SILVANA : en 295, STATILIA ALEXANAfri que : Corp. inser. lat., t. vm, n. 55, 452, 1202, 9733, 9810, 9866, 9871, 9877, 11900. c) Le solum nomen. Il n'y a plus de choix et de citations à faire, il faut ouvrir les recueils épigraphiques et y puiser à pleines mains. A partir du Ve, le nom uni que est seul employé, Sur les | inscriptions romaines à date certaine le plus ancien d) Il existe des fombes anonymes, distinguées par un ou plusieurs symbo les, quelquefois par un chiffre, dont parle saint Damase :
Sanctorum quicum que legis venerare sepulcrum Nomina nec numerum potuil retinere vetustas Prüdence qui visite les catacombes, nous dit aussi ? : Suni el muta tamen, tacitas claudentia tumbas Marmora, quae solum significant numerum. Quanta virum jaceant congestis corpora acervis Scire li cet, quorum nomina nulla leges, Seraginta illic defossa mole sub una Reliquias memini me didicisse hominum.
(Voir Dictionn., t.ux, col. 1332-1341.) Quant aux tombes anonymes, marquées d’un symbole, el les sont nombreuses et nous en avons fait connaître.
C'est aussi parmi les tombes anonymes que prennent place les épitaphes qui ne contiennent qu'une acclamation , comme celle-ci : BENEMERENTI IN PACE, ou bien une désignation incomplète, par exemple : DOMINO FILIO FECERVNT ; il est bien difficile de dire si l'omission est fortuite ou bien inten- | tionnelle sur les deux épitaphes que voici : SPIRITO SANCTO DEPOSS0O. EIVS-VI-KAL : INNOCENTI IANVAR-FLORENTINVS VIXIT AN PL M Ill QVI :ODVIT. DOLENS.ANIMO. FECIT - PAX : TEGV : a) Famil les impéria les. esclaves des empereurs en devenant chrétiens retenaient le nom de leur ancien maitre. Ces noms (sauf celui de Flavius qui dura jusqu'au vit siècle) sont contemporains ou postérieurs à un empereur dont ils évoquent le gentilice, Dans les inscriptions | non datées, mais qui appartiennent à la région la plus ancienne des cimetières romains, on rencontre des Julii, des Claudii, des Agrippini, des Domitii, des Aelii et des Aurelii À ; dans les régions moins anciennes du même cimetière, des Constantii 5 : en Gaule, des Valentiniani $ ; sur les inscriptions datées on rencontre, « en 217, 235, 382, M. AVRELIVS : ; en 234, Ti(berius) CLaudius]) MARCIANVS ; en 235, 336, AVRELIA ; en 268, MARCIANA ; en 269 ou 279, SEVERA ; en 325, 337, 349, 393, 410, CONSTANTINVS, CONSTANTIA ; en 339, CONS- | TANIDI (De Rossi, Inser. christ. urb. Rom., t. I, n. 5, 7, 318 : 7, 45 : 11 ; 35, 47 ; 107 ; 54).
Emilii, des Annii, des Cornelii, des Caecilii, des t Prudence, Peri Stephanon, hymn. xt, Vs. 9-14. — | ferium majus :
| et deviennent Adeodatus, Deusdedit, Deusdona. c) Noms profanes et mythologiques. — Ils ont, été très fréquemment employés à Rome et en Italie : Saturne, Hermès, Ariane, Isis, Apollon, Asclépiade, Eros, Phæbus, Dyonisios, Vénus ont suggéré toute. la galerie où défilent à peine reconnaissab les les” Saturninus, les Mercurius, les Denys, les Veneria et tant d'autres ; rares en Gaule, plus rares en Afri que, ils sont inconnus en Espagne parmi les chrétiens. 1 Sur les inscriptions datées nous rencontrons, en 311, DIONISIAS ; en 335, VENEROSA ; en 352, MERCY- | RIANETIS ; en 356, EVTYCHES ; en 363, ERCVLIA ; en 371, GALATEA ; en 399, IOVINIANVS, TIALIS (De Rossi, Inser. christ. urb. Rom., n. 32,4 114, 128, 164, 224, 474, 477 : CVPIDO j n. 1514). d) Noms bibliques. — Les noms des personnages de l'ancien Testament n'ont été adoptés que tardi | vement et en petit nombre ; on trouve REVECCA As i en 397 ; THOMAS, en 490 ; ANDREAS, en 50% L | h. il e) Noms à signification chrétienne. — De bonne heure, on adopte au baptême un nom NOUVEAU, M comme ce juif converti dont l'épitaphe porte ces mots 11 : 4 | | locus Pasca ? S11.. QUI-NOMEN-HABVIT :IVDA dep....i DVS : SEPT.
A mesure que se répandit l'usage de donner le baptême aux enfants, il y eut de moins en moins d'exemp les d'un changement de nom au baptême, sauf pour les convertis. Nous trouvons cependant des catégories distinctes dans l'onomasti que chrétienne. a D'abord ceux qui sont composés sur le type païen aa iee pipis ARRA E Ensuite ceux qui s'inspirent d'une pensée chréQuadragesima, Dominica, Deogratias, Servusdei, Fi des, # nes, Charitas, Sophia.
“ Enfin, ceux qui traduisent en latin des vocab les y origine puni que et, pour cette raison, ne se rencontrent guère qu'en Afri que : Duodoalidens. Spore E Habetdeum, Deumhabet (Corp. inser. lat, t. vu, n.. 13609-13612, 13614-13618).
P) Noms humiliants. — Il s'est rencontré parmi les fidè les des imaginations un peu vives qui ont mais l'habitude se mit de la partie et on en vint à BE appeler : Ordure, Imbécile, Braillard ou Scélérat avec la même indifférence qu'à porter les noms de F Flavius ou Gaius. Qui sait si la mode ne s’y mit pas si on ne s'appliqua pas à dépasser le voisin, On Encontre des vocab les qui sont autant d'injures : Importunus, Malus, Alogius, Fugilivus, Projectus, Exiliosus, Injuriosus, Calumniosus, Confumeliosus : d'autres qui dépassent la limite du bon goût : Siercus, et Stercorius. Pour prendre une idée de la fréquence de ce dernier nom, en voici quelques exemp les : STERCORIO, CTEPKOPI, STERCORIA, STER : CORIO, ISTERCORIA, STERCORIQO (Boldetli, Osservazioni, p. 363, 377, 391, 418, 480, 490, 494), STERCORI, ISTERCORIA, STERCORIAE, STERCORIO (Marangoni, Acta S. Victorini, p. 84, 110, 130, 134) ; STERCORIAE, STERCORIVS, STER : CORI, STERCORIVS (Fabretti, Inser. domest., cl. VIII, LXXXIX, n. 171, 172, 173) ; STERCORES (Bosio, Roma soli., p. 153) ; STERCORA, STERCORIO (Muratori, Nov. thes. veter. inscr., p. 1926, in. 3 ; p. 1938, n. 5) ; ISTERCORIO (Olivieri, Marm. tienne comme Renatus, Renobatus, Redemptus, Repa- | T alus, Benediclus, Cyriacus, Quiriacus, Anastasius, | E pensé faire merveille en s'imposant des noms abjects, | EST ROGATI (Monce aux, Enquéle, | formule qui et, quae et, quae, signum, sive. Au cimetière de Priscille, nous lisons : MARCELLVS QVI ET EXSVPERIVS (De Rossi, Bull. di arch. crist., 1886, p. 95) ; à Salone ANASTASIA VI ET VERVLA (Corp. inscr. lal, t. m, -n. 9587) ; en Afri que : ISTABLICI QVI ET DONATI (Corp. inscr. lai., t VII, n. 8640).
L emploi de signum est quelquefois peu reconnaissable : SIMPLICIVS SIGNV MVS (De Rossi, Bull., 1873, p. 71) ; CALLIDROMVS..…. SIGNO LEVCADI fCorp. inser. lat., t. xiv, n. 1877) ; AVRELIA MVSA SIG(n0) MARTYRI (Nuovo bull. di arch. crist., 1897, p. 128 ; 1903, p. 21) ; EGNATIA REDDITO SIGNV CASVLIO (Marangoni, Acta S. Viclorini, p. 108).
| AFRICA (Huebner, Inser. Hisp. christ, n. 71).
| n. 1545).
B. LA FILIATION. — Pour indiquer la condition sociale, ingénus ou libres, et se distinguer des affranchis et des esclaves, les Romains introduisaient un génitif, entre le gentilice et le surnom, le prénom du père accompagné du mot filius en se servant simplement d'initia les. Les chrétiens, dès l’origine, répudièrent cette mention et cela d'une manière si constante que partout où, dans les premiers âges, on lit la mention de filiation on peut tenir l'inscription pour païenne. Mais avec le temps, on se relâcha de cette règle, comme on le voit par ces exemp les datés : à Rome, en 404 : [vi] CTOR FILIVS EPIS. COPI VICXORIS (De Rossi, Inser. chrét., t. I, n. 534) ; à Narni, en 444 : PANCRATIVS.. FIL-
747 INSCRIPTIONS LATINES CHRÉTIENNES D
PANCRATI (Corp. inser. lal, t. x, n. 4163) ; à Côme, en 453 : GERONTIVS V. C. FILIVS GERONTI V.C. ; en 556 : AGNELLVS FILIVS CALENDIONIS (Corp. inser. laf., t. v, n. 5414,- 5403) ; à Capoue, en 560 : DEVSDVNA FILIVS CONDAM PROBERENTI (Corp. inser. lal, t. x, n. 4506) ; à Ravenne en 581 : ARGENTARIVS FILIVS PETRI ARGENTARI (Corp. inser. lal., t x1, n. 350).
C, LA PATRIE. — L’indication de la patrie du défunt se montre sur les épitaphes chrétiennes (vers la seconde moitié du 1v° siècle) de ceux qui mouraient loin de leur patrie. Les formu les usitées chez les Latins pour introduire cette mention sont ordinairement civis suivi d'un adjectif : graecus, ajer, ou bien ces derniers mots sans l'addition de civis ; on trouve moins fréquemment : natus, natione, e ou de regione, cévitatis ou de civitate, enfin plus rarement : provincia, domo, vico, loco. Il est tout à fait exceptionnel de rencontrer la nation et la ville comme ici : NATIONE ITALI CIVES AQVYILEIENSES (Corp. inser. lal, te v, n. 1658) ; EX GENERE PROVINCIAE SVRI (a)E APAMIA (ibid., t. vm, n. 57).
Voici quelques appellations CIVIS : ARMENIACVS en 385 ; HISPANVS, en 388 ; TVSCVS, en 480 (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 355, 375, 588) ; ROMANVS (Corp. inser. lat, t. x, n. 4828) ; GALLVS fibid., t. v, n. 6473) ; CONSTANTINOPOLITANVS fibid., t. x, n. 3309).
CIVITATIS ou EX CIVITATE : Tudertinae (Gall. lapid. Vatic. Sc. 42) ; fcivit}atis Ucresium (De Rossi, Inser. christ., n. 534).
END Brixia que Domo (Mus. Pia Laler., pl. LV, n. 31).
D, L'AGE, — La plus ancienne mention qui accompagne le nom du défunt est celle du nombre d'années passées par lui sur terre. On la trouve parmi les inscriptions de la région primitive de Priscille et parmi les inscriptions romaines datées dès l'année 234. Il n'y a pas lieu de donner des exemp les de la formule VIXIT qui se rencontre partout : voici quelques variantes plus notab les : en 484 ; Valsassina, en 425 ; Ac qui, en 491 : Lecco, | | l'Afri que, voir notre Afri que chrétienne, 1904, t. ‘4 | D. 354. | inscr. lat., t vu, n. 11064).
| Monce aux, Enquête, 118).
| ANNORVM CIRCVLO QVINTO (Corp. inse T, | parents ont survécu (Marangoni, Acta $. Victorihi, ii VIXIT IN HOC SAECVLO : inconnue ou tou A à fait exceptionnelle à Rome : à Milan, en 444 en 487 (Corp. inser. lat., t. v, n. 6195, 6286) ; quente dans la haute Italie : Pavie, en 496Crémone, en 537 ; Novare, Verceil fibid., n. 6468, 4118, 6562, 6735) ; Côme fibid., t n. 3410, 5416) ; inconnue en Afri que, en Gante ri Germanie en 548 (Kraus, op. cit., n. 4) ; en Espag ne en 662 (Huebner, op. cit, n. 54- -99). À VIXIT IN PACE : très rare à Rome, se rencontré en Italie : Terracine, en 345 (Corp. inser. lal., n. 6420) ; Rignano (De Rossi, Bull., 1883, p. ` ; Selinonte fibid., 1882, p. 178) ; fréquente en Gaule aux ve et vit sièc les ; inconnue en Espagne ; pour VIXIT IN PACE IN HOC MVNDO, Afri que (Cori p VIXIT IN DEO, De CHRISTO, CVM XPTO Cibid., t. v, n. 1671) ; t. vm, n. 20002 10640 (P.
VIXIT : in lerfra) (Corp. inser. lal., t. 5 n. 1510 ; vilam) aetatis suae fibid., t. X, n. 5897). que le calcul des heures se trouve seulement sur les épitaphes d'enfants ou de jeunes gens à qui les dr On peut signaler quelques formu les rares, tel les E : que : W pl. LXIX, n. E 9073, Í.
| (Bosio, Roma sott. = P155), et ce qui est bien l’expression de l'incertitude : DECEOTTO IN DECENOBEM “(Marucchi, op. cit., pl. Lx, n. 17). Il est arrivé que que du défunt étant inconnu, on donna l'épitaphe “au lapicide qui suppléa à sa façon. A Rome, il grava | tout simplement : ANNOS TOT (De Rossi, Inser. christ., 1 PR E 1 1406), en Gaule : (Le Blant, Nouv. rec., n. 463).
_ Autre singularité : ‘on additionne la durée de la vie de deux défunts, deux petits frères : ROGATVS ET AGAPITV QVI BIXERVNT INTER SE ANNOS VII | (Mai, Script. veter., t. v, p. 401), ou bien un vieux ménage : XERVNT AN-CLXXXVII. pP. 218) ; enfin la survie d'un conjoint :
VIXIT SVPER MARITVM SVVM ANNVS IllM. Il en 338 (De Rossi, Inser. christ., t.1. n. 1406 ; cf. 1431).
3. La date de naissance, — Au rve et au ve sièc les, on indi que fréquemment, avec la date consulaire, - parfois, le jour, rarement l'heure de la naissance, “le mois lunaire et la constellation astronomi que = (voir Diclionn., t. m, au mot CAPRICORNE). Voici = quelques exemp les :
—… sio Dione coss. en 311 (De Rossi, Inser. christ., - n. 32) ; autres formu les analogues en 316, 338, 350, Nata Dionysias Caio I [uniano Tiberiano II et] CasE I divo Joviano Aug. et Varroniano coss ora noctis iiij, | el FI. Evodio] v. c. coss [X Kal. Sept. diļe solis [lu]_ pascalis... = conss., en 463 (De Rossi, Inser. christ., — Parfois on fait remarquer une coïncidence qui resdie Tobis FE. Constantino et Rujo VF. OC. t. x, n. 810). semble à la superstition du vendredi, par exemple … à Aquilée : Nata est die veneris ora XI eo die defunceta est ora secunda die veneris (Corp. inser. lat., t. v, n. 1634). n. 10) ; celui-ci a été baptisé à l’âge de trente ans : in annis p{lus) m{inus) triginia percipet, en338 pour la première fois (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 14). Voici quelques formu les : Fecit in coniugio annos, en 355 ; in se (= simul), en 362 : cum uxore, virginio, en 371, 384 ; jecit mecum, en 385 ; in vin- [culo matrimonii ?] en 464 (De Rossi, Inser. christ., | t. x, n. 45, 151, 225, 346, 354, 812) ; fecerunt inter On trouve aussi VIXIT : cum viro suo, mecum annos ; in matrimonio (Nuovo bull, 1914, p. 63) ; viterunt in se (Marangoni, op. cii., p. 98) ; duravit mecum annos, en 362 (De Rossi, Inser. christ., t. I n. 151) ; perseveravit in conjugio (Marini, Script. veter., t. v, p. 418) ; cum eum virit pour cum eo virii, en 279 (De Rossi, Inser., t. 1, n. 14) ; FVIT IMMARI- | TATA (Gall. lapid. Vatic., sc. 46) ; FVIT IN MATRIM (onii) CONIVNCTIONE (Le Blant, Inser. chrét., t. 1, n. 257). 6. Les années de célibal, de mariage, de veuvage. — Sur une inscription datée de l'année 390, on lit :
ANN XXV SPONSA ANN XI FVIT SPONSA ANN VII
VIXIT CVM MARITO ANN VI MENSES VIII DEPOSITA DIE XVII KAL]
ET. NEOTERIO.
V-CCONS]
E., LA CONDITION CIVILE. — On ne saurait mettre en doute que l'ardente ferveur des premières générations chrétiennes se manifesta par un besoin d'abnégation, de renoncement complet à ces classes socia les qui creusaient comme des abîmes entre des êtres humains, adorant le même Dieu, professant la même croyance et aspirant à la même récompense surnaturelle. L'épigraphie funéraire répudia dès lors une foule de détails et de précisions familia les où la vanité trouvait à se satisfaire aux dépens de la fraternité à laquelle tendaient ceux qui se donnaient en toute bonne foi le nom de « frères » (voir ce mot).
SEPTEMB - FL : VALENTINIANO - AVG - III -
On trouve aussi servus, conservus, famulus, ancilla : Hic situs notalus servus fidelissimus (Mai, Script. veler., t v, p. 395).
Patronus est d'un emploi assez rare, de même patrona, par contre dominus et domina sont très usités :
Ms. Vatic. 9073, f. 624) ; D. VicroriNUs (Corp.
52). Ou bien ce | | siècle, on ne rencontre que rarement sur les épitaphes la mention de la condition civile ou de la professions du défunt, même à partir de cette épo que cette mention demeura toujours assez rare. Nous avons consacré, dans le Dictionnaire, une série d'artic les aux métiers et aux professions (voir au mot INÉCROESS nous pourrons donc être bref. chrétiennes, quoi que nous sachions d’une manière | certaine que beaucoup de fidè les les ont remplies ~ alors, ceci permet de confirmer ce que nous avons dit sur le nombre considérable d'inscriptions qui a dû Nous savons aussi que beaucoup de | - disparaître.
- membres des gran des famil les furent affiliés à la … religion nouvelle et cependant combien rares et |. 2 énigmatiques sont les débris retrouvés et quelle - ingéniosité il a fallu pour découvrir et individualiser “des Flaviens, des Acilius, des Cecilius, des Glabrion. —… etc. Tertullien parle des clarissimes chrétiens au début du Me : clarissimas feminas el clarissimos uiros...sciens (Septimius Severus) hujus seclae esse, non modo non laesit, verum et testimonio exornavit 1. —. Sous Alexandre Sévère, une partie de la cour impé| Inser. christ., | sis) (H. Leclercq, Afrig. chrétien., Vatic. 9087, | Pio-Later., | Dfomestlicorum) (Ms. Vatic. 2072, | Inser. RRRS ~ Tiale était composée de chrétiens, ils y étaient plus | lp. 1843 n. 2) ; i moitié du 1v° siècle (Fortunati, Scavi sulla via Latina, p. 13) ; EX PROCONSVLE AFRICAE, à Salone, en 375 (Corp. inser. lat., t. m, n. 9506).
CONSVLARIS TOTIVS SICILIAE ET VICARIVS AFRICAE, en 385 (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 358) ; MAXIMV (&/E SENONI (a)E (Le Blant, Inser. chrét., Nouv. rec., n. 286).
PRAEFECTVS VRBI : in ipsa præjectura urbis, | en 359 (De Rossi, Inser. christ., n. 141) ; præffeclus) arbi, 1re moitié du rv* siècle (Bull. dell' istit. di corr.
| archeol., 1858, p. 21) ; ex præfectis urbis (Ms. Vatic. 9072, f. 461). VICA [rius urbis] ? en 427 (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 654).
PRAETOR (Le Blant, Inser. chrét., n. 369).
PRAESES : p(rovinciæ Mg(auritaniæ) C(æsarient I, pD : 397) ; er præsidibus,en 390 (De Rossi, Inser. chrét., t. 1, n. 1820).
COMES... RERVM. SACRARVM (largitionum) COMES, Milan (Corp. inser. lat., t. v, n. 6253) ; EX COMITE SACRI CONSISTORI en 519 (De Rossi, CONDVCTOR DOMINI NOSTRI à Rimini, en Gm mpesa LT ET 523 (Corp. inscr. lat., t. x1, n. 549) ; CVRSOR DOMINICVS (Le Blant, Inser. chrét., n. 265). e) Magistratures civi les. — PRIMICERIVS SCRIN- :
(ariorum) TABULARIO [rum], à Salone, en 432 (Corp. inser. lat., t. 1v, n. 9517) ; P. CENARIORVM, en 452 (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 754) ; CANDIDATVS PRIMICERI(orum), en 450 (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 748) ; PRIMISCRINIVS PRAEF. VRBIS (Corp. inser. lat., t. vi, n. 33713) ; SCRINARIVS INflustris) PATRICIAE SEDIS, en 450 (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 751).
EXCEPTOR PRAEFECTI VRBI, en 402 (Antiquario municip. di Roma) ; E. PRAEFECTI VIGILVM (Wilpert, Cripta, p. 114) ; E. OFFICIL (Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33717) ; E. [pri] MICERI (Corp. inser. lat., t. x, n. 1387).
ADMINISTRATOR RATIONFUUIM NOVEfm) PROVINCIARVM (Le Blant, Inser. chrét., n. 514).
C. R{ei)P(ublicæ) [i] STIVS CIVITATIS, à Bolsena, PRINF{ceps) COL/oniæ) ? Salone (Corp. inser. lat., t. m, n. 9540).
DEFENSOR, à Nole, en 542 (Corp. inscr. lat., EX, n. 1352).
FLfamen) PferiPrfeluus) C'RIRISTIANYVS, en Afri que, en 525-526 (voir Diclionn., t. v, au mot FLAMINES). hiérarchie se développa rapidement depuis le milieu | 6397 ; t. x, n. 4500-4502 ; t. xı, n. 313, 350) et sur ial | inscriptions non datées (De Rossi, Roma sott., t. 1, Huebner, Inser. Hisp. christ. D. 27) :
Clarissimus, à Capoue, en 557 (Corp. inscr. lat. | t En : 4505). softerr., t.1, pl. XXXI ; : Corp. inser. lal., t. VI, n. 32022). Clarissima jemina, à Rome, en 362-472 (De Rossi, t. xv, n. 1875 ; Le Blant, Inser. chrét., n. 58, SL Clarissima et p(erjeclissima) femina) (Corp. inser. lat., t. v, n. 7793).
Clarissima puella, en 391 (Corp. inser. lat., t. Vi, n. 32018) ; en 392 (Wilpert, Cripta, p. 54).
Vir illustris, à Rome, en 472 (De Rossi, Inser. che Hlustris femina, en 538 (Corp. inscr. lat., t. v Spectabilis puer, en 478 (Corp. inser. lat., t. XIV, | n. 3897). n. 1378).
Vir egregius (Corp. inser. lal., t. vi, n. 31994 ;
Vir perfectissimus, en 297 (De Rossi, Inser. christ., Corp. inser. lat., t. vi, n. 32011, 31981 ; De Rossi, Comes, ce titre a été prodigué sous l'Empire (De 4 n. 1658 ; t. vin, n. 8653, 9255 ; t. x, n. 4500, 7123 ; i Le Blant, Inser. chrét, n. 243, 283).
Vir honestus, en 405 (Nuovo bull. di arch. crist., 1900, Honei puer, en 491 (Corp. inser. lat., t. v, n. 7531).
Vir laudabilis. en 469 (Corp. inser, lat., t. x, n. 1354 ; t. x1, n. 4078).
Puer laudabilis, en 545 (De Rossi, Bull.,1887, p104).
Laudabilis femina, en 469 (Corp. inser. lat., t. XI, n. 4078).
Nous pouvons considérer, après ce dépouillement, que l'épigraphie chrétienne ne nous apportera pas beaucoup plus de renseignements sur les institutions civi les. Précisément parce qu'elle est surtout funéraire, cette épigraphie est éminemment confessionnelle. Même lorsqu'il s’agit d'inscriptions commémoratives, qui sont fréquentes à Rome, à Milan, en Afri que, en [à Gaule, les unes en mosaïques, les autres sur marbre, le — plus souvent il est question d'un édifice sacré, d’un = souvenir chrétien, de la mémoire d’un martyr, etc.
| i civile, nous pouvons rattacher trois monuments - chrétiens d’un grand intérêt. Il s'agit de trois tablettes de bronze revêtues d'inscriptions bien conservées amener. VTISSIOIDY ' RENSIMEŒIVITAS :
SENONI EF
À la catégorie de renseignements sur la condition - et découvertes au lieu dit Touron (arrondissement de € À Claudius Lupicinus, personnage clarissime, consulaire de la Grande-Sénonie, la cité de Sens, pour e | | AVRELIANORVM | HOCGRVS« |
TANTAS PROMERI TSF ELIX PROVINEIARERTI > ;
I S NÓNVM | | Siea HRONOSVOPE DIA ;
Villeneuve-sur-Lot} dans un champ situé pres que au bord du chemin de grande communication qui va de Libos à Marmande. Près de l'habitation du propriétaire = en creusant une excavation quadrangulaire, on ren- = contra les tablettes posées à plat, la face gravée posée - surlesolen ciment très dur, d'une épaisseur de 0 m. 03. De cette excavation avaient été retirés des débris de verre très mince, un clou, des tessons de poterie, un fragment de feuille de cuivre de 0 m. 001 d'épaisseur | formant une bande étroite que décoraient trois nervures longitudina les faites au repoussé. Cette feuille avait l’exacte largeur d'une portion non patinée du métal, très visible au pourtour des tablettes et qui a conservé des restes de soudure. Ce morceau de cuivre était un débris du cadre primitif des tablettes. La | qualité des débris recueillis paraît indiquer une habitation relativement modeste, dépourvue de placages et de mosaïques.
Les tablettes sont en bronze et recouvertes d'une belle patine. Leur forme est celle d'un rectangle surmonté d'un gable, toutes portent au sommet le monogramme du Christ flanqué des lettres À et GO. Ce symbole est gravé au pointillé et inscrit dans un cercle formé d’un filet simple : il présente les mêmes dimensions sur les tablettes 1 et 2, et semble gravé avec le même burin que les inscriptions el les-mêmes. La tablette n. 3 offre quelques variantes pour la forme des lettres, sans qu'on puisse avancer pour cela qu'elle a été gravée par une autre main. 1re tablette : poids 3 kil. 460 gr., larg. 0 m. 21, haut. jusqu’à la naissance des rampants, 0 m. 26, jusqu'à la Nous avons ici deux hexamètres :
Tantis pro meritis felix provincia per le Que tribuit tabulas, statuas decernere vellet.
« À Claudius, personnage clarissime, consulaire de | Ja Grande Sénonie, la cité des Auxerrois. Heureuse par toi et reconnaissante de tes servi ces, la province qui t'a dédié ces tablettes eût voulu te décerner des statues. » 3e tablette : poids 2 kil. 990 gr., larg. 0 m. 40, PECTORA SI RESECET SCRVTANS AVRELIANORVM HOC OPVS Pectora si resecel, scrutans, Aurelianorum Hoc opus. « S'il ouvrait la poitrine des Orléanais et qu'il y cherchât.… cet ouvrage... » On distingue sur cette 159 tablette des réglures destinées à guider le graveur dan l'achèvement de son travail. Le sens serait peut-être celui-ci : des Orléanais et lisait dans leur cœur, il y verrait une reconnaissance dont cet ouvrage est destiné à perpétuer l'expression. » Les tablettes ne sont pas datées, mais paraissent se rapporter à la première étape de Lupicinus dans la carrière des honneurs. C'était un magistrat modèle de qui les administrés chantaient les louanges, Sénonais, Auxerrois, Orléanais, tous le portaient aux nues. Il était consulaire de la t c'est la première fois que nous voyons cette province qualifiée de Maxima. Lupicinus est connu grâce aux indications de Ammien, Jordanès et Julien l’Apostat. Celui-ci l'envoya réduire les Pictes et les Scots, il le prit ensuite en suspicion et lui interdit de repasser de la Bretagne sur le continent. La valeur de Lupicinus n'était pas | contestable, sa science militaire non plus, mais, au dire d'Ammien, il était dur, violent, impérieux et tel qu'on n'aurait pu dire si, chez lui, la cruauté l’'empeortait sur la cupidité ou inversement. Sa culture philosophi que et littéraire était assez poussée pour que Julien lui pardonnât pres que, en considération, d'étrechrétien.
Après la mort de Julien, Jovien son successeur, envoya Lupicinus en Orient avec le titre de maître de la cavalerie (363). Tillemont dit à ce propos qu'il fut promu (promotus), d'où on conclut qu’il n'était que l'homonyme de celui qui eut ce grade sous Constance | et Julien ; si c'était le même personnage on eût dit qu'il avait été rétabli. Il y aurait donc eu deux Lupicinus, l’un qui fut général en chef dans les Gau les, lautre en Orient ; et c’est l’un ou l’autre qui fut, en 367, consul avec Jovin. En 368, nous voyons un Lupicinus se signaler dans une bataille livrée aux Alamans sur les bords du Neckar ; il monte à l'assaut de la colline occupée par lennemi qu'il met en fuite. Comte de Thrace en 376 et généralissime des troupes de la province, il négocie avec les Goths (voir ce nom) lautorisation que leur donne Valens de s'établir sur les terres dé l'Empire. Ce sont ses exactions et ses violen ces qui poussèrent à bout ces barbares et les décidèrent à combattre l’armée plutôt que de lentement mourir d'épuisement sous ses veux. Lupicinus prétendait vendre les vivres à prix d'or, tellement que les Goths étaient réduits à vendre leurs enfants, pour ne pas mourir de faim : enfin ils se soulevérent, mais ne purent s'emparer de l’auteur de ces atrocités. L'empereur Valens paya pour tous, il fut fait prisonnier et brûlé vif dans la cabane où il s'était réfugié. À dater de ce moment le nom de Lupicinus disparaît de l’histoire, Le guerrier farouche et l’exploiteur féroce ne fit plus parler de lui, il vivait dans sa propriété, modeste, entouré de souvenirs qui lui redisaient la reconnaissance des Senonais, des Auxerrois et des Orléanais pour sa bonté paternelle : il jetait lės yeux parfois sur les trois tablettes de bronze et se rendait justice, s'attendrissait sans doute sur ce lointain passé, Ces inscriptions sont en Gaule, les premières à date certaine où figurent les lettres symboliques A et &) qu'on ne rencontre pas avec une date certaine avant l'année 377 L ECCLESIA CATHOLICA, en 362 (De Rossi, Inser, INSCRIPTIONS LATINES CHRÉTIENNES « Si Claudius (Lupicinus) ouvrait la poitrine | | textes réunis dans Di ctionn., t. 1, au mot CATHOLIQUE).
| enfin E. CATHOLICA SAL {onitana trons dans l'énumération qui va suivre ont fait ou art nr AN O ét Ts Es Le vocable sancti qui eut aussi sa grande vogue n'est guère représenté que par quelques inscriptions. Saint Damase parle une fois de la PLEBS SANCTA ; au baptistère de Saint-Jean de Latran, au v° siècle : SANCTA PLEBS DEI ; peut-être le sens primitif s'est-il conservé mieux dans une inscription de Grenade, de 594 COOPERANTIB(us) sfan)c(tS IE a o a S 2 Henchir-El-Ogla, en Afri que, sur laquelle on lit : pour désigner les fidè les donc permis de les parcourir rapidement. Le catéchuménat (voir ce mot) se prolongeait par-
Î |.
PUN S-
Y 4 De on. » | fois longtemps ; néanmoins, sauf le cas de mort soudaine ou d'accident (naufrage, etc.), on se hâtait de - réclamer le baptême lors que la maladie mettait la T = nombre d'inscriptions portant cette mention CATE CV- = MINVS que nous lisons sur l'épitaphe de Bonifas ou = Bonifatius cafecumino, à Rome, en 397 (De Rossi, - Inscr. christ., t.1, n. 446). Le catéchuménat avait ses degrés, un d'eux comptait les AVDIENTES (Ms. Vatic. vie en péril, c'est ce qui expli que sans doute le petit = JÛ88, f. 96) et nous connaissons Sozomencetis alumnæ et l'avocat Lucius, chevalier romain dont l'épitaphe qu'il était catéchumène (ce qui est contesté).
| Les néophytes sont plus nombreux, c’est que, sou- | Un vent le baptême ayant été précipité à cause de la mort | imminente, le défunt survivait peu de jours seulement au baptême ; nous ne relèverons ici que les formu les = suivantes : NAEOPHYTA IN CRISTO, en 409 (Corp. sur les inscriptions datées on trouve à Salone, en 382 : | inser. lal, | en Afri que (voir CHERCHEL) ; CVLTOR DEI en Gaule | rare à Rome, fréquent à Aquilée et en Gaule, et tout à | Blant, Inser. chrét., n. 391. Parmi les inscriptions non | leurs rares : FIDELIS DEO (Corp. inser. lat., t. x, n. 4712) ; F.IN DEO (Le Blant, Inser. chrét., n. 223) ; F.IN A(e)O (Corp. inser. lat., t. vm, n. 57) ; F$ (Huebner, Inser. Hisp. christ., n. 182) ; F.IN XPO, Sur certaines épitaphes on rencontre les mots puer et puella appliqués à des adultes. Il est bien certain que ces mots, comme injans d'ailleurs, étaient d'une application moins stricte que nous ne le croyons ; néanmoins leur emploi si tardif doit s'expliquer, au moins dans certains cas, par la pensée que le baptême, à quel que âge de la vie qu'on le reçût, conférait l'en| fance spirituelle qu'on exprimait ainsi sur cette épitaphe :
VASO ET POLEMIO CONSS NATVS PVER NOMINE MERCVRIVS B IIII KAL APRILI DEPOSITVS VII-KAL-SEPT-ỌQVI VIXIT ANNXXIII : M VII :-&XV-BENEM :INP | se sacrifie par pur dévouement pour les intérêts supérieurs de l'Église, nous employons ce mot « carrière » dont on pensera ce qu'on voudra. Il n’est pas douteux que dès le milieu du mr siècle, à Rome et en Afri que, la hiérarchie comptait des degrés qu'on pouvait parcourir ou enjamber sans qu'il nous soit possible d'entrer lå| dessus dans de très rigoureuses précisions. Saint Cyprien, dans la Lettre ni, trouve un sujet de louange à l'adresse du pape saint Corneille dans le fait que non... ad episcopatum subito pervenit, sed per omnia ecclesiastica officia promotus... ad sacerdotii sublime fastigium cunctis religionis gradibus pervenit. Ceci | permet de supposer que telle n'était pas la règle invariable. En fait, au mt et au 1v* siècle, nous voyons franchir plus ou moins de degrés, passer du rang de lecteur ou d'exorciste à la dignité de diacre, de prêtre | ou d’évê que. Le grand intérêt des inscriptions ici est de nous faire connaître des cas déterminés, de nous apprendre en détail la durée du temps où tel défunt s'attarda dans un degré de la carrière. Le texte le plus important par son ancienneté et par sa précision est une épitaphe de Brescia, au m® siècle :
FL. LATINO EPISCOPO AN.IN. MVII . PRAESB AN. XV : EXORC. AN . XII
763 Les expressions dont on fait usage pour énoncer la charge du diaconat, du presbytérat et de l'épiscopat | sont assez peu variées.
Diaconat : DIAC(onus) QVI MINISTRAVIT ANN(os) IN DIAC(onalus) OFFIC(io) XLVII (Marini, £ papiri diplomatiei, p. 345). Presbyterat : MINISTRAVIT IN PRESBYTERIO ANN(is) XIII, en 489 (Huebner, Inser. Hisp. christ. n. 312) ; SIDIT PRESBITERIO ANNVS XXVI MENSES X (Nuovo bull. di arch. crist., 1898, p. 173) ; SEDET SACERDOTALI ORDINE ANN(is) L (Corp. inse. lat., t. x, n. 1365) ; SACERDOTIVM MERVIT GVBER- | [nare annos] 11 (Wilpert, Cripta, p. 101). Épiscopat : SEDIT ANN(is) II (Armellini, Cémit. d'Italia, p. 554) ; SEDIT CATHEDRA ANNVS VII (Corp. inser. lat., t. v, n. 7753) ; SEDIT EPISCOPATVM (ibid., t. v, n. 3896) ; REXIT EPISCOPATVM A. DVODECIM (ibid., t. v, n. 6401} ; SACERDOTIVM DNO ADMINISTRAVIT (ibid., t. vm, n. 21570 ; FECIT IN SACERDOTIVM ANNOS VIll (ibid., t. vm, n. 9709) ; IMPLEVIT IN EPISCOPATV AN. XVIII (ibid., t. vin, n. 9286) ; VIXIT ANNIS LII EX VIBVS VIXIT IN EPISfcopalu) ANNIS xil ibid., t. xm, n. 2009) ; VIXIT IN EP fiscopalu) ANN... (ibid., t. vin, n. 11894) ; ANTISTES... TER DENOS ET VII SEDIS QVI MERVIT ANNOS (ibid, t. vm, n. 8634) ; VIXIT IN SACERDOTIO (ibid., t. xı, n. 4967) ; SACERDOS BIENNO REXIT POPVLOS (ibid., t. v, n. 6404). a) Les clercs. — La distinction entre « clercs » et « laïques » est ancienne ; la dignité éminente du sacerdoce rejaillissait sur tous les degrés, même les plus humbles de la hiérarchie ecclésiastique, même sur ceux qui comme les lecteurs, les fossoyeurs n’appartenaient pas à la filière qui aboutissait au sacerdoce ou à l'épiscopat. Vers le milieu du iv° siècle, on voit, par la correspondance de saint Cyprien, que la distinction s'établit couramment entre clerus et plebs (Epist., x) ; episcopus et clerus (Epist., 1x) ; clerus, martyres et confessores (Epist., xu) ; mais l'épigraphie n'enregistre ces distinctions que tardivement. b) Les minorés. — Le rang de portier était le plus modeste de tous dans la hiérarchie, puisqu'il n'est pas prouvé que les fossoyeurs en fissent partie ; on ne rencontre que de rares attestations épigraphiques et :
| appartiennent : non datées on rencontre encore d’autres désignations L. DE FVLLONICES (Rom. Quart., 1908, p. 162, pl. 11), L. DE SAVI[na] (Marucchi, Epigr. crist, n. 231) ; < L.T(iJT(uli) SC(a)E MARTYRIS CAEC[liae] (De M (De Rossi, Bull., 1882, p. 112) ; et enfin : LECTOR L Rfegionis]) SEC(undæ), en 338 (De Rossi, Inser. M christ., t. 1, n. 48) ; LECTOR REGionis) QV(artæ ou intæ), à Carthage (Corp. inser. lat., t. vur n. 13423). # | A Lyon, on connaît un primicerius scolæ lectorum (voir LECTEUR).
Le titre d'exorcista, quoiqu'il remonte à la primitive « Le titre d’'acolythus est également rare et tardif. En Gaule nous le rencontrons en 517 (Le Blant, Inser.
| A. REGionis) QVARTAE Tø(i)T(uli) VESTIN(a)E, c) Les ordres majeurs. — Le titre de sous-diacre est moins prompt à paraître dans l'épigraphie que dans les ROMAN/a)E REGfionis) PRIMAE (Dufresne, Les Nous avons déjà longuement parlé des diacres (voir _ ce mot) dont le titre apostolique se lit pour la première 7644 1, n. 97, 262, 347) :
Mat., t. vii, n K wW G k T RC en 369, à Rome (Nuovo bull., 1912, p. 171) ; à Ferenllo, en 424 (Corp. inscr. lat., t. x1, n. 4996) ; à Rome, A 435 et 472 (De Rossi, Inscrchrist., t.1, n. 684, Pe n. 617) : t. v, n. 6468} ; à Monteleone, en 551 ét à 559 (Le Blant, op. cit., n. 405a). Parmi les inscriptions non datées le titre diaconus est fréquent, mais ne se lit j pas sur les plus anciennes inscriptions ( Boldetti, “7201, 7789 ; Le Blant, Inscr. chrét., n. 233, 430, 478a, & 487, 585, 639, 668 ; Kraus, Diechristl. Inschrift.,n. 260).
On rencontre l'emploi de levita comme synonyme de ~ diaconus, mais seulement à partir de la seconde moitié du v° siècle. Ce mot a les préférences du pape Damase, mais il reste néanmoins d'un usage assez rare ; on le rencontre à Rome,en 451 et 533 (De Rossi, Inser. christ., +. 1, n.753, 1031) ; : en Gaule, en 456 (Le Blant, op. cit., C (Marrucchi, Mus. Pio-Lat., pl. um, n. 20).
- Letitre de prêtre a été porté par un si grand nombre que saint Jérôme se laisse aller à dire : presbyteros turba contemptibilis jacit 1 ; sans doute faut-il faire la part de l’exagération. La plus ancienne mention du ~ titre presbytéral à Rome, sur les inscriptions n'est pas antérieure à la seconde moitié du m° siècle (De Rossi, autres membres de la hiérarchie, les prêtres aiment à - rappeler le nom du titre auquel ils ont été attachés : on lit ainsi PRAXS [edis], en 491 (De Rossi, Bull., = MARCI (Ms. Vatic., Le fol.. (De Rossi, Bull., Nous a au sommet de la hiérarchie (voir PISCOPAT). En étudiant ce sujet nous avons cité les épitaphes des papes qui portent ce simple titre d’episcopus, mais les plus primitives étant rédigées en langue grecque, la plus ancienne que nous rencontrons en langue latine est celle du pape Corneille, en 253. A partir du v° jusqu'à la fin du VIe, il est remarquable qu’on ne lit plus une seule fois le titre episcopus fait assez notable que n’expliquerait pas suffi- | samment la composition métrique des épitaphes des papes, car saint Damase a bien fait entrer ce mot dans ses compositions et on le trouve dans une inscription relative à Célestin Ier dans l'église de Sainte-Sabine. Le même saint Damase en fait usage d’ailleurs quand F INSCRIPTIONS LATINES CHRÉTIENNES 766 i Salone, en 358 (Corp. inser. lal., t. m, n. 2654) ;
Le mot episcopus n'est pas seul employé pour dési| gner la plus haute dignité hiérarchi que. On rencontre | sacerdos chez saint Damase en parlant de l’évê que de Rome (Ihm, Epigr., n. 12, 42, 57) ou de l’évê que d'une | autre ville (tbid., n. 33-34). Les épitaphes des papes Dans les inscriptions métriques on emploie aussi præsul, notamment dans les épitaphes des papes Célestin Ier, Simplice et Boniface II et Vigile. On lit également ce terme à Grado, à Aquilée, à Verceil (Corp. inscr. lat., t. v, n. 6722, 6724, 6728, 6729).
Le titre de pontifex avait une application si spéciale au culte idolâtri que que les chrétiens furent longtemps avant d'en faire usage pour leur hiérarchie. Saint Damase a recours pour désigner les évêques aux mots episcopus, sacerdos, rector, anlis les, præsul, pastor, proceres, ja mais il memploie pontifex ; cependant au Ve cette prévention ou cette répugnance tombe. Sur l'inscription de l'arc triomphal de Saint-Paul-horsles-murs, la pape Léon le Grand est désigné par ces mots, GAVDET PONTIFICIS STVDIQO SPLENDERE LEONIS ; et dès lors pontifex servira à désigner les pontifes romains.
767 n. 91). — Pastor est plus rare encore et ne se rencontre que dans les textes métriques (Ihm, Epigr., n. 74 ; De n. 753) ; LEVITARVM PRIMVS IN ORDINE (De | Nous rencontrons archipresbyter chez saint Jérôme *, mais dans l’épigraphie ce titre se fait attendre jusqu'au ve ou vis siècle (Corp. inser. lat., t. x, n. 1365 ; t. x1, n. 752 : Le Blant, Nouveau recueil, n. 2224) : PRIOR PRESBYTER (Le Blant, Inser. chrét., m. 373 a).
EXCEPTOR, au Ve, chez saint (Ihin, Epigr., n. 57). au | (Corp. inser. lat., t. v, n. 1595).
D'après le Liber pontificalis, ce serait le pape saint X Léon Ier qui aurait institué les cubicularii : voici le texte : constituit super sepulchra apostolorum custo des qui dicuntur cubicularii ex clero Romano : sur une inscription de Saint-Paul, en 533 ou 544, il est question CVBICVLARIVS HVIlus basilicæ] (De Rossi, d'un Par | É : ACTVARIVS SCAE ECCL. AQUILfeiensis) à Grado, 4 | i A Inser. christ., t. 1, n. 1087), et encore d’un [cubicu] LARIVS BEATI Inscr. n. 281).
PETRI (Margarini, C.BEATI IVLIANI, à Côme (ibid., t. v, n. 5415).
5. Pauli, $ CVSTOS à Trieste (Corp. inscr. lat., t. v, n. 695) ; 1 Il faut attendre le vi‘ siècle pour rencontrer dans « l'épigraphie le titre de mansionarius ; nous rencontrons alors un MANSIONARIVS SS IOHANNIS ET PAVLI (Margarini, op. cit, n. 396) : MA(NISVNARIVS, en 508 (Nuovo bull., 1917, p. 116).
Le titre d'HORREARIVS qu’on rencontre à Rome en 513 et 530 s'appli que à une sorte de garde-magasin (De Rossi, Inser. christ., t. 1, n. 958, 1026) ; et à Ravenne (Notizie degli scavi, 1905, p. 11).
Enfin nous avons parlé longuement des fossores M n'avons pas à revenir sur les textes épigraphiques qui M ont été cités dans cette dissertation. f) Les offi ces des jemmes. — Nous avons parlé des M diaconissæ et du rang qu'el les occupaient ainsi que des servi ces qu'el les rendaient. Aux textes que nous on peut ajouter ceux-ci : Corp. inser. lat., t. v, n. 6467 ; f. 425.
VIXIT ANN SXLMSSII D SSII
principalement aux femmes qu'on donne ce titre et | VIRGO SACRA, à Rome, en 449, 489 (De Rossi, | ot. vi, n. 20301).
Enfin venerabilis s 'adapte à tout le monde : svaana | | n. 4514 (Le Blant, Inser. chrét., en Afri que (Nuovo | | l'idée du témoignage, mais n'est pas inséparable, | croyance 770 t. vin, n. 13429, 13430 ; Comptes rendus Acad. Inscr., 1911, p. 569-571) ; (Virgines) SACRAE (De Rossi, Bull., 1863, p. 73).
VIRGO DEI à Rome, en 409 (De Rossi, Buil., 1863, p. 68 ; Fabretti, Inscr. domest., p. 567, Nuovo bull., 1915, p. 106). ;
VIRGO XPI en Espagne, en 588 (Huebner, Inser. Hisp. christ., n. 21).
SACRATA D(e)O., sans le mot virgo, Verceil, en 471 (Bruzza, Iser. di Vercelli, p. 268).
SANCTIMONIALIS (Le Blant, Inser. chrét., n. 29 a, 468, 676 ; Nouv. recueil, n. 5, 121 a ; Corp. inser. lat., RELIGIOSA, en Gaule, en 511,520,524, 540 (Le Blant, Inser. chrét., n. 387 a, 435, 663, 688 ; Nouv. rec., n. 442).
| Famula, etc., etc.
G. TITRES DU CULTE. — Dès ses origines, l'Eglise
| se plut à rendre hommage à ceux de ses enfants qui s'illustraient par la prati que des vertus chrétiennes : beaucoup se conduisirent en héros et répandirent leur sang en témoignage de leur foi dans le Christ, ils furent, au vrai sens du mot, des « témoins » et ils en gardèrent le titre. En grec, paptop a un sens plus large ou, si l’on veut, moins précis, il évo que comme en latin, de l'idée de violence et de mort. Le martyr fut une notion nouvelle et un terme nouveau dans cette langue qui, avant le christianisme, n'avait ja mais été dans le cas de rechercher un mot qui désignât ceux qui souffraient et mouraient pour leur ; les païens n'allaient pas à cet excès, ni le mot ni le geste n’existaient pour eux. Nous aurons bientôt l'occasion d'étudier le mot « Martyr », disons seulement ici que pour les deux premiers sièc les nous ne conservons auc une épitaphe portant ce titre qui est encore rare au mê siècle. Le plus ancien exemple épigraphi que est celui du pape Pontien, en 238, qui, | comme le pape Fabien, en 253, porte le titre de martyr DP 1Il-IDVS-SEPTEBR fs
MARTYR |
On en peut rapprocher l'épitaphe peinte de Vericundus, encore en place au cimetière de Priscille ;
VII, — 25
171 ce nom est coupé en deux parties éga les par la lettre M barrée qui signifie « martyr » : un autre exemple est celui que rapporte Bosio, qui fut tracé à la pointe sur la ch aux VLVASIO MARTYRI. Ni Vericundus, ni UÜluasius ne sont connus par les martyrologes.
A partir du Ivè siècle le titre de martyr devient fréquent sur les marbres destinés à commémorer les victimes des persécutions, nous aurons l'occasion d'y revenir, inscription de Parenzo, du Ve, qui parle du Au contraire, beatus, beatissimus n'est pas un titre 77218 de sainteté, encore qu'il soit appliqué souvent à des saints pour rehausser leur nom comme dans cette. inscription du pape Damase :
MARTYRES commémorés (Corp. inser. lat., t. vim, n. 19102, 21517 ; P. Gauckler, Bull. du Comité, 1903, p : 416-418). Ce superlatif n’ajoute rien, semble-t-il, « à l'importance de l'hommage et ne se mesure pas à la célébrité du martyr puis que nous trouvons le“ positif employé pour saint Jean l'évangéliste et « saint Jean-Baptiste, en 461-468, au baptistère de | Saint-Jean-de-Latran ; saint Paul et saint Pierre prendrait cependant une idée bien peu exacte de cette société disparue, tellement il serait permis de ` croire que tous ces défunts possédaient d’incompara- « | b les vertus, d’éminentes qualités, qu'ils ont été pro- ` digues de bonnes actions envers leurs contemporains et que les survivants ont eu peine à exprimer leur « tendresse, leur reconnaissance, leur fidélité envers eux. En réalité, il n’en était pas tout à fait ainsi, \ mais le genre était donné et on s'y conformait sans y regarder de trop près, une louange valait une autre, « On trouve beaucoup plus fréquemment des éloges qui n’engagent en auc une manière l'hommage liturgi que, ils n’en disent pas plus que nous-mêmes | lors que nous disons d’un défunt : C'était un -sairt homme ; par exemple lors que nous lisons : SANCTA CONIVX à Rome, en 397 (De Rossi, Le mot memoriæ suivi du nom du défunt au génitif est fréquent en Afri que (Corp. inser. lat, t. vu, n. 8641, 8643, 8646), parfois on y ajoute un quali- ~ ficatif comme memeriæ bonæ que nous rencontrons à Rome, pour la première fois, en 343 (De Rossi, ~ Inscr. chrisl., ©. 1, n. 72), ou bien encore : EMINENT TISSIMAE (Corp. inser. lal., t. vi, n. 31953) ; M. T BEATAE ou ETERNAE, en Gaule (Le Blant, Inser. T christ., n. 7, 392).
Le terme benemerenti se lit à Rome en 338 pour tiendra ja mais la même vogue, mais ils sont beau- coup plus anciens car on les lit tous les deux sur les épitaphes de la région la plus ancienne du cimetière de $ a ATN = drons (voir LOUANGE CHRÉTIENNE) de même que nous renvoyons å ce que nous avons rassemblé de | sentir quelques traits plus personnel, nous y revientémoignages des sentiments d'affection (voir BONTÉ CHRÉTIENNE, . 11). a) L'äme et le corps. — Nous trouvons les mots spiritus (ou ispiritus), anima et corpus. t. vin, n. 8191) ; à Ficulea, SANCTO HISPIRITO | Quant à l'expression des louanges où se laissent | n, 31) ; [Ac] OVISITVS IN Place] (Bull. dell.
| à Salone, en 375 (Corp. inser. lat., t. n, n. 9506).
EVOCATVS A DOMINO, à Avellino ; en 591 (Corp. inser, lat., t. x, n. 1192) ; EXCESSIT, en 409 (Nuovo C EENE PA jen moe — z
XE RES
Baat m ii n ee a e a g e 119 Acta S. Victorini, p. 129) ; E. DE CO[r]P[o]RE (Corp. | inser. lal., t. vin, n. 2189).
RECESSIT, formule très souvent employée et simIN PACE (Nuovo plifiée en R, dès 290 (De Rossi, Inser. christ., t. I, | n. 312) ;
| (Notizie d. RTE 1907, p. 703) ; R. IN ALBIS (Le , n. 107) ; IIT AD DEVM, en 359 | | 9072, f. 412) ;
| À. DE HAC VITA (Corp. | R. DOLO SVO, en 400 (De Rosi SEAR ET, na) MORTVVS | | 477 b) ; T. IN PACE, en Gaule, en 508 de n. 434) ; K | qu'on précise dans le détail.
Gaule, en 347, 470, 489 (Le Blant, Inser. chrét, n. 596, 79, 548).
TRADIDIT ANIMAM [s]VAM DEO ET XPO EIVS. raient l'instant de la mort comme funeste entre tous, aussi s'abstenait-on le plus souvent d'en faire la. mention précise sur les épitaphes ! ; pour les chrétiens, cet instant marquait celui de la possession del Dieu, aussi le mentionnaient-ils avec une sorte de fer4 veur ; cependant, dans le plus grand nombre de cas, c'est Jà depositio, c'est-à-dire le jour de l’inhumation. plutôt que le jour de la mort qu’on mentionne et DEC fessit) X KAL. AVG. MAXfimo) ET VRB- | + 1 Voir la date et l'heure de la mort sur une inscription | : paienne au mot HEURE.
D. P., en 290 ; DEP, en 291 ; DEPT, en 330 ; DEPOSITIO, en 336 ; DEPOSITVS, en 338 (De Rossi, inser. F chrisi., t. 1, n : 15, 17, 37, 45, 49).
Eo DEPOSITVS IN PACE est trop fréquent pour | vatic. sc : 34) ; DEPOSVIT ALBAS SVAS AD > SEPVLCRVM, en 463 (De Rossi, Inser. christ., tr n. 810).
= DEPOSITIO suivi du nom du défunt au génitif ;
Tà Chiusi, en 290 (Corp. inser. lat., t. xi, n. 2573) ; en. Rignano, 345-383 (Corp. inser. lat., t. x1, n. 4034bn : 9513, 9520).
La depositio est parfois accompagnée du jour de | K Quelquefois, on mentionne le jour de la mort et le jour de la déposition, à un jour de différence : T RECESSIT DIE MERCVRIS ORA VIII ET DEPOÆ SITA DIE IOVIS, en 452 (De Rossi, Inser : christ.,
© TVM FECIT DIE VIIII KALDS DECEMBRES. DEPO- |
[ (Nuovo bull, 1898, p. 233) :.HORA SEROTINA | (Nuovo bull., 1898, p. 233) ;...HORA DIEF{) PRIMA, | t.r n. 754) ; à deux jours de différence : DECESSIT | TVMVLATI SVNT, en 442 (De Rossi, Inser. christ., t I ; n 710) :
FECIT CVRAM CORPORI BENE (De Rossi, Bull., 1873, p. 134).
CVRAM CORPORI EGIT ; C. C. EROGAVIT (De Rossi, Bull., 1873, p. 134 : 1892, p. 61).
CONDITVS IN SARCOPHAGO, Rome, en 345 (De Rossi, Inser. christ, t. 1, n. 1130). e) Le repos de la tombe. — Quelques expressions | peu variées reviennent :
HIC IACET, PAVSAT QVIESCIT, REQVIESCIT SITVS EST. (Voir Dictionn., t. vi, au mot Hic.) lieu du Me l'indication du jour au génitif pré| (Corp. inser. lat., t : x, n. 4493 a), à Chiusi, en 493 RL p ae
RES
472 (De Rossi, Inser. christ., n. 847) ; à Tortone, en | Dès la première moitié du rv° siècle on commence à se libérer de la complication de l'ancien calendrier Les jours de la semaine (voir au mot Jours) sont tous attestés, comme nous le verrons, par des textes épigraphiques.
L. NUMÉRATION. — Voir CHIFFRES ét EPISEMON BEAU.
M. DATE. — Le plus grand nombre des ins-
criptions ne porte auc une date. Parmi cel les qui nous apprennent l'épo que où el les furent gravées, divers systèmes sont suivis, La date mentionnée fait allusion à un personnage ou à un événement histori que, ou bien c'est une indication chronologi que d'après une supputation connue. Dans l'Empire | romain le mode le plus fréquemment employé est la date consulaire, ou bien le renvoi à une ère provinciale ou locale, comme en Maurétanie ou en Espagne ; enfin, on trouve le renvoi aux années de règne d'un prince. témoignage d'une adhésion au droit du pape Libère ; | SVB DAMASO EPISCO[po] (ann. 366-384) (Marucchi, Mus. Pio-Later., pl. im, n. 7). Dès la seconde | Grotta ferrata, SFORTVNATO EPISC/opo) (De | | Inser. christ., t. n n. 493). n'est pas avant le | IVe que nous voyons prendre le pontificat d'un | pape comme point de repère chronologi que, par SANCTI INNOCENTII EPISCOPI (ann. 402-417 ji (De Rossi, Bull., 1877, p. 10), et encore au vue siècle 1864, p. 16). ;
EE on a daté un fait d’ « après la magistrature civile d'un personnage non consulaire, par. exemple : LOILO CORRECTORE PROVINCIAE (Siciliae), ou bien SVB PRAEFECTVRA. | (Corp. inser. lal., t. x, n. 7112 ; De Rossi, Inser. christ., L e a 1503). Il faut signaler éncoré, comme uni que, une inscription sur laquelle on lit : ONIS ANNO SCVL, que Marini interprète avec autantd'ingé- = » niosité que de vraisemblance : Sfiliconis anno sætulari, c'est-à-dire lan 400 de notre ère (De Rossi, | 2. Date consulaire. — Dans l'épigraphie chrétienne, la date consulaire fait son apparition à partir. du it siècle ; déjà assez fréquemment employée pendant la première moitié du 1ve siècle, elle devient comm une aux vè et vit sièc les.
En 1861, quand J.-B. de Rossi publia ses Inserip= tiones christianæ urbis Romæ, il n’atteignait pas au, nombre de quatorze cents ; en 1877, il disait avoir accru ce chiffre d'une centaine ? et, en 1894, d'une cinquantaine encore. Depuis lors, en 1919, on a pu. atteindre le chiffre de dix-sept cents. Si on y ajoute trois cent cinquante environ pour le reste de l'Italie, cent cinquante pour la Gaule, quelques centaines po l'Afri que, l'Espagne et la Germanie on arrive à un total de deux mille cinq cents environ.
« C. Fréquent au ve et au vit siècle, CONSL. CONL, CSL, en 519, 534, 542, 565. E : b) On rencontre moins souvent et plus tardiveM ment le mot consulatu suivi du nom du consul au génitif et, par erreur, à l’ablatif, avec les sig les VC ou VV-CC : à c) On rencontre Post consulatum suivi des noms les consuls au génitif ou à l’ablatif, pour la première … fois en 307, fréquent au ve, très fréquent au vresiècle. | Les sig les employés sont : POST. CONS, CON, COL, l NS, CONSS, POS. CONS ; PCS ; P :C. d) Primitivement les consuls ne portent aucun ~ titre honorifi que, plus tard, ils prennent toute la E gamme des VV-CC. (viri clarissimi) ; ILL (viri illustres) ; AAGG ou AAVVGG faugusli) ; DD.NN “à (domini nostri). e) Sur les inscriptions chrétiennes on ne trouve E ja mais ou pres que ja mais les iria nomina des consuls, | rarement le nomen et le cognomen, couramment le cognomen, soit en entier, soit abrégé.
TIBERIANO Il ET DIONI COSS, en 291 (ibid, = En Espagne, mention des règnes de Veremond, en 485 (Inser. Hisp. christ, n. 135) ; d'Athanagild, | 512, 526 (Le Blant, Inser. chrét., n. 570, 566) ; de | Jè tection égale. Seule entre toutes les lois barbares, | les temps vont changer,. pa En 534, les enfants de Clovis envahissent la Bour- “. gogne et la subjuguent. Mais la conquête ne détruit = pas chez elle une apparence d'autonomie qui doit bientôt servir la politi que perfide de ses vainqueurs, sont d'accord avec leurs protestations écrites, mais en leur permettant de désavouer les actes accomplis par leurs ordres. Si les Bourguignons leur payent tribut, s'ils leur fournissent un contingent de troupes, ils peuvent, du moins, passer à leurs propres veux, à ceux des autres peup les, pour une nation libre et se gouvernant elle-même d'après ses coutumes et sa loi. A côté de leurs privilèges que l’on mentionne | encore au viré et au 1x° sièc les, ils gardent, même après la conquête et soixante-trois ans de plus qu'aucun autre peuple du monde ancien, leur vieil usage de dater par les consuls, dont ils associent en dernier - lieu les noms à ceux des rois. Leurs nouve aux maîtres cependant suivent un autre système. Ainsi, d'après | la carte, d'après l'histoire de la plus grande partie | de la Gaule au VIe, la date par les consuls re- | présenterait la soumission à l'Empire, la date par les rois impliquerait déclaration d'indépendance.
Les monuments des Wisigoths vont nous le montrer plus nettement encore par l'inconstance même de leur système chronologi que.
Au temps de la domination romaine, les noms des consuls se lisent sur les marbres de la Ile Aquitaine, de la If Narbonnaise et de la Novempopulanie ; mais, dès l'avènement d'Alaric II (484 à 507), la mention des années de son règne y figure seule C'est le fait d’un prince indépendant et tenant son royaume proprio jure, comme le dit Jordanès. Il est, comme l’a été son père, législateur en même temps que soldat, maitre des Romains et des barbares qui vivent sous son sceptre, et veut constituer fortement la nationalité wisigothi que.
Jus que-là, donc, rien d'inattendu à juger par ce que nous apprend la différence des dates usitées chez les Francs et les Bourguignons, et le système opposé de ces barbares ; mais une inscription découverte :à Narbonne mar que l'an 527 par le nom du consul d'Occident, Mavortius. Les Wisigoths sont et demeurent cependant les maîtres du pays ; pour| quoi donc cette prétérition du nom d’Amalarie, le roi d'alors, et dont le prédécesseur, le successeur suivent un autre système ? Pour quoi, au delà des limites romaines, cette date par un consul romain ? Rien de plus utile, dans ces matières, que d'apparentes anomalies qui forcent à la recherche ; nous leur devons -de mieux comprendre le caractère de la capitulation signée, en 534, entre les Bourguignons et leurs vainqueurs ; el les nous apporteront encore d'autres renseignements.
En 511, Amalaric, devenu par la mort de Gésalic, son frère, seul roi des Wisigoths, exerce un pouvoir tout nominal. Le grand Théodoric, son aïeul, qui l'a sauvé d'un rival dangereux, gouverne de fait sous son nom, et les coutumes romaines, que le prince ostrogoth tient à honneur de faire revivre, deviennent la loi du sol wisigothique. Jusqu'en 526, une date consulaire, dans les possessions d'Amalaric, n'aurait donc rien qui pût surprendre ; mais l'épitaphe de Narbonne appartient au 1er juillet 527 et le vieux roi était mort le 30 août 526. N'y a-t-il point là difficulté nouvelle, et ne doit-on pas penser que le prince wisigoth aura, dès le décès de son aïeul, voulu reprendre, dans toute son étendue, une liberté d’action entravée par l'existence de Théodoric ? Procope atteste le contraire. En mourant, le maître de Rome laissa l'Italie à un autre de ses petits-fils, Athalaric, et le roi wisigoth, peu rassuré sur les visées des Francs, se hâta de conclure avec le nouveau prince un traité d'amitié et d'alliance. Ce fut là, semble-t-il, le premier acte de son indépendance recouvrée. Amalaric, effacé par son aïeul, n'a donc point cessé, quand mourut celui-ci, de promulguer dans son propre royaume, les noms des consuls d'Occident. Ainsi faisaient les Bourguignons dans leur respect pour le vieil empire, et le même fait semble avoir eu, chez les deux peuples, une même cause.
Avec Amalaric devait disparaître une marque tout éphémère de la puissance romaine. Son successeur, Theudis, dont se défiait avec tant de raison Théodoric, date de nouveau du nom royal les monuments de la Wisigothie. En 541, un marbre de Narbonne, marqué de la dixième année de son règne, renoue la chaîne interrompue de la chronologie locale, et montre ainsi ce que Rome a perdu d'influence et de prestige sous les faibles successeurs du grand Théodoric.
On voit, par cet exemple, ce qu'une date consulaire ou royale peut renfermer de renseignements pour l'histoire.
Dates exceptionnelles. — Ces sortes de mentions ne sont pas seulement des curiosités, et elles peuvent nous faire connaître tel usage dont il ne subsiste pas d'autre trace. Ainsi en Afrique nous trouvons une inscription portant la date consulaire, l'ère provinciale et une troisième mention : post mortem Domini !, IN HOG LOCO SANCTO DEPOSI TAE SVNT RELIQVIAE SANCTI LAVRENTI MARTIRIS DIE III MN AVG CONS HERCVLANI VC DIE DOMN DEDICANTE LAVRENTIO VVS P MOR DOM AN P CCCCXIII. AMEN A Hippone, sur une épitaphe on lit la mention unique d'une ère de Carthage : ANNO XXHII KARTAGINIS. Cette ère commençait en 534, date de la conquête de l'Afrique par les Byzantins, ce qui reporte l'inscription d'Hippone à 557-558.
Plus curieuse encore est une inscription de Milan sur laquelle on lit ECCLESIAE CATHOLICAE ANNO CENTESIMO QVARTO (Corp. inser. lal., t. v, n. 6189), il est probable qu'il faut lire : in pace ecclesiae ete., en sorte que cette épitaphe nous fait simplement connaître un vieillard âgé de cent quatre ans.
Roma sott., ni spt n p 2180 | surabondamment le parti qu'on en doit tirer pour « | l'histoire des institutions, et des faits particuliers. M G, 1, 2). « Or il arriva, en ces jours-là, qu'il sortit # AO jus ; cr POSITVS EST AD SANCTOS (voir Dictionn., t. ER ad | mot AD SANCTOS). # 9. Voisinage de la tombe des parents. — IVXTA À VXOREM SVAM (Mai, Script. veter. nova coll., t. ` Re | d. 386) ; SVPER CONIVGE SVA(MSs. Vatic. 9073, 1.678) = SVPRA PARENTES SVOS (Bosio, Roma sott., p. 437) ; pa ET MATREM (De Rossi, Bull., 1888, | Nous ne pouvons songer à entamer ici l'examen de « = tous les faits historiques auxquels l'épigraphie = apporte un trait de lumière, nous nous bornerons à M quelques-uns d'une importance particulière. E A. Les inscriptions et le Nouveau Testament — Le rôle des inscriptions dans le commentaire d'un Nouveau Testament est des plus utiles pour l'éclaircissement de quelques problèmes historiques.
a. Le recensement de Quirinus. — On lit dans saint Luc ce passage : yévero è èv taig pépa A Éxelvarc ÉnA0ev Géo Tab Kaloapoc Ayoioron A äroypapeohat FT ou TV CEXOUUÉENV » üT ÉTOYERPN ` TÉGTN ÉVÉVETO HYEHLOVEUOVTO6 rc Evolag Kupnvtou celui qui eut lieu Quirinius étant gouverneur de | ie. » = De ce texte se dégagent trois affirmations portant | sur des faits : 1° Un ordre d'Auguste entraîna un | “recensement général de l'empire ; 2° ce recensement fut exécuté en Judée avant la mort d'Hérode et à l'époque corrélativement avec la naissance du Christ ; Quirinius était légat de Syrie au moment où eurent lieu les opérations de ce recensement. - Peut-on soutenir qu'Auguste a fait exécuter un recensement général et simultané de l'empire ? Assurément, et on n’ y a pas manqué, mais le succès n'a pas toujours répondu à l'effort. Si on prend la question autrement, on reconnaîtra qu'il est avéré que d'Auguste a tenté plusieurs recensements partiels, et que ces recensements ont été faits dans des provinces importantes et qu’on a dû lui attribuer le dessein de recenser son empire. Qu'il y ait eu un décret unique et des opérations en tous lieux procédant de ce décret, on ne l'affirme pas, mais ce qu'on soutient manifesté par trois recensements officiels du peuple romain.
À Il commença par les Gaules, en l'an 27 avant notre ère, ce qui provoqua des troubles qui ne s'apaisèrent qu’en l'an 12 avant J.-C., lors de la campagne de Drusus en Germanie *, Bien plus, Claude, s'adressant aux Gaulois, semble parler du recensement — après quinze années — comme d'une chose à laquelle ils n'étaient pas encore accoutumés 5 :
SVBICENTI ;
c'est que l'intention d'Auguste a été suffisamment | officier inférieur employé aux opérations du recensement * :
COHORT-II-CLASSICAE -IDEM IVSSV-QOVIRINI-ICENSVM-EGI 40 APAMI/ENAE-CIVITATIS-MIL
LIVM-HOMINI-CIVIVM-CXVII IDEM-MISSV - QVIRINIADVERSVS ITVRAEOS -IN-LIBANO - MONTE - CASTELLVM-EORVM-CEPI ET-ANTE 15 MILITIEM-PRAEFECT-FABRVMDELATVS -A-DVOBVS-COS-AD-AE RARIVM ET - IN COLONIA - OVAESTOR-AEDIL-ÎT-DVVMVIR, it
A) IBI-POSITI-SVNT-O-AEMILIVS-Q-F-PAL SECVNDVS-F-ET-AEMILIA-CHIA-LIB H-MAMPLIYS - H - N = 5 -
¿n Q. Aemilius Q. F. Pal. Secundus [in] castris divi Aug. S[ub] P. Sulpifclio Quirinio le[gato] C [a ]- esaris Syriae honoribus decoratus, pr [a Jejeci. cohort. Aug. I, pral]efect. cohort. II Classicae ; idem jussu Quirini censum egi Apamenae civitatis millium homin. civium CXVII ; idem missu Quirini adversus [turaeos in Libano. monte castellum eorum cepi ; et anie miliD : TITERVNT - ET - QVIDEM - CVM - ADCENSVS - NOVO. TVMOPERE ET-IN-AD-SVE # TO - GALLIS - AD - BELLVM - AVOCATVS - ESSET - QVOD-OPVS - QVAM -> AR = « Ils ont procuré à mon père Drusus, en se tenant “en repos pendant qu'il était occupé à soumettre la | Germanie, une tranquillité parfaite et assurée sur ses 3 derrières ; et cela, alors que ce qui l’occupait quand sil dut partir pour la guerre, c'était le cens, opération - nouvelle alors et à laquelle les Gaulois n'étaient pas … accoutumés. Nous savons nous-mêmes, maintenant encore, après une expérience prolongée, combien ~ elle nous est pénible, quoiqu'on n’exige rien de plus ~ de nous que de faire connaître publiquement ce que _ nous possédons. » … En l'an 14 après J.-C. i d'Auguste, nouveau recensement en Gaule +.
~ pagne qu'en le réservant comme douteux 5. T À la Gaule, les papyrus permettent d'ajouter » l'Égypte. Faut-il aussi ajouter la Syrie ? Josèphe semble autoriser cette conjoncture quant il écrit ~ qu'après la déposition ! d'Archélaüs, Quirinius fut = chargé du recensement de la Judée, dès lors annexée … à la Syrie *. Que ces opérations se fussent étendues … à toute là Syrie, Josèphe le donnait à entendre ? et T on ne peut plus contester aujour d'hui l'authenticité T de l'inscription de Beyrouth (dont l'original a été … retrouvé à Venise) et qui rappelle la mémoire d’un l'année même de la mort | On ne saurait mentionner un recensement en Es- | tiem praefecti. fabrum delatus a duobus cos. ad aerarium, et in colonia quaestor. aedil II, duurmvir 11, pon| tijexs, Ibi posili sunt Q. Aemilius Q. F. Pal. Secundus j. et Aemilia Chia lib. H. m. amplicus h. n. 8.
On doit observer que le recensement qui coïncide avec la naissance du Christ n’a laissé aucune trace dans le testament d'Ancyre, qui ménumère que trois census (28 et 8 av. J.-C., 14 apr. J.-G.). Toutefois à défaut de ce monument, dont le témoignage eût été décisif, on peut produire un texte de Dion ainsi conçu : èv & 8’ obv éxetva éyryvero, ó Abyovoroc éroypapée TE érothouro, TANTE TA DTA PAOVTÉ ol xaldrep TL lôuorne droypabguevog, xal thv GouANV xaæTEAÉEato’ « Pendant que cela se passait (an 11 ou 10 av. J.-C.), Auguste fit le recensement, recensant tout ce dont il avait la disposition, comme un particulier quelconque, et il fit le triage du Sénat. » Or, Dion décrivant les pouvoirs impériaux, rapproche le droit de faire le cens de la leclio senatus M, et on sait par le testament d’Ancyre que chacun des trois | recensements du peuple romain fut accompagné de la leclio senatus. Pour le recensement de 28 av. J.-C., Dion offre toujours la même connexion entre les recensements officiels et les remaniements du Sénat 11, Il est remarquable que l’opération assignée à l'an Ca En LE irh i arsaa a S u EE err ee)
RER -
11-10 par Dion, coïncide exactement avec la date à laquelle les papyrus égyptiens nous reportent. Cette opération d'inventaire général rappelée par Dion Cassius n'est-elle pas la même dont faisait | mention le Breviarium dont Tacite indi que en ces termes le contenu : Opes publicae continebantur ; quantum civium sociorum que in armis ; quoi. classes, regna, provinciae tributa aut vectigalia el necessilates ac largiliones 1 On ne peut nier qu'Auguste ait fait le recensement des provinces, du moins des provinces impériales, et ces mesures se rattachaient à un plan que Luc pouvait bien nommer un décret, óyux.
Comment s'est-il opéré, nous ne saurions le dire et, d’ailleurs, ce point est étranger à notre dessein qui est, maintenant, de déterminer la relation qui existe entre ce recensement et le personnage de Quirinius *.
Tandis que les uns soutiennent que Luc parle d'un premier recensement, vers l'an 750 de Rome, exécuté pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie, les autres imputent à Luc d'avoir antidaté de dix ans nius n'est pas contestable. La première a été déduite | nage à qui le monument était dédié. Cependant l'attri| Julio, præfecto fabrum, pontifici, sacerdoti, praefecto F recensement de Quirinius en l'an 6 après J.-C. L'an chronisme reposait sur ce fait historiquement ce tain de la légation de Quirinius en Syrie à partir de. l'an 6 de notre ère. Mais la double légation de oniri 4 par Mommsen d'une phrase de Tacite. La seconde est clairement affirmée par Josèphe L'accord entre. les deux est fourni par l'inscription de Tibur, dont o t peut dire qu'elle prouve la première légation absolument, mais dont l'application la plus naturelle est t qu'elle donne deux légations de Syrie à un personnage qui paraît bien être Quirinius. Ainsi Luc se trouve disculpé et la sûreté de son information établie u > fois de plus. De la pierre, il ne reste que la moitié é inférieure, et la cassure a emporté le nom du personbution å P. Sulpicius Quirinius a réuni pres que tous les suffrages. Voici le texte rétabli conjecturalement par Mommsen * : A [P, Sulpicius P. f. Quirinius cos... ; proconsul [Cretam el Cyrenas provinciam optfinuit,3 Me [legatus pr. pr. divi Augusti Syriam et Phœnicen « [optinens bellum gessit cum gente Homonadensium [guae interfecerat Amynlam. r]EGEM :-QVA ; REDACTA - INPOT[esiatem imp. Caesaris) Ave : POPVLIQUE-ROMANI-SENATVIS dis immortali bus] | SVPPLICATIONES - BINAS - OB - RES - PROSP{ere gestas el]. IPSIORNAMENTA - TRIVMPH[alia decrevit | PRO-CONSVL-ASIAM-PROVINCIAM-OPtinuit ; legatus pr. pr] DIVI.AVGVSTI-[i]TERVM : SYRIAM - ET - PHoenicen optinuit M Le grand intérêt de ce texte réside spécialement dans la dernière ligne, où il est dit du titulaire de la dédicace : legatus pr. pr. divi Augusti iterum Syriam et Phœnicen optinuil. Cette « seconde » légation en Syrie est celle de l'an 6 de notre ère ; quant à la pre mière, dont l'existence peut se prouver par des com binaisons historiques indépendantes de l'inscription M de Tibur et que celle-ci vient corroborer, cette première légation peut être assez facilement localisée ; elle n’a pu avoir lieu avant l'été de 750, car Quirinius | Varus (6-4 av. J.-C.) eut à dompter l'agitation qui éclata après la mort d'Hérode, mais elle a pu trouver place aussitôt après. 1 Or une inscription a été trouvée en 1912 à Antioche de Pisidie 1 : 1 CCARISTA [nio C-F-SER-FRONT [oni CAESIO IVLI [o PRAEF - FAB - PONT :
Caio Caristanio Caii Filio Sergiæ Frontoni Cæsio P. Sulpici Quirini duumviri, præfecto M. Servili Huic primo omnium publice decurionum decreto statua \ posila est. P Il s'agit de la base d'une statue élevée par décret \ lés décurions au nom de la colonie d'Antioche de Pisidie à C. Caristanius, fils de Caïus, de la tribu | Sergia. C. Caristanius fut préfet de P. Sulpicius pure lequel est qualifié ici de duumwir 1. Il ut aussi préfet de M. Servilius dont le nom, dans cette le | | nouvelle aacription ne saurait contribuer en rien à E : E : uit que Mommsen et Schürer la placent de 3 à 2 avant | J.-C., il semble qu'il faille maintenir cette date. La | rinius qu'après son consulat (12 av. | dant les années suivantes, nous trouvons, à la tête | de la province de Syrie, d’abord M. Titius aux envi- | rons de l’an 10 ; puis C. Sentius Saturninus, de 9 à 6, € et F. Quintilius Varus, de 6 à 4. Ce dernier était encore en charge à la mort d'Hérode ł, si bien que Mu la première légation syrienne E Quirinius ne peut | avoir commencé avant lan 3 av. J.-C. Ainsi en admet- [{ tant que Jésus naquit au cours de la première léga- » tion de Quirinius, nous n'arriverions qu'à diminuer l'erreur, sans la faire disparaître. Si Jésus est né alors Mn que Quirinius était déjà en charge, Hérode était déjà mort ; si Hérode n'était pas encore mort, comment … peut-on nous parler de Quirinius ? On ne peut — échapper à ce dilemme qu'en disant que les opérations ~ du recensement se sont prolongées pendant plus d'une ~ année ; commencées en l'an 4 av. J.-C., ou même plus - tôt, el les amenèrent Joseph et Marie à Bethléem et ~ Jésus naquit avant la mort d'Hérode ; poursuivies = et achevées sous Quirinius, on s'expli que sans peine [{ qu'el les aient gardé le nom du gouverneur à qui il [| fut donné de clore les listes et de proclamer les résulm tats Il subsiste une difficulté à concilier Luc avec T l'histoire 5. E II. LYSANIAS, TÉTRARQUE D'ABILÈNE. — Le syn- ~ chronisme qui ouvre le chapitre m de l'évangile de Fa saint Luc reçoit des inscriptions une confirmation T éclatante. Pour dater la mission de Jean le Baptiste ~ etle début de la vie publi que de Jésus, saint Luc a Ea _prodigué les précisions chronologiques. Voici ses ~ paro les : Ev Erter Sè Ts hyspoviag E - Tibepiov Kæioapog, fyepovebovtog Iovriov [liadrovu E This “Lovôaiac xal TETPAXPYOÙTOG Tig TahAxiac E “Hpcôov, are ÔÈ To dôehgob aùTob TerpxE aprobtoc The Iroupaiac xal Tpaxoviriôoc XOPUG, E kæli Avouviov TiS A ane TetexxpyouvTroc. « En l'an quinzième du gouvernement de Tibère César, Fonce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrar que de la Galilée, Philippe, son frère, tétrar que de l'Iturée et du pays Trachonite et Lysanias tétrar que de J'Abilène…. » (11, 1). pi I y a ici une question de chronologie qui commande | la question d'épigraphie. Auguste mourut le 19 août ~ 14 après J.-C. La quinzième année naturelle du =~ règne de Tibère va donc du 19 août 28 au 18 août ~ 29 apr. J.-C. (soit 781-782 de Rome). Jésus étant né au plus tard en 749 de Rome, aurait donc eu environ … trente-deux ans lors de son baptême ; mais comme Luc parle d’ « environ trente ans » (nr, 23), la date 28 à 29 a paru trop tardive et certains ont fait commencer le règne de Tibère au moment où Auguste l’associa au gouvernement : 11 ou 12 apr. J.-C. (764 ou 165). Toutefois Tibère ne régna vraiment qu'après la mort d'Auguste et il n’en prit le titre qu'après ce Syrie, province consulaire ne put être confiée à Qui- | J.-C.) ; or, penprobabilité — * E. Schürer, | 790 moment, mais un doute subsiste sur la manière de | calculer les années de règne, Les années romaines sont réglées par les noms des consuls ; les années impéria les par les puissan ces tribunitiennes, mais il demeure douteux si en Occident on faisait commencer les années de règne au 1° janvier en comptant la fraction d'année écoulée depuis l'avènement jusqu'au der janvier pour une année entière, ou bien si cette fraction était laissée de côté. En Orient, ét spécialement en Syrie, on comptait probablement comme première année de règne le temps écoulé depuis l'’avènement au pouvoir jusqu'au 1% octobre suivant. Si Luc a compté de cette manière, qui était celle de son pays, la deuxième année de Tibère a commencé le 1er octobre 14 et la quinzième le 1° octobre 27.
Le 1% octobre 27 donc, un certain Lysanias était tétrar que de l’Abilène au dire de Luc. Or, ses contradicteurs ont souténu que Luc faisait régner, trente ans après la naissance du Christ, un Lysanias mis à mort trente ans avant cette naissance. L'erreur était grave, seulement elle était le fait des critiques et non de l'historien. Abila, aujour d'hui Soug wadi Barada est située sur la pente est de l’Antiliban, sur la route et la voie ferrée qui conduit à Damas en | venant de Beyrouth. Il est probable que cette région a appartenu au grand royaume ituréen, mis en piè ces au temps où nous sommes ét un de ses débris constituait une tétrarchie. En l'an 37, dès son avénement | à l'empire, Caligula donna cette tétrarchie, nommée précisément de Lysanias, à son ami Agrippa I« , donation confirmée et agrandie par Claude, en 41 : 'AGi hav Thy Avoaviou xal ónógax iv tõ Aavo öper. Comme Flav. Josèphe ne connaît qu'un Lysanias, celui qu'Antoine fit périr, en 34 av. J.-G., à l'instigation de Cléopâtre *, on en concluait que c'était à ce personnage que l’Abilène devait son nom de « tétrarchie de Lysanias ». Cette hypothèse — fondée comme bien d'autres sur l'inerrance présumée de Josèphe — est renversée par le texte d'une inscription trouvée, en 1737, par Fococke dans les ruines d'Abila, inscription qui constate l'existence d'un tétrar que Lysanias, et qui ne peut être ni antérieure à Tibère, ni postérieure à Caligula $ :
“rép [Fñ] räv Kupiov Delzorőv] o TnP eg xal ro oúu[raævrtog] œüT@v olxou Ný 'PXLOG. Augaviou TeTpdpyou &mehe[VOepoc] Thv 06dv xı loue &ar[pwToy ooav xai] tòv vdv olxolôoulh oas rs mepi « Tov] mureluc récuc ÉpÜ[reucev éx r[é@v livv val Autre.
L'inscription émane d'un certain Nymphaios, | affranchi du tétrar que Lysanias. Les deux Augustes dont elle parle ne peuvent être que Tibère et Livie, celle-ci ne porta le nom d’Augusta qu'entre la mort d'Auguste et la sienne (14 à 29 apr. J.-C.) 1, Nous avons ainsi la preuve épigraphi que de l'existence du tétrar que, contemporain de Tibère et désigné par saint Luc. Ces conclusions sont confirmées par une autre inscription dont on ne possède que des fragments retrouvée à Baalbeck (Héliopolis de Syrie) ?.
… Duyétrp Znvoëwpe Avoaviou Teredpyxov xa Avoavia….… kal Toig Uioic LVMLNS yépiv ÉVOEUQE dvéðnxev.
Une inconnue élève un monument à Zénodore, fils de Lysanias le tétrar que ; à un autre personnage dont le nom commence par Lys... et qui est probablement Lysanias, et à ses enfants. Le nom de Lysanias est incomplet, mais la restitution est considérée comme certaine. L'épigraphie résout donc définitivement le problème des deux Lysanias. Nous pouvons être surpris que ce principicule ait trouvé place dans un synchronisme qui commence par Tibère ; mais il gouvernait un territoire voisin de celui de la Décapole et de Césarée de Philippe qui furent visitées par Jésus ; c'était comme la limite de son activité du côté du Nord, un peu au nord de Sidon. textes épigraphiques, saint Luc doit souhaiter d'y être | soumis. Dans les Actes comme dans son Évangile, les inscriptions apportent la preuve de l'exacte information de l’auteur, la garantie de l'historicité de son récit.
&. Chypre. divisé en provinces impériales et provinces sénatoriales suivant que l'empereur ou le sénat en nommait le gouverneur, Le gouverneur d'une province impériale portait le titre de légat ou de propréteur (légaat ou propréteur) ; celui d'une province sénatoriale recevait le nom de proconsul (proconsul). Cette distinction entraînait une innovation, car, sous la République, les titres de propréteur et de proconsul apprenaient que celui qui en était honoré avait été auparavant préteur ou consul ; sous l'Empire, ils n'apprenaient plus rien sinon la catégorie impériale ou sénatoriale à laquelle la province appartenait. Afin de compliquer cette affaire, il arriva que des provinces furent tour à tour impériale et sénatoriale à de brefs intervalles, tellement qu'il est parfois malaisé d'affirmer, à un moment donné, la condition politique d’une province. Ce fut le cas pour l'Île de Chypre. Strabon, après avoir mentionné le partage des provinces de l'Empire, dit que cette île échut à l'empereur. Son gouverneur n'était donc pas un proconsul, quoi que saint Luc lui attribuât ce titre. Strabon avait dit vrai, mais pour une très courte période, de l'an 27 à l'an 22 av. J.-C. Dion Cassius, nous apprend qu'Auguste échangea alors avec le Sénat Chypre et la Narbonnaise contre la Dalmatie ; il ajoute : xal oÙrec avÜbraror xal ég éxeïvx tà Éûvr répmeo ba Apéavro, « c'est ainsi qu'on commença à envoyer des proconsuls dans ces contrées ». Depuis lors Chypre demeura sous la juridiction des proconsuls au moins pendant tout le règne de Claude (41-54) pendant lequel Paul parcourut l'île. Les inscriptions nous font connaître les noms des gouverneurs en l'an 51 et en l'an 52, ils s'appelaient Q. Julius Cordus et L. Ant. E. Renan, Mémoire sur la dynastie des Lysanias d'Abilène, dans Mém. de l'Acad. des Inscripl, 1870, t. XXVI, p. 68, 69. — Corp. inscr. graec., t. m, n. 4523 ; Inscripliones graecae ad res romanas pertinentes, t. IV. A partir d'Auguste, l'empire fut numismatiquement fait connaître un de leurs collègues sous le règne de Claude : Cominius Proclus &vô (tou). C’est en effet le titre que saint Luc donne à Sergius Paulus. Or, une inscription, découverte à Soloi, sur une base de statue, nous permet de lire une dédicace d’un certain Apollonius, à son père et à sa mère”. Elle est en partie mutilée, mais les mots qui nous importent sont très clairs : H P. Philippes. — Pendant que saint Paul résidait à Troade, il entendit la nuit une voix lui dire : « Venez en Macédoine, secourez-nous ». Il s'embarqua à Troade, cingla vers Samothrace, le lendemain il aborda à Neapolis d'où il gagna Philippes. Luc, parlant de Philippes, s'exprime ainsi sur cette ville : ATLC ÉGTLV TEOT TÄS uepiôoc Maxeovlac ToALc, xokwvie. « Philippes, qui est la première ville de cette partie de la Macédoine [et a le titre de] colonie. » Ici, Philippes était-elle donc la première ville de la province (epte) pour qui venait de l'Ouest, comme venait saint Paul, car Luc nous dit avoir débarqué à Neapolis ? Rien ne saurait être plus exact ; les inscriptions latines retrouvées sur l'emplacement de Néapolis, prouvent clairement que cette localité faisant partie intégrante de la colonie de Philippes, c'en était un vicus, l'Ériveitov. Quant au mot xokwvia dont Luc n'est pas prodigue, il ne saurait être employé mieux. L'an 42, Philippes avait été le théâtre de la victoire d'Antoine et d'Octave ; celui-ci, devenu Auguste, donna à la ville le titre de : Colonia 13 Augusta Julia Philippensium qu'on lit non seulement sur une médaille, au revers de l'effigie de Claude : COL-AVG :[Zul.] PHILIP mais encore sur un fragment d'inscription sur marbre, blanc trouvée à Philippes : | COLO[niae Aug. Tuli- = AE VICT{iricis PhilippE ENSIVM[omni bus MVNER[ibus funclus ITERVMI fla4 MEN -D[ivi Titi Aug. ‘Ta Le mot victrix qui fait difficulté pour Mommsen rappelle la victoire fameuse à laquelle la « colonie s dut son origine. Les villes qui portaient le titre de « colonies » étaient considérées comme une partie de Rome elle-même, aussi leurs habitants faisaient-ils les magistrats de la colonie de Philippes se paraient volontiers de titres romains ; il y avait parmi eux des édiles, des questeurs et un miracle de Paul ayant réveillé le fanatisme, il est appréhendé et traduit avec Silas, son compagnon, sur l'agora, devant les magistrats (èri sos Spyovruc) et on les fait comparaître devant les stratèges (roeooxyxyovtec ÜTOUE M rois ortoatnyols). Ces deux désignations ont toute la précision désirable : le premier titre peut être considéré comme une dénomination générique des hauts fonctionnaires de la cité, le second désigne plus particulièrement les duoviri iure dicundo qui, par office, la juridiction civile et criminelle, dans les limites prévues par la loi. Enfin, une nommée Lydie, marchande de pourpre ; or, on a découvert à Philippes une inscription latine très fruste qui témoigne de ce commerce de la pourpre à Philippes # el A pu) RPVRARI VV N EB ATE *DRE APIZTAPXOY APIZTAPXOY NIKIOY TOY OQEOANPOY TOY EYTYXOY AHMHT{gtoul = 5 TOY ANTIFONOY TAMIOY THE Tloeux] À ETIABONOZ TOY AIONYZOHBANOY( :] AIONYEOAQPOEZ AEKAHTTIOAQP[(ovl] TO TFPAMMATODYAAKION THE TOA[Ew :] En quittant Philippes, Paul y laissait une chrétienne. — De Philippes, Paul et Silas se rendirent par la voie Egnatienne à Thessalonique. — 6. Inscription donnant les noms de cinq poli- | Iotapyovvtov 'Apiotdpyov »Aprorépyou, Nixiou tol Oeoopov, Esvvéou rod Eruiou, Oeoëwpou to Edrüyov, Anurptou toñ Avruyé VOU' Tulou TN LDC ZriAGwvoc To ALovucopävouc« Atovvoóðwpoç »AocxAnrto8Goou TÒ ypauaro QUALALOY TÄS TÖAEWG ô. Corinthe. — A Corinthe, nous savons que, chaque sabbat, Paul discourait dans la synagogue : il semble qu'on ait retrouvé le linteau de la porte d'entrée de cet édifice, il porte l'inscription (voir Dictionn., t. x, fig. 3311) : [Suva] rH EBP[æiov] ! On sait que la chronologie de la vie de saint Paul soulève maintes difficultés. Jusqu'à vers le début de Ce on ne possédait d'autre point d'appui que la date du rappel du procurateur Félix et de l’arrivée à Césarée de son successeur Porcius Festus, Depuis lors, on a découvert dans les ruines de Delphes une lettre de l’empereur Claude qui est datée et qui mentionne Junius Gallion, proconsul de l'Achaïe (voir ce mot), celui-là même devant lequel comparut saint Paul. L'inscription se compose de sept fragments qu'on répartit en deux groupes : A et B. Le groupe A se compose de quatre fragments, le groupe B des trois autres. Le groupement doit être tenu pour certain comme le prouve assez la direction des cassures : mais on ignore l'étendue de la lacune qui sépare les groupes A et B, qui appartiennent sans hésitation possible au même document. Tous les blocs sont du même calcaire gris blanc qu'on extrait des carrières du mont Saint-Elie, à quelques kilomètres à l'ouest de Delphes, et les lettres présentent la même forme. Si, dans les blocs du groupe B, elles semblent plus allongées, il faut attribuer ce fait à l'objectif de l'appareil photographique qui, placé près de la pierre, a grossi sensiblement les premiers plans. Les sept fragments sont entrés au musée de Delphes sous les numéros 3883, 2178, 2271, 4001 (groupe A) ; 728, 500, 2311 (groupe B). Ce qui nous importe ici plus particulièrement c'est que le passage qui concerne la chronologie de saint Paul est bien conservé et très lisible. Le texte, qui était probablement gravé sur les murs du temple d’Apollon, reproduit une lettre de l'empereur Claude à la ville de Delphes. L'empereur y manifeste sa religion pour le sanctuaire du Dieu ; il est même possible qu'il garantisse des privilèges au sanctuaire et à ses vastes dépendances, ou bien, suivant qu'on lit á^ ou màt au début de la troisième ligne, il ne fait que confirmer les privilèges anciens, comme il avait confirmé de nouveau les faveurs accordées aux Juifs d'Alexandrie et à ceux de Jérusalem (voir Dictlionn., t. m, fig. 3312). Quelle que soit la difficulté qu'offre la restitution des détails, deux résultats sont assurés. Premièrement, lors que Claude écrivait sa lettre à la ville de Delphes, Gallion était proconsul d'Achaïe, car la lecture de la ligne 6t ne fait pas de doute : ATOZ [ts ‘Ayatuc] et la mention ‘œævÜiratos ne saurait être rétrospective. En second lieu, la lettre fut écrite après l’époque où Claude avait été salué imperator pour la vingt-sixième fois et avant la vingt-septième salutation impériale : ligne 2 ne peut se rapporter à autre chose. Cette interprétation du chiffre xxvi une fois admise, le synchronisme des dates oblige à suppléer tò 16' (12°) après les mots « puissance tribunitienne » enfin zò €« (5°) après « consul ». Claude a donc écrit à la ville de Delphes la 12° année de sa puissance tribunitienne, alors qu'il avait été consul cinq fois et que le peuple l'avait vingt-six fois acclamé empereur. Reste à préciser l'époque. Nous savons que Claude fut salué vingt-sept fois empereur ; la vingt-septième et dernière salutation est mentionnée deux fois sans date et quatre fois avec une date. D'après l'inscription de l'Aqua Claudia, elle eut lieu dans la 12° année de sa puissance tribunitienne qui court du 25 janvier 52 au 25 janvier 53. Or, il est certain que l'aqueduc fut inauguré le 1er août 52. A cette date, Claude avait donc été acclamé empereur vingt-sept fois et le 1° août 52 est une date extrême en deçà de laquelle on ne peut reculer la lettre écrite par lui à la ville de Delphes. Quelle est, au juste, la date de la vingt-sixième salutation ? Nous venons de voir qu'elle est certainement antérieure au 1er août 52 ; nous savons par ailleurs que, le 25 janvier 51, Claude en était à sa vingt-deuxième salutation impériale ; enfin, nous déduisons d'autres documents épigraphiques que la vingt-sixième salutation, celle qui nous intéresse spécialement, coïncide avec la douzième année de puissance tribunitienne de Claude (du 25 janvier 52 au 24 janvier 53). Il en résulte que cinq salutations impériales (de la vingt-troisième à la vingt-septième) furent décernées à Claude entre le 25 janvier 51 et le 1er août 52. Dès lors, on ne saurait être surpris que du 25 janvier 51 au 1er août 52, Claude ait été salué empereur plusieurs fois ; on peut même regarder comme probable que la vingt-sixième et la vingt-septième acclamations prennent place au début du printemps de l'an 52, après la reprise des campagnes militaires interrompues par la mauvaise saison. Par suite, la lettre de Claude doit avoir été écrite entre le mois d'avril et le 1er août 52.
Gallion était alors proconsul d'Achaïe, or il serait intéressant de déterminer les dates extrêmes de son le chiffre xxvi (xç qu'on lit à la | | proconsul et la comparution de Paul doit probable- … | ment se placer au cours du printemps ou de l'été 54. effet, est | signalée par des avantages notab les sur les Clites | de Cilicie® et sur les Silures de la Bretagne méri- | proconsulat. Nous savons que l'Achaïe, après avoir à été province impériale de l'an 15 à l'an 44, fut, à cet dernière date, cédée au sénat et gouvernée par des proconsuls * dont la charge était annuelle. Il est vrai que parfois et pour des causes particulières, a | même sous Claude, en 44-45, leur fonction se prolongeait pendant deux ans”, Mais c'était une excep | tion, que rien n'autorise à introduire dans le cas particulier qui nous occupe ; cette exception est | d'autant moins probable pour Gallion que le séjou Là A en Grèce lui était funeste. Au rapport de son frère | Sénè que, il contracta en Achaïe une fièvre qu'il attribuait au climat, dont il n’était pas disposé à souffri les rigueursi, En réalité, le gouvernement des proconsuls commençait du jour où ils abordaient dans leurs provin ces : les lettres de Cicéron not s attestent formellement ; comme la plupart de ces magistrats s'attardaient volontiers n'ayant pas de håte à quitter Rome, Claude leur assigna un délai extrême, passé lequel ils devaient tous avoir quitté Rome, ce fut, à partir de l'an 43, avant le milieu, d'avril. Pour des personnages disposant des véhicu les publics, le voyage de Rome à Corinthe ne pouvait” guère prendre plus d'un mois, de sorte que le 15 mai au plus tard, les trouvait à leur poste, Gallion se serait donc trouvé en Achaïe de mai 52 à mai 54. Malgré tout, même en regardant comme établi. que la lettre de Claude à la ville de Delphes fut écrite dans lės sept premiers mois de l'an 52, et que le proconsulat de Gallion n'eut que la longueur normale d’une année, une double cause d'incertitude subsiste : d'abord on ignore en quel mois fut écrite la lettre de Claude à Gallion ; ensuite la rencontre de ce magistrat avec Paul put tomber à un moment quelcon que de son gouvernement. Saint Luc nous dit seulement qu’elle eut lieu sous le proconsulat de Gallion : l'xxMeovos ġvðurdrov éveoc. Cependant il est plus … naturel de penser au début qu'à la fin. Les ennemis de l'apôtre durent mettre à profit l'arrivée d'un nouveau, magistrat pour tenter de le perdre ; et le temps considé- … rable que Paul passa à Corinthe avec l'entrevue et la sentence Iaŭhog Est rpoosueivac fuépuc vds. s'expli que mieux si Gallion était toujours là pour le” protéger, Mais ce n’est rien de plus qu'une conjecture. : En définitive, l'inscription de Delphes nous rend le service de fixer le séjour de Gallion en Achaïe entre mai 51 et mai 53 ; mais toutes les probabilités tendent à réduire son proconsulat entre mai 52 et mai 53. Le séjour de Paul à Corinthe coïncide avec celui du E. Ephèse. — A son retour de Macédoine et J d’Achaïe, Paul passa par Éphèse : il y revint au cours E de sa troisième mission et y fit un séjour de deux ans. Ce fut alors que se produisit l'incident raconté au chapitre xix des Actes, la sédition des « argentiers 1. (voir Dictionn., t. v, au mot ÉPHÈSE). Nous en avons parlé déjà, ici il doit suflire de faire remarquer qu'il n’y a pas un détail du récit de saïnt Luc qu'on ne puisse appuyer de multip les citations d'inscriptions = contemporaines. Si la corporation des dpyupox0m01 M si puissante à Éphèse ne nous est connue que par E à saint Luc, du moins en trouve-t-on de semblab les à Smyrne ! et à Palmyre ! :
| a La mode était alors de déposer dans le sanctuaire, | E comme ages à la déesse, des be Rs en R forme d’un petit temple, d'où le nom a pai 1 qu’on leur donnait. Le nombre de ces ex-voto était considérable, un collège de væowépor les portait … dans les processions !. La corporation vivait des —…pélerinages : ce détail concorde au mieux avec ce que nous savons de la célébrité mondiale du temple E d'Éphèse à l'épo que romaine. Menacés dans leur négoce, les argentiers se réunissent tumultueusement y au théâtre. Nous pouvons reconstituer le cadre de la 1 scène ; car le théâtre, fouillé d'abord par J. T. Wood Mu(1866)*, a été entièrement dégagé par les archéo- —…logues autrichiens, de 1897 à 1899. Dans cet immense fer à cheval de 140 mètres de diamètre, pouvant — réunir 24 500 personnes, ce sont des cris et des accla- | mations sans fin ; deux heures durant la foule hurle : M peyé À Ce trait suffirait à révéler un témoin, car le populaire ne pouvait acclamer sa déesse autrement que par le titre même que les inscriptions lui donnent ? :
= Comme dans les inscriptions nous voyons les Actes “employer alternativement Oeóç et Oed pour désigner la déesse. D'ailleurs saint Luc connaît les traditions . éphésiennes. Éphèse se glorifiait d'être néocore » d'Artémis et des Césars et ce double fait est attesté par les monnaies. Un médaillon de bronze au revers “de Caracalla, frappé à Éphèse, mentionne ce néome corat« :
= que nous lisons également sur une inscription € :
Ka Òig vewxópoç t&v s- (6xor]&v xarà TE OOYLUTE TTC [ouv] TOU xal vewxópog »Apréudoc xal phostas. Tog 'Epsolwyv még tòv néta- | goy ToŬ Oedrtpou dixpopnlevTu boy Ènecxevxoev xal nhoTLOEV Ëx TE ANOV TOpeoy XAL OV...
- …et deux fois néocore des Augustes, selon les décrets F4 du Sénat et néocore d'Artémis, et ami d'Auguste, la | … ville des Ephésiens, etc. nt Voilà ce que proclame le grammate lorsqu'il dit : T « Qui ne sait que la ville d'Éphèse est la néocore T d'Artémis’ ? » La présence du yp« uuurtedcs à Éphèse est ~ attestée aussi par nombre d'inscriptions éphésiennes, » il paraît superflu de les énumérer. Son discours, si bref qu'il soit (Act, x1x, 35-40) fait allusion à la légis- ~ lation qui châtiait certains délits touchant au culte. ~ Or un texte trouvé dans le grand théâtre tient pour impie et sacrilège la mutilation des images et des statues :
Qui ne sait si ce n’est pas précisément à cette loi que le grammaté fait appel ? S'agit-il, au contraire, de griefs particuliers à la corporation, il rappelle qu'il y a des assises, des proconsuls. Enfin l’expres| sion dyopæior &yovtar (Act, XIX, 38) trouve sa justi- | fication dans l'usage épigraphi que de la religion, Un | détail du récit reste obscur. Il nous montre (x1x, 31) | quelques-uns des « asiarques » restés fidè les à Paul.
Qui sont ces asiarques ? Le problème n'a pas encore été éclairci 11, F. Jérusalem. — Dès son arrivée à Jérusalem, saint Paul apprit qu'on l'accusait d'un enseignement subversif de la loi de Moïse. Inaccessible à la crainte, il rechercha une explication qui, dans sa pensée, le justifierait complètement, et se rendit au Temple avec quatre hommes liés par un vœu. Quelques jours plus tard, les Juifs d'Asie ameutèrent tout le peuple et se saisirent de sa personne, l’accusant d'avoir introduit des Gentils dans l'enceinte réservée, le Lepov, | et profané ce lieu. Son crime consistait, à leurs veux,
” HOHEAY Ý TAF
à avoir introduit dans la partie interdite aux païens, méritait la mort et Paul ne dut son salut qu’à lintervention d'un tribun romain qui l'arracha des mains de la foule +.
La vaste enceinte du temple était bordée de portiques accessib les à tout le monde, Juifs et Gentils. Mais les Juifs seuls pouvaient franchir ces portiques et pénétrer sur une sorte d'esplanade d'un niveau | plus-élevé que les galeries. Une barrière entourait cette deuxième enceinte et trois passages de Fl. Josèphe # nous apprennent qu'il était défendu aux païens, sous peine de mort, de le franchir. Des inscriptions en grec et en latin étaient placées de distance en distance afin que ceux qui commettraient le sacrilège ne pussent alléguer leur ignorance.
| Le sens de ces passages de Josèphe était contesté ; ssh nb Try ps 799 or, le 26 mai 1871, Ch. une stèle portant une de ces inscriptions.
Clermont-Ganneau découvrit Elle est conservée au musée de Constantinople et est faite d'un calcaire très dur, ayant la forme d'un parallélipipède rectangle mesurant 39 x 90 x 60 centimètres ; voici le texte ! (fig. 5887) :
Mnbévx GAAGYEVN elsropeteotat Evrdc TOÙ repli TÒ lepòv xal mepu66Aov« ös 0'äv AnvoÜT Éxuté æitios Čotar id TÒ éfuxoAoubelv üdværtov.
« Qu'aucun étranger ne pénètre au delà de la balustrade qui entoure le lieu saint et [n'entre ] dans l'enceinte. Celui qui serait pris ne devra accuser que lui-même du [chåtiment] qui suivra : la mort. » La stèle paraît appartenir au règne d'Hérode le Grand, elle était certainement en place au temps de saint Faul.
B. Les inscriptions de la Gaule. des inscriptions une histoire de l'Église, serait une chimère ; attendre même de ces documents des renseignements plus précis ou plus détaillés que ceux que nous fournissent les textes littéraires sur les débuts de l'Église, serait s'exposer à une déconvenue totale, Toutefois certains textes, comme linscription d'Arikanda (voir Dictionn., t, 1, à ce mot) ou bien le cycle pascal de la statue d'Hippolyte (voir Dictionn.,t. vi, à ce mot) nous rappellent assez lutilité de l’épigraphie dans la documentation histori que, Mais c'est surtout comme appoint que les inscriptions enrichissent l'histoire ecclésiasti que ; linscription d'Eugène de Laodicée (voir Dictionn.,t. v, au mot EUGÈNE) suffirait à elle seule à montrer ce qu'on peut attendre de ces textes pour l'étude de l'histoire. on de saint Polycarpe est celle qui possède le plusgrand | nombre de ces monuments, rares ou absents dans d'autres provin ces.
Ajoutons, et ce fait matériel concorde avec l’expression des actes de saint Saturnin, sensim el gradatim, que sauf pour la célèbre épitaphe d'Autun (Voir ce mot) les premiers de nos marbres chrétiens, inscriptions et sarcophages, appartiennent aux localités les plus voisines de la mer, Marseille, Aubagne, la Gayole, peut exister entre les faits historiques et les monuments du second âge, c'est-à-dire contemporaines des premiers Mérovingiens leur succèdent. C’est la conséquence qui n’a pu, qui puisse expliquer la suppression si remarquable Arles, Maguelonne, et que l'antiquité de ces monuments décroît à mesure que l’on s'éloigne de la Méditerranée, C'est là une confirmation des données historiques qui montrent, dans le sud de la Gaule, les premiers pas de l’évangélisation, la foi se répandant plus tard dans le reste de notre patrie. Ce qu'on constatait en 1854, se trouvait confirmé en 1892 et n'a pas cessé de l'être depuis lors, l’état de choses chez soixante-dix années de fouilles, est demeuré le même. À, Il serait sans doute téméraire de conclure, d’après ces concordances, à un rapport étroit du nombre, de l’âge des inscriptions, avec la marche, l'extension du christianisme. On ne se dissimule pas que les coutumes, la richesse relative des provinces, ont dû influer, dans une certaine mesure, sur la production des légendes des lapidaires ; que les lieux les plus féconds en marbres païens ont pu devenir par cela même et sans supériorité dans l'évangélisation, mieux dotés que d’autres en épitaphes chrétiennes. Nous avons hâte de montrer par un nouveau détail, quel lien : ments épigraphiques du christianisme. b. Le sort de Trèves. — Une anomalie remarquable se présente pour les marbres de Trèves. A Lyon, à Vienne, à Arles, à Vaison, à Marseille, partout enfin où, comme dans la métropole de la Première Belgique, on trouve en quel que nombre les inscriptions des premiers empereurs chrétiens, les marbres des temps et la preuve d'un développement régulier de la foi, sans cause exceptionnelle, disparaître après une sérieuse extension. Il en est autrement pour Trèves. A l'exception peut-être de l'épitaphe métrique d'un barbare, toutes appartiennent dans cette ville au IVe, au Ve ; le VIe, le VIIe n'y sont nullement représentés. La propagation semble donc s'être, pour un temps, arrêtée sur ce point ; il importe d'en rechercher la cause. 2 Un signe important, dans les habitudes épigraphiques, la mention du nom de ceux qui ont fait faire la tombe, s'arrête pour la Gaule, en 470, et cette mention constitue le trait saillant du formulaire de Trèves. D'autres particularités nous reportent au même temps et s'ajoutent à cette donnée. Trèves M a-t-elle donc vu, à la fin du Ve, un événement des monuments lapidaires de son christianisme ? Nous savons quels désastres répétés accablèrent cette ville. Salvien parle de quatre prises d'assaut » dont elle se releva, Une cinquième atta que l'arracha aux Romains pour la mettre sous le joug des barbares . Cela se passa vers 464-465. Les nouveaux vainqueurs étaient les Ripuaires, voués encore, et pour de longues années, au culte des idoles« . Clovis M ne fut reconnu par eux qu'après le meurtre de Sigebert, en l'année 509. La conversion de Clovis, en 496, ne devait d'ailleurs ni les atteindre ni les réformer tous. Parmi ceux qui suivaient ce chef et, plus tard même, ses fils, plus d'un resta sourd à la voix du Seigneur ». Les textes en témoignent soui ES atteints de quel que mal. Saint Gall l'apprend, vient - brûle le temple. Ceux-ci voyant la fumée s'élever, cherchent l'incendiaire, le découvrent, et le pour- - suivent l'épée à la main. Le saint se réfugie dans le » palais du roi. Thierry apprenant ce qui s'était passé, - dans le pays de Trèves, la statue colossale d'une divinité des forêts et plusieurs autres simulacres . A …— longue succession de violences. … dans le pays d'Arras, les églises se remplissent de ronces et sont livrées aux plus vils usages ? ; - eux encore, dans le Nord-Est, suivant le récit du à « À Cologne, dit-il, se trouvait un temple richement orné i geant et buvant à l'excès. On y adorait les idoles ; seul fait, il est raconté qu'après le baptême de Clovis une scission se fit parmi les siens. Un parti demeuré idolâtre se retira vers Cambrai, sous la conduite de ce Ragnacaire : que ses leudes abusés vendirent au roi pour de l'or *.
Un demi-siècle ne suffit pas à faire germer dans le cœur de nos aïeux le sentiment chrétien. Si la loi di que, et Agathias, vantent, chez les Francs, la pureté de la foi, il s’en trouvait, qui venaient précisément du royaume de Metz, qui n’eussent pas mérité un tel éloge. Entrés en Italie, au temps de Théodobert, ils enlevèrent des enfants, des femmes de ceux qui voyaient en eux des alliés, les immolèrent et les jetèrent dans un fleuve, comme une offrande faite à quelle que divinité terrible pour le succès de la guerre qui s'ouvrait. « Ce peuple, dit Procope, est chrétien, mais il observe les rites de la vieille idolâtrie, employant, pour la divination, les victimes humaines et d'horribles sacrifices *. » Lors de la conquête de l'Auvergne on retrouve chez les Francs cet esprit de pillage sacrilège et de dévastation qui leur avait fait saccager les églises à Trèves. Grégoire de Tours, en attestant leur conduite dans la guerre, rapporte un fait qui nous les montre tels qu'ils étaient alors au bord du Rhin.
Les barbares y faisaient leurs libations, man-“on y suspendait l'image faite en bois des membres _ avec un seul clerc, et, pendant l'absence des païens, et peut les désarmer”. Plus tard encore, un saint stylite, qui vivait sous Childebert II, vit de même, Aux alentours, la présence des Francs ouvre une Sous leur joug, par moine Jonas, la religion chrétienne avait presque disparu au VIe« . En vain donc, saint Materne, saint Euchaire, saint Valère, avaient voué leur existence à l’évangélisation de la contrée ; en vain les barbares eux-mêmes y avaient reçu leurs enseignements ! et le long séjour d’une cour chrétienne y avait affermi la vraie foi, en vain, comme le montrent l'histoire f, la succession épiscopale, les marbres, cette terre avait entendu la parole de Dieu ; un paganisme grossier, une brutale ignorance #, s'y étaient abattus à la fois ; l'œuvre était à reprendre, et, pour ne mentionner que les contrées les plus voisines de Trèves, près de Mayence vers 515, à Ivry cinquante années plus tard, saint Goar, saint Ulflaïc, durent travailler sans relâche à la conversion d'idolâtres assez puissants encore, au VIe, pour chasser l’évêque de Worms.
Ce fut donc entre des mains païennes que tomba Trèves, au moment où s'arrêtent ses monuments d'épigraphie chrétienne. Les maux qu'y causèrent les barbares les épreuves que souffrit son Église, se reconnaissent à plus d’un signe. L'histoire n’a rien laissé de précis, sur les conséquences religieuses de la conquête franque ; mais les documents relatifs à cette époque semblent, de même que les inscriptions, accuser un trouble considérable dans l'Église tréviroise. Depuis saint Agrèce, son quatrième évêque, jusqu'à saint Cyrille, qui fut le quatorzième, et mourut en 458, les dates, la succession épiscopale, s'établissent avec quelque certitude. De ce prélat jusqu'au vingt-quatrième, Aprunculus, mort en 527, les détails historiques et la chronologie font presque entièrement défaut Y. Or ce trouble dans les catalogues correspond à l'âge de l'invasion, à celui où s'arrêtent les inscriptions chrétiennes. Au Ve, les évêques de Trèves, Cyrille et Marus, au VIe même peut-être, Nicétius et Magnéric réparent les sanctuaires dévastés, brûlés par les barbares. Les édifices n'eurent point seuls à souffrir. Lors que Thierry s'empara de l'Auvergne, il emmena, raconte Grégoire de Tours, de nombreux clercs arvernes pour servir dans l'Église de Trèves, C'était apparemment pour relever un culte abaissé par les violences de la conquête franque.
La dépression du christianisme dans la Ire Belgique à la fin du Ve a peut-être laissé d'autres marques. On ne sait que trop bien quels maux enfantait une irruption des barbares. Les cités s'écroulaient, le sang inondait le sol, l'Église était en deuil ; l'épouvante dispersait le troupeau, les pasteurs. Devant les hordes d'Alaric, les Romains avaient fui de toutes parts ; saint Augustin, saint Jérôme, les virent aborder éperdus en Afrique, en Palestine. La suppression subite des marbres funéraires atteste encore qu'en l’année 410, la Ville éternelle avait vu périr ou disparaître sa population. Les fidèles de la Ire Belgique, dont les épitaphes manquent de même après une invasion, eurent peut-être à souffrir de semblables douleurs.
VII, — 26
803 Il paraîtra sans doute téméraire de voir dans une inscription du Ve, retrouvée près de Vienne et appartenant à un enfant de Trèves, la marque possible d’une fuite des chrétiens devant les Ripuaires. Dans la Lyonnaise, à Saint-Germain-du-Plain, on a rencontré l’épitaphe d'un évêque étranger au pays. Ce personnage se nomme Jamlychus, et son inscription mutilée présente le type particulier à la fin du Ve : conditu R HOC TVM VLo bone memor |AE IAMLYCHVS EPSsinspe resurrés TIONIS VK : IAn.... II CONS VIXIT ANrños...
Nous venons de voir que saint Cyrille mourut en 458, c'est-à-dire peu de temps avant la prise de Trèves (464). Son successeur, qui fut témoin du désastre, porte précisément le nom gravé sur notre fragment, Jamlychus. L'évêque expatrié dont la Lyonnaise possède l'épitaphe doit être, selon toute apparence, celui qui assista à la ruine de sa ville, à la restauration de l'idolâtrie. Environné de barbares, Jamlychus a sans doute, comme Césaire au temps d'Alaric, comme les évêques d'Afrique sous le joug des Vandales, subi l'exil, après de longs efforts, et quitté une terre devenue ennemie.
On ne sait pas grand-chose sur la suite des événements, mais nous apportent d'utiles clartés qui aident à situer tel trait à sa véritable place, on peut en dire de même des compositions des papes Sirice, Boniface Ier, Célestin Ier, Sixte III, Léon le Grand, Hilaire, Simplice, Symmaque, Vigile, avec lesquels rivalisent saint Ambroise, saint Paulin de Nole, Spes et Achille de Spolète, Sidoine Apollinaire de Clermont, Néon de Ravenne, Ennodius de Favie, Venance Fortunat, Flavien de Verceil, Martin de Braga. Les DERAPHQRE appartiennent à différentes catégories.
Soit qu'il s'agisse de la fondation ou de la pose de la première pierre, de la construction ou de la reconstruction, on fait usage d'une série d'expressions consacrées que nous trouvons « collectionnées » pour ainsi dire dans le Liber pontificalis qui ne connaît guère que fecit, quelquefois dedicavit ou bien, s'il s'agit d'une reconstruction, a recours à ex novo. Dans l'épigraphie le choix est plus riche, on trouve fundavit, condidit, ædificavit, erexit, extulit, construxit, construrit a fundamentis, fecit, a fundamentis fecit, cæpit, perfecit, complevit, et plus rarement posuit, locavit, oblulit, offert, peregit opus, labor est, opus est. Il existe des formules telles que :
DOMINO IVVANTE, Rome, Saint-Etienne sur le n. 29, 32). DEC IVVANTE, Padoue, Sainte-Justine, en 453 ou 454 (Corp. inser. lat., t. v, n. 3100) ; Parenzo, cathédrale, VIe (Nuovo bull., 1896, p. 135).
CHRISTO IVVANTE, Rome, moitié du IVe (De Rossi, Inser. christ., p. 44).
AVXILIANTE DOMINO DEO N. CHR. Oratoire Saint-DIVINITATE FAVENTE, Afrique (Nuovo bull., 1906, p. 314).
IN NOMINE DOMINI IESV CHRISTI, Ravenne, Saint-Apollinaire nuovo, Ve (Corp. inser. lat., d à t. v, n. 280).
IN NOMINE DOMINI NOSTRI CHRISTI, Afrique (Corp. inser. lat., t. vin, n. 18488).
règne une grande incertitude sur les sens de ces différents termes. Il semble qu'on ait d'abord préféré sacrare pour mentionner la consécration faite par un évêque, comme sur l'inscription composée par saint Ambroise pour l’église de Saints-Pierre et Paul à Milan = Nazario Martyri Condidit Ambrosius templum Domino que sacravit Nomine apostolico, munere, religuiis, ele. ou bien l'inscription de Sainte-Agnès hors les murs où le fondatrice Constantina s'adresse à la martyre éponyme : oœ Constantina Deum venerans Christo que dicata...
Sacravi templum victricis virginis Agnès.
Chfrist)i consacrata eslfejeclesia, SfanjJeft)i Stefani | du saint éponyme de l'église, est employé dans les textes épigraphiques aussi bien pour un personnage ecclésiastique que civil. Nous le lisons sur les inscriptions de Saint-Laurent in Damaso, de Sainte-Marie-Majeure, de Saint-Pierre-ès-liens dont les fondateurs furent saint Damase et Sixte III, et aussi à Ravenne sur l'inscription de l'église Saint-Michel, en 545, De dre. T a Y Ve (De Rossi, À 3 x f i
K :
E ETET UAIS
| fondée par Bachada et Julien (Corp. inser. lat., t. x1, | | n. 287) ; à Trèves, dans l’église Saint-Laurent, fondée … par Valentinien III entre 425 et 455 ; à Rusguniæ, | en Afrique, pour la basilique de la Sainte-Croix, fondée par Flavius Nuel et sa femme (Corp. inser. lat., +. vm, n. 9255). Le mot dedicare prend la valeur de … consecrare, qui est l'acte propre de l'évêque ; c'est - ainsi qu'on doit entendre les deux formules qui se lisent à Saint-Étienne de Ravenne, où l'évêque Maximien CONSTRVXIT ET DEDICAVIT, et à Aquilée M oi il est dit de l’évêque Théodore OMNIA FECISTI “ ET DEDICASTI. | 3. Vocable. — On ne lit que rarement la formule ~ expresse du patronage. Cependant en voici deux M exemples pour la reconstruction de la basilique de M Saint-Pierre-ès-liens, par Sixte III (432-440) !
Haec Petri Pauligue simul nunc nomine signo Xyslus apostolicæ sedis honore fruens.
£ et pour la cathédrale de Parenzo * :
Aeclesiam vocitans signavit nomine Christi M à Philippeville, en Afrique, sur une église dédiée à T sainte Digna ? :
~ Martyris Ecclesiam venerando nomine Dignæ Navtgius Plus ordinairement on lit des formules dans le genre de celle-ci : a) En forme d'invocation à Dieu, au Christ, à la Vierge ; Saint-Pierre du Vatican * :
Quod, duce te, mundus surrexit in astra triumphans Hane Constantinus victor tibi condidit aulam.
Hæc Damasus tibi, Chrisle Deus, nova tecta dicavi Laurenti septus martyris auxilio A Saint-André in Catabarbara sur l'Esquilin (468-
D 482) « :
Haec tibi mens Valilae decrevit prædia, Christe, Cui testator opes detulit ipse suas.
Simplicius quæ papa, sacris cælestibus aptans. Effecil vere muneris esse lui.
Et quod apostolici deessent limina nobis Martyris Andreæ nomine composuit. près de Saint-Sébastien : REPENDO MVNERA LAVDIS…. TVAS... 1.
La même expression fut employée pour les autels, par exemple à Saint-Clément (514-523) : ALTARE TIBI DEVS SALVO HORMISDA PAPA MERCVRIVS PBESBYTER CVM SOCIIS OFFERT * ; à Saint-Jean-l'Évangéliste à Ravenne : + SCE JOHANN. ARCHAM XPI ACCEPTA TIBI SIT ORATIO SERVI TVI. b) En forme de dédicace, avec le nom du titulaire au cas datif, par exemple dans l’église des Saints-Côme-et-Damien au Forum (526-530) :
+ Martlyribus Medicis populo spes certa salutis Venit el ex sacro crevit honore locus, Optulit hoc Dno Felix Antistite dignu(m) Munus ut ætheria vival in arce poli. cription peinte dans l’ecclesia $. Quirini, dite Platonia | HAEC TIBI MARTYR, EGO | HAEC VIRINE ; | 806 A Sidi-Ferruch (Afrique), basilique de Saint-Laurent * :
Beato | Lauren ]tio martyri votum reddidit completo [ædi ]ficio die XIII kal. iul.
A Quiza (Pont du Chelif), une mosaïque 1 : ce) En forme indirecte, avec l'emploi de in honorem, par exemple, à Sainte-Justine de Padoue : IN HONOREM SCAE IVSTINAE, en 463 ou 464 H ;
PROTOMARTYRIS STEPHANI, en 550 11 ; à Montady en Gaule : IN HONOREM SCR MART VINCENTI AGNETIS ET EVLALIAE, en 455 P.
A cette même manière indirecte appartiennent les formules qui commencent par memoria, comme sur cette inscription de Renault (Afrique) !* :
MEMORIA BENNACI ET SEXTI K(a) L(end) AS (novembres) MEMORIA BEATISSIMO RYM MARTYRVM ID EST ROGATI MAIENTI NASS 5 El MAXIMAE QVEM PRI MOSVS CAMBVS GENITO RES DEDICAVERVNT PAS 8 XII KAL(endas) NOV (e) M (bres) # CCXC PROV(inciae) Cette pierre, conservée au musée d'Oran, devait être placée au-dessus de la porte d'une chapelle de martyrs. L'ère maurétanienne ici employée à l'année : 290 donne 329 de l’ère chrétienne.
Parmi les formules de dédicace, il s’en trouve une qui fait valoir que l'édifice sacré est construit pour l'avantage de la plebs sancta Dei : à Sainte-Marie-Majeure (432-440) : XYSTVS EPISCOPVS PLEBI DEI ; à l'oratoire Saint-Jean-Baptiste du baptistère du Latran (461-468) : HILARVS E PISCOPVS SANCTAE PLEBI DEI ; à Saint-Etienne sur le Celius (523-530) : Opus... basilicæ Beali martyris Stephani FelixPapa sanctæ plebi Dei perfecit 15 ; à Saint-Pancrace (625-638) : HONORIVS EPISCOPVS DEI SERVVS.... PLEBI DEI CONSTRAVXIT 1f ; à Porto : DONATVS EPISCOPVS.. BASILICAM SANCTAE [ple ]BI Dfei] Y ; on lit, s'inspirant de la même pensée, à Parenzo, au vi siècle : EVFRASIVS ANTISTES... SCE AECLfesiæ) CATHOLE C'æ) HVNC LOCVM CONDIDIT et à Paris, en 580 !* :
Haæc Pius egregio rex Childeberlus amore Dona suo populo non moritura dedit.
Pour la dédicace de l’église de Narbonne, par Rusticus, voir NARBONNE.
807 Sur une inscription placée à Novare sur un temple païen désaffecté et transformé en église, on lit 1 : Antiquum ecce nitet lemplum, quod sorduil ante, Cui faciem velerem lux nova composuit ; Perdidit antiquum quis religione sacellum, Numinibus pulsis quod bene numen habet ? Di quibus hoc patuit, possessas linquile se des, Quod fecit Victor, victor ubi que tenet. Addidit ad cultum merilo successor el actis, Qui morum nomen hine, Honorale, geris ele.
5. Travaux d'art. — Nous avons déjà fait connaître l'inscription dans laquelle le pape saint Damase expose les travaux exécutés par ses ordres pour détourner les eaux qui menaçaient les sépultures de la colline du Vatican et les faire servir à un baptistère ?. (Voir Dictionn., t. rv, col. 168, n. 4.) Dès l'entrée de la basilique érigée par ses soins en l'honneur de saint Laurent il rappelait encore par une inscription le souvenir d'autres travaux entrepris pour la bibliothèque de l’église romaine * :
Archivis fateor volui nova condere lecia Addere præterea dextra læva que columnas Quæ Damasi teneant proprium per sæcula nomen Saint Léon le Grand rappelait aussi par une inscription la restauration de l'aqueduc qui conduisait les eaux au canthare de l’atrium de la basilique de la voie d’Ostie * :
Perdiderat laticum longæva in curia cursus, Quos tibi n une pleno cantharus ore vomit.
Provida pastoris per totum cura Leonis Hæc ovibus Chr(ist)i larga fluenta dedil. Unda lavat carnis maculas, sed crimina purgat Purificat que animas mundior amne fi des.
Quis que suis merilis veneranda sacraria Pauli Ingrederis supplex, ablue fonte manus.
De même le pape Hilaire nous apprend ce qu'il a fait pour déblayer les environs de l'oratoire de la Sainte-Croix-au-Latran * : [sumptu] Hic locus olim sordenti cumulis squalore congestus el studio xpi famuli Hilari epi juvante duo tanta ruderum mole sublata quantum culminis n une videtur ad offerendum xpo do munus ornatus alg. dedicatus est.
On rencontre ainsi d'autres inscriptions commémorant des travaux entrepris, par exemple, les constructions voisines de la basilique de Sainte-Pudentienne, entre 384-398 € ; les portiques é
» cette autre dans la basili que des Macchabées à Ha
JT
Intus lux micat at que bracteatum Sol sic sollicitatur ad lacunar, Fulvo ut concolor erret in metallo Disiinclum vario nitore marmor
Percurrit cameram, solum, fenesiras
Ac sub versicoloribus fiquris Vernans herbida crusta sapphiratos
Flectit per prasinum vitrum lapillos, ete.
un assez grand nombre de termes pour désigner la - basili que et ses diverses parties :
DOMINICVM, première moitié du rv* siècle (De ECCLESIA, deuxième moitié du rv° siècle (voir - Dictionn., t. tv, au mot ÉGLISE). n. 262).
DOMVS DEI, Afri que (Corp. inser. lal., t. VI, n. 2389, 4792). | DOMVS DEI ET CHRISTI (Corp. inser. lat., 810
SECRETARIVM (en Gaule) (Le Blant, Inser. chrét., | n. 404).
TABERNACVLVM (P. Monce aux, Enquête, n. 326).
PARS MVLIERVM SINISTRA PARS VIRORVM (De Rossi, Inser. christ., t. x, n. 1201).
ARCVS,en 404 (De Rossi, Inser. christ.,
FVLMENTA (en Gaule) (Le Blant, Inser. chrét., n. 54).
FENESTRAE, en 404 (De Rossi, Inser. christ. t. r, n. 534).
F. VITREAE (Le Blant, op. cit., n. 208).
TECTVM (en Gaule) (Le Blant, Inser. chrét., n. 580) ; TECTA STAMNEAÀ (id., ibid., n. 198).
COELVM (le soflite) (De Rossi, Bull., 1877, p. 8).
ARX FRONTIS (façade) (id., ibid., n. 54).
ATRIVM (Porto) (De Rossi, Bull., 1866, p. 50 ; Le Blant, op. cii, n. 54).
PORTICVS (De Rossi, Roma sott., Le Blant, op. cii., n. 54).
CANTHARVS (Ihm, Epigr., n. 74).
Les parois des basiliques et leur parement recevaient un grand nombre d'inscriptions qu'on pourrait classer sous la triple rubri que : exhortation, supplication, instruction.
La première catégorie est bien représentée par les exemp les suivants : à Nole, basili que de Saint-Félix (Ve), sur la porte d'entrée principale : are Par tibi sil, quicum que Dei penetralia Chrisli Pectore pacifico candidus ingrederis t :r n. 534). t. m, p. 463 ;
Virgines fætu genitrix ecclesia natos
Quos spirante deo concipit amne parit - et l'épitaphe du pape Libère parle du lait de la foi - qu'elle donne à sucer ? :
Hær te nascentem suscepit eclesia mater
Uberibus fidei nutriens devota
de même le pape Damase parle, à plusieurs reprises,
Mu des pia viscera matris 4.
Elle est mère sans cesser d'être vierge, car de même.
que les fidèles de Lyon, en 177, et Hégésippe, vers 180, l'appellent unrp ræpõðévog*,
Abercius (voir ce mot) ~ la désigne par le titre de ræ« pÜévos &yvh.
Elle est sainte, et le pape Damase nous parle des FOEDERA SANCTAE MATRIS,
comme d'autres parlent de l'AECLESIA SANCTAE 7 ;
enfin elle est catholique et l'évêque Alexandre de Tipasa a été, nous dit-on,
HONORIBVS IN AECLESIA CATHOLICA FVNCTVS®# (voir CATHOLIQUE).
Sur une inscription romaine de l'année 462, nous lisons ? :
DEPOSITVS HERILA COMES IN PACE FIDEI CATHOLICE VII. KAL AVG
QVI VIXIT ANN ; 5 PL-M-L-DN-SEVERI AVG PRIMO CONS
fin au scandale impie du christianisme.
Ces difficultés,.
toyens :
814 a) Les papes. — Nous avons énuméré et figuré les inscriptions les plus anciennes (voir Dictionn.. aux mots CORNEILLE, FABIEN, GAAIUS et EVÊQUES).
L'épitaphe portant le nom :.....LINVS ne semble pouvoir pas être acceptée pour celle du successeur immédiat de saint Pierre, quelques lettres manquent qui, si el les s'étaient conservées, modifieraient l'aspect.
du nom.
Après les épitaphes des papes, vers la fin | du re siècle, nous rencontrons à la catacombe de Saint-Alexandre, sur la voie Nomentane, l'épitaphe d'un PETRVS EPISCOPVS IN PACE ;
il y a ainsi des évêques morts et inhumés à Rome qui ne font pas partie du catalogue épiscopal, ce sont des peregrini ou peut-être des évêques retirés, âgés.
b) Primauté. — De bonne heure la situation pré| éminente de saint Pierre s'afirme ;
au Me nous lisons cette formule :
vivet in nomine Petri in pace Chrisii 0 :
IN PACE $
Au Ivè siècle, Damase proclame qu'il n'y a qu'un siège de Pierre comme il n'y a qu'un seul et vrai / baptème 21
Una Petri se des, unum verum que lavacrum
Pierre tient les clefs du ciel :
Petri cui tradita janua | cœli est ;
cui sideri commisit (Christus) limina regni,
lit-on au rve siècle, au baptistère de Sainte-Priscille 1.
Au début du v® siècle, l'évêque Achille de Spolète (402-418) fait placer l'inscription suivante dans une église dédiée à saint Pierre :
Quidnam igitur mirum, magno si culmina Petro
Quolibet exisltani ædificala loco,
Cum, quæ per totum celebratur ecclesia mundum,
In fundamento fiza Pelro maneat ?
Nam que illi Deus, ipse caput qui corporis ex{s tat,
Propterea Petræ nomen habere dedit,
Dicens : Esto Pelrus, quoniam fundabo super te
Quam mihi n une toto melior orbe domum ;
In le per cunctas consistit ecclesia gentes ;
Vincit et inferni carceris imperium.
Nam {que datis) clavibus cælorum claudere portas
Et reserare dedit pro meritis hominum :
Quæcum que in terris fuerit sententia Petri,
Hæc eril in cælis scripla, notante Deo.
Dixit enim :
Tu es magno mihi nomine Petrus,
MIVS OPAS LECTOR TITVLI FASCIOLAE ; — ALEXIO LECTORI DE FVLLONICES ? ; — LOCVS AVGVSTI LECTOR DE BELABRV %. Enfin nous rencontrons à Lyon, un primicier de l’école des lecteurs 14 :
-PIN HOC LOCO REQVIESCIT FAMOLVS DI STEFANVS PRIMICIRIVS SCOLAE LECTORVM SERVIENS ECL LUGDVNINSI.VIXIT ANNOS LXVI | et conservée au musée de Mannheim 1° : k) Les exorcis les. — Le nombre des inscriptions | relatives aux exorcistes (voir ce mot) est peu consi4 dérable, quoi que les exorcistes aient été nombreux, | puis que la lettre du pape Corneille à l'évê que d'An4 | tioche nous apprend que l’ Église de Rome en comptail PE 5 cinquante-deux. Parmi ceux-ci a pu se trouver 5, E a CELERI EX ne DRC.CVM
COMPARE SVA IN PACE
Nous avons vu que l'évê que Latinus de Brescia avait passé douze ans dans le rang d'exorciste ; à Chiusi SENTIVS RESPECTVS EXSORCISTA mou rut à l’âge de soixante ans 1 ; à Côme Vfir) R(eligiosus) EXVRCISTA VINCENTIVS mourut le 29 avril 26 à l’âge de cinquante ans 7 ; on pourrait nomme quelques autres comme Celer, Macedonius, Hirenaeus, Gelasius, Paulus, Faustus et l'AESSORCISTA BASSLIANVS 1. i l) Les porliers. — La plus ancienne inscription d'un portier est celle d'Ursatius, trouvée à Trèves
VRSATIVS VS
TIARIVS QVI VI
XIT AN LXVII CVI 5 EXSVPERIVS FI
IT LIVS TETVLVM POSV
Pe Une épitaphe de Bologne est plus tardive, elle ne remonte pas plus haut que le vine siècle :
Martini clerici el osliarit istius ecclesie corpus hic in pace requiescit sepultum, Quem claviger Petrus solval a criminis nexu ; rogo vos sacerdo les, ut orelis pro me peccatore m) Les notaires. — Un fragment très ancien peut-être du Me, porte le mot NOTARIO »1 ; sur une épitaphe de Spolète qui se place entre 386 et « RIVS AECLESIAE # ; en 548, un NOTARIVS SANCTAE fecclesiæ) NVCERINAE ; en 570 ou 571, un m NOTARIVS SANCTAE ECCLESIAE RAVENNATIS : ; en 578, un SEPVLCRVM EVGENI NOT ‘et nous connaissons aussi un PRIMI C'erius) NOTARIORVM SCE. ECL. ROMANE *.
Dans l'inscription du pape Damase exceptor a la même signification, et aussi actuarius qu'on lit sur “une pierre de Grado : :
LE RIVS SCAE ECCL
4h : AQVIL.-CVM SV = 5 SERVVS XPI $ LVCINVS RO PIE - MANA LVCIA Fa NVS ET LVCIA H FECERVNT P.C : sf : ligne 9 : fecerunt pe des centum. qui À & n} Les fossoyeurs. — (Voir ce mot, Dictionn., nc v, col. 2065.) | E o) Autres emplois. — Nous pouvons encore citer Y | quelques emplois, ceux de cubicularius et de præpo- ; Ea silus ecclesiæ à.
IÆ 1) t IER lo ] C. DECI c CVBICVLARI s HVI[us basilicae hic q | VIESCIT CARO MEA NOfvissimo vero die per ] XPM CREDO RESVSC[itabilur a mortuis dep | XV KAL-IVN-ET ITER P. [e. (basili v. e.
| BASILICE B'ea)Tl PAVLI APOSTOLI[gui] VIXIT ANNVS PM- ; … LX-DP.XI KAL-FEBRVARIAS [/@. Oly]BRIO VC CONS Nous avons déjà pee des chantres (voir ce mat) | DREAS. -- PRINCEPS CANTORVM SACROSANCTE | AECLESIAE MERTILLIANE (Mertola) . l $ p) L'initiation. — 1. Bonifæ bene quæs | quenti i i Eam | no, qui vixit anos | p. m. LX. di. VII (depositus), III kal Julias Cæsario et Attico cons. 5. ~ 2. Sozomeneti alumnæ | audienti | patronus fidelis« . … 3. …..quæ vixit [in hoc sæculo ] annis XIII | mens. XI, d. III, deposita V idus Iulias | baptidiata re quià escit in pace | conss. Flavi Recimeris v. c. 7. ~ 4. fuit mihi natibitas Romana. nomen si quæris 14 À | Julia Bocata so.. que vixi munda | cum byro meo Flo- | - Trentio, cui demisi tres filios superstetes, | mox gracia 1 dei percepi | suscepta in pace neofita$. | 5. d(e)p(ositio) Picentiæ Legitimæ neofytæ die V kal 14 sep. consignata a Liberio papa... ? JÆ R, INSCRIPTIONS MÉTRIQUES ET RYTHMIQUES, — 1 1. Jusqu'à la paix de l'Église. — Il est difficile de louer sans réserve les inscriptions chrétiennes versifées. Si on y observe la préoccupation du mètre et - du rythme, il faut bien avouer que la poésie en.est si généralement absente, qu'il y aurait abus à parler … d'elle. Depuis l’épo que apostoli que jusqu'au rv° siècle, — l'épigraphie chrétienne est exclusivement funéraire, ~ le plus souvent d'une extrême concision, et n’offrant | qu'une acclamation, un symbole, un indice quelcon que de la croyance du défunt. Le grec et le latin “sont employés. Quelquefois on a recours à des em- | prunts, des centonisations tirées de poètes classiques ; € d'autres fois la pensée et l'expression sont exclusive- cernent, nous un. seulement l’épitaphe d'AN- | ment chrétiennes et ces dernières offrent un intérêt bien supérieur aux autres pour la connaissance de la doctrine, des croyan ces et des mœurs chrétiennes primitives.
Après la paix de l'Église et dans les conditions nouvel les qui lui furent faites, d'innombrab les basiliques s'élevrent qu'on orna d'inscriptions, suivant l'anti que usage des temp les de lidolàtrie. Vers la fin du 1v° siècle, le pape Damase se fit le pourvoyeur de compositions métriques en l'honneur des martyrs et des anciens pontifes ; non seulement les basiliques mais les oratoires, les cellæ, les martyria, les portiques, les bibliothèques, les tombes particulières recurent des épitaphes ou des dédica ces, qu'on désignait communément sous le nom d'epigrammata, Nous avons invento| rié plus loin les anciens recueils qui contiennent la plupart de ces piè ces un peu vagues parfois, un peu verbeuses, mais auxquel les on demande plutôt un renseignement histori que qu'un monument littéraire. A partir du vr° siècle, jusqu'à la renaissance carolingienne, ces compositions passent de main en main et fournissent lefonds de la plupart des inscriptions métriques de cette période qu’el les alimentent d'idées et d'expressions. Sarti écrivait jadis : Rarum admodum apud Chrisfianos in epilaphiis conscribendis carminum fuisse usum, primis tribus vulgaris æræ sæculis, ralio ipsa et conditio eorum temporum suadel... : nonnulla tamen é sacris circa Urbem cœmeleriis prodierunt marmora, quæ versus rudi minerva conscriplos continent el ad prima sæcula referri posse videntur . Il choisit cing exemp les assez malheureux !!, qu'on peut remplacer avantageusement par des textes d'une antiquité moins contestable. Ceux qui avaient å rédiger des épitaphes, païens aussi bien que chrétiens, puisaient sans embarras dans les recueils poétiques 1 ». On fit de même à l'endroit des inscriptions grecques *. Dans plusieurs inscriptions africaines nous rencontrons le début de cette formule métri que : Manibus hoc sacrum %, Souvent dans ces compositions, le | nom, la race, la patrie du défunt ou de celui qui élève la tombe entraînent la déformation d'un vers et mettent sur la voie de l'origine de l’épigramme ! ; souvent vers et hémistiches, mal cousus, aboutissent à un centon rusti que et barbare ?, Des senten ces funéraires qui se lisent sur certaines épitaphes se retrouvent dans l'anthologie épigraphi que du ms. de Paris 2833 et Bücheler a reconnu les rudiments de quelques autres dans des inscriptions classiques de l'épo que d'Auguste. Il paraît donc certain qu'on s’appliqua souvent à introduire dans les compositions épigraphiques de véritable pastiches qui antiquitatem adfectant.
A l’épo que où la religion chrétiennes progressait, on se fit maintes fois un plaisir de glisser dans les épigrammes des vers empruntés aux poètes illustres et principalement à Virgile, les exemp les pourraient être cités en grand nombre 1. Une épigramme funéraire de l’an 66 de notre ère, tracée sur une tuile, est façconnée de vers et d’hémistiches de Virgile, d'Ovide et d'autres poètes non identifiés 1%, Sur une pierre trouvée à Trèves, en 1876, on a lu des vers tirés de heure ec eq 2 nn Eo an E AT QU AS la Pharsale (vir, 1, 2) de Lucain, avec ce léger change- | ment de lux aeterna pour lex aeterna, mais est-ce une épitaphe ou un exercice scolaire ! ; on retrouve le souvenir d’un hémistiche d'Homère (Iliade, v. 243) dans l'inscription de Pectorius d'Autun et quelques vers de Ménandre ont inspiré une inscription chré- | tienne de Phrygie %. Mais ce sont surtout les vers de Virgile (dont la jeunesse apprenait à l'école les ouvrages par cœur) qui sont rappelés et reproduits *. L'hexamètre :
* Abstulit atra dies et funere mersit acerbo que Virgile a placé deux fois (Énéid., vi, 429 ; xx, 28) revient aussi plus souvent que tant d’autres dans les inscriptions tant chrétiennes que païennes f. Les vers de l'Enéide (1, 607-609) se lisent sur un monument païen ê et sur l’épitaphe d'un chrétien postérieure peut-être au MMe ? et l’auteur de cette dernière épitaphe s'est en même temps souvenu du passage (iv, 682) : Extinæsti me te que soror populum que patres que lorsqu'il a écrit : EXTINXTI. TE MEQVE SIMYL NATVMQUE PATREMOVE. | Il est certain qu'il faut rapporter au 1° ou au rue siècle un carmen sepulcral chrétien dont il ne reste que la moitié et où on retrouve deux vers de l'Énéide (m, 143, 144) : vessar e s PSE LAVACRO lig. 1 : EINIS, pour FINIS ; lign. 2 : lire OMNIPOTENS ; lign. 3 : MISERE pour MISERERE.
C'est l'éloge d'un adolescent ou d'un adulte de qui son père a dit : Hic tibi finis erat vitæ, dulcissime nate et il poursuit en citant Virgile pour exprimer, semble-t-il, ce que le cher défunt a eu à souffrir. Le vers qui précédait parlait du baptême reçu (lavacrum). J.-B. De Rossi croit avoir affaire à un martyr et propose de compléter ainsi : sanguineo lavit deus ipse lavacro, le défunt aura donc reçu le baptême du sang.
Ceci nous amène aux martyrs. Sans doute, en règle | générale, pendant la période des persécutions, on ne se livrait guère aux compositions métriques pour | célébrer ces héros de la foi, mais cette règle a pu souffrir des exceptions. Il y a toujours eu et il y aura toujours des hommes pour qui les plus mortels périls ne sont pas une raison de s'exprimer en prose ; on écrivait beaucoup de vers dans les prisons au temps de la Terreur et la Je une captive fut écrite à la veille et sous la menace de l’échafaud, Les premières générations chrétiennes ne s'interdisaient pas de s’exprimer en vers et nous avons encore l'éloge métri que de la je une Zosima qui fut martyrisée avec sa sœur Bonosa à Porto, vers 275. Cet éloge est gravé en lettres très régulières et très bel les, peu de temps après le supplice, il débute ainsi $ :
ACCIPE ME DIXIT DOMIN(e in {ua limina Christe EXAVDITA CITO FRVITV(r modo lumire coeli ZOSIME SANCTA SOROR.... de martyrs l'épitaphe des martyrs de Marseille QVI VIT i | de Pectorius (voir Autun) 1 ; nous n’en dirons rien ici HIC :TIBÉ EINIS ERat VITAE DVLCISSIME NATE © SET PATER OMNIPOTENS ORO MISERERE LABorum TANTORVM MISERE ANIMAE NON DiGna FERENTIS X IXOYC Le dont il ne reste que quelques débris et le nom da | qui a été remanié, ceci fait remonter le premier å une _ peu plus longue dont le sujet était que la mort est, On peut rattacher à cette classe des éloges métriques ignis PASSI SVNT et qui se termine par ces mots : REFRIGERET NOS Qui potest *. Les caractères semblent remonter jusqu'à l’épo que d'Hadrien et des ` premiers empereurs de la famille des Antonins. Versla fin du ne siècle, prend place la stèle d’Abercius (voir ce mot), dont nous avons déjà parlé, anisi que l'inscription pas plus que de quelques très anciennes inscriptions ro= maines 11, afin de nous tenir aux textes en langue latine.
Parmi ces derniers, nous possédons celui du cimetière de Priscille conservé sur deux plaques de marbre pres que intactes, et faci les à compléter : |
. “4 À
DIXIT-ET HOC-PATER - OMNIPOTENS - CVM pelleret Adam } DE TERRA : SVMPTVS - TERRAE - TRADERIS + HUmandus W SICNOBIS. SITA-FILIA - ET - A - GAPE - CRHISTI fidelis y BIS - DENOS - SEPTEM - Q - ANNOS - EMESA quiescit K HAEC-ILLI PER CRHISTVM FVERAT :SIC plena senectus y EVCHARIS : EST MATER -PIVS -ET PATEREST mihi.…… pi VOS PRECOR O FRATRESORARE- HVC-QVANDO VENItis | ET PRECIBVS. TOTISPATREM - NATVMQVE ROGATIS A SIT -VESTRAE + MENTIS - AGAPES - CARAE - MEMINISSE i VT DEVS - OMNIPOTENS - AGAPEN IN SAECVLA - SERVET | Les vers 7-10 se lisent dans une autre inseriptiofl MARCIA y est substitué à celui d'AGAPES. L'épi= taphe de Marcia, gravée avec le plus grand soin, est. du nombre de cel les qui appartiennent à la région la plus ancienne du cimetière de Priscille ; comme € est, le texte d'Agapes qui est correct et celui de Marcia date très ancienne. Cependant le texte contenant le. nom d’Agapes n'est probablement pas original, car le vers 3, qui contient la mention d'Agapes, est in correct et n'a pas dû être ainsi rédigé et mis en circulation par l’auteur du poème ; de plus, celui-ci devait comporter un exorde pour introduire l’histoire de nos premiers parents et il ne paraît pas probable que cet exorde fut gravé sur une troisième table car on n'a aucun exemple jusqu’à ce jour d’une épitaphe trans crite sur trois tablettes séparées. Il semble donc que” les vers consacrés à Agapes sont tirés d’une pièce un la peine du péché et que l'espoir de la vie éternelle an été restauré par le Christ. | Dans les textes rythmiques, la versification est de ce genre que Gennade appelle quasi versuum ? et - dont nous possédons un célèbre exemple dans les Instructions acrostiches de Commadien, ainsi que dans son Carmen apologeticum, qui sont peu postérieurs au milieu du Me. Peu de temps aprés Commodien (voir Dictionn., t. vi, au mot GAZA, c'est-à-dire vers 259 ou 260, les martyrs de Carthage Lucius, Montanus et leurs compagnons, condamnés à mort, écrivirent ad fratres une lettre, dont la fin E “i ous montre qu'ils se souvenaient de guasi versus ; voici comment ils s'expriment : Si nos invitant justis | promissa præmia, si lerret injustis pæna predicta, si ~ cum Christo esse el regnare cupimus, quæ ad Chrismlum el ad regnum ducant, illa faciamus ?. On peut | avec ces phrases composer quatre hexamètres à la façon de Commodien :
Si nos invitant promissa præmia justis, Si terret iniustis pœna prædicta (gehennæ ), Si cum Chrislo esse el fsemper) regnare cupimus, ~ Quæ ad Christum et regnum ducant, illa faciamus.
| $ Quelques années avant Constantin, les fidè les de p Rome pratiquaient, eux aussi, les quasi versus ainsi | que nous le voyons par la pièce composée entre 296 f e e 302 par le diacre Sévère ?. Ici les vers 1-5 sont en | ~ quel que manière historiques, le reste, 6-15, est simpleli d Cubiculum duplex cum arcisoliis et luminare E. Jussu pja)p(æ) sui Marcellini diaconus iste | © Severus fecit, mansionen in pace quietam, | Sibi suis que memor, quo membra dulcia somno | 5 Per longum tempus factori et judici servet. LA Severa dulcis parentibus et famulis que | Reddidit octavum Febrarias virgo kalendas, | S Quam Dom{inu)s nasci mira sapientia el arte ki Jusserat in carnem ; quod corpus pace quietum | ~ 10 Hie est sepultum, donec resurgat ab ipso.
E Qui que animam rapuit spiritu sancto suo à Castam, pudicam et inviolabilef{m) semper : Quarm que iterum Dom(inu )s spiritali gloria reddet i Quæ vixit annos novem et undecim menses M 15 Quindecim quo que dies : sic est translata de sæclo.
E Une autre inscription du cimetière de Calliste, ~ rythmée et acrostiche, très semblable aux composi- | tions de Commodien, placée sur la tombe de Theo- ~ dulus mililis officii urbanæ præfecturæ, est gravée F en be aux caractères et plus anciens qu'on ne l'avait T d'abord cru. L'avant-dernier vers : Ut rata sint ei =~ promissa munera lucis a rappelé à De Rossi ce vers 225 | du Carmen adversus Gentes dont l'auteur Antonius = passe pour avoir vécu à la fin du rve siècle : Hoc facit ut raia sini venturæ munera vitæ. Mais l’auteur de RE l'inscription acrostiche et Antonius ont pu tous deux =~ utiliser un Carmen plus ancien. Avec toute raison, ~ Antonius a fait de promis a munera lucis la variante © veniuræ munera vitæ, afin d'écarter l'erreur de la dernière syllabe dans le mot promissa. | Le long éloge du pape Libère contenu dans la Sylloge épigraphi que de Saint-Riquier, nous offre un exemple remarquable de ce genre de poésie chrétienne aux approches de la fin du rv° siècle, Les vers sénaires avaient une certaine parenté avec les vers rythmiques. Cicéron écrit à leur sujet : Senarii = propler simililudinem sermonis sic sæpe abjecti sunt, ~ esl non nunquam vix in his numerus et versus intelligi possit *. Nous n'avons qu'un seul exemple de vers sénaires dans l'épigraphie chrétienne, c’est l’inscription de Cæsarée de Maurétanie qui, par son contexte, son style et sa paléographie est certainement antérieure au 1ve siècle : Aream at sepulchra cultor Verbi contulit el cellam struxit suis cunctis sumplibus : eclesiæ sanctæ hane reliquit memoriam.
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PRÉC ETES
Salvete, fralres puro corde et Simplici, Evelpius vos sa{lu Jio sancto spirilu. Eclesia fratruum h une restituit titulum. et l’auteur a tenu à signer : ex ingieniojAsteri.
2, Après la paix de l'Église. — Après la paix de l'Eglise, les inscriptions se multiplient sur les édifi ces, les tombe aux, les ex-voto. Dès lors tous s'y mettent, versificateurs, prêtres, évêques, docteurs. Du vivant de Constantin, quelques poètes avant un certain savoir-faire s'exercèrent à Rome à la composition d'épigrammes chrétiennes. Nous en avons pour exemple celle qui fut placée sous le portrait de l'empereur in fronte de la basili que Vaticane, probablement sous un portrait en mosaï que * ; et encore le. carmen acrostiche de Constantina dans l'abside de la basili que de Sainte-Agnès sur la voie Nomentane. 5, dont l'auteur serait, d'après Cavedoni, Publilius Optatianus Porphyrius, préfet de Rome en 329 et 333 6, Moins élégante est la composition des épigrammes tracées en mosaï que sur l'arc triomphal et à l'abside de la basili que Vaticane ; épigrammes qui présentent quel que affinité avec le carmen gravé sur le piédestal de l’obélis que érigé dans le grand Cir que par ordre de Constance, en 357 7.
Hors de Rome, vers le même temps, nous remarquons le carmen gravé à Reims sur la façade de la basili que élevée à Jovinus (voir ce mot), maitre de la milice, après ses triomphes, en 366, et avant son consulat, en 367. Comme le poète Ausone se trouvait dans l'entourage de Valentinien, alors à Reims, à la fin de l’année 366 8, il est possible qu'il faille rapporter à ce poète l’épigramme en lettres dorées qui se lisait au fronton de la basili que. Cette épigramme obtint dans toute la Gaule une grande célébrité ; au milieu du Ve l'évê que Cyrille de Trèves y emprunte deux vers pour la tombe qu'il se fait construire de son vivant dans la basili que des saints Eucher et Valère *.
Au 1v siècle, la poésie épigraphi que eut deux représentants princip aux, le pape Damase à Rome et l'évê que Ambroise à Milan. Damase ne se contentait pas de célébrer les martyrs et les confesseurs, il se déclarait prêt à præstare cunclis solacia flelus, c'està-dire à composer des épitaphes métriques 19 (voir Dictionn., aux mots et Saint Ambroise est moins abondant, mais plus châtié que | saint Damase ; à la même épo que environ, saint Grégoire de Nazianze composa plusieurs épigrammes grecques destinées aux chapel les des martyrs et aux épitaphes des fidè les 1, Vers la fin du 1ve siècle et au début du v®, nous trouvons saint Paulin de Nole, passé maître en l'art des épigrammes pour les autels, absi des, parvis, portes, atria et en général toutes les parties des basi| liques, surtout les baptistères. Ses compositions n'ornèrent pas seulement les édifi ces à Nolè par ses soins, mais furent demandées et gravées hors d'Italie | par ses amis et les admirateurs de sa vertu et de son talent, Paulin composa aussi des épitaphes pour mieux s’associér à la douleur de ses amis, on lui attribue celle du je une Cynegius à qui, sur la demande de sa mère, il accorda une sépulture proche du tombeau de saint Félix, De ces productions poétiques de saint Paulin de Nole on peut rapprocher cel les qui se lisent dans la sylloge épigraphi que espagnole publiée par De Rossi 1, CAF es. 0 aria PE a re ns qui n'ose faire auc une conjecture sur l'auteur. Mais ce nom est cependant loccasion de rappeler le poète Prudence, véritable poète, lui, qui composa des inscriptions métriques pour les monuments, par exemple l'épigramme VIH mentionnée au Peristephanon et intitulée : de loco, quo martyres passi sunt, nunc baptisterium Calaguri et les tétrastiques destinés à expliquer les table aux veteris et novi testamenti (voir Dicfionn., au mot DirrocHÆon). Vers la fin du v siècle, Prudence trouva, dans Helpidius Rusticus et d'autres, des imi- | tateurs.
Saint Jérôme aussi s'essaya à la poésie épigraphi que, composa l’épitaphe de sainte Paule, morte en 404 1, On lui a attribué, mais à tort, deux hexamètres gravés maintes fois sur les corniches et sur les canthares à l'entrée des édifi ces sacrés, il faut les restituer à saint Damase ?, Bassus composa l'éloge métri que de sainte Moni que ? et saint Augustin dicta l'éloge acrostiche du diacre Nabor mis à mort par les Donatistes qu'il avait abandonnés 4. | Ces épitaphes composées par des écrivains célèbres doivent être plutôt attribuées à l'amitié et au fidèle souvenir pour les défunts qu'au désir de briller que Sidoine Apollinaire dénonce sous le nom de nænias épiltaphislarum 5. Les épitaphes métriques appartiennent alors à un genre particulièrement soigné.
Ce genre continue à être cultivé au ve et au VIe, Au commencement du vë siècle, l'évê que | Spes de Spolète écrivait des elogia martyrum, dont il ne reste qu'un seul ê. L'évê que Achil les, qui occupait le même siège en 419, composa ou fit composer les louanges métriques de la primauté de saint Pierre pour l'ornementation de son église 7. Il exista pendant Ce une véritable schola epitaphistarumt à Spolèle. On peut rappeler des compositions d'Achille de Spolète, les épigrammes que l'évê que Néon, de Ravenne, fit tracer en mosaï que, l’une d'el les célèbre les louanges de saint Pierre, l’autre décrit : Principium nitidi prima sub origine mundi #, Les compositions épigraphiques de Sidoine Apollinaire, préfet de Rome en 467, ensuite évê que de Clermont, sont insérées dans ses lettres et ses recueils, mais non pas toutes cependant, car il ne voulut conserver que cel les qui lui parurent epigrammatum voluminibus applicari®. Sidoine eut des riv aux à qui les évêques gaulois de- | mandaient des épigrammes pour l'ornementation | de leurs basiliques. A Lyon, in ecelesia extructa studio | papæ Palientis ab hexametris eminentium poetarum Constantii el Secundini vicinantia altari latera clarebant. L'évê que Patiens avait réservé à Sidoine Apollinaire extima ædis pour recevoir un poème trochaï que %, De même l'évê que Perpetuus, de Tours, s'adressa à plusieurs versificateurs gaulois pour lui | faire les épigrammes qui décoreraient les différentes | parties de la basili que qu'il élevait à Tours sur le tombeau de son prédécesseur saint Martin. Le carmen | le plus important, celui de l'abside, revint à Sidoine Apollinaire °° ; un autre fut demandé à Paulin de Périgueux, d'autres furent rédigés par des auteurs dont les noms ne nous sont pas parvenus. | À la limite du ve et du vre siècle, nous rencontrons Ennodius de Pavie dont les compositions métriques nous ont été conservées par les manuscrits de ses ouvrages et par la sylloge épigraphi que de Milan 1 À Rome on rencontre quelques épigrammes d’Ennon dius 1. Son épitaphe rappelle ces compositions 14 :
Templa Deo faciens ymnis decoravit el auro ' Et paries juncli dogmata n une loquitur.
Il faut, en même temps, faire une place à la veuve de Verceil, Flavien, à qui le P. Bruzza rapporte les compositions métriques et acrostiches conservées en partie à Verceil, en partie dans la sylloge italique subalpine 15. Au milieu du vi siècle, l'évêque Martin de Braga composa des épigrammes, tenues alors pour très élégantes, destinées à la basilique et au réfectoire du monastère de Dumio en Portugal ; et aussi les versiculi super ostium a parte meridiana basilicæ de Martini Turonensis 17. 1 On voit que ces épigrammes ont eu pour auteurs des hommes illustres en leur temps ; ils ne se sont pas fait faute d'introduire dans leurs compositions des traits historiques, dogmatiques ou moraux. Les épigrammes sur sainte Félicité et ses fils martyrs s'achèvent par un vers dans lequel le pape Boniface Ier (418-422) parle en son nom pour rendre grâce de la fin du schisme 1. Après la condamnation de Nestorius, le pape Célestin (422-432), écrivit ou fit écrire un pentastique sur la basilique de Saint-Silvestre, « sur la voie Salarire, afin d'énoncer la doctrine opposée à l'hérésie nestorienne 1. Xyste III (432-440), triomphant de la même hérésie, renouvela la basilique libérienne et y plaça l’épigramme qui commence par ces mots :
Virgo Maria tibi Xystus nova tecta dicavi et il orna flexornavit versibus ) le baptistère du Latran. Le carmen que Xyste III fit placer au baptistère du Latran rappelle ou imite le style de Prosper d'Aquitaine qui vint à Rome pendant le pontificat du pape Célestin et se lia d'amitié avec le diacre Léon, coopérateur du pape Xyste avant d'être son successeur sous le nom de Léon le Grand. Celui-ci conserva toujours avec Prosper d'affectueuses relations et leur amitié rappelle celle de saint Jérôme et de saint Damase. Les épigrammes qui ornèrent les édifices construits ou relevés par saint Léon témoignent du recours à un versificateur habile. Les distiques de l'arc de Placidie placés sous les images des princes des apôtres studio Leonis ont probablement été dictés par ce pape ; les carmina qui font son éloge ou racontent ses travaux ont eu d’autres auteurs , aussi il est permis de supposer que Prosper d'Aquitaine y a mis la main. Le carmen des bains et de leur usage fut gravé au vi siècle =, il ressemble beaucoup à certaines épigrammes de Prosper sur les mœurs. Son épigramme xxxvi, sur l'édification spirituelle de la maison de Dieu, fut repris au xii siècle pour un édifice sacré. Le carmen de Prosper intitulé : Epitaphium Nestorianis et Pelagianis conservé dans les anciennes anthologies avec les inscriptions monumentales n'appartient pas à ce même genre. | “+. Il ne reste que peu d’épigrammes des successeurs M de saint Léon jusqu'à la fin du vi siècle. Les sylloges et les anthologies conservent quelques pièces du pape Symmaque (498-514) 1. L'auteur du premier Liber pontificalis, dont il reste un fragment dans le manuscrit de Vérone du vi siècle, quoi que hostile à Symmaque, rapporte qu'il rétablit plusieurs cimetières et y restaura le culte : Hic... nonnulla cymeteria et maxime sancti Pancratii renovans, plura illie nova | Symmaque les éloges historiques d'Hippolyte et des martyrs grecs (quos Græcia misit), on n'y retrouve pas le style damasien. Hormisdas succéda à Symmaque, son éloge historique et métrique fut rédigé par Silvère, son fils et successeur, en 523 3, Entre cette date et 536, nous ne connaissons que peu d'épigrammes tracées sur les monuments et peu d'épitaphes A cette époque, André, orateur et poète, composa à Rome un carmen théologique destiné à être peint sous l'image de la dans la maison de Rusticia, veuve de Boèce &. On conserve aussi à Rome des éloges métriques d'hommes remarquables dont l’un pontifici fuerat Hormisdæ sanguine junctus . = Du règne très troublé du pape Vigile, il nous est parvenu plusieurs épigrammes des tombeaux des saints violés pendant la guerre gothique et des poèmes damasiens brisés par ces barbares ?. Vigile, vemiscens diruta, répara les monuments et y mit des Arator, qui composa sous forme de poème héroïque le récit contenu dans les Actes des apôtres #. Arator fut l'auteur des épigrammes disposées sous les peintures de la basilique Eudoxienne sur l'Esquilin ?. T En 565, Narsès, vainqueur des Goths, rétablit le pont de la voie Salarire sur l’Anio et l'orna d'une épigramme véhémente pour l'Italie : guerres, inondations, pestes, famine. Ce qui subsiste de l’épigraphie de ce temps déplore ces conditions malheureuses et accablantes !!, _ L'épitaphe métrique du jeune Boetius, en 578, est le dernier monument de Rome où sont rappelés les carmina récités en public au forum de Trajan !*. Tout à la fin de Ce vient saint Grégoire le Grand qui ne paraît pas du tout préoccupé d'inscriptions à placer sur les monuments. Les anciennes sylloges et les anthologies nous ont conservé l’épitaphe gravée sur la tombe de ce pape # ; mais, en fait d'épigrammes composées et gravées de son vivant, il semble bien qu'il n’y en ait pas, nous n'en connaissons ~ pas. Jean Diacre décrit les portraits des parents de Grégoire, peints par son ordre sur la fontaine de l'atrium du monastère fondé ad clivum Scauri « , ~ Sous le portrait de la mère on lisait : GREGORIVS = SILVIAE MATRI FECIT. Le portrait de Grégoire était accompagné d'un distique composé par le pape : À Christe potens Domine nostri largitor honoris Indullem oficium solita pietate guberna.
La donation de bien-fonds faite par saint Grégoire … à la basilique de Saint-Paul fut gravée sur pierre ad …perpeluam rei memoriam 1% ; d'autres donations sem| quo que consiruxit *%. On doit peut-être rapporter à des inscriptions dont l’auteur paraît être le sous-diacre | Nous arrivons alors à une période de calamités blab les et les nolitiæ fundorum lui sont attribuées sans fondement 16, L'auteur de l'opuscule : De successoribus S. Barnabæ apostoli in ecclesia Mediolanensi, édité par Jean de Deis, en 1589 attribue l'épitaphe de saint Grégoire : Suscipe terra tuo corpus de corpore sumptum à Pierre Oldrado, archevêque de Milan (784-805) 17 ; Sarti estime que cette inscription est bien antérieure à Pierre Oldrado et qu'on la rencontre dans les sylloges du VIe 1. Les premiers vers de cette épitaphe ont reparu parmi celles de l'époque suivante, c'est-à-dire de l'époque lombarde.
A partir du milieu du vii siècle les épitaphes deviennent à Rome de plus en plus rares et de plus en plus incorrectes. Honorius Ier (635-638) ne laissa pas de composer quelques inscriptions pour les monuments de Rome. Il veilla à faire graver l'éloge métrique de ses deux prédécesseurs immédiats, Boniface V et Deusdedit de qui divi torpuerant titula jura sepuleri 1%, Il fit également exécuter en mosaïque deux épigrammes dont l’une dans la basilique Sainte-Agnès sur la voie Nomentane %, On connaît aussi des carmina, dont l’un dogmatique et historique, a été plusieurs fois recueilli par les anciennes sylloges qui l'avaient copié sur les portes de la basilique Vaticane, que ce pape investivit argento et petalis aureis 1, On lit encore le nom de ce pape sur un distique votif connu par la sylloge de Saint-Riquier, avec les épigrammes de la basilique de Saint-Paul *#, Le pape Honorius, nous apprend-on encore, plaça une inscription dans la basilique consacrée à saint Pancrace, dont le corps jadis ex obliquo aulæ jacens, altari insignibus ornato metallis loco proprio collocavit #. Le Liber pontificalis n'a pas tout retenu : multa fecit, quas (sic) enumerare longum est . Le style des épigrammes d'Honorius n'offre aucune originalité, il se distingue plutôt par ses fautes contre la grammaire et contre la métrique. Une autre épigramme placée sur la porte principale du Vatican imite le début d'une épigramme de Pelage II, puis elle emploie les formules dogmatiques du temps, relatives à la controverse naissante avec les monothélites #. Le même carmen fait allusion au schisme d'Istrie, dont parle également l’épitaphe de Thomas, diacre de Pavie.
C'est ce qui fait que les épigrammes d'Honorius, si incorrectes soient-elles, sont fort importantes. Leur auteur paraît être celui qui composa l’épitaphe d'Honorius dont voici le dernier distique ?* : His ego epitaphiis merito tibi carmina solvi, Quod patris eximii sim Bonus (7 ?) ipse memor.
Bonus est un nom rare, à la place duquel on pourrait suggérer Donus, un successeur d'Honorius, en 676.
Depuis 638 jusqu'à la fin du vii siècle, il ne nous reste que bien peu d’épigrammes des monuments de Rome *, on peut rappeler les épitaphes des papes Théodore, Agathon, Benoît II et Jean V au Vatican % et peut-être quelque autre encore. On remarquera principalement les épitaphes de Platon viri illustris curapalatii urbis Romæ et de Blatte illustris ER bn TL M : - À mu 7 Li dr,
SERRE A
r BT e ai e GE 9 pen on ra de _feminæ placées en 688 par leur fils Jean, recteur du patrimoine de la voie Appienne, qui devint pape dans la suite (705-707) 1. En cette même année 688, Serge Ier, comme plura sepulcra pontificum iam celarent tumulum de Léon le Grand, le retira ex abdito et le transféra en un lieu apparent devant la basilique Vaticane ; il fit même tracer une inscription sur le nouveau tombeau ž.
L'épitaphe métrique du roi Ceadwalla, mort à Rome, peu de jours après son baptême, en 689, est d'un homme doué de quelque talent poétique et qu'on dit être Benoît Crispa, archevêque de Milan. Son habileté est attestée par quelques épigrammes. Pendant tout le VIe on ne trouve à Rome ni épitaphe ni dédicace métrique, pas même les éloges des papes enterrés au Vatican. Pierre Mallius, au Xe, cite un hexamètre du tombeau de Grégoire III, mais on peut garder des doutes car on sait que l’inhumation du pape Eugène III, en 1153, au même endroit, fit remanier la tombe du pape Grégoire. De l’épitaphe d’Étienne II on n’a, de même, qu'un seul vers qui pourrait avoir été le début d'un plus long poème. De l'épitaphe de Paul Ier, nous ne savons que ces mots : HIC REQUIESCIT PAVLVS. L’épitaphe d'Hadrien Ier (voir ce nom) ne peut être classée parmi les pièces composées à Rome.
Non seulement les épitaphes des papes du VIIIe ont péri, mais encore les pièces métriques destinées à l'ornementation des édifices sacrés, les seules pièces qui nous sont parvenues sont conservées par des sylloges. Dans celle de Pierre Sabinus on trouve une dédicace de chapelle par Jean VI (en 706), un diplôme de Grégoire sur les biens-fonds de la basilique Vaticane (entre 717 et 739), les actes du concile romain réuni par Grégoire IV (en 732) et les prières liturgiques pour son âme ; encore un breve du même sur les oblations quotidiennes dans la basilique de Saint-Paul, une nolitia nataliciorum sanctorum que le pape Paul Ier ramena des cimetières suburbains au monastère de Saint-Silvestre (797-761), enfin quelques inscriptions placées temporibus Hadriani papæ (772-795), mais aucun carmen.
Peut rapprocher la Chronique rythmée de l'anonyme de Cordoue. L’inaptitude et l'abandon de la versification étaient arrivés à tel point à Rome que presque personne n'y était capable de composer une pièce de vers soit pour dédicace, soit pour épitaphe. On pourra, sans doute, objecter quelques exemples, deux ou trois inscriptions métriques, mais sans importance ni signification.
En ce qui concerne l'épigramme gravée par ordre du pape Hadrien Ier sur une couronne d’or offerte à saint Pierre pro vita triumphisque de Charlemagne, en 774, on remarquera que les noms d'Hadrien, de Charlemagne et la mention des dignités de patrice et de roi, le mot triumphisque mis à la place de pariterque bousculent complètement le mètre. Il est manifeste que c'est une composition antérieure dans laquelle au vers 4 on lisait non patriciatum mais imperium. L’épitaphe d'Hadrien Ier (voir ce mot) a été composée en Gaule par quelque disciple d’Alcuin.
C'est aussi en Gaule et peut-être par Alcuin qu'aura été composée l’épigramme du pallium d'autel offert par Charlemagne et Hermingarde à saint Pierre en 780. A Rome, on ne trouve d'autre exemple au VIIIe d'une inscription métrique que l'épitaphe du diacre Paul, acrostiche et télestique, placée temporibus domini Hadriani papæ, en 783.
Hors de Rome jusqu'à la Renaissance carolingienne. Hors de Rome, nous rencontrons vers la fin du VIIIe et le début du IXe, Venance Fortunat (voir FORTUNAT), de qui il nous reste onze livres de poèmes variés, dont plusieurs évidemment destinés à des monuments publics ; le quatrième livre en entier est consacré aux épitaphes ; ce n'est cependant qu'une partie de son œuvre. Edm. Le Blant a montré, par la comparaison du style, qu'il fallait ajouter aux pièces connues de Fortunat les épitaphes de la reine Austregilde, de Clodomir et de Clotaire, fils du roi Gontran, qui ne se trouvent pas dans le ms. Paris lat. 2832 ; l'épitaphe de la reine Caretena, quoique morte avant la naissance de Fortunat, semble néanmoins l'œuvre de ce dernier.
L'épitaphe de Victorien, abbé d'Asna en Espagne (l. IV, t. x1), est transcrite d'après l'original dans la sylloge Hispana, avec les notes chronologiques. Fortunat s'inspirait des poésies plus anciennes qu'il avait sous les yeux ; il imitait Calbulus dont on conserve les épigrammes relatives à un baptistère en Afrique ; ayant à composer un carmen pour une église dédiée à saint Laurent apud Briones Haliæ castrum, il remania un distique qui se lit encore à Rome sur le grand arc de l’ancienne basilique ad corpus de Saint-Laurent à l'agro Verano.
Telles de ses compositions furent exploitées et reproduites au IXe en Angleterre. E. Le Blant et J.-B. De Rossi ont fait à Fortunat une place importante parmi les épigraphistes : Venantius Fortunatus habendus est inter auctores primarios litteraturæ, ut ita dicam, epigraphicæ christianæ ; eumque præ ceteris imitati sunt poetae ætalis insequentis in Galliis, Hispania, Britannia.
Le manuscrit de Paris lat. 8071 nous donne des inscriptions métriques du monastère de Saint-Columban, dont une au moins paraît antérieure à la mort du saint irlandais (615) ; mais ces inscriptions se rapportent-elles au monastère de Luxeuil ou à celui de Bobbio, c'est ce qu'on ne saurait dire avec certitude. Le carmen intitulé : in capitulum fratrum, qui se lisait par conséquent dans la salle du chapitre, est tout à fait barbare et plus digne du Ve que du VIIIe, quoique brouillés avec la quantité, sont les hexamètres intitulés poculo et clypeo (patenæ), servant à distribuer au peuple la communion eucharistique.
Dans l'anthologie parisienne, ces vers sont placés avec les pièces métriques du monastère de saint Columban : où se lisaient-elles ? On ne saurait le dire.
En Espagne, Isidore de Séville, mort en 636, composa des épigrammes pour les armoires de sa bibliothèque ; inter annos 549 et 572... composita sunt metro dactylico ; sed interdum jam aut singulæ versuum partes aut versus integri simili sono terminantur, quod primum nisi fallor observatur in carmine 593. Inde vero a saeculo septimo medio metra antiqua omnino spernuntur atque carmina novicii illius generis incipiunt, quæ syllabarum quantitate neglecta accentum vocabulorum secuntur.
On en peut dire tout autant des carmina conservés dans la sylloge Hispana XXXT. Les pièces qui s'y trouvent contenues et qui observent les lois du rythme (9-11) sont plus anciennes que le VIe ; dès le commencement de Ce on trouve des carmina rudes et rimés (1, 3, 4 a), … l'éloge de l'abbé Victorien, mort en 560, n’est pas sans élégance vu l'époque tardive, c'est l'ouvrage de Fortunat (4) auquel on ajouta en Espagne des indications chronologiques en une sorte de jargon métrique.
L'épitaphe de saint Léandre, saint Isidore et sainte Florentine (12) est métrique, mais pèche en plusieurs endroits contre les règles ; enfin les poésies acrostiches et télestiques de l'évêque Ascarius et de l'abbé Idemond (7, 8) qui semblent du VIIIe, sont en quasi versus. Dans cette même sylloge on trouve des épigrammes de saint Jérôme pour le tombeau de sainte Paule, épigrammes qui passaient pour des modèles.
C'est ainsi que pour le tombeau de l'abbé Honorius on emprunte deux vers à l’épitaphe de sainte Paule de qui on remplace le nom par les mots : beatissimi Honorii abbatis. De même l'auteur de l'éloge du diacre Romulus à Atripolda exploite saint Jérôme et les auteurs d'inscriptions métriques en Espagne tirent tout ce qui leur convient des épigrammes anciennes.
Au IXe, les Maures envahirent l'Espagne et il s'en fallut de peu que toute culture littéraire ne succombât. Paul Albar, vers le milieu du IXe, écrit à Cordoue : linguam propriam non adverlunt latini, ita ut omni Christi collegio vix inveniatur unus in milleno hominum numero, qui salutatorias fratri possit rationabiliter dirigere litteras. Le même auteur nous apprend que l'art métrique, que les sapientes Hispaniæ ignoraient presque complètement, fut renouvelé ou du moins remis en honneur par Euloge de Cordoue.
Ce fut ce même Pierre Albar ou Alvar qui composa l'épitaphe d'Euloge, martyrisé en 859. Vers la fin du IXe et le début du Xe, Cyprien et Samson de Cordoue composèrent des inscriptions monumentales métriques, à l'exemple des anciens.
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Recueil annuel de toutes les inscriptions intéressantes publiées dans le courant de l'année (paraît d'abord dans la Revue archéologique). — Abhandlungen des archäol.-epigraphischen Seminars der Universität Wien, in-8°, Wien. — The Academy, in-4°, London. — American journal of archaeology and of the history of the fine arts, New-York, London, 1885-1908. — Annalen des Vereins für Nassauische Alterthumskunde, in-8°, Wiesbaden. — Annales de la Société d'archéologie de Bruxelles, in-8°, Bruxelles. — Annales de l'Institut archéologique de Luxembourg, in-8°, Arlon. — Annali dell'Istituto di corrispondenza archeologica, in-8°, Roma, 1829-1885. — Anzeiger für schweizerische Altertumskunde, in-8°, Zurich. — Archæologia or miscellaneous tracts relating to antiquity, in-4°, London. — Archæologia Aeliana, in-8°, London et Newcastle upon Tyne. — Archæologiai Értesítő, in-8°, Budapest. — The archæological journal, in-8°, London. — Archaeologisch-epigraphische Mittheilungen aus Oesterreich-Ungarn, in-8°, Wien, 1877-1897. — Archaeologische Zeitung, in-4°, Berlin. De 1849 à 1867, cette publication porte un second titre : Denkmäler Forschungen und Berichte. Cesse en 1886 et a été remplacée par le Jahrbuch des k. arch.-Instituts. Publie en supplément une revue des découvertes sous le titre de Archæologische Anzeiger. — Archeografo Triestino, in-8°, Triest. — Archæologiai Közlemények, in-4°, Budapest. — Archeologo portugues, in-8°, Lisboa. Archives des missions scientifiques et littéraires, in-8°, Paris, 1864. — Archivio storico per le province Napoletane, in-8°, Napoli. — ρχαιολογική φημερίς, in-8°, Athènes. — Atti della reale Accademia delle scienze di Torino, in-8°, Torino. Atti della reale Accademia di archeologia, lettere e belle arti di Napoli, in-4°, Napoli. — Atti della Società di Archeologia di Torino, in-8°, Torino. — Az Erdélyi Múzeum Egyesület Kiadványai (mélanges publiés par le Musée de Transylvanie), in-4°, Budapest. — Boletín de la real academia de la historia, in-8°, Madrid. — Il Bessarione, in-8°, Roma, 1897. — Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, in-8°, Paris, 1883. — Bulletin de correspondance hellénique, in-8°, Paris, 1877. — Bulletin de la Société archéologique d'Alexandrie, in-8°, Alexandrie, 1898. — Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, in-8°, Paris, 1857. — Bulletin de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, in-8°, Bruxelles. — Bulletin hispanique, in-8°, Bordeaux. — Bulletin des antiquités africaines, in-8°, Paris-Oran, puis Revue de l'Afrique française, Bulletin della Commissione archeologica comunale di Roma, in-8°, Roma, 1872. — Bullettino dell'Istituto di corrispondenza archeologica, in-8°, Roma, 1829-1885. — Bullettino dell'Istituto di diritto romano, in-8°, Roma. — Bullettino di archeologia cristiana, in-8°, Roma, 1863-1894. — Bullettino di archeologia e storia dalmata, in-8°, Spalato, 1890. — Bulletin épigraphique de la Gaule, in-8°, Vienne et Paris, 1881-1882, devenu Bulletin épigraphique, 1882-1886. — Bulletin trimestriel de géographie et d'archéologie d'Oran, in-8°, Oran. — Byzantinische Zeitschrift, in-8°, Leipzig, 1892. — Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, in-8°, Paris, 1854. — Comptes rendus des réunions de l'Académie d'Hippone, in-8°, Bône, 1865. — Compte rendu de la commission impériale archéologique, in-fol., Saint-Pétersbourg. — ρχαιολογική φημερίς, in-8°, Athènes. — πιστημονική πετηρίς, in-4°, Athènes. — Échos d'Orient, in-8°, Paris, 1898. — Hermès, in-8°, Berlin. — Izviestiia russkago arkheologicheskago Instituta v Konstantinopole (Bulletin de l'Institut archéologique russe de Constantinople), in-8°, Saint-Pétersbourg. — Jahrbuch des Kaiserlich deutschen archäologischen Instituts, in-8°, Berlin, 1886. — Jahreshefte des österreichischen archäologischen Institutes in Wien, in-8°, Wien, 1888. — The journal of Hellenic studies, in-8°, London, 1880. — Korrespondenzblatt des Westdeutschen Zeitschrift, in-8°, Trier. — Limesblatt, in-8°, Trier. — Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'École française de Rome, in-8°, Rome, 1881. — Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, in-8°, Paris. — Mittheilungen des Deutschen Palästinavereins, in-8°, Leipzig. — Mittheilungen des kaiserlich-deutschen archäologischen Instituts, Athenische Abtheilung, in-8°, Athen ; Römische Abtheilung, in-8°, Roma. — Mittheilungen der K. K. Central-Commission, in-8°, Wien, 1856. — Μουσείον καὶ Βιβλιοθήκη, in-8°, Smyrne. — Musée belge, in-8°, Louvain. — Museo italiano d'antichità classica, in-4°, Roma. Trois volumes parus, remplacé par les Monumenti antichi pubblicati per cura della reale Accademia dei Lincei, in-4°, Milano. — Notizie degli scavi di antichità comunicate alla reale Accademia dei Lincei, in-4°, Roma, 1876. — Nuovo bullettino di archeologia cristiana, in-8°, Roma, 1895-1923. — Palestine Exploration Fund, in-8°, London. — Papers of the American School of classical studies, in-8°, Boston, 1882. — Philologus, in-8°, Stolbing. — Proceedings of the Society of Antiquaries of London, in-8°, London. — Recueil des Notes et Mémoires de la Société archéologique de Constantine, in-8°, Constantine, 1853. — Rendiconto della reale Accademia di archeologia, lettere e belle arti, in-4°, Napoli. — Revista archeologica, in-8°, Lisboa, 1891. — Revue africaine, in-8°, Alger, 1856. — Revue archéologique, in-8°, Paris, 1844. — Revue bibliographique internationale, in-8°, Paris, 1892. — Revue de l'instruction publique en Belgique, in-8°, Bruxelles. — Revue de l'Orient chrétien, in-8°, Paris, 1896. — Revue de philologie, in-8°, Paris.
Roma, Hermès, in-8°, Berlin. — Izviestiia russkago arkheologicheskago Instituta v Konstantinopole (Bulletin de l'Institut archéologique russe de Constantinople), in-8°, Saint-Pétersbourg. — Jahrbuch des Kaiserlich deutschen archäologischen Instituts, in-8°, Berlin, 1886.
Lyon, à partir de 1899 : Revue épigraphique. — Revue tunisienne, in-8°, Tunis, 1901. — Rheinisches Museum für Philologie, in-8°, Frankfurt a. M. — Römische Quartalschrift für christliche Alterthumskunde, in-8°, Roma, 1887. — Sitzungsberichte der Königlich preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, in-8°, Berlin. — Sitzungsberichte des Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften zu Wien, in-8°, Wien. — Studi documenti di storia e di diritto, in-8°, Roma. — Westdeutsche Zeitschrift für Geschichte und Kunst, in-8°, Trier. — Zeitschrift des deutschen Palästinavereins, in-8°, Leipzig.
H. LECLERCQ.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’). — I. Les anciennes sylloges épigraphiques. — II. Sylloge de Scaliger. — III. Sylloge d'Einsiedeln. — IV. Indices et fragments de sylloges : 1. Ms. Vatic. Palat. 833 ; 2. Ms. Leyde lat. Q 101 ; 3. Fragm. de Bâle ; 4. Inscr. de Belcodène ; D. Fol. 104’ de la sylloge d'Einsiedeln : 6. Mss. inédits de Fulvio Orsini ; 7. Catalogue Libri, n. 495 ; 8. Ms. Vatic. 6808 ; 9, Inscr. d'Aïn Ghorab ; 10. Authentiques de reliques ; 11. Chartes lapidaires ; 12. Ms. de Prudence à Paris, fol. 78 : 13. Poème damasien ; 14. Ms. Paris lat. 7643. — V. Recueils d'inscriptions d'édifices sacrés. — VI. Sylloge de la basilique Vaticane, ms. Vatic. Palat. 491. — VII. Sylloge de Cambridge, ms. Université Kk. IF, 6, alias 2021. — VIII. Sylloge de Tours. — IX. Sylloge de Saint-Riquier. — X. Sylloge 4° de Lorsch. — XI. Sylloge de Peutinger. — XII. Sylloge de Saint-Gall. - XIII. Sylloge n° de Lorsch. — XVI. Sylloge de Verdun. XV. Sylloge re de Lorsch. — XVI. Sylloge de Wurzbourg. — XVII. Appendice au ms. de Lorsch. — XVIII. Sylloge mit de Lorsch. — XIX. Sylloge de Milan. — XX. Sylloges particulières de Nole et de Tours. — XXI. Les livres de Pierre Mallius et de Mafacus Vegius. — XXII. Anthologies épigraphiques. — XXIII. Anthologie de Saumaise, ms. Paris lat. 10318, AXIY. Anthologie de Paris, ms. lat. 4071. — XXV. Anthologies diverses : 1. Isidorienne ; 2. mss. Paris lat. er 2773 ; Valenciennes 393 ; 3. ms Paris lat. 2832 ; 4. ms. Paris 4841, 8093 ; Leyde lat. Q. 69 ẹ Vatic. Reg. lat. 421, 2078. — XXVI. L'épigraphie entre le x° et le XIVe. — XXVII. La Renaissance et l'épigraphie : 1. Pétrarque ; 2. Cola de Rienzo. — XXVIII. Le progrès de l'épigraphie au XVe. — XXIX. Commentarii de Cyriaque d'Ancône. XXX. De Cyriaque d'Ancône à Pierre Sabinus : i. Desiderio Spreti ; 2. Anonyme ; 3. Timoteo Balbani ; 4. ms. Hamilton 26 ; 5. Laurent Pehem ; 6. Félix Felicianus ; 7. Giovanni Marcanova ; 8. Jovanius Pontanus : 9. Anonymus Kedianus ; 10. Ferrarini, 11. Fra Giocondo ; 12. Anonyme ; 13. Pomponius Lætus ; : 14. Bartolomeo Parthenio Benacensis : ; 15. Hieronimo Bonomio ; 16. Giovanni Bonomio ; 17-35. Mss. divers : 36. Martin de Sieder ; 37. Hartmann Schedel ; 38. Filonardius ; 39. Aug. Tyffern ; 40. Henri Peutinger ; 41. Jacq. Lilius ; 42. Marino Sanuto ; 43. Giovanni Bembo ; 44. Andrea Alciati ; 45. Johann Choler. — XXXI. La sylloge de Pierre Sabinus. — XXXIX. L'’épigraphie chrétienne jusqu'à Marini. — XL. De Gaetano Marini à Bartolomeo Borghesi. — XLI Bartolomeo Borghesi, C. Kellermann. — XLII. Le Corpus projeté à Paris : Ph. Le Bas, P. Mérimée, Em. Egger : Th. Mommsen. Les débuts de Théodore Mommsen. — XLIV. Les collaborateurs de Mommsen : G. Henzen, J.-B. De Rossi, Léon Renier. — XLV. Économie générale du Corpus. — XLVI Histoire et analyse des volumes. — XLVII. Suppléments et compléments du Corpus. — XLVIII. Les recueils d'inscriptions chrétiennes : Angleterre, Écosse, Irlande, Espagne, Helvétie, Germanie, Gaule, Rome. XLIX. Les publications périodiques. L. Conclusion. — LI. Les premiers collecteurs d'inscriptions grecques. — LII. Le Corpus inscriptionum græcarum. — LIII. Les Inscriptiones græcæ.
I. LES ANCIENNES SYLLOGES ÉPIGRAPHIQUES. — En 1842, J.-B. De Rossi prit la résolution de recueillir et de publier les inscriptions chrétiennes de Rome antérieures au VIe. Il se mit à l’œuvre avec tant d'ardeur que, deux ans plus tard, le Père Marchi crut pouvoir annoncer au monde savant que le recueil verrait bientôt le jour. C'était aller un peu vite : les entreprises de ce genre marchent d'ordinaire avec plus de lenteur. Ce ne fut qu’en 1862, après vingt ans de travaux patients et obstinés, que parut le premier volume contenant, outre des prolégomènes fort importants, la série de toutes les inscriptions funéraires chrétiennes de Rome à date certaine. Le second volume devait contenir les inscriptions qui ont un caractère historique, par exemple celles qui surmontent les monuments et nous apprennent par qui et à quelle occasion ils ont été construits, les élogia des martyrs et des saints, les épitaphes des évêques et des papes, etc. Par malheur, la plupart d’entre elles ont péri et il n'en reste plus guère de traces aujourd'hui, ayant disparu pour jamais ou ne subsistant plus que sous la forme de fragments brisés, épars et perdus dans l'amas de ruines que la Ville éternelle a laissées.
Mais avant que ces inscriptions eussent entièrement péri, quelques-unes avaient eu l'heureuse fortune de frapper les curieux qui visitaient Rome. Ils les avaient soigneusement copiées, et il s'est trouvé que ces feuillets de papyrus et de parchemin où elles étaient transcrites ont été plus durables que les pierres ou le marbre. J.-B. De Rossi se mit donc à la recherche des manuscrits dans lesquels ces copies nous ont été conservées : il en découvrit un bien plus grand nombre qu'il ne pensait. Quelques-uns avaient échappé jusqu'à lui aux investigations des savants ; d'autres étaient connus ; mais faute de les avoir assez étudiés et comparés ensemble, on n'en saisissait pas bien l'importance et l’on n'en savait pas tirer tout ce qu'ils renferment. De Rossi apporta un si grand nombre de ces documents nouveaux ou renouvelés, que le plan du travail qu'il se préparait à donner fut tout à fait modifié, et le second volume se fit attendre vingt-six ans. En effet, d'extraire de ces manuscrits précieux les pièces qu'ils contiennent ; mais, en y réfléchissant, il considéra que la science exigeait davantage. Comme ils sont aujourd'hui l'unique source de ces inscriptions dont les originaux sont perdus, il lui parurent dignes d'être étudiés à part et pour eux-mêmes. Il faut savoir combien ils sont et ce qu'ils sont, à quelle époque ils remontent et comment ils nous sont parvenus, afin de connaître le degré de confiance auquel ils ont droit. C'est ce qui le détermina, le grand archéologue, à les inventorier,
(HISTOIRE DES RECUEILS D’)
textes latins, mais aucun dont le caractère archaïque il n'avait d'abord d'autre dessein que de les décrire tous l'un après l’autre, à chercher pour chacun d'eux son âge, ses origines, les vicissitudes par lesquelles il a passé, puis à l'éditer aussi exactement que possible. Cette reproduction a fini par occuper un volume entier intitulé : Series codicum in quibus veteres inscriptiones christianæ præsertim urbis Romæ sive solæ sive ethnicis admixtæ descriptæ sunt ante sæculum XVI. Ces codices contiennent chacun une collection qu'on a pris l'habitude de désigner sous le nom de sylloge en déterminant chacune d'elles par le lieu d'origine du manuscrit ou par le vocable du collecteur.
Cette publication apprit à J.-B. De Rossi qu'il s'était jusque-là trompé sur l’époque où commencent ces sylloges et sur le dessein de ceux qui les avaient entreprises. Il avait affirmé, en tête de son premier volume, qu'on n’en rencontre qu'à partir de l'époque de Charlemagne et que, vraisemblablement, l'usage de les recueillir et de les conserver n'existait pas avant le ix° siècle. Il ajoutait que ceux qui en eurent les premiers l’idée ne se préoccupaient pas de l'importance historique des inscriptions, qu'ils n'avaient d'autre dessein que de former des espèces d'anthologies destinées à servir de modèles aux faiseurs d'épitaphes, et que ce qui le prouvait bien, c'est qu'ils n'avaient jamais réuni que des inscriptions chrétiennes. Il s'est trouvé qu'aucune de ces affirmations n'est tout à fait exacte.
On ne peut cependant affirmer qu'il ait existé, dès l'antiquité, des recueils d'inscriptions romaines. Il est évidemment difficile de donner ce titre aux espèces de livres dont parle Aulu-Gelle, où étaient groupés, pour la gloire d'une famille, les élogia de plusieurs de ses membres. Borghesi pense que peut-être Aurelius Victor et les auteurs qui ont fourni la matière du De viris illustribus se sont bornés à copier et à réunir les inscriptions gravées à la louange des grands hommes sur la base de leur statue. Mais en tout cas, un pareil relevé, fait en vue d'un pareil objet, ne serait pas proprement un recueil épigraphique.
Si l'on recherche, d'autre part, les inscriptions romaines en langue grecque, peut-on considérer l'Anthologie comme en étant un recueil ? Les petits poèmes qui la composent sont, pour la plupart, des jeux d'esprit ; bien peu ont pu servir d'épitaphes ou d'inscriptions commémoratives. On y trouve quelques-unes qui permettent de remonter au premier âge des inscriptions romaines ; or, passé ce premier âge, les inscriptions versifiées reparaissent plutôt à une basse époque et aux siècles chrétiens. Il y a donc peu à tirer de ce recueil pour l'étude des inscriptions.
Dans les temps qui ont suivi la chute de l'empire romain d'Occident, il n'est guère probable que personne ait fait un recueil d'inscriptions romaines avant le VIe après Jésus-Christ. Vers cette époque, Rome prenait de plus en plus, aux yeux des peuples d'Occident, le prestige de ville sainte. En même temps que les successeurs de saint Pierre s'efforçaient d'éliminer la suprématie de l’Orient et d'affermir sur l'Occident leur autorité spirituelle, ils cherchaient à attirer à Rome, centre du monde chrétien, les plus témoins d’entre les fidèles. Les pèlerinages au tombeau des apôtres n'avaient sans doute jamais cessé ; mais ils devinrent alors l’objet d’une dévotion plus grande. Pour éclairer les pèlerins dans leurs excursions par la ville et dans leur visite aux tombes saintes, des guides avaient été rédigés : le Breviarium urbis Romæ, dont le classement qui semble contestable, est peut-être du Ve. Mais c'est surtout Grégoire Ier (590-604) qui favorisa cette attraction, appela les étrangers à Rome dont il fit la ville des reliques. Le Curiosus urbis, liste par région des monuments qui existaient au commencement du VIIe, en est un témoignage précieux.
Ainsi, à côté de la piété, la curiosité trouvait place ; les inscriptions, sans aucun doute, frappèrent les regards des visiteurs ; peut-être quelques-unes d'entre elles furent-elles mentionnées ou transcrites dans quel que guide comme le Curiosus, car il y en eut beaucoup de ce genre. Toutefois, c'est seulement à la fin du VIe qu'un de ces itinéraires dans la ville de Rome nous offre un recueil véritable de textes épigraphiques.
II. SYLLOGE DE SCALIGER : — Le manuscrit lat. Vatic. 9146 est la première édition du Corpus inscriptionum de Gruter, sur le premier feuillet duquel on lit cette note : Gerardus Vossius sibi me emit in auctione bibliothecæ Ill. Josephi Scaligeri cui et manu pauca in indice adscripta et in extimo libro inscriptiones plusculæ adjectæ. Gaetano Marini a ajouté ce qui suit en lettres capitales : O. DIVINVS. PLANE. LIBER. QVAM. DISPARI. DOMINAR !S. DOMINO. QVI. ENIM. I. SCA- LIGERI. ET. G. VOSSI. VV. CC. OLIM. FVISTI. CAIETANI. MARINI. NVNC. ES. AB. CVIVS. ETIAM. MALA. MANV. TOTO.
Depuis la mort de Vossius (1649) jusqu’à la fin du XVIIe, époque où vécut Marini, on ignore entre quelles mains se trouva ce livre. Mais Pierre Paul Ginanni, moine bénédictin, écrit de Rome le 21 septembre 1735 à Muratori pour lui communiquer deux inscriptions de Ravenne dont il ne dit pas l’origine ; or, il se trouve que ces deux inscriptions sont au nombre de celles que Joseph Scaliger avait ajoutées à son exemplaire de Corpus de Gruter. Suivant toute vraisemblance, cet exemplaire se trouvait donc à Rome en 1735.
Le feuillet contient quatorze inscriptions ; dont un seul existe encore, le n. 6, à Rimini ; de tous les autres aucun n'a été connu ou copié au XVe ou au XVIe par les érudits de la Renaissance. Le feuillet contient, semble-t-il, huit inscriptions de Ravenne et pas une seule n'a été vue au XVe par Didier Spreti, si curieux cependant de ces sortes de textes. Bien mieux, à l’époque d’Agnellus, auteur, en 839, du Liber pontificum Ravennatensium, ces inscriptions avaient probablement péri. L'inscription n. 13 qui se trouvait dans la basilique de Saint-Laurent in Cæsarea provenait de l'édifice construit ou dédié par l'empereur Valentinien III. Agnellus parlant de cette église et des inscriptions qu'on y peut voir dit que in arcu maioris tribunæ quantum valuit legere ex parte invenit... quod in IV annis el VI mensibus ædificationem consummassent et finila sunt omnia.. Il attribue l'édifice entier à Honorius et la direction de l'ouvrage à Lauricius dont il décrit l’épitaphe et la mosaïque tombale, de Valentinien III il ne fait même pas mention, alors que le feuillet de Scaliger porte ceci : DNPLACIDVS : VALENTINIANVS - PIVS FELIX‘ :AVG-DEDICAVIT :AEDES :SCI + AC BEATISSIMI-MARTYRIS : LAVRENTIS Ce qu'a lu, en son temps, l’anonyme de Scaliger, ne se trouvait déjà plus au temps où écrivait Agnellus.
Cet anonyme ayant copié huit inscriptions de Ravenne, on peut croire que le nombre des inscriptions de Rome était plus considérable. Nous n'en possédons qu'une seule, c'est l'inscription d'une statue de Constantin qui, au dire de l'anonyme d'Einsiedeln, se voyait sur le Forum. Après le Xe on ne trouve aucune mention d'une statue de Constantin au Forum, alors encombré de ruines, aucune mention d’une inscription et d'une statue dédiée à Constantin par Anicius Paulinus. La sylloge qui contient ce renseignement ne peut donc être que plus ancienne que le XIe.
Toutes les inscriptions conservées sur le feuillet concernent l'antiquité (n. 3-7, 10, 12), le IVe et le début du Ve (n. 1, 13), enfin le commencement du VIe (n. 2, 14). Les épitaphes de Trèves (n. 7, 8) sont du IVe ou Ve avant l’année 464. On hésite cependant d'après les indications d’un unique feuillet, à conclure à l'âge de la sylloge. L'auteur appelle toutes les tombes, en général, memoria (n. 2, 5, 7), locution en usage au IVe et au Ve et qu'on abandonna au VIe, où elle fut spécialisée pour les tombes saintes. Le n. 14 porte à admettre que cette sylloge fut formée après le milieu du VIe et avant le IXe ; dans un si large intervalle, on penche plutôt dans le sens de la limite la plus ancienne.
Scaliger a copié les inscriptions d'après ce que le feuillet lui donnait de blancs et les a répartis en trois colonnes, J.-B. De Rossi a rétabli une disposition qui semble se rapprocher plus de celle qui fut observée dans la sylloge primitive 1, de tous ceux qui contiennent de ces sortes de sylloges ; les inscriptions sont présentées est géographique, que celles de Rome sont suivies par celles de Ravenne et de Rimini, on peut supposer qu'elles étaient copiées au cours d'un voyage et transcrites au jour le jour, à mesure qu'elles s'offraient aux yeux du voyageur. On croirait lire, écrit J.-B. De Rossi, le carnet d’un de ces jeunes savants qui courent le monde pour préparer le Corpus inscriptionum latinarum d'aujourd'hui.
Il est donc certain que, bien avant Charlemagne, vers le VIe de notre ère, il y avait déjà des curieux que les inscriptions antiques intéressaient et qui s’occupaient à les recueillir. Ils ne se bornaient pas à choisir les inscriptions en vers ; ils n'éprouvaient aucun scrupule à copier celles qui ornaient le fronton des temples et concernaient les anciens dieux. Ils les prenaient toutes indifféremment, comme nous le faisons aujourd'hui. C'étaient les véritables prédécesseurs des épigraphistes de nos jours. Et cette constatation est digne d'intérêt en ce qu'elle ajoute un trait nouveau à la connaissance que nous avions du siècle de Boèce et de Cassiodore. Les derniers lettrés de cette époque malheureuse s’attachaient avec passion à ce qui restait de l'antiquité. Ils paraissaient avoir le sentiment que la barbarie approchait, qu'elle allait submerger tout ce passé glorieux, et qu'il fallait se hâter de mettre à l'abri ce qui en pouvait être sauvé. Nous savons que les plus illustres personnages faisaient copier et corriger sous leurs yeux et à leurs frais les œuvres des plus grands écrivains et qu'ils voulaient qu'on sût qu'ils avaient participé à ce travail. J.-B. De Rossi nous montre qu'en même temps des voyageurs qui parcouraient l'Italie, frappés de ces belles inscriptions qui couvraient les monuments antiques, prenaient plaisir à les transcrire et, de cette façon, les arrachaient à la ruine qui les menaçait.
Le Pogge l'avait déterré, comme Mabillon « n. 47. Mommsen pense que l'Einsiedlensis avait été M inscriptionum latinarum, t. VI, p. IX Sq., avec une dni Ulrici de Martzüls Peut-être celui-ci l'aura-t-il donné à l'abbaye de d'où il passa au monastère d’Einsiedeln et y resta paisiblement ignoré jusqu’à la visite de dom Mabilon. Le premier des cinq ouvrages reliés ensemble porte le titre : Notæ Julii Cæsari ; ensuite Gesta Salva- ~ loris (l'évangile de Nicodème (fol. 11-34) ; en troisième lieu : Quod diversitas culparum diversitatem faciat pænitentiarum (fol. 35-66), ce sont des canons pénitentiels ; le quatrième opuscule (f. 67-97) est la sylloge d'inscriptions ; enfin une relation de la conversion de Constantin et de la découverte de la croix par sainte Hélène (fol. 98-104 $).
Voici comment Mommsen et, après lui, De Rossi, décrivent la sylloge épigraphique : Libellus quartus constat ex quaternionibus quinionibusve quattuor, 1 Primus fuit quaternio, cuius deest folium primum ; » sequitur quaternio integer, deinde quinio integer ; ultimi quaternionis desunt duo folia extrema. Adsunt numeri I, I, III in extremis quibusque foliis quaternionum vel quinionum (quamquam numerus II fere evanuit) : nihil igilur deest in principio nisi folium primum, quod aut non scriptum fuerit oporlet, aut non habuit nisi præfationem ; incipit enim lexlus fol. 2 … a litlera majuscula qualem præterea liber non habet. La sylloge est donc complète. Le scribe qui copia la sylloge la corrigea aussi d'après le texte qu'il avait sous les yeux ; une autre main ajouta ensuite de petits traits par-dessus les mots abrégés, ajouta des points, changea et altéra de son mieux le texte ; toutefois ce beau zèle dura 1 peu, on n'en relève plus aucune trace après le 1. 69”.
Une topographie de Rome fait suite à la sylloge ;
Ensuite, de la même écriture et sans aucun intervalle (fol. 86’-88 ») sans aucun titre des indications liturgiques pour les trois derniers jours de la semaine sainte, On ne s'explique pas que Mabillon qui avait l'attention dirigée vers les Ordines romani ait laissé À la suite du cinquième opuscule (f. 104« ), le feuillet porte l'inscription de Xanthippa, dont l'original est aujourd’hui à Parme, la transcription est faite en partie en lettres majuscules et avec des accents sur les voyelles. Cette transcription du Xe environ n'a aucun rapport avec le cinquième opuscule, c'est probablement un appendice à la sylloge.
La sylloge d'Einsiedeln n'est pas, à proprement parler, un ouvrage ; c'est la transcription d’un ensemble de notes, assez mal ordonnées par l'auteur. Celui-ci est un pèlerin, qui s'était rendu à Rome, et qui est revenu en passant à Pavie où peut-être il a séjourné. Pendant son pèlerinage, il a composé une sorte de guide comme ceux que l'on mettait à cette époque entre les mains des voyageurs, et il y a joint une centaine d'inscriptions lues par lui sur les monuments païens qui l'avaient le plus frappé pendant son voyage.
Ces inscriptions sont importantes ; quelques-unes sont des pages d'histoire. Leur authenticité est certaine. L'auteur était homme de bonne foi ; celui qui a transcrit le travail était un copiste fidèle : rien ne le prouve mieux que leurs erreurs. Ils ont reproduit ce qu'ils lisaient, souvent sans comprendre, sans rien altérer sciemment, sans chercher à donner aux phrases un sens conforme à leurs idées, Est-ce à l'auteur, est-ce au copiste par exemple, qu'il faut attribuer la forme singulière sous laquelle le manuscrit présente l'inscription de l'Arc de Pavie ? Elle était gravée sur quatre colonnes, cela ne peut faire aucun doute. Mais, écrivant en caractères courants et sans distinguer les lignes, le copiste nous a donné en une seule tout le texte lu horizontalement !, Tous les mots sont fidèlement transcrits, mais pas un d'eux n'est à sa place, et, pour lui comme pour nous, cela ne pouvait avoir aucun sens ; l'exemple est bon à retenir et à rappeler à ceux qui s'attendrissent plus que de raison sur la culture monastique du moyen âge. Heureusement que ce copiste n'était que stupide, il est facile aujourd'hui de rétablir l’ordre véritable des fragments et, après ce redressement très simple, on possède un excellent texte, comme le sont tous ceux du recueil.
On a vu que Mommsen conjecturait que la sylloge d’Einsiedeln avait été copiée sur le manuscrit de Saint-Gall dont Pogge s'appropria les débris. Henzen ad
Il faut reprendre avec un peu de détail l'histoire de la sylloge que l'humaniste Pogge eut entre les mains.
Vers la fin de l’année 1403 Colluccio Salutati écrit à Pogge, arrivé depuis peu à Rome : Video quidem te pauco tempore nobis urbem tolam antiquis epigrammatibus traditurum®, À peine à Rome, Pogge se mit à copier fiévreusement les inscriptions dont il transmit des copies à des correspondants, ainsi qu'on en a la preuve dans sa correspondance en partie inédite et en partie publiée. Au cours des années 1414-1417, il se transporta à Bâle pendant la durée du concile et employa ses loisirs à fouiller les bibliothèques des environs ; ce fut ainsi qu'il tomba en arrêt devant un parvum quaternionem (une fois seulement il écrit quinternionem) contenant des epitaphia, dont plusieurs ne lui étaient pas connus. De retour en Italie et bien chargé de manuscrits, il y rapportait l'epitaphiorum quaternionem, dont l'existence suffisait à émoustiller fort les érudits de sa connaissance, comme nous le voyons par sa correspondance avec Ambrogio Traversari. En 1432, Ambrogio conservait le vieux cahier d'inscriptions au monastère des Camaldules de Florence ; mais une lettre à lui adressée de Rome le III des ides d'avril de cette année lui annonçait la prochaine visite de Pogge à Florence et l'invitait à rendre à son propriétaire : Quaternionem solum ac velustissimum, in quo plura epigrammata Romanæ Urbis scripta sunt non maiusculis sed communibus literis, inquires... ei que (Le Pogge) reslilues, nam suus est. Erat in cellula nostra ef, credo, facile reperietur 3. Pogge parle maintes fois de ce cahier dans sa
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CONTEXTE PRÉCÉDENT :
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Florence ; mais une lettre à lui adressée de Rome le III des ides d'avril de cette année lui annonçait la prochaine visite de Pogge à Florence et l'invitait à rendre à son propriétaire : Quaternionem solum ac velustissimum, in quo plura epigrammata Romanæ Urbis scripta sunt non maiusculis sed communibus literis, inquires... ei que (Le Pogge) reslilues, nam suus est. Erat in cellula nostra ef, credo, facile reperietur 3. Pogge parle maintes fois de ce cahier dans sa
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TEXTE À CORRIGER :
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correspondance conservée à Paris !, à Rome ? et à Florence : Poggius Auguslino Ville pl. salutem dicil. Cum aliis in rebus lum maxime in libris concedendis, mi Augustine, soleo esse liberalis, ita que milterem ad le libenter epitaphia illa quæ pelis, si mecum esseni : sed illa reli qui una cum reliquis meis libris in patria natalis soli. Quare nequeo ad præsens salisfaceré non luæ solum sed etiam meæ in hac re voluntati. Sed | res parvula est Unum enin tantum qguaternionem haud magnum abjectum neglectum que repperi apud Germanos : quem detuli mecum, cum ibi quædam essent quibus careremus : verumlamen quidquid esset, satisfacerem luo desiderio, nisi abesset, ele. Romæ. A Philippe Tifernati $ Epitaphia quæ pelis sunl in patria cum reliquis meis libris. Sed ea parum quid sunt. Unicus parvus esl quinternio, quem inter pulveres repertum in manicam conjeci cum fibros quærem apud Alemannos. Multa quæ habebam ex variis locis in volumen conjecta concedendo aliis perdidi. Vale ete. Romæ X XII Januarii. Nicola Anziani reporte ces deux lettres à l'année 1451, peu de temps avant le retour définitif de Pogge à Florence où il mourut en 1459. Vers la fin de sa vie, Pogge epilaphia ex variis locis in volumen conjecla concedendo aliis perdideral ; mais dès 1430 il avait terminé le recueil d'inscriptions commencé en 1403. Quand ce travail fut publié, il entreprit ses dialogues De varietale fortunæ où on lit au début du livre Ier fum publicorum tum privatorum operum epigrammalta Urbem el foris quo que multis in locis conguisila al que in parvum volumen coacla litlerarum sludiosis legenda se tradidisse ». Le cahier devenu célèbre était conservé, en 1451, cum religuis suis libris à Terranova près de Florence ou à Florence même, où un contemporain dit avoir vu la bibliothè que de Pogge . Après sa moih on perd la t'ace du précieux cahier. J.-B. De Rossi en a retrouvé dans le manuscrit du Vatican 91523 une transcription faite au XVe d’après une copie très corrompue. Il se divise en deux parties distinctes l'une de l'autre, par l'emploi de minuscu les dans la première partie, de majuscu les dans la seconde. Cette seconde partie comprend les inscriptions des monuments qui s'y trouvent décrits ; c'est la sylloge que Pogge commença à préparer lors de son voyage à Rome en 1403 8. La première partie offre un choix d'inscriptions tel que. nous le trouvons dans la sylloge d'Einsiedeln entre les numéros 6 et 51, et dans le même ordre . Voici évidemment le prototype du vefuslissimi gualerniontis non majusculis sed communibus litteris exarati. La première inscription est le n. 6 de la sylloge d'Einsiedeln, ensuite sont omis les n. 9, 10, 11, 13, 18-20, 43, 28, 29, 36, 40, 40g, 41 ; la dernière n. 51 se termine par les mots illud autem. Le reste man que, puis que Pogge n'a trcuvé que quelques feuillets. Pour quoi en a-t-il omis un si grand nombre, on le comprend sans peine : les origin aux existaient, se lisaient en place, Pogge n'a choisi que ce qui manquait à sa collection ; c'est certainement le cas pour le n. 1-5a qui se trouvaient assurément dans le vetus qualernio ainsi que l'a démontré Henzen. Pour les n. 10, 11, 28 la raison est différente, car dès le temps de Pogge les origin aux avaient péri depuis longtemps et les autres recueils du XVe, principalement ceux de Cyria que d'Ancône, ne manquent pas de les emprunter au vieux cahier. C'est volontairement que Pogge a omis les n. 10, 11, 28. Celui-ci (28) lui a paru trop tardif, il est du vu® siècle, les autres (10 et 11) sont « des textes chrétiens sans intérêt histori que, c'est ce qui expli que leur omission. | Nous avons dit que la sylloge d'inscriptions est suivie d'une topographie de Rome que H. Jordan prétend lui rattacher mais dont la date n’a pu être « il fixée d'une manière certaine ; tout ce qu'on en peut dire c'est qu'elle paraît avoir été composée vers l’époque de Charlemagne et le pontificat d'Hadrien. C'est E | bien à ce temps que se rapportent les particularités M liturgiques de l’Ordo pour les trois derniers jours de la « semaine sainte. | Il est impossible d'établir un lien entre la topo- « graphie et la sylloge épigraphi que. Alors que la pre- « mière nomme l'Arc de Titus par son titre, la sylloge l’appelle ad VII lucernas, d'autres différen ces moins « frappantes et plus graves peut-être parce qu'el les “ témoignent de deux façons diverses de s'exprimer sont tout aussi convaincantes. i La sylloge semble devoir être divisée en quatre « sections : 1° Du n. 1 au n. 60 contient principalement des inscriptions d'épo que classi que, avec quelques tituli chrétiens ; 2° Un supplément à ce qui précède tiré d’une autre source, contient les inscriptions du mausolée d'Hadrien, n. 61 au n. 71 ; 3° Vient un livret de pèlerinage aux tombes des martyrs qui a fourni les n. 72 à 77 accompagnés d'indications topographiques ; 4° enfin, un appendice de Pavie donnant les n. 78 à 82. La sylloge se composait de feuillets mal en ordre, le début (n. 7) en offre la preuve et il semble que les inscriptions chrétiennes devaient appartenir à la troisième partie.
La première partie avec son supplément et lappendice de Pavie qui n’en diffère guère comme type | et comme matière peuvent être considérées comme la plus ancienne de toutes les sylloges. On y rencontre des inscriptions de tout genre, les unes historiques, les autres privées, la plupart d'épo que classi que ou du moins impériale, les unes importantes, les autres sans intérêt, certaines enfin (n. 58-60) malaisées à entendre. Mommsen a fait observer que ce recueil, malgré sa variété, a bel et bien exclu les inscriptions relatives aux divinités mythologiques ; le choix est fait parmi les dédica ces du fronton des temp les et plus particulièrement parmi les inscriptions de statues, piédest aux, cippes, etc. Il est peu croyable que ce soit un motif religieux qui ait entraîné cette exclusion, car les manuscrits du vis au 1x siècle ne se font pas faute d'enregistrer toutes les fab les des dieux. L'appendice relatif à Pavie est très court (n. 78-82), et a pu être ajouté longtemps après la formation de la sylloge primitive. Les inscriptions n. 78-80 sont des centons des inscriptions de l'Arc d'Auguste, nous avons déjà vu avec quelle inintelligence et dans quel désordre ils nous sont parvenus et comment Mommsen leur a de nouveau assigné leur ordre véritable. Il est probable que ce recueil a été l'ouvrage d'un voyageur qui passa à Pavie, qui avait abandonné son ancien nom de Ticinum pour celui de Papia et était devenue la capitale du royaume lombard et la principale ville de toute l'Italie après Rome. L'appendice de Pavie et la sylloge entière se terminent par une épigramme en langue grec que in icona $. Petri, qui était dorée. Il existait à Pavie une basili que É _ de Saint-Pierre foras muros cum monasterio, quod | cælum aureum appellalur et (Luitprandus rex) ins4 tituit. Mais avant Luitprand, au début du vue siècle, … existaient une basilica §. Petri apud Ticinum et en 680 une basilica S. Petri ad vincula. Il n’y a auc une | raison pour que l'épigramme grec que n'ait été vue ] par l'auteur de l’appendice ou de la sylloge à Favie, dans la basili que de Saint-Pierre avant le règne de … Luitprand.
Les deux premières parties, si on veut bien reporter le n. 28 å la troisième partie, ne nent auc une inscription plus récente que le vë siècle ; les plus récentes prennent place vers cette épo que, par exemple lesn. 1, 2, en l'honneur de Narsès en 555, et les n. 11, ia ; en l'honneur de Pélage (568-590). Peut-être n'est-ce pas seulement le hasard qui a fait que l'auteur, si attentif aux monuments de cette partie du 1. Forum qui est au-dessous du Capitole, a omis d'enreil gistrer l'inscription de la colonne de Phocas, dédiée en 608, qui s'y trouve élevée. Le collecteur de la syl- “loge place le n. 55, in bibliotheca S. Gregorii, quæ est = in monasterio Clitauri (clivi Scauri) ubi ipse (libros) 17 ET nt G rA
Tout indique que les sylloges épigraphiques ont été assez répandues entre le vie et le x° siècle. Nous ne pouvons mentionner ici que les vestiges, mais c'est une raison de plus de ne pas les omettre : après l'explication, d'une autre main mais de la même époque, on trouve transcrites deux inscriptions, une concernant Vespasien, l’autre un particulier. Nous n'avons nullement ici un appendice à l'ouvrage de Trogue Pompée 1, est rectifié par Albanès, à la fin de la deuxième ligne peut servir de témoin de la culture épigraphique au x° siècle, autant par le soin mis à le transcrire que par le peu d'utilité pratique qu'il pouvait avoir.
Le musée épigraphique du Château Borély à Marseille a reçu en don un fragment d'inscription provenant de Belcodène, il mesure 0 m. 31 en hauteur et 0 m. 30 en largeur ; le côté gauche est intact et très droit ; le biseau manque à la partie du haut, épaisseur 0 m. 19, hauteur 0 m. 04, largeur 0 m. 02 et 0 m. 03. Sous le mot pax la pierre est complètement équarrie, après va en biais. À la fin de la quatrième ligne, il y a, après A, l'amorce d'un B qui n’a pu être reproduit sur le dessin. Le dessin de Bargès reproduit ici où, à la suite du G, il y a \ et non pas L.
Ce fragment servit de banc devant l'église de Belcodène jusqu'en 1838 ; il avait été trouvé dans l'ancien cimetière. En 1883, l'abbé Bargès lui consacrait des reproductions utiles et un commentaire, qu'il avait grandement raison de ne pas « donner comme le dernier mot de la science épigraphique ». Il publiait à la suite un deuxième fragment, également en grès grisâtre, mesurant 0 m. 32 sur 0 m. 30 et 0 m. 12 d'épaisseur avec un biseau, il ne se douta pas que ce fragment pouvait être rapproché du premier et se perdit en conjectures (fig. 5588, 5889).
Quelques autres fragments n'obtinrent pas un meilleur sort et furent déchiffrés vaille que vaille. Ces mêmes débris furent examinés à plusieurs reprises par l'abbé J. Albanès qui écrivit dans ses notes : « La pierre IHVPROPE a 0 m. 33 largeur, 0 m. 32 hauteur, profondeur ou épaisseur 0 m. 22 ; dans ce dernier sens, elle n’est pas complète et on en a fait sauter une partie, et aussi une partie du biseau ; ce biseau se continue sur le côté droit latéral et devait être visible ; il y a là le trou d'un crampon pour le retenir. Le fac-similé de M. Bargès est très infidèle, pour l'extrémité droite de ce fragment, qui est intacte et en ligne parfaitement droite. — La pierre DNIQVE a 0 m. 30 largeur, 0 m. 13 hauteur, 0 m. 38 épaisseur, par conséquent a moins perdu en épaisseur que la pierre précédente. Son biseau est intact, presque le double en hauteur de celle-ci qui en a perdu une partie. — La pierre RIOSV a une quinzaine de centimètres ; elle est certainement de la cinquième ligne, ayant la ligne du biseau équarrie et le vide au-dessous des lettres. — Les pierres IVSPROP (0 m. 12) et RIOSV (0 m. 10) se font suite certainement et sont certainement de la ligne 4. Ligne l PAC ?)RS (certain). Tous ces fragments ont fait partie d'une seule et même inscription. En haut, partout, les lettres de la première ligne sont gravées au sommet de la pierre, il y a à peine un centimètre entre le sommet des lettres et le départ du plan du biseau. En bas, au contraire, il y a cinq centimètres entre le bas des lettres et l'extrémité inférieure de la pierre.
Tout cela avec la hauteur, le biseau, la couleur et le grain de la pierre établit la certitude :
-ECCE DOMUS DNI QVE DVCIT ad
Cette inscription était placée au-dessus d'une porte. Le texte était emprunté à une poésie d'Eugène, archevêque de Tolède (t 657).
IN BASILICA $. FELICIS QUAE EST IN TUTANESIO
Ecce domus Domini quæ ducit ad atria cæli
Gordibus afflictis huc properate viri
Gaudia pro luctu referet, lætus que redibit,
Fuderit hic tristis qui lacrymando preces,
Quatuor in titulis constat hæc janua templi.
Palee ~ Cassits ‘ lucilianus Al unedulcissime seu Mortis“ ~ miseret ~ seu. tēvitae > perlege nômen ~ Xantippe' ~ IALALEA : / Eadem. ~ LVDIC RO QVOT - EXSPIMENS + DOLORE ~ FVGIT - ANIMA : CORPORE - HIC - CONQVI ESCIT - CVNIS - TERRE MOLIBVS - QVAM TRINO - ANNORVM - FILO - PTERREN TIA NOVEM ‘~ POST ~ ménsés r FATACONFICIVN - MALOLAES ~ * IGNTA. ~ TORRET - VLtra QVOT ~ DIES VENVS TA - AMONA ~ INTELLEGENS - ET GARRV LA - QVASIQVA.PIETAS, INSISTAT, CÆLESTI 5 BVSERVIVENTI - INGENIO - SOLI ~ ET LVCI - REddite Altoris-memo rem - que - PARENTES - DIXERANT CVnaissance, Cyria que d'Ancône et plusieurs autres curieux virent à Parme l'original de cette inscription, gravée sur une plaque de marbre, percée d’un trou en forme de losange qui a entraîné la perte de quelques mots des lignes 10-14. Le copiste a négligé les accents de certains mots. Cependant il y a eu un effort méritoire pour faire la transcription en lettres majuscules :
RATI VIRI : GAUDI A PRO LVCTO R eferel letus que redibit ; fuderit HIC TRISTIS QVI LAGRImando PRE CEs : quatuor in titulis constat hece IANVA TEMPLI.
-HOC OPVS BAsilice islius clau DIVS PROPRIO SV miu jecit : par in TROEVNTIB3 PAX EGRE dientibus PARS
Un dessein raisonné et un effort suivi pour reproduire certaines lignes, notamment les lignes 2, 6, 9, 14 doivent être mises au compte du copiste primitif. Dans certains passages difficiles, par celui qui écrivit l'inscription devant l'original ou par celui qui la copia dans la sylloge ! (fig. 5890).
Il faut reconnaître l'original aussi exactement que possible, et les erreurs. On ne peut se hasarder à dire si le texte a été retouché par Pietro Polidoro dans des manuscrits inédits de Fulvio Orsini. Les abréviations conservées par Marini (lignes 1 et 4) indiquent assez qu'il faisait usage d’une transcription en lettres minuscules.
Lapis in museo Parmensi D M XANTIPPES SIVE TAIS CCASSIVS - LVCILIANVS ALVMNAE : DVLCISSM : s SEV : MORTIS : MISERET - SEV - TÉ : VITAE : PERLIGE NOMEN. XANTIPPE - IALALEA : Eadem. ~ LVDICto QVOT - EXPRIMENS : DÔLORR - FVGIT - NIMA corro HIC + CONQUIESCIT - CVNIS - TERRAE. MOLL BVS QVAM TRINO ANNORVM : FILO : PROTERENIA NOVEM POST - MÉNSVM : EATA : COFICIW : Me LVES-IGNITA : TORRET-VLTRA :
VENVSTA - AMOENA : INTEI OVAM SIOVA - PIETAS INSITA VIVENTI INGENIO : SOLI ET.
Formé par M. Guglielmo Libri ; on lit sous le n. 495 : « Homiliæ ss patrum in evangelia IV, folio sæc. VIII. Au fol. 10, une ancienne écriture a noté ce qui suit « au x° siècle à : has litteras in lapidibus scultas ita invenimus extra positis.., Luxovio €t BRIXIÆ. G. IVL FIRMAR. IVS. V. S.L, M. :
Nous avons ici une description du cirque dont l'arène a reçu les débris des chars de course. Le peuple y venait célébrer des libations par lesquelles le caducum limum rorabat. Après que les lois eurent interdit toute cérémonie idolâtrique, cet usage ne laissait pas de se conserver en Gaule, le 22 février, jour de la fête de la cathedra S. Petri, que, pour cette raison, on appelait dies Petri epularum. Le concile de Tours, en 567, porta un canon contre les fidèles qui, en ce jour, cibos mortuis offerunt et sacralas dæmoni escas accipiunt. Un évêque Eusèbe, dont le siège n'est pas connu, pour mettre fin à ces réunions dans le cirque, décida de le changer en église, ce qu'il fit ope Meldi levitæ, il y mit des reliques, invecta beata. Le copiste a fait un peu de gâchis avec les lettres TRON. MTR que J.-B. De Rossi propose de reconstituer ainsi alti TRRONII expression fréquemment employée au vi siècle pour désigner Marie. Eusèbe s'était procuré des reliques de la Mère de Dieu, or nous savons qu'au vi siècle dans tout l'Occident on avait de ces reliques provenant du tombeau de la Vierge à Jérusalem. Cette inscription peut se rapporter à la Gaule, mais on n'en sait pas plus. Ces vestiges, ces débris, ces indices misérables ne permettent pas de douter qu'il ait existé d'anciens recueils d'inscriptions qui ont péri.
La sylloge d'Einsiedeln ne fut pas une production isolée de quelqu'un d'original en avance sur la légion des épigraphistes, c'était l'ouvrage réfléchi d’un homme qui comprenait l'intérêt qui s'attache à des textes anciens pour quiconque veut parvenir à la connaissance de l'histoire. Il y eut ainsi des esprits curieux, plus avides de textes que de commentaires, qui copiaient ce qui s'offrait à leurs yeux, sauf peut-être à ne pas savoir ni pouvoir dire exactement à quelle époque, quel souverain, quel événement ce texte se rapportait. Cela importait peu. Les recueils d'inscriptions étaient un peu aussi des cahiers de modèles.
Dans divers pays, en Afrique notamment, on avait puisé dans des recueils certaines inscriptions. En 1879, à mi-chemin entre Thebeste et Ad medias (Tebessa et Henchir Adjedj) on trouva des débris portant différentes lettres qui reproduisent une inscription qui se lisait, d’après la sylloge d'Einsiedeln, in absida sci Petri :
IVSTIT ice se des f IDEI DOMVS aula pudoris haec est quam cernis pietas QVAM pos SIDET OM nis * QVAE PATris el fili VIRTVTIBVS Inelyta giudet auctorem que suum geni TORIS la VDIBVS E guat :
A+ Hie inhumata pridem carpenta lapsa jacebañl
Ces exercices que l'on faisait faire aux écoliers pour leur apprendre à faire des copies épigraphiques primitives, traduites plus tard en minuscules par les copistes du temps !
La disposition des vers est celle qu'on voit sur les absides en mosaïque, ce qui ne permet aucune hésitation sur l'emprunt.
Comesis frustlis arida el alra salis Hué cernebamus amplas cuneis fluxare catervas KRorare caducum fuso falerno limum.
Stolida peresis litabant volta favillis
Stabal femineo lampa(s } funesta loro.
Post mancipatur sacris umbræ que truduntur in imis Funera quo squalebant ara sacrata micat.
Hane libi Christe ædem parat en quam gratia prisci
Vulneris guttis, abluat alma rubris
À Eusebius invexil hinc le beala sacerdos -
Altithroni maler currens ab arce poli.
Culmine mira novo quæ quisquis perspicis ‘inirenes
Hæc ope levilæ disce dicata Meli.
En Numidie, c'est-à-dire dans la même région, on a trouvé des fragments d'une inscription métrique gravée en très grands caractères au vi siècle ; c'est encore un emprunt à une décoration romaine de l'église Saint-Pierre-aux-liens ; cette composition a été transcrite dans les sylloges de Lorsch, n. 67, et de Verdun, n. 3. (Voir t. vi, col. 1241, pour l'inscription d'Aïn Ghorab).
A Rome, un enfant non moins curieux jeta un jour particulier sur cette question des recueils primitifs d'inscriptions qui étaient non seulement des cahiers de modèles, mais encore des cahiers d’écriture. Sur une plaque de marbre du cirque de Flaminius, on a découvert, grossièrement tracée par la main d'un enfant, une inscription qui est celle de l'arc de Titus : (fig.5891) Senatus populus que romanus divo Titito Vespasianus. Elle est suivie de l'alphabet tout entier. L'époque de cette inscription est fixée par des croix qui précèdent l'inscription et l'alphabet et dont la forme est celle du vi ou du vii siècle. Il est clair que cet enfant transcrivait de mémoire l'inscription qu'il avait apprise dans les apprendre la forme des lettres carrées de la belle époque littéraire. Il existait donc des recueils de ces sortes d'inscriptions.
Ces recueils reproduisaient les inscriptions en lettres d'Alcuin.
V. RECUEILS D'INSCRIPTIONS D'ÉDIFICES SACRÉS. Après avoir parlé des premiers recueils d'inscriptions composés par des amateurs, des curieux, des professionnels, antérieurs à l'époque carolingienne, examinons les recueils d'inscriptions tirées des livres épigraphiques et topographiques des édifices sacrés.
Un d'eux présente un intérêt particulier, c'est un recueil d'inscriptions métriques relevées dans les églises de Rome. Peut-être d'une pièce, au lieu de cela il a été dispersé entre les diverses biographies pontificales depuis Damase jusqu'à Jean VII (t707). La dernière en date de ces inscriptions est celle de Jean VII, ce qui place la Sylloge au viii siècle. Le recueil fournit des textes nouveaux et qui paraissent de bonne note, mais parfois ses reproductions contrastent singulièrement avec celles que nous connaissions déjà. Il semble que son texte ait été retouché afin de mieux s'adapter à celui du Liber pontificalis. Les indications topographiques réclament, elles aussi, une vérification.
Dans la vie du pape Honorius, à la suite du paragraphe consacré à la basilique de Sainte-Agnès, sont intercalés sept distiques qui forment en réalité deux inscriptions distinctes, la première disparue depuis longtemps, l’autre encore lisible au-dessous de la mosaïque absidale. La première se composait de deux hexamètres.
Virginis aula micat variis decorata metallis, sed plus nam que nitel meritis fulgentior amplis.
Ce texte est attesté par cinq recueils classifiés par J.-B. De Rossi. On lit, par contre, dans le manuscrit de Cambridge :
Virginis aula mical pariis decorata metallis sed plus esi meritis splendida virgineis
Le second vers a été refait tout entier et l’hexamètre remplacé par un pentamètre.
Voici le texte de l'inscription de l’abside. Les anciennes sylloges sont d'accord entre elles, sauf une :
CUS Aurea concisis surgit pictura metallis el complexa simul clauditur ipsa dies.
Fontibus e niveis credas aurora subire correplas nubes roribus arva rigans.
Vel qualem inter sidera lucem proferel Irim purpureus que pavo, ipse colore nitens.
Qui potuit noctis vel lucis reddere finem martyrum e bustis hinc reppullit ille chaos.
Sursum versa nulu quod cunctis cernitur uno
Toutes ces insertions, fait observer L. Duchesne, se présentent à l'endroit de la notice de Symmaque où l’on décrit les embellissements apportés par ce pape au mausolée Saint-André et au baptistère. Aussitôt après, le texte du Liber pontificalis parle de l'afrium avec quel que détail. C'eût été le lieu de produire quelques-unes des inscriptions indûment rapportées au mausolée. On n'en trouve aucune ou, plutôt, certaines d'entre elles ont déjà trouvé place plus haut à un endroit qui ne leur convenait nullement. Plus loin, le narrateur, quittant la basilique vaticane, en vient à des travaux ordonnés par le pape Symmaque dans certaines églises de la ville. Ici recommencent les insertions épigraphiques. Elles se produisent à trois endroits, à propos des églises des Saints-Jean-et-Paul, de Saint-Michel et de Sainte-Marie.
Le Liber pontificalis dit que Symmaque fecit gradus post absidam dans la basilique des Saints-Jean-et-Paul, et la sylloge de Cambridge insère neuf distiques relatifs à des peintures murales d'après l'Ancien et le Nouveau Testament (9). Les cinq premiers distiques étaient connus par une autre sylloge qui les place infra ecclesiæ :
1. Templum ingens Domino Salomon rex dedicat, pontifices et plebs magno circumflua cœtu
2. Justus Asa simulacra patrum lucosque profanos susfulit ei matrem regni privavit honore.
3. Josaphat sola confidens laude Tonantis perculit adversas acies hostilibus armis.
4. Ezechias pius in Dominum perque omnia clarus cui Deus ad pilam ter quinos addidit annos
5. Claret mira Dei bonitas in rege Manasse quem regno et veniæ post multa piacula reddit.
6. Qui quondam adiecil moriluro tempora regi hic vitam ad carnem potuit revocare sepulti,
7. Pellit ab obsessis immundas qui legiones hic nostros hostes premal et iuvel arma suorum.
8. Corruilura docel Christus decora inclita templi condens in melius instauranda diebus.
9. Ostendit Christum populis baptista Iohannes hic est agnus el hic qui tollit peccata mundi.
Les quatre distiques (6-9) faisaient pendant aux quatre autres (1, 3-5). L'Ancien et le Nouveau Testament se répondaient ainsi : 1, dédicace du Temple, et 8, prédiction de la ruine du Temple ; — 3, triomphe de Josaphat, et 7, guérison du possédé de Gérasa ; — 5, pénitence de Manassé, et 9, baptême du Christ. Quant au distique 2, zèle d’Asa contre les faux dieux, le tableau du Nouveau Testament qui y correspondait ne nous est pas connu.
À l'église Saint-Michel, le Liber pontificalis dit que Symmaque agrandit la basilique, fit des degrés mais il ne parle pas de baptistère. Cette eau a pu servir pour un baptistère. La sylloge de Cambridge insère, à propos de cette église, deux pièces (10, 11) :
Cette dernière pièce se lisait au baptistère de Saint-Paul : in absida ad fontem, ainsi qu'en témoignent les sylloges d'Ensiedeln, de Tours, de Würtzbourg et de Saint-Riquier.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
La sylloge de Verdun donne les quatre premiers distiques sous la rubrique : Isti versiculi sunt scripti ad fontes et les trois derniers sous cette rubrique : Isti versiculi scripti sunt ubi pontifex consignat infantes ; ainsi la première inscription : Sumile perpetuam avoisinait la fontaine baptismale, et l'inscription Isfie insontes se trouvait dans le consignatorium où l'évêque confirmait. Il y a, de la comparaison des sylloges de Verdun et de Cambridge, quelques corrections à relever :
l. 5 : honorem (v) ;
l. 6 : piam (v) ;
l. 7 : nam (v) ;
l. 8 : claustra (v) ;
l. 13 : generale (Y) ;
l. 14 : Spirilus (v), au lieu de amorem, vilam, iam, regna, generande, Ghristus.
À la ligne 7, limina (c) au lieu de lumina (v).
À la ligne 8, au lieu de in terris (c) ou de in amplis (v), on peut proposer in templis.
Où se trouvaient ces inscriptions ? La sylloge de Verdun transcrit les deux textes (10, 11), à la suite d'autres inscriptions appartenant à des sanctuaires de la voie Salaria et de la voie Nomentane ; les trois textes qui précèdent les nôtres (épitaphes des papes Sirice, Marcel et des saints Félix et Philippe) se lisaient dans la basilique de Saint-Silvestre, sur la voie Salaria et la rubrique Isti versiculi sunt scripti ad fontes qui suit immédiatement l’épitaphe des saints Félix et Philippe semble indiquer qu'il s'agit des fonts baptismaux de la même église. J.-B. De Rossi et L. Duchesne regardaient plutôt du côté de Saint-Pierre et ce n'est pas la sylloge de Cambridge qui induirait vers une autre explication. Entre (10) et (11) évidemment copiés au même lieu, elle insère le distique qui manque dans le recueil de Verdun : Simacus h une statuit... Ainsi encadré, ce distique ne peut guère avoir une autre provenance que les deux autres textes. Dans ces conditions, il faut bien se rappeler que Symmaque fit travailler au baptistère du Vatican, qu'il y renouvela l'œuvre de Damase, quicquid erat incipit esse novum.
En somme, les attributions de la sylloge épigraphique de Cambridge sont erronées pour ces quatre inscriptions qu'elle rattache à l'église Saint-Michel. Les trois premières étaient à Saint-Pierre, la quatrième à Saint-Paul.
Après le (12) on lit : Item ad sanctam Mariam, ce qui n'est pas tiré de la sylloge mais du Liber pontificalis, lequel ajoute : oratorium sanctorum Cosmæ et Damiani a fundamento construxit. Au XVIe, et plus tard, on désignait toujours la basilique libérienne par l'expression S. Maria maior ou S. Maria ad Fræsepe, mais S. Maria sans plus. Il en était autrement au VIe, c'est-à-dire au temps où fut rédigé le Liber pontificalis.
Le texte qui est placé en cet endroit, sans aucune rubrique de recueil et simplement en vertu d'une conjecture du compilateur, se lisait en réalité dans l'abside de Saint-Pierre *. Il se compose de quatre hexamètres (13) :
iusticie se des, fidei domus, aula pudoris
Hie sibi constituit tumulum iussit que reponi presul Iohannes sub pedibus Domine, commillens animam sanctæ sub tegmine matris innuba quæ peperit virgo parens que Deum.
Hic decus omne loco prisco squalore remoto è contulit ut slupeat prodiga posteritas, non pompe studio quæ defluit orbe sub ipso, sed fervore pio pro genitrice Dei.
Non parcens opibus, pretiosum quicquid habebat in tua distribuit munera, sancta parens.
Pauperibus reliquum munus dedit, indicat hospes fessus ab Oceano qui tenus Urbe venit.
Cum viclum inveniet quo vitæ seria sumal hine apud Excelsum spes érit, alme, tibi.
De cette étude il ressort que les pièces intercalées dans la notice de Symmaque sont suspectes.
1° Au mausolée de Saint-André sur cinq textes qui devraient s'y trouver, trois sont dans l’afrium, deux à la chapelle Saint-Sosse et non à celle des saints Prote et Hyacinthe.
2° Aux fonts baptismaux de Saint-Pierre, un texte invérifiable mais qui peut être exact.
3° Dans les églises de Rome, la vérification est satisfaisante une fois sur douze, les onze autres inscriptions sont faussement attribuées, …
On peut conjecturer, sinon conclure, que l’interpolateur du Liber pontificalis de Cambridge n'a pas reproduit exactement la sylloge épigraphique dont il a distribué les pièces dans son texte.
Il ne s'est pas contenté de corriger, à diverses reprises, il a introduit le nom du pape Symmaque en des textes où il n'avait que faire ; il a même fabriqué des vers, des distiques entiers pour en faire honneur à Symmaque, et l'explication qu'on suggère est celle-ci :
La sylloge épigraphique était disposée à peu près dans l'ordre où nous rencontrons les inscriptions, l'auteur les a réparties suivant l'ordre chronologique des biographies pontificales !,
Quelques inscriptions où figuraient les noms de Damase, de Félix IV, de Jean III+, d'Hogorius, ne lui auront pas fait plus de difficulté.
Mais le groupe (5-18) l'a embarrassé ;
le premier texte (5) portait le nom de Symmaque et il a conclu que (5-17) appartenait à Symmaque.
… Vient ensuite l'EPITAFIVM GATVLAE FAEMINAE INTVS Pa “IN TEMPLO, mais les deux premiers vers sont ceux du baptistère de la basilique ostienne, rapprochés à tort avec des textes métriques où on découvre au moins six inscriptions différentes : celle d'un protoscriaire de l'Église romaine ! : les hexamètres bien connus d'Hôrorius et de Placidie sur l'arc triomphal de Saint-Paul : une épigramme votive inédite du pape Étienne Ier ; l'éloge funéraire d'un jeune garçon ; le poème damasien des martyrs Félix et Adauctus {voir Dictionnaire, t. v, au mot FÉLIX) enterrés dans la catacombe de Commodille (voir ce mot) à la droite “de la basilique ostienne . … De la voie d'Ostie, la sylloge se transporte sur la voie Tiburtine et donne, chacun avec son titre, … deux poèmes damasiens en l'honneur des plus célèbres voies, saint Hippolyte (voir ce nom) et saint Laurent. … Ce dernier est déjà connu par le ms. Vat. Palat. 435, f. 81. Dans le poème concernant saint Hippolyte, le premier vers est placé là par erreur : en réalité, il termine l'éloge métrique du martyr Gordien, inhumé sur la voie Latine et cet indice est précieux puisqu'il nous montre que le livre dont dépend la sylloge de Corbie ne se transportait pas d'un bond de la voie d'Ostie sur la voie Tiburtine, mais suivait son parcours régulièrement par la voie Appienne, la voie Latine et la voie Labicane. Aussi lors que notre anthologie passe brusquement de la voie Tiburtine à la voie Salaria, sautant par-dessus la voie Nomentane, sommes-nous fondés à croire que ce nouveau bond n'existait pas dans le livre original. Une fois encore, nous rencontrons une marmelade de textes, et certainement la plus inextricable de tout le recueil, plus de cent hexamètres sans titre ni indication quelconque. Seulement deux lettres majuscules de grande dimension et le vide d'une ligne interrompant le gâchis. Dans tout cela, J.-B. De Rossi découvre huit pièces distinctes, dont sept sont déjà connues par les sylloges et une huitième entièrement nouvelle et très importante. C'est l'éloge ou plutôt la biographie d'un pape en cinquante-six vers, son nom devait se trouver dans une notice en prose à la fin de ce poème, malheureusement la notice Les Mauristes voyant au début de la sylloge des inscriptions de l'épitaphe de Gatula... Puis une nouvelle marmelade de textes martyrs enterrés dans les cimetières de cette D’) 886 manuscrit. Le poème commence par ces mots : Quam domino fuerant devoia menie parentes ; il se trouve parmi des monuments tous provenant de la voie Salaria, où plus d’un pape fut enterré, en particulier, au cimetière de Priscille.
La sylloge va toujours droit devant elle, sans revenir sur ses pas.
La seconde partie de la sylloge n'est séparée de la première ni par un signe quelconque, encore moins par un titre. Ici, on ne trouve plus aucune indication topographique. Après le poème damasien pro reditu cleri, avec un intervalle d'une ligne, on lit :
Orhde dulcis anima acervo mihi funeræ rapta : fedare. Qui lantum properasti matris : seneclam Uberib : fidei nutriens dea beatum Qui pro se passurus eral mala cuncta libenter, etc.
Les deux premiers vers regardent l'épitaphe de Rhode. Les deux vers suivants n'ont aucun rapport avec ceux qui précèdent, ils sont le 6° et le 7° vers du poème : Quam domino fuerant... dont il vient d'être question, et le texte continue jusqu'à la fin. En somme les deux vers O Rhode... étaient les derniers de l'exemplaire lacéré et mutilé à la fin, suivi en premier lieu par l'auteur de l'anthologie. Le vers Uberibus fidei... ouvrait le deuxième exemplaire qui, lui, était lacéré et mutilé au commencement, et à qui manquaient les six premiers vers du poème Quam domino.. Le copiste de Corbie ou bien l'auteur du recueil qu’il a copié a fait la soudure de deux exemplaires sans indiquer la lacune, sans la soupçonner.
Le poème réputé damasien pro reditu cleri, l'épitaphe entière de Rhode et d'autres vers font un mélange de trente-six hexamètres et pentamètres, parmi lesquels on rencontre l'éloge damasien de saint Saturnin et deux épigrammes se rapportant à sainte Félicité et à ses sept fils. Tout ceci se rapporte encore à la voie Salaria. Avec l'intervalle d’une ligne, — peut-être suivent trois hexamètres damasiens qui se rapportent également à la même sainte Félicité. Mal à propos, sont rapprochées les épitaphes métriques de Pacius et de Venantius. On retombe alors dans un nouveau mélange de vingt-trois vers où se trouvent une épitaphe de Licinia, celle de Probus, un distique anonyme et l'inscription du pont Salario. Nous n'avons pas quitté la voie Salaria.
Nous passons sur la voie Nomentane. Un groupe de dix-huit vers donne deux inscriptions du pape Honorius Ier dans la basilique Sainte-Agnès ; un tétrastique sur les dévastations commises par les Goths qui, campant sur la voie Salaria, ont dû occuper également la voie Nomentane qui est proche. Dans les groupes suivants l’ordre topographique est assez malmené. De la voie Nomentane on nous conduit sur la voie Appienne que concerne un centon de vingt et un hexamètres. Ce sont les vers de Damase pour les apôtres Pierre et Paul ad catacumbas, l'éloge du martyr Euticius et deux vers inédits qui, d’après d'autres manuscrits, appartiendraient à l'épitaphe d'un saint lecteur ayant nom Paul. Cette inscription du lecteur Paul, dans les autres sylloges épigraphiques, précède immédiatement l'éloge damasien du martyr Tiburce, vénéré sur la voie Labicana. Dans la sylloge de Corbie suit un centon de plus de cinquante vers qui met ensemble sept épigrammes toutes connues par les sylloges.
887 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES
Suit l'éloge de Droctulf, inhumé à Ravenne ; c'est le seul poème étranger à Rome parmi ceux dont se compose cette seconde partie. On trouve ensuite l'éloge isolé d'un certain Priscillianus qui fut, dès sa jeunesse, præpositus, peut-être de la basilique de Saint-Laurent in agro Verano que concernent sinon tous, du moins beaucoup et même la plupart des poèmes qui se suivent jusqu’à la fin de la sylloge.
L'épigramme suivante, nouvelle aussi, parle d'un lévite nommé Florentius. À une autre épigramme, manque le pentamètre du premier distique : Claudia nobilium prolis generosa parentum Hiec ja cet hinc anima in carne redeunle resurgel “Eternis X pi munere digna bonis.
Vient alors un centon de trente-sept vers composé de pièces et de morceaux. Il commence par un éloge funéraire en deux distiques ; ensuite une épigramme en quatre distiques, aussi inconnue que le précédent ; après cela l'éloge d'une vierge, a teneris Christo quæ creveral annis, qui a reçu le voile sur son lit de mort ; les autres sylloges lui donnent le nom de Juliana :
Hanc düm corporei premerent vicinia leti Sponsa diu nubit per sacra vela Deo Pour finir, l'épigramme de l'évêque Léon, martyr, vénéré à l'agro Verano, dont le marbre original a été retrouvé mis en pièces.
Suit l'éloge d'un personnage ÉS par son éloquence à la curie et fameux par ses écrits, le nom manqué. Dans d'autres sylloges cet éloge fait partie d'un groupe de poèmes de la basilique Saint-Laurent.
Enfin, un dernier centon de plus de cinquante vers commence par l'éloge funéraire de Justus et Théodosia : Ipsa licel seni breves est guage) clauditur ætas L'épitaphe d'un jeune garçon nommé André : Hoc situs est tumulo castus de semine casto L'éloge d'un comédien nommé Vital : Quid tibi mors jaciam qu'a }e nulli parcere nescis.
X. SYLLOGE IV° DE LORSCH. — En décrivant plus dit qu'il se composait de plusieurs sylloges épigraphiques distinctes. La quatrième partie, qui est aussi la plus ancienne de toutes, doit être traitée séparément des autres. Après que le copiste de Lorsch eût formé une sylloge romaine antérieure à la moitié du ix siècle, il y ajouta les epitaphia apostolicorum in ecclesia beati Petri d'après un original de la fin du VIIe, ensuite une sylloge italique circumpadane et subalpine d'après un recueil ou des notes du Ve ou du début du ix ; une autre main présente très différent et que l’une accueille beaucoup d'épigrammes que l’autre écarte. On peut lui assigner à peu près la même époque, première moitié du ix* siècle ; quant aux sources auxquelles elle est débitrice, on ne peut les reporter avant le VIe.
Il contient des poèmes d'Eugène de Tolède, de Paul Diacre, d'autres feuillets 31-51 contiennent d'anciennes inscriptions ; il y a deux pièces nouvelles dans le ms. Harl. 3885, -de Saint-Gall 271, du x° siècle, renferme des lettres S à Rome où il vint avant 767, ensuite une deuxième
RECUEILS D’
de poèmes latins, telle qu'il s'en fit qu'un si grand nombre semble-t-il, au delà des Alpes, à l’époque carolingienne, principalement en Germanie ou dans les productions funéraires extraites d'une sylloge assez semblable à celles qui ont servi aux recueils de Saint-Riquier et au supplément de Lorsch. Cette sylloge n'a pas de titre général et les pièces qu'elle contient n'ont ni titre ni désignation topographique ; le plus grand nombre est simplement distingué par le mot Epitaphion sans autre détermination. On trouve ainsi dix pièces distinctes, mais il en est ici comme dans la sylloge de Saint-Riquier, on trouve plusieurs fois des textes indûment amalgamés, ce qui permet de distinguer en tout quinze pièces. Duemmler, dans Zeüschrift für deustches Alterthum, t. xx1, p. 84-470, a avancé que toutes ces épigrammes avaient été éditées par Gruter d’après le ms. Vat. Palat. 833 ;
Ge petit recueil se trouvant rapproché des lettres d’Alcuin, on peut se demander s’il en est l'auteur, il aurait groupé ces épigrammes pendant un voyage en 781. On en peut douter, voici pour quoi. Les titres qui précèdent ces quatre inscriptions sont évidemment orthographiés par un allemand incapable de parler et d'écrire le latin correctement : ad corbus pour ad corpus ; in borlis sci Betri abostoli ad corbus ;
L'ordre suivi par la sylloge est très différent de l'ordre chronologique, ainsi qu’on peut en juger : I, a, 607, IT, a, 532 : — III, 4,530 ; — IV, a, 498 ; — V,a, 535 ; — VL a 605 : = VIL a 618 : — VIIL à 658 JC B uivent l'ordre chronologique, d'où on peut induire que l'auteur de la sylloge vivait à la fin du vn siècle, “pape Serge Ier fit pour la tombe idéale :saint Léon, en 688, man que ici, nous pouvons admettre que le recueil a été fait entre : 686 et 688. P On s'étonne de ne pas trouver parmi les epitaphia pie Grand, ainsi que plusieurs autres qui se trouvaient | sous le porti que de la basili que vaticane depuis le | A0 siècle jusqu'au x° siècle. Dans le Vita. Gregorii ~ Magni, écrite au 1x° siècle, Jean Diacre nous dit ceci : i4 huius venerabile corpus in extrema porticu. B. Feltri ~ aposloli ante secretarium quo videli cet LEO, SIMPLICIVS, f | NONNVLLIS ALIIS fumulati SVIS HACTENVS EPITAPHIIS “ 'PRAEDICANTVR sepultum tali titulo decoratur. Au xrr° siècle, Pierre Mallius vit in porticu et navi pontificum =~ outre la tombe de saint Grégoire le Grand, cel les de M Pélage Ier, des trois Boniface, de Séverin, de Jean IV, … de : Théodore, sans parler de pontifes postérieurs - au vu siècle. O n'se demande pour quoi le collecteur T a omis ces épigrammes. : Peut-être le copiste de Mn Corsch n'avait-il qu'un modèle ‘très incomplet. — Quoi qu'il en soit, il reste de tout ceci à conclure que | le jésuite Papebroeck a ajouté une sottise à beaucoup — d'autres dont il est l'auteur responsable quand il a soutenu que les tombe aux des papes n'avaient été L ornés : d'épitaphes qu'au xr sièclel La sylloge IIS | {de Lorsch se charge :de le réfuter. ainsi complété par une sylloge serait doublement précieux, mais il semble bien perdu pour toujours. Le f. 212 est déchiré, ce quia entraîné la perte de quelques vers dans les épigrammes (3) et (7) : Ailleurs, par endroits, l'écriture est effacée, quelquefois le copiste a interrompu la transcription pour se conformer à son modèle. Cette transcription achevée, on pracéda à une © revision pour corriger ou ajouter les lettres manquantes qui furent placées en interligne ; lors que le collecteur n'était pas en mesure d'intervenir, il a écrit R fequire ) (n. 3, 8, 13 a, cf. n. 17). Il est d'autant plus regrettable que cette Ssylloge ne nous soit pas parvenue dans son intégrité qu'elle recueillait les inscriptions urbaines et suburbaines, plaçait des indications topographiques très attentivement rédigées ; en outre les leçons sont généralement correctes et plusieurs épigrammes sont nouvel les (n. 2, 5,6, 11,19, 23-26, 29). seculo pula XI sub Sergio III... variorum pontificum in peu après la date de 686 : Comme T'épitaphe que le | L apostolicorum l’épitaphe célèbre de saint Grégoire | ~ CELASIVS ar que SYMMACHVS apostolicæ sedisepiscopi, CVM |
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 890
il ne fut plus question de la sylloge de Verdun. Le cata_ logue de Haenel, Catalogus codicum Gall. Germ. Hisp., | cf. O. Marucchi, Il valore topografico della. silloge di La sylloge entière se compose de deux parties. La première du n. (1) à (29) donne des inscriptions chrétiennes d'après les monuments de Rome et des environs | sans aucun choix : inscriptions dédicatoires, votives, funéraires, enfin de simp les épitaphes. Le collecteur n'a eu d'autre préoccupation que de rassembler des épigrammes. À partir du n. (30) commence une autre série distincte'et différente de la première, avec ce titre : ISTA EPITAPHIA INVENIMVS IN ECCLESIA SCI PETRI, et alors vient une série d'épitaphes de papes. accompagnées de notes historiques, laquelle s'arrête, faute de ~ place, après le n. (32) ainsi que nous l'avons dit déjà.
La sylloge 11 de Lorsch (décrite dans le paragraphe précédent) nous rend dans une certaine mesure la partie perdue puisqu'elle contient les epitaphia apostolicorum in ecclesia S. Petri..
La première partie, quoi que l'ordre en soit troublé, né laisse pas de suivre l'ordre topographi que. De (1) à (7) elle donne les inscriptions des églises urbaines, auxquel les il faut ajouter trois numéros (27-29). De (8) à (26) elle recueille les épigrammes suburbaïnes, la plupart. provenant des cimetières de la voie Salaire nouvelle avec quelques-uns de la voie Nomentane qui est proche. Les numéros (25) et (26) peuvent y être ajoutés, quoiqu'ils semblent plutôt devoir être attribués au baptistère de la basili que Vaticane. On peut donc rétablir l'ordre topographi que dans l’ordre suivant : Via Salaria nova, mil. I, n. (12,13, 13 a, 14,15) : Via Salaria nova,mil. I1,n.(8.9,10,11,16) ; Via Salaria nova, inter. mil. IT et ITI, n. (20) : Via Salaria nova, mil. III, n. (21, 22,93, 24) ; Via Nomentana, n. (17, 18, 19).
La plus récente des inscriptions contenues dans cette sylloge est le n. (30) de l’année 688 ; le premier recueil de ces inscriptions n'est sans doute pas postérieur de beaucoup à cette date. A l’épitaphe du pape Sirice A s =- - = P apm aj tm op pps JE ns ES es ad
891 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) | T
enterré, d'après les anciens topographes, ad pe des Silvestri, dans sa propre basili que, nous lisons ceci dans la sylloge (n. 21) : ad 5. Silvesirum ubi ante pausavit super illo altare. Or le corps de saint Silvestre a été ramené d’une basili que suburbaine en 761 dans le monastère construit par Paul If. L'annotation ne peut donc pas être antérieure à l’année 761 et ne doit pas lui être postérieure de beaucoup. On en peut conclure que la sylloge de Verdun, dans la forme où elle nous est parvenue, doit être reportée au vue siècle, L'auteur nous fait voir la voie Salaria encore jalonnée d'églises, de tombes et ornée d'inscriptions. Si donc les corps des martyrs étaient encore dans leurs tombes suburbaines, il faut en induire que le premier collecteur les y a vus, par conséquent avant qu'on ait commencé à tout ramener dans la Ville. Ceci ne contredit nullement la mention chronologi que du n. (21), car il n’est pas prouvé que Paul Ier ait fait rentrer les corps saints des cimetières de la voie Salaria, immédiatement à la suite du corps de saint Silvestre. La sylloge de Verdun est probablement contemporaine de la fin du Ve des pontificats de Hadrien Ier et Léon III.
XV. SYLLOGE I DE LorscH. — On a déjà dit que le manuscrit de Lorsch (Vat. Pal, 433) se compose de plusieurs parties d’origine différente. Il commence par une sylloge romaine qui, avec la sylloge circumpadane et subalpine, sert de base à ce récueil épigraphi que. | Cha que pièce (sauf la trente-cinquième et dernière) est précédée d'une indication topographi que à l'encre rouge. Comme dans les autres sylloges on trouve ici au début les épigrammes de la basili que de SaintPierre au Vatican. : In paradiso (1) :. in fronte (2) ; | superliminari in introilu (3), in porta dextra (4), in sinisira (5) ; in throno (6) ; in altare (T) ; in pallio altaris (9) ; ensuite il va au baptistère : ad Jontes (10). De là le collecteur passe à Saint-Jean de Latran où il commence par les fontes (11), ete. L'épo que à laquelle remonte cette sylloge I de Lorsch peut être déterminée | sans aucun intervalle, d'une écriture de la même épo que, mais plus petite et d'une autre main, on | une collation du manuscrit par K. Müller. Nous avons ici neuf épigrammes et une inscription incomplète (n. 5). Toutes ces piè ces se rapportent aux monuments chrétiens de Rome, sans auc une préoccupation topographi que. Quoi que coupé en deux le n. (1) ne forme : # | qu'une seule inscription avec le n. (4) ; les éloges des papes (7, 8) se rapportent à la basili que de Saint- “ | Pierre, ce qui ne les empêche pas d'être séparés du n. (4) par les numéros (5, 6). De même les numéros (3 et 9) appartiennent à la basili que Saint-Laurent in agro Verano. La sylloge de Wurzbourg appartient « au 1x* siècle. Le n. (6) appartient à l’année 821. Le « i n. (3) est nouveau et le texte très correct peut être utile pour amender d’autres sylloges. Celle-ci a été | étudiée et éditée par De Rossi, Inseripliones christina 1 urbis Romæ, t. m, part. 1, p. 154-157. i XVII. APPENDICE AU MS. DE — Ilnes 'agit à que du f. 54 ve et du f. 55 r° qui étaient demeurés en 4 | blanc on ne sait pour quoi, par un copiste qui, au ~| IXe, écrivit les ff. 551-82. Quand l'ouvrage fut « terminé, une main du 1x° siècle s'avisa de remplir ces deux pages blanches par des épigrammes, au nombre « de trois, empruntés à une sylloge romaine. Cf. De i XVIII SYLLOGE me DE Lorscx. — Jusqu'ici nous n'avons parlé que de sylloges concernant Rome et sa banlieue, el les ne sont pas les seu les, d'autres + se composent d'inscriptions étrangères à la Ville éter- « « nelle. C’est d’abord la troisième partie du ms. de | Lorsch (Vat. Pal. 833) qui renferme des inscriptions de la vallée du Pô.et de la région subalpine, copiées | vers la fin du vire siècle, à Milan, à Favie, à Plaisance, à | à Verceil et à Ivrée. El les sont toutes chrétiennes et 1 | métriques : plusieurs sont de saint Ambroise (voir | ainsi que les deux suivantes (4 et 5) qui portent son nom. Pour le n. (4) nous n'avons que le témoignage de la sylloge, car l'original existe encore et ne lui est pas attribué, le texte a été donné par Mommsen, dans Corp. inser. lat., t. v, n. 6240. Pour les épitaphes sui| vantes (6-10) le lieu d'origine n'est pas donné, il est | possible qu'el les soient milanaises. Du n.(11) au n. (23) on trouve les epitaphia civitatis Papiæ (Pavie). L'épigramme(13)se trouvait in introitu ecclesiæ S. Michælis, les n. (14-16) se rapportent probablement à la même église, quant aux n. (17-20) in quædam ecclesiæ (sic) il n’est pas possible de rien préjuger. Les n. (21-23) in ecclesia beati Anastasi, quam construxit Leutbrandus rex in Italia, ce qui concerne probablement l'église de la villa royale de Luitprand. L'indication in Jtalia est à retenir parce que nous savons qu'à la belle épo que du royaume lombard on disait de ceux qui allaient à Pavie qu'ils allaient « en Italie ! ». Le n. (24) est affecté à l’ecclesiæ beali Antonini à Plaisance ; le n. (25) item ibi, ainsi que les n. (26-29) qui ne portent _ que le mot EPYT qui semblent bien se rapporter à PIARANC Les n. (30-35) appartiennent à Verceil. Le n. (36) epyt. civ. Eureiæ concerne Ivrée, et termine la sylloge.
Ce que nous venons de dire du terme alta employé de façon antonomasti que pour Pavie indi que clairement que la sylloge a été composée à une date où le royaume lombard était florissant. L'épigramme (11) placée à Pavie en 778 rappelle que la ville fut conquise de toutes ; aussi on peut admettre que la sylloge aura | été composée au moyen de plusieurs cahiers d'inscripFA “tions ou bien peu de temps après la destruction du royaume lombard par Charlemagne. Les autres ins- | criptions appartiennent aux Iv, ve, vit sièc les et à … l'épo que lombarde. L'édition de Gruter est incorrecte ; celle de Duemmler omet le n. (4). La plupart de ces | inscriptions ont été données par Mommsen dans le
+ QVAMVIS AETHERIA RECNIT INARCE SACERDOS & CONGRVVM EST SANCTIS REDDERE VOTA PIS R
.... RESERAT POLVM REVOCAT IPSE DEV.
**es.NERANDE TIBI THOMAS AEC
par diemagne. Cette inscription est la plus récente | HIC pe SVBMERSVS CORPORE CONDITVS IACIT ~ in ordinem redegit et il ne cessa pendant toute sa vie | … de l’enrichir et de l’améliorer, ainsi que l’a montré | ~ tredecim) subsequentia sanctitate insignium virorum | epitaphia subjicere, quorum aliqua adhuc extant, sed | in humanis esse desierunt. Et in primis celebre est hoc sueral. Verum ea, ut arbitror, ab impiissimo illo Gotho894 Le n. (2) est d'autant plus intéressant que nous avons encore l'original, la transcription de Fontana et celle d'Alciati qai est une sorte de remaniement plutôt qu'une transcription ; on voit d'après cet exemple le cas qu'il faut faire de son prétendu antiguissimo codice.
Quamwis æleria regnet in arce sacerdos Congruum est sacris reddere vota piis Hic quondam submersus corpore condilus ia cet Sed reserans cœlum advocat ipse deus At venerande libi Thomas egregius va les Gestit in explendo opere lucifluo Quod vernal cunetis niveo vibrante metallo Transcription d'Alciati :
Divo Kalimero Mediol. Lyguriægq.summo sdcerdoti qui successit Castriciano qui Caio qui Anateloni qui Barnabæ apostoli.
Cuicang. ætheria qui regnet in arce sacerdos Cum deceat homines reddere vota pios Reddidit hæc venerande tibi Kalimere Thaumas Et pario fuletum marmore struxit opus Hic ubi mersus eras el corpore conditus olim Te reserans cælum sustulit unde Deus Nune locus hic vernat flavo radiante metallo.Eychnuchiq, ardent lumine perpeluo Thomas archiepisc. Mediol. F. C. Salutis nræ. ann. d. cel xxx À propos de Milan et des compositions épigra | phiques attribuées à saint Ambroise, voir Dictionn XX. SYLLOGES PARTICULIÈRES DE NOLE ET DE Tours. — Les inscriptions des deux basiliques de saint Félix, dont saint Paulin de Nole est l’auteur, furent trouvées dans un recueil qui fut copié au vis siècle au monastère de Saint-Severin dans la Campanie, déjà en possession d'une bibliothè que considérable qui passa plus tard à Cluny, et, de là, à la Bibliothè que nationale.
Les inscriptions de la basili que et des cellu les de Saint-Martin de Tours ont été souvent publiées, el les formaient une sylloge à la suite de laquelle on a copié les inscriptions de la basili que bâtie par saint Perpe| tuus. Ce recueil appartient au milieu du vit siècle, c'est le plus ancien qui existe. Nous reviendrons sur ces deux sylloges (voir Dictionn., aux mots NoLe et Tours).
Avec ces deux recueils nous laissons les sylloges pour aborder d’autres catégories d'ouvrages.
XXI. LES LIVRES DE PIERRE MALIIUS ET DE Maraeus VEGius. — Pierre Mallius, prêtre de la basili que du Vatican, composa sur celle-ci un livre qu'il offrit au pape Alexandre III (1159-1181). L'ouvrage eut plusieurs recensions et J.-B. De Rossi le rapproche du recueil de même nature composé par Jean, diacre de Saint-Jean-de-Latran. L'anti que rivalité de ces deux basiliques avait inspiré ces deux ouvrages et Pierre Mallius publia son livre pour établir la prééminence de la basili que Vaticane, ce qui expli que pour quoi il se borna à relever les inscriptions des papes dont elle gardait les tombe aux.
Au xvre siècle, Mafæus Vegius, pour la composition de son grand ouvrage sur la basili que Vaticane et tous ceux qui désor mais ont écrit avec compétence sur ce célèbre. édifice, se sont servis du premier livre de
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895 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D)
Mallius, le seul qui ait parlé de la basili que de SaintPierre avant le xv1° siècle, cf : De Rossi, Jnseriptiones chrislianæ urbis Romæ, t. nr, part. 1, p. 193-237.
XXII ANTHOLOGIES ÉPIGRAPHIQUES. svlloges dont nous venons d'inventorier rapidement les différents témoins, on trouve encore des inscriptions dans diverses anthologies dont ‘il faut dire quelques mots, en excluant toutefois cel les qui ne furent pas empruntées à des recueils épigraphiques ou prises sur les monuments eux-mêmes.
XXIII. ANTHOLOGIE DE SAUMAISE. — Le ms. lat. 10318 (olim Suppl. Lat. 688) de la Bibliothè que nationale, écrit en oncia les et appartenant au vut siècle, conserve une grande partie d’un recueil de poèmes latins rassemblé pendant la domination vandale en Afri que, par conséquent avant l’an 530, qui vit la chute de Hilderic. Quicongue aura étudié ce recueil se refusera à croire qu'il remonte au règne de Gelimer ou à la conquête de Justinien, puisqu'on y rassemble tout ce qui est à l'honneur et à la louange de Thrasa-
mond et de Hilderic. Nous avons probablement ici | de Paris, lat. 8071, écrit sur deux colonnes vers la fin | du x° et le début du xr° siècle a été étudié par Pithou | et par Al. Riese ; il n'en gardait pas moins plusieurs | piè ces inédites, ce dont on ne saurait s'étonner en | lisant la description qu'en fait De Rossi : Præ syllogis | omnibus, quas in hane seriem digessi, corru plissimus, plurimis locis hians infotmis que est cento epigraphicus adjectus anthologiæ veterum carminum in calce codicis Parisini 8071 : quare in tam horridam silvam nemo progredi ausus est : Après divers écrits de Juvénal, d'Eugène de Tolède, de Martial ; etec., et à la suite du livre Ièr des Cynégétiques de Grattus, sans aucun intervalle ni aucun titre, on trouve aux ff. 60, 61 un centon informe qui ne laisse pas de contenir des piè ces intéressantes. La plupart du temps ni les poèmes ni les | vers ne sont séparés les uns des autres et reconnaissab les, Les n. (1, 1 a) sont relatifs à des inscriptions gravées sur un calice et sur une patène. Le n. (2) concerne la salle du Chapitre dans un monastère : in cfa)pfit)ul{um) fr(atru )m ;le n. (3) regarde la tombe d'un abbé de Bobbio ou d'un abbé de Luxeuil ; le n : (4) semble être une sorte d’énigme ou de devinette, de même le n. (4 a). Le n. (5) se rapporte à l’évê que de Metz Angilram, contemporain de Charlemagne. Le n. (6) n'a pas de destination arrêtée. Les n. (7-11) et
XXV. ANTHOLOGIES DIVERSES. — 1. L'anthologie
dite Isidorienne, parce qu'elle se trouve dans les + col. 897.
2. Les manuscrits Paris lat. 9347 et 2773 du x ixe eti du xe sièc les contiennent sept épigrammes, et le M manuscrit de Valenciennes 393, du 1x° siècle (sue 4 Saint-Amand}, en contient quatre.
3. Le manuscrit Paris lat. 2832 du rx° siècle, volo | bonæ memoriæ Mannonis (mort en 880) ad sepulchrum » sancti Augendi oblatus, contient des poèmes d'auteurs « = chrétiens dont Em. Duemmler a donné une table bien « du diacre Florus viennent s'ajouter des inscriptions gravées sur les monuments de Lyon ; f. 69 : Titulus M memoriæ sancli Justi (dans E. Le Blant, Inser. chrét. de la Gaule, t. 1, n. 27) ; Titulus absidæ au même-lieu 3 (dans Martène et Durand, Thes. anecdot.,t. v, p. 618) : fium sanctorum Severini, Exsuperii et Feliciani (dans Florus, diacre lyonnais au Ixë siècle. : Fol. 112-122, série de trente-deux épigrammes se rap| portant pres que toutes à des tombes ou à des églises et de provenan ces et d'’époques ‘diverses. : André Du Chesne tira epilaphia vetera reginarum, pontificum, patriciorum el aliquot “aliorum ex velusio codice ms. M logies qui ne conservent que les vers et omettent toute indication de temps et de lieu 1 ; il observa que le débris d'inscription métri que portant la date de 579 et trouvé à Vienne en Dauphiné, en 1860, se rapporte à la pièce n. (8), mais ici la date a disparu. De même au n. (2) l'inscription ‘du tombeau de sainte Paule‘ : foribus speluncæ sepulcri sanclæ Paulæ dont saint Jérôme détermine toutes les particularités historiques n’est plus qu'une pièce sans destination précise : in foribus spelunche., Nous avons donc ici un recueil d'un : genre différent de ceux que nous avons rencontrés à Rome : la plupart : des inscriptions paraissent empruntées à des auteurs plutôt qu'à des sylloges ; enfin on remarquera que la plupart des Cpigrammes appartiennent àla Gaule avec peu de mélange d’autres provin ces.
De la Gaule nous passons à Rome avec les épitaphes | de saint Grégoire (9) et de Ceadwalla (10) qui se trouvent toutes les deux dans l'Histoire écclésiasti que de Bède. Ensuite ce sont des épigrammes espagno les (11, 13-15), celle de Julius Avitus (12) vient d'un lieu inconnu. Le n. (11) se lit dans Venance Fortunat et les n. (13-15) dans les écrits de Martin de Braga. On les ra approche ordinairement des compositions métriques d'Eugène de Tolède qui est représenté ici par le n. (28). On lit sous le n. (16) une épitaphe de sainte Moni que ; une autre (17) attribuée à Fortunat, mais qui ne se tr puve pas parmi ses œuvres ; le n. (18) est attribué à saint Damase sur la foi des manuscrits des épîtres de saint Paul ; les n. (19,20), attribués à un certain Eugène, | ne se trouvent pas parmi les œuvres d'Eugène de AT olède. Le n. (21) appelé faussement epitaphium est un carmen de saint Prosper d'Aquitaine ; le n. (22) ap partient à Arles : le n. (23) à Rome ; les n. (24-26) sont les éloges funéraires de la reine Austrigilde, femme de pis ontran, et de ses fils Chlodomir et Clotaire morts à “Orléans. Les n. (27, 28) sont d'Alcuin et d'Eugène de Tolède. Le n. (29) concerne une inconnue en un lieu inconnu ; le n. (30) est une fausse épitaphe de Sénè que ; Jen. (31) reproduit des formu les païennes de consolation ; enfin le n. (32) est un disti que pour la tombe G'un poète inconnu.
… L'auteur de cette anthologie paraît avoir fait des emprunts à une sylloge épigraphi que de Vienne. Jean “du Bois, à la fin de sa Bibliotheca Floriacensis (voir D iclionn., au mot FLEURY) parue en 1605, décrit les antiquités de Vienne et rapporte les éloges métriques d'Avitus, Pantagathus, Namatius, Hesychius, tous pins de Vienne, qui se lisent dans le ms. 2432, + (4-7) ; il y ajoute celle de Domninus et ne semble a avoir vu auc une d'el les ; quoi qu'il n’en dise rien, il est Car il écrit au sujet de saint Avit : de cujus epitaphio hos tantum versus invenire polui, et il donne quatre vers qu'il fait précéder comme d'une partie de l’épitaphe par ces mots : veritale pura subnirum. Ces mots ne viennent. pas de l’épitaphe, mais d'Adon de Vienne qui écrit : Quanius aulem in ecclesia Chrisii (Avitus) vixeril, quisquis scire ad plenum vult, post eius innumera ibi quantus fuerit videre polerit, ubi inter alia sic ( metrice lusum est veritate pura subnixum ' ; suivent les l quatre vers que reproduit Jean du Bois. 1 donne inté- | F gralement les épitaphes de Domninus, de Pantaga- | | thus, de Namatius et d'Hesvchius, mais tel les qu'el les existaient jadis, et il avertit qu'el les sont valde mendosa, mendis scalenlia ; d'où il ressort qu'il a utilisé une source contaminée. On en a la preuve dans l'épiaphe de Domninus, qui est omise dans le ms. 2832, Felle présente ces phrases : Domninus papa in nomine C Chrisli pauper episcopus Dominus res suas deo qui A mente devola Omnigenam Christo dignis virtutibus Poffert, etc., ex voto flaminis Lacanius vir consularis Fcum suis fecit de proprio basilicam secretaria at que | porticum. Edmond Le Blant n’a pas manqué d'obser| dans Neues Archiv, t. clair qu'il n'en a eu connaissance que par des livres, | | recueils d'inscriptions disparaissent. | sièc les, X, XI“, XIIE, personne ne prend plus la peine
D’) 898
Ms. Leyde lat. Q 69, du 1x° siècle, Cf. De Rossi, op. cii., t. n1, part. 1, p. 250, 251, 271, 274-276.
XXVI. L'ÉPIGRAPHIE ENTRE LE Xe ET LE XIVeS. — À partir du début du Xe les inscriptions antiques furent de moins en moins l'objet d'une attention sérieuse ; pendant trois siècles on se contenta de transcrire les inscriptions antiques. On en tire parti pour les chroniques locales ou universelles, mais sans y regarder de fort près. Au Xe, Flodoard a eu devant les yeux les épitaphes des papes Mallius et Jean Diacre au Xe : ils s'en sont servis à la manière dont Agnellus, au IXe, avait exploité l’épigraphie funéraire pour son Liber pontificalis des évêques de Ravenne, Flodoard a fait de même pour son église de Reims, Adon pour sa Chronique, l'auteur du Tractatus ædificationis et constructionis ecclesiæ sancti Joannis evangelistæ de Ravenna’, et d'autres. Une seule sylloge épigraphique a été composée ou développée au Xe, c'est celle de Milan, dont nous avons parlé (voir ci-dessus, n XIX), elle est en étroite dépendance avec la liste épiscopale et l'écrit intitulé De situ civitatis Mediolanensis.
A Rome, au Xe, Pierre Mallius cherche vainement parmi les livres et les archives quelle ancienne sylloge des inscriptions de la basilique Vaticane, ou plutôt il semble bien n'avoir pas connaissance de l'utilité qu'aurait pour la thèse qu'il soutient une pareille trouvaille. Le souvenir des poèmes damasiens auxquels on avait jadis attribué une place d'honneur
Hiec habitasse prius sanctos cognoscere debes,
Nomina quisque Petri pariter Pauli que requiris,
Discipulos oriens misit, quod sponte fatemur ;
Sanguinis ob meritum—Christumque per astra seculi
Ætherios petiere sinus regnaque piorum —
Roma suos polius meruit defendere cives.
Hæc Damasus vestras referat nova sidera laudes.
Avant d'arriver à la fin du troisième vers, le graveur se découragea et abandonna la partie, laissant l’espace à jamais vide, ou bien ces trois lignes étaient la seule partie conservée de l'inscription originale, quand le graveur voulut compléter, il ne réussit pas à trouver la suite qu'avaient jadis copiée cependant les collecteurs de quatre sylloges. Quoi qu'il en soit, voici ce que devint au XVe l'inscription damasienne (fig. 5892).
Vers la fin du XVe, la lecture et l'intelligence des inscriptions étaient à ce point négligées qu'on n’en comprenait plus le sens. Bien plus, les caractères eux-mêmes étaient ignorés, tellement l'écriture dite « gothique » s'était généralement substituée à l'écriture augustale. Il arriva ainsi qu'à Pérouse, en l'an 1300, un étranger de passage dans cette ville réputée savante se récusa de lire une inscription de l’an 205, qui existe encore, sous prétexte qu'elle était tracée en caractères étrusques, il n’en déchiffra pas moins ce texte dont il donna une explication fabuleuse et ridicule consignée dans la chronique locale . Au commencement de ce XVe, Maître Buoncompagno, qui enseigna les lettres à l’université de Bologne, en 1213, avouait qu'on ne savait plus plenarie legere et intelligere les épitaphes anciennes . Dans son traité De arte dictaminis sive Formula litterarum scholasticarum, au chapitre intitulé : De tumulorum ornamentis, il s'exprime ainsi : Sepulchra sublimium per narum et sapientissimorum virorum frequenter sunt thalami adornantur ; fiunt super eis architecta lapia colorum diversitatibus redimita ; fiunt etiam epitaphi et dictantur carmina, quibus posteris ad memoriam reducantur magnitudines et merita defunctorum et semper in fine fit mentio de contemptu mundi. Pinguntur etiam ymagines deitatis vel beatæ virginis aut sanctarum vel sanctorum, ad quorum vel ad quarum honorem ecclesiae sunt constitutæ : depingitur etiam quomodo angeli vel sancti mortuorum animas divinæ maiestati præsentant. Sed olim fiebant sculpturæ mirabiles in marmoribus, legere vel intelligere non valemus *. Cela était si vrai que maître Odofredus, très célèbre jurisconsulte, professant en cette même université de Bologne (t 1265), prit la célèbre lex regia de l'empereur Vespasien pour un fragment de la loi des Douze tables. Voici qui peut donner une haute et juste idée de sa science. Ravi de sa trouvaille, le bonhomme s'embarque dans un conte à dormir debout. Les Grecs demandaient des lois aux Romains, dit-il, on leur envoya ceci, et rappelant que les decemvirs avaient ajouté deux tables aux dix existantes, il assura qu'on en conservait.
Sous le pontificat de Boniface VIII, on conservait dans la basilique du Latran tabulam magnam æream, que ce pape, au dire de Cola di Rienzo, in odium imperii procul abiecit ; c'était précisément la lex regia de Vespasien ? que maître Odofredus avait vue au Latran *. Celui-ci prétendait qu'on n'y voyait ni punctus nec $ ~ alors que chaque mot est séparé du précédent et du suivant par un point, mais il eût voulu plus et mieux, la distinction des alinéas, des paragraphes, des phrases, n'eût pas été de trop pour l'aider à comprendre. Cette ignorance crasse explique l'abandon des recueils épigraphiques, abandon auquel fait heureusement exception une petite collection de quelques inscriptions du Latran faite au XIIIe ou dans les dernières années du XIIIe. Elle se trouve sous forme d'appendice au ms. Sessorien 290, qui est de l’année 1311. La collection épigraphique est plus ancienne, elle remonte avant l’année 1291, car les inscriptions de l'abside du Latran, restaurées par Nicolas IV portant son nom et la date de 1291, ne s'y trouvent pas, alors que les mosaïques qu'on y voyait avant 1291 y portent les n. (1, 4, 5). La seule inscription ancienne qui s’y trouve est très corrompue, le sigle V. C. fuir clarissimus) est devenu Victor Constantinus.
L'inscription est d'une fausseté insigne, mais le témoignage de la renaissance du goût de l'épigraphie est notable *.
Vers la fin du XVe, le goût de l'épigraphie reparut, mais ce ne furent d'abord que les inscriptions latines et grecques qui attirèrent, les inscriptions chrétiennes furent dédaignées, il fallut attendre après l’année 1388 pour rencontrer ce Reginaldus Theulonius Carthusianus de monasterio sanctæ crucis in Hierusalem, qui vizili... lempore domini papæ Bonijacit VITI (a. 1389-1404) et conlegit omnes templorum Christianorum urbis Romæ inscriptiones, c'est ce que nous apprend un anonyme espagnol qui écrivit entre 1566 et 1576 1%, malheureusement il n'est rien resté de son travail, ou du moins on n'en connaît rien jusqu’à ce jour.
Avant le milieu du XVe, on ne rencontre qu'exceptionnellement dans les manuscrits et dans les ouvrages historiques d'anciennes inscriptions chrétiennes. C’est pour nous une raison de plus de ne pas les omettre ; et les se réduisent à très peu de chose.
Le ms. Vatic. Lat. 600, écrit au commencement du XVe, donne au f. 54-56 une Reconciliatio ecclesie beati Andree apostoli et translatio multorum sanctorum martyrum, faite en 1008 ; ensuite une consecratio altaris. On ne peut imaginer rien de plus ignorant que l'auteur du guide intitulé Mirabilia urbis Romæ lorsqu'il s'agit de lire les inscriptions : ce guide déjà très ancien * eut au XVe une nouvelle édition dans laquelle les inscriptions sont omises et écorchées. Les monuments et les édifices sur lesquels s'étalaient des textes faciles à lire reçoivent des dénominations déconcertantes, agrémentées d’historiettes fantastiques. Par exemple, l’obélisque du Vatican dont le piédestal porte deux inscriptions rappelant la dédicace à Auguste et à Tibère est ainsi décrit dans les Mirabilia : Memoria Cæsaris inferius ornata tabulis æreis et deauratis litteris latinis decenter depicta, superius vero ad malum, ubi requiescit (Cæsar), auro et pretiosis lapidibus decoratur, ubi scriptum est :
Cæsar tantus eras quantus el orbis
At nunc in modico clauderis antro.
Et hæc memoria sacrala fuil suo more, sicut adhuc apparel et legilur« . De même : in muro sancti Basilii un foro Augusti templo Martis ultoris) fuit magna tabula ærea infixa, ubi fuit scripta amicitia inter Judæos et Romanos tempore Judæ Machabæi*, Gette magna tabula ærea en lettres anciennes n'est autre que la lex regia dont nous avons parlé. Dès le Xe, Odofredus nous a dit qu'elle se trouvait au Latran, ce qui n'empêchera pas les éditions des Mirabilia pendant le Xe, le XVe et jusqu'au début du XVe de la placer in muro sancti Basilii.
L'an 1108 concorde bien avec l'indiction re et le pontificat de Pascal II et on n'a aucune raison de nier le récit de l'anonyme d'après lequel Pascal aurait relevé le monastère ad clivum Scauri et reconsacré ses autels violés par les soldats de Robert Guiscard ; mais là où l'anonyme se trompe c'est lorsqu'il affirme que le corps de sainte Cécile fut transféré en 1108, alors que la translation fut faite en 821 par Pascal Ier du cimetière dans la basilique dont elle devint l’éponyme et d'où elle n'a jamais bougé. La pierre qu'il invoque montre combien les inscriptions étaient devenues pour lors inintelligibles car il a pris épitaphe de Gemmulus lector tituli sanctæ Ceciliæ pour le titulus translationis corporis Ceciliæ et il y a ajouté ni plus ni moins que la date 1108. La pierre originale existe encore, à peine écornée de quelques lettres au temps de Doni, qui l’a transcrite dans le ms. Marucellian A 293, p. 13, avec cette note : effo sa anno 1633 in veslibulo Gregoriani ad Clivum Scauri. Suarès la donné comme intacte, dans le ms. Barberini XXX. 100, f. non paginé. R. Fabretti n'a vu que trois fragments ad D. Gregorii ad clivum Scauri 1 :
+ l SOCVM QVEM EMIT REDEMPTA HF cs cum BXONIFATIA œ HIC REQVIESCIT IN PACE rs Gemm) VLVS LICTOR T-TSCE MARTVRIS CAECI i ae} QVI VIXIT ANNOS PLVS MINVS XVI M-VI DE p os ih TVS EST IN PACE PRIDIE KL OCTOBRIS çs pe r il NDICTIONE PRIMAFELICITER cs s ISQVIS CYM PRAESVMPSERIT INDE d e 1}O0CVM ISTVM ET OSSA IPSORVM INDE i a c STAVERINT HABEANT PARTE CVM IVDA
Saint-Ni cet six fragments de l'épitaphe de l'évêque saint Sacerdos (+ 552) : nomine mente fide meritis pietate Sacerdus oflicio cullu precio corde gradu dogmate consilio sensu probitale vigore slemate censura religione cluens gaudia cunelorum rapiens lamenta relinquens {Tha e e T e CR SR D a T ns a HIC CLAVSVS AMPLA TENE san gui)NE QVOS VITA SVMIRE IVNCXIT AMOR veniu RI “SAECLI GLORIA TESTIS ERIT qui AMORE ET TEMORE DI ANNISLXVOŸ bit III id. sA l XII p.c. Justin I VIRI CLARISSIMI CONSOLIS INDIS ek p prima 4 j arcobus hic clau sus laudibus ampla tenens Patricium que decus erexit culmine morum sic par les fas ces forcia corda levant magnum nan que bonum celesti munere perstat corpora cum desint inclita gesta maneni Pignoris annixus lasceri huec sorle suprema sanguine quos vita sumire iussit amor Cuius quanta viri mondo sapientia Julsit À venturi seculi gloria testis erit [idus septembris qui vixit in amore et timore dei annis LXV obiit III m posi consollum iustini viri clarissimi consolii indic. T [prima « Fabretti, Inscript. antiq. quæ in ædibus palernis asservantur, j p110 274, el = XXVII LA RENAISSANCE DE L'ÉPIGRAPHIE. ~ i. Pétrar que. — Le premier qui s’intéressa à ce passé ” mort et enseveli fut François Pétrar que : il eut le goût, peut-être le sens, de ce qui se cachait sous tant de = choses antiques. La numismati que le séduisit : princi- … pum effigies minutissimis ac veteribus litteris inscriptæ … n deliciis habuït |. Au cours de ses quatre voyages à … Rome, en 1337, 1341, 1343, 1350, il parcourut en … curieux les ruines, lui qui avait longtemps retardé son … premier voyage dans la crainte d'être déçu par ces … ruines fameuses, meluens, ne ruinarum aspectus famæ -non responderet. Il était assez curieux pour ne pas négliger les versiculos romanis in saxis sculplos, mais S'il s'essaya à les lire, il n’y comprit rien. C'est ainsi, - que pour lui la pyramide de Cestius est devenue le - tombeau de Remus ?, et il affirme que le pont de + Saint-Pierre a été construit par Trajan # quoiqu'il eût - pu lire en toutes lettres de cha que côté du pont le nom = de Trajan Hadrien, enfin l’obélis que du Vatican dédié … à Auguste et à Tibère par deux inscriptions n'est pour … Pétrar que que divis imperatoribus sacrum. Pas une ~ seule fois il ne prononce le nom de Damase et lui qui = écrit à son ami Jacques Colonna, évê que de Lombez : ~ quam dulce est Christiano animo urbem cernere, sacro- … sanctis martyrum ossibus consertam et veri leslium pre- « lissa cæde conspersam.…. circuire sanclorum lumulos, = vagari per apostolorum atria *, lui qui parle en pèlerin … plus qu'en touriste et se réjouit d'avoir Romæ templa ~ Dei lustrasse devotione catholica, magis quam urbis = ambitum curiositate poetica® ; lui enfin qui fait à la - catacombe de Calliste une place d'honneur parmi les … curiosités de Rome, n’y a pas vu, ou pas lu, ou pas compris, les poëmes damasiens. En 1341, ayant à composer une épitaphe pour la tombe de son ami Thomas Caloria, il emprunte cependant un pentamètre pres que entier à une inscription chrétienne de la voie Salaria.
Les Romains du Moyen Age n'oubliaient pas ce ~ passé glorieux dont ils ne connaissaient plus les circonstan ces, ils s'y cramponnaient avec une fierté qui serait inexplicable si on ne se l’expliquait par le fait que cette vanité leur cachait quel que chose de leur déchéance. La tradition de l'existence municipale de
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
906 Rome ne fut pas rompue un seul instant. Les grandes familles de Rome prétendaient toutes être issues de familles de l’ancien patriciat. Le peuple se croyait l'héritier et, pour un peu, il se fût déclaré le continuateur de ce peuple romain dont il ne rappelait que la plèbe. Aux heures d'abaissément et d'humiliation, le souvenir de Rome antique éveillait comme un remords, quoi que chacun se fit de ce passé lointain une idée qui, sans doute, nous paraitrait bien singulière. Les papes s'appuyèrent sur ce sentiment public dans leur lutte contre les empereurs d'Orient ; ils le réveillèrent encore une fois dans leur conflit avec les empereurs germaniques. Beaucoup de noms d'anciennes dignités romaines se conservaient et passèrent de la Rome impériale dans la Rome pontificale ; on ne les comprenait plus, mais on les prononçait toujours. Crescenzio fut patrice et consul. Cola di Rienzo fut tribun. Les romains de la Rome chrétienne n'ont jamais cessé de se dire et de se croire les descendants et les héritiers de la Rome antique.
2. Cola di Rienzo. — La vie de Cola di Rienzo ?, écrite par un contemporain, le montre dès sa jeunesse passionné pour les inscriptions de Rome antique : Tulia la die re speculara negl' intagli de marmo, li quali jaccio intorno Roma : non era aitri che esso, che sapesse legere li antichi pataffi : tutte scrilture antiche vulgarizzava ; quesse fiure de marmo justamente interpreltava *. Le peuple l'admirait car, seul, il savait lire ces choses, les interpréter, les faire connaître et comprendre. Nous savons ce qu'il cherchait avec tant de passion. C'étaient les titres du peuple romain afin de les lui restituer : rôle imprévu de l'épigraphie naissante que son utilisation par la politique.
On conserve aujourd'hui au musée du Capitole une table de bronze sur laquelle est gravée une inscription importante, la lex regia de imperio que maître Odofredus vit au Latran ?. C'était l'acte du Sénat conférant à l'empereur Vespasien tous les pouvoirs dont la réunion constitue la puissance impériale. Cette fabula ænea ne disait rien de bon au pape Boniface VIII (1294-1303) qui in odium imperii occultavit, el de ea quoddam altare construxit, a tergo litteris occultatis . Un demi-siècle plus tard, Cola di Rienzo lisait ce texte au peuple, le commentait, montrant qu'on y trouvait l'énumération des pouvoirs attachés à la puissance tribunitienne dont il s'empara pour lui-même le 20 mai 1347. Le tribun, raconte son biographe, expliqua au peuple, dans un beau discours en italien qu'il lui adressa à Saint-Jean-de-Latran cette fameuse inscription la quelle nullo sapeva lejere ne interpretare.
| Ensuite, il en fit lire une traduction, titre par titre, où il était dit que l'empereur pouvait, à sa volonté, faire des lois, conclure les alliances, agrandir lo iardino di Roma (il prenait pomærium pour pomarium et par ce jardin il entendait l'Italie), donner et retirer les Aaea a a x dé of ahin HE n Re EU a = g T e e a ed Le A aaria E et
907 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
duchés et les comtés, faire et défaire les cités, changer | et détourner le lit des fleuves, établir ou supprimer des impôts, le tout à sa fantaisie, mais en vertu des pouvoirs conférés par le Senatus Populus que Romanus.
Toutes les inscriptions du recueil de Cola di Rienzo viennent de monuments publics. On en compte une centaine environ, toutes importantes et d'une authenticité indiscutable, mais la transcription est médiocre, L'analyse de la traduction de la lex regia que nous a conservée le biographe anonyme permet de se rendre compte de quelle manière le tribun comprenait un texte épigraphique et quel mélange de vérité et d'erreur il faut s'attendre à y rencontrer. Ses passions | si vives ne lui laissaient pas la sérénité d'esprit nécessaire pour copier des textes ainsi que l'avaient fait avant lui le pèlerin de Reichenau et le copiste de Saint-Gall. Cependant son recueil, tel qu'il est, a servi à tous ceux qui, après lui, ont entrepris d'en composer d'autres ; plusieurs l'ont tout simplement copié. HE J.-B. De Rossi a présenté dans Le prime raccolte., 1852, la sylloge entière sous la forme que lui donna Signorili. G. Henzen, a donné une nouvelle édition | dans Corpus inscriptionum latinarum, t. VI, P. XVIA côté des politiques nous voyons les amateurs érudits qui ont été, de tout temps, nombreux en Italie. = Quelques années après qu'une émeute populaire eût mis à mort Cola di Rienzo, un physicien célèbre, le « mathématicien Giovanni Dondi, — médecin de Galéas « Visconti, à qui la construction de l'horloge de Pavie M avait valu le surnom de Giovanni dal ? Orologio, — fit un voyage à Rome (1375). Le long du chemin et = dans la ville il copia, mesura, dessina tout ce qui 1 s'offrit à ses yeux : ses notes, jadis conservées à Pavie*, | A sont aujourd'hui à Venise, Biblioteca Marciana, E append. xiv-223 8, Il mourut après 13954. L'épigraphie moderne lui est redevable de nombreuses inscriptions antiques qu'elle lui a empruntées. Les inscriptions chrétiennes que nous lui devons sont importantes Nous avons déjà fait mention du chartreux Reginaldus Theutonicus de qui il est dit dans le ms. Chigi M I. V. 167, fol. 253, conlegisse inscripliones templorum christianorum urbis Romæ lempore pp. Bonifacii VIII (1389-1404), nous n’en possédons pas un vestige, pas même une notice. | Pour cette période qui va de la fin du xiv ? au début du xvi ? siècle nous pouvons croire qu'il ne manqua pas de curieux qui s’exercèrent à lire les inscriptions, < mais nous ne les connaissons pas autrement...
Le mouvement était donné. Les érudits et les humanistes recherchaient passionnément les manuscrits qu'ils publiaient et commentaient infatigablement ; mais ils ne négligeaient pas les inscriptions antiques ni l'étude des monuments. Ils avaient le tort, il est vrai, de dédaigner les inscriptions chrétiennes, dont les caractères n'avaient plus rien de la majesté de l'écriture augustale et dont le style était moins correct quand il n’était pas tout à fait corrompu. Il y a cependant, à cette première époque de la Renaissance, une exception : le pape Martin V, dont le gouvernement eut tant de ruines matérielles et morales à relever après l'anarchie et les troubles du grand schisme, embrassait toutes les branches de l'administration et tous les intérêts de la Ville éternelle, chargea Nicolas Signorili de lui présenter un état des monuments sacrés de Rome et des reliques qu'ils contenaient. On a vu que Signorili prit pour base de son travail la Descriptio de Cola di Rienzo et lui emprunta une grande partie de ses inscriptions dont il allongea à peine la liste.
XXVIII. LE PROGRÈS DE L'ÉPIGRAPHIE AU XV ? SIÈCLE. — Avec la Renaissance on voit se développer le goût et déjà quelque chose qu'on peut nommer la science des inscriptions. Le premier qui, au xv ? siècle, mérite |
Vértablement le titre d’épigraphiste, c'est le célèbre Pogge, que du pape Boniface IX et de sept successeurs. Il était né en 1379 ou 1380 et vint à Rome en 1402 pour la première fois. Il s'y adonna au travail avec une ardeur extrême et, dès l'année suivante, il communiquait des inscriptions à ses amis florentins. Pour chercher des manuscrits et pendant le concile de 1414. Il semble qu'avant son départ il avait déjà eu le loisir de composer un recueil des inscriptions de Tibur : epigrammata Tiburtina jamdudum a me habuisti omnia, écrit-il à un ami en 1427. Sa rapacité et sa moralité d'Italien l'avaient laissé le plus fâcheux souvenir en Allemagne, t. vi, col. 110). Il parcourut les monastères, n'hésitant pas à désigner à ses compatriotes de haut parage, les manuscrits classiques, canoniques, patristiques qui lui paraissaient de bonne prise, que les Pères (peu scrupuleux) de Constance réclamaient sous prétexte d'éclairer les questions théologiques et qui leur revinrent jamais à leur lieu d'origine. Quant à Pogge, il raflait ce qu'il trouvait à sa convenance, arrachait les feuillets manuscrits dans sa manche et s'éloignait sans hâte, comme fera, plus tard, son compatriote Guglielmo Libri.
Il parcourut ensuite la Suisse, l'Allemagne, l'Angleterre et revint souriant, à Rome, y jouir de la réputation qu'il avait acquise, avec une ardeur nouvelle à la découverte et à la lecture des inscriptions. En 1427, il fit les honneurs aux inscriptions : nulla invenimus epigrammata ; en 1428, il explore Ferentino : pridem aliud epigramma. Pour satisfaire sa fringale d'érudition, il se fit envoyer en Suisse, notamment à Saint-Gall (voir Dictionnaire que lui vaudraient ses larcins (1423). Il s'appliqua à en faire des copies : summo cum labore purgato muro excerpsi ; en 1430,
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 910
XANIN. COMMENTAIRES DE CYRIAQUE D'ANCÔNE. — En 1390, naissait à Ancône celui qui devait être l'un des principaux ouvriers de la science épigraphique, l'intrépide voyageur qui passa sa vie sur les grands chemins, qui parcourut toutes les parties du monde connu, et en profita pour étudier et recueillir soigneusement tous les souvenirs de l'antiquité que le hasard mettait sur sa route. Il s'appelait Ciriaco Pizzicolli, nous le connaissons sous le nom de Cyriaque d’Ancône. À l'aide de ses notes et de ses carnets, il est possible de connaître la vie de cet étonnant personnage, de le suivre dans toutes ses excursions hasardeuses et de savoir année par année, presque mois par mois, tout ce qu'il a fait. Jamais existence ne fut plus remplie. À dix ans, Cyriaque suivit son grand-père, un riche marchand d'Ancône, le long des rivages de l'Adriatique, puis dans le Samnium, la Campanie, l'Apulie, les Calabres, et ce premier voyage lui donna le goût de courir le monde. En même temps, les monuments antiques qu'il aperçut sur son chemin éveillèrent sa curiosité. Pour être en état de les comprendre, il lui fallait s'instruire ; c'est ce qu'il fit dans les intervalles que ses voyages lui laissaient. De retour chez lui, en même temps qu'il se préparait à quelque course nouvelle, car il était commerçant de profession et faisait ses affaires lui-même, courait le plus souvent les mers, il fut nommé membre du conseil de ville et c'est lui qui fit refaire le port. Il avait trente ans, avait voyagé à Naples, en Calabre, deux fois en Égypte, à Rhodes, en Asie Mineure ; il avait visité Chypre, la Sicile, Raguse, la côte de Dalmatie, Constantinople, l'Épire, toute la mer Égée et l'Istrie, quand il se mit à apprendre le latin. Il avait, nous dit-il, un maître auquel il lisait l'Enfer de Dante et qui, en revanche, lui expliquait le livre de l'Enéide de Virgile. Cette éducation, on le voit, se faisait un peu à l'aventure ; aussi ne fut-il jamais un savant achevé, comme les humanistes de son temps. Son latin fourmille de solécismes, et il ne comprend pas toujours parfaitement les textes grecs qu'il copie ; mais la vue des monuments lui apprit beaucoup plus qu'il n'aurait trouvé dans les livres. Avec le temps, il était devenu une sorte de diplomate et s'était attribué une mission.
Ami du cardinal Gabriel Condolmieri, vénitien, petit-neveu de Grégoire XII, qui fut pape en 1431 sous le nom d'Eugène IV, il vint à Rome en 1424 et y visita tous les monuments. Nous savons par son biographe, Francesco Scalamonte, qu'il y releva des inscriptions. L'année suivante, il est à Constantinople et il y apprend le grec ; il fait plusieurs excursions dans les îles de l'Archipel, la Syrie, Chypre et la Macédoine. Il revient vers 1452 à Rome, où il retrouve Condolmieri sur le trône pontifical. Scalamonte nous le montre ensuite relevant des inscriptions dans les villes du Latium. Il va voir à Vienne l'empereur Sigismond, et lui sert de cicerone dans Rome en 1433. La même année, il est à Florence auprès de Cosme de Médicis, qui est chassé au mois de septembre. Cyriaque parcourt la haute Italie, va à Gênes, revient à Rome en 1434. Le 18 mai de cette année, Eugène IV est contraint par un soulèvement à quitter la ville, Cyriaque n'y resta pas longtemps et reprit sa course à Naples, en Sicile, en Dalmatie. Ses voyages en Asie Mineure avaient fait naître chez lui une vive affection pour les chrétiens d'Orient et une haine violente pour les Turcs. Il fut employé par tous ceux qui travaillaient alors à la réunion des deux Églises et il chercha autant qu'il le put à exciter le zèle des princes chrétiens contre les infidèles. Il jouissait à la fois de la confiance des papes et des empereurs de Constantinople, il s'était même glissé, on ne sait comment, dans l'intimité de Mahomet II, qui se faisait lire et expliquer par lui Hérodote, Tite-Live, Quinte-Curce, les chroniques des papes, des empereurs et des rois de France. Mais aucun de ces graves soucis ne l'empêcha de faire, tant qu'il vécut, les affaires de l'archéologie et de l'épigraphie. Quelle que fût l'importante mission qu'il eût à remplir, il prenait le temps de recueillir sur la route les médailles et les pierres gravées, il dessinait les monuments, surtout il copiait les inscriptions. Vers l'année 1431, il commença à écrire ses Commentarii qui formèrent trois grands volumes. Il y mit une foule d'inscriptions ; d'abord celles qu'il avait recueillies en 1424, puis celles qu'il emprunta aux recueils de Cola di Rienzo et du Pogge, mais surtout celles qu'il copia à Rome en 1433 et 1434, et celles qu'il trouva dans les pays qu'il visitait. On en connaît de l'Ombrie, du Picenum, de l'Étrurie, du Latium, de la Cisalpine, de la Vénétie, de l'Istrie, de la Dalmatie, de Chypre, de Pergame, de Mitylène, etc. Il en avait réuni un nombre incroyable, Malheureusement ses collections ont été dispersées après sa mort ; elles ont eu, dit-on, un de la main de l’auteur. Le recueil d'inscriptions n'est pas identique dans les deux Mommsen, le sort des prophéties de la Sibylle, et grand nombre de bibliothèques de l'Europe.
On se donne aujourd’hui beaucoup de peine pour les réunir, car Cyriaque a pu voir beaucoup de monuments qui n'existent plus, et il les a reproduits avec plus d'exactitude et de scrupule qu'on ne le faisait de son temps. Cependant Cyriaque a été critiqué plus qu'aucun autre épigraphiste ; on a été jusqu'à douter de l'authenticité de ses textes ; mais le temps n'était pas encore venu des grandes falsifications ; on se contentait de la riche moisson qu'offrait presque partout l'antiquité, si longtemps inexplorée. Il y a dans Cyriaque des erreurs, mais pas de fourberies ; aujourd'hui l’on ne doute plus de sa bonne foi ; ses inscriptions grecques et latines sont reconnues pour authentiques. Celles qu'il a copiées lui-même sont prises avec le plus grand soin : l’ordre des mots, la division des lignes sont scrupuleusement conservés. De plus Cyriaque a le premier, probablement sans le savoir, montré le vrai chemin aux épigraphistes. Le premier, en effet, il a cessé de s'attacher exclusivement aux inscriptions monumentales ; le premier, il a compris qu'il fallait tout recueillir, que tout pouvait être utile ; ses plagiaires ont fait comme lui, ils ont eu leurs imitateurs, et tout le monde s'est mis à copier fous les textes qu'on rencontrait, sans que personne comprenne bien nettement que ces petits monuments de personnages inconnus serviraient un jour à reconstruire toute l’antiquité romaine. À la fin de la vie de Cyriaque est moins connue, il mourut et fut inhumé à Crémone en 1455.
XXX. DE CYRIAQUE D'ANCONE A PIERRE SABINUS. 4 — Après la mort de Cyriaque d'Ancône, il ne manqua pas d'amateurs pour s'engager dans la composition de recueils épigraphiques, principalement à l'aide des papiers laissés par Cyriaque, comme ce fut le cas pour Pierre Donat, de Padoue. Mais ces amateurs surent mettre à profit les travaux du voyageur archéologue sans entrer dans la voie si large qu’il avait ouverte.
Il posé entre 1458 et 1464, avant 1471, date de l’avènement de Sixte IV, successeur de Paul II. Le recueil déjà terminé, on y ajouta, f. 24 !, une inscription de Cortone, que Mommsen a également rencontrée dans un manuscrit de Jean Bembi, aujourd'hui à Munich, lat. 10801, avec les inscriptions de Sorrente décrites par Benoît Maschiano de Pise. Il ne semble pas qu'il faille attribuer à ce dernier le recueil du ms. Vatic. 5249, fol. 17-241, puis que l'inscription de Cortone y a été ajoutée après qu'il fut terminé.
Quel que soit le collecteur, il a mis à profit le ms. Angelica D. 4, 18 ; comme dans ce dernier, il débute par une inscription que Cyriaque situe à Corcyre. Viennent, dans le même ordre que dans le ms. Angelica, les inscriptions romaines de la seconde partie du recueil de Pogge, n. 35-85, ensuite, dans le vieux cahier volé en Suisse par Pogge, les mêmes épigrammes chrétiennes ou d'époque chrétienne que nous avons mentionnées. Les manuscrits Marucell. et Cicogn. donnent les inscriptions dans le même ordre, ceux de Munich et le Marcian diffèrent entre eux et sont incomplets. Le ms. Albornot 137 ne donne que le commencement du recueil, f. 2-12, sous ce titre : Inscriptiones et alia documenta antiqua Urbis. À cette même famille se rattache le ms. Hamilton 26, déjà
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~ l'année 1458 et qui occupe les feuillets 17-24 à la suite desquels on trouve, aux feuillets 25-27, un catalogue pontifical jusqu'à Pie II ; une plume plus récente … à ajouté : Paulus 2 1464. Le recueil a donc été commenté. Cf. De Rossi, dans Nuove memorie dell’ Istituto archeol., p. 510 sq. ; G. Henzen, dans Sitzungsberichte, Berlin, 1868, p. 369 ; Corp. inser. lat., t. VI, p. LXIII ; De Rossi, Inscriptiones christianæ, t. II, part. 1, p. 390.
Felix Felicianus de Vérone composa, en suivant l’ordre des provinces d'Italie, un recueil d'inscriptions tirées presque toutes de Cyriaque d'Ancône, de Pogge et quelques autres. L'ouvrage est dédié à l'illustre peintre André Mantegna en 1463-1464. Il existe des copies autographes des deux recensions dans le ms. CCLXIX. 240 de la bibliothèque capitulaire de Vérone et dans le ms. de Venise Marcian X. 196 qui reçut des additions en 1466 et 1472. Quoiqu'on lise la date 1463 sur le ms. de Vérone et la date 1464 sur celui de Venise, une attentive collation permet d'assurer que celui-ci est le plus ancien des deux. Avec Félix, en 1465, et enrichie grâce à la sylloge de Laurent, formam redigere fecit Joannes Marcanova arlium et villes d'Italie sont en petit nombre et mêlées aux inscriptions païennes, la plupart avaient déjà été décrites par Cyriaque, chez qui Marcanova les a prises.
La Bibliothèque Beriana à Gênes conserve dans le ms. D. S. 2, plul. 1, n. #2 un exemplaire sur papier de la deuxième recension de Marcanova ; on y a ajouté à la fin du XV* siècle un supplément d'inscriptions variées, principalement de la Ligurie, dont l’auteur est Stefano Gavoli de Savone qui écrivait en 1483 et les années suivantes et sur lequel on peut consulter V. Sanguinetti, Seconda appendice alle iscrizioni das aeaa D Vo on D MG is ia sd do LOU LU re a SU CUS US Sd N 2 r p : Te r L = = e ash - -
915 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
CASH SAR IE
IN PACE
8. Jovianus Pontanus se servit de Cyriaque pour former son recueil des inscriptions de l'Italie, principalement de l'Italie méridionale où les inscriptions chrétiennes sont en petit nombre. Son ouvrage composé avant 1469 n'a pas été retrouvé. Mommsen a connu des notes et des extraits de Fontanus conservés dans le ms. Chigi I. VI 205, dans le ms. Magliab. XX V 626 et dans la sylloge de Pietro Cennini écrite vers 1470-1475. Dans le ms. Chigi I. VI 205, fol. 46”, 47, Mommsen a trouvé trois inscriptions chrétiennes encore inédites qu'il a données dans Corp. inser. lat., t. X, n. 4496, 4538, 4540. La dernière des trois (n. 4540) fait partie d’une épigramme placée sous une mosaïque ou sous une fresque exécutée Capuæ in ecclesia maiore.
Inscriptions dans un ordre différent, des lectures incorrectes. De plus, dans le ms. de Fr. Redi, on trouve des additions de la main du même Strozza, qui manquent dans le Vat. 5250. C'est certainement l'ouvrage d'un Vénitien, car dans le ms. de Florence et dans celui de Rome on trouve un indice de prononciation vénitienne : Vallizela (Flor. f. 23), Valizela (Vat. i. 977), pour Vailicella. L'auteur a puisé largement dans Cyriaque d'Ancône, ainsi que l'a montré Mommsen, et aussi dans Laurent Behem. Toute la série des inscriptions de Rome dans le Redianus, f. 36-46, dépend de Behem (Ms. Marucell A. 79. 1, f. 6-49). Le Redianus ne donne pour Rome que deux inscriptions chrétiennes.
« E. Ziebarth, De antiquissimis inscriptionum syllogis, « De codice Rediano et Laurentio Behem ; H. Dessau, dans « Corpus inscrip. latinarum, t. XXIV, ind. auct., au mot Kedianus. À 10. Parmi les collecteurs et compilateurs d’inscriptions, il en est peu qui aient fait des recherches comme Michele Fabrizio Ferrarini, prieur des Carmes de Reggio, qui dédia à son concitoyen L. Rhodano son ouvrage : Epigrammaton ex vetustissimis per ipsum lapidibus exscriplorum, dont l'exemplaire autographe, avec des additions de Giovanni Bononi, est conservé à la bibliothèque d'Utrecht, ms. 57. On y trouve à la bibliothèque Capitulaire de Vérone, il a été écrit par l’auteur qui le conserva à son usage ; une copie se trouve à la bibliothèque de la Propagande M. V. 44.
Giocondo composa deux autres recueils ou recensions, une dédiée à L. de Agnellis, vers 1498, l’autre sans dédicace fut achevée en 1502 ; enfin, vers 1507, il y eut un volume de supplément dont l'écriture ressemble à celle du ms. de Vérone et qui est aujourd'hui à Florence. Laurent, n. #03. Dans les marges des deux mss. de Vérone et de Florence, Fra Giocondo cite un librum tertium que Lie : D ue. 4 Ti Lepi aF. Ero m Borghesi a peut-être eu entre les mains (uvres complètes, t. V, p. 493, 494 : t. VI, p. 490) mais qui a disparu depuis.
Il y a aussi le ms. Vat. 5326, écrit sur parchemin et qui paraît être également de la main de tirées de sylloges, quelques inscriptions de la Gaule. Fra Giocondo vit beaucoup d'inscriptions de tombes chrétiennes dont les marbres avaient servi au pavage des basiliques. Il copia quelques rares inscriptions d'après les tituli eux-mêmes. Quoiqu'il eût d’abord la pensée d'exclure toute inscription chrétienne, il se laissa induire par la présence du D. M. S. à prendre comme païenne l'inscription de Niceros qui se trouve dans le pavement de l'église Saint-Chrysogone et se termine par l’acclamation chrétienne IN DEO.
Une inscription grecque gravée sur un cippe ou un autel fut admise quoiqu'on y vit une ancre cruciforme ; de même qu'une autre où le mot xotuyTtyotov aurait dû le mettre en garde. Dans les deux premières recensions de son Corpus, Giocondo fait accueil à l'épitaphe chrétienne de Probina dont le début : Perpetuas sine fine domos mors incolit aira ne le met pas en garde, sans doute à cause de ces vers de saveur païenne :
Perdiderat laticum longæva incuria cursus
Debila sacratis manibus officia …
Dans cette épitaphe trouvée Romæ apud S. Paulum in marmore projecto inter urticas et spineta, Giocondo n'a pas reconnu dans le troisième distique une œuvre chrétienne qu'il pouvait lire dans la sylloge de Cola di Rienzo.
Hors de Rome, Fra Giocondo recueillit bien peu d'inscriptions chrétiennes : une à Sulmone, deux à Farfa, datées de 526 et de 359. La première si détériorée que sans la copie de Giocondo plusieurs passages resteraient inintelligibles ; la deuxième coupée en deux et qu'on ne peut restituer que grâce à Giocondo :
… EHEV OVOS FLET us retinet crudele sepulchrum
… DA LECTOR LACRI mes ef daro flectere casu
HIG EST SIMPLIC ivs nam funere mersus acerbo
INDOLE SVBLIM is. morum gravitate colendus
PRAECLARVS STV d is primis deceptus in annis
… QVI CVM TER Q(uinos nondum compleverat annos)
+ VLTRA ANNOS SAPIENS preceps fata invida raptum
venaient des monuments de Rome et des cimetières
suburbains. En 1494, il offrit au roi de France
Char les VIII et lut en sa présence un petit poème qui l
avait placé en tête, tout rempli d'un zèle pieux, où il
exhortait chaleureusement le je une roi à prendre la
‘Coccius Sabellicus : mais chacun renferme quelques XXXI. LA SYLLOGE DE PIERRE SABINUS
Pierre Sabinus fut le premier qui reconnut de que 14
utilité pouvait être l'épigraphie chrétienne. Professeur de littérature latine au Collège romain ?, il ne par
tagea pas les préventions de Pomponius Lætus et puisa dans les collections de Cyria
que d'Ancône, de Ferrarini, de Fra Giocondo, ainsi que dans les notes de Pomponius *
Il faut faire une place d'honneur à don Juan de Celaya, espagnol, professeur de philosophie au collège Sainte-Barbe pendant sept ans et enfin retiré à Valence, sa patrie. « Voyant se propager le goût des antiquités, écrit J. Quicherat, et mortifié peut-être de ce que les savants s’adonnaient à la lecture des il représenta comme une abomination que les chrétiens passassent leur temps à déchiffrer les monuments d'l'idolâtrie. Il eut le triste avantage de persuader 14 autorités de Valence, de sorte que, dans cette ville où il abondaient les ruines de l'époque romaine, toutes les pierres portant trace d'écriture furent recueillies pour être employées à la fondation d'un pont que l'on avait décidé de construire. » (J. Quicherat, Histoire de Sainte
On trouverait bien d'autres exemples de cette animosité contre les inscriptions. Raphaël se plaignait à Léon X que « les œuvres des anciens ont été anéanties, brûlées par la rage farouche, la violence des ennemis : Mais pour quoi, ajoutait-il, nous plaindre des Vans mêmes qui devaient défendre Rome dans ses tristes restes se sont acharnés à la détruire. On a fait de la chaux avec les statues, les débris des monuments antiques. » (Francesconi, Congettura che una lettera, creduta da Baldessar Castiglione, sia di Raffaello)
En vain Smetius, Peiresc et bien d’autres ont tait connaitre le prix des marbres antiques ; leurs travaux, leurs leçons trop souvent n'ont servi de rien. Qu'a-t-on fait des épitaphes chrétiennes du faubourg Saint-Victor à Marseille, de celle des Aliscamps à Arles, dont on ne possède même pas des copies ; des marbres épigraphiques vus à la Gayole et à Aubagne par Peiresc ; à Briord, par De Vesle ; à Trèves, par Wiltheim ; à Arles, par Bonnemant, Dumont et Fabre ; à Bordeaux, des inscriptions copiées par les savants de nos jours, Millin, Artaud, Saint-Vincent n'ont pas été mieux gardées. Garde-t-on mieux celles qui se découvrent presque sous nos yeux ? À Toulouse, à Vienne, à Lyon on a détruit, concassé, pilé avec une sorte de joie stupide ces marbres que réclamaient d'inoffensifs érudits. On parle des Vandales et des Goths, que ne parle-t-on des administrations dont l'incurie, l'ignorance et l'envie rivalisent avec la brutalité légendaire de ces nations des hypogées à peintures.
XXXII. LES FAUSSAIRES. — Puis que nous en sommes à cataloguer les noms de ceux qui ont bien mérité de l'épigraphie et les noms de ceux qui ont démérité, il faut faire une place aux faussaires (voir Dictionn., T. v, au mot : Faux, FAUSSAIRES). Il faut croire que les inscriptions provoquaient la verve et l'adresse, car le nombre des textes faux est considérable ! Des hommes sans scrupule interpolaient à dessein les inscriptions authentiques ; d’autres, plus malhonnêtes encore et plus audacieux, forgeaient des textes de toutes pièces. Quelques-uns, à la fois érudits et habiles graveurs, allaient jusqu'à reproduire sur la pierre ou sur le marbre de prétendues découvertes. Ces falsifications commencèrent de bonne heure ; on en signale dès le XVe, et elles deviennent nombreuses au XVIe et elles envahissent les recueils épigraphiques au XVIIe, et, depuis lors, elles ont conservé encore quelques défenseurs. Nous avons déjà nommé François Lenormand (voir Dictionn., t. III, au mot CHAPELLE-SAINT-ÉROL), on peut encore rappeler le souvenir de Ed. Blanc. L'épigraphie chrétienne n'est pas à l'abri de ces falsifications généralement assez habiles pour séduire et assez utiles pour qu'on ne se résigne que tardivement à y renoncer. L'Espagne, terre d'élection des faussaires de toute espèce, a produit l'inscription de Maravesar et celle de Bilela (voir Dictionn., t. V, col. 411, 412). Et ce n'est pas seulement Néron qu'elle célèbre pour avoir purgé la province de brigands et de ceux qui novam generi hum. superstition. inculcab., elle glorifie aussi Dioclétien pour la superstitione christi ubig. deleta et cultu deor. propagato.
Mais il faut reconnaitre que l'artifice est un peu grossier, c'est, du reste, le point faible des faussaires, ils visent trop à faire une découverte bruyante, sensationnelle, comme on dit de nos jours et ils manquent le but. La pièce est trop claire, trop complète, elle dit trop tout ce qu'on attend d'elle, comme font ces diplômes qu'on expulse l’un après l’autre de la diplomatique, ou encore comme cette charte lapidaire du patrice Tertullus qu’un bénédictin rédigea à ses heures de loisir. Mommsen a exécuté d'une main sûre un certain nombre de ces malfaiteurs et R. Mowat a plaidé en leur faveur les circonstances atténuantes. Il faut, selon lui, juger ces imposteurs non d’après l'idée que nous nous formons aujourd'hui de la probité littéraire, mais en tenant compte des mœurs et des habitudes d'esprit d’une autre époque ; ces savants étaient de leur temps, tout comme les gentilshommes du XVIe, qui n'avaient aucun scrupule de tricher au jeu ; c'était alors de bonne guerre et tacitement reçu. Un érudit s'amusait à composer des inscriptions à la manière d'un rhétoricien s’exerçant à une amplification sur un sujet fictif... il les mettait en circulation, moins peut-être pour tromper autrui que pour se prouver à lui-même combien il était versé dans la connaissance de l'antiquité ; c'était un passe-temps littéraire — quelque chose comme le théâtre de Clara Gazul — et la contrefaçon des inscriptions marchait de pair avec l'imitation des œuvres de l’art antique.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 926
Parmi tous ces mystificateurs il n’en est pas de plus fameux que Pirro Ligorio, napolitain, grand architecte qui, avec Vignole, succéda à Michel-Ange dans la direction des travaux de Saint-Pierre de Rome ; il y jouissait d'une juste considération”. On a de lui trente volumes manuscrits à la bibliothèque de Turin, douze à la Vaticane, dix à la Barberine ; mais personne n'a eu la main plus déliée et plus habile. Dans cet immense fatras, on trouve des milliers d'inscriptions presque toutes fausses, mais si bien imitées que les plus experts furent dupés. Orelli appelle Ligorio : homo in perniciem rei epigraphicæ lolius que anliquitalis natus, Grâce à sa fécondité, il a infecté tous les recueils de ses impostures. De son temps, les faiseurs de recueils s’estimaient trop heureux d'insérer tout ce que Ligorio leur envoyait. Parmi les plus complètement mystifiés figurent Onofrio Pauvini, de Vérone (1529-1568), qui déclare Ligorio omnium antiquariorum facile princeps, et le chanoine Pighius qui a bourré des communications de son ami les Annales magisratuum et provinciarum. Quand on fut enfin édifié sur son compte, il était trop tard ; les éditeurs trompés par ses supercheries n'ont pas tous pris soin de le citer quand ils lui ont fait des emprunts, et sous le patronage de savants honnêtes ses inventions se glissèrent partout. Quand on songe au grand nombre d'inscriptions fausses qui s'étaient déjà répandues et quand on voit combien Ligorio en mit en circulation de nouvelles, on cesse de regretter que les progrès de la science épigraphique se soient fait attendre presque jusqu'à nos jours. Si les règles en eussent été connues au XVe et au XVIe, il aurait suffi qu'un homme d'imagination, avec quelque talent d'artiste, fût animé du désir de duper le public pour qu'il pût donner à jamais droit de cité dans tous les recueils aux produits bâtards de sa fantaisie. Heureusement Ligorio n’en savait pas plus que ses victimes, et les inscriptions faites par lui se trahissent presque toujours à certaines fautes contre les règles.
Ligorio avait trop de succès et trop de profits — il vendait les monnaies de sa fabrication, nous dit Pompeo Ugonio — pour ne pas trouver des imitateurs. A Naples, les faussaires opérèrent durant tout le XVIIe et jusqu'au début du XVIIIe. On est fâché d'être obligé de dire que le clergé séculier et régulier s'y distingua. M. Arch. Lupoli, archevêque de Venosa, récomposa toute une généalogie de Lupuli. Pratilli, chanoine de Capoue, inventa les inscriptions dont il avait besoin pour établir ses démonstrations au sujet de La voie Appienne de Rome à Brindes (1745) et ses Consulaires de la Campanie (1757). Il accumule les mensonges pour expliquer à ses amis la disparition des pierres qu'il prétend avoir eu sous les yeux.
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Gnani, Antonini, Polidori, Romanelli donnèrent à l'épigraphie napolitaine le renom le plus fâcheux, à ce point que Borghesi mettait en suspicion tout ce qui venait de ce pays. Galetti à Rome, Asquini à Udine soutenaient la dignité de leurs compatriotes par quelques belles inscriptions dignes de faire envie aux rivaux napolitains. C'était comme une épidémie ; en Espagne, Roman de la Higuera (1551-1624) et Trigueros ; au Portugal, Resende (1498-1573) ; en France, Boissard de Besançon et Grata de Bar-le-Duc ; en Allemagne, Gutenstein.
De nos jours les faussaires sont mal famés et leur art aboutit à de fâcheuses mésaventures. D'ailleurs la science épigraphique est constituée et ce n'est pas sans une étude approfondie qu'on pourrait s'aventurer à graver un simple scarabée. Mais il y a eu une période d'anxiété, celle où, de peur d’être trompés, les savants repoussaient tout ou presque tout. Scipion Maffei, Bartolomeo Borghesi ont passé par là. Ce dernier écrivait à Olaus Kellermann : « Retranchez les fausses, les inscriptions répétées ou divisées par morceaux, il ne restera que la moitié. »
**XXXIV. LES LABORIEUX. — Dans les siècles qui ont précédé le XIXe, l’épigraphie, suivant la juste remarque de René de La Blanchère, n'était pas encore assez avancée pour jouir d'une existence distincte et d’un développement indépendant ; sa marche a suivi celle de toutes les études qui ont l'antiquité pour objet. Le XVIe, pour toutes ces études, est un âge d'efforts ardents ; il semble qu'on se presse avant tout d'imprimer ; on veut faire connaître tous les instruments de la science, jusque-là renfermés dans les manuscrits ; puis, la curiosité étant surexcitée, on ramasse, de toutes parts, ce qui reste des œuvres de l'antiquité. Le mouvement scientifique du XVIe a été général et puissant, mais tumultueux et désordonné. Au XVIIe, les richesses conquises sont déjà innombrables, et en même temps la vue scientifique est plus calme, plus nette, peut-être plus profonde ; on éprouve le besoin de classer, d’inventorier et aussi d'interpréter et de comparer, tandis qu’au siècle précédent on était surtout occupé de découvrir et de répandre. L'épigraphie, qui ne cherchait guère auparavant qu'à amasser des textes, suit alors la marche commune. On avait jusqu'alors travaillé chacun pour soi, en quelque sorte, et le plus souvent chacun chez soi ; mais le nombre des inscriptions connues commençait à devenir immense. Sans parler des collecteurs comme Antoine Morillon, Jean Colonna, Nicolas Florent de Harlem, Paul Knibb, Alberto Loli, Achille Statis, portugais, Arnold Buchel et plusieurs autres qui communiquent leurs trouvailles à leurs amis et dont les sylloges restent manuscrits, il faut particulièrement mentionner :
Étienne Duperac, Illustration des fragmens antiques retirés des marbres antiques qui sont à Rome et lieux d'Italie, par Estienne Duperac, 1575, qui ne s'est pas tenu en garde contre Ligorio. Sur ce recueil, cf. G. Henzen, Corp. inser. lat., t. VI, pars 1, p. LIV, n. 53. Corp. inser. lat., t. III, p. XX ; t. VI, p. LV ; t. IX-X, p. XXX ;
Divionensium curia senatore in itinere Italico anno sbericht, Berlin, 1857, p. 537.
-Inscripliones sacræ el prophanæ collectæ Romæ el in à A Jean Jacques Boissard (1528-1602), dont la vie fut | errante et troublée. De Louvain, il s'enfuit en Allemagne d'où il passa en Italie et entra, dit-on, au service du cardinal Caraffa. La vue des antiquités lui inspira l'envie de les dessiner de sa main afin d'en ` conserver le souvenir, il entreprit un voyage qui le devait mener jusqu'en Grèce, mais la maladie le ramena å Rome. Après son rétablissement, il alla # visiter avec des amis les jardins du cardinal Carpi au Quirinal et se cachant dans un bosquet se laissa enfermer afin de copier les inscriptions disséminées | dans ces magnifiques jardins. Au petit jour il reprit son travail, fut surpris et amené au cardinal à qui il. raconta simplement pour quoi il se trouvait lå de si bonne heure. Carpi l'autorisa à continuer et à copier tout ce que contenait son palais $, Il avait rassemblé M beaucoup de notes et de dessins qui furent détruits … et brûlés par les Lorrains ; ce qui put être sauvé et ce qu'on lui communiqua pour le consoler entra dans a la composition de ses Antiguilatum urbanarum Romanarum dont les parties 3 (1597), 4 (1598), 5 (1600), Celso Cittadini (1553-1627) a laissé deux manus- | crits : Venise, Marc. lat. XIV 116 : Iserillioni copiate | dal libro turchino del sig. Celso Cittadini, ritratte da lui da diversi luoghi anlichi insieme colle sue annotaM tioni, nel 1604, et Vatic. 5253 ; en outre il a publié : M Delle vera origine e del progresso e nome della nosira lingua, in-8°, Venezia, 1601. Sur ces recueils, G. Henzen, Corp. inscr. lal., t. vi, part. 1, p. LVI n. GI. i Philippe de Winghe (t 1592), de qui on conserve à Bruxel les deux manuscrits 17872, 17873, intitulés : aliis Italiæ urbibus a Philippo de Winghe Lovantensi Antonii Morillonii e sorore nepole, qui dum totam perlustrat Italiam, in ipso inventulis flore Florentiæ occuM buita. 1592, L'auteur divise son recueil en deux parties dont l’une comprend des inscriptions chrétiennes avec \ quelques païennes et l’autre partie des inscriptions païennes mélangées de quelques chrétiennes 14.
Due Sirmond, au cours d'un séjour en Italie, T recueillit un grand nombre d'inscriptions. Sa collection existe dans cing manuscrits de la Bibliothè que natio- - nale, Suppl. lat. 1416-1420 (aujourd’hui fonds latin L 9696, 10807, 10808, 10809) ; le premier ne contient que des monuments de. la Gaule 1. Les autres ji manuscrits comprennent outre des inscriptions romaines d’autres de provenan ces diverses dans toute l'Italie. Le P. Sirmond proteste les avoir vues de ses “yeux et avoir examiné de même les origin aux dont il p : prenait la transcription dans Gruter. On trouve dans qua L. Scipionis Barbati f. expressum est elogium explanatio, Romae, 1617. Fa XXXV. LE CORPUS DE JANUS GRUTER. — L'idée | d'un recueil général se faisait de plus en plus sentir, Mel'œuvre fut entreprise dès le début du xvr ? siècle, - Jusqu'alors on s'était arrêté aux inscriptions en vers. T L'Anthologie palatine avait servi de modèle à Abste-. mius (1505) ; longtemps après, elle en servit encore à -Ferretti (1672) et à P. Burmann neveu (1759-1775), … mais ces ouvrages ne sont pas destinés à l'épigraphie ; fia criti que épigraphi que et histori que y fait complète- — ment défaut. Le premier Corpus général est l CUNE ~ de Gruter..
|~ savants, et, de toute l'Europe, les inscriptions affluè- … rent chez lui : Joseph Scaliger, Marc Welser, Agustin et d’autres érudits qui appartiennent, par leur âge, … plus particulièrement au XVIe, tels que Camden,. malheureusement, il en reçut aussi de Ligorio ; et il » emprunta beaucoup à ses deux principa les dupes : - Panvinius et Pighius : L'ouvrage fut terminé en 1601, et’célèbre avant d’avoir vu le jour. Il était dédié à l'empereur Rodolphe IT qui conféra à l’auteur le titre dé comte palatin avec un privilège général pour tous les livres qu'il voudrait publier. Gruter, qui : devait être un esprit plein de sens, refusa le titre de comte peu l'eût rendu ridicule et n'accepta que le privilège … pour son recueil d'inscriptions. Il en reçut d'Henri IV un-semblable, et le grand imprimeur flamand Commelin se chargea de l'impression qui,commencée en 1602, ne fut terminée qu'en 1615. L'ouvrage est un in-folio de mille deux cent seize pages, avec un autre volume de | deux cents pages contenant les tab les. : Gruter fut » D aidé ; dans la correction des épreuves, par Marc Welser, - petit-neveu de Peutinger, et par Joseph-Juste Scaliger.
. Le titre est connu : Inscriptiones antiquæ totius orbis romani in corpus absolulissimum redactæ, Heidelbergæ.
- Le recueil contient plus de douze mille textes épigra-
PRET
ET CNT des a ah ; » phiques, rangés par classes ; la moitié au moins étaient | | Florentiæ, 1731, l'auteur avait eu, lui aussi, le dessein | de compléter Gruter : :Antiquarum inscriptionum post - inédits.
Gruter était philologue, il n'était pas épigraphiste, ~ et très probablement n'avait ja mais vu une inscription = en original. Son Corpus montre les qualités d'un. édi- = teur consciencieux et savant, mais il présente les plus i graves défauts. : Il respecte soigneusement. les textes ~ qu'on lui a confiés, il ne se permet auc une addition, il indi que toujours les provenan ces, il s'abstient de tout
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
E : …ses uvres * une dissertation : Antiguæ inscriptionis | | » était alors encore possible à un homme seul à condition | 4 d'y employer des années. Gruter fit appel à tous les | le P. Sirmond, Boissard, lui envoyèrent des : notes ; |
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commentaire. Mais son ignorance de l’épigraphie l'a conduit à admettre beaucoup d'inscriptions falsifiées, et surtout à choisir pour son ouvrage une classification défectueuse. Quand Gruter emprunte à Ligorio, il l'indi que, et ces. emprunts sont heureusement peu nombreux ; mais, quand il emprunte à Pighius, à Panvinius, à certains autres, il n'aperçoit pas derrière eux le faussaire qui les a trompés, et c'est ainsi qu'il a admis de seconde main beaucoup d'inscriptions ligoriennes. Gruter a divisé son recueil par ordre de matières en vingt-deux parties, et c'est cette division qui est le principal vice de l'ouvrage. D'abord l'interprétation des textes épigraphiques était encore dans l'enfance, de sorte que le classement est souvent.des moins exacts. Mais c'est surtout l'ordre adopté qui est mauvais. Il ne respecte pas le groupement naturel des textes ; l'ordre géographi que des provenan ces. Il est impossible, avec Gruter, de reconstruire l'histoire administrative d'une province ou d'un municipe ; il faudrait plusieurs mois de travail pour réunir tout ce qui concerne une cité ou une institution. Mais on n'avait au temps de Gruter auc une idée de l’organisation véritable du monde romain. Le xvrre siècle n’a ja mais su distinguer, dans l'antiquité, les temps, les pays, les ra ces ; il se faisait des anciens une idée générale, abstraite, littéraire ; Dioclétien, Trajan, Pompée, ne lui paraissaient pas très différents des héros d'Homère, d'Hannibal, de Mithridate ou de Genséric.
Ce qui est vraiment œuvre d'épigraphiste, dans le Corpus de Gruter, c'est la part de : Joseph-Juste Scaliger dont les recueils de notes furent le fondement solide de l'ouvrage où son nom ne semble prononcé que par grâce (voir Corpus inser. lal., t. I, p. XVIII ; t. IT, p. XXXI ; t. VI €, p. LVI ; n. LXVII). Le volume d'Indi ces est entièrement de lui, et ces indi ces sont un commentaire perpétuel. des inscriptions publiées, commentaire rempli d'erreurs, mais riche de découvertes, œuvre d'un homme'qui a vu les monuments et qui, s'il se trompe souvent parce qu'il ne sait que ce que sait son. siècle, souvent aussi trouve le vrai à force d'intelligence et de sagacité.
Le travail de Gruter fait, épo que, à plusieurs titres, dans l'histoire de l'épigraphie. D'abord il est la première œuvre de ce genre qui ait été réalisée, Ensuite, il réunit un moment, dans une action comm une, les | princip aux savants de l'épo que intermédiaire entre le | xvit et le xvn° siècle. Enfin, il servit de, point de. départ à pres que tous les trav aux qui suivirent.
XXXVI. Au XVI ? SIÈCLE. — Au point de vue purement histori que, les épigraphistes du xvu et du xvine sièc les peuvent se diviser. en deux classes, Les uns ont seulement ajouté au nombre des inscriptions connues et leurs ouvrages, à proprement parler, ne sont que des suppléments à celui de Gruter : les autres ont-fait progresser la science, y ont porté des vues nouvel les, ont entrepris ou réalisé quel que chose pour son avancement. Si ces derniers sont peu nombreux, la liste des premiers serait fort longue. Plusieurs d’entre eux s'’annoncèrent franchement comme continuateurs de Gruter, par exemple Reinesius, de Gotha,. auteur d'un Syntagma inscriplionum antiquarum cum primis Romæ veleris quarum omissa. est recensio in | vasto Gruteri opere.. opus posthumum Lipsiæ et
VII. — 30
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au recueil de Doni, p. x-xm1 ; De Rossi, Inscript. christ., t. 1, p. xx-xxn ; G. Henzen, dans Corp. inser. lat., t. VI, D. LVI, n. LXXIV) ; A. Bosio (voir ce mot) s'est | borné à publier ses propres trouvail les dans les cimetières romains, tandis que Marquardt Gude f Gudius ) de Rendsborg en Holstein reçut de toutes mains pendant un séjour en Italie, en 1662, les notes épigraphiques conservées dans trois manuscrits de Wolfenbüttel, ms. 106 (fol. 1-150) ; ms. 197 (f. 151-1150) ; ms. 198 (f. 1151-1707), ce dernier ne contient que des falsifications de Ligorio. En 1731, Kool et Hesel publièrent d’après les manuscrits de Gudius un recueil intitulé : Anfiquæ inscriptiones quum græcæ tum latinæ olim a Marguardo Gudio collectæ, in-fol., Leovardiæ ; Jacques Spon, d'Avignon, fit paraître, en 1673, sa Recherche des antiquités de Lyon, exact et savant ouvrage où les inscriptions sont assez bien comprises ; en 1678, son Voyage en Italie et en Grèce, avec les inscriptions rapportées par lui ; et enfin, en 1685, les Miscellanea erudilæ antliquitatis, in quibus marmora, slatuæ, musiva, loreurnala, gemmæ, numismata Grutero, Ursino, Baissardo, Reinesio aliis que ignola referuntur et illusirantur. En 1691, Guill. Fleetwood, évê que de Saint-Asaph, donne une Jnseriplionum antiquarum Sylloge in duas partes distribuia quarum prior Inscriptiones ethnicas singulares et rariores pene omnes continet quæ vel Gruteri Corpore, Reynesii, Syntagmate, Sponii, Miscellaneis, aliis que ejusdem argumendi libris reperiundur, altera Christiana monumenta antiqua quæ hactenus innotuerunt omnia complectitur, in usum juventutis ferum antiquarum sludiosæ edita et notis quibusdam illustrata, in-12, Londini, 1691. L'ouvrage est dédié à la jeunesse de Cambridge.
Beaucoup d'ouvrages ne sont que des recueils locaux et concourent à compléter le Corpus général. Tel est le cas des publications de Camden, qui, dans sa Britannia descriptio, dont la meilleure édition est datée de 1610, a inséré toutes les inscriptions de Bretagne qui étaient connues de son temps ; du P. Gauthier, Augustin, dont l'ouvrage a pour titre : Siciliæ objacenlium que insularum et Brultianorum antiquæ tabulæ, sive inscripliones, Messine, 1624 ; de Sertorio Orsato, de Padoue, dont les Monumenta Patavina sont de 1652 ; de Charles César, comte de Malvasia, bolonais, dont les Marmora Felsinea sont de 1690 ; de Damaden, qui publia l'Album Canusin, c'est-à-dire la liste des décurions du municipe de Canusium que l'on venait de découvrir et qui devait jeter une si grande lumière sur la vie municipale dans l'empire romain ; de Philippe della Torre, évêque d'Adria, qui publia, entre autres ouvrages, les Monumenta veteris Antii (1700-1714), et bien d'autres.
Parmi ces épigraphistes du XVIIe, le comte Sertorio Orsato, de Padoue (1607-1678), se distingue, non par sa science, mais par ses travaux théoriques. C'était d'ailleurs un homme d'une rare sincérité. Il en donna la preuve en reconnaissant, malgré tout le monde, que les ossements et l'inscription tumulaire attribués à Tite-Live, et dont Padoue était si fière qu'elle les avait placés dans sa curie — où ils sont en réalité, à un T. Livius Halys, affranchi et membre d’un collège de prêtres où n'entraient que de petites gens.
Orsato a travaillé au progrès de l'épigraphie comme science par deux ouvrages importants. L'un, I marmi eruditi, Padoue, même titre publié en 1719 par son petit-fils, est consacré à l'étude des monuments au point de vue philologique. L'autre, De notis Romanorum, Padoue, 1672, est une explication des sigles et abréviations épigraphiques, espèce de manuel du lecteur d'inscriptions où il a réuni et mis en ordre tout ce que l'on savait alors.
Il manquait aux hommes de son temps les principes mêmes de la science épigraphique. Mais, sur des points qui datent avec certitude le monument dont ils procuraient les inscriptions, ou à corriger les Fastes consulaires. En recueillant ces miettes de l’histoire, en ouvrant de nouveaux chemins de l'épigraphie, ses compatriotes que trop d’imitateurs.
Les Schedæ On ne se contentait plus, au XVIIe, de recueillir les inscriptions ou même de les lire et de les expliquer tant bien que mal. On commençait à les rapprocher, à comparer ; on essayait d'en tirer ce qu'elles peuvent donner pour la connaissance des institutions et de la vie publique des Romains. Beaucoup de mémoires publiés alors ou présentés aux académies, aux sociétés savantes du temps, attestent ce travail de critique et d'application de l’épigraphie à l'histoire. Plusieurs sont intéressants. Tel est celui de Zabarella sur les Arruntii, présenté en 1655 à l'académie des Ricovrati de Padoue ; tel est le grand travail du cardinal Noris, préfet de la Vaticane, publié en 1681, sous le titre de Cenotaphia Pisana, et qui contient, à propos de deux inscriptions de Pise, une étude des institutions municipales. Le même cardinal Noris a publié une Epistola consularis, Bologne, 1683, dans laquelle est essayé, sur les consuls de l'an 29 à l'an 219 de notre ère, le travail de restitution archéologique, que Borghesi, de nos jours, a repris pour tous les consuls. Reinesius écrivait, dès 1690, à Ruperti, des Lettres sur les familles romaines où il donnait l'exemple d'un genre de travaux, dont Borghesi devait aussi plus tard démontrer l'importance capitale.
De ce XVIIe se termine par une grande œuvre consacrant une haute réputation d’épigraphiste. Raphaël Fabretti, né à Urbino en 1619, mourut à Rome en 1700 : (voir Dictionnaire, t. V, au mot FABRETTI). Nous avons déjà dit tout le bien qu'on doit penser de son recueil, intitulé : Inscriptionum antiquarum quæ in ædibus canonicorum regularium S. Salvatoris in Thermis repertæ sunt. Il ne faut pas toutefois s’exagérer le mérite de Fabretti. On rencontre dans son recueil un bon nombre d'inscriptions suspectes. Il a adopté une classification analogue à celle de Gruter. Les tables sont insuffisantes. En un mot, il n'a pas découvert ce qui particuliers, dont quelques-uns ont de l'importance, il a pleinement réussi, il a fait d'heureuses découvertes. Sa collection d'inscriptions chrétiennes, qui en compte trois cents, est la plus forte qui eût encore été publiée. On n'avait guère recueilli jusque-là que les textes chrétiens en vers. Il a eu, en outre, le mérite d'attirer, le premier, l'attention sur les marques des briques romaines, auxquelles personne n'avait pris garde … (voir Dictionnaire, t. V, au mot ESTAMPILLES DOLIAIRES). Ces petits textes sont très précieux. Les briques portent, en effet, le nom du propriétaire de la briqueterie et la date de leur fabrication. Or, presque tous les monuments romains sont plus ou moins en briques, soit nues, soit cachées par un revêtement de stuc, de pierre ou de marbre. Les briques signées viennent et peuvent servir en même temps à compléter et à la curiosité et aux recherches, Fabretti a bien mérité.
Encore plus que celles de l’âge précédent, les collections du XVIIe sont encombrées d'inscriptions fausses. L'exemple de Ligorio n’a rencontré parmi ses imitateurs que Fabretti lui-même a fait de trop nombreux emprunts, appartiennent à ce faussaire (Biblioth. Barberini, mss. XXX. 92 et XXXI. 26). Les Schedæ Valicanæ sont un peu moins suspectes, si quelque chose venant de lui mérite d’être pris au sérieux (Biblioth. Vaticane, 5237, 5241, 5242, 5253), Fabretti les a consultées, Gudius a beaucoup de textes ligoriens (Biblioth. Wolfenbüttel, ms. 198, fol. 115-1707). Reinesius a, lui aussi, puisé dans le fonds ligorien, et en outre, il a exploité les Schedæ Piccartianæ, notes prises par Michel Piccart dans un manuscrit — de Rome qui semble d’origine ligorienne.
Les travaux de tous ces collecteurs mettaient au jour un nombre considérable d'inscriptions que Gruter n'avait pas connues. Son Corpus était débordé, insuffisant ; donc en outre il devenait rare et se vendait cher. Au commencement du XVIIIe, un libraire d'Amsterdam, François Halma, s'avisa que l'opération serait fructueuse et annonça une deuxième édition. Celui qu'il choisit pour diriger cette œuvre était, comme Gruter, philologue ; mais il n'était pas intelligent comme Gruter l'avait été. Georges Graëve (Grævius) mourut avant d'avoir achevé sa tâche, qui fut continuée et terminée par P. Burmann et Hotten, ses collaborateurs. L'édition publiée par eux est fort belle, le papier est magnifique ; des planches, œuvre de J.-J. Boissard, de Besançon, y figurent les monuments ; on a pris soin de conserver la pagination de la première édition et le même nombre d'inscriptions par page, portant les mêmes numéros. L'ouvrage comporte 4 volumes in-folio et porte la date de 1707. Mais cette édition de Grævius, recherchée des bibliophiles et qui, en grand papier, atteint des prix élevés, est bien loin de valoir la première. Les auteurs ont manqué leur but. Ils avaient, à leur portée, les recueils manuscrits et imprimés faits depuis le temps de Gruter : ils avaient l'exemplaire de Gruter, avec des corrections de sa main ; ils avaient un autre exemplaire corrigé par un homme encore plus compétent, Gudius, — boue hui à la bibliothèque de Wolfenbüttel — mais ils n'étaient pas capables de tirer parti de ces ressources, pas un des trois n'étant épigraphiste. Ils n'ont pas ajouté une seule inscription au Corpus primitif. Ils se sont contentés d'indiquer, après chaque inscription, le renvoi aux autres recueils, et c’est la seule utilité que présente leur travail. Ils corrigent parfois Gruter, mais le plus souvent c'est à tort. Boissard, qui fit leurs planches, était un architecte ; il s'occupait beaucoup d’antiquités, mais n’y entendait rien. Ses dessins, sans aucun caractère, sont d’une ridicule infidélité. Cette seconde édition de Gruter, bien loin d'annuler la première, ne peut même pas la remplacer. L'ancienne est la seule que l'on cite, préférable pour la correction des textes et infiniment moins coûteuse.
AU XVIIIe. — Ce fut un malheur que Grævius et ses collaborateurs eussent si complètement failli à leur tâche. La science se débattit pendant tout le XVIIIe dans les mêmes entraves qu'avant Gruter. Le nombre des inscriptions avait quadruplé depuis lui, Fabretti, seul, en avait donné plus de quatre mille nouvelles ; mais elles étaient dispersées dans un nombre infini de recueils, la plupart sans tables suffisantes, comme celui de Fabretti ou sans ordre comme celui de Spon. Malgré cette gêne, le XVIIIe offrirait un nombre immense de noms d'auteurs et d'ouvrages à qui en ferait le catalogue. L'Italie tient toujours le premier rang. Nous y rencontrons d’abord Philippe Buonarotti, de Florence, apparenté à Michel-Ange, dont on conserve les papiers à la Biblioth. Marucelliana, le ms. 43 est le seul qui l'intéresse pour l’épigraphie. Dans la même bibliothèque, le ms. A 6 contient quelques notes relatives à des inscriptions romaines ; de même le ms. A. 195. Buonarotti est surtout pour nous l'auteur des Osservazioni istoriche sopra alcuni medaglioni antichi, in-4°, Roma, 1698, et des Osservazioni sopra alcuni frammenti di vasi antichi di vetro ornati di figure trovati ne cimiteri di Roma, in-4°, Firenze, 1716.
J. Marangoni, custode des catacombes, se trouva en mesure par ses fonctions de transcrire beaucoup d'inscriptions, ce qu'il fit avec soin, malheureusement ses notes périrent dans un incendie et il n'est possible d'en juger que d'après les Acta S. Victorini episcopi Amiterni et martyris illustrata atque de ejusdem ac LXXXIII ss. martyrum Amiternensium cœmeterio prope Aquilam in Vestinis historica dissertatio. Cum appendice de cæmeterio S. Saturnini seu Thrasonis via G. A. Oderici, Dissertationes et adnotationes in aliquot ineditas veterum inscriptiones et numismata, accedunt inscriptiones et monumenta quæ extant in bibliotheca monachorum Camaldulensium S. Gregorii in monte Cælio, in-4°, Roma, 1765 ; De argenteo Orcitrigis nummo ad Caietanum Marinium coniecturæ, in-4°, Romæ, 1767. J. Lami, Florentin, éditeur des Novelle letterarie fiorentine, in-8°, Firenze, 1740-1792.
E. Corsini, Fasti Attici, in quibus Archontum Atheniensium series ex antiquis marmoreis tabulis, Romæ, 1737, et R. Venuti publia avec Amad. Velera monumenta quæ in hortis Cœlimontanis et in ædibus Malthaeorum adservantur ; nunc primum in unum collecta et adnotationibus illustrata, 3 vol. in-fol., Romæ, e Salaria et monumentis ex eodem aliis que sacris cæmeteriis parmi la foule car, à cette époque, l'érudition en Italie” teurs recueillent les monuments antiques ; des-callec ter, avoue néanmoins qu'après avoir pensé à donner altérées dans Muratori. En Angleterre on trouve des faiseurs de recueils, mais pas un seul épigraphiste. Pococke, 1752, et Chandler, 1774, ne sont que des voyageurs en Orient ; ils publient, Languedoc et la Provence. Nîmes est leur centre comFc L LA
1779 : Marmora Albana, sive in duas inscriptiones gladiatorias collegi Silvani Aureliani inter rudera urbis Romæ nuper repertas conjecturæ, in-4°, Romæ, 1756 ; Antiqua numismata, 2 vol., Romæ, 1744, A Ces quelques noms ne représentent qu'un choix est à la mode ; partout les hommes instruits, les amations se créent, s'accroissent, puis font l’objet de luxueuses publications ; les travaux consacrés à des illustrations locales se multiplient, les mémoires sur les points de détails ne se comptent plus. Quant aux recueils, le plus grand nombre se rattache encore à Gruter. Torremuzza adopte ses divisions, Muratori, dont le Thesaurus n'a pas moins de vingt mille numéros et n’est pas tout à fait divisé comme celui de Gruter, il s'est résigné à ne faire qu’un supplément à Gruter et à ses continuateurs. Ce Thesaurus, du reste, est fait avec négligence ; il reproduit, sans commentaire, sept ou huit fois les mêmes textes, les transcriptions sont inexactes, sa classification ne vaut rien, ses tables sont très inférieures à celles de Scaliger. Alessio Simmaco Mazzocchi, né en 1684 à Santa Maria (Capoue) et mort à Naples, en 1771, est peut-être, de tous ces savants, le seul qui puisse être rapproché de Fabretti. Ce n'est pas seulement un collectionneur, c’est un archéologue. Il a beaucoup publié, À nous le retrouverons.
À l'Espagne au XVIIIe compte un certain nombre d'amateurs qui transcrivent des inscriptions dans leurs cahiers ; on ne peut guère citer que la Sylloge des inscriptions de Catalogne par Finestres de Montesalvo, en 1762, utilisée par H. Florez au tome XXIV de l'España sagrada. Les pays du Nord ne sont pas en arrière. La Suisse possède Gaspar Hagenbuch, de Zurich, qui se fit connaître par ses Lettres épigraphiques au président Bouhier et à Gori, et enfin par quelques mémoires. Hagenbuch avait lu, plume en main, tous les recueils y compris les tables qu'il avait vérifiées, et pour lesquelles il avait dressé des errata complets. Orelli, au XIXe, a beaucoup consulté ces papiers. La vérité oblige à dire qu'il y a surtout puisé des erreurs ; tout ce qu'a écrit Hagenbuch est diffus, lourd, confus, presque incompréhensible ; ses explications sont bizarres et dénotent un esprit faux.
Tout autre est Hultmann, jurisconsulte hollandais, mort à vingt-neuf ans, laissant un écrit posthume qui témoigne de beaucoup de pénétration et d’une vaste érudition ; ses Miscellanea epigraphica, in-8°, Zutphen, 1758, sont des restitutions souvent heureuses d'inscriptions. Thomas Gale, en 1709, se contente d'insérer, dans son Antonini Iter Britanniarum, les inscriptions trouvées en divers lieux. Horsley, dans sa Britannia romana, 1732, donne beaucoup d'inscriptions, mais assez incorrectes ou moins bien copiées, les inscriptions qu'ils ont données, et tout cela est fort médiocre.
La France seule, au XVIIIe, partage avec l'Italie l'étude sérieuse des inscriptions. Tout un groupe d'épigraphistes travaille avec succès dans le Languedoc. Là figurent le président Bouhier, le président de Valbonnais, deux Nimois, Seguier et Ménard, tous amis des antiquités, connus par d’estimables travaux.
Ils correspondent avec les épigraphistes étrangers, Ménard envoie des textes à Muratori.
Parmi eux, le plus habile est Joseph Bimard de La Bastie, baron de Montsaléon, né à Carpentras en 1703, mort en 1742. Bimard de La Bastie, pour son époque, fut un épigraphiste le plus savant de notre pays avant le XIXe, et il avait dans l'esprit une lucidité, dans l'expression une clarté qui manquent à son devancier. Bimard de La Bastie ne vécut pas assez pour se faire la réputation dont il était digne. La correspondance de Seguier laisse entrevoir tout ce qu’il valait, et combien la science française perdit à sa mort.
Sa vocation véritable avait été lente à se révéler, et il avait couru beaucoup d'aventures avant de devenir un philologue et un antiquaire. Dans sa jeunesse, il voulut se faire religieux et ses parents eurent beaucoup de peine à le tirer du noviciat des jésuites où il s'était enfermé. Il acheta ensuite une compagnie et fut officier durant quelques années ; mais, ne pouvant supporter les fatigues de ce métier, il se tourna vers la magistrature et apprit le droit. Il perdit donc dans ces hésitations une partie de sa vie qui fut si courte : heureusement pour lui, des procès, qui le ruinèrent, lui fournirent l’occasion d'apprendre à quoi il était propre.
Ce grand projet était l'œuvre de deux hommes : un Italien et un Français. Le marquis Scipion Maffei était un poète de talent, ce qui ne l'empêchait pas d'être en même temps érudit et antiquaire, parfois même, et comme en se jouant, théologien. Jean-François Séguier était nîmois, fils d'un conseiller au présidial de Nîmes. Né en 1703, il n'était encore connu par aucun grand ouvrage, tandis que Maffei avait publié, outre le Museum Veronense, un livre sur les Galliæ antiquitates selectæ, Paris, 1733, dans lequel figuraient les inscriptions de Narbonne d'après les copies de Séguier. Maffei avait rencontré Séguier à Nîmes, ils s'étaient attachés l'un à l'autre ; Séguier le suivit désormais dans tous ses voyages et ne le quitta qu'à sa mort. Cette collaboration ressemblait à tant d’autres où l’un des deux moissonne les applaudissements que provoque le travail de l’autre.
En 1732 parut le prospectus suivant : Prospectus universalis collectionis latinarum veterum ac græcarum ethnicarum et christianarum, quem nova Veronensis Societas totius Europæ doctis rei que antiquæ studiosis hominibus exhibet ac proponit, anno 1732. Texte latin accompagné d'une traduction italienne, sur une feuille volante à deux colonnes imprimée à Vérone. Un exemplaire du texte latin a été découpé et, en 1843, dans une plaquette d'Émile Egger intitulée « Amateurs égoistes ou d'érudits paresseux, « L'air du temps ». Sur ce projet, on peut encore consulter :
A l’âge de dix ans, Séguier gagna, en jouant avec ses camarades, une médaille d'Agrippa ; dès qu'il l'eut en sa possession, il voulut se rendre compte de l'inscription, ce qui éveilla chez lui le goût de la numismatique, et il devint collectionneur passionné : Comme il ne rêvait que botanique et archéologie, son père décida qu'il serait jurisconsulte et l'envoya étudier le droit à Montpellier. Afin de dégager ses journées, il apprit les Institutes par cœur, ce qui lui permit de trouver le temps nécessaire pour écouter des maîtres comme N. Chicoyneau et A. de Jussieu, qui firent de lui un maître en botanique. De retour à Nîmes, il projeta de grands travaux qu'il ne devait jamais accomplir. « Le don de la conclusion d’un ouvrage, disait-il, est rare chez certaines personnes. » Séguier était de ce nombre. Tantôt il projetait avec un ami d'écrire l'histoire des monuments antiques de son pays, tantôt il combinait un vaste recueil d'inscriptions qui devait compléter celui de Gruter ; entre-temps, il enrichissait son médaillier et son herbier.
Il commençait à se faire estimer des savants de sa ville natale et des environs ; tous les esprits curieux, tous les amateurs d'antiquité qui se trouvaient à Aix, à Avignon, à Montpellier, savaient son nom. Ce qu'il importe de remarquer, c'est qu'il n'eut besoin de rien publier pour se faire connaître d'eux. — La difficulté des communications nuisait alors moins qu'on ne pense à l'échange des idées ; plus les rapports étaient pénibles, et plus on se donnait de mal pour les faire naître, plus on faisait d'efforts pour les entretenir. Tous ceux qui, dans des pays voisins, s'occupaient d'études communes, se recherchaient et se liaient plus étroitement entre eux pour se soutenir. Ces divers groupes correspondaient ensemble, et quelquefois leurs relations s'étendaient fort loin. Les découvertes scientifiques ne se répandaient pas comme aujourd'hui par les journaux, mais par les lettres ; les réputations se faisaient ainsi dans l'ombre, et voyageaient sans bruit d'un correspondant à l'autre. On savait par le témoignage d'un connaisseur qu'il y avait quelque part un homme de mérite habile à déchiffrer les inscriptions ou à reconnaître les plantes, et l'on n’hésitait pas à s'adresser à lui quand on avait besoin de ses lumières. C'est ainsi que commença la renommée de Séguier. En 1728, un jésuite d'Avignon lui écrivait : « La réputation que vous vous êtes acquise dans la république numismatique me fait souhaiter passionnément d'être en commerce de lettres avec vous. » On prenait déjà de tous côtés l'habitude de le consulter, et, comme il répondait à tout le monde avec une extrême obligeance, sa correspondance alla toujours en s'étendant. C’est ainsi qu'elle dépassa bientôt les villes voisines de Nîmes et qu', dès 1729, il se trouvait en relation avec deux des savants les plus connus de cette époque, le baron Bimard de La Bastie et le président Bouhier. Séguier formait avec La Bastie le plus parfait contraste. Autant celui-ci était vif, emporté, prévenu de lui-même, autant Séguier était sage, modeste, réservé. Loin de vouloir tirer vanité de ses travaux, il semblait uniquement occupé d'en atténuer le mérite ; avec cela timoré, peut-être timide et même quelque chose de plus. Tout cela le défendait des aventures qu'on rencontre sur les grands chemins et jamais il ne se fût risqué à quitter Nîmes sans une circonstance singulière qui changea sa vie.
Au mois d'octobre 1732, Nîmes fut visité par un voyageur illustre, le marquis Scipion Maffei, qui avait la réputation d'être un des plus grands érudits d'Europe. La Bastie, qui annonça cette visite à Séguier, le prévint en même temps qu'il aurait quelque combat à livrer avec l'hôte qu'il allait recevoir. Maffei était un grand patriote, et rien ne le préoccupait plus que la gloire de sa chère Vérone ; aussi s'était-il mis en tête de donner plus de prix aux antiquités qu'elle renferme en rabaisant celles des autres pays. Comme il ne connaissait les arènes de Nîmes que par un dessin fort inexact, il s'avisa de prétendre que ce n'était pas un amphithéâtre, réservant ce nom au Colisée de Rome et aux arènes de Vérone. Séguier ne pouvait pas être complaisant pour cette opinion singulière, car lui aussi aimait sa patrie et était fier des monuments qu'elle possède. Les deux rivaux, armés de textes et d'arguments, durent donc combattre avec énergie chacun pour la gloire de sa cité. Contrairement à ce qui arrive d'ordinaire, la discussion les rapprocha. Maffei, qui avait eu souvent affaire aux érudits, encore plus irritables que les poètes, fut charmé de rencontrer un contradicteur si poli, et lui proposa de l'accompagner. L'offre était séduisante. Maffei avait entrepris précisément le dessein dont Séguier avait eu un moment la pensée ; il courait le monde pour ramasser les inscriptions et voulait en faire un nouveau recueil plus complet que celui de Gruter. Comment Séguier aurait-il refusé de l'aider dans une entreprise dont il comprenait si bien l'utilité ? Il ne s'agissait d'ailleurs que d'une courte absence, et, comme on devait se séparer après avoir visité ensemble les villes voisines, la famille de Séguier consentit sans trop de peine à le laisser partir ; mais, à mesure que ces deux savants se connaissaient davantage, leur amitié devenait plus étroite. Bientôt ils ne songèrent plus à se quitter, et Séguier, qui ne croyait s'éloigner de Nîmes que pour quelques semaines, n'y devait rentrer qu'après une absence de vingt-deux ans.
Maffei était certainement alors le personnage le plus important de l'Italie. C'était une sorte de génie universel à qui toutes les connaissances humaines étaient familières. « Poète, critique, antiquaire, historien, physicien, casuiste même et théologien, dit Lebeau, il fut tout, autant qu'on peut l'être quand on est tant d’autres choses ; » mais, s’il n'a pu tout approfondir parce qu'il a voulu trop embrasser, si sa science est trop étendue pour n'être pas quelquefois un peu mince, on peut dire cependant que partout il a laissé sa trace. Son patriotisme très vif ne pouvant se satisfaire que dans le rêve de l'indépendance politique de l'Italie, il crut en hâter la réalité en l'aidant à reconquérir son indépendance littéraire. Pour cela, il se fit auteur dramatique et s’aboucha avec Riccoboni pour le décider à faire jouer les tragédies italiennes du xvi* siècle, la Sophonisbe du Trissin, la Cléopâtre du Delphino, l'Oreste de Ruccelaï, le Tancrède du Tasse et plusieurs autres rapsodies du même goût que Maffei déclarait infiniment supérieures au théâtre de Corneille et à celui de Racine. La tentative échoua, alors Maffei composa Mérope dont le succès fut immense et général. Cette partie gagnée, Maffei se jeta dans l'érudition et publia sa Verona illustrata, où la science est traitée d'une manière si large, où sont abordées et résolues, à propos d'une seule ville, tant de questions importantes sur l'histoire de Rome, que le dramaturge prit figure de savant et, comme ce travestissement s'exécutait en Italie, Maffei se trouva en un moment le savant le plus populaire.
Tel était l’homme dont Séguier allait être pendant vingt-deux ans le compagnon, le collaborateur et l'ami qu'il suivit sans hésiter dans toutes ses courses. Ils visitèrent la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Séguier a laissé de ces voyages une relation manuscrite assez calme de ton. Son principal soin est de relever le nombre des inscriptions copiées à Arles ou à Narbonne, d'énumérer les curiosités aperçues chez l'intendant Le Bret ou le président de Mazaugues à Aix, chez le marquis de Caumont en Avignon, chez le président Bouhier à Dijon, chez l’abbé Lebeuf à Auxerre. C'est un voyage à la manière de ces itinéraires de Mabillon et Germain, de Martène et Durand. On va à petites journées, accueilli par les savants, fêté des académies, on brûle les grandes villes et on s'attarde dans les bibliothèques monastiques ou bien on s'impose un crochet, voire un détour, pour visiter une ruine ou pour copier une inscription. A cette allure, Maffei et Séguier mirent trois mois pour aller de Nîmes à Paris.
A Paris, Maffei était une manière de célébrité exotique, mais, comme aucun des membres de l'Académie des Inscriptions ne se décidant à lui céder une place, Maffei fut nommé membre surnuméraire ! ce qui fit dire - chez Mme de Bérenger — car on savait Maffei fort riche — qu'il avait été nommé « sur numéraire, » - Tandis que Séguier partageait ses loisirs entre l'Académie et le « Jardin du Roi, » alternant la faune avec la flore, Maffei se trémoussait délicieusement entre Fontenelle, Montesquieu et Voltaire qui s'extasiait sur les perfections de la Mérope, qu'il préférait à beaucoup de pièces de Corneille — naturellement, — en attendant qu'il la déclarât « digne du théâtre d'Arléquin. » Séguier était moins sensible au charme de Voltaire, un homme si peu épigraphiste, et qu'il trouvait « un peu trop plein de lui-même. » Pendant ce séjour à Paris, Maffei se lia avec la marquise de Verteillac dont le salon s'encombrait, dans ses encoignures, de quelques académiciens ; bref on s'attarda dans la capitale pendant trois ans entiers pendant lesquels il semble que l'épigraphie dut être souvent en souffrance, sinon complètement délaissée. Ce fut une grosse maladresse. À son arrivée, Paris avait accueilli l'italien célèbre avec une admiration curieuse ; il eut le tort de trop se prêter à cette curiosité : un homme habile s'éloigne avant qu'elle ne soit entièrement satisfaite. Le lointain la grandissait, beaucoup de personnes trouvèrent qu'il perdait à se laisser voir de trop près. Comme il n'avait jamais vécu que dans une ville de second ordre, il régala les salons parisiens de quelques défauts de province. On l'accusait d'être terriblement vaniteux. Ce n'est pas qu'on le fût beaucoup moins à Paris, mais on avait l'art de ne point le paraître ; l'orgueil du marquis qui s'étalait avec une complaisance naïve, gênait celui de ses hôtes. Il parlait trop et trop bien de lui, sur un ton tranchant et ne supportait pas la contradiction. Bientôt il eut contre lui le salon de Mme de Bérenger et l'abbé Desfontaines, gazettier, ennemi de la littérature italienne en général et de Maffei en particulier. Survint Riccoboni qui répéta les jugements sévères de Maffei sur Racine et sur Voltaire, alors le déchaînement fut général et voilà que, pour y faire diversion, Maffei s'embarqua dans la querelle soulevée par la bulle Unigenitus et prit parti pour la bulle. Le cardinal de Fleury, le cardinal de Bissy, le nonce du pape, les jésuites pensèrent voir le ciel s'ouvrir quand il menaçait à croire qu'on ne peut travailler que là. « Dans les pays, écrivait Bimard de La Bastie, tout ce qui n'est pas à Paris ou n'y tient pas par quelque endroit ne fait que ramper ; » et, quoi qu'il en eût, il y vint habiter. Séguier tint bon et ne quitta plus Nîmes. Le temps se passa encore à correspondre, à faire les honneurs de son cabinet, où en une seule année, 1777, son calepin marqua deux cent dix visites, enfin à poursuivre ses travaux. En 1759, il restitua l'inscription de la maison carrée de Nîmes, au moyen des trous des clous qui, dans l'antiquité, attachaient les lettres de bronze doré qui la composent : ce fut un de ses beaux succès. Pour ne pas perdre tout le travail fait en commun avec Maffei, Séguier avait renoncé sans doute au Corpus pour se réduire à un catalogue alphabétique, une sorte de table des matières qui renvoyait à propos de chaque inscription au livre où elle était contenue et permettait au savant de la retrouver. Il y travailla pendant plus de cinquante ans. En 1752, il en avait déjà terminé deux volumes. Cependant, ses amis perdirent patience. « Est-il donc possible, lui écrivait Rochefort, qu'il manque encore quelque chose à ce grand et savant ouvrage dont vous vous occupez depuis si longtemps ? » En 1774, Séguier fit choix d'un libraire et annonça l'envoi du manuscrit ; de toutes parts les félicitations arrivèrent, mais lui, se ravisant, demanda deux ans de plus pour revoir son travail. Il en prit dix et mourut en 1784, âgé de quatre-vingt-un ans, sans en avoir rien publié.
Au nombre des manuscrits laissés par Maffei se trouve celui d'un ouvrage que Donati a publié dans son supplément à Muratori. C'est l'Ars critica lapidaria, en trois livres, dans lesquels Maffei s'est efforcé de donner un traité d'épigraphie. Il y fait preuve de sagacité, mais la science n'était pas mûre alors pour servir d'appui à une théorie et Maffei n'était pas l'homme fait pour écrire un traité didactique. Son œuvre est estimable, elle a peu servi, elle n'a plus qu'un intérêt bibliographique. Dans la voie indiquée plus qu'ouverte et tracée par lui, un jésuite se précipita, arborant comme un signe de ralliement sa prétentieuse et inutile Istruzione antiquaria lapidaria ossia introduzione allo studio delle antiche iscrizioni, in tre libri proposta, 1770. Ce n'était qu'un manuel ; bientôt on reparla d'un Corpus.
Un certain Gaetano Carcano adressa, le 1er mars, à tous les antiquaires et épigraphistes d'Europe, une plaquette de six pages imprimée à Naples, du format petit in-80 : Antiquitalis ac rei lapidariæ totius Europæ studiosis Cajetanus Carcanus, regio typographio præfectus. L'auteur annonçait son intention de reprendre le projet abandonné par Maffei et de l'exécuter avec quelques légères modifications sous le titre de Universalis omnium epigraphicarum collectionum sylloge, débutant par les inscriptions grecques, le tout en une dizaine de volumes. Il en resta là.
Nous arrivons ainsi à la fin du xviii siècle et au grand nom de Marini.
Jean Capot suivit l'exemple de Pierre Sabinus, c'est tout ce qu'on en peut dire d'après ces quelques mots de Francesco Cancellieri : Volumen antiquarum inscriptionum ecclesiarum Romanæ Urbis descriplarum a Joanne Capotio cive Romano anno in carn. dominicæ MCCCCXCVIII*. Les autres contemporains de Sabini se conformèrent généralement à l'usage établi et réunirent pêle-mêle les inscriptions païennes avec les chrétiennes. C'est ainsi que firent l'auteur du Liber epigrammatum urbis Romæ que Mazochi fit imprimer à Rome en 1521 ; de même Apianus et Amantius dans leur Liber veterum inscriptionum imprimé à Ingolstadt en 1534 ; Mariangelo Accursi dont la bibliothèque Ambrosienne conserve les papiers ; Giovanni Bembo dont la sylloge composée en 1536 est conservée à Munich ; les deux manuscrits de Naples écrits l'un en 1505 par Thomas Scandiana, l'autre en 1525 par un anonyme ; Alciati et d'autres ou bien n'accueillent qu'un petit nombre d'inscriptions chrétiennes ou bien pas du tout. On peut con-
après avoir attendu plus de vingt ans perdaient : tum de Mazochi revu et corrigé (ms. Vatic. 8495), On _ dans lesquels Metelli et Ant. Agustin ont rassemblé petite place. Panvinio, bien qu'il s'occupât d'antiquité jecturer qu'il en était de même pour lerecueil épi à | graphi que de Giovanni Battista Brunelleschi dont 1 le manuscrit écrit en 1511 fut longtemps la propriétés des Théatins de Nap les 3, car le ms. Florent. Marucell. A. LXXVIII, 1, del année 1509, du même auteur, LA ne contient rien de chrétien, et dans le ms. Vatic. 6041, intitulé : Epitaphia moderna Urbis reperta per me | dominum Baptistam Petri de Brunelleschis de Florentia die decima septemb. 1514 incipit feliciter, la plupart des inscriptions sont d'épo que médiévale avec quelŸ | ques-unes antiques mais très connues et tirées d'ailleurs « du recueil de Pogge et de Cola di Rienzo, De même les « inscriptions réunies sous ce titre sont d'épo que récente : Ex antiquis Urbis ecclesiis excerplæ, quas partim reformata sacrarum ædium structura, partim injuria temporum aboleverat, et Clemens XI pont, max., « ut illustrium virorum, familiarum, geslarum que rerum 4 memoriæ consuleret, ex codice ms. Farnesiano describi « jussit el bibliothecæ Valicanæ dono dedit ; c'est le ` ms. Vatic. Alexandr. 770. Ainsi depuis Pierre Sabinus « jusqu'au milieu du xvi siècle on peut pres que dire que l'épigraphie chrétienne n'est pas représentée. | A partir de 1550, tout cela change d'aspect. Nous « avons déjà fait connaître l'œuvre et les servi ces de M Smetius, Pighius et plusieurs autres, nous ne parlons ici que des servi ces par eux rendus à l’épigraphie chré- « tienne. Pighius a fait peu de chose pour elle. Ses papiers M conservés à la Bibliothè que et au Musée de Berlin ne contiennent que quatorze inscriptions chrétiennes consulaires ; quant à son recueil manuscrit autographe M conservé à Leyde, il ne contient pas une seule inscripM tion chrétienne . Il est vrai qu'une grande partie de M ses papiers a péri. A Jean Andres n’a rien su d'un recueil d'inscriptions : M de Metelli, à moins qu'ilne s'agisse du Liber epigramma- © connaît bien les manuscrits Vatic. 6038, 6039, 6040. des exemp les des plus bel les inscriptions, mais la plupart sont fabriquées par Metelli et par ses amis. Très peu d'épigrammes chrétiennes leur semblèrent dignes de retenir leur attention. Achille Stati ne fut pas moins dédaigneux. Ses papiers sont conservés à la Vallicellane, ms. B. 102 : Adversaria Achillis Slalit Lusitani, et B. 104 : Achillis Statii v. cl. Orthographia alphabetica collecta ex antiquis inseriptionibus, numismalibus el aliis monumentis, item adnotationes variæ el collectio antiguarum inscriptionum : opus autographum. Le premier de ces deux recueils ne contient pas une seule inscription chrétienne, le deuxième quelquesunes seulement et fragmentaires ; comme il ne s'occupait que d'orthographe, parfois une phrase, quelques mots seulement allaient à son but ; il laissait le reste. Les autres manuscrits épigraphiques de cette mêmeépo que en Italie et en France n'offrent rien qui vaille la peine d’être mentionné. Rien non plus à attendre d'Onofrio Panvinio qui ramassait les inscriptions de partout f, mais ce recueil ne nous est pas parvenu. Du moins savons-nous le plan auquel il s'était arrêté ® ; son ouvrage était réparti en douze livres dont chacun comportait des catégories d'inscriptions, or aucun de ces titres ne fait mention des inscriptions chrétiennes, soit qu'il les écartât, soit qu'il les répartit parmi les inscriptions païennes ; quoi qu'il en soit, s'il les y admettait, il devait sans doute leur faire une fort chrétienne, semble avoir été prévenu contre l'épi| Mrapnie chrétienne, c'est à peine s'il recourt à elle- | même pour établir les fastes consulaires du 1v° au VIe. Martin Smet ne. fut pas mieux disposé à cet égard que Panvinio, dans son Inscriptionum latinarum $ Jiber, c'est bien rare si on relève quelques textes chré- “tiens. -~ Par contre Alde Manuce dont les notes autographes 2 sont conservées dans les mss. Vatic. 5237, 5241, 5249, 5253, afait une large place auxinscriptions chrétiennes. Le ms. 5241 en particulier est rempli tout entier 2 inscriptions chrétiennes provenant des églises de | Rome, copiées en 1566 et 1567 par Alde Manuce le Gaetano Marini a exploré lui aussi, le ms. 5253. Le ms. 8241 est très riche en inscriptions a arétiennes et Marini ne l'a négligé que parce qu'il à “supposait que Doni n'y avait rien laissé à prendre, …mais celui-ci s'était bien vite lassé de déchiffrer la difficile écriture d'Alde le je une, aussi s'était-il souvent trompé lorsqu'il s'agissait de lire le lieu d'origine d'une “inscription ou bien de discerner le texte anti que des … compléments. Il est arrivé que c'est Rossi qui a tiré profit le premier du recueil d’Alde et il a cité très fré- …quemment les mss. Vatic. 5221 et 5259 dans le tome 1° “des Inscripliones christianæ. Un autre manuscrit : - Chigi I. V. 167, composé à l'épo que du pontificat de après Doni, aussi un très grand nombre d'inscriptions chrétiennes, mais d'épo que déjà tardive. La bibliothè que de Saint- “Gall possède, sous le n. 71089, un recueil épigraphi que “d'inscriptions romaines parmi lesquel les se trouvent “quelques inscriptions chrétiennes, c'est l'ouvrage de ~ Gil les Tschudi, de Glaris. Enfin si nous rencontrons “lépens de l'épigraphie chrétienne.
On la dédaignait, et il est trop certain que les rares … inscriptions qui la représentaient alors eussent malaisément soutenu la comparaison avec les monuments païens nombreux et encore magnifiques. Mais la | - découverte et l'exploration des catacombes cessa de réduire l'épigraphie chrétienne au rôle de parente. pauvre. Jus que.vers la fin du xvi* siècle, exception … faite pour quelques poèmes damasiens transcrits dans les sylloges par les anciens pèlerins du vie au 1xe siècle, on peut dire qu'auc une inscription souterraine n'avait “été copiée et étudiée. Les recueils antérieurs au … xvi° siècle n'en font pas mention, sauf une inscription … mentionnée dans le ms. d'Augsbourg Peutinger 507, + Bosio a retrouvées dans le cimetière des saints Mar- - cellin et Pierre ; enfin, dans les précieux manuscrits. des Alde Manuce on trouve trois inscriptions vues et Copiées dans un hypogée. On comprend dès lors. qu'avec, cette ignorance des inscriptions des catacombes, Ottavio Pantagatto, un ami des Alde, de. Metelli, d'Agustin, de Panvinio, n'ait pas hésité à - affirmer que la plus ancienne de toutes les inscriptions » chrétiennes qu'il eut ja mais rencontrée était une épi- ~ taphe datée de l'an 553%. Peut-être badinait-il, en - tout cas il se trompait car, à Rome ou en Italie, par Pie V par un inconnu, d'origine espagnole, contient | … Pirro Ligorio, nous n'avons pres que pas à parler de | lui car c'est à peine s’il s’est exercé quelquefois aux inscriptions chrétiennes dans Metelli, inscriptions que.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
“je une. Celso Cittadini et Doni ont utilisé ces copies, | | inscriptions qu'il y put lire 6, 946. chose. Quant au commentaire que Chacon a consacré à l’hypogée de l'église Saint-Nicolas in carcere et aux de même les notes d'Alfarano relatives aux monuments trouvés sur l'emplacement de la basili que vaticane”, tout cela n’a que peu de rapport avec les inscriptions chrétiennes. Vers la fin du xvit siècle et le début du xvu on voit ` paraître un grand nombre de livres relatifs aux insGruter entreprit un supplément à son Corpus, supplément retrouvé à Leyde, par Mommsen dans le ms. Papebroeck 6 ; on y trouve quelques inscriptions chrétiennes communiquées par Puteano et par Pignorio. Le vrai Supplementum fut préparé par G.-B. Doni, | Romana ex Marci Milesii mss. collecta, 947 les Inscriptiones Donianæ antiquæ que Gori édita et dans une lettre de. Jérôme Aléandre à Frédéric Borromée, datée de 1627 : D'un aliro favore conviene ch'io supplichi V. S. Illma ed è che un gentiluomo di molte lettere, il quale si chiama Gio. Battista Doni e serve qui il sig. card. Barberini, va facendo una raccolta d'iscrizioni anliche, che finora non hanno veduto luce per publicarle quanto prima. Già n'ha raccolto più di seimila, e ve ne sono di buone e di belle ; ed a queste egli aggiunge un numéro d'istrumenti antichi di sopra a mille anni o di poco meno, che sono o testamenti o vendite o dondzioni 1... Les notes autographes de Doni se trouvent dans le ms. Vatic. 71143 sur lequel on a écrit : Iscrizioni antiche descritte e raccolte da Girolamo Aleandri e da altri, mais la plus grande partie du volume est de la main de Doni. On conserve à la bibliothè que Marucelliana de Florence, ms. A 293, le travail autographe | de Doni, dans lequel une toute petite place est faite aux inscriptions chrétiennes. Doni avait vu la plupart des monuments, il explora les manuscrits et les recueils imprimés *, récourut aux notes de ses amis Nicolas Alemanni, Pascalini, Torrigio, Grimaldi, Stefanoni, dont il ne reste guère que cel les des deux derniers #.
Après la mort de Doni son travail entra dans la bibliothè que du cardinal François Barberini (ms. XXXIV. 73) qui s'efforça de le faire poursuivre afin d'aboutir à une publication. Ses relations très étendues avec le monde savant lui permettaient d'accumuler les lettres, les mémoires, les découvertes de Joseph Suarès, Carlo Morone, Jérôme Aléandre, Luc Holsten, Léon Allatius, Nicolas Alemanni, Giovanni Maria Torrigio, Ferdinando Ughelli, Jacques Bouchard, Claude Menestrier. Le cardinal chargea Bouchard de classer toutes ces richesses et on essaya l'impression de quelques feuillets, dont deux seulement (vin et vinr) ont été retrouvés dans le ms. Barberini XAXI. 26. Mais la lenteur et, pour dire le mot, la paresse de C. Morone empêchèrent d'aboutir et le fonds des papiers de Doni fut dispersé entre Rome et l'Italie. De Rossi en retrouva une minime partie à la bibliothè que Marcienne de Venise ; le ms. Vatic. 7113 contient une partie des notes de Doni, d'Aléandre et de plusieurs autres. Gaetano Marini était arrivé à en acquérir un lot important qui est entré avec le reste de sa bibliothè que dans la Vaticane, mais c'est surtout la Barberine qui conserve la plus grande partie. On y trouve un nombre considérable d'inscriptions chrétiennes.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
Outre les recueils d'Alde Manuce, il y a vingt-sept volumes consacrés au grand ouvrage et donne une édition latine. Tous les travaux préparatoires à ces grands ouvrages sont conservés parmi les manuscrits de la Vallicellane. Il faut mentionner entre autres le ms. G. 28 en tête duquel on lit : Antiquæ M inscriptiones ecclesiarum Romanæ urbis collectæ œ Carolo de Secua, Antonio Bosio et Joanne Severano. Toutes les inscriptions sont chrétiennes et Giuseppe Blanchini y a fait beaucoup d'emprunts destinés au « Thesaurus de Muratori. Comme l'écriture de ce volume est malaisée à lire, Blanchini s'est abusé plus d'une fois, et parfois il a renoncé à déchiffrer. D'autres manuscrits de la Vallicellane ont pour auteur Bosio ; cependant, on n'y conserve toutefois qu'une partie de la Roma sotterranea qu'il commença à écrire en latin et où on ne rencontre que de rares perceptions (ms. Vallicell. 3 4 ; G. 6, cf. G. 6). Entre Paul Aringhi et Bernard de Montfaucon, la biographie chrétienne est délaissée. On conserve à la Bibliothèque nationale, Residu, S5. Germain, 70-1285, 1289-1293, les papiers de Montfaucon, il s'y rencontre des textes corrects ; mais Montfaucon ne s'est occupé de l'antiquité chrétienne qu'occasionnellement, tandis que nous avons déjà marqué le rang qu'y ont pris Fabretti, Boldetti, Marangoni, Buonarotti, Lupi. Il faut toujours regretter qu'ils aient eu à lieu d'en chercher de plus satisfaisants, ils s'en soient contentés ; si du moins les papiers de Fabretti et de Marangoni s'étaient conservés, on saurait exactement quel symbole qu'ils ont figuré. Tandis que Fabretti mentionne avec exactitude les lieux d’origine, il semble bien que Boldetti ne s'est avisé de les inscrire que plus tard, après ses travaux, et il l'a fait de mémoire, ce qui l'a entraîné dans de nombreuses erreurs. Marangoni fut plus attentif, mais l'incendie a dévoré non seulement ce que Boldetti avait accumulé pendant les années d'exploration qui suivirent les Osservazioni en 1720.
On y trouve la transcription des inscriptions chrétiennes qu'il n'a pas fait connaître ; enfin, beaucoup d’épitaphes catacombales acquises de Boldetti ou de ses terrassiers (ms. Marucc. A 195), au nombre d'environ deux cents, beaucoup ignorées, d'autres qu'il y a profit de rapprocher des lectures hâtives de Boldetti. Quant aux manuscrits de Lupi, conservés à la biblioth. Vatic. 9143, Zaccaria y a trouvé la matière d'une publication : ceux de Lesley se trouvent au Musée Kircher. Tous ces écrits suffisent largement à montrer combien abondantes furent les inscriptions extraites alors des catacombes. Ainsi qu'il arrive en pareil cas, il fut question d'en former une collection ou un Corpus. Gori fut le premier à en parler, il y revint à différentes reprises, promettant un maximum volumen, dans lequel les inscriptions ita essenti dispositi, ul per gradus omnes sacrosancta mysteria, ritus ; dignitates et antiqua hierarchia ecclesiastica et disciplina illustrarentur. Il semble bien que tout cela soit demeuré à l’état de projet, mais dans les notes et la correspondance de Gori conservées à la Marucelliana, on trouve un certain nombre d'inscriptions chrétiennes parmi les païennes ; elles furent dessinées ou transcrites par Ficoroni, Stosch, Victorio, Scamarcia, Galletti. La bibliothèque du comte de l'Escalopier possédait huit volumes de Victorio, parmi lesquels De Rossi releva des inscriptions chrétiennes. Galletti se distrayait à composer de fausses inscriptions, dans le nombre il en a semé quelques-unes chrétiennes très authentiques.
Après les promesses de Gori, on eut la réalité de Muratori, malheureusement Muratori prit avec des moyens si insuffisants et qu'au seul ses notes, en 1737, mais encore toutes celles qu'il a publiées dans ses ouvrages, d’autres qu'il n’a pas nommées en 1771, adjoint au préfet des archives vaticanes. La plupart d'entre elles étaient déjà connues, puisqu'il en avait déjà considéré un nombre considérable d'inscriptions chrétiennes, plus de Marangoni, de Lupi et d’autres, mais il en ajoutait quelques-unes. Modène écrit en 1503 par Martin de Sieder et coté 950 textes d'excessives libertés, négligea de distinguer les parties antiques des suppléments et commit bien d'autres erreurs ; aussi son Thesaurus sembla-t-il si peu satisfaisant qu'Olivieri et Passeri songèrent peu après à revenir au projet de Gori, sans qu'on sache s'ils en vinrent à un commencement d'exécution. La bibliothèque Olivieri, à Pise, n’a que quelques inscriptions chrétiennes.
Du grand projet et de la tentative faite par Maffei et Séguier, il reste les mss. suivants : Biblioth. nat., Suppl. gr. 129, 380, 381, 881 a, 405, 405 a : Nîmes, biblioth. publ., 13793, 13795, 13808, 13812, 13813, 13814, 13816, 13817. Vers le même temps, d'autres antiquaires forment des projets tout aussi vains : Bacchini, Bottari, Terribilini. Les papiers du premier ont disparu, ceux de Bottari conservés à la bibliothèque Corsini ne contiennent pas une seule inscription chrétienne. Terribilini est représenté à la bibliothèque Casanatense par une série de gros volumes sur les églises de Rome, on n'y trouve rien qui ait rapport à l'épigraphie. Le livre projeté par Terribilini ne devait contenir que les inscriptions relatives aux papes, ce qui ne faisait que reprendre une pensée esquissée par Francesco Blanchini, dans son travail sur Anastase, t. 1, præf. n. 31. Ce même Fr. Blanchini s'occupa aussi d'inscriptions chrétiennes, ses notes sont sans aucune valeur.
Il semble que les projets de Corpus inscriptionum aient la faculté de rebondir. Après Gori, après Olivieri et Passeri, nous voyons Ant. Fr. Zaccaria former le dessein d'un recueil d'inscriptions chrétiennes allant jusqu'au ve ou au XIe ; l'auteur s'en est expliqué dans sa bibliothèque, ms. 8324.
Il faut en venir à Gaetano Marini pour voir entreprendre avec méthode et succès un Corpus inscriptionum christianarum. Né le 10 décembre 1740, Marini vint à Rome en 1764 et dès l'année suivante il ne cessa de songer et de travailler à ce recueil malgré tant d'autres ouvrages qui semblaient devoir l'en détourner ou du moins l'en distraire. En même temps, il s'acquittait des devoirs de sa charge, avant été chanoine, et préfet en 1782. A ses débuts dans l’épigraphie, Marini fut en relations avec Zaccaria, Oderici et Reggi. Il ne semble pas qu'Oderici (dont la bibliothèque de l’Atheneo de Gênes conserve douze volumes E. VII 1-12) ait jamais songé à recueillir les inscriptions chrétiennes, mais Reggi avait formé ce projet vers le même temps que Marini, il s'en fatigua et donna à Marini tout ce qui, parmi ses notes, pouvait lui être utile. En ce temps-là, il suffisait qu'un homme laborieux et connu pour tel fit connaître un projet de travail entrepris par lui pour que des correspondants bénévoles se missent en rapport avec lui et lui communiquassent ce qu'ils croyaient devoir lui servir ; de toute l'Italie vinrent des lettres et des textes. Marini était heureusement assez critique pour se tenir sur ses gardes. Pour les inscriptions de Rome, il n'eut guère recours aux copies et voulut tout voir de ses yeux, églises et collections publiques et privées reçurent souvent sa visite, mais il ne s'aventura presque jamais dans les catacombes ; il n’a connu les inscriptions qui en proviennent qu'après qu'elles eurent été retirées, aussi ses attributions d'origine sont-elles fort sujettes à caution. Par contre, il dépouilla les sources imprimées, mais ne se préoccupa guère des recueils épigraphiques manuscrits, même ceux des bibliothèques romaines qui lui eussent été facilement accessibles, à l'exception toutefois de quelques sources. Hors de Rome, il semble n'avoir connu que le manuscrit de Closterneubourg et quelques communications d'amis peu nombreux.
Voici, d'après la description de J.-B. De Rossi, comment Marini avait disposé les documents du futur Corpus : Singulæ inscriptiones sejunctim erant in singulis schedis descriptæ vel iis agglutinatæ : quæ e lapidibus expressæ ipsa Marinii vel amicorum ejus manu, quæ e libris, ab amanuensi exaratæ vel e libris ipsis exseclæ. Locum, quo lapis extabat, ejus apographa typis edita vel manu scripta, variam quogue apographorum lectionem brevibus notis ipse Marinius adscripsit ; commentaria nulla adjecit, interdum tamen uno verbo vel suum aliquod de monumento judicium, vel veteris recentisve libri locum declarando monumento aptum significavit.
Marini a rassemblé les inscriptions de tous les pays jusqu'au XIe, non seulement celles qu'on nomme chrétiennes, mais les inscriptions dédicatoires et celles qui ne portent ni formule ni symbole chrétiens. Ses papiers contiennent plus de 8 600 inscriptions latines et environ 750 inscriptions grecques, réparties en Ci ho faticato per circa 40 anni ed impiegatori molto danaro. Ma « quæ parabi cujus erunt. » Marini mourut le 17 mai 1815. Cf. A. Coppi, Notizie sulla vita, e sulle opere di Monsignore G. Marini, 1815 ; M. Marini, Degli Aneddoti di G. Marini ne' di suo nepote M. Marini, in-4°, Roma, 1822 ; C. Cardinale, Estratto dall Effemeridi letterarie di Roma, 1823.
Du grand projet et de la tentative faite par Maffei et Séguier, il reste les mss. suivants : Biblioth. nat., Suppl. gr. 129, 380, 381, 881 a, 405, 405 a : Nîmes, biblioth. publ., 13793, 13795, 13808, 13812, 13813, 13814, 13816, 13817. Vers le même temps, d'autres antiquaires forment des projets tout aussi vains : Bacchini, Bottari, Terribilini. Les papiers du premier ont disparu, ceux de Bottari conservés à la bibliothèque Corsini ne contiennent pas une seule inscription chrétienne. Terribilini est représenté à la bibliothèque Casanatense par une série de gros volumes sur les églises de Rome, on n'y trouve rien qui ait rapport à l'épigraphie. Le livre projeté par Terribilini ne devait contenir que les inscriptions relatives aux papes, ce qui ne faisait que reprendre une pensée esquissée par Francesco Blanchini, dans son travail sur Anastase, t. 1, præf. n. 31. Ce même Fr. Blanchini s'occupa aussi d'inscriptions chrétiennes, ses notes sont sans aucune valeur.
Il semble que les projets de Corpus inscriptionum aient la faculté de rebondir. Après Gori, après Olivieri et Passeri, nous voyons Ant. Fr. Zaccaria former le dessein d'un recueil d'inscriptions chrétiennes allant jusqu'au ve ou au XIe ; l'auteur s'en est expliqué dans sa bibliothèque, ms. 8324.
XL. DE GAETANO MARINI A BARTOLOMEO BORGHESI. — Marini n'eut pas d'égal dans la science épigraphique parmi ses contemporains : il serait injuste cependant de ne pas faire une place à quelques savants. Morcelli (1737-1821) est l’auteur d’un savant ouvrage intitulé : De stylo inscriptionum latinarum, in-4°, Romæ, et réimprimé à Padoue en trois vol. in-4°, en 1822. Cet ouvrage est divisé en trois livres. Le premier, au point de vue du style, les plus belles inscriptions connues. Le second, ét8xxtix6c, renferme l'analyse d'une inscription de chaque espèce et enseigne la manière de composer des inscriptions modernes, en traduisant en langue antique tout ce qui peut être traduit. Le troisième, XATAOXEVAOTIXÜÇ, est une espèce de vocabulaire méthodique de la langue des inscriptions.
L'œuvre d'épigraphie : c'est un traité de l’art de composer des inscriptions. Il n'a fait œuvre de savant que dans la première partie qui peut être vraiment utile. La classification en est bonne et rigoureuse ; les monuments sont reproduits avec soin, mais bon : Morcelli ne cherche pas à faire de cette partie une œuvre originale, mais il est parfaitement au courant de la science de son temps ; il ne discute pas, il cite des sources ; mais son travail bien rédigé, œuvre d'un esprit très méthodique et très clair, est supérieur comme science à beaucoup d'ouvrages plus récents, à celui d'Orelli par exemple.
Dans son Africa christiana, Morcelli n’a pu faire usage de l’épigraphie. E. Q. Visconti (1751-1818) n'a accordé aux inscriptions que la mesure d'attention qu'exigeait la conduite du Museo Clementino dont le tome 1° avait été publié en 1782 des Sculture del palazzo della villa Borghese della Pinciana, 2 vol. in-8°, Romæ, 1796 ; des Monumenti d'Opere varie, publiés par Labus, 4 vol., Milano, 1827-1831.
C. Fea (1753-1836), antiquaire zélé, dont nous avons : Miscellanea, t. 1, Roma, 1790 ; t. 3, 1836 ; Indicazione antiquaria per la villa suburbana dell'eccellentissima casa Albani, in-8°, Roma, 1803 ; Osservazioni e nel foro Traiano con iscrizioni ivi trovate, in-8°, Roma, 1813 ; Iscrizioni di monumenti publici trovati nelle attuali escavazioni dei medesimi, in-8°, Roma, 1813 ; Varietà di Notizie, in-8°, Roma, 1820, et son plus important ouvrage : Frammenti di fasti consolari e trionfali ultimamente scoperti nel foro romano ed altrove, in-4, Roma, 1820.
G. Labus (1775-1853) fut un érudit plus soucieux de savoir que de briller, il n'attacha son nom à aucun grand ouvrage, mais il publia un assez grand nombre de dissertations. La plupart sont fort bonnes. Dite, in-4°, Bologna, 1819 ; Iscrizioni antiche veliterne illustrate, in-4°, Roma, 1823 : Diplomi imperiali di privilegi accordati ai militari raccolti e commentati, in-4°, Velletri, 1835.
De Em. Sarti et J. Settele nous possédons le livre si utile : Ad Philippi Laurentii Dionysii opus de Vaticanis cryptis, appendix, et nous savons que ces érudits formèrent le projet avec Olaus Kellermann d'entreprendre un nouveau Corpus inscriptionum.
Avant d'écrire pour la première fois le grand nom de Bartolomeo Borghesi, remarquons que l'époque scientifique qu'il a illustrée de sa science et de ses découvertes commence presque au moment de la mort de Marini. Son influence ne tarde pas à se faire sentir dans la science, et presque tous les savants de l'époque correspondent avec lui. Cependant ce n’est qu'après sa mort que ses travaux entrent pour ainsi dire dans le domaine universel, que sa gloire est hautement proclamée, et que les découvertes de l'épigraphie deviennent familières aux lettrés.
Cet enfantillage parut alarmant à la police pontificale qui flaira un complot ; d’ailleurs la haute intelligence et les opinions libérales de Borghesi ne pouvaient tarder de lui attirer la malveillance d'un gouvernement soupçonneux. Écœuré des entraves et des procédés dont on usait envers lui, Borghesi quitta les États de l'Église et, juché sur un âne, escorté d’un valet de chambre, d'un majordome et d'un cuisinier, fit son entrée à Saint-Marin en 1821. Son arrivée fit sensation dans cette république qui conserve, depuis quatorze cents ans, le privilège d’être le plus petit des États de l'Europe ; république aristocratique, elle fit le plus noble accueil à l'exilé volontaire, l'incorpora parmi son patriciat, le combla de prévenances comme il n’était que juste à l'égard de ce gentilhomme qui savait lire et écrire. C'était un royaume, ou plus exactement une républiquette d'opérette. Point d'impôts, point d'armée, Bonaparte lui avait fait offrir deux canons qu'elle avait refusés, ne pouvant en faire usage sans que les boulets tombassent hors des frontières ; la cavalerie n'utilisait que des bœufs ; l'infanterie se composait de quarante fonctionnaires offrant toutes les variétés imaginables depuis le crieur public jusqu'au garde champêtre. Lorsqu'une réparation s'imposait, urgente, à la grande route ou aux édifices municipaux, le crieur parcourait le territoire de la République, provoquant les dons volontaires que chacun pouvait déposer dans une boîte en bois blanc sur la table de la salle d'honneur du Conseil souverain. Quand on savait que plus personne n'apporterait son offrande, on comptait la somme reçue et, au besoin, le crieur se répandait de nouveau sur le territoire de la République, annonçant : « Il y en a trop : » et on rendait le surplus !
Cefut ainsi dans cet Eden que Borghesi s'installa dans une maison solide, avec un jardin spacieux et une vue admirable sur l'Adriatique, qui lui découvrait dans une brume lointaine le rivage de l’Illyricum. De cette retraite, le comte Borghesi ne consentit à sortir qu'une seule fois, en 1842, pour se rendre à Rome, chargé d'une mission diplomatique par sa patrie d'adoption, à laquelle il épargna une annexion menaçante de la part du Saint-Siège, dont les prétentions étaient soutenues par un autre épigraphiste, Carlo Fea. À part ces quelques jours sacrifiés à la politique, Borghesi consacra tous ses instants à l'étude dans son cher Saint-Marin, qu'il ne quitta plus.
Sur ce haut piédéstal du mont Titan, pic détaché de la chaîne des Apennins, Bartolomeo Borghesi apparaissait aux savants qu'il a connus dans le cours de sa longue carrière comme une espèce d'oracle qui donnait des réponses sur toutes les questions de chronologie, de généalogie, d'histoire, de droit public, d’institution, politique et privée de la République et de l'Empire. Et cependant, le créateur de l’épigraphie n’a été ni un professeur, ni un écrivain didactique. Il n’est jamais monté dans une chaire, il n’a jamais écrit d'ouvrage théorique. Mais il y a dans son œuvre deux choses : un enseignement perpétuel, et un ensemble de découvertes qui ont été le fondement de la science.
Il existe de Borghesi un nombre presque infini de lettres. Beaucoup sont adressées aux épigraphistes, à Canina, à Furlanetto, à Cardinali, à Tonini, Minervini, Avellino, Rocchi, de Rossi, Mommsen, Henzen, Léon Renier, Desjardins, Egger, des Vergers et tant d'autres. Car Borghesi faisait part de sa science avec une libéralité sans égale ; il suffisait de l'interroger. Tantôt ce sont les éléments mêmes qu'il expose à quelqu'un ignorant, ou qu'il répète pour un autre avec une inaltérable patience. Tantôt c'est la solution d'une difficulté qu'il envoie. Souvent sa lettre est un véritable traité. Borghesi pratiquait un véritable enseignement, qui s'adressait aux individus et par quelques-uns d’entre eux, à la France et à l'Italie ; ses lettres constituent de véritables leçons écrites.
À part cette immense correspondance, l'œuvre de Borghesi est très grande. Elle étonne au premier abord par sa dissémination apparente. Ce n'est point une encyclopédie de la science épigraphique, un grand exposé méthodique de ce qu'il a su et découvert sur l'antiquité romaine. C'est une multitude de brochures, d'articles, de travaux de détail, entre lesquels aucun lien n'apparaît au premier coup d'œil. Borghesi examine les sujets au fur et à mesure des rencontres, prend chacun d'eux quand il le trouve, le creuse autant que faire se peut, en tire tout ce qu'il est possible, et la plupart du temps le dépasse, la découverte de faits nouveaux agrandissant le champ de sa vue et le conduisant de proche en proche à des notions plus générales. Presque toujours, un titre modeste mentionne seulement le texte, le monument, la circonstance qui a été l’occasion du travail, mais ce titre le plus souvent cache une découverte, l'explication de quelque grand fait, l'exposition de tout un ensemble d'institutions mal connues.
Il fut longtemps très difficile non seulement de lire, mais de connaître l'existence de tant de travaux épars dans les revues, les journaux, les ouvrages étrangers, où ils sont quelquefois intercalés sous forme de lettres. Il n’est pas fort aisé non plus de découvrir, sous des titres souvent insignifiants, des études du plus haut mérite, comme l'admirable travail sur l'administration romaine dans l’article sur le consul Barbuleius.
Borghesi paraît avoir été un esprit très peu théorique ; dans sa correspondance, sous forme de conseils ou de réflexions incidentes, il n’a nulle part exposé sa doctrine, donné les règles de sa méthode. Cependant, il en avait une, et c'est celle qu'on suit aujourd'hui. La première règle serait celle-ci : Rien ne se devine, tout s'explique. Ce n'est point par l'imagination, c'est par la connaissance des faits, que les abréviations ou les conventions de langage épigraphique doivent être interprétées. La chose, entrevue avant Borghesi, était bien loin d'être faite ; ce qui est le fondement de l'épigraphie, à savoir que les inscriptions ont une langue fixe, unique pour chaque époque, et que, par conséquent, la même chose s'y écrit toujours de la même façon. Ces deux principes, utilisés, deviendraient, dans beaucoup de cas, certains.
Outre l'exemple d’une application sévère et féconde de ces règles, Borghesi en donna un autre tout aussi précieux. Rompant avec l'érudition superflue, il ne voulut chercher dans l'étude des antiquités que ce qui était utile pour la connaissance des faits sociaux et politiques de la vie des Romains. Borghesi a eu de l'histoire une conception supérieure à celle que tout le monde en avait à l'époque de sa jeunesse. Il l’a comprise comme la comprennent les meilleurs esprits d'aujourd'hui. Elle est, pour lui, l'étude des événements ordinaires, dont les auteurs ne songent point à parler, parce qu'ils se produisent d'eux-mêmes, qui sont comme le dîner et le déjeuner de chaque jour que l’on ne raconte pas dans une biographie, qui tiennent à ces institutions … le monde les connaissait.
Même avec une pareille méthode et une pareille conception de l'archéologie et de l'histoire, il suffisait de découvrir un petit nombre de faits généraux, d'institutions publiques et privées, ou seulement de règles du langage épigraphique chez les Romains, pour que la science de leurs antiquités eût une base des plus solides et pût avancer rapidement. Il a été donné à Borghesi de faire ces découvertes fécondes. Esprit alerte, prompt aux comparaisons, servi par une érudition étonnante, sans cesse en possession, à point nommé, de tous ses matériaux, il a exploré, avec la même sûreté de coup d'œil et la même profondeur de vues, toutes les parties de la science ; presque toujours, il faut attendre l'apparition de monuments nouveaux pour aller plus loin que lui dans une voie où il a porté ses recherches.
Il n'est pas sans intérêt de noter que Borghesi était poète. La plus ancienne œuvre qu'on ait de lui est un quatrain signé Bartolino Borghesi, 1789. Pendant toutes ses années de jeunesse, il a composé sonnets, hymnes, épithalames, une ode pour la grossesse de Marie-Louise, une autre pour la naissance du roi de Rome. Ces goûts littéraires ne l'abandonnèrent jamais ; ses lettres, ses mémoires sont des modèles de prose, sa langue est des plus pures, son style abondant. Il fuit la concision, la raideur de la forme scientifique, et penche volontiers vers l'épanouissement et l'abondance faciles.
En 1813, nous trouvons un premier écrit archéologique : Lettre de Bartolomeo Borghesi à l'abbé Luigi Nardi sur deux médailles d'Auguste représentant l'arc de Rimini, Savignano, 28 septembre 1813, 16 p., in-4°, insérée dans Nardi, Description antiquaire.
En 1817, Giovanni Labus publia à Milan le premier ouvrage de Borghesi, qui appartient vraiment à l'histoire : De la gens Arria romaine et d'un nouveau denier de Marcus Arrius Secondus, in-8°, Milan, 1817, 115 pages.
étant admis, aucune découverte ne sera plus stérile ;
la lecture des textes épigraphiques cessera d'être
pour, et même la restitution des inscriptions
sera utile à l’histoire, c'est-à-dire à la connaissance des
bienfaits, le récit des événements extraordinaires, des
que les écrivains n'ont pas décrits, parce que tout
le monde sait que les Fastes composés par Pomponius Atticus
Mais comment supposer que le livre d'Atticus n'ait pas été
constamment sous les yeux de Tite-Live lorsqu'il dictait son histoire !
Et cependant nous avons la preuve que Tite-Live a bien souvent
négligé de consulter les Fastes dont les tables
sont conservées maintenant au Capitole.
… des vingt-huit qui furent rétablies ou fondées dans
la Péninsule.
inedita nella quale è menzione del console C. Prastina.
nom du personnage auquel cette inscription acé-
962
1856. Lettre de M. Borghesi à M. E. Desjardins, à la date du 30 octobre 1856, touchant le travail de ce dernier intitulé : De Tabulis alimentariis el principalement sur le sens des mots POPULUS et FIGLINAE
employés dans les inscriplions alimentaires, 5 - nov.
1856, dans Annali, p.2, 4,5 (fragment). Osservazioni,
C'est à la France que devait revenir l'honneur de les mettre au jour. Napoléon III chargea Ernest Desjardins de conclure avec les héritiers de Borghesi un arrangement en vertu duquel les manuscrits du défunt seraient mis en sa possession pour être publiés par ses soins en France. Le 8 août 1860, une commission de quatre membres fut instituée pour recueillir et publier toutes les œuvres, imprimées ou manuscrites. Le 15 juin 1864, après quelques vicissitudes, la commission fut composée ainsi : Membres : Léon Renier, J.-B. de Rossi, Noël des Vergers ; Ernest Desjardins, prévôt. Correspondants : C. Cavedoni, à Modène ; Ritschl, à Berne ; Th. Mommsen, à Berlin ; G. Henzen, à Rome ; Rocchi, à Bologne ; Minervini, à Naples ; Huebner, à Berlin. La publication se poursuivit jusqu'en 1870, amenant l'interruption du travail, la désorganisation de la commission, la perte des feuillets tirés et surtout le manque de fonds qui étaient fournis par la cassette impériale. La publication fut reprise par l'Académie des Inscriptions avec quelques modifications au plan primitif. Le tome qui était presque entièrement brûlé lors des incendies de la Commune, fut réimprimé et les “uvres complètes de Bartolomeo Borghesi, publiées par les ordres et aux frais de S. M. l'empereur Napoléon III, de 1862 à 1897 comprennent 10 volumes ainsi répartis, t. I, II, uvres numismatiques ; t. III, IV, V, uvres épigraphiques : t. VI, VII, VIII, de prétoire.
Ainsi Borghesi a porté la science épigraphique aussi loin que possible dans toutes les études auxquelles il l’a appliquée, il a fait plus, il a eu l’idée et comme la prévision de tous les progrès qui lui restaient à faire et des œuvres qu'elle devait, avant tout, exécuter, Il lui a ouvert tous les domaines où elle peut faire des découvertes : lui qui a inauguré par exemple la recherche et l'étude des manuscrits épigraphiques. Borghesi a été le précepteur des épigraphistes de son époque et l'infaillible maîtrise et cependant, il n'y a plus aujourd'hui, en épigraphie romaine, qu'une école, celle de Borghesi, ou plutôt, il n'existe plus d'autre travail épigraphique à faire que de suivre la trace du maître, essayant d'aller plus loin que lui dans les routes qu'il a ouvertes et les perspectives qu'il a montrées.
Dès le 30 avril 1835, Philippe Le Bas proposa à M. Guizot, alors ministre de l'Instruction publique, de joindre à la Collection des documents relatifs à l'histoire de France, un recueil complet des inscriptions de la Gaule et de la France. Son projet comportait quatre grandes divisions : 1° la Gaule jusqu'à Clovis ; 2° la France sous les Mérovingiens et les Carolingiens ; 3° la France féodale ; 4° la France sous l'unité monarchique. Quant au plan à suivre, Le Bas se guidant sur l'exemple de Boeckh, éditeur du Corpus inscriptionum græcarum, recommandait la classification géographique de préférence à la classification systématique par ordre de matière adoptée par Gruter et ses imitateurs : dans le détail, on devait se conformer à la division en 17 provinces contenant 115 cités (ou mieux 112) au Ier siècle, telle qu'elle est indiquée dans la Notitia provinciarum et civitatum Galliæ ; division demeurée à peu près immuable lors que le cadre ecclésiastique se substitua au cadre impérial, les métropoles ayant été remplacées par des archevêchés, les cités par des évêchés. Le projet de Le Bas, soumis à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, reçut son approbation, à cela près qu'elle le circonscrit aux époques romaine et franque. Cela fait, il n'en fut plus question. Journal général de l'Instruction publique, 1839, p. 195 ; Philippe Le Bas, Lettre à Leleu, éditeur de la Revue archéologique, 1844, p. 686 : Extraits des procès-verbaux des séances du Comité historique des monuments écrits, 1850, p. 73, 77, 82 ; R. Mowat, Rapport sur les papiers et documents réunis par feu Léon Renier en vue d'un recueil des inscriptions romaines de la Gaule, dans Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1888, p. 280 ; L. Halphen, La renaissance de l'histoire ancienne en France au milieu du XIXe, dans Revue historique, juin 1914, p. 58 : A. Reinach, Un projet français de Corpus des inscriptions latines, en 1838, dans Revue épigraphique, 1914, t. 11, p. 329, 330.
En 1839, Prosper Mérimée, entretint le Comité historique des arts et monuments (9 et 23 janvier, 6 février), d'un projet de publication, d'après un plan par ordre de matières analogue à celui de Gruter ou à celui d'Orelli, des inscriptions romaines existant en France. Le tout tiendrait dans un volume in-8° et serait réalisé dans l'espace d'une année pour les copies et les estampages. Le comité approuva ; mais il apprit alors qu'un comité rival, le Comité historique des Chartes, Chroniques et Inscriptions, s'était ému de cette décision, et il pensa tout arranger par une offre de concours et d'entente.
En effet, le Comité des Chartes (10 et 24 mars, 28 avril et 10 mai) avait frémi en entendant Le Bas dénoncer l'empiétement des Arts et Monuments sur le domaine des Chartes et Inscriptions. Le Bas avait soufflé sur le brasier et on avait décidé, tout d'une clameur, d'en référer au ministre, en insistant sur les droits de priorité de Le Bas et l'intrusion de Mérimée. Quant à l'offre de concours, il la repoussait avec un beau dédain. De ce conflit sortit une correspondance acide mais courtoise. Le Bas triompha, ses propositions furent recommandées au ministre (10 mai).
Journal général de l'Instruction publique, 1839, L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres entra dans la carrière : Et vera patuit incessu dea ; elle revendiqua à son tour l'exécution comme lui appartenant à plus d'un titre ; enflammée d'un beau zèle, elle nomma une commission, lui demanda un rapport et se recueillit dans le silence, précurseur des orages. Le Bas fit le rapport dans la séance du 1er juin 1839, il reproduisait presque littéralement celui dont le Comité des Chartes avait été régalé le 10 mars précédent. L'Académie écouta et opina. Bientôt, l’œuvre changea d'aspect ; quelques membres et Le Bas en personne abandonnèrent le projet trop restreint pour l'envergure d'une Académie à ce point illustre et laborieuse ! M'avait-il pas quelque mesquinerie à la confiner aux limites de la Gaule ? Seul un Corpus inscriptionum latinorum était à sa mesure et vraiment digne d'elle, de son labeur et de son savoir. Il y avait, du reste, une succession à recueillir, celle d'Olaus Kellermann et de son Corpus, comme on avait recueilli l'héritage des bénédictins. Le rapport de Le Bas fut renvoyé à la Commission des travaux littéraires. Il y est resté !
Projets et rapports relatifs à la publication d'un Recueil général d'épigraphie latine, in-8°, Paris (Didot), 1843. Cette plaquette contient : I. Avis de l'éditeur Didot ; II. Prospectus de Maffei et Seguier (voir plus haut) : III. Projet d'Olaus Kellermann, p. 9-18 ; IV. Rapport de M. Egger, secrétaire du Comité chargé de proposer le plan et les principaux divisions du Recueil général des inscriptions latines, 3 août 1843, p. 19-26 ; V. Voir Programme des travaux pour la composition et la publication d'un recueil général d'épigraphie latine, p. 27-30 ; VI. Instructions relatives à la préparation du Recueil général des inscriptions latines, p. 31-32 ; VII. Instructions pour l'estampage, p. 33-35 ; le Rapport de Egger a été reproduit dans la Revue archéologique, 1844, p. 107 ; cf. p. 686.
L'Académie des Inscriptions avait, une fois de plus, justifié son antique devise : « Qui trop embrasse, mal étreint : » elle avait depuis beau temps oublié le Corpus universale, quand le ministre Villemain s'avisa de ressusciter le projet — car, dans les sphères académiques, on se complaît parmi les ombres et les fantômes — et le retira aux Comités plus ou moins historiques dépendant de son ministère pour le confier à une commission épigraphique de vingt membres, tous plus qualifiés les uns que les autres, c'étaient : Letronne, Naudet, Burnouf père, Victor Leclerc, Hase, Dureau de La Malle, Amédée Thierry, Patin, Ch. Giraud, Prosper Nisard, Danton, Rinn, Gibon, Gerusez, Erm. Havet, Louis Quicherat et Em. Egger (4 juillet 1843). Cette impressionnante brochette le long de laquelle la vanité voisinait avec la compétence, se mit à l'œuvre avec ardeur, d'autant plus qu'elle avait tout à apprendre ; dans le nombre, il ne se trouvait pas, sauf Letronne, un seul épigraphiste. Du moins, la commission était pourvue d’un imprimeur et d'un secrétaire. L'éditeur était Ambroise-Firmin Didot, par les soins duquel une magnifique collection de caractères épigraphiques fut gravée et fondue, une bibliothèque considérable rassemblée, des relations nouées avec tous les savants de l'Europe, des voyages entrepris dans les pays les plus fertiles en souvenirs de la domination romaine. Le secrétaire était Emile Egger, dont le premier rapport, daté du 3 août, nous apprend qu'on abandonnait enfin le plan fautif de Gruter. Le Recueil devait s'arrêter au VIe de notre ère. On aurait exclu les légendes des médailles et pierres gravées, ainsi que toute inscription non latine, mais pas celles des briques, tessères, ustensiles et objets mobiliers de toute sorte. Quant à la disposition des matériels, le Comité proposait de subordonner l'ordre des matières, comme celui des dates, à l’ordre géographique. Le monde romain devait être divisé en trois grandes parties : Italie, Gaule et le reste de l'Empire. Dans chacune, les inscriptions relatives à l'histoire générale d’un pays devaient former un chapitre séparé ; ensuite devait venir chaque cité avec les inscriptions de son territoire, rangées
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lingiens ; 3° la France féodale ; 4° la France sous l'unité monarchique. Quant au plan à suivre, Le Bas se guidant sur l'exemple de Boeckh, éditeur du Corpus inscriptionum græcarum, recommandait la classification géographique de préférence à la classification systématique par ordre de matière adoptée par Gruter et ses imitateurs : dans le détail, on devait se conformer à la division en 17 provinces contenant 115 cités (ou mieux 112) au Ier siècle, telle qu'elle est indiquée dans la Notitia provinciarum et civitatum Galliæ ; division demeurée à peu près immuable lors que le cadre ecclésiastique se substitua au cadre impérial, les métropoles ayant été remplacées par des archevêchés, les cités par des évêchés. Le projet de Le Bas, soumis à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, reçut son approbation, à cela près qu'elle le circonscrit aux époques romaine et franque. Cela fait, il n'en fut plus question. Journal général de l'Instruction publique, 1839, p. 195 ; Philippe Le Bas, Lettre à Leleu, éditeur de la Revue archéologique, 1844, p. 686 : Extraits des procès-verbaux des séances du Comité historique des monuments écrits, 1850, p. 73, 77, 82 ; R. Mowat, Rapport sur les papiers et documents réunis par feu Léon Renier en vue d'un recueil des inscriptions romaines de la Gaule, dans Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1888, p. 280 ; L. Halphen, La renaissance de l'histoire ancienne en France au milieu du XIXe, dans Revue historique, juin 1914, p. 58 : A. Reinach, Un projet français de Corpus des inscriptions latines, en 1838, dans Revue épigraphique, 1914, t. 11, p. 329, 330.
En 1839, Prosper Mérimée, entretint le Comité historique des arts et monuments (9 et 23 janvier, 6 février), d'un projet de publication, d'après un plan par ordre de matières analogue à celui de Gruter ou à celui d'Orelli, des inscriptions romaines existant en France. Le tout tiendrait dans un volume in-8° et serait réalisé dans l'espace d'une année pour les copies et les estampages. Le comité approuva ; mais il apprit alors qu'un comité rival, le Comité historique des Chartes, Chroniques et Inscriptions, s'était ému de cette décision, et il pensa tout arranger par une offre de concours et d'entente.
En effet, le Comité des Chartes (10 et 24 mars, 28 avril et 10 mai) avait frémi en entendant Le Bas dénoncer l'empiétement des Arts et Monuments sur le domaine des Chartes et Inscriptions. Le Bas avait soufflé sur le brasier et on avait décidé, tout d'une clameur, d'en référer au ministre, en insistant sur les droits de priorité de Le Bas et l'intrusion de Mérimée. Quant à l'offre de concours, il la repoussait avec un beau dédain. De ce conflit sortit une correspondance acide mais courtoise. Le Bas triompha, ses propositions furent recommandées au ministre (10 mai).
Journal général de l'Instruction publique, 1839, L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres entra dans la carrière : Et vera patuit incessu dea ; elle revendiqua à son tour l'exécution comme lui appartenant à plus d'un titre ; enflammée d'un beau zèle, elle nomma une commission, lui demanda un rapport et se recueillit dans le silence, précurseur des orages. Le Bas fit le rapport dans la séance du 1er juin 1839, il reproduisait presque littéralement celui dont le Comité des Chartes avait été régalé le 10 mars précédent. L'Académie écouta et opina. Bientôt, l’œuvre changea d'aspect ; quelques membres et Le Bas en personne abandonnèrent le projet trop restreint pour l'envergure d'une Académie à ce point illustre et laborieuse ! M'avait-il pas quelque mesquinerie à la confiner aux limites de la Gaule ? Seul un Corpus inscriptionum latinorum était à sa mesure et vraiment digne d'elle, de son labeur et de son savoir. Il y avait, du reste, une succession à recueillir, celle d'Olaus Kellermann et de son Corpus, comme on avait recueilli l'héritage des bénédictins. Le rapport de Le Bas fut renvoyé à la Commission des travaux littéraires. Il y est resté !
d’après les matières sous les rubriques : vie religieuse, militaire, civile, privée, etc. Dans chaque subdivision, on aurait suivi l'ordre chronologique de sorte que les inscriptions chrétiennes paraissent à la fin. La prédominance de l'ordre géographique voilà la grande innovation. C'était une idée claire, il n'est pas surprenant que des cerveaux français l'aient eue. Depuis Smetius, on divisait en classes les inscriptions sans égard à leur provenance. Apianus, en 1634, avait suivi l'ordre géographique ; Boeckh, en 1827, également pour les inscriptions grecques, mais il estima, lui, le premier, que l’ordre des matières était seul possible et utile dans un Corpus latin : Latinorum inscriptionum alia est ratio, qui multas ob causas, quas exponere nihil attinet, per classes digerendas sunt. Personne ne semblait songer à l'ordre des lieux, quoique Le Bas l’eût proposé pour les inscriptions de la Gaule. Ce fut pourtant l'ordre qui prévalut au jugement de la commission ; elle voulait faire une exception pour les textes relatifs à l'histoire générale d'un pays, et sans doute de l'empire. Deux ans plus tard, Zumpt défendit un système éclectique de ce genre, mais si compliqué qu'on peut le lire sans profit, dans sa De Lavinio et Laurentibus : Lavinatibus commentatio epigraphica. Præmissa est de ratione condendi corporis inscriptionum latinarum brevis expositio, in-49, Berolini, 1845, p. 1-xI7. En 1847, Mommsen, dans un mémoire adressé de Rome à l'Académie de Berlin et intitulé Ueber Plan und Ausführung eines Corpus inscriptionum latinarum gedruckt als Handschrift für die Hernn Mitglieder der koenigl. Akademie zu Berlin, 32 pages, se fit le représentant de ce système éclectique : « Les inscriptions romaines, disait-il, n’ont pas seulement pour caractère d'unité, contrairement aux inscriptions grecques, la communauté de langage ; elles sont, pour la plupart, les monuments d'un État, et tout ce qui concerne cet État forme un ensemble, quel que soit le lieu de la provenance. Ainsi, par exemple, les inscriptions d'une légion font entre elles un tout indissoluble et ne sauraient être scindées pour se rattacher aux différents districts où cette légion peut avoir été cantonnée. Il en est de même pour les inscriptions des grandes magistratures de Rome : le lieu de leur provenance n'est pas ce qui leur donne leur caractère et la même observation s’applique à toutes les autres classes d'inscriptions où l'État joue le rôle principal. L'ordre des matières semble être alors le plus rationnel, tandis que pour les inscriptions appartenant aux municipes, il semble plus naturel de suivre l'ordre géographique, attendu que la cité forme une unité pour les inscriptions municipales, aussi bien que l'État en forme une pour les inscriptions publiques. » Cette opinion était alors partagée par Borghesi. En 1852, quand Mommsen publia les Inscripiones regni Neapolitani, il n'avait pas encore entièrement changé d'avis. Il omet, en effet, les leges publicæ Populi Romani, les Senatus-Consulta, les Actes des Frères Arvales trouvés dans ce pays sous prétexte qu'ils doivent former des chapitres spéciaux. Plus tard, il en vint à rejeter même les exceptions proposées par Egger pour l'histoire générale d'une province et il crut devoir s'en tenir à l'ordre géographique pur et simple. Nous laisserons à M. J.-P. Waltzing* commenter J| Egger et, à sa suite, Mommsen et d’autres le justifièrent #, 1 » Si l'on y réfléchit un instant, c'est le seul ordre qui soit naturel, Un recueil général des inscriptions latines n'a pas pour but d'offrir une sorte de traité des antiquités romaines méthodiquement divisé ; son but unique est de donner au public savant les inscriptions latines. Il doit donc présenter chacune à la place où elle se comprend le mieux, et cette place est évidemment celle pour laquelle l'inscription a été faite. Pour bien comprendre une inscription, il faut se la figurer à l'endroit où elle était dans l'antiquité, par exemple, sur le piédestal d'une statue qui ornait le forum de telle ville. Si je pouvais, dira Mommsen !, je ne me contenterais pas de rattacher chaque inscription à la ville d'origine, je conduirais, pour ainsi dire, le lecteur, à travers les rues et les places de cette ville en lui faisant lire les inscriptions au fur et à mesure qu'elles se présenteraient à nos regards. Malheureusement, cela n'est possible qu'à Pompéi, où aucun monument épigraphique n'avait été déplacé. Voilà le seul ordre rationnel ; tout autre est arbitraire. Zumpt dit très bien : « Classer les inscriptions d'après les matières dont elles traitent, ce serait éditer Cicéron, en découpant ses discours, ses traités et ses lettres, afin de ranger les tronçons d'après les idées que l'on y trouve développées ». C'est là le but de la table des matières.
L'ordre géographique a du reste de grands avantages tandis que l'ordre didactique présente des inconvénients de tous genres. « Les monuments épigraphiques appartenant au même territoire, à la même cité, placés les uns à côté des autres, s'expliquent pour ainsi dire mutuellement ; ce n'est qu'en les réunissant et en les comparant entre eux qu'on peut parvenir à se former une idée juste de l'organisation municipale de la ville ancienne, de ses lois, de son importance : qu'on peut même retrouver ou compléter la filiation des familles patriciennes qui, par leur ancienneté ou leur opulence, exerçaient dans les colonies et les municipes un patronage durable et jouissaient d'une autorité incontestée ». Que de fois n'a-t-on pas attribué à une ville l'inscription d'une autre, à une colonie celle d'une municipe et réciproquement ! Il en est résulté des confusions et des discussions interminables sur l'organisation des municipes d'une part et des colonies de l'autre. La raison qui frappe surtout, dit Egger, c'est qu'il y aura pour l'historien et le philosophe un puissant intérêt à suivre sur les monuments lapidaires le progrès méthodique et rapide de la civilisation romaine à travers les peuples conquis ; c'est aussi que, par la rigueur uniforme du gouvernement républicain ou impérial, le municipe, la cité et, dans le municipe, dans la cité, les institutions et les mœurs de la famille offrent, selon les lieux, des variétés qui appartiennent à l'histoire et que dissimule trop la division par ordre des matières. Si l'on rattache, au contraire, les inscriptions à la ville d'origine, l'on pourra, d'un coup d'œil, se rendre compte de la situation politique de chaque province et de chaque ville des diverses classes de la population et même des diverses nations qui l'habitèrent. Les collèges d'artisans ne sont pas organisés partout de même : les corporations d'Auguste prennent des formes diverses suivant les provinces et les villes, etc., etc. Dans la Dacie, l'on retrouve des traces des divers peuples que Trajan et ses successeurs y transplantèrent. Inutile de multiplier ces exemples. On évite aussi de sérieuses difficultés matérielles.
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‘du Corpus, 970 « Que de répétitions, que de confusions inévitables, continue Egger, le jour où il s'agira de ranger par ordre des matières soixante ou peut-être quatre-vingt mille inscriptions — nous verrons qu'il y en a au moins le double — qui presque toutes, par les détails qu'elles renferment, se rattachent légitimement à plusieurs catégories ! Au contraire, chaque monument n'a qu'une place, et une place bien déterminée : dans l'ordre géographique. Enfin, cette distribution de travail a l'avantage de s'appuyer sur une foule de recueils locaux antérieurement composés, et d'autant mieux composés qu'un intérêt national y venait seconder le zèle de la science, et la juste prédilection des provinces et des villes pour leurs antiquités.
Egger proposait cependant une exception : les inscriptions antérieures à la bataille d'Actium, vu leur rareté et leur caractère commun d'archaïsme, devaient former un chapitre distinct : Elles proviennent du reste presque toutes du territoire italien. C'est encore une idée qu'adoptèrent les éditeurs allemands qui réunirent dans le premier volume tout ce qui est antérieur à la mort de César. Le programme de la commission formulait en outre une série de dispositions sur l'introduction générale, les préfaces des chapitres, la liste des auteurs et des ouvrages employés, la manière de reproduire chaque inscription, enfin les indications, le commentaire et l'appareil critique qui devaient l'accompagner.
971 Dès le mois de janvier 1847, Mommsen soumit à l'Académie de Berlin le projet et le plan provisoire du Corpus. Noël des Vergers en eut connaissance, traduisit le mémoire de Mommsen et jeta un cri d'alarme dans sa Lettre à Letronne. Didot offrit de se charger des frais d'impression ; tout cela fut en vain. L'Académie dite des Inscriptions avait, cette fois encore, par ineptie, par jalousie et par paresse, failli à son titre officiel, à sa destination particulière et à son devoir envers la France.
Noël des Vergers, Lettre à M. Letronne sur quelques inscriptions latines de l'Ombrie et du Picenum, dans Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, 1845, p. 508-537 (réimprimée en 1846, br. in-8°, Didot, 32 pages) : le même, Lettre à M. Letronne sur les divers projets d'un recueil général des inscriptions |. 282, 283.
En 1848, la question du Corpus rebondit. “Le Comité historique des Arts et des Monuments, dans ses séances des 10 juin 1848, 26 février, 12 mars et 14 mai 1849 reprit, sur la proposition de Prosper Mérimée, son projet d'un recueil des inscriptions de la France ‘jusqu’ au vii siècle. Or, le 12 novembre 1849, monuments écrits de l'histoire de France reçut une communication dont il est rendu compte à son procès-verbal : « M. Léon Renier expose qu’il s'occupe d'un recueil des inscriptions romaines découvertes sur le sol de la Gaule ; qu’il en a réuni et classé tous les matériaux et qu'il est en mesure de commencer immédiatement l'impression... M. Renier offre les résultats de son travail et demande à être chargé de cette publication. » À la suite de ce qu'un euphémisme consacré nomme « un échange de vues » il fut décidé de réunir le travail de Léon Renier à celui d'Adrien de Longpérier et, naturellement, on aboutit, une fois de plus, à rien du tout.
En 1852, le Comité de la Langue, de l'Histoire et des Arts de la France reprit en mains l'affaire encore pendante. Son premier soin fut de nommer une commission de six membres : Guignaut, V. Leclerc, de Wailly, Desnoyers, Mérimée, de Saulcy, et de leur demander un rapport. Le 10 janvier 1853 le rapport fut présenté, un plan nouveau adopté ; il ne s'agissait plus que des inscriptions de la France, période gallo-romaine jusqu'en 1328. Les correspondants enverraient des estampages qui seraient placés horizontalement dans des in-8°, Paris, Didot, 1847, monuments les plus importants se ferait tout seul.
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| et cependant il ne se fit pas. ` i :
importe de chercher les moyens de réaliser sans retard le même. Lettre à M. F. de Sauley sur la Ueber Plan und Ausführung. C'était assurément la seule façon qu'il y eût de le faire. Dans la séance du 3 avril 1854, M. Guignaut annonça que l'Académie de Berlin allait publier un Corpus. Fâcheux, pour la France, fit observer l'académicien, de se voir distancée dans l'exécution d'une œuvre qui intéresse à un si haut degré son histoire nationale, et il rappela les anciens projets du comité. L'appel fait aux correspondants n'a produit que peu de résultats ; au lieu d'attendre des estampages qui ne sont envoyés qu'à très irrégulièrement, il serait préférable de profiter des travaux qui auraient déjà été entrepris, notamment par M. Renier et par M. de Longpérier. » Devant une situation si pressante et une menace si grave, le comité n'hésita plus. Il nomma une commission et lui demanda un rapport. Le rapport fut communiqué dans la séance du 1er mai ; il était l'œuvre de Léon Renier. On y voyait que, dans l’espace de dix-huit mois, le comité avait reçu trois ou quatre estampages au plus, et d’ailleurs rien ne pouvait dispenser de procéder au dépouillement des manuscrits épigraphiques, grands recueils, histoires locales, mémoires de sociétés savantes, journaux scientifiques, tous les livres en un mot où on pouvait espérer découvrir une inscription, afin que chaque texte fût accompagné de sa bibliographie complète. Tout cela se trouvait dans le travail de Léon Renier, qui estimait avoir réuni 2700 monuments pour la Narbonnaise et, en y ajoutant ceux des Alpes-Maritimes et des départements du Midi, leur nombre ne dépasserait pas 3 500. Les inscriptions de la Lyonnaise, l'Aquitaine et la Belgique s’élèveraient à peine à 2 000. Quant à celles des deux Germanies, elles formeraient un total d'environ 2 000 monuments, mais la commission n'était pas disposée à les admettre. Il s'agissait donc, en définitive, de la publication d'un recueil d'environ 5 500 monuments, ce qui donnait, avec la préface et les tables, un volume grand in-8° de 650 pages. On devait commencer par les inscriptions de la Narbonnaise et du Midi, soit un demi-volume qui serait livré au public sitôt l'impression terminée ; mais il fallait tout revoir sur place et M. Renier y était disposé. Le demi-volume terminé et livré au public, il explorerait les provinces du Nord, dont les monuments épigraphiques ne peuvent être séparés. On ajouterait, dans l’ordre chronologique, la série des inscriptions découvertes dans tout l'Empire et relatives aux gouverneurs de chaque province et à ses principaux dignitaires. On donnerait, en outre, la liste des noms des potiers et verriers gallo-romains.
Le 3 juin 1854, Léon Renier fut chargé de la publication par arrêté ministériel. Le 9 juillet, on lui adjoignit F. de Guilhermy pour les inscriptions de la France proprement dite, et, le 30 juin 1856, Edm. Le Blant pour les inscriptions chrétiennes des premiers siècles. Ces deux derniers se mirent à l'œuvre et donnèrent des recueils précieux que nous apprécierons plus loin.
XLIII. LES DÉBUTS DE THÉODORE MOMMSEN.
L'Allemagne n'était pas mieux partagée que la France en épigraphistes. Guillaume Henzen déplorait l'abandon de cette science dans son pays, et Zarncke qualifiait cette ignorance d'« héréditaire ». Cependant, un grand exemple avait été donné par Boeckh, dont le Corpus inscriptionum græcarum parut de 1825 à 1828, montrant ce qu'on pouvait attendre d'utilité des inscriptions. À cette même date, Jean-Gaspard Orelli (1784-1849), bon humaniste, critique et philologue, s'improvisa épigraphiste à la vue des manuscrits de Hagenbuch conservés à Zurich, sa ville natale. En 1828, il publia à Zurich son Inscriptionum latinarum amplissimæ collectio ad illustrandam romanæ antiquitatis disciplinam accommodata, qui comprenait 5 076 textes. Le plan, qui n'est pas des meilleurs, est suivi avec peu de rigueur ; les textes sont imprimés avec peu d'exactitude ; les barres qui devraient séparer les lignes font défaut souvent ou sont déplacées ; enfin, les notes sont empruntées pour le fond par Orelli à Hagenbuch.
En 1829, Gerhard fonda à Rome, grâce à la libéralité du duc de Luynes et du prince royal de Prusse (Frédéric-Guillaume IV), l'Instituto di corrispondenza archeologica di Roma, mettant l'Allemagne en rapport avec les archéologues italiens. La tâche proposée était souverainement utile : observer, commenter, mettre en œuvre les monuments de toute sorte, si abondants en Italie, qui peuvent servir à l'étude érudite de l'antiquité classique. Sans doute, l'Institut eut d'abord un caractère indépendant et international, et ne devint un établissement officiel et prussien qu'en 1871, impérial en 1874 ; mais l'Allemagne y domina toujours, et beaucoup de ses jeunes philologues y furent initiés à l'épigraphie sous la direction de maîtres compétents. C'est l'Institut qui forma les premiers collaborateurs du Corpus ; sans lui, des savants étrangers à l'Italie n'eussent pas osé l'entreprendre. Toutes ces circonstances tendaient à développer le goût de l'épigraphie parmi les savants allemands ; mais c'est principalement à l'énergie d'un seul, un étranger, danois comme Olaüs Kellermann, que l'Allemagne doit l'honneur d'avoir accompli l'œuvre monumentale poursuivie depuis des siècles.
Car Théodore Mommsen était né le 30 novembre 1817 à Garding, village de 2000 âmes dans le Schleswig, en terre danoise. Nous n'avons à nous occuper de lui qu'au point de vue de l'épigraphie, et à ce point de vue, sa part est déjà assez belle ; mais si le juriste, l'historien, le linguiste, le numismate nous restent étrangers, il est impossible de ne pas rappeler l'homme politique, sa haine furibonde contre la France, l'expression qu'il lui donnait à tout propos, faisant naître l'occasion si elle ne s'offrait pas d'elle-même. Non seulement il souhaitait la ruine de notre pays, mais il y travaillait, il y poussait, en lui dérobant le Corpus ; il visait peut-être moins à l'exécuter qu'à le soustraire à la France. Et on vit un jour ce robuste vieillard entouré, fêté, adulé comme un triomphateur par l'Université de France, détaillées, disposées dans un ordre plus méthodique que le texte.
En 1850, K. Zell donne une Delectus inscript. romanar. contenant 2 000 textes pris à peu près au hasard, reproduits sans correction ni critique. En 1873, G. Wilmanns fit paraître ses Exempla inscriptionum latinarum in usum academicum, contenant 2885 textes bien choisis, bien classés, suivis d'indices clairs et nombreux. Enfin, en 1892-1916, ont paru 3 vol. d'Inscriptiones latinæ selectæ, in-8°, Berolini, de H. Dessau, dont l'éloge serait superflu.
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974. Glorifié, exalté, divinisé presque par les Académies, et cela en pleine Sorbonne, ce Mont Sacré, ou qui devrait l'être, de la science, du patriotisme et de la dignité. Le Temps assura que Mommsen en avait été ému ; il n'y eut pas que lui, mais aussi des Français qui le furent eux, mais de surprise et de tristesse. Enfin, après ce pitoyable spectacle de la servile platitude de l'Institut de France, il fut, longtemps après, permis de lire avec un sursaut de fierté l'étude sévère de R. Pichon, Mommsen et la mentalité allemande, dans Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1915, p. 762-798.
Vers le temps où académies, comités, commissions aboutissaient à une dérobade, F. Ch. de Savigny disait devant l'Académie des Sciences de Berlin qu'il fallait se hâter de réaliser le Corpus du vivant de Borghesi. Par bonheur, ajouta-t-il, nous avons Théodore Mommsen. Celui-ci, à l’âge de vingt-six ans, s'était signalé par son traité De collegiis et sodaliciis Romanorum, rempli d'idées neuves et de véritables découvertes sur les associations populaires des Romains. On y lisait ces mots : « Jusqu'à quand nous fera-t-on attendre le Corpus inscriptionum latinarum ? Voilà Kellermann mort ; qu'on le remplace par Jahn, et qu'on travaille ! » Il en donnait l'exemple en publiant, comme spécimen d'édition épigraphique, la lex Collegii Dianæ et Aminoëi. Ce Corpus le hanta désormais, et il n’est point douteux qu'à défaut d’autres, envers et contre tous, il songea, dès l'université, à l'imposer, au besoin à le faire seul ; et sa vie a montré qu'il était de taille à s'en tirer sans autre aide que de subalternes. Dès 1845, chaque année, il publie plusieurs longues inscriptions et revise, de lui-même, les plus grosses « tables inscrites ». Au printemps de 1845, il a pris conseil de Borghesi à Saint-Marin, et les publications s'en succèdent : Iscrizioni Marse en 1846, le mémoire Weber Plan und Ausführung eines Corpus en 1847, les Iscrizioni Messapiche en 1848, les Epigraphische Analekten en 1849. Au cours de ces années laborieuses, Mommsen avait vu abandonner le projet français du Corpus et, comprenant ce que valent et ce que peuvent académies, comités et commissions, il avait abordé la grande œuvre, résolument, par lui-même, et entrepris de recueillir les inscriptions du royaume de Naples.
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plus scrupuleuse fidélité les pierres du Musée royal de Naples ; puis il dépouilla tous les ouvrages imprimés, qu'il put trouver. Ainsi préparé, il parcourut, en 1849 et 1850, la plus grande partie du royaume, la Fouille, les Abruzzes, la Calabre, pays dangereux et peu connus, visitant les musées, voyant de ses yeux tous les monuments encore existants, faisant des recherches dans les bibliothèques. Par ce travail opiniâtre, par l'habileté qu'il acquit, il put apprécier à leur juste valeur tous les auteurs et convaincre de mensonge les plus adroits imposteurs. Cependant le Corpus inscriptionum græcarum étant presque terminé, l'Académie de Berlin résolut d'entreprendre la publication des inscriptions latines. Elle avait remarqué les travaux de Mommsen, c'était elle qui, avec F. Ch. de Savigny, soutenait le jeune épigraphiste de ses subventions. Tandis qu'il travaillait à ses inscriptions napolitaines, Mommsen nourrissait l'espoir d'être admis parmi les collaborateurs du grand ouvrage et cette perspective lui donnait du courage. En 1846, il avait déjà soumis à l'Académie, comme spécimen, un recueil des inscriptions du Samnium ; en 1847, il prit l'initiative : de Rome, il lui envoya le plan provisoire dont nous avons parlé. L'Académie rappela Mommsen pour l'entendre ; elle accueillit le projet, dont elle s'était occupée déjà, mais rejeta le plan. Elle préféra celui de A. W. Zumpt, qui s'était fait remarquer par quelques travaux épigraphiques sur les antiquités romaines. Le désaccord concernait des points fondamentaux : d'abord Zumpt, nous l'avons vu, voulait un classement mixte fort compliqué, où l'ordre géographique et l'ordre topographique auraient été combinés ; en outre, il était d'avis qu'il suffisait de prendre les ouvrages imprimés et de distinguer, à force de science et de perspicacité, les inscriptions authentiques et les bonnes leçons. En 1850, il nous apprend lui-même que l'Académie l'avait chargé de réunir les inscriptions contenues dans les livres et d'en vérifier le texte d'après la tradition : cum nuper mihi honestissimum hoc munus mandatum esset, ut quidquid in libris inveniretur inscriptionum latinorum, colligerem, secundum fidem auctorum, qui tradiderunt, examinarem, in corpus quoddam denique redigerem... Un travail de ce genre devait être forcément une œuvre incomplète et le moindre de ses défauts était de retarder encore une fois la publication du véritable Corpus. Zumpt ne fit du reste jamais que découper les anciennes collections et coller les inscriptions sur les feuillets volants. Mommsen, que l'Académie avait prié de s'entendre avec lui, rompit les négociations avant la fin de l'année 1847 : mais il n'était pas homme à se laisser abattre. Nommé professeur de droit romain à l'université de Leipzig, en 1848, il dut, en 1850, abandonner sa chaire pour s'être mêlé aux événements politiques ; en 1852, il fut appelé à Zurich et cette année-là paraissait le volume in-folio contenant les Inscriptiones regni Neapolitani qui sont, à vrai dire, le premier volume du Corpus. Un éditeur de Leipzig, G. Wigand, avait assumé avec une belle audace la charge financière de cette publication. Sans lui, a écrit Mommsen, le Corpus n'existerait pas. Le 1° volume (xxiv + 486 + 1003 fausses, classées à part ; le 2° volume (40 p. in-fol.) renferme les Tables détaillées. Cette œuvre fut accueillie avec joie par les hommes compétents ; on y admirait la patience déployée pour recueillir les matériaux, l'art avec lequel ils étaient classés, la pureté du texte, le soin mis dans l'indication de la provenance, des auteurs, des variantes, la justesse des conjectures, etc. On admirait aussi les vastes connaissances du jeune auteur et son esprit sagace. Sans doute le plan n'était pas nouveau, mais on le voyait appliqué pour la première fois. Ce qui était nouveau, c'était la rigoureuse méthode critique pour apprécier la valeur de chaque auteur, pour distinguer le faux et pour constituer les textes des inscriptions reconnues authentiques. On avait enfin un modèle parfait en tout point. Il fallait se rendre à l'évidence : comme le philosophe ancien qui avait prouvé le mouvement en marchant, Théodore Mommsen n'avait pas seulement exposé clairement ses principes dans sa lettre-préface à Borghesi ; il en avait prouvé l'excellence en les appliquant. « Quand on reprendra sérieusement le projet d'un Corpus, disait Henzen, on ne pourra plus hésiter sur la voie à suivre, sur la méthode à adopter. » — « Changez le titre, disait Zarncke, et ce sera le premier volume d'un Corpus inscriptionum latinorum. » Mais Mommsen n'y croyait pas : il terminait sa lettre-préface par ces mots mélancoliques : « Il y a si longtemps qu'on espère qu'un Corpus sera entrepris officiellement que la plupart commencent à désespérer ! Puisse-t-on faire au moins des recueils particuliers pour les divers pays ! »
XLIV. LES COLLABORATEURS DE MOMMSEN. — Après de longs combats, des chicanes sans nombre, des discussions mesquines et infinies, Mommsen triompha de l'inertie académique et fit accepter ses idées sur le Corpus par les pontifes de Berlin. L'histoire de ces tiraillements n'a pas été écrite ; elle est ensevelie dans les archives de l'Académie, qui, comme on peut le croire, n'apporte point de hâte à l'exhumer. Nous n'avons dit que ce qu'on en peut entrevoir à l'aide des revues de l'époque ; mais ces misérables discussions échouèrent contre l'intransigeance de Mommsen, qui avait les nerfs solides. Le système de Zumpt reconnu impraticable, la préférence fut donnée à son rival avant la fin de l'année 1853 et l'année suivante l'Académie de Berlin constitua définitivement un comité de trois directeurs dont les noms et les travaux sont inséparables durant leur vie entière ; Mommsen, Guillaume Henzen et Jean-Baptiste De Rossi. Nous n'avons pas à suivre la carrière de Mommsen, partagé entre tant d'études, tiraillé par d'innombrables travaux dont le nombre atteignait un millier environ, à l'époque de sa mort, 1er novembre 1903. Mais à partir du jour où il prit le gouvernement du Corpus, sa vie eut, comme on l’a dit, la beauté et le mouvement d'une épopée. Il se vengea des uns, fit taire les autres, mit quelques-uns « au secret », voulut toujours et réussit. On lui reprocha d'être un despote. Il le fallait bien. Il n’y a que les despotes qui mènent à bonne fin, en matière de science, les travaux collectifs.
Le tome 1er (1872 et 1877), 1er et 2e (1883) ; il vit, corrigea, annota, compléta tous les autres et aucune épreuve ne sortit de la maison de Charlottenburg. BC. F. Zangmeister, Theodor Mommsen als Schrifsteller : ein Verzeichniss seiner Schriften… Bearbeitet und fortgesetzt von Emil Jacobs, 1905 ; C. Bardt, Theodor Mommsen, 1903 ; F. Buonamici, Dopo la morte di Teodoro Mommsen, 1905, dans Annali della Università Toscane, t. xxv ; E. Costa, Teodoro Mommsen, Discorso 1905 ; A. Guilland, L'Allemagne nouvelle et ses historiens, Mommsen, 1899 ; D. von Hansemann, Ueber die Gehirne von Th. Mommsen, 1907 ; L. M. Hartmann, Theodor Mommsen. Eine biographische Skizze... mit einem Anhange, 1908 ; O. Kern, Goethe, Böcklin, Mommsen, Vier Vorträge über die Antike, 1906 ; G. Lumbroso, Teodoro Mommsen, Ricordi, 1903 ; M. von Wilamowitz-Moellendorf, Theodor Mommsen Ansprache, 1918. Cf. A. Harnack, Rede bei der Begräbnisfeier Theodor Mommsens, 1903 ; Cam. Jullian, dans Revue hist., 1904, t. XXXIV, p. 113-123 ; G. Boissier, dans Journal des Débats, 3 nov. 1903 ; ***, dans Le Temps, 3 nov. 1903 ; S. Reinach, dans Revue archéologique, 1903, t. m, p. 409-441 ; O. Hirschfeld, dans Der Zeitgeist, 30 nov. 1903 ; Seeck, Szanto et autres, dans Neue Freie Presse, 2-3 nov. 1903 ; Oncken, dans Der Tag, 1 nov. 1903 ; R. A., dans Zeitschrift der Savigny-Stiftung, 1903, t. xxiv, p. 5, 6 : Boissevain, Museum, déc. 1903 ; Ettore Païs, dans La Tribuna, 9 nov. 1903 ; De Sanctis, dans Rivista di Filologia e d'Istruzione classica, 1904, p. 207-216 ; Scialoja, dans Rendi conti della reale Accademia dei Lincei, 22 novembre 1903 ; Z. Rosa, Teodoro Mommsen ed i suoi contributi alle scienze del diritto romano, dans Annuario dell Istit. di storia del diritto romano, t. IV, p. 5-51 ; cf. Appleton, Mommsen, dans Revue générale du droit, de la législation et de la jurisprudence en France et à l'étranger, 1816. Il fit ses études à Bonn et à Berlin, parcourut en 1841 l'Angleterre, la France et l'Italie, fit en 1842 un séjour en Grèce avec Welcker et revint à Rome à la fin de cette année. En 1844, il devint second secrétaire de l'Institut de correspondance archéologique dont il ne s'éloigna plus jusqu'à sa mort. Après avoir accordé quelque attention à l'iconographie grecque et romaine, il se tourna vers l’épigraphie, fit, en 1844, le pèlerinage de Saint-Marin et occupa dans l'estime et l'amitié de Borghesi la place laissée vide par la disparition de Kellermann. Cette année même, Noël des Vergers s'assurait de son concours pour le projet français de Corpus et, en 1845, Mommsen, passant à Rome, y nouait avec Henzen une amitié qui dura autant que leur vie. Ses articles nombreux et savants le désignaient au choix de l'Académie. Chacun de ces mémoires appliquait la méthode de Borghési et leur valeur est grande, mais la part qu’il prit au Corpus demeure son plus beau titre scientifique. Son souvenir est inséparable de l’Institut archéologique dont il devint premier secrétaire en 1856 ; pendant trente et un ans il présida les réunions hebdomadaires où des savants font connaître les découvertes récentes, lisent et discutent des mémoires érudits. Il se plaisait à initier aux études épigraphiques ses jeunes compatriotes venus étudier à Rome, et conservait la tradition vraiment libérale de l'Institut. En 1886, on lui reprocha de vouloir germaniser l'Institut, prescrire l'usage de la langue allemande au lieu de l'italien pour les réunions et pour les publications. Henzen protesta et obtint gain de cause ; à cette condition il consentit à rester en fonctions jusqu'au 1er avril 1887 ; mais la mort l'enleva le 2 janvier, lui épargnant une retraite dont la pensée seule le tourmentait.
Mommsen signa seul les tomes 1er (1863), 2e (1873) ; sortit des presses de Reimer sans prendre le chemin de la tradition.
Giovanni Battista De Rossi (1822-1893) aura dans le Dictionnaire une notice particulière ; nous ne parlerons ici que de son rôle comme épigraphiste. Sa part dans la rédaction du Corpus fut secondaire, mais son influence y fut prépondérante car il représentait une classe distincte : les inscriptions chrétiennes. On peut dire de lui, avec vérité, qu'il fonda l'épigraphie et l'archéologie chrétiennes en leur donnant une méthode et des principes. Ce fut en 1842 qu'il commença à s'appliquer à l'étude des inscriptions de Rome, et ses vingt ans eurent parfois besoin de la chaude exhortation du Père Marchi pour triompher du découragement. Marchi pour l'encourager, le compromettre, le stimuler annonça publiquement, en 1844, la publication prochaine d'un ouvrage dont la première ligne n'était pas écrite, En 1846, Pie IX accorda l'autorisation de publier l’ouvrage aux frais de la cassette pontificale ; l’auteur espérait être prêt en 1850, il avait compté sans les imprimeurs, les graveurs et toute leur séquelle ; ce qui demanda sept ans d'attente. En 1857 on commença l'impression des Inscriptiones christianæ urbis Romæ septimo sæculo antiquiores, dont le premier volume porte le double millésime 1857-1861, Nous décrirons ce volume lors que nous aborderons l'épigraphie de Rome (voir XLVIII) ; mais ici nous devons dire qu'il se distingue par une critique aussi ingénieuse que sûre et par toutes les qualités qu'on retrouve dans le Corpus de Berlin. Deux choses, toutefois, y sont propres à J.-B. De Rossi. Dès le début de ses études, le jeune archéologue comprit quels trésors devaient renfermer les manuscrits épigraphiques du Moyen Age et de la Renaissance, du XIIe au XVIIe : et il eut le courage de les rechercher, la patience de les étudier, l'héroïsme de les transcrire. Il ouvrit, sous ce rapport, la voie à ses collaborateurs du Corpus : Is quid subsidia ea recle et plene excussa ad nostram artem conferrent, et Italiam et Galliam, Germaniam, Britanniam eo consilio peragravit, ul christianorum libellorum supellectilem suam ipse exploret et perpoliret, simul aulem quæ ad ethnica pertinent plura longe et utiliora diligenter inspiceret el ex ordine recenseret. Idem deinde incunabula maxime artis nostræ plena luce illustravit, cum medii ævi incipienlis templamina peregrinantium monachorum tum quæ hujus generis reliquerunt litterarum renascentium luciferi Nicolaus Rienzius, Poggius Florentinus, Cyriacus Anconitanus. Ita cum is viam et monsirasset et ipse ingressus esset, cura hujus Corporis edendi et ei et Henzeno et mihi ab Academia regia Berolinensi commissa statim decrevimus viam illam agere et munere me, : = 979 arduam diu et longam ! ita tenere cut ante-bibliothecæ omnes Corporis causa ercitterentur quam ipsum edere inciperemus 1. : Ce fut De Rossi, avouait Mommsen, qui éclaira le berceau de notre science. Pendant que le projet d'un Corpus était agité à Paris, puis à Berlin, De Rossi attirait l'attention de Henzen sur la valeur de ces sources manuscrites ; celui-ci s'attarda à causer, ne dormit guère et revint le lendemain matin, allora fu tra noi fermato : il patto ; stretta la lega che è durata | intima e serena senza mai una nubecola, per quaranta e più anni *. Quand l'illustre triumvirat scientifique fut constitué, on entrevoit la part qui échut à J.-B. De Rossi ; il y était préparé par les études dont témoignait son opuscule intitulé : Le prime raccolte d'antiche iscrizioni, 1852, et qu'allait étendre Henzen, Ueber die : Aufnahme der in den æltesten Syllogen enthaltenen Inschriften, dans Monatsberichte der Akad. zu Berlin, 1860, p. 221 sq. ; 1867, p. 369 ; ensuite viendrait, en 1888, le tome III des Inscript. christ. urb. Romæ, entièrement consacré aux manuscrits épigraphiques. Dans la Roma sotterranea et dans le Bullettino di archeologia cristiana qui parut depuis 1863 jusqu'à 1894, De Rossi publia une multitude d'inscriptions chrétiennes avec des commentaires souvent très développés. Nous avons eu | Revue de Paris, octobre 1894 ; Capecelatro, Necrologia, | dans Atti della Pontificia Accademia Romana di Archeologia,- 1894 ; Osservatore Romano, 29 nov. 1894 ; J. Guiraud, Questions d'histoire et d'archéologie chrétienne, in-12, Paris, 1906 ; P. Allard, Études d'histoire et d'archéologie, in-12, Paris, 1899, ee Grossi Gondi et Angelini, A Giovanni Battista De Rossi, dans La Settimana religiosa, Roma, ottobre 1897 ; Albo dei sollo scrittori pel busto marmoreo del Comm. G. B. De Rossi e relazione dell’ inaugurazione faltane nelli 20 e 25 Aprile 1892 sopra il cimitero di Callisto per festeggiare il settantesimo anno del principe della sacra archeologia ; Roma, 1892.
Depuis le 22 novembre 1854, on peut suivre dans les comptes rendus de l'Académie de Prusse les rapports annuels des trois grands épigraphistes sur leurs travaux, Primitivement De Rossi et Henzen ; domiciliés à Rome, s'étaient chargés des inscriptions de la Ville Éternelle, du Latium, de l'Étrurie et du Picenum, laissant à Mommsen le reste de l'Italie et les provinces. Mais bientôt on sentit la nécessité de s'adjoindre des collaborateurs et d'associer à cette œuvre colossale tous les peuples héritiers des lettres latines : ut ejusmodi inceplum perficiatur ; populi omnes litterarum latinarum heredes : concurrant consocientur que necesse est *. Ce fut l'Allemagne qui fournit le plus de travailleurs ; la plupart des jeunes gens qu'elle envoyait à Rome se formaient par les conseils de Henzen et participèrent à l’entreprise : tels furent chargés de recueillir et de contrôler les matériels, tels furent élevés à l'honneur de publier l’un ou l’autre volume du Corpus.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
d'histoire ancienne qui dura deux ans et lui permit Théocrite (1841-1842) et en 1847, donna des Id} | dans Mélanges Renier, 1887, Après ; Allemagne, : l'Italie -fournit de- plus, nombre : de : collaborateurs. Partout ; en Espagne, Angleterre on fit bon accueil aux fourriers de la grande entreprise ; en France, la situation était délicate. Il On a lu ce qui s'y était fait pour aboutir à la création d'un Corpus. Depuis les pourparlers qui avaient rempli douze années (1835-1847) un épigraphiste du premier rang s'était révélé : Léon René. Né à Charleville en 1809, son enfance fut grave et douloureuse. Chez une vieille tante, il trouva les volumes de l'Histoire ancienne et les neuf volumes de Rollin qui l'enchanta toute sa vie. « Vous avez un fils, disait un de ses amis, faites-lui lire Rollin avant toutes choses ; il y prendra le goût de l'antiquité ; il deviendra archéologue, peut-être épigraphiste ; on ne résiste pas à Rollin 5. + Il eut un goût très vif et une aptitude marquée pour les mathématiques et la géométrie, mais, au sortir du collège, étant seul et sans ressources, il lui fallut pour vivre entrer comme correcteur d'une imprimerie. De là, il passa dans une étude d'avoué comme « petit clerc » et, enfin, il entra au collège de Nesle, en Picardie, comme maître d'études ; il devint bientôt principal et se maria. Le collège était une pension privée où un ménage vivait à grand-peine, au prix de mille soucis matériels, Léon Renier souffrait péniblement lorsqu'il sentit se réveiller son goût pour l'antiquité ; il vint à Paris avec sa femme, donna des leçons de grec et de latin, se fit répétiteur dans une pension du côté de Chaillot ; rencontra un jour Ya et entra par son entremise à la rédaction du Journal de l'Instruction publique. Une autre rencontre lui fut plus utile, celle de Philippe Le Bas dont il devint bientôt le secrétaire et l'ami. Impatient de se faire connaître, il fondait, en 1845, avec Duebner et Hi Quicherat une Revue de philologie, de littérature et d'histoire ancienne, pour donner la mesure de ce qu’on pouvait attendre de son érudition et de son caractère vindicatif. = -i35 { Entre temps Léon Renier donnait une part de son temps à la préparation d'éditions classiques insistantes à l'usage des collèges ‘, une édition ‘des ”] togi xt EbayyéAux. Épitres et évangiles des dimanches et des fêtes de l'année, précédés des prières de chaque jour, Texte grec accompagné de notes en français, in-12, Paris 1848. A différentes reprises il s'attaqua aux Idylles de Théocrite ; texte grec publié avec un £ El |£ | f | E IN JE IE | Ii | ii | # (1848), marqua un pas décisif de L. Renier dans la voie des études spéciales. Le traducteur annonçait déjà sa prédilection pour notre antiquité gallo-romaine ; en même temps il lisait la Géographie de la Gaule de Walckenaër, en apercevait les lacunes et les erreurs et …_ méditait de la renouveler par l'épigraphie, car il était, dès lors, un des rares, sinon le seul parmi les philologues français qui comprissent l'importance de cette science, comme le prouve son article Inscription, dans l'Encyclopédie moderne ?, t. XVI, p : 209-2262 Ar Ai ‘Ces différents travaux avaient commenté une réputation discrète, mais qui commençait à s'ébruiter … parce que Léon Renier ne se contentait pas de servir l'épigraphie par des travaux de cabinet, il faisait publiquement campagne pour elle, Il n’était que sous-bibliothécaire à la Sorbonne, mais sa réputation d'archéologue le recommandait déjà quand il fut chargé, en 1850, de relever les monuments romains de l'Algérie. Les ruines de Lambèse avaient donné à penser qu'on tirerait d'elles quelques enseignements pratiques de la façon dont les Romains avaient organisé leur conquête. Cette considération fut, paraît-il, de quelque poids : L. Renier y fait allusion dans ses rapports au ministre de la guerre, Celui-ci lui associa comme compagnon de voyage un officier instruit et bon dessinateur qui a droit à la reconnaissance des hommes studieux de l'Afrique romaine, le commandant Delamare * ; en outre le ministre lui procura l'appui des chefs des bureaux arabes.
Léon Renier n'était pas préparé à cette existence d'explorateur dans un pays non encore complètement pacifié ; il s’y plia avec résignation et bonne grâce. Les inconvénients inséparables d'un pays où les indigènes et les animaux rivalisent de sauvagerie étaient sans doute très grands, mais presque à chaque pas l'épigraphiste était dédommagé magnifiquement de ses peines. Il déchiffrait sur le rocher qui soutenait les piles d’un admirable pont romain, dans l'oasis d'El-Kantara, le nom d'un légat impérial qui lui permettait de dater le pont et la route. Ailleurs, comme des Arabes assis à la porte d'un caravansérail se levaient à son approche, il vit des caractères sur le banc qu'ils quittaient ; c'était une inscription portant le nom de Marc-Aurèle et de Commode, avec celui de leur légat, et mentionnant la construction d'un amphithéâtre par les soldats de la sixième cohorte des Commagéniens, De chacun de ces faits isolés pouvait sortir plusieurs conséquences importantes pour l'histoire, et L. Renier avait l'adresse de les laisser entrevoir dans ses rapports au ministre publiés dans les Archives des Missions scientifiques et littéraires qui venaient. Le profit véritable de cette mission consista principalement en une collection de documents épigraphiques : trois mille quatre-vingt-cinq inscriptions, dont plus de deux mille sept cents inédites. La richesse de cette récolte ne fut dépassée que par celle que firent les successeurs de Léon Renier. L'Afrique est demeurée, en effet, la terre privilégiée des antiquités romaines, et cela s'explique aisément, après de longs établissements, comme celui que fit à Lambèse, pendant plus de trois siècles, la légion III Augusta ; l'invasion arabe dépeupla toute la contrée, en sorte
INSCRIPTIONS {HISTOIRE DES RECUEILS -D°)
982 que le désert succéda immédiatement à la civilisation antique ; ailleurs, de nouvelles villes s'élevant sur l'emplacement des anciennes en firent disparaître les vestiges ; ici la solitude les a conservés.
“Cette mission d'Algérie fut donc très tôt utile et elle servit à la fois l'épigraphie elle-même, la géographie et l'histoire. L'épigraphie avait été constituée comme science, en se fondant, presque sans exception, sur les monuments de l'Italie et de la Gaule Narbonnaise ; or les règles ainsi fixées n'étaient pas applicables à toutes les provinces de l'Empire ; on l'avait vu pour l'Espagne dont plusieurs inscriptions, pour être en désaccord avec des principes trop étroits, étaient suspectées sans raison. La série africaine, où l'on reconnut des indications inverties et des abréviations inusitées, permit d'élargir la méthode de déchiffrement ou plutôt de la mieux établir. La géographie comparée s'accrut aussi de nouveaux résultats ; les renseignements combinés des bornes milliaires, des itinéraires anciens, de la Table de Peutinger et de la Notice des diocèses de Numidie déterminèrent plusieurs routes, sur l'emplacement de plusieurs stations ; découvertes précieuses surtout pour le midi de la région où le scribe de la Table a négligé d'inscrire les distances ; des municipes entièrement oubliés, comme Verecunda, reparurent au jour ; enfin ces points principaux, dès lors fixés, furent comme une première triangulation dont les continuateurs de Léon Renier devaient remplir les lacunes. L'histoire romaine eut enfin beaucoup à recueillir de cette belle exploration : le tragique épisode des Gordiens et de l'avènement de Maximin apparut, dans les monuments, avec une réalité précise que ni Hérodien ni Jules Capitolin ne lui avaient donnée ; mais voici le gain le plus considérable : pour la première fois, la légion romaine, sur laquelle les inscriptions d'Italie se taisent et celles du Rhin ne donnent que des indications fragmentaires, se révélait, dans le quartier de Lambèse, avec son organisation, ses collèges d'officiers et de sous-officiers, son système de solde et de caisse des retraites, ses corvées imposées, ses cultes spéciaux, enfin tous les détails de son administration et de sa vie quotidienne.
A la veille de la publication des Inscriptions romaines de l'Algérie, Léon Renier avait donné, en 1854, les Mélanges d'épigraphie, où tout était nouveau, et d'abord le titre ; car le nom même d'épigraphie était inusité et presque inconnu, on ne le trouvait pas dans le Dictionnaire de l'Académie pendant les années 1840-1845. Archéologie. Texte explicatif des planches de Ad. H. Al, Delamare, in-12, Paris, 1912 ; Corp. inser. lat., t VIII, n. XX-XXIV : p. XXV-XXIX, P. CCXV, CCXVI ; Ch. Louandre, dans Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1852, p. 1195-1198.
Le 27 février 1861 fut créée au Collège de France une chaire d'Épigraphie et d'Antiquités nationales, dont Léon Renier fut nommé titulaire. Cette nomination fut accueillie comme une victoire à Rome et à Berlin ; mais la mission était difficile à remplir, justement parce que le premier titulaire de cette discipline nouvelle n'avait pour le soutenir et le guider ni livre de référence, ni tradition, ni public. Il dut se former son auditoire. Ce ne fut jamais une assemblée bien compacte. On y vit un vétéran, M. Naudet qui, à force de vivre parmi les anciens, les interpellait et dont le seul regret était de ne pouvoir, disait-il, « amener M. de Tillemont au cours de M. Renier. » On y vit aussi Victor Duruy, Gaston Boissier, Georges Perrot, Ernest Renan et plusieurs autres. Il fallait qu'un cours fait à de tels auditeurs dans une chaire du Collège de France fût savant ; il fallait en même temps qu'il fût élémentaire, puis que la science était nouvelle et qu'on n'en avait aucune teinture. Léon Renier sut tenir compte de ces deux exigences contradictoires en apparence. Il commença humblement, en définissant l'épigraphie, en expliquant les sigles, en faisant déchiffrer les monuments les plus simples, mais il supposait connus les principaux textes classiques et n'oubliait pas qu'il s'adressait à des hommes familiers avec la langue latine, avec le droit élémentaire, avec l'histoire. Il ne fallait bien que l’enseignement de Léon Renier fût original et précieux par lui-même, car il ne déployait aucun artifice pour amorcer l'auditoire, persuadé que la science épigraphique n’en comporte point :
Ornari res ipsa negat, contenta doceri.
Non seulement il détestait la rhétorique, mais on peut dire qu'il n'était pas né professeur ; le besoin de communiquer ses idées et le talent de les exprimer par la parole improvisée lui manquaient également. Son débit lent, intermittent, rebutait ceux qui ne sentaient point la valeur de chaque mot tombé de ses lèvres ; il ne répandait pas la vérité, il la distillait.
Lors que, en 1862, le ministère de la Maison de l'Empereur entreprit la publication des œuvres de Borghesi, Léon Renier fut chargé d'organiser le travail, il s'associa Mommsen, Henzen et De Rossi. Il sa bibliographie comprend 333 numéros et, cependant, de bonne heure il cessa de publier, et quand ses amis produisaient quelque ouvrage, il semblait en gémir intérieurement. Qu'on pût aventurer une explication hypothétique, qu'on risquât d'être contredit, qu'on avouât des œuvres imparfaites, c'était, à ses yeux, une aberration. Pour lui, après avoir joué son rôle d’initiateur, il regardait sa tâche comme finie et se reposait. Ceux qui l'ont connu seulement à la fin de sa vie, assis, sans rien faire, devant son bureau toujours bien rangé, ne savaient point par quel patient labeur il avait mérité de se reposer dans ses dernières années. Malheureusement il faisait plus que se reposer d'un labeur acharné, il empêchait l'œuvre à laquelle il avait le devoir de collaborer. Nous avons vu qu'un arrêté du 3 juin 1854, pris sur la proposition du Comité de la Langue, de l'Histoire et des Arts de la France avait chargé Léon Renier de la publication, sollicitée par lui, des inscriptions de toute la Gaule. A la date du 16 janvier 1860, on lit dans le procès-verbal de la Section d'archéologie que : « Sur la proposition de M. le Président, qui prie M. Renier de faire connaître à la Section à quel point en est la préparation du Recueil des inscriptions de la Gaule, le savant académicien déclare que la première livraison est presque entièrement terminée et qu'il espère pouvoir la déposer sur le bureau à la prochaine réunion. » A la date du 2 avril 1864, la déclaration suivante était officiellement faite à la réunion des délégués des Sociétés savantes : « Le premier volume des inscriptions romaines de la France va être prochainement mis sous presse ; c'est à M. L. Renier qu'on en doit la préparation. » Il n’en était rien, ainsi qu’on ne devait pas tarder à l'apprendre.
En 1866, un revirement inexpliqué eut lieu. Par une formelle contradiction aux motifs de convenance patriotique qui avaient dicté l'arrêté du 3 juin 1854 et auxquels Léon Renier avait souscrit, comme on vient de le voir, l'autorisation lui fut donnée de porter au Corpus entrepris par l'Académie de Berlin le travail destiné à la Collection des Documents inédits de l'histoire de France. Il était cependant facile de pressentir que les relations internationales n'étaient pas alors de nature à assurer le succès de cette nouvelle combinaison, et qu'à Paris aussi bien qu'à Berlin on s’exposait à se trouver dans une situation fausse. L'événement prouva combien on avait été malencontreusement inspiré en prenant une pareille résolution, surtout après les engagements formels et réitérés contractés vis-à-vis du public français depuis des années.
La fin de ces longs et stériles pourparlers est relatée par le procès-verbal de la Section d'archéologie, séance du 10 février 1873 : « M. Léon Renier rappelle que, par un arrêté du 3 juin 1854, pris sur la proposition du Comité, il avait été chargé de publier, dans la Collection des documents inédits de l'histoire de France, un Recueil général des inscriptions romaines de la Gaule. Plus tard, en 1866, M. Renier fut autorisé par le Ministre à accepter les propositions de l'Académie de Berlin et à publier ce travail dans le Corpus inscriptionum latinarum. Par suite des changements apportés par la politique aux relations entre la France et la Prusse, M. L. Renier a cherché à rompre le traité qu'il avait conclu avec l'Académie de Berlin. Il y est parvenu, mais n’a reçu qu'hier l'avis que la liberté lui était rendue. Dans l'attente de cette solution, M. Renier fallait être soi-même un maître pour être accepté par de tels hommes en qualité de directeur, et de guide. Borghesi lui-même ne pouvait souhaiter un éditeur plus digne de lui, Léon Renier revit et corrigea toutes les épreuves. Ce qui dominait chez lui, en effet, c'était l'honnêteté scientifique poussée jusqu'au scrupule. Le « culte de la vérité lui paraissait réclamer tant de précautions qu'il devait en venir à n'oser plus le pratiquer.
Recueil général des inscriptions de la Gaule, si la Section est toujours dans les mêmes dispositions à l'égard de ce recueil. La déclaration de M. Renier est accueillie avec la plus vive satisfaction par la Section ! » On voit par ce qui précède que L. Renier fut dûment délié de tout engagement par ses collaborateurs prussiens.
Quant aux ouvertures qu'il fit à cette occasion pour la reprise de la publication française du Recueil, il ne paraît pas qu'aucune suite leur ait été donnée.
Malgré son long silence, son abdication prématurée, L. Renier conservait un très grand prestige, d'autant plus grand que la jalousie n'avait rien à redouter de lui désormais, on le traitait avec le respect et les éloges qu'on accorde aux morts, lorsqu'il cessa de vivre le 11 juin 1885. « Il n'avait ignoré qu'une seule règle du grand art du Corpus, a dit Renan, c'est qu'il ne faut pas y prétendre à la perfection, » Em. Châtelain, Léon Renier, dans Revue de philologie, de litt. et d'hist. anc., 1886, t. x, p. 1-11 ; Em. Desjardins, Épigraphie et antiquités romaines, Léon Renier, dans Revue politique et littéraire. Revue bleue, 1886, 3° série, t. XI (t. XXXVII), p. 651-654 ; le même, Rapport sur les papiers et documents réunis par feu Léon Renier en vue d'un Recueil des inscriptions romaines de la Gaule, dans Bulletin archéologique.
L. Courajod, dans Bull. de la Soc. nal. des antiqg. de
Nous avons déjà mentionné quelques ouvrages de L. Renier, ceux qui concernent les éditions classiques et les ouvrages de vulgarisation ne doivent pas nous retenir ; parmi les travaux d'érudition il ne s'en trouve qu'un très petit nombre qui aient rapport aux inscriptions chrétiennes, les seuls que nous ayons à transcrire ici.
Mémoire sur les officiers qui assistèrent au conseil de guerre tenu par Titus avant de livrer l'assaut au temple de Jérusalem, dans Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1867, t. xxvi, 1° partie, p. 269-321.
Madaure, dans ibid., 1857, t. xiv, p. 129-142 (emplacement de ces deux villes, renseignements fournis par la correspondance de saint Augustin). — Inscriptions de Troesmis dans la Mésie Inférieure, dans Revue archéologique, 1864, t. x, p. 390-398 (P. Vigellius = Saturninus, proconsul d'Afrique, qui condamna les
La limite chronologique qu'on ne franchit pas est la fin du VIe ; d'ailleurs, à partir de l'an 541, les consuls sont tous empereurs et on compte par indiction à partir du consulat de l'empereur régnant. Beaucoup de textes ne portent aucune date et leur âge est douteux ; on a préféré les admettre pour ne pas risquer de les rejeter à tort. Dans chaque localité, les inscriptions chrétiennes sont rejetées à la fin, à raison de leur date récente. À leur endroit, il faut signaler et regretter une sorte de flottement. Em. Huebner a exclu les inscriptions chrétiennes des volumes consacrés à l'Espagne et à l'Angleterre, il leur a consacré des publications de type et de format différents et plus maniables. G. Henzen leur a fait place par le tome V, ainsi que O. Hirschfeld dans les tomes XII et XIII, tandis que H. Dessau, dans le tome XIV, admettait celles du vieux Latium tout en excluant celles du cimetière de saint Alexandre sur la voie Nomentane et du cimetière de Zoticus sur la voie Labicane : enfin H. Bormann et Th. Mommsen leur faisaient place dans les tomes II, V, IX, X, XI, ainsi que Wilmanns dans le tome VIII.
Est considérée comme chrétienne toute inscription gravée au nom d'un chrétien, dans un but religieux, sur les temples, sanctuaires, autels ; celles qui témoignent d'un vœu exaucé, d'une cérémonie célébrée, d'une offrande, celles qui font l'éloge des martyrs et des saints ; toute inscription placée sur un objet religieux ou consacré ; enfin, toutes les épitaphes chrétiennes. Les inscriptions ayant un chrétien pour auteur, mais n'offrant aucun caractère religieux, ne sont pas considérées comme chrétiennes.
Sauf ces exceptions, on a reçu toutes les inscriptions latines, gravées sur pierre ou sur métal, même sur des matériaux peu résistants comme les vases et amphores, poids et mesures, briques, tuiles, conduites d'eau, lampes et tons d'objets usuels : en terre, verre ou métal ; armes, bijoux ; timbres et cachets, tessères militaires, frumentaires, théâtrales, consulaires ou de gladiateurs ; conviviales, d'hospitalité, tessères servant à jouer, sontes, exsecrationes, tabulæ lusoriæ, mosaïques, blocs de marbre brut ou taillé marqués lors de l'extraction, lingots de métal, diptyques, etc. Les monnaies ont été exclues, à l'exception du premier volume.
Le Corpus nous donne des fragments qui paraissent ne pouvoir servir à quoi que ce soit, par exemple des lettres isolées dont la provenance est vaguement indiquée : Mais avant de blâmer ces excès, il faut se rappeler que de futures trouvailles permettront peut-être d'assigner une place à ces fragments qu'on pourra identifier au moyen de la cassure et par la comparaison de la nature de la pierre ou du marbre, ainsi qu'on a pu le faire avec succès à Carthage pour les milliers de débris provenant de Damous-el-Karita (voir ce mot). D'ailleurs il était difficile de savoir à partir de quel moment un débris peut être dédaigné. On n'en a négligé aucun et on a bien fait :
Il fallut décider du traitement à faire aux inscriptions fausses. Elles étaient nombreuses et avaient réussi à s'insinuer partout, à tromper même les plus perspicaces, on ne pouvait donc songer à les écarter sans les faire comparaître une dernière fois ; car il fallait non seulement les clouer au pilori mais pouvoir à tout moment les y dévisager et les identifier. On les rassembla donc et on les exposa à l'entrée de chaque volume, avec une pagination, une numérotation et un corps typographique distincts ; ainsi elles furent facilement accessibles tout en devenant inoffensives : Le classement adopté pour elles est aussi le classement topographique, par villes, et parfois par noms d'auteurs. Pour faciliter les recherches, on y a ajouté, dans certains volumes, les inscriptions authentiques qui ont été faussement attribuées à telle ville ou à telle province parce qu'elles y avaient été transportées (inscripiones alienæ) ; naturellement, ces inscriptions reviennent à leur place dans le Corpus, si l'on peut les préciser. Quand l'origine ne peut être précisée, on les range à la suite de la ville où elles se trouvent actuellement ou à laquelle on les a me sous la rubrique incertæ.
Recherche des inscriptions. — C'était une tâche immense, écrit M. J. P. Waltzing, de rassembler tous ces textes épars dans les Musées publics et privés, dans les livres et dans les manuscrits. En effet, les membres du Comité ne voulurent pas se contenter de copies ou d'estampages envoyés par le premier venu : ils avaient appris, par l'expérience de la Commission française, que c'était le moyen de ne pas avancer ; ils savaient surtout qu'ils ne pouvaient se reposer que sur eux-mêmes, s'ils voulaient obtenir des copies exactes. Aussi résolurent-ils de revoir eux-mêmes à nouveau tous les monuments encore existants : et quand ils ne pouvaient aller par eux-mêmes revoir les monuments, ils ne se reposaient que sur des savants compétents pour faire prendre une copie ou un estampage : en second lieu, de dépouiller eux-mêmes, autant que possible, toutes les collections épigraphiques imprimées ou manuscrites, qui pouvaient leur fournir des inscriptions, jusqu'à cette littérature locale, qui ne sort pas du pays où elle voit le jour et qui est rédigée dans les dialectes les plus variés. Ces recherches s'aggravaient du fait que des pierres ont été déplacées, des livres sont devenus introuvables dans le pays même dont ils rapportent les inscriptions. Les bibliothèques de Lyon, de Milan et de Rome ont fourni à Mommsen des inscriptions de la Dacie et de la Dalmatie. La transcription des pierres, la lecture des livres imprimés demandaient moins de temps que la recherche des indications contenues dans les manuscrits inédits et les papiers des savants des quatre derniers siècles. Il fallait, dit Mommsen, passer plus de temps encore dans les bibliothèques que dans les musées. J.-B. De Rossi fut, dès l'abord, spécialement chargé de ce travail fastidieux et lent, mais fécond. Quant aux bibliothèques, Henzen et De Rossi entreprirent le dépouillement de celles de Rome, de l'Italie méridionale et centrale, Mommsen réserva le nord de l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, la France, les Pays-Bas et la Suisse ; Huebner, adjoint au Comité en 1858, parcourut plusieurs fois l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre et l'Écosse. Dans la suite, toute une légion de jeunes savants prit part à ce travail d'investigation, et il n'y eut pas une bibliothèque publique ou particulière de quelque importance qui ne fût explorée. C'est ici surtout qu'on dut se mettre en rapport avec tous ceux qui, dans les divers pays, pouvaient coopérer à la grande œuvre : directeurs de musées, bibliothécaires, savants de profession, amateurs compétents. Partout l'appel fut entendu, et chaque préface, chaque page du Corpus témoigne de la vérité de ces paroles de Henzen, que cette œuvre est due au concours de tous les peuples héritiers des lettres latines.
Établissement du texte ; H. Matzat et Borghesi appliquèrent les règles critiques que Mommsen systématiza et exposa avec clarté. Un premier point consistait à découvrir les inscriptions fausses, chose relativement aisée quand on est mis en présence du monument apocryphe, car certains faussaires poussaient le raffinement jusqu'à faire graver leurs productions sur la pierre. La paléographie permet de reconnaître les pierres de fabrication moderne ; dès lors leur destin est rapidement réglé par les auteurs du Corpus qui prononcent quelqu'une de ces sentences coupantes : vidi ego et medio ævo incisam esse intellexit, ou bien descripsi et falsam esse. Ou encore Lai et damnävi. Ensuite, lorsqu'à défaut d'un original on ne peut interroger que livres et manuscrits, la difficulté est plus grande ; On est réduit alors à étudier le fond et la forme du texte même et il faut une connaissance approfondie des lois de l'épigraphie, de la langue latine et de l'antiquité romaine dans ses moindres détails. L'inscription est-elle à tous les points de vue régulière, ou du moins ne renferme-t-elle aucune irrégularité qui ne puisse être le fait du lapicide ? Telle est la question. En parcourant les notes concises que les éditeurs du Corpus ont placées après les inscriptions condamnées pour justifier leurs arrêts, on verra par quelle variété d'erreurs on peut surprendre la fraude. Pour ce qui concerne d'abord la forme, l'un donne des noms propres où des vocabulaires qui ne sont pas latins. Un autre pèche contre la latinité en insérant la conjonction et entre deux surnoms (cognomina), en qualifiant un dieu de divus au lieu de deus, un temple de sacré ; en forgeant des adjectifs contrairement aux règles de dérivation. D'autres enfreignent les lois de l'onomastique en ne mettant pas la tribu à sa place constante dans l'énumération des noms d'une personne ; en indiquant mal à propos les noms et les titres d'un prince ; en ne suivant pas l'ordre régulier dans les fonctions remplies (cursus honorum) ; en mélant des fonctions d'ordre divers ; en employant des formules inusitées. Pour le fond, les erreurs ne sont pas moins variées : des années, des consuls inventés pour dater une inscription ; des TITI viri donnés à une colonie, alors que Gramentum avait des VII viri ; un municipium qualifié de colonie ou réciproquement ; le tribun d'une cohorte appelé præfectus, nom réservé aux commandements de cavalerie ; un sévir Augustal est de l'ordre équestre, alors qu'on sait que les sévirs sont tous de basse condition, généralement des affranchis ; un affranchi portant un autre nom que celui de son patron ; un affranchi appelé par une épithète qui n'existe pas ; des titres inconnus, etc. Les erreurs exactes, les méprises sont plus ou moins grossières suivant la science des falsificateurs. Pratilli va jusqu'à faire de Tibère le père de l'empereur Claude, qui était fils de Drusus Néron. L'usage que le faussaire fait de certains détails contenus dans l'inscription éveille souvent les soupçons. Son but est fréquemment de soutenir une thèse sur laquelle les arguments lui manquent. Combien de textes n'ont pas été forgés pour prouver l'emplacement d'une cité ancienne ?, pour donner à une famille une haute noblesse, pour faire croire à l'antique origine d'une ville moderne ? Les assertions les plus hasardées et les plus ineptes trouvaient aisément dans ces inventions des arguments irréfutables pour les esprits crédules. Antonini soutenait que Paestum avait été un municipium et il s'appuyait sur deux inscriptions. J. de Nole prétendait avoir découvert l'emplacement du temple fameux bâti par les Nolans à Auguste, et il apportait l'inscription du frontispice : Augusti. Pratili affirmait que les amphithéâtres étaient consacrés à Hercule et il citait l'inscription du portique de Teanum ; il voulait encore prouver par une inscription que les médecins appartenaient à la classe des affranchis. Asquini essayait de démontrer que les Argonautes étaient venus à Aquilée, et il alléguait une inscription où il s'agit de pagani Meteienses.
bévue s incompréhensible, ‘Augusti Servus 18, une légion | Templum | nom dérivé de Médéée #1 Cha que fois qu'une inscrip- | tion et cela est très fréquent : + n'est citée, la pre- | 990 faisaient gloire ‘d'avoir retrouvé des tra ces de. ces faits ou de ces personnages. Antonini donne l'épitaphe :du | tombeau élevé à un fils de M. Lamponius, général des Lucaniens dans la guerre sociale #, Depuis Cyria que jusqu'à Grossi ; on a eu la manie de rechercher : à Arpinum des tra ces de Cicéron et de Marius ; ainsi Cyria que donne l'inscription. d'une statue élevée au grand orateur par les Arpinates ?*. Une mystification qui eut un long succés, ce : furent les fragments des acta diurna prétendüment retrouvés à Rome 27, ra Le : f aux : est facilement reconnaissable : quand l'auteur se borne à copier plus ou moins littéralement le texte d'un auteur classi que, ce qui n'est pas rare “ ;
| quan d'il se contente d’interpoler une inscription con_ servée % ou d’amalgamer plusieurs textes authentiques : enfin quand il puise des données dans une | inscription déjà reconnue fausse . Il faut ajouter que tous ceux qui se sont amusés à ce jeu n'ont pas eu pour but de tromper, mais beaucoup d'inscriptions modernes, dont l'auteur ne s'est ja mais caché, ont plus tard été considérées comme anciennes par : des ignorants %, « Tels sont les indi ces princip aux qui guident le criti que. Cet examen minutieux doit-il étre recommencé pour cha que inscription qu'il s'agit d'insérer dans le Corpus ? Ce serait s'exposer à ne ja mais finir et même à suspecter injustement une foule de textes et d'auteurs. Mommsen a formulé une règle bien plus facile et plus éxpéditive, et l'ordre géographi que estici d'un grand secours, On recherche la valeur non de cha que texten particulier, mais de cha que recueil, de cha que auteur : non tam inscriptiones singulas in judicium vocavi, quam singulos auctores #3. Pour cela, il faut étudier les recueils dans leur ensemble, les auteurs : dans tous leurs ouvrages et l'on parvient à classer les auteurs en trois catégories.
“ 19 Les auteurs honnêtes et éonscièncieux : « Tant qu'on n'a pas pu prouver à l'évidence une fraude chez un auteur, sa bonne foi doit être admise, et ce qu'il déclare avoir vu doit être regardé comme authenti que.
‘Si une inscription contient des éléments trop singuliers on se contente de les faire remarquer en note %4, « € 20 Les faussaires, — Quicon que est pris une fois en | flagrant délit de f aux est déclaré faussaire et ne mérite plus ‘auc une : créance. En général, tout ce -qui n'a d'autre source première qu'un faussaire, doit étre regardé. comme f aux, ou tout au moins comme suspect, à moins de raisons graves. À tout moment nous lisons à la suite d’une inscription : : suspecla utpote a tali auctore solo relata ;. nolui Resendio solo fidem habere p hæc et duo sequentes, cum veræ esse possunt ; iamen certiorem auctorem desiderant iquam est As quinius ; habet solus Felicianus*#. Ces arrêts sont sévères mais ils sont commandés par la prudence. On comprend, cependant, qu'il y'a dés exceptions qui s'imposent. Dans les manuscrits des falsificateurs les plus | 1548, 1549, 2110 ; t. x, n. 403 :: Omnino : modeste nobis con-
991 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
notaires, il y a des textes authentiques !, grâce auxquels ils voulaient faire accepter les produits de leur fantaisie. Parmi les anciens recueils, il y en a même où les textes authentiques dominent ; quand cela est dûment constaté ce sont les f aux que l’on | recherche un à un. Les falsificateurs de profession, tels que Ligorio et Pratili, avaient naturellement leur manière propre, facile à reconnaître une fois qu'on est familiarisé avec leurs écrits, une inscription qui s'éloigne de cette manière a toute chance d'être authenti que ; dans ce cas, on l’admet sous bénéfice d'inventaire et en avertissant le lecteur, Mais, en général, on n'admet ce qui vient d'un faussaire que si l'authenticité peut être prouvée, et il faut que cette preuve soit faite pour cha que inscription #, On voit combien la tâche est délicate, et combien l’on est exposé à se tromper, Aussi ls éditeurs ont-ils dû plus d’une fois se rétracter et casser leurs propres senten ces ?, Il est arrivé assez fréquemment qu'un texte sacrifié à cause de son origine ou même à cause de son contenu a été reconnu plus tard d'une authenticité incontestable, soit qu'on ait retrouvé l'original # soit qu'on ait rencontré d'autres textes qui le corroboraient 5. On ne peut donc prétendre arriver à la vérité absolue en cette matière ; mais au moins, a dit Mommsen, parmi les authentiques, il n'en restera pas une qui excite la défiance à cause de l'auteur, et parmi les fausses, il n'yen aura pas une seule qui s'appuie sur un auteur véridi que.
« 3° Enfin, la troisième série est celle des auteurs qui se laissent tromper par ignorance, par crédulité ou par négligence. On ne peut avoir confiance en eux que s'ils puisent à une source pure ; mais quicon que s'est laissé duper une fois est suspect cha que fois qu'il ne cite pas la source où il a puisé. Si Pune de ses inscriptions est reconnue fausse il s'expose même à passer pour l'avoir lui-même inventée. C'est à la fois une mesure de précaution nécessaire et le châtiment de son incurie. ter aux témoins oculaires, on s'en tient à eux et l'on | donne leurs variantes, en préférant le texte du plus habile et du plus consciencieux. On écarte ceux qui ont copié sur eux : ils ont pu gåter ce texte, ils n’ont pu le rendre plus exact. Ainsi Gruter et Muratori deviennent des auteurs secondaires $, Si l'on ne peut remonter à un témoin oculaire, il faut prendre l'éditeur le plus ancien ; quand Muratoricopie Ferrari,quiemprunte à Feliciani, il faut s'en tenir à ce'dernier. Sila filiation n'existe pas, ou ne peut pas être fixée, il faut rechercher le meilleur éditeur, et pourcela on se base sur la valeur des auteurs, établie par une étude attentive de leurs ouvrages. « Ces investigations réclament une connaissance approfondie de toutes les branches de la philologie ancienne et de la science épigraphi que en particuliers el les exigent de plus une sagacité qui pénètre tout et une patience que rien ne lasse 7, Mais aussi désor mais, les faussaires sont devenus inoflensifs ; les fautes accumulées peu à peu par les copistes et les typographes sont corrigées, les textes sont épurés et l'on | sait à quoi s'en tenir sur les auteurs : l'index auctorum | qui précède cha que volume fait connaître l'opinion de l'éditeur sur les auteurs qu'il cite, opinion dont il fournit la justification. La façon dont les inscriptions el les-mêmes sont reproduites et l'apparatcriti que qui les accompagne, permettent au lecteur un peu compétent À de voir d’un coup d'œil quelle est la valeur du texte. « « Avant cha que inscription, on indi que le lieu où ` elle est actuellement, le lieu où elle a été découverte, le lieu où elle s'est trouvée dans l'antiquité. Ces détails sont « empruntés au premier éditeur ; en cas de divergence, on « rapporte les traditions diverses, textuellement, dans la « langue même des éditeurs. Dans quelques volumes, on indi que la nature du monument (piédestal, autel, cippe, etc.) et l'âge de l'inscription d'après les indi ces paléo- « graphiques. Il est regrettable que la première de cesindi- - cations ne soit pas toujours donnée, car elle expli que « souvent le texte. Pour la seconde, Dessau est d'avis qu'on s'est parfois trop fié à la forme des lettres”. « Puis vient le texte, reproduit tel qu'il est sur la f pierre, avec les fautes des graveurs, mais on rend le lecteur attentif à ces dernières. On laisse de côté le M monument lui-même, avec les bas-reliefs ; on le décrit « brièvement, si cette description est utile à l'intelligence | du document, Le texte est imprimé en majuscu les monumenta les, même si l'original est en caractères cursifs ; on ne tient donc pas compte de la forme des lettres 11, mais souvent on reproduit leur grandeur ` d'après une échelle parfois indiquée et qui est la même pour les différentes lignes de la même inscription ; on conserve la division en lignes, les ligatures, les points, feuil les de lierre ou traits séparatifs et les accents 12. Pour faciliter la lecture les mots sont toujours séparés par un intervalle, même s'ils sont unis sur la pierre. * Quant aux caractères employés, voici les règ les. qu'on a suivies : < « 1. Les lettres ajoutées après coup par le lapicide « ou par un second lapicide fquæ post primam incisionem litulo adjecta sunt) sont imprimées en majuscu les « inclinées. Exemple, t. x, n. 6051 : | « En note : v, 4-5 post tempus adjecli sunt.
AE
Es. « 2. Les lettres qu'un éditeur précédent avait vues t reproduites, mais qui ont disparu depuis, sont égaDent en majuscu les inclinées, Exemple, t. 1 ; n. 1652, i ligne :
! [MP - CAESARI :
» « En note : : Descripsi quod superest et Re I “didit pleniorem Lucignani.
. « 3. Les lettres martelées dès |’ antiquité fantiquitus erasa } pour une raison quelcon que !, si l'on peut les distinguer ou les deviner, sont en caractères italiques soulignés d'ùn point ; s’il n’en reste rien on remplacé 4 ha que lettre par un trait incliné souligné d’un point et ressemblant à un point d'exclamation. Exemple, t. x, n. 2826, 1re et de ligne : l. patvlcivs. FELIX.SIBI.ET HII AE-SEX-L-DIONYSIAE-ET 4 ad. Les lettres martelées, puis regravées à la même lettres martelées ferasa et mox in litura reposita, restituta } sont ou bien encadrées, ou bien en caractères majuscu les inclinés. Exemple, t. vr, n. 1117, 3° ligne :
| | | | CONSTANTINO : PIOFEL.
ou bien ? :
E CONSTANTI NO : PIO « FEL :
où il y avait d'abord : DIOCLETIANO - PIO - FEL| qué par une ligne imitant la fracture. Exemple, LE, n. ATON : D M : METTI ; PVDENTÉ OCTAVIO IVCVNDO QV %a Lisez : giui) vfixil}) [an (nos). :| « On évite de remplacer ce qui man que par des - points, dont le premier pourfait être confondu avec le point séparatif ; cependant si l'inscription n'a été conservée que par un éditeur précédent qui s’est servi » de cette notation, on la maintient (t. x, n. 1652). Les - lettres effacées, mais encore assez visib les pour être distinguées, sont imprimées en caractéres pointillés (tv, n. 7003 ; t. x, n. 1653). z 7. Pour les lettres incomplètes, on cassé des carac- » tères de façon à ne reproduire que la partie qui reste. « 8. Dans les inscriptions brisées ou partiellement : effacées, on supplée ce qui est sùr, et les suppléments » sont imprimés en italiques minuscu les. Exemple, t. x, un. 2308 : | | filio ben. MERENTI.
« 9. Si la lecture traditionnelle peut être corrigée à f coup sûr, on le fait en avertissant dans les notes, et les | à “ l Lors que la mémoire d'un prince avait été abolie par le Sénat, son nom était martelé sur les monuments. = Corp. inser. lat :, t. vin, n. 2557, 6305, 6306, 6307. — * Corp. inscr. blu. tIX, XX Souvent on se borné à mettre en « 5. Quand la pierre est cassée, le bord brisé est indi- |
DIVI : SEPTIMI : SEV... |
‘place ou bien les lettres nouvel les mises à la place des | | aussi s’est-on gardé d'en abuser :
003 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 994
corrections sont également en italiques minuscul :s Exemple, t : xiv, n : 192 :
~, CVRATORES RIPARUM
en note : Traditur RIPARI : « On voit que plusieurs de ces notations peuvent avoir des sens différents : dans ce cas, le commentaire les expli que, de sorte qu'il n'y a pas d'erreur possible, | Les suppléments ajoutés sans avis indiquent une | lac une dans l'original.
« À la suite viennent les renvois aux sour ces et les variantes. Pour éviter l'encombrement et l'arbitraire, on n’a pas cité tous les éditeurs précédents sans distinction. Un jour on pourra dresser la liste comparative de tous les recueils mis en rapport avec les numéro s'du Corpus, afin de faciliter la recherche des inscriptions | qu'on trouve citées d’après des ouvrages antérieurs.
Ici, on énumère les auteurs principaux en suivant l’ordre de l’ancienneté ou le degré de crédibilité : les témoins oculaires, puis les autres dans l’ordre de leur filiation. Cette filiation est indiquée, de façon qu’on ne s’imagine pas que le texte a été copié par tous sur l’original. Les recueils les plus importants sont également cités ici, parce qu’on y renvoie dans les ouvrages d’épigraphie ou de philologie : Apianus, Manuce, Smetius, Gruter, Fabretti, Doni, Gudius, Muratori, Maffei, Donati, Marini. Quant aux variantes, si le nouvel éditeur a vu l’original, il le déclare et omet les lectiones variæ, à moins qu’il n’y ait doute sur la lecture, ou que la pierre ne soit devenue incomplète. S’il ne l’a pas vu, il donne toutes les variantes, sauf avis contraire. Suivent les conjectures faites, soit pour rétablir ce qui est perdu (suppléments), soit pour corriger ce qui a été gâté par les modernes (correction). Cet art de la restitution des inscriptions est fort difficile : on ne propose que des corrections et des suppléments sûrs. On fait remarquer aussi les bévues et les fautes commises par le lapicide, soit erreur, soit ignorance ?
Comme dans les inscriptions latines une foule de mots sont abrégés, on donne parfois la solution des sigles et abréviations. Si l’inscription est remplie d’abréviations, si elle est mutilée, si elle a une importance particulière, on la transcrit en caractères cursifs. Dans cette transcription, on met entre crochets les réstitutions, c’est-à-dire tout ce qu’on ajoute pour remplacer les lettres disparues, ainsi que les lettres martelées qu’on remet à leur place, enfin les lettres qu’on corrige. On met entre parenthèses les lettres qu’on supplée pour résoudre une abréviation. Les lacunes non remplies sont figurées par une série de points en nombre égal à celui des lettres qu’on présume disparues. Un trait vertical indique la fin d’une ligne.
Voici un exemple de transcription (t. X, CARISSIMAE 5s QUAE-MECVM. VIXIT. AN XY Diis) M(anibus) s(acrum), Probaltæ, — conjugi caris[silmæ,—quæ mecum virit an(nis) xv.
S’il y a des obscurités faciles à élucider en quelques mots, on ajoute une courte explication. Par des renvois, on compare les inscriptions analogues, celles du même personnage par exemple. La date de l’inscription, s’il y a des indices sûrs dans le texte, est toujours donnée d’après notre ère. Mais en général, tout commentaire étendu est proscrit et laissé aux revues et publications épigraphiques, auxquelles on renvoie le lecteur, s’il y a lieu.
Classement des inscriptions. — Il reste à exposer l’ordre suivi pour classer toutes ces inscriptions. C’est l’ordre géographique : tout l’ouvrage est divisé en quinze tomes dont chacun est consacré à une portion du territoire romain. On réunit dans le même volume les provinces qui forment aujourd’hui un tout par leur union politique ou par le voisinage. L’Italie moderne occupe à elle seule cinq tomes en huit volumes, sans compter Rome : on a adopté la division en onze régions établie par Auguste et conservée par Pline. Pour les provinces septentrionales, on se base sur la division de l’Empire en provinces à l’époque la plus prospère, celle de Trajan. Dans le premier volume, on s’est écarté de l’ordre topographique ; on y a réuni les inscriptions antérieures à la mort de César. Voici le plan général :
Tome I. Inscriptions antérieures à la mort de César.
Tome II. Espagne.
Tome III. Asie, provinces grecques, Illyricum.
Tome IV. Pompéi, Herculanum et Stabies.
Tome V. Gaule Cisalpine (Italie du Nord).
Tome VI. Ville de Rome et ager suburbanus.
Tome VII. Grande-Bretagne.
Tome VIII. Afrique du Nord.
Tome IX. Calabre, Apulie, Samnium, Sabine, Picenum.
Tome X. Bruttium, Lucanie, Campanie, Sicile, Sardaigne.
Tome XI. Étrurie, Ombrie.
Tome XII. Gaule Narbonnaise.
Tome XIII. Gaule septentrionale et Comminges.
Tome XIV. Vieux Latium.
Tome XV. Instrumentum velus de Rome.
Tome XVI. Tables générales.
En tête de chaque province, il y a une introduction qui donne une notice historique et un Index auctorum. Ce dernier est une liste chronologique de tous les recueils et ouvrages imprimés ou manuscrits, qui contiennent des inscriptions trouvées sur le territoire de la province, avec des détails biographiques et bibliographiques sur les auteurs, et une appréciation de leur valeur comme épigraphistes. En tête de chaque volume, il y a de plus une liste alphabétique des auteurs cités dans tout le volume ; avec des détails bibliographiques et des renvois aux listes spéciales.
La notice historique, qui précède chaque province, résume brièvement les renseignements que donnent sur elle la littérature et l’épigraphie.
Dans chaque province, les auteurs, fidèles à l’ordre géographique, rattachent les inscriptions aux municipe, colonies ou préfectures où elles se trouvaient dans l’antiquité. L’ordre local : on peut ainsi suivre l’influence romaine à mesure qu’elle s’étend jusqu’aux confins du territoire. Chaque ville, comme chaque province, est précédée d’une notice, où les renseignements fournis par la littérature sont contrôlés et complétés par les inscriptions. On fait connaître l’origine du municipe ou de la colonie, les limites de son territoire, son histoire administrative et militaire, ses magistrats civils et religieux, les divers éléments de sa population. Pour les villes grecques seules, on renvoie au Corpus inscriptionum græcarum.
Après la notice viennent les inscriptions ; elles sont rangées par ordre des matières en inscriptions religieuses, politiques, militaires, municipales, collégiales, privées, chrétiennes. Dans chaque catégorie, on suit l’ordre alphabétique des noms propres ou l’ordre chronologique. Ce classement minutieux est très utile dans les cités riches en monuments, telles que Rome, Ostie, Pouzzoles, Capoue, Milan, Lyon ; ailleurs, on ne le conserve pas toujours. Dans la ville même, l’ordre chorographique est donc abandonné comme impraticable. Cependant, à Pompéi, on nous promène tour à tour par les quartiers, les rues et les maisons. Il eût fallu faire de même à Rome et partout, mais on se heurtait à une difficulté invincible : le lieu d’origine exact de la plupart des monuments est inconnu.
Il arrive parfois que le territoire d’une ville soit mal défini, que les inscriptions de plusieurs villes soient mêlées, qu’une ville ait disparu sans laisser trace qu’elle ait existé, que ses monuments aient été dispersés ; il y a des inscriptions dont l’origine est inconnue. Dans tous ces cas, il était difficile de rester fidèle à l’ordre géographique. On a fait ce qu’on a pu : on a toujours rattaché à leur ville les textes dont des indices sûrs, tels que la tribu ou les magistrats, indiquaient la provenance, sinon on les a rattachés à la cité voisine ou à celle qui les possède actuellement ; en avertissant le lecteur. On a rassemblé dans un chapitre spécial les incertæ du territoire d’une cité (incertæ agri Mediolanensis) ou d’une province (incertæ Daciæ) à la suite des inscriptions de cette ville ou de cette province.
De plus, il y a certaines catégories qu’on n’a pas cru devoir rattacher aux villes. Ce sont, premièrement, les textes archaïques du premier volume, classés d’abord par ordre d’ancienneté en deux parties, avant et après la seconde guerre punique, puis d’après le sujet. On a rangé par provinces les inscriptions des routes, les bornes milliaires, de même que l’instrumentum domesticum. Les objets désignés sous ce nom sont souvent fabriqués au moule à plusieurs exemplaires et le commerce les a transportés loin du lieu de fabrication ; rien ne les rattache donc à l’endroit où le hasard les a fait découvrir. Quelques-uns difficiles à transporter, ou destinés à servir dans la province même, tels que les tegulæ militares, trouvent leur place naturelle à la suite de la province entière, d’autres devraient former des recueils spéciaux, où ils seraient classés par fabriques. Enfin, il y a certains monuments qui ont obtenu une place à part à cause de leur importance, par exemple, celui d’Ancyre, l’édit de Dioclétien.
I. Nomina virorum et mulierum.
II. Cognomina virorum et mulierum.
III. Imperatores et domus eorum.
IV. Reges externi.
V. Consules alii que anni determinationes (en 2 paragraphes) :
VI. Honores alii publici populi Romani (en 4 paragraphes).
VII. Res militaris (en 12 paragraphes).
VIII. Res sacra (en 5 paragraphes).
IX. Populus Romanus, Tribus Romanæ :
X. Provinciæ, civitates, pagi, vici, iugera, similia, Hispaniæ christianæ, ed. m. Hübner, adjecta est tabula geographica, in-4°, Berlin, G. Reimer, 1871, xvi-120 pages, avec une Hispaniæ tabula qua indicantur loci in quibus reperti sunt tituli christiani, et ainsi que pour le Corpus, l’auteur donna un Inscriptionum Hispaniæ christianarum Supplementum, ed. m. Hübner, in-4°, Berlin, 1900, xvi-162 pages. C’est d’après ces ouvrages fondamentaux que nous avons...
XI. Res municipalis (en 6 paragraphes).
XII. Collegia.
XIII. Artes et opificia privata.
étudié l'épigraphie de l'Espagne, dans le Dictionnaire, | Un appendice consacré aux inscriptions moins anciennes s'étend jusqu'au xn° siècle. Les indices du | Supplementum portent sur la totalité des inscriptions contenues dans les deux recueils. Ces indices composés par K. Regling apportent une contribution précieuse à l'archéologie monumentale de l'Espagne, rien ne dispense d'y recourir. Nous nous limiterons ici à attirer l'attention sur l'index VIII : Deus et sancli : Ecclesiæ honores. Designationes piorum. Res sanctæ.
La facilité qu'offre la consultation du recueil de Huebner et la date récente du travail que nous avons consacré à l'épigraphie d'Espagne nous dispensent, croyons-nous, d'entrer dans plus de détails. Voici seulement deux textes récents, trouvés, le premier à Manacor, ile de Majorque (fig. 5893) !, le second à Barcelone *, que le chrisme permet de dater approximativement de la seconde moitié du 1v° siècle :
HIC REQUIESCIT MACNVS PV ER FIDELIS IN PA CE QVI VIXIT ANN Ill Enfin, celle-ci à Mérida, de l’année 518 : : ORBANVS PRS FAMVLVS DI VIXIT ANNOS LXXV MENSES SEX REQVIEVIT IN PACE D SEPTIMO IDVS AVOVSTVS ERA ÀLVI VOLUMEN III. — Inscripliones Asiæ provinciarum Europæ Græcarum Illyrici latinæ, ed. Th. Mommsen. Pars prior : Inscriptiones Egypti el Asiæ. Inscr. prov. Europæ græ car. Inscriptionum Illyrici partes l-V comprehendens, in-folio, Berlin, 1873, xxxiIv-34- 596 p. ; Pars posterior : Inscriptionum Illyrici partes V IVII. Res gestas divi Augusti. Edicium Diocletiani de preliis rerum. Privilegia militum veleranorum que. Instrumenta dacica, comprehendens, p. 587-1197. Les cartes donnent : I. Imperii romani pars græca. II. Dacia. II. Dalmalia. IV : Rælia. Noricum. Pannonia. A. Lilterarum formæ. Ce tome a été plus que doublé par {nseriplionum Orientis et Illyrici latinarum Supplementum, edd. Theod. Mommsen, Ollo Hirschfeld, Alfr. Domaszewski. Pars prior, 1902, p. 1199-2038. Pars posterior, Adjectæ sunt tabulæ geographicæ decem, 1902, P. XLI-LXXXI, 35-48, 2039-2724 ; les cartes donnent : Ia. gyplus. Ib. Syria et Arabiæ pars. IL. Asia Minor. II. Achaia, Epirus, Macedonia. IV. Mæsia el Thracia seplenirionalis, V. Dacia. VI. Dalmalia. VIL Pannonia. VII. Noricum et Rælia. IX, Ilyricum antiquum. Prenez la carte de l’Empire romain, et tirez une ligne partant de la grande Syrte, passant par l’Adriati que et aboutissant à une source du Danube : tout ce qui se trouvera à l'Est est compris dans ce volume. La première partie constitue donc un supplément latin au Corpus de Bæœckh. Auc une partie du Corpus inscriptionum latinarum n’embrasse plus de provin ces et de | vil les — à dire vrai, ce sont des pays entiers. On y | trouve des documents d'une importance exception- | nelle mais les inscriptions chrétiennes y sont dissé- | minées parmi quatre in-folios et il faut quel que courage pour se mettre à leur recherche car Mommsen n’a | pas suivi l'exemple donné par Huebner pour l'Espagne. | Nous allons grouper ici ces inscriptions. GFPTUS, Alexandria, n. 17, 18, 19 (dédica ces), [reprises dans le supplément : 6585, 6586, 6587 ]. ? — épitaphe sur un sarcophage, sans lieu de prove- | nance (tirée des papiers de Fourmont) : | DVYLCISSIMO ef INNOCEN&SS | FILIO TANNONIO QVI VIXIT | D ANN VI M VI d VI TANNONIVS M | Naucralis. Bouchon d’amphore, n. 13585 | |
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
| et route de Palmyre, n. 6717 (milliaires) ; Helio polisi | n. 13608 (mortification) ; Tyr, n. 6037 (dédicace).
| sol 0 m. 46, A Larisse, faubourg au nord du Pénée,. | dans la cour de l’église Saint-Karalampos) :
144244 path ARABIA, — Umm-eél-Djemäl, n. 88 (dédicace) ; n. 141495 (dédicace).
PALÆSTINA. — Gaza, n. 14155 ! (inscription relative à Juvénal ; cf. Dictionn., t. vI, col. 695).
SFRIA.— Berylus,n. 167. (dédicace) ; 6042 (dédicace). — El Bara, n. 188 (sur un pressoir). — Khân-eL alyab, n. 6660 (= 14161) (poésie avec chrisme). — Der esch-schomél, n. 6701 (sur une tombe), Route de Damas à Héliopolis, n. 197 b, 198, 6716 ;
MESOPOTAMIA, — Amida (Diårbekr), n. 213 (= 6730) (dédicace).
CYPRUS. — Chytri (Chytriæs), n. 214 (dédicace) ; 219, Iv Ger]
CILICIA. — Antochig (près HP, n. 6733 (dédicace).
GALATIA. — Aneyra (Angora), n. 247, 6751 (dédica ces) ; n. 276 ; un affranchi de l'empereur à sa femme le bas de la pierre est enterré. g
D.M REPENTINA HOC RS : : 50 TVMVLO REQVI ST. ESCIT AB VMA -SN NIS SOLLICITV BE DINIBVS-EVCHA = RISTVS-AVCG-LIB CONIVGI ET RE pentinus fil. matri | 3
BITHYNIA. — Nicomedia, n. 14188 (enfant tué par le médecin). Voir ce mot. PISIDIA, — Ali Farudin, impériale de l'an 522). - ASIA. — Orcistus (Alekian), n. 352 (= 7000) (rescrit. de Constantin à Ablabius, préfet du prétoire dons Assus (en Mysie), n. 7080 (dédicace). y Ephesus, n. 14195 * (dédicace). de Tral les (en Carie), n. 445 (dédicace). 3 Mylasa (en Carie), n. 448 (= 7151) (lettre de Théodore II et Valentinien III, 425-450), n. 7152. INSULÆ.— Mytilenis, in vico Mesotopo, n. 451. (= 7159) (dédicace), 452 (dédicace, lire la note). h, Amorgos, n. 459 (constitution de l'empereur Julien, cf. Cod. Theod., 1, xvi, 8 ; Cod. Justin., III, ur, 5). Routes publiques,. n. 477, 478, ‘481, 7185-7189. (dédica ces), 7197-7202 (dédica ces), 7207 (dédicace 12268 (dédicace). MACEDONIA CUM THESSALIA. — Larisa, n. 7315, petite stèle de forme ogivale (hauteur de la partie destinée à sortir de terre, 0 m. 42 : largeur au ras du”
n. 13640 (constitution D M S+ SilGnoc HRISTI FL. VÉÉŸEIA ©- MA TRONA + TRIBVNI DOMINA - MANCI E PIORV VIXIT 4 ANnoS XXII : INDOMO DEI KE POSITA + EST Re Diis) m(anibus) s(acrum) sig[no ClJhrisie. FI(avia). V[ell ?]eia matrona tribuni, domina mancipio{r 1 Cf. Delacoulonche, Mémoire sur le berceau de la puis- “sance macédonienne, 1858, p. 202. \ = Lychnidus (Ochrida), n. 7320 (dédicace) ; Dyrra- “chium, n. 628 (dédicace). | … THRACIA. — Consiantinopolis, n. 733 (en mémoire de la défaite des Goths, en 332).
F : REDVCI OB
N. 734-739 : 7404 (dédicace) ; 7404 (épitaphe) ; supérieure, Nori que, Rhétie.) + ECCLESIA[m profegant Pe] TRVS ET P{aulus apostoli] + SANT[i que omnes] … le moins qu'on puisse dire est que cette conjecture - n'est guère acceptable.
© DALMATIA. — Salona, n. 1983, 1984 (dédica ces) ; m 1987 (épitaphe) ; 2632 (amende funéraire) ; 2654 (épiT taphe du diacre FI. Julius) ; 2655 (date consulaire) : | {m 2656 (épitaphe) ; 2657-2671 (épitaphes) : 2672-2674 | … (prières ou citations bibliques) ; 6399-6405 (épitaphes) ; : Mn 5653 (épitaphe) ; 8710 (dédicace) ; 9503-9671 (épi~ taphes) ; 9684-9686, 9693-9694 (épitaphes) : 12858We 12884 (épitaphes) ; 13121-13179 (épitaphes) ; 13891, A 13892, 13961, 13962, 13968 (épitaphes) ; 143031, 14304F 143151 (épitaphes) ; 146631 (épitaphe) ; 146841 (dédi- | Mn cace) ; 14685 (épitaphe) ; 14890-14929 (épitaphes). — F Inter Ragusam et Naronam, n. 14623 (épitaphe). — — Tragurium, n. 2704 (épitaphe). — Apsoris (Ossero), … n., 10146 (dédicace) ; 10184*% (lampes au musée de € Spalato) ; 10193 (glan des).
.PANNONIA INFERIOR. — Sirmium (Mitrovic), - n. 3245 ( ?) ; 10232-10240 (épitaphes) ; Ager Aquin- © censis, n. 3370 (épitaphe) ; 151386 (dédicace) ; Cirpi PE (prope Bogdany), n. 3653, 10596 (dédica ces) ; n. 3705 ~ (milliaire). © PANNONIA SUPERIOR. — Nauportus Vicus (Ober- ~ Laibach), n. 3782-10720 (épitaphe) ; Siscia (Sziszek), [{ n. 3996, 3996 a (épitaphes) ; Pœiovio (Pettau),
© ILLYRICUM. —(Voir ce mot qui comprend : Dacie, - Mœsie supérieure, Dalmatie, Pannonie inférieure et |
4001 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D) 1002
n. 4098 fer volo) ; savaria (Stein am Anger), n. 4217| 4222, 10934.
NORICUM. — Teurnia(S. Peter im Holz), n. 4749 ( ?).
| — Bedaium (Selon), n. 5565 (dédicace). — Fafiana ?
(Mauer), n. 5670 (dédicace).
Le maniement de ce tome mi est des plus compliqués et son exploration demande un peu de bonne volonté ; il faut, en effet, passer à tout instant du Corpus à ses divers suppléments au nombre de six, respectivement dénommés : Additamenta ; Supplementum ; Supplementum additamentorum ; Auctarium ; Additamenta postrema ; Mantissa addendorum.
Au point de l'épigraphie chrétienne, on peut relever les particularités suivantes :
AMEN, n. 6637, 9630 ;
BEN[e]QVIESCE, n. 9607s ;
DEI GRATIA, 9573 :
DEOGRATI[as], 9570 :
DEVS NOSTER PROPITIVS ESTO REIPVBLICAE ROMANAE, 9626 ;
EYMYPI (=ebuoipet) : OYAICAGANATOC, 143151 ;
IN DEO VIVAS, 4220 ;
IN DEO VIVATIS, 4218 ;
ISPES IN DEO, 13585 ;
NOBISCVM Dems, 9577 ;
SINT OCVLI TVI APERTI DIE Afc nocte super do] MYM ISTAM CLEMENTEM, 2674 ;
VIVAS IN DEO, 4190, 601919, 101890, 13585 ! ;
h reoceuyh GouAoc, 6583 ; vase ansé d'où sortent des pampres parmi lesquels des colombes, 3996 ; l puella NONO VIXDVM ANNO NATA, 9610 ;
EXPLETO ANNORVM CIRCVLO QVINTO (âgé de 50 ans), 9527 ;
PVER QVI IN ANN-VII CARVIT MINAS SAECNLI, 2663 :
HIC EGI[{] (vita) COMMODISSIMA ANNIS tof, 9673 :
DIES VENERIS, 9551 ;
SALVTIFER DIES PASCHAE, 9586 ;
| SiC[ut cer]VVS DESIDERAT AD FONTES, ctc., 2673 ;
BAPTISMVS SANCTVS, 9586 ; :
COLONI VEL ADSCRIPTICII ET CVRATORES. 13640 :
| ADMINISTRANTE illo, 9515 ;
1003 [ur]JDENAVIMVS (sepulerum), 9695 ;
EPIC[r]AMMA, 1894 ; |
FATVM COMPLEVIT DVRVS PRO CARITATE CONIVGI ET SORORI, 7584 ;
FISCVS, 9671, 12883 ;
GRATIAS AGENS, 9589 ;
IVS LIBERVRVM HABENS, 755add ;
REA EX IVRE..., 13141 ;
BEfa]TVS, 12865 ; HOMO BONVS, 9414 ;
CARVS SVVS BENE MERITVS VIRGINIVS, 4190 ;
CONIVX PARVORVM MATER...., 9506 ;
KAGAPA, 9579 ; CVNCORDIENS [vixit], 12863 ;
DVLCIS ET LONGI PICNVS AMORIS puella, 9610 ;
FELICISSIMA ET SACMENEVM... CONIVX, 3996a (douteuse) ;
F DELIS, 4219, 4219 bis ; F.. MATER DVLCISSIMA, 4217 ;
CONLACTANEI FIDELES ET INNOCENTES, 4218 ;
KOYPH TTICTH, 9579 ;
INNOCENS, 597, 2663, 4218 ;
PECCATVR ET INDIGNVS PRESBITER, 9527 ;
DECESSIT, 9518, 9632, 13529 ;
OBS(e)S, 9527 ; AVVS, 2657add ;
COLLEGAE, 4222 ;
CONIVX, 7582, 7584, 8752, 9507add CONPAR, 10237 ; PAR, 7594 ;
CONLACTANEI, 4218, INFANS, 9586,
DOMINVS MARITVS, 3996a ;
MATRONA... DOMINA, 7315 ; IVGALIS, 9552 ;
NATVS GERMANO (fils de frère), 9527 :
PRO SPIRITVM, 9532 ;
MEMORIAE, 597, 4222 ; BONAE MEMORIAE, 4217, 4218, 4220, 5972, 9560, 9595, 9605, 9616, 9618, 12876, 12884 ; 13152 ; MNHMHC, 95 22add ;
EXIIT DE CORPORE, 9551 ;
FINE PEREMPTA EST, 9632 ; FINEM NATVRAE COf[mp]LEVIT, 9515 ; FINITA EST, 9621 ; LETVM FERALI [iranstu]LIT HORA ANlf[mas], 9632 ; [i ]V[v]ENEM RAPVIT SORS VLTIMA, 9623 ; PR[imis cito rap]TA SVB ANNIS, 9613 ; PROCOM(m)ODA FVIT SPIR[it]VM Dfeo] RED(d)Efre], 12868, 13529 : 9620 :
HAÏE]C MANSIO SEMPI[ie]RNA, 2669 ; HIC IACET, 9527, 9534, 9584 ; ENQAAE KEITAI, 9505add, 9534 ; HIC POSITVS EST, 4221, 10934 ;
TYRES, 14188 : IN [d]OMO DEI POSITA EST, 7315 ;
HVNC SARTOFAGVM POSITA EST, 9533 ;
HIC QVIESCIT, 2657add, 3551, 5261, 9511, 9517, 9518, 9532, 9543, 9551add ; HIC REQVIESCIT, 26574dd, 9517, 9518, 9543, 10142 ;
REQVIEBIT, 2632 ; QVIESCIT, 10235 ; QVIESCENT, 5972 ; QVIESCENS, REQVIESCIT AB VMANIS SOLLICITVDINIBVS, 276 ; REQVIEM ADCEPIT IN DEO, 10934 ;
TRANSLATIO, 9550 ;
IN PACE, 2632, 2657add, 3197, 5972, 6399, 6447, 7582, 9511, 9517, 9518, 9532, 9543, 9551, 9553, 9578, 10238, 10239, 13149, 13160, 13161, 13173 ;
ESTOTE MEMORES ITERVM E[ZHYSIIS CO[ven]TVRI, 7584 ;
MARTYRIBVS ADSCITA CLVET, 9506 :
MARTYRIBVS SOCIATA, 5972 ;
REQVIEM ADCEPIT IN DEO PATRE NOSTRO ET [CJHRISTO |
ARCA illius QVEM TRADIDIT, 9601 :
HIC ARCAE INEST, 3996 ; ARCELLAM MIHI CONDEDI, 9546 ;
IN [d]OMO DEI, 7315 ;
MEMORIAM FECIT, 10233 ;
MEMORIAM POSVIT, 4217, 10237 ;
HIC POSTVS EST AD MAR- |
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D) 1004
VIRGINEM A SE COMPARATAM CONSTITVERVNT, 13137 :
| SARCOPHAGVS, 9533, 9571, 9585, 9673, 11045, 12849, |
12869, 13136, 14312 ;
| COLLOCAVIT SEPVLCRVM, 3996s ; l % [titulum monumen]T| INSCRIBER[e curaverunt), 9041 | = 12840 ;
TVMVLVS FVNESTVS, 9610 ; ORNAVIT TVMOLVM, 9527 ; SE VIVO POSVIT, 10135 ;
| 9588 ; | ADIVRO PER DEVM ET LECES..., 13124 : p | SANE CON[n]IVRABI[{] A SVPRA BIROINIAM (= virgi- | niam) SVA(m...), 956 9673, 10092, 13162, 13174, 13892, 13896, 13964, 13965 ;
9664, 12842, 12869, 12870, 12872, 13892, 13966, 14308 ;
13124, Vasorum fictilium inscriptiones, editæ ab Aug. Mau. graffites pompéiens qui nous appartiennent, I. n. 679, pl. xvi, n. 8 : audi christianos. Suppl. n. 4976, fig. : Sodoma Gomorrha. tinens, Berlin, donnent regiones IX Liguria el XI Transpadana. faillit parfois perdre courage parmi cette multitude : rarem. Il fut aidé par J.-B. De Rossi, J. Fiorelli, QVI COMMVNIT[er] CONSENTIENTES COMPA[RAJVERVNT, Pars I Tabulæ ceralæ Pompeis repertæ annis 1875 el” | 1877, edilæ a Car. Zangemeister, Berlin, 1898, 3 pl. = | de formes d'amphores, un plan de Pompéi. al Ce volume est entièrement étranger à nos étu des ; « nous avons déjà eu l’occasion d'étudier les deux seuls E VOLUMEN V, — Inscriptiones Galliæ Cisalpine M Pars prior. Inscriptiones | regionis Ilaliæ decimæ conlinens, Berlin, 1872. Pars M posterior. Inseripliones regionum ltaliæ XI et IX con1 1877 ; xx1v,.104%*-1215, Les cartes i : Italiæ regio X, Venetia et Histria ; Ilaliæ Ce volume contient la Gaule Cisalpine, c'est-à-dire M la 10° région ou Vénétie et Histrie, la 11° ou Ligurie, M la 9° ou Transpadane et les deux provin ces des Alpes « = Cottiennes et Maritimes, A la suite viennent les bornes 4 milliaires, et l’instrumentum de toute la Gaule Cisal1 pine. Il y a 8997 textes authentiques et 1121 apo- = cryphes. Cha que province ou chapitre est précédé d’un ` Index auctorum, et le volume s'ouvre par une liste « alphabéti que de tous les auteurs cités, Ils sont très < nombreux, le goût local de l’épigraphie ayant été tou- « jours vivace en Italie depuis la Renaissance, Mommsen « sæpenumero de opere perficiendo in eo fuit ut despe- « C. Promis et par toutes les sociétés et les savants qui, « dans ce pays, s'occupent de l'antiquité classi que. Dans 7 la Préface, Mommsen exprimait le vœu que l'Italie M elle-même continuât cette œuvre. L'Academia dei « Lincei a entendu cet appel et chargé E. Pais de pourà
Amen des funéraires : or 2654, 2666, 2704, 9503add, 4 9508, 9533, 9535, 9557, 9585, 9597, 9661, 9662, 9664, 12870, 12871, 12872, 12882, 12883, ECCLESIAE, 2115(— 8592), 2654, 2666, 2704 (cf. 9706), M 9399, 9508, 9535, 9557 (p. 2140), 9585, 9597, 9661, M 13174, $ | FISCO, 9533, 9622, 9671, 12883 ; FISCO CAESAR fs, 12841. 4 Nous n'avons pas à utiliser pour nos étu des la publi- « cation de E. Desjardins, Desiderata du Corpus inscriptionum latinarum de l'Académie de Berlin, t. m. Notice pouvant servir de 1% supplément. — Le musée épi-
1005 = INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1006
ki E : Suivre le tome v, dont un supplément a paru sous ce EF titre : Corporis Inseriplionum Latinarum supplementa E italica consilio el aucloritale Academiæ regiæ Lyncteone rum edita, Fasc. I addilamenta ad vol. V Galliæ | Cisalpinæ, édit. Hector Pais, Rome, 1884, in-4°, plusieurs sont subdivisés en un grand nombre de numéros secondaires, ce qui est extrêmement agréable “dans l'adoption d'un format différent de celui du Corpus et un troisième dans l'abandon de cette publication supplémentaire remplacée par les Nofizie degli scavi des Lincei, l'Archivio Veneto, les Atti della reale »T Accademia delle scienza di Torino, les Atli della Soc. li archeol. e belle arti di Torini et plusieurs autres périodiques de périodicité spasmodi que ; ainsi on voit “que la continuation du tome v est sinon en bonnes — mains du moins en de nombreuses mains.
Pas plus au tome v* qu'au tome 11°, Mommsen n'a “distingué les inscriptions chrétiennes, il nous faut donc ~ lefaire à sa place.
© HISTRIA. — Fola, n. 305-307 (épitaphes), — Piquen- | on. 5187-5195 (épitaphes et symbo les) ; Ad lacum | » Larium e ! Clisium (lago di Como e di Lugano), n. 5210- | T 5215 (épitaphes), n. 5219, 5229-5241 (épitaphes) ; … 5991-8992 ; Comum (Come), n. 5402-5440 (épitaphes), mn [n. 826-830 Pais]. Inter Comum et lacus Luganensem = el Varesium, n 5454-5455 (épitaphes) ; Corbetta, n.5585 € (épitaphe) ; Ager Mediolanensis (La Brianza et Cantù), n. 5683-5685, 5692 (épitaphes) ; Velate, n. 5720 (épi$ taphe) ; Gropelli, n. 5737 (épitaphe) ; Agrate, n. 5741 | | T (dédicace) ; Novaria (Novare), n. 6562 (épitaphe) ; T entre Novare et Arona, n. 6586, 6589, 6633 (épi© taphes) ; Vercellæ (Verceil), n. 6722-6757 (épitaphes) ; | ~ Bièllæ,n. 6776 a (épitaphe) ; Ivreæ (Ivrée), n. 6812-6818 = (čpitaphes) ; Augusta Pretoria (Aoste), n. 6858-6860 T (épitaphes) ; Taurini (Turin), n. 7136-7141 (épitaphes). T DIGURIA. — Dertona (Tortone), n. 7404-7422 (épi- ~ taphes) ; Aquæ Staliellæ (Ac qui), m. 7928-7931 (épiFr taphes) ; Pagni, n. 7640 (épitaphe) ; Ora Genuas, FA n. 7742 ; Genua (Gênes), n. 7771, 7772 (épitaphes) ; | Albingaunum (Albenga), n. 7792, 7795 (épitaphes).
= Milliaires, n. 8008, 8011, 8014, 8015, 8020, 8024, 8027-8031, 8059, 8066, 8078, 8079. i Voici quelques particularités pour l'épigraphie F chrétienne : ~ ille LEGENTI DIXSIT (et les paro les du con n. 1712, 1305 pages. Ce supplément contient 1323 numéros dont | pour les citations à faire ; une autre agrément consiste |
FELICITER, 6401, 6418 ;
FELIX IN DEO, 1662 ;
QVOD TIBI FIERI NON VIS ALIO NE FECERIS, n. 8738 ;
VIVAS IN CHRISTO, 6211 ;
IN DEO, 811671 ;
IN NOMINE CHRISTI VINCAS SEMPER, 6836 ;
acrostiches, n. 1693, 6723, 6725, 6731 ;
BASILICA VEL ORATORIVM, 3100 ;
CASTRVM, 5418 ;
PAVIMENTVM, 695, 5017 ;
ET SOLE ET LYNA P(e)RIMA, 6244 ;
DIES LVNAE, 5692, 6215, 8203 ; MERCVRI, 1850, 6278 ; IOVIS, 1707, 6243 ; VENERIS, 1620, 1634 ;
DE DATA DEI, 8677 ;
DE DONIS DEI, 1592, 1619, 8724 ;
EPISCOPARE, 7136 ; EPISCOPATVM SEDERE, 3896 ;
GEHENNA, n. 3216 :
HOSTIA DICATA CHRISTI, 8958 ; ANIMA DVLCIS, 7205 ;
IMPIVS, INPIA (une fille morte prématurément), 1686 ; EXITVM FILII DEFLENS, 8722 ;
COMPAR, 914, 1250, 2065, 6465 ; SPONSATA, 1620, 1636 ;
LOCO PEREGRENO DECESSIT, 1676 ; SECVTA PER OMNES PROVINCIAS, 1705 ;
EADEM NOX VNA DEDIT TALAMOSQVE NECEMQVE, 1710 ;
NATVWS (de patre) CREATVS (a matre), 1662 ;
DOMVS AETERNALIS, 6274 : DOMVS PERPETVA, 6256 ;
MENSA, 1685, 4847 ;
TABVLA, 1671, 6203 ;
| TITVLVS, 1638 ; TITVLI MEMORIAQVE, 1666 ;
IN COMMEMORATIONE(m), n. 6220 ;
SANCTA COMENSIS ECCLESIA, 5219, 5231 ;
CIVITAS CONCORDIENSIS, 8740, 8745 ; 'SOLVM CONCORDIENSE, 8749 ;
SANCTA MEDIOLANENSIS ECCLESIA, 5418 ;
ECCLESIA NOVARIENSIS, 6633 ; -
SANCTA ECCLESIA, 8746 ;
Rieverentissimus ?) CLERVS, 8745 ;
LOCVS SANCTORVM, 1698 ;
ACCEPTA AD SPIRITA SANCTA, 1686 :
| QVORVM ISPIRITVS... ACCEPTVS EST, 1720 ;
SPIRITVS QVEM ELEGIT DOMINVS, 1722 ; PERGENS AD IVSTOS ET ELECTOS, 1636 ; | REQVIESCERE IN SINVM ABRAHAM-IACOB ATOVE ISAC, 3216 ;
… SANCTORVM APOSTOLORVM, 1582 ; SANCTA BEATORVM MERITO VICINIA PRAESTAT, 1678 ; MARTYRIS AD FRONTEM RECVBENT, 6240 ; SANCTA MARTYR EVFEMIA, 1600 ; H AFIA
EYDBHMIA, 1615 ;
BEATVS IVLIANVS, 5428 :
SANCTA MARTYR IVSTINA, 3100 ;
BEATI CONFESSORES COMITES MARTYRVM, 6186 ; MARTYRES SANCTI IN MENTE HAVITE MARIA(m), 1636 ;
Ce tome vi ? comprend cinq volumes déjà publiés et les suppléments en composeront certainement un ou deux. Il est, avant tout, l’œuvre de G. Henzen et de J.-B. De Rossi 1, écrit M. J. P. Waltzing dont nous citons la notice. Outre Rome et le Latium, ces deux savants avaient reçu en partage l'Étrurie, l'Ombrie et
1007 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
l'Émilie 1. La tâche leur sembla bientôt trop lourde et | ils détachérent ces trois régions pour les confier à Eug. Bormann qu'ils s'étaient associé en 1866. Ils se réservèérent le VIe volume, qui devait comprendre tout le vieux Latium : en effet, beaucoup de monuments du Latium sont mélés à ceux de Rome, et ils paraissaient avoir avec eux une grande ressemblance. On s'aperçut bientôt qu'il y avait, au contraire, de gran des différen ces : les inscriptions sacrées de Tibur et du Préneste 2, les sépulera les d’Ostie, les municipa les surtout ne pouvaient être confondues avec cel les de Rome. D'autre part, la masse des inscriptions de la Ville Éternelle allait toujours croissant, depuis 1871 notamment, par suite des transformations que subit la nouvelle capitale de l'Italie : des rues furent ouvertes, des déblais et des fouil les systématiques furent opérés au Forum et de tous côtés, et la moisson épigraphi que fut très abondante #. A Ostie et dans tout le vieux Latium, le nombre des inscriptions s'accroissait également sans cesse. Enfin J.-B. De Rossi ne put aider son collègue jusqu'au bout, il ne s'occupa que de recueillir les textes. A cet effet, il dépouilla les bibliothèques, lut les manuscrits et copia une foule de monuments. Puis, absorbé par ses admirab les trav aux sur les cimetières romains et par son Recueil des Inscriptiones christianæ urbis Romæ, il remit ses notes à Hengen, lui laissant le soin de classer et de constituer les textes. sentant que ses for ces ne suffisaient pas, G. Henzen publia, en 1876, le premier tome des inscriptions païennes de Rome et de l’ager suburbanus, sous cel les du Latium. Tout ce qui provient d'au delà du Tibre, excepté du Janicule, fut attribué à l'Étrurie, Quant au vieux Latium, Henzen en fit charger, en 1878, un je une élève de Gust. Wilmanns, Hermann Dessau, qui apportait à ce travaik plus de loisirs et toute l'ardeur de la jeunesse. Dans la partie encore fort étendue, qui lui restait, il fut constamment aidé, depuis 1866, par Eug. Bormann, qui copia les inscriptions et revit les épreuves, par Th. Mommsen, toujours consulté sur les difficultés, par une foule de jeunes Allemands qui étudiaient la philologie à Rome : Em. Huebner, D. Detlefsen, À. Kiessling, H. Nissen, K. Zangemeister, | O. Hirschfeld, et par beaucoup d'autres, Italiens et | AHcmands, auxquels il exprime sa reconnaissance dans sa Préface.
Les inscriptions de Rome furent divisées par ordre des matières, parce qu'il était impossible de fixer le lieu où la plupart avaient été trouvées. Il fallut donc, avant de commencer la publication, les réunir et les classer toutes. Les monuments chrétiens étaient réservés au Recueil de J.-B. De Rossi, néanmoins un certain nombre trouvèrent place dans ce tome vre, nous les indiquerons plus loin.
Le volume I s'ouvre par une liste des auteurs princip aux ; la publication de quelques sylloges : Einsiedeln, Cola di Rienzo, Dondi, Pogge s'y trouvent intercals. Cette liste des auteurs forme, à elle seule, une sorte de petit dictionnaire biographi que des épigra- | phistes. Il y aura là la base d'un travail à développer. travail dans lequel entreraient toutes les noti ces similaires dispersées dans les différents volumes du Corpus.
Voici le plan qu'on a suivi. Dans le tome 12° ; 19 Les Inscripliones sacræ rangées par ordre alphabéti que des | divinités auxquel les el les se rapportent (n. 1-871)# ; 2° Les inscriptiones Augustorum domus que Auqustæ, c'est-à-dire des empereurs et des membres de leurs. depuis les sacerdo ces les plus élevés jusqu'aux escl ;
| dirib. voluptatum), 8857 ffelis pedatura Susti), 8984 4 (épitaphe), 8987 (vestitor), 9032 fex rationalibus), | rius), 9257 f{circitor), 9259 (elavarius), 9272 (cocus), | n. 177) ; en 647, album d'un sodalicium dii Silvani, famil les ; ici, l'on a suivi l'ordre chronologi que des règnes, sauf les fermini pomerii, les termini rip Tiberis, les inscriptions des aqueducs 5 et les term inter privatum et publicum auxquels on a consacré paragraphes spéci aux (n, 872-1268) ; 3° Les insc tions des magistrats du peuple romain et de leurs appa riteurs (n. 1269-1975) ; 49 Les fastes, actes et au inscriptions des sacerdotes publici Populi rom qui les servaient. Il faut signaler surtout les Acia collegii fratrum Arvalium (n. 1976-2374) ; 5° Listes et autres inscriptions de soldats (latercula et tituli militum, n. 2375-3670). Durant l'impression, 255 textes nouve aux furent découverts et ajoutés en appen dans le même ordre (n. 3671-3925). B :
Voir n. 497-504 (tauroboles au rv° siècle) ; 1 1132-1200 (de Constantin à Phocas) ; 1651-1796 (magistrats après Dioclétien). Er Le volume II n’a pas une importance moins grande. Il comprend : 6° Inscriptions d'une quarantaine de columbaria ou monuments funéraires, bâtis par les riches maisons pour leur domesticité ; la plupart ont été exhumées dans notre siècle (n. 3926-8397) ; 7° Inscriptions du personnel de la maison impériale (officia Augustorum, n. 8398-9101) et des maisons privées (officiales hominum privatorum, n. 9102-10043). À ce chapitre sont ajoutés ceux ayant rapport aux jeux : cochers, histrions, gladiateurs, n. 10044-10228 ; 89. Inscriptions relatives aux tribus et aux distributions de blé (n. 10210-10228). Les inscriptions générales non comprises dans ce qui précède : d’abord, le testament de Dasumius en 10% (n. 10229), et d'autres actes de ce genre (ad sepultura pertinentia, n. 10229-10250) ; puis les inscriptions relatives aux associations funéraires (collegia funeraticia, n. 10251-10423) ; enfin l'immense multitude des épitaphes, qu'on a rangées par ordre alphabétique des noms propres, afin de faciliter les recherches (n. 10424-15126).
Dans ce volume notre moisson d'inscriptions chrétiennes est assez abondante : n. 8401 (notarius), 8405 (fumerarius vicariæ sedis), 8407 (inl. patre. sedis), 8459 (monetarius), 8460 (primicerius cenariorum), 8498 (fa cubiculo Augustorum), 8546 (præpositus vestis albæ triumphalis), 8556 (vestiarius), 8568 (vestitor imperatoris), 8565 (ex trib. volup.), 8566 (fef Commentarii di Fronte intorno le acquedotti di Roma, in-4°, Roma, 1880. d' Inscriptions particulières autres | « 9766 (pastallarius), 9791 (pictor), 9811 (pistor), 9825 (popinarius), 9826 (folographes propinæ), 9858 (rhetor), 9893 (folosericus), 9898 (spatarius), 9917 (tabellarius), 9919 (tabernarius), 9920 (tabernarii), 9927 (fartifex arlis lesselarie lusorie), 9936 (ftinclor), 9942 (ftonsor), 9994 (fuirgarius), 10012 (f magister), 10013 (fpatronus).
Le volume III continue les inscriptions sépulcrales jusqu‘à la lettre F et arrive au numéro 24320 ; son contenu est entièrement païen (n. 15127-24320).
Le volume IV donne la fin des épitaphes païennes, de P à Z (n. 24321-29680). 9° Inscriptiones varii argumenti fragmenta. a) municipales (n. 29681-29755) ; b) concernant le judaïsme (n. 29756-29763) ; c) inscriptions (n. 29764-29793) ; d) inscriptions sur des ouvrages d'art (n. 29794-29842) ; e) inscriptions sur des plans (n. 29844-29847 a) ; f) acclamations et sentences non sépulcrales (n. 29848-29851 b) ; g) aux dieux mânes (n. 29852-29881) ; h) inscriptions funéraires anonymes (n. 29882-29894) ; 29896) ; j) droit sépulcral (n. 29897-29941) ; k) acclamations et sentences funéraires (n. 29942-29955) ; l) édifices funéraires (n. 29956-29987) ; m) limites de propriétés (n. 29988-30100) ; n) poèmes funéraires (n. 30681).
Le volume V est réservé aux 3643 inscriptions fausses attribuées à Rome. On y trouve à part celles de Pirro Ligorio ; 29 de Panvini, 74 de Boissard, 95 de Gutenstein, 35 de Grata, 55 de Galetti.
Le volume VI est intitulé : Inscriptiones urbis Romæ Additamenta collegit et edidit Christianus Huelsen, Berlin, 1902, p. v-vi préface ; p. vii-xii table générale du volume. On reprend chaque catégorie du volume I au vol. IV, et Sacræ (n. 30682-31187) ; Augusti et domus augusta (n. 31188-31536) ; Termini pomerii (n. 31537-31539) ; Termini riparum Tiberis (n. 31540-31557 a, b) ; Aquæductus (n. 31558 a-31571) ; Termini inter privatum et publicum + Sacerdotes (n. 32318-32480) ; Fastes Juliens (n. 32481-36602, allant de A à Z) ; Fragments (n. 36603-36745).
Dans ce volume l'épigraphie chrétienne trouve à n. 31390-31401 (empereurs), n. 31679-31681, n. 33711 (præfectianus) : 33712 (fpræfectianus) ; 33713 (primi scrinius) ; 33715 (arcarius) ; 33716 (decurialis) ; 33718 (fiscalis) ; 33719 (fprimicerius) ; 33720 (primicerius) ; 33721 (fseriba senatus) ; 33723 (ftribunus j ; dige) ; 33930 (% élève). Avec ce volume VI s'arrête pour le moment le
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
tome VI. Pour se mettre au courant des découvertes que des épitaphes antiques colligere cæpit J.-B. De Rossi, complevil edidit que Angelus Silvagni, t 1, i) épitaphes de chiens (n. 29895-1010) nouvel les qui sont presque journalières, il faut consulter le Bullettino della commissione archeologica municipale (ensuite communale) fondé en 1872, pour enregistrer spécialement toutes les trouvailles faites à Rome même, tandis que les Notizie degli scavi di antichità communicate alla r. Accad, dei Lincei publient les résultats des fouilles dans toute l'Italie. En ce qui concerne particulièrement l'épigraphie chrétienne, on peut avoir tout ce qui a été trouvé dans le Bullettino di archeologia cristiana, 1863 à 1895, et le Nuovo bullettino, 1895-1923. Depuis peu de temps on a vu paraître le recueil suivant qui forme le complément Inscriptiones christianæ urbis Romæ septimo sæculo antiquiores, Romæ, 1922, grand in-4° de LXIV-516 p.
L'éditeur a suivi l'ordre topographique, il commence la publication par les inscriptions de provenance incertaine, et les ont fourni la matière. L'ordre topographique est adopté même pour les textes d'origine inconnue. Pour toutes les inscriptions existant (ou ayant existé) dans telle ou telle Église de Rome, musée ou collection, c'est à cet emplacement qu'on le trouvera dans le recueil. Presque tous les textes accessibles ont été revus, relus et remesurés par M. Silvagni. La bibliographie accompagne chaque inscription.
VOLUMEN VII, — Inscriptiones Britanniæ latinæ, ed. m. Huebner, adjectæ sunt tabulæ geographica, Berlin, 1873, xm, 3*-345 p., contenant 1338 numéros ; il est vrai qu'à partir du n. 1330 certains numéros sont subdivisés, par exemple le n. 1336 qui contient à lui seul 1410 numéros. La publication s'ouvre par une
On ne commença que vers la fin du xvi siècle à recueillir les inscriptions de l'Angleterre ; la plupart de celles qui sont insérées dans ce volume ont même été trouvées au xvii et au xix siècle. Les trouvailles étaient plus rares qu'ailleurs parce que les villes avaient été moins nombreuses et moins florissantes dans cette province toujours agitée par les révoltes ; aussi attirèrent-elles peu l'attention des savants. Cependant ceux qui s'en occupèrent le firent avec soin : citons seulement G. Camden (1552-1623), J. Horsley (1685-1731), et, au xix siècle, J. Hodgson, Th. Wright, L. R. Smith, J. Bruce. De plus, toutes les inscriptions ont été imprimées et tous les monuments ont été conservés ; les faussaires sont presque inconnus. C. T. Newton, conservateur du Musée britannique, inséra 160 textes choisis dans les Monumenta historica britannica, London, 1848. Noël des Vergers avait entrepris, en 1850, de réunir toutes les inscriptions du Royaume-Uni, mais il ne donna pas suite à son projet. L'Académie de Berlin avait l'intention de les joindre à celles de la Gaule et de la Germanie, mais pour ne pas les faire attendre trop longtemps, elle chargea Em. Huebner de les publier à part. Celui-ci a adopté la division suivante : d'abord les inscriptions de Bretagne, puis celles du vallum Hadriani, enfin celles de la Calédonie et du vallum Pii. Elles prouvent 1011 authentiques et deux faux.
Dans l'Ephemeris epigraphica, t. VII, 1890, p. 273-354, n. 812-1189, F. Haverfield a donné des Additamenta quarta ad Corporis vol. VIIum,
De même que pour l'Espagne, Huebner a consacré une publication distincte aux inscriptions chrétiennes de la Bretagne majeure : Inscriptiones Britannicæ christianæ, ed. m. Huebner, adjectæ sunt tabulæ geographica duæ, in-4°, Berlin, 1877, t. xxiv-5*, 101 p. Les cartes donnent : I. Britannia cum indicatione locorum
La préface écrite par E. Huebner pour le recueil d'Inscriptiones christianæ conserve, après un demi-siècle, un solide mérite, c'est un résumé concis et exact du sujet, assez mince d'ailleurs. Si on y ajoute les tables on ne pourra que s'étonner de l'indifférence générale des érudits anglais pour l'antiquité chrétienne.
Le nord de l'Afrique a produit plus de monuments épigraphiques que toute autre province de l'Empire, un trésor incomparable à un peuple disparu depuis des siècles, si le climat nous l'a merveilleusement conservé, notre reconnaissance pour la trouvaille, la possession et l'utilisation de ce trésor doit s'adresser principalement à tous ceux qui, au lendemain de la conquête d’Alger, entreprirent l'exploration scientifique et monumentale de notre colonie africaine : officiers, particuliers,
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
l'Afrique du Nord, son explorateur infatigable et son historien : S. Gsell. L'abondance, la diversité et les difficultés de ces textes qui dépassent aujourd’hui le nombre de 25 000 ont créé une école, en sorte qu'on a eu raison de dire que « l'Algérie a formé nos épigraphistes comme nos générations ». La masse imposante des trois in-folio du tome IV du Corpus ne dispense pas de recourir aux recueils où parurent pour la première fois ces inscriptions, et il est permis de dire qu'on ne le fait pas sans peine : Bulletin de l’Académie d'Hippone ; Bulletin de correspondance africaine ; Bulletin trimestriel des antiquités africaines ; Bulletin de géographie et d'archéologie d'Oran ; Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques ; Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France ; Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions ; Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'École française de Rome ; Recueil des Notes et Mémoires de la Société archéologique de Constantine ; Revue africaine ; Revue archéologique ; Revue épigraphique sans parler des Annales des Missions scientifiques, c'est dans plusieurs centaines de volumes que sont dispersés les doctes commentaires ou les indications topographiques indispensables, en sorte que si l'admiration et la reconnaissance ne l'emportaient par-dessus tout, on serait tenté de croire à une mystification de la part de ces laborieux et de ces savants. L'ardeur que les uns et les autres ont apportée à découvrir, à estamper, à mettre à l'abri les textes épigraphiques, — on sait que Léon Renier fut un jour dérangé d'une transcription par l'arrivée d'un lion, — égale l’ingéniosité et le désintéressement dont ils firent preuve pour conserver les monuments ou pour contrer l'ineptie des colons et l'hostilité de l’administration française. Si quelque chose subsiste de Timgad et de Tébessa c'est que l’avidité des entrepreneurs et la jalousie des fonctionnaires ont été contenues et déjouées à temps, mais le camp de Lambèse, tel qu'il fut découvert en 1844 par nos éclaireurs d'avant-garde, cette ville militaire romaine à laquelle rien au monde ne pouvait être comparé, cette évocation d’un passé de dix-huit siècles n'est plus qu’une ruine comme on peut s'en convaincre en comparant l'état actuel avec les dessins et croquis de l’époque de Louis-Philippe. Sur les 4417 inscriptions vues et touchées par Léon Renier il en reste à peine la moitié. Dès 1852, Berbrugger, au retour d'une excursion à Bougie, signalait la destruction des pierres vues par le commandant Delamare : « le mur de l'arsenal ayant été démoli, ces monuments ont été brisés et employés ailleurs comme »
En 1878, Poulle accuse « le vandalisme des entrepreneurs de travaux publics, ces implacables destructeurs dont nous désespérons d'avoir jamais raison ». Mommsen, Wilmanns, J. Schmidt ne se plaignaient pas avec moins de véhémence : per totam Algeriam magistralus incolas que exceptis viris paucis monumentorum antiquorum curam omnem abjecisse, quin sæpissime industria ea pessumdare.
Les volumes du Corpus donnent plusieurs cartes, t. r, tab. 1. Provinciæ Africæ pars meridionalis (ce sont « les deux Syrtes), Ager Capsitanus et Tacapitanus ; tab. n : Provincia Africo ; tab. n1 : Mauretania, Mauretaniæ Tingitanæ pars in qua tituli latini extant ; Agen Siti fitanus.
Nous avons raconté plus haut comment Mommsen | avait invité L. Renier à publier une seconde édition | des Inscriptions romaines d'Algérie, revue, complétée correspondance africaine, 1883, Avant-propos. — Corp : inser. lat., t. VII, p. XXXI-XXXI ; Ephemeris epigraphica, | E et adaptée au Corpus !, La guerre de 1870 survint, E rendant une collaboration malaisée et, entre deux … hommes du caractère de L. Renier et Th. Mommsen, absolument impossible. Mommsen s'était permis à …_ l'égard de la France des brutalités de langage intolérales 2 ; ce fut donc la rupture. Deux ans avant qu'elle » ne fût consommée et que L. Renier n'eût été délié par elle de tout engagement, l'Académie de Berlin avait i confié l'Afrique proconsulaire (Tunisie) à Gustave = Wilmanns, l'un des élèves les plus distingués de Mommsen ; en 1873, celui-ci lui abandonna la Numidie et la Maurétanie (Algérie et Maroc). De sorte que le t. vin tout entier fut confié à Wilmanns. Né à Jüterbogk, ~ dans le Brandebourg, en 1845, il n'avait que vingt- - six ans quand l'Académie le choisit comme collaborateur ; d’ailleurs il avait fait ses preuves à Rome où - Henzen l'avait employé à recueillir les inscriptions du - tome vI. Professeur d'histoire à Dorpat en 1869, transféré à Strasbourg en 1872, il se fit connaître en 1874 « par ses deux volumes d'Exempla inscriptionum latinarum usum academicum et en 1877 par son Die römische Lagerstadt Afrikas. Entre temps de 1873 à … 1876, il se rendit à Paris, puis il parcourut la Tunisie ainsi que l'Algérie. Dès la fin de 1874, sa copie put. être envoyée à l'impression. De vives souffrances ne le ~ détournaient même pas de la correction des épreuves quand il mourut à Bade le 6 mars 1878, âgé de trente-trois ans ?.
T plenam et utilem, civis egregius, magister gnarus, amicis ~ el discipulis carus.
Mulli Wilmansium fleverunt = immalure litteris el necessariis ereptum magnam que » cum eo neé que unius nominis spem sepelivimus. Et » gius perirent.
Mommsen ajoutait à cet éloge : Infelicis juvenis tristem hereditatem ego senex adii curavi que ne cum ipso labores Wilmanns avait achevé et imprimé grâce aussi à l'obligeance de = Ch. Tissot, qui lui communiqua spontanément les © inscriptions inédites recueillies en Tunisie, Mommsen
GE A
put faire paraître le tome vin en 1881.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
nouvel les. De son côté, le gouvernement français, sur | la recommandation de Léon Renier avait déjà confié | 1014 archéologiques en Tunisie s contenant 95 nouvel les inscriptions.
Nous avons donné ci-dessus le titre complet du Supplementum dû à J. Schmidt, R. Cagnat et H. Dessau ; il n'est malheureusement pas accompagné de tab les. A leur défaut, nous allons donc récolter les inscriptions chrétiennes disséminées parmi ces trois volumes et réunir quelquës-unes des formu les les plus uti les à connaître pour nos étu des. Il va sans dire que nous n’empiétons pas sur les publications périodiques.
Edm. Le Blant a justement fait observer combien la méthode adoptée par Em. Huebner pour l'Espagne et l'Angleterre offre d'avantages, cependant il dit « apprécier fort » la réunion des marbres des deux cultes dans un même volume, car elle montre, selon lui, combien était large et profonde la séparation apportée par le christianisme entre des hommes vivant au même pays, sous un même sceptre et, matériellement du moins, de la même vie.
TRIPOLITAN A. — Leptis Magna (Lebda), n. 12 (dédicace) ; Gigthi (Henchir Djorf bu Grara), n. 27 (dédicace), 11024 (= 10489) (dédicace) : Insula Meninx, ensuite Girba (Djerba), n. 11064 (épitaphe). |
| (dédicace), 12130 (épitaphe) ; (Henchir Sidi Amara), n. 12196-12200 (épitaphes) ; n. 748, 749 (épitaphes). PROCONSULARIS, — Apisa Maius (Henchir Aïn Tarfesch-Schma), n. 779-782 (dédica ces), 791 (épiEl Chima (El Khimah), | taphes) ; Avitta Bibba (Henchir Bu Ftis), n., 12272 (dédicace) ; Turca (Henchir Buscha), n. 839 (seuil d'église) ; Giufi (Henchir Mscherga), n. 870 (épitaphe) ; Aguæductus Carthaginensis, n. 10522 ( ?) ; Neferis (Henchir Bu Beker), n. 12410 (épitaphe), n. 12411 | en Tunisie. Rapports I, II, III, dans Archives des Missions 1015 {symbole} ; (Sliman), n. 943 ; cf. 984 et p. 928 (épitaphe) ; | (Belad-Belli), n. 957 (épitaphe) ; Clupea (Kelibia), | n. 983, 984 (épitaphes) ; Municip. Mizigilanum (Duëa), n. 992 (ex-voto) ; Naro (Hamman-el-Lif), n. 12457 synagogue) ; Carthago (Carthage et sa banlieue), n. 1083-1104, 1113 (épitaphe), 1106 (formule) ; 10529 (dédicace), 10540-10548 (épitaphes), 10549 10550 (formu les) ; p. 1347, n. 13393-14269 (épitaphes) ; Tunes (Tunis), n. 1138 (catalogue de fidè les), 1167, 1169, 1169 a (épitaphes) ; Utika (Henchir bu Schater), n. 1202, 14326-14329 (épitaphes) ; (Henchir Tût elKaya), n. 14346 (dédicace) ; Aulo des (Henchir Sidi Reiss), n. 14355 (dédicace) ; Vaga (Bedja), n. 1246, 1247 (épitaphes) ; 14398, 14399 (dédica ces), 14424 (épitaphe) ; (Henchir-el-Fauar), 14436 (dédicace) ; Bulla regia (Bordj Eheläl)}, n. 1259 (dédicace), n. 14544 (symbole) ; Simitthus (Henchir Schemtu), n. 14600 (officine), 14681 (symbole) ; (Ghardimau), 14728 (dédicace) ; 14746 (symbole) ; Furni (Henchir el-Msa’adin), n. 10609 (dédicace) (= 14752) ; Vallis (Henchir Sidi Médian), n. 14790 (épitaphe) ; Tichilla : (Testur), n. 1389 1393 (épitaphes), 14902 (ex-voto) ; Thignica (Henchir Aïn Tunga), n. 1408, 1409 (dédica ces), 1524315245 (épitaphes) ; Thibursicum Bure (Tebursuk}), 1432 (dédicace), 1454 (dédicace) ; Municip. Numiulitanum (Henchir-el-Maatria),n. 14519 (symbole) ; (Henchir Kramet), n. 15639-15641 (épitaphes) ; Sicca Veneria (el Kef), n. 1767 (symbole), 1768-1769 (épitaphes), 16250-16256 (épitaphes) ; Locorum incertorum regionis Siccensis, n. 16281 (épitaphe) ; Regio Sra Wartan, n. 16351 (épitaphe) ; Obba (Ebba), n. 16396 (catalogue de noms) ; (Henchir Bu Auya), n. 16400 (dédicace) : Althiburus (Henchir Medeïna), n. 16485 (symbole) ; (Henchir Sidi Ali ben Amar), 16488 (symbole) ; Theveste (Tébessa), n. 16655-16666 (épitaphes et symbo les) ; Henchir Abdallah, n. 16720 (formule) ; (Henchir el Kour), 16738, 16739 (épitaphes) ; Aguæ Cæsaris (Youks), n. 16743 (ex-voto) ; Tinfadi (Henchir Metki des), n. 16755-16757 (épitaphes) ; (K’siba M'rau), n. 16805-16806 (épitaphes) ; (Henchir Mabrouk), n. 16838 (épitaphe) (SidiYusef), n. 16839-16842 (épitaphes) ; Madaura (Mdaourouch), n. 16907, 16908 (épitaphes) ; (Henchir m'ta Steha), n. 17265 (linteau) ; Thabraca (Tabarka), n. 17384-17391 (épitaphs) ; Hippo Diarhytus, n. 17412 (dis que de Geilamir),
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D) :
| insérée au Corpus : « Un pilastre employé par un indi1016. calcaire de 1 m. 62 de haut sur 0 m, 35 de large trouvée : à Henchir Hamman ou Fontaine Chaude, près de Khenschela, nous ne pouvons que transcrire la notice gène à la construction d'une chapelle au beau milieu de la forêt et dans le périmètre de la ferme Burgay, « située à 500 mètres au-dessus du Hamman. La seule face qui se voit est celle qui est sculptée ; les côtés pris M dans le mur doivent sans doute porter une inscription, « mais il est impossible de s'en rendre compte, Le pilier ` représente tout à la fois les symbo les du Sauveur ( ?}), « de l'Église ( ?), de l'Eucharistie ( ?), de la divinité de … Jésus-Christ ( ?), de la victoire et de la récompense “ promise à ceux qui persévèrent dans la foi, c'est-à-dire ! une tige d'oigne (sic, lire de vigne) chargée de grappes « et de feuil les, s'élançant d'une coupe évasée et sur- « montée du monogramme constantinien accosté de l'alpha et de l’oméga et circonscrit dans une couronne., » À. Papier, Comptes rendus de l’ Acad. d'Hip- « pone, 1888, p. L ; Bagai (Ksar Bagai), n. 2292 (acclam. « catholi que), 17732 (acclam. donatiste) ; (Ksar-el- « Hamar), n. 2295 ( ?) ; (Henchir bel Grûn), n. 2294 (7) ; « (Ain Beida), n. 2305 (épitaphe) ; (Henchir Sefel Dellaa), « n. 2308 (acclam. donatiste, p. 950) ; Cédia (Henchir Argub el Mektalia), n. 2309 (épitaphe), p.950, n. 17759 ; ` (Henchir Zirara), n. 17746 (dédicace), 17747 (sym bole) ; (Henchir Scheragrag), n. 17753 (épitaphe) ; « (Henchir-el-Bey), n. 17758 (dédicace) ; (Henchir Aïn M Mtirschu), n. 17767 (épitaphe : … qui et indi que le nom. de baptême) ; 17768 (acclam. donatiste) ; (Henchir-el-. Hachani), n. 2315, 17782 (symbole) ; (Henchir Aïn Sfar), n. 17801 (cancel) ; (Ksar-el-Kebb)}, n. 2311, p. 951 M (église) : 10736 (dédicace) : (Henchir Gessès), n. 2334, p. 951 (linteau) ; (Chemorra}, n. 2535 (dédicace) ; Tha4 mugadi (Timgad), n. 2386-2389 (dédica ces), 17896 ; T (Djebel Aurès, dans une grotte du Djebel Cheliahj, u n. 2447, 2448 ; Bescera (Biskra), n. 18002 (symbole, | formule ?) ; Aquæ Herculis (Henchir Sidi-el-Hadj), M | n. 2492 (symbole) ; (entre El Kantara et Henchir i f f iB $ k $ lé 1017 Eéohe), 20299-20314 (épitaphes) ; Horrea (Aïn Zada), … 8427 (formule), 8429 et p. 970 (dédicace) ; (Aïn Turk, » 10905 (formule) ; Sitifis (Sétif), n. 8630-8632 (memo3 ri aux), 8633-8659 (épigraphes), 20410-20416 (épiT taphes) ; (Kherbet Madjuba), n. 10926 ( ?), 10927= 10933 (épitaphes) ; Castellum Dianense (Aïn Mallul), ~ m. 8706-8709, 24489 (épitaphes) ; (Bir Haddara), … n. £712 (dédicace), 8730, 20490, 8731 et p. 973 (épi- - taphe) ; Novar (Beni Fuda), n. 20471-20483 (épitaphes = ẹt formu les) : (Kherbet Fraïm), n. 8757 (formule), » 20526 (symbole) ; (Kherbet el Kebira), n. 8766-8771 a » (épitaphes) ; Cellæ (Kjerbet Zerga), n. 10937 (dédi » cace) ; Zabi (Berchilga), n. 8805 (dédicace) ; Lemellef - (Kherbet Zembia), n. 8809, 20607 (dédicace) ; (Bou ~ Taleb), n. 20566 (dédicace) ; (Aïn-el-Ksar), n. 20572, AE (mensæ}) ; Thamalla (Tocqueville), n. 20589, - 20590 (mensæ) ; (Tixter), n. 20600 (mensa) ; Sertei … (Kherbet Guidra}, n. 20643, 20644 (épitaphes) ; (Tassamert), n. 20647 (dédicace) ; Saldæ (Bougie), n. 8932, 20683 (dédica ces).
MAURETANIA CÆSARIENSIS, —* Auria (Aumalc), | T n. 9162, p. 974 (épitaphe, voir Dictionn. au mot = Auzia) ; Rusguniæ (Matifou), 9248 (épitaphe), 9255 | tn (entre Alger, Blidah et Tipasa), n. 9271 « Novum (Duperré), n. 21496 (mensa) ; Tigava (elKherba), n. 10947 (= 21498) (formule) ; Cartenna {Tenès} n. 9691-9693 (épitaphes) ; Orléansville, n. 9708-9718, 21519 (dédicace, formule et épitaphes) ; Renault, n. 21517 (mémorial) ; (Aïn Aneb), n. 21530 {épitaphes) ; (Ammi Mûsa), n » 21533 (formule) ; (Perrég aux), n. 21539, 21540 (épitaphes) ; (Tiaret), n. 97319735, 21543, 21544, 21549, 21550 (épitaphes) ; Aquæ Sirenses (S. Dênis du Sig), n. 9746-9752 (épitaphes) ; | — Tingi (Tanger),
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1015 p. 2277, n. 8-14 ; poids, p. 2278, n. 7, 7a, 19 ; patères ou vases en argent, p. 2283, n. 22657 ; anne aux, p. 2284-2285. -Parmi les locutions les plus remarquab les, nous citerons :
A DEO DATVR BICTORIA, n. 7933 ;
AMEN, 5492, 8630 ;
BENE SIT CIVI BENE SIT PEREGRINO, 9593 ;
CHRISTE TE TVA... 2519 ;
CYR HOMO MIRARIS ? DEO IVBANTE MELIORA VIDEVIS, 222Cadd :
DEO CRATIAS, 2292 ;.
DEO LAVDES, 2046, 2223 ; DEO LAVDES AGAMVS, 230Eadd : DEO LAVDES DICAMVS, 10694 ;
| DEVS NOBISCVM, 2448 ;
DEVS REFRIGERET, 8191 ;
DOMINE IVBA NOS, 8825 ;
DOMINE PROTEGE NOMEN CLORIOSVM, 4787 ;
DOMINE RESPICE ME, DOMINE DA MIHI LVNAM BONAM, 10905 ;
DOMINE SALVOS FAC, 4488 ;
DOMINIS HVIVS PREDI SEMPER FABEAS, 10713 ;
FAVENTE DEO... 2335add ;
FIDE IN DEVM ET AMBVLA, 2218 ;
GLORIA IN EXCELSIS DEO ET IN TERRA PAX, 462 add, 706, 10549, 10642, 11644, 16720 ;
| HIC EXAVDIETVR OMNIS QVI INVOCAT NOMEN DEI OMN :
POTENTIS, 222Uadd ;
HIC PAX AETERNA MORETVR, 10947 ;
IN CHRISTO FLOREAT, 10701 ;
IN DEO VIVAS, 44783, 9708, 10475%, 10711 ;. DEQ, 1015add, 104854, 10550 ;
IN DEO BIBAT, 8645 ; VIVAT DEO, 8769 :
IN HOC SIGNVM SEMPER VINCES, 1767 ;
IN NOMINE CHRISTI D. D. (et SADVATORIS NOSTRI,8420c« :
VIVAS IN
NOSTRI. 10787 ;
IN NOMINE DOMINI SALVATORIS, 9703 ;
IN NOMINE PATRIS DOMINI DEI, 2309add ;
INVIDE IN FACIEM, 8188 ;
IN DEO SPERABO NON TIMEBO QVID MIHI FACIAT HOMI. 18742 ;
PAX DEI PATRIS, 1214 ;
PAX INTRAN[ :i istam] IAN[uam, pax el remejanti, 927 ; :
OVIN DEO CONFIDIT SEMPER VIVET, 1247 ;
SEMPER PAX, 9712 ;
SEMPER APVD CHRISTVM, 8427add ;
SPES IN DEO, 253, 5265 ;
SPES IN DEO ET CHRISTO [eius], 2218 ;
SPES IN ME, 2215 ;
VTERE IN CHRISTO, 10928 ;
BASILICA, 9255, 9708 ;
CELLA ad aream sepulchri, 9585 :
| DOMVS DEI, 2389, 4792, 10642 ; DOMVS DEI NOS[{ri Chri : t | HEC AVITATIO SPIRITVS SANCTI PARACLETI, 2220cdu :
DOMVS DEI PARATA ET IN CHRISTO COMPARATA, 8275 cdd : Diomus) DEI ET CHRISTI, 992 ; [domus] DEI ED BEA'/ l, DOMVS ORATIONIS, 8429add :
FABRICA CATHOLICARVM ECCLESIARVM, 231 1add :
PORTA ECCLESIE PATENS PEREGRINIS ET Plauperib « |, 839 ;
SABBATA, 2013 ;
| DIES DOM(N(ica), 8630 ;
MEMORIAE, 8643, 8646, MEMORIAM, 9586 ;
| BONAE MEMORIAE, 984, 2010, 2012, 2016, 9713 a, b.
HIC REQVIESCIT BENE, 4794 ; | VOTVM SOLVIT, 8344, 8347 ;
anni te à Bu CE SR SG RE orme
1019 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1020
Die)P(o)S(i)T(us), 2016 ; D(e)P(o)S(itus) ou D(é)P(o)S(itio), 459, 8700, 10536, 10638 : D(e)P(ositus), 879, 1087, 1106, 1167, 1169a, 5488, 5489 :
DOMVS AETERNA, 10930 ;
HIC IACET, 8634, 8636, 8638, 8639, 8642, 8618, 8649, 8650, 8653 ;
IN PACE, passim ;
MEMORIA, 8610, 8641, 9589, 9591, 9718, 9733, 9751, 9789, 9870, 9871 ;
MENSA, 2189, ‘829 2add, 8354, 8399, 8633, 8706, 8771 a ; 10815, 10927, 10929 ; MENSA ETERNA, 10930 ; MENSA PERPETVA, 20304 ;
TABVLA, 9005, 9006 ;
TABLA DEO, 9007 ;
TITVLVS, 7928, 9751 :
NOTVM COMPLEVIT, 2335 : VOTVM REDDIDIT, 9271 :
QVOT PROMISIT COMPLEVIT, 2272 ;
BONA PVELLA, 1392 ;
BONAE MEMORIAE, 9693 :
PARS, avec le sens de secte, 8650add ;
RECISIO CGAVSE, 10701 ;
SANCTAE TRES, 1392 ;
HIC MEMORIAE SANCTORVM, 8632 add, 8731 ;
PASSVS MAlrturium], 9717 ;
NOMINA MARTVRVM, 2534add, 5664, 5665 ; NOMINA MARTIR Vím), 10686 :
MARTYRAS CHRISTI, 9692add ;
NATALIS martyrum, 5664 :
MARTIRES CVSTODIVNT INTROITVYM de Guelma, 5352 ;
MARTIRIBVS SANCTIS, 8631 :
MYLTIS EXILIIS PROBATVS ET FIDEI CATHOLICAE ADSERTOR DICNVS, 9286 :
CONFESSI VICERVNT, 8631 ;
SANCTO LIGNO CRVCIS CHRISTI ADLATO ADQVE HIC SITO BASILICA DEDICATA, 9255 :
DEPOSITIO CRVYORIS MARTYRVM, 6700 :
NATALE DOMINI CIRV[Iae], 10904 :
MARTYR CLEMENS ET VINCENTIVS CVSTODES PORTARVM, 5352 :
HEC MEMORIA BEATI MARTIRIS DEI CONSVLTI, 2220244 ;
MARTVRES HORTENSES, 7924 ;
RELIQVIAE SANCTI LAVRENTI MARTYRIS DEPOSITAE, 8630 ;
BEATVS [Lauren]TIVS MARTIR, 9271 ;
SA[n]CTVS MONTANVS, 10665 ;
MEMORIA SANCTI MONTANI, 17067 :
MEMORIA SANCTORVM PANTALEONTI IVNANI ET COMITVM, 10515 ;
MEMORIA DOMNI PETRI ET PAVLI, 10693 :
APOSTOLI PETRVS ET PAVLVS, 9714, 9715 ;
PETRI PAVLIQVE SEDES, 10707 ;
PAVLVS PETRVS, 9716 ;
SANCTVS STEFANVS, 8431 :
SANCTVS MARTYR...ESIVS, 9714 :
Wir) R(everentissimus), 10815 ;
EPISCOPVS,.879, 2079, 9709 ;
CLERICVS, 19671 ;
LECTOR, 55 :
SVBDIACONVS, 452 :
ANIMAM SVAM DEO ET CHRISTO EIVS TRADIDIT, 11134 :
DEVS LVX ETERNA MORS MEA IN DEO MEO, 11643 ;
MANE DOMINE IN IANVIS NOSTRIS, 11643 ;
OLIM DEO DIGNVS HIC IN TVMVLO IACET, 11893 :
PRECATVR PRO SVIS PECCATIS SALVIFICETVR, 21551 :
VICSIT IN PACE IN HOC MVNDO, 11064.
VOLUMEN IX, — Inscripliones Calabriæ Apuliæ Samnii Sabinorum Piceni latinæ, edid. Th. Mommsen, Berlin, 1883, Lxix-52*-847 pages. Ce volume est ccompagné de cinq cartes : Tab, I. Viæ publicæ Ialiæ Amediæ el inferioris ; II. Italiæ regio 2 » et Hirpinorum | même pouvait écrire : Juvenilia mea, jam senex edo X | negotio publice mihi commisso vitam me fideli cura | manuscrits avaient été dépouillés, alors que préié 4 | demment, en 1852, l'auteur avait dû se contenter des | sium (Canosa), n. 333 (dédicace), 410-412 (épitaphes), à | juive) ; n. 6195-6241 (catacombe juive} ; Ager inter | {au monastère), n. 5011, 5012 (épitaphes). territorii pars ; III. Italiæ regio + et quiculorum ager, Agri Amiterni et Vestini pars ; IV. Italiæ regio 54, Ce tome 1x se rattache étroitement au tome x, tous deux ayant fait partie primitivement des I nsciptiones Regni Neapolitani, publiées en 1852 dont ils ne sont i en résumé qu'une édition nouvelle dont l'auteur. luiiterum recensita, tesles que mihi erunt volumina hæ totam impendisse. Ici, Mommsen ne se restreint plus dans les limites de l'ancien royaume dé Nap les ; comme dans le reste de l'Italie, il suit la division en. régions d'Auguste. Le tome 1x embrasse la 2° région, ou la Calabre, l'Apulie et le pays des Hirpins : la 4e. région ou le pays des Samnites, des Frentani, Marrucini, Pæligni, Vestini, Marsi, qui, Sabini, enfin la 5° région ou Picenum : Le volume se termine À par les bornes milliaires et l’instrumentum domesticum de ces trois régions. Il contient 6419 inscriptions i authentiques et 767 fausses.
Chacun de ces deux volumes (1x et x) s'ouvre par | l'Epistula præmissa inscriptionibus Regni Neapolitani latinis et adressée Bartholomeo Borghesio, Magistro, | Patrono, Amico, lettre qui contient l'énoncé des règ les « suivies dans tout le Corpus (p. v-xvr), Ensuite une Præfatio ad volumina IX et X (p. xvi-xvii), le Cons- « pectus operis (p. XIX-XXIV) et l'index auctorum (p. XXVLXIX) fait avec un soin tout particulier. Cette édition nouvelle est plus complète et plus correcte que la preet surtout H. Dressel, le grand ordonnateur Mommsen a pu faire la revision de tous les monuments qui existent encore. Gråce aux bibliothèques nouvellement ouvertes, aux musées fondés depuis peu, aux voies de communication plus nombreuses et moins périlleuses, la tâche était devenue plus aisée. En outre, tous les pierres et des imprimés. En 1891, dans V'Ephemeris méros au tome x. À REGIO ITALIÆ II*,— Nerelum (Nardo), n. 10 (dédine cace) ; Brundisium (Brindisi), n. 6510 (épitaphes), Tarentum (Tarente), 6400-6402 (épitaphes) ; Uria (Oria), n. 233 (memorial) ; Genusia (Genosa), n. 259 (dédicace) ; Barium (Bari), n. 306 (épitaphe) ; Canun. 6192 (épitaphe) ; Venusia (Venosa), n. 648 (épitaphe Compsam Abellinum Aeclanum, (Frigenti), n. 1067, T 1068, 1069 (épitaphes) ; Fontanarosa, n. 1073 (épi- # taphe) ; Locosani, n. 1080-1083 (épitaphes} ; clanum (la grotte près Mirabella), n. 1362-1398 (épitaphes) ; Beneventum (Bénévent), n. 1563 (dédicace), n. 20742082 d (épitaphes) ; Saticula ? (S. Agata dei Goti), n. 2159 (épitaphe), 2160 (dédicace). 4 REGIO ITALIÆ IVs. — Allifæ (Allife), n. 2437 (épitaphe) ; Sæpinum (Altilia près Sepino), n. 2446 (dédi| cace) ; Buca (près Tormoli), 6408 (épitaphe) ; Inter3 | promium (près S. Valentino), 3073 (épitaphe) ; Sulmo | REGIO ITALIÆ Vs, — Asculum Picenum (Ascoli Piceno), n. 5274 (épitaphe), 5284 (épitaphe) ; Cupra maritima {Civita di Marano), n. 5300 (épitaphe) ; 5346, 5347 (épitaphes) ; Falerio (Fallerone), n. 5517, 5518 (épitaphes) ; (Penna S5. Giovanni), n. 5519 ( ?) ;
D. (Tolentino), n. 5566 (épitaphe) ; Ricina “(Recina près Macerata), n. 5791 (épitaphe).
. Milliaires, n. 5946, 5952, 59055-5958, 5987, 6001, 6006, 6007, 6027, 6028, 6038, 6076.
. Insirumentum dômeslicum, p. 612, n. 216 (tuile) ; fn. 649, n. 4 (vase d'argent), n. 6 (fibule en argent).
- LECE ET RECEDE, 5900 ; | VE NOBIS, 2437 :
PAX VOBIS IN DEO, 5346 ; TVROGO QVI LEGE(s) ORE(s) PRO ESPIRITVM EIVS, 6408 ; VIVAS IN CHRISTO, 6083, 60904 ;
VIVAS IN DEO, 4660, 4661, 60902 : BIBAT IN DEO, 60906 ; » VIVAT IN D(omin)0 SEMPER, 3512 ;
ISPIRITO SANCTO, 2082 :
» REGNANCTE DOMINO NOS{fro] HIESVM CRISTVM, 411 ;
- SANCTVS MARTVR VICTORINVS, 4320 ;
FILII CRISTIANI EFFECTI, 2437 ;
. BO(na) CRIS(tiana), 5419 ;
. FIDELIS DEI, 1563 ;
- NEOFITVS, 3136 ; NEOFITA, 2081 ; DVO APOSTVLI ET DVO REBBITES, 648 ;. BARBANE = patruus ? 6402 :
. VOTVM COMPLEVERVNT, 1398 : = FILII OMNI PIETATE DVLCISSIMI...
… 2497 ; - OMNIBVS ACCEPTISSIMVS, 5791 :
| SANCTAE MEMORIAE, 412 ; MEMORIAE VENERANDAE,
SATIS CRANDE DOLOREM FECET PARENTEBVS, 648 ;
D SINE ALIQVA LITE, 2082 ;
-SI QVIS VIOLENTVS VOLVERIT ESSE... DET FISCI, 5900 ;
DIEM IVDICII, 2437 ; DEPOSITVS, 1009, 5300 ; RECESSIT, 5300 ; _ FECI SEPVLCRVM IN RE MEA VBI REQVIESCAM, 5900 ; | SARCOFAVS ET PANTEVM CVM TRICORO, por LAPIS, 3073 ; ABSIDA = sepulerum, 647 : VOLUMEN X. — Inscripliones Brulliorum Lucaniæ k : Campaniæ Siciliæ Sardiniæ latinæ, ed. Th. Mommsen.
… d'auc une exploration archéologi que. Au Pars prior : Inscriptiones Bruttiorum Lucaniæ Cam= paniæ comprehendens. — Pars posterior. Inscriptiones Siciliæ el Sardiniæ comprehendens, Berlin, 1883, LXIX-84*-1229 pages.
Le tome x a deux volumes. Le premier comprend la IIIE région ou le Bruttium et la Lucanie ; la I™* région, ou la Campanie avec le Latium adjectum et les î les - Le tome n renferme la Sicile, la Sardaigne, la Corse et l'instrumentum domesticum fort considérable. Le tome x contient 8 422 inscriptions authentiques et 1508 fausses. Les inscriptions de Pompéi faites au stylet ou au pinceau sont omises ici puisqu'on les trouve dans le tome 1v, mais tous les noms et surnoms de ces inscriptions figurent dans les tab les.
Le chapitre consacré à la Corse dans le Corpus se compose en tout de huit inscriptions (n. 8034-8040, 8329), les seu les connues par diverses publications antérieures ; assurément une telle pénurie est fâcheuse, mais il faut reconnaître que cette île n'a été l'objet moment même où paraissait le tome x, G. Lafaye publiait des Inscriptions inédites de la Corse, dans le Bulletin épigraphi que de la Gaule (juillet-août 1883 et nov.-déc.), tout un lot d'inscriptions inédites recueillies par lui dans une rapide excursion. Sans être de premier ordre, ces monuments ne manquent pas d'intérêt ; certains
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1022
| d'entre cux, par exemple, confirment le renseignement que l'on doit à Tacite, à savoir qu'une division de la flotte de Misène était stationnée dans les e aux de la Corse. La notice du Corpus se trouvait ainsi distancée dès son apparition et déjà insuffisante. On y cherchait, en outre, l'indication d'une inscription qui, bien que découverte en dehors de l'île, aurait pu être utilisée, car elle est inséparable des Fastes loc aux ; c'est linscription élevée à la mémoire de L. Vibrius Punicus, et provenant des environs d'Aix-en-Savoie 1 ; sans ce texte important on ignorerait qu'à une certaine épo que le gouverneur portait le titre de præ/feclus Corsieæ *, lequel comporte des attributions autres que cel les du procurator Augusli. On voit par cet exemple que même le Corpus ne doit pas être cité sans précaution et tenu pour définitif.
REGIO ITALIÆ IIIS, — Regium Julium (Reggio), n. 15 (formule) ; Locri (Torre di Gerace), n. 37 (épitaphe) ; Vibo (Montelione}, n. 99-102 (épitaphes) ; Trapeia (Tropea}, n. 8076-8083 (épitaphes) ; Potentia {Potenza), n. 178, 179 (épitaphes) ; Tegianum (Diano), n. 328, 329 (épitaphes) ; Blanda Julia (dans l'abbaye d'Avete), n. 458 (épitaphe) ; Pæsfum (Pesto), n. 478 (diplôme).
REGIO ITALIÆ Is. Salernum(Salerne), n. 516, 517 (dédica ces) ; 660-674 (épitaphes) : Surrentum (Sorrento), n. 761 (épitaphe) ; Stabiæ (Castellamare di Stabia), n. 786 (épitaphe), 8139-8142 (épitaphes) ; Nuceria Alfaterna (Nocera), n. 1108-1110 (épitaphes) ; Abelli- ~ Sur la voie Appienne, près de Terracine, n. 6850, 6851 (diplôme). | | PROVINCIA SICILIA., — Catania (Catane), n. 7112 PROFINCIA SARDINIA. Sulci (Isola di 5. Antico), n. 7533 (mémorial) ; Nora, n. 7550, 7551 (épitaphes), 7738, 7744-7807 (épitaphes) : (voisinage de Cagliari), n. 7836 (épitaphe) ; n. 7843 (épitaphe) ; Tharros (Torre di S5. Giovanni di Sinis), n. 7914 (épitaphe) ; Turris Libisonis (Porto Torres), n. 7971, Olbia (Terranova), n. 7995 (épitaphe).
Sardegna e della Corsica durante il dominio romano, in-8%, vaine pd k, + PR Ne RU SR EU Pire pm ai mr ras hyr é ” à r -2 o Ba SIL iann EEE AN CFE HT TR prr Fred he a a 22
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1023 | INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
n. 139 ; p. 859, n. 14 b ; p. 861, n. 15 (tui les) ; p. 885, n. 298, 299 (lampes} ; p. 937, n. 484, 486, 496, 498, 499 ; p. 938, n. 503, 504 (cache s) ; p. 941, n. 8064 (moule) ; p. 956, n. 8072, 3,4, 1%, 19, ARCHIATER, 1381 ; NECOTIAS LINATARIVS, 7330 ;
B(ir) B(enerabilis) ou B(eatissimus), 4503, 4517, 4539 ; Blo)N(ae) M(emoriae), 7760 ; B(e)N(e) Memo)R(ia), 7756 ;
CIMITERIVM, 6419 ; VICXIT VITA(m) AETATIS SVAE ANNIS..., 5897 ;] BENE FACERE (ensevelir quelqu'un), 99, 102, 80768083 : CONTRA VOTVM, 3304, 4400, 7777 ; EXEMPLVM AEPIS[{ulae], 6419 ; IN TERRA VIVERE, 4516 ; À SVPERIS MVNDA TRANSIIT. 3309 ; BEATE VIXSIT, BEATE OBIT, BEATI Qvi LEGVNT, 4629 ; BENESVADVS IN VERSIBVS SVIS, 1365 ; BONIS MORIBVS. 6460 :
- CLEMENTIA BENE CONIV(n)GENS FIDEM, 7914 ;
QVIVS REMEMORATIO DOLVM PARENTIBVS DEMISIT, 4510 ; °
CVIVS VITA AB OMNIBVS EST PROBATA, 4543 ;
IAM PARVVLVS IPSE HVMANVS OMNIBVS ERAT, 4486 ; MAGNAE INTEGRITATIS VIR, 7995 ;
MIRAE INNOCENTIAE ADOVE INTEGRITATIS, 7971 ;
PII SVB Bfentores et hospit]ES PEREGRINORVM, 6460 ; PLVRIMIS ANNIS OPERATIONIBNS PETITVS, 3310 ; QVOS NEQVE DIES NEQVE NOX INVENIT IRATOS, 178 ; DEI VOLVNTATE CVM SANCTIS SOCIATVS EST, 1191 ; ANTE SPECVM MARTYRVM (dépositus}), 1195 ;
CORPVS PRO FORIBVS MARTYRORVM CVM LOCVLO SVO PER
PROSBITERVM HVMATVM EST, 7112
ABRAHAM, 1570 :
BEATVS SANCTVS ANTIOCHVS, 7533 :
SANCTVS FELIX, 1365, 14004 ;
SANCTVS MARTYR IANVARIVS, 1526 :
SANCTA PLACIDA, 1370 ;
SANCTVS THEODORVS, 3298 ;
ANIMA TVA AD F...., 7774 ;
BEATIVS EST DARE QVAM ACCIPERE, 1397 ;
CONFIDIMVS TE VIVERE SEMPER, 4494 :
CORPVS SANCTIS COMMENDAVI, 4529 :
CREDO RESVRCGERE, 1377, 1380 ;
CREDO ME RESVRGERE ANTE*GCREATOREM MEVM, 4525 ;
CVIVS ANEMA INTER IVSTVS SIT, 3305 :
DE DEI DONA, 805946 :
He DEVM EX TOTO CORDE ET PROXIMVM SICVT VT V, 1396 ;
DOMINE IESV CRISTE, QVI ME PLASMATI, MISERERE ME ! IN SEMPIT..., 4530 :
EBENIAT El COT EST IN PSALMO CVIII, 761 :
HOMO FELIX, DEVS TE SERVET, 478 ;
LEGE ET RECEDE, 4511 ;
MORS ET VITA IN MANV LINGVAE..., 1399 :
ORATE PROÏme], 4545 ; QYI LECIS, ORA PRO ME, 3312 [rogo vols OMNES ; [or]ATE PRO ME, 4530 ;
PROPITIO DEO, 6850 ;
ROCO VOS CÒNS..., 4547 :
SANCTA ANIMA TE IN PACE, 1518 :
SERMONES SAPIENTIVM TAMQVAM STI [elte], 1400 ;
Si DEVS PRO NOBIS QVIS CONTRA NOS, 15 ;
SPES, 8059 498 :
SPES IN DEO, 6762, 804219, 8059199.
TE IN PACE, 1541 ;
VALE IN PACE, 4529 :
VIVAS IN DEO, 15, 80595 03 : IN DEO BIBAS, 807218 ;
VINCET DEVS, 8059504 : - ORIA IN SERMONE SENSATI, 1400s ;
FIDELIS SPIRITALIS VIRGO, 3309 :
RELIGIOSA FEMINA, 7329 :
| cripliones Emiliæ et Etruriæ comprehendens. Partis | il confia ces trois régions à son collaborateur Eug. Bor| (épitaphes) ; Arefium (Arezzo), n. 1902 (épitaphej ;
| tium (Spolète), n. 4964 (dédicace), n. 4965 (noms) ; 4 | n. 5162 (épitaphe) ; Hispellum (Spello), n. 5265 (dédiM VIDVA SEDIT, 5902 ; SANCTIMONIVM, 7777 ; TVMYLYS, 101, 4506, 6460, 1753, 7843 ; LOCVLVS, T112 ; CVBICVLVM DEPOSITIONIS, 3380 ; QUIES PERENUIES SAAT. FOLUMEN XI. — Inéesibtiones miliæ Etruriæ Umbriæ latinæ, ed. Eug : Bormann. Pars prior. Insposterioris fasciculus prior. Inscriptiones Urnbriæ Viarum publicarum. Instrumenti domestici comprehe A dens, Berlin, 1888 et 1901. La Préface, le Conspectus operis, l'I ndez auctorum, les Indi ces et les Cartes n'ont, | croyons-nous, ja mais paru.
Nous avons dit que G. Henzen fut obligé de s dessaisir d'une partie de la tåche d'abord assumée et mann ; l’instrumentum a été préparé par Max Ihm. En l’ état où il se trouve depuis un quart De, le à tome xr comprend 92*-1224 pages. L'absence du. Conspectus operis et des Indi ces rend son utilisation particulièrement laborieuse.
REGIO -ITALIÆ VHI ». — Ravenna (Ravenne), 254-302 a (inscript. dédicatoires, honorifiques, formu les, voir Dictionn., au mot RAVENNE), 303339 (épitaphes) ; Ager Ravennas (S. Zaccaria), n. 350 (épitaphe) ; Ariminium (Rimini), n. 452 ; 549-553 (épi taphes) ; Bononia (Bologne), n. 752 (épitaphes), 802, : 803 (épitaphes),814 (épitaphe), 815 (Symbo les) : Mulina (Modène), n. 941-943 (épitaphe et symbole) ; Tannetum (S. Hario), n. 1019 (épitaphe) ; Florentia (F ‘iorenzuola), - n. 1142 (épitaphe) ; Placentia (Plaisance), p. 240, épitaphes (1-6) tirées de la sylloge Palatina, ms. Vatie. | Palat. 833 ; n. 1290-1292 (épitaphes). | REGIO ITALIÆ Fils, — Luna, n. 1408-1412 GE taphes) ;Pisa (Pise), n. 1511-1513 (épitaphes) ; Luca“ (Lucques), n. 1540 (épitaphe) ; Florentia (Florence), n. 1689-1731 (épitaphes) ; Volaterra (Volterre), n. 18001 de Sainte-Mustiola) ; 2583-2593 (épitaphes) ; (Montal E cino), n. 2599 (épitaphe) ; Cosa (Orbetello), n. 2637 REGIO ITALIÆ VIs, — Ocriculum (Otricoli), n. 40951 4097 (dédica ces) ; Nurnia (Narni), n. 4162 (épitaphes) ; M 4165-4169 (épitaphes) ; Interamna (Terni), n. 4328m 4344 a (épitaphes) ; Carsulæ (S. Germini), n. 4629-4630 (épitaphes) : Tuder (Todi), n. 4741 (épitaphe) ; Spolew n. 4966 (mémorial), n. 4967-4981 (épitaphes) ; (Badiadi 4 | S.. Pietro in Ferentillo), n. 4996 (épitaphe) ; Trebiæ M (Trevi), n. 5021 (épitaphe) ; Mevania (Bevagna), = cace) ; Iguvium (Gubbio), n. 5926 ; Forum Sempronii Er. (Fossombrone), n. 6118 b (épitaphe) ; Fanum Fort une (Fano), n. 6218 (dédicace) ; 6222 (ex-voto) ; 6289 (épiNM taphe) ; Pisaurum (Pesaro), n : 6328 (dédicace), = n. 6473, 6474 (épitaphes) ; Sassina (Sarsina), n. 6602 1 Milliaires, n. 6644, 6646, 6648, 6652, 6657, 6659, 6660, 6667, 6669, 6670, 6671 a.
… Instrumentum domesticum, p. 1201, n. 16 (anneau de | bronze) : p. 1220, n. 30-32 (poids). (2) PAENITENTIALIS, 308 ; i NVCVS (eunuchus) ET CVBICVLARIVS, 310 ; —_NOTAR(IuS) SCAE ECCL. RAV(enn.), 315 ; = PATER PISTORVM REGIS, 317 ; = ORREARIVS, 321 ; = PRESBYTER DESERVIENS BASILICE SCI VITALIS, 322 ; EX PRAE(fect.) ANN(onae) AFRI(cae) PR(ovinciae), 323 ; L „EVITIS FVNGEBAT HONOREM, 330 ; ‘ARGENTARIVS, 350 ; CONDYCTOR DOMN NOSTRI, 549 ; ARCHIPRESBITERI NOMINE LVPARI ATHLE({)A CHRISTI, 70a ; Procule Anicie IN PREDIO SVO IN PACE, 814 ; QVI IN SECVLO FVIT, 942 ; HIC DORMIT, 1513 ; DORMIT IN PACE, 3757, 4028 ; CIN HVNC LOCO SANCTO HIC REQVIESCIT, 1540 : L PRIMICERIVS PRIMI THODOSIANORVM NVMERI, 1693 ; SERBVS dEl, 1699 ; ANCILLA DEI, 1725, cf. 2589 : L ECteR, 1704, 1709 : DIACONVS, 1705 : DE SCOLA GENTILIVM. 1708, 1711 ; 1 Itir) D(evolissimus) DOM(es)T (icus), 1731 ; M EPISCOPVS, 2548, 2587, 4163 ; PRESVL, 4164 ; EXSORCISTA, 25009 : C NAEOFITAE, 2563, 2848 ; NOFITO, 4075 ; CONFESSOR, 3516 ; MAGISTER LVDI, 3568 ; MARTYRI, 4076 ; ARCEDIACONVS, 5926 ; PRESBITER, 61186 ; PROTECTOR DIVINORVM LATERVM, 6222 : QVEM MISE(ri)CORS D(eu)s IVSTVM RE(cep)IT ANT(e) - Q\(arm) MALITIA MVTARET ET(iam) COR EIVS, 315 ; PARTEM ABEAT CYM IVDA TRADITORE ET IN DIE IVDICII NON RESVRGAT, 322, 325 ; | SCA ADIVVA NOS IN IVDICIO, 324 ; DEP. EST DIE DOMINICORVM, 1409 ; D{ies) SOLIS, 2549, 02551 : sean CVM QV : BVS VOTI MEI EST MORARI IN PACE ETERNA, 1800 ; - DE DONIS DEI ET DOMINI PETRI, 2088 ;. » BASILICAM - SANCTORVM - ANGELORVM - FECIT - IN QVA : ~ SEPELLIRI-NON-LICET, 2089 ; CASTA -PVDICA -SAPIENS - VNO - CONTENTA VIRO, 2538 : Juliae SANCTISSIME EX GENERE MVSTIOLE, 2549 ; C INFANS CRISTAEANVS, 2551 ; … DEFVNCIVS DIE SATVRNI PASCHAE NOCTIS IPSIVS, 2551 ;
T PACIS, 4033 : C QVAE CREDIDIT RESVRRECTIONEM, 2585 ; C VITA REFR(iger)AT TIBI DE(u)S, 2590 ; ~ ORATE PRO NOBIS PECCATORES, 324 ; C CVIVS FIDIS PVDOR ET PIETAS VINCI POTVIT, 2834 ; T (5a)NCTA RECEPTA DOMO, 2850 ; - + IN NVMINE DNI NOSTRI IHC REQVIEECED IN PACEM, C MORESEIVS-BON(os), 3054 ; C HIC SITVS (est), 3280 ; = REPOSITA EST SVPER PECTVM ABVNCVLO SVO IN PACE, ~ ECS DEVS ANGELORVM, etc., 4964 ;
— AD FABRICAM B(asil)ICAE SANCTOR (um), 5926 ;
— CIVES GALLVS PELECRINVS, 6473 ; cf. 2551, 2568 ;
= SPES IN DEO VIVAS, 671526.
FOLUMEN XII. — Inscriptiones Galliæ Narbonensis C latinæ, ed. Otto Hirschfeld, Berolini, 1888, xxvu-38*- — 976 pages.
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1026
Lors que Léon Renier se fut dégagé de la promesse. de donner les inscriptions de la Gaule, l’Académie de Berlin fit choix d'un épigraphiste déjà distingué, élève de Mommsen, et alors professeur à l'Université de Vienne, Otto Hirschfeld. Né en 1843, à Kænigsberg, de parents israélites, mais converti de bonne heure, il professa successivement à Prague (1872), à Vienne | (1876) et à Berlin (1885) qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort (1922). Son activité littéraire fut considé| rable et, de tous les élèves de Mommsen, il fut peutêtre celui qui réussit le mieux à acquérir la méthode | sans imiter les procédés de son maître. Toujours Hirschfeld se refusa à étudier l’épigraphie latine autrement que comme une science auxiliaire de l'histoire ; pour lui, une inscription n'avait d'intérêt qu'en raison des renseignements qu'il était possible d'en tirer. Agé de trente ans à peine, Hirschfeld s'était vu réserver les deux tomes Xii et xim du Corpus consacrés aux inscriptions de la Gaule romaine. « L'immensité du travail (il s'agissait de recueillir une dizaine de mille d'inscriptions lapidaires) ne lui fit pas peur. Il redoutait davantage l'accueil que les érudits français de Paris et de la province pourraient réserver, trois ans après le traité de Francfort, à un compatriote de Bismarck — d'autant plus que ce champ, que l'Académie | de Berlin venait de l’inviter à moissonner, était depuis vingt ans le domaine officiellement reconnu du plus illustre des épigraphistes français, Léon Renier. Depuis vingt ans déjà, les sociétés savantes de pro| vince, sur l'invitation du ministère, lui adressaient par | centaines les copies et les estampages ; on attendait de | lui, sans impatience, mais avec une légitime curiosité, les premiers fascicu les du grand recueil consacré par | un Français aux plus anciennes inscriptions de la | France. Que ne devait-on penser et dire du je une Allemand assez indiscret [et présomptueux ] pour vouloir [le devancer |.
« Hirschfeld, par bonheur, avait pour lui un extérieur aimable, des manières dou ces, un véritable tact de diplomate, Il aurait pu se créer des ennemis ; il ne rencontra pres que partout qu'un accueil sympathi que. En 1874, il vint travailler quelques mois dans les bibliothèques parisiennes ; en 1875, il entreprit un premier voyage dans le Midi ; il s'arrêta à Lyon et y fit la connaissance, que dis-je, la conquête d'Auguste Allmer : ce jour-là, il avait gagné la partie.
« Ce que Léon Renier était pour la France entière et l'Afri que du Nord, Allmer l'était (ét mieux encore) pour la vallée du Rhône. Pendant toute la deuxième moitié du xIx ? siècle, Allmer parcourut en tous sens le Dauphiné, la Provence et le Languedoc, copiant, avec une rare exactitude, les moindres débris épigraphiques, qu'il dessinait avec le crayon sec d’un architecte. Toutes ses notes, toutes ses copies, toutes ses relations dans le Midi français, tout fut mis sans réserve par Allmer à la disposition d'Hirschfeld. Ce fut grâce à lui qu'en 1887 le tome xu du Corpus put paraître, renfermant pour la première fois, dans ses six mille numéros, toutes les inscriptions connues de la Narbonnaise. Four la première fois étaient réunies, mises en valeur, discutées ligne par ligne, les riches séries épigraphiques de Nimes et de Narbonne dont Herzog, un quart De plus tôt, avait fait pressentir le puissant intérêt histori que. Pour la première fois aussi, ces textes étaient reproduits, non d'après les transcriptions fautives des anciens recueils épigraphiques, non d'après les copies inexpertes d'amateurs de province, mais d'après les pierres el les-mêmes, minutieusement examinées par un épigraphiste de premier ordre 3, » Hirschfeld vint trois années de suite dans le midi de
VII. — 33
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1027 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
la France, en 1874, 1875 et 1876, il y revint en 1886, pour vérifier certaines lectures, voir les monuments récemment découverts, à Nîmes par exemple, et surtout pour étudier les textes de Narbonne que la récente démolition des remparts permettait d'étudier à loisir (il dut même consacrer douze pages de son supplément à la seule révision des textes de cette ville). Ainsi, quatre fois, il visita tous les musées de la région, leur consacrant, sans marchander et sans se hâter, tout le temps nécessaire à l'étude la plus approfondie. Quand une inscription qu'il croyait y être lui échappait, il en fouillait à nouveau les coins et les recoins, se fût-il agi d’un fragment de deux lignes ou d'une marque de fabricant. Aucun obstacle matériel ne l'arrêta jamais dans cette besogne, ni la poussière, ni les ordures accumulées dans certains de nos musées, ni le jour défectueux où les directeurs aiment parfois à placer les inscriptions. Il réussit à pénétrer dans toutes les collections particulières et ne recula pas devant des excursions assez pénibles pour vérifier des textes peu importants, comme ceux de la bastide de Lenche près d'Aubagne, du hameau de Saint-Jean-de-Garguier, ou du château d'Espeirau, près de Saint-Gilles ; sans parler des dédicaces du pont de Saint-Chamas ou du mausolée des Juifs (qu'il lut felicissime usus), parce que la vue de ces monuments, même sans inscription, vaut une visite et compense une fatigue. On vit Hirschfeld à Narbonne, par une après-midi brûlante, luttant contre le vent qui lui arrachait ses notes, aveuglé par le soleil et cette étouffante poussière que soulève l'horrible mistral du Languedoc, tenant bon cependant, pour déchiffrer une inscription encastrée au haut d’une muraille. Il publia une épitaphe inédite qu'il avait copiée dans le vieux cimetière de Saint-Gilles, se laissant déchirer par les ronces et dévorer par les moustiques, a culicibus valde vexatus, c'est lui-même qui le dit. En même temps, il se mettait en rapport avec tous les chercheurs du pays, quels qu'ils fussent, érudits de valeur ou simples amateurs de clocher, les interrogeant, se liant avec eux, aidé par eux dans ses courses ou ses recherches, élevant ainsi avec une patience que rien n'a pu lasser et une ténacité inouïe les premières assises de ce travail.
Il est inutile de dire avec quel soin Hirschfeld copia toutes les inscriptions qu'il put voir ; à la sûreté de ses lectures il joignait la loyauté et la modestie ainsi qu'on peut s'en convaincre en parcourant ses suppléments où il rectifie, s’il y a lieu, ses premiers déchiffrements ; après, un texte à demi effacé suggère toujours une conjecture nouvelle, et l’auteur est sans cesse prêt à reconnaître que d'autres ont pu avoir raison contre lui, à accepter leur lecture ; dans ce cas, il ne se corrige pas lui-même, il se fait corriger comme s'il paraissait heureux d'avoir une dette de plus à acquitter. Enfin, quand il s’agit d’une inscription qu'il n'a point vue, il est sobre de conjectures, presque timide dans ses restitutions. Que l’on compare à ses notes celles qu'ajoute ça et là, entre crochets, Th. Mommsen, toujours si hardi, on verra que Otto Hirschfeld, dans la manière dont il manipule les inscriptions, a quelque chose de réservé, on dirait presque de timoré. Il respecte volontiers les copies qu'il transcrit, ce qui lui interdit fréquemment l'honneur d’hypothèses brillantes, mais ce qui lui évite souvent de petits mécomptes. Il y a dans ce tome XII une inscription mutilée, dont Hirschfeld emprunte le texte à un article publié par G. Lafaye, dans le Bulletin épigraphique de la Gaule. La copie de ce dernier porte, à la quatrième ligne, le mot nativita- [tem]. Voilà un mot bien étrange pour une inscription romaine, et qui sent l'épigraphie du Moyen Âge. Hirschfeld se rappelant que Lafaye en affirme l'existence, n'y touche pas. Mommsen corrige et soupçonne qu'il y a des détails à rectifier dans la lecture, mais G. Lafaye et O. Hirschfeld ont raison contre Mommsen : il y a bien le mot nativitas sur la pierre, seulement l'inscription est si moderne qu'elle n'a aucun droit à figurer dans le Corpus.
Un autre exemple montre avec quel scrupule l'épigraphiste consommé a multiplié les garanties pour les moindres lignes. Sur le devant d’un cippe de Narbonne, au-dessus d’une amphore sculptée, on lit une inscription de cinq lettres seulement : OLPOV. Otto Hirschfeld les copia en 1875 puis, de retour à Vienne, il eut, sur la troisième de ces lettres, des doutes qu'une communication d'Allmer ne parvint pas à lever ; il écrivit à ce sujet à Berthomieu, qui revit la pierre et confirma la lecture prise sur le monument, alors seulement Hirschfeld se décida à imprimer la petite inscription telle qu'elle se trouve à sa place parmi celles de Narbonne. Mais, en 1886, il tint à la revoir une fois encore en traversant Narbonne : il y aperçut deux points qui avaient jusque-là échappé à tout le monde :
OL. PO. V
c'est-à-dire : olei pondo V. Ce qui devait nécessiter une réimpression du texte dans le supplément, mais avant de se décider à cette correction, Hirschfeld voulut consulter, par lettre, un autre érudit de la ville, M. Thiers ; ce dernier revit l'inscription en 1887, et il écrivit à ce sujet à son confrère : « J'ai parfaitement distingué les deux points » et c'est ainsi, enfin, que le texte reparaît dans le supplément sous une forme qui semble bien définitive. L'histoire et la bibliographie de chaque inscription condensent l'effort de longues, patientes et ingénieuses recherches et de collaborations dévouées autant qu'infatigables. Ce ne sont pas là, comme on le dira peut-être, d'inutiles minuties. Ceux qui méprisent ces particularités et des difficultés de l'épigraphie oublient volontiers que la valeur historique d'une inscription ne s'évalue pas directement, comme celle d'un texte de loi ou d'un chapitre de Tite-Live ; elle dépend presque toujours, au contraire, de circonstances tout extérieures, de l'endroit où elle a été découverte, des vicissitudes qu'elle a traversées depuis le XVIe, et souvent même des détails les plus insignifiants de biographie contemporaine ou d'histoire locale. Un exemple montrera la nécessité des moindres renseignements, de ces recherches infinies sur l'histoire et la bibliographie des inscriptions.
Tout le monde connaît de nom le village des Saintes-Maries-de-la-Mer, perdu au fond de la Camargue, sur les bords de la Méditerranée. C'est là que, suivant une légende chère à la Provence, abordèrent, aux temps apostoliques, Marie Salomé et Marie Jacobé, là qu'elles vécurent et qu'elles furent enterrées. On a raillé amèrement cette douce légende, et le plus souvent c'est en rappelant que les Saintes-Maries n'existaient pas au temps des Romains. On a répété que le delta du Rhône, au premier siècle de l'ère chrétienne, se prolongeait beaucoup moins dans la mer, et que c'est à cette époque que s'est formé le rivage des Saintes-Maries. On a fait, à ce sujet, de merveilleux calculs sur les apports du fleuve et les déplacements de la rive, et l'on a ainsi trop souvent remplacé la légende chrétienne par un roman géographique. Or, en 1448, le bon roi René, raconte un document contemporain, fit pieusement rechercher « les corps des Saintes Dames » ensevelies sous l’église de Notre-Dame-de-la-Mer. On ignorait où elles reposaient, mais, en faisant les fouilles, on découvrit « une pierre de marbre » présentant une inscription latine. On la lut à grand-peine, car les lettres étaient gravées à rebours, mais enfin on put la comprendre ! Elle indiquait où il fallait creuser les reliques. La pierre est perdue, mais le document en question nous en a conservé le texte bizarre. Comme ce texte n'avait d'autre sens que celui que les pieux chercheurs du XVe ont voulu lui donner, il n'y avait qu'un parti à prendre pour O. Hirschfeld : voir dans cette inscription une sainte fraude et la mettre à sa place parmi les textes faux ou falsifiés ; c'est ce qu'il a fait sans hésitation et la feuille du volume où a été imprimée l'inscription des Saintes-Maries, inter falsas et alienas, a été tirée une des premières !. Mais, peu après, Hirschfeld retrouva par hasard deux nouvelles copies de ce monument, toutes deux dans des manuscrits bien oubliés, l'un à la bibliothèque de Carpentras, l'autre à celle du Vatican. Ces copies étaient dues à des voyageurs du XVIe parfaitement désintéressés au sujet du culte des Saintes-Maries et suffisamment éloignés de toute influence locale pour que leur témoignage soit d'un grand poids. Il n’était plus possible de douter de l'authenticité de l'inscription ; il fallait de toute nécessité lui rendre ses droits à l'existence et la réimprimer parmi les monuments authentiques. Là où les savants du roi René avaient lu, à rebours : AVA - fcava, « creuse ici, tu trouveras les saintes reliques », il y avait AVG, auguslis, « dédicace à des déesses augustes ». Aussi voit-on le texte apparaître de nouveau dans le courant de ce volume, sans l'astérisque déshonorant qui révèle l'inscription fausse. Seul, Hirschfeld l’a placé, on ne sait trop pour quoi, l'inscription à sa place, parmi celles du territoire d'Arles, auquel les Saintes-Maries ont toujours appartenu. Ainsi, à l'époque romaine, on habitait déjà sur ce point du rivage, le plus isolé de toute la Gaule, on y parlait latin, on y élevait des autels aux déesses augustes ; il y avait là, perdue aux bords de la Méditerranée, une « villa de la mer » qu'a remplacée, dans la suite des temps, le sanctuaire de « Notre-Dame-de-la-Mer », et depuis dix-huit siècles, en dépit de la lutte entre les flots et les alluvions du Rhône, le rivage n’a point bougé à cet endroit de la Camargue.
En plus des matériels des livres, inscriptions, variantes, détails historiques et bibliographiques, Hirschfeld a fait précéder les différents groupes d'inscriptions de préfaces qui sont des modèles d'érudition sage, nette et concise. Elles donnent au livre une importance de premier ordre, non seulement pour l'épigraphie pure, mais aussi pour la connaissance de l'œuvre accomplie par les Latins dans la France méridionale, et même encore pour l'intelligence de la politique impériale et du rôle joué par Rome dans le gouvernement du monde. Il semble permis de dire que le tome XII comprend 6 038 inscriptions authentiques et 337 fausses ou douteuses ; en outre, il est enrichi de trois cartes : I. Gallia Narbonensis a sinistra Rhodani cum indicatione locorum in quibus tituli latini reperti sunt. II. Vallis Rhodani inferior. Sabaudia inter Rhodanum et Isaram. Genava et vicinia. Ripa Rhodani infra Viennam. III. Gallia Narbonensis inter Rhodanum et Garumnam. Le quadrillage des cartes et l'index alphabétique des lieux permettent de relever sans perte de temps la position des localités. Le volume s'ouvre par la Præfatio de Hirschfeld (p. v), suivie du Conspectus operis (p. vii-xi), d'une Re-
notice intitulée : De Gallia Narbonensi el Alpibus Romanorum provinciis (p. xii-xiii) et enfin de l'index auctorum (p. XIV-XXVII). Ensuite viennent les Inscriptiones falsæ vel alienæ (p. 1-38). Les villes d'Arles, de Vienne, de Nîmes et de Narbonne fournissent à elles seules près de la moitié. Le volume commence par les trois petites provinces montagneuses des Alpes Maritimæ, Alpes Cottiæ, Alpes Graiæ et Pœninæ (p. 1-27, n. 1-164) où sont reprises quelques inscriptions du tome v ; puis vient la Narbonnaise avec ses vingt colonies romaines, ses villes de commerce si populeuses et si prospères. Mommsen y a traité la partie de la Suisse autrefois comprise dans cette province, l'ayant déjà rencontrée en 1854, dans ses Inscriptiones confœderationis Helveticæ publiées dans les Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft zu Zurich, tome x. La Narbonnaise remplit presque le volume entier : p. 28-631, 803-856, 862-864 ; n. 165-5424, 5702-6023, 6032-6038. Les pierres milliaires plus nombreuses et plus variées qu'ailleurs viennent à la suite, p. 632-682, 856-858, n. 9425-5677. Puis c'est le tour de l’instrumentum domesticum, p. 683-798, 859-861. Les indices que termine une Concordance entre les n° du tome. xiii et érudits ; et l'une de ces copies est si claire, l'inscription
ALPES MARITIMÆ, —...
ALPES COTTIÆ, —...
ALPES GRAIÆ ET PNINÆ, — Seduni (Sion), n. 138 (dédicace).
NARBONENSIS, — Andipolis (Antibes), n. 244-246 | (épitaphes). Entre la mer et le Verdon : la Gayole, à côté de ceux de Saint-Gilles ; il reste à remettre | n. 338, 339 (épitaphes} ; Reïi (Riez), n. 5755 (épitaphe) ; Massilia (Marseille), n. 481-492, 5768, 5770 (épitaphes) ; Aquæ Sextiæ (Aix), n. 590-592 (épitaphes) ; le Pin, entre Aix et Marseille, n. 631 (épitaphe) ; Saint-Maximin, n. 649 (symbole) ; Arelate (Arles), n. 667, 668 (dédicaces) ; n. 673-675 (épitaphes), 930, 977, 5819-5824 (épitaphes) ; Glanum (Saint-Remy), n. 1022 (épitaphe chrét. ?) ; Avennio (Avignon), n. 1045, 1046 (épitaphes) ; Cabellio (Cavaillon), n. 1058, 1059 (épitaphes) ; Apta (Apt), n. 1155 (noms), 1156 (épitaphe) ; Carpentorate (Carpentras), n. 1213-1215 (épitaphes) ; Arausio (Orange), n. 1271-1273 (épitaphes) ; Vasio (Vaison), n. 1497-1513 (épitaphes) ; Saint-Pierre de Chérennes, n. 1553 (épitaphe) ; Aouste, près Crès, n. 1724 (épitaphe) ; Saint-Paul-Trois-Châteaux, n. 1729 (épitaphe) ; Valentia (Valence), n. 1781 (épitaphe) ; Arras (dans l'Ardèche), n. 1798 (épitaphe) ; Andance, n. 5860-5862 (épitaphes) ; Vienna (Vienne), n. 2056-2178, 6034 (épitaphes) ; entre Vienne et Grenoble, n. 2180 (épitaphe) ; Revel-Tourdan, n. 2185-2188 ; la Côte Saint-André, n. 2190 ; Clerien près Romans, n. 2191 ; Parnans, n. 2193 ; Saint-Antoine, n. 2197, 2198 (épitaphes), 5868-5869 (épitaphes) ; Gratianopolis (Grenoble), n. 2309-2314 (épitaphes) ; le Fayet, comm. de Saint-Marcel, n. 2326 (épitaphe) ; entre Vienne et Aoste, Saint-Laurent de Mûre, n. 2361-2364 (épitaphes)} : Trept. n. 2367 ; Arandon, n. 2382 (épitaphe) ; Vezeronce, n. 2384 (épitaphe). Augustum (Aoste), n. 2404-2409 (épitaphes) ; Saint-Sixte, près Merlas, n. 2421-2428 (épitaphes) : entre Aoste et le lac Léman : Grésy-sur-Aix, n. 2485 (épitaphe), 2486 (ex-voto), 2487 (épitaphe) ; Lugrin, entre | Évian et la Tour-Ronde, n. 2584 (épitaphe) ; Genève ne D MA LE PL ea
REP PC OP
Rp Par pr une mm mere mr 1031 _. INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS DY. 1032 | | COMPRESBYTER ECCLESIAE MASSILIENSIS, 5336 ;
Alba Helvorum (Aps), n. 2652, 2654, 2655, 2659, 2660, 2661, 2662, 2700, 2701, 2703 (épitaphes) ; Nemausus (Nimes), n. 4057, 4058 (40597 ?) (épitaphes) ; Bellegarde, n. 4083 (épitaphe), 4084 (4085 ?) (épitaphes) ; Bæterræ (Béziers), n. 4311-4315 (épitaphes) ; Narba (Narbonne), n. 5335-5338 (mémoriaux) ; 5339-5359, p. 856 (épitaphes) ; Tolosa (Toulouse), n. 5385, 5398-5411 (épitaphes), n. 5419 (épitaphes).
Milliaires, n. 5457, 5494, 5504, 5519, 5521, 5522, 0943, 5525, 5526, Instrumentum domesticum, p. 791, n. 5692 9, 1, 14, 41 (anneaux) ; p. 795, n. 5697 ? (cure-dents) ; p. 796, n. 5697° (disque) ;
SANCTORVM MODERATOR SYMMVS ANIMARVM, 5350 ;
REQVIEVIT IN PACE DOMINICA, 5400, 5405, 5407 ;
D(e)0 ET CHRiist)0 MISERANTE, 5356 ;
IN CHRISTI NOMINE, 1724bis, 2144 ;
OBIIT IN CHRISTO, 2067, 2085, 2132, 2138, 2140, 2160, 2175, 2185 ; OBIET INC., 2151 ; OBIAT IN C., 2187 ; OBIIT IN CHRISTO N(ostro ?), 5861 ;
NOBELE SIGNVM CRVGCES, 5750 ;
SANCTISSIMYS CYRICVS EIVSQVE MONASTERIVM, 482 ;
SANCTVS HEROS, 946 :
IN HONORE (rm) SANCTI PETRI APOSTOLI, 2486 ;
BASILICA SANCTI PETRI ET PAVLI, 936 ;
BASELICA IN HONOREM SANCTORVM MARTYRVM, 4311 ;
SANCTISSIMVS VINCENTIVS, 1499 ;
SANCTORVM SOCIVS, 944 :
SANCTIS QVE SOCIATA IACET, 2115 ;
INTERCEDENTEBVS SANCTIS, 1694 ;
INTER SANCTIS, 971 ;
HABBATISSA MEMORIIS ET ORATIONIBVS SANCTORVM VALDE DEVOTA, 5352 :
OBI( :)T D(ée) SANCTORVM + K(ajL(endzs) A(u)GVSTAS, ANN(iversari)O SANCTO(r)VM MARTYRVM AC ANIMSIVM,
K 483, 958, 965, 971, 1506, 2106, 2198, 5402, 5406,
Kw 942, 1791, 2190, 2649, 5398 ;
SR) 1497, 1502, 1507, 1509, 2149 :
Ko 5410 :
+ 592, 1046, 2149, 5400 ;
JE 482, 500, 949, 1792, 2089, 2108, 2115, 2121, 2131, 5828 ;
K 2185, 5385 ; QR 2384 ; CD 5341 ; SR 2187 ;
VIM {ignis PASSI, 489 ;
SANCTVS MARTYR, 961 ; MARTVRES, 2115 ;
ANCILLA DEI, 244, 480, 5402 ;
RELIGIOSA MACNA ANCELLA D(e)l, 483 ;
MATRONA SANCTE MVNIALES, 2188 ;
CHRISTICOLAE, 1499 :
FAMVLVS DEI, 2073, 2310 ; FAMOLVS DEI, 2085, 2092, 2487 ; FEDELIS FAMV (lus Dei), 1724 ; FAMOLI CHRISTI, 4085 ; EMERITI CRISTI FAMVEI, 2116 ; FAMVLA DEI, 2090, 2109, 2421, 2423, 2652 ; (FIEDELES FAMVLA (der), 1692 ; VIRTVTIS ADQVE (d)El FAMVEA, 2116 ;
FIDELIS, 2128 ;
MARIA MINESTER DE TEMPVLO CEROSALE, 649 ;
INOFITYS, 5403 ;
DEO SACRATA, 5352 ;
S(erv)A [d(omini)] CH(risti), 5868 ;
| TV Q{ui) LEGES ORA PRO (eo), 3356 ;
| RESVRRECTVRVS IN CHRISTO, 2118, 2129, 2131, 2146,
| RESVRRECTVRVS CVM SANCTIS, 2121 ; | IN SPE RESVRREXIONIS, 2185, 2188 :
| OBUT MEDIVM NOCT(is) D(ie) D(omi)Nl, 1045 :
| IN FATA CONCESSIT, 674 ;
| FVLCHRA SOLIDA E CRVSTATO MARMORE, 944 ; | MONASTERIVM, 5352 ;
| EX VOTO SVO, 4311 ; VOTO SVO FECIT, 1497 bis ; | ELEMOS(y)NAE, 5352 ;
VTERE FELIX, 529214 : FELIX AGNA, 5690135 : HAVE : VALE, 1506 : - BREVE OMNE QUOD BONVM EST, 592 ; CERTE VENIEMVS IN VNVM, 5350 ; CONMENDO SPIRITVM MEVM, 483 ; DEXTERA DOMENI EXALTAVIT ME, 569214 : DIEM FVTVRI IVDICII INTERCEDENTIBVS SANCTIS, 1694 ; MORTEM PERDEDIT VITAM INVENIT QVIA AVCTOREM VITAE SOLVM DILEXIT, 5862 ; ORATE PRO ME, 5338 : i PAX TECVM, 971, 1502, 1503, 1507, 1509 ; PAX TECVM SIT, 964 : (te)C(um) SIT PA(x), 5398 ; PAX VOBISCVM SIT, 958 ; IN ETERNVM PAX TEC(u)M, 1498 : PAX TECVM IN DEO, 1506 ;
RESVRCGIT (resurget, resorge) IN CHRISTO, 2058, 2059, 2073, 2120 ;
2170, 2190 ;
SVRRICTVRA CVM DIES DOMINI ADVENERIT, 2104 ; VIVAS IN DEQ, 5690157 ; 569211 ; VIVAT (in ?) DEO CYM MARITO SEO, 56929 ;
OBIIT IN CHRISTO, 2089 ; OBIIT DE SECV[lo], 2485 ;
MICRAVIT DE HAC LVCE, 1792, 2193 ;
MORITVR, 1497 ;
RECESSIT, 480, 1498, 1791, 2131, 2170 ;
TRANSIIT, 2056, 2062, etc. ;
IN HOC TVMVLO CONDITVR, 2058, 2114, 5352 ;
DEPOSITVS, DEPOSITA, 590, 960, etc. ;
DEPOSITIO, 5402 ;
HIC DORMIT IN PACE, 960 ;
HIC IAGET, 486, 592, 674, 2116, 2125, 2126, 2166, 5350, 5401, 5403, 5769 ;
HIC IACET IN Piace), 2148 ;
HIC IAGET IN TVMVLO, 2115, 2124 ;
HIC TOMOLATA IACIT, 481 ;
HIC PAVSAT, 1739, 2111 ; H. P. IN PACE, 483, 673, 965 ;
HIC QVIESCIT, 5355 ;
ALTAR, 5338 ;
IN ETERNO LOCAV(eru)NT ATRIA CHRISTO, 5349 ;
BASELICA IN HONOREM SANCTORVM MARTYRVM, 4311 ;
ABSIS PERFECTA, 5336 ;
PARIES ECCLESIAE DVDVM EXVSTAE, 5336 ;
BAPTESMA, 5750 ; ` COMMEMOR(i)AL(e) ou (lis) DIES, 5356 ; CONSTRVXIT ET DEDICAVIT, 4311 ;
BEN(e)DICTVS, 2111 ; 1 CASTA CHRISTIANA, 1503 ; IN CASTITATE PERPET (ua), 1724 ;
PATER PAVPERORVM, 2150 ;
PAVPEREBVS PIA, MANCIPIIS PIA BENIGNA, 2091 ;
RELIGIOSVS, 2062 ; RELICIOSA, 482, 2060, 2070, 2151, 2154, 2176b, 2363 ;
REÇ)ICIOSA ET TIMENS DOMINVM, 2081 ;
SACRA DEO PVELLA, 2408 ;
SANC(Ca) MOREBVS OPTIMIS, 2090 ; SAPIENTES PVELLAE, 2408 ;
INFANS, 2083, 2175 a, b ; INFANTOLA, 2095 ; “VIRGINITAS, p. 959 ;
“MANCIPIA, 2091 ;
»KYMETEPON, 5340 ;
yi DORM(itorium), 4058 ; IN HOC LOCO REQVIESCIT, 2172, 2422 ;
SEPVLCRVM, 944, 956, 2326 ; SEPVLCRVM, 956 ; TETOLVS, 2147 ; TITVLVS, 1510, 2085, 2101, 2115, 2128, L 2143, 2147 ; si QVIS CV[m eo sepeliri] VOLVE (ri IDLI ANTEMA (sit), 5755 ;
VOTVM socil (=coniugis) FIERI (S)NSTANTER ADECIT, 4 5349 ;
; RESVRGET IN SPE RESVRRECTIONIS, 2185, 2188 : HIC TITVLVS TEGET, 5862 ;
IN HOC TVMVLO REQVIESCIT passim ;
HIC IN PACE REQVIESCIT passim ;
HIC REQVIESCIT passim ;
HOC TOMOLO... MEMBRA QVIESCVNT, 338 ; HIS TVMYLIS QVIESCIT, 5339 ;
HC IN PACE QVIESCIT, 1505, 1694, 2127.
VOLUMEN XIII. — Inscriptiones trium Galliarum
el Germaniarum latinæ, edidd. Otto Hirschfeld et Carolus Zangemeister. — Parlis primæ fasciculus prior : … Inscriptiones Aquitaniæ et Lugdunensis ed. O. Hirschjeld, Berlin, 1899. Pas de préface ; pas de conspectus —operis, le volume s'ouvre par les Inscriptiones falsæ Même titre. — Partis primæ, fasciculus posterior. Ins- | Même titre. — Instrumentum domesticum collegerunt Olto Hirschfeld et Carol. Zangemeister, edidit Os car | d n. 10001-10010, il faut remarquer que ce dernier _ Vascula leeta ; gallica).
Même titre. — Partis terliæ fasciculus II : insunt pi
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1034
x Douze ans après le tome xn paraissait le premier fascicule du tome xiii renfermant les inscriptions de l'Aquitaine et des Lyonnaises. D'un tome à l'autre, pour le lecteur averti, le progrès est considérable. Le déchiffrement est plus sûr ; la bibliographie (grâce à | l’active collaboration de KR, Schöne, puis d'A. Lebègue) est plus complète, le commentaire plus minutieux et plus pénétrant, Ces qualités, on les retrouve au même degré dans les fascicules relatifs au nord et à l’est de la France, et aux bornes milliaires des trois Gaules. Comme le disait Hirschfeld lui-même, en 191%, l'Académie de Berlin n'aurait pas pu mener à bout la rédaction des tomes Xi et xiii du Corpus sans l’assistance des savants français ; celle-ci ne lui fit pas défaut.
Hirschfeld se plaisait à rendre hommage non seulement à la collaboration de son vieil ami Allmer, mais encore à l’aide efficace que lui prêtèrent Héron de Villefosse, l'abbé Thédenat et le commandant Espérandieu !, ə AQUITANIA, — Convenæ a dextra Garumnæ (le Comminges), n. 128 (épitaphe) ; Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand de Comminges), n. 299, 300 (épi| taphes) ; Ausci (Auch), n. 498-501 (épitaphes) ; Elusa | Limonum Pictonum (Poitiers), n. 1158 (épitaphe) ;
LUGDUNENSIS, — Forum Segusiavorum (Feurs), n. 1655-1661 (épitaphes) : Lugdunum (Lyon), n. 1796, | 2351-2445 (épitaphes) ; Briorati (Briord), n. 2472-2484 | Augustodunum (Autun), n. 2718 (épitaphe), 2797-2799
BELGICA. — Remi (Reims), n. 38255,3256 (dédica ces), 3443 (épitaphes) ; (Thuisy), n. 3446 (épitaphe) ; (Binne. ei
CR a le ee me = LE ELU pe Sr a RE RE aaa ae CE EE EE ER er S
1035 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
. 19 (épitaphe de l'évêque Marius) ; Curia (Coire), n. 5251-5253 (épitaphes) ; Augusta Rauracorum (Bâle), n. 5308, 5309 (épitaphe) ; (Saint-Maur, Jura), n. 5357 (symbole) ; (Arbois), n. 5359 (épitaphe) ; Vesontia (Besançon), n. 5407 (épitaphe) ; Luxovium (Luxeuil), n. 5448-5450 (épitaphes) ; (les Combettes, près Fenay), n. 5463 (épitaphe) ; Dibio (Dijon), n. 5592-5594 (épitaphes) ; (au mont Lassois), n. 5656 (formule) ; (Pothières), n. 5657 (épitaphe) ; Borbelomagus (Worms), n. 6256-6261 (épitaphes) ; Moguntiacum (Mayence), n. 7200-7209 (épitaphes) ; (Ebersheim), n. 7260 (épitaphes) ; (Fischbach), n. 7320 (épitaphe) ; Bingium (Bingen), n. 7525-7527 (épitaphes) ; Baudobriga (Boppard), n. 7558-7563 (épitaphes) ; Aquæ Mattiacorum (Wiesbaden), n. 7599-7606 (épitaphes) ; Confluentiae (Coblenz), n. 7636, 7637 (épitaphes) ; (Cobern), n. 7638, 7639 (épitaphes) ; (Goudori), n. 7640-7650 (épitaphes) ; (entre Lehmen et Goudorf), n. 7653 (épitaphe) ; (Carden), n. 7655 a, 7660 (épitaphes) ; (Plait, près Andernach), n. 7671 (épitaphe) ; (Andernach), n. 7689 ( ?) ; (Leuterdorh, n. 7748 (épitaphe).
GERMANIA INFERIOR. — Ricomagum (Remagen), n. 7813 (épitaphe de Meteriolo) ; Bonna (Bonn), n. 8143 (symbole) ; Colonia Agrippinensium (Cologne), n. 8330, 8332 (épitaphes de militaires) ; n. 8355 (épitaphe métrique de Zanthia) ; n. 8477-8490
INNOCENS ET PERECRINVS, 900 ; CVRATOR CIVITATIS, 563 ; APVD QVEM NVLLVS FVIT DOLVS, 905 : AIVTIT (adjuvet) SPIRITVS 8., 906 : RECESSIO BONE MEMORIE, 1029, 1158 ; CLAVDITVR OC CREMIVM, 1315 ; VHIC REQVIESCIT, 1367 : IN HOC TOMOLO REQVIESCIT, 1481, 1503, 1504, 1510 ; HOC TEGETVR TOMOLO, 1483 : HOC IACET IN TVMVLO, 1491 ; SERVVS, 500 ; 265 ; IN XPI NOMINE, 1028 : IN XRS, 3486 ; VIVAS IN DEO, 1117 ; VIVAT IN DEO, 3448 ; VIVATIS IN DEO, 1161 : VIVAS IN ETERNO, 3559 ; VIVAT IN DEO SEMPER, 1176 : IN PACE, 1182 : QVI LEGIS INTELLECGE, 1483 : VIVE DEO, 1575 : IN NOMINE CHRISTI, 2418 ; PRO REDEMPTIONE ANIMAE SVAE, 2474 ; EPISCOPVS, 1028, 3057, 5407 : SACERDOS, 3158 ; MONACHVS, 1178, 5593 ; ARCEPRE, 1352 : PRESBYTER, 2 299, 2425, 2476 : DIACONVS, 1483, 1511, 1530 : SACRATA GEORCIA CHRISTI ET DIVOTA, 1491 ; FAMOLA Die)l, 1367 ; BONE MEMORIAE, 1481, 1485, | et une carte intitulée :
NEOFITVS, 1548 ;
PAPA, 1575 ;
DEO SACRATA PVELLA, 2554 ;
RELIGIOSA, 2377 ;
PRIMICERIVS SCOLAE LECTORVM, 2385 ;
HIC ANTRA SEPVLCRI, 1489 ;
IN HOC REQVIESCIT, 1509 ;
CONDITVS HOC TVMVLO TEGITVR, 1547 ;
SEPVLCRVM, 1587 ;
QVI A HOC OSSA REMOVIT ANATEMA SIT, 1661 ;
IN LACET, 1796 ;
HIC IVNCTAE SEPVLCRIS IACENT, 2386 ;
HIC PAVSAT IN PACE, 3690, 3697 ;
IACET HIC, 3691 ;
HIC PAVSAT CORPVS, 6256 ;
DIE SOLIS, 1121 ;
DOMINICA DIE, 1548 ;
DIEA SABATO, 5463 ;
VIGELIA PASCE, 2355 ;
AMICVS OMNEBVS, 2481, 2482 ;
QVI FVIT AD DEI OFFICIO PARATVS, 2470 :
PERCEPIT (baptismum), 2718 ; É SOCIATVS ERIT (martyribus), 2826 ;
PAX TECVM PERMANET, 3052 ;
QUI IN PACE PRECESIT, 3519 :
DEO ET HOMINIB AMABILIS, 5593 ;
PORTAT ANNVS XXXV, 1503 :
TER DENVS ET LVSTRA SIC CESSERAT ANNVS, 1483 ;
QVAE SVBITO RAPTA, 1655 ;
VITAM SVAM PROVT PROPOSVERAT GESSIT, 2354 ;
MVNDANA RELIQVIT ET TRADIDIT ANIMAM, 2559 ;
SANCTEMVNIALIS, 2389, 2406, 3514 ;
LECTOR, 2391 ;
QVI FVIT IN OBSERVATIONE, 2405 ;
VIR VENERABILIS, 2472 ;
VIR HONESTVS, 2473 ;
V(b)l FICET DE ABRILIO, 3507, 3509, 3516. VOLUMEN XIV, — Inscriptiones Latii veteris latinæ ed. Hermannus Dessau, Berlin, 1887, xx-27*-608 P., Latium vetus ; Ostia, Aoa Prænestini pars, Ager Albanus el Tusculanus. d On a dit que Henzen, voyant les inscriptions des | Rome et du Latium se multiplier sans cesse, avait remis à H. Dessay le soin de publier toutes cel les qui ne sont pas de Rome même. Il n'avait pas encore comlui succéda en 1878, et fut mis en possession des notes, | copies et estampages que Henzen, de Rossi, Mommsen \ et les autres avaient réuni dans les musées et les biblio- -| personnel les et le tome x1v put paraître en 1887. Il est consacré à un territoire peu étendu, enveloppant Rome complètement, il comprend néanmoins 4278 inscriptions authentiques, y compris l’instrumentum \ domesticum et 461 inscriptions fausses. Ostie (n. 11 2039), Lanuvium, Tusculum, Préneste et Tibur :1 tel les sont les vil les principa les. Ostie surtout, le port ~] de l'ancienne capitale du monde romain, a fourni des qu'on y a fouillé le sol d’une manière méthodi que. On | et ceux qu'y a ajoutés J. Carcopino, permettent de.\ faire revivre cette grande ville d’affaires, aussi | animée que nos grands ports modernes, avec ses nombreux corps de métiers occupés aux approvisiOnnements de la capitale et avec son administration spé- | ciale de l’annone (voir ce mot). E
ER PRE S
|T LATIUM VETUS, — Ostia (Ostie}), n. 131-138, 140 i3 (dédica ces), 1875 (dédicace), 1876-1884, 1886-1936 —(épitaphes), 1937-1975 (formu les et épitaphes), 2018 1e ( ?),4166,4167 ; Lanuvium (Pratica), n. 2075 (dédicace) ; nom), 2210, 2211 (épitaphes) ; Nemus Dianæ (Nemi), (Boville), 2424 (épitaphe) ; (Sotto Marino), n. 2452, Tusculum (Frascati), n. 2766 (épitaphe) ; Labici (Monte Compatri), n. 2787 (épitaphe) ; Gabii (Panà tano), n. 2824 (dédicace) ; Præneste (Palestrina), bn. 2934 (testament de l'année 385), 3330 (épitaphe), “3415 (mémorial), 3416-3431 (épitaphes) : Sublaqueum 4 D Subiaco), n. 3459 ; Tibur (Tivoli), n. 3898 (épitaphe) ; - Nomentum (la Mentana), n. 3992 a (épitaphe) ; Ficulea i tal | | F p Cesarina), n. 4054, 4055 (épitaphes) ; (Velletri), | n. 8418 (épitaphe). Instrumentum domesticum. — N. 4092 '8 (tuile). < HIC DORMIT IN PACE, 1889, 1904, 1954 ; i HIC DORMIT, 1876, 1877, 1880, 1921, 1922, 1927, 1960 ; = QVE DORMIVNT IN PACE, 1887 ; {HIC DORMIVNT IN PACE, 1888, 1897 ;
= DORMIT IN PACE X, 1909 ;
M” HIC QVIESCIT, 1953 ; HIC REQVIESCIT, 2425 ; : HIC Siita) IN PACE, 1896 ; _ HIC IN PACE, 1923 ; | QVIESCVNT IN PACEM, 1959 ; f ACCEPTO Sligno crucis) EXIIT FESTINA(nter), n. 1882 ; = QVANDO DEVS BOLVERIT, 1893 ; SI DEVS PERMISERIT SIBI, 1900 ;
T DEVS, 1885, 1893, 1900, 1913, 1915, 1957, 1958, 1966,
| : META IRENE, 1901 ;
IN PACE, 1878, 1945 :
_ IN FIDE DEI, 1878 ;
ANIMA SANCT (a), 1905 ;
IN XRO, 1949 ;
DEO PATRI OMNIPOTENTI ET XRO EIVS, 1942 ; ORA PRO ME, 3420 ;
BASILICAM CONIVNCTAM TVMVLO, 1937 ; ATRIVM CVM QVADRIPORTICVM..., 1941 ; TE IN PACE, 2566 ; (iv)ATIS IN (deo), 1950 ;
IN DEO VIBAS, 1957, 1967 ;
IN DEO VIBANT, 1958, 1966 ;
IN D(omin)O VIBANT, 1956 ;
QVOD TIBI DIXI, 2566 ;
ORATVRIVM SANCTI ALEXANDRI, 3898 : FVIT IN SECVLO, 1889, 1909 ;
KAST(a) F(i)D(elis), 1897 ; EPISCOPVS, 1937, 1939, 3415 ; BICARIVS SABINI DISP., 1876 ; PREPOSITVS MEDIASTINORVM, 1878 ; DIACONVS, 1943 ;
SVBDIACONVS, 1943 ;
FAMVLVS DEI, 2424 ;
BIRCINIA, 4224 ;
COMSERVI DEI, 1936 ;
PRESBITER, 1879, 2210 ;
FAMVLVS DEI, 2210 ;
SANCTA PLEBS DEI, 1937 ;
SERVVS VESTER (sanctorum), 2824 ;
HOMO BONVS, 1948 ;
INCVRRAT IN TIPO SAFFIRE ET IIACCAE, 3898 ;
NEQ(ue) DONARE VENDERE VEL COMMVTARE, 3421 ;
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
Aricia (L' Ariccia), n. 2165 (An. Ach. Glabrion, voir ce | n. 2224 a, b (épitaphes et acrostiche) ; Ager Albanus | (Castel Gandolfo), 2384-2386 (noms), 4224 ; Bovillæ | ~ 2453 (épitaphe) ; (Grotta ferrata), n. 2566 (épitaphe) : | | 4889, 4890, 1038
.„AETERNALEM, 1970 ; LOCVS, 1885, 1907, 1914, 3898 ; ARCA, 3899 ;
FOLUMEN XV, — Inscriptiones urbis Romæ lalinæ, Insirumentum domesticum, ed. Henricus Dressel, Pars prior. Berlin, 1891, 489 p. ; Partis posterioris fasciculus adjectæ sunt tabule duæ amphorarum el lucernarum formas exprimentes, Berlin, 1899, p491-996.
L'instrumentum de Rome est si considérable qu'on a dû y consacrer tout un volume divisé en plusieurs tomes. Dès l’année 1884 avait paru le recueil de Gaetano Marini, fseriziont antiche doliari pubblicati per cura dell Accad. di conferenze storico-giuridice dal Commendatore G.-B. de Rossi, con annolarioni del Dott. E. Dressel, in-4° (Roma), 1x-544 p., cf. H. Dressel, Untersuchungen ueber die Chronologie der Ziegelstempel der Gens Domilia, Berlin, 1886, Iv, 67.
Sur les 8016 numéros publiés l'archéologie chrétienne ne peut réclamer qu'un nombre restreint de piè ces, L'ouvrage commence par les briques lateres) Après une introduction sur la forme des estampil les (voir ce mot), sur la disposition des caractères, sur leur paléographie, sur les mou les servant à estampiller, sur les briqueteries romaines (figlinæ, oficina) et d'autres particularités, Dressel range les briques en six catégories : 1° lateres publici, provenant d'offcines impéria les (p. 13, 14, n. 1-8) ; 2° lateres urbani privali ex officinis nominalis ou briques d'officines privées dénommées (p. 15-201, n. 9-690) ; 3° laferes urbani privati reli qui ælatis melioris (p. 204-386, n. 691-1539) ; 49 lateres urbani ælatis diocletianæ el posterioris (p. 386-423, n. 1540-1731. Ici nous rencontrons les estampil les chrétiennes de l'oficina Claudiana numéros 1656-1675, portant des noms d'empereurs | chrétiens ou de rois ostrogoths ; l’officina Abundanli, symbole chrétien). | XLVII. SUPPLÉMENTS ET COMPLÉMENTS DU CORPUS.— En 1862, à Rome, Mommsen arriva un jour à l'Istituto archeologico, radieux, montrant les premières feuil les du Corpus à Gaston Boissier et à Henzen. Celui-ci regarda longuement et dit avec mélancolie : « Voilà bien le commencement, mais qui de nous verra mn ES LEON ET AU
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EE eee aee 1059 la fin t ? » Aucun de ceux qui virent le début n’en a vu l'achèvement, et cependant l’œuvre peut être considérée comme accomplie quoi que inachevée. L'impulsion et l'exemple donnés par Mommsen ont mis debout plus de trente volumes in-folio auxquels une légion de savants ont donné sans compter leur temps et leur peine, Tant que le sol de l'Empire romain rendra une pierre portant une inscription latine, le Corpus sera inachevé : mais ce qui est rassemblé dans ces volumes peut permettre d'attendre sans trop d'impatience les volumes supplémentaires. Plusieurs ont déjà paru (au tome nr, au tome vin), il faut savoir les attendre | car on ne peut publier ces suppléments qu'à de longs | interval les : en effet, il faut y suivre l’ordre géagraphi que, il faut éviter de surcharger (ainsi qu’on l’a | fait au tome mi) cha que volume d'appendi ces nombreux. Pour remédier aux inconvénients d'une trop longue attente, l'Académie de Berlin créa, en 1871, l'Ephemeris epigraphica. Corporis inscriptionum latinarum supplementum, dont le tome 1x parut en 1905, Outre les textes épigraphiques, ce recueil contient des dissertations épigraphiques dont la plus grande partie est due à Mommsen. Ce sera la seule partie des volumes qui sera utile à consulter quand les différents tomes supplémentaires du Corpus auront paru. Voici le détail des neuf volumes de 'Ephemerisepigraphica ;nous n'in- | diquerons que les additions de textes épigraphiques.
TOME IV (1881). — Mommsen, Hemerologii Allijani
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
— Huebner -et Mommsen, Lex | — Mommsen, Addit. ad fastos | corporis vol. II (p. 25-191) ; Mommsen, Fastorum || consularium Amiterninorum fragmentum (p. 192, 193) ; Huebner, Addit. consulares Capitolinos (p. 253-255) ; Henzen, Addit. ad tabulas triumph. Capitolinas (p. 256-258) ; Bormann et Henzen, Addit. ad corporis vol, VI partem primam (p. 259-354) ; Huelsen, Additamentorum ad corporis alterum ad eorporis vol. VII (p. 194-212) ; Henzen et Mommsen, Addit. ad fastos vol. VI, part. I supplementum (p. 482, 483) ; e Addil. ad corporis vol. III (p. 495- -515). TONE V (1884). — Mommsen, Addit. tertia ad corporis vol. III (p. 1-104, 259-262, 569-624, 652656) ; d Jo. Schmidt, Addit. ad corporis vol, VIII (p. 265-568, 649-651).
TOME VI (1885). — [Entièrement consacré aux M bal les de fronde.] TOME VII (1892). — Jo. Schmidt, Add. ad corporis 4 i vol. VIII (p. 1-271) ; G. Haverfield, Addit. quarta ad corporis vol, VII (p. 273-354) ; H. Dessau, Addit. ad corporis vol. XIV (p. 355-384) ; H. Dessau, Titulus repertus ad viam Labicanam (p. 384).
TOME VIII (1899). — M. Ihm, Addit. ad corporis | vol. IX et X (p. 1-221) ; A. Cumes, n. 446, deux chrismes sur le côté droit d'une épitaphe païenne, n. 454 (épitaphe) : Capoue, n. 514 (épitaphe), n. 516-521, 880 | cette inscription est datée des années 379 et 387. QVAE VIXIT PLVS minus an LXXDEP-SVB DX-. IND-SEXTA-IMP. IVSTINO - PPAV ganno. - PC-EIVSDEM AN no cette inscription est de 572 ou 573. Si c'est 572, il faut écrire : imp. Justino p(er)p{etuo) Aulg.anno VIIJ, m pe. eiusdem an[no VI] ; si c'est 573, il faut écrire : A VIIN et VII : 6) aa Rs IVSCIDAE QVINTAE QVAE VIXIT ANNIS XXV MV D XV MVRRIVS NVMIDIVS CVI IVNCTA FVITHZ ANNIS VIII MIIT D XXV CVMQYA ETIAM SIBI QVIETEM PARAVIZ DEP VKAL IVL DD NN CO *NSTANTIO AVG X ET IVLIANO CAES III Notizie de degli scavi di antichita, 1901, p. 18. 7) HIC REQVIESCIT IN SOMNO PACIS ALBINVS FILIVS MAGNI QVI VIXIT ANNV VNV MENS-IIII DEPOSITVS SVB DIE KAL OCTOBER DIE $8 8). + + + HIC REQVIESCIT IN SOMNO PACIS DVL CIS CARETOSA FILIA QD-QVIRILLI DIACRO MANI QUE VIXIT ANN DOLENDVS PLVS MIN XXVII DEP D XIII CAL OC TOB. XXIII PC BASILI VG IND XIII - cette inscription est de l'année 565 ; première mention comme chrétienne, l'acquisition est de mince | valeur malgré la nouvelle lecture ; n. 1263 (= 1221), lames de plomb mélangé d'étain, noms et symboles (chrismes) ; n. 1297 (chrisme), n. 1300 b (chrisme). Si on dépouille l'Ephemeris epigraphica comme nous venons de le faire, on ne peut s'interdire une constatation. Exception faite pour quelques trouvailles intéressantes, on ne rassemble plus désormais que de la poussière d'épigraphie. L'âge des trouvailles fameuses semble révolu. A l’'Ephemeris nous ajouterons les : INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1049 quantité de textes : … en second lieu, les inscriptions chrétiennes, à moins qu'elles ne contiennent des renseignements sur les antiquités païennes ou l’administration romaine. Le christianisme est un monde tellement à part que les documents épigraphiques chrétiens sont perdus dans un Corpus général et qu'il conviendrait de les réunir en un recueil spécial, ce qui sera fait quel que jour pour l’Afrique. » A retenir, n. 36 (épitaphe juive) et n. 490 à Chouhoud-el-Batel (Proconsulaire) sarcophage : MINVCIVS APRONIANVS FLA 5a | (Voir Dictionn., t. v, au mot FLAMINES CHRÉTIENS.) Celui qui ne veut laisser échapper aucune information doit dépouiller tous les Bulletins et les Annales des Sociétés savantes et des Académies, les revues épigraphiques et les publications périodiques les plus variées, avec la certitude que certains textes se déroberont toujours aux recherches les plus obstinées. Il faut toutefois faire une place à de très utiles essais de groupement. La place d'honneur appartient à Jean-Baptiste de Rossi qui soutint, de 1863 à 1895, l'effort nécessaire à la publication du Bullettino di archeologia cristiana, continué de 1894 à 1923 sous le titre de Nuovo bullettino di archeologia cristiana. Voici les articles proprement épigraphiques qu'on y trouve, bien que, en réalité, on pourrait compter les articles d'où l'épigraphie est Paolo Pietro : e le relazioni ira Paolo l'apostolo e Seneca ai waT Ee erar 4 N emani imam 1 3 EE we : 1043 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1044 insigni iscriziont eristiane di Alba, che si dicevano trascritte dal Berardenco nel 1450 (p. 45-47) ; Annotarione bibliografica sopra un’ insigne iscrizione cristiana di Catania (p. 75-76) ; Epigrafe storica scoperla in Porto, alludente agli ultimi spettacoli gladiatorii e alla loro abolizione (p. 84-87). Un’ epigrafe di donazione alla basilica di Ss Maria in J'rastevere (p. 113-115). 1871. — Epigrafe d'un sacro donario in lellere d'argento sopra tabella di bronzo (p. 65-70, 160) ; Spici- | legio d'archeologia cristiana nell Umbria (p, 81-129, 131-148) ; Trau in Dalmazia. Scoperta di una lamina dé piombo sulla quale à scritlo un esorcismo cristiano (p. 38-40). scrilta sul sarcofago di S% Petronilla (p. 139-160) ; (p. 5-25) ; Elogio damasiano del celebre Ippolito martire - L'epitafio metrico del papa Zosimo sepollo in 5. Lorenza | ed epigrafe abecedaria, trovalo in Cartagine presso un | battistero (p. 125-146). | nella Frigia, paragonata col celebre epitafio metrico zione sepolcrali cristiane novellamente scoperte in-Capua 4 Africa. Iscrizioni di basiliche e di oratorii cristiani (p. 161-164). 5 1880. — La basilica di S. Giovanni Maggiere in ; Napoli ; ed i nomi di vescovi sui capitelli delle chiese in Italia, in Africa, in Oriente (p. 161-168) ; Numidia, Monumenti architeltonici e scritti (p. 73-76, 175). 4 1881. — La silloge epigrafica d'un codice già corbeiense, ora nella biblioteca imperiale di Pietroburgo sepolto presso la via Tiburtina (p. 26-55) ; IL cubicolo di Ampliato, nel cimitero di Domitilla (p. 57-74, 123) ; nel l'agro Verano (p. 93-100) ; Vaso fitlile con simboli d'Abercio (p. 77-82) ; Vetro con l'epigraphe ODOR SVAVIS (p. 131-134). F 3 Raccolta di iscrizioni romane relative ad artisti ed alle … loro opere nel medio evo, compilata alla fine delsecolo XFI | EA fe. 73-100) ; I dodici apostoli figurati in sei agnelli in un | … marmo di Spalato (p. 120-126). E | B ' Tip. 43-53) ; Continuazione delle scoperte di epigrafi eristian : antichissime nel nucleo primordiale del cimitero di » Priscilla (p. 57-96) ; Novelle scoperte nel piano inferiore … del cimitero di Priscilla (p. 97-129) ; Iscrizione cimi- » feriale romana con nuova formula di preghiera per à » defonti (p. 150-154). 1894. — Frammenti di iscrizione storica in caratlere | flocaliani (p. 32-36) ; Iscrizione di Guelma (Calama) in Africa (p. 39-40) ; IT cippo sepolcrale di A bercio ~ collocato nel museo Lateranense (p. 65-69) ; D'una iscrizione con preghiera pel refrigerium del’anima (p. 70- » 15) ; Epigrafe d'una illustre donna della regia stirpe ~ degli amali ostrogota (p. 77-82) ; Un cippo del re TeoM dorico nelle paludi pontine (p. 83-84) ; Basilica ed insigni iscrizioni in musaico scoperte in Tipasa di Mauritania (p. 90-94) ; Iscriziont cristiane di Anzio i » (p. 96-97) ; Cimitero sotterraneo di ignoto nome sul Monte Mario (p. 133-146) ; Scoperta dell epigrafe meirica del marlire Quirino vescovo di Siscia nella cule du Bulletlino se termine par une dissertation écrite par J.-B. De Rossi en 1848, et que les circonstan ces politiques du temps l'empêchèrent de lire à._ l'Académie romaine d'archéologie, le sujet était cependant de tout repos : Della raccolla delle iscrizioni minées par J.-B. De Rossi dans d'autres recueils pério- | diques, nous croyons devoir citer encore suivant 10 rdre | chronologi que : © delle iscriziont cristiane, dans Bull. archeol. Napoletano, INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1046 | dans Revue archéol., décembre, p. 370-379. | zione ricordante Onesiforo servo o liberto clarissimæ 1047 Frammenli di fasti di ludi Capenati, dans Annal. d. | Istit, p. 253-284 ; Frammenti degli atti degli Arvali, dans Bull. d. Istit., p 72-73. trovata in Madaba, di archeol., IIe série, t. v. XLVIII. LES RECUEILS D'INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES, — Les inscriptions chrétiennes ont déjà fait l'objet deplusieurs recueils particuliers ; ce sont : Æmilius Hübner, Inseripliones Brilanniæ chrislianæ, Berlin, 1876, xxn-101 p. Voici les divisions de l'ouvrage : FPræfalio, I Cornwall (n. 1-22) ; Devon (n. 2330) ; Dorset (n. 31-32) ; Wa les, comprenant Brecknockshire (n. 33-56) ; Glamorganshire (n. 57-81) ; Caermarthenshire (n. 82-92) ; Pembrokeshire (n. 93-111) ; Cardiganshire (n. 112-125) auquel est joint le Montgomeéryshire ; Merionethshire (n. 126-134) : Caernarvonshire (n. 135-147) ; Anglesey (n. 148-156) ; Denbigshire (n. 157-161) : Flintshire (n. 162, 163) ; Isle of Man (n. 164) ; Reliquæ Britanniæ regiones (n. 165-204) ; Caledonia (n. 205-214) ; Instrumenti domestici inscripliones (n. 215-228) ; Tituli reliquiarum S. Cuthberti n. 229). Appendice. Faux récents : Additamenta INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) | tions in thé Irish Language chiefly y, collected and drawn by Georg Petrie, edited by M. Stokes, in-4°, Dublin, 1870 ; | næ, Berlin, 1871, xv-120 p., et Inscriplionum Hispaniæs | christianorum Supplementum, Berlin, 1900, xvi-162 p. ; | les deux volumes ont reçu une table comm une, ils | comptent 535 inscriptions authentiques et 106 fausses (n. 230-234). (Voir Diclionn., t. u, col. 1227, fig. 1098, 1099, 1701, 1702.) H. Gaidoz, Notice sur les inscriptions latines de l'Irlande, in-89, Paris, 1878, tiré de Christian Inscripsur les inscriptions chrétiennes de l'Irlande, voi r Diclionn., t. vx, au mot IRLANDE. T Anderson. The early monuments of Scotland beini (in substance) The Rhind lectures for 1892, formant l'Introduction. de The early christian monuments of Scotland, a classified, illustrated, descriptive list of the monuments, with an analysis of their symbolism and ornamentalions, dans Society of antiquaries of Scotland, Edinburgh, 1903 (voir Dioni t. Iv, col. 1901-1914, fig. 3907-3912). Æmilius Hübner, Jnseripliones Hispaniæ christ p Mayence, Metz, Trèves, Cologne ; une partie de ces “textes ont été publiés par Le Blant dans le recueil qui m Edm. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule | | f Mes sepi provin ces, 2 vol. p., 1-42 pl. ; va suivre. (Voir Dictionn., t. vi, au mot GERMANIE, “col. 1210-1217.) - Ajouter í cetie inscription découverte depuis peu à SA Goddelau ! HC GVIISCET IN PACE MATRO NA NOMENE REMIC 0 SIMVL CVM 1 FILIIS DVCCIONI ET DER ‘antérieures au FIII ? siècle, t.1. Provin ces qallicanes ; t.xr. in-d°, Paris, 18564865, 644 p., 43-93 pl : Nouveau recueil “des inscriptions de la Gaule antérieures au VIII siècle, in-40, Paris, 1892, 1 vol. xxm-483 p. « Depuis plusieurs années, écrit Hase, M. Edmont Le Blant avait conçu le projet de réunir en un seul corps d'ouvrage toutes les inscriptions chrétiennes antérieures au vurt siècle et découvertes sur le sol de la Gaule romaine. Mais l'épigraphie, quand on veut l'enrichir de découvertes nouvel les, n'est pas une science sédentaire et pares- P 4 seuse qui puisse être cultivée dans le repos et l'ombre d'un ‘cabinet ; il ne lui suffit pas toujours d'employer ce que disent les livres ; pour avoir des matéri aux nouve aux, il faut se résoudre à la fatigue d'aller les chercher au loin. C'est une nécessité que ] M. Le Blant a comprise. Distingué par ses connaissan ces archéologiques, par une vive ardeur pour l'étude et une grande - aptitude à celle des be aux-arts, il s'est courageusement voué à la mission qu'il s’est donnée. Plus les yeux ont - vu, plus la criti que voit elle-même. Ayant donc entreT pris plusieurs voyages préparatoires en France, en … Italie et dans la [Rhénanie], visitant les bibliothèques, « les musées, les églises, les catacombes, M. Le Blant a | dessiné lui-même les monuments, fait des copies figurées de toutes les inscriptions existantes, reproduit | enfin, pour les monuments disparus, les textes anciens | - conservés dans un grand nombre de manuscrits et de | … inscriptions lapidaires qui sont conservées dans les Musées du Louvre et de la Bibliothè que impériale, afin ~ que ces documents si précieux ne soient ja mais perdus pour les historiens ni pour les archéologues ! » Le Blant J.-B. De Rossi décernait à Edm. Le Blant le titre de dittalore delle cristiane antichità delle Gallie ; on n'a guère d'exemple d'une dictature aussi modeste et aussi applaudie. Dans la notice biographi que de Le Blant = (voir ce nom) nous faisons connaître son œuvre archéo- | … logi que tout entière, ici il n’est question que de la ~ partie épigraphi que représentée par trois volumes qui = manie), dans Korrespondenzblait des rümische-germanische *INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’)
On va profiter des
1050 montrent une fois de plus que l'effort individuel en France est plus efficace que les vastes collaborations
académiques. Rien ne ressemble moins au type de publication épigraphique mis en honneur par Mommsen, étudié
dans le Corpus que le recueil de Le Blant. Ici tout est clair, intelligible, grâce au rôle de l'éditeur qui ne se
contente pas de livrer un texte agrémenté de points et de barres et tire sa révérence au lecteur pour lui
présenter un autre texte plus énigmatique ou tout à fait incompréhensible ; Edmond Le
Blant de même que Jean-Baptiste De Rossi appartiennent à la vieille école latine et française, soucieuse
d'exactitude mais aussi de clarté. L'œuvre débute par une préface de vastes proportions, telles que les
aimait Benjamin Guérard (voir ce nom) et dans laquelle on voit tout ou presque tout ce que le recueil peut
apporter à la science de l’histoire et à la connaissance du passé. À cette Préface il faut joindre celle, plus
brève du Nouveau recueil. Voici les divisions de l'ouvrage et le classement des inscriptions dans les trois
volumes de 1856, 1865 et 1892.
PROVINCES GALLICANES.
Première Lyonnaise. — Pothières (n. 1) : Dijon (n. 2 [cf. Nouveau recueil, p. 454-456], n. 3, 659) :
Mesves (n. 659 a) ; Autun (n. 4-10) : Chalon-sur-Saône
{n. 660) ; Decize (n. 11) ; Saint-Germain-du-Plain
(n. 661) ; Anse (n. 12, 661 a-662 b) ; Albigny (n. 13) ;
(n. 218-221) ; Trancault (N. R., n. 29) ; Troyes (N. R., n. 30-31) ; Gémigny (N. R., n. 32) ; Auxerre (N. R. n. 33).
Seconde Belgi que. — Gand {n. 321 c) ; Haulchin (n. 321 d) ; Bavai (n. 679) ; Amiens (n. 322-332, 676-678) ;
Boulogne-sur-Mer (N. R., n. 44 a) ; Miannay (N. R, n. 45) ; Pont-de-Metz (N. R., n. 46) ; Sains (N. R., n. 47) ;
Vermand (N. R., n. 48, 48 a). Entre Travery et Vendeuil (N. R., n. 48 b) ; Laon (n. 678 a ; N. R., n. 49) ;
Osly-Courtil (n. 332 a) ; Soissons (n. 333) ;
1051
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’), (N. R., n. 161) ; Arles (n. 508-542 ; N. R., n. 162-205
Da Reims (n. 334-336 b) ; Bainson (n. 336 c) ; Vitry-le-François (n. 337) ; Compiègne (N. R., n. 50) ;
Hermes (N. R, n. 51, 52, 421) ; Arcy-Sainte-Restitute (N. R., n. 53, 54) ; Breny (N. R., n. 55) ;
Chouy (N. R., n. 56) ; Aiguisy (N. R., n. 57) ; Thuisy (N. R., n. 58) ; Sézanne ? (N. R. n. 59) ;
Ralomagus (N. R., n. 60) ; Fontaines (N. R., n. 61 [cf. p. 451]).
Première Germanie. — Wiesbaden (n. 338, N. R. n. 81, 427-431) ; Andernach (N. R., n. 423) ;
Cobern (N. R., n. 424) ; Gering (N. R., n. 425) ; Gimbach (N. R., n. 426) ; Coblentz (N. R., n. 62) ;
environs de Coblentz (N. R., n. 63) ; La Vieille-Église (N. R., n. 64) ; Goudorf (N. R., n. 65, 66) ;
« Le fondement nécessaire d'un pareil travail est la connaissance des époques de diverses inscriptions. En effet, si les dates en sont inconnues ou incertaines, nous demeurons dans l'ignorance ou dans l'incertitude sur la valeur de leur témoignage quant à l'origine, au progrès, à la vie du christianisme, quant aux croyances des fidèles soit durant l'ère des persécutions, soit durant les premiers siècles de la paix donnée à l'Église par Constantin. Or, les inscriptions de date certaine forment à peine une dixième partie de la totalité. Le premier soin à prendre est donc de découvrir les dates que les auteurs ont négligé de préciser. C'est à quoi tend tout le premier volume, « Le mode le plus simple et le plus sûr de connaître l'époque des inscriptions sans date est de les mettre en regard des inscriptions datées : à cette fin, nous avons choisi, parmi les onze mille inscriptions, celles qui ont des signes certains du temps et sont sépulcrales (les inscriptions sacrées et monumentales seront classées séparément dans le second volume) : et nous les avons disposées par ordre d'années, de mois, de jours en une série continue depuis l'an 71 de J.-C., où apparaît le premier fragment de date certaine dans les cimetières chrétiens de Rome, jusqu'à la fin du Ve. D'autres dates sont marquées avec les années des diverses époques que nous appelons ères (voir ce mot), comme la dionysienne, dont nous nous servons ; d’autres avec les années des empereurs, des rois, des consuls, des magistrats, des souverains pontifes et évêques qui sont autant de notes historiques ; d’autres enfin avec les années des cycles astronomiques et civils, c'est-à-dire des solaires et lunaires et des indictions. Chacune de ces dates est interprétée et analysée dans les cas particuliers et dans les commentaires relatifs à chaque année et à chaque inscription. Le système, la méthode, les lois, les preuves de l'interprétation sont résumés synthétiquement et traités dans les longs prolégomènes du premier volume. Il est démontré : que l'usage des ères dans l’ancienne épigraphie chrétienne a été propre à l'Orient, aux Espagnes, à l'Afrique et absolument nul à Rome ; que l'usage des dates historiques a été tantôt plus ou moins fréquent, tantôt dans une forme, tantôt dans une autre ; qu'à Rome spécialement on a fait usage des dates consulaires, dont, à cause de cela, nous avons développé tout le système et déterminé pour la première fois les formules dans les diverses périodes historiques des temps chrétiens et leur concordance avec l'histoire de la chute de l'Empire romain, d’où jaillit une grande lumière. Enfin, les fastes antiques qui nous donnent la série des consuls de l'époque chrétienne y sont, pour la première fois aussi, comptés et mis en ordre. Vient ensuite le traité des cycles astronomiques, qui fournit beaucoup de notes des temps marquées sur les monuments chrétiens : quant au cycle solaire, la concordance en est établie d'après les païens, les Hébreux et les chrétiens, démonstration importante pour nombre de passages de l'histoire ecclésiastique et pour la question relative à l’année de la mort du Rédempteur. En ce qui touche les cycles lunaires, objet de tant d'études et de discussions dans l'antique Église, à cause de la fête pascale, nous en disons l'histoire, encore si obscure et en partie si ignorée, surtout pour ce qui tient à l'Église romaine. Par là nous éclairons les anciennes controverses pascales et les décrets du concile de Nicée, les prétentions exagérées des Alexandrins, les dissensions avec les anciens fidèles de la Bretagne, les vraies origines de cette dernière chrétienté et nous constatons l'autorité du siège apostolique. Des questions nouvelles sur le cycle des indictions sont aussi proposées et résolues, « Nous donnons en dernier lieu le traité sur les inscriptions privées de date et sur le moyen de retrouver en elles un fil de chronologie. Elles sont premièrement divisées en deux familles, l’une formée des inscriptions appartenant aux sépulcres souterrains, l'autre de celles qui appartiennent aux sépulcres placés sur terre, et nous démontrons sommairement l'existence, les signes distinctifs, les âges de ces deux grandes familles. Leurs limites chronologiques apparaissent dans les monuments des cimetières romains par l'examen des inscriptions pourvues de date certaine. Pour que cette preuve soit plus facile et que chacun puisse voir comme elle conduit jusqu'au moyen de calculer quelles furent dans les divers temps les diverses proportions numériques des inscriptions souterraines par rapport aux autres, nous en avons rapporté tous les éléments en des tables statistiques qui donnent les sommes des épigraphes de temps et d'origine certaine distribuées dans les deux familles et dans diverses séries d'années. Par ces tables, on voit que les inscriptions souterraines dominent seules ou presque seules pendant les siècles de la persécution ; sous Constantin, commencent à paraître les inscriptions sur terre ; sous l'empire de ses fils, ces dernières se multiplient, mais les souterraines sont encore plus nombreuses, et la proportion ne change pas sous Julien : de 364 à 374, les deux familles s'égalisent à peu près ; de 375 à 400, les proportions changent, les inscriptions souterraines deviennent chaque jour moins nombreuses ; de 400 à 410, elles sont rares : de 410 à la moitié du VIe, elles sont exceptionnelles et l'an 410 doit être tenu pour leur dernière limite ordinaire. L'archéologie peut arriver à cette précision de résultats lorsqu'elle prend la peine d'examiner un grand nombre de monuments dont elle a minutieusement étudié l'origine, vérifié la version et ordonné la série. Ainsi, pour chaque inscription, on recherchera à quelle famille elle appartient ; quand on la reconnaîtra souterraine, on la saura par cela seul antérieure à la fin du Ve, à l'an 410 même selon la règle ordinaire, et facilement pas plus récente que l'époque de Julien : dans le cas contraire, on la devra croire postérieure aux siècles des persécutions et plutôt du VIe, du Ve ou de la fin du IVe que de la première moitié environ du IVe, « Ce sont dans ces limites générales qu'il faut chercher de plus près l'époque de chaque inscription. Cette recherche exige un minutieux examen de la paléographie, des symboles, de la langue, du style, des formules, de l'orthographe, de la nomenclature et de mille autres détails, lesquels, bien étudiés, fournissent un ensemble d'indications propres à nous révéler l’époque cherchée. y « La valeur de tels indices et les règles d'un examen si multiple et si compliqué sont comme l'argument, « non d'une simple introduction, mais de toute la suite M de l'ouvrage, où l'on en trouvera à chaque page des applications et des exemples. Nous proposons d’abord M et nous formulons brièvement une grande division, « laquelle comprend et embrasse l'épigraphie chrétienne « tout entière, c'est-à-dire la distinction, entre deux ' styles épigraphiques, le style de l’âge des persécutions M et le style de l’époque qui a suivi la paix de l'Église. M Le premier est simple, timide, il exprime la foi chrétienne plutôt par des symboles que par des paroles et, « lors que les paroles lui échappent, elles sortent spontanément du cœur, expriment les plus doux sentiments dans une langue naïve, pure, élégante alors même qu'elle porte comme l'empreinte de la rusticité de « celui qui a écrit ou dicté. De là ces tendres et pieuses exclamations : — Vivas in Deo ! — in Domino ! — in Christo ! — in pace ! — Refrigera ! — Deus tibi refrigeret ! — Spiritum tuum Deus refrigeret ! — Pete pro nobis ! — pro conjuge ! — pro filiis ! — pro fratribus ! — pro sorore ! et tant d’autres semblables, Dans ces épitaphes, il n’est presque jamais question ni de l'histoire | du défunt ni des louanges qu'il peut avoir méritées, | ni même de l’année de sa mort. « Le style de la seconde époque est bien différent : froid et souvent emphatique et verbeux, on y remarque beaucoup plus l'intention de chanter les « louanges du défunt et de donner les dates de sa M naissance et de sa mort que le besoin d'épancher spontanément des sentiments de religion et d’affection dans le vrai langage de la piété et de la douleur. On n’y rencontre pas une seule de ces élégantes et naïves exclamations dont nous parlions tout à l'heure ; les symboles mystérieux de la doctrine cachée aux païens y sont rares et l'on y trouve au contraire sans cesse les signes reconnus et évidents à tous les yeux du christianisme. | « Cette distinction fondamentale des deux styles trace comme une grande ligne de démarcation entre les inscriptions chrétiennes de deux époques ; elle est d’ailleurs confirmée par tous les indices chronologiques que nous donnent ces inscriptions, soit lorsqu'on les considère isolément, soit lorsqu'on les groupe par familles ; elle l’est surtout par les indices tirés des noms propres. Il n’y a pas d'inscription, si simple qu'elle soit, qui ne rappelle quelque nom propre, et c'est pour quoi l'étude des lois selon lesquelles les noms se formaient et se modifiaient aux diverses époques peut révéler un élément de chronologie qui se trouve au moins à l’état latent dans tous les monuments épigraphiques. Les formes des noms chrétiens des trois premiers siècles apparaissent précisément dans les inscriptions du premier style, tandis que dans celles du second on trouve les noms propres du dernier âge de l'empire romain. Ce point a trop d'importance pour qu'on puisse négliger de le signaler dès le premier volume, c'est pour quoi les prolégomènes se terminent par des remarques sommaires à ce sujet et par une précieuse inscription, faite sous le pape Marcellin, avant l’année 304, et qui est un lumineux exemple de la transition du style de la première époque au style de la seconde. « À la fin du volume, des tables chronologiques donnent, année par année, toutes les dates qui se trouvent dans les inscriptions reproduites dans ce premier tome, Elles sont accompagnées de courtes notes résumant les inductions tirées de ces dates soit dans les commentaires dont les diverses inscriptions sont l'objet, soit dans les prolégomènes. Le volume s'ouvre par une préface étendue qui sert d'introduction à tout l'ouvrage et où est retracée l'histoire des études faites *1061 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1062
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ur l'épigraphie romaine depuis le moment où elles commencèrent, c’est-à-dire depuis Le de Charlemagne, jusqu’à nos jours. Dans cette préface, l'auteur expose ensuite le dessein qu'il s'est proposé et la méthode qu'il a adoptée.
« Les volumes suivants seront au nombre de cinq. Le plus important de tous et d'une lecture plus attrayante que le premier, contiendra un choix d'inscriptions chrétiennes les plus remarquables et les plus belles, distribuées en diverses classes et destinées à constater les dogmes, les rites et les mœurs de l'Église primitive. Dans les quatre derniers se trouferont réunies toutes les autres inscriptions chrétiennes de Rome.
Le vrai moyen de mettre l’ordre et la lumière dans cette masse énorme de titres, presque tous gravés sur des tombes et ne fournissant que très peu de notions historiques, est de les classer en familles topographiques, c'est-à-dire de les rétablir dans le lieu qu'ils ont d'abord occupé, en leur assignant la place que chacun eut à l’origine au milieu de tous les autres.
L'entreprise est difficile, car, pour la plupart, on a négligé de marquer d'une manière exacte et précise le lieu où ils furent trouvés. Toutefois, de nombreuses recherches dans les divers recueils, une observation industrieuse et l'exploration quotidienne des excavations faites soit sous terre, soit à ciel ouvert, permettront en grande partie d'atteindre le but.
Les inscriptions étant d'abord rangées en autant de classes et de séries qu'il y a de cimetières souterrains, de basiliques et de lieux de sépulture construits au-dessus de terre par les fidèles de Rome durant les six premiers siècles, puis chaque série étant divisée autant que possible en groupes ou familles selon les époques, elles s'éclaireront les unes par les autres et pourront de la sorte servir, beaucoup plus efficacement qu'on ne serait tenté de le supposer, à l'histoire des origines chrétiennes et des monuments qui les révèlent, ainsi qu'à la classification chronologique des inscriptions dépourvues de dates.
Dans ces groupes et dans ces séries on ne reproduira pas les inscriptions choisies, publiées dans les deux premiers volumes, mais chacune d'elles y sera indiquée à la place qu'elle doit occuper.
Un premier appendice contiendra les inscriptions antiques des juifs de Rome ; un second, les inscriptions fausses ou douteuses que la critique sérieuse doit soigneusement séparer des inscriptions vraies et certaines. »
Le tome premier, dédié au pape Pie IX, s'ouvre par une Præfatio (p. V-XL) consacrée à l’histoire des études d'épigraphie chrétienne du xvie au XIXe. Ensuite (p. xli-xlni), Elenchos voluminis primi résumant les chapitres des PROÆMENA :
Caput 1 : De inscriptionibus, quæ prima parte continentur (p. 1) ;
Cap. II : De æris (p. IV) ;
Cap. III : De historicis temporum notis (p. VII) :
1° Quænam historicæ temporum notæ Christianis sint monumentis inseriptæ ;
2° De legibus et formulis, quibus consulum nomina Christianis sunt adscripta ;
3° De tabulis fastorum consularium :
Map. 1v ;
De cyclicis temporum notis (p. LXX).
1° De cyclo solis ;
2° de cyclis lunaribus ;
3° De cyclo indictionum ;
Cap. V : De inscriptionibus quæ temporum notis carent (p. ci).
Tabulæ quibus romanarum inscriptionum quæ hoc volumine continentur, origo significatur el earum, quæ sub terra, earum, quæ supra terram posilæ erant, summæ colliguntur per ætalem seriem distributæ ab anno Christi LXXI ad annum CCCCX (p. cxvii-*CXXII).
A la suite viennent les Epitaphia certam temporis notam exhibentia, au nombre de 1374.
Depuis lors, on a vu paraître un supplément intitulé : Inscriptiones christianæ urbis Romæ septimo sæculo antiquiores, editus Josephus Gatti. Voluminis primi Supplementum. Fasc. 1, in-fol., Romæ, 1915, iv-144 p., contenant des corrections et des additions, ce qui porte le nombre des inscriptions datées de 1374 à 1865.
Avec ce fascicule supplémentaire s'arrêtait l'œuvre de J. Gatti ; la Societa romana di Storia patria annonçait que le deuxième et dernier fascicule dudit Supplementum était confié aux soins de M. A. Silvagni et contiendrait tutte le rimanenti iscrizioni datate anteriori al sec. VII, venute in luce dopo la edizione del Vol. I del De Rossi, insieme agli indici del Vol. I stesso e del Supplemento.
Les autres volumes, promis dès 1861, n'ont jamais paru.
Cependant J.-B. De Rossi exécuta dans une certaine mesure sa promesse ou du moins son projet d'offrir une histoire dogmatique, disciplinaire et morale par les textes épigraphiques en organisant le musée épigraphique dont il fit reproduire chaque pilier par héliotypie, et en composa un album intitulé :
Dans cette revue que nous venons de faire des ouvrages renfermant les inscriptions chrétiennes, on a vu que cette limite chronologique doit être relevée de plusieurs siècles.
La France, l'Espagne, l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne — et nous le dirons bientôt l'Égypte et l'Asie Mineure — possèdent des recueils plus ou moins anciens mais qu'il est possible à quiconque porte attention à ces études de tenir au courant.
Rome possède et tient à jour son recueil d'inscriptions à de longs intervalles ; l'Italie offre quelques travaux excellents mais isolés et dont la valeur serait bien plus grande s'ils étaient rassemblés dans un recueil unique ; les Iscrizioni cristiane della provincia di Como anteriori al secolo XI, par M. Monneret de Villard, in-8°, Como, 1912, 180 p., offrent un modèle à imiter.
Quoiqu'on nous ait dit qu'il conviendrait de réunir en un recueil spécial — ce qui sera fait quel que jour — les inscriptions chrétiennes d'Afrique, on constate qu'il faudra non sans y mettre beaucoup de temps — et d'argent — les aller dégager des quatre volumes in-folio que M. S. Gsell consacre aux Inscriptions latines de l'Algérie, t. 1. Inscriptions de la Proconsulaire recueillies et publiées par S. Gsell, Paris, 1923 ; le premier volume a seul paru et la publication, tombée entre les mains d'une administration officielle, paraît destinée à ne plus progresser qu'avec lenteur, alors qu'il serait si facile de renfermer dans un petit volume de format in-8° toute la riche moisson qui va de Tunis à Tanger.
XLIX. LES PUBLICATIONS PÉRIODIQUES.
Aug. Allmer, Revue épigraphique du Midi de la France, 1878-[1908], entièrement rédigée par A. Allmer, publiée à ses dépens et consacrée presque exclusivement à l'épigraphie païenne du Midi de la France.
Hic tenera insontis quiescunt membra $ fan jJef£)i. S fan )c{{u }s nomine, s (an )c{lu}s que innocencia, Annorum {triu(m) juit mensibusq(u Je. Quem inter astra (nunc) teneci alma guies Ne doleas genitor, genitrix qg{uJog(ue) flere desiste, Eternæ vitæ gaudia pro les habit. [XIII.] Obiit in pace VIII idfus) octob{ris) indictione) DEVS SERBA (©) AMICVM BONVM à l'extrémité du manche on lit :
SEPTEMBER ; InscripHic requiescit in pace MIATRONA dulcissima, apta, a]STVTA :SEMPLIX AU mcd)ESTÀ : MAGNIS. QVONDAM PARENTIBVS - QVI VIXIT - ANNOS.. DBIITVI - KAL - MARTIAS OPILION !S S'il s'agit du second consul qui porta le nom d’Opilio, l'épitaphe daterait du 26 février 525.
La Revue épigraphi que du Midi de la France, fondée en 1878 par A. Allmér, prit en 1899 le titre de Revue | France, un recueil a vécu et vit encore, c’est L'ani ée | épigraphi que, Revue des publications épigraphiques rela | tives à l'antiquité romaine, commencée en 1888 pa R. Cagnat, dont M. Besnier est devenu le collaboratent presbytero Valentino || Damasus episcopus || fecit (à à Lyon, dans | inscription grec que à Saint-Étienne (à Mylasa) ; n. 114 épigraphi que, sous la direction de M. Em. Espérandien et commença une nouvelle série en 1913 sous le ti de Revue épigraphi que, fondée en 1878, publiée sous la direction de Em. Espérandieu et Ad. Reinach. Elle a cessé de paraître en 1914. f 1 Contrairement à ce qui s’est vu tant de fois en en 1898. Ce recueil annuel de toutes les inscriptions intéressantes publiées dans l’année paraît d’abord dans la Revue archéologi que en trois ou quatre parties Dans le volume de 1899 on lit ces mots (p. 14) : « Bier que les trav aux relatifs aux antiquités chrétiennes ne rentrent qu'indirectement dans le plan que nous nousi sommes tracé en entreprenant cette revue. » Nonobs tant cet avis on-trouve un certain nombre d’inscrip tions chrétiennes que nous allons indiquer brièvement Rome, via Flaminia) ; n. 124, nouveau monument relatif aux fils de sainte Félicité (voir Diclionn., t. w3 col, 1274, fig. 4925) ; 134, bri que, portant le nom d'Athalaric (Rome) ; n. 137, 152, briques, portant unes croix (Rome) ; n. 153 : J'ovianus nutrilor et pâpas tri n fratrum, en 404 (Rome) ; n. 154, hie positus est Maxil mus (PaRa … 1069 Ft ~. Abetdeu in pace et requie... (Maktar, Tunisie) ; n. 148 :
~ dédicace impériale à Constantin (Træsmis), construc- - tion d'un ouvrage de fortification ; n. 157 : Johannes primicerius... (Rome). 1892, — N. 8 : dédicace à l'empereur Constant … (Nova Zagora) ; n. 31 : épitaphe de 350 et 368 : depo-. silus in hac domo æterna (Rome) : n. 32 : Duiona ancilla ~ Palentis (Salone) (voir Diclionn., t. 1, au mot ANCILLA, - fig. 539) ; n. 115, mosaï que de Cypriana clar. el spect. » jemina (à Sétif) ; n. 150, Daniel in lacu leonum (Beni. Fouda).
| Ecclesiæ Sal(onitanæ) (Salone) ; n. 29 : dédicace à - Honorius et Théodose (à Medjez-el-Bab) ; n. 62 : : … memoria Marcelli (Ternaten) ; n. 65 : Alexander episco- « pus legibus ipsis et altaribus natus... (Tipasa) ; n. 89 : | » memoria sanclæ Ger manillæ innocentis (provenane … inconnue) ; n. 121 : borne terminale au nom de Théo- | doric (Marais Pontirs), cf. 1894, n. 126). 1894. — N. 29 : L sub hec sacro sceo velamine...
(Guelma, voir ce nom) ; n. 32 : hic requiescit... (Pavie, en 441) ; n. 34 : Matrona magnis quondam orta parentibus (Vienne) ; n. 35 : Vindimiola (Vienne, en 536) ; n. 68 : Rescrit des empereurs Justin et Justinien (en 527), pour assurer protection aux hommes et aux terres de loratoire de Saint-Jean (près du village de Ali-Faradin, sur la limite de la Pisidie et de la Cibyratide ; n. 111 : Constantin, entre 315 et 317 (à AdamKlissi) ; n. 128 : Ananthatïlda sanctimonialis (Vienne, en 509), ce serait le tombeau du martyr local Hadrien ; n. 74, in hoc loco sunt memoriæ, etc.(Kkerbet el Ma el Abiod, en 474). si Valentinien et Valens ; n. 121, dédicace à Constant.
-INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1070
n. 60 : ….idus Augusias domino nosiro Gratiano (Salone, en 377) ; n. 61 : Depositus Primus episcopus (Salone) ; n. 62 : Divi Constanti genys de nomine nomen (Manastirine) ; n. 168 : épitaphe de Luscida Quinta (à Capoue, en 360).
| n. 110 : mensa Mantillæ (Ksar-Melloul, près Sétif) ; n. 111 : mensa Pauli... (Koudiat-el-Hadjela, en 344) ; n. 115 : mensa marturum... (Ksar-Melloul) ; n. 121, dédicace à la mère de l'empereur Théodose (Rome) : n. 122 : dédicace à l'impératrice Hélène (Rome) ; m. 124 : date consulaire incomplète, 385 ou 406 (Rome) ; n. 134 : dédicace d'église (Madaba, en 579) ; n. 176 : Aur. $Sozon. Augg. lib.. (Rome, cimet. de Priscille) ; n. 177 : Nova post velera cœpit Synferius…. (Salone, fin 1v° ou début Ve) ; n. 178 : date consulaire, 362 (Rome) ; n. 241 : dédicace à Valentinien, Valens, Gratien (sud de Bisica) ; n. 262 : Zep-ytou (à Carthage, plomb} ;n.263 : Osotoxe Bonn Kovoravrives (à Carthage, plomb} ; n. 312-317 : coffret (HenschirAkrib près de N'gaous) ; n. 377 : Accepit requiem posi septuaginta non minus annos... (Aquilée, 16 oct. 336).
| XXIIITIITI non sep. dn. Theodo || sio XVI et Fausto VV CC (Lyon, en 438) ; n. 78 : + Pompeianus mg. ml. {Sbeitla) ; n. 122 : dédicace à Valens, Gratien et Valentinien : ; n. 123 : mosaï que faite à Madaba par les soins de Silvanus (fin vi*-début vit siècle} ; n. 124 : sub Julio antistite, Alexandro fossore, percussor (Rome, sous Ju les Ier, 337-352).
RE AE AEN
r nae SES 1071 Paulus, Salurninus... (Henschir Chigarnia = Uppenna) ; n. 51 : + Paulus episcopus prime sedis provincie Mauretanie... (même provenance) ; n. 33 : Baleriolus episcopus... (même provenance) ; n. 53 : il serait | question d'un évê que [ec] CLESIÆ BOIO [rum], ce qui reste douteux (fig. 5896) ; n. 70 : Hic famulos Domini | nov|a nunc bene templa reservant.. (Rome, cimet. de Commodille) ; n. 71-105, inscriptions funéraires découvertes dans le cimetière de Commodille, quelques-unes datées ; n. 124, épitaphe d'Honorius Uppenna) ; n. 173 : xuunTnetov Lovosgæwnuov.…. (Thessaloni que) ; n. 174 : Domesticus positus ad Do Joan...
(Thessaloni que) ; n. 176 : — IH VIRTVI SCOR MARTIRVM... | (cassette d'argent trouvée dans le Djerid) ; n. 215 : TOUTO TO HTLOLX TOU TEBLOTEPOVOC... Haurän, en 345). mosaï que de Tabarka ; n. 48 : Codbuldeu fidelis in pace... (Uti que) ; n. 49 : Cum Deo factum est... (La Goulette) ; n.82-86 : inscriptions du cimetière de Commodille, quelques-unes datées ; n. 87 : TVLLIORVM || | DEO SANCTO, grafite (Rome, cimet. de Marc et Marcellin) ; n. 88 : Innocentu qui vixit... (Rome, | cimet. de S. Valentin, en 363) ; n. 89 : IET || QVIESCEI || | inter du0S PONTES (pavement de Sainte-Marie du | Transtévère) ; n. 90 : date, 408 ou 431 (Rome, cimet. | de Commodille) ; n. 91 : locus Gaudentiæ {même provenance) ;n. 136 : date consulaire 434 (Salone) ; n. 139 : Memoria sanclæ Maxime [Don]jatillæ el Secundæ... (Rouis, près Tébessa) ; n. 167 : bis iam tricenos vitæ compleverai (à Syracuse, en 422).
Saturus Saturninus.… (Mcidfa) ; n. 164 : dédicace à | universilas Judeorum..…. | Valentinien-Valens : n. 206 : (à Castel-Porziano, Latium). mus.. (Dougga) ; n. 31 thage) ; n. 34 cimet. de Priscille) ; n. 71 : P ANNIBAL In pace || : Sanclus Secundulus (Car—- AVRELIVS In pace (Carthage) ; n. 155 : Hic abetur | reliquias martiris Bincenti (Tocqueville) : 159 : in D :0 laudabo.. ; 160 : letamini Domino... sur des chapite aux | (Tocqueville) ; n. 184 : + Constrius magistru militam :|
INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’).
piscopus (à | (à Es-Sanamen, | Filicissimus et Leoparda.. (Rome, | Amaci ep{ijsc{o)pi (à Sbeitla) ; n. 24 : Domnus Januarius unde vinculatus.... (Hadjeb-el-Aioun) ; n. 66 : Glyceria innox hiec posita (Rome, cimet. Sainte-Félicité. en 452) ; n. 79 : Hie requiescit in somno pacis Proiecta... (à Teano, en 519) ; n. 118 : Ad hanc domum Dei iribunal basilicæ (Aïn-Ghorab) ; n. 119 : Votum completum Deo gratias agamus... (Henchir-bou-Saïd) ; n. 120 nu] meria armigerorum bolum complebil dfe)o giratiajs (à Kemelel) ; n. 121 : + laboravit caflendas 14 iulia(s) D(e)i [mjafr)tur Janua(rius)… (Henchir Rouis) ; n. 169 : Felici Sancto Vita Felix in Deo (Henchir-el-Begueur) ; n. 170 : Donali et + Crescentian (Ksar-Ouled-Zid) ; n. 171 : Donatus milex (Henchir Bou-Saïd ; n. 172 : Votum completum Deo gratias agamus (même provenance) ; n. 206 : + Hie requiescit in « pace ancilla Christi Maxima... (Rome, via Prenestina) : n., 234 : épitaphe du pape Pontien (Rome, cimet. de « Calliste). Be Deo fabente in ano XIII felicissimis tempori... (Timgad, 1 | => Presbiler Serbus.... (Sufetula) ; n. 296 : + Natalika fidelis.... (même provenance) ; n. 297 : Biola fidelis (même provenance) ; n. 298 : Bellalor epes vix... (même provenance). une base de colonne (Salone) ; n. 78 : … vincentiæ... kal mart... (Salone, en 446) ; n. 79 : Aur. Gorgonia comparabit... (Jader en Dalmatie) ; n. 142, + Hic ia cet Saturnina cum filiis... (Rome, en 525) ; n. 206 : … benemerenti qui vixit annos... (Rome, en 392).
[ni vita el nunc bealior.... (Mdaourouch} ; n. 82 : Donafianus prsb.... (même provenance) ; n. 83 : presviter M Liberalus... (même provenance) ; n. 84 : anno VII.. 8... T Silvanus servus... (même provenance) ; n. 85 : Pere- “hgrinus presviler... (même provenance) ; n. 111 : M Inbide quid laceras illos... (Khamissa). 1917-1918. — N. 13-14 : Bicit te leo de tribus Juda... Carthage) ; n. 93 : XVI. kal. octob. marturorom in cimiteru... (Rome) ; n. 95 : hic requiescit in pace Quadragensima.… (Rome, en 463) ; n. 100 : nomina mardurum qui ad centum arbores... (Sétif) ; n. 101 : Caliope fidelis... (Carthage) ; n. 119 : ABMG, — hic requiiscel an pace vir venerabilis presbyter Berenulfus..…. (à Voghera) ; … 1919. — N. 35 : In hoc tumulo jacens... (Carthage) ; … 1920. — N. 24 : Ispiritu Calendionis.. n. 25 : B. M. Lumini Mustulæ.... (Sfax) ; n tianus ab orlu vitæ... (Ksiba-M Raou) j n. 109 : + evûc XATAKLTE Apupovxtg.. (Sofia) ; n. 110 : -+ icre quiescit corpus viri religiosi... (même provenance) ; n. 117 : hic requiescit bone memoriæ Claudianus... (Grenoble). = 1921. — N. 36 : Subveni Christe, iu solus medicus... {Timgad) ; n. 37 : Pelite mensam marturofr)u(m). T (Bourkika, près Miltana) : n. 44 : Nomina marturum Donati, Emiliani... (Djemila) ; n. 47 : In huc tumulu m duo fratres... (Madaure) ; n. 49 ; hic quiis cet in pare mairona.. (Goddelau, voir ci-dessus, col. 1049) n. 67 : Servus Jesu Chfris)li Helias ep(iscopu)s “s(an)c(t)æ Aquifleiensis) eccl{esiæ ).… (Gradoj ; n. 68 : Lautus leelor... (Grado) ; n. 74 : synagogue des SibuTenses : n. 75 : synagogue des Eéxnvot ; n. 80 : In Deo Patre omnipotente... in refrigerium (Rome) ; n. 87 : bona memoria ledni... (Zenghet-el-Hammam-elChe- bis) ; n. 89 : Optalæ coniugi karissimæ (Rome). T 1922. — N. 15 : Loc(us) II (ou VII) hie Desiderius i ia cet... (Madaure) ; n. 25 : Hie ubi tam claris... (Djemila) ; n. 42 : D, N. Theodosio cos. XI et Valentiniano... -(Siculi=Castelnuovo di Traù) ; n. 71 : Pedatura miliium... (Ulmetum, Roumanie) ; n. 99 : i re que Sigismudus... juif (Rome, Monteverde) ; n. 114 : in hoc tomolo.... Populinia... (La EES cn i 118 : Caliope fidelis in pace... (Carthage). > 1925. —N. 37 : Euslasius hic bene pausat... (Trèves) : fn. 66 : Faltoniæ Hilaritati... (Velletri) ; n. 78 : + hic requiescit in pace Clementinus... ; n. 77 : Eusebio et FA Epatio. coss. … hie in laboribus... (Rome) : n. 81 : D ddspice qui transis... (Rome) ; n. 82 : loc. Deciæ re ces- =. sil... (Rome). 1924. — N. 39 : À À WIDEO GR | ATIAS.. (Patène en-‘bronze à d'Jemila) ; n. 100 : D... iadpa. meæ… en 405 (Veroli) ; n. 122 : in n. dni di. ni. im saliF narum pertinentes (Cagliari) ; n. 123 : … diem unum. Limenio et Catullino coss. (Rome) ; n. 12 4 : deposilus in pace... niæ annos... (Rome) ; n. 125 : nata est puella Urbana... (Rome) ; n. (Rome) ; n. 126 : annum fideliss... (Rome) ; n. 128 : Martinus se vivo fecit... (Velletri) ; n. 129 : benemerenti in pace dulcessima mater (Velletri). Sans doute, le véritable Corpus serait celui qui … offrirait la reproduction par le dessin et par la photo- … graphie de tous les textes épigraphiques, c'est celui T qu'on peut souhaiter toujours sans l’attendre ja mais. T Les caractères typographiques ne pouvant se prêter avec assez de souplesse à donner une idée convenable ~ de l'aspect des inscriptions, on y a remédié par diffé- » rents procédés. Le plus excellent est celui d'Alph. ~ de Boissieu dans les inscriptions de Lyon ; suivi d'assez T loin par Allmer, par E. Hübner et E. Le Blant ; - quoi qu'il en soit, ces dessins sont encore trop onéreux pour un recueil qui comprend plus de 150000 inscriptions ; on a donc comblé la lac une, pour les temps de la Républi que, par les Priseæ lalinitatis Monumenta. (Tabarka) ; |. 40 : Roga- | *INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’) 1074 phis repræsentata, ed, F. Ritschelius, Berlin, 1862, vi-127 p., 98 pl., et pour l’épo que impériale par les Exempla scripluræ epigraphicæ lalinæ-a Cæsaris dictatoris morte ad ætlatem Justiniani, auctuarium Corp, inser. lal, ed, Em. Hübner, in-fol., Berlin, 1885. LXXIV-458 p. L'introduction desoixante-quatorze pages est un véritable traité de paléographie épigraphi que. Le corps du Recueil contient des fac-simile d'inscriptions | ainsi divisées : 1° scriplura monumentorum : 2° scriptura actorum. Dans chac une de ces deux classes, Hübner distingue quatre pério des : de la mort de César à celle de Néron, de Vespasien à Commode, de SeptimeSévère à Dioclétien, de Constantin à Justinien. Dans cha que période, il met à part les inscriptions de Rome, cel les de l'Italie et cel les des provin ces. L. CONCLUSION, — Arrivé au terme de ce travail nous ne supposons pas avoir écrit l'histoire de lépigraphie latine, mais nous croyons avoir tracé et partiellement rempli lé cadre chronologi que dans lequel se développe cette histoire, en nous plaçant de préférence au point de vue chrétien. Désor mais, grâce au Corpus inscriptionum latinarum, l'épigraphie latine est réhabilitée par suite du classement rigoureux opéré entre les textes authentiques et les falsifications. La crainte de citer ces dernières empêchait beaucoup d'auteurs d'exploiter comme il convenait cette littérature mal famée. On peut aujour d'hui s'aventurer sans guide et citer sans remords les textes rassemblés dans le Corpus et les diverses publications qui la complètent. | xxm chapitres. LI. LES PREMIERS COLLECTEURS D'INSCRIPTIONS GRECQUES. — Ce qui constituera toujours la supériorité de l’épigraphie sur la paléographie c'est que la première nous met en présence d'un texte original et, dans une certaine mesure, uni que, Dans les manuscrits, entre la main de l’auteur et celle du copiste dont nous avons l'ouvrage sous les veux, il A pres que touaucun ne se reportait au texte primitif en vue d'améliorer sa transcription, d'où l'existence de famil les de manuscrits, les corrections, les conjectures, les altérations qui éloignent le texte de plus en plus de l'original. Sur les inscriptions, la résistance de la matière subjective s'oppose aux retouches, éternise le texte sinon correct du moins authenti que, tel que l'a tracé la première main ; c'est lui-même que nous avons sous les veux sans généalogies ou famil les de manuscrits, sans fautes indéfiniment transmises et progressivement aggravées au cours de la transmission. C'est la pensée de cette prise directe de contact avec le passé qui a toujours exercé une séduction en faveur de l'épigraphie. Nous avons vu que dans le monde occidental la curiosité — peut-être aussi la dévotion — induisirent à composer des recueils de textes ; nous sommes moins bien instruits pour le monde oriental. Les distan ces semblèrent décuplées entre l'Occident et l'Orient lors que le schisme religieux consomma ce qu'avait entamé la rupture administrative vers la fin du 1vt siècle. En outre, à partir du vire siècle, le monde grec fut conquis ou disputé par l'Islam, hostile à tout rapport intime avec les chrétiens d'Occident, ignorant et réfractaire à l'égard de tout ce qui lavait précédé en Orient. En somme, dès le Ve, les Grecs restèrent de plus en plus chez eux, leurs conquérants se montrèrent très inhospitaliers et, jusqu'au xve, le souci de l'érudition ne suffisait pas à rénover des liens rompus ou complètement relächés. Dans toute l'épo que byzantine on ne connaît qu'un seul auteur qui ait eu le souci des inscriptions qui s'offraient alors en si grand nombre à ses veux, c'est un marchand d'Alexandrie, Kosmas Indikopleustés. En 545 de notre ère, sous le règne de Justinien, Kosmas, au cours d'un des longs voyages entrepris pour son commerce, se donna la peine de recopier en Éthiopie le marmor Adulitanum, qui contient la description des triomphes du troisième Ptolémée. Ce n’est pas ce soin qui est de nature à nous surprendre, mais bien plutôt l'indifférence absolue de ses compatriotes et de ses contemporains à l'égard de ces textes épigraphiques auxquels les Occident aux ne laissaient pas alors d'attacher du prix même s'ils ne les entendaient déjà pres que plus. Un premier caractère, tout extérieur et pourtant digne d'attention, qui aide à différencier l'épigraphie grec que de l’épigraphie latine c'est moins l'idiome que la techni que ; les inscriptions grecques se font remarquer par l'extrême simplicité de l'exécution. De bonne heure, les Romains, que l'on n'est pas habitué pourtant à voir précéder les Grecs en tout ce qui tient à l'art et au goût, ont mis une certaine recherche d’élégance dans la gravure de leurs inscriptions, surtout de cel les qui décorent les monuments d'architecture ou la base des statues. Les graveurs ! grecs se sont assez tard attachés à ce genre d'effet, et en cela ils semblent avoir suivi l'exemple des Romains. Les deux éco les de gravure, si l'on peut employer ce mot pour un métier si modeste, commencent par de grossiers essais ; leur écriture se régularise peu à peu. Mais tandis que le graveur latin chercha bientôt à varier les dimensions et la disposition des lettres, le grec, en général et durant toute la période classi que, ne songea qu'à la netteté du trait. Longtemps il écrivit comme les bœufs tracent un sillon (Bovoreownôov), alternativement de la droite à la gauche et de la gauche à la droite : plus longtemps encore il écrivit sans séparer les mots par des interval les sensib les, et, quand il employa des signes de séparation (ce sont d'ordinaire deux ou trois points en ligne verticale}, ces signes n'avaient pas la valeur d'une véritable ponctuation. L'écriture atti que prati que, dès une haute antiquité et jus que vers le milieu du 1v° siècle avant notre ère, l'usage de graver sur cha que ligne un nombre égal de lettres et de les ranger avec la même rigueur dans le sens vertical que dans le sens horizontal (oro :ynô6v). Cela donne à ces pages lapidaires un aspect fort régulier ; mais cela en rend pour nous la lecture assez pénible, car les noms se trouvent souvent coupés à la fin des lignes, de la IRE DES RECUEILS D’) façon la plus bizarre et sans aucun souci de leur organisme grammatical. On s'étonne que des piè ces constituant de véritab les affiches, destinées å être lues par Arles passants , le fussent assez facilement pour qu'on ne se soit avisé que si tard d'y introduire les divisions et les distinctions qui nous semblent aujour d'hui si né cessaires. L'habitude, apparemment, rendait les Athéniens peu sensib les à cette bizarre disposition. C'est aux Romains que nous devons surtout l'exemple d'une meilleure méthode. 1 N Un deuxième caractère, tout matériel, consistait dans la matière employée pour recevoir l'inscription. Dans les pays où l'écriture simplement alphabéti que rencontre dans le parchemin et dans le papyrus un véhicule commode, l'inscription n’a plus, sur les monuments, qu'un rôle de consécration officielle, rôle encore important. D'abord, le texte n'est, d ? ordinaire, gravé ainsi que pour durer indéfiniment sous cette forme authenti que : en outre, comme en général le papier ou le parchemin durent peu, l'histoire consignée dans les livres chez les peup les anciens ne nous est par= venue que fort sommaire et encore plus incomplète.Le bronze, et surtout la pierre, moins altérable, moins facile à transformer que le bronze, nous ont done transmis des milliers de pages qui complètent utilement les témoignages déposés jadis dans les livres. Chose remarquable, les inscriptions grecques, bien que moins nombreuses que les latines, offrent une proportion plus considérable de piè ces vraiment importantes pour l'histoire et cela parce que les Grecs ont moins souvent que les Romains préféré le bronze au marbre pour« l'inscription des actes authentiques. L'oxydation détériore le métal plus vite que l'humidité matta que 1 le marbre, en outre la cupidité trouve peu de profit 4 débiter une tablette ou un bloc de pierre tandis qu'elle peut en attendre un très sûr et très considérable de la fusion du bronze.
Nous avons déjà rencontré Cyriaque d'Ancône dont la carrière nous est connue : il est le premier, à notre connaissance, qui se soit enquis d'inscriptions grecques ; entre Kosmas et lui, c'est-à-dire entre le VIe et le XVe, c'est le silence. Même Cyriaque n'a pas de continuateur, tout au plus trouve-t-il des admirateurs qui sont Hartmann Schedel (1440-1514), lequel prit soin des papiers du voyageur, et Conrad Peutinger (1465-1547) qui les utilisa en 1534 dans les Inscriptiones sacrosanctae vetustatis, non illae quidem Romanae sed totius fere orbis, summo studio ac maximis impensis terra marique conquisitae. Magnifico viro domino Raymundo P. Fuggero invictissimorum M. Cæsaris Caroli V ac Ferdinandi Romanorum regis a consiliis bonarum litterarum Mecænati incomparabili Petrus Apianus mathematicus Ingolstadiensis et Bartholomæus Amantius poeta ded. Ingolstadii in ædibus P. Apiani MDXXXIV.
Cet essai de Corpus, en avance de trois siècles sur le temps où il parut, adoptait l'ordre géographique pour le classement des textes. Après lui, Martin de Smedt et Janus Gruter allaient faire prévaloir le classement par sujets. Tout ceci a été dit. À partir du XVIIe, diplomates, marchands, érudits commencent à explorer l'Orient. En France, l'historien J. A. de Thou (1553-1617) et le conseiller N. C. Fabri de Peiresc (1580-1637) entretiennent des agents et des correspondants avec les missionnaires, les ambassadeurs, les consuls. En Angleterre, Thomas Howard, comte d'Arundel, envoie à ses frais le voyageur W. Petty, en 1627, qui lui rapporte le célèbre marmor Parium, table chronologique des principaux événements, légendaires ou historiques, depuis Cécrops (la partie conservée s'arrête à l'an 354). Ce que la guerre civile avait laissé subsister des marmora Arundelliana fut donné à l'université d'Oxford et fit l'objet de plusieurs publications : J. Selden (1584-1654) donna un recueil contenant vingt-neuf inscriptions grecques contre dix inscriptions latines seulement ; Humphrey Prideaux (1648-1724) édita les Marmora Oxoniensia ex Arundelianis, Seldeniis, aliis que conflata, Oxonii, 1676 ; et cet ouvrage sera réédité par Maittaire, Londres, 1732 ; par R. Chandler qui y joint des fac-similés de toutes les pierres, à Oxford en 1763, et enfin abrégé par Roberts : Marmorum Oxonensium Inscriptiones græcæ ad Chandleri exemplar editæ, Oxonii, 1791.
Le marquis de Nointel (1630-1685), ambassadeur de Louis XIV auprès du sultan Mahomet IV, séjourna en Orient de 1670 à 1679 ; il fut rappelé à cette date parce que sa passion pour les antiquités l'emportait à des dépenses excessives que Colbert se lassait de payer. Sa mission, dont le récit passionnant a été fait par A. Vandal, Les voyages du marquis de Nointel (1670-1680), in-8, Paris, 1900, valut à la France un grand nombre d'œuvres d'art et une riche collection d'inscriptions grecques qui devinrent, en 1722, la propriété de l'Académie des Inscriptions, d'où elles entrèrent au musée du Louvre. Ce fut vraiment le goût des inscriptions grecques qui entraîna en Orient le Lyonnais Jacques Spon et l'Anglais Georges Wheeler. Ils se rencontrèrent à Rome par hasard et s'accordèrent à tenter l'aventure d'un voyage en Orient. Le 20 juin 1675, ils s'embarquèrent à Venise. Trois ans plus tard, Spon publiait son Voyage d'Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, fait en 1675 et 1676, où il donne les inscriptions grecques recopiées en capitales, les lettres supplées en minuscules, avec l'indication de l'origine (le plus souvent : exscripsi), la traduction latine presque toujours, parfois un commentaire historique ou géographique. L'achevé d'imprimer est du 15 avril 1685. Cette année même, Jacques Spon était contraint de sortir de France comme protestant et mourait dans la misère à Vevey.
Paul Lucas (1664-1737), fils d'un orfèvre de Rouen, traverse l'Orient en tous sens et ramasse pour le Cabinet du Roi toutes les curiosités qu'il peut atteindre, médailles, pierres gravées ; de plus, au témoignage de Boze, « il prenait toutes les inscriptions, en quelle que langue qu'elles fussent, en appliquant sur les marbres où il les voyait un papier mouillé, de la même grandeur, pour les y imprimer ». Sa mission, presque ininterrompue pendant vingt-six années (1699-1725), clôt dignement Le de la curiosité et ouvre, par la pratique assidue de l'estampage, Le de la critique. À cette période se rapportent encore les ouvrages suivants : Ottavio Falconeri, Inscriptiones athleticæ nuper repertæ, editæ et notis illustratæ, Romæ, 1668 ; Thos. Smith, Notitiæ VIII Asiæ ecclesiarum, Utrecht, 1694 ; J. Gronov, Monumentum Ancyranum, Leyde, 1695.
En 1700-1702, Joseph Pitton de Tournefort remarqua le premier que le célèbre Testament d'Auguste à Ancyre est accompagné d'un texte grec dont Paul Lucas, en 1705, prend la copie et qui paraîtra à Lyon en 1717 ; en 1709, Sherard découvre à Stratonicée, en Carie, un premier fragment du célèbre édit du maximum promulgué par Dioclétien. Tout cela était dispersé et le devait être longtemps encore ; néanmoins, un organisme scientifique allait employer une partie de son activité à favoriser et à grouper les études avant pour objet l'épigraphie. Tour à tour désignée sous le nom d'Académie des Inscriptions (1663), puis d'Académie des Inscriptions et Médailles (1701), enfin d'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (4 janvier 1716), cette réunion d'hommes doctes subsista jusqu'au 8 août 1793, date à laquelle la Convention, sur l'initiative de l'abbé Grégoire, la supprima comme « inutile ». De bonne heure, l'Académie avait obtenu du « Grand Seigneur » la permission d'envoyer deux de ses membres acheter manuscrits, inscriptions et médailles à leur convenance ; elle désigna l'abbé Michel Fourmont (1690-1746), frère du savant Étienne, et à qui on a fait une réputation bien fâcheuse. Après avoir copié sans soin les textes, il aurait fait détruire les monuments ou bien enfouir les pierres afin d'échapper à tout contrôle, ce qui lui aurait permis de copier et même de fabriquer avec une rare impudence. Dans la relation de son voyage, il se vante d'avoir découvert 3 000 textes inédits, chiffre respectable qui, s'il fallait en croire Bekker, qui dépouilla ses papiers en 1815, se réduirait à un millier environ. Fourmont vieillissait plus que de raison ses textes, les présentait volontiers comme antérieurs à la guerre de Trajan, ce qui n'est plus soutenable et ne supporte pas la discussion.
Ch. de Peyssonnel ne s'est pas exposé aux mêmes soupçons ni aux mêmes reproches. Ce Marseillais (1700-1757), qui fut avocat à Marseille jusqu'à l'âge de trente-cinq ans, devint alors secrétaire d'ambassade à Constantinople, parcourut l'Asie Mineure d'où il expédia en France, pour la Bibliothèque du Roi, des médailles, des manuscrits et des inscriptions. Il mourut à Smyrne où il était consul depuis l'année 1748. Dans les rangs des académiciens, on comptait quelques épigraphistes distingués : Cuper, Küster, Belley, Nicolas Fréret, qui peut-être s'occupaient de l'épigraphie en amateurs ; mais c'était alors un passe-temps distingué bien plus qu'une discipline scientifique. C'était bien aussi une distraction rare et élégante que cherchait dans l'étude des inscriptions grecques la Society of Dilettanti fondée à Londres en 1733. Elle comptait au nombre de ses fondateurs Edmond Chishull (1680-1733) qui prépara un recueil de trois cents inscriptions postérieures à l'ère chrétienne, relevées dans plus de trente-cinq villes d'Asie Mineure et qui furent, dans la suite, confiées à Maffei, puis à Corsini. Il faut nommer encore John Taylor (1703-1766) qui publia en 1743 le marmor Sandwicense rapporté d'Athènes en 1739 ; Richard Pococke (1704-1765), auteur, en 1752, d'un Inscriptionum antiquarum græcarum et latinarum liber, négligemment composé.
En 1751-1753, James Stuart et Nicolas Revett, avocat, ne se contentèrent pas de regarder ce qui s'offrait à leurs yeux : ils fouillèrent et le résultat de ces fouilles fut imprimé à Londres, en 1762 : The Antiquities of Athens, ouvrage dont la deuxième édition anglaise fut traduite en allemand, en français et en italien. La Society of Dilettanti envoya à ses frais Rich. Chandler (1738-1810) à qui s'adjoignirent Nic. Revett et le peintre William Pars (1742-1782). Les résultats de ce voyage furent consignés dans les Ionian Antiquities (2 vol., 1769-1797) et dans les Inscriptiones antiquæ plerumque nondum editæ (Oxonii, 1775). De toutes ces publications, un fait commençait à ressortir, c'est que les inscriptions grecques découvertes et éditées devenaient assez nombreuses et assez importantes pour qu'on leur assurât une place distincte dans les Recueils généraux. Maffei le comprit le premier et, dans le plan du premier volume de son Corpus, il attribua un rang à part aux inscriptions grecques.
Après l'abandon du projet de Corpus par Maffei, J. Fr. Séguier s'imposa la tâche de dresser un Catalogue de toutes les inscriptions grecques alors connues et disposées suivant l'ordre alphabétique des premiers mots du texte. Boeckh, qui consulta cet index en 1815, en retira grand profit. Le Thesaurus de Muratori et les diverses publications épigraphiques contemporaines de Corsini, Paciaudi, Passionei et de leurs compatriotes ont été déjà mentionnées. En 1775, Donati publia à Lucques un Veterum inscriptionum græcarum et latinarum novissimus thesaurus précédé d'une dissertation sur les progrès accomplis par les études épigraphiques depuis Muratori ; il fallut cependant attendre un demi-siècle encore pour que la tentative d'un Corpus fût autre chose qu'une promesse non suivie d'effet. Toutefois, il était aisé de prévoir que ce Corpus devenait l'objet de l'attente générale des érudits.
L'expédition d'Égypte exerça une influence heureuse sur le goût de l'antiquité, mais les monuments pharaoniques et romains attirèrent beaucoup plus l'attention que les inscriptions grecques de ce pays. Dès 1800, William M. Leake (1777-1860) apporta aux recherches archéologiques une sûreté de goût et une clarté d'intuition qui lui valurent la découverte du tombeau du roi Midas, (27 janvier 1800) dans la vallée de Doghanlu. En 1813, sir W. Gell (1777-1836) découvrit et acquit à Olympie une tablette de bronze célèbre, l'inscription qu'elle porte reproduit un traité entre les Éléens et les Héréens, environ 500 ans avant J.-C. En 1816, le gouvernement anglais acheta à lord Elgin, outre les marbres fameux du Parthénon, une riche collection d'inscriptions grecques.
En 1822, parurent à la fois l'Epigrammatum Græcorum spicilegium de Fr. G. Welcker, à Bonn, et la Sylloge inscriptionum antiquarum græcarum et latinarum quas in itineribus suis per Italiam, Galliam et Britanniam factis exscripsit de M. Fr. Gotth. Osann, à Iéna, enfin les Inscriptiones græcæ ex antiquis monumentis et libris depromptæ de Græfe. En France, deux hommes rajeunissaient par leur science et par leurs querelles la science de l'épigraphie : Raoul-Rochette et J. Ant. Letronne, dont les travaux sur les Antiquités du Bosphore cimmérien (1820) et le Recueil des inscriptions grecques et latines de l'Égypte (1842-1848) ramenaient l'attention sur une science à peu près oubliée. Tous deux prodiguaient les dissertations de détail et principalement Letronne, à qui il manqua de rencontrer autour de lui une opinion publique moins indifférente, des collègues moins envieux, une jeunesse plus ouverte à l'enseignement qu'il donnait et plus habituée aux méthodes nouvelles qu'il préconisait.
On consultera utilement Émile Egger, Des principes des collections d’inscriptions grecques, dans Journal des Savants, 1871, p. 157-183, 226-240 ; De deux recueils d’inscriptions grecques, dans même recueil, 1881, septembre et octobre : L’épigraphie grecque à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dans même recueil, 1885, p. 111-118 : Th. Chabert, Histoire sommaire des études d’épigraphie grecque, in-8, Paris, 1906.
II. LE CORPUS INSCRIPTIONUM GRÆCARUM. — En 1815, l’Académie royale des Sciences de Berlin,
fondée par le premier roi de Prusse, eut la bonne fortune de rencontrer et le mérite d’encourager et de soutenir le robuste travailleur qui ne craignait pas d’assumer la tâche redoutable de la composition du Corpus des inscriptions grecques. Celui-ci s’appelait Auguste Boeckh, né à Karlsruhe en 1785, professeur à Heidelberg dès 1811, ensuite professeur à l’université de Berlin. Il s’était fait connaître par quelques travaux utiles sur la littérature grecque et on le savait occupé à une Staathaushaltung der Athener qui parut en 1817, et à une édition de Pindare dont les trois volumes s’échelonnèrent entre 1811 et 1821 ; mais ces études lui laissaient des loisirs et, pressenti en 1815 sur le concours qu’il accorderait au Corpus, il s’y était donné avec toute son ardeur d’infatigable travailleur.
Bœckh commença par recueillir les textes des 6 000 inscriptions grecques alors connues ; avant de songer à la critique, il voulut posséder les textes. Il eut recours, ainsi qu’il l’a dit lui-même dans le troisième paragraphe de la Préface du Corpus à tous les collaborateurs qu’il put découvrir, au nombre d’une soixantaine. Le premier de tous était François Séguier, de Nîmes, dont le 5° volume intitulé ταξεύω τῶν ‘Ελλήνων ἐπιγραμμάτων est un index, disposé par ordre alphabétique et suivi de trois autres : τὰ γροῦ ἀνέγνοσται ητά ; τὰ ἐν ἀρχαίοις ἀνθρώποις continentur ; inscriptions quæ in gemmis, in signis, in statuarum basibus, sub illustriorum vivorum capitibus, etc. sculptæ sunt. C’était une base d’opérations excellente. Le 3° et le 4° volumes furent aussi utilisés, de même que la bibliographie unique constituée par le Ge et le 7°, repertorium auctorum qui inscriptiones antiquas ediderunt usque ad annum MDCCLXX. Immanuel Bekker fut aussitôt envoyé à Paris pour recueillir les papiers de Fourmont et de d’Anse de Villoison. Bœckh avait les grands recueils à sa disposition ; il cite ceux de Gruter (1603), de Reinesius (1682), de J. Spon (1685), de Fabretti (1699), de Muratori (1739-1744), de Doni (édité en 1731), de Donati (1765) et aliorum. En outre il fallait parcourir, surtout pour les cinquante dernières années, les journaux scientifiques, les catalogues des musées, les récits de voyages, etc., les inscriptions publiées en dehors du Corpus. Sans retarder la préparation de l’ouvrage sous prétexte d’attendre les résultats de l’affranchissement de la Grèce, Bœckh préféra stimuler les savants en leur montrant ce que le Corpus leur devrait presque dès le jour même de sa publication.
La Notitia Corporis inscriptionum græcarum sumpibus Academiæ Borussianæ edendi est datée du 15 juillet 1822. On y trouve les grandes lignes de l’ouvrage dont le premier fascicule parut en 1828 et fut suivi, à des intervalles inégaux, par cinq autres qui, en 1843, complétaient deux volumes. Une préface, ou plutôt une introduction à la fois bibliographique et théorique, ouvre le premier volume ; des dissertations préliminaires sur les principales classes d’inscriptions rangées, avant tout, par ordre géographique, puis pour les villes où les monuments abondent, par ordre de matière, une discussion approfondie des inscriptions fausses ou suspectes, comme le sont la plupart de celles que l’on doit (le mot n’est que trop vrai) à Michel Fourmont, la reproduction, fixée par un examen sévère, de près de quatre mille textes, avec un commentaire habilement et justement proportionné à leur importance, forment de ces deux volumes un véritable modèle en son genre. Quelques personnes crurent alors que cette publication était prématurée et qu’il n’était pas temps encore de réunir en un livre tant de pièces jusque-là éparses, souvent inédites, et dont le nombre s’augmentait chaque jour par suite des découvertes accomplies presque sans relâche, en divers lieux du monde ancien. À cela, l’auteur répondait que si on attendait, pour entreprendre l’ouvrage, la fin des recherches et des découvertes heureuses de l’archéologie, on attendrait indéfiniment. La science de l’épigraphie grecque ne pouvait se constituer que par un premier effort pour en rassembler, en coordonner, en utiliser les éléments ; et ce premier effort devait, au contraire, fixer les méthodes, et diriger, pour l’avenir, le zèle d’autres explorateurs et d’autres critiques ; ce fut ce qui arriva.
Bœckh était revenu à l’ordre géographique dont s’écartaient invariablement tous les collecteurs d’inscriptions depuis trois siècles. Cette solution d’un problème difficile à résoudre se trouvait suggérée du fait que si, en latin, la langue épigraphique varie peu d’une province à une autre, il existe en Grèce presque autant de dialectes que de cités. Bœckh savait bien que l’ordre géographique n’est pas toujours d’une absolue sûreté, soit qu’on ignore le lieu exact de la trouvaille de l’inscription, soit que ce lieu exact ne fût pas le véritable lieu d’origine. Parfois l’éditeur n’a déterminé le lieu d’origine que de façon conjecturale et il a pu se laisser induire en erreur.
La première partie du Corpus contient les Tiflur antiquissimi scripturæ forma insigniores : Ce groupe de textes exige, pour chacun de ceux qui en font partie, une critique plus développée et offre une importance particulière pour l’histoire de l’alphabet. Fourmont avait copieusement fourni cette catégorie et il devenait nécessaire d’éliminer définitivement ces falsifications. La Pars I comprend donc 43 inscriptions authentiques suivies de 26 spuriae Fourmonti qu’il traite avec quelque indulgence.
Cela fait, Bœckh s’occupe de l’épigraphie de l’Attique d’où il gagne la Mégaride, puis le Péloponnèse ; après quoi il traverse d’une part la Béotie, la Phocide (avec la Locride et la Thessalie) et termine le tome II. Le volume suivant comprend l’Acarnanie, l’Épire, l’Illyrie, la mer Ionienne et les incerti in Græcia loci. Ayant ainsi terminé l’étude de la Grèce propre, Bœckh trace un vaste rayon alentour, dans lequel il fait entrer la Macédoine, la Thrace, les îles de la mer Égée, et aborde l’Asie Mineure par la Carie en remontant le littoral jusqu’à la Bithynie qui marque la limite du tome III. Alors il rejoint la Méditerranée orientale par les provinces intérieures, puis, ayant pénétré jusqu’en Perse, il gagne l’Égypte, l’Éthiopie, la Tripolitaine et parcourt la Sicile, l’Italie, la Gaule, la Bretagne où se termine le tome III, non sans s’alourdir de quelques appendices : Inscriptiones incertorum locorum, inscriptions chrétiennes qu’avait spécialement étudiées Maffei ; Inscriptiones subditiciæ : addenda et corrigenda. Enfin trois indices portant sur la bibliographie, sur les matières, sur les mots et les choses, Le texte s’efforce de donner tout ce que la typographie peut permettre ; dans quelques cas on a recouru à la gravure sur acier. Le commentaire est bref, il s’adresse à ceux qui savent déjà et se dispense des explications générales. Bœckh estime qu’il n’existe pas une critique ni une herméneutique spéciale à l’épigraphie, il veut qu’on réduise le plus possible les difficultés soulevées à une expression scientifique : In titulis obscurioribus et verba et sententiæ analyticæ viæ inveniendæ sunt ut mathematici ignotos numeros indagant, Dès que parut le 1er fascicule du tome I, en 1825, il fut violemment critiqué par Godefroy Hermann dont la Recension est datée de 1826. Bœckh y répondra, en 1827, dans sa Préface du tome I, disant qu’on peut censurer en trois mois un travail dont la préparation a demandé douze années. Le dialogue se poursuivit, aigre-doux, entre Hermann et Bœckh ; ce qui fut plus utile, ce fut l’association de Johann Franz à Bœckh pour la publication du tome II (1843) et la préparation du tome III, qui parut en 1853. Franz était mort en 1851 et avait été remplacé par Ern. Curtius et Adolphe Kirchhoff pour la préparation du tome IV, publié en 1859. Les indices confiés à Hermann Rœhl ne furent achevés qu’en 1877. Le Corpus contenait environ onze mille inscriptions dont treize cents chrétiennes, ainsi distribuées : Tome I, n. 1-1792 ; tome II, n. 1793-3809 ; tome III, n. 3810-6816 ; tome IV, n. 6817-9595. À ne considérer que les résultats procurés par cette collection jusqu’alors sans équivalente, on ne pouvait mesurer l’éloge, auquel il était nécessaire de mettre une sourdine, car le Corpus appelait bien des progrès à réaliser. Pour la matière comprise dans les deux premiers volumes, il fallait, en 1853, renoncer à la mettre au courant des publications récentes, les découvertes ayant été trop nombreuses, trop variées, pour qu’il fût possible de les rattacher, comme un simple supplément, aux sections correspondantes du recueil : elles suffisaient à la matière d’un volume. On réservait donc pour le tome IV les inscriptions grecques de provenance inconnue, l’ensemble des inscriptions dites amphoriques, ou marques de fabrique empreintes sur des milliers de manches provenant des ateliers de Rhodes, de Thasos et de Cnide ; les inscriptions céramiques, c’est-à-dire tracées au pinceau sur les vases de l’ancienne Grèce, de la Cyrénaïque et de l’Italie grecque ; les inscriptions gravées sur des objets d’art, des pierres précieuses, des ustensiles divers ; enfin les inscriptions chrétiennes. On réservait de même le traité de paléographie qu’il était prudent, en effet, de ne pas rédiger avant l’achèvement de l’œuvre et dont J. Franz avait donné une esquisse en tête de ses Elementa epigraphica Græca.
Les éditeurs du Corpus inscriptionum græcarum publièrent les textes sans y joindre une traduction. Cette méthode a été reprise de nos jours dans le recueil consacré aux inscriptions chrétiennes ; elle est tellement contraire à la vraie tradition française qu’on serait en droit d’être surpris de ne pas la voir patronisée par l’allemand Bœckh et appliquée par les inspirés de la science allemande.
, direction d'un Corpus inscriptionum atticarum dont les rédacteurs du nouveau recueil tout imbus de cette superstition germanique qui a régné en maîtresse dans l'Université de France entre 1871 et 1914. De même que dans un Corpus on donne « tout », jusqu’à des lettres isolées, dépareillées, fragmentées, de même on doit y traduire « tout », et jusqu'aux listes de noms, aux formules banales et soi-disant faciles à interpréter, facilité qui recouvre souvent des pièges imprévus. Un Corpus n'est pas destiné qu'à l'éditeur, il est destiné à tout acheteur qui ne réclame pas un commentaire, mais qui a droit à une interprétation des textes. Au reste, l’éditeur en renonçant à traduire, s'épargne souvent l'aveu de l'embarras où le laisserait tel passage obscur, tel trait embarrassant. L'école des épigraphistes français, depuis l'abbé Belley et Fabbe Barthélemy jusqu'à J. Letronne, Ph. Le Bas et Em. Egger pratiquait, à bon escient, la méthode contraire, que H. Waddington a commencé à discréditer. Une traduction fidèle et précise dispense de bien des notes explicatives, et si elle inflige à l'éditeur l'obligation de comprendre ce qu'il imprime et d'en faire la preuve, elle l'oblige à servir le lecteur au lieu de le mystifier. La langue, les idées, les institutions, la théologie du neuvième et du dixième siècle ne sont pas les mêmes sur les inscriptions du sixième et du septième siècle, la traduction peut le faire comprendre par le choix d'un mot ou l'exclusion d'une tournure, mais, pour que l'éditeur réussisse à le faire sentir, il lui faudrait avoir un ensemble de connaissances qui lui font ordinairement défaut.
A. Bæckh avait accordé une attention encore soutenue à la préparation du tome m. Après l'achèvement de ce volume, tiraillé par ses obligations académiques et universitaires, occupé par ses recherches sur la métrologie et la chronologie, il se déchargea à peu près complètement de la préparation des volumes suivants. Franz, qui avait assumé les tomes m et iv, étant mort prématurément après l'achèvement du tome iv, son héritage passa aux mains de Ad. Kirchhoff sous la condition de hâter l'achèvement du recueil en réduisant le travail au strict nécessaire, pour que l'Académie pût, après un demi-siècle, consacrer la clôture du Corpus par la publication des tables si justement et si longtemps attendues. Pour tout dire, le quatrième tome marque un affaissement sensible sur la qualité des tomes précédents. Kirchhoff, quoi que philologue et critique, n'était pas encore l'épigraphiste qu'il est devenu dans la suite. Il n'avait pas publié ses excellents mémoires sur quelques chapitres de l’épigraphie athénienne et l'histoire de l'alphabet grec qui ont fondé sa juste réputation. C'est, à ce qu'il semble, en classant, en complétant, en corrigeant quelquefois les matériaux réunis par Franz pour les inscriptions de provenance incertaine, pour les inscriptions chrétiennes, etc., qu'il s'est formé à l'art difficile dont il s'était jusque-là peu occupé. Adolf Kirchhoff, mort à Berlin le 27 février 1908, dans sa quatre-vingt-troisième année, y était né le 6 janvier 1826, et ne quitta guère cette ville que pour deux courts voyages. Il avait été élève de Bœckh, de Lachmann et de Bopp qui l'initièrent à trois disciplines fécondes. En collaboration avec Aufrecht, il étudia les célèbres Tables Eugubines : Die umbrischen Sprachdenkmäler, 2 vol., 1849-1851 ; puis il déchiffra les runes scandinaves ou gothiques et fit paraître en 1851 : Das gothische Runenalphabet, Il reconnut dans le texte en langue osque de la Table de Bantia un code municipal : Das Stadtrecht von Bantia, 1855, et montra l'erreur de Mommsen qui y avait vu un traité avec Rome. En 1859, il donna le tome iv, part. 2, du Corpus inscriptionum græcarum auquel il préluda par les Studien zur Geschichte des griechischen Alphabets, 1863 (réédité en 1867, 1877, 1887), qui a fait époque et servit de base aux recherches ultérieures. Enfin, Kirchhoff prit la direction...
Les inscriptions chrétiennes sont la partie du recueil qui laisse le plus à désirer. Cela s'explique pour les inscriptions chrétiennes qu'on a admises jusqu’à l’année de la prise de Constantinople (1453), 4789, 5038, 5072, 5187, 5292, 5421, 5694, etc. Le premier volume parut en 1873, avec des suppléments travaux philologiques. Le nom de Kirchhoff restera longtemps familier aux épigraphistes chrétiens. Les inscriptions de provenance douteuse et les inscriptions de Constantinople (1453), beaucoup d’entre elles sont peu instructives et n’ajoutent rien au témoignage des auteurs byzantins, conçues souvent et d'assez bonne heure en un fort mauvais langage, écrites par des mains de graveurs très inhabiles et défigurées par mainte faute d'orthographe, elles offrent à la curiosité des érudits un sujet peu attrayant. Une soixantaine de textes chrétiens se sont même glissés par erreur dans les trois premiers tomes du Corpus. Ce sont : Tome ii : n. 1086 ; — Tome iii : n. 2553, 2712, 2746, 2885 (add), 3015, 3467 ; — Tome iv : n. 3857 (add), 3865 (add), 3883 (add), 3902, 3964, 3989, 3789, 3998, 4001, 4103, 4113, 4191, 4266, 4349, 4350, 4429 (add), 4430, 4430 (add), 4432 (add), 4432 (add), 4436, 4438, 4447, 4462, 4575, 4578, 4662, 4668, 4669.
Entre 1842 et 1844, Philippe Le Bas (1794-1860) allait diriger un long voyage en Orient, voyage principalement épigraphique, puis que ses instructions lui disaient qu'il devait s'attacher « à recueillir dans les différents dépôts de la Grèce les inscriptions encore inédites, en restituant d'après un examen sur les lieux celles qui sont mutilées, en recherchant dans les îles les moins explorées jusqu'ici tout ce qu'il y a de monuments épigraphiques, non seulement inédits mais même inconnus... » La mission de Le Bas fut aussi productive que devait l'être, quelques années plus tard, celle de Léon Renier en Algérie ; à son retour, l’archéologue pouvait écrire qu'il rapportait « cinq mille inscriptions presque toutes grecques, dont 2 000 au moins copiées et estampées à Athènes, et 3 000 autres recueillies dans les autres parties du monde grec. » Le Bas projeta une vaste publication, son plan fut exécuté et mené à bonne fin par W.M. Waddington, puis par P. Foucart (1847-1876). L'ordre géographique était rigoureusement suivi, complété d'une disposition par classes et surtout d’un ordre chronologique pour les historiens. Voici la disposition adoptée : Itinéraire, 40 p. (inachevé, réimprimé par M. S. Reinach en 1888). — Inscriptions grecques et latines, 1° partie : Attique (200 p.) ; — 2° partie : Mégaride et Péloponèse (654 p.).
— 3° partie : Asie Mineure et Syrie, avec supplément.
Fastes [inachevés] des provinces asiatiques de l'Empire romain (654 p.).
— Atlas. Itinéraire. Monuments figurés et architecture (308 pl. rééditées avec un texte, par M. S. Reinach).
M. l'abbé J.-B. Chabot a donné un Index alphabétique et analytique des inscriptions grecques et latines de 2928 ; 1896, t. iii, p. 95-100, 230-242, 356-369.
Il est juste de rappeler l'ouvrage méritoire de P. Le Bas, Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineure, beaux-arts, monuments historiques, plan et topographie des cités antiques, 3 vol., Paris, 1839 sq., ouvrage qui contient les explorations de l’auteur en Phrygie, Cappadoce et Lycaonie (1834) ; sur le littoral de l'ouest et du sud (1835) ; de Thasos à Trébizonde à travers l'Asie Mineure (1836) ; le long du littoral de l'ouest.
La Grèce délivrée des Turcs et nantie d'un roi allemand devenait une terre d'érudition germanique. À partir de 1834, Louis Ross (1806-1859) prenait à Athènes la direction des fouilles et commençait peu de temps après la publication d’une quantité considérable d'inscriptions qui furent communiquées à Der Athener (1840). Ross lui-même entreprenait la publication des Inscriptiones græcæ ineditæ qui parurent à Nauplie (1834), à Athènes (1842) et à Berlin (1845). Ce que Ross fit de plus utile, ce fut la création sur les lieux, à Athènes même, d'un centre permanent de recherches et de fouilles archéologiques et épigraphiques.
LIII. LES « INSCRIPTIONES GRÆCE », —- Il y eut dès lors un projet, sinon un plan, du Corpus nouveau destiné à remplacer celui de Bœckh qui touchait à sa fin. Pour l'enterrer avec les honneurs qui lui étaient dus, -on lui donna le volume d'indices qui le rendrait longtemps utile, ensuite on regarda dans la direction du nouveau recueil. L'Académie de Berlin, comprenant qu'il ne s'agissait pas seulement de remanier l'ouvrage de Bœckh, fut prise soudain d'une ferveur singulière pour les Corpus, elle en imagina quatre d'un coup. D'abord un Corpus : inscriptionum atticarum complet, en trois volumes. Ensuite un Corpus du Péloponèse et des îles voisines, un autre Corpus de la Grèce du nord, et encore un Corpus des îles de la mer Égée. On détachait Delphes et Délos qu'on abandonnait à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l'Académie de Vienne obtenait l'Asie continentale, Afin de simplifier ce qui menaçait de devenir inextricable, tous ces Corpus se fondirent en un seul qui perdit jusqu'à ce nom consacré pour celui d'inscripiones græcæ. [Il fallut débaptiser le 1° volume du Corpus inscriptionum atticarum, paru en 1873, et qui devint modestement le 19° volume des Inscripiones græcæ. Le directeur de ce nouveau recueil, au titre moins flamboyant, était donc Ad. Kirchhoff. La simple disposition de l'ouvrage disait assez que l'ordre géographique y présidait ; quant à la disposition intérieure des textes, il fallait adopter un autre principe de classification. Kirchhoff adopta l'ordre chronologique et, en troisième lieu, les classes ou catégories. Une fois la décision prise, Kirchhoff hâta la mise en œuvre et voulut commencer par trois volumes : celui d'avant Euclide, celui qui va de l’archontat d'Euclide à la bataille d'Actium, celui qui est postérieur à la journée d'Actium. Lui-même se chargea du premier, Ulrich Kæhler accepta le second et Guillaume Dittenberger le troisième ; dès 1878, en tout ou en partie, chacun des trois volumes avait déjà paru.
Kirchhoff n'accueillit que les inscriptions proprement dites, il écarte celles des vases trouvés dans les tombes, celles des glanures, des lames de plomb superstitieuses, celles, en un mot, quæ et alieitis usibus essent destinatæ et partim nulla cogente necessitate et arbitrio pleræque super additæ. Les textes que les caractères d'imprimerie ne pouvaient assez fidèlement reproduire furent gravés sur bois en grandeur naturelle, ou, quand le format du livre l'exigeait, à une échelle réduite.
TOME I, part. 1. Inscriptiones atticæ Euclidis anno velustiores, edid. Adolfus Kirchhoff, addita est tabula geographica conspectum civitatum societatis Deliæ exhibens, Berlin, Reimer, 1873, vu-243 p., plémentorum voluminis primi partem priorem continens, Fasciculus tertius supplementorum voluminis arini | chrétien) ;
TOME II, part. 1. Inscripiones atticæ ætatis quæ est inter Euclidis annum et Augusti tempus, ed. Ulricus Kaæhler. Pars prior decreta continens, 1887, vu-429 p., 641 inscript. (rien de chrétien). — Part. II : Tabulas magistratuum. Catalogos nominum. Instrumenta juris privati continens, 1883, vi-540 p., n. 542-1153 (rien de chrétien). — Part. III : Dedicationes Titulos honorarios. Statuarum subseriptiones. Titulos artificum. Titulos sacros. Inscripiones ararum. Oracula similia Titulos sepulcrales continens, 1888, vi-356 p., n. 1154-4320 (rien de chrétien). — Part. IV. Indices continens DRE ee Gr MD Pile RE.
1087 INSCRIPTIONS (HISTOIRE DES RECUEILS D’ |
composuit Joh. Kirchner, 1893, xau p. Supplementa corporis inscriptionum atticarum Voluminis alterius composuit Ulricus Kæhler. Indices confecit Johannes Kirchner, 1895, 350 p. ;
TOME IV, Inscripiones Argolidis, ed. Frænkel ;
TOME V. Part. I. Inscripiones Laconiæ, Messeniæ, Arcadiæ, edid. Gualtherus Kolbe, 1913, XXVII-377 p, 1560 inscript. (riende chrétien). — Part. II. edid, Frid, Hiller de Gæ&rtringen, 1913, vi-194 p., (rien de chrétien).
TOME VI, [Olympie.] TOME VII, Inscripiones Megaridis et Bœotiæ, 1892, 800 p., 4 269 inscript. ;
TOME VIII. [Delphes ;l TOME IX, part. 1. Inscriptiones Phocidis. Locridis. “Etoliæ, Acarnaniæ, insularum maris Ionii, ed. G. Dittenberger, 1897, vn-212 p., 1075 inscript. — Part. II. Inscriptiones Græciæ septentrionalis, ed. Otto Kern, indices composuït Fr. Hiller de Gærtringen, 1908, vi, 338 p., 1 356 inscript. :
TOME X. [Epire, Macédoine, Thrace, Scythie ;] TOME XI. Inscriptiones Deli. Fasc. II, edid. F. Dürrbach, 1912, vi-149 p. ; Fasc. IV, edid. P. Roussel, 1914, 139 p. ;
TOME XII, Inscripiones insularum maris gæi præter Delum. Fasc. I : Rhodi, Chalces, Carpathicum Saro Casi, edid. Fr. Hiller de Gærtringen, 1895. Fasc. II : Lesbi, Nesi, Tenedi, edit. Guil. R. Paton, 1899 ; Fasc. III : Inscripiones Symes Seutlussæ Alimniæ Teli Nesyri Astypalææ Anaphes Theræ el Therasiæ Pholegandri Meli Cimoli, edid. Fr. Hiller de Gærtringen, 1898. PR 1904.
Fasc. V. Inscripiones Cycladum, 1903-1909. Fasc. VI, pars altera. Inscripiones Teni insulæ, 1909 ; Fasc. VII : Inscripiones Amorgi et insularum vicinarum, 1908 ; Fasc. VIII : Inscriptiones insularum maris Thracieci, edit. C. Fredrich, 1909 ;
TOME XIII, [Crète :] TOME XIV. Inscripiones Siciliæ él aliæ dditis Græcis Galliæ Hispaniæ Britanniæ. Germaniæ inscriptionibus edit, G. Kaïibel, 1890, xu-36*-708 p.
SICILE, — Syracuse, n. 64-201 ; Acra, n. 236-239 ; Palerme, n. 310 (7) ; Taormina, n. 444-447 ; Catane, n. 523-566 ; Aderno, n. 572 ( ?) ;
GRANDE-GRÈCE, Regg -629 ;
CAMPANIE, — Amalfi, n ; 697 ; Nap les, n. 823-828 ; Ponza (île), n. 895 ;
| n'en fut plus question pendant sept ans. Le pr | correspondit, on aboutit à un nouveau plan et à un | ensemble de règles pratiques destinées à régir toute | publication de textes épigraphiques chrétiens. Ce pr | anciennes remontent à 374 (n. 64) et 384 (n. 227) OMBRIE, — Pise, n. 2252 ; S. TRANSPADANE. — Côme, n. 2300-2301 ; Vérone 2306 ; Monza, n. 2413-18 ; x VÉNÉTIE. — Vicence, n. 2314 ; Julia Concor dia 2324-2334 ; Grado, n. 2345-2379 ; ‘24 FRANCE, — Marseille, n. 2462, 2463 : Arles, n. 24 Avignon n. 2481 ; Vienne, n. 2491-2492 ; Nerboi. 2917 ; Autun, n. 2525 ; (Compiègne, n. 2418, Fe de FI. Theod. Filoxenus) : Lyon, n. 2535 : RHÉNANIE, — Trèves, n. 2560, 2561 ; il On a entendu parler depuis d’un projet de rec : i des inscriptions grecques chrétiennes. M. Th. Homolle annonça l'entreprise d'un Corpus inscriptionum : carum christianarum par l'École française d'Athènes. Ainsi qu'il arrive en pareille circonstance, on com un programme, on établit un plan, on institua comité et on annonça les noms des collaborateurs (Bull. de corresp. helléni que, 1898, p. 410-415), pu rebondit alors et, naturellement, au sein d'un Con qui manifesta « le plus vif intérêt », On discuta traient ja mais la réalisation. Cependant on eut l'agréable surprise d'assister à un commencement d'exécution ; on vit paraître en : s :
Le Recueil comprend deux parties : une Introduction et les Textes. L'Introduction se compose de huit paragraphes destinés à suppléer le commentaire absent des textes. La chronologie de ce butin épigraphique de plus de 800 inscriptions est laborieuse à établir car il n’y a pas plus de quarante textes qui soient datés avec précision. Si l’on considère que les plus anciennes remontent à 374 (n. 64) et que la plus récente est de 1173 (n. 666) et qu'en c'est entre ces deux extrêmes que s’échelonnent les rares points de repère que nous fournissent les inscriptions datées, on verra de combien peu d'éléments de comparaison on dispose pour classer approximativement le gros des textes dépourvu de tout élément de synchronisme. Outre les textes exactement datés, il est vrai qu'un petit nombre d'autres peuvent être attribués à une période assez délimitée : telle la lettre de saint Athanase (n. 380), telle l'inscription de Silco (n. 628), tels un certain nombre de textes qui révèlent l'influence du concile de Nicée ou de celui d'Alexandrie. Mais le reste, — et c'est la grande majorité, —est à répartir avec plus ou moins de probabilité entre le ve et le VMe ; sans qu'on ait toujours des motifs suffisants de décider autrement qu'à un siècle ou deux près. 1 Comme une grande quantité d'inscriptions transf | M | ee a e a aa a ne E 4 ee 14 à 28 a - lite z 4 r ~ liturgiques et épitaphes. | | graphiques chrétiens d'Égypte nouvellement découvertes dans Annales du service des antiquités, 1908, t. IX,
ETRIR
… quelques dédicaçes de monuments publics, en particulier celles du tétrapyle d'Athribis datée de 374 | … (n. 64) de l'érœvrnrmetov d'Ombos, vie-vir siècles - (n. 561-562), l’ensemble des textes relatifs à la transcaractère à peu près régional, permettent d'établir des types fixes et d'y rattacher les textes sans attache connue (types du Fayoum, d'Akhmin, d'Herment, … A'Esneh, de Nubie) qui justifient la localisation d'environ 200 stèles dépaysées. Le contenu des inscriptions gravées sur les stèles ou peintes sur les murailles est, en général, extrêmement pauvre. Si nous écartons, à cause de leur intérêt spécial, un tout petit nombre de textes historiques et + formation en église du temple d'Isis à Philæ (n. 586 sq.) … tout le reste se répartit en deux classes : inscriptions
Depuis lors M. G. Lefebvre a publié les textes épigraphiques, dans quelques articles : Égypte chrétienne, parus » p172-183 ; 1909, t. x, p. 50-65 ; 260-284 ; 1910, t. xx, Inscriptions grecques d'Égypte à Braunsberg et à Saint-Pétersbourg, dans Revue épigraphique, 1913, nouv.
Ces textes n'apportent que des formules connues : Köpte évéraucov thy Luynv tob GovAov (n. 13, 14) ; caire sans doute placée au-dessus de la porte d'un monastère de femmes, hauteur, 0 m. 34, largeur, 0 m. 36.
En 1903, l'American Journal of archeology a publié quelques inscriptions grecques chrétiennes de Corinthe {n. 43-51). vin ces d'Hellespont, d'Asie, des Iles, de Garie, de
En cette même année 1922 a paru un Supplementum epigraphicum græcum, Leyde, 1922-1924, par les soins de P. Roussel, A. Salac, M. N. Tod, E. Ziebarth, J.-J. E. Hondius, c'est un bulletin d'épigraphie grecque reproduisant en caractères courants toutes les inscriptions récemment découvertes, suivant l'ordre des volumes des Inscripiones græcæ.
H. LECLERCO.
INSTITUT DE FRANCE. — I. Le Collège Mazarin. II. L'école d'architecture. III. L'Institut de France. IV. L'Académie française. V. L'Académie des
DICT. D'ARCH. CHRÉT,
; portées dans les collections publiques ou privées ne | ~ portent pas d'indication de provenance, les formules, … les symboles, l'ornementation dont on connaît le
| tabatières, ivoires, etc. Il en jouissait délicieusement, se remémorait le prix exorbitant d’un meuble rare ou bien l'enchère désordonnée qui lui avait livré une toile ou un bronze guettés depuis longtemps ; cependant ces joies furent brèves, au début de l’année 1661 | iltomba malade. Ce fut le dernier sourire de la Fort une, | Cet étranger scandaleusement riche, ce diplomate trop habile, ce premier ministre encombrant tenait à la cour du je une roi Louis XIV un emploi malaisé à définir et impossible à conserver : ni serviteur, ni maître, ni beau-père ! La mort allait se charger de résoudre une situation délicate, inextricable, et permettre à l’habile comédien de « réussir sa sortie. » Il le comprit vite et même il le sut. Un jour, le comte de Brienne, entrant à petits pas dans la chambre du cardinal, au Louvre, le trouva sommeillant au coin de son feu, dans son fauteuil : sa tête allait en avant et en arrière par une sorte de balancement machinal, et il murmurait,touten dormant, des paro les inintelligib les, Brienne eut peur qu'il ne tombât dans le feu, et appela le valet de chambre Bernouin, qui le secoua assez vivement. « Qu'y a-t-il Bernouin ? dit-il en s'éveillant, qu'y a-t-il ? Guénaud l'a dit ! » — « Au diable soit Guénaud et son dire ! reprit le valet de chambre ; direzvous toujours cela ? » — « Oui, Bernouin, oui, Guénaud l'a dit ! et il n’a dit que trop vrai, il faut mourir ! je ne saurais en réchapper ! Guénaud l'a dit ! Guénaud l'a dit 1 ! » — Comprenant qu'il ne fallait pas qu'on pût être tenté de rechercher les origines de sa fort une, le cardinal en fit don au roi, qui la refusa. Alors, maître d'en faire l'usage qu'il voudrait, Mazarin combina une grande fondation où il mettrait, à défaut de piété, toute la vanité possible.
Le 6 mars 1661, trois jours avant sa mort, le cardinal manda dans sa chambre Nicolas Le Vasseur et François Le Foin « notaires garde-notes du Roy au Chastelet » et leur dicta ses volontés. Après avoir expliqué qu'il n’avait amassé une fort une que pour parer aux éventualités de la guerre, il se sentait poussé, une fois la paix rétablie, à créer en témoignage d'affection pour la France un collège et une académie, Ayant ruminé la fondation de ce collège depuis longtemps, il songeait à lui imposer le vocable modeste de Collège des Conquêtes, parce qu'il le destinait à recevoir des écoliers nés dans les provin ces conquises pendant la durée de son ministère. Au dernier moment, il changeait d'avis et comme les élèves désignés appartenaient pres que exclusivement aux territoires acquis entre 1643 et 1661 par les traités de Westphalie et des Pyrénées (1648 et 1659), le collège porterait le nom de Collège des Quatre-Nations. Il devait recevoir soixante écoliers | originaires du territoire de Pignerol, de l'Alsace, de la Flandre, Artois et Hainaut, du Roussillon et de la Cerdagne.
| alentours retenaient encore toute son attention. Colbert avait réussi à le convaincre que le choix de l'emplacement de la tour de Nesle établissait une concor- ` dance entre les deux faça des, celle du palais et celle du « collège, aussi y est-il fait allusion dans les lettres Pour la construction, l'entretien, les frais annuels, le cardinal léguait un capital de deux millions de livres « sur les plus clairs de ses derniers comptans de ses économies et épargnes et de ses autres effects, » en outre les revenus de l'abbaye de Saint-Michel en l'Herme s'élevant à 34000 livres et une rente de 45 000 livres sur la ville de Paris. Le duc et la duchesse de Mazarin auraient le droit de désigner les jeunes gens de famille noble destinés à être logés, nourris et instruits gratuitement dans l'institution à laquelle il léguait sa bibliothè que et son tombeau. Le marquis de La Meilleraye, ayant épousé Hortense Mancini, por- | tait le titre et les armes de Mazarin depuis le dernier jour de février 1661 ; il ne souleva auc une difficulté au testament et n’abusa pas trop de sa qualité d’héritier, quant à sa femme elle avait bien d’autres préoccupations en tête que l’érection et la prospérité du « Collège des Quatre-Nations n Le testament du cardinal fut autorisé par le roi, | enregistré par le Parlement et la fondation obtint, en juin 1665, des lettres patentes qui déclaraient « censée et réputée Royale, jouissant des mesmes avantages, privilèges et prérogatives que si elle avoit esté par Nous faite et instituée. » Mazarin avait poussé la | prévoyance jusqu'à nommer les membres d'une commission chargée de tout ce qui concernait le collège : il ne restait, dès lors, qu'à choisir l'emplacement de la fondation. Sur ce point, on eut beaucoup de peine à s'entendre. Dans le cours de l'année 1661, la commission se réunit quatorze fois, afin d'étudier diverses questions financières et administratives, afin d'établir les rapports avec l'Université de Paris dont le Collège | devait dépendre et, comme on l'a dit, afin de faire choix d’un terrain, En réalité, Colbert menait toute l'affaire, il désigna l'architecte Louis Le Vau pour tracer les plans et lui accorda comme conducteur des trav aux, François d'Orbay. L. Le Vau était intendant et ordonnateur général des bâtiments du Roi et son premier architecte, il partageait avec François Mansart le premier rang parmi les architectes. Les procèsverb aux de la commission permettent d'affirmer qu'il fut le véritable auteur des plans et dessins pour le collège (attribués quelquefois à d'Orbay).
Le choix de l'emplacement entraîna de longues délibérations où Colbert tint un rôle prépondérant, Dès le 20 mars 1661 (première séance de la commission) il se prononçait implicitement pour les environs de la Tour de Nesle, faisait valoir les avantages de cette situation de préférence à un terrain situé entre les portes Saint-Jacques et Saint-Michel, aux båtiments du collège du cardinal Lemoine et à divers autres emplacements dans le voisinage de la Sorbonne et de l'église Sainte-Geneviève, ou aux chantiers hors la porte Saint-Victor. Le 18 janvier 1662, Le Vau pré- | senta un projet de constructions à élever près de l'hôtel de Nesle : « Glorieux, disait-il, pour la mémoire de Son Eminence, et d'autant que non seulement il y aura l'église qui servira d'aspect au Louvre, mais aussi une grande place proche de l’église ; au milieu de la place, une fontaine, laquelle place peut être appelée place Mazarine, Qu'en revestant le quay comme il est né cessaire, on lé peut nommer le quay Mazarin ; qu'en abattant la porte de Nesle, on peut bastir une autre porte sur la rue de Seine, laquelle on appellera porte Mazarine ; que même il y aura assez de place pour la Bibliothè que, pour le Collège et pour l’Académie ; que toutes les dites pla ces peuvent estre acquises et basties à aussi bon compte qu'en pas un endroit de la ville. » L'architecte comptait donner à la façade « la forme d'un cercle parfait, orné d’obélis que et de fontaines, » Louis XIV repoussa cette disposition. Le roi portait un intérêt très vif aux « bâtimens » et, à cette épo que où Versail les n'existait pas, le Louvre et ses patentes de 1669.
Le terrain choisi avait pour point extrême au Nord- « Est la célèbre tour de Nesle. Il suivait à l'Est, jus que vers la rue Guénégaud, le mur d'enceinte de la ville. bordé par un large fossé. A l'Ouest il était bordé par ` une rue qui prit dans la suite le nom de Mazarine.
Devant la tour de Nesle, la quai de la Seine n'existait pas, mais seulement une rive basse, marécageuse, « changeante au gré des crues du fleuve et des pluies. Un égout construit à découvert dans le fossé de Pen- | ceinte y répandait des e aux putri des : de temps en temps une inondation envahissait la rue de Seine (1649, 1651, 1658).
Le 1e juin 1662, un arrêt du Conseil du roi ordonna - les expropriations nécessaires pour la construction - du Collège ; au mois de juillet, la municipalité approuva j ét, le 24 octobre, Colbert demanda « qu’il soit passé outre à toute opposition à la démolition de la tour de Nesle et accointan ces. » Au cours des années 16621663, on résolut la question des expropriations et la Ville de Paris reçut 120 000 livres pour compensation de ses droits sur le mur d'enceinte et les fossés avec dispense d'exécuter les trav aux qu’elle avait pris autre- :\ fois l'engagement d'exécuter à la place de la tour et de « | l'ancienne porte qui tombaient en ruines. Les propriétaires de maisons et de parcel les furent pressentis.
Le marquis de Coislin fut magnifi que et M. de Guénéi gaud cupide et mesquin ; deux bourgeois de Paris, propriétaires de « pla ces vaines et vagues avoisinant la ` porte de Nesle, » reçurent 32412 livres et le gardeclefs de la porte une indemnité de 800 livres. Il fallut encore acquérir plusieurs maisons et l’'expropriation « des terrains put commencer à la fin de l’année 1662. W Tout n'était pas fini. L'abbaye de Saint-Germain-desPrés revendiquait ses droits de censive-lods et vente sur les appartenan ces de l'hôtel de Nesle, la commission était bien décidée à lui résister, on s'adressa à Sauval, l'historien de Paris ; celui-ci en présence de Mazarin et de Colbert, le 27 janvier 1665, expliqua les raisons pour lesquel les Giry, son collègue et lui-même « considéraient les droits de l'abbaye comme inexistants « ou périmés, Colbert pensa avoir déjà partie gagnée, mais, après de longs délais, le Conseil d'État rendit, le 26 janvier 1638, un arrêt condamnant les exécuteurs testamentaires du cardinal à payer « les lods et ventes des maisons par eux acquises pour la fondation du dit collège scituez hors des fossés et contrescarpes, et le | droit d'indemnité avec les intérêts du jour de la demande, » Pendant ce temps, Le Vau retouchait son plan et, tout en restant fidèle à sa première pensée, songeait à construire deux imposants pavillons destinés à limiter, de cha que côté de l'édifice, une façade dessinant un demi-cercle. La chapelle s'élevait au centre d'une place demi-circulaire et le portail faisait face à celui du Louvre. Le terrain couvrait une superficie de 3 000 toises environ (7 500 mètres carrés à peu près) entre le quai au Nord, la rue Mazarine à l'Ouest, l'ancien mur d'enceinte à l'Est. Les constructions devaient comprendre deux parties distinctes, mais rattachées l'une à l’autre : sur le quai l'ensemble architectural ; en arrière, les corps de logis du collège se développant sur deux cours, du Nord au Sud.
Le Vau avait présenté un devis qui s'élevait à 1 482 000 livres, non compris les achats, indemnités, etc. Bientôt il fallut reconnaître que ce devis serait dépassé et l'architecte modifia les plans primitifs pour diminuer les dépenses. Les travaux se poursuivaient sans beaucoup de hâte, semble-t-il, cependant … les lettres patentes de 1669 disent que « les bâtiments ~ de l’église, du collège, de la bibliothèque, sont tellement avancés qu'il y a lieu d'espérer que dans peu on pourra célébrer la sainte messe dans l’église, commencer les exercices dans le collège, et que tous les livres légués et donnés seront placés et rangés dans la nouvelle bibliothèque. » En 1672, on procéda aux travaux de sculpture : en 1673, le duc de Mazarin vint à deux reprises visiter le collège. Il trouva la chapelle élevée » de la base à la lanterne. La façade sur le quai n’attendait plus que la décoration sculpturale dont les modèles étaient arrêtés. Le corps de logis entre les deux cours, les 83 cellules sur la rue Mazarine étaient en état, le jardin dessiné et prêt à être planté.
Depuis le projet primitif jusqu'à l'exécution définitive, la façade sur le quai n'a pas varié dans ses lignes générales ; cependant le dessin a passé par trois états dans les détails des profils et de l'ornementation. La place à créer devant la chapelle devait recevoir une fontaine au centre ou deux aux extrémités ; cette dépense fut évaluée à 25 000 francs et abandonnée. On ne put se dispenser d'élever un quai sur la berge très inconsistante et fréquemment envahie par les grandes eaux. La construction des murs, quais et descentes, depuis l'hôtel de Nevers jusqu'au coin de la rue des Petits-Augustins, avec une file de pieux au-devant, coûta 170 000 livres. Quant aux bâtiments du collège proprement dit, ils n'offrent aucun intérêt artistique.
La façade actuelle du palais de l'Institut a souffert de graves retouches qui altèrent sa physionomie primitive. Les vases en pierre supportés par la corniche datent de 1763. La grille d'entrée de la chapelle n'existait pas et les degrés qui y donnent accès étaient obstrués par de pesantes bornes. Quant aux quatre lions de fer, ils datent du premier Empire. Au-dessus du portail, entre les chapiteaux et le fronton, courait une inscription sur la frise : IVL/ius). MAZARIN/us). » Sfanciæ). R(omanæ). Efcclesiæ). CARD (inalis). » BASILICAM ET GYMNASfium). F(aciendum). C{uravit) Afnno) MDCLXI. Au-dessus du portail on lisait : D.O. M. SVB INVOCATIONE SANCTI LVDOT VICI :
Six massifs de pierre, encore visibles au pied du dôme, portaient autant de groupes sculptés, composés chacun de deux personnages : Pères de l'Église, Évangélistes, Docteurs. Le dôme était couvert d'ardoises taillées en écailles de poisson, avec des bandes de plomb doré. La lanterne a été entièrement reconstruite, elle était primitivement moins large, moins élevée, entièrement à jour, soutenue par des consoles et surmontée d'une croix,
La porte qui conduit aujourd’hui dans la première cour servait d'entrée au collège. Toutes les autres baies étaient fermées et formaient une série de vingt-quatre boutiques. La loge actuelle des portiers de l'Institut était coupée en deux et on louait la pièce qui prenait jour sur le quai. Neuf boutiques étaient établies sous le pavillon de la bibliothèque : cinq d’entre elles donnaient sur la place Conti et les quatre autres sur la place du collège ; elles étaient respectivement occupées par un tailleur, un vitrier, un limonadier et un tapissier. Entre le pavillon de la bibliothèque et la chapelle on rencontrait la librairie classique d'Eclassan et une horlogerie. Puis en se dirigeant vers Chandelier, un aubergiste et un vitrier. Sous le pavillon ouest, deux locataires se partageaient six boutiques.
Le quai était bordé par une balustrade, faute de fonds suffisants, on ne put jeter un pont d'une rive à l’autre du fleuve, mais en face du pavillon ouest, on installa de petits bateaux qui, moyennant six deniers par personne, transportaient devant le Louvre. Le pavillon ouest, cinq boutiques étaient louées à un
Cette invasion de boutiques devait réjouir l'âme mercantile de Mazarin, car elles produisaient un assez joli revenu... et quelques tracas. Le Collège des Quatre-Nations s'était fait spéculateur. Sur l'excédent des terrains expropriés, il avait élevé seize maisons situées rue Mazarine et rue Guénégaud, elles n'ont subi jusqu'à nos jours presque aucun changement. La première touchait la porte de la cour des cuisines, qui servait d'entrée et a conservé cette destination ; elle était suivie de six autres qui constituaient tout le côté gauche de la rue Mazarine jusqu'à la rue Guénégaud. Les seize immeubles étaient d'un bon rapport, mais dès 1674-1675 presque tous les habitants des maisons et les occupants des boutiques réclamaient à cor et à cri. Les locataires des grandes maisons se plaignaient des troubles que causait dans la rue Mazarine le voisinage des Comédies française et italienne, Les carrosses obstruaient les rues, cochers, laquais, vendeurs de contremarques se cherchaient querelle. La plupart des appartements se vidaient et désormais se louaient mal ; il en allait de même pour les boutiques du quai. Lors que certains locataires désiraient rester, c'était pour la raison même qui leur faisait donner congé. Singulier voisinage pour les soixante élèves du Collège et les habitués de la bibliothèque. Bref, le quartier était mal famé,
En 1676, les logements se trouvèrent prêts, on put en prendre possession, personne ne se présenta ! Ou bien, à vrai dire, il se présenta une grande difficulté, On s'aperçut que le Collège des Quatre-Nations avait été envahi avant d'être occupé, et les envahisseurs refusaient tout net de quitter la place. On lit sur un document adressé à Colbert le titre suivant : État de ceux qui occupent des logements dans le dedans du collège Mazarini, restant de ceux que l'on en a fait sortir de temps en temps en exécution des délibérations du Conseil de la fondation dudit collège, et qui y continuent leur demeure par des voies de recommandations, intrigues et cabales, Delivre à M. Colbert, l'un des exécuteurs de la dite fondation, pour donner ses derniers ordres de les en faire sortir, et contraindre au payement des loyers des lieux qu'ils ont occupés, et faire faire les réparations nécessaires, attendu l'état de cette fondation. On apprend par ce rapport que le sieur Le Fèvre et sa femme détiennent, depuis cinq ans, quatre pièces situées au-dessus du portail de la cour des cuisines. Un certain abbé des Isles « depuis peu marié » s'est installé dans trois pièces au-dessus de la sacristie, Un sieur Lartille, homme de lettres, a pris possession de cinq pièces du premier étage de la rue Mazarine. Il voisine là avec le marquis et la marquise de Méré, tandis que la demoiselle Gassin voisine avec l'abbé des Isles. Un prêtre nommé Massy a trouvé à sa convenance deux pièces au-dessus de la salle des actes ; un abbé gascon avait élu domicile dans six pièces du voisinage de l'horloge. Le comte de Gocourt avait préféré la bibliothèque et son appartement comptait neuf pièces car il lui fallait loger un valet de chambre, deux laquais, un cuisinier, un cocher. Au-dessus de ce gentilhomme demeurait le sieur Lavigne tailleur pour dames très achalandé ; enfin, un sieur Sanguin, médecin, détenait douze pièces où il logeait toute sa famille : sa mère, deux de ses frères, ses sœurs, une servante, un valet. Et il faudrait nommer encore un porteur d'eau, un apothicaire, un tapissier, des serruriers, des peintres. Le duc de Mazarin avait pris à son usage le bâtiment situé sur le quai, entre la chapelle et la bibliothèque et refusait de déguerpir, il fallut examiner ses prétentions en Conseil, et elles furent repoussées. Colbert ordonna d'expulser tous les locataires étrangers à la fondation. Alors l'Université de Paris et la Sorbonne invoquèrent leurs privilèges. La présence de ce collège dans la ville ne leur agréait pas, et elles l'eussent voulu hors de l'enceinte. Des années se passèrent en discussions ou, suivant le style du lieu, en délibérations, et ce ne fut qu’en octobre 1688 que les cours commencèrent. En raison de « la dureté des temps, pour être admis, faire preuve de quatre degrés de noblesse, avoir plus de dix ans et moins de quinze. Le niveau des études ne paraît pas avoir été très relevé. Les bâtiments du Collège des Quatre-Nations ne subirent pas de modifications notables au XVIIIe. Des plans furent présentés qui le malmenaient assez, aucun ne reçut un commencement d'exécution. Le collège Mazarin était exclusivement dirigé par des prêtres, ceux-ci ne crurent pas devoir se soumettre à la constitution civile du clergé, en conséquence ils refusèrent le serment et furent regardés comme démissionnaires, Le collège prit le nom de collège de l'Unité, du nom de la section dans laquelle il était situé et fut supprimé en 1792.
II. L'ÉCOLE D'ARCHITECTURE. — En 1794, les bâtiments du collège devinrent une prison : la maison d'arrêt des Quatre-Nations : ensuite le comité central du Salut public y vint tenir ses séances. En octobre 1795, la prison recevait encore des hôtes. Louis David y fut, paraît-il, enfermé, après la journée du 1er prairial et l'écrivain royaliste Michaud après celle du 13 vendémiaire. Dès cette époque, on se préoccupait de l'utilisation de ces vastes bâtiments. La chapelle avait eu à souffrir pendant la Révolution, elle avait été dépouillée de ses œuvres d'art, de ses tableaux, du tombeau de Mazarin. Ce n'était plus, dès lors, qu'un local à remplir et les projets ne manquaient pas. Tour à tour on suggérait l'installation de l'Assemblée ou de la bibliothèque ou bien des Archives, ou d'un Muséum d’antiquités. La Convention avait fondé au Louvre le Muséum des Arts entasser au fur et à mesure des confiscations-puis des conquêtes. Bonaparte, qui avait contribué par ses envois d'Italie à enrichir le Muséum, voulut, à partir du Consulat, en faire une institution nationale et un décret du 11 novembre 1801 décida que les écoles des beaux-arts quitteraient le Louvre et seraient transportées au Collège Mazarin.
Dès le mois d'août 1802, l'architecte Lyrand proposa de « rendre le monument aux arts et à la curiosité des étrangers... d'en faire une belle salle (de la coupole) de distribution pour les prix d'émulation et en même temps une salle d'assemblée pour les sociétés savantes, en remplacement de la salle de l'Oratoire qui avait, croyait-il, une autre destination. » « Une application non moins utile peut-être serait d'y placer en étalage la production de nos fabriques qui auraient obtenu des primes, » Il voyait là « une espèce de Panthéon du commerce. » On avait commencé les travaux, mais pendant six ans on ne s'occupa que de l’école d'architecture, les autres demeurant au Louvre. L'architecte Vaudoyer chargé de l'aménagement eut quelques surprises, il vit du premier coup d'œil que tout était à faire ou à refaire. Les bâtiments de la façade sur le quai et une partie des bâtiments sur la première cour conservaient leurs locataires. L'Église était inutilisable pour une école des beaux-arts. Dans la seconde cour on ne pouvait utiliser que les constructions longeant la rue Mazarine ; quant au jardin, il appartenait à la Monnaie depuis 1795-1796. À l’intérieur tout était à l'abandon, les chambres n'avaient plus ni portes ni fenêtres et quand les réparations auraient été faites, la plus grande partie des salles étaient trop exiguës, trop basses, trop mal éclairées pour une école des beaux-arts. Le chiffre des écoliers avait été ramené de soixante à trente. Il leur fallait... L'État accordait en outre à l’Institut, pour les séances... costume. Il n'a pas changé. L'architecte Vaudoyer qui fut chargé de l'installation, pendant avec les huit croisées ouvertes dans l'ancien... qui donnait la communication avec le collège, l'ancien... Mieux valait, selon lui, construire à l'Est des bâtiments spéciaux pour la peinture et la sculpture, en reprenant, s'il était possible, le jardin cédé à la Monnaie. Le 12 octobre 1804, l’école d'architecture se transporta du Louvre au Collège Mazarin. Elle s'y installait à peine dans les bâtiments de la rue Mazarine que le décret impérial du 20 mars 1805 décidait le transfert de l’Institut au Collège Mazarin.
III. L'INSTITUT DE FRANCE. — Au mois d'août 1793 la Convention nationale supprima les anciennes académies ; deux ans plus tard, le 22 août 1795, la Constitution dite de l’an III prononçait dans son article 298 qu'« il y a, pour toute la République, un Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences. » C'était la même institution, mais elle recevait des vocabulaires nouveaux, il ne fut plus question d'académies mais de classes. Au mois d'avril suivant, l’Institut était en possession d'un règlement et tenait au Louvre, dans la salle des Cariatides, une séance inaugurative présidée par Daunou. « Des particularités de chaque classe, des locaux situés au rez-de-chaussée (salles Puget et Coustou) et au premier étage (salle La Caze). » L'organisation établie en 1795-1796 fut modifiée en 1803, sous le Consulat, non sans résistance et sans difficulté. L'arrêté du 23 janvier 1803 portait de trois à quatre le nombre des classes ainsi désignées : 1° sciences physiques et mathématiques ; 2° langue et littérature française ; 3° histoires et littératures anciennes ; 4° beaux-arts. La première classe partagée en onze sections comprenait 65 membres, la seconde et la troisième comptait 28 membres (peinture 10, sculpture 6, architecture 6, gravure 3, musique 3). Une loi avait accordé une indemnité annuelle aux membres de l’Institut et un arrêté du 13 mai 1801 avait fixé leur... Un arrêté du 20 novembre 1795 avait décidé que l'Institut s'établirait au Louvre, là même où siégeaient les Académies supprimées en 1793. Les séances publiques se tinrent dans la salle des Cariatides de 1795 à 1805 ; à cette date, le décret du 20 mars prononça : « l’Institut national sera transféré de l'emplacement qu'il occupe au Louvre dans l'édifice des Quatre-Nations, aujourd'hui Palais des Beaux-Arts, qu'il occupera jusqu'à ce que le nouveau local qui lui est destiné au Louvre soit arrangé. » Ce fut encore M. de l’Institut. Il rencontra dès le début de graves difficultés par suite de l'insuffisance des crédits qu'on lui allouait. L'architecte supprima les boutiques de la façade et créa sous chaque pavillon un passage couvert où les piétons pouvaient s'abriter de la pluie, « mais non du vent. » À l'intérieur du palais, Vaudoyer fit peu de changements, il exerça toute son ingéniosité pour transformer la chapelle (devenue couramment la Coupole ou la Rotonde) en salle publique d'assemblées solennelles. Le plan du vaisseau quasi elliptique se prêtait assez peu à ce qu'on en voulait faire ; des piliers énormes rompaient le point de vue à chaque angle et la voix d'un orateur, généralement décrépit, se serait perdue dans la profondeur des chapelles et l'élévation de la voûte. Vaudoyer se décida à disposer en amphithéâtre le rez-de-chaussée des chapelles et à établir de vastes tribunes dans leur partie supérieure. Enfin, il réduisit de moitié la coupole du dôme, en construisant une coupole intermédiaire percée de huit lunettes correspondant au dôme. Au-dessus de la coupole actuelle se trouve une deuxième salle aussi vaste que celle du bas. La salle du chœur, la chapelle où se trouvait autrefois le mausolée de Mazarin, ces trois pièces furent sacrifiées et servirent de passage vers la coupole pour les membres de l’Institut.
Il fallait des locaux pour les services administratifs, pour les séances des différentes classes, pour la bibliothèque (distincte de la Mazarine). On les trouva pour les séances particulières dans l’ancienne salle des actes du collège au rez-de-chaussée de la grande cour, pour les services de la bibliothèque dans le corps de bâtiment entre les deux cours. Enfin, on aménagea, aux frais de l'Institut, une écurie pour les chevaux des membres qui venaient à cheval aux séances !... Une fois encore l'installation, de transitoire, devint définitive. En 1805, le décret impérial laissait entrevoir que le nouveau local n'était attribué à l’Institut que pour peu de temps ; en septembre 1806, le ministre recommandait à Vaudoyer d'attendre de nouveaux ordres avant d'inscrire sur les portails de l'édifice : Palais de l'Institut. En 1809, le papier officiel reçut l'en-tête Institut de France ; en 1811 : Institut impérial ; en 1815 : Institut royal ; enfin le 22 juin 1815, quatre jours après Waterloo, l'édifice devint : Institut de France. Le 21 mars 1816 une ordonnance royale reconstitua l'Institut, substitua à la section d'histoire et théorie des beaux-arts, une section dite de membres libres et reprit pour les classes le nom d’Académies. En 1832, le gouvernement de Juillet rétablit l'Académie des sciences morales et politiques ; à partir de ce moment l'Institut de France fut ce qu'il est resté jusqu'à nos jours. Comme les cinq Académies continuent l'œuvre et les traditions bureaucratiques et scientifiques de celles qui existaient sous l’ancien régime, on les classe dans l’ordre de fondation de leurs devancières.
Parmi les publications qui émanent de l’Institut tout entier ou que l'on ne peut rattacher en particulier à aucune des Académies actuelles, nous ne trouvons que peu de travaux relatifs à nos études : Raoul-Rochette, Sur l'erudition considérée comme base de toute bonne littérature, dans Recueil de discours prononcés dans la séance publique annuelle de l'Institut - Michaud, Quelques observations sur le caractère et les préceptes des chroniques du Moyen Âge, dans Séance publique annuelle des quatre académies, du vendredi 24 avril 1829, p. 77. — A. de Laborde, Les derniers jours de la semaine... Séance publ., 25 octobre 1854, p. 13. — Am. Thierry, Élection d'un évêque de Bourges au Ve [Simplicius], dans Séance publ., 17 août 1857, p. 67. — E. Egger, Observations historiques sur la fonction de secrétaire des princes chez les anciens, dans Séance publ., 14 août 1858, p. 43, — Ch. Levêque, Rivalités et concours de professeurs publics au IVe, dans Séance publ., 14 août 1866, p. 45. — E. Renan, Examen de quelques faits relatifs à l'impératrice Faustine, femme de Marc-Aurèle, dans Séance publ., 14 août 1867, p. 17. — E. Le Blant, Le détachement de la patrie, dans Séance publ., 25 octobre 1872, p. 19. — E. Le Blant, La richesse et le christianisme à l'âge des martyrs, dans Séance publ., 25 octobre 1877, p. 25. — E. Blant, Les chrétiens dans la société païenne aux premiers âges de l'Église, dans Séance publ., 25 oct. 1884, p. 25. — H. Thédenat, Le Forum romain et les fouilles récentes, dans Séance publ., 25 octobre 1899, p. 19. — N. Valois, De la croyance des gens du Moyen Âge à la fin prochaine du monde, dans Séance publ., 25 oct. 1904, p. 21-33.
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. — Les études que symbolise l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ont, au dire d'Alfred Maury, « je ne sais quoi de lourd et de pédantesque qui éloigne le public. Les faits auxquels elle s'attache semblent aux observateurs superficiels importer peu aux progrès de la civilisation matérielle, intimement liés au contraire à ceux des sciences physiques et mathématiques. Les travaux de cette compagnie ne sauraient trouver leur application que dans l'ordre moral ; bien souvent ils ne satisfont que la pure curiosité. L'histoire est représentée là dans toutes ses branches et sous toutes ses formes ; car l'archéologie, l'épigraphie, la numismatique, la paléographie, la géographie, la bibliographie, la mythologie, la philologie grecque, latine, orientale, concourent, avec l'histoire proprement dite, à nous faire connaître les temps anciens, ce qu'on a dit, pensé, adoré, fait fabriquer pendant tous les siècles écoulés avant nous. Or, pour ce qu'on appelle un esprit positif, cette connaissance est sans valeur. L'antiquité diffère tant des âges modernes, les institutions du Moyen Âge sont si étrangères aux nôtres, que le commun des hommes s'exprime sur le compte des érudits, comme Clitandre dans Les Femmes savantes, on ne comprend guère l'intérêt qu'il peut y avoir à en scruter les moindres détails, à en approfondir le langage et à en rechercher les monuments. » Alfred Maury ajoute que le faible degré d'estime dans lequel on veut bien tenir les érudits qui ne sont ni poètes, ni peintres, ni physiciens tient à leur habit brodé, ce bel habit à palmes vertes que ces académiciens ont le droit de porter comme les Quarante eux-mêmes. C'est possible, mais c'est douteux et cela n'importe guère.
Louis XIV avait su grouper autour de sa personne un nombre considérable de pourvoyeurs de sa gloire, artistes, hommes de lettres étaient réquisitionnés pour le commun effort. Partout s'élevaient des édifices qu'il fallait décorer de statues, de bas-reliefs, de peintures, de tapisseries rappelant les actions du roi dans la guerre et dans la paix. Ces actions représentées suivant un canon toujours à peu près semblable, il devenait nécessaire de les distinguer entre elles par une légende, une dédicace, une devise quelconque. Alors le besoin se fit sentir d'avoir sous la main quelques hommes instruits capables d'exprimer sous une forme concise et élégante l'événement qu'on voulait commémorer, Dans la France du xviit siècle, il ne fallait aller ni loin ni longtemps pour découvrir ces hommes, et Colbert le savait bien, En 1663, il suggéra au roi l’idée d'instituer une société à laquelle incomberait le soin de rédiger toutes les inscriptions commémoratives. Les membres furent choisis parmi ceux qui appartenaient déjà à l’Académie française, c'étaient Chapelain et Charpentier, les abbés de Bourzéis et de Cassagnes. Leurs réunions se tinrent d'abord dans la bibliothèque de Colbert qui tenait à assister à leurs séances, et dont le mercredi était moins pris que les autres jours de la semaine pendant l'hiver ; pendant l'été, le ministre emmenait les quatre latinistes à Sceaux, dans sa maison de campagne. On leur donna dès lors un sobriquet, ce fut « la petite Académie. » Le roi recourait à elle à tout propos : s'agissait-il d’estampes, de tapisseries, de tentures, de mobilier, elle était en fonds, mais on lui demandait en outre des intermèdes, des impromptus, des programmes pour les fêtes plus ou moins inspirées d'épisodes mythologiques. Claude Perrault, frère de l’auteur des Contes, vraiment à faire figure académique. Gallois. Or celui-ci n'avait ni l'expérience ni la talent de Tallemant qui avait composé des inscriptions pour les tableaux de la galerie de Versailles. Louis XIV les lut, et le style des monuments du passé. Les travaux furent la création des médailles. Le module des premières médailles ne suffisait plus, semblait mesquin, on préféra de grands médaillons qui furent désignés sous le nom de jetons et qui était fort bien vu de Colbert, assistait aux réunions et y faisait fonction de secrétaire. Gravement, on discutait sur le choix et l'emplacement des peintures et des sculptures, on décidait de l'ordonnance des statues, des bosquets et des fontaines. Comme c'était alors la grande affaire de chacun de plaire au roi, la petite Académie n’épargnait ni son temps ni sa peine, et par manière de récompense, elle fut invitée à faire graver le plan et les vues principales des maisons royales, Ensuite ce furent les places fortes récemment conquises. Entre temps, on rédigeait des tragédies en musique, dont Quinault faisait les vers et dont Lully écrivait la musique. En 1674, Quinault parut digne d'être agrégé aux Quatre, dont la compétence s’élargissait de jour en jour. Voici maintenant qu'on soumettait des livres à leur jugement et, soit conviction, soit flatterie, Félibien ne laissa paraître son Dictionnaire des arts et ses Entretiens sur les principes de l'architecture, de la peinture et de la sculpture qu’avec l'approbation du groupe d'érudits, qui commençait. Un principe s'était établi qu'on ne pouvait faire partie de la petite Académie si on n'était du monde des Quarante, Bourzeis étant mort en 1672, Chapelain en 1674, Cassagnes en 1679, Charles Perrault et Quinault comblèrent ces vides. Mais Charles Perrault, ayant perdu la faveur de Colbert, cessa d'assister aux séances de la petite Académie et y fut remplacé par deur de Perrault et d'ailleurs Colbert souffrant s'occupait de moins en moins des travaux de ses érudits. Pendant dix-huit mois les séances languirent et on put croire qu’elles cesseraient tout à fait quand Colbert mourut ; mais Louvois vit un moyen de faire sa cour en s'emparant de celle qu'on commençait à désigner sous le nom d'Académie des médailles. En réalité, ses travaux n’intéressaient aucunement le ministre, mais il ne croyait pouvoir moins faire que n’avait fait Colbert, et l'épigraphie, qui ne nourrit pas son homme, allait attirer sur les académiciens la faveur du roi. L'abbé fit semblant de les entendre et pour qu'on n'en doutât point s'en déclara satisfait : Tallemant fut chargé d'aller en toute hâte, de Fontainebleau à Versailles, faire placer les inscriptions. Charpentier et Quinault se précipitèrent à Fontainebleau, parlèrent de leur Académie avec tant d'assurance que Louvois leur demanda quelques explications à ce sujet. Ils parlèrent de leur confrère Perrault, et Louvois leur dit tout net que celui-ci avait démissionné, il le fallait donc remplacer ; sur l’heure Charpentier et Quinault choisirent Félibien qu’ils rencontrèrent dans l'antichambre du ministre. L'Académie était plus vivace que jamais. Louvois n’était pas un maître indolent ; maintenant qu'il avait son Académie des Médailles, il lui assigna un local, des séances fixes, des travaux à produire, Il fallut donc siéger au Louvre, dans la salle de l'Académie française, le lundi et le samedi de cinq à sept heures du soir. Le contrôleur des bâtiments, La Chapelle, successeur de Perrault, devint le cinquième académicien, Louvois leur adjoignit Racine et Boileau dont les noms avaient grande mine, et Rainssant, directeur du cabinet des antiques, plus familier avec les repris avec assiduité et particulièrement la composition des médailles, etc. Après ce grand effort, ce fut le repos. On rédigea les devises des jetons attribués aux membres de tous les conseils ; jetons de l'ordinaire et de l'extraordinaire des guerres, de la marine et des galères, du trésor royal, des parties. Quinault mourut en 1688, Rainssant se noya par accident en 1689. Louvois oublia son Académie.
L'avènement du ministre Pontchartrain rendit une vie nouvelle à l’Académie qui compensa ses pertes par Eusèbe Renaudot et J. de Tourreil, érudits et humanistes. Un choix plus important fut celui de l'abbé Bignon, bibliothécaire du roi, personnage qui joignait, à des connaissances étendues, un goût délicat et le crédit d'un courtisan. L'introduction de l'abbé Bignon équivalait à une reconstitution de l'Académie qui, pour justifier de son utilité, entreprit la revision des dessins de toutes les médailles qui avaient été composées, compléta la série et fit ramener le module à une même grandeur. L'histoire métallique de Louis XIV fut continuée jusqu’à l'année 1700. Antoine Coypel dessina les sujets et les plus habiles artistes d'Europe gravèrent les coins. Vers ce temps l'Académie des médailles s’agrégea Dacier, qui y faisait bonne figure, surtout en qualité de mari de Madame Dacier ; elle s’agrégea aussi Pavillon, La Loubère, mais, en définitive, l'institution primitive avait peu changé. L'abbé Bignon voulait accroître son importance, cependant il appréhendait l'hostilité de l'Académie française, le mauvais vouloir du Parlement, aussi procéda-t-il en grand secret. Le 16 juillet 1701, une ordonnance du roi fonda véritablement la nouvelle académie à qui elle donnait le nom d'Académie royale des Inscriptions et Médailles. Le nouveau règlement rappelait de fort près celui qui avait été donné le 16 janvier 1699 pour la création de l’Académie des Sciences, il spécifiait que la nouvelle Académie devait « composer les descriptions historiques des événements par rapport auxquels les médailles auront été faites. » C'était une voie nouvelle ouverte à l'étude de tout le passé de la France pendant qu’un autre passage disait : « L'Académie travaillera encore sans délai à l’explication de toutes les médailles, médaillons, pierres et autres raretés antiques et modernes du cabinet de Sa Majesté, comme aussi à la description de toutes les antiquités et de tout les monuments de la France. C'était indiquer aux académiciens les voies à peine frayées alors de la numismatique et de l'archéologie. C'était un vaste programme fermement tracé au seuil du XVIIIe, et que Ce entier devait remplir avec honneur. La nouvelle Académie comptait quarante membres, mais répartis en quatre classes de dix chacune : dix honoraires, dix pensionnaires, dix associés et dix élèves. Les honoraires donnaient de l'éclat, c'étaient de préférence des personnages de haut rang ou des membres d’ordre religieux, « recommandables par leur érudition dans les belles-lettres et leur intelligence en fait de monuments. » Les pensionnaires donnaient leur temps et s'engageaient à résider dans la capitale d’où ils ne pourraient s'absenter pour affaires particulières, hors le temps des vacances, sans un congé exprès de Sa Majesté, qui, en échange, leur octroyait une pension variant entre 800 et 2 000 livres. Les associés ne donnaient rien, ne recevaient rien, et faisaient nombre ; enfin les élèves étaient de bons jeunes gens ambitieux dont l'espèce s'est perpétuée jusqu'à nos jours. On les voit assister aux séances, copier des fiches, transcrire des index, collationner des textes, vérifier des dates, manipuler des volumes, tout supporter, tout accepter avec une sorte de ferveur mystique, à la pensée, à la vue de ce siège vers lequel ils risquent une œillade et sur lequel, dès qu'ils y seront juchés, ils prendront leur revanche de leurs courbettes et de leurs platitudes de jadis. Le règlement disait encore : « Dans chaque assemblée, il y aura quelques académiciens pensionnaires obligés à tour de rôle d'apporter quelques écrits de leur composition. Les honoraires, les associés et les élèves y seront invités de même et chacun de ceux qui seront présents feront leurs remarques sur ce qui aura été proposé. » Il était aussi recommandé à la compagnie « d'entretenir commerce avec les divers savants soit de Paris et des provinces du royaume, soit même des pays étrangers, afin d'être promptement informée de ce qui s'y fera de curieux par rapport aux objets que doit se proposer l'Académie. » Enfin dans l'article 26, on lit que « l’Académie chargera quelques-uns des académiciens de lire les ouvrages importants dans le genre d'étude auquel elle doit s'appliquer, qui paraîtront soit en France, soit ailleurs, et celui qu'elle aura chargé de cette lecture en fera son rapport à la compagnie, sans en faire la critique, en marquant seulement s'il y a des vues dont on puisse profiter, » L'Académie devait tenir séance le mardi et le vendredi de chaque semaine de trois heures à cinq.
Le 19 juillet 1701 l’Académie royale des Inscriptions et Médailles commença ses travaux. Le roi avait désigné les membres destinés à former l’Académie, En tête de la liste se trouvait un personnage aussi respectable par sa science que par ses vertus : dom Jean Mabillon, qui assista assidûment aux réunions et s’y fit — chose incroyable — autant d'amis qu'il avait de collègues. L'abbé de Boze, historiographe de l'Académie, tenait des vétérans que le savant bénédictin sentant « tous les yeux tournés vers lui, ne levait jamais les siens. » On ne savait trop pour quoi figurait, à la suite de Mabillon, le célèbre P. La Chaise, on ne pouvait pas plus expliquer la présence du cardinal de Rohan et celle de l'intendant Foucault. Puisqu'il fallait des noms, on aligna ceux de Fontenelle, de Rollin, de Thomas Corneille, qui faisaient le meilleur effet du monde. Rollin se montra peu assidu, et invoquant ses autres fonctions, sollicita la vétérance ; elle lui fut sans peine accordée. « Il n'en aima pas moins nos exercices, écrit de Boze ; il se rendait fréquemment aux séances et se montrait surtout aux assemblées publiques. » Lors que Rollin entreprit son Histoire ancienne, il en soumit le plan à ses confrères, leur demandant la permission d'emprunter à leurs mémoires imprimés tout ce qui pourrait être utile à son œuvre, et c'est à cela que s’est réduite la part qu'il prit aux travaux de l'Académie, Puis encore, Jean Foy Vaillant, numismatiste distingué, Oudinet, directeur du cabinet des antiques, l'abbé de Vertot, enfin, simple curé de village inventé par Pontchartrain, qui le poussait avec autant de zèle que de succès. Vertot était précieux, l'histoire ancienne comme l'histoire moderne lui étaient familières, il y apportait la même éloquence brillante et la même incompréhension, mais il avait toujours une dissertation prête pour la lecture publique, c'était l'homme providentiel des séances solennelles,
Les séances ordinaires étaient dépourvues d'apparat, on y sommeillait car on n'avait pas toujours une devise de médaille à composer, alors un des membres faisait, à haute voix, la lecture d'auteurs anciens et donnait la traduction. Vers la fin de l'année 1710, M. de Pontchartrain se fit présenter le registre des procès-verbaux de l'Académie et n'en put croire ses yeux ; il écrivit, le 3 décembre de cette année, une lettre accablante que le président Foucault dut lire à ses collègues. Ceux-ci trouvèrent la mercuriale par trop vive. On condamna en chœur la lecture à tour de rôle et chacun se promit d'apporter quelques productions de sa plume qui aideraient à se faire bien tirer des auteurs anciens et rajustés tant bien que mal pour plaire au ministre, Celui-ci se montrait intraitable, exigeait non seulement des travaux personnels, mais l'assiduité et l'attention aux séances, allant jusqu'à infliger la vétérance à ceux qui donnaient le mauvais exemple de l’inexactitude. Nonobstant le caractère spécial de ses travaux, l'Académie des Inscriptions et des Médailles devenait une succursale de l'Académie française. Toutes deux ne voyaient que le point de vue littéraire dans l'étude des auteurs de l'antiquité, la simple idée des monuments n'existait pas pour elles. Tandis qu'en Italie les souvenirs de l'antiquité, temples, statues, inscriptions entretenaient dans une certaine mesure le goût et alimentaient la connaissance des arts d'un passé aboli, en France, la littérature était tout, suffisait à tout, répondait pour tout. Le souvenir et la doctrine des grands érudits de la Renaissance, des fondateurs de la philologie Scaliger, Casaubon, Turnèbe, Vatable ne comptaient plus pour rien, on s’attachait au côté esthétique, au détriment du côté critique et grammatical. On ne cherchait plus à pénétrer le sens d'un texte par la discussion approfondie des mots, mais on s'évertuait à faire sentir la majesté et les finesses du style. On suivait en cela la direction que l'influence des jésuites avait imprimée aux humanités. Entre la robuste lignée des du Cange et des Tillemont, des Cotelier et des Baluze et la séquelle des Bouhours et des Maimbourg, des Rapin et des Hardouin, la balance penchait en faveur de ceux dont la tendance devait conduire à l'abaissement des langues anciennes.
Depuis sa reconstitution en 1700, l'Académie était devenue une sorte de Société des lettres savantes. Le Régent d'Orléans avait l'intelligence assez ouverte pour comprendre l'utilité d’un corps savant qu'il ne voulait voir asservi ni à l'Académie française ni à la Compagnie de Jésus, il élargit donc le champ d’études et proposa un titre nouveau plus compréhensif et qui est resté celui dont nous usons encore aujourd'hui : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ce titre nouveau fut conféré par un arrêt du Conseil d'État du 4 janvier 1716 ; le même arrêt supprima la classe des élèves et augmenta de dix membres la classe des associés. Il devenait nécessaire de régler la situation des vétérans que ne prévoyait pas le règlement de 1701 et dont le nombre n'avait pas laissé de s'accroître, Le Régent décida que la vétérance ne serait accordée qu'après dix ans d'utiles travaux et à raison seulement de l'incapacité évidente de prendre part aux ouvrages de l'Académie. La réputation de l'Académie s'accrut d'autant plus vite que le régime inauguré par la régence permettait de plus vastes recherches et une plus libre expression des résultats atteints. Il n’est que juste de rendre à son secrétaire Gros de Boze (1706-1742) l'hommage dû à un homme savant, ingénieux et infatigable. Les lectures à haute voix et les traductions d'auteurs anciens étaient bel et bien abandonnées,
Toutefois les habitudes d'esprit et le genre d'instruction de ses membres retint quelque temps la Compagnie attachée au sol classique. On s'engageait dans des discussions infinies sur la question de savoir s'il fallait préférer Virgile à Homère, s'il était possible de comparer tel poète avec tel historien. Ces questions de préséance étaient dans le goût du temps, qui voulait toujours comparer, choisir et décider suivant les habitudes d'école qui avaient si longtemps régné sur les esprits. Cependant toute cette rhétorique commençait à être délaissée pour des recherches plus neuves. La religion, les institutions et les mœurs des Grecs et des Romains faisaient l'objet d'investigations assidues. Ces dissertations nous surprennent un peu aujourd'hui ; elles ne sont, le plus souvent, qu’une suite d'extraits mal. Très rarement, exceptionnellement peut-on dire, quelqu'un s'avise de discuter la valeur d'un texte, son authenticité, sa tradition. De préférence, on s'attaquait aux antiquités romaines. Vaillant traitait de la différence des plébéiens et des patriciens ; Boindin, des tribus romaines ; l'abbé Couture parlait des Fastes ou de la vie privée des Romains ; Simon étudiait la politesse, les jeux de hasard, les acclamations des Romains ; Charles de Valois recherchait les attributions des censeurs ; de Boze parlait des récompenses et des marques d'honneur.
La numismatique ayant toujours été l'objet d’une prédilection depuis la Renaissance, on en possédait des collections qui invitaient à l'étude fructueuse, tandis que l'archéologie proprement dite était négligée. Si on en excepte un mémoire de l'abbé Massieu, plus helléniste qu'antiquaire, sur les boucliers votifs, et quelques communications du savant Baudelot, qui fut un des premiers législateurs de la glyptique et de la sigillographie, on ne trouve dans les travaux de l'Académie, avant 1710, rien qui mérite l'attention des érudits. Hors du cercle des Grecs et des Romains on ne s'aventurait guère. Charles de Valois faisait preuve d'audace en consacrant un mémoire à cette question : « Les rois d'Idumée ont-ils régné, oui ou non, après Esaü ? » Quant aux antiquités nationales, elles étaient fort négligées. L'histoire de France ne fut l’objet que d'un très petit nombre de communications, presque toutes dues à l'abbé de Vertot. Celui-ci était audacieux pour son temps et à sa manière ; comme il lui arrivait de lire devant ses confrères une dissertation Sur la sainte Ampoule, il s'enhardit à dire que le miracle était si certain qu'on ne pouvait s'interdire de reconnaître qu'il avait pour seul garant Hincmar, archevêque de Reims au ix siècle. L'abbé du Resnel ne se montrait pas moins hardi en signalant dans les Sortes sanctorum la survivance d’une superstition païenne qui s'appelait alors sortes virgilianæ ou homerianæ.
Fréret eut pour successeur au secrétariat son élève et son ami, Bougainville, plus versé que ne l'était Fréret lui-même dans la pratique des monuments, ce qui lui fit songer à donner à la chronologie du grand dit l'appui des témoignages épigraphiques ou Be. Il s'y essaya dans ses Vues générales sur les antiquités grecques au premier âge, et sur les historiens de la nation grecque, considérés par rapport à la chronologie, travail qui n’ajoute que peu de chose à l'autorité de Fréret. Bougainville s'était fait connaître honorablement par un mémoire sur cette question : Quels étaient les droits des métropoles grecques sur leurs colonies ? Travail utile qui est comme le prélude d'études plus solides et plus étendues.
Les textes épigraphiques étaient alors sinon tout à fait méconnus, du moins si rares et si peu exploités que cette branche de l'erudition n'existait pour ainsi dire pas. Les premières “tentatives de Michel Fourmont et de François Sevin en Grèce et de l'Asie Mineure des lumières sur l'histoire ancienne décèlent encore une assez grande inexperience, notamment les Remarques sur trois inscriptions trouvées en Grèce. Ces deux académiciens, qui s'étaient formés ensemble au séminaire à l'étude du grec, n'avaient point entre leurs mains assez de monuments.
Il faut attendre l'abbé Barthélemy pour rencontrer un homme vraiment doué du génie de l’épigraphie grecque. Membre de l'Académie depuis 1747, nommé peu de temps après garde des médailles du cabinet du roi, Barthélemy avec sa méthode pénétrante et son heureuse sagacité sut tirer d'une inscription rapportée par Fourmont du temple de Zeus Amycléen, et contenant la liste des prêtresses du lieu, de précieuses indications sur les formes de l’ancien alphabet hellénique ; préparant ainsi la voie à Franz et à Kirchhoff. Plus tard, appliquant cette critique, dont il avait alors en France presque seul le secret, à une inscription possédée par le comte de Choiseul-Gouffier, il en fit sortir les plus curieuses indications touchant un point de l'administration d'Athènes.
Se mesurant avec les plus habiles chronologistes, Petau, Dodwell, Corsini, il rétablissait l’ordre des mois de l’année attique, et fixait à l'an 409 la date de ce précieux marbre. Il fallut encore attendre les travaux de d'Ansse de Villoison pour que l'épigraphie grecque rencontrât au sein de l'Académie des interprètes aussi habiles que Barthélemy et c'est seulement en 1787 qu’elle entendit la lecture du mémoire Sur quelques inscriptions inconnues ou publiées inexactement.
Le déclin qui, au milieu du XVIIIe, commence à signaler la culture du grec amenait l’amoindrissement des études d'histoire ancienne. L'Université de Paris, dont ce n'était pas un des moindres titres de gloire d’avoir promu l'étude de cette langue, abandonnait les bonnes méthodes pour ne plus s'attacher qu'à mettre la jeunesse en état de comprendre les auteurs dont elle ne chercherait plus à imiter le style.
L'Académie s’efforçait de réagir contre cette désertion, mais on ne l'écoutait guère, il fallait parfois proroger un concours devant l'insuffisance des concurrents. On apportait en France plus d'ardeur et d’intelligence dans l'étude de l’histoire romaine. Mais celle-ci était enseignée avec une absence de critique et de sens pour tirer des inscriptions qu'ils avaient rapportées des monuments pour que leurs recherches fussent bien fécondes.
L'histoire qui nous confond. On croyait encore à Romulus, à Numa, à l'enlèvement des Sabines et au combat des Horaces ; aussi les travaux entrepris n'avaient d'autre but que d'éclairer des témoignages dont il eût fallu commencer par établir la valeur. Grande fut l’indignation, et ce n’est pas trop dire : de parler de scandale, lorsqu'en 1722, un des associés de la Compagnie, Lévesque de Pouilly, vint lire une dissertation dans laquelle il révoquait en doute, comme un tissu de fables, toute l'histoire traditionnelle des rois de Rome et des deux premiers siècles de la république.
La Porte du Theil, Falconet, Bonamy, Tercier abordaient l'étude de l'ancienne chevalerie, de sa littérature, de ses monuments avec la même ferveur que l'abbé Barthélemy la numismatique orientale et Silvestre de Sacy les langues sémitiques. Le bassin de la Méditerranée ne suffisait plus à cette ardeur de savoir, les regards se tournaient vers les terres et les civilisations de l'Extrême-Orient. On se préoccupait de la Chine sur laquelle les récits des missionnaires donnaient tant à penser, On s'informait aussi de l'Inde et on apprenait l'existence d’une langue sacrée qu'on appelait le sanscrit. Anquetil-Duperron rapporta de l'Inde, après un séjour de huit ans, le texte et une traduction de l'Avesta, langue ignorée, sœur du sanscrit, c'était déjà comme une lueur de ce que l'Asie ferait briller plus tard. À mesure que s'élargissait le champ des investigations, l'Académie s'efforçait d'attirer des curiosités et des bonnes volontés nouvelles. La Curne de Sainte-Palaye découpait et présentait au public les Chansons sur la fermeture du temple de Janus. La séance annuelle appelait le sanscrit.
La Curne de Sainte-Palaye et quelques autres en faisaient autant pour les fabliaux, mais cela ne suffisait pas à révéler la richesse de cette mine et, en 1784, l'Académie obtint l’allocation nécessaire qui lui permit d'entreprendre la publication d'un nouveau recueil, les Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du roi. Le recueil devait se composer de trois parties, la 1re réservée aux extraits des manuscrits grecs et latins ; la 2e aux extraits des manuscrits orientaux ; le 3e aux manuscrits et extraits des manuscrits français et latins du Moyen Âge.
On arrivait ainsi au seuil de la Révolution, elle eût pu s'accomplir sans troubler outre mesure les honnêtes érudits qui, autant par goût que par calcul, s'abstenaient de toute intervention politique. Le parti des Encyclopédistes n'avait pas dédaigné la tribune de l'Académie française, il n'avait pas eu un regard pour le tapis vert de l'Académie des Inscriptions dont les séances particulières étaient peu suivies malgré les efforts qu'y faisaient les lecteurs pour introduire dans les morceaux qu'ils offraient à leur auditoire clairsemé, des détails piquants et des anecdotes plaisantes. L’esprit nouveau n'arrivait donc à s'insinuer à l'Académie qu'à petite dose et avec lenteur. C'est lui pourtant, ce sont ses inspirations que l'on devine dans quelques mémoires qui, lus à l'Académie peu de temps avant 1789, indiquaient, en termes discrets, les empiétements séculaires du clergé et de la noblesse en France. On croit sentir la trace des mêmes préoccupations dans les sujets de prix que propose alors la Compagnie, mais malgré le caractère d'actualité qu’ils présentent, ces sujets ne trouvent personne qui veuille prendre la peine de les traiter. L'attention est ailleurs.
En 1790 et 1791 tout se passa à petit bruit et les académiciens s’entretinrent du passé avec d'autant plus de sagesse que le présent n'offrait rien de fort aimable ; en 1792 tout alla de même jusqu'au 10 août. C'était jour de séance, il fallut y renoncer, puis, comme les vacances approchaient, on les devança un peu, mais à l'automne, mi-novembre, l'Académie fit sa rentrée solennelle. On lut des mémoires sur La vie et les ouvrages de l'empereur Hadrien, sur Aristophane, sur les couleurs et la teinture des anciens, sur L'histoire de Calais. Les académiciens eurent la surprise de se trouver seuls dans leur salle. Ils continuèrent à se réunir aux jours et heures fixés. Le 22 janvier 1793, M. de Bréquigny, lut à ses confrères un mémoire touchant le Projet de mariage d'Élisabeth, reine d'Angleterre, d'abord avec le duc d'Anjou, puis avec le duc d'Alençon. Au mois d'avril, Sainte-Croix dissertait. La séance de Pâques se tint comme de coutume et les tomes XLV et XLVI des Mémoires portent ce millésime : tragique de 1793. On menaça de transformer la salle des séances en atelier pour l'habillement des troupes, mais l'obstination des académiciens triompha et, le 2 août, ils entendirent la lecture d'un mémoire sur Les assemblées amphictyoniques. Ce fut la dernière séance, et plusieurs des membres ne se revirent jamais.
Les plus énergiques cherchèrent un abri pour vivre en paix et lire en silence. L'helléniste d'Ansse de Villoison s'installa dans la bibliothèque d'Orléans et y relut quatre fois la grande collection de la Byzantine dite du Louvre. Silvestre de Sacy se réfugia dans un endroit à douze lieues de Paris où il se rendait à pied chaque semaine afin de surveiller l'impression de son livre sur les Antiquités de la Perse. Quelques autres se blottirent et végétèrent à Montmorency, à Chantilly, à Fontainebleau, plusieurs moururent : Dupuy, Bréquigny et l'abbé Barthélemy ; certains s'obstinèrent à vivre à Paris, comme Larcher enseveli parmi des manuscrits grecs, dom Poirier inséparable de la bibliothèque de l'Abbaye, Garnier oublié dans un réduit du collège des Cholets. Parmi ceux qui périrent sur l'échafaud : le maire Bailly, Lefèvre d'Ormesson, l'évêque d'Agde de Rouvroy de Saint-Simon, et L'Averdy, ancien contrôleur général, enfin Lamoignon de Malesherbes.
À la fondation de l’Institut, en 1795, beaucoup de membres de l'ancienne Académie des Inscriptions rentrèrent dans le cadre de la nouvelle Classe, d'où on exclut seulement ceux qui s'étaient fait connaître par leur hostilité notoire pour la Révolution, ce qui était le cas de l’orientaliste de Guignes. Cette première création de l’Institut en trois classes n'en offrait pas une seule qui correspondit exactement à l'ancienne Académie des Inscriptions. Des membres de celle-ci qui furent appelés à l’Institut, quelques-uns, comme Dacier, dom Poirier, Gosselin furent versés dans la section d'histoire et dans la section de géographie de la seconde classe, celle des sciences morales et politiques ; mais ce fut la troisième classe, celle de littérature et beaux-arts qui accueillit la plupart de ces revenants, dans les sections de langues anciennes et d'antiquités et monuments. Mongez, Leblond, Leroy, Ameilhon, Camus, Dupuis, Bitaubé, Larcher, Dusaulx, Laporte du Theil, d’Ansse de Villoison s’y trouvaient réunis.
La reconstitution de 1803 adopta la division en quatre classes. La troisième, sous le titre de Classe d'histoire et de littérature ancienne répondait trait pour trait à l’ancienne Académie des Inscriptions ; il ne lui manquait que le nom, et encore avait-il été question, un moment, de le faire revivre. Dacier reprit, comme en 1793, les fonctions de secrétaire perpétuel ; ainsi se trouvait renouée la tradition. Toutefois l'ébranlement avait été si grave et si prolongé que la Classe végéta assez longtemps, les études qu'elle patronnait furent languissantes malgré les encouragements officiels et pécuniaires mis à sa disposition. Un crédit ouvert pour l'impression des Mémoires et les autres dépenses permit de faire une certaine figure, on tira des cartons de l’ancienne Académie les dissertations qui composent les tomes XLVII à L de la première série des Mémoires, publiés en 1815.
Ce fut seulement en 1815 et 1818 que parurent, sous la rubrique Classe d'histoire et de littérature ancienne, les mémoires qui avaient été lus en séance de 1803 à 1816. En même temps qu'on renouait la tradition du passé, on adoptait le projet de continuer les grandes collections de documents demeurées interrompues, notamment le recueil des Chartres et diplômes et les Ordonnances dites du Louvre. Une illustre succession restait en déshérence, celle des Mauristes. Le Gallia christiana, l'Histoire littéraire de la France, le Recueil des historiens de la Gaule et de la France restaient interrompus.
Dans la série des publications de l’Académie nous relevons les travaux suivants qui peuvent être utiles à nos études.
Il existe un premier recueil comprenant l'histoire de la Compagnie depuis son origine et un choix de mémoires lus dans ses séances. Les volumes sont intitulés à peu près alternativement : Histoire de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres avec les Mémoires de littérature tirés des registres de cette Académie ou bien Mémoires de littérature tirés des registres de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Ce recueil, qui commence en 1717, forme 51 volumes, y compris cinq volumes de tables qui portent les n° XI, XXII, XXXII, XLIV et LI. Dans la tomaison générale, M. de l'Averdy a fait paraître en 1791 un Tableau général servant de supplément aux tables précédentes, et, en 1856, Eug. de Rozière et Eug. Châtel une Table générale et méthodique des mémoires contenus dans les recueils de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et de l’Académie des Sciences morales et politiques.
Dans le dépouillement qui va suivre nous donnons la tomaison du volume et le premier mot de son titre servant à le désigner : Histoire de... ou Mémoire de... avec la date d'impression.
II. MÉMOIRES (1717)
Les anciennes histoires et sur le degré de certitude et leurs preuves, p. 146 ; B. de Montfaucon, Dissertations sur le caractère d'esprit et sur le paganisme de l'empereur ; J. F. Vaillant, Dissertation sur l'année de la naissance de Jésus-Christ découverte d'Arcadius, son fils, avec quelques réflexions sur le 1112 C. Sallier, Recherches sur les horloges des anciens, p. 148 ; H. Morin, Histoire critique de la pauvreté, p. 308 ; H. Morin, Histoire critique du célibat [chez les anciens], p. 308.
F. HISTOIRE (1729) : L. F. de Fontenu, Des autels consacrés au vrai Dieu depuis la création du monde jusqu'à la naissance de Jésus-Christ, p. 15 (et t. V, p. 7) ; Ph. B. Moreau de Mautour, Explication d'un diptyque d'ivoire trouvé à Dijon [et attribué à Stilicon], p. 300 ; de Mandajors, Recherches sur l'évêché de Tatesium ou d’Aresetum, p. 336.
VI, MÉMOIRES (1729) : Lévesque de Pouilly, Dissertations sur l'incertitude des quatre premiers siècles de Rome, p. 14 ; le même, Nouveaux essais critiques sur la fidélité de l'histoire, p. 71 ; N. Fréret, Réflexions sur la plante appelée papyrus, sur le papier d'Égypte, sur le papier de coton et sur celui dont on se sert aujourd’hui, p. 992 ; de Foncemagne, Mémoire pour établir que le royaume de France a été successif, héréditaire dans la première race, p. 680 (et t. VII, p. 464).
FII, HISTOIRE (1733) : P. N. Bonamy, Réflexions sur le moyen âge, p. 474.
XVIII, HISTOIRE (1753) : des Ours de Mandajors, Sur une prétendue loi de Marc-Aurèle en faveur des chrétiens, p. 218 ; Lebeuf, Remarques sur quelques inscriptions ou épitaphes [chrétiennes] du temps des Romains nouvellement découvertes à Lyon, 2 pl., p. 242 ; J. Lebeuf, Supplément à la notice de la table de Peutinger, p. 249 (voir t. XIV, p. 174) ; Belley, Sur le lieu de la terre et le temps où l’on a commencé dans l'Église à former un corps de canons et de lois civiles rangés par ordre de date, p. 346.
XIX, MÉMOIRES (1753) : du Resnel, Recherches historiques sur les sorts appelés communément par les payens, Sortes Homéricae, Sortes Virgilianæ, etc., et sur ceux qui parmi les chrétiens ont été connus sous le nom de Sortes sanctorum, p. 287 ; Fenel, Mémoire sur ce que les anciens ont pensé de la Résurrection, p. 311.
XX, MÉMOIRES (1753) : Gibert, Mémoire sur le nom de Mérovingiens donné à la première race de nos rois, p. 52 ; N. Fréret, Observation sur le nom de Mérovingiens, p. 63 ; Duc de Nivernois, Mémoire sur la politique de Clovis, p. 147 ; le même, Mémoire sur l'indépendance de nos premiers rois par rapport à l'Empire, p. 162 ; de Foncemagne, Observations critiques sur les Actes des évêques du Mans, p. 211 ; J. Lebeuf, Mémoire sur la cire, p. 267.
XXI. HISTOIRE (1754) : P. N. Bonamy, Sur un passage de Grégoire de Tours, dont on avait prétendu la
XXII, HISTOIRE (1756) : J. Lebeuf, Sur quelques
XXVII HISTOIRE (1761) : de Burigny, Sur les ouvrages apocryphes supposés dans les premiers siècles
XXVIII, MÉMOIRES (1761) : de Guignes, Recherches sur quelques-uns des peuples barbares qui ont envahi l'empire romain et se sont établis dans la Germanie, les Daces, les Huns, les Alains, les Goths, les Vandales, les Suèves, les Burgondes, les Saxons, les Francs, les Wisigoths, les Ostrogoths, les Lombards, les Avars, les Slaves, les Bulgares, les Hongrois, les Normands, p. 1-261 ; J. Lebeuf, Mémoire touchant l'usage d'écrire sur des tablettes
XXXI. MÉMOIRES (1768) : Gaillard, Mémoire historique et critique sur les Lombards, p. 370 (et t. XXXV), p. 769 ; t. XIII, p. 311, 329) ; de Bréquigny, Mémoire sur l'établissement de la religion et de l'empire de Mahomet, p. 404.
XXXIV. HISTOIRE (1770) : de Burigny, Mémoire sur le respect que les Romains avaient pour la religion ; dans lequel on examine jusqu'à quel degré de licence la tolérance était portée à Rome, p. 110 ; de Zur Lauben, Mémoire sur Marius, évêque d'Avenche, auteur de la plus ancienne chronique de France, p. 138.
XXXV. MÉMOIRES (1770) : de Burigny, Sur les esclaves romains, p. 328 (et t. XXVII, p. 313).
XXXVI. HISTOIRE (1774) : de Zur Lauben, Observations sur le recueil qui a pour titre Formulæ alsaticæ, p. 176.
XL, HISTOIRE (1780) : Gautier de Sibert, Mémoire dans lequel on examine quelles ont été les idées religieuses, civiles et politiques des anciens peuples, relativement à la chevelure et à la barbe, p. 13 ; Bouchaud, Examen d'une opinion de Jacques Godefroi sur les affranchissements des esclaves qui se faisaient dans les églises, p. 119.
Masoudi concernant l'histoire de France [sous les De l'an VI à l'an XII la troisième classe de l’Institut publia une collection de Mémoires formant cinq volumes.
Farmi les rapports sur les travaux de la classe d'Histoire et de Littérature ancienne, celui du 2 juillet 1813 contient une note de :
À partir de 1816 recommence la série de l’Histoire et Mémoires de l’Académie que nous dépouillons ici jusqu'au vol. XXXIX.
XVI. MÉMOIRES (1846) : Letronne, Examen archéologique de ces deux questions : 1. la croix ansée égyptienne est-elle employée par les chrétiens d'Égypte pour exprimer le monogramme du Christ ? 2. retrouve-t-on ce
VIII. HISTOIRE (1827) : Naudet, De l'état des pér
Mémoire sur la procession dite de la Lunade, et les fêtes dans ses rapports avec le symbole égyptien sur des monuments étrangers et asiatiques, 3 pl., p. 285-382.
XVII. MÉMOIRES (1848) : Letronne, Mémoire sur la découverte d’une sépulture chrétienne dans l'église de Saint-Eutrope à Saintes [sépulture de Saint-Eutrope], fig., p. 75 ; F. Lajard, Observations sur l'origine et la signification du symbole appelé croix ansée, 4 pl., p. 348.
XVIII. MÉMOIRES (1855) : Reinaud, Mémoire géographique, historique et scientifique sur l'Inde, antérieurement au milieu du XIe de l'ère chrétienne, d'après les écrivains arabes, persans et chinois, carte, p. 1-399, p. 565.
XIX, MÉMOIRES (1853) : Dureau de La Malle, Mémoire sur le papyrus et la fabrication du papier chez les anciens, 2 pl., p. 140 ; Ch. Lenormant, Mémoire sur les fragments du premier concile de Nicée conservés dans la version copte, p. 202 ; Ch. Lenormant, Note relative aux fragments du concile œcuménique d'Éphèse conservés dans la version copte, p. 301 ; Beugnot, Mémoire sur la spoliation des biens du clergé attribuée à Charlemagne, p. 361-462.
XXI. MÉMOIRES (1857) : B. Guérard, Explication du capitulaire De Villis [de Charlemagne], p. 165-309 ; E. Egger, Mémoire sur un document inédit pour servir à l'histoire des langues romanes [symbole de la foi en grec et en roman], p. 349 : le même, Observations sur quelques fragments de poterie antique provenant d'Égypte et qui portent des inscriptions grecques, pl., p. 377.
XXXII, MÉMOIRES (1886-1891) : L. Delisle, Mémoire sur l’école calligraphique de Tours au IXe, p. 143-199 ; le même, Le jour civil et les modes de computation des délais légaux en Gaule et en France depuis l'antiquité jusqu’à nos jours, p. 319.
XXXI. MÉMOIRES (1888-1889) : L. Delisle, Manuscript de Soissons à la bibliothèque de Bruxelles, p. 32.
XXXV. MÉMOIRES (1873-1896) : M. Deloche, Le port des premiers siècles du Moyen Age, p. 169-280.
I. Digeste. — En 1820, Fr. Bluhme publia le résultat de ses recherches sur la composition du Digeste. On sait que dans cette compilation juridique chaque fragment est précédé d'une rubrique mentionnant l'auteur, l'ouvrage et même le numéro du livre d'où le passage a été extrait. De nombreuses erreurs se sont glissées sans doute parmi ces références multiples, mais il n’est pas impossible, dans la plupart des cas, de reconstituer dans chaque livre l’ordre des fragments et de rétablir le texte véritable souvent dénaturé par des interpolations. Bluhme a réussi à démontrer que, dans chaque titre du Digeste, les fragments des jurisconsultes n'étaient pas distribués au hasard. Ces écrits forment trois séries parfaitement distinctes comprenant chacune un certain nombre d'ouvrages qui se suivent toujours dans le même ordre, d'où la division des fragments en trois masses portant le nom de l'œuvre principale placée en tête : masse Sabinienne, masse Edictale, masse Papinienne, auxquelles vient s'ajouter la masse, moins importante, des suppléments. En résumé, la commission chargée de rédiger le Digeste s'est divisée en trois sections ; chacune d'elles a dépouillé les ouvrages de même nature appartenant à la masse qui lui était échue, dans l'ordre même où les extraits sont rangés dans le recueil de Justinien ; puis dans l'assemblée générale des trois sections, présidée par Tribonien, on a arrêté le texte définitif après avoir supprimé les répétitions ou les contradictions et introduit les modifications nécessaires.
Plus brève, mais plus malaisée, est la tâche de découvrir les sources des Institutes de Justinien, qui sont la base de l’enseignement du droit romain. Ici, les sources auxquelles les compilateurs ont puisé ne sont pas indiquées. Justinien est censé prendre la parole et monologuer indéfiniment afin d'enseigner les principes élémentaires du droit à ces chers étudiants, novi Auslinianti, à vrai dire du sobriquet qui les humiliait. L'œuvre entière se présente à nous avec l'apparence d'une majestueuse Constitution impériale, coulant à pleins bords, intarissable, de sorte qu'à proprement parler le mot d'interpolations serait impropre parce que ce nom ne s’appliquerait pas aux changements que Justinien a fait subir aux Commentaires de Gaius et aux autres sources avec lesquelles il a composé ses Institutes ; ce qui caractérise une interpolation, c'est qu'on fait dire à quelqu'un ce qu'il n’a pas dit réellement. Or, comme dans les Institutes c'est Justinien qui parle, ou est censé parler, il en résulte qu'il n'y a pas, au sens strict de ce mot, d'interpolation dans les Institutes, nul n'ayant fait dire à Justinien ce qu'il n'avait pas dit.
II. Institutes. — Voici dans quelles circonstances ce livre élémentaire fut composé. Lorsque, par la constitution Deo auctore (15 décembre 530), Justinien ordonna la confection du Digeste, il songeait déjà à la confection d'un Manuel à l'usage des étudiants : Ideo jubemus duobus istis codicibus omnia gubernari : uno constitutionum, altero juris enucleati et in futurum codicem compositi, vel si quid aliud a nobis fuerit promulgatum Institutionum vicem obtinens, ut rudis animus studiosi simplicibus enutritus, facilius ad altioris prudentiæ redigatur scientiam. Toutefois, rien encore n'était décidé à cet égard. Ce n'est qu'après l'entier achèvement du Digeste qu'une décision fut prise et que, vers la fin de l’année 533, le jurisconsulte Tribonien, questor sacri palatii, Théophile et Dorothée, professeurs de droit, l'un à Constantinople, l’autre à Béryte, furent chargés de la rédaction des Institutes.
C'est dans la constitution Imperatoriam majestatem, du 21 novembre 533, que Justinien, rappelant qu'il a conduit à bonne fin le Code et le Digeste (opus desideratum — cœlesti favore jam adimplevimus), ajoute ceci : Cum quod (le Digeste) Deo propitio peractum est, Triboniano viro magnifico magistro et ex quæstore sacri palatii nosiri ne non Theophilo et Dorotheo viris illustribus antecessoribus convocatis, mandavimus ut nostra auctoritate nostraque suasionibus componant Institutiones. On ne peut que rendre hommage à l'activité des jurisconsultes qui ont attaché leurs noms à ces grands travaux. A peine le Digeste était-il terminé, ils s'appliquèrent aux Institutes qui furent promulgués avec précision. Huschke a cru pouvoir attribuer les deux à qui sa protection a valu d'être déliées. Les rédacteurs des Institutes, sans quoi l'on aurait eu compris cela et ait cru que les Institutes avaient été promulguées le 21 novembre et alors vint le tour des Pandectes qui parurent le 16 décembre suivant. Justinien nous apprend ensuite, toujours dans la même constitution, que l'ouvrage se divise en quatre livres et qu'il est tiré ex omnibus antiquorum Institutionibus et præcipue ex commentariis Gai nostri, tam Institutionum quam Rerum quotidianarum, aliisque multis commentariis.
Huschke a émis l'hypothèse que chacun des rédacteurs des Institutes aurait rédigé deux livres : Tribonien gardant ici, comme pour le Digeste, la direction générale de l’œuvre. Non content de cette première hypothèse, il a attribué les premiers livres à Dorothée, les deux derniers à Théophile. Cette opinion a été contredite ; il ne faut pas voir dans les Institutes un travail longuement médité mais une rédaction opérée à coups de ciseaux par des praticiens à qui une quinzaine de jours ont suffi pour cette besogne exécutée aux dépens des livres élémentaires d'enseignement qui leur étaient familiers.
Il est même possible que pendant la confection des Institutes, on se soit livré à une dernière révision du Digeste ; mais, à dire vrai, il y a de bonnes raisons d'en douter. Au moment où les compilateurs des Institutes se sont mis à l'œuvre, il existait au moins deux exemplaires du Digeste : l'un, entre leurs mains, et il est prouvé qu'ils s'en sont servis ; l'autre livré aux copistes qui se l'étaient partagé et préparaient une première édition. Il n’est pas vraisemblable qu'il fut soumis à une révision (partagée, bien entendu, entre les rédacteurs), car, alors, il aurait fallu tenir note de toutes les corrections pour pouvoir les reporter ensuite sur l'exemplaire dont se servaient les deux textes différents. Or si l’on se rappelle que les fragments n'étaient ni numérotés ni divisés en paragraphes, on comprend que le travail de tenir note de ces corrections et de retrouver les endroits où elles devaient être reportées sur l'autre exemplaire eût été aussi long que malaisé, bref impraticable. On ne livre aux copistes qu'un exemplaire révisé et, selon toute vraisemblance, le Digeste avait été déjà recopié au moins une fois lors que les rédacteurs des Institutes commencèrent leur travail ; par conséquent la révision était faite.
Reste à déterminer les sources auxquelles les rédacteurs ont puisé ; c’est-à-dire à savoir s’il faut mettre au rebut les Institutes de Justinien. On a pu soutenir que soit pendant tout le cours de leur travail, soit pour un temps seulement et quand il s'agissait de tel ou tel sujet, les rédacteurs des Institutes ont abandonné le Digeste pour recourir à l’œuvre originale d'un ou des plusieurs jurisconsultes, ne puisant, en définitive, qu'à trois sources : les Institutes de Gaius, le Digeste et le Code. Ainsi donc, les Institutes ne sauraient rien nous apprendre. À cette opinion une autre a été opposée qui affirme qu'outre les Commentaires de Gaius, les compilateurs ont eu recours directement aux Rerum cottidianæ du même auteur, aux Institutes de Marcien, de Florentin et d'Ulpien ; on croit même reconnaître dans un ou deux passages les Institutes de Paul, qui à devaient avoir plus d'un point de ressemblance avec les leurs. Sans doute ils ont aussi utilisé le Digeste, ils y ont dû prendre les fragments empruntés aux autres écrits des Viri Prudentes, mais pour les Rerum cottidianæ et les livres d'Institutes, ils ont copié les sources mêmes, souvent avec plus de fidélité qu'ils ne l'ont fait au Digeste, en sorte que là où le même fragment se retrouve dans les deux compilations, loin que le texte du Digeste puisse servir à corriger celui des Institutes, ce serait plutôt le contraire.
Ainsi deux opinions sont en présence, la première qui consent à voir dans les Institutes de Justinien qu'une compilation de documents de seconde main, compilation sans valeur puisque nous possédons les sources mises à contribution ; la deuxième montre que les Institutes contiennent des matériaux anciens, et juridiques exploités par Justinien. Justinien a pris la précaution de nous apprendre à quelles sources ses collaborateurs et lui-même ont puisé. Dans sa constitution Imperatoria majestas, il rappelle toutes les Institutes des anciens, principalement des Institutes de notre Gaius, tant ses Institutes que ses Rerum cottidianæ, comme aussi de beaucoup d'autres livres, nous ayant été présentées par les trois jurisconsultes susdits, nous les avons lues et revues, et nous leur avons donné toute la force de nos constitutions. Puis, trois semaines plus tard (le 16 décembre), Justinien s'exprime ainsi dans la constitution Tanta circa, n. 11 : « Après avoir fait venir Tribonien..., et Dorothée, nous leur avons donné mission de séparer du reste (separatim) et de réunir ensemble les ouvrages composés par les anciens sous le nom d'Institutes et comprenant les premiers éléments du Droit. » Ce n’est donc pas dans le Digeste déjà achevé qu'ils ont puisé à pleines mains ou, si l'on veut, taillé à pleins ciseaux, ils ont pris leur bien ailleurs et, ce faisant, ils suivaient la volonté de Justinien et ne pouvaient douter que l'empereur examinât leur travail en connaisseur.
On ne saisit pas la raison pour laquelle, ayant à composer un livre, ils se seraient interdit de recourir aux modèles qu'ils avaient sous la main, puisqu'ils venaient de se familiariser avec eux tous — pendant les travaux préparatoires à la confection du Digeste, qui en renferme de nombreux fragments. Depuis trois ans qu'ils travaillaient au Digeste, Théophile et Dorothée avaient eu si souvent l'occasion de revoir et d'extraire ces auteurs anciens qu'ils devaient même en être obsédés. Par conséquent, il devait leur être bien plus facile de trouver, dans ces livres de peu d'étendue, les développements qu'ils souhaitaient reproduire dans leur œuvre, que d'aller en rechercher, avec une peine infinie, les lambeaux dispersés dans les énormes volumes du Digeste. Puis, quand il s'agissait du Digeste, combien de choses n'avaient-ils pas dû écarter comme trop élémentaires, qui, précisément à cause de ce caractère, réclamaient une place dans les Institutes. Par exemple, les Commentaires de Gaius n'ont fourni au Digeste que treize fragments, ensemble de quatre-vingt-quatorze lignes, à peu près la cinquantième partie de ces Commentaires ; les Institutes leur ont donné un texte plus complet. Puisque nous possédons le texte des Commentaires de Gaius, nous voyons que les compilateurs ont largement puisé dans l'ouvrage original ; nous sommes donc autorisés à conclure de là, par analogie, qu'il en a été de même pour les autres livres élémentaires.
« ses Sentences ; les moyens de recherche dont nous disposons le texte est plus fidèlement reproduit dans les Institutes » reconstruit ainsi, du moins en partie, les monuments
“(21 nov. 533) il dit au n. 3 : « Ces Institutes, tirées de
III. Emprunt du Digeste dans les Institutes. — Personne ne met en doute que les rédacteurs des Institutes aient eu recours au Digeste, Celui-ci venait d'être terminé grâce à leurs travaux personnels, on ne s’expliquerait pas qu'ils se fussent interdit d'en faire un large usage. C'était d'abord une perte de temps qu'ils s'évitaient à eux-mêmes ; ensuite, c'était une méthode sûre qu'ils employaient : avant d'arrêter le texte de chaque titre des Institutes, ils jetaient les yeux sur le titre correspondant au Digeste pour y faire leur récolte de passages classiques. Assez fréquemment les Institutes reproduisent littéralement des passages qui se suivent dans le Digeste, bien qu'ils aient été tirés de parties très éloignées d'un ouvrage, ou qu'ils viennent d'ouvrages ou d'auteurs différents. Ce n'est ni le hasard, ni une coïncidence fortuite qui a pu faire que parmi les deux mille ouvrages des Prudents, les compilateurs des Institutes ont fait choix des mêmes passages que les compilateurs du Digeste et les aient rangés dans le même ordre. En voici la preuve pour trois exemples entre tant d'autres :
1° Le n. 5 (Inst, I, xiv) Qui testamento tutores dari possunt, a été copié sur les fragments 5 et 6 du Digeste, AN VI, u (De testamentaria tutela) : or le fragment 5 est tiré du livre XV d'Ulpien ad Sabinum et le fragment 6 du livre XXXIX.
Voici ces deux textes mis en regard :
ULP., L. 6, lib. XXXIX ad Ed.
On a placé entre crochets les mots que les compilateurs des Institutes ont ajouté à la loi 5 afin de géné
Voici un deuxième exemple plus bref : Inst., II, rv (De usufructu), pr. a été copié sans changer un mot sur les fragments 1 et 2 au Digeste, De usufructu, vi, 1. Or le premier est de Paul, le second de Celse.
Enfin voici un troisième et dernier exemple choisi parmi les derniers livres du Digeste, ce qui prouve, soit dit en passant, que le Digeste était entièrement terminé lorsqu'on a commencé les Institutes.
Au livre IV des Institutes, titre 1 (De obligationibus quæ ex delicto nascuntur), les n. 1 et 2 sont copiés, savoir : le n. 1 sur le n. 3 du fragm. 1 (Paul, lib. XXXIX, ad Ed.) ; le n. 2, sur le pr. du même fragm.
En outre, les compilateurs ont sûrement pris pour composer leur n. 3, le commencement du fragment 3 du Digeste (Ulp, VII, lib. XLI ad Sab.), et au moins la dernière phrase du fragment 5 qui est extrait du même ouvrage.
INSTIT., IV, 1
1. Furium esti contrectatio fraudulosa vel ipsius rei, vel etiam usus ejus, possessionisve, quod lege naturali prohibitum est admittere.
2. Furium autem vel a furvo, id est nigro, dictum est, quod clam et obscure fit, el plerumque nocte, vel a fraude.
Dic. De furlis, XLVII, 11, 1.
3. Furium est contrectatio fraudulosa vel ipsius rei vel etiam usus ejus possessionisve quod lege naturali prohibi-
tum est admittere.
Pr. Furlum a furvo, id est nigro, dictum Labeo ait, quod clam et obscure fit, el plerumque nocte, vel a fraude, ul mone, qui gopas appellant jures ; imo el Græci &ro TOY DEÉDELV Dopac.
SopRc appellant fures : imo el Græci nò Toû pipety popac dixerunt.
Les Institutes n’ont supprimé que les noms de Labéon et de Sabinus.
Les compilateurs ayant devant les yeux : Dig., XLVII, n, 2, ne l'ont pas copié, ils ont préféré le n. 183 des Commentaires de Gaius ; cela est prouvé non seulement pour la fin du texte, mais même pour le début, à cause du mot auteur qui manque dans la loi 2.
Ils ont sauté l'exposé de la controverse, depuis Servius Sulpicius jusqu'à Labeo, et se sont
vel a ferendo, id est auferendo, vel a Græco sermone qui Gaius, III, 183.
Furlorum AUTEM genera Servius Sulpicius et Massurius Sabinus IV esse dixerunt, manifestum et non manifestum, conceptum et oblatum ; Labeo duo, manifestum et non manifestum, nam conceptum et oblatum species potius Sabinus ait, el auferendo, vel a Græco servel a ferendo
INSTIT., IV, 1, 3.
Furlorum AUTEM genera duo [sunt], manifestum et nec manifestum ; nam conceptum et oblatum species potius actionis sunt jurlo cohærentes quam genera jurtorum.
En ce qui concerne les grands traités, on croit avoir trouvé deux exemples d'emprunts faits par les compilateurs. Les n. 7 et 8 des Instit., De fidej., III, xx, auraient été pris dans le livre XLVI d'Ulpien Ad Sabinum. Ces deux fragments se retrouvent au Digeste mais séparés par un certain intervalle XLVI, 1, 8 et XLV, 1, 30. Le second exemple se rapporte au pr. et au n. 1, Instit., IV, IX, comparé à Dig., IX,1, 1, n.10, 3, et à Dig., L, xvn, 130. Ces deux fragments sont extraits du livre XVIII d'Ulpien ad edictum ; ils se retrouvent mélangés à d'autres développements dans les Institutes. Comme ils sont extrêmement éloignés l'un de l’autre au Digeste, il nous paraît difficile d'expliquer leur réunion aux Institutes sans admettre que les compilateurs aient consulté l'ouvrage original. En tout cas, cela a dû être bien rare pour les grands traités. En résumé, les compilateurs n'ont consulté exclusivement ou presque exclusivement que les livres élémentaires : les Commentaires et les Res collidianæ de Gaius, les Institutes de Marcien, de Florentin et d'Ulpien ; il n'y a pas de certitude pour celles de Paul, et rien, dans l’état de nos connaissances, ne révèle l'emploi de celles de Callistrate. Il est probable qu'il faut ajouter à cette liste un autre ouvrage élémentaire, à savoir les neuf livres Differentiarum de Modestin, pour composer le tit. xIx du livre I De fiduciaria tutela.
A première vue, il semble que les compilateurs ont copié le Digeste : 1127 Les mots mis entre crochets dans le titre xIx sont ceux que les compilateurs ont ajouté, croyons-nous, au texte primitif de Modestin. A la vérité, il semble bien, au premier abord, que depuis les mots nam si parens filium jusqu'à At qui, les compilateurs des Institutes aient copié les L 3 et 4 au Digeste. A y regarder de plus près on se dit que s'ils avaient copié le texte d'Ulpien que nous lisons au Digeste, XVI, IV, 3, n. 10, ils l'auraient reproduit littéralement, car ils n'avaient absolument aucune raison d'y changer le moindre mot. On ne s’expliquerait pas qu'ils y eussent fait les trois changements que voici : 1° Ils auraient supprimé les mots guos in potestate habeat qui sont pourtant utiles, car le jurisconsulte ayant dit parens et non paterfamilias, il est bon de préciser qu'il s'agit de l'ascendant ayant la puissance. 20 Ils auraient encore changé : vicem legitimi tutoris sustinet en legitimam nanciscitur eorum tutelam. Dans quel but ? 39 Enfin, ils auraient, à la place de emancipet substitué manumiserit, A propos de ce dernier mot, Accarias dit avec raison : cette expression, qui se réfère aux anciennes formes de l'émancipation, n'est plus exacte sous Justinien. Les compilateurs auraient donc, par simple caprice, substitué une expression qui ne convenait plus de leur temps, une expression archaïque, surannée, à une autre expression courante et comprise de tous. Donc, il est invraisemblable que le commencement du titre x1x ait été copié sur Ulpien.
La suite quo defuncto... efficiuntur a-t-elle, du moins, été copiée sur Modestin ? Évidemment, mais sur le texte original et non pas sur la 1. 4 du Digeste. On aura remarqué, au Digeste, les mots perfeciæ ætalis, interpolation certaine, car c'est seulement en 929 que Justinien a exigé pour les tuteurs l’âge de vingt-cinq ans 1, Si les compilateurs avaient copié sur le Digeste, ils n'auraient pas manqué de reproduire ces expressions ; d'autant mieux qu'ils ont présent à l'esprit le souvenir de la constitution en question, puisqu'ils la rappellent à la fin du texte, et cela, précisément en employant les mots : si perfeclæ ælatis sinl. Au lieu de perfectæ ætatis, le texte original de Modestin portait sans aucun doute virilis sexus, et c'est ce texte-là que les compilateurs ont copié aux Institutes. Donc la phrase : quo defuncto... efficientur a été prise directement dans Modestin.
Mais alors le début du titre (au moins depuis nam si parens...) doit être aussi de Modestin qui, bien entendu, ne commençait pas sa phrase par quo defunclo, comme son maître Ulpien, dans les œuvres duquel il a peut-être colligé les matéri aux de ses Différen ces. Il devait envisager d’abord la situation, avant la mort du parens émancipateur. Il le faisait naturellement en des termes très semblables à ceux employés par Ulpien ; selon toute vraisemblance, ce sont ces expressions que nous ont conservées les Institutes : Si parens filium vel filiam impuberes manumiserit, legitimam nanciscilur eorum tutelam ; quo. dejuneto, etc. Or, comme il y a le lien le plus intime entre ce passage et la fin du texte où l’on compare à ce cas celui où le patron venant à mourir, ses enfants deviennent tuteurs légitimes de l’affranchi, il faut en conclure que, Jusqu'à Ia tamen, nous sommes en présence du texte original de Modestin.
Cela résulte, d’ailleurs, tant de sa forme que de son contenu. En la forme, les sept ou huit lignes dont nous parlons sont écrites en un latin excellent, simple, sobre, clair, tel que les compilateurs sont incapables d'en produire : il y a surtout une expression, un tour de phrase vif et rapide dont l’élé| rons à limiter. Nous l'avons déjà envisagé sous diffé | rhéteurs grecs et latins ne passèrent pas sans protestaM tions de la part du Sénat et des censeurs, très attachés « | 1128 gant laconisme décèle la main d'un classi que : nee in fratrum potestate reciderel, ideo nec ni lulelam.
Au fondi quel est le but de ce passage ? Il fait une antithèse entre deux cas, celui du parens manumissem et celui du patron : il nous en montre la différence. Où pouvait-il mieux trouver sa place que dans le livre des Différen ces de Modestin. Les sour ces des Institutes ce sont donc les Commentaires et les Res cottidianæ de Gaius, les Institutes de Marcien, de Florentin, d'Ulpien ; peut-être aussi cel les de Paul, pour un important fragment tout au moins, les livres des Différen ces de Modestin ; enfin le Digeste +.
| H. LECLERCO.
INSTRUCTION PUBLIQUE. — I. De l'instruction parmi les chrétiens.
II. Liberté et organisation de l’enseignement.
III. Instruction chrétienne avant la paix de l'Église.
IV. Après la paix de l'Église.
I. DE L'INSTRUCTION PARMI LES CHRÉTIENS. Voici un sujet très étendu que nous nous appliquons à traiter sous différents aspects en traitant les mots CATÉCHÈSE, CATÉCHISME, ÉCOLE. Essayons de dire ici comment les maîtres chrétiens purent répandre l'instruction pendant les premiers siècles, et particulièrement à l'époque des persécutions. Comment les écoliers purent apprendre les rudiments sans fréquenter des écoles qui n'eussent pas inspiré confiance à leurs parents. On sait du reste que les fidèles, loin de se tenir à l'écart de la société de leur temps, y vivaient avec un souci de prosélytisme qui les obligeait à fréquenter même ceux qu'ils n'aimaient ou n'estimaient pas. Ils acceptaient tout de la civilisation romaine, sauf l'idolâtrie et la licence des mœurs ; en toute occasion, ils revendiquaient leur titre de sujets loyaux de l'empire, acquittaient exactement les impôts, accomplissaient le service militaire, exerçaient à peu près toutes les professions sauf celle de comédiens, de gladiateurs, de proxénètes, se hasardaient même jusqu'aux magistratures malgré la difficulté extrême de s'en acquitter sans participer aux sacrifices incompatibles avec la foi chrétienne. Parmi ceux qui s'adonnaient à ces carrières diverses, on ne rencontrait pas que des gens de rien, le petit peuple, les illettrés, mais des riches, des courtisans, des personnages aptes par leur naissance et leur instruction à viser aux plus hauts degrés de la carrière administrative (Voir ARISTOCRATIQUES [classes] ; CLÉMENT, FLAVIENS, GLABRIONS). La société chrétienne, dès les premiers temps de l'Église, n'avait rien qui la séparât de la société romaine de qui elle ne pouvait s'isoler ; ses membres ne pouvaient remplir des charges utiles à leurs coreligionnaires et à l'Église elle-même que s'ils étaient capables par leurs connaissances de rendre à l'État les mêmes services que lui rendaient les païens ; dès lors, il fallait que les jeunes chrétiens bénéficiassent de l'éducation de leur époque. Reste à rechercher comment ils y participaient sans que leur croyance et leurs mœurs fussent mises en péril. Pour le faire comprendre, il faut exposer rapidement l'organisation de l'enseignement dans le monde romain.
II. LIBERTÉ ET ORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT. M — Dès la fin de la République, l'enseignement a joui de la plus complète liberté. Les premières leçons des enfants n'étaient, selon Cicéron, à Rome réglées par aucune loi, soumises à aucune direction de l'État et astreintes à aucune uniformité : il considère cette liberté et cette diversité comme l'effet d'une sage prévoyance et voit en elle une des causes de l'heureuse paix dont jouissent ses concitoyens. Il faut attendre la deuxième moitié du IVe pour voir l'empereur Julien essayer, sans succès, de porter atteinte à la liberté de l'enseignement. Cet enseignement est marqué d'une triple division : primaire, secondaire et supérieure ; et cette division est si rationnelle que, loin de s'étonner de la rencontrer dès l'antiquité, on s'étonne d'apprendre qu'elle a été voulue et organisée alors seulement. Le premier degré a conservé jusqu'au nom que lui donnaient les Romains, car l'instituteur chargé de donner l'instruction aux enfants du peuple s'appelait magister primus, instituteur primaire. Dans ces écoles que fréquentaient probablement garçons et filles, on enseignait à lire, à écrire et à compter. Les écrivains latins, et même quelques monuments, nous apprennent que si on n'y apprenait pas grand'chose, du moins on y faisait copieusement (voir Dictionnaire, t. III, au mot CHATIMENTS). On y apprenait peu de chose sans doute, mais du moins y apprenait-on quelque chose, car, bien que nous ne possédions sur ce sujet aucune statistique (les anciens n'en faisaient guère), cependant nous pouvons constater que l'instruction primaire était fort répandue et qu'un grand nombre de gens savaient lire et même écrire. On n'aurait pas multiplié dans le monde romain les inscriptions officielles ou privées avec une extraordinaire profusion, si une multitude de gens n'avaient été capables de les entendre : l'innombrable d'inscriptions incorrectes, tracées grossièrement, pleines de solécismes et de fautes d'orthographe, qui se voient à Pompéi et ailleurs, montre que beaucoup de gens du peuple et même d'enfants étaient capables d'écrire. Beaucoup ne dépassaient pas ce point : les enfants de l'aristocratie et de la bourgeoisie — même de la très petite bourgeoisie, comme celle à laquelle appartenait le père d'Horace — recevaient l'enseignement secondaire. Celui-ci était donné dans les écoles des grammairiens, on désignait ainsi ses professeurs. Il consistait principalement dans la lecture et le commentaire des écrivains classiques grecs et latins, c'est-à-dire des poètes, des historiens et des moralistes ; on y joignait quelques éléments de géométrie et de musique. Outre les leçons orales, les récitations, on avait à exécuter des rédactions écrites, et on arrivait ainsi au seuil de la rhétorique. Celle-ci avait principalement pour but la préparation immédiate à la vie publique par l'apprentissage pratique de l'éloquence. On s'étonnera qu'elle ait duré pendant tout l'empire, époque où on s'imagine qu'il n'y avait plus de vie publique. En réalité, sauf à Rome, où il n'eût pas été prudent de parler trop haut, il restait aux ambitieux une belle carrière à parcourir dans les provinces. L'administration provinciale et les charges municipales offraient fréquemment, à ceux qui en étaient pourvus, l'occasion de briller par des discours. Ceux qui se tenaient en dehors de la politique et des anciennes règles, mais on n'en tint presque aucun, et la quantité presque de 1130 affaires locales pouvaient néanmoins briller, car en aucun temps on ne fut plus amateur de la parole ; une lecture, une déclamation, une conférence étaient un régal suffisant pour attirer toute la population d'une ville. La rhétorique offrait donc encore un débouché brillant pour ceux qui s'y adonnaient, et les écoles où on l'enseignait étaient parmi les plus fréquentées. On s'y exerçait à discourir sur des sujets imaginaires proposés par le maître qui faisait ensuite la critique et donnait, pour ainsi dire, le corrigé des discours. Les Controverses de Sénèque et les Déclamations de Quintilien nous ont gardé un écho probablement fidèle de ces exercices pédagogiques que présidait le rhéteur ou orateur. Celui-ci faisait facilement figure de personnage. Non seulement il conservait une influence sur ses anciens élèves devenus chefs de la cité, mais à l'occasion il était choisi pour représenter celle-ci soit auprès du gouverneur de la province soit auprès de l'empereur.
Dans quelques villes, outre cet enseignement, il existait des cours de philosophie, qui étaient distincts des écoles de rhétorique ; en d'autres villes, on enseignait la jurisprudence ; beaucoup possédaient une école de médecine. Parfois les mêmes étudiants fréquentaient à la fois ces divers cours : si bizarres qu'elles soient, les causes imaginaires plaidées dans les écoles de rhétorique supposent le plus souvent quelque connaissance du droit et quelque habitude des procès réels ; on voit, au Ve, un des plus brillants élèves des rhéteurs d'Athènes s'asseoir sur les bancs de l'école de médecine. L'instruction, on le voit, était fort répandue et l'enseignement donné à tous les degrés dans les villes importantes de l'empire romain. Des textes juridiques prévoient trois rhéteurs ou sophistes et trois grammairiens dans les petites villes, cinq rhéteurs et cinq grammairiens dans les grandes. Mais ce nombre était parfois très largement dépassé. En certaines cités, le groupement des écoles de toutes les catégories était assez considérable pour former de véritables universités. Il en est ainsi pour la Gaule, à Bordeaux, à Toulouse, à Rome, à Milan, à Crémone, à Bergame ; pour l'Afrique, à Carthage ; pour l'Égypte, à Alexandrie ; pour la Grèce, à Athènes ; pour la Thrace, à Constantinople. Certaines de ces universités, tout en donnant un enseignement général, se distinguaient dans une branche particulière : Arles et Béryte étaient en réputation pour le droit, Athènes pour la philosophie, Alexandrie pour la médecine. Quant aux étudiants, ils étaient parfaitement turbulents : à Rome, on dut les mettre sous la surveillance de la police et exiger le départ de ceux qui étaient âgés de plus de vingt ans. En Orient, nous voyons saint Grégoire de Nazianze prolonger son séjour jusqu'à trente ans et fréquenter successivement plusieurs universités.
III. INSTRUCTION CHRÉTIENNE AVANT LA PAIX DE L'ÉGLISE. — Rien ne s'opposait à ce qu'on rencontrât des chrétiens parmi les professeurs, bien qu'il soit peu probable que l'État ou les villes aient choisi, avant le IVe, des éducateurs aussi mal vus d'une partie de la population ; mais on rencontre bien des chrétiens dans l'armée, exerçant des charges importantes, il est vrai qu'on n'en rencontre pas dans les rangs des éducateurs, mais combien d'inconnues encore nous dérobent ce passé. Au moins pendant les périodes d'accalmie entre deux persécutions, et ces périodes furent quelquefois très prolongées, on s'étonnerait que des fidèles entreprenants et courageux n'aient pas profité de la complète liberté d'enseignement laissée à tous pour ouvrir des écoles à tous les degrés. On sait bien que quelques maîtres d'école furent martyrisés, mais aucun ne le fut pour avoir enseigné : le motif de leur condamnation n'était pas leur profession, pas même le prosélytisme qu'ils faisaient grâce à elle, mais le refus d'apostasier leur foi.
Le rhéteur Arnobe, qui lui-même est un converti, cite au nombre des hommes marquants qui, à la fin du IIIe, embrassèrent le christianisme, « des orateurs de grand talent, des grammairiens, des rhéteurs, des médecins, des maîtres de philosophie ». Il n'est pas probable que tous ces lettrés, en embrassant le christianisme, aient abandonné le professorat. L'histoire nous a conservé le nom de professeurs chrétiens appartenant à l'époque des persécutions. Au cimetière de Calliste, l'épitaphe d'un instituteur primaire :
On sait le nom et le supplice de Cassien, maître d'école à Imola, martyrisé sous Dioclétien, Origène débuta par être grammairien ce qui lui permit de subvenir pendant quelque temps à l'entretien de sa mère veuve et de ses petits frères, Flavien, martyrisé, quelles que soient les devoirs écrits des élèves réduites à l'état de lieu commun, d'allégories familières, de sujets de narration et de formation de l'esprit et à cet ensemble de connaissances. Les exemples cités plus haut montrent qu'elle ne fut pas humaine. De cet état d'esprit résultait une sorte de liberté en Afrique, vers le milieu du IVe, avait exercé également la profession de grammairien. À la fin du IIIe, le chrétien Anatole, futur évêque de Laodicée, était non seulement chef du sénat d'Alexandrie, mais avait été désigné par ses concitoyens pour professer la philosophie et commenter Aristote.
Si des professeurs chrétiens dirigèrent des écoles exclusivement composées de leurs coreligionnaires, nous n'en avons aucun témoignage certain ; par contre, nous voyons que Cassien recevait dans son école d'Imola de petits païens, qui lui firent endurer un cruel martyre. Les élèves de Flavien étaient sans doute aussi des païens, mais ceux-ci aimaient tendrement leur maître qu'ils s'efforcèrent par tous les moyens, même le mensonge, d'arracher au supplice. L'école de philosophie dirigée par Anatole, à Alexandrie, était certainement ouverte à tous, puisque le professeur avait été choisi par la ville.
On pourra s'étonner de voir que des chrétiens, et parmi eux des hommes assez héroïques pour confesser leur foi, aient consenti à donner à l'enfance et à la jeunesse une éducation qui consistait presque tout entière dans l'explication des classiques païens, et où les fables mythologiques, considérées comme l'une des principales sources des beautés littéraires, jouent un grand rôle. Le grammairien grec ne pouvait lire ou commenter Homère ou Pindare, le grammairien latin Virgile et Horace, sans rappeler à tout propos les aventures et les mésaventures des dieux et des déesses, auxquelles il devait sans cesse faire allusion. Mais il semble que, devenues ainsi prétexte à littérature, les fables mythologiques perdaient leur valeur religieuse. D'objets de foi qu'elles avaient pu être autrefois, elles étaient devenues des sujets de narration. Traitées de la sorte, les fables n'offraient guère de danger pour les écoliers chrétiens. Ils sentaient vite la différence entre la manière dont, à l'école, on parlait de la mythologie et dont, à l'église, on parlait de la religion, et ils n'étaient point tentés de confondre l'une et l'autre. C'est pour quoi l'étude des classiques païens, nécessaire au perfectionnement de ceux qui faisaient alors l'honnête homme, ne fut pas défendue.
Inconséquent, comme il l'est d'habitude, Tertullien déclare qu'un chrétien n'a pas le droit de professer, mais qu'un chrétien a le droit d'aller à l'école, parce que l'enseignement littéraire qui y est donné est indispensable à la conduite de la vie. Les chefs de l'Église ne tombèrent pas dans ces exagérations et ils n'interdirent pas plus aux fidèles d'apprendre qu'ils ne leur interdirent d'enseigner. On ne rencontre aucune trace d'une pareille défense, et les jaillissements portés.
À part quelques intransigeants, les chrétiens des premiers siècles eurent toujours, en ces matières, l'esprit fort large, parce qu'il était réellement éclairé. Combien de nos jours imagineraient, si les monuments ne subsistaient, l'adoption des types allégoriques qui figurent dans les catacombes : l'Amour et Psyché, Ulysse et les Sirènes, les Saisons, les Génies, les Fleuves, les Naïades, l'Océan, etc., personnifiés par des formes neutralisées des types et des légendes mythologiques. On sait (voir ILLYRICUM) que quatre sculpteurs de Pannonie façonnaient sans le moindre scrupule des Victoires, des Amours et le char du Soleil, mais qu'ils se laissèrent mettre à mort plutôt que de sculpter un Esculape destiné à être adoré dans un temple. Cette largeur d'idées qu'ils portaient dans l'art, les chrétiens la portaient dans les imaginations que pouvait faire naître cette mythologie.
Nous en avons un exemple bien caractéristique. Un garçon si plein de promesse avait compris ce que pouvait être un jour l'intelligence du futur docteur ; il s'efforçait en conséquence de suppléer par une précoce formation religieuse aux lacunes et aux déviations de l'enseignement littéraire. Origène, enfant, suivait exactement le cycle de l'enseignement qu'on donnait à ceux de son âge, mais chaque jour, avant de s'appliquer aux études païennes, le père lui imposait l'étude de l'Écriture sainte, l'obligeant à réciter de mémoire les passages de la Bible qu'il avait lus ou au moins à lui en faire le résumé. Sans doute, Léonide, futur martyr, était plus vigilant que ne l'étaient d'autres pères, mais il est facile de rapprocher les époques séparées par tant Des et de découvrir autour de soi des cas analogues où des parents veillent eux-mêmes au foyer à la formation religieuse absente de l'école.
Dès la fin du IIe, il existe certainement dans les communautés chrétiennes un enseignement catéchétique régulier. Nous l'entrevoyons plus que nous ne le connaissons, d'ailleurs il est permis de croire qu'il n'existait pas d'uniformité à cet égard entre les Églises, et peut-être chaque Église n'avait-elle pas une règle bien fixe. Mais l'existence même d'un enseignement en commun destiné aux catéchumènes est hors de doute. Origène, dans sa réfutation du philosophe Celse, signale comme un titre d'honneur pour les communautés chrétiennes que l'on n'y est pas admis sans une sérieuse épreuve préalable. Tertullien reproche aux hérétiques de ne pas se soumettre chez eux à cette règle, et Irénée parle des difficultés de la catéchisation des païens. L'histoire de l'instruction catéchétique dans l'Église est inséparable de l'histoire du baptême, nous l'avons déjà étudiée (voir Dictionnaire, t. III, aux mots CATÉCHÈSE, CATÉCHISME) ; nous n'y reviendrons pas.
Si, d'une Église à une autre, on n'a pas observé en tous les mêmes programmes, dans toutes on a distribué l'instruction religieuse suivant la règle de foi fixée dès aujourd'hui. Sans se représenter les premières générations angéliques, il n'est pas douteux que la ferveur y était grande et générale, bien différente de ce qui se vit après le triomphe de 314, lors que des multitudes entrèrent dans l'Église. Il y eut alors beaucoup de familles tièdes et indifférentes. On en peut juger par celle où naquit saint Augustin. Le père était païen, la mère chrétienne, mais n'exerçant qu'une influence trop faible sur l'enfant et ne préparant pas en lui les sentiments et les germes de vertus chrétiennes. Écolier puis étudiant, livré aux leçons du grammairien, ensuite du rhéteur, Augustin fait, dans ses Confessions, l'aveu du trouble que causaient à ses sens les descriptions des impuretés de la mythologie. Ce ne furent toutefois que des troubles passagers ; les grandes erreurs philosophiques et les écarts de conduite qui éprouvèrent l'homme fait sont dus à d'autres causes.
C'est même à l'école du rhéteur, en lisant l'Hortensius de Cicéron, qu'Augustin commença à rentrer en lui-même et à désirer une vie meilleure. Le milieu dans lequel il avait vécu et grandi était trop imparfaitement chrétien pour corriger et purifier l'enseignement public.
Dès que la paix fut rendue à l'Église, le nombre des maîtres chrétiens augmenta beaucoup. Il se trouvait parmi eux des chrétiens fervents, dont les leçons, bien que prenant leur texte dans les classiques païens, devaient tourner plutôt à l'apologie de la vraie religion. Tel fut certainement le père de saint Basile, qui enseignait la rhétorique à Césarée de Cappadoce, en même temps qu'il plaidait au barreau de cette ville ; tel fut Basile lui-même, que les habitants de Césarée appelèrent, après son retour de l'université d'Athènes, à la chaire de rhétorique qu'avait occupée son père ; tel fut son frère Grégoire de Nysse, qui, lui aussi, sera quelque temps rhéteur ; tel paraît avoir été pendant quelque temps Grégoire de Nazianze, tels les deux Apollinaire, dont l'un enseigna la grammaire, l'autre la rhétorique.
« Si je blâme les enfants des poètes, les poètes ne refuseront pas, je pense, de dire avec moi qu'ils en sont eux-mêmes la cause, Je ne crois pas non plus que personne autre veuille chercher le principe de mon accusation ailleurs que là où il est réellement, dans les poètes eux-mêmes. En exposant avec intention leurs propres dieux à maints outrages, en nous faisant des contes tels qu'aux yeux de tous les gens sages, ils semblent croire que ces êtres qu’on nous donne pour des dieux ne sont pas du tout supérieurs aux hommes, ils nous poussent, ils nous excitent à nous emporter contre eux, à leur reprocher leur ingratitude et un injuste oubli, Et, en effet, il serait absurde et détestable que les poètes eux-mêmes ne tinssent nul compte de leurs dieux, qu'ils allassent jusqu'à leur faire outrage, et, lâchant la bride à leur langue, jetassent contre ces hôtes célestes, comme on l'a fait contre quelques-uns, l'invective et l’injure ; tandis qu'ils trouveraient juste qu'on ne dit pas de mal des poètes et qu'on ajoutât à leurs fables et à leurs calomnies des commentaires respectueux. C'est ainsi que, dans leurs poèmes à grand fracas, ils débitent des mensonges sur Vénus, fille de Jupiter, en mélant le vrai et le faux. “ Vénus, disent-ils, aimait Adonis. Mars, de son côté, était épris de Vénus, et, nourrissant pour elle un amour jaloux, il livra Adonis à la mort, croyant que ce serait mettre un terme à l'amour de la déesse pour Adonis. La déesse, informée de ce qui était arrivé, s'empressait ardemment pour écarter de lui la mort ; elle se jeta contre un rosier, se heurta aux épines, et fut blessée à la plante du pied. La rouge liqueur, épanchée de la plaie, change et convertit la blancheur de la rose en sa propre couleur, et la rose qui n’était pas telle dans l'origine, se teint de la pourpre du sang et prend un aspect plus brillant, grâce à cette pourpre dont elle est tachée. « Et voilà comment les écrivains en vers et les mythologues parlent de leurs dieux ! Il faut les réfuter en détail, en prouvant que les mensonges qu'ils allèguent s'éloignent beaucoup de la vérité, et démontrer clairement que, dans leurs poèmes et dans leurs chants, ils profèrent contre les dieux des paroles criminelles. “ Vénus, issue du plus puissant des dieux, s'était, disent-ils, donnée à Adonis, à qui elle avait voué le plus tendre amour. Quelle insolence de la part de ces poètes ! Quel ridicule pour les dieux ! Une déesse aimer un mortel, quand ils sont séparés l’un de l’autre par leur nature ! Pour lui, la qualité de mortel était son éprise d’Adonis, se donna à lui : je leur demanderai, et, en considérant le modèle qu'elle avait sous les yeux.
Mais Vénus, ses parents étaient, en dehors de la nature de son amant, d'une nature tout autre que celle des humains, et n'ayant rien de commun avec la mort. Comment donc des êtres séparés l'un de l’autre par la nature auraient pu communiquer entre eux par l'amour ? Les génisses et les léopards, qui n’ont pas la même nature, pourraient-ils donc unir leur nature dans un commerce d'amour ? Si cela ne peut se faire, il est impossible de voir une divinité s'éprendre d'une pareille union avec les mortels. Il n’est pas, je crois, un homme de bon sens qui osât affirmer rien de semblable pour les animaux, et qui n'imputât ici aux poètes une mauvaise plaisanterie et une impiété.
« Mais passons. Accordons aux poètes que la déesse, moi, si c’est avant d’avoir épousé Vulcain, ou si c'est après son mariage et la conclusion de l’hyménée. S'ils disent que c’est auparavant, ils embrouillent une chose qui, comme dit le proverbe, est claire, même pour un aveugle ; car elle devait, en sa qualité de fille, éviter les regards des jeunes gens, veiller sur sa pudeur, dans Minerve, sa propre sœur, suivre comme elle la voie du bien, engager avec elle une lutte légitime, et, vivant dans la demeure de son père, où elle avait été nourrie, où elle avait reçu le jour, en aimer de tout son cœur la sauvegarde et l'asile caché. Mais, si elle fut ainsi cachée, comment a-t-elle pu voir Adonis ? Et si elle ne l’a pas vu, comment s'est-elle éprise d'amour pour lui ? Il n'y a pas d'amour possible à qui n’a pas vu l’objet aimé. On se voit d’abord, puis vient la passion.
« Si c'est après avoir cessé d'être vierge qu'elle a violé la couche des mortels, les déesses sont bien différentes des femmes. Que dis-je ? les femmes sont, ce semble, bien supérieures aux déesses, puis que celles-ci, d’après les blasphèmes et les calomnies des poètes, peuvent souiller leur union avec les dieux, et que celles-là, par crainte de ceux qui les ont épousées, par respect pour les membres de leur famille, pour leurs parents, pour ceux qui ont ménagé leur alliance, aiment mieux parfois honorer la couche de leurs maris que céder même à la puissance.
« Mais voyez donc votre impiété, à vous qui attestez en vos dieux ces abominations ! Comme jamais personne n'a reconnu dans les êtres dénués de raison une supériorité de langage sur les êtres raisonnables, de même un homme sensé ne pourrait pas dire que la nature des dieux soit inférieure à celle des hommes, Mais examinons la suite, Mars était amoureux de Vénus ; jaloux de ce qu'il avait été dédaigné par cette fille de Jupiter, qui lui avait préféré Adonis, il tua, dit-on, ce homme.
« En entendant ces paroles, quel homme de bon sens ne reconnaîtra pas avec moi que ces poètes sont sortis de la vérité ? Il nous faut, s’il vous plaît, examiner ce point. Vous connaissez parfaitement (et je vous en parle parce que vous ne pouvez l'ignorer), vous connaissez le délire de l'amour, ce qu'on appelle la passion des femmes. Parmi ceux qui en sont atteints, les uns donnent à leurs amantes des colliers et des bracelets, les autres d'autres objets de parure, un bandeau ou un réseau pour les cheveux, un beau bonnet à rubans, comme l'on dit, et, pour finir en un mot, l’un offre une chose, l'autre une autre, à celle pour qui il nourrit de l'amour. Ils donnent à leur bien-aimée les objets qui lui plaisent et qu'elle aime.
« Mais, au nom des Muses, pour quoi cela se fait-il ? Ah ! par les lettres ! ne direz-vous pas, Vous aussi, que ceux qui chérissent des mignons, c'est afin d'augmenter leur amour et s'en faire aimer ? C'est là mon avis et celui de quiconque ne sait pas affirmer des mensonges. Or, comment Mars, épris de Vénus, enflammé d'amour pour elle, aurait-il fait autrement que les amoureux ? Comment sa conduite n'aurait-elle été en rien semblable à la leur ? Si, en effet, il aimait Vénus, il n'aurait jamais tué Adonis, qu'elle préférait à tout, qui lui était plus cher que père et mère, et cela, quand il voulait lui faire sa cour et cherchait à lui plaire. Il n'était pas possible qu'en le voyant dans ces dispositions malveillantes, et près de lui ravir l’objet le plus cher, elle le regardât comme un ami ; et que celui qui allait détruire par l'épée ce qu'elle aimait mieux que tout au monde fût pour elle un amoureux bien ardent. Ne considérez donc pas Mars comme un amant de Vénus, ou bien, si vous le dites encore, vous êtes convaincu de mensonge ; car, en affirmant la concordance naturelle de choses qui n'ont aucun rapport possible, vous ne paraissez nullement vous piquer de véracité, ou, pour dire plus, de piété.
Peut-être aussi, attaquant la vérité, prétendez-vous que le feu et l'eau, si différents par leur nature, ont fait alliance l'un avec l’autre et qu'ils ont tous les deux une nature absolument unique, puisqu'il vous semble, on le dirait, qu'ami et ennemi c’est tout un ?
« Qui pourrait admettre la suite et se taire, ou même prendre sur soi de ne pas vouer ces gens-là à l'infamie d'un blâme mérité, en opposant à leurs assertions une réplique équivalente, et du même genre ? Vénus, disent-ils, ayant appris ce qui était arrivé s'empressa d’aller au secours d’Adonis. Dans l'ardeur de sa course, elle se jeta sur un rosier, se heurta aux épines et se perça la plante du pied. Quel outrage à l'égard de celle qu'on regarde comme une déesse ! O absurdité des poètes ! Oui, comment ne serait-ce pas de leur part le comble de l'absurdité que d'affirmer de pareilles fables au sujet d'une déesse ? Elle ressemble donc aux mortelles et rien ne l'en distingue ? Et puis, dans d'autres circonstances, étant immortelle, elle prend part aux Chœurs célestes, parcourt les régions éthérées sans souffrir quoi que ce soit du mal sans remède (la mort).
Comment donc ne pas rire à gorge déployée quand les poètes tombent dans ces énormes mensonges et s’efforcent d'attribuer aux dieux les plus grandes disgrâces ? Heurtée à de misérables épines ? Comment s'est-elle percée la plante du pied ? Si en rencontrant ces faibles pointes elle s'est blessée le pied, comment parcourt-elle, femme qu’on emporte sanglante ? Comment nommez-vous tous Vénus la fille de Jupiter ? Il ne souffre jamais rien de pareil, lui ; il n'endure jamais la douleur des blessures. Il n'est pas un homme sensé qui dise que la nature divine est sujette à la souffrance et que Vénus a été blessée par de chétives épines. Et, selon eux, la fille de Jupiter s’est percée la plante du pied, et le sang coulant de sa blessure a fait prendre l'aspect qui lui est propre à la couleur de la rose. N'y a-t-il pas là de quoi rire aux éclats, de quoi se moquer, de quoi railler sans fin et blâmer sans mesure ? Qui, en effet, ne jetterait un juste blâme, une raillerie légitime à ces poètes qui outragent les dieux par les contes qu'ils font dans leurs fictions, dans leurs inventions, dans leurs représentations, qui nous montrent des dieux sujets aux souffrances, versant, comme d'une source, des flots de sang ; qui ne suivent en rien leur maître, sinon pour bavarder davantage, mais en tenant un langage tout opposé à celui de ce grand sage qui les devance tous, dans une voie bien différente ? Chez lui, en effet, jamais de pareilles fictions sur les dieux, il en a d'autres, mais qui en diffèrent du tout au tout. Chez lui vous ne trouvez pas de dieux répandant des flots d’un sang pareil à celui des mortels, mais des dieux immortels et ne laissant couler qu'une liqueur qui n'est pas du sang. « Car, dit le poète, ils ne mangent pas de pain, ils ne boivent pas de vin à la noire couleur : aussi les appelle-t-on les êtres privés du sang et les immortels. » Il vous faut donc affirmer qu'un sang noir, en quantité quelconque, coule des veines des dieux, bien que vous deviez indubitablement convenir que ces dieux immortels s’abstiennent de tous les aliments nécessaires pour la nourriture des mortels, aliments matériels, et par conséquent étrangers à la nourriture des dieux. Donc, ou bien, au lieu du sang, les hôtes célestes épanchent une liqueur subtile, et vous avez un penchant extrême à forger des mensonges, ou bien ils sont naturellement pourvus de sang, et il se trouve qu'Homère rend des dieux un faux témoignage dans ses poèmes si réellement admirables. En ce point, si quelqu'un de vos partis sans l'accordait, il semblerait alléguer une énorme absurdité et contredire manifestement le chef des Muses, Apollon : car il a été vrai de dire que tout ce qui sort de la bouche de ce prince des poètes émane d'Apollon. Si d'ailleurs nous accordons aux poètes que les dieux ont naturellement du sang, ce qui ne serait pas une raison pour croire à la vérité des contes qu'ils débitent. Comment, en effet, une goutte de sang de Vénus pourrait-elle changer la couleur de toute l'espèce des roses et devenir pour cette fleur une sorte d'avantage naturel ? Ceci ne se rapproche pas du tout de la vérité. Dès le principe, la puissance du Créateur, se faisant une gloire de mettre de la variété dans ses ouvrages, a teint la rose de deux couleurs, le blanc et le rouge. Mais les plus grands poètes, se croyant la sagesse incarnée, et se flattant d'être remplis de sublimes paroles et de beaux accents, écrivent des choses inintelligentes qui, aux yeux des hommes sensés, manquent absolument de circonspection et de jugement, comme imputées par eux aux dieux avec une extrême licence.
« Il ne nous est donc pas nécessaire de trouver encore sur plusieurs points des ressources oratoires pour réfuter ce qu'ils ont dit, et démontrer que ces idées sont fausses et ne s'accordent nullement avec la vérité : car les faits semblent élever la voix pour montrer avec évidence qu'ils sont non seulement coupables de mensonge, mais d'impiété. Enfin, il est nécessaire de mettre un terme à ce discours, de peur de paraître d'accord avec des hommes qui débitent sur la Divinité tant de folies, et d'être, par suite, convaincu d'impiété, après avoir été accusé de n'avoir pas appris à connaître Dieu, à le servir et à obéir à ses divins commandements. » Voyant les maîtres chrétiens privés du droit de commenter désormais, dans leurs chaires, les auteurs qui avaient fait, jusque-là, le fond de l'éducation, deux anciens professeurs, Apollinaire le père et Apollinaire le fils, entreprirent de les remplacer, à l'usage des fidèles de langue grecque, par une littérature nouvelle. Ils s’associèrent pour mettre en vers les Psaumes de David, en épopée les livres de Moïse, en dialogues platoniciens l'Évangile et emprunter aux sujets sacrés la matière de tragédies et de comédies dans le style d'Euripide et de Ménandre. Mais ils apprirent à leurs dépens qu'une littérature classique ne s'improvise pas, qu'il y faut la consécration du temps et le suffrage de l'admiration universelle. Leurs essais furent vite oubliés : il faut lire sur ce sujet les belles et sages réflexions de l'historien ecclésiastique Socrate !
La loi de Julien ne dura qu’une année, la mort de l'empereur l’abrogea de fait ; en 364, Valentinien la retira officiellement : « Quiconque, écrit-il, est par ses mœurs et son talent digne d'enseigner la jeunesse aura le droit, soit d'ouvrir une école, soit de réunir à nouveau son auditoire dispersé ». Il n’y eut pas de réaction : on laissa aux païens le droit d'enseigner, mais on le rendit aux chrétiens. Un rescrit de Gratien, au mois de juin 376, autorise non seulement les cités ayant rang de métropoles à choisir leurs professeurs des classes de belles-lettres grecques et latines, mais il assigne sur le fisc impérial des appointements à ces fonctionnaires.
VII. LES DISCOURS D'APPARAT. — Une catégorie de professeurs nous intéresse particulièrement, ce sont les rhéteurs gaulois du IVe. Tout ce qui nous reste d'eux est contenu dans le recueil des Duodecim Panegyrici Latini. Ce sont des discours d'apparat prononcés devant des princes ou de grands personnages, dans quelle que occasion solennelle, et remplis de leur éloge. Ce genre d'éloquence était approprié à la forme du gouvernement impérial qui consentait de bonne grâce à être loué, même sans beaucoup de mesure. À une époque que nous ne connaissons pas, le sénat romain imposa aux consuls l'obligation, à leur entrée en charge, d'adresser un remerciement à l'empereur qui les avait nommés *, Ce remerciement s'appelait Gratiarum actio et c'est le nom que Pline le Jeune donne au sien ; on sait qu'il marque dans l'histoire du genre une date importante. Avant lui, le remerciement des nouveaux consuls ennuyait toujours l'assistance, aussi l'abrégeait-on le plus possible. C'est ce que ne manqua pas de faire Pline ; toutefois il n'était pas homme à laisser échapper l'occasion d’un beau discours, il reprit donc son remerciement, le développa, en fit une pièce d'éloquence dont il donna lecture pendant trois jours à ses amis rassemblés. Le succès en fut très vif, et dès lors le panégyrique sembla prendre une faveur nouvelle.
Il devint même l'acte le plus important du consulat | qui, depuis la fin de la République, n’était plus qu’une vaine dignité. Ce fut désormais une épreuve à laquelle on attendait ceux qui jouissaient d’un renom d’éloquence ; quand ils s'en tiraient avec honneur ils étaient sûrs d'en recueillir beaucoup de gloire, et le panégyrique d'Antonin le Pieux par Fronton fut regardé comme un de ses principaux titres à passer pour le successeur direct et presque pour le rival de Cicéron. Pline donna au genre sa forme définitive et le mit en plein relief ; il attira le premier l'attention publique sur ces sortes de discours dont jusque-là on ne s'occupait guère ; il donna l'exemple de les traiter avec soin et d'y déployer toutes les richesses de l'éloquence. Ses successeurs se montrèrent plus brefs : comme ils débitaient leur panégyrique devant l’empereur qui devait l'écouter debout, force leur était d'éviter toute prolixité, et cependant certaines de ces harangues nous semblent encore bien longues. Au IVe, les panégyristes reproduisent d'ordinaire les dispositions et le caractère général du discours de Pline ; s'ils ne copient pas ses expressions et ses tours de phrases, ils n'en sont pas moins ses imitateurs et ses élèves.
Le recueil des Panegyrici Latini a été vraisemblablement formé à la fin de l'empire. À la suite de celui de Pline dont il vient d'être question, venaient les panégyriques de Théodose par Drepanius Pacatus, de Julien par Mamertin, et celui de Constantin par Nazarius. En tête du discours qui suit, on lit ces mots significatifs : Finit panegyricus Nazarii ; incipiunt panegyrici diversorum septem, ou octo. Ces panegyrici diversorum ont des caractères communs, ils ne sont désignés par aucun nom d’auteur ; ils se succèdent l'un à l'autre avec cette seule mention : finit primus, incipit secundus ; finit secundus, incipit tertius, etc. Enfin six de ces discours sont rangés, comme les trois qui précèdent, dans l'ordre chronologique inverse, c'est-à-dire que les plus nouveaux passent avant les anciens. Ainsi l’on y trouve d'abord trois panégyriques de Constantin, des années 311, 310 et 307, puis deux panégyriques de Constance Chlore, enfin un de Maximien Hercule. Le septième et le huitième rompent.
On peut conclure de ces observations qu'il existait une collection primitive désignée assez clairement par ce titre des manuscrits : incipiunt panegyrici diversorum ; qu'elle se composait d’abord de six discours, et qu'elle s'est augmentée plus tard de discours nouveaux placés au commencement et à la fin de l’ancien recueil. Ceux qui ont ajouté les trois premiers se sont astreints à suivre l’ordre des six autres, c'est-à-dire qu'ils ont commencé par le panégyrique de Théodose et fini par celui de Constantin. Les deux derniers, au contraire, ont été placés dans l’ordre naturel, on a mis le panégyrique de Maximien Hercule avant celui de Constantin. Il est donc probable que le recueil a été remanié trois fois avant d'arriver à l'état où nous le possédons. Sur ces six discours prononcés entre l'an 289 et l'an 311, quatre au moins sont certainement l'œuvre de professeurs d'Autun, ce qui invite à croire que les autres ont la même origine et que le recueil a été formé à Autun. Son école relevée, ainsi que la ville, sous Dioclétien, attirait la jeunesse de la Gaule et ces discours nous donnent une idée avantageuse de l’école d'Autun. Les rhéteurs gaulois se mettaient modestement bien au-dessous de ceux de Rome. L'un d'eux disait à Constantin : Non ignoro quanto inferiora nosira sint ingenia romanis ; si quidem latine et diserte loqui illis M ingeneratum est, nobis elaboratum *. Il était beaucoup trop modeste. Le latin des professeurs d'Autun est excellent, et c'est une merveille de voir qu'au commencement du Ve on savait encore si fidèlement reproduire les expressions et les tours de Cicéron. Ces discours ne sont pas seulement écrits avec beaucoup d'élégance et de pureté, on y trouve, quand on les rapproche des autres, de la mesure et du goût, c'est-à-dire des qualités françaises. Qu'après avoir lu le discours d'Eumène ou celui des autres délégués que la cité des Éduens envoyait aux empereurs pour les remercier de leurs bienfaits, on parcoure celui de Nazarius avec ses phrases boursouflées et ses descriptions emphatiques, on reconnaîtra que le sénat de Trèves était mieux partagé que celui de Rome, et y éloquence de province.
On a recherché les auteurs des six discours du recueil d'Autun. Un seul nous est connu, grâce à un incident de son discours, il a l'occasion de citer une lettre qui lui est adressée par l'empereur, laquelle se termine par ces mots : Vale, Eumeni, carissime nobis. Il s'appelait donc Euménius, ou comme nous disons ordinairement, Eumène, et nous apprenons par son discours quelques détails sur sa famille, sur ses débuts et les fonctions qu'il avait remplies. La conjecture d'après laquelle Eumène serait auteur de trois autres de nos discours, le 5e, le 7e et le 8e, paraît devoir être définitivement rejetée. On ne peut donc attribuer à Eumène qu’un panégyrique, le 4e, celui qui a pour titre Pro restaurandis scholis, qui nous donne des renseignements très curieux sur les écoles de la Gaule au Ve.
VIII. INSTRUCTION PUBLIQUE EN GAULE. UNE VILLE
proncé en 296 ou au commencement de 297 sur le forum d'Autun, en présence du Præses Lugdunensis primæ, pour exposer par quels moyens on pourrait relever l'école qu'il dirigeait. Mais si les autres discours ne sont pas de lui, ils ont presque tous été composés par ses concitoyens ou ses contemporains, leurs renseignements complètent ceux que nous lui devons, ils achèvent d'éclairer le sujet et nous font connaître la situation des écoles de la Gaule au commencement du IVe.
On trouve souvent rappelé, dans ces discours, le titre de Frères du peuple romain, que le Sénat décerna de bonne heure aux Éduens et qu'ils ne cessèrent pas de mériter. Ils avaient aidé César à faire la conquête de la Gaule, et, pendant tout l'empire, Rome n’eut pas d'alliés plus fidèles. Sous Auguste, Bibracte, leur capitale, fut rebâtie dans le voisinage et prit le nom du nouveau maître, Augustodunum, qu'elle garde encore aujourd'hui. La ville devint bientôt toute romaine ; au IIIe, elle possédait une résidence impériale, qui portait le vieux nom de Palatium, des temples magnifiques et un capitole, consacré, comme celui de Rome, à Jupiter, à Junon et à Minerve. Après avoir participé aux prospérités des Romains, elle partagea aussi, ce qui est plus méritoire, leur mauvaise fortune. Quand la Gaule, vers l'époque de Gallien, suivant l'exemple général, sembla vouloir se détacher elle aussi de l'unité de l'empire et se donner des empereurs particuliers, Autun tint bon pour le souverain légitime. Tetricus fut forcé d'en faire le siège, et il eut grand-peine à s’en rendre maître ; ce fut, comme on le pense bien, une cause de grands désastres. La malheureuse ville eut encore plus à souffrir dans les tristes années qui suivirent. L'auteur du 8e discours a tracé un tableau très saisissant de ses infortunes. D'ordinaire les descriptions qu'on trouve dans les Panégyriques ont le défaut d'être générales et vagues ; ici l’auteur parle de son pays, le sujet lui tient au cœur, et il devient, contre son habitude, exact et précis. Il nous montre comment cette grande plaine de la Saône, qui était autrefois riche et bien cultivée, est devenue un désert rempli de broussailles et de marécages, et résiste au laboureur qui n'a plus ni les fonds ni les bras nécessaires pour dessécher le sol et le défricher ; il décrit ces vignes vicillies, qu'on n'a pas remplacées à temps, et qui ne produisent plus de fruits, les chemins défoncés et les routes militaires, les mêmes en si mauvais état qu'elles sont impraticables aux voitures. Ce passage intéressant, auquel il faut renvoyer ceux qui veulent connaître la situation des provinces à ce moment et savoir de quel abîme Dioclétien a tiré l'empire, est plutôt une page d'histoire qu'un morceau d'éloquence.
On doit rendre cette justice aux empereurs qu'après que la paix intérieure fut rétablie, ils n’oublièrent pas la ville fidèle et cherchèrent à l'indemniser des maux qu'elle avait soufferts pour eux. Dès 296, Constance Chlore y avait envoyé des colons étrangers pour remplacer les habitants qu’elle avait perdus. Pendant l'hiver, il y faisait séjourner ses soldats, il fournissait lui-même aux besoins les plus pressants, donnait de l'argent, et envoyait de loin des architectes pour reconstruire les édifices publics et les maisons particulières. Mais le mal était si profond qu'il ne pouvait pas être guéri en un jour. Quinze ans plus tard, la pauvre ville n’était guère plus heureuse ; elle n'arrivait pas à payer l'impôt, qui devenait de plus en plus lourd, et ses habitants, pour échapper aux rigueurs du fisc, étaient réduits à s’exiler ou se cachaient dans les bois. Cependant, lorsqu'en 311 Constantin la traversa, un peu avant son expédition d'Italie, elle fit tous ses efforts pour bien accueillir le fils de son bienfaiteur. « Nous avons orné de notre mieux, lui dit un des panégyristes, les rues par lesquelles vous deviez passer. Nous y avons mis les bannières de nos diverses corporations et les statues de nos dieux. Nous ne possédions que fort peu de musiciens habiles ; nous les avons dirigés en toute hâte par des rues de traverse pour les faire paraître plusieurs fois devant votre cortège. » Constantin fut touché de tant de dévouement et de misère ; il remit à la ville ce qu'elle devait au trésor et lui accorda une diminution notable d'impôts pour l'avenir.
Il était indispensable d'abord de la pourvoir de bons professeurs. Le directeur, summus doctor, étant mort, le prince voulut lui-même désigner son successeur et chercha, dans son entourage, l'homme qui lui semblait le plus digne de ces hautes fonctions ; son choix s'arrêta sur Eumène. La famille d'Eumène sortait de la Grèce ; son grand-père était d'Athènes et y avait été élevé. Il quitta son pays, comme saint Augustin, pour être professeur à Rome. Si nous en croyons son petit-fils, il y réussit, et même il y devint célèbre ; mais, comme saint Augustin aussi, il n'y resta pas, et préféra se fixer dans une ville de province. Il fut séduit sans doute par la renommée de l’école d'Autun et y accepta une place de rhéteur ou de grammairien grec. À quatre-vingts ans, il y enseignait encore ; c'était avant les malheurs de la Gaule.
Le petit-fils, qui n'avait pas connu son grand-père, fut d'abord professeur comme lui ; il est vraisemblable que son enseignement eut aussi beaucoup de succès, puis que Constance Chlore vint le chercher à Autun pour l'attacher à sa cour ; il lui donna les fonctions de magister memoriæ. Ces fonctions nous sont assez mal connues, mais elles devaient être importantes. On peut conclure de quelques indices, et surtout de ce ton d'égalité qu'Eumène emploie en s'adressant au Præses de la première Lyonnaise, qu'il était, comme lui, un vir perfectissimus, c’est-à-dire un dignitaire du second ou du troisième rang dans la maison de l’empereur. On arrive au même résultat quand on compare les appointements qu'il touchait à ceux des autres fonctionnaires de l'empire. Il recevait 300 000 sesterces par an, et, si l’on excepte le traitement des préfets de prétoire, il n'y en avait guère alors qui s'élevât au-dessus de cette somme. Il faut donc se figurer qu'Eumène était une sorte de secrétaire d'État.
Cette situation élevée et politique qu'il occupait à la cour rendait, à ce qu'il semble, assez difficile son retour dans l’école d'Autun. Il fallait que le public fût bien averti que ce n'était pas une disgrâce, et qu'on n'éprouvât pas de surprise à voir un si haut dignitaire revenir dans cette école où sa carrière avait commencé. Aussi l'empereur eut-il soin d'écrire à Eumène la lettre suivante : « Nos chers Gaulois, dont les enfants sont instruits aux arts libéraux dans la ville d'Autun, et ces jeunes gens eux-mêmes qui m'ont fait si joyeusement cortège à mon retour d'Italie, méritent bien qu'on prenne soin de cultiver leur bon naturel. Et que pouvons-nous leur donner de plus précieux que ces biens de l'esprit que la fortune ne peut ni accorder ni prendre ? C'est pour quoi j'ai résolu de vous mettre à la tête de cette école que la mort a privée de son chef, vous, dont j'ai pu apprécier l'éloquence et l’honnêteté pendant le temps que vous avez administré mes affaires. Je vous demande donc que, sans perdre le rang que vous occupez, vous consentiez à revenir à votre ancienne profession, et que vous alliez dans cette ville, que je veux rendre à sa première gloire, pour former l'esprit des jeunes gens et leur donner le goût d’une vie meilleure. Ne croyez pas que ces fonctions puissent rien enlever aux honneurs dont vous êtes revêtu, puis que l'exercice d'une profession honorable relève plutôt la considération d'un homme qu'elle ne la diminue. Enfin, je veux porter vos appointements à la somme de 600 000 sesterces, qui seront pris sur les ressources de la ville, pour que vous compreniez que ma bonté essaye de vous payer selon vos mérites. Adieu, cher Eumène, Vale, Eumeni, carissime nobis. »
nople, qui se composait de trente et un professeurs. Véritablement les fonctionnaires de l’État ; or, dans une monarchie administrative, comme était alors l'empire, on prend volontiers l'habitude de ne rien estimer autant que les fonctions publiques. Voilà pour quoi l'on devait craindre qu’un homme qui abandonnait l’administration impériale pour l'enseignement semblât déchoir.
La conclusion qu'on peut tirer de ce fait, c'est que l'empire, à ce moment, ne se faisait pas encore une idée aussi nette que nous d'un enseignement officiel, donné directement au nom de l’État, et dont les professeurs sont des fonctionnaires. L'histoire nous montre en effet que, s'il s'était fort approché de cette conception, il ne l’a tout à fait réalisée qu'à l'époque où Théodose II établit, dans les portiques du Capitole, ce qu'on pourrait appeler l’université de Constantin.
Il n’y avait nulle part, dans l'antiquité, d'université au sens précis du mot. Les seuls enseignements qu'on ait réunis pour être donnés ensemble et former un groupe, sont ceux de la grammaire et de la rhétorique, quel quefois de la philosophie, Le droit ne s'y joignit que dans quelques villes les plus importantes, à Rome, à Constantinople, à Béryte. Mais la médecine n'a été comprise dans les études communes ; on l’apprenait d'ordinaire en accompagnant un médecin renommé au chevet des malades. Il en était de même des beaux-arts. L'État, ou plutôt les villes, qui avaient besoin qu'on formât des architectes, des sculpteurs, des peintres, accordaient gratuitement des ateliers aux maîtres, et quelquefois des bourses aux élèves, mais c'était un enseignement distinct des autres et qui ne faisait pas partie de ceux qu'on donnait à l’école. Ce qui, dans l'empire romain, a le plus ressemblé à une université, ce sont les écoles de Constantinople constituées par Théodose II ; nous savons de quels professeurs elles se composaient ; on y en comptait trente et un : 3 rhéteurs et 10 grammairiens latins, 5 rhéteurs et 10 grammairiens grecs, 1 philosophe, 2 jurisconsultes. En même temps qu’il instituait son université, par une conséquence naturelle, Théodose II lui accordait le monopole de l'enseignement ; il défendait à ceux qui n'en faisaient pas partie de tenir des écoles et de recevoir des élèves ; on ne leur permettait que les leçons données au domicile des parents. Cet ensemble de lois, promulguées en 425, créait d’une manière définitive l’enseignement de l'État. Par suite, les membres de l'université devenaient véritablement des fonctionnaires, ils entraient dans la hiérarchie administrative, et quand, après vingt ans de service, on leur donnait leur retraite, ils recevaient le titre de comtes du premier degré, et étaient mis sur le même rang que les ex-vicaires.
Mais il n’en était pas de même un siècle auparavant, sous Dioclétien et Constantin ; nous voyons, dans les discours des rhéteurs gaulois, que les maîtres des écoles sont appelés plusieurs fois de simples particuliers, privati, que leur profession est désignée sous le nom de privatum magisterium, et qu'on l'oppose avec une sorte de dédain aux fonctions publiques. À cette époque, l’école paraît être plutôt dans la dépendance de la cité que dans celle de l’État ; le professorat est véritablement un service municipal, Ausone le dit en propres termes dans des vers dont le sens a été souvent discuté et quand il veut faire savoir à son ami Svagrius qu'il a été, pendant trente ans, grammairien et rhéteur dans les écoles de Bordeaux :
Exactis que dehinc per trina decennia fastis
Asserui doctor. municipalem operam.
La dernière question qui nous reste à examiner, au sujet de la lettre de Constance Chlore, est celle du traitement que l’empereur accorde à Eumène. « Je veux porter vos appointements, lui dit-il, à la somme de six cent mille sesterces, qui seront prises sur les ressources de la ville pour que vous compreniez que ma bonté essaie de vous juger selon vos mérites, » Six cent mille sesterces qui auraient à peu près représenté 120 000 francs sous Auguste, en valaient un peu moins de 100 000 sous Dioclétien, l'argent ayant diminué, dans l'intervalle, de plus d'un sixième. Cette somme paraît bien forte pour un directeur d'école, surtout quand on songe qu'elle devait être prise sur les revenus d’une ville aux abois. Aussi est-on d’abord tenté de croire que le chiffre a été altéré dans le manuscrit, ce qui n’est pas rare. Mais cette supposition n’est pas possible ; le chiffre se retrouve encore deux fois dans le discours et il est toujours écrit de la même façon !. D'ailleurs, en y réfléchissant, nous comprenons que la somme devait être fort élevée, d'abord parce qu'Eumène nous dit qu'elle est le double des appointements qu'il touchait comme magister memoriæ, et l’on doit supposer qu'un secrétaire d’État de l'empereur était libéralement payé ; ensuite parce qu'elle devait servir à reconstruire l’école d'Autun, et qu'il semble même dire qu'elle suffira pour la relever. C'est donc bien exactement 600 000 sesterces qu'il recevait, 300 000 comme ancien magister memoriæ, et 300 000, c’est-à-dire 50 000 francs, comme directeur de l’école,
Pour apprécier à sa juste valeur la libéralité du prince en cette occasion, il nous faudrait savoir quels étaient, dans l'empire romain, les appointements ordinaires des professeurs. Par malheur, les renseignements que nous avons à cet égard sont assez vagues, et il nous est difficile d'en tirer des informations sûres. Ce qui est certain, c'est que les appointements des maîtres de l’enseignement public se composaient de sommes payées par l'État ou par les villes et d’une rétribution que donnaient les élèves. Ils avaient donc, comme on dirait aujourd'hui, un traitement fixe et un traitement éventuel.
Occupons-nous d'abord du premier. Suétone raconte qu'Auguste, qui voulait que ses petits-fils fussent bien élevés, confia leur éducation à Verrius Flaccus. Ce grammairien célèbre avait la réputation d'inspirer plus que les autres le goût du travail à ses élèves, Il avait imaginé de leur donner à traiter le même sujet et distribuer aux vainqueurs des prix qui consistaient en livres anciens et rares. Auguste, qui fuyait avec soin toute apparence de tyrannie, ne voulut pas avoir l'air d'accaparer pour lui seul un si bon maître ; il demanda donc à Verrius Flaccus de transporter son école au Palatin, à la condition qu'il n’y recevrait plus d'élèves nouveaux. Outre la rétribution que lui payaient ses élèves, il reçut, pour l'éducation des jeunes princes, 100 000 sesterces, soit 20 000 francs. C’est la même somme qui fut fixée par Vespasien pour les rhéteurs grecs ou latins, quand il eut l'idée de donner à quelques-uns d’entre eux un traitement de l’État. Plus tard Marc-Aurèle fut moins généreux : il n’attribua aux titulaires des chaires de philosophie qu'il établit à Athènes, que 10 000 drachmes (un peu plus de 1 800 francs), ce qui était probablement moins cher et plus facile, tandis que Vespasien, quand il fixait le prix de 100 000 sesterces, ne songeait qu'aux écoles de Rome. Voilà tout ce que nous savons des appointements payés par l'État pour les quelques chaires que les empereurs avaient fondées dans quelques villes importantes. Nous connaissons moins encore les sommes que donnaient les villes à ceux qui enseignaient dans les écoles municipales, il est probable qu'elles variaient d'un pays à l’autre, et que, dans le même pays, elles changeaient selon les temps. Il y avait sans doute des moments où les villes se montraient plus libérales, d'autres où leur détresse les forçait d'être plus économes ; sans compter qu'il arrivait souvent qu'après avoir beaucoup promis, les villes ne payaient rien.
Ces deux mentions se trouvent dans le paragraphe 12 ; la seconde fois la somme est décomposée, et il est question des irecena seslercia, qu'il recevait comme magister memoriæ, ce qui doit ne laisser aucun doute.
Suétone, De
les ne payaient rien,
Dans le discours de Libanius, Pour les rhéteurs, où il fait un si triste tableau de leur misère, nous lisons ces mots : « Mais, dira-t-on, n'ont-ils pas leurs traitements (tds œuvrééelc) qu'ils touchent tous les ans ? Tous les ans ? Non ; tantôt ils les touchent et tantôt ils ne les touchent pas. Quelquefois ils ne leur sont donnés qu’en partie et après de longs délais. »
PEA En chez des particuliers ne sera pas même abordée ici | Les susceptibilités que la moindre critique, la plus légère réserve font naître chez les défenseurs de cette authenticité entraînent presque fatalement à des discussions pour lesquelles nous ne sommes pas préparés. Entre ceux qui admettent tout et ceux qui rejettent tout, il doit probablement rester une place pour ceux qui demandent à tout vérifier, Ch. Clermont-Ganneau déclarait, pour son compte, tenir tout « en quarantaine * » ; aux archéologues particulièrement attachés à l'étude du Nouveau Testament de mettre fin à cette « quarantaine » assez peu respectueuse, mais justifiée sur certains points. Pour nous l'usage des instruments de la passion et le souvenir qu'ils ont laissé dans les anciens monuments chrétiens vont nous occuper exclusivement. Une question historique préliminaire semblerait devoir être facilement résolue. Il est trop évident que, dès la première heure, ces instruments ont dû attirer la vénération des fidèles. Dès que Nicodème eut obtenu de Pilate le corps du supplicié du Calvaire, la question ne se posait même pas de savoir à qui reviendraient les instruments du supplice. Tout au plus le chef des bourreaux (voir ce mot, t. 1) aurait-il pu faire valoir un droit de propriété sur ces tragiques témoins du drame, revendication intéressée et facile à satisfaire. Dès ce moment jusqu'à la fuite des fidèles de Jérusalem à Pella nous savons si peu de chose sur cette communauté qu'il n’y a pas lieu d'être surpris si les souvenirs de la Passion ne font l'objet d'aucune mention particulière ; mais de même la tradition du Cénacle (voir ce mot) s'est conservée, de même il nous semble que les chrétiens de la ville sainte auront su, malgré l'hostilité des Juifs et les périls du siège, assurer la conservation de ces trésors dans une cachette dont les dimensions pouvaient être très restreintes, puis que la croix pouvait être démontée. Jusqu'à la fin de l'époque des persécutions, les chrétiens éprouvaient une insurmontable aversion pour le partage des corps saints : il est vraisemblable que cette répugnance aura défendu longtemps les instruments du supplice de Jésus contre les indiscrètes mutilations, c'est ainsi qu’on s'expliquerait comment les clous, la couronne, l'écriteau de la croix auraient été conservés intacts et retrouvés tels au IVe par l'impératrice sainte Hélène.
II. LA CROIX. — La croix, σταυρός, était un pieu pointu par en haut, semblable à ceux qui servaient à la confection des palissades. Comme instrument de supplice son invention appartient à l'Orient, les Grecs en ont fait quelquefois usage, les Romains surtout en firent le supplice le plus humiliant et un des plus répandus. Le pieu pouvait servir de pal ou de poteau auquel le patient était attaché pour être fouetté, ou exposé aux bêtes, ou suspendu la tête en bas : Video... cruces non unius quidem generis, sed aliter ab aliis fabricatas : capite quidam conversos in terram suspendere, alii per obscena stipitem egerunt, alii brachia patibulo explicuerunt . Il faut réserver certains pieux terminés par une double cheville de bois, en ce cas c'est la fourche (voir ce mot). Quant à la croix proprement dite, le poteau y était surmonté d’une poutre transversale, nommée patibulum, ce qui permettait d’attacher le patient, les bras étendus au moyen de cordes ou de clous . La croix avait alors la forme dite en tau (T ; ταυ grec et T latin). Lucien écrit que « les tyrans ont imité la lettre Tê : νεираξ οτω τος ἐχθρος ἐποίησαν, et Sénèque ? : cum refigere se crucibus conentur, in quas unusquisque vestrum clavos suos ipse adiget, ad supplicium iam acti stipitibus singulis pendent (au sens métaphorique, mais qui peint bien la réalité). Il existait probablement une sorte de sellette sur laquelle le patient pouvait s'asseoir ou qui le soutenait à califourchon ; c'était moins un adoucissement accordé à la victime qu'une nécessité imposée au tortionnaire, car le poids du corps d’un adulte eût rapidement arraché les mains clouées et le patient eût été précipité à terre. Habitus crucis fines et summitas habet quinque, écrit saint Irénée, duos in longitudine et duos in latitudine et unum in medio, in quo requiescit, qui clavis affigitur ; et Tertullien : fota crux... cum antenna scilicet sua et cum illo sedilis excessu *. Il existait de même un support ou strapontin pour permettre de clouer les pieds, lesquels étaient cloués séparément ; sur le crucifix grotesque du Palatin (voir Dictionnaire, t. X, fig. 3359) ce support est bien visible, Le texte cité par saint Irénée semble inviter à croire que le poteau vertical dépassait par en haut le patibulum (voir Dictionnaire, t. I, fig. 3362}. La forme T est la plus anciennement et la plus généralement attestée (voir Dictionnaire, t. I, fig, 3357, 3358, 3364-3369).
La croix était le supplice le plus infamant et le plus cruel, car le patient était abandonné, dans une position rigide et qui infligeait rapidement une douleur atroce, livré à la faim, à la soif surtout, aux chiens et aux vautours qui n'attendaient pas la mort pour déchiqueter les chairs sanglantes. Le jurisconsulte Paul écrit que summa supplicia sunt crux, crematio, decollatio. C'était le châtiment des esclaves, et seulement pour des fautes très graves. Le condamné emportait sur ses épaules le patibulum hors des murs de Rome, où se trouvait déjà toute une forêt de poteaux ; des tourments de surcroît ne lui étaient ménagés le long du chemin*. Les citoyens romains ne pouvaient, en aucun cas, être attachés à la croix. On connaît les invectives de Cicéron contre Verrès. Mais les provinciaux étaient condamnés à ce supplice pour certains crimes, par exemple pour celui de sédition, Antoine avait fait attacher à la croix le dernier roi juif, Antigone, dérogeant ainsi, pour la première fois, au respect que les Romains témoignaient aux rois, Il le regardait donc plutôt comme un insurgé que comme un roi légitime ; pourtant on l'égorgea, pour ne pas le laisser mourir d'épuisement sur la croix, On peut s'étonner qu'un sujet si grave ait suggéré tant et de si singulières rêveries. Depuis le vénérable Bède qui fait entrer dans la croix quatre essences diverses : le cyprès fournissant le pieu, le cèdre donnant le patibulum, le buis employé pour la tablette de l'inscription, le pin servant de prolongation au pieu au-dessus de cette tablette ; jusqu'à Juste Lipse, qui opine pour le chêne tout seul, et Jacques Gretser qui exclut le chêne entre tous les bois, il faut reconnaître que l'accord reste à faire, Ch. Rohault de Fleury déclare qu'il faut adopter le pin ; ce conifère était assez répandu en Judée pour qu'on pût se le procurer à peu de frais ; en outre, une essence résineuse se trouve dans des conditions de conservation avantageuse même lorsqu'elle est déposée dans une cachette peu ou point aérée et y séjourne deux siècles et demi au moins. On s’est aventuré jusqu'à calculer les dimensions du pieu, du patibulum à un centimètre près, à évaluer le cube et le poids total qui a été imposé sur les épaules de Jésus, même on a avancé que l'extrémité inférieure de la croix traînait sur le sol, ce qui déchargeait d'autant la victime. Tout cela est trop ingénieux et encore plus arbitraire ; de même que l'itinéraire suivi et dont une partie nous reste ignorée tant que nous ne sommes pas fixés sur le point de départ, l'emplacement du Prétoire. Il ne nous semble pas que tout ceci relève de la discussion archéologique du moment que certaines données essentielles nous manquent.
Jésus a porté sa croix, mais nous savons qu'ordinairement, à Rome du moins, on se contentait de charger le condamné du patibulum ou branche transversale. Peut-être en Orient portait-on la croix tout entière.” Plutarque écrit : τῶν ξύλων ἐξαγωγίμων ξω τῆς πόλεως κειτο, encore est-il que ξωσ signifie peut-être ici patibulum. Saint Marc ne dit pas expressément (ce que fait saint Jean : βαστάζων τὸν σταυρὸν αὐτοῦ) que Jésus ait porté sa croix, mais on peut dire qu'il le suppose, car on n'a dû rencontrer Simon de Cyrène qu'après quelques moments de marche : Sed hoc intelligendum est quod « egrediens de prætorio Jesus ipse portaverit crucem suam ; postea obvium habuerint Simonem, cui portandam crucem imposuerunt ». Saint Marc ne nous donne aucun détail sur la manière dont on procéda à la crucifixion ; il est permis de conjecturer, vu la présence des soldats, que ce fut selon l'usage romain. La croix, c’est-à-dire le pieu droit, était d'avance fiché en terre. On ne doit donc pas se figurer le patient cloué sur la croix en forme de T avant qu'elle fût élevée de terre. Il semble plutôt que le patient s'approchait du pieu et s’y asseyait ou bien, s'il était de petite taille, on l'y hissait : in crucem levatus est, lisons-nous dans Servius, et dans Plaute : Credo hercle has sustollal æ des totas atque hanc in crucem. Il est probable cependant que le condamné était cloué au patibulum, c'est-à-dire à la barre transversale, par les mains, avant que cette barre fût placée sur le pieu où elle était maintenue probablement par une mortaise. Les textes n'en disent rien, mais l'opération semble nécessaire si on a égard à la difficulté d’enfoncer deux clous sur une poutre posée et légèrement assujettie par son centre sur un point d'appui qui pouvait n'être pas inébranlable. Ensuite on clouait les pieds sur le petit strapontin ajusté au poteau : Pendentes... in ligno crucifixi, clavis ad lignum pedibus manibusque confixi, producla morte necabantur ; Ego dabo ei talentum, primus qui in crucem excucurrerit, sed ea lege, ut afigantur bis pedes, bis brachia. Il n’y a aucune raison de supposer que les deux pieds étaient attachés par un seul clou, saint Ambroise mentionne les deux clous des pieds.
On a soulevé la question de savoir si Jésus a été crucifié entièrement nu. La majorité des Pères de l'Église n'hésite pas sur l’affirmative et ce qui nous semble presque une irrévérence rien que d'y penser ne suggérait rien de semblable pour des saints et des évêques vivant avec la liberté de leur temps. C'est qu'en ces pays et à cette époque la nudité de l'homme était chose si répandue qu'il est probable qu'on n'y faisait pas même attention ; et puis il faut bien se dire que la nudité d'une misérable dépouille humaine, souillée d'ordure et de sang, épuisée de besoin et presque anéantie de faiblesse et d'impuissance est-elle encore une nudité ? Ceux qui n'ont jamais eu sous les yeux le corps mutilé d'un blessé pourront seuls en douter. Du haut du gibet où il était suspendu, un crucifié n'était plus qu'une effigie si dolente, si lamentable que la pudeur elle-même cessait d'en être offensée. Les trois plus anciennes gemmes représentant la crucifixion montrent le Sauveur tout nu (Dictionnaire, t. I, fig. 3356-3358).
Nous avons donné (au mot Croix) les plus anciennes représentations de cet instrument de supplice ; nous renvoyons de même (voir Dictionnaire, t. I, col. 3131-3139) à ce que nous avons écrit au sujet de l'invention et de l'exaltation de la vraie croix. Enfin, on nous dispensera sans doute d'aborder le parallélisme institué entre l'arbre de la science du bien et du mal et l'arbre de la croix, le premier servant à perdre, le second à racheter l'humanité.
III. Les clous. — Le nombre de clous qui servirent au crucifiement doit s'élever à quatre. Saint Ambroise mentionne les deux clous des pieds ; il est clair, dès lors, qu'il en faut deux autres pour les mains. Rufin ne précise pas le nombre ; ce sujet a été maintes fois traité sans qu’on y ait apporté ni un texte ni un argument à retenir. Grégoire de Tours avance que l'impératrice sainte Hélène retrouva les clous avec la croix ;
son témoignage est un peu lointain, mais Grégoire était à l'affût des moindres récits, il a pu recueillir celui-ci sur les lèvres d’un de ses visiteurs ayant fait le pèlerinage des Lieux saints. D'après Théodoret, Sozomène, saint Ambroise, la destinée de ces clous aurait été à tout le moins singulière. L'impératrice sainte Hélène imagina d'employer l'un d'entre eux pour fabriquer un mors au cheval de son fils, un deuxième clou aurait été forgé dans le cas que de l’empereur, un troisième fixé à la tête d'une statue de Constantin, un quatrième jeté à la mer pour apaiser une tempête. Par ailleurs on conserve des clous entiers ou en partie dans les trésors des églises d'Arras, de Bamberg, de Carpentras, de Colle, de Cologne, de Cracovie, de l'Escurial, de Florence, de Lagny, de Laon, de Milan, de Monza, de Paris, de Rome, de Spolète, de Torcello, de Toul, de Trèves, de Troyes et de Venise. Sans admettre que chacun de ces clous ou de ces fragments ne puisse être tenu en suspicion, nous nous bornons à douter que les quatre clous qui vinrent en possession de sainte Hélène furent employés comme on l’a dit. Cette princesse n’eût guère esquivé une réputation justifiée de sacrilège ; ce qu'elle a dû faire, ce fut d'introduire quelques pincées de limaille des saints clous dans les divers objets énumérés. On sait combien était ancien l'usage de limer les chaînes de saint Pierre afin de distribuer cette poussière métallique. Quoi qu'il en soit, nous trouvons sur quelques anneaux anciens la figuration des clous du crucifiement.
et s’orne de deux globules ou cabochons. Le chaton, ménagé à même le métal, est de forme ronde, il est décoré de deux cercles concentriques tracés au burin au centre desquels on voit une figure qui nous parait
IV. LE TITRE. — Nous avons déjà fait connaître l'usage antique d'attacher un écriteau au cou des condamnés, portant le motif de leur condamnation. Ceci eut lieu pour le Sauveur Jésus, et l'écriteau destiné à être porté par lui ou devant lui et à être attaché à l'instrument de son supplice aura été rédigé aussitôt après sa condamnation. On ne manque pas de textes concernant cette pratique. Iron Cassius : åt TE The &yopäg uécng ETÈ YPAMLATOV THY œiTio TÅG Oavatosswg ÜTOÙ NAOUVTOY ÔLEYLYOVTOS Hal petà TUTA ÉVVAGTAUEHOXVTOS ; Suétone : præcedente tilulo qui causam pænæ indicarel et, à propos d’un homme exposé aux bêtes : cum hoc titulo : impie locutus parmularius 19,
Les synoptiques ont donné le sens de l'inscription, ils ne l'ont pas transcrite mot à mot comme a fait saint Jean, qui a eu, lui, tout le temps de la lire. S. Matthieu dit (xxvi, 37) qu’on y avait écrit : otóg éoriv ’Inooûc ó Buotaebc rüv Iovaiwov : saint Marc se borne à dire que l'inscription portait le motif de la condamnation : ó BœatAebc tõv TIouëaiov (xv, 26) : saint Luc se borne à dire (xxn, 38) : « Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : ó fxathebs tõv »’Tousaiov obTroc. C'est saint Jean qui, ayant lu tous ces récits, les complète et nous dit qu'on y lisait en trois langues : araméen, grec et latin ces mots : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs. » Pilate prenait sa revanche des Juifs ; ceux-ci lui avaient arraché la condamnation de Jésus sous prétexte qu'il se disait « roi des Juifs », il avait aspiré à la royauté, il sera exécuté comme tel. A ce peuple il infligera la honte d'avoir un roi mourant crucifié.
Le titre original est conservé à Rome, dans l’église Sainte-Croix-en-Jérusalem 4, C'est une planchette, toute piquée de trous de vers, d’un bois dont la nature ne peut être exactement déterminée : chêne ou peuplier ou sycomore. Elle mesure 0 m. 235 de largeur sur 0 m. 130 de hauteur. On y voit distinctement des vestiges d'inscriptions, une en grec, l’autre en latin et, au-dessus, quelques traits sans suite, courbes qui paraissaient avoir appartenu à l'inscription araméenne. Les caractères sont peints en rouge et légèrement creusés sur le fond blanc (en Extrème-Orient l'usage de peindre en blanc la tablette des condamnés se pratique encore de nos jours). La hauteur des caractères est de 0 m. 028 à 0 m. 030, ils devaient être facilement lisibles à la hauteur où ils étaient placés, Les deux inscriptions, grecque et latine, sont tracées de droite à gauche suivant la méthode orientale, il est clair que le scribe qui a écrit ce titre n'était pas grec de nation, car, au lieu de Nalogwtos, il a calqué le latin et écrit :
Voici ce qui subsiste du titre de la croix : NoËaæpevouc.
V. LA COURONNE D'ÉPINES. — « Et ils le revêtirent de pourpre, et ceignirent sa tête d'une couronne d'épines. » La locution otépavov meptÜeiver est classique ; &xävlrvoc a été trouvé sur un texte papyrologique dans le sens spécial de branche d'acantha, acacia d'Égypte qui fournit la gomme arabe, mais ici c'est synonyme de é &xævÜ@v « d'épines ». On a souvent désigné le Zizyphus spina Christi qui prospère admirablement dans la vallée du Jourdain, mais qui gèle à Jérusalem presque chaque année quand on essaie de l’y acclimater. D’autres ont pensé au Calycotome villosa. Les épines ne manquent pas dans les champs aux environs de Jérusalem ! Les soldats pouvaient en avoir quelques fagots pour se chauffer, ils en tirèrent quelques tiges pour tresser une sorte de bonnet.
Si on se reporte à la fresque de la catacombe de Prétextat (moitié du n° siècle), on voit une scène du couronnement d'épines, deux hommes avec des roseaux frappent sur le crâne de Jésus qui est comme enveloppé d'épines plutôt que ceint d'une couronne (voir Dictionn., t. v, fig. 4141), Aucun autre monument chrétien primitif ne nous offre la représentation de la couronne d'épines sauf toutefois un sarcophage du Vatican du 1v siècle sur lequel un soldat est représenté plaçant avec respect une couronne ronde sur la tête de Jésus (fig. 5898). L'allusion à la couronne d'épines est évidente, mais ce n'est qu'une allusion, car il semble bien que ce diadème fait plutôt l'effet d'une couronne de fleurs. Ce qui ne laisse pas d'être intéressant c'est que, sur ce sarcophage, la couronne fait songer de suite au cercle de joncs conservé à Notre-Dame de Paris et venant du trésor de la Sainte-Chapelle. On sait que la Chronique de saint Jérôme (en 380) mentionne la découverte par sainte Hélène de la croix, du titre et des clous, elle ne dit rien de la lance et de la couronne ; ce n’est qu'en 409, que saint Paulin, de Nole ? en fait mention, puis vers 565, un pee saint Germain, sur lequel planent des doutes À, et, chose singulière, André de Crète (voir ce nom) n’en fait pas mention au vint siècle dans son Histoire de la découverte des reliques de la Passion, La forme primitive de la Couronne reste donc inconnue : diadème ou« bonnet ? On peut en dire autant des épines ; celles qui sont conservées dans les reliquaires les plus vénérables sont de plusieurs espèces et la couronne des Paris, de simple jonc, ne fut jamais garnie d'aucune épine. « Aussi quelques historiens qui, dans la suite des âges, se sont trouvés en présence de reliques si diverses, ont-ils cru pouvoir avancer, mais sans aucune preuve du reste, que le Sauveur avait été successivement couronné de quatre couronnes différentes : d’une d'aubépine, au jardin des Oliviers, d'une d'épines blanches, appelées berberis, par les Maîtres de la loi, d'une d'églantier, au jardin de Caïphe, enfin, devant Pilate, d'une de joncs marins. Mais cette légende, qui semble prendre naissance chez Jean de Mandeville, ne trouve guère d'écho que dans Guillaume Fillâästre, à propos de la branche d'épines de Verdun. Et cependant c'est peut-être dans Mandeville que nous pourrions trouver l'explication la plus plausible de l'apparente contradiction du jonc de Paris non épineux et des épines disséminées dans tant de sanctuaires. - « Dans ses Voyages, que d'aucuns prétendent apocryphes mais que certains détails très particuliers permettent de regarder comme très authentiques, au moins pour Constantinople, il dit avoir vu et examiné les deux reliques de la Couronne, celle de Paris et celle de Constantinople : l'une, de joncs, l'autre, de branches épineuses, dont les épines brisées étaient dans un reliquaire pour les distribuer à grands seigneurs. » D'où il conclut que les branches épineuses de Constantinople, tressées dans le principe autour de la Couronne de joncs de Paris, en avaient été séparées et qu'elles demeurèrent à Constantinople quand la Couronne fut engagée à saint Louis. Tradition d'ailleurs de l’Inventaire arménien du xiii siècle acceptée par Jean d'Outremeuse, qui prétend que, dans des temps que nous ignorons, la Couronne fut séparée en deux parties : le jonc et les branches épineuses. Et la nature de la couronne de Paris, qui est incontestablement celle de Constantinople, est bien pour confirmer cette opinion (fig. 5899). Quant aux épines, la plupart appartiennent au Zizyphus spina' Christi des botanistes, petit arbrisseau qui croît précisément le long de la Voie douloureuse ; c'est donc lui qui, vraisemblablement, a fourni les branches épineuses de la Couronne. Est-il possible que tant d'épines aient vraiment appartenu à la sainte Couronne ? Signalons l'obit de Pierre d'Avoir, qui donna au xiv siècle, à la cathédrale d’Angers, unam de spinis quæ fuilt APPOSITA 4 coronæ spineæ nosiri Redémptoris. Nous apprendrons ainsi qu'une épine, qui avait simplement touché la Couronne d'épines fut plus tard regardée comme authentiquement détachée de la Couronne même : c'était donc, dans le principe, une simple relique extrinsèque qui, dans la suite, devint intrinsèque. La Couronne fut d’abord conservée à Jérusalem ; elle quitta la basilique du Mont-Sion, vers 1063 probablement, pour Byzance : en 1239, l'empereur de Constantinople, Baudouin, la céda à saint Louis, qui la déposa à la Sainte-Chapelle de Paris.
VI. LE ROSEAU. — « Ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs. » Et ils lui frappaient la tête avec un roseau » (Marc., xv, 19). D’après saint Matthieu, le roseau, dont les soldats frappaient Jésus, avait d'abord été placé dans sa main comme un sceptre. On lit dans l'Évangile apocryphe de Pierre, après le passage sur la couronne d'épines : « d'autres debout lui crachaient au visage, et d’autres lui souffletaient les joues, d'autres le piquaient avec un roseau, et quelques-uns le fouettaient en disant : « Voilà comment nous voulons honorer le Fils de Dieu. »
VII. LA FLAGELLATION. — Nous avons déjà parlé du supplice de la flagellation (voir ce mot). Le flagellum était composé de lanières garnies d'osselets à leur extrémité, ou de chaînettes de fer terminées par des boules de métal. La loi romaine ne soumettait les citoyens romains ni à la fustigation ni à la flagellation.
Les provinciaux condamnés à mort étaient ordinairement flagellés avant le dernier supplice. Tite-Live, XXXI, 36 : alios verberibus crucibus adfixit ; FL Jo- | | dvectabpooev, et plus bas : uuortyoowl Te rpo ToÙ OnuaToc xal otup reoonAüot ; enfin saint Jérôme, in Malih., xxvi, 26 : Sed sciendum est Romanis eum legibus ministrasse quibus sancitum est, ut qui crucifigi= lur, prius flagellis verberetur. En 333, le Pèlerin de Bordeaux a vu une colonne dite de la flagellation dans les ruines de la maison de Caïphe, sur la pente de la colline. Au siècle suivant, saint Jérôme signale sa présence à l'entrée du Cénacle, et au vi siècle, Théodosius, qui la mentionne aussi, dit qu'elle a été transportée F. lå de la maison de Caïphe. Après la destruction générale des sanctuaires et le massacre ou l'expulsion de tous les chrétiens de Jérusalem, au xi siècle, sous le règne du khalife Hakem, il y eut sans doute quelque confusion pour renouer les traditions et, la colonne de la maison de Caïphe étant là, on put croire qu'elle se trouvait sur son emplacement primitif, — On con » serve à Sainte-Praxède à Rome une colonne dite de la flagellation *,
VIII. L'ÉPONGE. — Sur la miniature de l’évangéliaire de Rabboula, daté de l’année 586, nous voyons un soldat présenter à Jésus l'éponge imbibée de vinaigre (voir Diclionn., t. m, fig. 3380). A Sainte-Marie-Antique, au Forum (voir ce dernier mot), nous retrouvons ce soldat et le seau posé à terre (voir fig. 3383). Un fragment épigraphique trouvé à Beyrouth sur l'emplacement d’une ancienne église byzantine nous montre la croix patriarcale à double traverse avec la lance et le roseau portant l'éponge * (fig. 4145).
IX. La LANCE. — Ni le Pèlerin de Bordeaux, en 335, ni la Chronique de saint Jérôme, en 380, ni l'Itinéraire d'Ethéria, dans les dernières années de Ce, ne font mention de la lance qui servit à percer le côté du Sauveur ; ce silence est d'autant plus notable que tous les trois ont séjourné à Jérusalem, que Jérôme parle de la découverte des reliques de la Passion et qu'Ethéria a vu et vénéré le bois de la croix et le titre. Au début du Ve, en 409, saint Paulin de Nole parle de l’étable, de la couronne, de la colonne, de la croix, de la pierre du tombeau, il ne fait aucune mention de la lance. Au début du xi siècle, le moine Épiphanios parle des instruments de la Passion : de la lance, de l'éponge, du roseau, de la couronne d’épines comme se trouvant encore à Jérusalem * ; or toutes ces reliques 1158 se trouvaient à Constantinople à la fin du xi siècle | Le Bréviaire de Jérusalem (écrit vers 530, certainement avant 614), le plus ancien document sur la lance, dit qu'elle se trouvait dans la basilique de Constantin, ce qui est confirmé par le Cod. Sangall. de Théodose (vers 811). Riant s’autorise du Bréviaire pour admettre qu'en 530 la lance était déjà partagée en deux morceaux, le manche et la pointe, conservés dans deux trésors, Pseudo-Antonin le martyr (vers 570) dit que la lance se trouvait dans la basilique de Sion avec la couronne d'épines, et il est bien possible qu'elle ait été transportée dans la basilique de Constantin à l'époque où fut rédigé le bréviaire. En 614, quand la lance, prise par les Perses, eut été rendue au patriarche Nicétas, on la transporta dans l'église de Sainte-Sophie à Constantinople. En 670, Arculfe la voit brisée dans la basilique constantinienne. C'est également _ dans la basilique constantinienne que l’auteur du Ere- | viarium a vu la lance brisée, et il dit à ce propos : ef de ipsa facta est crux, ét lu cet in nocte, sicut sol in virtute diei. Il y a dès lors deux reliques : la pointe et le corps de la lance ; après le retour des grandes reliques emportées par Chosroès, le corps de la lance fut placé dans la basilique constantinienne, la pointe fut emportée à - Constantinople, Dans ces conditions, le premier témoignage authentique recevable est celui du pseudo-Antonin qui, vers 570, voit, dans la basilique de Sion, le sainte lance. ;
Grégoire de Tours ne fait que signaler la lance à Jérusalem au vi siècle, mais son témoignage est utile à retenir. Lors de la prise de Jérusalem par l’armée de Chosroës, le général Romiuzan (= Sharbaraz) fit déterrer du jardin, où elle était enterrée sous un carré de choux, la caisse d'or des grandes reliques qu'il envoya à Chosroës dans l’état où Siræ la rendit, en 628, à Héraclius. On peut croire que le patriarche Zacharias avait enfermé dans cette caisse d'or les plus précieuses reliques de la basilique de Sion ; il est vraisemblable qu'avant d'être expédiée à Chosroës la caisse. fut
PRE CS
Ge mm a. pointe de la lance qui fut, le 28 octobre de la même
1459 INSTRUMENTS DE LA PASSION | 1160
ouverte, car la Chronique pascale nous dit, à la date de | 614, qu'aussitôt après la prise de la ville, un des subordonnés de Sharbaraz donna au patrice Nicétas la année, apportée à Constantinople où elle fut conduite processionnellement à Sainte-Sophie. Elle quitta Constantinople au xiii siècle, lors que l'empereur Baudouin en fit don à saint Louis ; elle a disparu de la Bibliothèque nationale dans les dernières années du xviii siècle, après avoir échappé aux destructions révolutionnaires.
Lors que, en 628, Héraclius rentra en possession des grandes reliques, la lance a dû réintégrer la basilique constantinienne de Jérusalem. En 720, Bède en fait mention sous le portique de cette basilique, mais c'est la dernière fois qu'elle apparaît dans les Pèlerinages à Jérusalem ; en 723, saint Willibald, dans une description des églises de Jérusalem, ne signale pas la lance ; mais les pèlerins se copient si fidèlement les uns les autres et le passage de Bède reproduit si exactement les termes employés par Arculphe, qu'on est en droit de se demander si réellement Bède a connu un pèlerin ayant vu la lance ; quoi qu'il en soit Willibald n'en fait plus mention. Nous restons donc avec deux dates extrêmes : 970 et 670, première constatation et dernière de la présence de la lance à Jérusalem. C'est entre 670 et 723 que la lance aurait quitté Jérusalem ; peu après, au vii siècle, André de Crète nous apprend que la lance fut découverte à Jérusalem en même temps que la croix 1, mais s'il ne dit pas où elle se trouve au moment où il écrit, du moins nous apprend-il qu'elle continuait à être comptée au nombre des grandes reliques. Le patriarche Sophronius (vers 630) monte dans la cellule de l’église de Jérusalem pour voir le roseau, l'éponge et la lance. Arculfe, Bède, saint Jean Damascène nous parlent de la lance comme se trouvant à Jérusalem. Nous ignorons quand elle fut transportée à Constantinople, mais nous l'y voyons sous le règne de Constantin le Porphyrogénète ?. Anne Comnène, en parlant des événements de la fin du xi et du début du xii siècle, mentionne plusieurs fois la sainte lance (ñ tiuta A6yx1) et le saint clou (pog). si on suppose, avec Riant, qu'il y a eu deux lances ou bien deux morceaux de la même lance, il faudra | admettre tout de même, avec cet auteur, que les deux lances se trouvaient à Constantinople à la fin du xi siècle. Il est vrai qu’il y a eu une autre lance munies
7 E
de quelques clous, ayant jadis appartenu à Constantin | le Grand ; mais à l'époque dont se rappelait Constantin. le {Porphyrogénète, cette lance appartenait au roi, Rodolphe de Bourgogne, et elle fut donnée par lui, en 922, au roi Henri Ier de Saxe, père de l'empereur. Otton, comme le prouve Liutprand*, tandis que la, première lance est toujours restée à Constantinople, « durant tout le xii siècle, ainsi qu'en témoignent les Pour une ampoule contenant de l'huile dont fut oint le corps de Jésus, voir Corp. inser. græc., t. IV, ~ col. 8695, 8809.
‘à H. LECLERCQ.
INSTRUMENTS DE MARTYRE. — T Nous traitons séparément les plus importants de ces “objets, il suffit de se reporter aux différents articles. 4 | H. LECLERCQ. = INSTRUMENTS DE MÉTIERS. — Les T principales professions sont étudiées sous les titres spéciaux auxquels on devra se reporter. f, H. LECLERCQ. = INSTRUMENTS DE MUSIQUE. — I. Instruments à cordes. a. La lyre. b. Le psalterion. . La naule. d. La cythare. e. Le choron. f. La harpe. g. Le monocorde. h. Le crout. i. Le violon. k. L'orga- -nistrum. — II. Instruments à vent. a. La trompette. » b. La saquebutte. c. La flûte. d. La syrinx. e. Le cho-
| rus. f. L'orgue : Textes ; Monuments ; Instrument, — | - III. Instruments à percussion. IV. Bibliographie. € « Il est peu de parties de l'histoire musicale qui F présentent autant d'obscurité que celle des instru… ments de musique, depuis l'établissement du christianisme jusqu au xii siècle. Les monuments figurés, qui sont toujours d'un si grand secours dans les étu des » historiques et qui suppléent même souvent aux docu- ~ ments écrits, sont en petit nombre à cette époque et l’incorrection qu'on remarque dans les dessins qui … les figurent offre rarement la garantie d’'exactitude nécessaire pour que lon puisse se former une opinion © à l'abri d'erreurs 1, » On rencontre chez les anciens l'indication de quelques instruments de musique. Ammien Marcellin parle d'une lyre : cum dulcibus lyræ modulis cantitarunt ; Diodore de Sicile fait mention d'instruments semblables à des lyres : instrumenta quædam lyris similia ; on peut leur donner le nom et la forme qu'on voudra imaginer : harpe, cithare ou psalterion. Ce qui est plus certain c'est l'existence de deux catégories d'instruments, les uns à cordes, les autres à vent : ceux-ci très € bruyants ; il devait exister aussi généralement des instruments à percussion. Les chrétiens ont-ils fait usage des uns et des autres pour rehausser la pompe du culte liturgique ? Comme on peut le nier ou l'affirmer, autant dire que les textes qu’on invoque ou qu’on récuse ne signifient à peu près rien de ce qu'on voudrait leur dire avec certitude. Fortement imprégnée d'éléments orientaux, la musique romaine, par son caractère sensuel et bruyant, devait éveiller les scrupules de l'Église naissante. Dans leurs craintes, plusieurs Pères, au iv et au v siècles, vont jusqu'à condamner l'usage des chants et des instruments dans le culte, mais cette proscription trop sévère ne réussit pas à s'imposer et, grâce à saint Ambroise, l'Église latine posséda un répertoire musical (voir AMBROSIEN, ANTIPHONIE) qui favorisa, au moins à titre de tolérance, l'introduction des instruments. Toutefois ce répertoire ne fut ni général ni continu ; on le prohiba, ou on le maintint suivant les lieux. Il n’y eut rien de réglé jusqu'à mory VE mener 48 14 SE PE aE a E i -iai D TEA g AT LS a ae Le) rx A PES a PE TS eaa et es PAC D ar D Eiaa aa a pia GE =
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TALEN ED LR PE PL D UM i aonn e : á r F er E 2 > - iatS l'apparition de l'orgue, dont les sons graves et puissants soutenaient le chant des fidèles.
I. INSTRUMENTS A CORDES, — A. LA LYRE.— D'un usage très répandu chez les Grecs et chez les Romains, sa forme variait beaucoup ainsi que le nombre des cordes, La lyre à sept cordes passait pour la plus excellente, elle était aussi la plus répandue. On la touchait avec les doigts ou avec un plectre, quelquefois avec les deux mains, ce qui s'appelait jouer -en est remarquable en ce qu'il a un cordier fixé à l’extré- | mité et en dehors du corps sonore, et en ce qu'il y a un chevalet posé au milieu de la table ; deux choses qui n'existaient pas dans la lyre antique, et qui appartiennent à la forme caractéristique des instruments à archet d’origine occidentale.
jouant du psalterion carré in modum clypei, tandis qu'à partir du xii* siècle il tient la harpe entre les doigts. M On voit sur les manuscrits déjà mentionnés un instrument désigné ainsi : Nabulum filii Jesse apud Hebræos (ms. de Boulogne) et Psalterium in modum clypei (ms. d'Angers). Le nombre des cordes est différent dans les deux manuscrits. Voici le dessin de celui du manuscrit de Boulogne (fig. 5904). « 4 Le psalterion triangulaire ressemblait à la cythare barbare ; saint Isidore dit qu'on l'appelait canticum. Les cordes étaient posées perpendiculairement au côté du triangle qui formait le corps sonore, leur nombre paraît avoir été variable. L'exécutant touchait l'instrument avec les doigts et le tenait par l'angle opposé au corps sonore. Voici comment il est figuré sur le ms. Paris lat. 1118 (fig. 5905).
C. LA NAULE. — C'était un instrument à cordes composé d'une boîte sonore triangulaire, dont l'un des angles était souvent aplati ou arrondi. Les cordes étaient placées sur la face supérieure et perpendiculairement au côté opposé de l'angle aplati. Voici la figure qu’il a dans le psautier d'Angers (fig. 5906).
D, LA CITHARE,-—(Ce terme, au commencement de l'ère chrétienne, servait à désigner tous les instruments à corde ; on l'appelait encore ainsi beaucoup plus tard en y ajoutant les noms barbara, teutonica, anglica pour désigner des instruments dont le nom germanique latinisait sans doute difficilement. Le ms. 20 de Boulogne nous montre une cythare typique : hec forma cythare (fig. 5907) ; quant à la cythare barbare (fig. 5908), en forme de delta, elle offrait une grande ressemblance avec le psalterion triangulaire ; mais ici le corps sonore de la cythare se plaçait en bas, ainsi qu'on le voit sur ce dessin tiré par Gerbert d’un ms. de Saint-Blaise du xi* siècle. Le nombre des cordes variait, entre six et vingt-quatre.
E, LE CHORON. — C'est un instrument à cordes qui rappelle la cythare, mais il n'a que quatre grosses cordes. La forme n'a guère changé entre le xii et le xiii siècle, la disposition des cordes a été moins constante. La fig. 5909 est extraite du ms. 20 de Boulogne ; on ne voit pas comment l’exécutant tenait la cythare et le choron.
F. LA HARPE, — Nous avons déjà signalé la harpe sur une lampe chrétienne (voir Dictionn., t. VII, col. 2057, fig. 5581) ; cet instrument a été connu des Égyptiens, mais s'ils en firent usage les Grecs en firent peu de cas. Au Moyen Age on voit la harpe en Occident. Fortunat en parle à deux reprises :
Romanus que lyra, plaudat tibi Barbarus harpa et Sola sæpe bombicans barbaros leudos harpa relidebat.
G. LE MONOCORDE.— C'était une petite boîte carrée, oblongue, sur la table de laquelle étaient fixées, à chaque extrémité, deux espèces de chevalets immobiles, de forme ronde ou carrée. Sur ces chevalets était tendue une corde dont l’un des bouts était attaché d'une manière fixe et dont l'autre tenait à une petite cheville qui permettait de la tendre à volonté. L'échelle des tons était divisée sur une ligne parallèle à la corde et tracée sur la table de l'instrument. Un chevalet mobile, qu'on promenait entre cette ligne et la corde et qu'on fixait à volonté sur l’une des divisions tonales, faisait rendre par cet instrument le son qu'on voulait obtenir. Le monocorde figuré ici (fig. 5911) Trop simple, dit E. de Coussemaker, pour offrir des ressources au musicien pratique, le monocorde était employé principalement par les théoriciens dans leurs recherches spéculatives sur l’art. Il servait aussi, cependant, dans l'enseignement pour inculquer aux enfants les intonations du chant ; il servait pour apprendre et composer la musique plutôt que pour l’exécuter, C'était un instrument dans toute la force de l'expression.
H. LE CROUT. — Le monument le plus ancien qui représente un instrument à archet est figuré par Gerbert mais à cette date (fin du ix ou début du x siècle) le crout est depuis longtemps connu, car Fortunat a écrit :
Græcus achilliaca chrotta Brilanna canat Le crout est un instrument à archet composé d'une boîte sonore, en carré long, évidée de deux côtés avec un manche au milieu. Il est monté de dix cordes, et peut être plus anciennement vers le x* siècle, de trois cordes seulement. Une miniature du ms. Paris lat. 1118 nous montre qu'il est appuyé sur la cuisse de l'exécutant.
TERRA NE PE ED EP ES
1167 doline, sans échancrures sur les côtés pour laisser passage à l'archet, n’est monté que d’une seule corde. Attachée d’un côté à un cordier semblable à celui de nos anciennes violes, cette corde est tenue, de l'autre côté, en dessous du manche, après avoir passé par un trou percé au bout de celui-ci. Deux ouïes, en forme de demi-cercles, sont pratiquées dans le milieu de la table. Entre ces deux ouïes est placé un chevalet sur lequel pose la corde. C'est l’origine grossière mais déjà reconnaissable du violon.
K. L'ORGANISTRUM.— Le monument le plus ancien connu d'un instrument dont les cordes étaient mises en mouvement par une roue qui est gouvernée par une manivelle attachée au corps de l'instrument, du côté opposé au manche. L'organistrum est monté à trois cordes, tenues d'un côté à un cordier et de l’autre à un cheviller. Le long du manche sont appliqués huit sillets mobiles qui se relevaient ou s’abaissaient au gré de l’instrumentiste, et formaient comme autant de touches destinées à varier les sons, Une lettre alphabétique, placée à côté de chaque touche ou silet mobile, marque la distinction des sons. Cette indication de lettre correspond avec l’explication relative à cet instrument donnée par Odon, écrivain du xi* siècle, et avec une autre d'un auteur anonyme d'une époque un peu postérieure.
Il en est de même du psalterion qui, soumis à la même évolution, est mis en parallèle avec la cithare. Au xii* siècle, on appelle liru et rotu, une étendue normale de septième.
Il parle d'une harpe à cordes métalliques, ærea tela, tendus sur le métier du tisserand, il fallait qu'elles fussent nombreuses et assez rapprochées les unes des autres. On se figurerait difficilement de quelle manière on jouait de l’organistrum sans un chapiteau de Bocherville du xii* siècle, où l’on voit cet instrument placé en travers sur les genoux de deux musiciens dont l'un fait mouvoir les touches ou sillets et l’autre la manivelle. Une seule main du personnage, qui tourne la manivelle, étant employée à ce travail, l’autre maintient l'instrument.
Dans les pays qui ont subi une forte empreinte de la civilisation romaine, les seuls noms connus d'instruments de musique sont les noms usités par les Anciens. En Italie, en Gaule, en Espagne, le principal sinon le seul instrument à cordes est la cithare, graduellement appauvrie dans ses ressources musicales et devenue très grossière dans sa construction matérielle. Vers 910, Hucbald constate l'existence de cithares montées de six cordes. La lyre est citée à chaque moment, mais avec une acception purement vent, dans les explications allégoriques du psautier, Notker de Saint-Gall donne à l'instrument, qu'il
Chez les peuples germaniques on voit se produire dès le vi* siècle un instrument à cordes inégales en longueur et nombreuses : la harpe. Venance Fortunat le récit de son voyage sur la Moselle :
Vocibus excussis pulsabant organa montes,
E Keddebant que suos pendula saxa tropos,
Laxabal placidos mox ærea tela susurros,
4 Respondit cannis rursus ab alpe frulex.
Nune tremulo fremitu, mode plano musica cantu.
« Talis rupe sonal qualis ab ære meat.
AUCH, Église de Saint-Orens. Oliphant (xii° siècle), Du Mège, Mémoire sur quelques châsses ou reliquaires, oliphants et autres objets consacrés dans les églises du
BERLIN, Musée. Corne d'ivoire (xii° siècle), Bode et von Tschudi, Beschreibung der Bildwerke der christl. Epoche, n. 452.
BRAUNSCHWEIG, Musée, n. 107-109. Corne d'ivoire (xii° siècle). Trésor du dôme. Corne de saint Blaise (xii° siècle).
JASBÉNY (Hongrie). Corne (x° siècle), Molnar, Noticia cornu Leelis Jasbekény asservalis in-8°, Vindobonæ, 1789,
MONTMORENCY, Collection du duc de Dino. Corne d'ivoire (xiii° siècle), Catalogue de la collection Baudot, 1894 : G. Schlumberger, L'épopée byzantine, in-8°, Paris, 1896, t. 1, p. 205.
PETERSBOURG, Ermitage, collect. Basilewsky (x° siècle) ; A. Darcel, La collection Basilewsky. Essai de catalogue, p. 16, pl. xi.
PRAGUE, Trésor du dôme. Corne d'ivoire (xii° siècle), Mittelalterl. Denkm. Österr., t. ii, p. 135, pl. xxv, n. 1 ;
SARAGOSSE, N.-D. del Pilar. Corne d'ivoire (xii° siècle), La joyas de la exposicion historico-europea de 1892, pl. lxviii.
FORK. Corne d'Ulphus (xii° siècle), The Archæologia, t. xxix, p. 370.
B. LA SAQUEBUTTE, — La sambuca ou saquebutte était une sorte de trompette dont la tige se repliait sur elle-même, de façon que le tuyau du pavillon était parallèle au tuyau de l'embouchure et de la même longueur que ce dernier,
On trouve des figurations de la sambuca dans des manuscrits du ix°, du x° et du xi° siècle (fig. 5916).
D'après E. de Coussemaker, cet instrument semble avoir beaucoup de rapport avec le trombone et en avoir été l'origine.
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C. LA FLUTE. — La flûte droite était simple ou double.
La flûte simple était composée d'un tuyau en bois, d'une seule pièce, avec un certain nombre de trous ; ce nombre, restreint d'abord, fut augmenté dans la suite.
La flûte double avait deux tiges : l’une, appelée sinistra, gauche, parce qu'on la tenait de la main gauche, faisait entendre des sons aigus, ce qui lui fit donner le nom de flûte féminine ; l'autre, appelée dextra, droite, parce qu'on la tenait de la main droite, rendait des sons graves et était plus longue que la première ; on l'appelait flûte masculine.
La flûte oblique ou traversière était peu usitée.
Il y avait deux espèces de flûtes doubles : l’une était composée de deux tuyaux, tantôt liés ensemble, tantôt isolés ; l'autre se composait d'une tige unique dans laquelle étaient percées deux ouvertures comme sur cette miniature du ms. lat. 1118 de la Bibl. nat. qui représente un flûtiste et un jongleur lançant des balles et des couteaux (fig. 5917).
Cette flûte porte à l'extérieur des trous sur lesquels se promènent les doigts de l’exécutant, mais on ne voit nulle part comment cette flûte était accordée.
On y remarque une double embouchure, ce qui laisse supposer qu'on pouvait jouer à volonté sur l'une ou l'autre flûte séparément ou sur les deux à la fois.
Cette flûte, sous le nom de flûte d'accord, est restée en usage jusqu'au xv° siècle.
D, LA SYRINX.— La syrinx ou flûte de Pan est trop connue pour qu'il semble nécessaire de la décrire ; nous la trouvons figurée sur le Psautier d'Angers telle qu'on la voit sur les monuments classiques, et d’un modèle différent sur le ms. lat. 1118 de la Bibliothèque nationale (fig. 5918).
E.LE CHORUS.— Cet instrument se composait d’une peau et de deux tuyaux d'airain dont l’un était l'embouchure.
L'ORGUE. — De tous les instruments de musique, l'orgue est le plus considérable et le plus beau par la sonorité, la variété et l'étendue.
L'éclat et la majesté de ses sons en ont fait l'instrument d'église par excellence et, l'habitude aidant, on a dit que l'orgue était le seul instrument qui eût le caractère de grandiose et de dignité convenable au service divin.
ASCENSUS JL
Tempore su Dimidium r | Hæcerit in Per que mod ‘re cavo el Quis bene & Sub quibus Bien qu'imprimée en 1590 par Pithou dans ses Poemata vetera, signalée en 1808 par Peignot dans ses Amusements philologiques, cette pièce resta ignorée des musicologues. Ce fut en 1838 seulement que Danjou dansle Gazette musicale signala l'importance de cemor- | ceau. « L'auteur, selon lui, a voulu représenter, par la forme de cette pièce, l'instrument qu'il décrit. Vingt-six O si diviso meliri limite Clio Una lege sui, uno manantia fonte Aonto, versus heroi jure manante Ausuro donet metri felicia texia, Exiguo cursu, parvo crescentia motu, Ultima posiremo donec fastigia tota Uno bis spalio versus elementa prioris Dinumerans, cogens æquari lege retenta Parva nimis longis, et visu dissona mullum Artificis manus in numeros claudit aperit que Spiramenta, Quos vicibus crebris juvenum labor haud sibi discors Hinc at que hinc animæ que agitant, auget que reluctans Composilum ad numeros proprium que ad carmina præslal, Quod que queat minimum ad motum intremefacta frequenter Plectra adaperla segui, aul placidos bene claudere cantus, Jam que metro et rythmis præstringere quidquid ubi que est Son originalité, son aspect plus ou moins singulier, lui ont valu la place d'honneur entre tous les instruments, de musi que ; il sera désor mais l'instrument par excel ‘lence, zò öpyxvov. Toutefois cette expression Spyavoy. ne dut être employée chez les Byzantins qu'à une époque assez tardive, alors qu’elle était depuis longtemps en usage chez les Latins. Saint Augustin, Lampride, 3 Cassiodore et Boèce sont les plus anciens auteurs qui emploient le mot organum dans le sens absolu d'orgue. Un texte de saint Augustin confirme pleinement lorigine toute romaine de cette dénomination : Organum, dit ce Père 4, est le nom généri que de tous les instruments de musi que, bien qu’on ait coutume, aujourd'hui, d'appeler spécialement orgues les instruments où l'air est introduit au moyen d'un soufflet, ce que le. prophète n’a pas voulu entendre ici. En effet, tandis que le terme commun organum vient du grec et désigne e d’une façon spéciale l'instrument à soufflets, ce dernier néanmoins est appelé d’un tout autre nom par les - Grecs, de telle sorte que l'expression organum est. bientôt latine et vulgaire d'origine. r En ce qui concerne la forme, l'étendue du clavier, le nombre des tuy aux, tous sujets sur lesquels on croyait n'avoir auc une indication, cette lac une a été comblée en grande partie par la description figurative | d'un orgue qui se lit dans une pièce de vers de Porphyre Optatien, qui vécut au commencement du IVe. Disgracié et exilé, ce poète adressa à Gonstantin, sous le titre de Panégyri que, un certain nombre. de poèmes parmi lesquels on remar que un autel, une syrinx, un orgue : les vers y sont disposés de manière A w figurer les objets décrits. Voici la pièce qui porte le 3 titre : go patiens exordia fine igi cumulato limite eludat, bparili metri ralionibus isdem umero Musis lamen æquiparantem varios species aplissima cantus, os gradibus surget fecunda sonoris leretri, calamis crescentibus aucta. upposilis guadralis ordine plectris probans placitis bene consona rythmis, unda latens properantibus incita ventis vers iambiques tiennent lieu de touches. Le vers Augustio victore juvat rata reddere vota. : placé horizontalement, désigne le sommier sur lequel sont posés les tuy aux, figurés par vingt-six vers hexaM mètres dont le premier a vingt-cinq et le dernier | cinquante lettres.
E 1
1177 t x La description de l'orgue ne commence qu'au qua-
NI
T torzième vers hexamètre : hæc erit in varios. Ce qui précède ne contient rien d'important pour l'objet qui | “nous occupe. On y apprend que Porphyre Optatien, à l'occasion des fêtes qui avaient eu lieu pour célébrer “les victoires de l’empereur, imagine aussi, dans l'exil, de figurer par ses vers l'instrument qui devait con- | courir à la pompe de ces réjouissan ces publiques. Il “veut imiter les accents de l'orgue, hæc vola sonare persu. Invoquant ensuite la muse Clio, il demande le | T don de terminer l’œuvre difficile qu'il entreprend ; puis | il commence ainsi la description de l'orgue : « Ces vers - sont la figure de l'instrument sur lequel on peut faire entendre des chants variés, et dont les sons puissants s'échappent de tuy aux d'airain, creux, arrondis, et T dont la longueur s'accroît régulièrement, calamis cres- » centibus. Au-dessous des tuy aux sont placées les tou- - ches au moyen desquel les la main de l'artiste, ouvrant » ou fermant à son gré les conduits du vent, enfante une » mélodie agréable et bien rythmée. L'eau, placée au- … dessous de ces tuy aux, et agitée par la pression de l'air m que produisent le travail et les efforts de plusieurs jeunes gens, donne les sons nécessaires et assortis à la musi que. Au moindre mouvement, les touches | crevant les soupapes, peuvent exprimer aussitôt les Mn chants rapi des et animés, ou une mélodie calme et. simple, ou bien encore, par la puissance du rythme et de la mélodie, répandre au loin la terreur, » Danjou. fait ensuite remarquer la position des tuy aux qui vont de l'aigu au grave, au lieu d'aller du grave à l'aigu, comme dans nos orgues. Cette particularité, qui existe le piédestal de l’obélis que de Théodose, peut s’expliquer, d'après E. de Coussemaker, par la disposition de la notation grec que, dont les sons se trouvent rangés de la même manière que les vers ou les tuy aux de l'orgue d'Optatien.
Ce qui ne laisse pas d'être instructif c'est le spectacle de l'hostilité de certains contre l'orgue, En 454, Sidoine Apollinaire, qui deviendra évê que de Clermont, loue Théodoric, roi wisigoth de Toulouse, de ne tolérer dans son palais « ni des orgues hydrauliques, ni des compositions chora les étudiées sous la direction d'un musicien de profession, ni des exhibitions de virtuoses instrumentistes ou de chanteuses exotiques, mais de se complaire uniquement à cette simple musi que de chant et d'instruments à cor des qui élève l'esprit en même temps qu'elle charme l'oreille : Sic tamen quod illic nec organa hydraulica sonant, nec sub phonasco vocalium (artificum) concentus meditatum acroama simul intonat. Nullus ibi lyristes, chorau les, mesochorus, tympanistria, psaltria canil : rege solum illis fidibus delinito, quibus non minus mul cet virlus animum, quam cantus auditum' !, Puis que Sidoine, au v* siècle, trouve une occasion de louanges à l'égard d'un prince régnant à Toulouse parce qu'il DE MUSIQUE 1178 communément sous le nom d'orgue furent appelés par les anciens plinfhion sans corde et à vent ?. » Le mot ot &oyæior doit exclusivement s'entendre ici de l'épo que romano-byzantine. L'expression màtvôlov &yopôov semble indiquer que le mot rAvdioy devait s'appliquer de même au psalterion à caisse de résonance, tel qu'on le voit représenté dans les miniatures de plusieurs manuscrits byzantins et dans l'une des anciennes fresques de la cathédrale de Kief.
Les alchimistes grecs nous fournissent encore trois dénominations spécia les de l’orgue pneumati que : bpyavoy ABANTLXÔV, orgue auléti que ou à tuy aux : uéyioTov Üpyævov, grand orgue, c'est-à-dire grand instrument de musi que, et yetpooyævov, orgue à doigté. Cette dernière qualification ne doit point donner à entendre, comme on l’a auguré à tort des contor-' niates de Néron, qu'il n’y eut ja mais chez les Romains et les Byzantins des orgues automatiques, Pour terminer, relevons une dernière appellation de l'orgue dans Nicétas Choniate : xoAbdauioy, orgue à multip les tuy aux ou flûtes , « Si l'on observe maintenant que ces diverses dénominations se rapportent d'une manière exclusive à l'orgue pneumati que, comment soutenir, avec Gevaert, que le nom d'hydraule continua d'être conservé même après que l'emploi de l’eau eut été abandonné comme trop compliqué ? Une telle conclusion pourrait à la rigueur se déduire de certain texte du musicographe anonyme publié par Bellermann 5 ; mais elle se trouverait alors victorieusement combattue par l'Hagiopolite qui, à une épo que relativement récente, distinguait très bien encore deux classes d'orgues : l'hydraule et le rzAuvliov.
« D'ailleurs, sait-on au juste à quelle épo que tombèrent les hydrau les ? Si l’on balance, d'une part,. les témoignages de Publius Optatien et de Marcius Cappella ; de l’autre, ceux de Julien l'Apostat et de saint Augustin, l'orgue pneumati que aurait supplanté l'hydraule bien avant la fin du rve siècle. De fait, les orgues du cir que représentées sur l’un des bas-reliefs dè l’obélis que de Théodose à Constantinople sont des orgues pneumatiques. Est-ce à dire pourtant que l’hydraule disparut complètement de la scène ? Point. Il est même assez curieux de constater au contraire sa persistance dans l'espace de plusieurs sièc les encore.
& L'empereur Michel Rhangabé offrit en présent à Charlemagne un orgue pneumati que dont le mécanisme ingénieux étonna singulièrement les Germains incultes dé la cour fran que. À quel que temps de lå, en 826, rapporte Eginhard, un prêtre de Venise, appelé Georges, se fit fort de construire lui-même des orgues analogues à cel les des Grecs et pour le moins aussi remarquab les. Pris au mot, il se vit incontinent mandé à Aix-la-Chapelle et mis en demeure de faire ses preuves.
| Fort heureusement, lattente de l'empereur ne fut pas bannit de son palais les orgues hydrauliques, on voit | qu'Em. de Coussemaker a eu tort d'écrire qu’ « à la fin du x° siècle, après que l'orgue pneumati que était connu en Occident, l'orgue hydrauli que y fut introduit et regardé pres que comme une nouveauté. » Le mot en usage chez les Byzantins pour désigner l'orgue hydrauli que a été longtemps ignoré. Ni Robert Estienne, ni Du Cange, et plus près de nous, ni Vincent, ni Tzetzès n'avaient pu éclaircir ce mystère lorsqu'on trouva le passage suivant chez les alchimistes | grecs : TÈ dE Aeyóuevx doyava xar ÉÉoynv nap Lo | vüv ol Gpyxiot éxdhouy Taütx &yopôov xal | « Les instruments que nous désignons trompée, le prêtre Georges construisit une hydraule du plus bel art : Hie est Georgius Veneticus, qui de patria ad imperatorem venit, el in Aquensi Palatio organum, quod Græce hydraulica vocalur, mirifica arte composuit *. Quant à l'authenticité de cette hydraule, elle se trouve on ne peut mieux attestée par l'adjonction suivante : sub quibus unda lafens properantibus incita ventis.
“ Léon Magister mentionne encore l'orgue hydrauli que dans son poème sur les bains de la cour byzantine *.
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« En dehors de ces témoignages, il n'est pas sans intérêt d'attirer l'attention sur le grand bronze d'Alexis l'Ange conservé au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. Les orgues qu'il représente sont visiblement hydrauliques. Cette conclusion ressort : 1° de la présence, quel que peu dissimulée, il est vrai, des deux barillets formant le corps de pompes ; 2° de la posture particulière des deux souffleurs, qui est analogue à celle des organarii activant une hydraule sur une pierre gravée que nous donnerons plus loin ».
Nous ne dirons rien du témoignage d'Aurélien de Réomé, musicographe du xvi° siècle, qui fait figurer l'orgue hydraulique parmi les instruments dont il donne la nomenclature *.
Bien plus tard, au milieu du xii° siècle, Guillaume de Malmesbury dit qu'il existait de son temps, dans un monastère, un orgue hydraulique dans lequel l'air était poussé par la violence de l'eau bouillante dans les tuyaux, de sorte que ceux-ci rendaient des sons puissants : Extant etiam apud illam ecclesiam organa hydraulica, ubi mirum in modum aquæ caléfactæ violentia, ventus emergens implet concavitatem tubuli, et per multos forati les æneæ fistulæ modulatos clamores emittunt*.
Cet orgue hydraulique est le dernier dont il soit fait mention. L'usage en avait disparu entièrement au xiii° siècle.
E. de Coussemaker voit dans le texte de Guillaume de Malmesbury une indication de l'emploi de la vapeur comme force motrice et son application à l'orgue. C'est aller un peu vite et un peu loin, semble-t-il.
Probablement Guillaume de Malmesbury est tombé dans la même erreur qui voyait l'emploi de l'eau bouillante dans le texte de Pollux sur l'hydraule dont les mots mal interprétés avaient fait croire que « c'était l'eau réduite en vapeur par le feu qui faisait vibrer les tuyaux ».
… 5° Nennig, près Trèves. Mosaïque trouvée en 1852 sous le règne d'Hadrien sur les bords de la Moselle.
Un médaillon représente un orgue hydraulique d'une forme très gracieuse. Il est vu de derrière et le buste de l'organiste dépasse la hauteur des tuyaux. À côté de l'organiste, un musicien tient un instrument de cuivre dont il rapproche l'embouchure de ses lèvres. Le coffre ou buffet auquel on a donné la forme d'un petit autel et, de chaque côté, les corps de pompe. Les souffleurs ne sont pas représentés (fig. 5923). Cf. Wilhelmi dans les ruines d'une villa romaine construite, dit-on, conformément à la description de Vitruve, on voit le : mowski, Die römische villa zu Nennig und ihr Mosaik, Trier, 1868 ; Loret, dans Revue archéologique, 1890, p. 98, fig. 10.
6° Rome, villa Albani. Bas-relief représentant un orgue pneumathique dont joue une femme, tandis qu'un homme actionne le soufflet (fig. 5924). Un dessin de ce monument fut communiqué par Gabriel Naudé au P. Mersenne qui le présente (Harmonie universelle, l. VI, p. 387) comme trouvé dans les jardins de la villa Mattei. Forkel, dans son Allgem. Geschichte der Musik, t. I, p. 364, rapporte le passage de Mersenne et donne une gravure du monument qui sert de frontispice au volume. Hawkins, History of music, p. 403, le mentionne aussi. A. Geoffroy l'a encore vu de nos jours à la villa Albani. Cette sculpture est accompagnée d'une inscription (fig. 5924).
7° Orange. Médaillon en terre cuite, entré dans le cabinet de M. Émilien Dumas, de Sommières. On y reconnaît un orgue hydraulique à sept tuyaux avec son coffre à air et à eau, son buffet et ses évents.
Cette légende a suggéré à M. J. Roulez l'idée très vraisemblable que ce médaillon a été frappé en l'honneur d'une pantomime dont le jeu était accompagné des sons de l'orgue. Cf. J. Roulez, Trois médaillons Corp. inscr. lat., t. XII, n. 832. Nonobstant l'opinion de O. Hirschfeld, E. Le Blant n'a pas introduit ce
DE MUSIQUE 1188.
12° Alexandrie. Terre cuite de provenance égyptienne. Nain jouant de la trompette à côté d'un orgue, derrière lequel émerge la tête de l'organiste.
CE F. Gréau, Catalogue des terres cuites grecques, vases peints et marbres antiques, 1891, n. 1214.
Attribution très contestable, postérieure à Caylus qui, dans cette gravure, ne voyait qu'un vase égyptien.
RVSTICVS SE BIBV FECI
1189 Rusticus a fait représenter un orgue, soit qu'il fût organiste, soit facteur d'orgues. L'instrument se compose d'une caisse à air richement décorée, d'un clavier à nombreuses touches, et de tuyaux (dix ou onze) logés dans un cadre. Les orifices pour l'échappement de l'air sont figurés sur chaque tuyau. Le piédestal est de même richement orné (fig. 5928). Cf. R. Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. VI, pl. 488 n. 24 ; E. Le Blant, Les sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 154, note ; G. Rohault de Fleury, La messe, t. VI, p. 165.
18° Rome. G. Rohault de Fleury dit avoir « retrouvé à Bruxelles, dans le cahier d'inscriptions recueillies par Philippe de Winghe, un marbre qui porte deux orgues, une colombe et une épigraphe grecque » ; celle-ci G. Rohault de Fleury, La messe, t. VI, p. 165, pl. n. r. 199 Rome. Bosio, Roma sotterranea, 1. III, ch. XX, mentionne une pierre trouvée dans les catacombes et sur laquelle était figuré un orgue.
209 Rome. Un fragment de plat en terre cuite qui fait partie de la collection du Campo Santo.
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DE MUSIQUE | 1190
P. Thibaut, dans Échos d'Orient, 1902-1903, t. V ; p. 348 :
the pedestal of the obelisk of Thothmes ( !) still standing at the Atmeidan or Hippodrome of Constantinople. »
229 Saint-Maximin. Sarcophage du IVe (voir Dictionn., t. V, col. 518, n. 288). Sur le petit côté de
Rome provient de travaux exécutés vers 1890 à la villa Ludovisi. Il représente un chanteur pourvu d'une abondante chevelure et seulement de quelques poils au menton. La main gauche est posée sur la poitrine, la droite probablement ouverte et le bras étendu. Derrière lui, une porte à deux battants. À droite un orgue avec l'organiste et probablement le souffleur. L'usage de l'accompagnement était très répandu à Rome. Lampride nous apprend qu'Alexandre-Sévère et Héliogabale se faisaient accompagner : Lyra, tibia, organo cecinil, tuba eliam ! et Tuba cecinil, panduriza- | vit, organo modulatus est ?,
Cette terre cuite est de la
DROME, fig. 5717). Ce bas-relief représente le sujet suivant : l'empereur Théodose entouré de sa cour et des gardes du corps s'apprête à couronner un vainqueur des jeux ; au-dessous du cathisma impérial, deux rangées de spectateurs assistent debout au spectacle ; puis une ligne de danseurs et de musiciens avec un orgue pneumathique à chaque extrémité. Ces deux orgues ont à peu de chose près la même forme. Chacun offre un ensemble de onze tuyaux montés sur un piédestal peu élevé. L'organiste, dérobé en partie par son instrument, apparaît sur l'un des côtés ; le jeu des mains est très visible chez l'artiste de gauche. Sur l'une des parties latérales de l'orgue une longue bande de pierre descend du buffet le long du piédestal et court à terre sur une bonne longueur, c'est le soufflet. Deux jeunes garçons montés dessus semblent l'actionner en pressant du pied.
Panvini, Bottée de Toulmon, Fauvel, E. de Coussemaker et Landron ont donné des croquis de ce bas-relief, mais Landron qui est le plus fidèle (nous le reproduisons ici, fig. 5931) ne laisse pas de commettre une grave inexactitude : l'organiste, placé sur un des côtés de l'orgue, passe le bras devant le corps de tuyaux pour frapper les touches d'un clavier dont on n'aperçoit aucune trace sur le monument.
forme carrée on a figuré la résurrection de Tabithe couchée sur son lit et à laquelle saint Pierre tend la main. Au fond, derrière des rideaux relevés, on voit deux femmes, et sur le devant trois petites figures agenouillées se tournant vers saint Pierre et dont la première est coiffée d'un capuchon.
Un trait singulier qui se remarque dans cette scène nous révèle une particularité des funérailles au IVe ou au Ve : nous savions déjà que l'on y chantait des hymnes et des psaumes dont plusieurs nous sont connus par les livres et par les inscriptions ; l'orgue placé derrière le pilastre qui marque l'entrée de la maison nous montre que cet instrument accompagnait les voix. C'est la première fois que l'orgue apparaît représenté dans de pareilles conditions (fig. 5932).
Cf. E. Le Blant, Les sarcophages chrétiens de la Gaule, 1886, p. 153, pl. LV, fig. 3.
23° Sarcophage, retiré des Aliscamps et conservé au musée d'Arles. Calcaire « coquillier », hauteur 0 m. 86, longueur 2 m. 22, largeur 0 m. 80, épaisseur de la cuve 0 m. 19.
À droite, orgue hydraulique manœuvré par deux hommes ; l'instrumentiste semble figuré au second plan derrière les tuyaux. Il ne serait guère utile de reproduire ici ce monument à peine visible.
pl. px ; Lunn, dans Smith and Cheetham, Dictionary
l'adorent. Les hommes prennent leur part à ce triomphe ; dans un paysage vallonné, quatre groupes qui s'équilibrent jouent de différents instruments : organistrum, psalterion, trompettes, et, au centre de la composition, un orgue semble dissimulé à l'abri d'un pli de terrain (vie ou XIe) (fig. 5933).
2 Le même orgue est reproduit de manière identique dans un manuscrit du XIe, le psautier d'Eadwige conservé à Cambridge.
Peut-être n'avait-on fait aucun
T 1195
INSTRUMENTS
E, LE TRIANGLE. — Cet instrument se compose de trois verges de fer attachées ensemble et qu'on tient à l’aide d'un anneau fixé à l'un des angles ; on battait les trois côtés avec une baguette de fer. Du côté opposé à l'angle par lequel était tenu l'instrument étaient souvent attachés des anneaux mobiles, qui donnaient un caractère aigu et perçant aux sons qu'il rendait. Gerbert en a donné un exemple d’après un ms. de Saint-Emmeran (fig. 5942).
F. LE BUMBULUM. — Appelé aussi Bunibulum, il paraît avoir consisté en un tuyau quadrangulaire d'un métal composé d'airain et de fer. À chaque face avait aussi, autrefois, à Cologne, une petite cloche. Le tuyau principal pendait par une chaîne à un manche de ce tuyau étaient fixés trois autres tuyaux de même composition, terminés par des espèces de clochettes. De’baïs recourbé en haut, de manière à isoler le corps de l'instrument. En agitant les tuyaux, l'instrument produisait, paraît-il, un bruit d’un éclat extraordinaire. On voit ici la figure du ms. de Saint-Emmeran qui présente trois tuyaux ; le ms. de Boulogne n. 20 en a cinq de chaque côté et le Psautier d'Angers en a six (fig. 5941).
G. LE TAMBOUR. — Au vieil élé, le tambour avait la forme que nous lui connaissons, excepté que le corps de l'instrument était en bois au lieu d'être en cuivre, comme dans nos tambours. Isidore de Séville, qui le décrit, l'appelle « Symphonia » ; il dit qu'on en jouait en frappant de chaque côté avec une baguette, à peu près sans doute comme on joue de la grosse caisse. Suivant le même auteur, le tympanum était un instrument de même genre, mais recouvert seulement d’un côté, d'une peau ou de cuir ; il avait la forme « d'un crible ». Le fympanum, qui n'avait que la moitié de la grandeur de la symphonie, ressemblait au tambourin moderne. Le fympaniolum, appelé margaretum par Isidore de Séville, était un tambourin qui n'avait en grandeur que la moitié du fympanum.
H, LE TYMpanIOLUM, — Le lieu, dit du Calvaire, à Vermand, a servi dès la fin du IVe et pendant tout le Ve de lieu d’inhumation ; il a fourni un objet composé d'un ensemble de disques de viroles et de chaînes rencontré dans une sépulture ; en voici le détail : Ce disque a 0 m. 055 de diamètre, 0 m. 005 d'épaisseur, avec des bords et concaves au centre ; cette concavité est de 0 m. 005. Ils étaient soudés deux à deux par l'oxyde et formaient ainsi une sorte de gros bouton doublement convexe et de chaque sommet saillissait une petite tige de fer à laquelle adhéraient encore des fragments ligneux, ce qui prouve qu'elle était encastrée de part et d'autre dans de petites planchettes (fig. 5943).
Il s'agit de trouver la forme de l'armature à laquelle les petites cymbales avaient été assujetties. J. Pilloy composa l'instrument figuré ci-dessus. Le lympanum des cérémonies antiques est souvent garni de petites cymbales exactement semblables à celles de Vermand. Séparons les cymbales du tympanum et nous avons l'instrument qui, au Ve, a dû servir à marquer la cadence soit dans un chœur, soit dans une danse ; peut-être le nom de tympaniolum peut-il lui être assez justement appliqué.
— ET —
INTAILLES ET CAMÉES DÉSAFFECTÉS. — L'usage des sceaux était général chez les anciens et chez les chrétiens (voir Sceaux). Lors que la gravure des pierres dures en camée et en intaille offrit des difficultés insurmontables à l’inexpérience des barbares, ils ne se résignèrent pas tout de suite à ce luxe de posséder un cachet à leur effigie ; nous voyons Childéric et quelques autres princes préférer une sorte de caricature hideuse à l'usage d'une intaille qui ne leur fût pas personnelle. Les carolingiens (voir GEMMES) préfèrent mettre à leur usage des pierres antiques, parmi lesquelles on rencontre, outre des figures d'empereurs romains, des personnages mythologiques, comme Jupiter-Serapis, Silène, etc. Mabillon cite un testament du comte Eccard qui fait différents legs de gemmes antiques, entre autres deux sceaux en améthyste (sigilla de amethysto) représentant des personnages mythologiques.
Les pierres antiques, indestructibles pour ainsi dire en raison de leur nature et de leurs dimensions, devinrent des amulettes et furent l'occasion de nombreuses superstitions. C’est ainsi que, d’après un manuscrit du XIIe, Pégase gravé sur une intaille était une amulette donnant aux guerriers l'audace et la vélocité, et préservant les chevaux de plusieurs maladies. Andromède rétablissait la concorde dans les ménages. Saturne donnait la puissance ; un temple conservait la virginité : la Balance, les Gémeaux et le Verseau réunis délivraient de la fièvre et de la paralysie, et obtenaient la grâce divine ; un chasseur, un chien, un cerf, un lièvre donnaient le pouvoir de guérir les démoniaques, les lunatiques, les maniaques, les frénétiques ; des abraxas où étaient représentés un homme à tête de bœuf et à pieds d'aigle ou surmonté des images du soleil et de la lune et tenant un diable avec un serpent, et sous ses pieds un lion étaient des préservatifs contre la médisance, ou permettaient d'évoquer les esprits infernaux.
A défaut de symboles, on n'était pas moins confiant dans les légendes, à condition qu'elles fussent inintelligibles. Les formules qu'on pouvait comprendre avaient aussi leurs partisans. Touthomme qui, ouvrant, suivant l'usage antique, à la veille d’une bataille ou de quelle que action importante, un livre de grand renom fût tombé sur un texte de cette sorte : « Minerve même poussa le dard au-dessus des narines de Pandaros » y eût vu un gage de salut et de succès.
Que l’on ait cru au VIe et plus tard, en plein Moyen Age, au pouvoir protecteur de certaines pierres antiques, nous le savons par des mentions nombreuses qui nous disent les vertus inhérentes à chacune des figures qui s'y trouvent. Ainsi en était-il pour les signes du zodiaque, qui donnaient l'esprit et l’éloquence, préservaient de la foudre et assuraient la protection divine. Telles étaient encore les images de Persée et d'Hercule, vainqueurs de la Gorgone et du lion de Némée, quiconque les portait avec lui était certain de vaincre et ne devait craindre ni la maladie ni le tonnerre.
Les monuments viennent sur ce point confirmer le témoignage des textes. Un certain nombre de ces sujets existent, avec des formules explicites, sur des pierres antiques arrivées jusqu'à nous. D'autres, auxquelles on n'attribuait peut-être pas une valeur surnaturelle, se transformaient en amulettes par l'addition faite après coup de quelle que légende familière aux gnostiques ou à d'autres sectaires.
Ce n'est pas au Moyen Âge seulement que l'ignorance crasse et la superstition ignare attachaient une idée de protection surnaturelle à ces pierres gravées ; en Italie, au XVe, un voyageur nous dit que « près de Fouzzo les la mer, lorsqu'elle est agitée, apporte toujours quelque nouvelle marque de la splendeur de cette ville, entre lesquelles on rencontre diverses sortes de pierres fines, cornioles, agates, diaspres, améthystes, provenant, d’après les antiquaires, de boutiques de joailliers qui auraient existé en cet endroit. Sur plusieurs de ces pierres sont gravées diverses sortes de figures : des coqs, des aigles, des cigognes, des lièvres, des serpents, des grenouilles, des sarments, des grappes, des épées, des têtes humaines et autres, des mots grecs et latins. Il y a des gens qui se sont mis dans l'esprit que toutes ces figures se sont formées naturellement sur ces pierres, et la superstition leur attribue diverses vertus ». Peu à peu, afin de justifier l'emploi de gemmes sur les vêtements ou les vases liturgiques, le clergé leur donna une interprétation du genre dit « édifiant ». Montfaucon rapporte qu'on conservait en diverses églises de France des gemmes où l’on considérait : ici Jupiter et Mercure avec un arbre entre eux comme Adam et ve ; là, l'apothéose d'Auguste, comme l'histoire de Joseph fils de Jacob ; ailleurs les têtes de Germanicus et d'Agrippine, comme celles de Joseph et Marie. « Un onyx d'un travail exquis, écrit-il, représente Germanicus et Agrippine. Cette pierre a été longtemps exposée à la dévotion publique dans je ne sais quel monastère. Elle était attachée à trois gros anneaux d'or : les anneaux et la pierre passaient pour la bague que saint Joseph donna à la sainte Vierge à son mariage. Le peuple y venait en foule, on donnait la pierre à baiser et cela dura plusieurs siècles », Un curieux qui passait par là ayant vu la pierre et lu l'inscription grecque qui est entre Germanicus et Agrippine, fit entendre aux religieux que c’était un monument profane. Eux qui étaient dans la bonne foi se défirent incessamment de l'anneau et de la pierre. Sur une autre pierre, la Victoire couronnant un aigle, Jean l'Évangéliste couronné par un ange : et encore, sur un camée, et même saint Jean, à raison de l'aigle, son symbole, s'est substitué à Jupiter accompagné de son oiseau symbolique. Au XIVe, on grava au revers de ce camée les premiers versets de l’évangile de saint Jean, Le célèbre voyageur anglais John de Mandeville rapporte, d'après de prétendus livres indiens, qu’ « une pierre où il y a un homme et un mont de pierres, assis ou debout, tenant en sa main une pierre, c'est la figure de Notre Seigneur qui, selon le philosophe, fut vu en une montagne de pierre de diamant. Cette pierre vaut contre toutes tempêtes et contre les diables, et tous ennemis et rend l'homme dévot et obéissant à Dieu. Si tu trouves en une pierre un homme couronné tenant en sa dextre main une serre et en la senestre une palme, et dessous ses pieds est unamel, cette pierre mise en or a grand dignité, car ce que l'on requiert au Sauveur du monde, souventes fois luy est sa requête octroyée, quant elle est juste et raisonnable ».
Sur la monture en or, argent ou plomb qui sertissait les gemmes antiques on gravait quelque devise. L'archevêque d'York, en 1154, a une chimère tricéphale avec ces mots : Caput nostrum trinitas est ; Henri de Lancastre, comte de Derby a trois visages réunis dans une tête unique avec ces mots : Trinitatis imago. Richard, abbé de Selby a une intaille à l'effigie d'Honorius avec cette double devise : DN HONORIVS AVG et Caput nostrum Christus est. Une Victoire fait fonction d'ange avec ces mots : Angelus consilii fortis gladiator. Un coq est élevé à la dignité d'aigle et de symbole : Amice Christi Johannes. Triptolème avec deux épis : Qui laborat, manducet. En 1280, Jacques, abbé du monastère de Sainte-Marie de Saint-Pierre sur Dive, employait un contre-sceau sur lequel on distingue un guerrier casqué, l'épée à la main : la pierre antique avait été enchâssée dans un cercle portant pour légende le mot Tetragrammaton qui désignait la divinité. C'était ce qu’on appelait les « âges de foi. »
INTAILLES ET CAMÉES DÉSAFFECTÉS 1202
En 1211 le revers du sceau de l'abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp portait l'image de Diane chasseresse avec la légende Secretum Radulfi abatis (sic).
En 1301, le contre-sceau de l'abbaye de Luxeuil représentait Phoébus conduisant un char attelé de quatre chevaux et cette devise : Signum veritatis.
Le contre-sceau de l'abbaye de Saint-Étienne de Caen représentait deux guerriers appuyés sur leurs lances avec ces mots : Custos sigilli. Au revers du sceau de l'abbé on lit : ecce milio angelum meum, mais ce verset des livres saints n'empêche pas de reconnaître l'Amour avec ses ailes, son carquois et le bandeau sur les yeux.
Voici la description de quelques empreintes d'intailles antiques dont les possesseurs ne comprenaient sans doute pas le sens et où ils n'apercevaient qu'un cachet que les faussaires ne sauraient imiter.
I. On conserve aux Archives nationales, L 181, n. 20 (ancien L 1197, n. 13) un parchemin daté de l’année 1189, au dos duquel on lit : Carta Andree, Suessionensis archidiaconi, pro ecclesia de Nongento ; à cette charte est ajouté un sceau sur lequel on lit : + SIGILL. MAGIST. ANDREE ARCHID SVESSION (fig. 5944). Le sceau représente Léda folâtrant avec Jupiter mué en cygne ; l'archidiacre de Soissons n'y voyait pas malice sans doute ; il est heureux pour lui qu'il n'ait pas eu affaire à Clément d'Alexandrie qui l'eût traité carrément de païen, car, dit-il, les païens « font graver sur les chatons de leurs bagues l'oiseau amoureux qui vole autour de Léda, montrant ainsi leurs préférences pour les images du sexe féminin et faisant figurer l'inconduite de Zeus sur les empreintes successives de leur sceau. Voilà le modèle de votre vie de jouissance ! Voilà les théologies de la luxure ! Voilà les leçons des dieux qui se livrent à la débauche avec vous » (Cohortatia ad gentes, n. 18).
II. Archives de l'État, à Bruges, fonds provenant de l'abbaye de Nonnenbosche, Charte de l'an 1200 portant le contre-scel de Lambert, évêque des Morins (fig. 5944).
Légende médiévale autour de l'empreinte (illisible). L'empreinte nous donne un profil d'un et pur tourné à droite, sans aucune indication qui mette sur la voie d'une identification quelconque, il serait superflu de conjecturer si nous avons ici un personnage historique ou une figure mythologique.
III. Archives du chapitre Notre-Dame à Courtray, conservées aux Archives de l'État à Courtray. Charte de l’année 1227, portant le contre-scel de Gilles de Eversam, prévôt. La légende porte le mot + S.E.CR. E.T.V.M (secretum) (fig. 5944). L'empreinte offre une déesse casquée, tournée à gauche, tenant sur les genoux un enfant casqué, agenouillé ; dans le champ un amour au vol, deux épis et des signes impossibles à identifier.
IV. Archives du royaume à Bruxelles (archives de l'abbaye de la Ramée). Charte de l’année 1254, portant le contre-scel de Pierre, cardinal de Saint-Georges, légat apostolique. La légende est illisible ; l'empreinte présente une scène assez confuse : une sorte de guerrier casqué, à droite, tire son épée contre un personnage terrassé (fig. 5944).
V. Archives de l'État, à Mons (archives de l'abbaye de Saint-Ghislain). Charte de l’année 1271 portant le contre-scel de Baudouin d'Avesnes, seigneur de Beaumont. La légende porte : + GLAVIS SIGILLI. L’empreinte figure un faune ou un pâtre, à droite, debout, portant
INTAILLES ET CAMÉES DÉSAFFECTÉS
mots : [batis sci] Mart [ini] Laud [unensis ] (fig. 5944). L’empreinte présente un buste, à droite, portant la tête relevée d’un type assez rare par le mouvement et l'expression parmi les gemmes antiques ; d'autre part, on ne saurait mettre cet ouvrage au compte du Moyen Âge :
H. Schuermans, op. cit., p. 357.
VI. Archives du royaume, à Bruxelles (archives de l'abbaye de Saint-Martin, à Tournai). Charte de l’année 1296, portant le contre-scel du chapitre de Notre-Dame de Noyon : La légende porte + AVE. MARIA GRACIA PLENA ; Ave Maria gratia plena. L'empreinte sur l'épaule gauche un pedum et tendant la main droite à un enfant agenouillé devant lui : dans le fond un arbre et un vase, probablement la muleta si c'est un pâtre qui est représenté (fig. 5944).
VII. Archives de l'État, à Mons (Archives du prieuré d'Oignies). Charte de l’année 1273, portant le contre-scel d'Enguerrand de Biuel (Bioulx ? près de Dinant, chevalier). La légende porte + S. ENIORANDI DE BIOEL. Sigillum Eniorandi de Bioel. L'amour, ailé et casqué, considérant un casque qu'il tient dans la main droite, tenant appuyé sur son épaule un caducée (fig. 5944).
VIII. Archives du royaume, à Bruxelles (Trésorerie des chartes de la Chambre des comtes de Flandre). Charte de l’année 1288, portant le contre-scel de Jean,
L'empreinte figure Minerve dont le casque se prolonge en tête de silène, la barbe formant crinière (fig. 5944). On a discuté le point de savoir si c'est Marsyas ou bien Socrate qui est représenté.
IX. Archives de l'État, à Mons (archives de l'abbaye de Bonne-Espérance). Charte de l’année 1297, portant le contre-scel de Gossuin de Carnières. Légende, néant, L'empreinte porte un bœuf passant à droite (fig. 5944).
X. Archives du royaume, à Bruxelles (Trésorerie des chartes des comtes de Namur). Charte de l’année 1299, portant le sceau de Jacques de Donze, prévôt de Notre-Dame à Bruges. Légende : -+ IAGOBI : DE : DONJA : CANONICI : CVRTRACEN : Sigillum Jacobi de Donja, canonici Gurtracensis. L’empreinte présente la tête
En Palestine, on parlait encore araméen dans quelques villages ; en Afrique, la langue punique n'avait pas complètement disparu et saint Augustin fut obligé d'ordonner, pour un bourg de son diocèse d'où dépendaient plusieurs villages, un prêtre qui connût le punique comme le latin. Lors que saint Jean Chrysostome donne des missions en Scythie, il se fait accompagner d'un interprète, saint Épiphane ? et dans les actes du martyr Procope de l'église de Scythopolis. Ces actes sont certainement contemporains, Procope, nous disent-ils, fut le premier des martyrs de Palestine. C'était un homme d'une grâce toute céleste. Dès sa première enfance jusqu'au martyre, il avait recherché toute sa vie la chasteté et toutes les vertus. Son corps était tellement émacié qu'on l'eût cru sans vie ! mais son âme si vaillante sous l'action des paroles divines qu'on eût pensé qu'elle soutenait seule la vie du corps. Il vivait de pain et d'eau, encore ne mangeait-il que tous les deux ou trois jours, quelquefois même une fois par semaine. Sa contemplation se prolongeait jour et nuit. Toute son étude était celle des Livres saints. En dehors de là il savait peu. Né à Jérusalem, il s'était fixé à Scythopolis où il remplissait l'office de lecteur, d'exorciste et de traducteur officiel des Écritures, ce qu'il faisait en récitant au peuple « en langue vulgaire le passage des Livres saints lu en grec dans la liturgie ».
H. LECLERCQ. INTOLÉRANCE. — I. Raison d'État. II. Moindres griefs. III. De quel côté est l'intolérance. IV. L'intolérance chrétienne.
I. RAISON D'ÉTAT, — « Pour quoi les Romains, tolérants pour toutes les religions, ont-ils fait exception pour le christianisme ? On a répondu depuis des siècles que cette conduite s'explique par la méconnaissance des gouvernants et l'aveuglement des populations. Cette réponse ne suffit pas aujourd'hui. Encore moins suffit celle qui expliquait les persécutions par l'assaut des démons contre l'Église du Christ. On en vient à admettre l'existence d'un malentendu dans lequel entrent à doses presque égales la morale et la politique ; on invoque un antagonisme flagrant entre la religion nouvelle et les institutions sociales, en un mot : la raison d'État ; de sorte que ce que nous jugeons de loin injustice, cruauté, oppression des consciences n'est plus que la manifestation par les meilleurs empereurs de leur devoir de souverains. On nous apprend que « les chrétiens avaient ouvertement déclaré la guerre à l'ancienne société », et que, pour se montrer indulgents, il eût fallu que Trajan, Antonin ou Marc-Aurèle se résignassent à transiger « avec leur devoir ».
Aux trois premiers siècles de notre ère, l'intolérance religieuse n'est pas niable, mais elle est chez les victimes et non chez les bourreaux. C'est pour en détruire le germe funeste que les empereurs ont dû, la mort dans l'âme, interdire aux chrétiens de suivre une religion à ce point intransigeante ; ils ont dû même leur couper la tête afin de les empêcher de la perdre tout à fait. L'obstination de ces enragés a été plus forte que la prévoyante mansuétude des princes philanthropes. Des fanatiques tels qu'Ignace, Polycarpe et Blandine ne comptaient pour rien la vie si, au prix d'un supplice atroce, ils pouvaient éclabousser de leur sang la pourpre des bons et saints empereurs qui avaient le tort de vouloir leur défendre d'adorer d'autres dieux que ceux inscrits au catalogue officiel. Ces esprits tout d'une pièce n'ont rien compris au bien qu'on leur voulait, un peu rudement peut-être, mais de si bon cœur. Peut-on leur faire un reproche de ne s'être pas douté qu'on appellerait de nos jours « tolérance » ce qu'ils nommaient en leur temps « apostasie » ? Et s'ils ne s'en sont pas doutés, ces ignorants, ces fanatiques, ne serait-ce pas pour s'être placés au même point de vue que cet esprit surfin — Ernest Renan lui-même — qui affirmait bonnement que « adorer Dieu, c'était donner un rival à l'empereur », c'était même lui donner un supérieur.
La raison d'État, ce quelque chose qui s'en drape suffisamment de mystère pour qu'il semble indiscret de lui demander ses raisons, devient ainsi une règle politique complaisante et intelligente aux mains de princes perspicaces et indulgents, uniquement préoccupés de défendre l'Empire contre la grossière erreur de gens qui, si on les laissait agir, le mèneraient à sa perte. L'esprit de révolte et d'ignorance des chrétiens pouvait seul leur persuader qu'on voulait les contraindre au culte des idoles ; tous les autres sujets polythéistes étaient assez éclairés et assez soumis pour s'accommoder des vieilles légendes et s'arranger des religions étrangères à condition de ne pas ébranler les institutions romaines. C'était celles-ci que défendaient les empereurs contre la révolte non dissimulée des fidèles, dont le refus de sacrifier n'était qu'une tentative de se soustraire à un acte de soumission administrative. S'il fallait en croire la nouvelle explication, le christianisme, issu du judaïsme, ne devait pas manifester d'exigences inacceptables, et la tolérance accordée au judaïsme se fût étendue au christianisme, ces deux religions n'étant pas, au début et aux yeux des païens, distinctes l'une de l'autre. Mais le judaïsme s'interdisait les conquêtes que le christianisme s'assignait comme but ; s'il ne se les interdisait pas tout à fait, il accordait à ses prosélytes un régime de faveur qui autorisait les plus scrupuleux à combiner leur judaïsme tout neuf avec leur paganisme incomplètement renié, et les empereurs ne pouvaient permettre que les coutumes nouvelles envahissent la société. Le prosélytisme des juifs dans la société romaine avait cependant pris un tel développement qu'il était de nature à préoccuper les empereurs ; cependant, ils n'ont sévi contre lui que lorsqu'il devenait séditieux ou bien pour lui faire produire un revenu. Dès le moment où la distinction se fit devant le supplice entre juifs et chrétiens, au mois d'août 64, l'État romain suivit une politique différente entre les uns qu'il toléra et les autres qu'il pourchassa, avec de longs répits, pendant deux cent cinquante ans (64-314). À l'origine de cette distinction et de cette situation, il y avait tout autre chose qu'une raison d'État insaisissable, il y avait un texte légal qu'on ne peut plus guère nier (voir DROIT FERSÉCUTEUR), trois mots qui, depuis Néron jusqu'à Dioclétien, ont été une source du droit : Christiani non sint. Ces trois mots rendaient les chrétiens, et le christianisme avec eux, incompatibles avec les institutions romaines et la sécurité impériale. Il y a d'autant plus lieu d'en être surpris que le fondateur du christianisme avait énoncé une règle pratique favorable à une entente. « Rendez, avait-il dit, à César, ce qui est à César. » Et, en fait, malgré les violences intermittentes auxquelles ils furent soumis, jamais on ne vit les chrétiens, poussés à bout, s'organiser et entrer en lutte à main armée contre l'Empire ! Pendant ce temps, les Juifs, malgré la tolérance, parfois même la faveur dont ils sont l'objet, font de plus en plus figure de révoltés sous Vespasien et sous Hadrien, qui consomme leur ruine comme nation. Ainsi, non seulement la distinction est bien établie, mais encore l'impossible adaptation des juifs belliqueux et révoltés contraste avec l'assimilation aisée des chrétiens pacifiques et soumis, qui affirment, sans jamais varier, leur loyalisme envers l'Empire.
Tout l'enseignement apostolique inculque et favorise ce loyalisme. Les lettres de saint Pierre et de saint Paul prescrivent à la fois l'obéissance aux pouvoirs établis et le respect des situations acquises. Les sujets doivent être soumis au prince — le prince sous lequel ils écrivent est Néron —, ils doivent acquitter exactement l'impôt. De même que les hommes libres doivent être soumis « à toute autorité établie parmi les hommes », de même les esclaves doivent être soumis en toute crainte à leurs maîtres, et ceux-ci doivent traiter leurs esclaves comme des frères. Il n'y a rien dans tout ceci de très subversif, et la paix publique doit avoir peu de chose à redouter de pareils gens qui se distinguent assurément parmi la multitude assez échauffée, toujours disposée à suivre quel que prétendant à l'empire ou quel que esclave révolté. Cette doctrine des apôtres ne saurait être soupçonnée, car les épîtres étaient conservées dans les Églises, lues à l'assemblée des fidèles, nullement destinées à la publicité en vue de s'attirer la bienveillance des pouvoirs publics.
Les Apologies composées au IIe ont une destinée différente. Ce sont des écrits destinés à créer un mouvement d'opinion favorable au christianisme ; leurs auteurs n'ont pas une mission officielle à remplir. Car si, parmi eux, il se trouve des évêques, comme Méliton, des prêtres comme Justin, des fidèles, comme Minucius Félix, aucun n'a reçu mission de l'Église de plaider la cause du christianisme. Leur intervention est toute spontanée ; on pourrait s'attendre dès lors à y relever une grande diversité de ton et d'idées ; tous, cependant, sauf un seul — Tatien, qui finira hors de l'Église — enseignent une morale dont l'État n'a rien à redouter ; tous se montrent sujets loyaux et soumis à l'empire, en qui ils ont pleine confiance, et véridiques, moins outrageants que les bouffonneries à qui ils prodiguent leurs vœux et jusqu'à l'expression d'une sorte de tendresse. La grandeur présente et future, en un mot l'éternité de l'empire, ne fait pas l'objet d'un doute pour des hommes comme saint Irénée et Tertullien, qui ne conçoivent pas même la possibilité des revers prochains. Tous s'efforcent et réussissent à démontrer qu'entre le christianisme et l'État il n'existe pas d'antinomie, pas d'incompatibilité, pas d'antagonisme. Les institutions romaines et le régime impérial n'ont rien à appréhender de gens qui ne souhaitent rien autre chose que leur durée, leur prospérité, leur grandeur. Pour que l'entente soit parfaite, il suffit que l'État romain ne s'identifie pas avec la religion romaine et que l'empereur permette à ses sujets de prier leur Dieu pour son salut et pour sa gloire. Si c'est là de l'intolérance religieuse, il faut convenir qu'elle est d'assez facile composition. Ces chrétiens qui refusent de prier César, mais qui supplient qu'on les laisse prier pour César, passeront à grand-peine pour des fanatiques. Ils le sont d'autant moins qu'ils s'interdisent volontairement les bravades, les insultes, les provocations, tout ce qu'ils qualifient du nom de « zèle téméraire » chez ceux qui attirent sur eux les rigueurs pour avoir maltraité en paroles ou par gestes ces idoles qu'ils ne peuvent ni ne veulent adorer. Ces idoles, on peut bien le dire, n'étaient pas habituées à de semblables ménagements, même de la part de leurs adorateurs. Qu'auraient bien pu dire Arnobe et Lactance qui pût être mis en balance avec l'irrévérence de Lucrèce et de Pétrone ? Lorsqu'ils raillaient ces dieux impuissants, c'était par des traits cruels et de Lucien. Tout au plus une police très ombrageuse eût-elle été fondée à critiquer certaines plaisanteries dont, loin de s'effaroucher, elle eût été la première à se divertir.
En définitive, si on cherche la raison qu'avait l'État romain de supprimer les fidèles, en dehors de la haine sectaire, on ne la découvre pas. La raison d'État est une plaisante découverte dont personne alors ne s'est avisé ; ni les édits de persécution, dont, à défaut du texte, nous connaissons le sens, ni les interrogatoires des martyrs, n'y font la plus fugitive allusion ; ce qu'ils reprochent aux chrétiens, c'est l'impiété, c'est-à-dire l'absence de piété envers les dieux, le refus formel « de les adorer » ; il ne devrait y avoir là rien qui dût empêcher l'État de laisser vivre les chrétiens.
II. MOINDRES GRIEFS. — Ne s'agirait-il que de loyalisme, de civisme ? Termes vagues où on peut mettre tout sans qu'ils contiennent rien. À vrai dire, les chrétiens semblent peu redoutables individuellement ; pour des hommes qui ont à se louer si peu des empereurs et des magistrats, leur modération est remarquable. Est-ce indulgence ou mollesse ? Quoi qu'il en soit, pas un empereur, pas un préfet du prétoire, pas un juge n'a reçu un mauvais coup. Pour faire de celui qui assassina Domitien un fidèle, il a fallu invoquer son nom Stephanus ; ce qui ne peut être pris au sérieux : de même, il a fallu renoncer à faire de Pescennius Niger un chrétien. Ni assassins, ni révoltés, du moins leur reprochera-t-on leur éloignement pour le service militaire, mais il ne peut plus être question de refus ou de désertion ; la vérité, c'est que les réfractaires sont, parmi eux, en très petit nombre. L'antimilitarisme est mal vu dans les Églises primitives. Les fidèles servent sous les drapeaux, tout comme font les autres sujets de l'empire ; on avait donc trouvé un moyen de ne pas les froisser dès l'entrée au service par un acte d'idolâtrie, serment ou sacrifice. Nous en...
« 1209 voyons quel que chose dans le cas du soldat africain “qui, à tort ou à raison, considère le port d'une couronne comme un acte de cette nature : il est le seul parmi ses camarades chrétiens à en juger ainsi, tous les autres n'aperçoivent dans ce rite rien de répréhensible. Nous connaissons un conscrit qui préfère la mort au service militaire, nous ne connaissons que lui dans ce cas, les autres passent à la toise et se laissent incorporer sans récriminations. Tertullien a raison de dire aux païens : « Nous combattons avec vous, nous remplissons vos camps » ; d’autres, après lui, pourront le redire pendant tout le iii siècle et, au début de la persécution de Dioclétien, nous savons qu’on se fit la main par l’épuration de l’armée.
Un autre grief tout aussi déraisonnable, et d’ailleurs tout aussi inexistant, est l'accusation portée contre la société chrétienne d'avoir désorganisé la famille, Il est certain que les fidèles ne partageaient pas les idées des païens de leur temps sur la virginité, Les païens, de même que les juifs, la considéraient comme un malheur et, à tout prendre, comme un pis-aller, De leur côté … les fidèles l'exaltaient parfois sans garder la mesure désirable. La passion des saints Nérée et Achillée contient des descriptions et des détails naturalistes qui ne sont assurément pas mis là pour inciter les jeunes filles au mariage ; mais ces actes sont apocryphes, tardifs et n’ont sans doute jamais été lus de personne avant le v siècle. On peut — et nous l'avons fait — relever certaines exagérations dans certains discours de saint Ambroise et dans le traité de saint Jérôme contre Jovinien, ce sont là des exceptions qu'il ne faut pas nier, mais ce ne sont que des exceptions qui ne sauraient prévaloir contre l’enseignement authentique de l’Église, enseignement qui découle de l’épître de saint Paul aux Éphésiens (v. 32). Le mariage est un sacrement institué par le Christ, ce que la virginité n'est pas et ne sera jamais nonobstant la dignité qui l'entoure. Ce qui était nouveau et jusqu’à un certain point scandaleux au jugement des païens, c'était une innovation singulière. Le nombre des chrétiennes, principalement dans la haute société, dépassait de beaucoup le nombre des fidèles du sexe masculin ; ceux-ci cédaient à des calculs d'ambition et d'avancement auxquels les femmes demeuraient étrangères. Cette disproportion entraînait comme conséquence la difficulté et parfois l'impossibilité pour les chrétiennes de trouver un mari chrétien de leur rang. Cependant elles ne se sentaient pas faites pour le célibat, elles épousaient donc soit un homme de condition libre mais de rang inférieur, soit un affranchi ou même un esclave. Ici, la loi romaine prononçait d'une matrone et d'un être qui n'avait pas plus d’existence civile qu’un animal domestique. L'Église reconnaissait ce mariage et, sans l'encourager, elle l'approuvait plutôt que l’inconduite qui aurait pu rapprocher ces deux fidèles. Évidemment les païens en étaient stupéfaits, mais la morale était sauve. L'Église montrait peu de goût pour les mariages entre conjoints de religion différente, elle se montrait en cela perspicace et favorisait la paix future des ménages.
Cependant il arrivait que dans un ménage païen un seul des époux se convertît : alors, bien loin de considérer le lien comme rompu, l'Église, par la bouche de saint Paul, prescrivait la conduite à tenir. Où l'époux païen voudra continuer la vie commune avec l'époux devenu chrétien, et, loin de prononcer la rupture de leur union, il déclare que celui-ci sera sanctifié par celui-là : sanctificatus est vir infidelis per mulierem fidelem (I Cor. vii, 12-15). Les exemples sont nombreux de ces mariages mixtes : jusqu'à la nullité d'un mariage tellement disproportionné. L'apôtre prévoit le cas où l'époux païen se séparera de l'époux devenu chrétien ; mais il prévoit aussi le cas
INTOLÉRANCE | 1210
premières années du v siècle, on rencontre partout, dans l'aristocratie, des familles composées de membres païens et chrétiens ; l'un des derniers tenants du paganisme, le pontife Albinus, avait une épouse chrétienne, particulièrement estimée de saint Jérôme et de saint Augustin. Une semblable tolérance, cent ans après le triomphe politique du christianisme, montre assez qu'à aucune époque il ne fut un élément désorganisateur de la famille romaine. À ces griefs généraux viennent s'ajouter des cas particuliers dont le choix ne semble pas plus heureux, mais où l'adresse est peut-être moins grande à dissimuler l'intention de condamner les chrétiens. C’est ainsi que l'incendie de Rome sous Néron (Voir INCENDIE) fournit l’occasion d’une interprétation tendancieuse. Cet embrasement spontané, attisé par la malveillance, dans le désarroi général, de quelques chrétiens exaltés par l'attente de la fin prochaine du monde qui pensaient aider à l’œuvre divine est pure hypothèse. Un texte isolé de Tacite, récusé lorsqu'il incrimine Néron, ne doit pas valoir davantage quand il insinue contre les chrétiens, non moins détestés de l’annaliste que Néron lui-même.
III. DE QUEL COTÉ EST L'INTOLÉRANCE, — On peut bien admettre que, parmi les fidèles, on rencontrait des esprits très échauffés, c'est le lot commun à toutes les sectes, mais on n'arrive pas à faire d'eux ni de leurs coreligionnaires plus rassis, qui étaient la très grande majorité, un danger pour l'État. À regarder, sans prévention, ces gens à qui on ne peut imputer un seul crime certain, on doit convenir que le plus grave reproche qu'on ait à leur adresser porte sur leur candeur, ou, si l'on préfère, sur leur naïveté. Car ce sont des naïfs, et d'incorrigibles naïfs que ces gens qui, forts du sentiment des services qu'ils rendent à l'État et de l'irréprochable moralité de leur vie, se persuadent que ce sont là des titres à la bienveillance et à la protection du pouvoir. Tout le mouvement apologiste du ii siècle est provoqué, conduit et suivi par de doux rêveurs pénétrés de l'idée qu'il leur suffit de tendre la main pour qu'une main se tende vers eux. Après les dures bourrasques des règnes de Néron et de Domitien, on se flattait que les sages et bons empereurs reconnaîtraient et proclameraient le loyalisme des chrétiens. Ceux-ci ne se présentaient pas avec l'attitude d'une puissance traitant avec une autre puissance, ils se savaient sujets et ne réclamaient que le droit de vivre sans inquiétude et sans péril. Leur réclamation n'était pas tellement désordonnée puis que pendant plusieurs périodes, parfois assez longues, ils avaient vécu sinon tolérés, du moins oubliés, en apparence. Pendant ces trêves, les chrétiens progressaient en nombre plus qu'en mérite : on le vit bien au moment où la persécution de Dèce éclata après une longue accalmie de près d'un demi-siècle, beaucoup succombèrent à l'épreuve, mauvaise disposition pour se montrer intolérants. Les réveils de persécution n'étaient pas déterminés par une provocation ou une maladresse des chrétiens, mais par un dessein délibéré de la politique impériale, « généralement un désastre à la frontière ou une calamité intérieure » dans lesquels, pour détourner la colère ou la peur de la populace on lui offrait un dérivatif en suggérant l’idée d’un châtiment des dieux irrités contre leurs blasphémateurs. C'était la tactique adoptée par Néron pour détourner les soupçons de sa propre personne. Ses successeurs, politiques, hommes d'état, philosophes, l’adoptèrent chacun à son tour et se firent persécuteurs pour désarmer l'opposition en lui livrant comme victimes ceux qui ne troublaient en aucune façon la paix publique, mais qui s’obstinaient à ne pas pratiquer le culte officiel. Pour que la preuve en fût donnée sans contestation possible, on exigeait d'eux un sacrifice idolâtrique : s'ils s'y soumettaient, on leur donnait un certificat d’apostasie, et peut-être le fait d'apostasier sa croyance devant la menace des supplices et de la mort est bien cette violence morale dont la responsabilité retombe tout entière sur celui qui en est l’auteur et sur qui seul doit être attachée la note d’'intolérance.
En ceci, une fois de plus, la raison d’État n’apparaît nulle part puis que pendant des périodes prolongées l'accord existait entre l’Empire et les chrétiens, sans que chacun pour sa part, l'Empire et l'Église n’abandonnassent rien de leurs principes, de leurs convictions, des positions qu'ils occupaient. Pendant les trêves, la raison d’État étant la même n'avait pas à être défendue, c’est donc qu'elle n'était pas menacée. Une statistique, qui n’a pas été contestée, établit que, de Néron à Constantin, pendant une période de deux siècles et demi, l'Église ne fut l’objet de rigueurs du pouvoir impérial que pendant cent vingt-neuf ans, en sorte que pendant un nombre d'années presque égal, réparti entre des règnes d'inspiration très diverse, la raison d'État fut muette et les chrétiens ne furent pas considérés comme un danger public.
IV. L'INTOLÉRANCE CHRÉTIENNE. — Après le revirement amené en 314 par la conversion politico-religieuse de Constantin, le christianisme l'emporta sur l'ancienne religion officielle, mais ce résultat ne fut acquis que sous le règne de Théodose, c’est-à-dire au cours des dernières années du iv siècle, Exception faite pour Julien, dont le règne fut court, les empereurs qui remplirent les années de Ce furent chrétiens sans doute, mais, sauf Gratien, d'assez tièdes chrétiens, en tout cas assez mal disposés à chercher dans la direction des chefs de l'Église ou de ses personnages les plus influents l'inspiration de leur politique religieuse. Constantin, Constance et Valens sont plus ariens que catholiques, Valentinien et Gratien ne font que passer ; seul Théodose est franchement orthodoxe et déférent à l'autorité pontificale, il achève l'œuvre entamée par Constantin et réalise la prépondérance du christianisme. Pour y parvenir il a fallu presque un siècle et, quoiqu'on en ait dit, les moyens employés pour abattre les destructions de temples sous ce règne sont justifiés par le souci de mettre fin aux débauches qui s'y abritaient ; c'est une mesure de police, non de persécution.
Il n'en fut plus tout à fait ainsi sous le règne de Constance, ainsi que l’a fait remarquer Paul Allard. Des lois de 341, de 353, de 356, ordonnent la fermeture des temples et interdisent, sous peine de mort, les sacrifices. En Occident, on ne tient aucun compte de ces lois trop rigoureuses et, par une singulière contradiction, en 357, lors d'un voyage à Rome, Constance lui-même fait nommer aux sacerdoces païens. En Orient, on ferma les temples dans certaines villes, on les toléra dans d'autres villes, c'est l'opinion publique plus que la loi qui détermina le mouvement.
En 364, Valens proscrit les arts magiques et prodigue ses rigueurs aux catholiques. En 375, Gratien adopte, le premier, une politique plus accentuée, il refuse pour lui-même le titre de Pontifex maximus, supprime les subsides conservés au culte païen qu'il réduit à la condition d'une religion privée, privée des secours financiers de l'État. C'est le premier coup du glas que sonneront à toute volée Théodose et ses fils. En réalité, du moment où il ne fut plus la religion officielle et unique, le paganisme s'achemina vers sa ruine, la politique de Gratien et de Théodose n'eut pas, à aucun moment, de persécutions contre les personnes. Il y eut des violences populaires, condamnables, mais le plus souvent spontanées, comme ces émeutes contre les temples dont se plaint Libanius, ces expéditions à main armée conduites par Schenouti, les assauts donnés au Serapeum d'Alexandrie et au Marneion de Gaza, la triste échauffourée dans laquelle périt la savante Hypathie. Mais l'histoire ne peut citer le nom d'un seul païen condamné à la mort ou à la confiscation de ses biens pour avoir conservé ou pratiqué sa religion. On put, jusqu'à la fin du IVe, se donner le plaisir d’être païen sans trop graves inconvénients. Symmaque fut de ce nombre, Flavien Nicomaque aussi. « Pour le mithriacisme il arriva ceci : en 376, un préfet de Rome prit l'initiative de détruire un sanctuaire de Mithra ; ce culte toutefois continua à être librement exercé jusqu’à la fin du IVe ; il y eut des tauroboles à Rome jusqu’en 390. En définitive, absence complète de victimes du martyr énorme, H. LECLERCQ.
La ture sainte est en dehors de la messe proprement dite, elle n’est pas autre chose que la marche du célébrant depuis le secretarium jusqu’à l'autel : Psallentibus clericis procedit sacerdos de sacrario. Le rite ambrosien offre une pièce analogue qui porte le nom d’Ingressa, tout aussi expressif, mais qui présente cette différence qu'il se compose d’un simple chant sans verset psalmodié et que, contrairement à l’Introit, presque toujours emprunté aux Livres saints, l’Ingressa accueille des textes de provenances diverses, même des emprunts faits au Martyrologe. Voici la formule du jeudi saint : Cœnæ fuæ mirabili hodie, Filius Dei, socium me accipis. Non enim inimicis tuis hoc mysterium dicam ; non tibi dabo osculum sicut Judas ; sed sicut latro confitendo te : Memento mei Domine in regno tuo. Ceci est un emprunt à la liturgie grecque. On pourrait citer de même l’Ingressa du dimanche de la Quinquagésime : Jucunda est præsens vita et transit : Terribile est Christe, indicium tuum, et permanel. Quapropter incertum amorem relinquamus Et de infinito timore cogitemus, Clamantes : Christe miserere nobis ! Mais les emprunts ne sont pas de règle. Telle pièce, comme l'Ingressa de la fête des saints Gervais et Protais est purement milanaise d'origine : Bonos medicos habentes patriæ nostræ, gaudete fratres, beatum Protasium et Gervasium, martyres Domini et Ambrosium, qui suis sanctis intercessionibus a malis omnibus liberaverunt nos. Sur soixante-treize Ingressæ nous en retrouvons trente-quatre dans le graduel grégorien, non seulement avec le même texte, mais avec une mélodie à peu près semblable.
A Rome, les antiphones avaient été adoptées non seulement pour l'office en dehors de la messe, mais pour la messe elle-même qui en comporte deux, l'antiphona ad introitum et l'antiphona ad communionem. Cette dernière a subsisté sans le psaume, la première en a conservé un fragment. A l’origine, elle comportait le chant du psaume entier ou au moins de plusieurs versets, on ne s'arrêtait qu’au moment où le pontife était parvenu à l'autel. En Espagne, en Angleterre, l'introït portait le nom d'officium missæ, ce qui est le résultat d'une erreur. Dans plusieurs livres liturgiques anciens des messes étaient précédées des mots : Ad missam officium, qui se rapportent à toute la fonction et qu’on a cru ne viser que le seul introït qui suit immédiatement. Cette mention officium missæ n'en a pas moins conservé sa place dans les missels des chartreux, des carmes, des dominicains. Il y a là peut-être une indication non négligeable de l'influence du rite mozarabe.
En Gaule, l'Expositio missæ attribuée à saint Germain de Paris, au VIe (576) place une antienne avant les lectures : Antiphona ad prælegendum canitur. Le canon 30 du concile d'Agde, tenu en 506, s'exprime en ces termes au sujet de l’introït : Et quia convenit ordinem Ecclesiæ ab omnibus æqualiter custodiri studendum est ut sicut ubi que fit et post antiphonas, collectiones per ordinem ab episcopis vel presbyteris dicantur. Dans le rite byzantin cette antienne correspond au chant du Movoyevnc. L’antiphone de l’introït, placée avant les collectes et les lectures qui constituent l'avant-messe, pourrait donc être dénommée « pré-avant-messe ». Il n'est pas question ici du rattachement de la vigile à l'avant-messe. L'introït est, à proprement parler, un prélude enfermé dans les limites de la processio vers l'autel. Si les instruments de musique avaient été tolérés dans le sanctuaire on eût peut-être, dès lors, remplacé l'antiphonie chorale par une symphonie musicale.
A quelle date remonte l’antiphona ad introitum ? Nous avons un texte qui semble répondre à tout, On lit, dans la notice du pape Célestin Ier (422-432) insérée au Liber pontificalis, qu’il « établit que les cent cinquante psaumes de David fussent psalmodiés avant le sacrifice et cela à la manière antiphonique par tous les assistants, ce qui ne s'était pas fait jusqu'alors, car on ne lisait que l'épître de saint Paul et l'évangile ». Entre cette prescription qui remonterait à la première moitié, presque au premier quart du Ve et l'usage que nous avons constaté au VIe, il y a d’abord un écart d’un siècle ; il y a en outre ce fait que l’antiphona ad introitum est une manière de passe-temps qui doit remplir la durée pas très considérable qui s'écoule entre le départ du secretarium et l'arrivée à l'autel. Il ne saurait être raisonnablement question d'introduire la psalmodie de cent cinquante psaumes, laquelle réclame plusieurs heures ; si cette psalmodie s'exécute par fractions déterminées au gré de celui qui règle l'office liturgique, elle pourra dès lors s'étendre sur des semaines, des mois, voire sur une année entière.
On a suggéré une première explication que, pour notre part, nous croyons pleine de difficultés, Dans certains cas, a-t-on dit (mais le texte du Liber pontificalis n’en fait pas mention), en particulier à telles fêtes pourvues d'une vigile comportant des excubiæ liturgiques qu'il s'agissait de remplir afin que le sommeil ou la dissipation ne pussent s'introduire, on aurait recouru à la récitation du psautier tout entier, grâce à laquelle on réussissait à gagner l'heure matinale de la célébration du sacrifice. Cet usage, tout à fait exceptionnel, trouve des témoins à Milan et à Novare. A Milan, c’est Bérold qui nous apprend qu'à l'occasion d'un biduum fériale ou sanctoral, après diverses allées et venues entre les basiliques de la ville, on se rendait finalement dans la basilique ambrosienne au chant du Te Deum. Cela dit, on entamait la récitation intégrale du psautier. Si la fête avait ses lectures propres, on les intercalait de façon à couper le psautier en trois tranches : Ps. 1 à L, lecture ; ps. LI à C, lecture ; ps. CI à CL ; après quoi on commençait la messe. A Novare, une semblable coutume persista jusqu'au XVIIe. Bugati rapporte que, le jour de la fête de saint Gaudentius, les chanoines se transportaient dans l’église du saint et s’y répartissaient en trois groupes récitant, chacun à tour de rôle, un tiers du psautier. Tout cela, on en conviendra, est bien particulier, bien exceptionnel, bien local, tandis que le texte du Liber pontificalis énonce un usage général et, probablement, quotidien.
En ce qui concerne la deuxième explication, celle du psautier réparti sur des semaines, des mois ou même une année entière, nous rappellerons qu'à propos de l’antiphonaire (voir Dictionnaire, t. 1, à ce mot) nous avons constaté que l'attestation la plus formelle et la plus ancienne en faveur de l'existence d'un antiphonaire romain nous vient d’Egbert, archevêque d'York. L'ancien pontifical de cette Église nous donne l'explication du texte du Liber pontificalis lorsqu'il prescrit au célébrant de la messe pontificale la récitation préalable de certains psaumes et oraisons conformément à la prescription du pape Célestin : Celebraturus pontifex missarum solemnia quosdam psalmos et orationes ex institutione Cælestini papæ primo præmittit, quos interim dum caligis et sandaliis ornetur, dicet. On voit, dès lors, que l'antiphona ad introitum peut recevoir différentes interprétations. Nous avons rencontré, à Rome, entre 422-432, une attestation du rite de l’antiphonie servant de prélude à l'avant-messe ; est-il impossible de remonter plus haut que cette date ? Au Ve, Rome, Carthage et Milan sont en rapports bienveillants et continuels, de sorte qu'on pourrait croire que les innovations accueillies dans une de ces Églises ne passent pas inaperçues dans les autres et que si l'une d'elles adopte officiellement un rite : Cælestinus... constituit ul... on a quelque raison de penser qu'on en relèvera des vestiges dans une des Églises sœurs. Cependant, ni à Milan ni à Carthage nous ne rencontrons un texte qui mette sur la voie de l'antiphona ad introitum. Une phrase de saint Ambroise, une autre de saint Augustin semblent écarter la psalmodie antiphonique avant la collecte de la messe, Saint Ambroise dit ceci : « Le lendemain, c'était un dimanche, je congédiai les catéchumènes après les lectures et le sermon ». Saint Augustin dit de son côté : « Vint le jour de Pâques et, de grand matin, le peuple étant déjà rassemblé à l'Église, je m'y rendis. L'église était comble et retentissait des voix joyeuses de tous ceux qui, de toutes parts rendaient grâces à Dieu (à cause d'un miracle). Je saluai la foule... et quand, enfin, le silence fut rétabli, on fit une lecture solennelle de l'Ecriture sainte ; quand ce fut mon tour de prendre la parole, je parlai peu ». Il est vrai que dans ces textes nous n'avons pas occasion de lire une mention de l’introitus (ou de l’ingressa), car à Milan le renvoi des catéchumènes après le sermon ne permet pas de préjuger le rite qui a accompagné son entrée, et à Hippone, cette entrée, par suite de la circonstance, s'est faite dans des conditions assez exceptionnelles. Cependant il faut remarquer que dans le plus ancien Ordinarium missæ milanais nous lisons la rubrique Incipit missa canonica après le Gloria et le triple Kyrie qui le suit dans la messe milanaise, avant le Dominus vobiscum et l’oraison Super populum. Donc, au temps de saint Ambroise, Milan n'a pas d'ingressa.
Et cependant ? Il n'y a qu'un instant nous rappelions, d'après Bérold, les allées et venues de la procession des clercs et des fidèles au biduum fériale. Nous savons qu'on passe de la basilica hyemalis à l'Ambrosienne ; là se chante le psautier, entrecoupé de lectures, qui précède la messe. La messe dite, on commence les vêpres qu'on ira achever à Saint-Vital (voir Dictionnaire, t. 1, au mot AMBROSIEN) ou, dans d'autres solennités, à la basilica hyemalis ; puis viennent de nouvelles pérégrinations à Saint-Vital, à Saint-Nabor, à Saint-Protais ad monachos, à Saint-Nabor encore une fois, puis on s'arrêter qu'à l'Ambrosienne (voir Dictionnaire ; t. 1). Or, le chant des pièces attribuées à cette procession se trouve réglé non seulement par la solennité mais encore par la topographie. Telles psallendæ doivent être chantées, nous dit la rubrique : foris murum. Il y a ici un indice à recueillir. Toute cette organisation se trahit d'elle-même dans les attaches susmentionnées par les antiphonaires comme étant antérieure à l'expansion de la ville et au recul des murs d'enceinte au-delà des vieilles églises suburbicaires contemporaines de saint Ambroise. Nous n’en tirerons pas d'autre conséquence ; mais cette circonstance rapprochée du fait de la récitation du psautier précédant la célébration de la messe prend une réelle valeur historique à la lumière du texte relatif au pape Célestin. Si l’on s'en tient à cette notice, il s'ensuit que le terme d'antiphona ad introitum s'applique à une pièce plus ou moins ancienne que l'ordonnance du pape Célestin, mais indépendante du psautier. Si l’on admet la fragmentation du psautier sur une période de temps indéterminée, il se peut que ces psaumes aient été employés pour étoffer une pièce trop étriquée. Dès lors, on a eu des raisons vraisemblables de rapprocher cette pièce de l'ingressa milanaise et du Movoyevñe byzantin, occupant chacun, dans leurs liturgies respectives, une place analogue à celle qu'aurait occupée dans la liturgie romaine une simple antienne sans verset ni psaume et qu'on imagina renforcer à l'aide d'un chant antiphonique. Cette explication ne laisse pas de soulever des difficultés. C'est d’abord le texte même de la notice de Célestin qui nous apprend qu'avant ce pontife l’avant-messe ne comportait que des lectures empruntées à saint Paul et à l'Évangile : nisi tantum epistola beati Pauli recitabatur et sanctum evangelium. Ensuite le texte de l'antiphonaire, tel que nous le possédons, ne paraît avoir gardé aucune trace d'un dessin liturgique de répartition du psautier entre les divers introïts. Enfin, on hésite à étayer l'existence de l'antiphona ad introitum, sans psaume ni verset, sur l'existence de l’ingressa milanaise de forme similaire, parce que nous ne trouvons, à cette date, aucun témoignage de l'existence de l’ingressa, du moment où cette supposition nous entraîne à admettre, pour la première moitié du Ve, une forme de chant indépendant d'un psaume. Or, il n'existait, à cette époque, semble-t-il, rien de semblable. La notice du pape Célestin mentionne le chant antiphonique ex omnibus. Ces mots : antiphonatim ex omnibus, ne faisaient pas partie du texte primitif, c'est une glose du deuxième éditeur dont il y a tout lieu de suspecter l'antiquité. Était-ce véritablement toute l'assemblée qui, formée en deux chœurs, s’acquittait de l’antiphonie, ou bien était-ce la schola cantorum tout entière ? Aucun texte ne permet de le dire avec certitude à cette date du Ve. Dans les manuscrits utilisés par J. Goar pour établir la liturgie de saint Jean Chrysostome, nous voyons que les iria antiphona sont attribués tantôt au chœur (τὸ χορός), tantôt au peuple (λαός), tantôt aux chantres qui sont, comme on peut le voir dans d'autres passages, les « psalmistes ». Il importe ici de ne pas confondre, et lors que les textes attribuent un chant au chœur, c'est du collège des chantres et non de la multitude des fidèles qu'il s’agit. Chorus enim proprie multitudo canentium est, écrit saint Isidore de Séville ! ; c'est au chœur, c'est-à-dire à la schola cantorum, qu'Amalaire et Rhaban Maur attribuent le chant de l’antiphona ad introitum.
L'Ordo romanus I nous décrit ainsi le chant de l'antiphone : Quand tout était prêt pour la célébration de la messe, les cierges allumés, la schola cantorum prenait sa place. Paraphonistes et enfants se faisaient face sur deux rangs devant l'autel et debout ; à ce moment, le chef (prior scholæ) entonnait l’antienne et l’évêque, avec son cortège, sortait du secretarium et pénétrait dans l'église. Les Ordines moins anciens nous le représentent soutenu à droite par son archidiacre, à gauche par le second diacre, et précédé des sous-diacres, dont l’un, inférieur à la catégorie des sept sous-diacres régionnaires, balançait un encensoir fumant. En tête du cortège marchaient les sept acolytes régionnaires portant des cierges allumés. Pendant ce temps, la schola exécutait l'introït, répétant l'antienne après chaque verset du psaume. Pendant sa marche, le pontife rencontrait deux acolytes et un sous-diacre surnuméraire tenant dans une sorte de châsse ouverte un fragment de pain consacré dans une messe précédente. Le pontife et son cortège inclinaient la tête et poursuivaient leur marche. Arrivé au seuil du sanctuaire, le pape donnait le baiser de paix à l’un des sept évêques cardinaux attachés à la basilique du Latran, au premier des prêtres et à tous les diacres. Puis il se prosternait devant l'autel sur l'agenouilloir, tandis que les diacres allaient, deux à deux, baiser les côtés de la sainte table. De retour auprès du pontife, ils l’aidaient à se relever et celui-ci montait à l'autel à son tour, après avoir fait signe au prior scholæ d'entonner le Gloria Patri qui mettait fin à l'introit.
Le prior s'inclinait et exécutait l'ordre donné. Le pape baisait l'autel et le texte de l'évangile. À la médiante Sicut erat, il quittait l'autel et se rendait au trône, se tenant debout tourné vers l'Orient. Les heures canoniques, les plus anciens Ordines s'accordent à prescrire le chant intégral avant l'intonation. L’antienne aurait été coupée en deux sections égales. F sequitur primum versum psalmi : ut verbi gratia introitus sit : Deus in adjutorium, versus erit : Avertantur retrorsum ; assignato igilur introilu non oportet assignari versum introilus. Item semper quando aliquis versus infra psalmum sumitur pro introilu ; versus introitus erat primus versus psalmi, ex quo sequitur quod versus introitus dat intelligere unde sumitur introitus, ut verbi gratia si introitus sit : Mihi autem, Sénior Jesus introitus erit primus versus psalmi, scilicet : Domine probasti. Le nombre de versets chantés dans le psaume était variable suivant le bon plaisir de l’évêque qui faisait signe au prior scholæ de passer au Gloria Patri. Un manuscrit de Corbie nous donne cette indication : « Sur un signe de l'évêque, le paraphoniste entonne le psaume et l’introït qui alterne ». On répétait donc l’antienne après chaque verset. La doxologie subissait un traitement analogue. L'Ordo romanus Ius s'exprime en ces termes : Item Gloria dividitur sed tantum festis diebus. Ad repelendum vero sive festis diebus seu cotidianis semper incipitur tantum semel. La doxologie, mais les jours de fête seulement, était divisée par la répétition de l'antiphone avant Sicut erat et par l'addition d'un ou plusieurs versets désignés sous le nom de Versus ad respondendum ou Versus ad repelendum, parfois encore : Versus prophétiques. Avant de commencer le Kyrie eleison on reprenait une dernière fois l’antienne.
VII. — 39
Nous pouvons étudier le mécanisme de l'antiphona. Le manuscrit contient les chants nécessaires à deux cent un jour de l’année, c'est-à-dire deux cent trois messes en tout ; cependant les antiphonæ ad introitum ne s'y trouvent qu'au nombre de cent quarante-neuf, parce que plusieurs d'entre elles servaient à diverses messes. Parmi ces cent quarante-neuf textes différents, on en relève au moins cent quarante-trois qui sont tirés de l'Écriture sainte, soit cent deux du psautier, quarante et un d’autres livres bibliques (ou même quarante-cinq si on comprend les introïts calqués sur les textes bibliques). Cette prédominance du psautier s'explique par le fait que ce livre était, dès l'antiquité, le livre de chant le plus usuel de l'Église, et on y recourait comme instinctivement pour les messes sans caractère spécial. On peut remarquer, en effet, que les antiphonæ ad introitum des plus anciennes fêtes de Notre-Seigneur ont pris leurs textes de préférence dans les livres historiques, par exemple pour Noël, Pâques, Ascension et Pentecôte ; dès qu'on passe au sanctoral, on s'approvisionne de textes dans les psaumes et ceci est d'autant plus vrai que le recours au psautier, et, dans cette dernière série, nous pouvons, ainsi qu'il nous est arrivé pour les communions de carême, ressaisir le dessein liturgique primitif encore visible dans l'emploi du psautier suivant l'ordre numérique des psaumes à l'introït des dix-sept premiers dimanches après la Pentecôte.
Dim. I après la Pentecôte : Psaume 12 - II - 17 = 26 - 26 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 27 - 46 - 47 - 48 - 26 - 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« La forme musicale de l'introït était déterminée par la façon de le chanter. C'était un chant réservé à la schola, ceci explique que les mélodies d’introït dans les manuscrits ; c'est plus qu’une simple récitation, c'est un chant revêtant les mots du texte d'une mélodie parfaitement adaptée. Mais elle n'atteint ni la richesse du sol des répons ou des Alleluias, ni la simplicité des anciens Kyrie, Sancius et Agnus que chantaient le clergé et le peuple ; ils étaient, par conséquent, une récitation syllabique : l'introït était plutôt une riche mélodie chorale destinée à tous les chanteurs jugée au même point de vue. C'est une psalmodie chorale plus ornée que celle des heures canoniques, celle-ci réclamait des formules abordables même à ceux qui ne savaient que chanter médiocrement ». H. LECLERCQ.
INVASION ARABE.—
I. Les sources.
1. Les papyrus égypto-grecs.
2. Les ouvrages coptes.
3. Historiens arabes.
II. L'Égypte byzantine.
II. De Péluse
VI. Situation des Byzantins en Afrique.
Mais c'est surtout l'administration financière de l'Égypte du vii siècle (698-722), son système d'impôts, que les papyrus d'Aphroditopolis mettent en lumière. Parmi les contributions ordinaires (nuecex), auxquelles les Éxotoxwopôtvx s'opposaient, l'ëuéor s'acquittait en nature, généralement en grains, les autres en argent (yevotx). L'ÈuSoañ ressort avec peu de netteté des textes : taxe foncière avant tout, sinon exclusivement, qui représentait une proportion assez variable de froment, quelquefois d'orge. L'État n'en refusait pas l’acquittement en espèces (drxeyuptouéc), mais tâchait de l'éviter, et il n’est même pas sûr que de tels paiements ne fussent pas transférés du chapitre de l'Éuéoin à ceux des puctxt. On trouve la mention d'un embolar que, mais son rôle exact n'apparaît pas clairement. Les ônuôotx puoix& englobaient les nuôocix tout court, car t énuôoLx yho (ou peut-être To ônuöorov, car la formule ne se présente qu'en abrégé), impôt foncier, pesant sur tous propriétaires, hommes et femmes, et compensé peut-être par une taxe TV GUVTEVLTOY, sur les commerçants ; puis la capitation, Ltypxoov ou Lxyexpn, n'atteignant que les hommes, vu son troisième nom, &véetou6s ; l'exemption des femmes remontait d'ailleurs aux Romains. Les Musulmans semblent avoir joui du même privilège, en qualité de conquérants ; en revanche, ils étaient grevés de l'impôt foncier, excepté, on le croirait, au début de l'occupation. Ces deux genres de contributions variaient suivant les districts : le taux de la taxe foncière dépendait aussi de la nature du sol : on demandait bien plus au terrain régulièrement irrigué (xx0æo0c) qu'à celui qui ne l'était pas (ytosôc). Les xouoixd comprenaient encore la Sardvn, servant à appointer les pércepteurs et autres agents locaux.
Quant aux xorombodivx, ils résultaient de réquisitions diverses (ôtævouæl) pour services publics, par exemple en vue de fournir des allocations aux fonctionnaires ou aux colons arabes, des vivres aux marins TOV, xoüpaov_ »AvyæroAñcs (sans parler de cha que pagarchie en général et de cha et ouvriers, de construire des édifices ou des navires. Le papyrus n. 1414 paraît indiquer que les assujettis 5 | pouvaient livrer des ein (marchandises) ou recourir à l’adæratio ; de là les mæypvpiomoi yáňxxTogi 5 Bouropos, LÉALTOG, etc., tantôt th riuñoet (suivant v tarif préfixe), tantôt &veu riunceoc (selon les prix T marché, aux jour et lieu de la libération). Enfin l'État exigeait certains services personnels de corvée, où plutôt de conscription, car il les rémunérait, nota ment sur le produit des Éxotoæépo :ve.
Le mode d’assiette et de répartition des taxes a pa être établi, grâce à une multitude de renseignements disséminés. Dans cha que yœptov, un registre (rad vexgov) était tenu ; il indiquait tous les contribuables et l'avoir de chacun d'eux, spécifiait les genres de cultures, comme la vigne, détaillait jusqu'au nombre des arbres, palmiers ou acacias. La préparation de ce registre incombait, non point aux officiers publics, mais à quelques habitants assermentés, délégués (ÉTLXE 40évres) par les ueilovse ou principaux propriétaires. D'après ces registres, les agents du trésor central, à Fostat, fixaient la quotité annuelle — assez constante en fait — de toutes les contributions à exiger pour cha que village en particulier, car l'État préférait ne connaître que les communautés, responsables du complet paiement. Le gouverneur adressait tous les ans au pagar. i que, pour cha que ywgiov, un ordre de versement. (ÉvrdyLov), qui énonçait en bloc les 8nuostx et les eubohœi ; on ne détaillait que les contributions extraordinaires. Puis une commission choisie, peut-on penser, comme ci-dessus, partageait ce total en chapitres M cote foncière, capitation, xrævy, et répartissait les sommes dues entre les contribuables, selon leurs facultés. Les papyrus nous mettent sous les yeux de nombreux spécimens de ces ueptouoi. Une distinction se mar que entre les vo‘u{ouxra) èylópeva) et pli Oluto) : les derniers doivent indiquer des espèces comptées pour leur valeur inscrite, les autres des monnaies dont la valeur réelle avait été reconnue au poids par le, Cuyoogrérnc.
Non seulement il y avait un impôt proportionnel ! mais un impôt mobile c'est-à-dire que toute l'Égypte n’était pas soumise aux mêmes tarifs. Il est possible« et même probable que les Arabes se soient trouvés un peu embarrassés par leur conquête, qu'ils n'aient su comment la pressurer convenablement ; ils eurent alors le bon esprit de se dire que leurs prédécesseurs étaient passés maîtres en la matière et qu'ils perdraient peu à suivre leurs exemples et à pratiquer leurs maximes, ce qu'ils firent, et ils s'en trouvèrent bien. Somme toute, « le régime arabe ne fut pas plus tyrannique qu'un autre : s'il parut l'être c’est peut-être parce que depuis tant Des que Pharaons, Romains et Byzantins mettaient le pays en coupe réglée, la richesse faisait place à l'épuisement et le dernier venu se trouvait obligé 1 de recourir à des moyens discourtois ou même violents « pour obtenir ce que ses prédécesseurs recevaient en tendant simplement la main. Les papyrus égyptogrecs rendent témoignage de la modération des Arabes, mais on a remarqué avec justesse que les actes publics ne suffisent pas pour établir une prospérité réelle et durable ; ceux de la vie civile entre simples particuliers | | montrent bien davantagesi la prospérité est réellement le partage de ce pays ou si, au contraire, le pays soufre » de la tyrannie et de l'oppression.
D'autres papyrus répondent à cette question et permettent d'assurer que la vie civile et commerciale de l'Égypte au temps de la conquête n'avait déchu en f rien de ce qu'elle était sous le régime byzantin. D’ ailleurs il eût fallu que les vainqueurs se multipliassent à un point qu'on ne s'imagine pas facilement s’il leur eût pris fantaisie de changer beaucoup de choses dans | FA pe ox | o INVASION ARABE 7 : rie Ja population de l'Égypte comptait, d'après les auteurs A “arabes, 2 500 000 personnes devant payer le tribut. L'armée byzantine était peu nombreuse et passable- | “ ment désorganisée 1 ; on pouvait, sans beaucoup de | peine, en avoir raison, mais il restait à tenir la popu- lation en respect et à lui faire acquitter les impôts.. Pour cela, les Arabes n'avaient qu'un parti à prendre : c'était de maintenir l'administration officielle et d'assurer la sécurité du pays.
T 20 Les ouvrages coptes. — Le premier ouvrage où il ~ est question de la venue des Arabes en Égypte est une | D ction ajoutée après coup à la Vie de Schenouti
(FA
qui nous est parvenue en arabe. On y lit que « les » Perses causeront à l'Égypte un grand malheur, car ils prendront les vases sacrés de l'Église et ils boiront du vin devant l'autel, sans crainte et sans effroi ; ils - violeront les femmes devant leurs maris. Quel que | - temps après, les Perses quitteront l’ Égypte : ensuite se Le Bic l’Antéchrist, il entrera près du roi des Grecs et il sera de sa part nommé lieutenant sur les deux digni-. tés des offi ces gouvernement aux et des évêchés, il » entrera en Égypte, fera plusieurs choses et s’'emparera dë l'Égypte et de ses dépendan ces ; il construira des » fossés et des forteresses, il fera bâtir les murail les des » vil les qui sont dans le désert, il gardera l'Orient et » l'Occident. Ensuite il combattra le pasteur, le chef des évêques d'Alexandrie, le chef des chrétiens qui habi » tent l'Égypte ; et, quand on combattra, celui-ci s'enfuira vers le pays de Zimon jusqu'à ce qu'il arrive à un ~ monastère, triste et affligé ; et, quand il y sera arrivé, je le ferai retourner et le ferai asseoir sur son siège une autre fois. Ensuite se lèveront les fils d'Ismaël et © ceux d'Aïsson : ils maltraiteront les chrétiens qui habitent le pays d'Égypte et certains d’entre eux désireront être les maîtres de toute la terre, régner sur elle et bâtir le temple de Jérusalem. Et quand cela arrivera, sache que la fin du monde est proche. » Or, il se trouve ~ que le monastère de Schenouti fut une des étapes du … patriarche Benjamin, fugitif devant un certain Cyrus, - èt Benjamin fut rendu à son siège après la conquête de l'Égypte et la prise d'Alexandrie par les Arabes. Ce Cyrus est ici l'Antéchrist.
La Vie de Pisentios, évê que de Keft ?, et la Vie da patriarche Isaac apportent, el les aussi, un contingent de faits uti les, mais sans rapports, avec la conquête arabe ; au contraire, la Vie du moine Samuel de Qalamoun a directement rapport à la conquête. Un des fragments dont elle se compose traite d'un personnage nommé Mouqoqis qui, au dire des écrivains arabes, » joua un rôle éminent dans la conquête 5. Dans la prophétie de Schenouti, il est désigné comme pseudoarchevê que et ministre des finances : dans la Vie de Samuel il porte le nom de Kaukhios ; dans l'Histoire d'Héraclius, par l'évê que arménien Sébéos, le personnage se nomme Cyrus, est évê que de Phase sur le Pont-Euxin et envoyé en Égypte par Héraclius en qualité d’archevê que d'Alexandrie et de gouverneur général de l'Égypte. Le rôle de ce personnage dans la conquête de l'Egypte par les Arabes est important ; il paraît vrai qu'il fut envoyé de Constantinople à Alexandrie, où il remplaça l'augustal. Fut-il patriarche ? ceci ne dépendait plus de la volonté d'Héraclius, mais de l'ordination ; or il y avait alors deux patriarches rivaux : Benjamin et Georges. Il eût fallu leur déposition en concile avant de procéder à la nomination de leur successeur ; aucun auteur ne parle de cette déposition.
Cyrus vint donc à Alexandrie et Benjamin décampa sans attendre l'arrivée de cet envoyé de l’empereur. Georges ne bougea pas et entretint de bons rapports avec Cyrus qui tint un concile à Alexandrie, mais constata qu'il inspirait plus d'aversion que de sympathie, Parmi ses adversaires se trouvait en bonne place Jean de Nikious, l'auteur de la Chroni que, qui termine son ouvrage par le récit de la restauration du patriarche fugitif Benjamin après douze ou treize ans de courses dans le désert liby que, les monastères de Nitrie et de Deir-el-Abiod (voir ce mot).
Reste l'Histoire des patriarches d'Alexandrie qui n'est, en réalité, qu'une biographie du patriarche Benjamin qui occupa le siège épiscopal de 622 à 661. Comme Benjamin s'enfuit dès qu'il apprit l'arrivée prochaine de Cyrus et ne reparut que trois ans après la conquête de Babylone d'Égypte (voir Dietionn., t.11, au mot CAIRE), le récit que l'auteur de sa notice biographi que fait de l'invasion arabe tient en une cinquantaine de lignes, ce qui est bref, mais ce passage est important.
Pas un seul auteur arabe n'a écrit sur la conquête de l'Égypte avant le ix° siècle, Le premier dont l’on fasse mention est El Ouakidy, qui naquit en 747 et mourut en 823 ; s'il écrivit son ouvrage dans le dernier tiers de sa vie, il écrivait donc près de cent soixante ans après les événements. Il ne subsiste de ses œuvres que de rares fragments chez les auteurs qui ont cité le Kitdb-Fouthou-Misr ou « Livre des conquêtes de l'Égypte », et il n’est pas tout à fait certain que ce livre soit son ouvrage, Après lui vient El-Baladhoury, | né en 806, mort en 892. Il écrivit vers 868 un récit de la Conguéële des contrées. Un troisième auteur, nommé Ibn°Abd el Hakam, mort à Fostat(Le Caire) en 870, est connu par les traductions de Quatreméère dans les Mémoires géographiques sur l'Egypte et G. Weil dans | sa Geschichte der Chalifen. Ensuite c’est le tour de Ibn Koutaibah, né en 828, mort en 889, dont le Kitab el-Muw'arif ou « Livre des connaissan ces » est la plus ancienne donnée histori que qui existe actuellement chez les Arabes T. Ainsi nous n'avons pas d'œuvre histori que sur la conquête de l'Égypte qui eût été écrite avant la fin du ix siècle, c'est-à-dire 250 ans environ après l'événement puis que l'œuvre d'El Ouakidy est perdue en grande partie.
Au Xe, Tabari (839-923) est l'auteur d’Annales trop vantées ; après lui on ne rencontre plus personne jusqu'au xii siècle ; on trouve alors les Annales d'Ibn el Athir rédigées d’après celles de Tabari. Ensuite vient Ibn Khallikan, auteur de Biographies contenant certains traits relatifs à la conquête ; puis le géographe Yakout ; El Makir qui écrivit une Histoire des Musulmans au xiii siècle ; Abou Faradj, appelé Bar-Hebræus, une Histoire des dynasties, Ibn Kaldoun (1332-1405) a laissé quelques renseignements sur l'Égypte. Tous ces auteurs sont éclipsés par El Makrizy (1385-1441) dont l'ouvrage le plus célèbre est une Description de l'Égypte.
Comme on appelle son Khitat, « Makrizy est le type de l'auteur arabe, mais aussi de ce que vaut l'historien arabe. On lui a fait une grande réputation de savoir ; il peut la mériter si, par savoir, on entend une érudition indigeste, sans critique, admettant sur le même pied tous les renseignements qui lui sont parvenus. Dans son Khitat, il y a de l'excellent et du pire, mais le pire est, je crois, en plus grande quantité que l'excellent, de telle sorte qu'on ne peut se servir de son ouvrage qu'avec la plus grande prudence et en prenant bien garde d'admettre un renseignement parce qu'il l’a donné ».
Après Makrizy, il faudrait citer encore Aboul Mahasin, mort en 1409, et Soyouty (1445-1505) si on pouvait tirer parti de ce qu'ils disent. Il est vrai qu'ils entrent dans les détails les plus circonstanciés, mais on ignore où ils les prennent, et à une distance de sept ou huit siècles de l'événement sur lequel ils se prétendent ainsi renseignés il est permis de leur demander la garantie de leur témoignage avant de recourir à celui-ci.
Enfin, il y a Abou Selah, auteur d'une Histoire des églises et des monastères d'Égypte. Cet auteur, arménien d'origine, vécut au Caire entre le xie et le commencement du xiii siècle. Les descriptions n'ont pas été faites sur les lieux, au moins pour celles qui étaient hors de la banlieue du Caire, aussi met-il quelque confusion dans le sujet dont il traite au lieu de l'éclaircir. Le cas n’est pas sans exemple.
II. L'ÉGYPTE BYZANTINE. — L'Égypte en trois éparchies ou gouvernements : Basse-Égypte ayant pour capitale Alexandrie avec un gouverneur nommé augustal ; la Haute-Égypte (I°), avec Antinoë pour capitale et un dux pour premier magistrat ; la Haute-Égypte (II°) dont la capitale variait suivant les époques. Enfin un canton limiton, l'extrême frontière exposée aux incursions des Blemmyes, des Nobades et autres tribus nubiennes et soudaniennes (voir Dictionnaire, t. v, au mot ETHIOPIE), et où commandait un comte : comes limitis.
Pour que les chefs militaires ne possédassent pas qu'un vain titre, il avait fallu leur donner des soldats, et, vu la difficulté de se les procurer, Justinien admit dans les légions des auxiliaires, barbares ou non. Il existait ainsi des garnisons de Daces à Théodosiopolis, de Maures à Hermopolis, de Scythes et de Bisilectes à Antaiopolis. Cette armée, composée de mercenaires ou d'étrangers, n'avait que l'honneur militaire pour lien et pour soutien, elle n'avait aucun intérêt de patriotisme, aucun attachement avec le pays qui la poussât à se sacrifier pour lui.
Y avait-il un contingent égyptien ? On n'a pas de raison d'en douter, mais on ignore sa force et sa qualité. L'armée d'occupation plutôt qu'armée nationale était sans doute destinée à défendre le pays et à y maintenir l'ordre, mais à défaut de bandes ennemies à réprimer, elle servait de gendarmerie pour faire rentrer les impôts que la population n'acquittait que contrainte.
Pour cela il fallait répartir un effectif peu considérable sur un terrain immense allant de Damiette à Memphis en largeur et de Philé à Alexandrie en longueur, c'est-à-dire un espace mesurant quatre-vingts lieues sur plus de cent. L'effectif ne dépassait pas deux cent cinquante mille à trente mille hommes sous Justinien, disséminés parmi une population de deux ou trois millions d’habitants.
D'ailleurs généraux et soldats byzantins se valaient. Les premiers étaient envoyés en Égypte pour faire fortune, et ne savaient rien de la guerre ; les seconds se considéraient dans ce pays comme dans un plantureux exil où tout était toléré, ce qui fait qu'ils se permettaient tout.
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sité ; à cette ville aboutissait la grande muraille élevée pendant la XIXe dynastie contre les incursions des nomades, muraille réparée sans aucun doute par les ordres de Cyrus et dont il fallait avoir la clef en main sous peine d'être obligé de remonter jusqu'à Qolzoun, ou tout au moins jusqu'à Héroopolis (Tell-el-Maskhoutah).
‘Amr ne pouvait se dispenser de mettre garnison dans Péluse et dans Belbeïs ; cela fait, il reprit la marche en avant.
Si la crue du Nil retardait ses mouvements, elle avait un avantage précieux, elle gardait le secret de ses opérations.
Au moment de l'inondation, presque tous les rapports sont suspendus entre les villages de l'Égypte, ceci put empêcher le gouverneur du pays d'apprendre les événements survenus à Péluse, ou du moins d'en apprécier la gravité réelle ; il put croire qu'il ne s'agissait que d'une razzia, comme celles qui survenaient périodiquement et se dissipaient avec la même promptitude qu'elles étaient venues.
C'était bien à une razzia qu'on aurait dû croire, ne pouvant raisonnablement lier deux opérations aussi distantes que Péluse et Belbeis.
Si ‘Amr avait fait ce calcul, il se montrait vraiment capable de conduire des armées.
De Belbeis, on peut conjecturer, avec toute vraisemblance, qu'il aura demandé du secours au khalife “Omar.
Il avait fait une, probablement deux garnisons, perdu quelques hommes très certainement, et il approchait de Babylone d'Égypte : à Héliopolis, il n'en était pas plus éloigné que de deux ou trois lieues.
Maintenant, il pouvait craindre à tout moment d'avoir sur les bras toute l'armée byzantine d'Égypte.
Ce fut dans la plaine, entre Héliopolis et le Caire actuel, que la première armée byzantine lui barra le chemin.
passer à l'islamisme, il insista sur la nécessité de capituler moyennant reconnaissance et garantie de la propriété particulière. Son avis fut repoussé, la conférence levée et le pont de bateaux rompu qui faisait communiquer l'île de Ruondah avec la terre ferme.
Un combat suivit, qui fut à l'avantage des Musulmans et Cyrus réussit alors à faire accepter aux Cairote ce qu'ils avaient refusé d’abord : une capitulation avec tribut. La ville seule se rendait, la forteresse continua d'être assiégée comme auparavant. La date de la capitulation de la ville reste dans l'incertitude, novembre ou décembre 640. A peine était-elle signée que Cyrus dut partir pour Constantinople rappelé par Héraclius qui le traita de la manière la plus dure et l'exila.
‘Amr étant maître du Caire divisa son armée, que des renforts successifs pouvaient avoir portée à 12 000 hommes environ, et envoya différents corps dans la Haute et Basse-Égypte pour les réduire ou les soumettre au besoin. A l'approche des Arabes, le duc Jean, qui commandait à Antinoé, capitale de la Haute-Égypte, s'enfuit en emportant le montant des impôts et réussit à gagner Alexandrie. A cette époque, le Fayoum fut soumis ainsi que plusieurs villes de la Basse-Égypte, entre autres Ménouf et Athiribis, mais ‘Amr échoua complètement devant Damiette et Samounoud que l'inondation défendit mieux que les soldats,
Ces opérations ne le détournaient pas de la poursuite du siège de la citadelle du Caire ; le siège traînait en longueur au déplaisir de la population qui se déclarait de plus en plus favorable aux Arabes, se révoltait contre les ordres des chefs civils, refusait d'obéir à ceux des chefs militaires. La garnison tenait, mais elle luttait sans espoir comprenant que sa résistance était inutile, Les eaux du fleuve devenues basses ne permettaient plus que difficilement le ravitaillement de la place, on résolut donc de capituler. On stipula que les assiégés auraient la vie sauve, que les soldats sortiraient de la citadelle emportant leurs bagages et leurs armes personnelles, mais abandonnant le matériel de guerre (24 mars 642).
T. V, PRISE D'ALEXANDRIE. — Maître du Caire, ‘Amr songea à soumettre Alexandrie, dont le chemin lui était ouvert. Il commença par faire jeter un pont de bateaux pour unir l’île de Ruondah à la terre ferme de la rive ouest, par-dessus le grand bras du Nil, coupant ainsi toute communication entre la Haute et Basse-Égypte. Tirant parti des dispositions que lui manifestait la population, ‘Amr incorpora dans son armée un certain nombre de soldats égyptiens révoltés contre les Grecs, connaissant très bien leur pays et tout disposés à le conduire à Alexandrie. Pour mieux assurer sa marche, il fit embarquer une partie de son armée qui descendrait le fleuve et resterait toujours en communication avec un corps qui suivrait la voie de terre. Ce corps suivit le désert jusqu'à Nagilah livrant quelques combats à Terrauch et à Ham-Scherik ; au moment où la route s'écarte du Nil, on descendit jusqu'à Dalingat, puis jusqu'à Sontis (ou Sountaïs) et Damanhour, et de cette ville, en suivant le canal Mahmoudieh, qui porte l’eau douce à Alexandrie, on arriva à Karioun.
La flotte, elle, passait à Nikious où, à la vue des Arabes, un grand nombre de soldats grecs se jetèrent à l'eau et y périrent. À partir de cette ville, les massacres de soldats byzantins se multiplièrent ; de Nikious, la flottille vint à Saïs, où l’on égorgea un général grec avec les soldats cachés dans les vignes qui entouraient la ville. » De Saïs, elle gagna Niclétis ou Fanah, puis ‘Aft où elle prit le canal de Mahmoudieh qui la conduisit à Karioun où se livrèrent une série de combats pendant une dizaine de jours ; la fortune, d'abord indécise, finit par favoriser les Arabes qui se trouvaient rendus à peu de distance d'Alexandrie.
‘Amr tenta une attaque de vive force ; mais il avait compté sans l'artillerie des Byzantins qui l'obligea à se tenir hors de la portée des projectiles. L'armée arabe, affaiblie par des détachements à Péluse, Belbeïs, Héliopolis, le Caire, Nikious, Saïs, etc., avait pu combler les vides par des soldats indigènes, elle pouvait dépasser un peu le chiffre de 10 000 hommes ; la garnison d'Alexandrie ne devait pas être plus considérable. Dès lors le siège suivit son cours.
Pendant qu'on assiégeait la ville, Cyrus exilé et disgracié par Héraclius, y reparut envoyé par son successeur (14 septembre 641), Cyrus n'avait pas perdu courage et, après être parti presque en cachette, comme un traître, il reparut en triomphe à Alexandrie, « Tous les habitants de la ville, dit Jean de Nikious, hommes et femmes, jeunes et vieux, accoururent près du patriarche Cyrus et manifestèrent leur joie de son retour... Lorsqu'il se rendit à la grande église du Césarion, on couvrit tout le chemin de tapis, on chanta des hymnes en son honneur et la foule fut si grande que l'on s'écrasait : c'est à grand-peine qu’on put le faire arriver à l'église. »
Cyrus se hâta de reprendre les négociations et Jean de Nikious dit qu'il alla trouver ‘Amr à Babylone ; il reçut un accueil bienveillant, mais ils ne purent s'entendre.
Le siège d'Alexandrie consistait plutôt en un blocus du côté de la terre, et gênait l'exportation plus qu'il n'affamait les habitants ; néanmoins les factions et l'anarchie se chargeaient de travailler pour les Arabes. Dès l’arrivée de Cyrus il lui avait fallu chasser Dometianus, ancien général-gouverneur de Nikious, devenu chef de la faction bleue à Alexandrie. Ne pouvant obtenir ni des conditions favorables de ‘Amr, ni un sursaut d'énergie et de discipline de la population, Cyrus laissa aller les événements, se bornant à les surveiller afin de saisir le moment favorable pour obtenir des conditions moins dures.
Après un siège de quatre ou cinq mois, en octobre 642, Alexandrie capitula et l'armée grecque quitta l'Égypte en septembre 643. Mais Cyrus n'avait pu traiter qu'à des conditions cruelles. Il abandonnait la totalité de l'Égypte aux Arabes. Un article du traité déclarait qu'une certaine somme serait payée aux Musulmans, étant donné que ceux-ci, sans prévenir Cyrus et les autorités de la ville, se présentèrent aux portes d'Alexandrie avant que les habitants eussent connu les termes du traité.
Pour reconquérir l'Afrique sur les Vandales, Bélisaire avait débarqué avec un corps expéditionnaire de dix-sept mille hommes. L'armée d'occupation avait été fortement constituée, afin de décourager les envahisseurs que la richesse de ce beau pays ne pouvait manquer d'y attirer, « En 27 (de l'hégire), écrit El Bâädji, l'Ifriqiah était des plus florissantes, remplie de grandes cités et de belles contrées... De Tanger à Tripoli, on ne voyait que des arbres, des eaux, des fleurs, des fleuves, des prairies et des moissons 1. » Derrière Bélisaire s'était abattue toute la pompeuse et ruineuse hiérarchie administrative, vivant aux dépens d'une population diminuée et appauvrie, accablée par un impôt excessif. L’Administration centrale, à elle seule, comptait quatre cents employés, auxquels il faut ajouter ceux des provinces, en nombre au moins égal. L'entretien des troupes et des forteresses coûte des sommes énormes et ne rend pas le service qu'on en attend. Durant toute la période de l'occupation byzantine, nous voyons le pays envahi par les Maures. La politique grecque en Afrique nous apparaît comme l'effort gigantesque et très méritoire d’un peuple policé pour soumettre et assimiler une province lointaine que les barbares menacent de toutes parts. Jadis, les Romains y avaient réussi, les Byzantins avaient hérité de leurs traditions et de leurs méthodes, mais non de leurs moyens, ils firent ce qui dépendait d'eux et leurs efforts n'eurent pas d'autre résultat que de déchaîner sur le Byzacium et la Proconsulaire un effrayant cortège de calamités et de couronner la ruine complète de l’œuvre latine en Afrique. Le régime byzantin avait été restauré en 533 : un siècle plus tard, vers 634, le stratège Pierre refusa d'aller au secours de l'Égypte, envahie par les Arabes. En 646, le patrice Grégoire profite de la minorité de l'empereur Constant II pour se proclamer empereur lui-même. Les populations le suivent avec enthousiasme, Africains romanisés et tribus berbères embrassent son parti ; c’est la fin de la domination impériale en Afrique, Le pays s'était accoutumé à l'insécurité, soumis à l'invasion périodique, il se défendait de son mieux, parfois avec succès, les villes fortifiées étant très nombreuses. Sauf dans la plaine inférieure du Byzacium, il serait difficile de faire dix lieues sans en rencontrer une. Le colon s'y réfugie au premier signal d'une attaque, et la cité, remarquablement munie en prévision du rôle qu'elle aura à remplir, tient ferme contre l’assaillant, Si celui-ci entreprend un siège, ce n'est qu'après un long blocus qu'elle consent à traiter, et la fatigue égale de l'assiégeant et de l'assiégé rend facile les négociations de la rançon à payer. Parfois le colon ne quitte même pas sa terre, il se contente de fortifier un poste ou de mettre en état de défense quel que ancien bâtiment de solide construction. Il en fait un donjon féodal qui abrite, au jour du danger, les gens du voisinage. Le Maure est si parfaitement ignorant de l'art des sièges qu'on peut espérer lui tenir tête dans un fortin de ce genre. Du reste, il ne vient pas tous les ans ; le cultivateur jouit de longues périodes de paix, troublées peut-être de fausses alertes qui le tiennent en haleine, mais heureusement écoulées dans l'indépendance à peu près complète du pouvoir et du fonctionnaire byzantin. Quand l’envahisseur s'avance, le pays s'arme, se retranche, vide ses campagnes, hérisse de piques ses innombrables bastions, tente des diversions, poursuit les corps qui s'en vont chargés d'un butin trop lourd et réussit parfois à châtier rudement les voleurs. Pour des gens ainsi préparés, les Maures avaient presque cessé d'être redoutables. Les Arabes l'étaient d'autant plus qu'ils apparaissaient plus mystérieux. Mahomet avait inculqué à ses fidèles la foi dans un Dieu unique, juge suprême au jour de la Résurrection et par qui chacun sera envoyé à la récompense ou au châtiment. Réciter des prières, faire l'aumône, jeûner aux temps marqués, payer la dime et faire une fois en sa vie le pèlerinage de la Mecque, c'était tout le bagage d'un saint musulman. Une fois musulman, il faut demeurer tel et le devenir si on ne l’est pas ; pour le devenir, il y a deux méthodes d'apostolat : la prédication et la violence. La violence est plus efficace, plus prompte et exige moins d’études, il est plus facile de rompre les os d'autrui que de se rompre la cervelle soi-même, D'ailleurs, ce n’est pas par l'argumentation que l'Arabe entend inculquer l'excellence et la supériorité de sa doctrine, c'est par la guerre sainte, le Djihäd. Les autres préceptes de la loi coranique sont obéis sans murmurer, celui-ci est exécuté d'enthousiasme. La guerre sainte consiste à envahir les territoires de ceux qui ne sont pas « croyants » afin de les conquérir, de les asservir, de les convertir. La guerre sainte satisfait l'âpre désir d'expansion, la rage de prouesses qui affolait l'Arabe au VIIe. Depuis que cette nation existait, elle s'épuisait en luttes intestines sanglantes, Mahomet sut faire sortir de ces rivalités séculaires une unité durable et lui donna un objet, c’est-à-dire un but où frapper. Sans cet exutoire qu'est la guerre sainte, l'Islam se fût dévoré et vite épuisé en compétitions ruineuses, tellement que nous ne le connaîtrions même pas. L'esprit de Mahomet lui survécut et ses fidèles se jetèrent à corps perdu sur les territoires qui s'offraient à eux. Au sortir de l'Arabie, trois routes s'ouvraient devant eux qui les menaient dans trois directions différentes : la première gagnant la droite de l'Euphrate se dirigeait vers le plateau de l'Iran, la Transoxiane et l'Inde ; la deuxième, montant vers le Nord, conduisait en Asie Mineure ; la troisième, tournant vers l'Ouest, menait en Égypte et, de là, dans les provinces du nord de l'Afrique. Les troupes musulmanes conquirent d’abord la Syrie, ensuite l'Égypte et la Perse qui fit, elle, une assez longue résistance. Arrivées en Égypte, les Arabes regardèrent vers l'extrême Occident.
VIT, SOURCES HISTORIQUES. — Les invasions arabes de l'Afrique du Nord ont été racontées maintes fois, nous y revenons en tirant parti de deux sources d’un sérieux intérêt. Le Medlem el Imdn fi marifet ehl el Qaïrouân, de Mohammed ibn en Nädji, manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds arabe 2154, en deux volumes de 175 et 256 folios. L'écriture est assez lisible, en caractères maghrebins ; encadrement rouge, notes et corrections marginales. L'auteur, nommé Sidi Mohammed F ben en Nâdji, fut éduqué par son oncle Abou Saïd Khalifah ben en Nâdji Ettonoukhi, qui construisit une mosquée et fut renommé pour sa sainteté. Mohammed ibn en Nädji fut chargé, à l'âge de vingt et un ans, de faire la prière et la khotbah dans une mosquée ; sa seconde khotbah arracha des larmes à l'auditoire. Après avoir été tour à tour khatib, puis qadi dans l'île de Djerbah, à Béjà puis à Gabès, il se signala pour son esprit critique. Dès son arrivée à Gabès, il vit un pèlerinage florissant dans une chambre de mosquée où on lisait ces mots : « Ceci est le tombeau d’Abou Lobâbah, compagnon du prophète. » Le gardien entendit avec stupeur Ibn en Nâädji mettre en doute la réalité d'Abou Lobâbah, mais le critique était armé d'érudition et montrait que les historiens ne mentionnent d'autres compagnons du Prophète inhumés en Afrique qu'Abou Ze m'a Elbelaouï, enterré à Qaïrouan. Les pèlerins, les habitants, le gardien eussent fait volontiers un mauvais parti à Ibn en Nådji qui invoqua le savant Aboulqäsem El Berzouli : celui-ci était un sage, il répondit qu'il avait lui-même fait un pèlerinage au tombeau d'Abou Lobäbah dont jamais personne n'avait entendu parler, ce qui ne voulait pas dire qu'il n'eût jamais existé. Ibn en Nâdji quitta Gabès, où on ne le retint pas, se rendit à Laribus (Lorba) et de là à Tébessa où il écrivit son livre. L'’anecdote qu'on vient de lire est tout à l'honneur de sa conscience d'historien et l'ouvrage semble digne de créance. Il se divise en deux parties : la première comprend une description sommaire des anciennes mosquées et l'histoire de la fondation de Qaïrouan (t.r, fol. 1-23) ; la seconde est consacrée à la biographie des personnages célèbres qui sont nés dans cette ville ou qui l'ont habitée ; elle renferme trois cents quatre-vingt-quatorze biographies et presque toutes contiennent des indications utiles. Ce fut Mo‘awiah ben Khodeïdj qui jeta les premières bases de l'occupation du pays. En l'an 34 de l'hégire, Mo‘awiah creusa des puits à l'est de Qaïrouan et leur donna le nom de puits de Khodeïdj. En l'an 41 de l'hégire, il s'empara de Bizerte, revint sur Qamounia, occupa Dijelloula, resta trois ans à El Qarn et il y éleva des habitations auxquelles il donna le nom de Qaïrouan. Ce fut la première Qaïrouan, dont il ne reste aucune trace. Il fit trois expéditions en Ifriqyah en 34, 45 et 50 de l'hégire. Après Mo'‘awiah ben Khodeïdj, le territoire de Qaïrouan fut encore occupé par les troupes de ‘Oqbah ben ‘Amir el Djah’ni, de Rouifa’ ben Tsäbit, en 47 de l'hégire. C'est ici que se place la question du véritable fondateur de la ville, qui serait “Oqbah ben “Amir el Djah'ni d'après la tradition la plus généralement adoptée. Il avait été gouverneur de l'Égypte de l'an 45 à l'an 47 et avait acquis une précieuse expérience. Ses compagnons estimaient Sousse un poste préférable pour la défense et l'attaque ; il leur représenta que, dans un port de mer, ils seraient exposés aux incursions de la flotte grecque et que les environs de Qaïrouan, particulièrement le voisinage des Sebkhas, leur permettait de garder les troupes de chameaux qu'ils avaient avec eux.
Le Riädh en-Nofous (Jardin des âmes) d'Abou Bekr ‘Abd Allah ibn Mohammed el Mäleki, manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds arabe 2153, se compose d'une suite de biographies et notices historiques sur l'Afrique depuis l’époque de la conquête musulmane jusqu'à la fin de 965. Ce manuscrit est unique en Europe, mutilé à la fin, mal écrit, avec peu de points diacritiques et d'un déchiffrement difficile. Cet ouvrage est d'une importance extrême pour l'histoire de l’Afrique musulmane parce que l'auteur insère des extraits de biographes contemporains des événements.
VIII. PREMIÈRE COURSE EN AFRIQUE. — Les armées arabes n'eurent jamais d'’imposants effectifs. Les combats livrés en Égypte n'avaient été ni très sanglants ni très nombreux, aussi quelques renforts envoyés par le khalife avaient suffi à achever la conquête. Les effectifs destinés à l'Afrique ne furent pas beaucoup plus élevés. “Amr avait amené en Égypte bon nombre des meilleurs guerriers musulmans, beaucoup d'entre eux se retrouvent quelques années plus tard en Ifriqiah. Il semble, en effet, que cette terre d'Afrique ait exercé sur eux un attrait irrésistible ; ils n'en sortirent plus volontiers et furent de toutes les expéditions destinées à affermir la conquête. Ce furent les Africains de ce temps-là, ancêtres des d'Aumale, des Bugeaud, des Lamoricière. “Amr leur apprit la guerre, la conquête de l'Égypte fut la première grande opération à laquelle ils prirent part.
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rs guerriers musulmans, beaucoup d'entre eux se retrouvent quelques années plus tard en Ifriqiah. Il semble, en effet, que cette terre d'Afrique ait exercé sur eux un attrait irrésistible ; ils n'en sortirent plus volontiers et furent de toutes les expéditions destinées à affermir la conquête. Ce furent les Africains de ce temps-là, ancêtres des d'Aumale, des Bugeaud, des Lamoricière. “Amr leur apprit la guerre, la conquête de l'Égypte fut la première grande opération à laquelle ils prirent part.
En 642 (22 de l'hégire) “Amr marcha vers le Maghreb et atteignit Barqah, ville de la Pentapole. Il accorda la paix à sa population, moyennant une djizyah de trois mille dinars qu'ils payèrent en vendant ceux de leurs enfants qu'ils voulurent vendre. Ensuite Amr expédia vers le Sud-Ouest, dans le désert, un guerrier appelé ‘Oqbah ibn Näf°. Il semble que les Arabes se sont mépris tout d’abord sur la vraie route à suivre pour tenter la conquête de l'Afrique, droit vers l'Ouest. Peut-être craignaient-ils le voisinage de la mer, qu'ils n'osaient affronter, le sable les effrayait moins que l’eau. Les historiens ne donnent pas d'autres détails sur la prise de Barqah et l'expédition de ‘Oqbah. “Amr prit Tripoli, dont il s'empara, de même que des montagnes des Nefousah (tribu de Berbers) qui étaient chrétiens, en l'an 23 (643-643). Ibn Abi Dinar est le seul auteur qui parle d’une expédition particulière de ‘Oqbah sur Barqah ; les autres historiens ne mentionnent que celle qu'il dirigea sur Zaouilah. ‘Amr, dit Ibn al Atir, quand il en eut fini avec Barqah, marcha sur Tripoli du Gharb et l'assiégea durant un mois, sans pouvoir s'en rendre maître. Il avait établi son camp au sud de la ville. Un homme de la tribu de Modledj en sortit un jour pour chasser, avec sept de ses compagnons. Ils allèrent à l’ouest de la ville et, au retour, très fatigués par la chaleur, gagnèrent le bord de la mer. Le mur d'enceinte n'allait pas jusqu'au flot, et l’on voyait les navires des Grecs amarrés en face des maisons. Le Modlediji et ses compagnons remarquèrent le passage entre la muraille et la mer ; ils s’y engagèrent, pénétrèrent dans la ville, et poussèrent le cri « Dieu est le plus grand ! » « Quand les Roumi entendirent » Dieu est le plus grand, » continue Ahmed ibn Zaini Dahlâm, ils crurent que les Musulmans avaient pénétré dans la ville et qu'il n'y avait plus pour eux de salut que dans leurs navires. “Amr et ceux qui l’entouraient, entendant le combat et les cris dans la ville, s'avancèrent avec l'armée et y pénétrèrent. Peu de Roumi échappèrent... » ‘Amr, maître de Tripoli, envoya Bosr ibn Abi Ar t'äh à Ouaddån, qu'il soumit ; sa marche ressembla à celle d'Ogbah sur Zaouïlah. L'une et l'autre eurent le même résultat, la levée d'une contribution de guerre, suivie d’une prompte retraite. »Amr, en effet, pendant ce temps, abandonnait Tripoli et rentrait à Bargah. Cependant le général en chef n’abandonnait pas sans esprit de retour l'Occident qu'il n'avait fait qu'entrevoir, Tripoli s'était défendue, le reste du pays avait été promptement soumis jusqu'à Ouaddän et à Zaouïlah, à quinze et à vingt-cinq jours de marche de Tripoli, ce qui démontrait qu'on pouvait, sans grand péril, pousser beaucoup plus loin. Beladzori rapporte que, de Tripoli, Amr écrivit au khalife ‘Omar : « Nous sommes à Tripoli, à sept journées de marche de l'Ifriqgiah. Si le Commandeur des Croyants veut nous autoriser à l'envahir, il en sera ainsi fait. » ‘Omar lui défendit d'y aller. « Ce n'est pas l'Ifrigiah, dit-il, mais un lointain perfide ». Cependant « Amr ne voulait pas faire en Ifriqiah ce qu'il avait fait auparavant, avec tant de succès, en Tripolitaine : mettre lestement à sac le pays et se retirer ! L'Égypte le réclamait. Mais les troupes arabes réduites à l'inaction en Égypte ou en Cyrénaïque regardaient du côté de l'Afrique avec un œil d'envie. On lit à ce sujet dans le Riädh en-Nofous qu’ « en l'an 25, les Musulmans envoyèrent des corps de cavalerie, comme ils étaient accoutumés de faire du temps de “Amr ; ces corps atteignirent les confins de l'Ifriqiah et firent du butin, qu'ils ramenèrent à Abd Allah ». Et celui de son successeur, des corps de cavalerie tentèrent des raids, peut-être chaque année, entre l'an 21 et 27. Le Ridh en-Nofous nous apprend encore qu'en 645 (25 de l’hégire) “Amr fut destitué du gouvernement de l'Égypte par le nouveau khalife, ‘Ostmân, qui lui substitua son frère de lait, ‘Abd Allah ibn Sa‘ad ibn Abi Sarh’ ibn Härits, guerrier qui avait montré son savoir-faire pendant la campagne d'Égypte. Plus heureux que ‘Amr, il obtint du Commandeur des Croyants l'autorisation d'envahir l’Ifrigiah. Précisément en 646 (26 de l'hégire), le gouverneur de l'Afrique, Grégoire se révolta contre Constant II.
IX. LA PREMIÈRE GRANDE INCURSION.
Allah reprit le projet que “Amr n'avait pu mettre à exécution. À peine nommé (645 = 25) il envoya des escadrons en reconnaissance vers l'Occident. En 26 de l'hégire, “Oqbah fut chargé de diriger une reconnaissance de ce genre. Arrivé à Maghmedas, ville située au fond de la grande Syrte, du côté de la Cyrénaïque, il apprit que les gens de Ouaddän avaient rompu le traité conclu précédemment avec Bosr, lors du siège de Tripoli par »Amr. “Oqbah quitta son armée et se mit en marche avec 400 cavaliers et 400 chameaux chargés de 800 outres d’eau. Arrivé à Ouâddan, il le soumit et coupa l'oreille au roi du pays. — « Pour quoi me traiter ainsi, lui dit ce prince, toi qui as déjà fait la paix avec moi ? — C'est un avertissement que je te donne, lui dit “Oqbah, et toutes les fois que tu porteras la main à ton oreille, tu te rappelleras et tu ne songeras pas à faire la guerre aux Arabes. » “Oqbah ne revint pas en Égypte, mais se replia seulement sur Barqah, où il retrouva le corps expéditionnaire principal. “Abd Allah était un homme trop nouveau dans sa haute situation pour oser engager une expédition en Afrique sans l'assentiment du khalife. C'est ce qu'attestent d'ailleurs Ahmed Dahlân, Ibn al Atir et El-Ouäâgidi. De plus El Måleki raconte l’anecdote suivante : « El Misoner ibn Makhramah ibn T'arif ezfehri a dit ceci : J'étais sorti de ma demeure, durant une longue nuit pour aller à la mosquée. Je trouvai mon oncle [le khalife ‘Ostmân ] (que Dieu soit satisfait de lui !) dans le lieu de prière du Prophète (que Dieu prie pour lui et le sauve !) et priant. Je m'assis. Bientôt il s'assit et resta en oraison tout le long de la nuit jusqu'à l'appel du muezzin [pour la prière du matin]. Il se leva alors pour rentrer chez lui. Je me dressai sur son chemin et le saluai. Il me dit : Fils de Makhramah, [j'ai demandé conseil à] Dieu sur l'envoi des armées en Ifriqïah. “Abd Allah ibn Sa'ad m'a écrit en me demandant des renseignements sur les polythéistes, leur supériorité et la proximité de leurs domaines avec ceux des Musulmans. — Je répondis : Dieu favorisera celui qui obéit au Commandeur des Croyants.— Il me demanda : Que penses-tu de cela ? — Je répondis : Il faut les attaquer. Assemble aujourd’hui les principaux compagnons du Prophète (que Dieu prie pour lui et le sauve !). Je leur demanderai leur avis et me rangerai à leur opinion ou à celle du plus grand nombre. Tu seras un messager auprès d'eux et tu me diras ce qu'ils décideront. » Tu m'as ordonné de réunir les compagnons du Prophète, sans m'indiquer ceux que je devais convoquer. — Le khalife ajouta : les amèneras. [Je lui dis ] que je devais convoquer. Il me nomma “Ali, T'alh’ah ez-Zobaïr, el “Abbâs et quelques autres. Je rendis compte avec eux à la mosquée, puis il interpella Abou’l A'ouar Sa'id ibn Zaïd et lui dit : Est-ce que tu répugnes à l'envoi des armées en Ifriqïiah ? — Abou’l A‘ouar répondit : J'ai entendu dire à ‘Omar : Je n'enverrai pas, pour la razzia, un seul musulman tant que je vivrai. Je ne vois pas pour quoi tu serais d'une opinion contraire. Par Dieu, nous ne craignons pas ces gens-là, et ils ne désirent que rester chez eux. Aucun autre de ceux que ‘Ostmän consulta ne lui déconseilla l'entreprise ; en conséquence, le khalife harangua le peuple et l’exhorta à razzier l’Ifriqiah. » Ibn al A t'ir parle aussi de ce conseil tenu à Médine et dans lequel l'expédition fut décidée. Il ajoute qu'une partie de l’armée fut levée en Arabie par les soins du Khalife lui-même, qui, selon en-Nouaïri « fournit à ses frais mille chameaux pour monter les Musulmans pauvres et donna aussi des chevaux pour le même objet ; ensuite, il distribua des armes aux soldats et leur accorda une gratification. Les chroniqueurs arabes ont dressé une liste des compagnons du Prophète qui prirent part à l'expédition ; elle est fort longue, car les écrivains attachaient plus d'importance aux personnes qu'aux événements. Dans cette armée, Abd Allah détenait le commandement et une délégation du khalife. Pendant les marches et les combats, il était chef militaire : dans les camps, il devenait juge ; quand l’armée s'arrêta sur un point déterminé et tenta de se fixer, il fut, pour bien peu de temps, gouverneur, justicier, administrateur. L'armée de Médine retrouva en Égypte les troupes qui avaient fait en Tripolitaine les expéditions antérieures, et les deux corps, confondus en un seul, partirent dans la direction de l'Occident sous la conduite de “Abd Allah. On retrouva à Barqah 'Oqbah ibn Nâf° et son Corps d'armée. Les hommes de “Oqbah étaient de vieux Africains du temps de « Amr qui connaissaient bien le pays et avaient surpris Tripoli en l'an 23 ; ils reparurent devant cette ville pensant l'enlever de haute lutte et ne trouvèrent qu'un échec dont on trouve le récit sec et peu circonstancié dans le Me‘älem et dans le Riddh. Les Tripolitains s'étaient bien retranchés, les Arabes n'eurent d'autre parti à prendre que de battre la campagne, de s'emparer de quelques navires à l'ancre et de massacrer des matelots. Le gros de l’armée arriva, trouva les murailles solides et bien gardées, on se vengea en pillant tout ce qui était hors des murailles, « Les reconnaissances, lit-on dans le Me'älem, allaient dans toutes les directions et revenaient avec du gros et du petit bétail et du fourrage. » Enfin, Tripoli succomba, et, après le pillage, on reprit le chemin de l'Ifriqiah. Ahmed Djahlän nous dit qu'Abd Alhah « répandit les corps de cavalerie dans tous les cantons. » Il n'éprouva guère de résistance, passa, selon Ibn Abi - Dinär, à Gabès. Personne ne nous dit s'il y trouva une garnison pour retarder sa marche ; d'ailleurs, les postes du Byzacium ne le gênèrent pas, leur importance était sans doute trop mince. En 641 de notre ère, il y avait des garnisons à Tripoli, Sabrata, Gabès et la frontière du Byzacène atteignait le bord septentrional des chotts. Derrière elle, les villes importantes étaient nombreuses : Junca, Thenæ, Ruspæ, Leptis, Hadrumète, Thysdrus, Autenti, Sufhetula, Thelepte, Gafsa ; or le conquérant arabe paraît les ignorer, celui qui rapporte ses actions en cite à peine une ou deux, et d’abord Sufetula, parce que là se trouvait le maître du pays et l'armée qui défendait celui-ci, et parce que c'est là que le choc décisif eut lieu, La marche des envahisseurs s'explique : Ils passent sous les murailles des villes fortes, en esquivant les garnisons trop faibles pour les arrêter ou pour leur nuire par une attaque à revers ; ils évitent également les centres populaires dont les habitants se sont armés à leur approche et se mettent en défense derrière des fortifications hâtives mais suffisantes pour retarder l'agresseur ; ils mettent à contribution les villes moins rébarbatives sans s’enquérir de leur nom et foncent droit à l'ennemi qui, sous les ordres du chef principal des forces qui leur sont opposées, occupe en force Sufetula. Ce chef s'appelait, disent-ils, Djordijir, qui avait reçu d'Héraclius l'investiture du pays de Tripoli à Tanger moyennant un certain tribut. Le Riddh nous dit que Dijordijir était batrig (patrice), c'est du patrice Grégoire qu'il est ici question. Gouverneur révolté de l'Afrique du Nord, il avait transporté le siège de son gouvernement de Carthage, trop facile à menacer, à Sufetula, située au milieu des terres. C’est là qu'il attendait les envahisseurs. Les auteurs arabes lui donnent cent vingt mille soldats, chiffre impossible à vérifier ou même à discuter, mais qui semble exagéré.
“Abd Allah campa dans un lieu appelé Qamounïah, à l'emplacement de la ville de Qaïrouan, d’où il marcha vers Djordijir ; il le rencontra près de sa capitale. On a prétendu que la rencontre eut lieu à “Agoäbah, à mi-chemin entre Carthage et Sbeïtzla ; El Mâleki la place à Sbeitla même. On tarda un peu, — plusieurs jours peut-être, employés par des négociations qui n'aboutirent pas : alors Abd Allah engagea le combat. La lutte fut acharnée et les Musulmans pensèrent un moment avoir le dessous, jusqu'à ce qu'enfin Djordijir prit la fuite et »Abd Allah ibn ez Zobaïr le poussa jusqu'à la mort. Ce point est contesté en ce qui concerne “Abd Allah ibn ez Zobaïr, quoi que celui-ci se vantât d'avoir tué le Grec. Quoi qu'il en soit, le patrice Grégoire succomba, son armée se dispersa. Sufetula fut enlevée de vive force et l’armée se dispersa de tous côtés « dans la plaine et dans la montagne » où les Musulmans poursuivirent ses débris. Les fugitifs qui eurent le temps ou les moyens de s'éloigner se réfugièrent dans les places fortes, nous dit El Mäleki, et ils conçurent de grandes craintes.
De son côté, ibn en Nådji rapporte que les Roumi s'assemblèrent dans une place forte, dont Ibn al A t'ir donne le nom, El-Adjam, c'est-à-dire el-Djem, l’ancienne Thysdrus, “Abd Allah en fit le siège et obtint la reddition en promettant l’amân, moyennant le versement de un million cinq cent mille dinars. Toutefois, Thysdrus n'était qu'une forteresse d'occasion, sans garnison régulière, encombrée d'une multitude de gens épouvantés. Quand les chefs de la population africaine virent l'état auquel ils étaient réduits, ils s’assemblèrent et demandèrent qu'Abd Allah acceptât d'eux trois cents qintars d'or pour sortir de leur pays.
C'est encore à El Måleki qu'il nous faut recourir pour avoir la physionomie la plus vraisemblable de l'incident : « Le fils d'Abou Sarh’, dit-il, resta dans le pays, il était émir de Sobaï t'alah et y commandait son armée. Quand les Roumi, qui étaient dans le Sahel, virent ce qui était arrivé à Djordijir et aux gens de Sobaït’alah, ils s'inquiétèrent, tinrent des conseils et s’écrivirent les uns aux autres (d'une ville à l’autre) pour préparer la guerre contre ‘Abd Allah. Celui-ci conçut d'eux une grande crainte à cause du butin qu'il avait accumulé. Il écrivit à son lieutenant, en Égypte, et lui ordonna de lui envoyer, par mer, des bateaux, dans lesquels il chargerait les richesses dont les Musulmans s'étaient emparés. Le lieutenant se conforma à ces instructions.
Cependant, le projet d'Abd Allah vint à la connaissance des Roumi, et ils crurent que c'étaient de nouveaux préparatifs de guerre contre eux. Ils eurent peur, envoyèrent des messagers et offrirent les conditions suivantes : “Abd Allah se retirerait avec son armée ; ils ne s'opposeraient pas à son passage et lui enverraient cent qintars d’or. ‘Abd Allah accepta et quitta le pays pour retourner en Égypte. Il avait séjourné en Ifriqgiah un an et deux mois. Quand il arriva à Tripoli, les bateaux (qu'il avait demandés) le rejoignirent, et il les chargea du gros bagage de son armée qui rentra avec lui en Égypte en bon état.
Ibn En Nâdji fait le même récit. « Avant de quitter le pays, dit-il, le butin avait été partagé. Ensuite (lors que les Roumi se furent retranchés dans leurs places fortes), les troupes des Musulmans vinrent au rassemblement et “Abd Allah ibn Sa‘ad ordonna à “Abd Allah ibn ‘Abbâs de partager les prises entre les soldats. Ce jour-là, la part du cavalier atteignit trois mille dinars et celle du fantassin mille dinars. »
Les récits des auteurs arabes que nous venons de citer permettent de mettre les choses au point, en montrant que la plus grande préoccupation du vainqueur était de mettre son butin à l'abri. Quant à l'expédition, c'est une suite de marches forcées, dérobées à l'adversaire qui est enveloppé, battu, dépouillé presque avant d'avoir eu le temps de se reconnaître. L'Arabe enrichi ne songeait qu'au retour, les chefs le désiraient encore plus que lui. La première expédition arabe en Ifriqïah était terminée. L'armée de “Abd Allah ibn Sa‘ad regagna l'Égypte. Un cinquième du butin revenait au khalife, on le lui remit. Suivant Abou‘l Mahasin, il en gratifia soit la famille d'El Haken, soit celle de Meroûan : suivant Ibn al Air, « il le donna à “Abd Allah ibn Sa‘ad, et quelques-uns prétendent qu'il l'abandonna à Meroûan ibn el Hakem. Et ce qui ressort de cela, c'est qu'il donna à « Abd Allah le cinquième de la première expédition, et à Meroûan le cinquième de la deuxième, dans laquelle fut conquise toute l’Ifriqiah ; et Dieu seul sait tout !
PREMIÈRES CAMPAGNES DE ‘OOBAH.— L'autorité débile du khalife ‘Ostmân favorisait l'audace et l'esprit d'entreprise des chefs militaires. En 653(33 de l'hégire), Abd Allah fit une nouvelle expédition dont les auteurs arabes ne parlent guère parce que ce ne fut probablement qu'un raid ou une pointe hardie par quelques cavaliers qui obtinrent peu de chose, En 654, Er Pre CRE 4 Oeri AS s e 1243 (34 de l'hégire), Ibn “Abd el Hakem note une nouvelle jį expédition dont parlent El Mâleki et Ibn en Nâdiji. D'après eux, ce serait Mo‘äouïah ibn H'odaïdj qui dirigea cette expédition et campa sur l'emplacement où s'éleva depuis Qaïrouan ; il y creusa des puits, mais cette expédition fut peu importante et peut-être même fut-elle arrêtée à son début par l'annonce dés événements qui, à la même époque, troublèrent l'Orient : le soulèvement de l'Égypte et le meurtre du khalife “Ostmän. Le peu d'importance de cette campagne la fit oublier des uns ou confondre par les autres avec les campagnes suivantes.
Il y a loin, sans doute, de ces tentatives finissant dans l'oubli à l'invasion qu'on imagine ; un peuple immense submergeant comme un raz de marée un pays et une nation, mais il en faut prendre son parti. Il est infiniment plus conforme à la réalité d'entrevoir les gouverneurs de l'Égypte ou les émirs cantonnés à Zaouïlah et à Barqah risquant de rapi des incursions dans le Bvyzacium, presque chaque année, ce qui explique comment les dates, fort rapprochées s'embrouillent sous la plume des chroniqueurs.
Ibn en-Nâdji nous apprend que Mo‘aouïah eut pour compagnons dans cette expédition de l'an 34 de l'hégire | lequel fut enterré au | Abou Zoum ah el Balaoui, Balaouiah, un des cimetières actuels de Qaïrouân, qui a pris son nom. C'est le seul des compagnons de Mahomet qui repose en Afrique où son tombeau est particulièrement vénéré. Il semble peu probable que Mo‘aouïah ait alors fondé Qaïrouan, aussi remarquera-t-on que lors que les auteurs parlent du cimetière El-Beloui, ou du Bâb-es-Selm, ils ont soin d'ajouter : actuellement, ce qui fait clairement entendre que la ville n'existait pas lors des événements qu'ils relatent.
Entre 640 et 655 (20-35 de l'hégire) nous voyons l'arabe d'Égypte sans cesse préoccupé de l'Ifrigiah ; mais la situation intérieure de l'Islam est des plus troublées. En 655, »Ostmân fut assassiné ou, comme écrit El Mäleki : “Ostmân subit le martyre, ‘Ali lui succède et l'Ifrigiah reste dans son état jusqu'au khalifat de Mo'Aouïah ibn Abi Sofiän. En 661 (40 de l'hégire) “Ali est assassiné à son tour et son fils, el H'assän, renonce à ses droits en faveur de Mo‘aouïah qui fonde en 661 (41 de l’hégire) la dynastie des Omayya des. Mais sans attendre ce moment, dès 658, Mo‘aouïah avait renvoyé en Égypte, avec le titre de gouverneur, celui qui l'avait conquise, « Amr ibn el ‘As. Celui-ci avait toujours songé à la conquête de l'Afrique ; dès qu'il le put il tourna donc ses regards vers l'Ifriqgiah et recommença les incursions par lesquelles les Arabes avaient préludé à l'expédition de l'an 27.
D'après Abou’l Mahasin, “Oqgbah dit à ses compagnons : « Placez la ville près de la sebkhah, car la plupart de nos bêtes de somme sont des chameaux, dont les pâturages seront de la sorte aux portes de notre capitale, à l'abri des razzias des Berbers et des chrétiens. » Un de ses compagnons lui dit : « Mets-la proche de la mer, pour que ses habitants surveillent la côte. » »Oqbah répondit : « Je crains que le souverain de Constantinople ne l'attaque et ne la détruise. Placez-la à une telle distance de la mer qu'une expédition maritime ne puisse l'atteindre. » La place était bien choisie ;
les gouverneurs arabes et les princes indépendants y demeurèrent longtemps et ne s'en éloignèrent que lors que des nécessités politiques les y obligèrent. Qaïrouan n'était qu'à trente lieues de Carthage, en un point stratégique heureusement choisi pour surveiller les Berbers, car des Byzantins il n’était déjà à peu près plus question. Qaïrouan est un point d'appui solide, une base d'opérations pour l'avenir.
En 674 (55 de l’hégire), le khalife Mo‘aouïah ayant destitué ‘Oqbah, joignit au gouvernement de l'Égypte celui de l'Afrique. Le gouvernement de l'Égypte apparaît à une date qu'El Mâleki ne précise pas mais qui ne peut être que 674. Le premier soin d'Abou’l Mohädjir fut de se saisir d'Oqgbah, de l'emprisonner, de le traiter durement. » Il le laissa en prison jusqu'au jour où le khalife envoya l’ordre de l'en faire sortir et blâma la conduite tenue à son égard.
DERNIÈRE CAMPAGNE ET MORT DE ‘OQB AH. — Aboul Mohädjir appliqua une politique nouvelle. Détruisit-il Qaïrouan ? Plusieurs chroniqueurs l'affirment, Ibn en-Nâdji dit qu'il la démolit pour fonder Takroun ; El Mâleki dit qu'il s'établit à Dekrour, ville berbère, dans le voisinage de Qaïrouan. Ce qui paraît certain, c'est que la ville à peine construite fut délaissée et, à son retour en Afrique, ‘Oqbah dut la fonder de nouveau. La politique d’Abou’l Mohädjir consistait à s'appuyer sur les Berbers pour écraser ce qui restait de Roumi en Afrique. El Mâleki dit qu'il amena des soldats d'Égypte et de Syrie sous les murs de Carthage, s'installa sur l'emplacement actuel de Tunis et y éleva un camp. Il y eut combat, pas décisif, et les habitants traitèrent, consentirent à payer la djiziah, mais il leur fallut abandonner la presqu'île de villes et de châteaux, des biens de toutes sortes et de belles moissons. Les Roumi s'y étaient retirés en 27 et la considéraient comme un refuge et un grenier.
Maître de la presqu'île du cap Bon, l'émir neutralisa l'alliance avec les Aurabah pour pénétrer dans les Maurétanies. Du premier coup, il alla jusqu'à Tlemcen. « Il partit avec ses armées, dit Ibn en-Nâdji, vers l'Occident et conquit toutes les places près desquelles il passa, jusqu'à ce qu'il parvint, auprès de Tlemcen, aux fontaines qui portent encore son nom. » Après avoir partagé le butin, l'émir envoya le cinquième en Égypte ; nonobstant cette fidélité à s'acquitter, Abou'l Mohädijir fut révoqué pour demander justice au khalifé. À son arrivée à Damas, Mo‘aouïah était mort et remplacé par Yezid. Celui-ci fit bon accueil à “Oqbah, lui confia une armée et le renvoya en Afrique (681 = 62).
Le retour d'Oqbah en Afrique coïncidait avec la mort de Maslamah ibn Mokhalled, gouverneur de l'Égypte et protecteur de Dinär Abou’l Mohädjir. Le gouverneur de successeur de Maslamah fut Sa'id ibn Zeïd qui renvoya Oqbah à son nouveau poste.
“Oqbah entraînait derrière lui 10 000 hommes, il gagna Qaïrouan, s'emparant, chemin faisant, de Gafsah et de Qastiliah. Avant tout le reste, “Oqbah voulait se débarrasser de son rival, et cela ne traîna Abou'l Mohädjir entre ses mains, et traité comme “Oqbah l'avait été en 55. Le trésor suivit le chef, il se montait à cent mille dinars et Qaïrouan reprit faveur tandis que Takroun fut délaissée. L'émir confia le commandement de Qaïrouan à Zohaïr ibn Qaïs el “ tenait à Maslamah ibn Mokhaled qui délégua l'Afrique à l’un de ses affranchis, Dinär Abou’l Mohädjir, à du cap Bon, alors florissante et renfermant beaucoup de forces grecques à Carthage et tirait parti de “Oqbah, expulsé de l’Ifrigiah avait gagné la Syrie ; l'Ifrigiah était subordonné à celui de l'Égypte ; or le- Balaoui, officier brave et dévot qui « se voua au culte de Dieu » dit Ibn Khaldoun. Alors, ayant assuré sa base stratégique, « Oqbah entra en campagne.
Abou'l Mohädijir avait tiré de la Proconsulaire tout ce qu'il en avait pu tirer et s'était assuré la neutralité bienveillante, peut-être un peu aussi la complicité des Berbers. Maintenant, le Byzacium commençait à ne plus rendre, il fallait aller plus loin. ‘Oqbah marcha à la tête de son armée sur Bagaï, proche de l’Aurès, qu'elle domine ; un parti de Berbers et de chrétiens s'y était réfugié, »Oqbah les combattit, les mit en fuite et leur enleva des chevaux tels qu’on n’en vit jamais de si beaux, mais il semble qu'il ne put s'emparer de la ville qu'il assiégea : un combat fut livré, l'ennemi s'enfuit et abandonna ses troupeaux (62 ou 63 de l'hégire). De Bagaï, ‘Oqbah alla voir Lambèse (Lams ) où il força les Roumi de s'enfermer. De là, il gagna Tlemcen (Tlimsän). « C'était, dit El Mäleki, une des plus grandes villes des Roumi ; ceux-ci marchèrent contre lui, si nombreux que Dieu seul (qu'Il soit exalté et glorifié) aurait pu les compter, et que les Musulmans crurent que c'en était fait d'eux. Mais Dieu frappa sur le visage des Roumi et “Oqbah les repoussa jusqu'à la porte de leur forteresse, en enlevant à leurs gens beaucoup de bétail. Puis il se mit en marche vers le Zab. Il demanda quelle en était la capitale, on lui répondit : C'est OQudnah, la résidence du souverain, autour de laquelle s'étendaient trois cent soixante cantons, tous prospères. Les habitants à l'annonce de l'arrivée des Musulmans, s'enfermèrent dans leurs forteresses ou s’enfuirent dans les montagnes. “Oqbah s'arrêta sur un oued à trois milles ou un peu plus (de la capitale ?) et l'ennemi l'atteignit au moment où il posait son camp au coucher du soleil. ‘Oqbah ne voulut pas engager un combat de nuit, et la troupe veilla jusqu'au matin sans se reposer ni manger.
‘Ogbah, poursuit El Mäleki, conçut le projet de s’avancer jusqu'à Tanger. Abou'l Mohådjir lui dit : « Il n’y a pas à Tanger d'ennemi pour toi, car le peuple de ce pays s’est déjà converti et en voici le maître (désignant Koseïlah}. Fais-en ton ouâli (gouverneur) et envoie-le là-bas avec une troupe. “Oqbah refusa et voulut y aller de sa personne. » A Tanger, il trouva le patrice Julien « qui lui fit de beaux présents et se soumit à lui. » Il se renseigna alors sur le pays d'El Andalous (l'Espagne), dont la conquête lui parut une entreprise trop considérable. Il s'’enquit aussi des Berbers, et Julien lui dit qu'ils étaient si nombreux que Dieu seul pouvait les compter, qu'ils se trouvaient dans le Sous, qu'ils étaient païens et ne s'étaient jamais convertis au christianisme.
“Oqbah marcha sur eux dans le Sous el Aq s'ä, qui est à l'occident de Tanger, et il atteignit les premières de leurs tribus, qui vinrent à sa rencontre en nombre considérable. Il les combattit vigoureusement et envoya sa cavalerie dans toutes les directions, si bien qu'ils s'enfuirent vers le Sous el Ag s'à, où ‘Oqgbah les poursuivit. Les Berbers l'y attendirent en grand nombre : il les combattit et les mit en fuite, et les Musulmans en tuèrent tant qu'ils en furent écœurés, et ils firent du butin et beaucoup de prisonniers. “Ogbah alla jusqu'à Mâliân et contempla l'Océan en disant : « O Seigneur, s'il n’y avait pas cette mer, j'aurais poursuivi la guerre sainte dans d'autres pays en proclamant ta foi. » Alors, il songea au retour et marcha vers Qaïrouan qu'il ne devait jamais revoir.
Koseïlah avait depuis longtemps résolu de se venger de “Oqbah. Il s’aboucha avec les Roumi et leurs troupes combinées atteignirent “Oqgbah à Tahoüdah, à une journée de marche de Biskra. L'émir n'avait avec lui qu'un petit nombre de guerriers, ayant envoyé en avant le gros de sa troupe avec les bagages et le butin, tant il se croyait sûr du pays. Cerné de toutes parts, il se battit jusqu'à la mort (682 = 63). C'était un désastre complet pour l'Islam, l'Ifrigiah était une fois de plus perdue pour les Arabes. Koseïlah vint jusqu'à Qaïrouan et s'en empara ; il ne restait dans la ville que les vieillards, les femmes et les enfants. Ils envoyèrent des ambassadeurs à Koseïlah pour lui demander l'aman, en lui promettant obéissance comme à “Oqbah lui-même ; il y consentit, entra à Qaïrouan, occupa la place de “Oqgbah et le reste des Musulmans demeura sous son autorité, Le gouverneur de Qaïrouan Zohaïr avait pris la fuite devant la coalition des Berbers et des Romains et s'était retranché dans Barqah.
EXPÉDITION DE ZOHAIR ET DE HASSAN. — Si la marche d’‘Oqbah sur Tlemcen avait été foudroyante, la retraite et l’'évanouissement de son armée fut chose, si c'est possible, plus rapide encore, Cela tient à ce que leurs expéditions n'étaient pas organisées, En Égypte, ils s'étaient implantés du premier coup parce qu'ils avaient devant eux une nation dégénérée ; en Afrique, il n'était pas de même. D'ailleurs, pour l'instant, l'Islam cessait d'être redoutable. Ses intérêts en Orient commandaient de haut ceux qu'il avait en Occident. Les révolutions de Syrie, de l'Iraq et du Hedjaz obligèrent les khalifes à négliger le Maghreb. En 64, mourut le Khalife Yezid el Merouân Ibn el Häkem, vieillard incapable, lui succéda ; mais Abd Allah, le razzieur de l'Afrique, prétendait maintenant au khalifat. Établi à la Mecque, il tenait tout le Hedjaz, et sa puissance s'étendait sur l'Égypte et l'Iraq. Le vieux Merouân semblait perdu quand une victoire remportée à Merdj-Râhit rétablit ses affaires ; il mourut en 65 et “Abd el Melik son successeur trouva devant lui ‘Abd Allah maître des villes saintes de l'Iraq, tandis que le khalife avait ressaisi l'Égypte ; par elle, il était rentré en communication avec l'Ifriqiah.
Ce qu'ils entendaient par là, c'était d'abord la première province qu'ils rencontraient sur leur route : le Byzacium, ensuite c'était tout le reste aussi loin qu'ils pouvaient avancer et piller. Au moment où Zohaïr s'apprêtait à pénétrer dans l'Ifrigiah, le territoire jadis administré par Djordjir était maintenant occupé par Koseïlah, probablement dans la plaine tunisienne actuelle vers l'oued Zeroud et l'oued Merguellil. Les Impériaux n'étaient plus que l'ombre de ce qu'ils avaient été, néanmoins ils continuaient à occuper fortement toute la Proconsulaire, la lisière septentrionale de la Byzacène et la plus grande partie de la Numidie : à la fin du VIIe encore, ils tenaient non seulement toutes les places fortes de la côte, Hadrumète, Carthage, Bizerte, Bône, mais ils possédaient dans l'intérieur du pays un grand nombre de citadelles : la seconde ligne de défense de la province n'avait encore été entamée par aucune attaque : en Numidie, les garnisons étaient installées jusque dans les forteresses qui bordaient l'Aurès, et on peut admettre qu'un lien, assez lâche sans doute, de vassalité rattachait à ce qui restait de l'exarchat le royaume berbère de Koseïlah ; en tout cas, une étroite alliance attachait le prince indigène à l'empire byzantin.
D'après El-Mâleki, Zohaïr était déjà près de Qairouan quand Koseïlah fut instruit de sa marche. À cette nouvelle, il convoqua les grands et les nobles et leur dit : « Nous les détruirons pour toujours. S'ils nous battent, nous serons près de la montagne et nous nous y retrancherons. » Laissent entre elles une gorge assez étroite pour que l'arrière-garde d'une armée en retraite puisse facilement en défendre l'accès.
Plus loin, la route reste d'El ‘Ala, gagne la région forestière de l'Oued-el-Hatob et, en remontant son cours, atteint Sbîba. D'après El Bekri, c'est un peu en avant de cette dernière localité qu'était situé Mems. Koseïlah ne pouvait choisir une meilleure position, à cheval sur un ruisseau au cours constant et au débit suffisant. Le Koseïlah s'établit à Mems, dit El Mâleki, tandis que Zohaïr attendait qu'il sortit de Qaïrouan pour l'attaquer.
Quand il sut qu'il était à Mems, Zohaïr marcha ses hommes et ses chevaux, puis, le mercredi au matin, Koseïlah et il campa. Les Arabes passèrent la nuit en ligne de bataille. Au matin, Zohaïr prononça la prière de l'aurore et les deux armées se heurtèrent et luttèrent si âprement que, des deux côtés, la perte fut grande. Mais Dieu frappa dans le visage de Koseïlah ; il s'enfuit avec ses compagnons qui furent massacrés. Lui-même fut tué à Mems, et les Arabes se laissèrent entraîner si loin à la poursuite de l'ennemi qu'ils abreuvèrent leurs chevaux dans la Molouiah, l'oued de Tanger. Ils conquirent Sicca Veneria, le Kef actuel, à 70 kilomètres au nord de Sbîba.
Ibn Khaldoun nous apprend que d'autres expéditions partirent successivement de Qaïrouan et réussirent enfin à soumettre tout le pays. Soumettre, rien de plus. Il faut se tenir en garde contre la tentation d'imaginer une administration à laquelle elle est étrangère, comme nous avons vu en Égypte. En Afrique, l'administration byzantine fait défaut sur nombre de points et l'administration berbère est inexistante ; alors on va voir à l'œuvre l'administration arabe qui consiste en un fonctionnaire, émir ou juge, comme les archives se composent d'un registre. Quand l'émir se déplace, il emporte le registre et tout est dit.
S'agit-il de frapper un impôt très lourd, il est exigé et perçu par des procédés aussi simples. L'expédition de Zohaïr ne diffère pas de celles qui ont précédé : invasion, pillage, bataille, poursuite, enlèvement du butin. Cependant, soit lassitude, soit inconstance, Zohaïr quitta la partie et s'en alla vers Barqah. On lui apprit qu'une troupe de Roumi était venue attaquer et piller cette ville, il marcha contre eux à la tête d'un corps de cavalerie, les attaqua et mourut en confessant la foi, et ses compagnons avec lui, nous apprend Beladzori.
El Mâleki et Ibn en-Nâdji entrent dans plus de détails. Cette attaque dirigée sur Barqah était une diversion tentée pour détourner Zohaïr de l'Ifrigiah. Le coup réussit et le calcul aussi ; Zohaïr et, accourut, précédant son armée avec quelques cavaliers, il vint se faire massacrer devant Barqah. Ce désastre fut aussi sensible aux Arabes que l'avait été celui de Tahħhcûdah ; ils y virent deux coups funestes du destin.
Les nobles musulmans demandèrent à ‘Abd el Melik d'envoyer vers le peuple de l'Ifrigiah un corps de troupes et H'assân ibn en-No'mân el Ghassâni y fut envoyé avec le titre d'émir, à la tête de 6 000 hommes, en l'an 69 de l'hégire. H'assân fut le premier syrien qui pénétra en Afrique au temps des Omayyades.
Avec un si faible contingent, Hassan ne pouvait faire plus que de rejoindre Qaïrouan et de s'y tenir sur la défensive. “Abd el Melik ne put lui fournir plus de troupes ; ce n’est qu'après la mort d’‘Abd Allah (692 = 73) et la défaite des Khaouäridj (696 = 77) que la situation s'éclaircit. Il s'est passé quelques années pendant lesquelles Hassan s'est seulement préparé à une lutte future.
D'après El Mâleki et d'autres auteurs arabes, Hassan, dès son arrivée, aurait foncé droit sur les Roumi. Il s’attaqua au plus puissant prince de l'Ifrigiah, le maître de Qar l'adjinah, c’est-à-dire l’exarque résidant à Carthage. Celui-ci avait, en effet, recouvré quelque chose de sa puissance. Profitant de la discussion des Berbers après la mort de Koseïlah, ils avaient restauré un peu leur autorité dans la Byzacène et nous lisons, dans le Liber pontificalis, que vers 685 (66 de l'hégire) « la province d'Afrique tout entière fut de nouveau soumise à l'empire romain. »
La date de 685 est un peu prématurée, puis que Koseïlah vivait encore, mais vers 688 ou 689, date probable de sa mort, les tribus indigènes étaient en complet désarroi. D'après El Mâleki, Hassan n'aurait reçu qu'un corps de 6 000 hommes, l’auteur du Riådh ne nous donne pas d'autres détails, tandis que, d’après Ibn Adzäri, Hassan aurait obtenu le commandement d'une armée de 40 000 hommes, l'effectif le plus considérable que les Arabes aient jamais conduit en Afrique.
Hassan marcha vers le maître de Qâr t'adjinah. Cette ville renfermait un si grand nombre de Roumi que Dieu seul (qu'il soit glorifié) en saurait le chiffre, et elle était située au bord de la mer appelée Terchich. Hassan s'établit sous les murs de la ville et la bloqua. Au cours de plusieurs combats, les fantassins et les décidèrent à passer dans les îles de la mer, car ils avaient des bateaux auxquels ils s'enfuirent vers la Sicile et l'Espagne.
Hassan entra de vive force dans la ville, y fit des prisonniers et la mit à sac. Puis il envoya des messagers aux populations d'alentour, qui s'empressèrent de le venir rejoindre et il leur ordonna de détruire Qar t'djinah et de couper les aqueducs. Les Roumi se coalisèrent encore contre Hassan et formèrent une armée considérable dans laquelle entraient des contingents berbères ; cela se passait dans le pays de Sa t'fourah.
Hassan marcha contre eux, leur livra un furieux combat dans lequel il perdit beaucoup de monde, mais les Roumi et les Berbers souffrirent de grandes pertes et prirent la fuite. Hassan les acheva par une poursuite acharnée de sa cavalerie qui ne laissa pas un canton du pays sans le visiter. Les Roumi fugitifs, en pleine déroute, se réfugièrent épouvantés dans la ville de Badjah et s'y retranchèrent. Les Berbers s'enfuirent vers le pays de Boûnah ; alors Hassan fit une tranchée vers la mer ; il la creusa et établit un arsenal auquel il fit venir la mer ; puis il regagna Qaïrouan.
Cette contrée est bien connue, Sa t'fourah c'est le pays qui s'étend au nord-est de Tunis ; Badja c'est Vaga, actuellement Béja, et Boûnah n'est autre chose que Bône (695 = 76 de l’hégire). Cette campagne avait dû être pénible, car après la défaite des Roumi et des Berbers à Sa t'fourah Hassan rentra à Qaïrouan pour y refaire son armée ; il y demeura jusqu'à ce que ses soldats fussent guéris.
La Kahinah avait fait prisonniers, à la bataille de loued Nini, environ quatre-vingts soldats de Hassan. Elle prit en affection l'un d'entre eux, un certain Yezid ibn Khaled, et l'adopta. Ce Yezid, devenu le compagnon des deux fils de la princesse, tira parti de sa position pour instruire son chef Hassan de qui il reçut un message secret ; il le renvoya et écrivit au revers : « Les Berbers sont partagés en tribus. Ils n'ont aucune cohésion et aucun accord. » Hassan ne tarda pas, dès qu'il en eut les moyens, à reprendre l'offensive. La Kahinah prévoyait cette attaque, elle adopta une tactique nouvelle ; elle dit aux Berbers et aux Roumi : « Hassan ne désire en Ifriqiah que les villes, l'or, l'argent et les jardins. A nous, il ne faut que des pâturages et des champs de blé, je ne vois pour vous d'autre salut que dans la dévastation de l'Ifrigiah. »
VII. — 40
Elle employa les Berbers à couper les arbres et à démolir les villes. « Auparavant, dit Ibn en-Nadji, l'Ifriqiah était ombragée de T'araboulous à Tandjah. » Ce procédé aliéna les colons agriculteurs qui préférèrent leurs oliviers à leur indépendance et ne virent désormais dans Hassan que le protecteur de leurs plantations. Trois cents chrétiens vinrent demander secours à Hassan contre les malheurs dont la Kahinah les frappait en démolissant les forteresses et en coupant les arbres. “Abd el Melik lui avait déjà envoyé l’ordre de se porter sur l’Ifrigiah avant que la Kahinah ne la dévastât... Il rentra avec toute son armée en Ifriqiah, rencontra la Kahinah près de Gabès à la tête d'une armée, lui livra bataille et la mit en déroute. La Kahinah s'enfuit vers la forteresse de Bechr pour s'y réfugier ; quand elle y parvint, elle la trouva rasée au niveau du sol. Elle s'enfuit alors vers la montagne de l’Aurès. Elle avait une grande idole de bois qu'elle vénérait et qu'elle portait devant elle sur un chameau. Hassan la poursuivit jusqu'au lieu de son refuge, Elle se sentit perdue et envoya à l’émir ses deux fils et son prisonnier, Yezid ibn Khaled, qui leur servit de protecteur. Hassan les traita bien et donna à chacun d'eux le commandement d'une troupe. Peu après, l'armée de Hassan rencontra celle de la Kahinah et, au cours d'un combat fatal aux Berbers, la reine fut tuée. On prétend que ce fut en un lieu appelé Tarfah ou Taref Mascala, l’ancienne Mascula. Suivant El Mäâleki, les Berbers et les Roumi se seraient coalisés encore une fois après la mort de la reine pour attaquer l'émir, qui les mit en déroute. Alors les vaincus le craignirent et lui demandèrent l'amân. Il ne consentit à le leur accorder que si toutes les tribus lui fournissaient douze mille cavaliers pour faire la guerre sainte avec les Arabes. Ils y consentirent et professèrent l'islamisme. Hassan donna à chacun des deux fils de la Kahinah, quand ils se furent faits musulmans, le commandement de 6 000 cavaliers berbers qu'il envoya avec les Arabes à la conquête du pays. Ils combattirent les Roumi et les Berbers qui avaient apostasié. El Hassan partagea avec eux le butin et les terres et ils lui obéirent. L’Ifriqiah se soumit à l'émir, qui dressa les registres et s'établit à Qaïrouan. Hassan installé à Qaïrouan « fit restaurer la grande mosquée, suivant le récit de El Mâleki ; il en fit une belle construction qu'il inaugura au Ramadhan de l'an 84, Ensuite, il se mit en marche sur Carthage et fit halte à Tonbodah ; et il envoya vers la place de Zaghouan son affranchi Abou S'alih, qui s'établit dans un lieu appelé, à cause de lui, château d'Abou S'alih, et combattit la population durant trois jours sans réussir à enlever la place. Hassan laissa alors son armée à Tonbodah et alla à Zaghouan avec une troupe de cavaliers choisis : il s'empara de la ville, revint à Tonbodah et gagna Carthage. Il s'établit à l'Arsenal. C'est lui qui creusa la mer et établit là un arsenal. Les gens de Carthage vinrent lui livrer bataille, mais Dieu (qu'il soit glorifié !) les mit en fuite et Hassan s'empara du littoral de Tunis et de Carthage. Quand les Roumi sentirent sa puissance et comprirent qu'ils ne pouvaient lui résister, ils lui demandèrent la paix et lui proposèrent de lui payer le kharadi. Il acquiesça à leur proposition. Alors les Roumi chargèrent leurs biens dans de nombreux bateaux qu'ils avaient sur la mer et s'enfuirent à la faveur de la nuit, par la porte qu’on appelle Porte de la Femme, sans que Hassan en sût rien. Ils laissèrent la ville complètement vide et allèrent les uns en Sicile et les autres en Espagne. L'émir entra dans Qart l'adjinah, la dévasta et la bouleversa de fond en comble, puis il y construisit une mosquée et revint ensuite à Qaïrouan où il demeura. Plus tard, ajoute El Mâleki, Hassan se rendit avec ses prisonniers, son butin et ses richesses auprès de ‘Abd el Melik, et glorifié, il en aigna les patens et elle resta lat de l'Islam jusqu'à notre temps. » L'asservissement de l'Afrique aux Arabes se place en 698 = 13 de l'hégire : ils ne s'en emparèrent pas tant la conquête fut vite et complètement faite. Ils ne rencontrèrent pas une société plus ou moins organisée, après Sītula ils tombèrent dans une cohue sans nom. Peut-être auraient-ils soumis l'Afrique avec la même promptitude qu'ils firent en Égypte, mais ils s'y rendirent les uns après les autres. Les Sémites mirent longtemps à comprendre qu'ils pouvaient, en s'unissant, lutter avec avantage contre les Arabes, vinrent enfin, mais Koseïlah et la Kahinah ne furent qu'un semblant d'opposition. La population indigène, portée vers l’envahisseur par le sentiment de l'intérêt bien entendu, s'engagea dans ses entreprises de pillage, se fit musulmane et, partageant son avenir et ses passions, alla guerroyer, piller et détruire l'Espagne.
XIV. LES SOURCES. — Une chronique, écrite en latin, peut-être l'Epitoma E de cet auteur, a été inutilement devinée ; on a parlé d’Isidore de Béja : la conjecture est dépourvue de tout fondement. L'auteur anonyme avait précédemment écrit un Epitoma de la lutte sanglante aux commandés par Baldj contre les Arabes occidentaux, aux commandés par Dar Humeia, fils d” Abd el Melik, et Abou’l-Khattar, avec la défaite et la mort de cet émir. Enfin, il existe une troisième chronique hispano-latine, dite du continuateur de Jean de Biclar, et qui s'arrête en 724 et qu'on a mis gratuitement au compte de l'anonyme de Cordoue. L'auteur de l'Epitoma imperatorum est d'une remarquable impartialité ; ses notices consacrées aux califes omeyyades, Yezid Ier, Moawia II et Omar II, sont d'une loyauté irréprochable. Les émirs musulmans d'Espagne sont toujours traités avec cette équité. Même le Commandeur des croyants, Walid Ier, qui détruisit le royaume de Tolède, est mentionné pour sa prudence et son habileté militaires. Les émirs musulmans d'Espagne sont jugés sans passion ; c'est ainsi qu'à l'émir Iahia, qui avait fait rendre gorge aux Arabes et aux Maures, et restitué aux chrétiens soumis les biens dont on les avait dépouillés en dépit des capitulations, l'anonyme reproche son excessive riposte envers d'incorrigibles pillards. Plus loin, après avoir enregistré l'ordre donné par l'émir Iouzif de Cordoue, sur la demande des chrétiens, de faire disparaître des rôles de la capitation les noms de tous ceux d'entre eux qui, bien que morts depuis longtemps, continuaient à y figurer, au grand détriment de la communauté obligée de payer pour ces contribuables d'outre-tombe, il n'oublie pas de noter l'emportement avec lequel Touzif fit justice de cette friponnerie des agents du fisc. L'anonyme ne se montre pas moins impartial dans son jugement sur les événements accomplis en Espagne dans la première moitié du VIIIe. En sorte qu'on ne peut douter de son impartialité. Pour les événements accomplis en Espagne dans la première moitié du VIIIe, les récits de l'Epitoma sont absolument dignes de foi. Cette autorité ne s'étend qu'aux récits relatifs à l'Espagne chrétienne et musulmane. Dans tout ce qui a rapport à l'Islam en Asie ou en Afrique, il ne fait que résumer ce qu'il a appris des Arabes parmi lesquels il vit. De même, pour ce qui concerne Byzance et le Bas-Empire, l'anonyme n'a pu que consulter, sans toujours les bien comprendre, des documents grecs dont l'autorité ne gagne rien à passer sous sa plume.
Ce qu'on vient de lire sur l'Akhbar Majouma et les traditions qu'il renferme est plus vrai encore, s’il est possible, des chroniqueurs latins du 10e siècle et des siècles suivants, qui ont traité, avec plus ou moins d'étendue, le même sujet que l’anonyme de Cordoue. Ces chroniqueurs se partagent en deux classes bien distinctes. Dans la première viennent se ranger l’anonyme de Moissac et le roi Alphonse III qui, dans leurs récits de la ruine de l'Espagne et de ses causes, écrits l'un au commencement, l’autre à la fin du 9e siècle, suivent la tradition hispano-chrétienne exclusivement à toute autre. La seconde comprend ceux de ces chroniqueurs qui, dans leur exposé de la même catastrophe, reproduisent à la fois la tradition hispano-chrétienne et la tradition hispano-arabe : tels sont l'anonyme de Silos dans ses Prolégomènes à la vie du roi Alphonse VI de Castille rédigés au début du 11e siècle, Luc de Tuy et Rodrigue Ximenez, archevêque de Tolède, au 13e siècle. Les écrivains de la première série ne méritent pas plus de crédit dans tout ce qu'ils racontent des débauches de Witiza, de l’apostasie morale du clergé wisigoth, que l'Akhbar Medjouma dans sa légende du roi Rodrigue. Le point vraiment curieux en tout ceci, c'est que la tradition chrétienne du sud de la Gaule ou du nord-ouest de l'Espagne et les traditions arabes s'infligent réciproquement des démentis sur les points où chacune d'elles est en désaccord avec l'anonyme de Cordoue. Elles confirment ainsi à tour de rôle le récit contemporain, confirmation dont celui-ci n'avait d'ailleurs aucun besoin. Si, par exemple, la tradition hispanochrétienne accueillie par l’annaliste de Moissac et par Alphonse III accuse Witiza de lubricité, la tradition hispano-arabe représentée par Ibn Adhâri et par Ibn al Athir s'associe aux magnifiques éloges que l’anonyme de Cordoue décerne au même prince. Lorsque, d'autre part, la tradition hispano-arabe, parlant dans Akhbar Madjouma, soutient la légende du comte Julien introduisant les Musulmans en Espagne pour venger l'honneur de sa fille outragée par le roi Rodrigue, elle reçoit un solennel démenti de la tradition de l’annaliste de Moissac, qui place l'invasion de l'Espagne avant l'élection du roi Rodrigue, soit par Alphonse III qui attribue aux seuls fils de Witiza l'appel fait aux Arabes et l'entrée des Musulmans dans la Péninsule, soit enfin par la chronique d'Albelda ou de San Millan qui n'assigne d'autre cause à cette même invasion que les guerres civiles dont l'Espagne était alors désolée et la trahison subséquente des enfants de Witiza.
Les chroniqueurs de la seconde série ne diffèrent des précédents qu'en ce qu'ils ont résumé dans leurs ouvrages toutes les fables en circulation de leur temps sur la ruine de l'Espagne chrétienne et sa conquête par les Musulmans. Entre tous les chroniqueurs latins de la dernière heure, Rodrigue Ximenez, archevêque de Tolède, mérite une mention spéciale à raison de l'autorité qui, très injustement, s'attache à son nom. En ce qui concerne l'Espagne du 12e et du 13e siècle, partout où les droits de suprématie ecclésiastique ne sont pas en jeu, son témoignage ne saurait être négligé ; lorsqu'il est question des hommes et des événements du 7e et du 8e siècle, ce témoignage n'a plus guère de signification. Son ignorance des antiquités nationales, son manque absolu de critique, sa crédulité à toute épreuve lui interdisent d'être entendu.
XV. LE RÈGNE DE RODRIGUE. — Dans les premiers jours de l'année 711, Rodrigue fut élu pour succéder à Witiza sur le trône d’Espagne. L'assemblée qui avait déposé Witiza soulevait bien des contradictions au point de vue de la légalité, et il fallut que Rodrigue prit les armes pour faire exécuter la sentence rendue contre son prédécesseur. Après la mort de celui-ci, la lutte continua, elle durait encore au mois de juillet de cette année et le conflit mettait en présence les partisans des deux formes monarchiques : la royauté élective et la royauté héréditaire. Rodrigue l'emporta et se fit sacrer à Tolède. On possède deux monnaies d'or commémoratives, semble-t-il, de cet événement, frappées l’une à Tolède, l'autre à Egitania. La plupart des adversaires vaincus reconnurent, avec plus ou moins de sincérité, leur défaite, mais Oppas, frère de Witiza, et les fils de celui-ci, ainsi que plusieurs fidèles, ne s'y résignèrent pas. Ils s'enfuirent vers le sud de l'Espagne et cherchèrent pour leur vengeance le concours des Musulmans. Trahison d'autant plus inexcusable que ceux qui la commettaient ne pouvaient alors entretenir aucune illusion sur les projets de conquête de leur pays que nourrissaient les chefs de l'armée arabe. La fuite de ces traîtres s’accomplit certainement après l'entrée de Mousà en Espagne, puis que, à cette époque — mi-juillet 711 — la lutte contre Rodrigue n'était pas terminée ; cette fuite précéda la défaite de Guadalète où périt Rodrigue, mais à laquelle survécurent Oppas et ses neveux puis que Oppas entra à Tolède à côté de Mousà et les fils de Witiza prirent leur part dans les dépouilles de leur patrie vaincue. Les traditions recueillies par Alphonse II et par les autres chroniqueurs chrétiens ou arabes de la conquête permettent de croire que Oppas et ses neveux, avant de se rendre auprès des chefs musulmans, que ces traditions ou leurs interprètes supposent encore en Afrique, négocièrent quelque temps avec eux. Ils n'auraient donc pas quitté le royaume de Rodrigue immédiatement après le triomphe de celui-ci. Lors que Rodrigue se vit délivré de ses compétiteurs au dedans, il songea à se retourner vers l'étranger et à le jeter hors de la péninsule. Mais la guerre civile avait été trop longue et trop sanglante pour qu'il pût songer à entamer une nouvelle campagne à la fin de l’année 711 : l'armée se débandait, les milices du centre et du nord de l'Espagne rentraient chez elles sans permission. Rodrigue ajourna l'expédition dans le sud de l'Espagne pour en chasser les Musulmans au printemps de 714. Vers l'an 707, Mousà ibn Noçaïr avait mis fin à la conquête de l'Afrique ; brisé définitivement les résistances des Berbers et conquis les quelques places de la Maurétanie Tingitane demeurées au pouvoir des Byzantins. L'Océan, l'Atlas, le Sahara offraient leurs immensités à ces insatiables conquérants mais ne les tentaient pas. Ils savaient cependant qu'au delà du détroit de Gadès, se trouvait un pays riche et fertile. Mousà, l'Espagne gothique n'était pas une terre tout à fait inconnue, à ce point qu'il ait dû envoyer en quatre bateaux des explorateurs à sa découverte. La communauté de langue et de religion, les transactions commerciales, les expéditions militaires avaient depuis longtemps créé entre l'Afrique byzantine et le royaume de Tolède d’intimes et fréquentes relations. Mousà, en quête de renseignements sur l'Espagne, ses habitants, ses richesses, ses moyens de défense, pouvait se renseigner sans peine et s’avancer à coup sûr. Il pouvait obtenir des habitants romains ou romanisés, des renégats, des fugitifs des indications sûres. Quoi qu'il en soit de la source des renseignements, une chose est hors de doute : la sûreté et l'étendue des informations. Une fois prise la résolution de conquérir le royaume de Tolède, Mousà prépara lentement l'exécution et trois années s’écoulèrent (708-711) avant qu'il donnât suite à son projet d’envahir la Péninsule. Lorsqu'il apprit, vers la fin de l'hiver de 711, la déposition de Witiza, l'élection de Rodrigue et le déchaînement de la guerre civile, il s'empressa de saisir l'occasion, embarqua sur une flottile réunie à Ceuta tout ce qu'il avait de troupes disponibles, sans trop se préoccuper de leur petit nombre. Sachant les armées chrétiennes rivales aux prises dans les environs de Tolède, il supposait les côtes dégarnies, le pays mal gardé, la résistance faible ou nulle là où il se présenterait. Restant dans son gouvernement d’Afrique pour y attirer de nouvelles recrues, Mousà confia le commandement de son avant-garde à Taric ibn Zigäd, sous les ordres duquel se trouvaient : Tarif Abou Zara, Alcama et Munnuz. Taric mit à la voile emmenant 7 000 hommes, d'après l'Akhbar Madjouma, 25 000 d’après le moine de Silos, chiffres aussi invraisemblables les uns que les autres. L'anonyme de Cordoue ne donne aucun chiffre, mais il nous apprend que l'armée de Taric se composait d'Arabes et de Maures ou Berbers, ceux-ci musulmans de la veille et chez qui le fanatisme tenait lieu de ferveur. Tout ce monde débarqua sans accident et sans résistance en Bétique, trouvant une province dégarnie de soldats. Taric et les siens s'en donnèrent à cœur joie, rançonnant à outrance, pillant, massacrant, réduisant en esclavage. Le nombre de ceux qui furent ainsi réduits à cette condition dut être considérable, car si les bourgades et les villes ouvertes ne firent aucune résistance, il n'en fut pas de même des places fortifiées ; celles-ci, pour la plupart, refusèrent d'ouvrir leurs portes, mais emportées d'assaut ou enlevées par surprise, elles furent mises à feu et à sang par le vainqueur. Les données chronologiques de l'Epitoma sur cet événement sont claires et précises. Nous y voyons que Mousà quitta l'Espagne après quinze mois pleins de séjour dans sa conquête, vers les derniers jours d'octobre 712 ; il y avait donc débarqué dans le courant du mois de juillet 711, suivant, à deux ou trois mois de distance, son lieutenant Taric. Cette invasion s'était donc accomplie en pleine guerre civile puis que celle-ci avait éclaté en Espagne dès la proclamation de Rodrigue (janvier ou février 711). L'anonyme de Cordoue affirme que les villes enlevées en grand nombre par Taric et par Mousà le furent avant la grande bataille où le roi Rodrigue perdit la vie. Les chroniqueurs arabes, au contraire, rejettent la prise de ces cités de la Bétique et même de la Lusitanie après ce mémorable événement. Il est possible de trouver dans leurs récits légendaires quelques renseignements sur le nombre des villes prises par Taric et plus tard par Mousà avant la bataille de Guadalète : car si l'Akhbar Madjouma et ses copistes se sont trompés sur la date de ces conquêtes et les circonstances où elles s'accomplirent, il est très vraisemblable que cette erreur ne s'est pas étendue au nom des places plus ou moins importantes tombées alors au pouvoir de Taric et des siens. La première de ces villes aurait été Massula (= Algésiras), puis Ecija, Rayya, Elvire et, enfin, Cordoue. L'anonyme de Cordoue nous apprend que Mousà débarqua en Espagne entre le 7 juillet et le 15 août 711. Mousà était accompagné d'un grand personnage, africain de naissance et catholique de religion, le nobilissime Urbain, qui, à en juger par ce titre, avait peut-être été le dernier gouverneur de la Maurétanie Tingitane. Non seulement Urbain accompagna le conquérant dans ses courses en Espagne, mais encore en Syrie où le khalife le rappelait au mois de novembre 712. Ce fut même à Damas qu'Urbain rendit à Mousà le service signalé de lui conseiller le payement de l'énorme amende à laquelle Walid I venait de le condamner. Dès son arrivée en Espagne, Mousà s'était fait rendre un compte exact du butin enlevé depuis le débarquement de Taric ; il tenait à prélever sur ce butin la part du khalife et la sienne propre. Une altercation très vive se serait produite alors entre Mousà et Taric, qu'aura sans doute suivi la dénonciation de Taric au khalife. Mousà continua néanmoins sa conquête, emporta les places qui tenaient encore ou bien les réduisit par la famine. C'est alors, très vraisemblablement, qu'il se rendit maître d’Assidona, de Séville, de Carmona et de Mérida. Cette dernière place résista pendant plusieurs mois et finit par capituler.
Dans cette première période de conquêtes, l'Akhbar Madjourma nous apprend que les Juifs d'Espagne servirent d'actifs auxiliaires aux Arabes contre les chrétiens ; l'anonyme de Cordoue ne se prononce pas, tout porte à admettre cependant que, fidèles à leur haine séculaire, les Juifs auront tout fait pour se venger des chrétiens, mais le silence de l’anonyme, de la chronique d’Albelda, d'Alphonse II, du moine de Silos et de Luc de Tuy demande considération.
Pendant que les Arabes, les Maures et les Berbers mettaient à sac le sud de la Péninsule, Rodrigue se préparait à les combattre au printemps. On sortait d'une guerre civile, il fallait refaire les approvisionnements, lever les troupes. L'appel aux armes fut lancé au mois de février ou de mars 712 et tout le monde parut y répondre avec empressement. Rodrigue accueillit sans défiance ou avec une confiance feinte ceux qui ne la méritaient pas.
Quand les préparatifs furent terminés, Rodrigue s'ébranla avec une armée qui, si l’on en juge par l’armée jadis assemblée par Wamba dans des circonstances analogues, pouvait compter soixante à soixante-dix mille combattants. On franchit les défilés de la Sierra-Morena et on entra dans la Bétique, déjà tombée presque en entier sous la domination des Arabes (début d'avril 712 = 93 de l'hégire). Les forces musulmanes pouvaient atteindre 39 000 hommes environ et se trouvaient disséminées.
Taric, Abou Zara et le corps d'avant-garde qu'ils conduisaient subirent le premier choc, mais sur quel point ? Si Taric se trouvait alors aux environs de Guadalété, c'est que peut-être il avait battu en retraite afin d'attirer Rodrigue sur son terrain choisi et de donner à Mouså le temps de le rejoindre.
Avant d'avoir été rejoint par Mousà, Taric fut forcé d'accepter la bataille. Est-ce alors que Rodrigue fut défait et tué ? L'anonyme de Cordoue dit que « dans cette bataille l’armée gothique fut mise en pleine déroute (par la fraude) de traîtres qui convoitaient la royauté. Rodrigue tomba et perdit son royaume et sa patrie. Avec lui périrent ses rivaux ! » Dans deux autres passages, le même anonyme rapporte à Mousà la gloire de la défaite de Rodrigue ; la Chronique d'Albela et celle du moine de Silos attribuent aussi le succès final de la journée de Guadalète à l'intervention de Mouså.
Taric aura donc fini par être obligé d'accepter le combat et la lutte fut acharnée, elle resta indécise jusqu'à l'apparition de Mousä. Son arrivée changea la face des affaires, les traîtres demeuraient dans les rangs de l’armée parce que le petit nombre de soldats de Taric leur inspirait des doutes sérieux sur le succès de leur trahison. À la vue des troupes de Mousà, ils ne balancèrent plus, ichèrent pied, entraînant la déroute de l’armée de Rodrigue qui fut rompue, dispersée.
Les traîtres succombèrent eux aussi dans la confusion de la défaite ou dans le trouble de la poursuite. Rodrigue se défendit, recula pied à pied et succomba. Son corps fut enlevé par ses compagnons qui se dirigèrent vers le Nord-Ouest (pendant que les vainqueurs marchaient vers le Nord) et gagnèrent Viseu où il fut enterré en terre chrétienne.
Cent soixante ans plus tard, le roi Alphonse le Grand reconquit et releva Viseu ; alors, sous ses yeux, on trouva dans le dextro (ou cimetière) d'une des basiliques de la ville une tombe couverte d'une pierre : Nostris temporibus, Cum Viseo civitas et suburbana ejus, A nobis popularentur, In quadam basilica monumentum Est inventum Ubi desuper epitaphium sculptum Sic dicit : HIC REQVIESCIT RVDERICVS REX GOTHORVM AVL
La conquête de l'Espagne. — Après la Palestine, la Syrie, la Chaldée, la Perse, l'Égypte et l'Afrique, le tour de l'Espagne était venu. Taric avait opéré principalement en Bétique, Mousà avait poussé ses conquêtes jusqu'en Lusitanie. C’est alors qu'il faut placer la prise et l'occupation par Taric et par Mousà des nombreuses villes de ces deux provinces, que les traditions arabes ne font tomber en leur pouvoir qu'après la défaite de Rodrigue.
Il est aussi très probable que la révolte des chrétiens de Séville contre leurs nouveaux maîtres, mentionnée par l'Akhbar Madjouma sous la date de juin 713 et qu'il faut placer probablement une année plus tôt, avant que la bataille décisive de Guadalète et la prise de Mérida n'eussent décidé du sort de l'Espagne et fait d'une révolte locale un vrai coup de folie. On comprend alors que Mousà, obligé de prélever un détachement dans son armée pour contenir ou réduire Séville, n'ait pu envoyer à Taric reculant devant Rodrigue qu'un renfort de cinq mille hommes ; on comprend également que ce général n'ait contribué à la déroute des chrétiens que par ce renfort, comme le veut l'Akhbar Madjouma ou, comme l'affirme avec plus de vraisemblance le moine de Silos, ne soit arrivé sur le champ de bataille qu'après une lutte acharnée de Taric contre les chrétiens, et pour fixer enfin la victoire indécise.
Une tradition consignée au commencement du XIIe dans la Chronique du moine de Silos, et qui paraît être d'origine arabe, donne à la bataille une durée totale de sept jours : At Rodericus... per septem continuos dies infatigabiliter dimicans. N'aurait-on pas compris dans la durée du combat six jours de retraite exécutée par Taric devant un ennemi qui ne leur donnait aucun repos et enfin la bataille de Guadalète au septième jour ? Quoi qu'il en soit, si le renfort de Mousà n'arriva pas à Taric en temps opportun, la jonction de Mousà et de Taric se fit presque aussitôt après la journée de Guadalète, Mousà prit le commandement et la responsabilité de la poursuite des vaincus auxquels il ne donna pas le temps de se rallier, franchit sur leurs talons la Sierra Morena, pénétra le premier en Espagne et soumit le territoire de Tolède.
Cette ville venait à peine d'être instruite du désastre par l'arrivée des premiers fuyards. Le trouble y était grand, le primat de Tolède, Sindérède, donnant l'exemple de la poltronnerie, avait pris la fuite, courant s'embarquer quelque part, n'importe où, ne se sentant en sécurité que sur le pont d'un vaisseau qui l'emmenait en Orient, d'où il revint s'installer à Rome : Non ut pastor sed ut mercenarius, Christi oves contra decreta majorum deserens Romaniæ patriæ sese adnectat.
Beaucoup de nobles et de grands personnages mirent le même empressement que Sindérède à prendre la fuite, ce qui, de leur part, n'était que prudence, car ils pouvaient prévoir le traitement que leur réservait le vainqueur, stimulé par Oppas qui avait ses vengeances à satisfaire. Poursuivis, beaucoup furent pris et mis à mort. Privée des chefs qui la dirigeaient, la population de Tolède ouvrit ses portes à Mousà qui y séjourna peu de temps, allant toujours devant lui, poussant jusqu'à Saragosse dont il s'empara sans difficulté, dépassant cette ville et ne s'arrêtant peut-être qu'aux premiers contreforts des Pyrénées.
XVII. LES CHAMPIONS DE L'INDÉPENDANCE. — Le premier en date fut Theuderède, duc ou gouverneur de la province d'Orihuela ou de Murcie. Ce fut un savant qui se distingua entre ses contemporains moins encore par sa science que par sa bravoure. Dans l'une des deux dernières années du VIIe, les Byzantins ayant fait une descente sur les côtes de la province dont le gouvernement lui était confié, Theudimer les vainquit et les força de se rembarquer ; plus tard il combattit à Guadalète à côté de Rodrigue, rentra avec quelques troupes dans son gouvernement, laissé en dehors de leur ligne d'opérations par les Musulmans victorieux, marchant vers Tolède. Il en profita pour reconstituer une armée. Abd el Aziz ne tarda pas à se tourner contre lui (fin 712 ou début 715), mais la lutte fut longue et ardue ; le général wisigoth disputa le terrain pied à pied et, après trois mois de combats, “Abd el Aziz lui offrit une paix honorable. Theudimer livrait pour la forme ses principales villes et recevait de l'émir l'investiture de sa province : en outre, les chrétiens étaient garantis de toute injure dans leurs biens, leurs personnes, leur liberté et leur religion ; en retour Theudimer s'engagea à payer un tribut annuel, à refuser asile aux ennemis des Musulmans et à avertir « Abd el Aziz des complots qu'on pourrait tramer contre lui (5 avril 713).
“Abd el Aziz mourut assassiné en octobre 715 et Theudimer lui survécut jusqu’en 742 ; il eut le temps de voir se succéder bien des émirs, mais on ignore quel est celui dont les avanies forcèrent le duc d'Orihuela à aller se plaindre en personne au khalife. Athanaïlde succéda à son père et exerça le pouvoir à son tour en toute paix et tranquillité jusqu'à l'année 754. La petite principauté dura-t-elle beaucoup plus longtemps ? Cela semble douteux. Elle avait certainement disparu au début du IXe. La postérité de Theudimer ne s'éteignit pas de suite. Une épitaphe datée de l'an 963 (de l'ère espagnole) conserve les noms des fils et du petit-fils d'Athanaïlde : Sindémir et Jean.
Après la prise de Tolède par Mousà, quelques villes du centre et du nord de l'Espagne qui avaient échappé à l'invasion traitèrent avec le vainqueur sous certaines conditions ; mais la loyauté des Arabes permettant de tout redouter de leur part, beaucoup de ceux qui ne voulaient pas figurer avec leurs biens parmi le cortège que Mousà emmenait à Damas, s'enfuirent dans les régions montagneuses, s’exposant aux pires dangers et aux plus rudes souffrances :
Ad montana tempti iterum effugientes, fame, ET diversa morte Periclitant. dit à leur sujet l’anonyme de Cordoue qui, dans un autre passage de l'Epiloma, nous apprend que ces fugitifs s'étaient cantonnés dans les Pyrénées. C'est là où il nous les montre luttant avec succès en 735 ou 736, contre toutes les forces de l'Espagne arabe commandées par l'émir “Abd el Mélic, et les rejetant honteusement hors de leurs montagnes qu'elles avaient envahies.
A la fin du VIIIe, le roi Alphonse le Grand recueillit des traditions d'après lesquelles beaucoup de Goths se réfugièrent dans les Asturies :
Gothi vero partim gladio, partim fame perierunt Sed qui remanserunt ' Quidam ex illis Franciam petierunt [iraverunt. | Maxima vero pars in hanc patriam Asturiensem ir
En 718, ils s'y donnèrent, comme roi, leur chef Pélage, fils du duc Fafila. A cette époque, les Arabes avaient achevé la pacification de la Péninsule, à l'exception des massifs montagneux des Asturies et de Cantabrie, qu'ils serraient de près puis que Gijon (Gegio) et toute la côte de la première de ces provinces étaient au pouvoir de Mannuz, chef des Maures. Les Musulmans, dès leur prise de possession des contrées du Nord-Ouest, paraissent avoir essayé à diverses reprises d'en compléter l'occupation en délogeant les Goths de leurs retraites asturiennes. Une expédition en règle fut dirigée contre eux. Elle était commandée par Alcama, un des compagnons de Taric. Lancé dans la vallée sauvage de la Diva, formée de deux sierras qui vont s'élevant et se rapprochant de plus en plus et finissant par ne plus laisser entre elles que le lit du torrent, cette vallée court pendant une lieue et demie du Nord au Sud, puis s'infléchit vers l'Ouest et forme, avec la montagne dite de la Vierge, qui la ferme dans cette direction, un cul-de-sac gigantesque sans autre issue que celle par laquelle on y est entré. Les Musulmans s'y trouvèrent comme pris au piège, s'y défendirent et furent accablés, sous les pierres, les quartiers de roc, les flèches qui pleuvaient sur eux. La déroute fut complète, les Arabes périrent jusqu'au dernier à cette bataille de Covadonga.
Goth, du nom de Quintila ou Chintila, gouvernait ces contrées avec le titre de roi et résidait probablement à la Seo d'Urgel. Quintila était incontestablement le fondateur de ce royaume microscopique.
Nous savons, par l'anonyme de Cordoue, que le chef des Maures musulmans, ancien lieutenant et compagnon de Taric, occupait ces contrées en 731 et 732 ; en cette dernière année, lui et les siens, après avoir fait alliance avec Eu des, duc d'Aquitaine, se révoltèrent contre l'émir de Cordoue Abd el Ram : enfin, celui-ci marcha contre les rebelles, les écrasa et n'arrêta la poursuite qu'après avoir reçu comme trophée de victoire la tête coupée de Munnuz. Une principauté chrétienne indépendante n'a donc pu exister dans ce pays avant la fin de l'année 732. Il faut même en reculer la fondation jusqu'à 735. Il n'est pas croyable, en effet, que chrétiens ou Maures de la Cerdagne ou d'Urgel aient eu la pensée de se révolter tant qu'Abd el Ram gouverna l'Espagne musulmane. Ce n'est sans doute qu'après sa défaite mémorable par Char les Martel que les chrétiens se seront encouragés à secouer le joug des Musulmans, et sous la conduite de Quintila auront reconquis leur indépendance. Combien de temps la conservèrent-ils ? Quel fut le sort de Quintila et de sa principauté ? Nous l'ignorons. Mais en Murcie avec Theudérède comme dans les Asturies avec Quintila et partout où on tente de lutter contre les Arabes et les Musulmans, ce sont des Goths qui mènent l'action ; ceci explique pourquoi l'œuvre de la reconquête nationale fut principalement imputée aux Goths. L'auteur de la chronique d'Albelda intitule la section de son ouvrage consacrée à Pélage et à ses successeurs : « Série des rois goths après l'invasion arabe. » Le moine de Silos nous montre la nation des Goths réveillée de son sommeil. Luc de Tuy voit des Goths vainqueurs d'Abd el Ram à Simancas : et, en France, Alcuin s'adresse « à ceux qui en Espagne luttent contre les ennemis du Christ ? :
Gens bona Gothorum, semper sine fine valeto, Electus Domino populus, plebs inclyta salve, Præclaris gentes vicisti maxime bellis Quam multos quondam : hostes modo vincite Christi.
‘prendre son parti : ceux que nous avons vu envahir l'Égypte désignés sous le nom d’Arabes, paraissent en Afrique désignés le plus souvent sous le nom de Musulmans ; en Espagne, on leur donne communément le vocable de Maures et, en France, ils viennent finir leur aventureuse carrière sous le nom de Sarrasins. C'est de ces derniers qu'il nous reste à parler. Leur souvenir s'est conservé dans beaucoup de lieux, ici c'est une forteresse, là un pont, ailleurs une grotte qui rappellent leurs violences et leurs brigandages. Parmi ces souvenirs, il en est beaucoup dont l'autorité peut rivaliser avec celle de cette petite ville située sur les bords de la Garonne et qui a nom Castel-Sarrazin, ce qui témoigne, à n'en pouvoir douter, que cette position fut choisie, fortifiée par les envahisseurs, alors qu'en réalité cette dénomination n’est que la déformation d'un vocable plus ancien : Castrum Cerruciums.
Notre ancienne littérature conserve un souvenir des Sarrasins tout aussi peu fondé. Lors que, au XIe ou au XIIe, le paganisme eut définitivement disparu en Europe, les chrétiens qui partaient aux croisades ou qui en revenaient, ne sachant pas distinguer entre payens et mécréants, tinrent tous les sectateurs de Mahomet et les peuples idolâtres antérieurs, tels que les Francs qui envahirent la Gaule avant Clovis et même les Grecs et les Romains pour des païens et des Sarrasins. Un chapitre de la Chronique de Guillaume de Nangis commence ainsi : « Ci commencent les chroniques de tous les rois de France, chrétiens et sarrasins ! » Dans le vieux roman Parthenopeus, dont l'action est censée se passer sous Clovis, plusieurs chefs sarrasins sont mis en scène ?. Il n'est pas étonnant, d'après cela, que, dans plus d'un écrit du Moyen Age, les restes de la domination romaine à Orange, à Lyon, à Vienne en Dauphiné, portent le nom d'ouvrage sarrasin ». Il n'est pas surprenant qu'à la fin le nom de sarrazin ait remplacé et comme recouvert tous les autres noms, comme celui de Charlemagne se substituait dans la mémoire des peuples à ceux de Charles Martel et de Pépin. On aboutit ainsi à une légende qui, comme la prétendue chronique de l'archevêque Turpin, place sous le règne de Charlemagne l'ensemble des invasions sarrasines en France, à partir de Charlemagne jusqu'au Xe, Le roman de Philomène, écrit en provençal à une date postérieure à la chronique de Turpin, suppose sous Charlemagne les Sarrasins maîtres de tout le midi de la France, à peu près comme ils le furent un moment sous Charlemagne, et il fait honneur à Charlemagne de leur expulsion qui précéda sa naissance. D'un autre côté, les grands vassaux en lutte avec la couronne ne se sont pas fait faute d'attribuer à leurs aïeux la victoire sur les Sarrasins. Dans le Poème de Guillaume au court-nex, écrit en français et qui ne compte que quatre-vingt mille vers environ, on fait tout l'honneur à Guillaume, comte de Toulouse, d'avoir chassé les Sarrasins de Nimes, d'Orange et d'autres villes de la Provence.
Autre source de confusion, Dans la première moitié du Xe, les Hongrois quittèrent les bords du Danube, franchirent le Rhin et ravagèrent la France *. Leurs brigandages ressemblèrent à tous les autres brigandages ; mais, pour les désigner d'un nom plus outrageant, si c'était possible, on les appela Wandres ou Vandres et Vanda les, Dans le roman de Garin le Loherain, poème français composé au XIIe, l'invasion des Vanda les est placée sous Charlemagne et les héros du poème sont censés avoir fait partie plus tard des paladins de Charlemagne ; ce qui n'empêche pas qu'on leur attribue le martyre de saint Nicaise de Reims et de saint Loup de Troyes, qui, tous deux, vécurent au Ve, D'un autre côté, les détails du poème appartiennent au Xe, et même à une date plus basse, et les Vanda les y portent le nom de Hongres ou Hongrois ; enfin, les Sarrasins sont maîtres de la Maurienne. D’après ces indications, on peut juger de la confusion et de l’incohérence des sources qui nous ont conservé le souvenir des Sarrasins en France.
XIX. INVASION DE LA FRANCE. — Suivant les auteurs arabes, Mousä ne se serait pas arrêté, dans sa course vers le Nord, au pied des Pyrénées ; il aurait franchi cette barrière et serait venu jusqu’à Narbonne où il trouva dans une église sept statues équestres en argent, tandis qu'à Carcassonne, l’église Sainte-Marie offrit à son avidité sept colonnes d'argent de taille colossale$, Les mêmes auteurs arabes attribuent assez gratuitement à Mousà le projet de regagner Damas par les Alpes, les Balkans, Constantinople et l'Asie Mineure, menaçant de ne faire de la Méditerranée qu'un lac musulman. Les auteurs chrétiens ignorent tout du prétendu voyage de Mousà à Narbonne et à Carcassonne. Les incursions faites en Languedoc sous l'émirat d’Alaor, en 718, sont également imaginées par les chroniqueurs arabes : cependant le temps était proche où les Musulmans entrefaient en France.
1964 Leur invasion dans ce pays a pris, aux yeux de certains, une importance exagérée qu'il importe, par l'examen des sources, de réduire à leur valeur. Les chroniques qui parlent des invasions sarrasines en France | sont extrêmement peu sûres et peu nombreuses. Si l'on excepte celles d'Isidore de Béja et de Moissac et un passage d'un continuateur de Frédégaire, on peut dire M que tout le reste n’est que Vies de saints d'une rédaction tardive et dont les auteurs, dépourvus de moyens de contrôle ou indifférents à la critique, confondaient le plus facilement du monde les invasions germaniques du Ve avec l'invasion arabe du vie, ou bien empruntaient à des chants populaires, à des romans les accessoires et quelquefois le fond de leur récit. Une autre source d'erreurs, surtout pour les écrivains de la frontière orientale, se trouve dans le fait qu'ils ont confondu les courses des Sarrasins et celles des Hongrois. En effet, ces invasions sont à un certain moment contemporaines, c'est au Xe que les Sarrasins ravagent les côtes de la Provence et que les Hongrois pénètrent jusque dans le Languedoc oriental, Les sources chrétiennes de l'histoire des invasions et des établissements des Arabes dans le Languedoc sont au nombre de quatre, deux contemporaines, une autre de peu postérieure et qui a employé des indications annalistiques contemporaines, une dernière plus moderne mais qui a utilisé des sources anciennes. a. Chronique dite d'Isidore, évêque de Béja. — Elle est connue depuis 1615 et a été réimprimée par Florez dans le tome vi de l'España sagrada. Elle embrasse les derniers temps de la monarchie wisigothique et la première moitié du VIe, s'arrêtant en 724 de notre ère. Pour toute l'époque de la domination arabe, cette source est de la plus haute valeur. L'auteur ne fut pas, quoi qu'en disent quelques manuscrits, évêque de Béja, il a vécu à Cordoue et sait tout ce qui s'y est passé de son temps ; il n’est hostile ni aux derniers rois wisigoths ni aux Arabes. Dozy, dans ses Recherches sur la littérature et l'histoire de l'Espagne sous la domination arabe, a essayé de montrer que l'obscurité et l'affectation du style de cet auteur proviennent de gloses anciennes introduites dans le texte par un copiste trop soigneux, gloses qu'il a entrepris de distinguer et d’émonder, restituant aussi au texte original le caractère de prose rimée. L'édition de Prudencio Sandoval, en 1615, est préférable à celle de Florez. Le prétendu Isidore a été suivi de très près par Rodrigue Ximenès, dans l'Historia Arabum. b. Continuateur de Frédégaire. — Deux seuls passages seulement dans cette chronique. c. Chronique de Moissac et Annales d'Ariane. = Ces deux textes sont extrêmement voisins. Les Annales seules contiennent les années 716 à 778, dates extrêmes de notre sujet. Leur source, presque unique pour l'époque qui nous occupe, est une chronique languedocienne certainement contemporaine des événements et qui ne consistait peut-être qu'en renseignements annalistiques. d. Chronique dite d'Uzès. — La plupart des notes historiques qu'elle fournit sont empruntées aux Annales d'Aniane ou peut-être à leur source. De plus, elle contient quelques détails nouveaux, tirés des archives de la cathédrale d’Uzès et qui paraissent provenir d'une source très ancienne. Il est extrêmement difficile de déterminer d’une manière exacte la date de toutes les expéditions des Arabes dans la Septimanie, à cause du peu de traces laissées par ces incursions et de la confusion qui règne à ce sujet dans les chroniques. - À la mort de Pépin (714), son empire passa aux mains d'un enfant, au détriment de Charles, bâtard du défunt, qui l'avait déshérité, non à cause de sa naissance irrégulière, mais en l’accusant d'être l'instigateur du meurtre de son autre fils Grimoald. La division se mit entre les provinces, Eu des, duc d'Aquitaine, saisit cette occasion de se proclamer roi de toute la contrée située entre la Loire, les Cévennes et les Pyrénées. Mais en 716, Charles, s'étant échappé de prison, réunit quelques partisans et, à force de courage et d'habileté, réussit à soumettre à son pouvoir la plus grande partie du royaume d'Austrasie. Après avoir réduit les Saxons à se tenir tranquilles, il se disposa à attaquer les Neustriens qui, eux aussi, s'étaient donné un roi. En face du péril commun, Neustrie et Aquitaine associèrent leurs forces. Eu des, bien que très menacé du côté du Midi où, en 712, les Arabes s'étaient montrés sur les crêtes des Pyrénées, rejoignit les Francs de Neustrie près de la Seine et se porta avec eux à la rencontre des Austrasiens. On se battit sur l'Aisne, non loin de Soissons et les alliés furent vaincus ; sans attendre la fin du combat, Eu des ramena son armée en arrière, au delà de la Loire et traita avec le roi d'Austrasie (719). Reste à savoir si, comme on l'a écrit, ce fut cette même année-là que les Sarrasins s'emparèrent de Narbonne. » Si l'on en croit les historiens chrétiens et, notamment, la Chronique de Moissac, ce serait en 721, et sous les ordres de Es-Sameh, ouali (gouverneur) d'Espagne, que les Arabes auraient, pour la première fois, franchi les Pyrénées. En effet, plusieurs auteurs arabes, assez anciens il est vrai, mais qui ne sont cités que par un compilateur du xvi siècle, Maccari, soutiennent qu'avant cette expédition, il y en eut une et même deux autres, ce qui leur permet de faire remonter à Mousà l'honneur d'avoir le premier envahi la Gaule. Suivant eux, suivi d'une troupe d'élite composée de cavaliers et de fantassins armés à la légère, ce chef aurait franchi les Pyrénées, pris Narbonne et Carcassonne et rapporté un riche butin. Ce témoignage semble bien précis et bien affirmatif et, néanmoins, l'événement paraît très peu véritable. Non que les chrétiens de Septimanie fussent, à cette date, en état d'opposer une résistance heureuse à de pareils envahisseurs, mais la prise et le pillage d'une ville telle que Narbonne, métropole ecclésiastique de toute la province, aurait peut-être laissé quelque trace dans les chroniques et les Annales d'Aniane attribuent la première conquête à Es-Sameh. En outre, on admettra difficilement la présence de tant de richesses à Carcassonne, simple place de guerre, sans aucune importance, sinon stratégique ; de sorte que l'expédition de Mousà est au moins douteuse, pour ne pas dire imaginaire. Elle aurait dû avoir lieu entre 713 et 714 ; nous la tenons pour inexistante.
Une incursion bien réelle est celle qui est attestée par les chroniques chrétiennes et les historiens musulmans en 718, dirigée par Al-Horr, ouali d'Espagne en 716. Le pseudo-Isidore de Béja dit qu'il administra trois ans à partir de cette année, qu'il s'occupa principalement d'assurer l'administration de la justice, qu'il lutta contre la Gaule Narbonnaise par les armes et les négociations, de bellando el pacificande, enfin qu'il soumit l'Espagne entière à des impôts réguliers. Plusieurs auteurs arabes affirment qu'il s'empara de la ville de Narbonne ; cependant ce fait n'est établi par aucun témoignage positif, et on ne saurait prétendre davantage qu'Al Horr ait occupé, d'une manière durable, aucune partie du territoire français ; tout au plus aurait-il ravagé quelques cantons de la Septimanie, sans prendre Narbonne.
En l'an 100 de l'hégire = 719 de Jésus-Christ, Al Horr ayant été remplacé dans le gouvernement de l'Espagne par Es-Sameh, celui-ci ne tarda pas à traverser les Pyrénées, résolu à conquérir définitivement la Gaule Narbonnaise. Isidore dit à ce sujet que Es-Sameh soumit la Narbonnaise (fusam facit) et fit aux Francs une guerre continuelle ; il fortifia Narbonne et y mit une garnison choisie, electos milites ad præsidia tuenda. Ces expressions nous permettent d'ajouter foi à un passage de Paul Diacre, qui a dû employer ici des sources contemporaines ; il rapporte qu'à ce moment les Sarrasins vinrent en Gaule avec leurs familles, comme s'ils eussent eu l'intention de s'y établir. Tel est, en effet, le caractère de l'invasion d'Es-Sameh ; c'est la première tentative sérieuse, la seule peut-être que les Arabes aient jamais faite.
À ces détails, les Annales d'Aniane en ajoutent quelques autres qui paraissent empruntés à des sources contemporaines ; les habitants de Narbonne furent, les hommes massacrés, les femmes et les enfants emmenés en captivité. Quand Es-Sameh se sentit solidement établi à Narbonne, il fit de cette ville sa base d'opérations et marcha sur Toulouse. Cette ville était sur le point de succomber quand le duc d'Aquitaine, Eu des, parut avec une forte armée et livra une sanglante bataille (9 juin 721). Es-Sameh fut vaincu, tué, et son armée entièrement défaite. L'impression produite sur les Arabes fut très profonde ; ils appelèrent la bataille de Toulouse Balät et le champ de bataille Baldi as-schohadä, le « plateau des martyrs ». Les débris furent ralliés par AbdeRahmän qui les ramena à Narbonne. Les Sarrasins restaient maîtres de Narbonne : ils y pouvaient débarquer venant d'Afrique ou d'Espagne, de même qu'ils pouvaient de là tenter les incursions qui leur convenaient.
En 721, Anbaça ben Sohaïm était devenu ouali d'Espagne ; il conserva cette charge jusqu'en 725, faisant faire la guerre par ses lieutenants. C'est peut-être à cette époque que remontent les premières grandes dévastations des Arabes, celles qui ont laissé le plus de traces dans les récits des chroniqueurs. En 725, Anbaça prit de vive force Carcassonne. Les habitants durent livrer au vainqueur la moitié de leurs biens et délivrer tous les captifs musulmans. Ils s’obligèrent en outre à payer un tribut annuel et à reconnaître l'autorité musulmane dans les relations politiques et militaires. Cela fait, Anbaça tourna à l'Est, dans la direction du Rhône. Les auteurs chrétiens parlent de la destruction du monastère de Jaucels, près Béziers, de celui de Saint-Baudile à Nîmes. Cette ville se soumit volontairement et donna des otages, les monastères de Psalmodi, près d'Aigues-Mortes, et de Saint-Gilles, dans la banlieue d'Arles, furent également ruinés. Anbaça mourut dans le courant de l'année 725 (= 107 de l'hégire), soit de mort naturelle comme le supposent quelques auteurs arabes, soit sur un champ de bataille pendant son expédition en Provence.
C'est sans doute vers ce temps que les Arabes parurent en Bourgogne : ils brûlèrent Autun le 22 août de cette année. C'est aussi vers le même temps qu'il faut rapporter les ravages exercés dans le Velay et dans le Rouergue du temps de Dadon, fondateur du monastère de Conques, et de saint Théofred ou saint Chaffre, abbé du Monastier. Il est possible que, profitant de la terreur attachée à leur nom, des partis, dont il serait impossible de tracer l'itinéraire ou de déterminer l'exacte nationalité, parurent alors dans l'Albigeois, le Gévaudan, l'Auvergne. Leur présence et leurs ravages à Autun donnent une grande vraisemblance à ce que disent certains auteurs qui signalent les Arabes en Dauphiné, à Lyon, à Mâcon, à Chalon-sur-Saône et à Beaune. Mais peut-être n'est-il pas inutile d’insinuer ici un rapprochement historique. On sait qu'en 1789, tout de suite après la prise de la Bastille, régna dans la plupart des provinces du royaume une véritable panique qui a gardé le nom de « la grande peur ». Partout on signalait l'approche, la présence, les méfaits de brigands-fantômes qui ne parurent nulle part ; cependant, à lire les correspondances, les gazettes, tout ce qui a succédé aux chroniqueurs de jadis, on ne pourrait douter de cette invasion ; peut-être, à bien des égards, en fut-il de même à l'égard des Arabes du VIe. C'est ainsi qu'on a parlé de détachements qui remontèrent la Loire, pillèrent Nevers, massacrèrent à Besançon, mirent à sac Luxeuil. Tout cela est fort sujet à caution.
Les années qui suivirent cette grande prise d'armes de 725 paraissent avoir été perdues par les Sarrasins au milieu de querelles intestines. Les troupes musulmanes, qui étaient restées en deçà des Pyrénées, firent sans doute, dans différentes directions, des courses qu'elles poussaient assez loin et dont l'unique motif était d’amasser du butin. C'est à cette époque qu'il faut probablement placer les ravages dont nous venons de parler et qui eurent pour théâtre le centre et l'est de la France. Les auteurs arabes ne donnent aucun détail sur ces entreprises qui n'avaient pas une grande portée politique ni militaire.
En l'an 113 de l'hégire, ‘Abd-e-Rahmân al Ghâfeqi fut de nouveau nommé ouali d'Espagne. Quelques auteurs rapportent qu'un de ses premiers soins fut de punir le gouverneur de la Cerdagne que les chroniques chrétiennes appellent Munuza, et qui avait conclu une étroite alliance avec Eu des, duc d'Aquitaine. Voici, d'après ce qu'en dit Conde, la version musulmane de ce fait suffisamment connu par les sources occidentales : « Othmän, fils d'Abou Nis’'a, lequel avait, à deux reprises différentes, exercé le gouvernement de l'Espagne, était en rivalité de puissance avec ‘Abde-Rahmän, et se croyait plus de titres que lui au poste de gouverneur. Dans une de ses courses, il fit Lampégie, fille d'Éu des, prisonnière. Épris de sa beauté, il l'épousa, et s'unit d'intérêt avec Eu des. Aussi, quand Abd-e-Rahmân manifesta l'intention de pénétrer de nouveau les armes à la main jusqu'au cœur de la France, Mumeza se crut obligé d'opposer les liens qui l'unissaient à Eu des ; et, comme Abd er Rahmân refusait de reconnaître un traité qu'il n'avait pas lui-même dicté, disant qu'il ne pouvait pas exister entre les musulmans et les chrétiens d'autres intermédiaires que le glaive, Mumeza se hâta d'instruire son beau-père de ce qui se passait afin qu'il eût le temps de se mettre sur la défensive, »
On arrive ainsi à l'année 732 (114 de l'hégire) ; il est vrai que Bède mentionne une grande incursion arabe en 731, mais, comme il ne donne aucun détail caractéristique, on peut croire qu'il aura confondu une course peu importante avec la grande invasion de 732. En tout cas, Isidore de Béjä, contemporain des événements, ne place rien en 731, Rodrigue Ximénès, au XIIIe, parle, il est vrai, d'une grande expédition en 731, qui aurait été dirigée contre Arles ; mais comme, dans le même passage, il fait mention des Aliscamps et rapporte plusieurs faits assez romanesques, il est probable que son récit est le résultat de la combinaison des indications fournies par Bède et par d'anciens récits poétiques empruntés à la geste de Guillaume Courtnez, “Abd-e-Rahmäân, passant par la Navarre, franchit les Pyrénées occidentales, prit la ville de Bordeaux, battit le comte Eu des et s'avança rapidement vers la Loire après avoir saccagé Libourne. Pendant que se passaient ces événements, Char les, surnommé Martel, combattait sans relâche Allemands, Saxons et Souabes, et en cela ils sont en opposition avec les chroniques qui voulant affermir la sécurité sur cette frontière avant de rentrer en Austrasie. Il eut connaissance des ravages des Musulmans dans la vallée du Rhône et se prépara à venir les en chasser. Eu des redoutait Char les plus que les Musulmans et préférait l'alliance d'Othmän, « son gendre, ce qui, croyait-il, détournait de lui les menaces qu'il aurait pu redouter du côté de l'Espagne, Mais “Abd-e-Rahmân avait battu Othmän, l'avait tué et avait envoyé sa femme au khalife. L'expédition de 732 s'annonçait désastreuse, Partout, sur la trace de l'armée des Arabes, les villes et les monastères étaient ruinés et brûlés : Saint-Savin près de Tarbes, Saint-Sever de Rustan, Aire, Bazas, Oloron, Béarn, Sainte-Croix près de Bordeaux. Quand il eut été vaincu par ‘Abd-e-Rahmân près de Bordeaux, Eu des s'adressa à Char les-Martel qui se disposa à marcher contre le vainqueur qui déjà se répandait dans l’Aquitaine, franchissait la Loire, pillait Poitiers.
Les auteurs arabes ne donnent que peu de détails sur ces événements qui finirent par une défaite mémorable de l'armée musulmane. Ils affirment cependant, chrétiennes, qu'en présence même de Char les-Martel, les troupes d'Abd-e-Rahmän se précipitèrent sur la ville de Tours et s'y livrèrent au massacre et au pillage. En outre, ils sont à peu près d'accord pour placer le lieu de la bataille décisive entre les deux armées aux environs de la ville même de Tours, tandis que, d’après toutes les autres sources, la rencontre eut lieu sur le territoire de Poitiers (au mois de ramadhan de l'an 114 = octobre 732). Le jésuite Daniel donne à cette rencontre fameuse des circonstances imaginaires. « Char les-Martel, dit-il, avait rassemblé une armée composée non seulement des troupes d'en deçà du Rhin, mais encore de ses sujets de la Germanie ; sujets qu'on n'appelait jamais que dans les pressantes nécessités de l'État. » Et il se met à comparer la taille gigantesque de ces Germains à la taille minuscule des Arabes. Si cet auteur s'était reporté à la Chronique d'Isidore de Béjà, il aurait vu que cet auteur ne dit rien de ce prétendu arrière-ban venu de Germanie et qu'Isidore se contente de dire ceci : Aî que dum acriler dimicant, gentes seplentrionales in iclu oculi, ul paries, immobiles permanentes... Arabes gladio enecant. Il ne s’agit pas de troupes germaniques, mais de toutes celles dont se composait l'armée de Char les-Marlel et à qui Isidore, dans le même endroit, donne le nom de Gens Ausiriæ où Europenses, par opposition aux Asiatiques ou Arabes et aux Africains ou Maures qui formaient l’armée d'Abder-Rhamån. On n'osait certes pas soutenir qu'il n'y avait que des Germains dans celle de Char les-Martel. Rodrigue Ximenès n'a donc pas entendu Isidore dont il rapporte plusieurs phrases entières et il a entraîné dans l'erreur ceux qui l'ont copié sans remonter à la source. Comment, dans une irruption si soudaine, à laquelle Char les-Martel ne s'attendait pas et qu'il ne se mit en état de repousser qu'après la défaite d'Eu des sur la Dordogne et l'appel qu'il lui adressa, comment Char les aurait-il pu faire lever des troupes en Germanie, leur faire passer le Rhin et les faire venir jusqu'à Poitiers ? On sait du reste, par ailleurs, qu'à cette époque, les nations germaniques refusaient de reconnaître l'autorité de Char les et d'obéir à ses ordres. Mais ce qui met la méprise de Rodrigue Ximenës dans tout son jour c'est que l’auteur contemporain de la Vie de saint Eucher, évêque d'Orléans, parlant de cette même irruption des Sarrasins (lesquels, selon lui, ne pénétrèrent alors qu'en Aquitaine) dit que Char les, aussitôt averti, assembla promptement une armée de Francs et de Bourguignons pour aller à leur rencontre et qu'il remporta sur eux une mémorable victoire. Interea gens nefanda Ismaelitarum ex propiis cubiculis egressa, ad depopulandam provinciam Aquitaniam ingressa, imminenti periculo sui exercitus cunclam vastans suppellectilem, civitates vel castella nititur expugnare. Audiens hæc Carolus princeps, collectis gentibus Burgundiorum Francorumque obviam illis... On voit par ce passage que l'armée de Char les ne contenait pas de Germains, mais des Francs et des Bourguignons.
Les deux armées s’observèrent en se livrant des éscarmouches qui se développèrent entre Tours et Poitiers. La fantasia arabe laissait la muraille de nos fantassins impénétrable. L'action dura-t-elle deux jours ? Quoi qu'il en soit, vers la fin de la journée décisive, le comte Eu des avec les Aquitains opéra une diversion sur le camp musulman. À cette vue, les pillards émérites prirent peur pour leur butin, se débandèrent et coururent défendre leurs chariots. Sur ces entrefaites “Abd-e-Rahmän fut tué, alors ce fut la débandade complète, les Francs avancèrent écrasant tout ce qui ne fuyait pas devant eux.
On a élevé la perte des Sarrasins à trois cent soixante-quinze mille hommes, celle des Français à quinze cents soldats. Ces chiffres ne reposent sur rien et ne doivent être rappelés que pour être écartés. Tout ce qui n'était pas mutilé détala sans trop de hâte, car il n'y eut pas de poursuite, soit par suite de lassitude, soit par crainte d'un piège. Des groupes se réfugièrent où ils purent dans les campagnes, y vécurent et ont laissé jusqu'à nos jours le type sarrasin parmi certaines populations du Poitou et du Limousin. Les débris de l'armée vaincue gagnèrent les Pyrénées. Un détachement traversa la Marche, près de Guéret, détruisit l'abbaye de Solignac. Le Limousin, le Quercy, le Rouergue, l'Albigeois et le Toulousain eurent encore à souffrir du fait de ces fuyards.
»Abdel Mélik, successeur d'Abd-e-Rahmån comme ouali d'Espagne reçut du khalife l’ordre d'effacer ce désastre par de nouvelles victoires, mais il n’y réussit pas. Battu dans une expédition contre les populations chrétiennes du nord de l'Espagne, il fut remplacé en 740. Narbonne, qui avait passé le Rhône. À la faveur de luttes qui, depuis près de soixante-dix ans, divisaient la Neustrie et l’Austrasie, la Provence semble être devenue, comme l’Aquitaine, l'apanage de familles puissantes à peu près indépendantes et qui ne reconnaissaient plus la suzeraineté des royaumes du Nord. L'un de ces princes, Mauronte, duc ou comte de Marseille, menacé dans son indépendance par Char les-Martel, appela les Arabes à son aide : il leur livra Avignon et Arles (736).
Vers cette époque, la guerre intestine qui, plusieurs années auparavant, avait éclaté parmi les musulmans d'Espagne, y sévissait dans toute son ardeur. “Abd el Mélik, fils de Qatan, avant été nommé pour la deuxième fois ouali d'Espagne, après la mort d'Oqba, fut vaincu et tué par les insurgés. « Abd-e-Rahmân, fils d'Oqba, le Lakhmite, gouverneur de Narbonne, marcha contre Baldj, l'adversaire du gouverneur assassiné, à la tête d'une armée de quarante mille hommes ou, d'après d'autres, de cent mille hommes, et tua le général ennemi de sa propre main. Il retourna ensuite à Narbonne. Plus tard, en 747 {= 129 de l’hégire}, il est fait mention d’un autre gouverneur de Narbonne, nommé ‘Abd-e-Rahmân-ben-Alqama le Lakhmite, qui se révolta contre Yousouf, fils d'Abd-e-Rahmän, émir d'Espagne. Il ne tarda pas à être vaincu et tué.
Malgré que les Arabes se fussent maintenus à Narbonne leur puissance n'en était pas moins ruinée en Gaule. La plupart des villes de la Septimanie, sauf Narbonne, leur avaient échappé et tout le pays paraît avoir été, pendant les dix ou quinze années ani suivirent, en proie à la plus grande anarchie. En 751, le duc d'Aquitaine, Waïfre, essaya de s'en emparer et alla ravager les environs de Narbonne. Cette tentative éveilla sans doute les craintes de son adversaire Pépin, et, dès l'année suivante, celui-ci se faisait livrer par le goth Ausermond, les villes de Nîmes, Agde et Béziers : vers le même temps, un autre goth, père de saint Benoît d'Aniane, lui cédait Maguelonne. Les Sarrasins furent dès lors bloqués dans Narbonne. Le siège, ou plutôt l'investissement dura sept ans entiers ; malgré l'abandon où la laissaient les Sarrasins d'Espagne, la garnison tint bon. Enfin, en 759, Pépin ayant promis aux Goths de leur conserver l'usage de leurs lois, ceux-ci ouvrirent leurs portes et lui livrèrent la ville. Quant aux villes d'Elne et de Carcassonne, les Annales d'Aniane n'indiquent pas à quelle époque les Francs s’en emparèrent, mais il est probable que leur soumission précéda ou suivit de peu celle de Narbonne et qu'elle ne donna lieu à aucune résistance sérieuse.
Ainsi prenait fin l'épopée tragique dont nous avons montré le développement en Occident. Nul doute que la gloire du vainqueur de Poitiers ne soit grande, mais sa victoire eût été insuffisante si les conditions de l'invasion fussent demeurées les mêmes. Toutes les forces du Magreb ne furent pas anéanties à Poitiers. Il est impossible d'évaluer le nombre des Musulmans tués, quinze ou vingt mille peut-être au maximum. La retraite n'eut rien d'épique, elle put s'effectuer sans encombre, puisqu'il n'y eut pas de poursuite. Il est donc permis de dire que ce ne fut pas là un désastre assez grand pour arrêter une invasion et la faire rétrograder, bien plus pour mettre fin à un nouvel effort. Nous avons vu dix fois déjà les envahisseurs vaincus, dispersés, leurs chefs tués, et toujours ils reviennent à la charge. Cette fois on ne les revit plus ; voici pour quoi.
L'ISLAM ÉPUISÉ. — Depuis un certain nombre d'années, les Berbers avaient accueilli avec faveur un schisme que les orthodoxes stigmatisaient sous le nom de Kharedjisme (hérésie). Ce schisme avait pris naissance peu de temps après la mort de Mahomet, lors des luttes pour sa succession entre Ali, son gendre, et Moaouïa. Les Kharedjites prétendaient que l'Imâm ou chef des fidèles pouvait être choisi parmi eux tous, tandis que les autres voulaient qu'il fût pris dans la descendance du prophète (par sa fille Fatima), ou dans la tribu de Koreïch. Telle fut l’origine de la scission. Écrasés à Nehrouân par Ali, ses sectaires cherchèrent un refuge au loin ; l'Afrique en recueillit beaucoup : avec le temps, les désaccords dogmatiques s'accentuèrent et les Kharedjites devinrent les adversaires de la constitution même du khalifat, adversaires cachés, mais dont la haine n'attendait qu'un motif pour faire explosion et se traduire par des actes. Ce fut surtout dans le Magreb extrême (Maroc actuel) que le schisme récueillit le plus grand nombre d'adhérents formant une vaste société secrète. Les Berbers en firent un moyen de résistance patriotique contre leurs dominateurs.
Déjà plusieurs gouverneurs étaient venus juger par eux-mêmes de la gravité de la situation et réprimer les séditions locales : ils avaient laissé dans l'Ouest des hommes térés et énergiques. Ces précautions devaient être vaines. En 740, les Berbers du Magreb extrême se soulèvent comme un seul homme à la voix de Méïcera, l'un des leurs, et mettent à mort leurs oualis. Le gouverneur de Qaïrouan fait marcher contre eux les troupes arabes dont il dispose, mais elles sont taillées en pièces et le feu de la révolte se propage à tout le nord de l'Afrique. Bloqué dans Qaïrouan, le gouverneur demande des secours en Orient. Le khalife Hécham tire douze mille cavaliers des colonies militaires de Syrie et les lance contre le Magreb. Les Berbers les attendent près du fleuve Sebou, les écrasent, les coupent de leur base, les poussent vers la mer, en sorte que ceux-ci n'ont d'autre issue que de s'embarquer pour l'Espagne où on les reçoit si mal qu'ils sont obligés de se conquérir une place l'épée à la main. La Péninsule n'ayant plus de communication avec l'Orient est aussi en proie à la révolte, car les Karedjites sont nombreux et l'arrivée des Syriens apporte un élément de plus à l'anarchie, Cette révolte va durer de longues années, coûter la vie à un grand nombre de Berbers, se prolonger sous la dynastie des Abbassides, donner naissance à des partis intraitables, jeter la confusion et l'esprit de révolte partout. Dès que la nouvelle dynastie fut solidement installée, elle s'attacha à réduire la révolte Kharedjite du Magreb, mais le khalifat s’épuisa dans cette lutte qui se termina, après cinquante années de guerres sans merci, par l'écrasement des Kharedjites. Dès lors l'autorité du gouvernement arabe fut sans force en Afrique : ne pouvant plus compter sur les indigènes, ni les employer dans leurs armées, isolés et noyés au milieu d'ennemis, n'ayant pour se faire obéir que les milices d'Orient, les oualis de Qaïronan furent soumis au bon plaisir de ces soldats et n'exercèrent bientôt plus aucune action sur l'Ouest. Des dynasties indépendantes se fondèrent en Espagne et dans le Magreb, et ces pays, dès lors séparés pour toujours de l'Orient, vécurent de leur vie propre en attendant que l'Ifrigïah (Tunisie et Tripolitaine) s'en détachât aussi. On voit ainsi de quelle manière le courant qui entretenait l'invasion musulmane en Espagne se trouva détourné ; il ne passa plus personne en Espagne parce que tout le monde était occupé en Afrique. Le torrent arrêté à Poitiers rentra dans son lit et ne déborda plus parce que l'avalanche qui l'avait gonflé s'était portée d'un autre côté.
Au xviie et au XVIe, le merveilleux rajeunissement survenu dans les études historiques avait imprimé une impulsion nouvelle à l'étude de nos origines et de nos institutions. Dès la renaissance du pouvoir royal, les légistes du Moyen Âge avaient mis le droit romain à contribution pour établir et justifier les prétentions de l'autorité souveraine, saisissant toute occasion d'affirmer leur dédain pour les coutumes féodales issues de la conquête. Mais jusqu’au XVe ces principes n'avaient pas encore trouvé leur expression scientifique et leur fondement historique. Il ne venait à la pensée de personne d'imaginer, et moins encore d'établir, une continuité et une transmission de l'autorité des empereurs à celle des rois de France. La tradition de la conquête était trop forte, trop inattaquable pour ne pas décourager toute tentative moins comme une action imprudente que comme un coup de folie. La dynastie remontait jusqu'à Clovis et semblait naître avec lui, française sur les champs de bataille et catholique dans le baptistère de Reims : elle n'en demandait pas plus et surtout n'eut pas admis le troc.
Observations sur l'histoire de la race, dans Histoire de 1274 entre cette certitude auguste et une douteuse origine impériale. La noblesse, descendant des compagnons de Clovis !, estimait juste et bon que la France fût lotie entre ses représentants ; elle était leur conquête et une chronique du XIIIe déjà, citée par Valois dans sa Notice des Gaules, avait tiré de ce droit les conséquences politiques qui devaient fournir le fonds du système du comte de Boulainvilliers. Cependant on rencontrait encore, dans le Midi, des municipalités qui se réclamaient, dans un but intéressé, de droits antérieurs à la conquête franque. Ailleurs, il se trouvait des gens qui ne se faisaient pas sans peine à l’idée de descendre des Allemands, d'autres demandaient, sans beaucoup d'insistance, ce qu'était devenue la nation conquise. Pour les faire taire ou pour les amuser, on avait imaginé le roman de l'origine gauloise des Francs, qui n'avait peut-être pas le sens commun, mais on ne lui demandait autre chose que d'être une ineptie qui fermât la bouche aux questionneurs. L'ineptie était de taille, Bodin l'avait soutenue, patronnée et, après lui, Audigier et Laccary . Parmi ceux qui exerçaient une influence sur les esprits proportionnée à leur réputation scientifique, on ne voit personne de très audacieux ni de très militant. Hadrien de Valois admet la conquête franque mais n'en tire aucune conséquence au point de vue politique qui lui est étranger. Mézeray, dans un traité sur l'Histoire de France avant Clovis, admet bien que les Français ont occupé, dès 415, des terres en Gaule et qu'ils ont payé pour cela un tribut à Honorius ; quant au P. Daniel, il soutient que Clovis, le premier, fonda sur la rive gauche du Rhin un établissement durable, À sa suite, les Francs entraient en Gaule, se répandaient dans le pays tout entier, l'Empire romain s'évanouissait comme un souffle et faisait place à la monarchie française. Cette explication supprimait un demi-siècle d'histoire de France, mais un demi-siècle si obscur, si difficile, que le savant jésuite en faisait allégrement le sacrifice, trouvant plus facile de supprimer que d'expliquer ; demi-siècle indifférent d'ailleurs à la Compagnie qui n'était pas encore en possession du confessionnal de Clodion et de Mérovée. La théorie du jésuite Daniel était fausse, ce qui le laissait bien tranquille, de plus elle était antihistorique parce qu'elle détournait l'attention d'une période capitale et supposait inexistant un problème encore non résolu. Le P. Daniel faisait de Clovis le protecteur des Gaulois, parmi lesquels il choisissait ses ministres et se gardait bien de mettre le doigt entre l'écorce et l'arbre, mais toute sa prudence ne réussissait qu'à lui faire deux ennemis irréconciliables dans la personne du comte de Boulainvilliers et de Fabbé Du Bos. Avec ces deux noms nous sommes au XVIIe. La discussion s'échauffe, en attendant qu'elle s'enflamme. Leibnitz fit au P. Daniel l'honneur de lui répondre, pour le refuter, cela va sans dire, et détruire la légende des Francs gaulois, en même temps que pour établir l'existence en Gaule d'un royaume franc antérieur à Clovis”. Fréret l'avait déjà fait voir : mais ni l'un ni l'autre ne portaient grande attention à la condition des personnes et tous les deux laissaient dans l'ombre la question de droit public où n'y touchaient qu’en l’effleurant, comme avait fait l'abbé *=N* de Vertot 1 (avant 1710). Une sorte de timidité ou d'inintelligence faisait que les historiens esquivaient le terrain brûlant, si toutefois ils le soupçonnaient tel. Plus audacieux, les jurisconsultes énonçaient la théorie du droit de conquête. Dès le règne de Henri IV, Loyseau, dans son Traité des seigneuries et dans son Traité des ordres, avait formulé avec clarté les prétentions aristocratiques : les Francs vainqueurs, se réservant l'exercice des armes et les charges publiques et demeurant libres de toute contribution, tandis que les Gallo-Romains vaincus étaient réduits à une condition voisine de la servitude. En 1720, la plupart des documents qui alimentent aujourd'hui encore l’histoire de France se trouvaient mis au jour. Ils contenaient assez de textes inédits pour permettre aux partis politiques de bouleverser toute l’histoire de France au gré de leurs intérêts. Mais il fallut du temps pour qu'on s'en aperçût. « Tous les matériaux nécessaires au rétablissement de nos annales, écrira l'abbé Du Bos, ont été rassemblés et dégrossis dans le cours du XVIe. Grâce aux travaux de MM. Pithou et de Valois, de MM. Jérôme Bignon, du Cange et Baluze, comme à ceux du P. Sirmond, du P. Pétau, du P. Labbe, de dom Luc d'Achéry, de dom Jean Mabillon, de dom Thierry Ruinart, des bollandistes et de plusieurs autres, tous les secours qu'il nous est possible d'avoir pour éclaircir les premiers temps de notre histoire sont depuis environ cinquante ans à la disposition de tout le monde... Comment donc est-il arrivé que les auteurs qui, depuis cinquante ans, ont écrit des histoires de France, n'aient suivi l'opinion ou plutôt l'erreur établie 2 ? » A cette date de 1720, celui qui écrivait ces lignes était prêt et outillé pour donner à la question historique une gravité et une signification insoupçonnée par ceux qui avaient parlé jusqu'alors des invasions barbares.
II. L'ABBÉ Du Bos. — Un publiciste ; tour à tour diplomate, critique, académicien, habitué de l'Opéra et abbé très mondain, érudit laborieux et pénétrant, Jean-Baptiste Du Bos, originaire de Beauvais et frisant la cinquantaine, lorsqu'il fut rétabli dans ses anciennes fonctions, écrivit un traité sur l’origine et la nature du pouvoir royal en France. Ce fut alors qu'il aborda la question des droits de la noblesse au gouvernement de l'État, question qui devait le conduire à discuter le fait historique de la conquête. Du Bos prétendait concilier le droit primitif de sociétés humaines à disposer d'elles-mêmes avec le droit divin de la monarchie. Autrefois, le peuple a pu avoir sa part du pouvoir suprême, mais les circonstances ont changé ; on ne saurait astreindre une nation à des règles éternelles. Quelle qu'ait été autrefois la forme de l'État, aujourd’hui nobles et roturiers sont réduits à la condition commune de sujets du roi, et Du Bos en vient à dire que « l'usurpation suivie d'une longue jouissance donne loi aux souverainetés : elle fait dériver des droits et en donne d'autres... Elle réduit même à la condition de simples sujets ceux qui ont été autrefois dépouillés injustement de leur puissance... Vouloir rétablir en quel que État que ce soit une ancienne forme de gouvernement hors d'usage depuis longtemps, c'est souvent y vouloir faire un changement plus pernicieux que ne pourrait être l’entreprise d'y introduire une forme de gouvernement toute nouvelle, Un des moindres inconvénients... c’est que l’ordre de citoyens qu'on rappellerait à l'administration des affaires publiques et qui pouvait en être capable dans le temps où on l'en avait exclus, s'en trouverait absolument incapable. D'ailleurs, il est vrai le plus souvent que les citoyens qui se plaignent que la constitution présente du gouvernement les prive de certains droits, avaient eux-mêmes usurpé sur d'autres ces droits dont ils se plaignent d'avoir été dépouillés. Si l'on remettait en possession de ses droits l’ordre de citoyens qui les avait perdus depuis deux siècles, les ordres qu'il en avait dépouillés dans les temps antérieurs se présenteraient aussitôt pour les revendiquer sur lui. »
Dans une autre page bien significative, Du Bos décrit l’évolution des sociétés et la décadence de la noblesse : “ Le temps, dit-il, exerce son pouvoir sur le moral comme sur le physique et il altère les constitutions des sociétés, de même qu’il altère les constitutions de tous les corps vivants. Les dignités d'un État cessent d’avoir la même autorité bien qu'elles aient le même nom. Les grandes qualités des personnes revêtues de petites dignités concilient à ces emplois un crédit que les grandes dignités perdent par le peu de mérite de ceux qui viennent à les posséder... Un rang dont les prérogatives ne mortifiaient personne lorsqu'on n'y parvenait qu'avec des services importants et de la naissance s'accorde enfin à des favoris qui n'ont d'autre mérite que les vices qui plaisent à leurs maîtres. Les prérogatives de ce rang deviennent donc odieuses. Il arrive encore des temps où un ordre inférieur dans l'État vient à recevoir une meilleure éducation, que celle qu'il recevait dans les siècles précédents, et l'on n’aperçoit plus cette différence d'esprit et d'inclinations qui paraissoit autrefois en lui et les ordres supérieurs... Les services auxquels les possesseurs de certains biens étaient obligés autrefois deviennent inutiles par des changements qui surviennent dans la manière de faire la guerre. La subordination des seigneurs qui leur attirait autrefois une sorte d’empire très réel ne leur procure plus que de vaines démonstrations d'hommage, Les possessions réservées à un certain ordre deviennent avec le temps un bien commun à tous les citoyens, parce que le privilège de les posséder devient enfin la loi générale. ”
Pour la préparation de son livre, Du Bos lisait et annotait les historiens et surtout les jurisconsultes français et étrangers : Bodin, du Haillan, Mitrier, Le Bret, Roque, Taschereau, Loyseau, Bacquet, Auberg, Carpzow, Boecler, Linné, Bedfort, £ | ses. Il rédigeait des dissertations, des mémoires, Hoyen Age, prouvait que les privilèges essentiels de la noblesse « d'extraction » ne remontent pas au delà de Charles IX, et de la fameuse ordonnance qui établit qu'un non-noble ne pouvait être enrôlé comme homme d'armes. Du Bos soutient en toute occasion les privilèges de la monarchie absolue, et il le fait aux dépens de la noblesse ; car il s'arrange assez bien de l'autorité despotique de l'État et la préfère à la jalousie d'une caste envieuse et inquiète. Il combat les privilèges de la noblesse et appelle de ses vœux le despote intelligent qui, continuant la tradition de la monarchie, brisera, “dans l'intérêt de la nation, la résistance des privilégiés, et établira l'égalité de tous devant l'impôt, sauvant ainsi l'État de la ruine. “ La subordination est, selon lui, fondée sur l'intérêt social et non sur le privilège. Le privilège de la noblesse est « le vice de conformation » de la monarchie française.
Pendant que Du Bos mûrissait ses idées et bâtissait son livre, le comte de Boulainvilliers le devançait et exprimait dans le sien toutes les rancunes de la noblesse française contre la royauté, sa bienfaitrice, sa tutrice, mais qu'elle jugeait être surtout sa modératrice. Selon l'auteur, il existait une distance incommensurable et infranchissable entre la noblesse et le tiers état, c'était moins des races que des natures différentes. Boulainvilliers n'avait rien publié de son vivant, mais ses manuscrits circulaient, sans beaucoup de mystère et scandalisaient. « On devrait, écrit dans son Journal l'avocat Mathieu Marais, agir et empêcher le cours de ces manuscrits qui apprennent des choses si curieuses et si contraires à la souveraineté qu'on est presque criminel en les lisant ». Ces choses s'imprimèrent cependant : en 1727, parut l'Histoire de l’ancien gouvernement de la France et, en 1732, l'Essai sur la noblesse. Voici comment Boulainvilliers présentait le point de vue historique des invasions barbares : « C'est, disait-il en substance, par une conquête, qui eut tout ce que ce mot représente de dur et de rigoureux que les Français — (Français et Francs = sont alors synonymes) — entrèrent en Gaule, Comme conquérants, ils étaient en droit de déposséder de leurs terres et de leurs biens les Gaulois qu'ils avaient vaincus et dont ils avaient fait leurs sujets, mais, pourtant, comme ils étaient très peu nombreux, ils laissèrent, en partie, leurs possessions aux naturels, les chargeant de servitudes et de tributs. Les Gaulois et les Romains vaincus ne faisaient donc pas, à un titre quelconque, partie de la nation franque ; ils n'étaient même pas sujets du roi des Francs, mais bien sujets des possesseurs des terres où ils se trouvaient et qui avaient sur eux droit de suite et de revendication : en effet, il n'est pas un point du territoire dans lequel chacun n'eût sa place, comme vainqueur ou vaincu, comme dominant ou comme soumis à une domination. Donc, après la conquête, les Francs seuls furent nobles, et noble et salique étaient synonymes. Ils avaient trois privilèges qu'ils tenaient exclusivement de leur naissance : — exemption générale des charges onéreuses, — pouvoir de posséder seuls en usufruit les terres conquises, — autorité de maître à esclave sur les Gaulois. » Non content de soutenir cette thèse provocante, le comte de Boulainvilliers réduisait à fort peu de chose le rôle des rois de la première race, afin d'exalter le pouvoir de la noblesse pendant le Moyen Âge, « l'âme des corps politiques », mais elle doit être la plus possible la noblesse. « On oublie, à tort, selon lui, la nation entière... on ne se souvient plus que dans l’origine Clovis n'était que le général d'une ‘armée libre », en sorte que le Français ne doit à ses rois « ni sa liberté, ni ses possessions, ni l'indépendance de sa personne » et les Gaulois asservis ne furent pas sujets du roi, mais des guerriers francs . Ces derniers comptaient seuls pour quelque chose et la noblesse qui descend d'eux a hérité de leurs droits comme de leurs titres, le tiers état ne s’est point affranchi de sa dépendance et il a fallu la marche des temps et la conspiration des rois pour lui inculquer l'idée qu'il était sujet immédiat du roi. Dans cette entreprise, le tiers a été inspiré et soutenu par la royauté, contre le droit évident des propriétaires des terres et la foi fondamentale du gouvernement. La convocation insolite, sous Philippe le Bel, des États généraux, où du moins, au début, le tiers n'assistait que pour promettre d'obéir ; l'invention inouïe du droit royal de justice * : l'usage monstrueux des anoblissements, qui a permis aux hommes nouveaux de s'élever insolemment, ont été les étapes de la dégradation de la noblesse. Les Français sont devenus la conquête « d'une famille particulière, pareille aux leurs dans son origine » et quarante mille familles, sorties pour la plupart de la servitude, ont en partagé les honneurs et les droits réservés autrefois aux seuls conquérants de la Gaule.
Après ces affirmations hasardées, on pouvait s'attendre à d’intempestives réclamations ; mais le comte de Boulainvilliers avait la tardive sagesse de conclure qu'il ne fallait pas ramener le Tiers État à la servitude, pas même lui rappeler et lui reprocher trop assidûment son origine. Cette modération venait trop tard et le livre exaspéra la bourgeoisie et les parlementaires. On répondit avec aigreur, on railla le triomphe imaginaire de cette caste qui croit voir sous ses pieds un million de bourgeois et cent mille lettrés tondus et enchaînés, et qui semble ignorer ou méconnaître l'excellence et la prééminence de la magistrature dans tous les temps. « Votre bonheur, disait ce conseiller au parlement, est de vous soumettre intérieurement à ses conseils et à ses ordres, comme vous êtes obligés de le faire extérieurement par force.
On a pu se demander si l'ouvrage de Du Bos n'était qu'une réponse à celui de Boulainvilliers, tellement la symétrie qui existe entre eux invite à voir dans l'un le type, dans l'autre la réfutation. Il est vrai, néanmoins, que, longtemps avant 1727, Du Bos étudiait le sujet la plume à la main, mais il semble bien que ni le plan, ni peut-être l’idée arrêtée de son Histoire critique ne sont antérieurs à l'Histoire de l'ancien gouvernement. Celle-ci fut le dernier coup qui le décida sans doute à mettre de l’ordre dans ses notes et à mettre ses idées en ordre. Déjà, nous l'avons vu, en 1717, nier le droit actuel de la noblesse au gouvernement de l'État, en invoquant la prescription d’une part et en insinuant, d'autre part, l'incapacité flagrante à exercer cette charge redoutable. Mais, dans ce Traité de la Succession à la couronne, manquait encore l’idée originale et féconde de l'Histoire critique : la négation de la conquête et par conséquent du prétendu droit original de la noblesse. Cette idée, il avait attendu longtemps avant de l'avoir et même il avait, à différentes reprises, soutenu l'idée contraire des Gaulois subjugués par les Francs. Toutefois, la logique de son système, sur l’origine du tiers état, en souffrait. Il n'avait encore aucune idée de cette persistance des institutions municipales romaines, qui devait être une des clefs de son futur système ; mais déjà il comprenait la nécessité d'établir les droits de la monarchie absolue sur le pacte fondamental de la monarchie de Clovis et, dans ce but, il s'enfonçait de plus en plus avant parmi les textes inexplorés de l'histoire du Ve.
Au cours des recherches poursuivies alors, il eut connaissance des manuscrits inédits du comte de Boulainvilliers, mais il n'avait pas besoin de cela pour connaître la théorie de la conquête. Les idées du comte étaient celles du groupe contre lequel l'abbé avait écrit en 1717. Du Bos, en les attaquant, se faisait le soutien de la monarchie et se mettait en état de recevoir les faveurs officielles, tout en émettant des théories infiniment plus graves que celles qui avaient conduit Fréret à la Bastille. Boulainvilliers avait transporté dans le domaine historique les prétentions politiques de la noblesse ; il prouvait que la clef du droit français était dans la conquête franque. C'est alors que Du Bos aperçut la possibilité d'anéantir d'un coup, avec cette conquête même, tous les privilèges, toutes les inégalités qu'elle paraissait justifier. D'après lui, la conquête de la Gaule devient une illusion historique, les barbares s'y sont établis en alliés, et non pas en ennemis des Romains ; et c'est surtout à titre de laboureurs et de soldats auxiliaires qu'ils y sont entrés. Plus tard, les rois Francs ont reçu des empereurs l'autorité politique, ils n'ont succédé aux droits de l'Empire qu'en conséquence de traités formels, de cessions régulières. Les Francs ne se sont emparés d'aucune portion du territoire et n’ont nullement dépossédé les Gallo-Romains de la propriété du sol ; ils ne se sont arrogé sur ceux-ci aucun privilège, ne leur ont imposé aucune charge particulière, Dès les premiers temps, ils ont vécu avec eux sur un pied d'égalité civile et politique absolue, leur laissant libre et facile accès à toutes les fonctions civiles et militaires et à tous les honneurs.
Fréret avait soutenu que les Francs étaient une ligue de peuples, entrés en Gaule dès le iv° siècle, qui avaient traité avec les empereurs, combattu pour eux et dont la conquête n'avait pas été une usurpation. Il relevait l'importance du patriciat et des titres romains de Clovis. Ces divers faits avaient été signalés par Eckart, dont Du Bos faisait grand cas. Dans la préface de son livre sur l'Origine des Habsbourgs, en 1724, Eckart avait expliqué que les chefs barbares qui s'établissaient dans les provinces de l'Empire étaient officiers des empereurs, et qu'ils n'avaient cru posséder légitimement les provinces des Gaules que lors que la possession leur en avait été confirmée par décret impérial. Ce n'était qu'aux temps de Léon l'Isaurien que l'Occident avait échappé complètement à la suzeraineté des empereurs.
Au moment où Du Bos précisait ses idées et nota sa « découverte », on peut dire que celle-ci était dans l'air et les hommes d'étude comprenaient qu'il fallait remonter aux textes originaux de notre histoire pour établir un édifice solide : l’abbé Le Grand, l'abbé de Longuerne, dom Vaissete admettaient plus ou moins que les Francs avaient été les auxiliaires de l'Empire, et dom Liron soutenait que, jusqu'à Clovis, les Francs n'avaient pas été entièrement indépendants et qu’après la conquête les deux races avaient été égales en droits.
Cependant, on a eu bien raison de le faire observer, de la plus explicite de ces dissertations à l'ouvrage de Du Bos, la distance était grande et le duc de Nivernais a dit justement : toutes ces opinions auraient été oubliées si l'abbé ne les avait pas réunies en un système impressionnant.
A III. L'HISTOIRE CRITIQUE. — Que la thèse de Du Bos lui ait été suggérée ou qu'il l'ait atteinte par la seule vigueur de son esprit, il est certain qu'elle n'a pris corps et donné matière à un volume qu’au contact des textes. Après avoir manifesté sa surprise et son regret de voir délaisser notre histoire nationale pour l'histoire des peuples classiques, Du Bos énumère les sources auxquelles il a puisé. Il les divise en livres d'histoire et en livres qui ne sont pas de l’histoire *. Parmi les premiers, il accorde la meilleure place à Grégoire de Tours et rend hommage à l'édition de dom Ruinart 1, et il détermine avec assez de précision le degré de confiance que l'on doit accorder à Grégoire de Tours 1., 1 Il connaît la valeur dont peuvent jouir les adaptateurs et les continuateurs de Grégoire, c'est-à-dire de Frédégaire, de l'auteur des Gesta Francorum, d'Aïmoin, de Roricon, qu'il cite d'après l'édition d'André du Chesne, tandis qu'il cite Sidoine Apollinaire dans l'édition de Sirmond et Paul Orose dans celle de Fabricius et Scott. Il cite et connaît les Vies des saints mérovingiens et manie avec aisance les collections du P. Lecointe, de Surius, de du Chesne, le Spicilegium de d'Achery et, pour une raison qui n’est pas claire, il s'interdit de citer les Acta sanctorum de Mabillon, bien qu'il dût y trouver des textes plus corrects que ceux qu'il mentionnait. Du Bos n'a pas manqué de recourir aux auteurs profanes. Parmi les « monuments littéraires qui ne sont pas des histoires », on trouve des lois, des édits, des diplômes et des poésies, des traités de morale, etc. Ce n'est pas tout. Du Bos a exploité les Concilia de Sirmond, ceux de Baluze, les Capitularia, les Formules de Marculle, les Chartes de Pérard, l'œuvre d'Ennodius : puis encore les Chroniques, et les histoires provinciales et de quelques manuscrits en très petit nombre. À En somme, les sources de Du Bos seront celles de Fustel de Coulanges (voir ce mot), moins correctement éditées, plus intelligibles, mais guère plus abondantes, et les textes sur lesquels Fustel appuiera sa thèse, ceux qui lui fourniront ses meilleurs arguments, sont ceux que Du Bos a connus et utilisés. Du Bos a cru à l'autorité du préambule des lois saliques et ripuaires : il a ignoré les formulaires provinciaux ; il a négligé les testaments de saint Remi, de saint Césaire et de quelques autres, mais les lacunes et les omissions sont peu importantes, et, d'ailleurs, les textes publiés depuis le XVI siècle n’ont pas modifié sensiblement les positions adverses des germanistes et des romanistes. Les matériaux solides de l'histoire des invasions sont encore ceux qu'avaient préparés les bénédictins pour les historiens de l'avenir, et que Du Bos le premier s’est décidé à mettre en œuvre.
Après avoir expliqué l’état des Gaules au début du Vè siècle, qui sera, dit-il, à peu de chose près, identique au VI siècle, Du Bos soutient qu'il est « essentiellement romain », et « à la fin du IV° siècle les Gaulois... étaient devenus des Romains. Il n’y avait plus aucune différence bien sensible entre les habitants des Gaules » et les habitants de l'Italie t. » La Gaule avait fort bien pris son parti de l'occupation romaine et ne songeait pas à reconquérir son indépendance à l'arrivée des Germains ; sa vieille langue indigène se perdait rapidement, ses habitants adoptèrent des noms romains et Gaulois au commencement du Vè siècle 7. » Dans la société, il distingue les esclaves et insiste sur leur multitude parce que l'origine du servage est dans la société romaine elle-même et non dans le prétendu asservissement des Gaulois par les Francs. Du Bos pose chacune des catégories sociales qu'il rencontre et décrit de la façon la plus favorable à la thèse qu'il soutient, la tendance est assez visible pour mettre en garde contre l’auteur. Ensuite, vient l'exposition du despotisme romain et de ces « droits dont l'assemblage et l'union formoient, dit-il, le diadème impérial transmis par l'empereur Justinien aux enfants de Clovis . » A propos de la réorganisation administrative de Constantin et des mesures prises par cet empereur pour empêcher les militaires d'usurper les fonctions des civils, Du Bos avoue que les bénéfices militaires furent l’origine des fiefs.
Par l'effet du même principe, les successeurs de Constantin ont soldé des troupes barbares, des lètes, leur ont donné des terres, en sorte que « rien n'a tant contribué à la ruine de l'empire romain que cet usage ». Peu à peu ces barbares n'ont plus eu d’autres officiers que leurs propres rois, ils se sont cantonnés sur les frontières, puis ont glissé vers l’intérieur. C'est le progrès de ces établissements qui est la véritable invasion f, En outre, Clovis et ses successeurs formèrent le domaine royal par la confiscation du patrimoine impérial : terres fiscales, douanes, péages, tonlieus, capitation, tribut ; mais c'était moins une confiscation qu'une transmission, car il faut que tout se passe doucement et que les mots soient aussi bénins que les opérations qu'ils énoncent. Il faut aussi que tout le monde soit sinon heureux du moins résigné ; les citoyens vivront donc dans l’aisance$, les décurions resteront en charge jus que sous les barbares ê, les sénateurs ne seront pas dispensés de l'impôt direct”. Il est vrai que les impositions sont six fois plus élevées à l'époque des invasions que sous le règne d'Auguste, c'est la seule ombre au tableau.
Dès qu'il aborde l'étude des Francs — car il les nomme ainsi et non « les Français :—, Du Bos adopte l'opinion de Fréret qui en faisait une confédération de peuples °, et il les place d’abord sur la rive droite du Rhin, entre l'embouchure et le Mein, puis aux embouchures mêmes, où ils ont possédé l'île des Bataves et, momentanément, la Toxandrie sur la rive gauche du fleuve, Les empereurs ont traité de bonne heure avec les rois francs et l'alliance intervenue entre eux prend chez Du Bos une extrême importance, car elle a valu aux Francs, selon lui, une situation exceptionnelle dès l'antiquité. Les Francs, tels qu'il les dépeint, forment la nation « la plus civilisée qui fût parmi les peuples barbares1t, » Opinion qui ne se réclame que d'un seul texte d'Agathias d'une réfutation facile ! ?, L'alliance entre Romains et Francs prend, au jugement de Du Bos, une solidité singulière. Les Francs deviennent, ou peu s'en faut, les artisans de la puissance romaine à son déclin. L'empereur Magnence était Franc, ainsi que Mérobau des, le maître de la milice, Baudo le consul, et Arbogaste #, Donc la couronne barbare était compatible avec les dignités romaines. De nombreuses colonies de Francs étaient établies en Gaule, quant à leurs incursions dévastatrices, elles étaient l’œuvre d’ « audacieux attroupés », ou tout au plus de quelque tribu. Le gros de la nation désavouait ces violences.
Le second livre contient l'histoire des invasions barbares depuis l'an 407 jusqu'à l'an 457, « Il n'y sera point parlé trop souvent des Francs qui ne jouaient pas encore dans cette contrée un personnage bien important 4, » Ici Du Bos trace un récit exact et laborieux à suivre de l'histoire des Wisigoths et des Burgondes avec la préoccupation qui ne le quitte plus désormais de mettre en lumière la persistance du régime romain. Ce second livre contient l'histoire fabuleuse des Armoriques.
Ainsi les Barbares ont cédé à l'instinct qui entraîne les hommes du Nord vers les pays riches et abondants en vins ; mais le vin, qui trouble la tête des plus sages, ne leur a pas fait perdre de vue leur objet politique. Le chef Ataulf traita avec l'empereur Honorius et on vit alors le premier royaume barbare, ou, si l'on veut, la première colonie de barbares indépendante des officiers civils et obligée seulement à des services militaires 16, L'empire gardait sa souveraineté sur les provinces cédées, mais rien n'est plus facile, quand on a le droit des armes dans un pays, que d'y usurper tous les autres droits de la souveraineté. Théodoric affectera de conserver encore un certain respect pour les droits de Rome, Euric jettera bas le masque et la fiction pour gouverner suo jure 18, La faiblesse des empereurs transforma en possession légale les cantonnements des barbares en Gaule. « Ces princes perdirent à la fin entièrement cette grande province à force de céder à diverses reprises aux barbares une contrée pour conserver les autres 19, » Après les avoir appelés chez eux, les empereurs les y installaient, encore que, “en donnant des quartiers à un corps de barbares dans le plat pays d'une cité, les empereurs ne prétendaient pas donner la souveraineté de ce district, ni même le droit de s’y ingérer en aucune manière dans le gouvernement civil », Ce sont les circonstances qui ont donné aux Wisigoths, « qui avaient la force à la main, les moyens d'étendre leurs droits, d'assujettir les capitales des cités, et de se rendre peu à peu les véritables souverains des provinces, dont ils ne devaient être, s'il est permis de parler ainsi, que la garnison. »
VII. — 41
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pe reeni sidor RE po jm nt er a LT 1283 Pour affermir sa thèse, Du Bos découvrit et présenta au monde savant la confédération armorique destinée, selon lui, à contribuer plus qu'aucune démonstration à donner le véritable caractère de l'établissement de la monarchie en Gaule 1, A l'en croire, les Armoriques — et ce nom désigne des cités, des provinces entières nullement riveraines de l'Atlantique, puisqu'on y enferme Sens, Paris ou Clermont — ont fondé, dès les premières invasions, une république indépendante et rebelle à l'autorité impériale. Clovis a attaqué ces rebelles, les a soumis au nom de l'empire et son autorité est devenue seule légale dans ces provinces. C'est dans l'Histoire de Zosime que Du Bos découvrit cette république armorique . On y lit que quelques provinces, parmi lesquelles le fractus armoricus, s'affranchirent du joug romain au temps du tyran Constantin et se gouvernèrent elles-mêmes. Séduit par cette découverte, Du Bos a paré sa république invisible de toutes les réalités tangibles, jusqu'à lui donner un monnayage et une constitution parce qu'elle n'a pas pu subsister sans constitution et sans monnayage. Tout cela n'est que conjecture et Du Bos en convient, mais une conjecture qui confine à la fantaisie. Il cite et il traduit les auteurs, mais, s’il cite exactement, il traduit de la façon la plus arbitraire. Quand il écrit que les Armoriques firent des démarches auprès de l’empereur pour obtenir la ratification du traité qu'elles venaient de conclure avec saint Germain, il cite en entier le texte où on peut lire : « Ils demandèrent à l'empereur la grâce que Germain leur avait promise . » Les Armoriques ont fait sourire Montesquieu, mais Du Bos n’en explique pas moins gravement comment, malgré les apparences et les témoignages des historiens, cette république ne rentra pas dans l'obéissance. Même, il rattacha à cette histoire celle des Bagaudes et finit — ou commença — par se persuader qu'il avait existé au Vè siècle une « République des Provinces Unies 105, Le seul fait à retenir de sa démonstration c'est qu'à cette époque les provinces du Nord étaient indépendantes et n’obéissaient plus qu'aux chefs régionaux. À partir de l'an 406, les distinctions des provinces soumises à l’Empire et des provinces occupées par les Barbares ne rendent pas compte de l'état réel de la Gaule ; et, dans le Nord, la désagrégation du pouvoir impérial a été spontanée.
En 406, les Francs, fidèles alliés de Rome, tentent inutilement d'arrêter les barbares ; alors on entrevoit leur chef Pharamond, qui disparaît aussitôt. Alors les Francs s'établissent sur la rive gauche du Rhin, dans la Thoringie, et ils incorporent parmi eux les soldats romains du Rhin, ou Ripuaires ; puis, Clodion prend Tournai, Cambrai, il étend son autorité jusqu'à la Somme, et conserve ses conquêtes malgré la victoire qu'Aétius remporte sur lui en 446 et 447. Il y a dès lors une cour barbare à Tournai, sur les bords de l'Escaut, mais barbare de nom seulement. « S'il y avait de la différence entre la cour de Tournai et celle de Toulouse, écrit Du Bos, c'est que la première devait être encore moins sauvage que l'autre. Il y avait déjà deux cents ans que les Francs, habitués sur les bords du Rhin, fréquentaient les Romains. »
L'invasion d'Attila réconcilie Romains et Barbares parce que l'arrivée du conquérant ouvre « une guerre que tous les peuples qui voulaient envahir les Gaules venaient faire aux peuples qui en étaient en possession ». L'occasion était belle pour Du Bos de tirer parti des spectacles des rois barbares combattant sous Aétius et obéissant, comme dit Sidoine, « aux signaux de la trompette romaine ».
Après 450, les Francs sortent de la légende et font leur entrée dans l'histoire : à cette date, Childéric paraît. L'exil de Childéric et son remplacement par Egidius est soutenu par Du Bos contre le P. Daniel, à qui il répond qu'Egidius n'était pas un inconnu pour les Francs, ni un ennemi, que son titre de roi était assez peu de chose, puis que les barbares eux-mêmes considéraient ce titre comme très inférieur à celui de maître de la milice, et que les rois, qui étaient revêtus de dignités impériales, l'abandonnaient pour « porter leur titre romain ».
Mais Du Bos s'abstient tout à fait de dire que l'éjection, puis le retour de Childéric, auront été une condition d'un traité d'alliance régulièrement conclu avec les Romains. Après quoi, l'alliance fut, entre eux, plus étroite que jamais.
Tel se place une discussion hasardée de Du Bos sur un texte de Grégoire de Tours, Historia Francorum, l. II, c. xvii : Veniente vero Adonagrio Andegavis, « Childericus rex sequenti die advenit, interempto que Paulo comite, civitatem occupavit ». Frédégaire et d'autres historiens ont compris que Childéric avait tué le comte romain Paul et pris Angers ; Du Bos fait de l'ablatif Adonagrio le sujet de la phrase et affirme que c'est « ce roi des Saxons qui a tué le Romain et pris la ville ».
Du Bos était familier avec le latin de Grégoire de Tours et y avait observé différents cas où des ablatifs sont employés comme nominatifs, mais ce sont des « exemples de phrases irrégulières où le sens commande la correction ». Du Bos n'en cite aucune où le sujet soit un ablatif éloigné, tandis qu'il y a, auprès du verbe, un nominatif dont le sens, d'accord avec la grammaire, fait le sujet de la phrase. Au lieu de redresser une tournure vicieuse, Du Bos introduit une faute dans une phrase correcte, et il n'y réussit qu'en faisant entrer une parenthèse arbitraire et, d'ailleurs, imaginaire.
Sa thèse pouvait cependant s'accommoder du sens raisonnable de la phrase de Grégoire. Childéric peut avoir « obtenu » Angers, sans avoir pour cela tué le comte Paul, à titre d'allié et de successeur, et non pas d'ennemi.
Pendant les règnes très courts d'Olybrius et de Glycerius, les Burgondes se mettent en possession du gouvernement civil ; les Wisigoths s'emparent de l'Auvergne, et Julius Nepos leur cède les Gaules en toute propriété. La conséquence capitale du progrès de ces nations ariennes, c'est que les Gallo-Romains catholiques vont se jeter dans les bras de Clovis.
Surtout, Du Bos a bien vu et fait voir les conséquences de la déposition du dernier empereur d'Occident. Les deux empires, dit-il, n'étaient point deux monarchies distinctes, mais deux parties d'un même État : lors que l'un des deux trônes demeurait vacant, le souverain de l'autre héritait de ses droits, et les deux partages se trouvaient réunis. Légalement donc, après 476, l'empereur d'Orient était seul maître de l'Italie et des Gaules.
Mais, dans ce dernier pays, le pouvoir de l'empereur de Constantinople était trop lointain pour être effectif. Les rois barbares ont continué à reconnaître la prééminence de l'empire, à solliciter des titres et des dignités ; mais, en fait, ils se sont trouvés indépendants. Quant aux provinces restées romaines, les officiers de l'empire y auront exercé les mêmes pouvoirs qu'auparavant, avec plus d'étendue même, puis qu'ils ne relevaient plus de personne.
« Il y eut des officiers romains qui se cantonnèrent, et qui firent alors la même chose que firent, dans la suite, les ducs, les comtes et les autres seigneurs... sous les derniers princes de la seconde race de nos rois ».
Tel était l'état de la Gaule à la mort de Childéric. Il laissait sans doute à son successeur un royaume s'étendant jusqu'à la Somme, ce qui faisait de Clovis un assez petit personnage, roi du Tournaisis, dont toute la force, lors de son baptême, Clovis ne comptait que 3 000 compagnons. Childéric était roi et maître de la milice ; Clovis le fut après lui.
Du Bos conjecture qu'Egidius ayant eu cette charge et son fils Syagrius ne l'ayant pas reçue, c'est que Chilpéric le Burgonde en aura été revêtu après Egidius, et Chilpéric puis Clovis lui ont succédé. Du Bos se fonde sur la lettre de saint Remi à Clovis, d'après laquelle Clovis hérita de son père une fonction militaire autre que la royauté, mais ce texte n'est pas clair.
Seu les, l'Église et les cités avaient su sauvegarder quelques droits et privilèges. Les cités avaient leurs milices et, quelquefois, se faisaient la guerre. Les évêques possédaient la juridiction sur le clergé séculier et régulier de leurs diocèses.
Ainsi tombent les prétentions de la noblesse au gouvernement de l'État et les Valois, en ramenant l'absolutisme, sont rentrés dans le droit et la tradition monarchiques de l’État.
De la thèse politique on peut penser ce que bon semblera ; de la thèse historique il faut reconnaître qu'elle a ébranlé pour longtemps l'opinion qui faisait commencer avec Clovis le Moyen Âge féodal. Elle nous montre que, sous l'enduit barbare répandu par les invasions, la France a conservé les institutions et les cadres soci aux de la nation des Gaulois. Les Francs n'étaient pas en nombre pour asservir la population d'un pays immense, celle-ci leur a fait bon accueil et les a préférés aux Wisigoths et aux Burgondes hérétiques. Ils ont trouvé plus de terres vacantes qu'ils n’en pouvaient prendre et n'ont eu besoin ni de chasser ni d'exproprier personne. La fameuse distinction du wergeld ne prouve rien de ce qu'on veut lui faire dire, elle montre seulement que les Romains étaient divisés en trois ordres et les Francs en un seul, et que la composition d'un Romain convive du roi était supérieure à celle d’un Franc libre.
Point de noblesse franque. On ne voit nulle part que les Francs se soient réservé le métier des armes, on voit un peu partout chez eux des artisans, des gens de métier, des esclaves. Point de franchise d'impôt, et ceci touchait à vif la noblesse du XVe qui prétendait être exonérée de toute participation aux charges de l'État. « Il faudrait, dit Du Bos, pour montrer que nos Francs ont été exempts des subsides ordinaires, le faire voir par des preuves bien positives ! Or on ne trouve de preuves que du contraire. Les Ostrogoths et les Wisigoths payaient l'impôt. Les exceptions qu'on cite chez les Francs confirment la règle. Pas plus que la franchise d'impôts les privilégiés n'ont joui de la franchise des douanes, péages et tonlieux.
Somme toute, l'élément romain prévalait en Gaule au VIe, il avait l'avantage du nombre et d'une institution plus parfaite. Malgré la réunion des pouvoirs civils et militaires, les cadres de la société demeuraient intacts ; les usages romains persistaient, une certaine aisance régnait ; même malgré la misère amenée par les invasions, elle fut bien plus profonde sous Charlemagne.
IV. LA FORTUNE DU ROMANISME. — L'Histoire critique souleva « une clameur universelle » ; d'abord ce fut la surprise malveillante. « Il semble, écrit l'abbé Rebéuf, que les journalistes ne goûtent pas trop [le] nouveau système ». Pas plus en 1734 que de nos jours, les esprits superficiels ne faisaient accueil à tout ce qui témoigne l'effort et le réclame. Et puis cette opinion nouvelle dérangeait les habitudes prises et réclamait quelque chose comme une réflexion personnelle, une opinion raisonnée, la chose du monde qui fait le plus de peine aux critiques de profession. Le Pour et le Contre loua, le Journal de Verdun résuma, le Journal des Savants analysa, le Journal de Trévoux insinua ce qu'avec sa prudence coutumière il n'osa dire, - le Journal littéraire de la Haye fut hargneux et amer. Le concert discordant de ces opinions fut vite dissipé et alors s’élevèrent les voix de ceux que le livre blessait dans leur vanité de caste, les privilégiés dont il ébranlait les prétentions, les partisans de la royauté dont l'ignorance et la vanité ne pouvaient admettre que les rois de France fussent débiteurs des empereurs romains et que le royaume dût sa fondation aux parchemins plutôt qu'à l'épée. Un certain Le Gendre, marquis de Saint-Aubin, entreprit la discussion et la réfutation de l'Histoire critique. Après avoir rapporté les guerres des Francs contre les Amazones, il affirmait bien haut que les Gaulois n'avaient pas été asservis ; néanmoins « il soutenait que la gloire et la dignité de la monarchie exigeaient que les rois de France ne tinssent leur royaume que de Dieu et de leurs conquêtes ». Mais les Francs n’ont eu la bassesse de se faire officiers romains ; mortels ennemis de Rome, après comme avant la conquête, ils ont tenu ses dignités dans le plus profond mépris.
Montesquieu entreprit, de son côté, la réfutation de Du Bos, à qui il accorda quelques pages brillantes dans l'Esprit des Lois. Cette réfutation consiste à renvoyer dos à dos Boulainvilliers et Du Bos. Le premier sa manqué le point capital de son système, il n’a point prouvé que les Francs aient fait un règlement général qui mit les Romains dans une espèce de servitude. Comme cet ouvrage est écrit sans aucun art, et qu'il y parle avec cette simplicité, cette franchise, cette ingénuité de l’ancienne noblesse dont il était sorti, tout le monde est capable de juger, et des belles choses qu'il dit et des erreurs dans lesquelles il tombe, aussi je ne l’examinerai point. Au contraire, l'abbé Du Bos « a séduit beaucoup de gens, parce qu'il écrit avec beaucoup d'art, parce que [son ouvrage] suppose éternellement ce qui est en question, parce que, plus on y manque de preuves, plus on y multiplie les probabilités, parce qu'une infinité de conjectures sont mises en principe, et qu'on en tire, comme conséquences, d'autres conjectures. Le lecteur oublie qu'il a douté pour commencer à croire. » Dans toute cette critique, c'est le gentilhomme qui prend le pas sur le savant jurisconsulte et sur l'historien parce que le président de Bordeaux s'imagine, comme tant d'autres, qu'il descend des conquérants de la Gaule et doit revendiquer sa part d'héritage de la conquête. « M. l’abbé Du Bos, dit-il, soutient que, dans les premiers temps de notre monarchie, il n’y avait qu'un seul ordre de citoyens parmi les Francs. Cette prétention, injurieuse au sang de nos premières familles, ne le serait pas moins aux trois grandes maisons qui ont successivement régné sur nous ». Le président de Montesquieu est plus heureux quand il relève quelques écarts d'imagination de Du Bos, comme l’histoire des Armoriques, et l'égalité prétendue du wergeld, mais il est fâcheux que, dans tel passage où sa critique est juste, sa citation soit fausse.
Montesquieu, si dédaigneux à l'égard de Du Bos, n'a pas laissé de lui devoir quelque chose. Dans les Lettres persanes et dans la Grandeur et décadence des Romains, certains passages prouvent qu'avant 1734 Montesquieu admettait intégralement la thèse de Boulainvilliers. Il trouvait « une différence accablante entre une nation noble et une nation roturière, une cultiver les champs ! ». Or ces phrases ont disparu dans les éditions postérieures. Dans l'Esprit des lois, Montesquieu écrit encore : « Les Francs étaient donc les meilleurs amis des Romains, eux qui leur firent, eux qui en reçurent des mains effroyables ? eux qui, après les avoir assujettis par leurs armes, les opprimèrent de sang-froid par leurs lois ? » Mais ce n’est plus là que manière de dire, car l'écrivain admet que les Francs n’ont pas asservi les Romains, ne leur ont pas enlevé leurs terres ; qu'ils ont laissé subsister dans leurs villes l'administration romaine, les corps de bourgeoisie, les sénats, les cours de judicature. Il semble donc bien que Montesquieu se soit assimilé de fortes portions du système contre lequel il prétendait mettre en garde ses lecteurs.
Le jugement de Montesquieu n'était pas sans appel.
Les « trois mortels volumes » de l'abbé Du Bos renfermaient des érudits capables de les discuter et d'en admettre partiellement les conclusions. Le censeur Secousse avait glissé dans l'approbation cette phrase à retenir : « Les vues nouvelles qui servent de fondement à cet ouvrage, et l'étendue et l'exactitude des recherches dont il est rempli, me font croire que la lecture de l'Histoire de France ». Lenglet-Dufresnoy estimait que, désormais, l'étude de cette histoire devait commencer par le livre de Du Bos. Le P. Lelong jugeait que l'ouvrage n’est pas mal écrit et le projet bien suivi et exécuté, « Je trouve cependant, ajoutait-il, que l’auteur est trop verbeux et qu'il a traduit beaucoup de passages inutiles. On peut regarder ce livre comme un ouvrage d'un grand travail et fort utile pour ceux qui voudront débrouiller les commencements de l'Histoire de France. » Chez les bénédictins on n'hésita pas à reconnaître une œuvre d'un mérite exceptionnel. Dom Bouquet fit plus que citer avec éloge l'abbé Du Bos dans l'histoire des invasions extraite de Du Bos. Dom Bouquet va plus loin, il adopte toutes les corrections les plus hasardeuses de l'abbé dans le texte de Grégoire de Tours, de Procope et de Prosper. Dom Rivet cite Du Bos avec éloge dans l'Histoire littéraire et les auteurs de l'Art de vérifier les dates acceptent de sa main même les Armoriques.
La discussion et la contradiction aidaient la théorie à faire son chemin et le romanisme gagna peu à peu les esprits. En 1736, l’Académie de Soissons mit au concours une série de sujets tirés de l'Histoire critique. Parmi les concurrents on voyait l'abbé Lebeuf et le vainqueur fut un abbé Biet, auteur d’une solide et sérieuse critique des paradoxes de l’abbé Du Bos. En 1744, Gibert dédiait à l’Académie des Inscriptions des Mémoires pour servir à l'histoire des Gaules et de la France. Parmi les quinze dissertations qui s'y trouvaient, neuf traitaient de « difficultés relatives à l’origine des Francs et à leur établissement dans la Gaule ». C'était la réfutation de Le Gendre de Saint-Aubin et de Du Bos dont le livre est peu ménagé. Toute une étude est consacrée à sa traduction de la digression de Procope sur les Francs, mais l’auteur est plus habile à remonter aux sources qu'il n'est heureux à les interpréter. En 1746, le duc de Nivernais observe, avec une bonne grâce qui lui tient lieu de compétence, que rien ne subsiste de la thèse romaniste de Du Bos s'il est démontré que l'empereur d'Orient n'était plus obéi dans les Gaules après les invasions, et que Clovis, avant comme après le consulat, était le maître des habitants Gallo-Romains. La doctrine de Boulainvilliers trouve peu de partisans, et, en 1755, le P. Grifiet, qui réédite l'Histoire de son collègue Daniel, y introduit une Dissertation sur l'origine de la nation française dans laquelle il ne peut se défendre d'admettre des établissements francs en deçà du Rhin et une connivence des Gaulois et des Francs ; il n’est pas éloigné d'admettre que les Gaulois se sont donnés librement aux Francs pour échapper au joug des Romains. Ainsi, pour échapper au romanisme, il revient aux théories les plus anciennes sur l’origine de la monarchie. Dans ses Observations sur les rois de la première race, le P. Griflet reconnaît avec Du Bos qu'il y a de grandes raisons de penser que les trois prédécesseurs de Clovis étaient déjà établis dans les Gaules. En 1757, le comte de Buat publie à La Haye les Origines de l'ancien gouvernement de la France, ouvrage fortement inspiré de Du Bos ; et, en 1761, l'Académie des Inscriptions couronne le Mémoire de Linguet relatif à « ce qui est resté en France, sous la première race de nos rois, de la forme du gouvernement qui subsistait dans les Gaules sous la domination des Romains ». Peu de temps après parut le Traité de l’origine du gouvernement français par Garnier, le plus solide monument du romanisme qui ait paru depuis Du Bos. Garnier soutient que la monarchie gallo-franque résulte non d’une conquête, mais d'une association où l'élément romain a prévalu. La plus grande nouveauté de ce livre est la solution proposée sur la question de la franchise des impôts : ce n'étaient pas les Francs qui étaient exempts, mais les bénéfices militaires ou terres saliques. Le concours de 1768, ouvert par l’Académie des Inscriptions, couronne le mémoire de l'abbé de Gourcy qui parle de Du Bos sans ménagement, tandis que Perréciot, qui le suit de près, emprunte à l'abbé des portions considérables de son système. Gautier de Sibert, dans ses Variations de la monarchie française, contredit à la fois Boulainvilliers et Du Bos, et soutient l'existence d'une classe d'hommes libres et non nobles, un véritable tiers état au vii siècle. Encore, en 1770, l'Académie de Bruxelles met au concours la question de l'établissement des Francs dans la Gaule et de l'existence des Armoriques.
A côté des érudits se trouvent les vulgarisateurs par qui, surtout, le romanisme est présenté au public.
Le président Hénault l’administre à ses nombreux lecteurs de son Abrégé à partir de 1738. Sans doute Hénault tient Clovis pour un conquérant plus encore que pour un politique, mais il admet que les Francs avaient depuis longtemps des liaisons avec les Romains et que Clovis a possédé des charges dans l'Empire. C'est le romanisme filtré par un homme de goût moyen et d'esprit timide, aussi pense-t-il que Du Bos a un peu exagéré parce qu'il lui fallait détruire les préjugés reçus et il est allé un peu trop loin du côté opposé. C'est un reproche auquel Hénault, homme pondéré, ne s'est jamais exposé ; mais enfin, il a pris parti, ce que Velly n'a pas osé ou pas su faire. Il est resté plus près de Daniel que de Du Bos, qu'il ne nomme nulle part et estime sans importance la question du patriciat et du consulat. Après Velly, l'abbé Millot est plus discret encore et se réduit à avancer que les Francs ont pris des Romains « quelques usages ». D'ailleurs, le silence se fait de plus en plus sur Du Bos dont le livre est décidément d'une lecture trop coriace pour ceux qui ont alors la prétention de raconter l'histoire nationale. Là même où le système de Du Bos triomphe, on invoque en sa faveur d'autres autorités que la sienne ; on ne le nomme plus. En 1768, Millot avance que Clovis a conquis les Gaules non seulement par les armes mais encore par la politique et il invoque l'autorité de Montesquieu. C’est encore Montesquieu, s’il faut en croire l'abbé de Gourcy, qui a mis à mal la théorie de Boulainvilliers, et c'est l'abbé Garnier qui a prouvé la persistance du régime romain.
Cependant, à la fin du xviii siècle, Gibbon donne son Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain et adopte à peu près la thèse de Du Bos. Les barbares, dit-il, sollicitaient comme un honneur les fonctions romaines. Cette importante vérité est établie par l'exactitude de Tillemont et la sincérité de l'abbé Du Bos. Le romanisme de Gibbon est d'autant plus important à noter qu'avant lui Robertson avait enseigné la destruction totale de la population romaine en Gaule : « Il restait à peine sur la terre, dit-il, quelques vestiges de la politique, de la jurisprudence, des arts et de la littérature des Romains ; un changement aussi considérable et subit... ne pouvait se faire sans exterminer presque entièrement les anciens habitants du pays ». Gibbon ne se contente pas de consulter Du Bos, de s’en inspirer car, dit-il, il « jette une grande clarté » ; d'après lui, sa chronologie des empereurs, il suit son point de vue sur plusieurs points de détail, il en fait des citations ; mais à cette date, en France, un fait nouveau s’est produit dans l'histoire du romanisme : l'ouvrage de Mably a paru et une théorie nouvelle s'est superposée à celle de Montesquieu.
Le livre de Du Bos soulevait l’indignation patriotique de Mably. Du Bos avait défendu l'absolutisme royal et les libertés municipales : or l’absolutisme ne trouvait plus que peu de partisans et les libertés municipales n'en rencontraient plus un seul ; Mably était de son époque et il lui était facile de dédaigner une érudition et une science dont il ignorait les méthodes austères et les joies délicates. Il jugeait la thèse sans avoir même pris la peine de recourir aux sources. La théorie de Mably n’est qu'une adaptation républicaine germanique et du despotisme romain ; mais cette liberté, Germains une libre démocratie. C'est là ce que Brizard appelle un « jet de lumière ». Mably, désormais en possession de la vérité, admet, dans Du Bos et Boulainvilliers, tout ce qui s'adapte à ce système et rejette tout ce qui y est contraire. Il ne veut pas du diplôme d'Anastase, ni du consulat, parce qu'ils donnent trop d'autorité à Clovis. Il veut bien de la conquête, mais les combat tous les deux quand ils affirment l'ancienneté du régime bénéficiaire : une disposition si contraire encore à la patrie...
Il croit à la franchise d'impôts : les Francs n'ont pu laisser subsister le régime administratif romain qui était un régime de servitude. Il se montre particulièrement sévère pour les chapitres où Du Bos prouve la persistance de l’organisation municipale. C’est là, selon lui, « la plus grande des absurdités ». Et voici l'usage que les conquérants ont fait de leur victoire : ils ont appelé les Gaulois à la liberté ; à ce peuple avili par l'esclavage, ils ont enseigné l'usage des institutions républicaines. Montesquieu avait dit, d'après un passage de Du Bos, que les Francs ont laissé aux Gaulois la liberté de choisir la loi selon laquelle ils voulaient vivre. Mably saisit cette idée. Et quand il s’agit d'expliquer pour quoi les Romains ne se sont pas incorporés aussitôt et en masse à la nation « française », il imagine cet argument pitoyable : « La liberté que tout Gaulois avait de devenir Français, lavait la honte ou le reproche de ne l’être pas ». « Bien entendu, il croit avec Du Bos contre Montesquieu qu'il n'y a jamais eu noblesse franque », mais il « traite à l'égalité ne peut être primitive », c'est une invention de la féodalité. Tout a été perdu, dans l'hypothétique démocratie gallo-franque comme dans la société primitive de Rousseau, lors que les Français ont acquis des patrimoines et négligé l'intérêt général pour l'intérêt particulier.
« Le succès prodigieux de l'abbé Mably prouve combien l'entraînement des idées démocratiques et la « phraséologie envahissante avaient faussé le sens de l'histoire ». « Ses principes, dit l'abbé Brizard dans son Éloge, ont été adoptés par tous ceux qui n'ont pas l'âme servile, les bons citoyens, tous les Français qui... Il nous a donné la seule histoire que nous ayons encore du gouvernement de la France ». Cet Éloge fut couronné en 1787 par l'Académie des Inscriptions.
Enfin, en 1791, paraît l'ouvrage de Mlle de Lézardière, cherchant comme Mably, dans l’ancienne France, l'idéale liberté germanique. Son système est aussi abstrait dans sa logique que celui de Mably, mais le livre vaut mieux, Mlle de Lézardière a remonté aux sources, a groupé les textes d’après un ordre de classement encore utile à suivre. Elle réfute Du Bos, mais elle le connaît bien ; elle n’en est que plus convaincue de la vérité du germanisme et n'admet pas que rien de romain ait subsisté en Gaule après l'invasion.
Maintenant les doctes querelles ont fait place aux âpres revendications. Boulainvilliers, Du Bos, Mably, ne comptent plus pour rien et la théorie du premier n'est qu'une menace de revanche tournée contre cette noblesse conquérante à qui il faisait la part si belle.
Dans la brochure fameuse : Qu'est-ce que le Tiers État ? l'abbé Sieyès ne nomme pas ces savants du passé, mais il annonce l'avenir. « Le Tiers, dit-il, ne doit pas craindre de remonter dans les temps passés. Il se reportera à l'année qui a précédé la conquête. » Pourquoi ne renverrait-il pas dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d'être issues de la race des conquérants, et d’avoir succédé à des droits de conquête ? La noblesse a passé du côté des conquérants ? Eh bien, il faut la faire repasser de l'autre côté ; le Tiers deviendra noble en devenant conquérant à son tour.
Parmi les circonstances dans lesquelles l'esprit de parti est venu, à cette époque, fausser et passionner le point historique, il en est une trop bizarre pour n'être pas rappelée. Sous la Convention, un nommé Ducalle envoya aux administrateurs du département de Paris une adresse où se lisent les phrases suivantes : « Jusqu'à quand souffrirez-vous que nous portions l'infâme nom de Français ? Quoi ! une troupe de brigands vient nous ravir tous nos biens, nous soumet à ses lois, nous réduit à la servitude, et, pendant quinze siècles, ne s'attache qu'à nous priver de toutes les ressources nécessaires à la vie et à nous accabler d'outrages, et, lors que nous brisons enfin nos fers, et qu'ils dédaignent la qualité de frères, nous avons l’extravagante bassesse de nous appeler comme eux ! Sommes-nous donc descendus de leur sang impur ? À Dieu ne plaise ! Citoyens, nous sommes du sang pur des Gaulois. Chose plus qu'étonnante, Paris est une pépinière de savants, Paris a fait la Révolution, et pas un seul de ces savants n'a encore daigné nous instruire de notre origine, quel que soit l'intérêt que nous avons à la connaître ! Vous concourrez avec moi à obtenir de la Convention nationale qu'elle nous rende le nom de Gaulois. »
Entre la Révolution et la Restauration, on enregistre encore quelques tentatives d'une démonstration historique des droits du peuple français. Thouret, qui fut président de l’Assemblée constituante, chercha, pendant les mois qu'il passa en prison, le sens des événements tragiques dont il était le témoin et il lut Du Bos, Mably et Boulainvilliers. Dans Du Bos et Mably, il découvrit les preuves de la liberté, composa un Abrégé des révolutions de l'ancien gouvernement français qui se compose d'extraits étendus de Du Bos et de Boulainvilliers et il décide que : « aujourd'hui le peuple reprend une constitution républicaine, il n'y a là qu'un retour simple et naturel à son premier état. » Le précis de l'abbé Du Bos est un chef-d'œuvre d'analyse. En soixante-huit pages, Thouret a résumé la substance de trois volumes, disait François de Neufchâteau. En réalité, Thouret avait gravement altéré l'original. Tandis qu'il ne s'agissait que d'y découvrir la négation de la noblesse, tout allait bien, mais Thouret voulait découvrir à tout prix des vestiges de l’administration romaine et des institutions municipales, aussi sacrifiait-il délibérément ce despotisme qui avait été la seule forme du pouvoir monarchique chez les Romains comme chez les Francs, et discrètement il corrigeait Du Bos. Lors que celui-ci écrivait « revenus des empereurs », Thouret mettait à la place « revenus des Romains ». Alors que Clovis se faisait justice à la hache à la main, Thouret le représentait, ainsi que les autres premiers rois des Francs, comme très modéré, et, ajoutait-il, il n'en pouvait être autrement « à l'égard des Francs qui de tout temps n'avaient regardé les rois qu'ils se donnaient que comme des chefs et non comme des souverains ». Thouret prenait sur lui de soutenir, contrairement à l'opinion de Du Bos, la souveraineté des assemblées, et il affirmait que la cession de Justinien ne donnait pas de droits aux Francs, parce que ceux des empereurs ne reposaient que sur la violence et non sur la souveraineté nationale.
Sous le Consulat, Bonaparte chargea M. de Montlosier de la composition d'un ouvrage qui rendrait compte « de l'ancien état de la France et de ses institutions ». Le livre fut terminé en 1807 et il ne put être imprimé qu'après la chute de Napoléon. Montlosier prétendait découvrir et montrer la transmission, durant le haut Moyen Âge, d'un régime à la fois gaulois et romain. L'élément gaulois est la distinction des nobles, des libres et des non-libres : l'élément romain est dans les institutions municipales. Ce système donnait à la noblesse une origine immémoriale et faisait de son existence sociale en quelque sorte une loi naturelle. Montlosier revenait à la thèse de Boulainvilliers et, par ce côté, il appartenait encore au XVIIe.
Si nous passons à l'examen des travaux publiés au XIXe sur les origines de nos institutions, le premier en date est un savant et remarquable mémoire sur l'État des personnes en France sous la première race, mémoire lu, en 1819, à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par Naudet. L'auteur n'hésitait pas à se prononcer énergiquement pour la supériorité de la race franque sur la race gallo-romaine. « Lors que les Francs, dit-il, s’emparèrent des Gaules, tous les habitants, nobles et non-nobles, devinrent sujets. Dès lors, la noblesse sénatoriale était seulement un nom, un souvenir, une distinction précaire, consacrée dans l'opinion des Romains et dans leurs rapports entre eux, mais elle n'était rien dans le royaume des Francs. » Après M. Naudet, Guizot réserve son admiration pour l'abbé Mably dont le pitoyable ouvrage devient « l'histoire la plus complète et la plus satisfaisante » de la France primitive, dans ses Essais sur l'histoire de France. Dans ses Considérations sur la France, il déclare que « les Germains nous ont donné l'esprit de liberté, de la liberté telle que nous la concevons et la connaissons aujourd'hui ». Néanmoins, Guizot a préparé, dans une certaine mesure, la renaissance du romanisme, en montrant la multiplicité des éléments qui ont contribué à former la royauté franque et en écartant l'idée des invasions en masse, qu'il réduit à des événements « partiels, locaux, momentanés ».
Guizot et Augustin Thierry, celui-ci dans ses Considérations sur l'histoire de France, admettent également l'asservissement des Gallo-Romains après la conquête ; mais ce sont là des juges moins impartiaux qu'éclairés ; il faut contrôler leur opinion, car cette opinion semble bien ne leur avoir été inspirée que par un dépit ou un sentiment politique.
Pendant qu'en Allemagne Savigny renouvelait un aspect de la question traitée jadis par Du Bos, en France on abordait un autre aspect. Préoccupé à peu près uniquement de montrer la survivance des institutions municipales, Raynouard soutenait que les vainqueurs ne purent ou n'osèrent détruire ce principe d'individualité. Romaniste avec plus de modération, Fauriel, dans son Histoire de la Gaule méridionale, donnait une étude des institutions du Midi où la part de l'élément romain dans la royauté barbare était revendiquée : mais ni Raynouard ni Fauriel n’écrivaient le nom de Du Bos. Laboulaye est moins discret et écrit que « le mot de conquête fait illusion ; nous nous imaginons une invasion de peuples nombreux se précipitant, le fer et la flamme à la main, et occupant tous les pas non plus à voir, dans le Wergeld plus élevé accordé à Lehuërou et de Pétigny sur les institutions mérovingiennes, titre, « comme soldats de l'Empire et comme conquérants à la résistance énergique que Clovis éprouva en Gaule dans l'influence catholique ». Puis nous supposons une lutte sanglante qui se termine par la destruction de la civilisation, l'entier asservissement des vaincus et le partage entre la race sauvage... Il n’en fut pas ainsi, les barbares entrèrent dans la Gaule à la solde de l'Empire... ; la conquête de l'Empire par les barbares se fit, en quelque sorte, par le dedans ».
Là où Laboulaye se sépare de Du Bos, c'est lorsqu'il admet un partage réel du sol entre les Wisigoths et les Burgondes d'une part, et les Gallo-Romains de l'autre. Il n'hésite pas à proclamer que la source du pouvoir de Clovis n'était pas seulement dans sa dignité héréditaire de patrice, ou dans son consulat, mais dans ses victoires et surtout.
Benjamin Guérard (voir ce nom) dans Prolégomènes au Polyptyque d'Irminon ne s'explique pas formellement sur la différence des races, mais il croit à la « dépossession d'une partie du sol de la Gaule en faveur des Burgondes et des Wisigoths ; et quant aux Francs, il pense, avec Montesquieu, qu'ils n'ont pas eu besoin de recourir à cette dépossession, et que les terres du fisc ont dû largement leur suffire ».
En 1843, parurent simultanément les ouvrages de Lehuërou et de Pétigny. Tous deux sont romanistes et ne cachent pas leur admiration pour Du Bos. « Notre conviction, écrit Lehuërou, s'est formée sur la sienne ; » cependant Pétigny est celui des deux qui suit Du Bos de plus près : il ne le contredit qu'à propos des Armoriques et du régime léudique, tandis que Lehuërou, plus pénétrant, plus érudit, est ramené sur certains points à la thèse germaniste.
Lehuërou, après avoir reconnu que l'établissement des Francs « reposa, en même temps, sur une concession volontaire et sur la violence, sur le droit et sur la force, » oublie ensuite ses prémisses pour suivre sans réserve l'abbé Du Bos. « Dans le nord de la Gaule, dit-il, les Francs se sont établis à titre de fœderati, d'hôtels et ont dû recevoir à ce titre des bénéfices et des agri limitanei, Au midi et à l’ouest, ils ont fait la conquête avec les Gallo-Romains, et, sauf des exceptions que nous n'avons aucun intérêt à contester, ils n'auront dépouillé que les Burgondes et les Wisigoths. » Cependant la force des choses amène l’auteur à reconnaître aux Francs l’exemption d'impôt pour ces agri limitanei, exemption dont ils jouissaient à un double titre des Gaules.
Pétigny est d'un avis un peu différent. Il n’aperçoit pas, au Ve, de conquête générale, mais une sorte d'infiltration de l'élément barbare dans la société romaine. Il se sépare encore plus de Du Bos quand il déclare trouver dans Grégoire de Tours une allusion après la défaite de Svagrius. Enfin, il n'hésite pas à proclamer que la source du pouvoir de Clovis n'était pas seulement dans sa dignité héréditaire de patrice, ou dans son consulat, mais dans ses victoires et surtout.
Entre le germanisme, qui asservit la Gaule aux conquérants impitoyables et fait disparaître la population gallo-romaine sous l'afflux d'innombrables multitudes de barbares, et le romanisme, qui réduit les Francs au rôle d'invités, un peu mal élevés et encombrants, mais si vite dégrossis, il reste une place pour l'opinion moyenne, moins séduisante parce qu'elle n’est pas du tout paradoxale, plus instructive parce qu'elle pourrait se rapprocher de la réalité.
S'il fallait donner raison à Boulainvilliers, uniquement désireux de constituer les droits d’une aristocratie privilégiée, on pourrait invoquer la transmission, encore reconnaissable, des traits principaux de cette noblesse dans la persistance des dons qui la distinguent : la souplesse allant jusqu'à la platitude, la hauteur s'élevant jusqu'à la sottise, le courage jusqu'à la forfanterie et l'ignorance jusqu'à l'incapacité.
Si, au contraire, l'abbé Du Bos devait l'emporter avec sa royauté despotique et sa démocratie égalitaire, on serait dans le cas de penser que pas un trait de ce tableau de fantaisie ne s’est conservé jusqu'à nous.
En réalité, le vrai dissentiment n'était pas d'ordre scientifique, mais d'ordre politique. Boulainvilliers était aristocrate et Du Bos bourgeois ; et ce qui existait au XVIIIe persistait au XIXe. L'école libérale cherchait des arguments politiques dans une distinction imaginaire entre des races différentes et hostiles l’une à l'autre.
En 1789, Sieyès proclamait que le tiers était, à lui seul, une nation ; en 1814, Montlosier découvrait sur le même sol, en face du tiers, une autre nation, complète elle aussi, plus ancienne et meilleure ; en 1848, Proudhon montrait, dans le prolétariat révolté contre la bourgeoisie, les restes du sang celtique — troisième nation, la plus ancienne et la meilleure des trois !
En vain une chanson fameuse conseillait-elle l'union entre tous les enfants du pays, entre « Gaulois et Francs » ; il semblait que chacun prit à tâche d'oublier l'immense et profond travail de fusion nationale poursuivi pendant douze siècles pour assurer la puissance et la gloire de la société française.
Le système romaniste, appuyé par l’érudition la plus étendue et la conviction la plus impartiale, doit contenir une notable part de vérité ; nous croyons toutefois qu'à le prendre dans toute sa rigueur il risquerait de mutiler ou de fausser l'histoire de nos origines.
Recherchons en quelle mesure il est permis d'affirmer la réalité d'une invasion germanique et d’une conquête au sens ordinaire de ce mot ; nous verrons ensuite si certains traits intimes et profonds n'ont pas persisté jusque dans nos sociétés modernes, qui relèvent d’une autre influence que celle du génie romain ou du christianisme, et remontent jusqu'à cette conquête.
Il y a une deuxième phase, celle des traités conclus et violés ; mais il faut s'entendre sur la valeur de ces traités, et, pour cela, lire ce que nous en a dit Ammien Marcellin à l'occasion de l'entrée des Goths dans l'empire en 375. Chassés de leurs demeures par les Huns, ces barbares se présentent en foule sur la rive gauche du bas Danube et demandent à être admis dans l'empire, s’offrant, bien entendu, comme faisaient déjà les Cimbres, à cultiver les terres qu’on leur concéderait et à servir en auxiliaires. Quand leurs messagers vinrent trouver l'empereur, les courtisans applaudirent ; ils exaltèrent à l’envi le bonheur du prince, à qui la fortune amenait des recrues inopinément et des extrémités du monde. Vite il fallait un bon traité. L'incorporation de ces étrangers dans l’armée romaine allait la rendre invincible ; le tribut que les provinces devaient en soldats, converti en argent, augmenterait indéfiniment les ressources du trésor, l'empire y gagnerait sécurité et richesse. L'empereur Valens conclut donc avec les chefs des Goths une convention stipulant l'admission des barbares, une distribution de vivres aussitôt après la traversée, et la concession de terres en Thrace. On dépêcha aussi de nombreux agents pour faire opérer le passage ; on se donna beaucoup de peine pour que nul de ces destructeurs de l'Empire, c'est Ammien qui parle, ne restât sur l’autre bord, fût-il atteint de maladie mortelle, navabalur opera diligens ne qui romanam reus eversurus derelinquerelur, vel quassatus morbo lethali. Jour et nuit, en vertu de l'ordre impérial, ces Goths redoutables, truculenta plebs, entassés sur des barques, des radeaux, des troncs d'arbre creusés, furent transportés en deçà du Danube. La presse était si grande que plus d'un périt dans les flots. Tant d'empressement et de labeur pour introduire le fléau et la ruine du monde romain ! Ita turbido instantium studio orbis romani pernicies ducebatur ! Il est bien clair qu'Ammien ne semble pas compter pour beaucoup le traité conclu avec les Goths, il prévoit la chute prochaine de l'empire et ne conserve pas d'illusion.
On sait d'ailleurs ce qui suivit. Une fois le Danube franchi, la cupidité des fonctionnaires impériaux irrita les immigrants qui se révoltèrent ; en même temps, leur traité avec l’empereur ne les avait pas empêchés d'appeler de nouvelles tribus auxquelles le passage avait été précédemment refusé. Il fallut que Valens marchât avec son armée contre ses alliés d'un jour, si promptement rebelles. Il les rencontra près d’Andrinople et subit une défaite complète. Valens, blessé, se réfugia dans une cabane : ils l'entourèrent de paille et de bois et la brûlèrent avec tout ce qu'elle contenait. Ce que devinrent les provinces romaines ainsi occupées, Jordanès le dit sans détours : « Les Goths ne furent plus là des étrangers ni des fugitifs, mais en citoyens et en maîtres ils commandèrent aux possesseurs de terres. Ils tinrent sous leur autorité, suo jure, toutes les provinces septentrionales jusqu'au Danube.. Ils s'établirent comme ils l'eussent fait sur leur sol natal, tanquam solo genitali positi, cœperunt incolere *.
Presque chaque province de l'Empire offrirait un épisode analogue à celui des Goths en Thrace et en Dacie. Après la période, plus ou moins prolongée, d'infiltration, les barbares forment sur les frontières, et même à l'intérieur, des groupes d'abord isolés et dociles, bientôt rétifs et redoutables, C'est une deuxième période aussi bien caractérisée que la première, pendant laquelle des traités et des conventions servent de prétexte ou de moyen à des violences d'autant plus efficaces que l'Empire était de moins en moins en état de se faire respecter. Il y a dès lors de vrais vainqueurs et de vrais vaincus, c'est bien de conquête qu'il s'agit.
En se rendant maîtresse de la Gaule, Rome avait fait la plus utile et la plus profitable de toutes ses conquêtes. Nous ne revenons pas ici sur ce que nous avons écrit touchant cette contrée et ses habitants (voir Dictionn., t. VI, au mot GALLICANE, col. 311-322), mais il ne faudrait pas s’imaginer que le vieux sentiment d'indépendance nationale avait péri. L'histoire des rapports entre l'empire et la Gaule offre, de la part de celle-ci, des séries presque continues de soulèvements et de tentatives d'affranchissement, Pendant toute la seconde moitié du IVe, la Gaule lutta d'abord contre les fils de Constance et se rangea derrière des chefs barbares comme le Franc Magnence et le Franc Silvanus, puis lutta contre Gratien et Valentinien II avec les usurpateurs Maxime et Eugène. Aux Ve et VIes, des portions entières de la Gaule se détachent de l'empire, en même temps qu'une permanente révolte des paysans à l'intérieur met en échec l'administration ou ce qui reste de l'administration romaine, À l'ancienne et perpétuelle cause d’insurrection populaire qu'offraient depuis si longtemps les ravages de la détestable fiscalité impériale était venu s'ajouter le contraste de l'indépendance dont jouissaient, au milieu même de la Gaule, les nombreux corps suèves, vandales, francs que Rome y avait jadis établis à titre de lètes, et qui y étaient devenus insensiblement possesseurs et maîtres. Le vieil esprit national survivait, le patriotisme gaulois reverdissait à mesure que la force romaine allait s'épuisant. Et Rome assistait, consternée, impuissante à cette renaissance ; elle évacuait l’île de Bretagne, se répliait abandonnant une partie des Gaules, laissant les cités à elles-mêmes. À l'exemple de la Grande-Bretagne, plusieurs contrées gauloises s'étaient affranchies. Voici ce que nous dit Zosime à leur sujet : « Voyant la faiblesse où étaient tombés les empereurs, les peuples barbares d'au delà du Rhin conçurent l'audacieuse pensée d’envahir chacun la province de l'Empire qu'il souhaitait de piller. Leurs déprédations causèrent des maux sans nombre. Elles obligèrent d'un côté les habitants de la Grande-Bretagne à secouer l'obéissance de l'empire et à ne plus reconnaître l'autorité de ses magistrats. D'un autre côté, l'exemple des Bretons fut suivi par les peuples du tractus armoricus et par ceux de quelques autres provinces des Gaules, qui chassèrent les fonctionnaires impériaux, se mirent en liberté, et constituèrent chez eux une sorte de gouvernement républicain ». La Chronique de Prosper dit, en outre, à l’année 409 : « Dans ce temps l'autorité qu'avait l'Empire sur la Grande-Bretagne fut entièrement perdue à cause du mauvais état des affaires romaines. » Ce dernier passage nous donne la date du soulèvement des Gaules, puisqu'il suivit immédiatement, selon Zosime, celui de la Grande-Bretagne.
Nous avons déjà parlé du tractus armoricus, à qui Du Bos fit une si belle réclame ; cette portion du littoral nord-ouest de la Gaule fut perdue dès lors pour Rome et ne fit sa soumission qu'à Clovis devenu chrétien. La Gaule, aussi bien que les autres provinces, reçut de bonne heure des Germains vaincus ou volontairement soumis. À la suite des Teutons et des Cimbres, la tribu des Aduatiques s'était établie entre la Meuse et l’Escaut ; Arioviste amena jusqu'à trois tribus dans le pays d'Alsace. Sous Auguste, des milliers de Bataves reçurent des terres en Gaule. Au Ve, les Francs parurent dans la Gaule : la Notitia dignitatum, rédigée vers l'an 400, les montre établis en qualité de lètes dans la Gaule occidentale et sur les rives du Rhin, dont la garde leur est confiée. Ainsi préparées, l'invasion et l'occupation germaniques de la Gaule se sont accomplies de trois côtés et par trois peuples différents au lendemain de la grande invasion de 406. Par le Sud-Est, venant d'Italie, arrivent les Wisigoths, en 412 : ils prennent Narbonne, Toulouse, Bordeaux, et, à la prière du gouvernement espagnol, passent en Espagne en 414 pour reprendre les provinces dont les Vandales et les Alains venaient de s'emparer. À leur retour en Gaule, les Wisigoths reçurent, à titre de récompense, la seconde Aquitaine, depuis Toulouse, en suivant les rives de la Garonne jusqu'à la mer. Les barbares ne se trouvent pas satisfaits de ces concessions et de ces territoires, ils en viennent à posséder l'Espagne entière, et toute la Gaule au sud de la Loire. En 475, l’empereur Julius Nepos cède au roi Euric l'Auvergne.
Est-ce de conquête ou de concession qu'il faut parler ? Les contemporains semblent avoir leur opinion faite : « C'est, écrit Sidoine Apollinaire, le triste sort de notre Auvergne, d'être ouverte à l’irruption [des Barbares]. Nous excitons particulièrement leur haine en ce que nous sommes le dernier obstacle qui les empêche de s'étendre jusqu'aux rives de la Loire ; leur farouche ambition dévore à l'avance l'importante barrière. » Jordanès dit que le roi Euric prétendait bien voir le châtiment des Aquitains dans le transfert de leur pays au pouvoir des barbares.
Les Burgondes s’établirent dans la partie orientale de la Gaule : ils passent pour avoir été gens pacifiques et, eux aussi, passèrent des conventions avec l'Empire. Leurs rois portaient à l'envi les titres romains de maître de la cavalerie, de comte et de patrice. Au VIe, le roi Sigismond chargeait l’évêque saint Avit de Vienne d'écrire en son nom à l’empereur Anastase : « Le dévouement qui a toujours lié mes ancêtres à votre personne et à celle de vos prédécesseurs fait que, de toutes nos dignités, la première à nos yeux et la plus éclatante est celle que Votre Majesté nous a conférée avec le titre de maître de la milice ; mes aïeux ont toujours attaché plus de prix à ce qu'ils ont reçu des empereurs romains qu'à ce qu'ils recueillaient de l'héritage de leurs pères, de sorte que, bien que nous paraissions en réalité comme vos soldats ». La flagornerie était un peu grosse, mais il y avait cependant quelque chose de vrai au fond de l'aveu. Seulement l'aveu n'était qu'une manière de dire car ces Burgondes n'étaient pas moins encombrants que leurs congénères germains. Une fois installés en Savoie, ils s’y trouvèrent bien ; le royaume burgonde comprit bientôt tout le pays de Genève, Besançon, Lyon et Vienne dont les nouveaux venus s'étaient emparés bel et bien.
Les lois des Wisigoths et des Burgondes confirment le fait d’une conquête de leur part. Ces lois attestent une dépossession légale du sol, exercée en certaine proportion contre les Romains vaincus. Dans la loi des Wisigoths on lit sous ce titre : Du partage des terres entre le Goth et le Romain : « Que nul ne porte atteinte d'aucune façon au partage des terres labourables et des bois entre le Goth et le Romain, là où il sera prouvé que ce partage a été fait. Que le Romain ne revendique ou ne réclame pour lui rien des deux parts qui reviennent au Goth ; que le Goth, de son côté, ne revendique ou n'usurpe rien du tiers qui appartient au Romain, à moins qu'il n’en doive quelque chose à notre libéralité.
Les partages faits par les parents ou les voisins, que les descendants les respectent !. Ici l’infériorité du Romain par rapport au barbare paraît certaine, et pour ainsi dire, mathématique : deux tiers à celui-ci, un tiers à celui-là. Et encore ce dernier doit-il appréhender que le roi barbare ne profite de sa portion congrue et n'en dispose à son gré. Or, il ne s'agit pas là d'une simple menace, mais réalisée ; Sidoine Apollinaire, dans sa correspondance, signale plus d'un exemple de ces grâces ou de ces refus arbitraires. Tandis que le rhéteur bordelais Lampride recouvrait un domaine par la seule faveur, — disons l'arbitraire, — du roi Euric, Sidoine Apollinaire ne pouvait obtenir d'être mis en possession d'un de ces fiefs que les Goths étaient tenus de respecter ; un voyage à Bordeaux où résidait Euric ne produisit aucun résultat. En vain, pour hâter la conclusion, offrit-il de sacrifier la moitié de ce tiers, Il est vrai que la loi des Wisigoths n'a été rédigée que pendant la seconde moitié du vi siècle, mais on y a inséré d'anciennes dispositions remontant au premier établissement de ces barbares en Gaule, et qui montrent, dès cette époque, le partage obligé des terres : Ut si aliqua pars, lit-on (X, m, 5) de aliquo loco tempore Romanorum remota est, ita persislat, si quando que anie adventum Gothorum de alicujus fundi jure remotum est. Il y a par exemple un article qui déclare que, si quel que Gallo-Romain, « avant l'arrivée des Goths », a aliéné quel que portion de son domaine par vente, donation ou partage, le nouveau possesseur barbare n'aura pas le droit de réclamer cette portion aliénée.
On a pu sans doute soutenir que les Goths fœderati ne réclamaient vivres et terres que comme eussent pu le faire des soldats romains aux termes d’une loi d'Arcadius et Honorius, en 398 (1. VII, tit. vm, l. 5), loi qui accordait à ceux-ci, chez tout propriétaire de la concession occupée, le tiers du domaine. Toutefois, on observera que le soldat romain recevait un tiers, et que le wisigoth s’adjugeait deux tiers du domaine, et qu'il s'y établissait en propriétaire, ce qui constitue une spoliation légale qui caractérise à elle seule une conquête.
Lors de la conquête, le roi des Burgondes avait loti les terres fiscales entre ses fidèles, mais ceci les mettait hors d'espoir de rien prendre des terres privées ; leur avidité y a mis bon ordre et ils ont fait main basse sur tout ce qui était à leur portée. Alors le titre 54 de la loi intervient : De his qui tertiam mancipiorum, et duas terrarum partes contra interdictum publicum præsumpserint. — Li cet eodem tempore quo populus noster mancipiorum tertiam et duas terrarum partes accepit, ejusagrum cum mancipiis, seu parentum nosirorum sive largitate nosira perceperat, nec mancipiorum tertiam, nec duas terrarum partes ex eo loco in quo ei hospitalitas fuerat delegata requireret : tamen quia complures com| vèrent à l'étroit, débordèrent au loin, en sorte que le perimus immemores periculi sui, eo quia ea quæ præcepta fuerant excessissent, necesse est ut praesens auctoritas ad instar mansuræ legis emissa et præsumptores coerceal, ef huc us que contemplis remedium debitæ securitatis altribuat. Jubemus igitur ut quidquid hi gui agris et mancipiis nosira munificentia potiuntur, de hospitum suorum terris contra interdictum publicum præsumpsisse docentur, sine dilatione restituant.
Le législateur s'adresse à ses comtes chargés de l'exécution de la loi et fait allusion à des rois, ses prédécesseurs et ses parents. Il se réfère à une ordonnance rendue par lui-même dans le temps où se fit le partage légal. Le partage définitif aura dû se faire sous le règne de Gondebaud, vers 470. Le sujet romain aura été en partie dépossédé, mais la loi s'efforce de conserver au Burgonde le lot acquis par le fait de la conquête.
Une coutume nationale burgonde voulait que le père de famille partageât, de son vivant même, en portions égales, sa fortune entre ses fils, probablement en se réservant moitié du tout. Une loi postérieure excepte de cette libre disposition le lot de conquête, sors ou lerra sortis titulo acquisita, qui doit continuer à être transmis, selon la tradition, à ses héritiers de son vivant. Les sortes sont possédés en propre et doivent, autant que cela se concilie avec le droit entier de propriété, se maintenir et se transmettre dans la descendance mâle.
L'article 2 du titre Lxxx1Iv de la même loi stipule que, dans le cas où un Burgonde est obligé de vendre sa terre, il faut préférer à tout homme qui n'est pas membre ou sujet du royaume un Romain et, cela va sans dire, un Burgonde aussi. L'article ajoute, en renchérissant, une interdiction totale contre l'étranger, et un vœu pour que, dans le cas où cela sera possible, le lot du Burgonde mis en vente rencontre comme acquéreur le même hôte romain du domaine duquel ce lot aura été primitivement détaché. C'est une sorte de privilège de premier acquéreur stipulé en faveur du propriétaire romain, qui rentrerait ainsi dans ses premières limites.
Il semble qu'il faille distinguer entre les diverses régions de la Gaule, parce qu'elles n'offraient pas toutes les mêmes conditions politiques et les Francs ne leur appliquèrent pas un traitement uniforme. Au Nord-Est, il y eut incontestablement des combats que rappelle le chant militaire :
Le nord de la Gaule finalement appartient aux barbares qui s'infiltrent et s'installent : l’est va aux Burgondes, le sud aux Wisigoths, il reste le centre, Ici encore il faut gagner le terrain pied à pied et le gagner par les armes. Clovis vient à bout de Syagrius, et il lui faut dix années pour porter son royaume de la Seine à la Loire ; il lui faut assiéger Nantes pendant deux mois, et voilà bien ce qu'on nomme : conquêtes. Il est vrai que le conquérant est maître de la milice et en bons termes avec l'empereur.
On ne retrouve pas chez les Francs la dépossession du sol au détriment des vaincus ; aucun témoignage précis n'affirme qu'il y ait eu, à la suite des victoires de Clovis, un partage des terres comme après l'établissement des Wisigoths et des Burgondes ; néanmoins les rois mérovingiens sont incontestablement en possession d'une portion considérable de la propriété foncière ; terres fiscales, sans doute, mais auxquelles la violence a pu ajouter bien des domaines privés tombés en déshérence. Lors que Thierry, fils de Clovis, ravage l'Auvergne, il dépouille, emmène, tue, disperse les habitants et ne laisse que la terre nue qu'il ne peut pas emporter. Cette terre retournera-t-elle aux mains de ses possesseurs ? Ils ont disparu ; alors elle deviendra propriété du fisc royal, à qui reviennent de droit les biens en déshérence, les terres confisquées et désertes.
La violence aboutissant à la dépossession du propriétaire ne s’exerçait pas toujours par la dévastation et la force brutale : une prétendue légalité tournait en spoliation inévitable et régulière les traditions mêmes et les procédés du gouvernement romain. Les barbares, au nom de leurs traités avec l'empire, réclamaient le droit de cantonnement sur une partie de chaque domaine principal seulement tandis qu'autrefois ce n'était que pour le temps de leur passage ; on s'aperçut qu'ils s'établissaient dorénavant en propriétaires, et que, s'ils daignaient observer une certaine méthode dans cette véritable prise de possession, ils ne se faisaient pas scrupule de changer les règlements traditionnels, en prenant par exemple les deux tiers des terres au lieu du tiers consacré.
Les tarifs différents de la compensation ou wehrgeld sont un autre symptôme de la différence sociale entre Francs et Romains. On lit dans la loi salique : « Si quelqu'un tue un des barbares fidèles du roi, il paiera un wehrgeld de 600 sous d'or. Si quelqu'un tue un Romain, convive du roi, il paiera 300 sous. Romain enchaîne un Franc sans un juste motif, il paiera 30 sous d'or : mais si c'est un Franc qui enchaîne un Romain sans motif, il n’en paiera que 15. — Si un Franc est volé par un Romain, celui-ci paie une amende de 62 sous d'or, mais si c'est un Romain qui est volé par un Franc, celui-ci ne paie que 30 sous d'or. » Dans le 36° titre de la loi ripuaire, on lit : « Si un Ripuaire tue un hôte franc, qu'il soit taxé à 200 sous d'or. Si un Ripuaire tue un hôte burgonde, un hôte alaman ou frison, ou bavarois ou saxon, qu'il soit taxé à 160 sous. » Ces différentes évaluations semblent exprimer des degrés différents de condition politique ou sociale. Tout ce qui se rapporte au Franc est payé d'un prix plus élevé ; le Romain ne vaut que la moitié, les autres barbares sont partiellement réhabilités par le souvenir d'une origine, d'une nationalité commune. D'après Savigny, lors que les Francs se furent asservi la Gaule, la constitution des impôts subsista pour les sujets romains, ainsi que la distinction des classes dont elle était le fondement, mais toute terre échue aux propriétaires francs en fut exempte. Cette explication paraît trop absolue, Au delà du Rhin, les Germains ne se croyaient tenus envers leur roi qu'à des dons volontaires ; après leur établissement en Gaule, les rois francs maintinrent l'impôt pour les Romains, ils essayèrent même d'y soumettre leurs compagnons, mais ceux-ci se révoltaient ouvertement contre ceux des fonctionnaires ou des rois mérovingiens qui essayaient de leur imposer le tribut. L'impôt romain, avec sa régularité égalitaire, leur semblait un aveu de dépendance qui leur était odieux.
Hors des Francs, chez les Wisigoths, nous trouvons un titre de leur loi (1. X, tit. 1, lex 10) qui montre que chez ce peuple le vaincu seul, primitivement, supportait la charge de l'impôt : « Que les juges et les préposés | il le laissait aux anciens possesseurs en les accablant | n’a pas été uniquement une dévastation et un fléau.
|_ entre les vainqueurs et les vaincus, et ils y réussirent
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enlèvent à ceux qui s'en seraient emparés les fiefs des Romains, et qu'ils les fassent rendre à ceux-ci sans retard, afin que le fisc n’y perde rien. » Chez les Vandales, Gensérich enleva les meilleures terres à leurs légitimes possesseurs et les distribua à ses compagnons d'armes en les déclarant à perpétuité exempts de tout tribut ; ce qu'il y avait de terres impropres à la culture, d'impôts.
Ajoutons encore que les Francs jouissaient d'autres privilèges. Tandis que les Romains relevaient du tribunal de droit commun, le Franc n'était justiciable en dernier ressort que du souverain ; la torture et les châtiments serviles leur étaient épargnés ; enfin ils composaient de grandes assemblées périodiques où les lois d’un intérêt général étaient sanctionnées et les affaires graves discutées, et dans lesquelles les Gallo-Romains ne paraissaient qu'en vertu de leurs fonctions. On ne saurait dire enfin, quant au service militaire, que les Francs eussent seuls le droit de porter les armes, puisqu'on voit dans Grégoire de Tours de nombreux exemples de milices recrutées parmi les populations gallo-romaines, et que les Romains étaient même contraints au service ; toutefois il convient de distinguer de ce service la qualité permanente de guerrier et ce qu’on appelait le droit de guerre privée.
Il y a eu infiltration, invasion, conquête, établissement des Germains dans la Gaule, mais l'histoire connaît plusieurs sortes de conquêtes. Il y a celle des hordes des sauvages, promenant le massacre et le pillage, « il y a celle des tribus farouches mais robustes qui substitue à des populations affaiblies et sans défense » une race plus énergique et belliqueuse : il y a enfin celle qui consiste dans la rencontre d'une grande nation polie avec des peuples jeunes, incultes, mais non pas indisciplinables. Ce qui s'est passé au Ve. Les Germains connaissaient depuis longtemps l'Empire, y avaient vécu depuis trop de générations pour ne pas sentir sa force et apprécier ses bienfaits. Avec leur admiration, leur convoitise avait grandi. Les chefs étaient, à tout prendre et à en juger d'après ce qu'ils ont fait, des hommes remarquables, et fort supérieurs aux adversaires ou aux suzerains que leur offrait « l'Empire épuisé ». Théodoric en Italie, Ataulf et Euric chez les Wisigoths, Gondebaud chez les Burgondes, « Clovis chez les Francs ont été des hommes intelligents » et politiques, de véritables chefs. Clovis surtout eut, sur ses confrères en barbarie, le mérite supérieur de comprendre le problème religieux et de le résoudre ; en se faisant catholique, il s'institua héritier officiel et authentique des empereurs, canalisa les sympathies et enchaîna les fidélités.
Une fois établis sur les terres romaines, plusieurs de ces rois barbares travaillèrent à une intime fusion dans une certaine mesure, aidés par le christianisme, qui avait dompté leurs peuples et les avait rapprochés des Romains. Ainsi s'explique le contraste d'une conquête en grande partie violente et si promptement suivie d'un remarquable mélange entre les populations.
Ce mélange a eu un résultat imprévu. L'ancienne Germanie a infusé quelque chose à l'esprit romain. Quoi que ses monuments nous soient parvenus en latin, récrits par des clercs, ils conservent des éléments distincts et un génie différent de l'élément et du génie classique et chrétien. On y trouve subsistantes une constitution de la famille, une tradition de coutumes juridiques et civiles, des lois qui ont constitué et réglé le développement social de toute une suite de générations, qui les ont, pour ainsi parler, vécues, soit avant la conquête, et à l'état natif, soit après la conquête et déjà mitigées par le contact avec les lois romaines. Ce qui est incontestable, c'est que le génie germanique a laissé son empreinte sur un certain nombre d'institutions de l'Occident de l'Europe. En face du droit romain, œuvre de raison savante et réfléchie, elles représentent une source plus personnelle, plus voisine de la coutume primitive, de l'instinct. On constate que là où il y a cinq individus réunis, il y a cinq législations différentes. Au XIe, en France, on invoquait la loi salique et au Xe, en Angleterre ; au XVe, en Italie, on relève la trace et l'influence des codes salique, ripuaire, alamannique. À cette époque, le droit romain, qui n'avait pas péri, qui avait vu seulement diminuer son caractère et son rôle, se releva, en Italie d'abord, et de nouveau avec un caractère de loi générale, s'imposant à tous, sans distinction de race ou d'origine ; mais en face de lui, désormais subsistaient, ineffaçables, les vestiges de l'influence du droit germanique, réfugié, un peu obscurément sans doute, dans ce domaine inaccessible et mêlé des coutumes, opposé au domaine du droit écrit.
VI. RÉALITÉ ET ÉTENDUE DE L'AUTORITÉ IMPÉRIALE, — Maintenant reprenons le problème en dehors de toute polémique. De ce que l'empire d'Occident a disparu avec Romulus Augustule tandis que l'empire d'Orient se soutint jusqu'au désastre final où périt Constantin XI, il faut bien se garder de croire que ces dénominations et ces destinées différentes cachent des institutions rivales ou simplement différentes. Il n'y avait qu'un Empire qui se manifestait, si on ose parler ainsi, sous deux hypostases. Quand l'hypostase occidentale s'évanouit, en l'an 476, ce ne fut qu'une disparition momentanée : elle reparut, en effet, en l'an 800 et resta une réalité jusqu'en 1803 ; l'hypostase orientale prit fin en 1453. Depuis des siècles, ces deux empires vivaient chacun d'une existence distincte, mais il n'en était pas ainsi à l'origine. Lors que Dioclétien avait inauguré la méthode des partages entre deux Augustes et deux Césars, lors que cette méthode fut reprise et appliquée plusieurs fois au IVe, elle n'atteignait pas le principe de l'unité de l'État : ce qu'on partageait, c'était l'administration, mais l'empire demeurait indivisible, et les empereurs, même rivaux et parfois ennemis, étaient toujours réputés gouverner en commun et de plein accord. Cependant la fiction n'en imposait peut-être pas à tous également. À la mort de Théodose, on eut peut-être le sentiment que la distinction commençait à prendre corps et on sentit le besoin de réagir par une affirmation solennelle de cette unité qui commençait à devenir branlante ; ce fut ainsi qu'on apporta une attention particulière à manifester la coordination qui existait entre les actes des deux empereurs : toute loi nouvelle dut être promulguée par eux deux, les nouveaux consuls furent désignés par eux deux et, nonobstant les retards, les embarras qui en résultaient dans la pratique (voir Dict. des antiq., au mot Fastes), on eut soin de dater les années en Gaule par deux personnages dont l'un résidait à Constantinople et dont le nom ne parvenait parfois qu'après de longs retards. Les deux empereurs eurent souvent à subir des collègues qu'un coup d'État, une révolution militaire leur imposait de force : en ce cas, la situation devenait délicate, quelquefois périlleuse, mais, aussitôt l'usurpateur disparu, l'accord s'affirmait de nouveau, c'était ce qu'on appelait unanimitas, et il semble que les hommes de ce temps s'en accommodaient. Une autre fiction persistait. L'État romain continuait à leur apparaître sous son vocable antique de respublica, qu'ils employaient de préférence à imperium, et eux-mêmes se croyaient et se disaient encore cives romani. Ce mot fatidique de respublica était en possession d'éveiller encore l'idée d'intérêts communs. Ammien Marcellin, Zosime, Eunape, Sulpice Sévère, Ausone, Sidoine Apollinaire, Rutilius, Symmaque et même Salvien en font usage et y attachent cette signification. Même après 410 et la prise de Rome, le respect de Rome restait intact et son prestige entier. Parmi eux et parmi leurs contemporains, il ne se rencontre personne pour revendiquer le droit populaire, tellement les esprits sont faits à l'idée que le peuple a délégué son droit au souverain chargé de régir la communauté et de veiller à ses besoins. Si on parcourt l'histoire des cinq premiers siècles de notre ère, on rencontre beaucoup de révoltes et d'usurpations, mais les usurpateurs ne se défont d'un empereur que pour mettre un autre empereur à sa place ; pas un seul n'a la pensée de mettre fin au régime impérial : c'est donc toujours une question de personne, mais une question de régime.
L'abbé Du Bos a tiré parti, nous l'avons vu, d'un événement singulier pour soutenir qu'avant l'invasion des barbares, une partie de la Gaule s'était séparée de l'Empire et il a fait du fractus armoricus une vaste république armoricaine. Cette opinion ne s'appuie que sur un texte tout seul, de l'historien Zosime, au dire duquel l'usurpateur Constantin s'empara du pouvoir en Gaule tandis que l'usurpateur Gerontius s'élevait contre lui : toutes les troupes gauloises se trouvaient alors en Espagne ou dans le midi de la Gaule avec Gerontius, et les corps barbares qui servaient dans le pays rejoignirent celui-ci ; la Gaule était donc absolument sans défense : « Alors, écrit Zosime, les barbares d'au-delà du Rhin, se ruant partout sans rencontrer d'obstacles, contraignirent les Bretons et plusieurs peuples de la Gaule à être en dehors de l'autorité romaine et à se suffire à eux-mêmes sans plus recevoir d'ordres du gouvernement romain. Les Bretons, prenant les armes et combattant vaillamment pour leurs propres intérêts, délivrèrent leur ville des barbares ; en même temps l'Armorique et plusieurs provinces de la Gaule firent comme les Bretons et se délivrèrent de la même manière, chassant les fonctionnaires romains et établissant chez elles le gouvernement qui leur convenait. » On remarquera que cette séparation n’a pas été volontaire, mais forcée ; de plus, les peuples ne se sont pas délivrés de l'autorité romaine mais des barbares. C'est que, dans la pensée de Zosime, presque toute la Gaule et l'île de Bretagne étaient dégarnies de troupes impériales et privées de toute communication avec l'empereur Honorius, par suite de l'arrivée des Germains : abandonnées à elles-mêmes, les populations résistèrent aux barbares et finirent par s'en débarrasser. Elles chassèrent aussi les fonctionnaires romains, mais c'étaient les fonctionnaires nommés par l'usurpateur Constantin, lequel représentait si peu l'Empire que lui-même avait appelé les Germains. Ainsi le renvoi de ses fonctionnaires ne signifiait pas la rupture avec l'Empire. Comme le récit de Zosime s'arrête en 410, il faut recourir aux auteurs qui parlent des années suivantes, Paul Orose, Olympiodore, Sozomène et Renatus Frigeridus, cité par Grégoire de Tours (II, 9). Ceux-ci nous apprennent que les cités du nord de la Gaule restèrent séparées de l'empire d'Honorius aussi longtemps que Constantin et ses barbares coupèrent toutes relations avec l'Italie, c'est-à-dire jusqu'en 411.
Enfin Honorius envoya en Gaule une armée commandée par un Romain, nommé Constantius « et l'on sentit alors, dit Orose (VII, 40), quelle force trouve l'Empire lors que ses troupes sont commandées par un Romain, au lieu des maux qu'on avait soufferts aussi longtemps qu'on avait eu des généraux barbares. » Constantin appela d'autres barbares d'au-delà du Rhin ; ils furent vaincus, les usurpateurs se soumirent, et « à partir de ce moment toute la contrée, dit Sozomène, rentra sous l'autorité d'Honorius et obéit à ses fonctionnaires » (IX, 15) ; alors, ajoute Orose, « la paix et l'unité furent rendues à l'Empire » (VII, 42). La scission entre le nord de la Gaule et l'Empire n'avait duré que trois ans. En 417, Rutilius parle dans son Itinerarium (v. 218), de son ami Exupérantius, qui était, cette même année, gouverneur de l'Armorique. Il y a loin de là à l'établissement d'une « république armoricaine ».
Ainsi l'empereur restait dépositaire de l'autorité publique et n'avait à compter ni avec des comices qui n'existaient pas, ni avec un sénat qui, s'il partageait théoriquement la souveraineté avec l'empereur, se trouvait pratiquement réduit à l'exercice de quelques fonctions judiciaires et à l'enregistrement des lois. L'empereur a tous les pouvoirs et les exerce tous : droit de paix et de guerre, relations avec l'étranger, administration intérieure, justice, impositions, dépenses ; c'est lui qui est le législateur, car le sénat n'a qu'un rôle de consultation, c'est lui qui commande les armées, enfin c'était lui jadis qui gouvernait la religion et il n'a cessé d'être grand pontife que pour devenir évêque du dehors. Cette autorité s'exerce par deux grands ressorts : au centre, le Palais ; dans les provinces, la hiérarchie des fonctionnaires.
VII. DE L'ADMINISTRATION PROVINCIALE. — L'administration était à la fois savante et compliquée ; il faut en dire quelque chose afin de comprendre pour quoi elle a péri en partie et pour quoi elle a survécu en partie aux invasions barbares. L'Empire romain était divisé en six préfectures : Rome et Constantinople, avec leurs alentours, en formaient deux. En outre, il existait quatre préfets du prétoire qui régissaient 1° l'Orient (Asie Mineure, Égypte, Thrace) ; 2° l'Illyricum (avec la Macédoine et la Grèce) ; 3° l'Italie (avec l'Afrique du Nord) ; 4° les Gaules (avec l'Espagne et l’île de Bretagne). Chaque préfecture comprenait plusieurs diocèses, chaque diocèse se divisait en provinces, chaque province en cités. La cité était, le plus souvent, un territoire fort étendu qui comprenait une ville chef-lieu, civitas, des villes de moindre importance, urbes, oppida, castra, enfin des villages ou des agglomérations appelées vici, pagi.
Cette organisation donnait naissance à une hiérarchie de fonctionnaires dont le plus élevé en dignité était le préfet du prétoire qui, depuis Constantin, n'avait plus que l'autorité civile. Sauf le commandement des troupes, il avait tout le reste, y compris la justice et les finances ; c'était lui qui contrôlait les actes des corps municipaux, qui promulguait les lois, qui veillait à leur exécution, qui recrutait les soldats, qui veillait à l'entretien des routes, qui répartissait l'impôt, veillait à son recouvrement, décidait les dépenses locales. Sous ce potentat, les magistrats locaux semblaient peu de chose ; il est vrai qu'entre eux et le préfet du prétoire il existe, vraisemblablement dans toutes ou presque toutes les cités, un fonctionnaire impérial qui porte le titre de comte, comes. Cassiodore parle de comtes de cité, comites civitatis, en termes assez généraux pour permettre de croire que l'institution était très répandue. Sidoine Apollinaire, Zosime, IT, 32 et 33. — Cassiodore, Variarum, l. VI, 22, 23 ; VII, 26, 27. — Sidoine, VII, 2. — * Orelli-Henzen, Inser., n. 6519. 5 Digeste, XIL 1, 40 ; I, XXO, 5 ; XXXVI, 1, 22 (23). — 6 S. Augustin, Contra Cresconium, l. II, n. 56 : Secretarium prætorii, Evodius d'Uzala, De miraculis sancti Stephani, 5 ; Secretarium proconsulis ;
Tous les degrés suivant des règles fixes. Chaque fonction tendait à se répandre au moment de la chute de l'Empire. Entre le comes et le préfet du prétoire, on voyait le vicarius à la tête du diocèse et le proconsul, correcteur, gouverneur ou président à la tête de la province, Chacun de ces personnages avait sa petite cour et ses bureaux, il avait son consilium modelé sur le consistorium de l’empereur, son auditorium, son secretarium, réductions fidèles des bureaux qui gravitaient autour de l'empereur. L'ensemble des bureaux s'appelait oficium et leur composition est déterminée dans la Notitia dignitatum. Le directeur en chef est le princeps sous lequel vient d'abord le cornicularius, fonctionnaire d'un rang élevé, qui a sous ses ordres un adjutor ou premier commis. Puis viennent ceux qui écrivent, qui classent : un commentariensis chargé de la rédaction des notes dont on veut garder le souvenir ; un ab actis ou rédacteur des acta fori, sorte de greffier en chef ; des numerarii qui sont des agents comptables, des rédacteurs ab epistolis ou cura epistolarum qui recopient des instructions ou des diplômes ; d'autres, regerendarii qui ont le soin des regesta ou registres : d'autres encore, exceptores qui suivent les opérations des tribunaux et prennent note des dépositions et des interrogatoires ; des singulares ou singulati dont les fonctions demeurent imprécises, mais qui semblent être détachés pour toutes sortes de missions ; enfin, au dernier rang, vient la troupe infime des apparitores, præcones, viatores, appariteurs, huissiers, etc. Tels sont les oficia qu'on voyait à Trèves, autour du préfet du prétoire ; à Arles, autour de son vicaire et dans les chefs-lieux des dix-sept provinces qui formaient alors les Gaules. C'étaient ces fonctions et ces bureaux, bien plus que les gouverneurs eux-mêmes, qui régissaient le pays.
Afin d'empêcher les hauts fonctionnaires de se rendre indépendants du pouvoir impérial et héréditaires, les empereurs du IVe séparèrent les fonctions au Ve, avaient la primauté hiérarchique, mais rien au delà. L'armée ayant ses chefs propres : magistri militum, magistri peditum ou equitum ou quelquefois magistri utriusque militiae. Deux résidaient auprès de l'empereur, un troisième en Gaule. Plus bas venaient les comtes militaires, comites rei militaris, les ducs, duces ; il y en avait six en Gaule : un comte du tractus Argentoratensis (Strasbourg) ; un dux provinciæ Sequanici, un dux tractus Armoricani et Nervicani, dont l’autorité s'étendait jusqu'à l'Aquitaine ; un duc de la Seconde Belgique, un duc résidant à Mayence, un duc de la Première Germanie. Chacun avait ses bureaux et un oficium complet comme les préfets du prétoire et les gouverneurs de provinces. Au-dessous d'eux venaient les chefs de corps, commandants de légions, d'escadrons ou de troupes barbares, præfecti ou tribuni legionis, alæ, cohortis ou numeri.
Tous ces chefs étaient nommés par le pouvoir central, ils dépendaient les uns des autres, mais le supérieur ne choisissait pas son subordonné. Le gouverneur de province n’était pas nommé par le préfet du prétoire : même ses chefs de bureaux et ses subordonnés n'étaient pas de son choix. Le mode d'avancement était fort régulier, c'était une filière dont il fallait franchir l'un après l'autre ; le fonctionnaire recevait un traitement, mais aucun d'entre eux n'avait le droit de se payer lui-même ; aucun n'administrait pour son compte ni à son bénéfice. Enfin, toutes ces fonctions n'étaient, en principe, que temporaires. Le préfet du prétoire n'était nommé que pour un an ; les fonctionnaires étaient fréquemment déplacés. Sans qu'il fût nécessaire de recourir à la destitution, toujours possible, le fonctionnaire savait qu'il n'occuperait sa place que pour un temps relativement court et son changement n’emportait pas l'idée de disgrâce, au contraire, on emportait dans la retraite le titre obtenu et parfois une distinction honorifique en manière de récompense.
Dans ces conditions, le fonctionnaire ne pouvant rien entreprendre contre le pouvoir central qu'à ses risques et périls, ces tentatives étaient rares et plus rarement encore couronnées de succès. En définitive, les hommes de ce temps étaient administrés, protégés, surveillés par une puissance lointaine, omnipotente, dont l’action se manifestait à eux par une hiérarchie de fonctionnaires.
VIII. LES LIBERTÉS PROVINCIALES ET MUNICIPALES. — Les provinces étaient dotées de conseils qui pouvaient critiquer la manière dont les gouverneurs exerçaient leurs droits. Une loi de l’année 355 leur accorde pleine liberté d'exprimer leurs vœux et de les faire soutenir par leurs députés, qui, au nombre de trois, disent les empereurs Gratien et Valentinien, iront les soumettre à l'empereur. Aucun gouverneur de province ne peut prendre connaissance du cahier de doléances ni s'opposer au voyage de ces députés qui pourront user de la poste impériale. Il est sans exemple que le pouvoir central ait interdit aux assemblées des villes ou des provinces de se réunir.
Ces assemblées n’attendaient pas le bon vouloir ou la permission du pouvoir central pour se réunir ; elles-mêmes fixaient la date et le lieu de leur réunion ; elles n'étaient pas électives, mais se composaient de tous ceux qui, dans la province, avaient été revêtus des magistratures municipales. Les grands propriétaires, possessores, en faisaient partie de droit à raison des nombreux et graves intérêts qu'ils représentaient. La discussion était libre et les décisions prises à la majorité des suffrages ; les mandataires se rendaient à Rome afin de transmettre le mandat dont ils étaient chargés. Après l'invasion de l’année 406, le désordre fut tel qu'à partir de 411 les assemblées ne purent se tenir ; Honorius les rétablit en 418 pour les Sept Provinces qui étaient : la Viennoise, les deux Narbonnaises, la Novempopulanie, les deux Aquitaines, les Alpes maritimes. « Nous jugeons très opportun et très utile, dit l’empereur, que la coutume soit désormais observée, chaque année et que les Sept Provinces aient dorénavant leur assemblée à une époque fixe dans la cité d'Arles ; en cela nous cherchons l'intérêt de chacun et de tous ; nous voulons que cette réunion des citoyens les plus notables présente ses avis sur les intérêts généraux. C'est un usage ancien que nous rétablissons. L'assemblée se tiendra chaque année des 1er août aux 1er septembre. Elle sera composée des anciens magistrats, des grands propriétaires et des juges de chacune des provinces. Une amende de trois livres d'or sera prononcée contre ceux qui manqueront d'y assister.
dans le Panégyrique d'Avilus, il parle d'un député élu par la province pour se rendre vers l'empereur et lui demander un allègement d'impôt. Une inscription de Valentinien, au Ve, mentionne encore le concilium d'une province de Gaule. Ces assemblées n'avaient rien de démocratique ; elles distinguaient les rangs, l'âge, la richesse, mais elles étaient assez considérées pour qu'on fit attention à elles et qu'on tint compte de leurs vœux. En était-il tenu compte ? Il est impossible de l'établir par une statistique, mais nous savons que certaines requêtes étaient prises en considération, d'autres rejetées.
Ces assemblées ne ressemblent assurément pas à celles du XIXe. Ce ne sont pas des assemblées nationales. Il n'y a là ni élections régulières, ni discussion, ni vote de lois, ni souveraineté en matière d'impôts ou de service militaire. Mais ce sont des assemblées nationales comme les comprenaient les hommes du IVe.
En plus des délibérations provinciales, il y avait des libertés municipales. La vie municipale n'était pas l'expression d'une hostilité plus ou moins déguisée, d'une opposition au pouvoir central, car c'était l'empire qui avait constitué et organisé lui-même la vie municipale et qui veillait à leur maintien ainsi qu'à leur bon fonctionnement. Loin de chercher à confisquer et à abolir le régime municipal, il fallait que l'État contraignit les villes à le garder.
Ceci peut nous surprendre quand on sait le prix que la vanité humaine attache de nos jours à ces distinctions honorifiques ; ce qui les rendait moins attrayantes alors, c'est qu'elles imposaient à celui qui était décoré des obligations, des responsabilités et des frais qui faisaient souhaiter aux hommes d'en être déchargés. Au IIe, on ambitionnait encore ce qu'on redoutait au ive et ce qu'on fuyait au ve.
Au IIe, des chrétiens évitaient les dignités municipales qui comportaient un sacerdoce ; au IVe, il devenait possible de découvrir un accommodement (voir Dictionnaire, au mot FLAMINES) et, au Ve, il n'était plus question de sacerdoce païen attaché aux fonctions municipales. Mais ce qui était fait était fait. Le chrétien s'était dérobé aux dignités municipales afin de ne pas tomber sous le coup des anathèmes de sa religion et une lutte d'ingéniosité s'était ouverte alors.
Il prétendait fuir la curie, la curie le retenait comme sa proie et sa victime ; le chrétien se dépouillait de son bien, la loi lui interdisait de s'en défaire, lui imposait de revêtir la magistrature municipale à son tour de rôle. Alors on sentit le despotisme, on se prit à haïr ce qu'on ne pouvait éviter et le régime municipal y perdit son prestige et sa vigueur.
Au Ve, la victoire du christianisme changea ces conditions, les religions municipales disparurent, la Cité et l'Église se réconcilièrent, le régime municipal y trouva un regain de vigueur qui l'aida à durer aussi longtemps que l'Empire romain.
Au Ve commençant, il était encore reconnaissable pour un contemporain des Antonins. La curie était assez nombreuse, elle comptait ceux qu'on nommait les principaux, principaux, et les honorés, honorati. Ceux-ci formaient comme la partie supérieure et jouissaient d'une considération particulière.
La liste des membres était dressée pour cinq ans, on y retrouvait les distinctions anciennement en usage, les uns siégeaient assis, les autres restaient debout, les principaux parlaient, proposaient, discutaient, les simples curiales opinent en silence. Toute l'assemblée est présidée par le magistrat suprême de la cité, à côté de qui siège l'évêque.
Un personnage revêtu d'un titre nouveau à remplacé presque partout les anciens décemvirs, c'est le defensor civitatis (voir ce mot). Ainsi la cité avait conservé, dans les derniers temps de l'Empire, ses assemblées délibérantes et ses magistrats élus.
Il existait encore tout un système d'intérêts vivaces pour la gestion des intérêts locaux et pour la garantie des droits particuliers. Le régime municipal allait s'affaiblissant, il en donnait tous les signes, il manquait de ressort, d'élan, de puissance, mais il durait, il existait et gardait assez de vie pour se perpétuer obscurément à travers plusieurs siècles du Moyen Âge et au milieu même des institutions féodales.
IX. CHARGES DE LA POPULATION. — La charge la plus accablante, c'est l'impôt qui se diversifie sous des noms différents.
1. Impôt foncier, dû par tous les propriétaires du sol (census, tributum, capilatio terræ).
2. Contribution personnelle atteignant tous ceux qui ne sont pas propriétaires : colons, serviteurs, fermiers (capilatio plebeia), ce sera plus tard la taille.
3. Taxe sur les revenus des commerçants et des ouvriers (lustralis collatio, lustralis functio, aurum et argentum, en grec chrysargyre) ; elle ressemble à notre impôt des patentes et se paie une année sur quatre.
4. Campagne et l'empereur ou les grands fonctionnaires en voyage (mansiones, paratas). C'est de là qu'est venu le droit de gîte.
5. Pour la construction et l'entretien des routes et des ponts ; non seulement l'homme est requis, mais les charrois. Encore un impôt qui aura la vie dure.
I est certain que la propriété privée ne fut pas abolie en Gaule par la domination romaine, puis que nous voyons Auguste faire le cens de ce pays, opération qu'il ne faut pas confondre avec le recensement et qui ne s'appliquait qu’à la propriété privée. L'inscription d'une terre au cens équivalait à la reconnaissance légale qu'elle n’appartenait pas à l'État, mais au domaine propre d'une famille. La décision d'Auguste était toute de bienveillance et elle explique en grande partie l'affection que les provinces ont témoignée au régime impérial. D'ailleurs, ce droit de propriété ainsi reconnu ne fut jamais contesté dans la suite. Les terres situées dans les provinces se transmettent, se vendent, se lèguent avec une liberté et une sécurité parfaites. Pendant cinq siècles, on n'y rencontre nulle part l’expression d'une plainte ou d’un regret marquant l'absence du droit de propriété, on voit les grandes familles vivre sur le même domaine qu'elles se transmettent pendant des générations successives. Les Codes impériaux mentionnent fréquemment une classe de propriétaires, domini, parlent à tout moment de dominium, de proprietas et, plus tard, de possessio. Les On a pensé que l'abus des confiscations cachait une pensée machiavélique. Par ce procédé, l'État mettait la main sur la propriété privée, l’annexait au domaine impérial, en livrait l'administration au fisc et évinçait le propriétaire individuel. Non, la confiscation alors si fréquente tenait à la rigueur du droit pénal plus qu'à un calcul politique. Le fisc est sans doute avide et impatient d'entrer en possession des terres qui lui sont livrées par jugements criminels, mais il se dessaisit sans beaucoup de répugnances ni de difficultés. Le recueil des Agrimensores montre des terres du fisc concédées à des particuliers et jamais reprises. Nulle statistique n’est possible au sujet de l'Empire romain, néanmoins, il y a, d'après Fustel de Coulanges, grande apparence qu'en dépit des confiscations le domaine public alla toujours en s'amoindrissant et que, dans cet espace de cinq siècles, la propriété privée ne cessa pas d'être en progrès.
Ce qui montre encore la pensée profonde du pouvoir impérial à l'égard du droit de propriété c'est la fondation des colonies. Ce mot éveille chez nous aujourd'hui l'idée d'émigration, d'expatriation ; il éveillait chez les Romains une idée contraire ; pour eux, fonder une colonie, c'était transformer des terres du domaine public en propriété privée. Quel que fût le bénéficiaire, la colonisation consistait toujours à fonder le droit complet de propriété privée sur le sol. Chaque colonie possédait sa loi particulière indiquant que la terre publique devenait terre privée, libre de toute redevance envers l'État et susceptible d’être léguée, vendue ou donnée. À la loi venait s'associer la religion. Les agrimensores ou arpenteurs, munis de leurs instruments, se présentaient, lotissaient le domaine ou le territoire, fixaient l'orientation de chaque parcelle dont ils marquaient les limites, de distance en distance par des hermulæ ; quoique les parts ne fussent pas égales, on les tirait au sort entre les colons et il est probable qu'on aidait le sort afin que les parts fussent en proportion du grade ou du rang de chaque colon : modus agri pro portionem officii dabatur ; néanmoins, le lotissement apparaissait comme l'expression de la volonté divine, un lien sacré ratifiait l'appartenance de la terre à l'homme et le droit de propriété se trouvait ainsi placé au-dessus de toute discussion. Sous l'Empire, il n'y avait sans doute plus un jurisconsulte pour admettre cette fiction, mais le peuple y restait attaché. Quand on voulait dire d'un homme que de simple occupant il était devenu propriétaire en vertu d'un titre régulier, on employait cette expression : ex occupatione tenebat in sorte.
Après que les agrimensores avaient procédé au lotissement et terminé leurs opérations, on dressait un tableau du sol distribué sur un parchemin ou sur une plaque de cuivre, en double exemplaire, conservés l'un dans les archives de la ville, l'autre dans celles du gouvernement ; de plus, deux autorités de nature différente veillaient au maintien de cette propriété désormais inviolable : l’une était la corporation des maîtres arpenteurs, l’autre la classe des fonctionnaires aidés des jurisconsultes.
Ces règles de l'administration impériale sont certainement l'opposé de ce que ferait un gouvernement qui viserait à attirer à lui la possession du sol ou qui prétendrait à un domaine éminent sur la terre. Ce n'est pas assez de dire que la propriété individuelle ne s'affaiblit pas dans les cinq siècles que dura l'Empire ; on peut ajouter qu'elle prit vigueur, elle se propagea et s'enracina dans les pays où elle n'était pas encore bien établie avant la conquête.
X. ÉTAT DES PERSONNES. — 19 Esclaves, — L'institution de l'esclavage n’est qu'une application du droit de propriété étendu à la personne humaine. Florentinus dit au Digeste que : Servitus est constitutio juris gentium qua quis dominio alieno subjicitur. En Gaule, on qualifiait l'esclave servus ou mancipium ; ce dernier mot était celui qui, dans la plus vieille langue latine, avait désigné la propriété elle-même et surtout la propriété foncière, et, en effet, dans l’ancien droit, l'esclave était res mancipi comme les fonds de terre et comme les bœufs de labour. La réunion des esclaves appartenant à un même maître s'appelait familia ; mais gardons-nous de voir dans ce mot une pensée morale, il date d’une époque où familia, de même que famulus, servait à désigner un ensemble de biens meubles et immeubles. Dans la loi des Douze Tables, nous lisons : Agnatus proximus familiam habeto, et ici, familia désigne l'ensemble des biens. Ulpien dit, au Digeste : Familiæ appellatio qualiter accipiatur videamus ; nam et in res et in personas deducitur. L'esclave est matière d'héritage comme la terre et les meubles ou les bestiaux ; il est un objet d'exploitation, on le prête, on le loue, on le cède en usufruit, on le met en gage, enfin on l'hypothèque. L’esclave qui prend la fuite commet un vol au préjudice de son maître, il lui soustrait un bien : Servum fugitivum sui furtum facere ; on le poursuit, on le mutile, mais on ne le chasse pas de chez soi : Constantin permet que ce châtiment aille jusqu'à l’amputation du pied. Tuer l'esclave d'autrui n'est pas un crime, c'est un dommage qu'on rembourse : Qui servum alienum vel pecudem injuria occiderit, quanti id in ea anno plurimi fuit tantum æs dare domino damnas esto ; en retour, le maître est responsable des délits commis par son esclave au préjudice des tiers ; de même que l'esclave assassiné par ordre de son maître est réputé innocent et le maître est seul poursuivi. La législation impériale avait retiré au maître la faculté de condamner à mort l'esclave, jus vitæ necisque ; c'était là une grave décision, car, comme dit Gaïus : Apud omnes gentes animadvertere possumus dominis in servos vitæ necisque potestatem esse, et il ajoute : Sed hoc tempore non licet supra modum et sine causa in servos sævire ; nam ex constitutione imperatoris Antonini, qui sine causa servum suum occiderit, non minus teneri jubetur quam qui alienum servum occiderit.
En droit, l'esclave n'est pas une personne, mais une chose possédée, res ; seulement c'est une chose d'une nature plus relevée, on lui reconnaît une âme, on l'admet au culte domestique, on lui accorde des fêtes sacrées. Jeune, robuste, productif, on a pour lui les soins qu'exige son entretien et son amélioration ; vieux, impuissant, inutile, on est encore obligé de prendre soin de lui. Par une inconséquence singulière, l’esclave est membre de la famille, il n’est pas membre de la cité ; nulle part, dans aucune circonstance, fête, triomphe ou péril publics, elle ne fait appel à lui, ne lui accorde une place quelconque, elle ne veut pas même de lui comme soldat, elle ne lui demande d'acquitter aucun impôt, elle ne le connaît pas, ne le protège pas, ne le défend pas : Servile caput nullum jus habet. Voilà sa véritable infériorité, il n’a pas de droits civils, il ne compte pas. De même qu'il ne peut comparaître et déposer en justice, de même il ne peut jouir des droits de l'individu, être mari et père. Même ses enfants ne lui appartiennent pas, et sa femme non plus, c'est la femelle qu'on lui impose plus souvent qu'il ne la choisit et leur rapprochement n'est que le produit du maître, aussi les enfants, en cas de séparation, suivent la mère dont ils sont le produit naturel et comme « le fruit personnel : Cum connubia non sint, partus sequitur ventrem. Lui qui ne peut avoir ses enfants, ne peut avoir de biens d'aucune sorte : Servus bona habere non potest ; étant possédé, il ne possède pas : Cum possideatur, possidere non videtur. S'il acquiert dans certains cas, il acquiert pour son maître : Plenissimum jus habeat in servo proprietarius et omnia ei servus adquirat. Y Cependant, l'esclave a, d'une certaine façon, quelque chose à lui, c'est son pécule, peculium ; mais il lui faut pour cela la permission du maître et pour autant seulement que permet le maître : Peculium est non id cuius servus seorsum a domino rationem habuerit, sed quod dominus ipse separaverit suam a servi rationem discernens. L'esclave médecin, ou banquier par exemple, pourra ainsi posséder un pécule important : des meubles, des chevaux, des esclaves, des terres, mais toujours à la connaissance du maître et d'après sa volonté. Aussi, le maître peut, quand bon lui semble, reprendre ce pécule, simplement si la fantaisie lui en vient. Que le maître vende cet esclave, il lui laisse son pécule ou bien le lui retire ; qu'il le lègue, c'est dans les mêmes conditions. Et si l’esclave vient à mourir, le pécule revient tout entier au maître, non à titre d'héritage mais parce que le pécule n’a réellement pas cessé de lui appartenir.
Il arriva ainsi peu à peu que l'esclave appartint plus au sol qu'à la personne du maître ; on put l'appeler serf de la glèbe. Il est difficile d'apprécier si ce changement adoucit ou aggrava son sort. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'était plus soumis en toutes choses à la volonté capricieuse d'un homme. Fixé au sol, il eut une demeure assurée, une terre à laquelle il s'accoutuma et qu'il put aimer comme sienne. Il eut surtout une famille, il connut son père et ses fils ; avec l'hérédité du sang et des affections, il fallut insensiblement lui donner celle des biens. Toutes les conditions matérielles et morales de son existence se trouvèrent ainsi changées.
Les affranchis. — L'affranchissement était l'acte qui conférait la liberté à l'esclave et lui donnait son acte de naissance juridique. L'affranchissement (voir Dictionnaire, t. 1, à ce mot) s'appelait manumissio pour la raison que donne Ulpien : Est autem manumissio de manu missio : nam quamdiu quis in servitute est, manui et potestati supposilus est, et manu missus liberatur potestate. C'était — sauf de rares et peu importantes exceptions — le maître qui donnait la liberté à l'esclave : Debet propositum manumittendi habere dominus, écrit Scévola ; si per vim coactus manumiserit, non veniet servus ad libertatem, quia non intelligitur voluisse qui coactus manumissit. L'esclave ne pouvait acheter sa liberté même à prix d'argent, à supposer que son pécule le lui permit, tout ce qu'il pouvait faire c'était d'abandonner tout ou partie de son pécule si le maître mettait cette condition à l'octroi qu'il lui faisait de la liberté.
Au commencement du Ve, l'affranchissement s'accomplissait suivant divers modes :
E 29 Par déclaration écrite ; la lettre était adressée à
l'esclave lui-même (manumissio per epistolam) ; plus tard, Justinien exigea
que la lettre fût signée de cinq témoins ;
E 39 Par testament (manumissio per testamentum) : ou bien le testateur
prononçait l’affranchissement dans l’acte même de sa dernière volonté,
et c'était la directa libertas, ou bien il chargeait de ce soin son
héritier ou son légataire et c'était la fidei commissaria libertas.
4 Par vindicte, c'est-à-dire par un procès fictif :
La liberté est, par elle-même, un si grand bien et son nom exerce sur les hommes une fascination si grande et si légitime qu'on croyait gagner encore malgré tant de restrictions qui rappelaient les obligations de l'esclavage. On pouvait louer son affranchi à une personne tierce, le prêter, le léguer, le mettre en gage. L'affranchi pouvait appartenir à un homme en nue-propriété et à un autre homme en usufruit. On le comptait dans la dot des femmes, dans les successions et il passait naturellement à l'héritier comme tout autre objet de propriété : Fabri les operæ celeræ que… ad heredem transeunt. Il y eut des cas où, le patron ayant deux héritiers, l’affranchi resta leur propriété indivise : Si plures heredes existant patrono qui operas stipulatus est, verum est obligationem operarum numero dividi .
Il était fréquent dans la société romaine que les affranchis s'enrichissent ; car dans toute cette société, pes bien en Gaule qu'en Italie, c'étaient les affranchis qui avaient en main toute l'industrie et presque tout le commerce. Ils exerçaient même la plupart des tons que nous appelons aujourd'hui libéraux ; ils étaient médecins, peintres, architectes, acteurs, copistes, banquiers, précepteurs. A eux appartenaient aussi un grand nombre de fonctions publiques ; ils remplissaient ce que nous appelons aujourd’hui les bureaux de l'administration : ils étaient greffiers des juges, appariteurs des magistrats, agents des douanes. Ces fonctions n'étaient peut-être pas très estimées, mais elles étaient lucratives. Les écrivains, les inscriptions, les lois, tout montre qu'un grand nombre d'affranchis arrivaient à la fortune. Il n'est donc pas inutile de rechercher ce que devenait leur succession.
L’affranchi latin pouvait acquérir ou bien recevoir une donation, il ne pouvait être ni héritier ni légataire ; il ne pouvait tester. Tout ce qu'il possédait, il le possédait individuellement et sa vie durant : à sa mort, tout cela retournait au patron comme si c'eût été un pécule d'esclave. Ainsi l'affranchi latin n'avait, pour ainsi dire, qu'un affranchissement viager ; ayant vécu affranchi, la mort le refaisait esclave. C'est ce que Justinien appelle : Mortis liberti lempore eum in servitutem redigere ». Cette condition dura jusqu'à la fin de l'Empire ; elle existait en Gaule au vi siècle, Ainsi qu'en témoigne Salvien, et ne fut abolie dans l'empire d'Orient que par Justinien ; en Gaule, elle disparut insensiblement, mais non pas sans laisser des traces dans la condition de toute une classe d'hommes.
L’affranchi, devenu citoyen romain, laissait son bien à ses enfants et le patron n'avait aucun droit sur eux. Toutefois, s'il n'avait pas de fils, ne pouvant avoir de collatéraux, son héritage revenait au patron. Cette chance était trop rare pour que le patron comptât sur elle, aussi se tenait-il pour frustré à la pensée que son ancien esclave pouvait, en le léguant à un fils, lui soustraire les biens qui, sans la générosité du maître, eussent dû lui appartenir. Alors les patrons imaginèrent une subtilité qui leur permit d'éluder la loi. Au moment de l'affranchir, le maître faisait jurer à l'esclave qu'il ne se marierait pas, ainsi la perspective des héritiers se trouvait écartée ; de plus, aussitôt après l'affranchissement, le patron obligeait l’affranchi à conclure un pacte en vertu duquel celui-ci le reconnaissait comme associé dans tous ses bénéfices et dans toute fortune qu'il pourrait acquérir. La loi et le préteur repoussèrent le premier moyen, la jurisprudence prétorienne admit le second ; ainsi le patron était assuré de ne pas tout perdre.
A l'égard du testament que sa qualité de citoyen romain donnait droit à l'affranchi de rédiger, le vieux droit lui permettait, à défaut d'enfants, de désigner un héritier quelconque sans que le patron y pût prétendre. Mais ici encore, la prévoyance du patron trouvait le moyen de s'exercer, Le maître insérait dans les conditions imposées libertatis causa, quel que chose qui n’était sans doute exécutable qu'à la mort de l’affranchi, et il avait alors le droit de choisir entre l'exécution de cette condition et la possession des biens. D'ailleurs les jurisconsultes le favorisaient ouvertement, car ils voulaient bien admettre que l’affranchi laissât ses biens à son fils, mais qu'il léguât à un étranger, à un fils adoptif ou même à sa femme à l'exclusion du patron, cela leur paraissait ouvertement injuste, de sorte qu'on arriva à ce compromis que l'affranchi ne disposât que d’une moitié en faveur de qui bon lui semblait à condition que l’autre moitié revint au patron*. A défaut d'enfants ou d'enfants adoptés, la succession de l’affranchi allait au patron : Liberto sine liberis mortuo in primis patronus el patrona bonorum possessionem accipere possunt. Si l’affranchi testait, il devait laisser au patron au moins le quart de son bien, à défaut de quoi le patron attaquait le testament et obtenait gain de cause. Le fils du patron avait les mêmes droits que le patron lui-même, et si l’affranchi avait deux patrons, chacun d'eux avait droit au quart.
Quant à la femme affranchie qui avait quatre enfants, elle se trouvait par cela seul libérée de la tutelle du patron et pouvait tester à son gré ; à condition toutefois qu'elle laissât par testament une part d'enfant au patron, et même, qu'au cas où elle laisserait une fortune de 100 000 sesterces, elle lui en léguât la moitié ; si elle mourait intestat, bien qu'avant des enfants, la succession revenait en totalité au patron.
On s'explique dès lors pourquoi le droit romain fait toujours figurer les affranchis dans la fortune du patron, c'est à cause de l'éventualité de leur succession. La personne de l'affranchi pouvait être libre, mais ses biens ne l'étaient pas complètement.
Deux exemples font voir à quel point les droits du patron étaient réputés légitimes. Si un affranchi était condamné pour quel que crime à la confiscation des biens, le fisc, si rapace qu'il fut d'ordinaire, se croyait tenu de distraire des biens confisqués la part due au patron. Si un clerc ou un moine mourait sans laisser de parents et sans tester, on cherchait, avant d'adjuger son héritage à l'Église, s'il n’était pas l’affranchi d’un particulier, et, en ce cas, une loi de 434 rappelait que ces biens devaient appartenir non à l'Église mais au patron. Toutes ces règles relatives à la succession des affranchis durèrent jusqu’à la fin de l'empire romain, et l'on sait qu’elles furent aussi bien en vigueur en Gaule qu’en Italie. Ajoutons qu'elles ne s’appliquaient pas seulement aux affranchis des particuliers. Les municipalités, les corporations, les temples païens et les églises chrétiennes possédaient aussi des affranchis et avaient, par conséquent, des droits sur leurs biens. Il existait aussi un nombre incalculable d'affranchis de l'État ou du prince, et le fisc était, en tout ou partie, leur héritier.
Les colons. — Le Code Théodosien indique comment faire la description d'un domaine : Descriptio comprehendat, dit-il, quot sint mancipia in prædiis, quot sint casarii vel coloni. Nous avons déjà fait connaître l'institution du colonat, il suffira ici de quelques indications sur cette catégorie d'individus. Un domaine était ordinairement réparti en deux grandes divisions ; le propriétaire exploitait l’une d'elles par ses esclaves, il lotissait l’autre en propriétés sur lesquelles vivait une famille de paysans ayant sa maison, casa, et sa culture, colonia.
Les textes ne nous permettent d'entrevoir l'existence des colons que vers les derniers siècles de l'Empire. Parmi eux, on distingue différentes catégories :
1. Les censiti et adscripticii qui sont en réalité des esclaves, mais que leur inscription sur les registres du cens attache au domaine qu'ils ne peuvent plus quitter et sur lequel ils se succéderont de père en fils.
Ces usages et ces institutions s’étendirent de Rome dans les provinces, où le cens fut établi produisant les mêmes effets qu'à Rome et déterminant les rangs d'une hiérarchie sociale.
La dernière classe pour l'importance était la plèbe ; on y voyait une foule misérable et glorieuse qui vivait des secours publics, distributions de vivres et de boissons, fêtes et spectacles. Foule bruyante et avide que son excessive paresse et les préventions qu'on lui marquait faisait croupir dans une inaction qui la rendait inapte à gagner sa vie, la plaçant ainsi dans la dépendance de ceux qui pourvoyaient à ses besoins.
Au-dessus de cette tourbe prenait rang la population laborieuse, intelligente mais pauvre qui, pour améliorer son existence matérielle, eut recours aux associations (voir COLLÈGES). Chacune d'elles avait son trésor commun qu'alimentaient les cotisations et les legs, possédait quelque bien. Ces associations étaient assez fortes pour donner parfois ombrage au gouvernement. Ces corporations jouissaient d’une considération proportionnée à leur importance et à leur richesse.
À un rang plus élevé venaient les propriétaires fonciers, à qui ce seul titre de propriétaires valait plus de considération que ne pouvait jamais espérer d'en obtenir un négociant. La ligne de démarcation infranchissable entre les hommes libres est tracée par la propriété du sol que l'esprit romain considérait comme le bien suprême de l'homme. Il exista durant tout l'empire une distinction essentielle et radicale entre ceux qui avaient la terre et ceux qui ne l'avaient pas.
Un autre trait nouveau de cette époque c'est qu'une cité, civitas, n'était pas seulement une ville, c'était en même temps un territoire, parfois très étendu, au point de dépasser un de nos départements ; elle comprenait plusieurs villes et un grand nombre de villages, ce n'en était pas moins une unité municipale - avec son chef-lieu, son administration, ses magistrats.
Comme cette cité comprenait à la fois ville et campagne, ceux qui la composaient étaient aussi bien des hommes de la campagne que des hommes de la ville. Des premiers avaient même une grande supériorité sur les seconds. Ils étaient seuls considérés comme membres du corps municipal, véritables curiales. Pour entrer dans cet ordre, il fallait posséder au moins vingt-cinq arpents de terre. La bourgeoisie de ce temps-là était surtout une classe de propriétaires ruraux.
Au-dessus des petits propriétaires qui n'avaient que vingt-cinq arpents, il y avait l’ordre des décurions ; pour y être admis, il fallait posséder un chiffre de fortune assez élevé, le minimum paraît avoir été, d'après un texte de Pline, de cent quatre-vingt-dix mille sesterces en biens inscrits au cens. Au-dessus des simples décurions s'élèvaient encore ceux qu'on appelait les Principaux. On ne sait pas quel chiffre de propriété était exigé pour faire partie de cette classe. Il est hors de doute qu'un homme de peu de fortune n'avait aucun moyen de s’y faire admettre ; s'il eût réussi à s'y glisser, les fortes dépenses qui étaient imposées à cette classe l’eussent empêché d'y figurer longtemps !
6° La noblesse dans l'Empire. — Avant la domination romaine, les Gaulois étaient soumis à deux castes : l’une militaire, l’autre sacerdotale. Toutes les deux disparurent, non pas que Rome fût hostile aux aristocraties, mais elle voulait que ces aristocraties procédassent de sa conception hiérarchique et sociale à elle. Cette hiérarchie comportait des degrés qui se différenciaient par la fortune. Le chevalier romain avait droit à ce titre dès l'instant qu'il possédait une fortune évaluée sur les registres du cens à 400 000 sesterces ; celui qui possédait une somme plus considérable était inscrit par le censeur sur la liste officielle de l'ordre équestre et cela seul constituait déjà une supériorité. L'ordre sénatorial exigeait de celui qui en faisait partie une grande fortune : Patrimonium senatoriae professionis ; il fallait, en outre, être inscrit sur la liste des censeurs. La dignité sénatoriale était héréditaire, non en vertu des lois, mais en vertu des mœurs. Cette hérédité, avec le temps, constituait une ancienneté d'illustration qui était encore un élément de supériorité ; et du moment qu'on en était à compter on faisait plus d'état d'ancêtres consuls ou censeurs que d'ancêtres préteurs.
Ainsi les classes se distinguaient moins par le respect ou l'estime des inférieurs, que par le dédain et la superbe des supérieurs : mais on en avait pris son parti et personne ne tenta jamais un effort sérieux pour détruire cette hiérarchie. Ce qui faisait l'originalité de cette conception sociale c'était la combinaison opérée entre richesse et naissance, La richesse était fondamentale et primait tout le reste, mais, pour qu'elle jouit de son prestige tout entier aux yeux des Romains, il fallait qu'elle ne fût pas récente, mais attachée à une famille depuis de longues générations. Il ne suffisait pas d'être riche pour gagner la faveur et les suffrages du peuple, il fallait être noble, l'être depuis longtemps. Le meilleur titre qu'on pût invoquer pour être consul c'était d'avoir un père qui l’eût été. La vénération du peuple pour les grandes familles était plus forte que tous les discours, et il consentait rarement à donner ses suffrages à celui qu'on appelait un « homme nouveau ».
Sous l'Empire, cette inégalité disparut en politique, mais subsista tout entière dans les mœurs. Les historiens n'oublient jamais de distinguer les individus d'après leur rang et les jeux, les fêtes, les cérémonies ne manquent jamais d'observer les distinctions des classes. Aussi ces rangs et ces titres sont-ils héréditaires non seulement de mâle en mâle, mais même la noblesse se communique aux femmes et se transmet par elles ; les filles gardent leur noblesse à condition toutefois de ne pas déroger en épousant un homme d’une classe inférieure.
On s'est familiarisé si généralement avec l'idée que les empereurs s’appuyaient sur le peuple afin de contenir et d'annuler la noblesse qu’on ose à peine croire que, sous leur gouvernement, aucune place lui fut réservée ; c’est cependant l’exacte vérité. Si les empereurs avaient recours à des hommes de bas étage dans les bureaux de leur administration centrale ou pour la gestion de leurs affaires personnelles, c'est que tous ces emplois étaient réputés peu honorables et qu'il n’y fallait que des serviteurs. Mais les grands emplois, les hautes fonctions administratives, le gouvernement des provinces, tout cela était réservé à la noblesse, au sénat, pour le moins à l’ordre équestre : même dans l'armée, les grades furent, durant les deux premiers siècles de l'Empire, l'apanage presque exclusif des hautes classes.
Quant au sénat, c’est devenu un lieu commun de le représenter dépourvu d'influence et même de considération. En réalité, les écrivains de ce temps-là le présentent comme un corps toujours honoré et souvent puissant ; les jurisconsultes n'ont jamais cessé de le regarder comme la vraie source de la loi. Le respect continuait à monter vers lui alors même que le pouvoir n'émanait plus de lui, parce que s’il n'avait plus le pouvoir il possédait la naissance et la richesse dans un temps et parmi un état où les mœurs étaient aristocratiques.
La politique impériale, malgré les incohérences de quelques fous comme Néron, Domitien, Commode, Caracalla, suivit une règle et cette règle fut de maintenir l'inégalité et les distinctions sociales. Les lois d'Auguste et de Tibère, celles des Antonins, celles des empereurs chrétiens du IVe veillèrent également à ce que les rangs ne fussent jamais confondus.
Une étude des écrivains du IVe et du Ve, comme Ammien, Symmaque ou Sidoine Apollinaire, et mieux encore, une étude des codes romains ou de la Notitia dignitatum imperii, montrent une société où les rangs étaient bien marqués, et l’on y peut même distinguer plusieurs sortes d'aristocraties.
L'entourage de l’empereur comptait d’abord les proceres, les « grands ». Les lois, au IVe, nous parlent des proceres du palais sacré : Florentissimorum sacri palatii procerum, et, parfois, ceux qui en portent le titre n’en exercent pas les hautes fonctions. Ce sont, en général, des préfets du prétoire, des ministres ou des dignitaires du Palais. Quelquefois on leur applique les titres de primates ou de optimates.
À un degré moindre viennent les comes, ceux qu'on désigna d’abord sous les noms de comites ou amici Cæsaris : c'est un titre, un rang, ce n'est pas l'expression d’une faveur personnelle. Tibère distribua ses comites en trois catégories dont les deux premières eurent droit au titre d'amici, mais ce titre tomba peu à peu en désuétude, et comes demeura seul en usage. La distinction des comites en trois catégories se maintint longtemps ; on rencontre des comites ordinis primi, des comites ordinis secundi, des comites ordinis tertii. On peut passer d'une catégorie à la catégorie supérieure, et les lois reconnaissent cette hiérarchie puisqu'elles font mention d'une comitiva primi ordinis.
Une autre aristocratie moins brillante mais plus forte était constituée par les grands propriétaires et dont la caractéristique était d'être transmissible par voie d'hérédité. Celle-ci sera bientôt la puissance la plus solide du monde romain et elle lui survivra longtemps.
Les habitués aristocratiques de la société romaine se conserveront sous des formes différentes au Moyen Âge. La constitution sociale de Rome s'imposa à tous les peuples soumis à sa domination, en sorte que la noblesse romaine avec ses titres, ses distinctions, ses privilèges, s'implanta dans les provinces. Il y eut partout un ordre équestre et un ordre sénatorial. Le qui est remarquable, c'est que cette noblesse de province ne fut ni gauloise, ni espagnole, ni grecque, mais partout purement romaine. La noblesse fut une sorte de cosmopolitisme. Beaucoup de Gaulois furent chevaliers romains selon les deux catégories d'equites qui existaient à Rome et aux mêmes conditions. De même, beaucoup de Gaulois étaient sénateurs romains, sans obligation de résider à Rome : Senatores qui liberum commealum, id est, ubi velint morandi arbitrium impetraverunt %. Cette autorisation, rare aux premiers siècles, fut prodiguée plus tard *. À la fin de l'empire, saint Augustin parle de sénateurs romains qui n’ont jamais vu Rome 1%, On en arriva ainsi, dès le 11° et surtout au 4e siècle, à former un ordre sénatorial répandu dans tout l'empire 1 ! et beaucoup plus nombreux que les quatre ou cinq cents personnages qui siégeaient réellement dans la curie. Ces sénateurs provinciaux avaient le rang sans les fonctions ; cette admission fictive dans le sénat s'exprimait par le mot allectio. Cette dignité était héréditaire et constituait un véritable corps de noblesse. Ainsi la classe sénatoriale alla sans cesse en s'élargissant, tandis que l'ordre équestre diminuait et s'affaiblissait insensiblement. La raison de ce double fait est aisée à saisir. Par le développement des fortunes, les chevaliers s'étaient haussés peu à peu au rang de sénateurs. Au 4e siècle, l'ordre équestre avait presque complètement disparu et il n'existait plus qu’une seule noblesse, la noblesse sénatoriale.
Entre les différentes classes de la société régnait un esprit d'isolement : « Il n'y a rien de commun, dit la loi entre les curia les et les sénateurs, entre les plébéiens et les curia les 17. » Chaque classe payait l'impôt, mais l'impôt différait d’une classe à une autre classe, Les plébéiens ne supportaient pas les charges municipales, La noblesse ne connaissait pas les contributions « municipales mais était frappée d'impôts excessivement lourds. Chaque classe payait à des percepteurs différents,
De même que les impôts, les lois criminelles variaient suivant les classes : le sénateur était à l'abri de la prison préventive et de la torture, le curiale échappait à la torture, le plébéien était soumis à toutes les violences. Les amendes, au contraire, s’élevaient à proportion du rang des coupables ; pour une même faute, le sénateur payait cent livres d'argent, le plébéien cinquante, le curiale dix seulement #,
Le gouvernement comprit l'erreur commise en ouvrant trop large l'accès à la noblesse. A partir de Constantin qui en donna l'exemple, les empereurs s'employèrent à ralentir le mouvement qui portait la classe moyenne vers l'aristocratie. Ils interdirent aux curies, autant qu'ils le purent, les fonctions publiques ; ils rappelèrent qu'on ne pouvait devenir sénateur avant d'avoir parcouru toute la série des fonctions municipales ; ils en vinrent à prescrire un stage de quinze ans parmi les principaux avant de prétendre à être sénateur, ajoutant, par manière de consolation, que cette dignité serait acquise de plein droit après ces quinze années de fonctions municipales : Principaux viros e curia in Galliis non ante discedere quam quindecennium in ordinis sui administratione compleverint ; expletis omnibus, splendoris et honoris ornamenta succedunt. Néanmoins, l'aristocratie ne cessa de grandir, au détriment et aux dépens des classes moyennes. Cette situation tenait aussi à l’état d’humiliation et de mépris où étaient réduits le commerce et l'industrie. Celle-ci était réputée œuvre servile même quand elle était exercée par des mains libres ; le petit commerce n'était pas moins dédaigné et le grand commerce paraissait indigne des classes élevées. La possession et la culture du sol étaient seules estimées. La classe sénatoriale, jusqu'aux derniers temps de l'empire, fut toujours une classe de grands propriétaires fonciers. Le résultat fut la conservation, sans accroissement, de la richesse foncière, l'inexistence de la richesse mobilière ; de ceci les conséquences furent graves. Faute de richesse mobilière il n'était pas de capital disponible ; or, sans ce capital, les prolétaires ne peuvent mettre leur outil en valeur, que cet outil fut un lopin de terre, un art manuel, un trafic quelconque. Sans argent à emprunter, il leur est impossible d'en gagner et, tout en remboursant, de subvenir à leurs besoins et de s'enrichir à force d'intelligence et d'énergie ; sans cet argent, le pauvre succombe et le petit commerçant ou artisan se ruine. Lors que survint, dans la seconde moitié du IVe, une période prolongée d'insécurité, le travail industriel fut interrompu et, faute de tout capital disponible, il devint impossible à la population laborieuse, quand le calme fut rétabli, de se relever. À partir de ce moment, la classe des propriétaires du sol, qui n'avait jamais cessé d'être prépondérante, devint tout à fait maîtresse et exerça l'empire sur la société. Elle l’exerça parce que, en l'absence du crédit et d'institutions de crédit, le paysan, l'artisan, le commerçant qui avaient besoin d'argent étaient réduits, sous peine de s'en passer, à solliciter les avances du grand propriétaire, mais celui-ci n'était pas un banquier qui fait valoir ses capitaux, il était un propriétaire qui arrondit son domaine infatigablement et qui met hypothèque sur le bien de son débiteur, aussi en peu de temps ce bien finit par lui revenir. Contre le grand propriétaire la lutte est impossible, les champs perdent leur valeur à mesure qu'il y a moins de concurrents pour les acquérir et, quand les acquéreurs manquent, la mise à prix tombe à n'être plus que la fantaisie du grand propriétaire foncier qui la fixe à son gré et, si avilie qu'elle soit, ne la paie pas toujours. C’est ce que nous apprend le Digeste : « Le gouverneur de province devra veiller à ce que les puissants ne fassent pas tort aux faibles ; il empêchera les usurpations de propriété, les ventes arrachées par la crainte ou les ventes simulées qui ne sont suivies d'aucun payement réel ». Aussi Salvien ne fait-il que décrire une situation réelle en disant : « Combien y a-t-il de pauvres qui puissent vivre dans le voisinage d'un riche, sans qu'il mette la main sur ses biens et sur sa personne ? Faibles qu'ils sont en présence des envahissements d'un grand, ils se voient enlever leur terre et, par surcroît, leur liberté ». S'il ne vend pas à vil prix, il est obligé, faute d’un acheteur, de déserter le sol qu'il ne peut ni cultiver ni vendre ; ou bien il fait donation de la terre par acte formel à son riche voisin sous la seule condition de rester fermier et devient le colon, l'affranchi ou même l'esclave du riche. Telle est la révolution sociale qui s'accomplit aux IVe et Ves, elle permet de comprendre la préparation lointaine des institutions féodales des âges suivants. En Gaule, où il n'existe pas de ces immenses domaines, véritables territoires nommés en Italie latifundia, le grand propriétaire possède généralement plusieurs villas se composant chacune d’une grosse ferme avec ses champs, ses prés, ses vignes ou ses bois, en outre un personnel servile plus ou moins nombreux : laboureurs, bergers, vignerons, des artisans tels que charpentier, maçon, des femmes qui sont tous placés sous les ordres de l’intendant, villicus, ou du prévôt, præpositus. Outre cette exploitation servile, il y a dans le domaine une exploitation confiée aux colons ou serfs qui cultivent pour leur compte tout en acquittant une redevance. Tous sont dits les hommes du maître, homines, et le propriétaire exerce sur eux des droits à peine différents de ceux qu'exerce l'autorité publique.
Le grand propriétaire porte presque toujours le titre de sénateur qui finit par avoir presque la même signification que propriétaire. C'est une noblesse un peu conventionnelle sans doute, mais à qui le gouvernement et les populations font cette concession gracieuse ; en réalité, elle n'a aucun pouvoir et c’est elle, cités, c'est parmi elle qu'on choisit les decemvirs, les principaux et le défenseur, c'est elle encore qui fournit les assemblées provinciales, les préteurs, les consuls, les gouverneurs de province, les préfets du prétoire, les ministres. Le caractère essentiel de cette noblesse c'est de n'être pas militaire. Dès le IIIe, le gouvernement impérial avait pris soin d'interdire aux sénateurs de faire partie de l'armée. Cette règle, qui se trouvait d'accord avec l'esprit public et les mœurs, empêcha l'aristocratie de réunir tous les éléments de force. Elle avait la terre, elle n'avait pas les armes.
État moral des populations. — Pour compléter la connaissance de la société gauloise au moment de l'invasion, il faut montrer ce que pensait l'homme à cette époque, comment il vivait.
Et d’abord, l'individu est laborieux. Après tant Des d'incurie et tant de destructions méthodiques, il reste de ce temps-là un réseau de routes d'une solidité presque indestructible, d'une direction longuement réfléchie et d’une exécution souvent audacieuse. Tout cela a été exécuté par des Gaulois, aux frais de la Gaule et pour sa mise en valeur. En outre, les bourgs se transforment, deviennent des villes vastes, bien tracées, ornées d'édifices, approvisionnées d'eau, mises en communication avec les grands chemins. Ce ne sont pas des Italiens qui sont venus construire tout cela ; architectes, ingénieurs, ouvriers, tous sont Gaulois. Non seulement Rome n’empêchait pas, mais elle approuvait, elle encourageait, sachant bien le profit pécuniaire qu'elle en tirerait pour elle. Les conquêtes de Rome ne furent pas inspirées par l'amour de la gloire, mais par l'amour de l'argent. Rome a toujours été avide, elle n'a jamais changé : ce qu’on ne lui offre pas de plein gré, elle le réclame par contrainte, il n'y a que les moyens qui ont varié suivant les époques. Sous le gouvernement de Rome, les provinces furent généralement prospères. S'il y a eu des abus, des pillages, ce furent des violences exceptionnelles, la règle était de développer les sources de richesse d'une province et d'en tirer tout ce qu'on pouvait en tirer par l'agriculture, le commerce et l’industrie. Ainsi elle s’enrichissait, mais les peuples ne s'appauvrissaient pas. À peine la Gaule fut-elle conquise, les commerçants romains y accoururent et fondèrent des établissements ; à Lyon, à Toulouse, à Paris, à Trèves. Les transports par route et par eau, les échanges, les ateliers furent autant de stimulants qui encouragèrent les laboureurs, les éleveurs, tous ceux qui fournissent la matière première, grains, céréales, laine, chanvre. Rome remplit un rôle très grand et très utile qu'il serait injuste d'ignorer et d'amoindrir, elle donna le goût du travail et révéla les avantages de l'organisation. Elle créa des besoins nouveaux et révéla le moyen de les satisfaire. « Le monde, écrit Tertullien, devient chaque jour mieux cultivé et plus riche, partout des routes, partout le commerce : les déserts d'autrefois sont transformés en riants domaines ; on laboure où il n'y avait que des forêts, on sème où il y avait des sables, on dessèche les marais ; il y a aujourd'hui plus de villes qu'il n'y avait autrefois de maisons ».
Cette activité laborieuse dura environ trois siècles. Vers le milieu du IVe, le déclin commença. Il est malaisé de juger avec précision parce que ceux qui en ont parlé ne se font pas faute d’exagérer et de se contredire. « A les entendre, les villes sont en ruines et néanmoins florissantes, les calamités ravagent des provinces qui apparaissent au demeurant presque intactes, populeuses et prospères, les campagnes sont en friche » quoiqu'ils s'extasient sur les opulentes moissons. Dans telle page de Salvien, la Gaule est réduite à l'extrême indigence, quelques pages plus loin elle abuse de tous les plaisirs et jouit du luxe le plus désordonné. Parmi les satires, les épigrammes n’apprennent pas grand'chose. Il ne manque pas de gens pour représenter le XVIe comme une période d'ordre, de dignité, de vertus sociales dignes d'admiration ; cependant un observateur perspicace de ce temps, le médecin Guy Patin, écrit quel que part : « Nous sommes arrivés aujourd'hui à la lie de tous les siècles ! Si on se reporte aux témoignages qui peuvent vraiment déposer touchant la moralité d'une époque, inscriptions, lois, poésies, correspondances, biographies, nous ne voyons pas que le vice l’emportât tellement sur la vertu et que la société du temps fût si abominablement pervertie ».
La distinction entre la vertu et le vice reste très claire … et l'hommage des hommes va sans hésitation à la première, c'est même là un caractère du XVIIe. La vie de famille conserve l'estime générale. Ausone, parlant de sa mère, nous apprend qu'elle « était toute au devoir conjugal et à l'éducation de ses enfants ».
- Le même écrivain rappelle l'austérité de son aïeule, le soin avec lequel son grand-père et son oncle veillèrent sur sa jeunesse. Rutilius dans ses vers, Symmaque dans ses lettres, Sidoine dans ses poésies se plaisent à nous faire voir la pratique des vertus familiales dans les plus hautes familles de leur temps. Le riche Protadius, après avoir parcouru la carrière des honneurs et des fonctions impériales, revient vivre dans ses propriétés du nord de la Gaule et il consacre ses loisirs à réunir les documents de l'histoire de son pays *. Sidoine Apollinaire s'efforce d'être poète et ses vers nous décrivent les habitudes quotidiennes des riches et des grands, Ils ont de vastes habitations, des châteaux au milieu de beaux parcs ; ils aiment la chasse, les chevaux, le bain, les jeux de paume ou de dés, les conversations élégantes, les repas en compagnie de quelques amis, le chant et la musique, les vers et les beaux discours ; quant à des débauches et à des plaisirs grossiers, il n’en est jamais question ?. Sidoine parle des femmes de la plus haute classe : il les montre partageant leur temps entre les travaux d'aiguille et la lecture, car elles ont des bibliothèques et elles lisent #. Il ne paraît pas en connaître dont la conduite mérite le blâme. Il est difficile de ne pas croire que Sidoine est de … proche de la vérité que ne l'est Salvien lorsqu'il écrit Que tous les Aquitains se ressemblent, que leur ventre est un gouffre et leur vie une prostitution ; qu'il n’est pas un seul homme riche qui ne soit vautré dans la débauche, pas un qui garde la foi conjugale, pas une femme qui ne soit outragée dans sa maison comme la plus vile des créatures... Quel est le riche, demande-t-il, qui ne soit pas souillé de tous les crimes ? où est celui qui n'est pas coupable d'homicide ? » Et ce qu'il en dit ne vise pas les seuls païens, ce prêtre, véhément comme on sait l'être à Marseille où l'hyperbole est permise, s’en prend aux chrétiens. A l'entendre, l'Église est la sentine de tous les vices, un ramassis de fornicateurs et d’adultères, de larrons et de meurtriers : Quid est aliud pæne omnis cœtus Christianorum quam sentina vitiorum ? Quemque invenies in ecclesia non aut ebriosum, aut belluonem, aut adulterum, aut fornicatorem, aut latronem, aut homicidam # ? Évidemment il y a là de l'exagération.
Un goût très vif de cette société gallo-romaine l'attire vers les travaux et les jouissances de l'esprit. Jamais l'instruction littéraire ne fut plus appréciée ; les écoles de Trèves, d'Autun, d'Arles, de Bordeaux, de Toulouse, de Clermont, de Marseille restèrent florissantes jusqu'au Ve. On enseignait la grammaire et les mathématiques, la poésie et l'éloquence. Les écoles de droit n'étaient pas moins florissantes, le professorat était une carrière à la fois honorable et fructueuse. Et, ce qui est très significatif, c'est que ce goût ne favorise que des ouvrages médiocres, des talents chétifs ; cependant l'attention va vers eux, s'attache à eux, « Essayons de nous représenter, comme le demande Fustel de Coulanges, ici l’homme riche tout occupé de ses vers et de ses harangues ; là le professeur de philosophie attirant la foule pour lui démontrer la spiritualité de l'âme ; ailleurs le prêtre chrétien enseignant les dogmes de la religion et les lois de la morale ; avons en même temps devant les yeux ces villes couvertes de monuments, ces temples et ces basiliques que chaque génération construit, ces villas somptueuses que décrit Sidoine Apollinaire, ces moissons dont Salvien lui-même vante la richesse : calculons, ensuite, ce que tout cela suppose de labeur quotidien, et demandons-nous si tout ce travail de l'esprit, de l'âme, ou des bras, serait compatible avec une absolue dépravation des mœurs. Dire que l'empire romain a péri par l'effet de sa corruption, c'est une de ces phrases vides de sens qui nuisent si fort au progrès de la science historique et à la connaissance de la nature humaine.
« Cette société a été, comme toutes les autres, un mélange de vertus et de vices, de bonnes et de mauvaises mœurs, d'énergie d'âme et de faiblesse. Si elle ne répond pas de tous points à l'idéal de moralité et d'intelligence que notre esprit peut concevoir, encore faut-il, pour être juste, la comparer à tout ce qu'il y avait alors dans l'humanité, En dehors de l'Empire, il n'existait que les Perses en Asie et les Germains en Europe. Ceux-ci pour être ignorants et grossiers n'étaient pas nécessairement plus vertueux. On ne saurait exiger de l'histoire un jugement formel sur la valeur morale des différents peuples. Au moins y a-t-il grande apparence qu'à l'époque dont nous parlons, la société de l'empire romain, si imparfaite qu’elle fût, était encore ce qu'il y avait de plus régulier, de plus intelligent, de plus noble dans le genre humain. C'était en elle qu’on travaillait le plus. C'était chez elle que les qualités d’esprit étaient le plus appréciées. C'est d'elle enfin qu'est sortie l'Église chrétienne qui, dans les siècles suivants, en dépit du désordre social, a sauvé tout ce qui était conscience, élévation d'âme et culture intellectuelle *.
Nonobstant ces qualités, la société gallo-romaine souffrait d'un mal moral profond et inguérissable ; c'était l’énervement du caractère. La pétulance du tempérament gaulois n'a pas disparu, mais l'énergie virile qu'on apportait jadis dans les luttes d'influence s'est comme lassée. L'impression est celle d'une sorte d'atonie qui se reconnaît même dans le domaine des faits intellectuels, On jouit de la vie, on ne cherche plus à la rendre plus intense, à faire reculer les préjugés. La nature est désormais un livre fermé, qu'on explique sans même chercher à l'ouvrir, les sciences morales ne font pas de progrès, les sciences philosophiques semblent avoir épuisé les mystères qu'elles contiennent, l'histoire n’est plus qu’un département de l'éloquence, la science juridique est seule en progrès parce qu'elle touche aux intérêts de chaque jour, La littérature et l’art vivent de recettes qu'elles appliquent tant bien que mal et plutôt mal que bien. Seule la théologie progresse mais son domaine est restreint.
Cette abdication est surtout sensible dans ce que nous appelons la vie politique. La conquête romaine avait favorisé l'extinction de l'esprit politique ; la félicité et l'abondance jointe à la sécurité que donnèrent les premiers siècles de l'Empire amenèrent un détachement de plus en plus complet, de plus en plus général, chacun se retournant vers ses occupations matérielles. De cela il résulta un affaiblissement des volontés, une abdication résignée et indifférente, on se sentit aussi bien disposé à obéir à Héliogabale qu'à Trajan, à un chef barbare qu'à un empereur romain.
Tout ce que les hommes de ce temps eurent d’énergie, ils la portèrent du côté de la religion. Le progrès incessant du christianisme, les oppositions, les haines, les craintes, les espoirs et les persécutions qu'il souleva passionnèrent ceux que rien n'émouvait ou semblait n'être capable d’émouvoir. Son écrasement ou son triomphe final devint l'enjeu pathétique dont on sentait obscurément la gravité. Les résistances ouvertes, les épisodes tels que le règne éphémère de Julien et celui plus éphémère encore du tyran Eugène aident à comprendre que la rivalité religieuse avait absorbé l'opposition politique. Pendant que le christianisme se raidit, le paganisme se galvanise en vue du suprême effort. L'arianisme avec toutes ses nuances, ses polémiques confuses, ses violences brutales devient le champ clos où les hommes s'affrontent pendant un siècle ; ils en viennent à n’envisager les événements que sous l'angle favorable ou hostile à leur croyance.
L'INVASION GERMANIQUE exposé la situation nous arrivons ainsi au moment où se place un fait historique dont l'étude fait l’objet de ce travail. Nous avons vu ce qu'est l'empire, et, dans l'empire, la Gaule qui va être le théâtre principal de l'événement ; nous savons maintenant ce qu'est sa population, les qualités qu'elle possède, les aspirations qu'elle entretient, les ressources dont elle dispose, il s'agit de voir en détail la société germanique qui va se trouver en contact avec la société gallo-romaine. Pour cela, il faut reprendre la même étude de détail que nous avons faite et apprendre à connaître les anciens Germains.
- on peut s'en rapporter à sa haute et pénétrante intelligence sur ce que ces interrogatoires et ces entretiens lui ont appris, mais, en définitive, il a vu les Germains ; chez lui et non chez eux. De là vient que la connaissance qu'il a de leur nation est très incomplète et parfois erronée, à tel point que Tacite le contredit sur beaucoup de points. La partie de l'ouvrage de Tite-Live où étaient décrites les mœurs des Germains est perdue. Strabon parle de la Germanie par ouï-dire, comme César et Posidonius. Pomponius Méla a moins de valeur encore, il copie sans contrôler. L'ouvrage d'Aufidius Bassus ne s'est pas conservé, pas plus que celui de Pline l'Ancien, qui lui, du moins, avait observé sur place, cum in Germania militaret. Et c'est alors qu’on rencontre le nom et l'ouvrage de Tacite. Ce fut en l'an 98 de notre ère, sous le second consulat de Trajan, que Tacite écrivit son opuscule sur la Germanie, opuscule, à moins que ce ne soit un fragment de ses Histoires ; mais, quoi qu'il en soit, il est intact et complet tel que nous le lisons. Il ne semble pas qu'il dise nulle part qu'il ait visité le pays et fréquenté le peuple qu'il va décrire. Ce sont des ouï-dire qu'il rapporte : constat, notum est, accepimus, ou encore lorsqu'il n’a pu éclaircir un fait : parum comperi, « je n'ai pas pu savoir ». Quand on examine le peu qu’on sait, il est probable qu'il ait été questeur ou bien légat d’une des trente légions : il y a donc une chance contre cinquante qu'il ait alors, à son tour, gouverné la province Belge ; ce qui est certain, c'est qu'il ne put obtenir ni la Germanie Supérieure ni l'Inférieure. Sans doute, il a eu recours aux livres qui parlaient du pays, mais il ne cite pas Aufidius Bassus et, s'il fait allusion à ses Histoires. Cependant, bien des Romains avaient parcouru la Germanie, beaucoup de Germains vivaient à Rome, ainsi les moyens d'information ne lui manquaient pas. Il semble, en effet, que l’auteur n'ait rien négligé pour étendre ses investigations. Il a condensé dans un petit nombre de pages ce que les Romains savaient, au temps de Trajan, sur la Germanie.
L'opuscle n'est ni un panégyrique ni un réquisitoire, ni une satire, c'est un livre d'histoire descriptive par un historien au tempérament de moraliste génial. Ce qui l'intéresse dans la Germanie et les Germains, c'est une nation, des mœurs, des institutions presque toujours différentes de la nation, des mœurs et des institutions romaines. À tout moment, ce qu'il voit et ce qu'il rapporte éveille chez lui la comparaison avec ce qu'il connaît et ce qu'il éprouve lui-même en sa qualité de Romain. Toutefois, ce livre d’histoire n'est guère, par ses dimensions, plus et mieux qu'un sommaire. Fût-on Tacite, et en possession de la langue la plus ferme et la plus pleine, il y a des raccourcis qui, pour être sans doute exacts, n'en sont pas moins des résumés et où l'indication dans sa brièveté calculée prend une apparence d'énigme. Fût-on Tacite, il y a telles institutions, tels usages, qu'on ne ramasse pas en une phrase ou dans une ligne.
Après Tacite, nous n'avons plus rien, ou seulement des récits épisodiques où il n’est question que de guerres, de défaites, d'incursions ; à part deux ou trois indications, il n'est pas question des mœurs ni du gouvernement des Germains. D'une part, Tacite nous présente une Germanie unie, alors que ses Annales et ses Histoires nous la montrent déchirée par les discordes ; d'autre part, entre la fin du Ier siècle, époque où il la décrit, et le début du IVe, époque où elle entre vraiment en scène, que s'y est-il passé, dans quelle mesure a-t-elle évolué ? Cette société en fusion a dû se transformer assez rapidement et nous en avons une sorte de preuve dans ce fait que si nous composons la liste des peuples germains, au temps de Tacite et au moment de l'invasion, nous voyons que ce n'est plus la même liste ; beaucoup de peuples ont cessé d'être et des peuples nouveaux semblent nés, ce qui suppose de profonds bouleversements. Des institutions ont eu le même sort : Tacite nous les montre en vigueur, et elles ont disparu au moment de l'invasion. Des changements se sont donc accomplis sur la nature, l'étendue et les vicissitudes desquels aucun historien ne nous renseigne. Nous voyons, par exemple, trois peuples nouveaux, Alamans, Francs, Saxons, et personne ne nous apprend ni comment, ni quand, ni de quels éléments, ni à la suite de quels événements ces peuples se sont formés.
Au VIe, nous ne pouvons trouver que des indications sans suite chez Paul Orose en Occident, comme chez Zosime en Orient. Au VIe, Cassiodore entreprit une histoire des Goths dont le roi Athalaric fait tel éloge qui l'accable. Par lui, nous savons que l'auteur s'était appliqué à composer une généalogie de dix-sept rois à la famille régnante et avait puisé ses renseignements dans les meilleurs livres ; d'où il ressort que l'histoire de l’ancienne Germanie pouvait bien y tenir peu de place. Peut-être sa disparition n'est-elle pas une grande perte, car un Goth de nation, Jordanès, avait pris soin, une vingtaine d'années après la publication du livre de Cassiodore, d'en faire un résumé. Mais voici que Jordanès lui-même nous apprend que sa famille s'était séparée des Goths ; d'ailleurs, il était catholique, ce qui le tenait à l'écart d'une nation arienne. Son éducation était toute latine, il était vraiment lettré ; son attachement à Rome était sans réserve et son patriotisme tout romain. Pour la composition de son livre, il a eu recours à des sources qui n’ont rien de germanique. C'est d'abord le livre de Cassiodore « qu'il a lu », et c'est à tout ce bagage que se réduisent nos sources sur la Germanie et les Germains.
La servitude existait chez les Germains, et Tacite ne relève aucune différence entre cette servitude et celle qui existait dans la société romaine ; même, il fait une observation qui montre entre elles un point frappant de ressemblance. Saint Paul avait écrit : « Tandis que l'héritier est enfant, il ne se distingue en rien de l'esclave, » n'ayant en vue que le monde gréco-romain ; or, Tacite observe que chez les Germains l'enfant du maître n’est pas élevé autrement que celui de l'esclave ; « Tous les deux, dit-il, vivent ensemble et couchent sur la même terre nue ; enfants, on ne les distingue pas ; mais, vienne l'âge, on ne les confondra plus, et ingenuus reprendra son rang ». Une particularité dans le recrutement de l'esclavage, c'est que, à Rome, l'homme libre, le voulût-il, ne pouvait se faire esclave, tandis que le Germain pouvait à son gré aliéner sa liberté, se résoudre à être lié et vendu, ce qui montre que le commerce des esclaves existait parmi ces peuples. L'esclave pouvait aussi être battu de verges ou chargé de fers, mais les maîtres usaient rarement de ces procédés cruels. Plus indulgents, ils n'en avaient pas moins le droit de tuer l'esclave, mais tandis qu'à Rome le maître exerçait en cela une sorte de magistrature domestique, chez les Germains l'emportement de la colère expliquait cette violence dont le maître n'avait pas à répondre. En somme, la servitude ne diffère guère entre la société germanique et la société romaine. L'autorité du maître est sans limites, son pouvoir est absolu ; il peut, à son gré, exiger tels services qu'il lui plaît.
Il y était devenu citoyen romain et avait voyagé, régner sur eux, et ils l'appelèrent ainsi, non pas pris un nom latin. Cet homme était le neveu d'Arminius, fils de son frère Flavus. Malgré tout ce qu'on pouvait objecter contre ce « déraciné », les Chérusques le demandèrent à l’empereur Claude, afin qu'il l'en fît leur roi, non pas pour son mérite personnel qu'ils ne devaient éprouver que plus tard, mais par ce seul motif « qu'il dépassait tous les autres par sa noblesse ». L'existence d'une noblesse germanique se trouve encore attestée par Jordanès, qui signale chez les anciens Goths une sorte de caste noble dans laquelle on choisissait les rois et les prêtres. Mais cette noblesse héréditaire allait, semble-t-il, en s'épuisant ; il arrive un moment où, chez les Goths, il n'existe plus que deux familles héréditairement nobles ; nous n'en connaissons qu'une seule chez les Vandales, une également chez les Lombards, une seule aussi chez les Francs, la famille des Mérovingiens : Reges crinitos … super se creavisse de prima et nobiliori eorum prosapia. On en compte davantage chez les peuples qui sont restés en Germanie. Au Ve, les Bavarois en ont encore cinq.
On sait que les Saxons ont mieux gardé qu'aucun autre peuple germain le vieil état social, car ils n’ont pas subi l'influence romaine ; aussi les érudits sont-ils d'accord pour voir dans la Saxe, même au temps de Charlemagne, une image assez exacte de ce qu'était toute la Germanie au temps de Tacite. Or, l’auteur de « la Vie de saint Libuin » écrit que « dans les anciens âges, comme de son temps encore, la nation se partageait en trois ordres : il y avait ceux qu'on appelait dans leur langue edeling, ceux qu'on appelait friling, et ceux qu'on appelait lassi, » et l’auteur ajoute que le « premier de ces trois mots doit se traduire en latin par nobles : le second signifie hommes libres, et le troisième désigne des hommes d'origine servile : In Saxonum gente, priscis temporibus, erat gens ipsa, sic ut nos que consistit, ordine tripartito divisa ; sunt ibi qui illorum lingua edlingi, sunt qui frilingi, sunt qui lassi dicuntur ; quod in lingua latina sonat nobles, ingenui, servi ».
On peut compter une quarantaine de peuples dans cette région, plus vaste que la Gaule, et ce sont des peuples nombreux dont Tacite écrit : « Ils n’occupent pas seulement le sol, ils le remplissent, » sed et implent. Ces peuples se touchent de si près qu'ils sont continuellement en guerre pour la possession de quelque morceau de sol.
L'État germain, de même que l’État gaulois avant César, est un grand corps organisé. Des groupes forment une armature assez solide pour que les familles y prennent place avec leurs serviteurs sous l'autorité d'un gouvernement central. La nature de celui-ci est monarchique, mais non pas incompatible avec la liberté. Tacite signale chez les Germains des dynasties royales : « Les Marcomans et les Quades, dit-il, ont eu jusqu'à nos jours des rois de leur nation, issus de la noble race de Marbod et de Tudér », et il nous apprend aussi que les Gothons « sont en puissance de rois ! », quant aux Suions, ils sont assujettis à la monarchie la plus despotique qu'on puisse imaginer. Les écrivains qui sont venus après lui parlent sans cesse de rois à la tête des peuples germains et aucun d'eux ne décrit rien qui ressemble à des institutions républicaines.
Cette royauté germaine rencontre deux pouvoirs rivaux : le sacerdoce, dont le prestige est presque illimité sur des populations superstitieuses ; l'aristocratie, composée de chefs de groupes ou de chefs de bande guerrière qui attirent autour d'eux une foule de clients et de compagnons d'aventure. Ce sacerdoce et cette aristocratie étaient plus puissants que les rois eux-mêmes. En outre, chaque peuple avait des assemblées publiques, les rois étant obligés de compter avec la puissance des prêtres et avec celle des chefs de groupes, ne pouvant rien entreprendre d'important sans avoir l'approbation de cette espèce de sénat.
Tout porte à croire que l'État germain se divisait en plusieurs groupes et que ces groupes avaient leurs chefs et leurs petits rois, comme l'État entier avait son roi suprême. Ammien Marcellin signale en effet
dei SE NE ed 1347 une hiérarchie de chefs, les uns qu'il appelle reges, les autres qu'il appelle reguli. Il énumère ainsi les principaux personnages d'un peuple germain : un roi, rex ; un sous-roi, subregulus ; des grands, optimates ; enfin, des chefs qui gouvernent les diverses fractions du peuple. Un peuple germain, pris dans son ensemble, n'avait pas toujours un monarque à sa tête ; parfois le roi suprême manquait, mais chaque groupe n'en obéissait pas moins à son roi ou sous-roi. Ceux-ci traitaient en commun les affaires générales et chacun d'eux régnait sur son petit territoire ; il en résultait que c'était le gouvernement local qui était monarchique, tandis que le gouvernement central pouvait, en un sens, être dit républicain. Le droit de rendre la justice appartenait, à des degrés divers, à ceux qui exerçaient l'autorité. « Les crimes les plus graves, écrit Tacite, ceux qui entraînent la peine de mort, sont jugés devant le conseil public. Pour le jugement des délits et des contestations privées, l'usage est que l'on choisisse dans ces mêmes assemblées ceux des chefs qui doivent parcourir les cantons et les villages. Çà et là ces juges s'arrêtent et tiennent leurs assises. [Ils ne jugent pas sans être entourés d'une centaine d'hommes tirés du peuple . » On n'a pas manqué de voir dans cette organisation les origines du jury, mais il faudrait, pour soutenir cette interprétation, savoir de quelle nature étaient les droits du chef et les droits des habitants qui l’entouraient. Nous avons traduit Tacite, on ne sait rien de plus que ce qu'il dit : centeni singulis ex plebe comites. La religion parmi eux n'avait généralement pas dépassé encore le degré le plus inférieur, celui de la superstition et des sacrifices humains. La famille parvenue à un degré plus avancé formait un groupe étendu et compact, mais comprenait des hommes libres, des clients, des compagnons, des lites, des serviteurs. Cependant tous étaient étroitement solidaires les uns des autres pour la bonne comme pour la mauvaise fortune. La famille entière comparaissait en justice, de même qu'elle marchait toute à la guerre. Le chef de famille commandait, ayant conservé presque toute la puissance qu'il avait eue jadis en Grèce ou à Rome. Somme toute, rien moins justifié que le nom de « tribus germaniques » qui évoque après elle une idée d'organisme embryonnaire, imparfaitement constitué, nomade. Strabon, qui vivait cinquante ans après César, dit à ce sujet : Gaulois et Germains se ressemblent physiquement et politiquement : ils ont le même genre de vie et les mêmes institutions . Bien loin d'être nomades et de vivre dans des chariots ou sous la tente, ils ont des maisons et, s'ils furent jadis émigrants, ils semblent en avoir perdu même le souvenir. Ils sont agriculteurs, ils aiment la terre, se fixent au sol autant qu'il leur est possible et ne le quittent que contraints et chassés par d’autres peuples plus forts qu'eux-mêmes. Mais leurs déplacements ne sont pas faciles à suivre parce que, n’ayant pas de villes, ils se déplacent sans s'arracher et leur séjour comme leur passage ne laissent pas de points de repère à l'historien. « Si l'on regarde deux peuples à une même époque, on est frappé de leurs différences : il semble d’abord que chacun d'eux ait un génie propre, des institutions spéciales, une nature humaine particulière. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut comparer les peuples. Pour juger s'ils se ressemblent ou s'ils diffèrent, il faut les observer, non au même point du temps, mais dans les mêmes périodes de leur développement. Deux groupes de populations peuvent avoir été régis par les mêmes institutions et avoir traversé les mêmes changements politiques ; parce que l’un d'eux a marché moins vite que l'autre, ils paraissent différer beaucoup : la vérité est qu‘ils se ressemblent. Si Tacite avait connu le vieil état social des populations sabelliennes et helléniques, il y aurait trouvé presque tous les traits de caractère qui le frappèrent si fort en Germanie. L'usage de marcher toujours armé avait été celui des anciens Grecs 5, La répugnance des Germains à former des villes et le soin qu'ils prenaient d'isoler leurs habitations sont des traits de mœurs que Thucydide signale chez les Athéniens avant la guerre médique %. La solidarité des membres de chaque famille pour l'expiation des fautes comme pour le partage des indemnités a été une institution reconnue par le plus vieux droit de Rome, et on en trouve des vestiges dans le droit grec. Ce que disent les lois germaniques de l’homme qui veut renoncer à sa famille, rappelle une antique formalité que les Romains et les Grecs avaient connue. « Le droit civil des Germains était celui qu'avaient eu toutes les vieilles sociétés, en Grèce, en Italie et même dans l'Inde. Le mari achetait la femme à ses parents et marquait par là que le père lui avait cédé sa puissance sur elle. La femme était en tutelle toute sa vie, ainsi que dans l'Inde et dans la Grèce ; de l'autorité du père, elle passait sous celle du mari, puis sous celle des parents du mari défunt, et c'était de ceux-ci qu'un nouvel époux devait l'obtenir par un nouvel achat 7. La succession, au moins celle de la terre, passait au fils et non pas à la fille : le patrimoine se transmettait de mâle en mâle sans que les parents par les femmes fussent admis au partage ; cette règle que l’on peut observer dans la Loi salique, dans les codes des Ripuaires, des Bavarois, des Burgondes #, avait été autrefois en vigueur dans l'Inde et dans la Grèce, et le droit romain en conservait encore des gestes très visibles . Les ordalies, les épreuves, les jugements de Dieu avaient été usités partout #, Le bouclier qui était dressé devant tout tribunal germain a beaucoup d’analogie avec la pique qui était fichée en terre devant le tribunal des Quirites. L'usage des cojurateurs germains trouve son pendant dans l’ancienne Rome : là aussi la famille accusée comparaissait tout entière devant le tribunal, escortée de ses amis et de tous ceux qui se portaient garants pour elle et s'engageaient à prendre leur part de responsabilité, Il n'est pas jusqu'à ces assemblées de guerriers germains applaudissant l'orateur par le cliquetis des armes qui ne se retrouvent trait pour trait chez les anciens Gaulois !. Les institutions des Germains et leur vie domestique, leurs habitudes, leurs croyances, leurs vertus et leurs vices étaient ceux de toutes les nations de l'Europe. 4 … « Ce qui les distinguait le plus des peuples dont nous venons de parler, c'est qu'ils n'étaient pas parvenus à cette forte constitution de l'État que les Grecs et les Romains avaient atteinte depuis plusieurs siècles. Le régime de la Cité ne s'établit jamais chez eux avec cette régularité et cette rigueur qu'il eut à Athènes, à Sparte, à Rome. La famille resta plus longtemps forte et l'État resta toujours faible. Les petits groupes du canton et de la tribu, qui s'étaient effacés d'assez bonne heure dans la cité grecque ou italienne, conservèrent longtemps en Germanie leur indépendance et leur vie propre. Aussi les Germains se trouvaient-ils encore au temps de Tacite dans cet état social par lequel avaient passé les anciens Grecs avant que leurs cités fussent fortement organisées. Un peuple germain, au lieu d'être, comme nos sociétés démocratiques, un assemblage de milliers d'individus égaux entre eux et directement soumis à l'autorité publique, était une fédération de cantons, de villages, de grandes familles nobles, de bandes de guerriers volontairement associés ; et les chefs de ces divers groupes, forts de leur noblesse ou du nombre de leurs serviteurs, étaient plus puissants que le roi et que l’État. « De là vient que les Germains apparaissaient à Tacite comme doués d'une liberté dont Rome depuis bien des siècles n'offrait plus l'exemple. Il admirait que cette royauté ne fût jamais absolue ; c'est que le véritable pouvoir ne résidait pas en elle : il se partageait entre les chefs de famille, les chefs de canton, les chefs de bande, tous ceux qui étaient nobles ou prêtres, tous ceux qui exerçaient cette espèce d'autorité que les langues germaniques appelaient Mund, tous ceux qui avaient à leur suite une nombreuse escorte de clients, de compagnons, de serviteurs. Là était la puissance, là était la force de discipline pour cette société. La liberté très grande vis-à-vis de l'autorité publique était à peu près nulle vis-à-vis de ces chefs ou de ces chefs domestiques. On a beaucoup vanté l'esprit d'indépendance des Germains ; pourtant l'immense majorité de ces hommes était dans les liens d’une sujétion personnelle. À titre d'esclaves ou de paysans attachés à la glèbe, de lites ou d'affranchis, de compagnons de guerre, ils étaient étroitement soumis, non au roi ou à l'État, mais à la personne d'un autre homme : ils avaient un maître. Ce qui dominait de beaucoup dans la Germanie, loin que ce fût la liberté, c'était la subordination ?. »
D XII ÉTAT ET NOMBRE DES POPULATIONS GERMAIQUES. — Les Germains du 1er siècle étaient-ils devenus essentiellement nomades, après avoir été sédentaires ? S'en trouvaient-ils parmi eux qui préféraient la vie sédentaire des contemporains de Tacite à la vie de conquête et d'aventures ? Ammien Marcellin va nous répondre *. Son ouvrage ne nous montre pas qu'il appréhende ces pillards d’outre-Rhin ayant plutôt l'idée du vol que celle de la conquête. Il voit les populations germaniques en grande partie douées de goûts agricoles et fixées à un sol qu'elles n'ont pas l'intention d'abandonner, ils ne sont pas devenus émigrants ni nomades. Ammien parle à plusieurs reprises des moissons des Germains, voilà bien la marque d’un peuple sédentaire, les nomades ne sont pas agriculteurs. Chez les Alamans soumis à Hortaire, les soldats romains ravagent par l'incendie les terres cultivées, agros. Les Chamaves de la rive gauche ont, eux aussi, des moissons et Julien compte sur elles pour approvisionner son armée au cours d'une expédition. Burgondes, Alamans, Goths ont tous des habitudes agricoles. Julien, vainqueur à Argentoratum (Strasbourg), dirige sa première expédition sur la rive droite du Rhin, contre les Alamans : ceux-ci sont attachés à la terre, et leurs cultures semblent même assez prospères. Ne s’attendant pas à cette attaque, ils éprouvent de la crainte, en gens établis et fixés dans le calme et la tranquillité ». Ils sont riches en blé, en bétail, leurs fermes ou exploitations agricoles en sont remplies. Ils ne se sont pas contentés de construire, à la mode germanique, des habitations de torchis, ils ont bâti des maisons sur le modèle de l'architecture romaine. Ils ne sont pas tous sédentaires et cependant ils se portent volontiers aux travaux des champs. En 355 et 356, des bandes venues dans le nord-est de la Gaule se sont empressées de semer : donc, errants, elles exploitent le sol. Sans doute, mais elles ne l’exploitent que parce qu'elles le convoitent et se proposent d'y rester. Elles le veulent tellement qu'aux sommations de Julien elles répondent en lui intimant à lui-même l’ordre de s'en aller du pays que leur vaillance a conquis. Des bandes d'Alamans dont nous venons de parler, il faut rapprocher les Francs Saliens qui avaient « osé s'établir en Toxanderie, en terre romaine. » Ce sont les deux seuls exemples qu'Ammien donne des Germains restés ou se proposant de rester dans l'empire en conquérants. Il note le fait comme un trait d'audace et peut-être jusque-là sans exemple, à sa connaissance du moins.
Ainsi, pour Ammien, les Germains sont des hommes appliqués à cultiver la terre et éloignés de l'idée de conquérir l'empire. Que rapportaient aux Germains leurs essais agricoles ? Nous avons vu que les granges des Alamans regorgent de grains et de troupeaux ; les Goths, eux aussi, se complaisent dans la richesse des champs, ils occupent des terres qu'Ammien appelle productives, uberes pagos, commercent quelque peu avec les Romains et ne s'éloignent de leur pays que lors que les Huns les en chassent. Ils tentent de les arrêter, élèvent une muraille allant des sources du Pruth au Danube, ne réussissent pas et s'éloignent « en fugitifs », aussi Ammien ne voit en eux des agités. A. A daient, leurs enfants, leurs femmes et les terres qui leur appartenaient, errarum que suarum ambilu.
Le texte le plus caractéristique est celui où il est question des pierres frontières, terminales lapi des, qui délimitaient le pays des Alamans de celui des Burgondes en 359. En 370, ces mêmes frontières existaient. « Les Alamans et les Burgondes, dit Ammien, avaient sans cesse des démêlés touchant les délimitations de frontières et la possession de certaines salines. » Pour prendre une idée de l'impression que faisaient ces barbares, il faut voir celle que font les Huns à leur entrée en scène. Ceux-ci ne ressemblent pas à aucun de ceux qu'on connaît ; c'est une race « telle que jusque-là on n'en connaissait point de pareille », Ils effraient les Romains, les Goths, tous ceux de qui ils s'approchent, car personne ne se reconnaît un trait de ressemblance avec eux et, en effet, ils vivent sur des chariots, pillent, rançonnent, n'ont point de sol et point de patrie ; à qui leur demande d'où ils viennent, ils ne peuvent répondre.
Le régime de la bande armée désorganisait depuis longtemps la nation germanique, mais beaucoup restaient sédentaires, agricoles obstinément. Ces bandes se détachent, errent à l'aventure, se désagrègent et vont se faire détruire en détail par les armées romaines ; c'est pour quoi Ammien les redoute peu et n’entrevoit pas l'éventualité, même lointaine, d'un vaste déplacement et d'une ruée de nations. sont que des débris d'antiques populations. Et on voit Julien soumettre les Francs avec tant de rapidité qu'on y découvre un indice de leur faiblesse ; les Alamans fuient et abandonnent maisons et cultures avec tant de hâte qu'on ne peut qu'y voir l'indice d'une population peu dense ; un peuple nombreux ne pourrait se mouvoir et faire le vide devant l’agresseur avec cette promptitude. Cette tactique de la retraite et du vide exige des conditions spéciales pour être réalisable. Or Constance pénètre dans toutes les directions sans rencontrer un seul ennemi ; de même pour Valentinien, qui fait marcher son armée pendant plusieurs jours sans rencontrer âme qui vive.
Si parfois Ammien emploie à l'égard des Germains des expressions telles que multitudo, innumerabilis, il ne faut pas s'y méprendre. Les caractères de la langue et du style d'Ammien, l'examen du contexte, les éclaircissements que nous fournit le récit même nous invitent à nous tenir sur nos gardes. Cette multitudo n'a qu'une importance toute relative, elle est comparée au petit nombre de soldats romains en Gaule. Entre 355 et 356, les effectifs y étaient dérisoires au point de réduire l’armée à l'impuissance. Toutes les violences deviennent possibles à une troupe qui brave cette armée squelettique et, pour peu qu'un chef donne contenance à cette ombre d'armée romaine, les prétendues multitudes s’évanouissent. Nous ne pouvons nous figurer ces armées qu'en nous reportant à celles de l’ancienne France lors que les effectifs sont ceux d'une ou deux divisions de nos jours. Julien entreprend une expédition contre les Alamans du roi Hortaire ; or, à Strasbourg, il n'avait sous ses ordres que 13 000 hommes et rien n'indique qu'il conduise un effectif plus nombreux. Voilà qui est instructif sur le sens des mots multitudo, multiplex, innumerus, etc. Quand Ammien parle d'une multitudo barbara in unum coacta, fuyant devant un détachement de pontonniers romains, on se rassure en songeant que cette multitude représente peut-être une centaine, ou un millier d'Alamans.
Même modération à introduire dans l'appréciation des mots qui nous retracent un massacre d'innombrables barbares, mais cela n'a duré qu'une demi-heure et, avec des haches et des casse-tête, on ne fait pas beaucoup de besogne en si peu de temps ; en tout cas, le carnage est restreint et les victimes sont peu nombreuses. L'hyperbole circule et il faut se le rappeler sans cesse quand il s'agit d'interpréter le mot multitudo et des termes analogues.
« En réalité, la Germanie s’affaiblissait par le départ continu de bandes qui, presque jamais, ne revenaient et par la destruction que les Romains faisaient, soit des guerriers errants, soit de ceux qui étaient restés en Germanie. Les bandes qu'elle lançait sur l'empire n'apparaissent pas dans l'ouvrage d'Ammien comme des hordes formidables. A Argentoratum, les Germains étaient 35 000 ; mais pour qu'ils atteignissent ce chiffre, il avait fallu l'union de plusieurs bandes, la jonction de sept rois. A diviser exactement par sept, nous obtenons 5 000 hommes par bande ; mais les rois Chnodomaire et Sérapion, qui l'emportaient sur les autres en puissance, avaient probablement amené plus de soldats : le chiffre moyen d'une bande serait ainsi : de 3 000 à 4 000 hommes. En 366, une des bandes d'Alamans qui saccageaient la Gaule comprenait au moins 10 000 hommes. En revanche, une bande de Francs composée seulement de 600 hommes pouvait causer à Julien de grandes difficultés. Les frontières étaient souvent harcelées mais elles étaient rarement par des masses dangereuses comme en 357 où les barbares étaient 35 000, comme en 378 où ils étaient 40 000, la réunion de pareilles armées exigeait de leur part un effort exceptionnel ; il leur fallait, comme en 357, cesser d'agir séparément, mettre fin à leurs querelles incessantes ; comme en 378, rassembler des hommes de tous les cantons, c'est-à-dire la presque totalité de la nation : car une fois cette armée de 40 000 hommes détruite, l'empereur Gratien conçoit l'ambition d'anéantir entièrement le peuple des Alamans Lentiens, déjà presque exterminés. 40 000 hommes, voilà l'armée la plus forte qui, dans un intervalle de vingt-cinq ans, soit sortie de la Germanie et les Alamans Lentiens qui l’ont fournie en sont épuisés. »
« Cet usage devait être un jour funeste à l'empire romain ; il le fut d’abord à la Germanie elle-même. Nous devons nous représenter cette sorte de désertion presque annuelle, ces forces vives qui sortaient périodiquement du pays. Tantôt elles n'y revenaient pas, et c'était déjà un mal. Tantôt elles y revenaient et c'était un mal plus grand, car, après des courses vagabondes et un brigandage sans scrupule, elles rapportaient des habitudes mauvaises, des goûts malsains, des richesses mal acquises et des convoitises inassouvies ; elles rapportaient surtout la haine des travaux de la paix et une indiscipline dédaigneuse à l'égard des lois sévères de la patrie. Que l’on songe que cela dura pendant douze générations d'hommes, et que l’on calcule tous les vices et tous les désordres qui durent s'infiltrer dans la population germanique et la corrompre. Il n'est pas un peuple au monde qui puisse conserver ses mœurs, son caractère, ses institutions en présence de tels faits se renouvelant incessamment durant trois siècles. La société germaine se dissolvit. » Des peuples, qui avaient été grands et forts, disparurent ; des noms redoutables furent désormais à peine représentés, d’autres noms prirent leur place à qui l'avenir réservait de grands destins, mais ces noms nouveaux : Alamans, Francs, Saxons ne s'appliquent pas à des populations nouvelles, ce sont des noms de guerre, des sobriquets que se sont imposés des groupes d'hommes dans lesquels, loin de voir des confédérations d'anciens peuples, il n'en faut voir que les débris. Les Francs étaient tout ce qui restait des Teuctères, des Angrivariens : les Saxons semblent les restes des Chauques et des Chérusques ; les Alamans sont le résidu des Alamans, des Quades, des Hermondures, et de plusieurs autres peuples. Qu'on y ajoute les Burgondes, dont l’origine est inconnue, quelques hordes qui portaient encore le grand nom de Suèves, les Langobards, qui devaient rester longtemps obscurs, voilà tout ce qui subsistait de l'ancienne Germanie.
XIV. CAUSES DES INVASIONS GERMANIQUES. — Pendant cinq siècles consécutifs, ce peuple, qui va s'affaiblissant et se dissolvant, s'acharne contre l'empire romain, le harcèle et tente d’envahir ses provinces.
1° Les sources, — Pour les trois premiers siècles de notre ère, nous pouvons recourir à Tacite, Dion Cassius, Hérodien, Lampride, Jules Capitolin, Trebellius Pollion, Vopiscus. Au IVe, Ammien Marcellin et Zosime, ce dernier nous conduit jusqu'à l'an 410. Au Ve, Paul Orose, qui s'arrête en 418 et, avec lui, les historiens cessent en Occident, nous n'avons plus que des chroniqueurs : Prosper d'Aquitaine et le prétendu Prosper Tiro, qui vont l'un et l'autre jusqu'en 455 ; ensuite Idace jusqu'en 468, Cassiodore jusqu'en 519, enfin Marius d’Avenches, qui n'est plus un contemporain des événements. Nous avons déjà parlé de Jordanès, qui est barbare d'origine mais tout latinisé et formant son opinion d'après des sources latines. Les historiens grecs Eunape, Olympiodore, Socrate, Sozomène, Priscus écrivent dans la première moitié du Ve et parlent longuement des invasions :
D'autres écrivains de ce temps n'élèvent pas leurs prétentions jusqu'à l'histoire, pas même jusqu'à la chronique, ils se contentent de noter ce qu'ils ont vu ou su. C'est, par exemple, Rutilius, qui a vu la Gaule après l'invasion de Radagaise et qui a administré Rome après l'invasion d'Alaric. C’est Salvien de Marseille, Paulin de Pella, Vincent de Lérins, Euchérius de Lyon, Sidoine Apollinaire de Clermont. Ensuite ce sont les Actes des conciles et les vies de saints parmi lesquelles il faut mentionner principalement les vies de saint Germain d'Auxerre, d'Orientius d'Auch, de Loup de Troyes, d'Aignan d'Orléans, et encore celles de saint Séverin, de saint Césaire, de saint Sigismond.
Tout ceci forme un ensemble important et solide, contient des éléments historiques d'une valeur irrécusable. Ainsi, nous ne sommes pas réduits à des généralités vagues et, comme on l’a dit avec raison, si les généralités, les idées préconçues, les inexactitudes se sont introduites dans l'histoire, ce n'est pas le manque de documents qu'il en faut accuser.
Loin de s'accorder entre eux sur une ligne politique à suivre, ils se livraient des guerres incessantes. Tacite en dit quelque chose, ne pouvant tout savoir et tout dire, mais il nous montre quelle fureur anime les adversaires qui, avant d'en venir aux mains, « vouent aux dieux l’armée ennemie et, en vertu de ce vœu, les vainqueurs massacrent hommes et chevaux, et tout ce qui a appartenu aux vaincus est livré à l’extermination ». Ces mœurs atroces donnaient parfois le frisson à ceux qui songeaient à ce qui arriverait si de tels peuples s’unissaient pour combattre un ennemi commun. « Puisse durer toujours, écrit Tacite, la haine que ces nations se portent à elles-mêmes » : Maneat gentibus odium sui ! Ce qu'il n'a pu prévoir c'est que, même lancés contre un ennemi extérieur, contre l'empire romain, les peuples n'ont pas cessé de combattre les uns contre les autres. Au IIIe, Mamertin s'en étonne et dit : « Partout les nations barbares se déchirent et se détruisent entre elles ; les Goths écrasent les Burgondes ; les Thervinges prennent les armes contre les Vandales ; les Burgondes s'emparent des terres des Alamans ». Chez Jordanès, nous voyons les Goths en guerre contre les Vandales, les Burgondes contre les Gépides, les Suèves, les Quades et les Alamans contre les Goths.
Les grandes invasions n'ont pas même la vertu de créer une association durable entre ces peuples ennemis qui ne cessent de se faire la guerre entre eux. Deux peuples germains ne peuvent être voisins sans se combattre ; ils se font la guerre, dit Grégoire de Tours « parce qu'ils sont voisins », quoniam propinqui sunt, et ils la font avec des raffinements d'atrocité dont le secret s'est fidèlement transmis à leurs modernes descendants. C'est ainsi que les Thuringiens, dans une guerre avec les Francs, pendent aux arbres les petits enfants et, s'étant emparés de deux cents jeunes filles, les attachent à des chevaux qui les déchirent ou bien les clouent en terre avec des pieux : Pueros per nervum femoris ad arbores appendentes, puellas ducentas ini teremerunt ligatis brachis super equorum cervicibus... Aliis super orbitas viarum extensis sudibus que interram confixis, plaustra desuper onerata transire fecerunt, confractis que ossibus canibus avibusque eas in cibaria dederunt. A la génération suivante, les Francs rendent la pareille aux Thuringiens. Entre Germains les haines sont inexpiables.
Ainsi donc, point d'unité de volonté, point d'action concertée, mais des appétits dirigés du même côté et dont l'assouvissement provoque les mêmes accès de fureur chez tous les envahisseurs à l'égard les uns des autres, aussi avides de butin que jaloux de celui qu'un rival s’attribue. Cette haine entre barbares arme les Burgondes contre les Wisigoths et dresse ces derniers contre les Alains et les Suèves. Toute la politique de l'empire pendant plus d'un quart De consistera à entretenir ces haines et à les aiguiser. Crétius, général de l'empire, emploie tour à tour les Wisigoths contre les Burgondes et les Burgondes contre les Wisigoths. A l'occasion il faisait appel aux Huns pour maîtriser les Wisigoths et aux Wisigoths pour contenir les Huns.
« On s'est quelquefois représenté la barbarie conjurée contre l'empire ; c'est le contraire qui se voit dans les chroniques du temps. Tous ces barbares se combattaient entre eux, et ils se disputaient les faveurs impériales. Le roi Ataulph s'engageait envers l'empereur Honorius à combattre toutes les autres nations germaniques dans l'intérêt de l'empire. De leur côté, les rois des Suèves et des Vandales disaient au même empereur : « Reste en paix avec nous ; nous nous chargeons de nous battre entre nous ; nous périrons, libres, si nous vainquons, guéri si nous sommes vaincus ». Le chroniqueur contemporain ajoute : « Tout cela est à peine croyable, et tout cela est pourtant vrai ; ainsi voyons-nous chaque jour quelqu'une de ces nations barbares en exterminer une autre ; nous avons vu deux troupes de Goths s'entre-détruire ; ces peuples se déchirent entre eux. » Qu'on ouvre le livre du Goth Jordanès : on n'y trouvera aucun sentiment hostile à l'empire ; mais on y remarquera une violente animosité contre les Gépides, les Vandales, les Burgondes, les Huns. Plus tard, les mêmes haines entre Germains se retrouveront dans tous les récits de Grégoire de Tours.
30 Mobile de la conduite des barbares. — Entre Rome et les Germains, il n'y paraît pas exister une de ces oppositions que rien ne satisfait. Rome trouve chez les Germains des soldats disposés à se battre et à se faire tuer pour elle à condition que ce soit en tuant d'autres Germains. Les titres que Rome décerne sont recherchés et appréciés par les chefs qui jouissent d'une réputation intacte de patriotisme germanique. Arioviste, avant d’envahir la Gaule, sollicite et obtient du Sénat le titre d’ « ami de Rome » ; Arminius a été, à la tête d'une troupe germaine, à la solde de l'empire ; Velléius l'avait connu « servant l'empire avec zèle » et l'avait vu « gagnant par ses services le droit de cité romaine et le rang de chevalier ». Quand il changea de conduite et tenta de soulever les Chérusques, il se heurta parmi eux à un parti considérable qui professait hautement que « l'alliance romaine était avantageuse aux Germains ». Arminius avait un frère ; celui-ci, nommé Flavus, combattait dans les rangs des Romains.
Il en sera de même dans la suite, Rome conserve toujours plus et mieux que des partis sans, elle conserve un « parti », en sorte qu'elle a presque toujours autant de Germains pour elle qu'elle en a contre elle. En outre de ce parti qu'on rencontre toujours existant, il y a les passionnés, les enthousiastes, on pourrait dire les fanatiques de Rome : par exemple, ce vieillard qui traverse le Rhin sur un bateau et demande la permission de contempler le général romain, faveur qu'il considère comme la plus précieuse de sa vie”, ou bien encore ce Boiocalus qui se fait gloire « d'avoir servi Rome avec zèle durant cinquante ans », et bien d'autres qui ne sont ni des traîtres, ni des vendus, mais des convaincus — et des clairvoyants — qui osent dire tout haut que « Rome et la Germanie ont les mêmes intérêts et que la paix entre elles vaut mieux que la guerre. »
Ils avaient adopté un nom romain, celui d’Agrippiniens. Ils avaient une ville, à la façon des Romains, et s’y plaisaient. Ils avaient même, comme les cités gauloises, le culte de Rome et d'Auguste ; ils prenaient des noms romains. Cet engouement pour les noms romains fait qu’ils viennent volontiers habiter Rome et qu'ils essayent de s’y fondre parmi la société en abandonnant leurs noms germaniques ; ils y sont même assez nombreux pour former un collegium !
Au IVe et au Ve, ils gardent volontiers leurs noms germains, mais ils se mettent avec le même empressement que par le passé au service de l'empire. Le nombre des Germains qui sont soldats de Rome, et soldats fidèles, est incalculable. Non seulement ils servent dans l'armée, mais on les rencontre dans l'administration, dans les bureaux du Palais et les charges de la cour. Ils aspirent aux plus hautes fonctions, Constantin leur accorde les faisceaux et la trabée consulaire !
À partir de ce moment, nous voyons des Germains qui sont consuls ; quatre Francs l'ont été : Dagalaïf en 366, Mérobaude en 377, Ricomer en 384, Bauto en 385 : un autre barbare, nommé Fraint, le fut en 401. Beaucoup ont reçu les ornements consulaires. Ce à quoi aspiraient ces Germains c'était moins au pouvoir, le consulat n'en conférait aucun, qu'aux honneurs et aux ornements. Tout leur était bon pourvu qu'ils partageassent les dignités romaines et qu'ils approchassent de la pompe impériale.
Sans doute tout ne leur agréait pas dans ce vaste empire, mais ils rongeaient leur frein et si, parfois, la colère les emportait jusqu'à la révolte, ils avaient bien soin d'expliquer qu'ils rendaient les fonctionnaires, non l'empereur, responsables de leurs déboires et de leur conduite. Le prestige impérial est encore intact à leurs yeux. Athanarie, visitant Constantinople, peut à peine contenir son admiration pour tout ce qu'il voit et la résume en disant que le chef de cet État est vraiment un dieu sur la terre.
Le grand Théodoric a commencé par être un des dignitaires du palais impérial, puis consul et, adopté par le prince, il se proclame « son serviteur et son fils ». Jordanès termine son livre De rebus geticis en déclarant qu'il a écrit, non à la louange des Goths, mais à la louange de leur vainqueur : nec tantum ad eorum laudem quantum ad laudem ejus qui vicerit.
En définitive, point de haine à l'égard de Rome chez les Germains, rien qui ressemble à une antipathie de race, aucune affectation de dédain pour la civilisation romaine. De plus, les Germains ne se posent pas en réformateurs des mœurs et des usages romains, ils ne se proposent ni de les purifier ni de les ennoblir, au contraire, partout où il leur est donné d'en goûter ils s’en accommodent fort bien.
Quant à substituer leur croyance à celle des dieux du paganisme, on est hors d'état de montrer que cette pensée leur ait jamais traversé la tête. Les temples, les théâtres, les bains, ils les fréquentent, la langue ils l'apprennent, bref ils se comportent avec l'empire comme des gens qui s’y plaisent, qui l’admirent et qui l'aiment autant que ces âmes grossières sont capables de sentir et d'aimer.
Vraie cause de l'invasion germanique. — On a quelquefois proposé d'expliquer la ruée d’une multitude immense comme le trop-plein d'un pays, le débordant d'une population prolifique à l'excès. Les faits et les chiffres que nous avons cités témoignent du contraire. « C’est donc une étrange erreur que de dire que la Germanie fut une pépinière de nations « officina gentium et vagina nationum », comme si l'humanité y avait été plus féconde qu'ailleurs.
On a souvent répété ces paroles de Jordanès, mais dans le texte elles ne s'appliquent pas à la Germanie : elles s’appliquent à la Scandinavie dont les Goths étaient ou se croyaient originaires. Encore faut-il, pour comprendre ce texte, le rapprocher d'un passage où l'historien rapporte que les Goths partirent de la Scandinavie sur trois navires seulement. Cette tradition se rapporte à une époque très reculée, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, comme on peut le voir par la suite du récit.
(« 1561 | | il fut assassiné avant d'avoir pu les en chasser. Son successeur Maximin reprit son projet, pénétra en [ Germanie, « brûla les villages, enleva les troupeaux, tua une multitude d'ennemis, emmena d'innombrables captifs, » Les règnes troublés de Valérien et de Gallien « favorisèrent les envahisseurs. Valérien périt dans sa lutte contre les Perses. Gallien, qui lui succéda, tint tête aux Germains en Gaule. « Tantôt, dit Zosime, il les empéchait de passer le Rhin ; tantôt, s'ils l'avaient franchi, il les arrêtait ; mais contre ces multitudes présentes il avait peu de troupes ; il s'entendit avec un des chefs germains, fit un traité avec lui, et désormais ce chef empêcha ses compatriotes de franchir le fleuve ou repoussa ceux qui l'avaient franchi. » Gallien ne paraît pourtant pas avoir réussi à empêcher les Germains de pénétrer jusqu'en Espagne ». Grégoire de Tours » rapporte qu'ils furent portés jusqu'en Auvergne . Comme d'autres barbares ravageaient l'Italie, Gallien y courut et, en Gaule, Postumus se proclama empereur, chassa les envahisseurs et les força à repasser le Rhin 5. Après la mort de Postumus, les Germains retrouvèrent leur audace, reparurent, brûlèrent des villes, furent refoulés par Lollianus et les villes furent relevées‘. Après Lollianus, on vit Victorinus et Tetricus « qui furent donnés par la Providence pour empêcher les Germains de s'emparer du sol de l'empire ? ». ” Au cours de ces incursions la Gaule eut beaucoup à souffrir : villes ruinées et brûlées, édifices détruits, campagnes ravagées, Cependant les auteurs n'en parlent guère et ce sont les traces des dévastations relevées çà et là, les trouvailles de trésors enfouis à l'approche des envahisseurs qui nous font prendre une idée de ce qui se passa. ;
Sous Claude II, c'est surtout l'Orient qui est la proie de l'invasion. Une formidable expédition composée de Goths, de Hérules, de Grutunges, d'Ostrogoths, de Peuces, de Sigypèdes, faisant une multitude que les historiens évaluent à 320 000 guerriers, vient par mer, traverse le Pont-Euxin, la mer Égée, très diminuée par de nombreux naufrages, débarque près de Thessalonique et se fait écraser dans les montagnes où 50 000 barbares périssent. Un groupe s'aventure en Macédoine et ne réussit qu'à se faire prendre ou massacrer. De ces 320 000 barbares envahisseurs, il ne resta dans l'Empire que des captifs ; quelques-uns demeurèrent comme soldats : incorporés dans les troupes romaines, beaucoup comme colons attachés à la glèbe. Zosime ajoute qu'on fit tant de femmes prisonnières, que chaque soldat romain en eut deux ou trois dans son lot #. Aurélien arrêta une irruption d'Alamans. Les Marcomans franchirent les Alpes et arrivèrent jusqu'à Milan dont ils ravagèrent les environs ; après une victoire près de Plaisance, ils furent vaincus et dispersés ; de longtemps on n'entendit plus parler d'eux : per longa sæcula siluere immobiles 1. _ Après la mort d'Aurélien, la Gaule, au dire de Vopiscus, fut un moment au pouvoir des Germains 1. Pour qui connaît les habitudes de cette époque, il est clair qu'il ne faut pas prendre à la lettre cette expression de Vopiscus. Il ne veut pas dire que les Germains eussent entièrement conquis la Gaule : il veut dire qu'ils y faisaient des incursions sans rencontrer de résistance. Soixante villes tombèrent entre leurs mains des Francs « de traverser la Gaule entière en la pillant |. Il parle aussi des pillages qu'une troupe d'Alamans aurait | 1362 avec un butin immense. A l'arrivée de Probus, tout changea d'aspect, 400 000 barbares, dit-on, furent tués, les villes reprises, la Gaule délivrée, la Germanie envahie et des camps fortifiés, des garnisons y furent établies 1%.
Cette énumération est dramatique et la réalité, autant qu'on peut l'entrevoir, était tragique ; néanmoins il semble que les ravages et la peur étaient vite oubliés, on continuait à croire à l'éternité de l'empire et nous ne voyons à aucun signe que l'on ait cru à un grand avenir des Germains. Loin de là, on énumérait les occasions manquées auxquelles ces pillards devaient d'exister encore ; une pareille illusion trouve toujours accueil et on se persuadait qu'il s'en était fallu de rien que la Germanie ne fût conquise et asservie par les empereurs. La confiance était telle qu'après les victoires de Probus, on se prit à penser que « toutes les nations barbares étant soumises, l'univers étant en paix, l'empire n'aurait plus besoin de soldats ni d'armes et que l'on ne verrait plus jamais de guerres #, » Pendant cette période, on ne rencontre que des chiffres énormes, les envahisseurs et les victimes se comptent régulièrement par centaines de mille ; il est certain qu'il faut en rabattre mais il est impossible de donner des nombres exacts.
Mamertin raconte dans le panégyrique de Maximien un événement qu'il semble avoir beaucoup grossi : « Toutes les nations barbares, dit-il, étaient conjurées pour la ruine de la Gaule : ce n'étaient pas seulement les Burgondes et les Alamans, mais encore les Chaibons et les Hérules, les plus puissants des Germains, qui se précipitaient sur nos provinces 15 ; » cependant, à l'en croire, la peste détruisit les Burgondes et les Alamans, tandis que les Chaibons et les Hérules succombèrent sous le fer des légionnaires, ut extinctos cos relictis domi conjugibus ac matribus non profugus aliquis e prælio nuntiaret. L'exagération paraît un peu excessive. Zosime, qui, en sa qualité de païen, est assez mal disposé à l'égard de Constantin, reproche à ce prince d'avoir retiré à l'intérieur les petites garnisons que Dioclétien avait établies le long des frontières !f. Ceci a pu encourager les barbares à les franchir, mais ce qui fut plus funeste, ce fut la guerre civile qui éclata entre Constantin et Maxime, entre Constantin et Licinius, entre Constant et Constantin II, entre Constance II et Magnence. A la faveur de ces conflits, les invasions recommencèrent.
De 351 à 354, les frontières étant dégarnies, les bandes de barbares se précipitent : Francs, Alamans, Saxons franchissent le Rhin, ravagent la Gaule, pillent les villes, emmènent des prisonniers et du butin Zosime nous a raconté l'histoire du germain Charietto, un colosse qui, un beau jour, s'avisa de passer au parti de l'ordre. Ce ravageur s'établit à Trèves et, chaque nuit, sortant de la ville, faisait la guérilla à ses compatriotes, en surprenait toujours quelques-uns, leur coupait la tête et rapportait ces trophées dans la ville. Très vite, il groupa des compatriotes et multiplia ses succès. Lors que Julien vint à Trèves, il accepta, faute de mieux, les services de Charietto et de ses guérillas nocturnes. Les Saliens prenaient d'autant plus de temps dans la région environnante. Survient un usurpateur nommé Constantinus, qui traite avec ces barbares, et qui, s'étant rendu maître d'un passage des Pyrénées à l'aide d'une troupe de Germains qui « étaient depuis quelque temps au service de l'Empire, jette sur l'Espagne tous ces barbares qui avaient erré dans la Gaule, L'Espagne fut donc, à son tour, couverte de ravages et de meurtres. Quelques années se passèrent, et ces peuples germains se firent la guerre entre eux ; aussi apprenons-nous presque chaque jour, M ajoute Orose, la nouvelle d'un massacre où l'un ou l'autre de ces peuples a péri 4. » 1 Zosime dit que les envahisseurs étaient des Vandales, des Suèves et des Alains qui firent de grands massacres dans les régions transalpines. Constantinus leur infligea une défaite complète et rétablit des garnisons le long du Rhin. L'année suivante, tandis que la plus grande partie des troupes de Constantinus était employée en Espagne, Gérontius se proclama empereur en s'appuyant sur les barbares et se complaisait à ce jeu qu'il se faisait aux dépens des Quades. Quand ceux-ci eurent perdu assez de monde, ils vinrent supplier Julien de leur accorder la paix, beaucoup d'entre eux devinrent soldats de l'empire et l'on vit ces Quades confondus avec les Saliens dans les corps de l'armée impériale 1, « Rien n'est plus précieux pour l'historien que des anecdotes et des détails de cette sorte, observe Fustel de Coulanges. Sans eux, on pourrait se complaire à se figurer la marche régulière et presque solennelle d'un grand peuple qui a besoin d'expansion et qui, du droit de sa forte et vertueuse jeunesse, va fonder de nouveaux États. Par eux l'historien saisit la physionomie vraie de ces envahisseurs *. » En 357, plusieurs bandes d'Alamans se jettent sur la Gaule et ravagent la partie orientale, Julien les relance et les oblige à se retirer vers les Vosges et le Rhin ; mais avant de repasser le fleuve, ils livrent une grande bataille près de Strasbourg, sont vaincus, mis en déroute, perdent 6 000 hommes (Zosime dit 60 0001) et beaucoup sont noyés en repassant le fleuve en grande hâte“ : la victoire est si complète qu'il ne reste pas un seul barbare en Gaule : cum nullum barbarum reliquisset in nostris.
Après la mort de Julien, les incursions recommencèrent. En 367, trois troupes d'Alamans pénétrèrent en Gaule et furent détruites par Jovinus, général de Valentinien 5. En 368, un chef alaman opère une razzia dans Mayence qui est sans garnison ». Mais Valentinien pénètre jusqu'en Germanie et épouvante les barbares tellement « que, tant qu'il vécut, les Germains n'osèrent faire aucune tentative contre les villes de l'empire 7 », En 370, une bande de Saxons fait irruption en Gaule, elle est exterminée jusqu'au dernier homme *. Sous Gratien, nouvelles incursions, encore repoussées et les Leutiens, un des peuples alamans, viennent se faire écraser °. Pendant le règne de Théodose, la Gaule fut paisible.
Ce fut le dernier éclat d'une fortune prête à s'éteindre. Le 31 décembre de l'an 406, des bandes germaines passèrent le Rhin et pénétrèrent en Gaule. Voici ce que Paul Orose nous en dit : « Le comte Stilicon, mécontent de n'être que le ministre de l'empereur et voulant porter à l'empire son propre fils Eucherius, pour en faire un persécuteur des chrétiens, suscita contre nous les bandes innombrables des Alains, des Suèves, des Vandales, des Burgondes, et les poussa contre l'empire et contre la Gaule : il espérait, le malheureux, préparer ainsi l'usurpation de son fils, et il croyait qu'il serait aussi facile d'arrêter les barbares que de les mettre en branle. Mais le complot de Stilicon et des païens fut déjoué ; le ministre et son fils furent mis à mort. Cependant les barbares, qu'il avait attirés vers la Gaule, traversent le Rhin, envahissent la province et s'avancent tout droit jusqu'aux Pyrénées ; leurs bandes, arrêtées par ces montagnes, se répandent tonnés dans la Gaule ; avertis de ces troubles, les Germains franchissent le Rhin de nouveau et, sans nous dire ce qui en advint, Zosime montre, en terminant son ouvrage, Constantinus, maître de la Gaule 1°.
D'après Olympiodore et d'après Sozomène, en 408, Constantinus était reconnu empereur par toutes les troupes établies en Gaule lors que Gérontius s'éleva contre lui à la faveur d'une partie de ces troupes ; alors Constantinus appela à lui les barbares de Germanie et il fallut l'envoi d'une armée par Honorius, vrai empereur, pour ramener la Gaule sous son pouvoir #.
Deux chroniqueurs, Prosper d'Aquitaine et celui qu'on appelle Prosper Tyro, ne nous donnent que peu de détails à ajouter. D'après le premier, les Vandales et les Alains entrent en Gaule en 406, Constantinus se proclame empereur en 407, les Vandales pénètrent en Espagne en 409, Constantinus succombe en 411 . L'autre chroniqueur place en 407 une furieuse irruption de barbares en Gaule ; en 410, il dit que « les Vandales et les Alains ravagèrent une partie de la Gaule et que l'usurpateur Constantinus occupait le reste 1 ».
Ni la chronique de Cassiodore ni celle d'Idace n'ajoutent aucun renseignement. Salvien rappelle sans donner de précisions l'invasion de 407. Jordanès écrit, beaucoup plus tard, que Stilicon attira les Vandales en Gaule, ils s'y établirent, puis ils allèrent se cacher en Espagne. Voilà le bagage des historiens : on peut y ajouter d’autres documents. D'abord un Carmen de Providentia, longtemps attribué à Prosper d'Aquitaine et qui paraît avoir été composé vers 416 : il signale de grands ravages en Gaule entre 407 et 410 : « Voilà dix ans que nous tombons massacrés sous le fer des Vandales et des Goths... Les villes sont détruites, le peuple périt sans distinction de forte ni de sexe, on égorge les enfants et les jeunes filles ; les temples de Dieu sont livrés aux flammes, les monastères saccagés... Si l'Océan eût répandu toutes ses eaux sur les champs de la Gaule, il aurait fait moins de ruines ». Or nous savons que les villes de la Gaule étaient debout et, vers ce temps, Rutilius et Sidoine s'extasiaient sur la prospérité des campagnes. Cependant saint Jérôme qui, de Bethléem, voit les événements à distance, proclame que tout est perdu ; il écrit à une de ses correspondantes, la veuve Ageruchia : « Si nous sommes quelques rares échappés à la mort, nous le devons à la miséricorde de Dieu. Des nations innombrables et d'une férocité inouïe ont occupé la Gaule tout entière, tout ce qui est entre les Alpes et les Pyrénées, entre le Rhin et l'Océan : le Quade, le Vandale, le Sarmate, l’Alain, les Gépidés, les Hérules, les Saxons, les Burgondions, les Alamans, les Pannoniens ont tout mis à sac. Mayence a été renversée de fond en comble ; la ville des Vangions a été détruite. Les cités des Rèmes, des Ambiens, des Atrébates, des Morins, Tournai, Spire, Strasbourg ont été emmenées en Germanie. L'Aquitaine, la Novempopulanie, la Lugdunaise et la Narbonnaïse ont été tout entières dévastées, sauf un petit nombre de villes qui n'ont échappé au fer que pour périr par la faim. Et ce n’est pas par la faute des princes que cela nous est arrivé, car nos princes sont très pieux ; c'est l'effet de la perfidie d'un homme demi-barbare, de Stilicon, ce traître qui s'est servi de nos richesses pour armer contre nous nos ennemis ». Il y a dans ce tableau beaucoup de vérité et encore plus d'exagération ; ce qu'il en faut retenir c’est que la Gaule a été durement éprouvée.
En résumé, nous voyons que, le 31 décembre 406, des bandes d’Alains, de Vandales et de Suèves appelées par Stilicon ont franchi le Rhin mal défendu. À cette époque, les légions de Bretagne proclamèrent empereur Constantinus qui vint en Gaule, détruisit une partie des envahisseurs, s'attacha le reste, établit son autorité jusqu'au Rhin où il mit des garnisons et dirigea ses encombrants alliés vers l'Espagne. En 411, Constantinus attaqué par Gérontius fit appel aux barbares qui furent battus et détruits par l'armée d'Honorius. Donc cinq années consécutives de guerres, de violences et d'horreurs, mais non pas une invasion immense, formidable, submergeant tout, recouvrant tout. À partir de 411, la Gaule redevient province impériale dans toute son étendue, soumise et administrée par les fonctionnaires impériaux.
Nous avons exposé déjà l'invasion des Huns, en 451 (voir Dictionnaire, t. VI, au mot Huns), nous ne ferons que la rappeler ici. Plus formidable, plus célèbre que toutes les précédentes, elle s'est terminée tragiquement par la défaite des Champs Catalauniques et rien, sinon des ruines, n'en rappela le passage sur le sol gaulois. Nous examinerons plus loin ce qui a trait aux invasions des Wisigoths, des Burgondes et des Francs, ces événements ont un caractère très différent de celui des violences que nous venons de rappeler. Nous n'avons voulu rappeler jusqu'ici que les invasions véritablement hostiles, celles où les Germains se sont avancés franchement en ennemis. On a justement fait observer que le terme incursions conviendrait mieux que celui d'invasions, car ce sont des bandes de pillards, lancés à l'aventure, qui rançonnent un pays, sans suivre une direction certaine. Elles cherchent à surprendre les villes afin de ramener un plus riche butin : il est impossible que les principaux conducteurs de ces razzias n’eussent pas une connaissance des régions les plus avantageuses, ou, comme on dit communément, des « bons endroits ». Heureusement, les pillards ne s’attardaient guère et, s'ils faisaient beaucoup de mal, celui-ci pouvait être assez rapidement réparé.
Nous avons entendu saint Jérôme énumérer toute une série de villes saccagées, détruites ; cependant, on est bien obligé de croire que ces destructions étaient un peu superficielles : quand nous l’entendons dire que Mayence fut détruite en 407 et que nous voyons Jovin se faire proclamer empereur dans cette même ville en 412, évidemment ce n’est pas au milieu des ruines.
XVI. LES INDICATIONS DE L'ARCHÉOLOGIE. — On a vu que les barbares n'ont pas cessé de menacer et de harceler la Gaule, surtout depuis le commencement du Vème siècle. Outre ce que nous en pouvons savoir par les textes, il est utile de recourir aux monuments. L’archéologie, prudemment interrogée, apporte son contingent de faits historiques ; c'est ainsi que l'étude des trésors de monnaies romaines apporte des clartés précieuses sur la direction suivie par certaines invasions. Les trouvailles monétaires sont en rapport direct avec les troubles causés par les invasions, puis que les trésors ont été enfouis en nombre plus grand pendant la seconde moitié du IIIème siècle, marquée en Gaule par une recrudescence de calamités. Ainsi, pendant une période de soixante années (193-253) on ne relève que cent vingt-huit trouvailles, tandis que pendant une période de cinquante-trois années (253-306) on en relève quatre cent quinze. Si on procède à un relevé des trouvailles selon l'ordre géographique, on est frappé du nombre considérable de trésors fournis par les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Oise et de l'Aisne. Au contraire, ceux des Ardennes, de la Meuse, de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges ne présentent qu'un nombre restreint. D'où il est permis de conclure que les envahisseurs ont évité de préférence la grande forêt des Ardennes et les massifs montagneux des Vosges. Passant le Rhin, probablement au-dessous de Cologne, les Barbares se répandaient dans les pays formant le grand-duché du Luxembourg et les provinces de Liège, de Namur et du Hainaut ; et de là pénétraient dans la vallée de l’Escaut, puis dans celles de la Seine, de la Marne, de la Saône et du Rhône. C'est pour quoi les départements de la Seine-Inférieure, de l'Eure, de la Marne, de l'Aube, de la Côte-d'Or, de l'Yonne, de la Nièvre, de Saône-et-Loire, de l'Ain, de la Haute-Savoie et de l'Isère sont parmi les plus riches en trésors monétaires. On comprend dès lors que les régions montagneuses formant nos départements de la Haute-Saône, du Doubs et du Jura aient pu demeurer presque toujours à l'abri du flot des envahisseurs. C'est probablement pour une raison semblable que certains départements de la France ne sont même pas représentés. Il est facile de s'expliquer que la vallée de l'Isère fournisse en quelque sorte un « point terminus » aux invasions. Nous savons que, pour aller en Italie, la route du Mons Graius (col du Petit Saint-Bernard-vallée de l'Isère) était carrossable et plus praticable que celle du Mons Pœninus (Grand Saint-Bernard-vallée du Rhône). Toutefois, cette dernière voie étant plus courte, a dû attirer aussi les barbares, et c'est pour quoi les Romains, qui habitaient le pays représenté aujourd'hui par la Haute-Savoie, ont fait des cachettes assez nombreuses.
La Gaule n'avait pas seulement à redouter les invasions venant du Nord-Est. Beaucoup de trésors enfouis dans l’ouest de la Gaule, et la plupart des ruines reconnues non loin des rivages de l'Océan peuvent être expliqués par les actes de piraterie des Francs et des Saxons. Ces incursions particulières s'exercèrent pendant si longtemps que les côtes de la Gaule, de l'Escaut à la Loire, en recurent le nom officiel de « littus saxonicum ». Les trésors réunis pour les règnes de Marc-Aurèle et de L. Verus pourraient bien être mis en rapport avec les expéditions contre les Cattes et les Chauques, qui ont dû menacer la Gaule de 162 à 174. Ces invasions ont détruit les villas de la Hesbaye, ainsi que celles de la route de Cologne à Bavay, il semble qu'elles aient épargné celles de la province de Namur, dont la destruction serait postérieure au IIIème siècle. Sous le règne de Marc-Aurèle, la plupart des cachettes se rencontrent dans la moitié septentrionale de la Gaule. Certaines de ces trouvailles peuvent se rapporter au soulèvement qui eut lieu en Gaule à la même époque, selon Jules Capitolin. Les camps de Liercourt et de l'Étoile (Somme) ont dû jouer un rôle dans ces événements car on y a trouvé surtout des monnaies de Marc-Aurèle. La révolte de Maternus dut provoquer de nombreuses cachettes, ses déprédations se seront exercées surtout dans la région située au nord de la Loire (règne de Commode). Sous Septime-Sévère, Caracalla fit une expédition contre les Cattes et les Alamans, qui avaient peut-être détruit les établissements d'Aquæ (Baden en Argovie, Suisse). En effet, la série des monnaies trouvées dans les ruines de cette ville, en 1893 et 1895, prend fin avec le règne de Septime-Sévère. Dans le castellum de Fains on a trouvé des monnaies du même règne. Les cachettes du nord de la Gaule deviennent plus nombreuses sous le règne d'Alexandre Sévère et correspondent aux mouvements des barbares qui nécessitèrent l'expédition commencée par cet empereur et continuée par Maximin. Les règnes de Gordien III, de Philippe, de Trajan-Dèce et de Trébonien Galba fournissent un total de quarante-huit trouvailles de monnaies pour un espace de quinze années seulement, ce qui est certainement l'indice d'une époque troublée. À l'exception d'une seule, ces cachettes ont été faites dans des régions exposées aux incursions des barbares. Ceux-ci paraissent avoir tenté de pénétrer en Italie, car le département de l'Isère a fourni cinq trouvailles. De même, d'autres cachettes de ce département sont vraisemblablement en rapport étroit avec l'invasion qui, en 259, pénétra jusqu'à Ravenne. Sous les règnes de Gallien et de Postumus, les trouvailles sont très nombreuses, principalement dans le nord de la Gaule. Des bandes coururent un peu au hasard sur le sol gaulois. On sait que des Francs parvinrent en Espagne et s’emparèrent de Tarragone. Le grand trésor de Foix marque probablement le passage d’une bande de Francs ; d'autre part, les cachettes de Lectoure (Gers), de Sevresse, de Poyartin, de Moncey, de Douzacq (Landes) et de Pau, indiquent que les barbares pénétrèrent en Espagne plutôt par le sud-ouest de la Gaule. En effet, ils y trouvaient des passages relativement faciles, comme Roncevaux (Summus Pyrenæum) et Saint-Jean-Pied-de-Port (Iuminum Pyrenæum). Beaucoup de ruines jalonnent l'itinéraire des incursions de cette époque. À Lezoux (Puy-de-Dôme), la série des monnaies recueillies prend fin avec Gallien et Salonine. À Pupillin (Jura), les dernières monnaies sont celles de Valérien et de Gallien. Les établissements de Kirchsträng (Bas-Rhin) ont dû être détruits vers cette époque. Une inscription du règne de Gallien, trouvée à Hausenob-Lonthal, paraît être la plus tardive pour le Wurtemberg. À Zurich, on a trouvé un millier de pièces depuis Trajan jusqu'à Gallien.
Si l’on examine les listes de trésors enfouis sous chaque règne, on peut présumer que les incursions des barbares ont été, en général, arrêtées par la Loire, au moins pendant le règne de Postumus. Mais, sous les empereurs suivants, la Gaule entière paraît avoir été ravagée, car on trouve des trésors monétaires jusque dans les départements du Centre et du Midi. Ces régions ont retrouvé plus de calme sous Dioclétien et, à cette époque, la partie de la Gaule qui a souffert le plus est probablement celle représentée aujourd'hui par les départements de l'Yonne, de la Nièvre, de Saône-et-Loire, de l'Ain, de l'Isère et de la Drôme.
Les trésors enfouis en Belgique sous Dioclétien sont en petit nombre ; au contraire, les bords du Rhin et la Suisse sont marqués par plusieurs trouvailles.
Sous Constantin, l’état de la Gaule fut précaire ; à cette époque, les ruines sont nombreuses. Sous ses successeurs, pendant le IVe, les cachettes sont un siècle, est très appauvrie et beaucoup moins de gens ont un trésor à cacher, ceux qui habitent les campagnes ont d’ailleurs pris l'habitude de fuir dans les villes au premier signal ; en outre, sous Valentinien et Gratien les Barbares furent contenus au delà du Rhin … et d’autres empereurs firent avec les envahisseurs des traités qui assurèrent la paix pour quelques années.
On peut rattacher certaines trouvailles à l'invasion de 406-407, par exemple les trésors monétaires découverts à Trèves en 1885 et 1886. Le pont de Coblentz a été détruit au Ve, et les fouilles, faites dans la Moselle en 1865, 1868 et 1894, ont donné une suite de monnaies depuis Auguste jusqu'à Honorius et Arcadius.
Dans les ruines de Bons-Villers, à l'est de Brunehaut (Hainaut), les dernières monnaies recueillies sont celles d'Honorius ; cette localité est peu éloignée du castellum de Brunehaut.
À Breteuil (Oise), les monnaies les plus récentes sont de la même époque.
Au mont de Sene (Santenay, Côte-d'Or), parmi plusieurs centaines de monnaies, la plus récente appartient au règne d’Arcadius.
À 1 500 mètres de Nuits, au milieu de ruines considérables, on a recueilli des monnaies dont la série prend fin avec Magnus Maximus, Théodose et Arcadius.
De même, les substructions considérables, qui s'étendent sur une longueur d'un kilomètre et demi, au val de Thors (au nord de Bar-sur-Aube), ont fourni une série de monnaies depuis Antonin le Pieux jusqu’à Honorius.
À Kerilien (commune de Plouneventer, arrondissement de Morlaix), on a recueilli des monnaies en or, argent et bronze depuis Auguste jusqu’à Honorius.
C'est encore à la même époque qu'il faut placer la destruction de la ville de Chiragan, dans la plaine de Martres-Tolosane (Haute-Garonne), où les monnaies recueillies de 1897 à 1899 forment une suite depuis Auguste jusqu'à Arcadius.
On ne peut douter que ces ruines marquent le passage des barbares, refoulés sur l'Espagne par l’usurpateur Constantinus, et qui pouvaient, en effet, remonter jusqu'aux sources de la Garonne et franchir les Pyrénées par le val d’Arran.
En dernier lieu, citons encore les découvertes du camp d'Altrier et de Dalheim (Luxembourg), où les dernières monnaies recueillies paraissent faire descendre la destruction des établissements jusqu’au règne de Valentinien III.
2° Colons et esclaves, — Les expéditions des armées romaines en Germanie furent, le plus souvent, victorieuses et se terminèrent moins, peut-être, par du butin que par l'enlèvement de captifs. Tibère en ramena 40 000 à qui « il assigna des terres à cultiver sur la rive gauche du Rhin », non en qualité de propriétaires, mais comme dedititii, ce qui se rapproche plutôt de la condition de « colons ». Marc-Aurèle, vainqueur des Marcomans et des Quades, en ramena un grand nombre prisonniers ; toutefois il ne les vendit pas, mais il les établit sur le sol comme colons. Un siècle plus tard environ, vers 270, sous Claude le Gothique, « les provinces se remplirent d'esclaves et de cultivateurs germains, en sorte qu'il n'y eut aucun pays où l'on ne vit des esclaves goths ». Romains ou barbares y allaient brutalement et les Romains n'avaient peut-être rien à envier à leurs adversaires. Ammien se plaint de la incivilitas militis occurrentia vastantis en pays germain ; il parle des messes incensas el habitacula caplos que plures sur les terres des Alamans où, dit-il, le soldat romain urebat agros, pecora diripiebat et homines. Vopiscus nous apprend que Probus fit autant de butin en Germanie que les Germains en avaient fait dans l'empire ; il exigea des rois barbares frumentum, vaccas, oves et les troupeaux ramenés furent si nombreux que cet empereur écrivait au sénat : « Maintenant les barbares labourent pour vous, sèment pour vous » : Arantur gallicana rura barbaris bubus, el juga germanica captiva præbent nostris colla culloribus. Constance Chlore a, lui aussi, ravagé et razzié la Germanie, tellement que le rhéteur Eumène dit, avec quelque exagération : « Nous avons vu et nous voyons encore dans les rues de nos villes et sous nos portiques se tenir de longues files de barbares captifs, que les ordres de l'empereur distribuent entre les habitants de la province, en attendant qu'ils soient conduits sur les champs qui manquent de bras et qu'ils devront cultiver. Voici donc qu'un Chamave et un Frison labourent pour moi, l'ancien pillard se change en travailleur et apporte sa récolte à nos marchés... Les territoires de Beauvais, de Troyes, de Langres, auxquels manquaient les colons, prospèrent aujourd'hui par le travail des colons barbares ». La situation de ces colons barbares est bien expliquée par Ammien : Limigantes principem evorabantin veniam, obsecrantes ut, transmisso flumine, ad eum venire permitlerentdur, parati intra spalia urbis Romani, si id placuerit, terras suscipere longe discretas ut tributariorum onera subirent et nomen. Julien fit en Germanie de nombreux prisonniers qu'il réduisit à l’état de colons. Théodose transporta les Alamans vaincus par lui sur les bords du Pô et les attacha, en qualité de colons, au travail agricole. Gratien amena de même Goths et Taïfales en Italie et leur assigna la culture des champs de Modène, de Parme et de Rhegium. Nous avons déjà dit, qu'en 505, les 200 000 Germains amenés par Radagaise en Italie y furent vaincus, massacrés ou vendus par troupeaux, au prix d'une pièce d'or par tête. Enfin, à ces sources de l'esclavage, il faut ajouter Jordanès, « ils demeurèrent pendant soixante ans sur f
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ce que le commerce jetait sur le marché. Ammien nous apprend à plusieurs reprises que des marchands approvisionnaient la Gaule ou la Thrace d'esclaves germains. Nulle part, on ne voit que ces esclaves germains se soient révoltés. On ne voit même à aucun indice que les envahisseurs barbares aient été beaucoup aidés par leurs anciens compatriotes. Une fois seulement, Ammien, racontant une incursion des Goths à travers la Thrace, fait observer que beaucoup d'esclaves de cette nation rejoignirent leurs compatriotes ; ce fait ne nous est signalé qu'une fois, et, sans croire qu'il ait été unique, nous pouvons du moins admettre qu'il n'a pas été très fréquent. On voit aussi Alaric rejoint par un grand nombre d'esclaves venus de Rome. Beaucoup de ces barbares esclaves entraient dans la domesticité des grandes maisons, la plupart étaient attachés à la culture du sol. La classe agricole était peu nombreuse et insuffisante pour la culture des terres. Les défrichements considérables n'étaient pas en rapport avec le nombre des cultivateurs très amoindri par les travaux de l'industrie. Le nombre des bras n'étant plus en rapport avec l'étendue des besoins, il fallut chercher des hommes au dehors et trouver la main-d'œuvre au plus vil prix possible ; c'est à cette situation difficile que les cultivateurs germains servirent. Aussi trouvait-on qu'il ne s'en présentait jamais assez ; on recourait aux volontaires et à la contrainte et les colons étaient répartis entre les provinces les plus privées d'ouvriers bénévoles.
Les instructions impériales avertissaient d'ailleurs les propriétaires que ces Germains qui leur étaient donnés par le gouvernement, seraient traités, non comme esclaves, mais comme colons ; par conséquent, ils ne pouvaient être ni vendus ni transportés ailleurs, et ils devaient toujours rester attachés aux mêmes champs. C'était moins à l'homme qu'à la terre que l'empire les donnait. Chacun d'eux était inscrit et comme immatriculé à une glèbe fadscriptitius ; il ne pouvait jamais s'en détacher, ni ses fils après lui. Une de ces lois est ainsi conçue : « La nation barbare des Scyres, après la défaite des Huns auxquels elle s'était jointe, a été assujettie à notre Empire. En conséquence, nous permettons à tous propriétaires de prendre des hommes de cette nation pour augmenter le nombre des travailleurs sur leurs champs : qu'ils sachent toutefois que ces hommes ne seront pas leurs esclaves ; ils n'auront pas le droit de les attacher aux travaux domestiques. Ces barbares seront seulement soumis aux lois du colonat : ils travailleront, à titre d'hommes libres, aux ordres et au profit des propriétaires. Il ne sera permis à personne d'en enlever un du champ auquel il aura été attaché : celui qui fuira sera poursuivi, et rendu à son maître ». Cette loi est de l’année 409 ; à cette date, pendant la terrible période 407-412, on ne craignait pas encore la conquête de l'empire par les barbares, on voyait plutôt l'empire conquérant des sujets étrangers et de légions dans lesquelles on enrôlait, sans compter, les Germains. Ils étaient robustes, braves, disciplinables et fidèles aux enseignes qu'ils servaient. On les rencontre en Italie et dans Rome même, et jusque dans le palais impérial ; certains se parent sur leur épitaphe du titre de « gardes du corps du prince ». Dès le temps de César, on constate la présence des Germains dans les légions, et on les y retrouve à toutes les époques. Marc-Aurèle, faisant la guerre contre les Germains, entretint des troupes de Germains mercenaires dans son armée ; l’armée de Constantin à la bataille du Pont-Milvius est composée en grande partie de Germains. Les documents permettent de distinguer deux catégories de soldats germains au service de Rome : les volontaires et les contraints. Les volontaires, attachés par un libre contrat, fœdus, portaient le nom de « fédérés ». Une des clauses les plus habituelles de ce contrat était de ne pas servir au delà des Alpes ; violer cette clause c'était s'exposer à les éloigner du service de Rome pour l'avenir. Il est digne d'attention que ces Germains posaient leurs conditions pour n'avoir à combattre jamais ni les Italiens ni les Parthes et qu'ils se réservaient de n'avoir à combattre que contre d'autres Germains.
Depuis le règne de Constantin jusqu'à celui de Justinien, l'empire eut toujours à son service une troupe de fédérés goths. Les lois font aussi mention de fédérés germains en Occident : enfin Gratien avait des Alamans parmi ses gardes du corps. Il semble qu'il fût à peu près indifférent à ces Germains de combattre contre Rome ou pour elle. Un roi des Alamans, Vadomaire, commença sa carrière par des incursions en Gaule, et la finit comme duc de Phénicie et chef de corps au service de l'empire. La condition des soldats fédérés était très différente de celle des déditiices, c'est le nom qu'on donnait aux soldats enrôlés par contrainte. D'autres encore étaient appelés lètes, leti, un mot qui a provoqué beaucoup de discussions, et qui paraît d'origine germaine, il aurait servi à désigner des gens de condition inférieure. Ordinairement, les fédérés recevaient une solde en argent et en blé, les déditiices et les lètes recevaient des terres à cultiver en guise de solde ; ils avaient avec eux des femmes et des enfants ; ces corps de troupe se perpétuaient donc et le service était héréditaire ; le fils du lète n'aurait pas joui de la terre léti que s'il n'avait été lète à son tour. Chacun de ces corps était cantonné à demeure dans un pays, formant à la fois un bataillon et un village.
La Notitia dignitatum el administrationum Imperii, rédigée au début du Ve, montre que l’armée romaine comptait alors, à côté de ses légions et de ses cohortes provinciales, un très grand nombre de troupes germaines. Nous y voyons que des corps de Bataves, d'Hérules, de Mattiaques, de Marcomans, d'Alains, étaient casernés en Italie ; qu'il y avait un corps de Saliens en Espagne, des Bataves en Rétie, des Marcomans en Pannonie. Dans les Gaules, parmi beaucoup de troupes gauloises, italiennes, dalmates et africaines, nous trouvons des Mattiaques, des Bataves, des Saliens, des Bructères, des Ampsivariens. Un corps de lètes teutons était caserné à Sens : il y avait des lètes suèves au Mans, à Bayeux, à Coutances et en Auvergne, des lètes francs à Rennes, des lètes bataves à Arras, d'autres lètes germains à Reims et à Senlis, de même qu'il y avait des Sarmates à Poitiers, à Paris, à Amiens, à Langres.
« Plusieurs de ces troupes de fédérés ou de lètes ont fondé dans la Gaule des établissements durables, Un corps de Taïfales que l'empire avait cantonné aux environs de Poitiers se maintint et se perpétua à la même place ; on l'y retrouve un siècle et demi plus tard. Il en fut de même d'un corps de Saxons qui était cantonné près de Bayeux ; il y resta toujours, s'y fit chrétien et son nom demeura longtemps attaché à ce petit pays. Ce que l’on sait de ces deux troupes dut arriver pour plusieurs autres. Plusieurs cantons où la Notice mentionne des garnisons sarmates ont conservé jusqu'à nos jours le nom de Sarmaise.
La même Notice nous montre dans la partie orientale de l’empire des corps de Bataves, de Saliens, d'Angrivariens. Quelques-uns figuraient à Constantinople même, parmi les troupes d'élite qu’on appelait auxilia palatina. En Égypte, nous trouvons des Vandalès, un escadron de Francs, un escadron de Quades, une cohorte de Chamaves, une d’Alamans, de même qu'il s'y trouvait des cohortes gauloises. Il y avait des escadrons francs, alamans, saxons, en Illyrie ; une cohorte de Goths en Syrie, une cohorte de Francs en Mésopotamie, une cohorte de Germains en Arménie. D'ailleurs les Germains n'étaient pas les seuls étrangers que Rome fit servir dans ses armées : elle avait des troupes de Maures, d’Arabes, de Parthes. Nous trouvons une troupe maure cantonnée à Vannes en Bretagne et une autre de même nation dans le pays des Osismii qui est aujourd’hui Saint-Pol-de-Léon. » Les soldats étrangers n'étaient jamais mêlés aux soldats indigènes. Par exception, on vit quelques comme un scandale qu'on ait laissé une fois les soldats barbares se mêler aux soldats romains. Les légions, « composées de citoyens romains, restaient des corps « d'élite ». On peut même remarquer que le titre honorable de soldats, milites, était réservé, au moins dans la langue officielle, aux soldats indigènes.
En résumé, jusqu'aux premières années du vè siècle, les incursions hostiles des Germains n'avaient pas réussi, et ceux-là seuls s'établissaient sur les terres de l'empire qui y étaient esclaves ou colons ou soldats. XIX. COMMENT LES BARBARES SE SONT ÉTABLIS EN GAULE. — Il nous faut composer une catégorie élégale d’envahisseurs comprenant les Wisigoths, les Burgondes et les Francs, mais ce sont des envahisseurs « d'un caractère particulier, à la fois soldats de l'empire et envahisseurs, tour à tour et, parfois, simultanément.
19 Les Goths. — Nous les avons rencontrés déjà, assaillant les terres de l’empire au iiiè siècle, ravageant la Mésie, la Thrace, la Grèce et les îles de la mer Égée, battus, écrasés et finalement anéantis par les empereurs faire entrer des barbares dans les légions 15 2 mais cela était tellement contraire à la règle, que Zosime mentionne comme un désordre grave et presque victoires de Claude II, tellement « qu'à partir de ce moment et durant plusieurs générations d'hommes, ils restèrent en paix et ne firent plus parler d'eux » « siluerunt immobiles 18, Alors ils devinrent soldats de l'empire, combattirent fidèlement dans ses armées 15, sous Galère, sous Constantin, sous Julien, en sorte que, pendant un siècle, depuis Aurélien jusqu'à Valens, le peuple des Goths a vécu en paix avec l'empire et lui a fourni régulièrement des soldats.
En 375, les Goths furent assaillis par les Huns arrivant de l'Asie Mineure, et moins encore vaincus qu'écrasés et anéantis ; il ne resta qu'une population de 200 000 hommes valides. Quelques-uns se résignèrent à servir les Huns, le reste prit la fuite“. Ils se présentèrent en masse sur la rive du Danube, qui formait la frontière romaine et, sans oser la franchir, demandèrent la permission de la passer par « une humble prière #1 », Eunape dit qu’ « ils se tenaient debout sur la rive, tendant les mains, avec des pleurs, des cris et toutes sortes de supplications, demandant qu'on leur accordât le passage du fleuve ° ? ». Les officiers romains répondirent qu'on ne pouvait accéder à leur demande sans les ordres de l’empereur, qui était loin, à Antioche. Les Wisigoths attendirent, ceux qui voulurent forcer le passage furent taillés en pièces. Les autres, plus patients, offraient trois choses : se laisser cantonner soit en Thrace, soit en Mésie, au choix de l’empereur, pour y cultiver la terre ; lui fournir des soldats suivant ses besoins , lui obéir en tout comme des sujets , Valens exigea en outre qu'ils fussent désarmés * ; ils y consentirent. A ces conditions, ils franchirent le Danube sur les barques et péniches envoyées par l’empereur et abordèrent sur la rive romaine 7, La permission n'avait été accordée qu'après une longue délibération du gouvernement impérial, qui s'était arrêté à cette conviction que « l'entrée des Wisigoths était pour l'empire, un nouvel élément de force ». Ces Wisigoths allaient fournir des cultivateurs, des esclaves et surtout des soldats. « C'étaient de nouveaux conscrits que la fortune offrait à l'empereur ; » placée par un impôt ! ; loin de s'alarmer de leur présence, on s'en réjouissait : negotium lætitiæ fuit potius ~ quam limori *. On cantonna provisoirement en Mésie | … cette population qui pouvait aller à 500 000 âmes environ, et pendant les quelques mois qu'elle y séjourna les officiers impériaux abusèrent d'elle de toutes façons, ils ravissaient les femmes, les enfants, exigeaient des présents des plus riches, les réduisaient en esclavage ou bien les attachaient à la terre en qualité de colons. Même des enfants de grandes familles barbares furent emmenés en servitude ?.
Une telle multitude était dangereuse si elle restait agglomérée. Les ordres de l'empereur prescrivaient de la disperser par tous les moyens. Les vieillards, les femmes, les enfants, tous ceux que leur faiblesse rendait inoffensifs seraient répartis entre différentes provinces et y serviraient d'otages, répondant pour la fidélité de la population virile. Il y eut ainsi des groupes déportés en Asie Mineure, mais l'opération commencée ne fut pas conduite à bonne fin. La cupidité de quelques hauts fonctionnaires, entre autres le comte Lupicinus et le duc Maximus, y mit obstacle“. Ils permirent même à un bon nombre de barbares de garder leurs armes 5. De son côté, le gouvernement commit l'imprudence de dégarnir ses légions, de renoncer à la conscription de cette année, et de renvoyer beaucoup de vétérans, dans la pensée que les nouveaux venus étaient déjà de fidèles soldats 6. _ Après une année, les Wisigoths se lassèrent d'être en butte aux exactions de leurs gardiens ; ils se plaignirent des officiers romains qui rapinaient sur les vivres ? et les contraignaient, pour se procurer du pain, de la viande et du vin à vendre leurs esclaves | et même leurs enfants . Ils se révoltèrent, tombèrent sur un corps de troupes indigènes préposé à leur garde et le taillèrent en pièces, mettant en fuite les officiers | romains. Dès lors, ils se mirent à ravager la Thrace. L'empereur, qui guerroyait contre les Perses, envoya contre les Wisigoths révoltés quelques légions tirées d'Arménie, que rejoignirent des cohortes venues de Gaule. L'armée romaine, très inférieure en nombre et commandée par Profuturus, Trajanus et Richomer livra bataille près d’un endroit nommé Sali ces, au nord de l’Hémus, et fut victorieuse. Ammien dit que les Romains repoussèrent les barbares du champ de bataille, mais que cet avantage coûta très cher ; on réussit un moment à pousser les vaincus dans les gorges de l'Hémus et à les y enfermer. Alors les Goths appelèrent à eux des bandes d'Alains et de Huns et forcèrent le passage des défilés, débordèrent en Thrace, la ravagèrent horriblement et s'avancèrent jusqu’à Constantinople. Quelques succès locaux remportés par des officiers romains, Frigeridus, Sebastianus, ne pouvaient suffire à dégager le pays. Valens revint d'Antioche, dégagea Constantinople et poursuivit les Goths jusqu'à Andrinople, refusant la paix qu’on lui demandait. Sans attendre l’arrivée de l’empereur Gratien qui lui amenait de la Gaule une armée, Valens livra bataille, fut vaincu et tué (378) ?, Les Goths avaient lutté afin de défendre leurs rapines : vainqueurs, ils continuèrent à piller, mais au lieu de se contenter des campagnes ils convoitèrent les villes 1%, Cependant ils ne purent emporter d'assaut Andrinople et ne furent pas plus heureux en s'attaquant à Périnthe ; néanmoins, ils s’avancèrent vers Constantinople et furent repoussés : tous ces échecs leur coûtèrent beaucoup de monde 1 ! et eurent pour conséquence une débandade dans la direction du Nord : exinde digressi sunt per Arcloas provincias 1 ?, Ces pillards étaient au ferme de leurs méfaits. Théodose, récemment associé à l'empire, préparait à Thessalonique une nouvelle armée dans les rangs de laquelle se trouvait un contingent goth commandé par un de leurs compatriotes, nommé Modarès 1#, Celui-ci livra bataille aux pillards de sa nation, les extermina, reprit leur butin et, s'emparant de leurs 4 000 chariots, emmena prisonniers leurs femmes et leurs enfants 1. « À partir de ce moment, écrit Zosime, la Thrace fut en paix, les barbares étant anéantis. » Les débris des bandes qui avaient vaincu à Andrinople errèrent un moment entre la Gaule et la Pannonie 15 et on n'est pas certain du sort qu'elles subirent. Zosime, après avoir dit que, rejetées en Pannonie par Gratien, elles se préparèrent à envahir l'Épire, n'en parle plus, et la suite du récit montre bien que leur projet ne fut pas réalisé, Suivant Jordanès, ces bandes seraient entrées comme fédérées au service de l'empire. Ce qui est sûr, c'est qu'elles ne firent plus d'incursion, que deux autres bandes qui essayèrent encore de passer le Danube et d’envahir l'empire furent vaincues et détruites par un général romain nommé Promotus 15, qu'enfin les envahisseurs disparurent et que dès l’année 380 les provinces retrouvèrent la paix et la prospérité.
A partir de cette date, nous ne voyons plus dans l'empire de Théodose d’autres Wisigoths que ceux qui sont soldats de l'empire. « Les Goths, dit Zosime, ne portèrent plus aucun trouble aux Romains, et tous les hommes d'Athanaric s’attachèrent dès lors à défendre les frontières de l'empire 7. » Paul Orose rend le même témoignage 1% et Jordanès est plus explicite encore : « Toute l’armée des Goths, dit-il, se mit au service de Théodose, s'assujettit à l'empire romain et, sous le nom de fédérés, s'associa aux soldats de l'empire 2° ; » lors de l'expédition de 392 contre le tyran Eugène (voir Dictionn., t. v, au mot FLAVIEN, Nicomaque). Théodose comptait dans son armée 20 000 de ces fédérés « dont il connaissait la fidélité et l’attachement “0 », En cette même année 392, le jeune Alaric reçut de Théodose le commandement d'un contingent goth et fit, à sa tête, la campagne en Italie #1, Au retour de la campagne, Alaric reçut pour prix de ses services un grade élevé et des titres de dignités romaines ??, Cela ne lui suffit pas ; trois ans plus tard, il ambitionne le titre de magister militum qui lui donnerait le commandement de toute l’armée, et ne peut l'obtenir. Le ministre Rufin l'ayant autorisé à joindre à sa troupe des barbares de toute nation et à quitter ses cantonnements, Alaric en profita pour piller la Thessalie, la Grèce centrale et le Péloponnèse, revint en Épire et fut cantonné en Thrace et en Illyrie.
Quelques années se passèrent ainsi, jusqu'à ce que, las de cette vie soumise et disciplinée, Alaric reprit avec ses Goths le chemin de l'Italie ; il rencontra sur son chemin une armée impériale commandée par Stilicon qui l’arrêta et le vainquit à Pollentia. Encore un laps de quelques années et on retrouve Alaric en Épire, à la tête d’une armée. Cette fois, il est d'accord avec Stilicon et chargé par celui-ci d'enlever l’Illyrie à Arcadius pour la faire entrer dans l'empire d'Honorius ; mais l'exécution de ce projet se trouve retardée | XVI, 4 — 1 ! Ammien, XAXI, xv, 16. — 1 : Ammien,
VIIL — 44
pm 2 qe pee UE ER a Va + k z = 1379 par les événements : invasion de Radagaise en Italie, usurpation de Constantinus en Gaule ; aussi, en 408, Alaric réclame la solde qui lui est due et, sur les explications données par Stilicon, on lui alloue 4 000 livres d'or.
Ici se place une révolution intérieure dont le récit, le plus clair que nous en ayons, est dans l'historien Zosime 1. On y voit que le chrétien Olympius en fut l'instigateur ; que ce furent surtout les troupes indigènes qui l’accomplirent, avec l'assentiment assez visible de l’empereur. Les païens avaient compté sur Stilicon et attendaient de lui le relèvement de leurs temples, les chrétiens prirent les devants et massacrèrent les fonctionnaires Némorius, Petronius et Salvius, le magister militum Chariobaude et le préfet du prétoire Limenius. Les fédérés barbares prirent parti les uns pour Olympius, les autres pour Stilicon, qui fut arrêté et mis à mort par le Goth Sarus, ainsi que le cubiculaire Deutérius et le chef des notarii Petrus 1. Au milieu de la fureur générale, la population égorgea les femmes et les enfants des soldats germains fédérés, qui ne donnaient pourtant à ce moment aucun sujet de plainte ?. Ces Germains indignés quittèrent le service de Rome et se rendirent, au nombre de 30 000, auprès d'Alaric.
Ces détails sont significatifs ; ils montrent de quels éléments se composaient les forces d'Alaric. Il est visible qu'il était à la tête non d'une nation, mais d'une armée. Cette armée même, dont le premier noyau était une troupe de fédérés wisigoths, s'était peu à peu grossie de fédérés d’autres nations. Ce n'était pas un peuple émigrant qui se déplaçait, c'était une armée de soldats de l'empire qui se mettaient en révolte contre l'empire. D'ailleurs, d’autres fédérés goths, avec un chef nommé Sarus, restaient fidèles au gouvernement | romain.
Alaric marcha sur Rome pour venger Stilicon, prétendant se faire livrer « tout l'or et tout l'argent qui se trouvaient dans la ville, ainsi que tous les objets de prix et tous les esclaves de nation barbare. » Il se contenta de 5000 livres d’or, 30 000 livres. Moyennant cela, il s'éloigna, promettant fidélité à l'avenir. L'empire lui promit en outre une solde annuelle, une quantité déterminée de vivres et le droit d'habiter avec les siens dans la Vénétie, le Norique et la Dalmatie *. Alors Alaric réclama de nouveau le titre de magister militum que l'empereur refusa : le barbare marcha sur Rome, puis négocia, consentit à plus comme cantonnement que le Norique et s'en remettant à l'empereur pour le chiffre de la solde et sur Rome pour y faire nommer un autre empereur, qui fut Attalus, lequel conféra aussitôt à Alaric le titre. Le royaume est une concession de terre faite par l'empire. L'ambitionné. L'accord ne dura guère. Alaric détrôna Attalus et renvoya les insignes impériaux à Honorius, qu'il reconnut comme empereur et avec qui il négocia une nouvelle convention, sans succès d'ailleurs. Pour la troisième fois, Alaric revint à Rome et accorda à ses troupes trois jours de pillage. Orose et Sozomène — le récit de Zosime s'arrête un peu plus tôt — rapportent ces faits de manière très calme, ils n'ont pas un mot de malédiction ou de haine contre ce ravageur. Ces écrivains chrétiens lui savent gré de n'avoir pas mis le feu aux églises et peut-être on ne voit point la constitution d'un royaume indépendant, encore plus de n'avoir pas ordonné le relèvement des temples païens. Orose ajoute que Rome ne fut nullement ruinée, que la population demeura nombreuse, que la ville resta debout. Au bout de trois jours, Alaric emmena son armée chargée de richesses vers le sud de l'Italie. Il essaya de passer en Sicile, mais une partie de son armée périt en mer.
Après Alaric, les Goths eurent pour chef Ataulph. Celui-ci, en 412, entra en Gaule. Jordanès dit que ce fut à titre d'allié de l'empereur ; quoi qu'il en soit, sa présence effraya les Francs et les Burgondes, qui s'éloignèrent, mais la Gaule n'y gagna rien, car on peut croire que les nouveaux venus commirent eux-mêmes beaucoup de dévastations. Jovinus s'étant proclamé empereur, Ataulph se déclara pour lui, puis le trahit, l'assiégea dans Valence et le livra à Honorius, dont il épousa la sœur Placidie à Narbonne, suivant tous les rites romains (voir Dictionnaire, t. VI, col. 247). Brouillé avec Honorius, Ataulph proclama Attalus, puis revint à Honorius et s'engagea à le servir fidèlement et à employer les forces des Goths à la défense de l'État romain. Quelques mois plus tard, il quitta Narbonne — peut-être en fut-il chassé — et passa en Espagne, où il périt assassiné.
Wallia lui succéda ; après une velléité de passer en Afrique, à laquelle une tempête coupa court, noyant une partie de ses soldats, il fit sa paix avec Honorius, lui remit des otages et s'engagea à braver désormais tous les périls pour la défense de l'empire romain et à combattre tous les barbares qui s'étaient établis en Espagne. En 415, Wallia renouvela le traité avec le patrice Constantius, qui continuait à représenter l'autorité impériale en Gaule, et il fit la guerre aux Alains et aux Vandales. En 416, Wallia fit de grands massacres de barbares en Espagne au compte de l'empereur. En 417, il écrase les Vandales, extermina les Alains. En 419, Constantius le rappelle en Gaule et lui donne des cantonnements dans l'Aquitaine, depuis Toulouse jusqu'à l'Océan ; se des Aquitanica a Tolosa ad Oceanum acceperunt, écrit Idace, et Prosper d'Aquitaine : data ei ad inhabitandum Secunda Aquitania et quibusdam civitatibus confinium provinciarum. On le voit, une fois de plus, il ne s'agit pas de conquêtes. Les récits de Jordanès et d'Isidore de Séville sont d'accord avec ceux d'Idace et de Prosper ; ils nous montrent d'une part Constantius, qui représente l'autorité impériale dans la Gaule, et d'autre part, Wallia, qui commande une armée de Wisigoths en Espagne. Wallia n'est plus aux prises avec Constantius ; il ne fait la guerre qu'aux barbares qu'il poursuit au nom de l'empire. Il n'entre en Gaule, en 419, que sur l'appel de Constantius, et il s'y établit, renonçant au grade de maître de la milice, ne demandant, parce que le représentant de l'empire lui donne, en récompense des services rendus en Espagne, ce qu'il était habitué à donner à ses auxiliaires, des terres à cultiver et une province à gouverner. Le vrai fondateur du royaume wisigoth en Gaule n'est pas Ataulph, mais Wallia, et l'origine de ce royaume reste à déterminer.
La nature de cette concession. Si on examine les textes qui la mentionnent, on n'y trouvera pas que Constantius ait fait un abandon complet du pays aux Wisigoths, qu'il le leur ait donné en propre, qu'il en ait fait un royaume indépendant. Les écrivains s'expriment autrement. Idace dit : « Les Goths reçurent une résidence, » se des acceperunt ; Prosper : « On leur donna l'Aquitaine à habiter, » ad inhabitandum ; Philostorge : « Ils obtinrent de l'empire des vivres et des terres à cultiver. » Dans tout ceci, il y a plutôt la concession d'un cantonnement.
Ce qui est bien certain, c'est que les Goths ne s'établirent pas par force, mais en vertu d'un traité ou d'un contrat, dont nous ne connaissons pas les termes et dont il ne reste aucun passage textuel. Il est permis de conjecturer que ce contrat entraînait des obligations réciproques : séjour, droits de jouissance des terres publiques, droit de perception des impôts d'un côté, de l'autre engagement de fidélité, de service militaire, d'obéissance aux lois de l'empire. Ce contrat fut tour à tour exécuté et violé. Ce qui rendait chancelante la fidélité des Goths, c'était l'instabilité même du gouvernement impérial. Empereurs, usurpateurs, tyrans, se remplaçaient, se succédaient, sans qu'il fût aisé de discerner le plus légitime. Les Goths voulaient bien obéir à un empereur romain à condition de le choisir. Les hauts fonctionnaires impériaux les ménageaient, les flattaient. Le comte Agrippinus, qui gouvernait pour l'empereur le midi de la Gaule, imagina, pour s'attacher les Goths, de leur livrer Narbonne et la Narbonnaise jusqu'au Rhône. On devine bien que cette subordination ne pouvait pas durer. Sous le roi Euric, elle cessa. Il avait, dès les premières années de son règne, fait des conquêtes en Espagne ; en Gaule, il obtint de l'empereur Népos la cession de plusieurs provinces et, entre autres, de la Lyonnais et de l'Auvergne ; enfin, « voyant tous ces changements d'empereurs et combien l'empire branlait, il occupa dès lors en souverain, jure suo, la Gaule et l'Espagne ; » ainsi s'exprime Jordanès. L'autorité impériale n'exista plus pour lui.
Tel est le récit des différentes phases par lesquelles les Wisigoths sont passés pour arriver à former un royaume indépendant. On voit bien que tout cela ne ressemble ni à une migration de peuple ni à une conquête par la force. Les chroniques ne signalent pas qu'ils aient remporté aucune victoire sur les armées romaines. Elles disent que les provinces leur ont été données spontanément, l'Aquitaine par Honorius, la Narbonnaise par Sévère, l'Auvergne par Népos. Elles indiquent un fœdus, c'est-à-dire un lien contractuel entre eux et l'empire, jusque vers l'an 476, et ne parlent d'un royaume officiellement séparé qu'à cette date. On dira peut-être qu'ils sont arrivés au même résultat que s'ils avaient dès l'abord conquis le pays. Mais il y a une grande différence entre un établissement qui s'opère par degrés en soixante ans ou une invasion brusque qui se serait opérée par la seule violence.
Les Burgondes, et les rattache au groupe qu'il appelle du nom de Vandili. Le géographe Ptolémée cite un nom qui se rapproche assez du leur : Bouyobvrec et Poupgyivec. Aucun historien ne parle d'eux avant le IIIe et même avant la fin de Ce. Orose remarque que, vers la fin du IVe, leur nom était nouveau. Le même Orose nous dit encore ceci : « Au temps où Drusus et Tibère conquirent la Germanie, ces hommes furent distribués dans les camps romains, et, comme les habitations agglomérées sur les confins militaires de l'empire, sont appelées en langue vulgaire burgi, ils tirèrent de là leur nom de Burgondes. » Cette assertion doit être rapprochée de celle d'Ammien, qui écrit que les Burgondes « savent qu'en remontant aux temps antiques, ils sont de race romaine », ce qui veut dire qu'ils appartenaient par l'origine à un peuple ayant fait partie de l'empire romain. Cette même opinion est admise et répétée par Isidore de Séville, par les auteurs des Vies de saint Sigismond et de saint Faron, on la retrouve dans Liutprand, d'où l'on peut au moins conclure que, depuis le IVe jusqu'au Xe, les hommes ont cru que les Burgondes, tout en étant Germains de race, avaient été soumis à Rome et avaient fait partie intégrante de l'empire, dont ils avaient été chargés de défendre les frontières.
En 413, les Burgondes obtinrent une partie de la Gaule dans le voisinage du Rhin, Qu et à quel titre, c'est ce que les chroniqueurs ne nous apprennent pas. Vers 418, leur établissement est solide ; ils sont catholiques, font bon accueil aux prêtres romains et leur obéissent, ils vivent avec douceur et traitent les Gaulois non en sujets mais en frères. Socrate leur rend le même témoignage. « Ils mènent, dit-il, une vie très calme : ils sont presque tous maçons ou charpentiers et vivent du salaire que ces métiers leur procurent », et Cassiodore copie Socrate en disant : isti vitam quietam agunt et pene omnes fabri lignorum sunt ex qua arte pascuntur.
Mal leur en prit de renoncer à ces mœurs paisibles ; en 435 ou 436, ils se révoltèrent contre l’empire romain, furent écrasés et presque détruits par Aétius, qui n'accorda la paix qu'à leurs supplications. Ce désastre fut suivi d'un autre, les Huns fondirent sur les malheureux Burgondes, en firent un grand carnage et firent périr toute leur famille royale. Celui qu'on désigne sous le nom de Prosper Tyro dit que ce qui restait de cette malheureuse nation fut autorisé à résider en Sabaudie et à se la partager avec les habitants : Sabaudia Burgundionum reliquiis datur cum indigenis dividenda.
Que devinrent ces Burgondes au cours des vingt années qui suivirent ? Personne, parmi les contemporains, ne parle d'eux, ne fait allusion à eux, ni Sidoine Apollinaire, ni Salvien, ni Eucher, ni Paulin de Pella, ni Paulin de Périgueux : D’après Grégoire de Tours, vers 450, les Burgondes habitent au delà du Rhône, c’est-à-dire sur la rive gauche. Un siècle et demi ou deux siècles plus tard, nous lisons dans la Chronique de Marius d'Avenches « qu'en 456 les Burgondes occupèrent une partie de la Gaule et partagèrent les terres avec les grands propriétaires gaulois ». Plus tard, l’auteur de la Vie de saint Sigismond écrit qu’ « au temps de l’empereur Valentinien, les Burgondes entrèrent dans les Gaules et, à la façon des barbares, envahirent les contrées soumises à l’autorité impériale : s'étant donné un roi nommé Gundioc, ils massacrèrent tous les Romains habitants des Gaules que la fuite ne put sauver, et le petit nombre qui échappa à leur glaive vécut sous leur domination. » Il semble bien que ces assertions tardives et probablement intéressées ne sauraient prévaloir contre le silence unanime des contemporains.
Il est impossible que les Burgondes aient conquis la Lugdunaise entre 456 et 461, car l’année 457 est marquée dans cette partie de la Gaule par la tentative de Marcellianus pour se faire proclamer empereur. L'empereur Majorien marcha contre lui, le vainquit, tout ceci nous est rapporté avec force détails par Sidoine Apollinaire qui ne fait aucune allusion aux Burgondes, conquérants et maîtres de la Lugdunaise ?
Vers cette même époque, les rois des Burgondes se trouvaient en Espagne. Jordanès rapporte en effet que le roi des Wisigoths, Théodoric, qui était alors l'allié de l’empire et qui faisait la guerre aux Suèves, avait dans son armée « à titre d'auxiliaires et de fidèles » les deux rois burgondes Gundioc et Chilpéric. Nul ne pensera qu'il s'agisse ici de la nation des Burgondes qui se serait transportée en Espagne : il ne peut être question que de deux bandes guerrières à la solde du roi des Wisigoths pour guerroyer contre d'autres Germains.
C'est une erreur quand on parle de peuples barbares de se les représenter et les faire intervenir toujours par masses compactes, tandis qu'en réalité nous nous trouvons ordinairement en présence de groupes distincts. Nous venons de parler de deux rois burgondes : Gundioc et Chilpéric. Quels sont-ils ?
En 463, Gundioc, revenu d'Espagne, résidait dans la Viennoise et portait le titre de magister militum. Vers le même temps, Chilpéric est de même magister militum et jouit de l'estime et du respect dans la Viennoise et dans la Lugdunaise. On se trompe probablement quand on se figure que ces Burgondes de la Viennoise et de la Lugdunaise sont le même peuple.
Les documents qui rapportent ces faits ne marquent pas les étapes successives d'un même peuple en marche ; nous avons affaire à des groupes distincts et même étrangers les uns aux autres. La dynastie de 4 rois burgondes commence à ce Gundioc qui occupa la Viennoise en 456. Comment, par quels moyens, à quels titres s'est faite cette occupation, c'est ce que nous ne savons pas, mais aucun indice ne permet d’y voir une conquête aux armes à la main. Il serait plus vraisemblable que Gundioc, ramenant sa bande guerrière d'Espagne, se soit mis au service de Majorien, ce qui est possible puis que nous savons que Majorien avait des Burgondes « dans son armée ». Gundioc y aura gagné le titre de magister militum et celui de vir illuster.
Le fils de Gundioc, Gondebaud, passa plusieurs années de sa jeunesse en Italie et paraît avoir exercé des fonctions ou des dignités assez importantes pour qu'il lui fût permis d'intervenir dans les affaires de l'empire. En 472, il reçut de l’empereur Olybrius le titre de patrice, et en 473, il porta Glycérius au trône impérial. Tout cela ne l'empêchait pas d’être roi des Burgondes et l'aidait peut-être à gouverner la population gauloise.
Sigismond, fils de Gondebaud, faisait écrire par son ministre Avitus à l'empereur Anastase : « Mes ancêtres ont toujours été dévoués à l'empire ; rien ne les a plus honorés que les titres que leur a conférés Votre Grandeur ; tous mes parents ont brigué les dignités que donnent les empereurs, les tenant en plus haute estime que celles qu'ils avaient de leurs pères. » Le roi burgonde, à son avènement, croyait de son devoir de faire acte de subordination à l'empire, et il envoyait à la cour un ambassadeur portant une lettre dans laquelle il disait : « A la mort de mon père, qui vous était très fidèle et qui était l’un des grands de votre cour, je vous ai envoyé un de mes conseillers, ainsi que c'était mon devoir, sicut debebam, pour mettre sous votre patrocinium les premiers débats de mon service. Mon peuple vous appartient ; je vous obéis en même temps que je lui commande, et j'ai plus de plaisir à vous obéir qu'à lui commander. Je parais roi au milieu des miens, mais je ne suis que votre soldat. Par moi vous administrez les contrées les plus éloignées de votre résidence. J'attends les ordres que vous daignez me donner ».
Dans une autre lettre, Sigismond remercie l'empereur de lui avoir accordé trois choses : militiæ fasces, c'est-à-dire un haut commandement ; aulæ confubernium, c'est-à-dire une dignité de cour et un titre tel que celui de comte ou de patrice ; enfin venerandam romani nominis participationem, la sainte participation au nom romain.
Les Francs se montrèrent plusieurs fois à la Gaule en qualité de ravageurs. En 241, un tribun de légion suffit à les arrêter ; en 263, d’autres Francs réussirent à traverser la Gaule et gagnèrent l’Espagne, on ne sait ce qu'ils devinrent ; en 277 et en 293, Probus et Constance mettent à mal des envahisseurs francs ; en 342 et 344, ils subissent de nouvelles défaites ; Julien, à son arrivée en Gaule, trouva des Francs qui la pillaient ; il s'attaqua d'abord aux Saliens, qui ne firent aucune résistance et se livrèrent avec leurs armes et finirent par demander humblement la paix.
Ensuite, vint le tour des Attuaires, établis sur la rive droite du Rhin : ils acceptèrent les conditions de paix du vainqueur. Mais, en 388, les Francs envahirent de nouveau la province romaine de Germanie, menacèrent Cologne et, quoi que vaincus par les généraux romains dans la forêt Charbonnière, purent retourner chez eux. D'autres Francs s'étaient mis au service de l'empire et avaient été bien accueillis, on peut même dire, probablement, attirés par Postumus. Sous Julien, les Saliens s'étant présentés en suppliants furent autorisés à vivre, avec tous les leurs, sur le sol romain ; ils formèrent un corps de troupe qu'on retrouve encore un demi-siècle plus tard. Il y eut aussi des Francs colons et laboureurs.
Eumène, dans un de ses Panégyriques, nous apprend que les Francs étaient utilisés pour aider à la culture. Il y eut des lètes, probablement en grand nombre. La Notitia dignitatum nous apprend qu'au début du Ve l'empire avait une garnison de lètes francs à Rennes. Il y a des corps de Saliens, de Bructères, d'Ampsivariens casernés en Gaule ; un corps de Saliens caserné en Espagne, un autre à Constantinople ; en Égypte on trouve un escadron de Francs et une cohorte de Chamaves ; en Mésopotamie une cohorte de Francs.
Priscus, écrivain contemporain, rapporte qu'un roi des Francs étant mort, ses deux fils se disputèrent la royauté : l'aîné alla solliciter l'appui d'Attila, le cadet se rendit à Rome où Priscus le vit. « Il était encore fort jeune, écrit-il, et l'on remarquait sa longue chevelure blonde qui lui tombait sur les épaules. » Aétius lui fit bon accueil, l’adopta comme fils, le combla de présents et en fit un allié et fédéré de l'empire. L'épisode bien connu de Childéric (voir TOURNAI) n'est pas moins intéressant. Il nous montre ce roi, chassé par ses sujets, peut-être à l’instigation du magister militum Egidius qui, s'il ne prit pas lui-même le titre royal (très inférieur à celui qu'il portait dans la hiérarchie impériale), n’en tint pas moins la place du roi exilé et se fit, lui, grand officier romain, obéir directement par les Francs. Egidius alla plus loin, il chargea un subregulus d’administrer le petit État franc, Il levait des impôts qu'il remettait à Egidius, lequel leur faisait prendre le chemin de la capitale de l'empire. Au dire de Frédégaire, ces impôts furent portés à trois sous d’or par famille et les Francs s'y soumirent : ; il est vrai qu'on ne les ménageait pas, puis que Egidius fit mourir une centaine de Francs. Ces faits se trouvent dans un chroniqueur qui a vécu deux siècles après les événements qu’il rapporte : on l’a donc accusé de les avoir imaginés. On ne voit pas très bien cependant comment et pour quoi. On ne s'explique pas mieux en invoquant une légende. Celle-ci, qui traite les Francs en sujets et en tributaires, n'a pu prendre naissance après les grandes victoires de Clovis, elle ne peut dès lors prendre place qu'entre Chilpéric et les premières années de Clovis, ce qui est l’époque même, ou bien peu s'en faut, à laquelle les faits se seraient passés. Ces impôts et ces condamnations à mort concordent assez bien avec « ce joug très dur des Romains » dont le Prologue de la Loi salique conserve le souvenir.
Quelques années après son exil volontaire, Childéric revint de Thuringe. Il avait appris qu'Egidius refusait de reconnaître l’empereur Sévère, il alla le trouver et lui dit : « Ordonne que moi, ton serviteur, j'aille en Gaule et je te vengerai d’Egidius. Il y fut envoyé, bien muni d'argent, guerroya quelque temps contre Egidius ; ensuite, lorsqu'Egidius fit sa paix avec l'empereur, il se réconcilia aussi avec le roi franc qui continua à servir Rome et à se battre pour elle. Il mourut et fut enterré à Tournai en 481. Clovis, son fils, lui succéda. L'histoire de ce prince est remplie d'obscurités. Aucun contemporain n'a écrit l'histoire de Clovis. Grégoire de Tours, qui vient quatre-vingts ans après sa mort, n'a à sa disposition que des souvenirs et des traditions déjà vagues et altérées : aussi n’essaie-t-il même pas de tracer un véritable tableau historique du règne ; mais, également en rapport avec les Romains et les Francs, il a pu recueillir les souvenirs des uns et des autres. Frédégaire ne fait qu'abréger Grégoire, Marius d'Avenches ne s'occupe que de ce qui a rapport aux Burgondes, Isidore de Séville et le moine de Saint-Denis, auteur des Gesta regum Francorum, écrivent l'un au vi, l'autre au vii siècle. Les Vies de saints sont plus importantes, notamment saint Remi, sainte Geneviève ; on trouvera aussi quelques détails à retenir dans les vies de saint Mélanius, sainte Clotilde, saint Vaast, saint Regule, saint Déodat, saint Sacerdos, saint Germer, saint Maixent, saint Extadius, saint Césaire d'Arles. Certaines lettres d'Avitus de Vienne, du pape Anastase, de saint Remi de Reims, du roi Théodoric sont importantes, ainsi que les actes des conciles d'Agde (506) et d'Orléans (511).
À la date de l'avènement de Clovis (481), on connaît plusieurs rois de peuplades franques : Ragnacaire à Cambrai, Sigebert à Cologne, Rignomer au Mans, Chararic et « beaucoup d'autres ! » Tous semblent être d'assez minces personnages et, à l'exception de Clovis, ne s'aventurent pas dans les grandes entreprises. Clovis lui-même, à l’origine, ne paraît pas bien fort ; mais nous ignorons la force numérique de son peuple. Cependant, en 496, Grégoire de Tours nous apprend que « le peuple franc tout entier, omnis populus, s'écria qu'il était prêt à adorer le dieu des chrétiens » et il y eut plus de 3 000 Francs qui reçurent le baptême : baptizati sunt amplius tria millia*. Ainsi, dans la pensée du chroniqueur, trois mille Francs ‘représentaient à peu près l'unanimité du peuple, non compris, bien entendu, les femmes et les enfants. Si Clovis n'avait pas plus de guerriers francs en 496, époque où il était déjà puissant, il devait en avoir moins encore en 481.
Lorsqu'il succéda à son père, Clovis n'avait que quinze ans. Grâce à une lettre quelconque adressée à Remi de Reims, — à supposer qu'elle soit authentique, — et qui semble écrite au début du règne, antérieure à l’année 486, nous pouvons prendre une idée de la situation du jeune roi à l'égard des populations romaines, des pays sur lesquels il régnait ; on y lit ceci : « Au seigneur insigne et magnifique, au roi Clovis, Remi évêque. Le bruit est parvenu jusqu'à nous que tu as pris en mains la fonction de chef militaire. Il n’est pas étonnant que tu commences à être ce que tes ancêtres ont toujours été. Il faut maintenant agir de telle sorte que le jugement de Dieu continue à te soutenir, car c'est en récompense de ton humilité qu'il t'a fait parvenir à cette dignité très haute.... Tu dois approcher de toi des conseillers qui te fassent une bonne réputation. Ta faveur doit être intègre et pure. Tu devras honorer tes évêques et recourir à leurs conseils. Si tu es d'accord avec eux, tout ira bien dans ta province. Élève les citoyens, soulage les affligés, protège les veuves, nourris les orphelins, afin que tous t'aiment et te craignent en même temps. Que la justice sorte de votre bouche ; ne demandez rien aux pauvres et aux étrangers, ne recevez pas de présents. Que ton prétoire soit ouvert à tous, et que personne n’en sorte avec un cœur triste. Les richesses que ton père t'a laissées, emploie-les à racheter les captifs, à affranchir les esclaves. Que personne ne se sente étranger devant tes yeux. Plaisante avec les jeunes gens, mais traite les affaires avec les vieillards ; si tu veux régner, il faut que l’on reconnaisse en toi un homme supérieur. » Tout cela est si vague, si impersonnel, si romain que, sans les noms de Clovis et de Remi, on serait disposé à y voir l'épitre en style protocolaire adressée par n'importe quel évêque à n'importe quel haut fonctionnaire impérial. Il n'y a que l'expression de la fin, Si vis regnare, qui indique que le personnage est un roi en même temps qu'un fonctionnaire, lequel admis étaient en vigueur dans les générations précédentes.
Il commença sa carrière conquérante en luttant contre son voisin, juge dans son prétoire, a des conseillers et des évêques, gouverne des citoyens. Il est vrai, que ni l'empire ni l'empereur ne sont nommés, rien n'autorise à croire ou à dire que la dignité dont Clovis est revêtu soit une fonction donnée par l'empereur, mais, dans la pensée de l'évêque Remi, il s'agit des mêmes fonctions qui, peu de temps auparavant, étaient conférées par les empereurs ; il s’agit de fonctions reconnues dans l'empire. Remi ne voit pas dans Clovis « un conquérant ou un fils de conquérant. L'autorité qu'il exerce sur la population romaine ne résulte pas d'un acte de force, elle est une juridiction régulière qui procède des mêmes principes de gouvernement qui Il paraît donc que Clovis était, en même temps, roi « parmi les Francs et exerçait vis-à-vis des Romains « l’autorité des anciens fonctionnaires. Depuis longtemps, l'empire ne plaçait plus de fonctionnaires civils auprès des fonctionnaires militaires, de sorte que les chefs barbares exerçaient, en vertu de leur lien de fédérés, la double autorité civile et militaire. Ces chefs agissaient vis-à-vis de leurs soldats suivant les usages germaniques ; vis-à-vis des indigènes qui habitaient leurs provinces, ils agissaient suivant les règles de l'empire, ils jugeaient et levaient les impôts, non en conquérants mais en fonctionnaires. À leur indépendance, déjà très grande quand l'empereur résidait à Ravenne, devint complète quand on ne le vit plus qu'à Constantinople. Mais cela se fit insensiblement, par l'effet d'un affaiblissement progressif de l'autorité impériale ; révolution presque imperceptible, réelle cependant.
CLOVIS CONQUÉRANT ET DIGNITAIRE. — Clovis Svagrius. Celui-ci était fils du comte Egidius, magister militum ; il ne paraît pas avoir hérité de la fonction et du titre, mais il garda ses soldats et son autorité sur la ville de Soissons. Brusquement, en 486, nous voyons Syagrius qualifié par Grégoire de Tours du titre : Romanorum rex, tandis que d'autres documents l'appellent dux et patricius : d'où on doit conclure qu'un siècle environ après l’époque où vécut le personnage, on ne savait plus quelle avait été sa situation. Fonctionnaire ou souverain indépendant ? Peut-être, dans le grand désarroi créé par l'affaiblissement de l'autorité impériale et l'éloignement de l’empereur, Syagrius s’était-il créé une situation assez vague et indéterminée, régnant en fait dans l'étendue du territoire de quelques cités, sans cesser de reconnaître l'autorité supérieure à condition qu'elle ne le gênât point. Sa situation offrirait beaucoup d'analogies avec celle de Clovis lui-même.
Cette ressemblance aura peut-être fait naître entre eux une rivalité ; quoi qu'il en soit le conflit est certain.
-« Clovis marchant contre Syagrius lui dit de désigner un champ de bataille : on en vint aux mains. Syagrius, voyant son armée détruite, s'enfuit chez le roi Alaric à Toulouse. Clovis demanda au roi des Goths qu'il le lui rendit : Alaric, par crainte des Francs, livra Syagrius enchaîné. Clovis le fit d'abord mettre en prison, puis, ayant pris pour lui son royaume, le fit secrètement frapper du glaive*. La défaite de Syagrius n'eut pas de grands résultats immédiats, il fallut plusieurs années de lutte pour que Clovis se rendit maître du nord de la Gaule, capturant une ville après l’autre. Ce fut seulement cinq années après la mort de Syagrius qu'il étendit son royaume jusqu'à la Seine. À quel titre s'empara-t-il de ces cités ? Comme conquérant pour son compte ou bien comme chef d'armée au service de l'empire ? Nous n'en savons rien. Nous ne savons pas non plus l'opinion et l'attitude des Gaulois à son égard. Clovis ne souleva pas un sentiment commun, une résistance unanime. Chaque cité traita avec lui ou lui résista.
Un silence si général ne peut se laisser interpréter comme signifiant une guerre bien acharnée et bien prolongée. Il ne permet pas non plus de conjecturer l'intervention armée de ce qui restait en Gaule de troupes impériales. A ce sujet nous n'avons rien de plus que ce que dit Procope : « Il se trouvait des soldats de l'empire qui avaient été chargés de la garde des parties les plus reculées de la Gaule. Ces soldats n'ayant plus la possibilité de retourner à Rome, dont ils étaient séparés par les Goths et les Burgondes, et ne voulant pas non plus s'attacher aux Goths, qui étaient ariens et ennemis de l'empire, se donnèrent avec leurs enseignes militaires aux Francs, et leur donnèrent en même temps les territoires qu'ils gardaient pour l'empire. Ils conservèrent, d'ailleurs, les usages de la patrie et les transmirent à leurs enfants, qui les observaient encore de mon temps. Car, aujourd'hui encore, ces soldats sont levés d'après les anciens catalogues de recrutement, d’après les registres matricules qui servaient auparavant à dresser les listes ; c’est sous leurs enseignes d'autrefois qu'ils marchent au combat ; les lois de la patrie se perpétuent chez eux, et ils gardent même l'ancien uniforme militaire des soldats romains ». Ce recrutement inespéré donna à Clovis la possibilité de nouvelles et, désormais, de grandes entreprises dirigées contre les Thuringiens, les Alamans, les Burgondes et les Wisigoths, tous peuples germains.
Il y eut un autre élément favorable à Clovis : la question religieuse. A partir de l'année 496, il était catholique, c'est-à-dire de la même religion que les Gallo-romains, qui devaient lui être plus sympathiques qu'aux autres barbares établis sur leur sol, Burgondes et Goths, ceux-ci ariens. Clovis se fit-il le représentant du catholicisme militant, on n'en a pas la preuve certaine, mais c'est l'attitude que Grégoire de Tours croit qu'il a eue et peut-être aura-t-il jugé d'une habile politique de l'avoir. Avant de partir en guerre contre les Wisigoths, il aurait dit aux siens : « Il me déplaît que ces hommes qui sont ariens possèdent une partie des Gaules ; allons avec l'aide de Dieu et réduisons leur pays en notre pouvoir ». Si ces paroles ont été prononcées et répétées, elles n'ont pas dû manquer leur effet parmi la population catholique gallo-romaine. Elles n'auront pas suffi à la soulever, car, obéissante aux Goths, elle combattit sous leurs ordres contre les Francs à la bataille de Vouillé, mais elles firent à Clovis des partisans décidés à se compromettre pour lui. « Beaucoup, dit Grégoire de Tours, désiraient ardemment avoir les Francs pour maîtres ». Grégoire ne cite que le seul évêque de Rodez, Quintianus, que les habitants de sa cité chassèrent « parce qu'il voulait se soumettre à la domination des Francs ».
Ceci se passait avant la victoire ; après la victoire, le ton aura changé avec l'intérêt : la population gallo-romaine se trouva très disposée à accepter l'autorité de Clovis. Il conquit la Gaule non sur l'empire romain ou sur les populations gauloises, mais sur d'autres chefs qui ne différaient de lui que par le talent, l'ambition et la croyance. Il ne traînait pas un peuple à sa suite, il conduisait une armée ; il conquit la Gaule, il ne l'envahit pas.
« Après sa victoire sur les Goths, Clovis revint à Tours. Il reçut alors de l’empereur Anastase le diplôme du consulat. Il fit son entrée dans la basilique de Saint-Martin, vêtu de la tunique de pourpre et de la chlamyde des consuls, la tête ceinte du diadème. Puis, montant à cheval, et parcourant tout le chemin entre l’atrium de la basilique et l’église de la ville, au milieu d'un grand concours de peuple, il jetait de sa main les pièces d’or et d'argent, et depuis ce moment il fut appelé comme consul et auguste ». L'historien dit que l'empereur envoya à Clovis le diplôme de consul ; c'était un ancien usage de donner le diplôme de cette dignité, on appelait cela codicilli dignitatum ou bien dignitates codicillariæ ; il était d'usage aussi que l'empereur envoyât les insignes de la dignité : ornamenia ou insignia consularia, et, sous l'empire, ces insignes étaient bien ceux que mentionne Grégoire de Tours. Clovis se conforma à la coutume en se montrant au public avec ces vêtements d'apparat et fut désormais traité « comme s'il était consul et auguste », c'est-à-dire qu'il reçut les mêmes formules de politesse et de servilité que, sous l'empire, on adressait à un consul ou à un empereur.
Tout cela offre un caractère romain qui n’est pas fait pour nous surprendre. Pour Clovis, comme pour ses contemporains, l'empire romain existait encore, l'événement de l'année 476 ne l'avait pas détruit, pas même amoindri, mais simplement concentré, comme avant Dioclétien, entre les mains d'un seul empereur résidant à Constantinople. A l'instigation d'Odoacre, le sénat de Rome avait envoyé une députation à l’empereur Zénon pour lui dire « que l'Occident n'avait pas besoin d’un empereur particulier et qu'il suffisait d'un seul empereur commun aux deux régions ». En même temps, Odoacre sollicita pour lui-même « le titre de patrice et le gouvernement de l'Italie ». Zénon accorda tout : ainsi, en 476, aux yeux des populations, il n’y eut qu'un changement : au lieu de deux empereurs on en garda un seul, qui résidait à Constantinople. Lorsqu'il voulut enlever l'Italie à Odoacre, Théodoric s’en fit donner l'autorisation par l'empereur, comme ce fut de l’empereur qu'il obtint l'autorisation « de quitter l'habit d'homme privé et le costume de sa nation, et de revêtir le manteau impérial comme roi des Goths et des Romains à la fois ». Cette différence rappelle ce que nous avons lu dans une lettre du roi des Burgondes, Sigismond, elle nous amène à comprendre l'attitude de Clovis.
Celui-ci fit ce qu'il voyait faire à presque tous les chefs germains, il se para du titre et des vêtements consulaires, comme d’autres se drapaient dans ceux de patrice. Il est possible qu’il fut assez intelligent pour en faire peu de cas, mais il savait ce qu'il en pouvait retirer de profit et cela lui suffisait. Le prestige de l'empire survivait à sa force et à sa grandeur ; l'institution demeurait pour la multitude ce que fut plus près de nous pour de nobles intelligences le droit divin, la légitimité. En présentant aux populations la lettre de l’empereur Anastase, Clovis acquérait sur elles une autorité légale. Son droit à les gouverner ne pouvait venir de son titre de roi des Francs, qui n'était rien pour elles, ni du droit de conquête, puisqu'il ne les avait pas réellement conquises. Le seul principe avouable de son pouvoir était cette lettre de l'empereur qui, en le faisant un dignitaire de l'empire, lui confiait une sorte de délégation sur une province qui restait théoriquement une partie de cet empire. Les fils et les petits-fils de Clovis entretinrent, à son exemple, des relations suivies avec la cour de Constantinople ; s'adressant aux empereurs ils leur donnaient le titre de dominus. Théodebert écrivait à Justinien comme « au maître illustre et glorieux, triomphateur et toujours Auguste : » Childebert s’adressait à Maurice « le sérénissime prince de l'empire romain, notre père, notre empereur ». Pendant plusieurs générations, les monnaies qui furent frappées en Gaule à Lyon, à Reims, à Metz, à Trèves, à Cologne, portèrent l'effigie des empereurs de Constantinople : au lieu d'y lire les noms des rois Francs, on lit ceux d'Anastase, de Justin Ier, de Justinien, de Justin II.
À vrai dire, tout cela n'était plus que fiction. L'auteur de la Vita S. Treverii, parlant de l’année 524, dit que « c'était le temps où la Gaule était sous la domination de l’empereur Justin », et parlant de l’année 539, il écrit ; « Alors les rois, laissant de côté les droits de l'empire et ne tenant plus compte de la souveraineté de la république romaine, gouvernaient en leur propre nom et exerçaient un pouvoir personnel ». Ainsi la distinction apparaissait clairement aux hommes du VIe entre l'époque où les chefs germains avaient gouverné comme délégués des empereurs, de celle où ils régnèrent comme souverains indépendants.
Nous n'avons vu nulle part une multitude se ruant de la Germanie sur la Gaule, la submergeant, l'asservissant. Nous n'avons pas vu non plus des rois barbares s'attaquant à l'empire et travaillant à le renverser ; au contraire, ils se confondent en protestations de dévouement et de respect ; leur titre royal ne balance ni ne rivalise en rien avec le titre impérial. Parfois, souvent même, ces subordonnés remuants exigent avec insolence ce qu'il leur plaît d'obtenir, mais s’il leur arrive de détrôner un empereur, ils le remplacent par un autre et se déclarent son sujet.
A partir des fils de Théodose, un grave changement se fit dans l'empire ; il ne compta plus que des armées barbares commandées par leurs chefs nationaux et l’empereur n’exerça plus sur elles une autorité directe. Le pouvoir militaire et le pouvoir civil cessèrent d'être alors dans les mêmes mains. De leur côté, les barbares, qui se sentaient désormais seuls dépositaires de la force, finirent par obtenir deux choses : d'abord, qu’il n’y eût plus de troupes romaines ; les plus élevés de la hiérarchie leur fussent donnés. Dès lors, l’empereur n’eut plus aucune autorité sur les armées. Il resta le chef de l’ordre civil, les rois barbares furent les chefs de l’ordre militaire et le chef militaire tint sous lui l'autorité civile. Il était superflu de supprimer une apparence, on la conserva et il était même avantageux de la conserver parce qu'elle maintenait un ordre de choses qu'on n'aurait eu aucun avantage à détruire.
Cependant, un pareil état de choses ne pouvait se prolonger longtemps, les chefs civils furent bientôt effacés et relégués dans l'ombre ; réduits à l'impuissance, ils finirent par disparaître. Les rois barbares prirent leur place et les rois germains furent à la fois chefs de soldats et gouverneurs de provinces, réunissant toutes les attributions. L'empire avait ainsi des délégués plus puissants que lui. N'ayant plus ni l'obéissance directe des sujets, il n'eut plus guère de souveraineté nominale ; il fut respecté, mais impuissant, on ne lui désobéit plus car il ne commandait plus.
BIBLIOGRAPHIE suivant l'ordre chronologique des publications relatives à la polémique du romanisme in-12, 1596. — Hadr. de Valois, Rerum francicarum… libri VIII, in-fol., Lutetiæ Parisiorum, 1646 ; Notitia Galliarum, in-fol., Parisiis, 1675. — P. Rapin, Introseau, uvres, in-fol., 1678. — Laccary, De origine Francorum, 1677 : on coloniarum.. a Gallis in extremas nationes missarum. — Mézeray, Histoire des Français avant Clovis, 1692 ; 2 vol., La Haye, 1743 ; Histoire de France depuis Pharamond, in-fol., 1643-1651. — Audigier, De l'origine des Francs et de leur empire, 2 vol, 1676. — Tillemont, Histoire des empereurs, 1695 ; t. V, 1720. — Le P. Daniel, Deux dissertations préliminaires pour une nouvelle histoire de France, 2 vol., in-4°, Paris, 1742 : 4 vol. in-12, cf. Journal des savants.
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1395 INVASION GERMANIQUE — INVENTAIRES LITURGIQUES 1396 1
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L'Invasion germani que, 1891 (cf. P. Fournier, Le 4 | dernier livre de M. Fustel de Coulanges, dans Revue des Paris, 1881. — A. de Behault, Étude sur les invasions i
H. LECLERCQ.
INVASIONS NORMANDES, — Ce sujet se trouve exclu, par sa date, de la période de nos étu des, toutefois nous retiendrons une prière, composée vers l'an 900, pour obtenir la grâce d’être délivré des invasions norman des, et insérée dans un antiphonaire de la fin du ix° ou du commencement du Xe 1 :
Summa pia gratia nostra conservando corpora et cuslodita, de gente fera Normannica nos libera, quæ nosira vastat, Deus, regna, senum jugulat et juvenum ac virginum puerorum quo que catervam. Repelle, precamur, cuncta a nobis mala. Converte, rogamus, Domine, suppli ces nos ad te, rex gloriæ, eo qui vera par, salus pia, spes el firma, Dona nobis pacem at que concordiam. Largire nobis spem integram, fidem simul veram, karitatem continuam concede nobis el perfectam. Sanctorum precibus nos adjuvenur ad hæc impetranda, de quorum passione g|r]atulamur modo gloriosa. Sit laus, pax et gloria Trinilali quam maxima cunela per sæcula. Amen. 4
H. LECLERCO.
INVENTAIRES LITURGIQUES. — I. Le
mobilier liturgi que. II. Inventaire de Cirta. ITI. Inventaire d'Héraclée. IV. Carta Cornutiana. V. Inventaire de l'église d'Ibion. VI. Inventaire d'Attanum. VII. Inventaire d'Ashmunain., VIII. Inventaire d'une église égyptienne. IX. Inventaire de Miliza. X. Inventaire de Staffelsee.
I. LE MOBILIER LITURGIQUE. — Il est possible de rassembler des textes, de grouper des monuments, de rapprocher des indi ces ou des conjectures qui permettent de prendre une certaine idée du mobilier
D 1397
ment toute l’érudition suppléée par toute l’ingéniosité ne parvientqu'à des résultats chétifs. Après un dépouillement attentif des écrits de saint Augustin, on ne se trouve guère renseigné sur les vases sacrés, les meub les meublants de l'Église d'Hippone (voir ce mot) ; à peine peut-on dire avec certitude le nombre et le vocable des basiliques et des oratoires. Il en est de même à Antioche avec saint Jean Chrysostome, à Arles avec saint Césaire, partout, en un mot, où on pourrait s'attendre à recueillir une moisson de détails dont l'archéologie tirerait profit. Ces pasteurs avaient d'autres préoccupations que d'instruire la postérité sur un sujet qui leur eût, peut-être, paru futile. Il est vrai qu'en lisant les descriptions rutilantes et grandiloquentes que nous Paulin de Nole, Venance Fortunat et quelques autres versificateurs, nous ne sommes guère mieux renseignés sur les églises, les baptistères, les martyria qu'ils ont la prétention, et peut-être l'illusion, de nous faire voir. A les entendre, tout est d'une magnificence éblouissante, l'or et les pierreries étincèlent partout avec une prodigalité, un éclat inimaginab les. Lorsqu'ils nous apprennent qu'on a prodigué lor et l'argent ou l'électrum (voir ce mot), on doit les en croire, car quelques témoins nous en restent dans les mosaïques sur fond d'or ou fond d'azur ; évidemment, le peuple a été frappé de cette splendeur éblouissante et c'est de cette impression que sont nées certaines appellations comme Saint-Germain-le-Doré, Saint-Michel in ciel d'oro, la Daurade, la Dalbade, etc. Ceci ne nous renseigne que sur la décoration : en ce qui regarde le mobilier point d'émerveillement, auc une description, heureusement il nous reste quelques inventaires.
Ils sont anciens et détaillés ; les plus anciens nous réportent au début du 1v* siècle. On sait que l'empereur Dioclétien tomba gravement malade vers la fin de l'année 303, et la direction des affaires publiques passa en Occident aux mains d'Hercule, en Orient aux mains de Galère. L'exercice, sans contrôle, du pouvoir souverain par ces deux hommes laissait prévoir aux fidè les une recrudescence de persécution ; ce qui arriva dans le courant de l’année 304. En Afri que, les édits de Dioclétien avaient été appliqués dès l’année précédente. Un des plus précieux témoins documentaires de cette persécution est le procès-verbal des perquisitions et saisies opérées dans l'église de Cirta (voir Dictionn., t.m, au mot CONSTANTINE), le 19 mai de l'an 303.
IT. INVENTAIRE DE CIRTA. — Cette pièce nous a été conservée indirectement dans le dossier de l'enquête faite en 320 par Domitius Zenophilus, gouverneur de Numidie. Silvanus, évê que de Constantine, était accusé par son diacre, Nundinarius, d'avoir été au nombre des traditeurs ffraditores) pendant la persécution et d'avoir livré aux magistrats païens les livres saints et les vases sacrés. Pour éclaircir l'affaire, on cita des témoins, entre autres le grammairien Victor, autrefois lecteur de la communauté. Celui-ci déclara ne rien savoir. Nundinarius voulut le convaincre de complaisance et de mensonge ; en conséquence il fit lire à l'audience — remercions-en-le —- les Acta Munati Felicis, c’est-à-dire le procès-verbal officiel de la perquisition opérée en 303. Alors on put s'expliquer le silence et l'oubli de Victor, coupable lui-même d’avoir livré six manuscrits dont il était détenteur et responsable. Du même coup, Silvanus venait s'asseoir sur la sellette car, étant alors sous-diacre, il avait été présent aux saisies etavaitlivré aux magistrats plusieurs objets sacrés. Le procès-verbal est d'une authenticité supé-
rieure à tout soupcon, il est cité ou mentionné par saint | Augustin ! ; n'eût-il pas cette attestation que son style, la précision des détails, leur exactitude ne laisseraient pas place au doute. ecclésiasti que ou liturgi que des églises ; malbeureuseont laissées Prudence, | 1398 « C'est, on l’a dit ?, dans toute sa crudité naïve, un procès-verbal de saisies. En tête sont consignés la date consulaire, le mois et le jour, la provenance de la pièce qui était tirée des registres municip aux, les noms et les titres du magistrat chargé des perquisitions. Puis est transcrit tout au long le document, sans lacunes ni commentaires. Le 14 des calen des de juin, Munatius Félix, famine perpétuel, curateur de la colonie de Cirta, assisté de greffiers et d'esclaves publics, se présente « à la maison où se réunissaient les chrétiens ». Il y trouve l’évê que Paulus avec pres que tout son clergé. En vertu de l'édit et des instructions recues, il somme l'évê que de lui remettre les livres saints et les objets sacrés. On s'y attendait si bien que personne ne proteste ; Paulus déclare seulement que les livres sont chez les lecteurs. Les peérquisitions commencent en présence des clercs, et même se poursuivent sur les indications de plusieurs d’entre eux. On parcourt successivement la salle du culte, les magasins, les bibliothèques, le friclinium ou salle des agapes ; et partout les greffiers dressent l'inventaire des saisies. A peine quelques incidents : découverte d'objets oubliés ou cachés, mena ces du magistrat pour le cas d’infraction à la loi, arrestation de deux sous-diacres qui refusent de répondre aux questions posées. Enfin, la scène se déplace sans changer de physionomie. Le | magistrat se transporte successivement chez les divers lecteurs : partout on lui remet les livres saints ; si le mari est absent, la femme s'empresse de se débarrasser de ces manuscrits compromettants. La pièce se termine par une nouvelle menace à l'adresse des clercs qui auraient soustrait quel que chose aux saisies.
« Il est superflu d'insister sur l'intérêt histori que de ce procès-verbal. C'est une mine de renseignements précis sur les circonstan ces de la persécution locale, sur la procédure suivie pour l'application des édits, sur les dispositions des premières basiliques et de leurs dépendan ces, sur la hiérarchie ecclésiasti que et le mobilier liturgi que, sur les manuscrits bibliques et les œuvres charitab les. Grâce à ce document uni que, la communauté de Cirta, pour le temps de Dioclétien, nous est mieux connue qu'auc une autre communauté du monde chrétien.
« La forme, évidemment, n'a rien de littéraire. Et pourtant ce procès-verbal, rédigé par des scribes quelconques, si impersonnel, mais si plein de choses, est de nature à piquer la curiosité des lettrés, épris d'un aspect assez peu connu : les persécuteurs et les victimes ; et, comme ici les victimes n’ont rien d'héroïque, les persécuteurs paraissent beaucoup moins terribles. Il est visible que ce Munatius Félix, flamine perpétuel et curateur de Cirta, n’a aucune haine contre les chrétiens : il leur en veut seulement de ne pas ressembler aux autres citoyens, de n'être pas en règle avec la loi, et de le forcer par là à une opération de police qui lui répugne. De là, dans son attitude, un peu de raideur et de sécheresse : mais ni injures, ni violences, ni explications superflues. S'il menace parfois, c'est qu'il craint d'être dupé, et en redoute pour lui-même les conséquences. Il tient surtout à ce que son procès-verbal soit complet, irréprochable. C'est le parfait fonctionnaire, esclave de la loi, indifférent au fond, intraitable sur la forme. Quant à l’évêque et aux clercs, ils n’inspirent au lecteur non prévenu que de la pitié.
La persécution déconcerte ces braves gens, qui ne s'attendaient pas à trouver si ardu le chemin du Paradis. Ils ne songent ni à résister, ni à protester, ni à rien cacher. Seuls, deux sous-diacres rougissent un instant de leur faiblesse : les autres s'abandonnent, comme à une fatalité.
L'évêque, assis dans sa chaire épiscopale, assiste, impassible, à la confiscation de son mobilier liturgique. Plusieurs clercs, comme effrayés de l'audace qu'ils auraient pu avoir, cherchent à se la faire pardonner, et s'empressent autour du magistrat, et furettent dans les coins pour lui apporter les objets oubliés. La scène revit sous nos yeux dans toute sa vérité objective ; c'est la contrepartie du martyre, le jeu d'ombres dans le tableau des persécutions. L'impression dernière, dans le procès-verbal de cette descente de justice, c'est beaucoup moins la persécution en elle-même, les sommations légales du magistrat, que la faiblesse résignée, tremblante, du clergé de Cirta.
Ce document en renferme un autre, très précieux aussi : l'inventaire officiel (brevis) des objets saisis. Cet inventaire a été rédigé, sous les yeux du magistrat, par le greffier, Victor, fils d'Aufidius. Il comprend plusieurs catégories très diverses : vases, lampes et autres objets liturgiques, vêtements destinés aux pauvres, tonneaux et jarres, manuscrits bibliques. Toute une part de la vie matérielle ou morale de la communauté se devine à travers les consciencieuses énumérations du modeste greffier.
Diocletiano VIII et Maximiano VII consulibus XIIII Kal. Junias 1 ex actis Munati Felicis flaminis perpetui, curatoris coloniæ Cirtensium. Cum ventum esset ad domum, in qua christiani conveniebant, Felix, flamen perpetuus, curator, Paulo episcopo dixit : « Proferte scripturas legis et, si quid aliud hic habetis, ut præceptum est, ut jussioni parere possitis. » Paulus episcopus dixit : « Scripturas lectores habent ; sed nos, quod hic habemus, damus. » Felix, flamen perpetuus, curator, Paulo episcopo dixit : « Ostende lectores aut mitte ad illos. » Paulus episcopus dixit : « Omnes cognoscimus. » Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, dixit : « Non eos novimus. » Paulus episcopus dixit : « Novit eos officium publicum, id est Edusius et Junius exceptores. » Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, dixit : « Manente ratione de lectoribus, quos demonstrabit officium, vos quod habetis, date. » Sedente Paulo episcopo, Montano et Victore, Deu- | salelio et Memorio presbyteris, adstante Marte cum Helio diaconis, Marcuelio, Catullino, Silvano et Caroso subdiaconis, Januario, Meraclo, Fructuoso, Miggine, Saturnino, Victore et ceteris fossoribus, contrascribente Victore Aufidi in brevi sic :
Cali ces duo aurei, Item cali ces sex argentei, Urceola sex argentea, Cucumellum argenteum, Lucernas argenteas seplem, Cereofala duo, Candelas breves æneas cum lucernis suis septem, Item lucernas æneas undecim cum catenis suis, Tunicas muliebres LX XXII, Mafortea XXXVIII, Tunicas viri les XVI, Caligas viri les paria XIII, Caligas muliebres paria XLVII, Coplas rusticanas X VIIII,
Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Marhoc, quod habetis, » Silvanus et Carosus dixerunt : « Quod hie fuit, totum hoc ejecimus. » Felix, lamen pérpeluus, eurator reipublicæ, Marcuclio, Silvano et Caroso dixit : « Responsio vestra actis hæret. 2 Postea quam in bibliothecis inventa suni [ibi] armaria inania, ibi protulit Silvanus capitulatam argenteam el lucernam argenteam, quod dicerel se post orcam eas invenisse.
Victor Aufidi Silvano dixii : « Mortuus fueras, si non illas invenisses. » | Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Silvano dixit : « Quære diligentius, ne quid hic remanserit. » Silvanus dixil :« Nihil remansit, totum hoc ejecimus. » dolia IJII el orcæ VI. ;
Felix, flamen perpetuus et curator reipublicæ, dixit : « Proferle scripturas, quas habetis, ut præceptis imperalorum el jussioni parere possimus. » Catullinus protulit codicem unum pernimium majorem.
Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Marcuclio et Silvano dixit : « Quare unum tantummodo codicem dedistis ? Proferte scripturas, quas habetis. » quia subdiacones sumus ; sed lectores habenti Felix, famen perpetuus, curalor reipublicæ, Marcuclio et Calullino dixit : « Demonstrate lectores ! » Marcuclius et Catullinus dixerunt : ubi maneant. » Felix, flamen perpetuus, curetor reipublicæ, Catullino el Marcuclio dixit : « Si, ubi manent, non nostis, nomina eorum dicile. » Catullinus et Marcuclius dixerunt : « Nos, non sumus proditores. Ecce sumus, jube nos occidi. » Felix, flamen perpetuus, curalor reipublice ; dixit z x Recipiantur. g Et cum ventum essel ad domum Eugeni Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Eugenio dixit : « Projer scripluras, quas habes, ut præceplo parere possis. » Et protulit codies qualluor.
Felix, famen perpeluus, curalor reipublice, Silvano et Caroso dixit : « Demonstrale ceteros lectores. » Silvanus et Carosus dixeruni : « Jam dixit episcopus, guia Edusius el Junius exceplores omnes noverunt ; ipsi tibi demonasireni ad domus eorum. » -~ Edusius et Junius exceplores dixerunt : demonsiramus, domine. » Et cum ventum fuisset ad domum Felicis sarsoris, « Nos eos protulit codi ces quin que ; et cum ventum esset ad domum.
Victorini, protulit codi ces octo ; et cum ventum fuisset ad domum Projecti, protulit codi ces V maiores et minores I ;
Ei cum aperium essel triclinium, inventa sunt ibi | codi ces, w u Non sci mue
cuclio, Silvano el Caroso foisonihus, dixit : « Proferte
SL i | 4401 et cum ad grammatici domum ventum fuissel, Felix, flamen perpetuus, curator, Victori grammatico dixit : « Profer scripturas, quas habes, ul præcepto parere possis. » :
Viclor grammaticus optulit codi ces II el quiniones _ quattuor.
Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Victori dixit : « Profer scripturas, plus habes. » Victor grammaticus dixit : « Si plus habuissem, dedissem. » Et cum ventum fuisset ad domum Eutici Cæsariensis, » Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Euticio dixit : « Profer scripluras, quas habes, ut præcepto parere possis. » Euticius dixit : « Non habeo. » Felix, lamen perpetuus, curator reipublicæ, Eulicio dixit : « Professio tua actis hæret. » Et cum ventum fuisset ad domum Coddeonis, protulit uror ejus codi ces ser.
Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, dixit : « Quære, ne plus habeatis, offer. » Mulier respondit : « Non habeo. » Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Bovi, servo publico dixit : « Inira el quære, ne plus habeat. » Servus publicus dixit : « Quæsivi el non inveni. » Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Victorino | Silvano et Caroso dixit : « Si quid minus factum fuerit, vos contingit periculum. » Cette pièce renferme un bon nombre de termes techniques, il sera utile d'en donner la traduction :
« Dioclétien étant consul pour la huitième fois, et Maximien pour la septième, le quatorze des calen des de juin, procès-verbal dressé par Munatius Félix, flamine perpétuel, curateur de la colonie de Cirta.
« Quand on fut arrivé à la maison où s’assemblaient les chrétiens, Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Paul, évêque : « Apportez les Écritures de votre loi, et tous les autres écrits que vous avez ici, afin d'obéir aux ordres des empereurs. » — Paul, évêque, dit : “ Ce sont les lecteurs qui ont les Écritures : ce que nous avons ici nous vous le donnons. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Montrez les lecteurs, ou les envoyez chercher. » — Paul, évêque, dit : « Vous les connaissez tous. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Réservant les lecteurs, que nos officiers produiront, donnez ce que vous avez. — Paul, évêque, étant assis, entouré de Montan, Victor, Deusatelio, Memorius, prêtres ; Mars et Hélius diacres ; Marcuclius, Catulinus, Silvain et Carosus, sous-diacres : Januarius, Meraclus, Fructuosus, Miggin, Saturninus, Victor, fils de Samsuricus, et autres, fossoyeurs, Victor, fils d'Aufidius, rédigea l'inventaire suivant :
« Deux cali ces d'or, six cali ces d'argent, six burettes d'argent, un petit chaudron d'argent, sept lampes d'argent, deux grands chandeliers, sept petits chandeliers d'airain avec leurs lampes, onze lampes d'airain avec leurs chaînes, quatre-vingt-deux tuniques de femmes, trente-huit voiles, seize tuniques d'hommes, treize paires de chaussures d'hommes, quarante-sept paires de chaussures de femmes, dix-neuf capes de paysan.
« Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Marcu- | clius, Silvain et Carosus, fossoyeurs : « Apportez ce que vous avez. » — Silvain et Carosus répondirent : « Tout ce que nous avions ici, nous l'avons jeté dehors. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Votre réponse sera couchée au procès-verbal. » € On se rendit ensuite à la bibliothèque ; mais on en trouva les armoires vides. Là, Silvain présenta un chapiteau d'argent et une lampe d'argent, qu'il dit avoir trouvés derrière un grand vase. Victor, fils d'Aufdius, dit à Silvain : « Tu aurais été mis à mort si tu n'avais pas trouvé cela. »
Felix, flamen perpetuus, curator reipublicæ, Silvano dixit : « Quære diligentius, ne quid hic remanserit. » Silvanus dixil :« Nihil remansit, totum hoc ejecimus. » dolia IJII el orcæ VI ;
si tu ne les avais pas trouvés. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Silvain : « Cherche soigneusement s'il ne reste rien. » — Silvain dit : « Il ne reste rien, nous avons tout mis dehors. » — Quand le triclinium eut été ouvert, on y trouva quatre tonneaux et sept vases en terre, Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Apportez les Écritures que vous possédez, afin d'obéir aux ordres des empereurs. » — Catulinus remit un très gros volume. — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Marcuclius et à Silvain : « Pour quoi n'avez-vous donné qu'un volume ? Apportez les Écritures que vous possédez. » — Catulinus et Marcuclius dirent : « Nous n'en avons pas plus, parce que nous sommes sous-diacres ; mais les lecteurs ont les volumes. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Marcuclius et Catulinus : « Montrez-nous les lecteurs, s... » — Marcuclius et Catulinus dirent : « Nous ne savons où ils demeurent, » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Catulinus et à Marcuclius : « Si vous ne savez pas où ils demeurent, donnez au moins leurs noms. » — Catulinus et Marcuclius dirent : « Nous ne sommes pas des traîtres ; nous voilà : fais-nous tuer plutôt. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Qu'on les arrête. » « Quand on fut arrivé à la maison d'Eugène, Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à celui-ci : « Donne les Écritures que tu possèdes, afin de montrer ton obéissance. » Il apporte quatre volumes. — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Silvain et à Carosus : « Faites connaître les autres lecteurs. » — Silvain et Carosus dirent : « L'évêque vous a déjà déclaré que les greffiers Edusius et Junius les connaissent tous ; que ceux-ci vous indiquent leurs maisons. » — Les greffiers Edusius et Junius dirent : « Nous vous les indiquerons, seigneur, » — Et quand on fut à la maison de Félix, le marbrier, celui-ci remit cinq volumes. Quand on fut arrivé à celle de Projectus, il remit cinq gros volumes et deux petits. Et quand on fut arrivé à la maison du grammairien Victor, Félix, flamine perpétuel, curateur, lui dit : « Donne les Écritures que tu as, afin de te montrer obéissant. » Le grammairien Victor présenta deux volumes et quatre cahiers. — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Victor : « Apporte les Écritures, tu en as davantage. » — Le grammairien Victor dit : « Si j'en avais d'autres je les aurais données. — Quand on fut arrivé à la maison d’Euticius de Césarée, Félix, flamine perpétuel, curateur, lui dit : « Obéis, et livre les Écritures que tu possèdes. » — Euticius dit : « Je n’en ai pas. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Ta réponse sera au procès-verbal. » — Quand on fut arrivé à la maison de Codéon, sa femme apporta six volumes. Félix, flamine perpétuel, curateur, dit : « Cherchez si vous en avez d'autres encore, et apportez-les. » — La femme répondit : « Je n'en ai pas. » — Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Bos, esclave public : « Entre et cherche si elle en a davantage. » — L'esclave public dit : « J'ai cherché, et n’en ai pas trouvé. » Félix, flamine perpétuel, curateur, dit à Victorin, Silvain et Carosus : « Si vous n'avez pas fait tout ce que vous deviez vous en serez responsables. » A lire ce procès-verbal, on croit voir l'évêque, les quatre prêtres et les trois diacres affecter de ne se mêler de rien. « Ce que nous avons ici, nous le donnons, » dit l’évêque et, en ce qui regarde les Écritures, ses réponses reviennent à dire : « Elles sont entre les mains des lecteurs, je ne vous les désigne pas puis que vous les connaissez : qu'ils se débrouillent et vous aussi, désormais. » Mais la scène se déplace et il semble que l'évêque, les prêtres et les diacres se dérobent et disparaissent. Peut-être Paul a chargé les sous-diacres d'escorter Munatius Félix car on les voit seuls paraître dans tout ce qui se passe ensuite. À lire ce procès-verbal, on voit que Marcuclius, Catulinus, Silvain et Carosus sont sous-diacres, mais trois d'entre eux, Marcuclius, Silvain et Carosus cumulent cet office avec celui de fossoyeurs. Ils ont, disent-ils, jeté les pelles, hoyaux et pics de leur profession. Ensuite on parcourt la bibliothèque assez mal garnie, les armoires ont été vidées au préalable, il ne s'y trouve plus qu'un chapiteau, une lampe et c'est tout. Dans la salle à manger on ne trouve qu'un volume, le seul, paraît-il. On ne peut s'interdire de trouver le flamine perpétuel bien facile à satisfaire. Il n'y a pas autre chose, demande-t-il ; on lui répond : non ; et il se tient pour satisfait. Alors on commence la promenade dans les rues de la ville pour aller chez les lecteurs. Chacun d'eux donne ce qui lui plaît. Euticius ne donne rien et nulle part le magistrat ne fait fouiller, sauf chez la femme de Codéon ; encore se contente-t-il du coup d'œil d'un esclave qu'il attend sur le seuil de la maison. On ne peut se défendre de l'impression que tous ces gens jouent au plus fin, c’est à qui donnera satisfaction à l'empereur sans se commettre à fond. Le flamine fait sa petite enquête les yeux fermés, il lui faut un procès-verbal, différents objets et surtout des livres de religion, il en aura ; l’évêque abandonne du mobilier et un petit magasin d'habillement ; les fossoyeurs ont pris la précaution d'évacuer leurs outils, les lecteurs livrent quelques ouvrages qu'on n'examine pas ; en tout, la rafle tombe sur vingt-cinq volumes et quatre cahiers. C'est peu : on aura peine à croire que la bibliothèque d'une église gouvernée par un évêque, comptant quatre prêtres et trois diacres fût aussi pauvrement garnie de livres. — Mais l'opération est faite, l’empereur est obéi et le procès-verbal est en règle. Celui qui avait négligé d'exécuter les édits. Dans l'Église d'Héraclée, on s'attendait à la catastrophe : ce fut pendant une exhortation de l'évêque Philippe à son peuple fidèle que l'officier de police se présenta. Nous n'en savons que ce qui est raconté dans les actes de ce martyr. Voici le passage qui doit ici tenir lieu...
Ensuite conduire au forum Philippe et tous les autres... Le bienheureux Philippe parlait encore quand l'homme de police de la cité, Aristomaque, arriva pour fermer l’église des chrétiens, en y apposant les scellés de la part du gouverneur. Philippe dit : « Homme crédule, qui t'imagines que le Dieu tout-puissant habite plutôt dans des murs de pierre que dans les cœurs des hommes, tu ignores cette parole d'Isaïe : « Le ciel est mon trône, et la terre est l’escabeau de mes pieds, quelle maison espérez-vous donc me construire ? »
Le lendemain, l'homme de police vint faire l'inventaire de tout le mobilier de l’église et y apposa le sceau de l'empereur. Tous étaient tristes ; Philippe, avec Sévère, Hermès et les autres, s’interrogeait, plein du siège qui lui avait été confié ; il parlait de l'avenir.
Clée pour célébrer le jour du Seigneur, le président séance tenante ; il s'assit et les fit approcher ; puis, qui défend aux chrétiens de tenir des réunions : il veut que dans tout l'univers les hommes de cette secte se convertissent aux idoles ou soient mis à mort. Ainsi donc, tous les vases que vous avez, qu'ils soient d'or ou d'argent ou de toute autre matière, quel que soit leur usage, seront soumis à l'examen de notre puissance. Que si vous ne m'obéissez pas, vous serez mis à mort. » — Philippe répondit : « S'il te plaît de nous faire souffrir, notre âme est prête. Prends donc ce que tu veux, mais ne t’attribue pas un pouvoir quelconque sur mon âme. Quant aux vases que tu demandes, prends-les, nous n’y sommes pas attachés. Ce n’est pas avec un métal précieux, c'est par la crainte de Dieu que nous honorons le Seigneur ; c'est la beauté du cœur et non l'ornement d'une église, qui plaît au Christ. Quant à nos Écritures, tu ne peux les recevoir, et il serait indigne à moi de te les livrer. » — Le président fit appeler le prêtre Sévère, on ne le trouva pas : il fit alors torturer Philippe. Le supplice se prolongeait sans mesure, lors que Hermès s'écria : « Juge, avec tes impitoyables recherches, quand même on te livrerait tous nos saints Livres, et qu'il ne resterait plus aucune trace écrite de cette vénérable tradition dans tout l'univers, nos fils, fidèles à la mémoire de leurs pères et animés par le zèle de la foi, écriraient de nouveaux volumes en plus grand nombre, et ils enseigneraient avec d'autant plus d'ardeur la crainte respectueuse que nous devons au Christ. » On le fouetta longtemps ; ensuite, il entra dans le lieu où l'on conservait cachés tous les vases sacrés ainsi que les Écritures. Il y fut suivi par Publius, l’assesseur du président, homme qui prit quelques-uns des vases dont on avait fait l'inventaire, Hermès voulut blâmer son audace et l'arrêter ; l’autre lui meurtrit le visage au point que le sang jaillit en abondance. Bassus l'ayant appris fit venir Hermès : la vue de son visage tout sanglant l'irrita contre Publius, et il fit soigner la victime. Les vases, ainsi que toutes les Écritures, furent, par ordre du président, remis aux mains d'un officier. Il fit entourer de gardes... »
Nous avons ici la contre-partie de la scène de Cirta. L'évêque Philippe n'avait qu'un seul prêtre — qui s'est enfui à ce qu'il paraît — et un seul diacre. Les vases sacrés, l'évêque ne les défend pas, peut-être afin d'éviter de paraître attaché à leur valeur vénale ; les Écritures, il refuse de les livrer. L’essai de Publius pour s’approprier une partie des vases précieux couchés sur l’inventaire montre à quels risques ceux-ci s'étaient exposés entre les mains des païens. « Rien ne montre mieux que ce récit les différences des esprits et des races au sein de l'unité chrétienne. Tandis qu’en Afrique livrer les manuscrits de l'Écriture sainte ou le mobilier des basiliques était condamné presque à l'apostasie, ailleurs une plus large tolérance couvre ces actes considérés comme indifférents, du moins comme légaux et secondaires. Le mot frère, qui sera dans l'Afrique...
“ romaine le principe d’un des schismes les plus opiniâtres et les plus sanglants dont l'histoire ait gardé le souvenir, n'a pas d'équivalent en grec. Cependant le premier édit de Dioclétien fit des victimes en certaines contrées d'Orient ; mais en d’autres, on parait croire que le sang chrétien n’a pas besoin de couler pour la défense d'objets matériels. Philippe et Hermès seront bientôt d'héroïques martyrs : teurs des vases d'or et d'argent ; le second, en les conduisant même à la bibliothèque : le point de vue spiritualiste où ils se placent ne leur laisse pas apercevoir les motifs que d'autres fidèles ont eu d'agir différemment. Peut-être aussi l'époque tardive où la persécution commença dans Héraclée explique cette conduite. Tous les édits sont appliqués à la fois : les deux confesseurs savent qu'ils vont être tout à l'heure sommés de sacrifier aux dieux : résolus à mourir plutôt que d'apostasier, ils considèrent comme licite de céder sur les points accessoires, et réservent toute leur énergie pour le combat suprême qui seul importe à leurs yeux. »
V. INVENTAIRE DE L'ÉGLISE D'IBION. — Le texte qu'on va lire nous a été conservé sur un papyrus rédigé par l’archidiacre Élie ; il contient l'inventaire du mobilier liturgique de l’église confiée à la vigilance du prêtre et économe Jean. Le texte est transcrit sur deux colonnes, la première contient les lignes numérotées 1 à 30, la deuxième les lignes numérotées 31 à 40. L'écriture reporte au VI-VII siècle, Dimensions du papyrus : 0 m. 2325 sur 0 m. 118.
Avayplæle(n) t&v &yi(cv) ALEEA (Lov) xal [Étépoy oxevðv. The ġyllæc) ÉxxA(noiuc) ğnæ Woliou xœou(nc) l'Iétwvos napa Jol(évrov) tË eblaËb(eorare) ’Iwdvvn reca- [évtépo) xal olx(ovouo) Xolax te Zerr luS(uxriovoc) obt(wc) 5 mothplw) Goyup(ä) Ééor(nc) dpyvploŬg) HATATETAO LATEX) ba68ocs o18np(x) éuot(oc) pxplà) Toarec(x) pappap(č) rpirovs yxrxloüg) TIG eE (ne) æ.
Ta R RPRR et toutefois, le premier » ne croit pas faire mal en abandonnant aux persécu| 40 Avxr0(Lc) yarxloüg | bassin de bronze, 1 ; 1406 pauri apia) AVE The Toarét(nc) HYpapur(deux) Épeuva e. oùnagüuex €, 15 ôtLo(cc) Tah“LÔY x. oùnA&plitov FREI (ODY) xpeplaoTtůyv) x. GTROUX) XPEUXST(ÔV) a. Auyyiat yaAx(œt) à Avyviar o1ônp(xt) B 20 Bo<L)dc yarxiloŭc) œ Boudc yarxloŭe) t. hébnc yaaxloügç) œ. XOKXOUL(LOV) yæAX(OÙV) œ. Aoutne(Læ) yœAM(G) B yEporuyvliar) B. LUE (a) = TAOLGE(LX) YAAX(G) à. uvEla) È BIGA LG deppdru( (va) éoi(we) apria XOTÚA(T) xÜüx0 (oc) payarp(a) mayis Evalyn) TUAGE (LA) ĝeputiva) 35 Ovt 25 x Rs 30 vigy xalédoala) Evlat) gey AA (LE) ioti )Tptup(avrôv) arao0nx(n) *R RREI R * ôt tuot HAiou &pytôtux(ôvou)Ür(Ep) Toù &yL(ou) gra l'empytou.
Catalogue des saintes propriétés et autres meubles de la sainte église d’apa Psoios, komé d’'Ibion, confiés au très vigilant Jean, prêtre et économe. Le 15 de choiak de la XIIe indiction.
Calices d'argent, 3 : patène d'argent, 1 ; voiles, 2 : tringle de fer, 1 ; tringle plus petite, 1 ; table de marbre, 1 ; trépied de bronze de la table, 1 ; nappes de lin d'autel, 23 ; voiles de laine d’oblation, 5 : tentures de la porte, 6 ; autre tenture vieille, 1 ; velarium (ou courtine) de laine suspendu, 1 ; tapis suspendu, 1 ; lampes de bronze, 4 ; lampes de fer, 2 ; escabeau (ou estrade ou ambon) de bronze, 1 ; escabeau de bronze, 1 : coquemar de bronze, 1 : fonts baptismaux de bronze, 2 ; lampes à main, 2 ; murai (= mouchettes, mèches, parfois bec de lampe), 6 : lampes quelconques en bronze, 4 ; muxai, 4 ; livres en parchemin, 21 : livres en papier, 3 ; burette, 1 ; cvathus, 1 ; couteau ( ?}, 1 ; civière pour les morts, 1 ; grand plateau de bois, 1 ; coussins ( ?) de peau, 2 ; {huian ( ?), 1 ; chaires en bois, 3 ; sièges (ou stalles}, 2 ;..., 1 ; armoire, 1 ; lécythe de bronze, 1.
ligne 2 : i6rwovoc ; — ligne 3 : twoavwn : — ligne 20 : 6wÈc ; — ligne 32 : xpabériov : — ligne 35 : Outa ; — ligne 37 : ouuderA(wx) ; — ligne 39 : &roñxn ; — ligne 40 : Afxu0oc.
ligne 6 : Eéotyg, patène ; le bassin dans lequel le | prêtre se lave les mains est appelé EbvL6GEE TOY ans l'Euchologion : ordinati ous-diacre. L'église d l'Euchologion ; ordination du sous-diacre. L'égl | d’Ibion ne possédait donc qu'une seule patène pour ligne 7 : xatarettouære, soit les tentures du conopée de l’autel, soit les courtines devant le sanctuaire. *STE A POTTER ER FRE Fr. Sei FT* ER Te CS ET RDA A P 1407
ligne 8 : 640306, probablement la même chose que 09nA60vox, c'est-à-dire les courtines suspendues audessus de la porte du sanctuaire (voir ligne 14) ; b4Odou xo% pourrait être la même chose que le velarium (ligne 16).
ligne 10 : rotrex, la table de l'autel dressée sur les toirous (ligne 11) et peut-être le Bouc (lignes 2021) ; cf. Pollux, Onomast., X, $ 81 : xal y xal tà r Tolg Tpimoct TPATE-AL HAXAODVTEL xal payiõzg
ligne 12 ; xuriz : i. emarnæptx. On retrouve cette forme altérée pœurœstos dans saint Jean Chrysostome, Homil. de Girco. M. Grenfell croit que aurtotg Aw désigne les nappes de l'autel ; M. Brightman entend xura čpewě du voile qui recouvre l’oblation. Ce que nous nommons + voile du calice » porte chez les coptes le nom de wrata.
ligne 14 : odnA00opzx, la tenture suspendue devant la porte, en latin velothyrum. Ce mot a été altéré, il est devenu Pnuéfuox et désigne la porte elle-même.
ligne 17 : or5oux xpzuxortóv, il se pourrait que cet objet et le velarium mentionné ligne 16 servissent à la décoration du siège épiscopal.
ligne 20 : Soc : ici, comme à la ligne suivante, il faut presque certainement lire Bwauós.
ligne 22 : Aéônc, probablement le bassin servant à laver les mains.
ligne 23 : xoxxovuiov, eucuma. Dans l'inventaire du mobilier liturgique de l'église de Cirta, en 303, nous | avons vu mentionner un cucumellum argenteum.
ligne 26 : tho&po1x, lampes quelconques, car le mot uúžæ : rend ce sens certain ; mordos avec la signification de « lampes » est une acception de sens nouvelle.
‘argentea deaurata cum gemmis pretiosis, plena reliquiis sanclorum domnorum et suo ornatu, valentem ad a dentes folia ex auro el gemmis facta numero VIII, el in. solidos XII, item palla super altariolo sancti Hilarii,. solidum I. Vela anle ipsa sepulcra duo valente soli. solidos VI, turres, cali ces, pallas et coopertoria prædictis similiter in oratorio sancti Hilarii corona cum cruce æslimationem solidos C, habens corona illa in se penilla cruce simi les factæ duæ, et mimitatæ gemma grande ireumeirca auro, el subtus crucicula ex auro, el gemmulenas VIII, palla oloserica cum suo ornatu valente linita auro, el margaritis fabricata valente solidos XXX ; velola per ipsius oratorii parietes tria, oloserico ornata, valente solidos VIII. Item palla super altario domno Hilario cotidiana valente solidos II. Item velum in domo Hilarii dramiosyrico, valente solidos XL. Item in domno Maximino velola III ; ante altario unus vermiculus valente solidos II, et illa alia duo valente solidos III. Et item palla vermicula in domno Juliano, valente solidum I ; palla cotidiana in domno Maximino, oloserico ornata ; pallas corpora les in domno Hilario, vel velola ad ostia cotidiana. Item ad pallas super sepulcro sancto (al. nostro ) oloserica duo, valentes solidos LX. Item pallas super sepulcra wquin que Achaica exornatas, valente solidos XV. Item palla profedata valente sólidos II. Item alia profedata (al. proserica), valente dos V. Hæc omnia el ornata sanctorum, vel quidquid super sepulchra nostra martyrii Aftanensis sanctorum, id esi Scipionem diaconum et Aventiolum, quos quos | instiluimus ipsis custodiendum et studendum anle sanctos, el domno nobis Nicelio diacono sancli Martini consignavimus, simul el de sisciaco oratorio tribunalia duo valentia solidos IV, vela ad ostia III valentia mariyrariis ad custodiendum tradidimus.
Voici la traduction.
« Quoi que cha que lieu saint ait son mobilier inventorié, nous avons jugé utile de l'insérer ici.
« À savoir : quatre tours 1 ; trois petites couvertures de soie ; quatre cali ces d'argent, deux ont des anses, achetés trente solidi ; le troisième, ciselé d’or, vaut trente solidi ; le quatrième, treize solidi ; Une patène d'argent, valant soixante-douze solidi ; quatre couvertures de soie, une vaut trente, une autre seize, une quinze ét la dernière quarante-cinq solidi. Deux de ces couvertures sont tissées d'or. De même une couverture de lin ornée ? valant quatre solidi ; quatre pa les corpora les, trois couvertures de soie, cinq petites pa les, des sièges ©, dans la basili que valant douze solidi, d’autres quotidiens valent six solidi, et d'autres quotidiens devant l'autel, valant cinq solidi. Les voi les ornés de la grande porte, valant trois solidi : d’autres vbi les de la même porte, valant trois solidi. De même un voile pour la petite porte valant deux solidi. De même, un voile peint, valant cinq solidi.
« Pareillement, dans l’oratoire de Saint-Hilaire, une couronne avec une croix« , faite d'argent doré, enrichie + onunorwm AUIMOVYTE name miaunenron phar Oeoawp | plusieurs sujets rares. de pierres précieuses, pleine de reliques des saints, et son ornement, valant, d'après estimation, cent solidi. A cette couronne pendent des feuil les d’or semées de pierreries, au nombre de huit, et dans cette croix sont deux autres croix semblab les, moins gran des, et [au milieu] une grande pierre précieuse entourée d’or, et audessous une petite croix d'or ornée de huit pierreries.
« Une pale de soie 5, avec son ornement, valant douze solidi. De même, une pale sur le petit autel de Saint-Hilaire,brodée d'or et semée de pierreries, valant trente solidi. Trois voi les ornés, en étoffe de soie, appendus aux parois de l’oratoire, valant trois solidi. Une nappe sur l'autel de Saint-Hilaire, servant tous les jours, valant deux solidi. Dans l'église de SaintHilaire, un voile de soie à ramages, valant quarante solidi. Dans [l’oratoire de] Saint-Maximin, trois voi les : devant l'autel, un voile de pourpre valant deux solidi, et les deux autres, valant trois solidi. Une nappe de | pourpre dans [l’église de] Saint-Julien valant un solidus. Une nappe pour cha que jour, ornée de soie, dans [l’oratoire de] Saint-Maximin, des pa les corpora les dans [l'église de] Saint-Hilaire, ou des voi les de porte servant cha que jour ê. Deux nappes de soie pour le saint Sépulcre7, valant soixante solidi. Cinq nappes ornées à la grec que sur les sépulcres, valant quinze solidi. Une nappe de soie usagée, valant deux solidi, Une autre nappe valant un solidus. Deux voi les devant les sépulcres, valant cinq solidi.
« Tous ces ornements des saints [lieux], tout ce qui se trouve sur les sépulcres des martyrs que nous possédons à Attanum, nous les avons consignés au diacre Scipion et à Aventiolus, chargés par nous de garder les reliques et de veiller devant les saints, ainsi qu'à notre seigneur Ni cet, diacre de Saint-Martin.
« De même, dans l'oratoire de Sisciac, deux sièges valant quatre solidi ; trois voi les pour les portes, valant six solidi, les tours, les cali ces, les nappes et les couvertures ont été confiés par nous aux susdits gardiens des reliques. »
VII. INVENTAIRE D'ASHMUNAIN, — Texte écrit sur papyrus, concernant l’église de Saint-Théodore, probablement à Ashmunain, écriture du vm* siècle. Dimensions 0 m. 455 sur 0 m. 185. Original conservé à Manchester, John Rylands Library :
Recto :
SANRAICSPER OFTOOT amarak umarle an[oos] cor !
ALITACENE ALITAPALOTTE nebor OVTHOTS N[..... ALAC IMAC 5 HOTHPIN CHAT Moan UJORLTE nko Arap MONT mrerpofane.. mja ? [x] [8] [y]
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Verso :
Par la volonté de Dieu. Ceci est l’inventaire fin- | ventum) de (l'église de) Saint (&yros)-Théodore, au Cæsareum, (fait) par le diacre Ignace, le 16° jour du e année de l'Indiction.
Un petit... de magnésium (paæayvýotov ),deux coupes d'argent (rornetov), trois cuillers d'argent (xoyAutprov), un vase à six pieds (ÉéæxoeAôv®) en plomb..., serviettes (L&rrut), huit grands ride aux (xuraréraopeS), six petits ride aux d'autel, vingt-sept tentures de portes (oüñAov), six nappes de toile brodées (rAouuæptxéc), une toile pour un auvent (&vrioxLov), cinq couvertures ressemblant à des ride aux (orp@utx, xoptiva), +LXx6c), un sac fait de piè ces et de morce aux pour la rapeaé), quatre... de magnésium (@1.., payyýotov) et une... ceinture ( ? féxoc), quatre couvertures en toile (oxéraoux),une couverture (cxéraouux) en soie ( LETOFrov), une couverture (cxéracuæ) Isaurienne (loæugtxog’), deux petites couvertures blanches (ox. }euxéc), deux grands plats en cuivre (Aexé&vn), un vase pour laver les coupes (rornporAdrre) avec son pied (Bouc), deux bols en bronze (oxştov ), un petit vase pour l'eau (xa6x4GLov !®), trois petites cassero les (tryavov) et deux petites louches ( ? Cœuœpuatpocs !!}, cinq bâtons pour allumer les ciergesl ?, trois se aux en cuivre (olTtht, roAtpavoc 5), deux cruches en bronze, sept... en cuivre, un petit crochet (üyx1voc), un … de femme (yaptorngtLovl#), une cheville de bois pour le tissage ( ?), un deux...17 pour le tissage ( ?), chemises (xæuôotov), un encensoir (Buurarnerov), une verge de fer (f4680c'8), un demi-xestes d’huile !®, soixante-dix petits paniers pour distribuer le blé (xavioxtovt), une petite couverture en peau de chèvre (oxémn, « lyeLoc) pour les abeil les, un bonnet de coton ( ? gæxtôArovi}, un plat (Aexdvn) de cuivre sans anses et un petit plat en cuivre et un petit bol (cxtœrov) avec son couvercle, un petit chaudron en fer, une.. ? louche ( ? Coutpuotpoc), un grand vase en cuivre, cinq roues (Te0oy6c) en cuivre, une nef en cuivre avec six lumignons (££&Avyvoc), une | petite colombe de cuivre #, une coupe ( ? xotbAn), une mesure (xäurævoc) sans, des cise aux (oræAlc) pour la coupe des cheveux, un chaudron en fer pour une demi-(mesure}, cinq briques f, un lit (funèbre, catafal que) (xca« büwTrov7), quatre bancs (oxäuvrov), trois sonnettes avec leurs chaînes (#Auotc), une mesuret ? de vin, trente et un volumes.
Ignace, humble diacre, fils de feu Théodore, je déclare cet inventaire conforme à la réalité.
VIII. INVENTAIRE D'UNE ÉGLISE ÉGYPTIENNE. = Texte sur papyrus mesurant 0 m. 35 x 0 m. 19 : belle écriture, peu de ligatures. Liste de vêtements ou de couvertures d'autel, ride aux, tentures, etc. En face de cha que mention on lit ex&/ = (elô0c)« . Beaucoup des termes employés sont d’un usage rare et soulèvent le doute. Les traductions proposées sont des conjectures, vii®-vrrie siècle.
jeo. n{nlarcron maran nmebro : [orn] AA HAETRON marmon orcuepreon marmon E[SIROPI wont H\'earrer
OST HOMINEON ECXIROT OICHS OH
OFHAAAI MATAN epasma OTa AAN MSWA Orna AAM HMSTAN UNES oyge HITS ASENT mayan EI
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F k À 4 ; À, LA te H i SUE r Ee CT : PSE En a Put E Aa TT OESE E A a taian onnee. EE a
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RP Li a 1... de poil de chèvre (xtyeroc) couleur de miel. — Un manteau (mahalo) en poil de chèvre blanc à la mode de Smyrne (ouvpvios). — Un manteau de poil de chèvre, couleur de cyprès (xumæpioovoc), à la mode de Smyrne, ayant un petit dessin Cissé dans la trame, couleur de blanc de céruse. — Une robe couleur d'onyx (évuzl06) avec des roues et des ban des (crn). — 5 Une robe couleur d'oignon, avec des roues et des ban des. — Une robe couleur de blanc de céruse (beuvVôov), avec des roues et des ban des. — Une robe couleur pomme, avec des roues et des ban des. — Une robe blanche avec le signe de la croix ansée dans le tissu. — Un vêtement de Smyrne brodé de palmes (r&Auevoc), avec un dessin tissé. — 10. Une garniture de poil de chèvre avec palmes brodées. — Une couverture de couleur lentille (oéxtvog). — Une couverture couleur d'oignon. — Une couverture couleur pomme. — Une... robe couleur de miel avec une _ garniture en laine, roues et ban des tissées. — 15. Un vêtement de … (orp6prov) ayant des pans | . Ego Emhild, ancilla Christi... domo, trado at que concedo pariter cum cæleris sororibus pro remedio animarum nosirarum ad Monasterium, quod dicitur Fulda.. hoc est, in locis nuncupalis Milige, Hentingi, el in tribus Hohheinmis, in Sulritorpe, et in tribus Geohhusis, el in tribus Berchohis, el in Wilantesheim, et in Helidunga, et in Baringe, et Rotemulti, Hintifeld, Duristodla, Vuidano Geltestad, Tagamari, Beinherestad, Trofestad, Tingesleia, Strufidorf, Norddorf et Siduchestat, Freifesdorf el duo Eïichesfelt, et Hishereshus, Heriolfestad, Othelméshus, Irminolteshuson, Germineshuson, Wigfrideshus, Vullinastat, Grimdeostat, in istis locis superius comprehensis una cum domibus, ædificiis, accolabus, mancipiis, pratis, pascuis, sylvis, campis, aquis, aquarumve decursibus, mobilibus el immobilibus, quicquid | dici et nominari potest, totum et integrum, cum ipso | monasterio, quod ego ipsa proprio labore construxi et ædificavi omnia ad integrum sana mente sano que consilio, ul supra diximus, donamus, tradimus, at que communibus manibus transfundimus.
Ego videli cet Emhild et ceteræ sorores, quarum nomina hæc sunt : Leobuvina, Glismot, Truthilt, Masa, Vuerinburg, Turnuuiz, Immina, Vuillisuuind, Vualtrat, Gotasuuind. Leobhild, Folesuuind, Blidrat, Mathild, Deotral, Eounig, Bilihilt, Deotburg, Engiluuir, Tota, _ Heilaguuih, Reginuuïh, Ælena.
Hæc sunt ornamenta ecclesiæ hujus monasterii, id est, altare primum auro paratum, cru ces tres auro paralæ, capsæ auralæ undecim ; cali ces argentei IV, totidem | palenæ, tres ampullæ argenteæ, cali ces caprini cum patenis tribus, imagines auratæ I X, corona una aurea, casulæ purpure duæ,cæleræ diversi coloris AJI. Dalmatiæ II, ceteræ albæ VI. Glockæ IV, et unum tinlinnabulum, altarium vestimenta purpurea IX. Galliola IV, reliqua vestimenta altarium IX, manicæ VI, auro paratæ, oraria purpurea I V, fanones auro argento que parati VII, cælera purpurata II, manicæ purpureæ A.
Ea duntaxat ratione, ut dum nos vivimus, per vesirum beneficium usualiter ad nutrimentum et ad utilitatem necessariorum nosirorum, omni tempore islius vitæ habeamus, post obitum vero nostrum, et discessum de hac luce monasterium istud, seu congregatio loci islius sub vesiro dominio, vesfro que auxilio et defensione seu Mundeburde omni tempore secura consistal.
Et à la suite des signatures de l'abbesse Emhild, du diacre Reccheon et des témoins, on lit : Sed et iste breviarius ad ornamentum Ecclesiæ pertinet, id est furibula deaurata II, cortinæ XII, orciariti IV, manile unum, conchæ IV, bechin TI.
| du début (c. 1-9) concerne les manses de l'évêché d'Augsbourg ; la partie suivante (c. 10-24) regarde les précaires et bénéfi ces du monastère de Wissembourg situés en Alsace ; la troisième partie (c. 25-39) vise les villas du fisc sur le Rhin inférieur.
Ces modè les rappellent fréquemment le capitulare | de villis ; ils semblent avoir été communiqués aux missi impéri aux entre 807 et 811. Celui que nous allons transcrire concerne Staphinseie (Pertz), Staphinsere (Eccard), Staphinseie (Boretius) ; il s'agit de lile de . Staffelsee du diocèse Augsbourg.
De Invenimus in insula quæ Staphinseie nuncupatur ecclesiam in honore sancti Michælis constructam, in qua repperimus altare auro argento que paratum I. Capsas reliquiarum deauratas et cum gemmis vitreis et eristallinis ornatas V, cuprinam per loca deauratam I. Crucem reliquiarum parvulam cum clave lamminis argenteis deauratam I ; aliam vero crucem parvam reliquiarum auro vitro que fabricatam I ; aliam vero crucem maiorem auro argento que paratam cum gemmis vitreis 1. Pendet | super idem altare corona argentea per loca deaurata I, pen sans libras II, et in medio illius pendit crux parva cuprina deaurata I et pomum cristallinum I ; et in eadem corona per girum pendent ordines margaritarum diversis coloribus AAA V. Est ibi de argento munidato À solidi JII. Habentur ibi in aures aurei IV, pensantes denarios XVII. Sunt ibi cali ces argentei II, quorum unus de foris sculptus et deauratus pensat pariter cum Patena sua solidos X XX, aller vero de foris sculplus et deauratus pensat pariter cum patena sua solidos XV. Offertorium argenteum I, pensantem solidos VI. Bustam * cum cuperculo argenteam ad limiama portandum I pensantem solidos VI. Aliam bustam argenteam pensantem solidos V.
Invenimus ibi lurabulum * argenteum per loca deauratum I, pensantem solidos XXX. Alium eliam turabulum cuprinum antiquum 1. Ampullam cuprinam 1, aliam ampullam stagneam I. Urceum cum aquamanile cuprinum I, Ollam vitream magnam I. Ampullas vitreas parvulas cum balsamo II. Pendent super eamdem ecclesiam signa bona IT, habentes in funibus cireulos cuprinos deauratos IT.
Invenimus ibi planetas castaneas IT, de lana factam el tinclam I. Dalmaticam 1, siricam I, albas VII. Amictus IV. Fanones lineos serico paratos ad offerendum ad altare XIII. Pallia ad altaria induenda VIII. Pallia de lana facta et tiñcta ad altare induendum II. Pallia linea tincta II. Linteamina serico parata ad altaria vestienda XX. Manicas sericeas auro el margaritis paratas IV, el alias sericeas IV. Corpora les IV %. Orarii II ». Plumatium serico indutum I.
De libris : liber eptalicum * Moysi, et liber Josuæ, et liber judicum et Ruth, et libri regum IV, et libri paralippomenon II in uno volumine ; liber psalmorum David, et liber parabule Salomonis, et liber ecclesiastæs, et liber canticum canticorum, et liber sapientiæ, et liber Jesu filit Sirach, el liber Job, et liber Tobi, el liber | Judith, et liber Hester, el libri duo Machabeorum in uno volumine ; libri XII prophetarum et libri Hesdræ duo in uno volumine ; liber actuum apostolorum, et liber epistolarum Pauli, el libri VII epistolarum canonicarum, et liber apocalipsin in uno volumine ; liber lectionarius, tabulas lamminis cuprinis deauralis habens paratas I, liber omeliarum diversorum auctorum I, liber beati Gregorii quadraginta omeliarum I, libri sacramentorum ITT, libri lectionarii II, liber canonum excerp- ‘us I, liber expositio psalmorum sine auctore I, liber quattuor evangeliorum veluslus I, libri antefonarii II, liber commentarii Hieromini in Matheum I, liber regule sancti Benedicti I.
Est ibi de vitro duetine ™ plene ; de plumbo tabule ITI, et una massa, el calami CLXX ; faldonem ™ ad sedendum I.
Item unde supra, Invenimus in eodem loco curtem et casam indominicatam, cum ceteris ædificiis ad præfatam ecclesiam . respicientem. Pertinent ad eamdem curtem de terra arabili jurna les DCCXL ; de pralis, unde colligi possunt de fœno carradas DCX. De annona | nihil repperimus, excepto quod dedimus provendariis ™* carradæ XXX ; qui sunl provendati us que ad missam sancli Johannis, et sunt LXXII. De brace modii XII. Caballum domitum 1, boves XXVI, vaccas XX, taurum I, animalia minora LXI, vitulos V, vérvi ces LXXXVII, agnellos XIV, hircos X VII, capras L VIII hediculos XII, porcos XL, porcellos L, aucas LXII, | pullos L, vasa apium XVII. De lardo baccones XX pariter cum minutiis, unctos XXVII, verrem occisum et suspensum I, formaticos XL. De melle siclus dimidius : de buliro sicli II, de sale modii V, de sapone sicli ITI. Culcita cum plumatiis V, caldaria ærea III, jerrea vero VI, gramacula V, luminare ferreum lI, tinas ferro ligatas XVII, fal ces X, falciculas XVII, dolaturas VII, secures VII, coria hircina X, pel les vervicinas XXVI, sagenam ad piscandum I. Est ibi genitium (gvnécée, voir ce mot), in quo sunt feminæ XXIV ; in quo repperimus sarci les V, cum fasciolis I V, et camisi les 3 V, Est ibi molina I ; reddit annis singulis modios XII.
Respiciunt ad eamdem ceurlem mansi ingenui les vestiti XXIII. Exhis sunt VI, quorum reddit unusquisque annis singulis de annona modios XI V,friskinguas ™* IV, de lino ad pisam seigam ™ I, pullos II, ova X, de semente lini sexlarium I, de lenticulis sextarium l, operatur annis singulis ebdoma des V, arat jurna les II, secat de fœno in pralo dominico carradas I et introducit ; scaram ? facil. Ceterorum vero sunt VI, quorum unusquis que arat annis singulis jurna les II, seminal et introducit ; secat in prato dominico carradas ITI el illas introducit ; operatur ebdomadas 11 ; dant inter duos in hoste bovem I, quando in hostem noñ pergunt ; equitat quocum que illi præcipitur. Et sunt mansi V, qui dant annis singulis boves II ; æquilat quocum que illi præcipitur. Et sunt mansi IV, quorum aral unusquis que annis singulis jurna les IX, seminat et introducil ; secat in prato dominico carradas III et illud introducit ; operalur in anno ebdomadas VI, scaram facit ad vinumo ducendum, fimat de terra dominica jurnalem 1, de ligno singulis jurna les IX, seminat et introducit ; secat de fœno in prato dominico carradas II et illas introducit, scaram jacit, parafredum donat ; operatur in anno septimanas V. Servi les vero mansi vestili XIX, quorum reddit unusquis que annis singulis friskingam I. pullos V, ora X, nutrit porcellos dominicos IV, aral dimidiam araturam : operatur in ebdomada III dies, scaram jacit, parafredum donat. Uxor vero illius jacit camisilem I et sarcilem I ; conficit bracem et coquit panem,
BIBLIOGRAPHIE. — Illustris viri G. G., Leibnilii Collectanea Etymologica... cum præfatione J. G. Eccardi
_in-8°, 1717 ; J. G. Eckardt, Commentarii de rebus | Franciæ Orientalis et Episcopatus Wircéburgensis in
H. LECLERCQ.
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INVITATOIRE. — I. Définition et origine. II. Modalités. — III. Bibliographie, I. DÉFINITION ET ORIGINE, — Le mot
psaume xciv que l’on récite dans le rit romain-et dans le rit bénédictin au début de matines. Le pre- | mier verset du psaume Venite exullemus Deo contient, | en effet, une invitation à chanter les louanges de Dieu. Saint Benoit, à qui revient vraisemblablement l'idée d’avoir choisi ce psaume comme introduction aux matines, ne se sert pas de ce terme, mais on le | trouve au 1x° siècle dans Amalaire, dans pseudo-Alcuin et dans d’autres auteurs de ce temps !.
C'est, disons-nous, à saint Benoît que l’on attribue d'ordinaire l'institution de l'invitatoire. Nous lisons dans la Regula au c. Ix : Post h une (scil. ps. In) psalmus nonagesimus quarlus cum antiphona, aul certe decantandus ?. Il dit encore au chapitre XLI à propos de ce psaume : quod si quis in nocturnis vigiliis post « Gloriam » psalmi nonagesimi quarti, guam propter hoc omnino subtrahendo el morose volumus dici, occurrerit, etc. *.
Comme le ps. xciv se lit aussi dans le romain au début de matines, la question s'est posée de savoir si saint Benoît a emprunté cette coutume au romain, ou si elle est passée du psautier monasti que au romain.
Comme nous ne connaissons pas exactement en quoi consistait le cursus romain au temps de saint Benoît, il est difficile de répondre à la question d'une facon tout à fait pertinente. Cependant dom Suitbert Bäumer incline dans ce sens et Mgr Duchesne ne craint pas de dire, d'une façon générale, que le cursus romain a largement emprunté au cursus monasti que +. Il semble bien, en effet, que, dans le cas qui nous occupe, c'est Rome qui a emprunté à saint Benoît. Le cursus romain fut très simple à l’origine ;il n'admettait guère que la psalmodie antiphonée ou responsoriale et, dans certains cas, les leçons et les ténèbres des trois derniers jours de la semaine sainte nous représentent assez | bien cet état du cursus romain. Au contraire, saint Benoît ne cache pas son dessein de constituer une psalmodie plus riche, plus ornée, plus variée, mieux équilibrée. Il emprunte les hymnes au rit milanais et d'autres pratiques à l'Orient ; il est donc assez vraisemblable que ce début de matines avec le Domine labia mea aperies,le ps. mx, le xciv et l'hymne, sont | une conception de saint Benoît 5. En tout cas, ni dans la Peregrinaltio Ætkheriæ, ni dans l'antiphonaire de Bangor, ni dans l'office du mont Sinaï il n'est question d'une introduction de ce genre.
On cite un texte d'Athanase, mais c'est un apocryphe, non pas du Ve, comme le dit Suitbert Bäumer, ce qui serait bien curieux, mais probablement postérieur au monothélisme. L'usage de l'invitaloire en Orient, même à cette épo que, n'en est pas moins à noter *. Le texte de Marc diacre, en sa vie de Porphyre de Gaza, est postérieur à saint Benoît, mais il mérite aussi d'être remarqué ?. Il faut ajouter | à ces textes, pour cet usage de l’invitatoire en Orient, celui d'Amalaire qui dit avoir entendu le psaume inviinvi- | tatoire, psalmus invitalorius, invifatorium, désigne le | | conservé la forme antiphonée.
1420 tatoire à Sainte-Sophie au commencement de la messe ê. Pour les lettres de Damase, que l’on a invoquées parfois, el les sont apocryphes, et du reste font allusion à un tout autre usage que celui de l'invitatoire *.
II. MoparuTÉs.— Comme nous l'avons vu par le texte de la Règle que nous avons cité plus haut, le psaume invitatoire doit être antiphoné, ou en tout cas chanté.
Saint Benoît dit encore au c. XL, sur la manière . dont ce psaume est exécuté, qu'il doit être dit lentement et en traînant, quem propter hoc omnino subtrahkendo el morose volumus dici afin de laisser aux retardataires le temps d'arriver pour le commencement de la psalmodie. Le ps. xav cest donc comme le ps. m en dehors de la série des psaumes de matinės. C'est un psaume d'introduction. C'est le seul qui ait conservé jusqu'à nos jours l'ancienne forme antiphonée, c'est-à-dire qu'il était chanté au chœur par un chantre et que le chœur reprenait en refrain l'un ou l'autre -des versets, par exemple, Venite, exultemus Domino ou adoremus Dominum qui fecit nos, ete.
Quant au chant de ce psaume, l’antiphonaire grégorien nous a conservé un certain nombre de mélodies auxquel les il est adapté et dont quelques-unes sont certainement anciennes 19, On aura remarqué que saint Benoît insiste pour que ce psaume soit toujours chanté, tandis que, pour d'autres psaumes, ils ne sont pas antiphonés, mais récités in directum ou directanee, comme, par exemple, les psaumes de complies, Regula, c. Xi et Xvi, et même ceux des heures du jour, si la communauté est peu nombreuse. | Une autre remar que est à faire sur le texte de l'invitatoire. Il est conforme, non à la Vulgate (seconde recension hiéronymienne appelée psautier gallican) mais à la première recension qui répond à l'anti que psautier romain usité encore à Saint-Pierre 11, _ Ce même texte latin est employé dans quelques autres passages de l'antiphonaire romain. Ceci est d'autant plus à remarquer que, dans le texte du ps. xav chanté dans le romain, au III nocturne de l'Épiphanie, le texte est celui de la Vulgate. On remarquera aussi que ce texte, par une nouvelle exception a Nous donnons ici les deux textes pour faire ressortir la comparaison.
| tatoire 12.
Texte du ps. xcv à l'Épiphanie.
Quoniam Deus magnus Dominus, et Rex magnus super omnes deos :
Quia in manu ejus suni nes fines lerræ, el alliludines = montium ipse conspicil. Qui -fecit nos.
Quoniam ipsius esi mare, - el ipse fecit illud, et aridam _ jundaverunt manus ejus : venite adoremus el procidamus - anle Deum : ploremus co- + ram Domino, qui fecit nos ; - quia ipse esi Dominus Deus nosler, nos aulem populus = eus el opes pascuæ ejus. … Adoremus.
Hodie si vocem ejus audieritis nolile obdurare corda . véstra, sicut in exacerbatione … secundum diem tentalionis in _ deserlo : ubi tentaverunt me palres vestri, probaverunt et vidérunt opera mea. Qui fecit nos :
Quadraginta annis proximus fui generalioni huic el dixi : semper hi errant corde : ipsi pero non cognoverunl ~ pias meas, quibus juravi in
INVITATOIRE ; 1422
omnes fines lerræ : el alliludines montium ipsius sunt. Venite.
Quoniam ipsius esl marë, el ipse fecil illud, el SIÇ- | CAM MANUS EJUS FORMAFERINT, Venite.
Et nos populus PASCUÆ EJUS ET OVES MANUS EJUS. Hodie si vocem ejus audieritis nolite obdurare corda vestra : sicut in IRRITATIONE secundum diem tentationis in deserlo : ubi tentaverunt me palres vestiri, probaveruni el viderunt opera mea. Venite.
Quadraginia annis ÜFFENSUS FUI generalioni illi : el dixi : semper hi errani corde : ET IPSI non cognoverunt vias meas, ut juravi in ira mea, si introibunt in requiem meam. Venite.
Gloria.
L'invitatire, dans le rit romain, est supprimé à _ l'Épiphanie et aux trois derniers jours de la semaine Ê sainte. Les liturgistes du Moyen Age en ont donné -= des raisons symboliques ; pour l'Épiphanie, cette invitation eût pu rappeler celle d'Hérode ; pour les derniers jours de la semaine sainte, on ne voulait pas louer Dieu avec les paro les du peuple juif, etc. 1. Les raisons de cette suppression sont, en réalité, plus simp les. A l'Épiphanie, le ps. xcv étant déjà employé au [TI nocturne, cela eût fait double emploi du même psaume au même office. Quant aux jours de la semaine sainte, le ps. invitatoire est supprimé, comme le sont toutes les additions postérieures ou toutes les marques de solennité, pour ne laisser subsister que les formes les plus sobres et les plus anciennes.
La coutume de l’invitatoire, après saint Benoit, fut adoptée de bonne heure dans les églises non monastiques À.
Le choix du ps. xev à cette place est des plus heureux. C'était déjà un psaume liturgi que chez les Hébreux, usité au début de l'office du sabbat, et qui rappelait l'alliance étroite de Dieu avec le peuple juif #. Il constitue, pour le long office des nocturnes qui a un caractère si particulier, un début d'un caractère très solennel et très spécial.
Re AE ras : - rie RL ia re PONTS RS n R in à Les ete LE à 7 AE EDA rt ES T P EEA LEE as UT e ‘1 Continuée du Concile de Trente à nos jours par plusieurs Collaborateurs M Delarc avait publié une traduction souvent incorrecte des sept premiers volumes de la fre édition allemande Cette traduction, malgré ses défauts et ses lacunes, avait été assez rapidement épuisée et, depuis longtemps, on ne la trouvait que difficilement et à un prix élevé.
Les travailleurs, trop nombreux encore, qui ne connaissent pas l’allemand, se trouvaient donc privés de cet ouvrage indispensable pour l'étude de l’histoire de l'Église. Sollicités de diffé. rents côtés pour publier une nouvelle traduction, nous avons tenu à la présenter au public ave” des améliorations tel les qu’on puisse la regarder comme une nouvelle édition.
Tout d’abord, la traduction a été faite sur la 2€ édition allemande, c’est-à-dire qu'elle profite de toutes les retouches et de toutes les additions qui lui ont été faites par Mgr Hefele et par le DT Knôpfler, La traduction de M. Delarc ne contient pas les tomes vin et 1x publiés par le cardinal Hergenrôüther, :
Non content de donner une traduction exacte et précise, le traducteur a voulu mettre le lecteur au courant des trav aux les plus récents au moyen de notes nombreuses et d’appendi ces (plus de 3 000 pages d’additions) qui en font véritablement une 3€ édition.
De plus, nous nous proposons de continuer la publication jusqu’au concile du Vatican Inclusivement.
Pour faciliter les recherches, nous avons adopté les mêmes divisions que l'édition originale. Les tomes se correspondent, et nous indiquons en marge les pages de la 2° édition allemande. Cha que tome a sa table des matières. Le dernier volume contiendra en outre une table des matières générale très détaillée qui permettra de se retrouver facilement au milieu de ce travail monumental.
Ainsi traduite, complétée et continuée, notre édition de l'Histoire des Conci les se présente comme un ouvrage susceptible de rendre service et à l’Église et à la science. Aussi le : encouragements ne nous ont pas manqué.
OPINION DE
Revue d'histoire ecclésiasti que : L'Histoire des Conci les est un vrai monument de science histori que. Texte et exposé s'entremélent pour nous donner, à l'occasion des assemblées conciliaires, une histoire interne de l'Église très sérieuse et très fouillée. Les discussions de textes se succèdent en une argumentation puissante, les conclusions sont fortement assises et les trésors d'une vaste érudition coulent à flots continus. La plupart des données d'Hefele ont même résisté aux assauts de la criti que de ces derniers temps et si quelques-unes doivent être modifiées, el les n'en sont pas moins, grâce. à la méthode de l’auteur, une phase intéressante des progrès de la criti que. Une autre impression se dégage puissamment de cette lecture, c'est l’adresse de l'érudit traducteur.
Au courant des publications autorisées sur les quesà ceux qui ont lu la traduction de feu l’abbé Delarc, | en dénonçant son servilisme obscur et ses nombreux contresens. Dom Leclercq a donc entrepris une œuvre éminemment utile en faisant de nouveau passer dans notre langue les trésors de science accu| mulés par l'illustre évê que allemand. tions qu'il rencontre, dom H. Leclercq en fait d'heureux extraits destinés à rectifier ou à compléter les textes, Parfois, nous nous trouvons en présence d'une bibliographie trés fournie, par exemple sur les domaines pontific aux, sur la trêve de Dieu, les terreurs de l’an 1000, le schisme oriental, le pape Léon IX, etc. A l’occasion d'un détail, objet de l’un ou l’autre canon de concile, nous sommes agréablement surpris de lire une note parfois très étendue, dont nul ne pourrait même soupçonner l'existence dans cet ouvrage, source féconde de sérieux renseignements historiques.
Revue des questions historiques : On ne saurait trop dire l'importance de ce grand ouvrage ainsi rajeuni pour l'histoire. Ce n'est pas seulement à l'historien ecclésiasti que qu'il sera précieux ; il est impossible de raconter l'histoire politi que des vè et vis sièc les si on n’a pas sous les yeux les documents | relatifs aux questions religieuses qui y sont étroi- | tement mêlées, et parfois même en forment la trame principale. Les conci les jouent en ces temps, même en matière profane, un rôle au moins aussi important que celui des assemblées parlementaires à notre épo que. Et dom H. Leclercq les rend pour le lecteur tout à fait vivants.
Revue histori que : L'Histoire des Conci les de Hefele commençait à vieillir ; voici que les laborieux bénédictins de Farnborough entreprennent de la rajeunir, La traduction faite avec soin sur la dernière édition allemande est exacte et facile ; les erreurs de l'original sont relevées en note : d’abondants compléments bibliographiques et critiques sont ajoutés au bas des pages, par les soins de dom Leclercq, aux éclaircissements que donnait l’auteur lui-même. En somme, excellent, indispensable instrument de travail.
Revue du Clergé français : Je n'apprends rien à personne en disant que l'Histoire des Conci les d'Hefele est un des plus be aux monuments de la science ecclésiasti que qui aient vu le jour au xix* siècle, qu'elle a sa place à côté des Mémoires de Tillemont, qu'elle est de la famille des livres destinés à traverser et à éclairer de nombreuses générations de travailleurs. Je n'apprends, rien non plus, hélas !
Revue prati que d’apologéti que : Cette publication est plus qu'une traduction. A maintes reprises, le savant dom Leclereq a rectifié l'œuvre de Mgr Hefele en la mettant au courant de l’état actuel de la science histori que et l’a enrichie de renseignements bibliographiques fort abondants et de notes dont plusieurs sont de vraies dissertations.
J. GUIRAUD.
Revue des Scien ces philosophiques et théologiques : L’œuvre à laquelle dom Leclercq a prêté son incomparable érudition a désor mais une valeur nouvelle, supérieure à celle de l'édition allemande, On ne saurait que se répéter en louant l’érudition du traducteur, dont les notes si riches et si copieuses sont une véritable mine de renseignements, Revue thomiste : L'œuvre que dom Leclercq a entreprise comptera pour lui au nombre des « bonnes actions ». Les théologiens surtout l'en remercieront, car il leur facilitera grandement l'étude et le maniement de cette partie des documents de la foi qu'on appelle les actes des conci les. Tous ceux qui voudront étudier à fond l'histoire des conci les auront à leur portée une source très sûre et un merveilleux instrument de travail.
Revue bénédictine : La traduction est limpide et agréable ; les notes nombreuses, développées (el les occupent souvent la moitié des pages et plus), éclaircissent, rectifient et corrigent en bien des endroits le texte, exposent au besoin en de clairs résumés les questions doctrina les auxquel les se rapportent les décisions conciliaires (par exemple l’arianisme, l'anthropomorphisme, etc.) ; le plus souvent el les complètent l'information, font connaître les nouve aux trav aux.
Catholic University Bulletin Wa#shington : A work indispensable for every library, private or public, that makes any pretence at keeping abreast with the latest activity in this province of ecclesiastical history.
Thomas J. SHAHAN.
Rivista delle scienze teologiche : L'editore Letouzey, a cui la scienza cattolica contemporanea € debitrice di parecchie e grandiose iniziative, manda ora fuori il primo volume di questa Histoire des Conci les, che sarà completata in dodeci volumi.
D : D is TT CR RE RP NNE p Nouvelle Édition revue d’après les manuscrits et complétée par des notes critiques Docteur ès lettres et en philosophie, professeur à l'Université de Strasbourg Quicon que a éludié quel que peu le XIVe et surtout l’épo que du Grand Schisme d'Occident sail quel prix il convient d’attacher aux Vifæ Paparum Avenionensium, publiées par Étienne Baluze, en 1693, à Paris. Ce vade-mecum de l'historien étant devenu quasi-introuvable, les éditeurs ont pensé rendre service à la science histori que en rééditant un ouvrage aussi rare. L'édition qu'ils présentent au public est une refonte complète de l’œuvre célèbre de Baluze. | En effet, l'ancienne édition ne répondait plus aux exigen ces de la criti que. Par jalousie littéraire, semble-t-il, Baluze omit délibérément de fournir les indications désirab les sur les manuscrits qu'il utilisa. De même. il jugea superflu, sauf de rares exceptions, de citer les variantes de ses leçons. Par suite, nous ne possédions aucun critère pour juger de la valeur histori que de différentes Vies des papes d'Avignon. Le nouvel éditeur a réussi à découvrir les manuscrits utilisés par Baluze. Poursuivant ses recherches hors de la Bibliothè que nationale de Paris qui les recélait tous, il a consulté divers manuscrits de Bavière, de Belgi que, de France et d'Italie. Outre diverses améliorations apportées dans l'établissement du texte, il a décrit, enfin, dans l'Appendice au 1* volume, les manuscrits compulsés, imprimé une Vie de Clément VI, empruntée à Werner de Bonn, et reproduit les fac-similés des monnaies des papes d'Avignon d'après les origin aux du Cabinet des médail les de Paris et du Vatican, ainsi que du musée Calvet d'Avignon et de la collection de M. A. Blanchet.
Baluze fit suivre de notes abondantes et précieuses le texte des chroniques auxquell s il emprunta ses _ Vilæ. Ces notes étant, en partie, basées sur les nombreux documents publiés au tome second de son ouvrage, il a paru plus logi que d'en entreprendre la réimpression en dernier lieu, avec les additions et les corrections nécessaires.
Le troisième et le quatrième volume de la présente édition reproduiront donc le second tome des Vitæ. Là, encore, on pourra constater des différen ces notab les avec la première édition. Le texte a été établi d'après les manuscrits ou les documents d'archives. On pourra ainsi constater que Baluze, suivant en cela l'exemple de ses contemporains, a restitué souvent des textes, sans prévenir le lecteur. On doit lui adresser un reproche plus grave : c'est de n'avoir pas su dater la correspondance de Clément V et de Philippe le Bel et d'avoir rendu quasi inintelligible la marche du procès des Templiers. Victime d’une efreur qui lui est comm une avec la plupart des érudits du xvn* et du xvine siècle, Baluze compta les années du pontificat de Clément V à partir de l'élection — 5 juin 1305 — et non à partir du couronnement du pape qui eut lieu, à Lyon, le 14 novembre suivant. D'autre fois, le grand érudit ‘a été trompé par les copies qu'on lui adressait ou les formulaires dont il disposait, comme le fait s’est produit pour certaines lettres de Clément VI.
On voit combien la nouvelle édition des Vitæ Paparum Avenionensium diffère de son aînée. Elle la supplantera même complètement d'ici peu.
ÉTUDE CRITIQUE VITAE PAPARUM AVENIONENSIUM d'Etienne BA L U Z E Vient de paraître : | Premier volume ab Ecclesia catholica dissidentium Par le R. P. Martin JUGIE . des Augustins de l'Assomption ancien professeur de l'Institut ponlifical oriental de Rome.
A l'heure où les Églises séparées d'Orient traversent une des crises les plus redoutab les de leur histoire et où beaucoup de leurs fidè les se trouvent dispersés dans les divers pays de l’Europe occidentale et du Nouveau Monde, une étude d'ensemble sur la doctrine théologi que de ces Églises, principalement sur les points qui les séparent de nous, paraît devoir être la bienvenue. C'est un fait que la théologie de ces Églises, depuis l’épo que malheureuse des schismes, a peu sollicité la curiosité des théologiens catholiques. Autant ceux-ci ont suivi de près l’évolution doctrinale des Églises protestantes, autant ils ont pris peu d'intérêt au mouvement des idées parmi les chrétiens orient aux. On répète même communément dans nos manuels d’apologéti que, qu’il n’y a pas eu, parmi eux, de mouvement du tout, et qu'ils sont restés figés dans leur immobilité séculaire. Pourtant rien n’est moins exact. Il y a là une lac une regrettable dans la science catholi que. Le P. Martin Jugie, qui étudie depuis vingt ans la théologie des Églises séparées, essaie de combler cette lac une dans son Exposé et histoire de la théologie dogmati que des Églises séparées d'Orient.
Voici un aperçu sommaire de cha que volume :
T. I. Introduction générale et Questions préliminaires sur la situation religieuse des dissidents orient aux au regard de l’Église catholi que. — Introduction à la théologie de l’Église gréco-russe : PREMIER TRAITÉ : Les origines et la consommation du schisme byzantin. Théologie de Photius, de Michel Cerulaire et de leurs parti sans. — DEUXIÈME TRAITÉ : Histoire sommaire de la théologie gréco-russe depuis la fin du Xe jusqu’à nos jours. — TROISIÈME TRAITÉ : Doctrine des théologiens gréco-russes sur les sour ces de la Révélation.
T. II. Exposé synthéti que de la théologie des Gréco-russes principalement] sur les points qui ont été l’objet de controverses entre les deux Églises ou qui, sans avoir été discutés, peuvent être un obstacle à l’union. Cet exposé ne donne pas seulement la doctrine actuelle des théologiens dissidents, mais raconte l’histoire des controverses passées et l'évolution de la théologie byzantine et russe, depuis le xxr° siècle jusqu'à nos jours. | T. III. Théologie des Églises nestoriennes et monophysites depuis les origines jusqu’à notre épo que. — Dans ce troisième volume, l’auteur tente pour la théologie des Églises nestoriennes et monophysites ce qu'il a fait dans des ! deux premiers volumes pour la théologie gréco-russe. C’est dire qu’il ne se contente pas d'exposer les croyan ces actuel les de ces Églises, mais fait l’histoire de la théologie du passé dans la mesure où cette histoire peut être écrite dans l'état présent de l’'investigation scientifi que. ira] e N) Pm =p Pe — == TF e ig aeoea e e o O OO AGE 3 € L'ART = TH a y Li Pi ee
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VIENT DE PARAITRE :
Fort volume in-8° raisin de 556 pages, orné de deux plans hors texte. Prix. . . 30 fr.
La gravité des événements survenus les 5-6 octobre 1789 et leur répercussion sur la Révolution à ses débuts expliquent le développement donné au récit de ces journées fameuses que deux plans permettent de suivre ius que dans les moindres détails. Ensuite vient l'histoire des essais, des tâtonnements hardis et parfois maladroits qui vont engager l'avenir pendant une dizaine d'années ; schisme constitutionnel, finan ces, création des dé partements, etc., c'est une France toute nouvelle qu’on ébauche avec une intrépidité et une assurance qui donnent à penser. Un homme domine cette période par son prestige : Mirabeau dont le rôle et le génie politi que permettraient encore de diriger la Révolution, Voici la table des chapitres :
I. L'appel du régiment de Flandre (14 sept.-4 oct.). II. La marche de Paris sur Versail les (5 octobre). ITI. La soirée du 5 octobre. IV. La journée du 6 octobre. V. La Cour et la Constituante à Paris (6 oct.-9 nov.). NI. L'Assemblée « organise » la monarchie (oct. 1789-1790). VII. Mirabeau candidat au ministère (oct.-nov.). VIII. La division de la France en départements (11 oct.-26 fév.). IX. Le cens électoral et les élections municipa les (20 oct.-28 fév.). X. La création des assignats (14 nov.-15 déc.). XI. L’interrègne de l’autorité adminis_trative (oct.-déc.). XII. Toulon, Marseille, Béziers, Lyon (déc.-fév.). XIII. La fin de l’année 1789 (oct.-déc.), Dom H. LECLERCQ 3 volumes in-80 raisin de Lxxxvin - 525, 529, 510 pages . . . 60 francs.
Le maréchal Foch présente au R. P. Leclercq avec ses vifs remerciements pour une œuvre particulièrement intéressante, l'assurance de ses respectueux et dévoués sentiments. F. Focx.
Faisant diversion à ses trav aux si réputés sur l’histoire des conci les et des martyrs et à ses étu des d’archéologie chrétienne, dom H. Leclercq a abordé l’épo que moderne, en nous exposant l’histoire intérieure et extérieure de la France pendant une des pério des les plus intéressantes de ses anna les. Qu'on ne s'imagine pas que dom Leclercq, versant dans le travers de plusieurs auteurs qui se sont occupés de la Régence, n’a envisagé que la « petite histoire » de cette épo que, bien au contraire, l’auteur a tiré par sa puissance de synthèse, basée sur un travail d'analyse consciencieux et éclairé, une conclusion d’une portée considérable : l’histoire de la Régence forme le premier chapitre d’une histoire de la Révolution française, L'abondante documentation satisfera les plus exigeants. Si les difficultés d'ordre matériel auxquel les se heurtent les historiens ont empêché la transcription en note de citations ou d'extraits, l’auteur est parvenu à y remédier grâce au réel talent avec lequel il réussit, sans alourdir son récit, ni embrouiller son exposé, à insérer dans son texte même les expressions pittoresques et les passages caractéristiques des sour ces utilisées. Il a pu donner ainsi à son travail une allure extrêmement vivante, et il excelle à faire, en quelques lignes, parler le q document. ! Ch. TERLINDEN. dans Repue d'histoire ecclésiasti que (de l’Université de Louvain).
DE LA FRANCE MODERNE z à par Georges BOURGIN, archiviste, aux Archives Nationa les 2 In-8° raisin de 144 pages .. . . a . . . . £0 francs L'auteur a entrepris de mettre à la disposition des érudits un instrument de travail qui permet de ne Se. négliger auc une des sour ces essentiel les où ils peuvent prendre une connaissance exacte du passé. On y trouve une étude rapide de la législation et de l'administration des cultes en France depuis le Concordat jusqu'à la Séparation et l’'énumération des fonds essentiels d'archives qui doivent être utilisées pour entreprendre l'étude de n'importe quelle question d'histoire ecclésiasti que française moderne. Grands prélats et monuments, liturgie et politi que, institutions et idées, tout peut être éclairé par des documents dont l'origine est indiquée danscetravail.
RATIONALIS M DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DE LA RENAISSANCE (1533-1601)
par Henri BUSSON, docteur ès lettres Fort volume in-8° raisin de 685 pages . . . 25 francs On trouvera étudié dans ce volume l’un des points les plus intéressants et les plus obscurs de l'histoire 5 | philosophi que et littéraire de la France : le mouvement philosophi que qui, brisant avec la foi du Moyen Age, entretient dans la Renaissance française l'esprit libertin, est un instant refoulé par la réaction religieuse du xvi ? siècle et reparaît au xvm ? pour se prolonger jusqu’à nos jours. L'auteur s'est borné à en étudier les sour ces et le développement au cours des deux derniers tiers du xvr ? siècle. Successivement il analyse l'apport de l'humanisme païen, de l’aristotélisme averroïste de Padoue, des libertins spirituels, des « achristes » dans la formation … #4 de ce courant. Puis il en note les manifestations chez les grands auteurs de notre Renaissance et la réaction qu'il provo que. On comprend qu'une pareille étude demande une érudition considérable : pour refaire l'atmosphère h où s'épanouirent Rabelais, de Periers, Dolet, Postel, Tahureau, Bruès, Montaigne, Geoffroy Vallée, l’auteur a ressuscité — le mot n'est pas exagéré — nombre d'auteurs, latins et français, depuis longtemps oubliés, la seule bibliographie, faite en grande partie d'auteurs rares ou inconnus contient près de 30 pages. Le livre ainsi compris, très facile à lire, intéresse à la fois l'histoire de la théologie, celle de la philosophie et celle des lettres. Il est nécessaire de l'avoir lu pour parler avec compétence de la Renaissance française et pour connaître les sour ces M du rationalisme moderne. La Sorbonne a marqué l'estime qu'elle en fait en accordant à son auteur une subvention généreuse sur le fonds Peyrat et le grade de docteur ès lettres avec mention très honorable ; avant même ha à sa publication le Collège de France l’a couronné en lui attribuant une part du prix Saintour 1921.
ANTONIO CARACCICES Evê que de Troyes (1515-1570) par Jos. ROSEROT DE MELIN, docteur ès-lettres, ancien membre de l’École française de Rome, archiviste paléographe In-8° raisin de 450 pages . . . . . . . . . 20 francs M. Roôserot de Melin s’est proposé d'étudier l’évolution religieuse d’un grand seigneur étranger devenu prélat de l'Église de France au xvit siècle. | Ant. Carraciolo naquit au diocèse de Nap les vers l'an 1515. A 18 ans, il entre à la Cour. Deux ou trois ans après, il l'abandonne pour se réfugier à la Sainte-Baume puis vient frapper à la Chartreuse de Paris, en 1539. À force d'intrigues, il se fait nommer abbé en 1543. Après des difficultés nombreuses avec les moines, il est obligé a rén BE fonctions et est nommé évê que de Saint-Jean de Maurienne, tout d'abord, — de Troyes, ensuite e 5 Dans la galerie des évêques de Troyes, ce prince napolitain fait une étrange figure. Ce n'est pas le visage, austère d'un théologien de Genève, ce n’est pas non plus celui d’un honnête prélat de l'Église de Paul IV. C’est un homme qui vécut les passions, petites et gran des, de son épo que ; qui les vécut d'une vie ardente, toujours ARprudente, généreuse souvent.
FascicuLes LXX - LXXI. — IMPOTS - INSCRIPTIONS (RECUEILS D’)
PARIS, VI ETERAIRIE LETOUZEY ET ANE
a 0 À ur is n at
ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICUELES LAX ET LXXI
IMPOTS, — I. Impôts directs et impôts indirects. II. Le porlorium. III. La vicesima libertalis. IV. La vicesima hereditatium. V. La centesima rerum venalium. VI. Etablissement des impôts dans les provin ces. VII De la capiialio ierrena :. VIII Les contributions ordinaires, exiracrdinaires et sordi des. IX. Chrysargire sur les hommes et sur les anim aux. X. Contributions spécia les à certaines catégories. XI. Anciens impôts romains en Gaule. XII. L'impôt sous la premiére race, XIII. Transformation des impôts en redevan ces. XIV. Epo que de transition au début du IXe. XV. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 415463. IMPRÉCATIONS, par H. LECLERCQ, col. 463-468.
IMPRESSIONS EN COULEUR, par H. LECLERCQ, col. 468-471.
IMPROPÈRES, par H. LECLERCQ, col. 471-476.
IN, par H. LECLERCO, col. 476-481, INCENDIE DE ROME, sous NÉRON. — I, Les textes. IL Topographie de l'incendie. III. Étendue du désastre. IV. Les indi ces, V. Les soupçons. VI, Les témoignages. VII. Attitude des chrétiens. VIII. Hasard ou malveillance. IX. Rôle des juifs, X. Les aveux. XI Les dénonciations. XII. L'accusation. XIII L'expiation. XIV. Biograplie, rar H. LECLERCQ, col. 481-502,
INFLUENCES BYZANTINE ET ORIENTALE. —
tion chrétienne : f) Noms humiliants : 3. Formu les d'introduction du nom ; 4. Le surnom ; 5. Les noms expressifs ; 6. Les cas ; 7. Désinence des noms propres. B. La filiation. C. La patrie. D. L'âge : 1. Durée de la vie : 2. La durée approximative ; 3. La date de naissance ; 4. L'âge de la réception du baptême ; 5. Les années de mariage, E. La condition civile : 1. La famille ; 2, La profession : a) Enseignement artisti que et littéraire ; b) Professions dites libéra les ; c) Métiers : 3. Les dignités civi les : a) Titres nobiliaires ; b) Carrières politiques ; c) Carriéres palatines ; d) Offi ces palatins ; e) Magistratures civi les : f) Charges et offi ces municip aux ; 4, L'armée ; 5. Titres honorifiques civils et militaires. F. L'Église : 1. L'initiation ; 2. La carrière ecclésiasti que : a) Les clercs : b) Les minorés : c) Les ordres majeurs ; d) Les offi ces ecclésiastiques ; c) Les offi ces ecclésiastiques inférieurs ; f) Les offi ces des femmes ; 3. Les titres honorifiques ; 4 La vie monasti que. G. Titres du culte. H. Louanges et affection. I. La mort : a) L'âme et le corps ; b) La fin de la vie ; c) Le moment de la mort ; d) La déposition ; e) Le repos de la tombe. K. Le calendrier. L. Numération. M. Date : 1. Date histori que : 2. Date consulaire : 3, Les éres loca les ; 4. Les années de régne : 5. Dates exceptionnel les : 6. L'indiction. N. Indications topographiques : 1. Cimetières à ciel ouvert ; 2. Cimetières souterrains ; 3. Portions desdits cimetières ; 4. Ad marlyres, Ad sanctos, 5. Ad parentes ; 6. Mention des basiliques ; 7. Topographie romaine. O. Circonstan ces historiques. Les inscriptions du Nouveau Testament. 1. Le recensement de Quirinius ; 2. Lysanias, tétrar que d'Abilène ; 3. Les voyages de saint Paul : a) Chypre ; b) Philippes ; c) Thessaloni que ; d) Corinthe ; e) Éphése ; ñ) Jérusalem. Les inscriptions de la Gaule : 1. L'évangélisation de la Gaule : 2, Le sort de Trèves. F. Inscriptions sacrées : 1. Commémoratives de fondation d'un édifice sacré ; 2. Consécration et dédicace ; 3. Vocable ; 4. Désaftectation : 5. Trav aux d'art ; 6. Particularités : 7. Décoration : 8. Éclairage : 9. Vocabulaire. Q. Les inscriptions et l'Église : 1. Vie extérieure de l'Église : a) Le milieu ; b) La diffusion de l'Église ; c) Les caractères de l'Église ; 2. Hiérarchie de l'Église : a) Les papes ; b) Primauté ; c) Évéques ; d) Prètres ; e) Diacres ; f) Sous-diacres ; g) Le clergé ; h) Les acolytes : i) Les lecteurs ; k) Les exorcistés ; D Les portiers : m) Les notaires ; n) Les fossoyeurs ; o) Autres emplois ; p) L'initiation. KR. Inscriptions métriques et rythmiques, 1. Jusqu'à la paix de l'Église ; 2. Après la paix —v Lt Put te ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICULES LXX ET LXXI fsuite) 12. Anonyme ; 13. Pomponius Lætus : 14 Bartolomeo FParthenio Benacensis : 15. Hieronimo Bonomio : 16. Giovanni Bonomio : 17-35, Mss. divers : 36. Martin de Sieder ; 37. Hartmann Schedel ; 38. Filonardius ; 39. Aug. Tvyflern ; 40. Henri Peutinger ; 41, Jacq. Lilius ; 42. Marino Sanuto ; 43. Giovanni Bembo : 44. Andrea Alciati ; 45. Johann Choler AAAI La sylloge de Pierre Sabinus. XX XII, Au XYI’ siècle Conrad Peutinger, Martin de Smedt, Apianus, Alde Manuce, Étienne Pighius, Antonio Agustin. XXXIII. Les faussaires. XXXIV. Les laborieux. XXXV. Le Corpus de Janus Gruter. XXXVI. Au xvrt siècle : Reinesius, Doni, Spon, Fleetwood, Fabretti. XXXVII. Au xvm’ siècle : Buonarotti, Vignoli, Fr. Bianchini, Boldetti, Gori, Guasco, Passionei, Ficoroni, Lupi, Galletti, Marangoni, Mazochi, Hagenbuch, Gale, Horsley, Pococke, Chandler, Bimard de la Bastie. XXXVIII. Le Corpus de Mafféi et Sé| tions chrétiennes : guier. XXXIX, L'épigraphie chrétienne jusqu'à Marini. XL, De Gaetano Marini à Bartolomeo Borghesi. XLI. Bartolomeo Borghesi, O. Kellermann. XLII. Le Corpus projeté à Paris : Ph. Le Bas, F. Mérimée, Em. Egger ; Th. Mommsen. XLIII. Les débuts de Théodore Mommsen. XLIV. Les collaborateurs de Mommsen : G. Henzen, J-B. De Rossi, Léon Renier. XLV. Économie générale du Corpus. XLVI. Histoire et analyse des volumes. XLVII. Suppléments et compléments du Corpus. XLVIII. Les recueils d'inseripAngleterre, Écosse, Irlande, Espagne, Helvétie, Germanie, Gaule, Rome. XLIX. Les publications périodiques. L. Conclusion. LI. Les premiers collectionneurs d'inscriptions grecques. LII. Le Corpus inscriplionum GT CAT UM. LIII. Les Inscripliones græcæ, par H. LECLERCQ, col. 850.
Pour les communications relatives à la rédaction, s'adresser au R™e P. F. Cabrol, abbot, Benedictine Abbey, Farnborough (Hampshire), ou à dom H. Leclercq, 32, Chepstow Villas, Bayswater, London, W. 11.
Le Dictionnaire d'Archéologie chrélienne et de Liturgie parait par fascicu les in-4° de 128 pages environ, représentant la valeur de 3 volumes 1in-12 de 300 pages. — Une gravure hors texte tient lieu de 16 pages de texte. i Pour les souscripteurs à l'ouvrage complet le prix du fascicule est de 8 francs (port en plus), payab les dans la quinzaine qui suit la réception de cha que fascicule. En cas de retard dans le paiement, les frais de recouvrement sont à la charge du souscripteur.
Les volumes se vendent séparément 75 francs broché. I n'est pas vendu de fascicu les séparés.
VIENNENT DE PARAITRE 1 :
Fasc. I et FI, — ABED-APOCRYPHES du Nouveau Testament
SUPPLÉMENT
A U
DE LA BIB
PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE
Lours
AER O T
AVEC LE CONCOURS DE NOMBREUX COLLABORATEURS.
Le SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE DE LA BIBLE paraît par fasciou les In-4° de 128 pages. Le prix de cha que fasoioule est de 8fr. (plus le port) payab les dans la quinzaine qui sult la réception de cha que fascioule.
Premier volume sous presse. En souscription : ab Ecclesia catholica dissidentium Par Le R. P. Martin JUGIE des Augustins de l’Assomption ancien professeur de l'Institut pontifical oriental dé Rome.
A l'heure où les Églises séparées d'Orient traversent une des crises les plus redoutab les de leur histoire et où beaucoup de leurs fidè les se trouvent dispersés dans les divers pays de l'Europe occidentale et du Nouveau Monde, une étude d'ensemble sur la doctrine théologi que de ces Églises, principalement sur les points qui les séparent de nous, paraît devoir être la bienvenue. C’est un fait que la théologie de ces Églises, depuis l’épo que malheureuse des schismes, a peu sollicité la curiosité des théologiens catholiques. Autant ceux-ci ont suivi de près l’évolution doctrinale des Églises protestantes, autant ils ont pris peu d’intérêt au mouvement des idées parmi les chrétiens orient aux. On répète même communément dans nos manuels d’apologéti que, qu'il n'y a pas eu parmi eux, de mouvement du tout, et qu'ils sont restés figés dans leur immobilité séculaire. Pourtant rien n’est moins exact. Il y a là une lac une regrettable dans la science catholi que. Le P. Martin Jugie, qui étudie depuis vingt ans la théologie des Églises séparées, essaie de combler cette lac une dans son Exposé et histoire de la théologie dogmati que des Églises séparées d'Orient.
Voici un aperçu sommaire de cha que volume :
T. I. Introduction générale et Questions préliminaires sur la situation religieuse des dissidents orient aux au regard de l’Église catholi que. — Introduction à la théologie de l'Église gréco-russe : PREMIER TRAITÉ : Les origines et la consommation du schisme byzantin. Théologie de Photius, de Michel Cerulaire et de leurs parti sans. — DEUXIÈME TRAITÉ : Histoire sommaire de la théologie gréco-russe depuis la fin du Xe jusqu’à nos jours. — TROISIÈME TRAITÉ : Doctrine des théologiens gréco-russes sur les sour ces de la Révélation.
T. II. Exposé synthéti que de la théologie des Gréco-russes principalement sur les points qui ont été l'objet de controverses entre les deux Églises ou qui, sans avoir été discutés, peuvent Etre un obstacle à l’union, Cet exposé ne donne pas seulement la doctrine actuelle des théologiens dissidents, mais raconte l'histoire des controverses passées et l’évolution de la théologie byzantine et russe, depuis le xne siècle jusqu’à nos jours. | = T. IT. Théologie des Églises nestoriennes et monophysites depuis les origines jusqu’à notre epo que. — Dans ce troisième volume, l’auteur tente pour la théologie des Églises nestoriennes et monophysites ce qu'il a fait dans les deux premiers volumes pour la théologie gréco-russe. C’est dire qu’il ne se contente pas d’exposer les croyan ces actuel les de ces Églises, mais fait l’histoire de la théologie du passé dans la mesure où cette histoire peut être écrite dans l’état présent de l'investigation scientifi que. | P-e | f | | [l } . ‘ fÉ ; w | M i 5 h 1 v | d s i Yet la d FT Ê nn y Eur y i 3 k] PL ir gt | L A 3 y ue a Bori E re | > js m A ym $ en La E fl D Fr
PARIS, VI EIBRATRIE LETOUZEY ET ANÉ
LS b DEPOT 1926 dre #4 INSCRIPTIONS (Histoire des Recueils d’). — I. Les anciennes syilloges épigraphiques. II. Sylloge de Scaliger. ITI. Sylloge d'Einsiedeln. IV. Indi ces et fragments de sylloges : 1. Ms. Vatic. Plat. 833 : 2. Ms. Leyde lat. Q. 101 ; 3. Fragm. de Bâle ; 4. Inser. de Belcodène ; 5. Fol. 104 de la sylloge d'Einsiedeln, 6. Mss. inédits de Fulvio Orsini ; 7. Catalogue Libri, n. 495 : 8. Ms Vatic. 6808 ; 9. Inser. d'Aïn Ghorab : ; 10. Authentiques de reliques ; 11. Chartes lapidaires : ; 12, Ms. de Prudence à Paris, fol. 78 ; 13. Poème damasien : 14. Ms. Paris lat. 7643. V. Recueils d'inscriptions d'édifi ces sacrés. VI. Sylloge de la basili que Vaticane, ms. Vatic. Palat. 691. VII. Sylloge de Cambridge, ms. Université Kk. IV, 6, alias 2021. VIII. Sylloge de Tours. IX. Sylloge de Saint-Riquier. X. Svlloge 1v° de Lorsch. XI. Sylloge de Peutinger. XIT. Sylloge de Saint-Gall. XIII. Sylloge 11° de Lorsch. XIV. Sylloge de Verdun. XV. Sylloge r°r de Lorsch. XVI. Sylloge de Wurzbourg. XVII. Appendice au ms. de Lorsch. XVIII. Syllogesint de Lorsch. KIX. Sylloge de Milan. XX. Sylloges particulières de Nole et de Tours. | XXI. Les livres de Pierre Mallius et de Mafaeus Vegius. XXII. Anthologies épigraphiques. XXII. Anthologie de Saumaise, ms. Paris lat. 10318. XXIV. Anthologie de Paris, ms. lat. 4071. XXV. Anthologies diverses : 1. Isidorienne : ; 2. mss. Paris lat. 9347, 2778 : Valenciennes, 393 : 3. ms. Paris lat. 2842 : 4 ms. Paris, 4841, 4093 : Leyde lat. Q 69 ; Vatic. Reg. lat. 421, 2078. XX VI. L'épigraphie entre le x et le xiv siècle. XX VIT. La Renaissance et l'épigraphie : 1. Pétrar que ; 2. Cola de Rienzo. XX VIII. Le progrès de l'épigrarhie au xv* siècle. XXIX. Commentarii de Cyriaque d'Ancône, XAN. De Cyria que d'Ancône à Pierre Sabinus : 1. Desiderio Spreti ; 2. Anonyme ; 3, Timotco Balbani ; 4. ms. Hamilton 26 ; 5. Laurent Fehem : 6. Félix Felicianus : ; 7. Giovanni Marcanova ; : 8. Jovanius Pontanus ; 9. Anonymus Redianus ; 10. Ferrarini ; 11. Fra Giocondo ; 12. Anonyme ; 13. Pomponius Lætus ; 14. Bartolomeo Parthenio Benacensis ; 15. Hieronimo Bonomio : 16. Giovanni Bonomio ; 17-35. Mss. divers ; 36. Martin de Sieder : 17. Hartmann Schedel : 38, Filonardius : 3% Aug. Tyffern : 40, Henri Peutinger ; 41. Jacq. Lilius ; 42. Marino Sanuto ; 43. Giovanni Bembo ; 44. Andrea Alciati ; 45. Johann Choler, XXI. Lasviloge de Pierre Sabinus. XXXII. Au xvitsiécle : Conrad Peutinger, Martin de Smedt, Apianus, Alde Manuce, Étienne Pighius, Antonio Agustin. XXXIII. Les faussaires. XEXIV. Les laborieux. XXXV. Le Corpus de Janus Gruter XXXVI. Au xvn’ siècle : Reinesius, Doni, Spon, Fleetwood, Fabretti. XXXVII. Au XVII siècle : Buonarotti, Vignoli, Fr. Bianchini, Boldetti, Gori, Guasco, Passionei, Ficoroni, Lupi, Galletti, Marangoni, Mazochi, Hagenbuch, Gale, Horsley, Poccke, Chandler, Bimard de la Bastie. XXXVIII. Le Corpus de Mafiei et Séguier. XXXIX. L'épigraphie chrétienne jusqu'à Marini. XL. De Gaetano Marini à Bartolomeo Borghesi. XLI. Bartolomeo Borghesi, ©. Kellermann. XLII. Le Corpus projeté à Paris : Ph. Le Bas, P. Mérimée. Em. Egger : Th. Mommsen. XLIII. Les débuts de Théodore Mommsen. XLIV. Les collaborateurs de Mommsen : G. Henzen, J.-F. De Rossi, Léon Renier. XLV. Économie générale du Corpus. XLVI. Histoire et analyse des volumes. XLVII. Suppléments et rhétori que au 1v° siècle. VI. Le droit d'enseigner retiré | et rendu aux chrétiens. VII. Les discours d'apparat VIII. Instruction publi que en Gaule. Une ville universitaire, par H. LECLERCQ, col. 1128-1149. INSTRUMENTS DE LA PASSION. — I. Objet de ce travail. II. La croix. IIT. Les clous. IV. Le titre. V. La cou-. ronne d'épines. VI. Le roseau. VII. La flagellation. VIII. L'éponge. IX. La lance, par H. LECLERCO, col. 1149-1161.
INSTRUMENTS DE MARTYRE, col. 1161.
INSTRUMENTS DE MÉTIERS, col. 1161.
NSTRUMENTS DE MUSIQUE. — I. Instruments à cor des. a. La lyre. b. Le psalterion. €. La naule. d. La cythare. €. Le choron. f. La harpe. g. Le monocorde. h. Le crout. i. Le violon. k. L'organistrum,. — II. Instruments à vent. a. La trompette. b. La saquebutte. €. La flûte. d. La syrinx. e. Le chorus. f. L'orgue : Textes ; Monuments ; Instrument. — III. Instruments à percussion. IV. Fibliographie, par H. Leclercq, col. 1161-1199.
INSUFFLATION, voir EXORCISME.
INTAILLES EN CAMÉES DÉSAFFECTÉES, par H. LECLERCQ, col. 1199-1205.
INVASION GERMANIQUE. — I. Histori que de la question. II. L'abbé Du Bos. III. L'histoire crili que. IV. La fort une du Romanisme. V. L'autre école, VI, Réa-
lité et étendue de l'autorité impériale. VIT. De l'adminisPour les communications relatives à la rédaction, s'adresser au Rm® P.F. Cabrol, abbot, Benedictine Abbey, Farnborough (Hampshire), ou à dom H. Leclercq, 32, Chepstow Villas, Bayswater, London, W. 41. j Le Dictionnaire d'Archéologie chrétienne el de Liturgie parait par fascicu les in-4° de 128 pages environ, représentant la valeur de 3 volumes in-12 de 300 pages. — Une gravure hors texte tient lieu de 16 pages de texte.
T = Pour les souscripteurs à l'ouvrage complet le prix du fascicule est de 10 francs (port en plus), I payab les dans la quinzaine qui suit la réception de cha que fascicule. En cas de retard dans le paiement, | les frais de recouvrement sont à la charge du souscripteur.
Les volumes se vendent séparément 95 francs broché. Il n'est pas vendu de fascicu les séparés.
LES
ET
À LA FIN DE L'ANNÉE 1789
Fort volume in-8° raisin de 556 pages, orné de deux planches hors lexle. . . . . . . . . Prix : 30 fr.
Si nous nous placons au point de vue plus spécial de l’histoire ecclésiasti que, nous trouvons dans le nouvel ouvrage de dom Leclercq plusieurs pages d'un intérêt capital... Certes, et c'est là un de ses plus grands mérites, L E dom Leclercq ne présente pas l’histoire des événements révolutionnaires dans le plan convenu des écrivains 1 qui se qualifient « bien pensants ». Il choquera peut-être plusieurs lecteurs timorés ; mais en cherchant uni quePE ment la vérité, à la lumière de la criti que histori que, il rendra à la religion même le plus signalé service. Son œuvre ne soulèvera que les critiques des esprits étroits et ignorants. Par contre, ceux qui veulent connaître le véritable aspect des choses et qui désirent ainsi se former, sur le plus grand événement de l’histoire de France, une opinion raisonnée et solide, ne pourraient trouver mieux que le livre dans lequel l'auteur a exposé ces journées d'octobre, à partir desquel les la Révolution changea d'aspect et de sphère. Ch. TERLINDEN, dans Rev. d'hist. ecclés. (de Louvain). Dom Leclercq fait revivre avec un incomparable talent l'épo que de notre Révolution, Les anglistes y trouveront non seulement un modèle d'érudition et de reconstitution histori que, mais encore des détails qui les intéresseront plus particulièrement... Le livre se lit avec un intérêt croissant et il reste toujours une précieuse mine de renseignements. C'est un chef-d'œuvre de composition, de science et de vie, | P. Dort, dans Rev. anglo-américaine. \ 4 Dom Leclercq a dépouillé avec un soin diligent les imprimés qui sont légion, les piè ces d'archives qui 4 Sont innombrab les. De cet ensemble, se dégage un tableau d’une vie intense où l’on suit, avec une angoisse qui vous étreint le cœur, minute par minute, la marche dramati que des événements. | L. JALABERT, dans Étu des.
HISTOIRE DE LA RÉGENCE TM PENDANT LA MINORITÉ DE LOUIS XV
f par Dom H. LECLERCQ la 1 volume in-16 de 160 pages ef de 6 gravures . 0... 4 4 « + + 5 francs hi Vient de paraitre : Premier volume ab Ecclesia catholica dissidentium Par le R. P. Martin JUGIE des Augustins de l'Assomption ancien professeur de l'Institul ponlifical oriental de Rome.
A l'heure où les Églises séparées d'Orient traversent une des crises les plus redoutab les de leur histoire et où beaucoup de leurs fidè les se trouvent dispersés dans les divers pays de l'Europe occideutale et du Nouveau Monde, une étude d'ensemble sur la doctrine théologi que de ces Églises, principalement sur les points qui les séparent de nous, paraît devoir être la bienvenue.
C’est un fait que la théologie de ces Églises, depuis l’épo que malheureuse des schismes, a peu sollicité la curiosité des théologiens catholiques. Autant ceux-ci ont suivi de près l’évolution. doctrinale des Églises protestantes, autant ils ont pris peu d'intérêt au mouvement des idées parmi les chrétiens orient aux. On répète même communément dans nos manuels d’apologéti que, qu'il n’y a pas eu, parmi eux, de mouvement du tout, et qu'ils sont restés figés dans leur immobilité séculaire. Pourtant rien n'est moins exact. Il y a là une lac une regrettable dans la science catholi que. Le P. Martin Jugie, qui étudie depuis vingt ans la théologie des Églises séparées, essaie de combler cette lac une dans son Exposé et histoire de la théologie dogmati que des Églises séparées d'Orient.
- Voici un aperçu sommaire de cha que volume : T. I. Introduction générale et Questions préliminaires sur la situation religieuse des dissidents orient aux au regard de l’Église catholi que. — Introduction à la théologie de l'Église gréco-russe :
PREMIER TRAITÉ : Les origines et la consommation du schisme byzantin. Théologie de Photius, : de Michel Cerulaire et de leurs parti sans. — DEUXIÈME TRAITÉ : Histoire sommaire de la théologie gréco-russe depuis la fin du x° siècle jusqu’à nos jours. — TROISIÈME TRAITÉ : Doctrine des théologiens gréco-russes sur les sour ces de la Révélation, | T. II. Exposé synthéti que de la théologie des Gréco-russes principalement sur les points qui ont été l'objet de controverses entre les deux Églises ou qui, sans avoir été discutés, peuvent être un obstacle à l'union. Cet exposé ne donne pas seulement la doctrine actuelle des théologiens dissidents, mais raconte l'histoire des controverses passées et l’évolution de la théologie byzantine et russe, depuis le xire siècle jusqu'à nos jours.
T. III. Théologie des Églises nestoriennes et monophysites depuis les origines jusqu’à notre épo que. — Dans ce troisième volume, l’auteur tente pour la théologie des Églises nestoriennes et monophysites ce qu'il a fait dans les deux premiers volumes pour la théologie gréco-russe. C'est dire qu'il ne se contente pas d'exposer les croyan ces actuel les de ces Églises, mais fait l’histoire de la théologie du passé dans la mesure où cette histoire peut être écrite dans l’état présent de l'investigation scientifi que.
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